31.03.2026 à 17:08
France-Corée du Sud : de la coopération cordiale à l’exigence stratégique
31.03.2026 à 17:08
France-Corée du Sud : de la coopération cordiale à l’exigence stratégique
La visite d’Emmanuel Macron en Corée du Sud, les 2 et 3 avril 2026, invite à regarder en face ce que la relation franco-coréenne révèle et dissimule à la fois : le potentiel inexploité d’un partenariat entre deux démocraties industrielles avancées, qui ont en commun une même condition stratégique, mais peinent encore à en tirer toutes les conséquences.
Il existe une forme d’échec particulièrement difficile à diagnostiquer : celui que dissimule une réussite partielle. La relation franco-coréenne en est l’illustration. Elle fonctionne. Elle produit des résultats mesurables dans les échanges commerciaux, la coopération culturelle, les consultations diplomatiques. Précisément parce qu’elle fonctionne, personne ne juge vraiment urgent de la transformer. Les échanges commerciaux bilatéraux avoisinent aujourd’hui 15 milliards d’euros par an, et la Corée du Sud figure parmi les partenaires industriels les plus avancés de la France en Asie, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’énergie et des technologies critiques.
Ce confort est un piège. Dans un monde où les partenariats se hiérarchisent non plus par tradition ou proximité géographique, mais par capacité à répondre conjointement aux chocs systémiques, une relation « bien gérée » mais non structurante est une relation qui recule. Les agendas stratégiques se densifient ; si la France et la Corée du Sud n’y occupent pas une place centrale l’une pour l’autre, elles glisseront naturellement vers la périphérie des choix décisifs de chacune.
La question n’est donc pas : « Comment améliorer la coopération franco-coréenne ? » Elle est plus radicale : « Pourquoi deux démocraties industrielles avancées, aux intérêts stratégiques aussi convergents, n’ont-elles pas encore franchi le seuil d’une nécessité mutuelle reconnue ? »
Pour comprendre pourquoi ce seuil n’a pas encore été franchi, il faut d’abord comprendre ce qui rapproche structurellement les deux pays, bien au-delà de la rhétorique des valeurs partagées.
La Corée du Sud et la France ont chacune, par des voies radicalement différentes, développé une philosophie d’État fondée sur la souveraineté sous contrainte. Pour la Corée, cette philosophie a été forgée dans le feu : colonisation, guerre fratricide, division permanente, voisins nucléaires ou révisionnistes. L’État coréen a appris, à force de vulnérabilité existentielle, à ne jamais confondre alliance et dépendance, à diversifier ses partenaires industriels comme d’autres diversifient leurs réserves militaires, à transformer la contrainte en moteur d’innovation.
Pour la France, la leçon a été plus lente à intégrer et plusieurs fois douloureuse. La décennie 2015–2025 aura été une décennie de désillusions successives : les illusions d’un partenariat stratégique avec la Russie, la brutalité du « America First » trumpien révélant la fragilité de la garantie atlantique, la guerre revenue en Europe, la coercition économique chinoise érigée en instrument géopolitique assumé. Ce que la Corée du Sud sait depuis 1953, la France l’apprend encore : aucune puissance moyenne, si capable soit-elle, n’est à l’abri de la pression des grands.
Cette convergence d’expériences produit une grammaire commune : l’autonomie ne se proclame pas, elle se construit. Elle s’incarne dans des bases industrielles souveraines, dans des chaînes de valeur résilientes, dans des partenariats choisis plutôt que subis. C’est sur ce socle, pas sur la similitude culturelle ni sur les coopérations sectorielles existantes, que pourrait reposer un véritable partenariat stratégique franco-coréen.
La visite du 2 au 3 avril 2026 du président Macron en Corée du Sud intervient dans un contexte inédit. Jamais depuis la fin de la guerre froide, les conditions objectives d’un rapprochement franco-coréen n’ont été aussi favorables… et les obstacles à ce rapprochement aussi visibles.
Côté opportunités : la recomposition des chaînes de valeur technologiques crée des espaces de complémentarité inédits. La France dispose d’un écosystème d’intelligence artificielle en structuration, soutenu par des investissements publics et européens croissants, d’une industrie nucléaire civile sans équivalent en Europe et d’une capacité de projection diplomatique que peu de démocraties de taille comparable peuvent revendiquer. La Corée du Sud, de son côté, maîtrise des segments critiques de l’économie mondiale – semi-conducteurs, batteries, construction navale – et a silencieusement transformé son industrie de défense en l’une des plus compétitives au monde. Ces deux profils ne sont pas en compétition : ils sont complémentaires. C’est précisément le type de complémentarité que la fragmentation de la mondialisation rend précieuse.
Côté obstacles, Paris subit désormais une double surcharge géopolitique. Le front oriental européen (réarmement, soutien à l’Ukraine, crédibilité de la dissuasion collective) absorbe une part croissante de la bande passante politique et budgétaire. Et la guerre déclenchée le 28 février 2026 contre l’Iran par Washington et Tel-Aviv ajoute une seconde zone de tension majeure que la France ne peut ignorer.
La position française dans ce conflit illustre précisément la complexité de sa situation : Emmanuel Macron a imputé la « responsabilité première » de la crise à Téhéran, tout en désapprouvant des frappes « conduites en dehors du droit international ». Une posture de double désapprobation – ni alignement sur les administrations Trump et Nétanyahou, ni condamnation franche de l’opération – qui place Paris dans un entre-deux diplomatique inconfortable. La fermeture partielle du détroit d’Ormuz, qui pèse déjà sur l’approvisionnement énergétique européen, ajoute une pression économique supplémentaire à cette équation déjà surchargée.
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Du côté coréen, c’est une autre contrainte qui s’est durcie : l’axe russo-nord-coréen est désormais une réalité stratégique assumée. La Corée du Nord a fourni à la Russie missiles balistiques et troupes de combat, et selon l’Institut sud-coréen de stratégie de sécurité nationale, Pyongyang aurait engrangé entre 7,67 et 14,4 milliards de dollars (entre 6,7 et 12,5 milliards d’euros) en combinant déploiements de soldats et exportations d’équipements, une fourchette large qui reflète les incertitudes d’évaluation, mais dont l’ordre de grandeur suffit à mesurer l’impact : pour une économie d’environ 40 milliards de dollars (34,7 milliards d’euros) de PIB, même le scénario bas représente un afflux de devises considérable, qui renforce les capacités militaires du régime et réduit sensiblement l’efficacité des sanctions internationales.
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À cela s’ajoute, côté français, un obstacle opérationnel trop rarement nommé : les coopérations de défense franco-coréennes restent structurellement entravées. Malgré des intérêts industriels convergents – la France dans le nucléaire naval et les systèmes d’armes, la Corée dans les plateformes terrestres et les munitions –, les deux pays n’ont pas encore trouvé le format d’une coproduction crédible, faute de cadre politique suffisamment ambitieux pour surmonter les réticences bureaucratiques et les contraintes de transfert technologique.
Ce contexte dual – surcharge occidentale d’un côté, menace nord-coréenne renforcée de l’autre – milite pour l’élaboration d’un agenda franco-coréen précis et ciblé, articulé autour de quelques convergences stratégiques concrètes, plutôt que pour une déclaration de partenariat global dont la mise en œuvre resterait suspendue aux urgences du moment.
Contrainte structurante supplémentaire : la Corée du Sud reste profondément ancrée dans son alliance avec les États-Unis, qui constitue le socle de sa sécurité nationale, tout en étant engagée dans une relation complexe avec le Japon. Cette double dépendance stratégique limite sa marge de manœuvre, tout en renforçant son intérêt pour des partenariats complémentaires avec des acteurs comme la France.
La récente visite du président Lee Jae-myung en Chine, marquée par un entretien avec Xi Jinping allant bien au-delà du protocole, illustre cette logique de diversification active : Séoul ne cherche pas à choisir entre Washington et Pékin, mais à élargir son espace de manœuvre en cultivant des partenariats avec des puissances tierces crédibles. La France, précisément parce qu’elle n’est ni américaine ni chinoise, et qu’elle porte une ambition d’autonomie stratégique que Séoul comprend intuitivement, occupe dans ce calcul une place potentiellement singulière à condition de la revendiquer.
L’une des pistes les moins exploitées du partenariat franco-coréen est précisément celle que Paris pourrait activer le mieux : la dimension européenne. La France n’est pas simplement un pays partenaire parmi d’autres pour la Corée du Sud. Elle est, potentiellement, la porte d’entrée dans un espace plus large, une coalition de démocraties industrielles avancées liées par des règles communes, un marché intégré et une ambition croissante de souveraineté technologique.
Or, cette dimension européenne reste sous-mobilisée. Les coopérations industrielles franco-coréennes existent, dans l’énergie, les transports, la défense, mais elles sont largement bilatérales. Elles ne s’articulent pas à une architecture européenne. Elles ne contribuent pas à construire les « chaînes de valeur de confiance » que l’UE cherche pourtant à développer pour réduire ses dépendances critiques. C’est un rendez-vous manqué.
L’invitation de la Corée du Sud au sommet du G7, que la France accueillera à Évian en juin 2026, pourrait changer l’échelle. Non comme signal protocolaire, mais comme affirmation que Séoul a sa place dans les enceintes où se redéfinissent les équilibres technologiques, les normes de l’intelligence artificielle, les règles du commerce des biens critiques. Pour Paris, faire de la Corée du Sud une partenaire structurante de l’agenda européen sur ces sujets, et non une simple observatrice bienveillante, serait un acte politique concret, pas seulement une intention.
Plutôt que d’énumérer des domaines de coopération supplémentaires, exercice auquel les communiqués diplomatiques excellent déjà, il vaut mieux identifier ce qui permettrait à la relation de changer de dimension. Trois paris paraissent déterminants.
Premier pari : accepter l’asymétrie des urgences sans en faire un alibi
Paris a les yeux rivés sur l’est de l’Europe ; Séoul sur la péninsule coréenne. Cette asymétrie des urgences est réelle. Mais elle n’empêche pas de construire des réflexes communs sur les sujets où les intérêts se recoupent naturellement : gouvernance des technologies critiques, sécurité des espaces maritimes, résilience des chaînes d’approvisionnement. L’erreur serait d’attendre que les agendas s’alignent spontanément. Ils ne le feront pas.
Deuxième pari : faire de la Corée du Sud un partenaire de l’autonomie stratégique européenne
L’autonomie stratégique européenne n’a de sens que si elle s’appuie sur des partenaires extérieurs fiables. La Corée du Sud est l’un des rares pays au monde à réunir simultanément les critères nécessaires : résilience politique et institutionnelle, base industrielle et technologique de premier rang, capacité d’innovation dans les secteurs critiques, alignement avec les règles du commerce international et volonté de diversifier ses partenariats stratégiques.
Troisième pari : inventer des formats qui contournent les bureaucraties
Les appareils d’État des deux pays ne produiront pas spontanément la densité stratégique qui fait défaut. Les think tanks, les universités, les entreprises technologiques, les armées et les institutions financières de développement sont souvent mieux placés pour expérimenter des formes nouvelles de coconstruction. La diplomatie franco-coréenne gagnerait à déléguer davantage, à condition de fixer des caps politiques clairs. Un écosystème d’innovation partagé en intelligence artificielle, des exercices cyber communs, un fonds franco-coréen d’investissement dans les chaînes de valeur critiques : ces projets concrets valent plus, pour la relation, que dix déclarations d’intention.
La visite d’Emmanuel Macron intervient dans un moment de densification des relations politiques, marqué par la volonté affichée des deux pays de donner une nouvelle impulsion à leur partenariat stratégique, sans toutefois que ses contours soient clairement définis.
Les visites d’État ont une valeur propre : elles obligent à formuler ce qu’on veut vraiment. Ce qu’Emmanuel Macron ira dire à Séoul dira autant sur la conception française de l’ordre international que sur la relation bilatérale elle-même. Viendra-t-il proposer un agenda de coconstruction industrielle et normative, ou simplement renouveler la promesse d’une relation « excellente » ?
Dans un monde où la fragmentation géopolitique pousse chaque État à hiérarchiser ses partenariats, l’entre-deux n’est plus tenable. Pour la France comme pour la Corée du Sud, le choix n’est pas entre coopération et non-coopération. Il est entre une relation qui reste à la périphérie des choix stratégiques décisifs, et une relation qui y entre résolument. Le moment est rare : les conditions de convergence sont objectives, les fenêtres diplomatiques s’ouvrent rarement deux fois au même endroit.
Il reste une condition implicite que ni les communiqués ni les accords sectoriels ne peuvent remplacer : une volonté politique partagée de se voir autrement qu’on ne s’est vus jusqu’ici, comme deux partenaires qui ont les mêmes contraintes, les mêmes vulnérabilités, et, concrètement, besoin l’un de l’autre pour peser dans un monde qui ne les attendra pas.
Arnaud Leveau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
31.03.2026 à 17:08
Entre baptêmes d’adultes, influenceurs et retour des rites, les nouveaux visages du catholicisme
Alors que les vocations de prêtres sont en crise et que la fréquentation des messes recule depuis des décennies, le nombre de baptêmes connaîtrait une augmentation significative. Faut-il y voir un renversement de tendances pour l’Église catholique ? Qui sont ces nouveaux fidèles ? Leur pratique de la religion se distingue-t-elle de celle de leurs aînés ? À l’approche de Pâques, l’historien Charles Mercier remet le phénomène en perspective.
The Conversation : La hausse du nombre de baptêmes traduit-elle un regain global du catholicisme en France ?
Charles Mercier : L’évolution notable concerne les adolescents et les jeunes adultes : on est passé d’un peu moins de 6 000 baptêmes (adultes et adolescents confondus) en 2022, à plus de 21 000 en 2026. Mais il faut mettre ce regain en perspective avec les chiffres des ordinations de prêtres, des baptêmes d’enfants, des mariages et des enterrements à l’église, sur lesquels on a moins de visibilité, et qui sont soit en recul, soit en voie de stabilisation. Si les avis sont partagés sur la question, il n’y a assurément pas de croissance généralisée.
Concernant cette hausse des baptêmes chez les jeunes, plusieurs facteurs sont en jeu. D’abord, il y a un effet de report du baptême de l’enfance vers l’adolescence et l’âge adulte. Avec la sécularisation de la société, les familles sont moins religieuses. Quand elles le demeurent, l’individualisation des valeurs les pousse à ne pas décider pour leur enfant : la religion est de moins en moins perçue comme une identité dont on hérite. Elle est plutôt vue comme un choix individuel à faire quand on a l’âge et la maturité de se prononcer. Près de 75 % des enfants étaient baptisés avant l’âge de 7 ans en 1974, 50 % en 1996 et seulement un quart en 2024. On considère qu’« ils choisiront quand ils seront plus grands ».
Enfin, cette augmentation des baptêmes à l’âge adulte s’inscrit aussi dans un regain du spirituel qui profite au catholicisme et à d’autres religions.
Qu’est-ce qui peut jouer un rôle déclencheur pour ces personnes qui se tournent vers le baptême à l’adolescence ou à l’âge adulte ?
C. M. : Sur cette question, on peut croiser les chiffres de la Conférence des évêques de France avec ceux d’une enquête menée par le quotidien la Croix l’an dernier. Ce qui ressort en premier, c’est l’expérience spirituelle forte. La moitié des nouveaux baptisés déclare avoir ressenti une présence, une paix ou une plénitude perçues comme surnaturelles, par exemple en rentrant dans une église ou en assistant à un rite religieux.
Viennent ensuite les épreuves de la vie (une rupture amoureuse, la perte d’un être cher, une cassure dans une trajectoire jusque-là bien tracée…) qui poussent à se questionner et à chercher une manière de surmonter la souffrance.
Le troisième facteur, qui est mentionné par un tiers des nouveaux baptisés, c’est le désir de donner un sens à l’existence : à quoi ça sert de vivre si ça finit par la mort, à quoi ça sert d’accumuler des richesses, pourquoi aller travailler, faire des enfants… ? Une société orientée vers des perspectives uniquement matérielles ne suffirait pas à répondre à ces questions, et, dans certains cas de figure, le spirituel et le religieux deviendraient des ressources.
La transmission de la foi catholique se fait-elle aujourd’hui hors du cadre familial ?
C. M. : La réponse est nuancée, car une partie des catholiques continuent d’être baptisés enfants, et éduqués religieusement par leur famille. Mais oui, l’augmentation des conversions à la fin de l’adolescence ou à l’entrée dans l’âge adulte indique le passage d’une transmission verticale à une transmission plus horizontale. Dans l’ enquête de la Croix, les amis jouent un rôle dans presque 50 % des parcours de demande de baptême d’adultes, en parlant de leur foi, en prêtant une Bible, en invitant à assister à une messe, à un rassemblement spirituel ou à un groupe de prière.
Les conjoints sont évoqués par un petit tiers de l’échantillon. La mise en couple peut être le point de départ du rapprochement avec le catholicisme, dans la mesure où l’exogamie, c’est-à-dire le fait de se marier hors de son milieu d’origine, est de plus en plus fréquente, et favorise sans doute les couples mixtes sur le plan des convictions.
On le voit, la transmission se fait surtout entre pairs. Néanmoins, le cadre familial n’est pas complètement effacé, même s’il y a souvent un saut générationnel : les néo-catholiques convoquent plus souvent la figure de leurs grands-parents que celle de leurs parents. En entretien, ils parlent de la grand-mère qui les avait emmenés pendant les vacances à l’église, qui leur avait fait faire une prière ou qui leur apparaît tout simplement comme une figure de bonté et qui devient une sorte de modèle inspirant.
Dans le cas d’un nouveau baptisé sur cinq, le contact avec des influenceurs sur les réseaux sociaux aurait également compté.
Qui sont-ils, ces influenceurs catholiques ?
C. M. : Certaines figures se sont imposées, avec des centaines de milliers d’abonnés, comme le frère Paul-Adrien ou sœur Albertine, qui bénéficient d’une forme de légitimité liée à leur statut de religieux. Au deuxième plan, il y a des influenceurs qui ont moins d’abonnés, mais dont l’âge, entre 18 ans et 25 ans, peut créer un effet d’identification chez les jeunes adultes. Ils délivrent des conseils religieux – comment faire son carême – qui peuvent se mélanger avec des conseils bien-être ou même beauté – comment avoir un bon teint, etc. C’est un univers foisonnant, très dynamique sur Instagram et sur TikTok.
L’Église catholique reste-t-elle en retrait de ce phénomène numérique ou le soutient-elle ?
C. M. : L’Église est à la fois intéressée par le potentiel que cela représente et vigilante sur les dérives possibles. En juillet 2025, il y a eu le jubilé des influenceurs à Rome. Il y a tous les vingt-cinq ans ce qu’on appelle le jubilé, une « année sainte » durant laquelle les catholiques sont invités à faire une démarche de pèlerinage. Et, pour la première fois, un événement a été consacré aux influenceurs, avec l’idée qu’Internet peut être un moyen d’évangélisation, à condition de ne pas céder au narcissisme, à la mise en avant de soi ni à la polarisation.
Ces influenceurs sont souvent des électrons libres. Même pour ceux qui sont prêtres ou religieux, la hiérarchie catholique a parfois peu de prise sur le contenu qu’ils diffusent. Les influenceurs catholiques tirent leur légitimité de leur public et non d’un mandat, ce qui contribue à désinstitutionnaliser la communication de l’Église catholique.
Qu’est-ce qui caractérise la pratique religieuse de ces jeunes par rapport à leurs aînés ?
C. M. : Chez ces jeunes arrivés dans l’Église catholique à l’âge adulte comme chez ceux qui ont grandi dans le catholicisme, on observe un certain retour en grâce de dévotions traditionnelles qui avaient été un peu marginalisées par les générations précédentes, comme le chapelet. Cette nouvelle génération se réapproprie des pratiques qui étaient vues comme vieillottes ou désuètes, tout en les adaptant parfois aux codes de la pop culture. On peut citer le Sacré-Cœur qui a fait l’objet d’un film et qui devient aussi un objet de déco, disponible dans des enseignes de grande distribution.
La tendance est aussi au retour d’une gestuelle plus codifiée, comme le fait de s’agenouiller à certains moments de la messe. C’est quelque chose qui avait plus ou moins disparu du catholicisme et qui revient avec les jeunes adultes. Peut-être que cela témoigne d’une plus grande sensibilité à la dimension transcendante et verticale de la religion.
Peut-être faut-il aussi y voir une demande de cadre qui permettrait de structurer son existence et favoriserait un sentiment d’appartenance. On peut prendre l’exemple du carême, qui n’a pas la dimension festive du ramadan, et consiste surtout, depuis le concile Vatican II (1962-1965), à mener un travail d’ascèse de manière individuelle et discrète. On sent que les jeunes catholiques, sans doute du fait de leurs contacts avec leurs amis musulmans, sont en demande d’instructions et de règles précises, mais aussi de moments communautaires.
Quel rapport ces nouveaux catholiques entretiennent-ils avec la figure du pape ?
C. M. : C’est une question à laquelle il n’est pas aisé de répondre… Je serais tenté de dire que le pontificat de François a opéré un déplacement de la figure du pape. Schématiquement, on pourrait dire que Benoît XVI et, plus encore, Jean-Paul II étaient des figures mobilisatrices en interne : leurs voyages et leurs apparitions créaient un fort effet de cohésion parmi les fidèles, notamment chez les jeunes, nés et élevés dans le catholicisme. C’est la dynamique des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Jean-Paul II, dont le magnétisme et le charisme déplaçaient et transportaient les foules catholiques.
François a fait un pas de côté : selon ses propres mots, il a voulu s’adresser à toutes les brebis qui étaient sorties de l’enclos de l’Église (ou qui n’y étaient jamais entrées) plutôt qu’au petit nombre qui y était installé. Il a adopté des positions sur l’immigration, l’écologie, la morale familiale qui ont pris à rebrousse-poil une partie de sa base, mais qui ont pu susciter de l’intérêt chez des personnes, et notamment des jeunes, qui étaient éloignées de l’univers catholique. Si bien qu’on peut dire que la figure du pape est devenue moins centrale pour les natifs du catholicisme, mais plus importante pour un certain nombre de néo-catholiques qui ont été touchés par la manière dont il a repositionné l’Église par rapport aux grands enjeux contemporains.
Il faudra voir si cette tendance se confirme avec Léon XIV, qui apparaît pour le moment comme quelqu’un de relativement discret et qui semble presque vouloir s’effacer derrière la fonction pontificale.
L’aspiration à des pratiques plus traditionnelles, évoquée plus haut, résume-t-elle les évolutions du catholicisme chez les jeunes ?
C. M. : Il y a une autre dynamique importante, qui est l’apparition d’un catholicisme de la diversité, liée à la fois à l’accroissement numérique des jeunes catholiques issus de l’immigration et à une augmentation de la religiosité dans les banlieues populaires. Des jeunes qui sont de culture catholique, mais dont la famille a cessé de pratiquer, s’intéressent, à travers le contact avec leurs voisins musulmans, à leur propre héritage religieux. Cette « émulation » contribue à complexifier la sociologie du catholicisme, longtemps vu comme bourgeois, blanc, conservateur. La visibilité de plus en plus grande de ces populations issues de la diversité contribue à renouveler les codes de la première religion de France.
Propos recueillis par Aurélie Djavadi.
Charles Mercier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
31.03.2026 à 17:07
Question de goût : les néandertaliens aimaient-ils vraiment les femmes « sapiens » ?
Un article récent paru dans Science a été largement lu comme s’il révélait une préférence des hommes néandertaliens pour les femmes sapiens. Cette lecture, séduisante pour nos imaginaires contemporains, nous maintient dans une zone de confort où l’altérité se laisse encore penser dans les termes du désir et de l’attirance. Mais dès que l’on restitue les chromosomes à l’épaisseur des sociétés, en croisant génétique, archéologie et anthropologie culturelle, une autre image se dessine, plus dérangeante, qui touche à quelque chose de plus nu dans l’humain : des groupes structurés par des règles de circulation, des réciprocités inégales, des frontières, des alliances et peut-être des violences dont nous commençons à peine à mesurer la profondeur.
À lire les titres de presse, l’affaire semble entendue. El País annonce que les hommes néandertaliens « choisissaient » les femmes sapiens. Science évoque une « partner preference ». National Geographic imagine déjà les « Roméos de la préhistoire ». The Telegraph laisse entendre que les Néandertaliens « avaient des vues sur » les femmes sapiens.
En quelques heures, une analyse statistique est devenue un récit de désirs. La « vie sexuelle » de nos ancêtres était enfin à portée de clics. Le glissement n’a rien d’anodin. Il transforme une asymétrie de transmission génétique en récit d’affects, en attirances et en romances passées. On fabrique une scène où le Roméo néandertalien remporte le cœur de la Juliette sapiens. Le discours sur nos origines devient roman-photo.
Or, l’étude parue dans Science ne raconte rien de tel. Les auteurs interrogent un motif bien connu. Chez les humains modernes non africains, les traces d’ADN néandertalien ne sont pas réparties uniformément et sont plus fréquentes dans les chromosomes non sexuels que sur le chromosome X, qui en est fortement appauvri.
Pour expliquer ce contraste, les auteurs confrontent plusieurs hypothèses, sélection naturelle, biais démographiques liés au sexe ou préférence de partenaire. Leur conclusion reste prudente : une préférence de partenaire est un mécanisme parcimonieux possible, mais elle n’exclut ni des biais démographiques ni des scénarios plus complexes.
L’étude ne montre donc ni une attirance observée ni une préférence vécue. Elle propose quelque chose de beaucoup plus étroit : dans l’espace de modèles qu’elle teste, certains scénarios rendent plus plausible une asymétrie de type mâles néandertaliens/femelles sapiens. Dans un tel schéma, l’ADN néandertalien peut se transmettre largement dans les chromosomes ordinaires, tandis que le chromosome X néandertalien circule plus difficilement, puisqu’un père ne le transmet qu’à ses filles. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas non plus l’observation directe d’une attirance entre populations, et montrer qu’un modèle statistique peut produire un motif génétique n’est pas prouver que ce modèle est historiquement vrai.
Dès que l’on passe des données génétiques à leurs implications historiques et sociales, les lectures deviennent fragiles. Les chromosomes ne transmettent pas la mémoire fidèle de la vie sociale de nos ancêtres. Le fait que l’ADN néandertalien soit rare sur le chromosome X ne permet pas, en soi, de reconstituer les organisations sociales du Paléolithique ni les préférences sexuelles de ces populations.
Lorsque deux groupes proches se croisent, les chromosomes sexuels ne se comportent pas comme les autres. Ils sont souvent plus sensibles aux incompatibilités et à la sélection naturelle. Prenons le cas d’un père néandertalien et d’une mère sapiens. Leur enfant reçoit bien de l’ADN néandertalien dans beaucoup de ses chromosomes. Mais le chromosome X du père ne passe pas aux garçons, seulement aux filles. Il circule donc moins facilement d’une génération à l’autre. De plus, dans les hybridations entre groupes proches, les mâles sont souvent les plus fragiles biologiquement, avec davantage de problèmes de survie ou de fertilité. C’est pourquoi les chromosomes sexuels, et en particulier le chromosome X, peuvent perdre plus vite l’ADN venu de l’autre groupe. Un appauvrissement du chromosome X en ADN néandertalien peut ainsi relever d’un phénomène biologique classique, et non du souvenir d’un choix amoureux.
Le signal observé aujourd’hui peut donc avoir plusieurs causes. Les auteurs eux-mêmes ne présentent pas la « préférence de partenaire » comme une preuve directe, mais comme l’explication la plus parcimonieuse dans leur modèle statistique. Ils précisent qu’elle n’exclut ni des biais démographiques liés au sexe, ni des scénarios plus complexes où sélection naturelle, migrations différenciées et asymétries sexuées auraient agi ensemble.
La génétique détecte des transmissions. Elle ne reconstitue pas une société. Elle ne dit ni si ces unions relevaient d’alliances, de captures, d’échanges asymétriques, de violence ou de choix, ni qui décidait, ni sous quelles contraintes circulaient femmes et hommes entre les groupes. Entre un patron chromosomique et une scène de vie, il manque encore tout un monde, celui des constructions sociales, des règles de résidence, des hiérarchies, des conflits et des asymétries entre collectifs.
Les gènes, malgré tout leur pouvoir, ne parlent pas des amours passés. Ils parlent seulement de ce qui a survécu.
C’est ici que l’archéologie et l’anthropologie culturelle redeviennent décisives, car les gènes ne suffisent pas à reconstituer la scène sociale des rencontres entre Néandertal et Sapiens. Il faut alors quitter le seul article de Science pour revenir à d’autres données et tenter malgré tout d’accéder, indirectement, à la structure des groupes néandertaliens. Le site d’El Sidrón, dans le nord de l’Espagne, fournit à cet égard un point d’appui particulièrement fort.
Les auteurs de l’étude y ont identifié des ossements appartenant à au moins 12 néandertaliens. Le point le plus frappant concerne les adultes. Trois mâles portent la même lignée mitochondriale, alors que trois femelles présentent chacune une lignée différente. Or, l’ADN mitochondrial ne se transmet que par les mères. Les chercheurs en ont tiré une lecture simple et lourde d’implications : les hommes seraient restés dans leur groupe, tandis que les femmes auraient davantage circulé entre groupes. En d’autres termes, El Sidrón serait compatible avec un système patrilocal.
L’idée est décisive. Toute population humaine a besoin d’échanges avec l’extérieur pour se reproduire sur la durée. Dans de très nombreuses sociétés humaines, cette circulation passe d’abord par les femmes, qui quittent plus souvent leur groupe d’origine que les hommes. Plus généralement la dispersion féminine et le maintien des mâles dans leur groupe constituent aussi un schéma prédominant chez les grands singes. Voir apparaître chez Néandertal un signal compatible avec une plus forte mobilité féminine relève donc d’une tendance comportementale profonde, que l’on retrouve des primates aux sociétés humaines, et la mobilité féminine entre groupes est ici l’explication la plus plausible du motif observé. Pour une fois, nous disposons donc d’un point d’appui concret sur l’organisation sociale néandertalienne.
Et cette tendance profonde à la dispersion féminine change beaucoup de choses car dès lors tout un monde social devient pensable : échanges de femmes entre groupes, intégrations asymétriques, circulations réciproques ou non, alliances, captures, ou formes plus dures encore de relations intergroupes. À partir de là, la question n’est plus seulement de savoir quel chromosome a survécu, mais dans quel type de société ces transmissions ont eu lieu. Et cette seule possibilité suffit déjà à déplacer la lecture du papier de Science, car l’asymétrie génétique observée pourrait alors relever d’un monde social, encore inexploré, structuré par des règles de résidence, de circulation et d’échange.
Intégrer les contraintes de l’anthropologie culturelle aux lectures biomoléculaires permet d’autres basculements. En Belgique, le site de Goyet a livré les ossements de quatre néandertaliennes et de deux immatures. Les traces de découpe y sont nettes sur cinq d’entre eux. Le profil démographique de cet assemblage apparaît trop singulier pour relever d’une mortalité ordinaire. Les signatures isotopiques suggèrent une origine géographique non locale. Les auteurs avancent l’hypothèse d’un cannibalisme lié au conflit, une prédation ciblant les femelles des groupes voisins. Si cette interprétation est juste, elle dit quelque chose de brutal. Ici les relations entre groupes néandertaliens ne relevaient pas d’un monde sentimental mais de la capture, de la mise à mort et de la consommation de l’autre.
Les données peuvent effectivement être lues ainsi, mais ce dossier oblige aussi à la prudence. Le corpus est réduit. Les fouilles sont anciennes. Les données spatiales manquent. L’identité du groupe local prédateur n’est pas directement observée. Ici encore, les traces ne parlent pas d’une seule voix.
C’est alors qu’un renversement devient possible. Si l’on quitte un instant le seul regard biomoléculaire pour revenir au social, une société patrilocale change profondément le sens des corps. Les femmes viennent d’autres groupes, mais dans des mondes où la mobilité féminine est un schéma commun, des grands singes jusqu’aux sociétés humaines, l’interprétation de ce signal devient immédiatement plus subtile.
Le constat d’un cannibalisme affectant des femmes provenant de régions voisines peut donc se lire comme la simple prédation sur des étrangères. Mais il ne peut exclure une autre lecture, celle d’un traitement interne, ritualisé, de femmes venues d’ailleurs, mais désormais pleinement intégrées au groupe. La biologie et la génétique ne peuvent nous dire si un individu né ailleurs reste un étranger ou devient un membre plein et entier de mon propre monde social.
Retournons alors à l’étude de Science. C’est ici qu’il faut être très précis sur ce qu’elle démontre réellement. Le signal d’ascendance sapiens mobilisé par les auteurs renvoie à un épisode très ancien, autour de 250 000 ans. Leur démonstration ne repose donc pas sur l’observation directe du principal métissage qui a laissé sa trace chez les humains actuels. Elle suppose que le même mécanisme génétique aurait été encore à l’œuvre 200 000 ans plus tard, au moment des ultimes contacts entre Sapiens et Néandertal.
Si l’on considère la très forte tendance à la mobilité des femelles, un paradoxe apparaît et met profondément en tension l’extrapolation proposée par l’article de Science. Si des femmes sapiens entraient réellement et régulièrement dans des groupes néandertaliens, on s’attendrait à voir persister, chez les derniers néandertaliens, un signal génétique récent d’ascendance sapiens. Or, ce n’est pas ce que montrent les données disponibles. Chez les premiers Sapiens anciens d’Eurasie, l’héritage néandertalien est constant. En revanche, les génomes néandertaliens exploités jusqu’alors ne documentent aucun apport récent sapiens au sein des dernières populations néandertaliennes. Le flux génétique reconnu au moment des contacts fonctionne donc dans une seule direction, de Néandertal vers Sapiens.
Une autre hypothèse anthropologique devient alors pensable. Dans un monde patrilocal, la circulation des femmes ne règle pas seulement la reproduction mais structure les alliances entre groupes. Si l’échange cesse d’être réciproque, c’est toute la relation qui change. La formule est rude, mais elle dit bien ce paradoxe :
« Je prends ta sœur, mais je ne te donne pas la mienne. »
Il ne s’agit pas d’en faire une description mécanique de chaque croisement, mais cette formule nomme une structure possible : celle d’un rapport inégal entre ces humanités, voire d’une dissymétrie sociale durable entre groupes néandertaliens et sapiens. C’est ce lien entre flux génétique à sens unique, patrilocalité et non-réciprocité de l’échange qui m’avait conduit, dans Néandertal nu en 2022, à relever ce paradoxe singulier : « Néandertal, Sapiens, je t’aime, moi non plus. »
Replacé dans ce cadre, le sens des signatures moléculaires bascule. L’asymétrie ne se lit plus comme la trace fossile d’une préférence, mais comme l’un des effets possibles d’un rapport structurellement inégal entre populations humaines. Ajoute-t-on à cela le fait que les chromosomes sexuels éliminent plus vite certains apports génétiques, et le tableau change encore. Ce que l’on croyait lire comme un roman du désir pourrait bien relever, plus profondément, de structures sociales asymétriques.
Projeter sur la très longue histoire de l’humanité nos récits de désir, de goût et de préférence nous permet de rester dans notre zone de confort. Mais la confrontation à l’altérité est toujours plus rude. Nos valeurs n’ont aucune universalité spontanée. Elles ne peuvent servir de socle pour penser les mondes disparus. Les rencontres entre Néandertal et Sapiens ne se laissent réduire ni à des amours passées ni à des guerres simplement transposées depuis nos imaginaires modernes. Ce que les chercheurs tentent d’approcher, ce sont des structures sociales, des formes d’échange, des frontières entre groupes, la qualité des alliances, des manières de faire monde.
Pour cela, aligner des chromosomes ou des isotopes ne suffit pas. La paléoanthropologie doit retrouver son sens plein. Elle n’est pas seulement science des os mais étude éthologique, culturelle et sociale des sociétés humaines du passé.
La difficulté n’est donc pas de choisir entre des disciplines certaines et d’autres fragiles, mais d’apprendre à faire dialoguer des champs de savoir qui travaillent tous, chacun à leur manière, sur des traces incomplètes.
La vraie leçon est peut-être là. Les chromosomes ne nous racontent pas une petite histoire d’amour entre populations. Ils ouvrent vers des questions bien plus vastes. Qui entre dans le groupe. À quelles conditions. Selon quelles règles de circulation. Sous quelle réciprocité ou non-réciprocité. Avec quelle violence, parfois. Et surtout avec quelle transformation du statut des personnes.
Le corps, sa peau, ses os, ses gènes, ses isotopes, ne nous diront jamais rien de la réalité de l’individu dans un corps social. L’humain est cette créature qui n’est pas réductible à sa matière.
Chez les humains, l’étranger ne naît que du regard qui l’exclut.
Alors oui, la question est bien une question de goût. Mais pas forcément au sens où l’ont entendu les grands médias. Ce que les journaux ont transformé en affaire de préférence sentimentale pourrait bien relever, en réalité, de quelque chose de beaucoup plus profond et, parfois, dans certaines formes de cannibalisme, de beaucoup plus littéral…
Les illustrations de cet article sont extraites de la bande dessinée Néandertal nu, de Frédéric Bihel et Ludovic Slimak, publiée chez Odile Jacob, 2026.
Ludovic Slimak ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.