14.08.2026 à 13:11
Le naturisme, laboratoire des tensions touristiques : comment cohabiter entre vacanciers ?
14.08.2026 à 13:11
Le naturisme, laboratoire des tensions touristiques : comment cohabiter entre vacanciers ?

L’ESSENTIEL
À Euronat, dans le Médoc, le plus grand centre naturiste d’Europe, il arrive que l’on croise des gens habillés, que l’on surnomme des « textiles ».
Une telle cohabitation change totalement la nature de l’expérience et peut provoquer un léger malaise, autant chez les naturistes que chez les « textiles », car chacun se sent observé.
Pour les lieux qui accueillent des touristes, un effort de communication et un ajustement des espaces s’avèrent nécessaire afin que tout le monde puisse profiter de ses vacances.
Imaginez un endroit où l’on vient depuis cinquante ans pour se libérer des contraintes sociales. Où la nudité n’est pas une provocation, mais une philosophie, celle du respect de soi, des autres et de la nature. Bienvenue à Euronat, le plus grand centre naturiste d’Europe, situé sur la côte atlantique française. Ici, pas de vêtements pour cacher ou révéler les inégalités sociales, pas de jugements sur les corps.
Pourtant, depuis quelques années, un nouveau phénomène bouscule cette utopie avec l’arrivée de touristes « textiles », c’est-à-dire de vacanciers qui n’adoptent pas la nudité comme tenue de vacances. Et avec eux, une question cruciale émerge : comment concilier l’identité historique d’un lieu avec l’ouverture à une clientèle plus diverse ?
Cette situation n’est pas propre au naturisme. Elle résonne avec bien d’autres destinations, où des publics aux attentes radicalement différentes doivent cohabiter, au risque de modifier l’image de la destination.
Et si un camping naturiste nous offrait une leçon sur l’art de vivre ensemble en vacances ?
Le naturisme n’est pas qu’une question de vêtements ou d’absence de vêtements. C’est une révolution sociale miniature. Dès le XIXᵉ siècle, des penseurs, comme Heinrich Pudor en Allemagne, ou des mouvements, comme le Lebensreform, ont défendu l’idée que la nudité était un retour à l’authenticité, une libération des carcans de la société industrielle. Le naturisme fait de la (re)connexion à la nature une priorité.
Pour les habitués, c’est une expérience libératrice. Mais quand des touristes textiles débarquent, la magie peut s’effriter. Pourquoi ? Parce que le regard change tout.
En 1990, le sociologue John Urry a théorisé le « tourist gaze » (« regard touristique »), c’est-à-dire l’idée que les touristes ne se contentent pas de visiter un lieu, ils l’interprètent à travers leur regard. Plus tard, des chercheurs, comme la chercheuse israélienne en anthropologie Darya Maoz, ont montré que ce regard était réciproque puisque les locaux observent les touristes, et les touristes s’observent entre eux.
À Euronat (Gironde), cette dynamique prend une dimension particulière. Les naturistes peuvent avoir l’impression d’être observés comme des curiosités par les touristes « textiles ». À l’inverse, ces derniers peuvent se sentir mal à l’aise, ne sachant où poser les yeux ou, au contraire, être fascinés par cette liberté nouvelle.
Ce phénomène, appelé « intra-tourist gaze » (c’est-à-dire le regard que les touristes portent sur les autres touristes), n’est pas anodin, il est comme un miroir tendu.
Pour les naturistes, le corps, habituellement libéré, redevient soudain l’objet d’un examen minutieux. Pour les touristes « textiles », la nudité des autres peut provoquer une dissonance cognitive :
« Est-ce que je dois me déshabiller ? Est-ce que je suis à ma place ici ? »
Les résultats d’une étude menée sur des commentaires de clients d’Euronat montrent que des tensions peuvent émerger. D’un côté, certains naturistes estiment que la présence de « textiles » dénature l’esprit du lieu :
« En tant que couple naturiste, nous venons à Euronat pour passer nos vacances nus, mais comme la majorité des visiteurs se promènent habillés, on a l’impression d’être dans un zoo, et on nous regarde comme si c’était nous qui étions bizarres. »
– R96, septembre 2019.
De l’autre, des vacanciers « textiles » se sentent exclus ou jugés :
« L’établissement dispose de trois piscines extérieures et de deux piscines intérieures ; je pense donc qu’ils pourraient au moins prévoir un espace réservé aux personnes qui ne souhaitent pas se mettre nues en présence d’inconnus. La seule raison que je vois pour obliger les gens à se mettre nus, c’est pour que les autres naturistes se sentent à l’aise, mais c’est justement pour cette même raison que nous ne voulions pas nous déshabiller dans la piscine. »
– R86, juillet 2019.
Cette tension peut conduire à dégrader l’image de la destination qui doit trouver un équilibre entre fidélité à son identité et ouverture à de nouveaux publics.
Ce qui se passe à Euronat n’est qu’un exemple parmi d’autres de conflits d’usage en tourisme. Partout dans le monde, des destinations doivent gérer des publics aux attentes opposées.
Un village « authentique » envahi par des excursionnistes qui ne font que passer doit préserver son âme tout en accueillant ces visiteurs éphémères. Un resort prisé par des jeunes couples en lune de miel qui doivent cohabiter avec des familles en vacances scolaires doit aussi gérer cette variété de publics.
Dans tous ces cas, le problème n’est pas la diversité, mais son encadrement. Sans règles claires, sans communication adaptée, les tensions montent. À Euronat, certains visiteurs regrettent l’époque où tout le monde était nu. D’autres, au contraire, apprécient cette mixité, qui permet de découvrir le naturisme en douceur. Qui a raison ? Ni les uns ni les autres. La vérité est que la destination doit évoluer sans se renier.
Alors, comment concilier préservation de l’identité et ouverture à la diversité ? Voici quelques pistes inspirées des recherches en tourisme ou des pratiques déjà adoptées par certaines destinations.
Créer des espaces dédiés peut être une solution efficace. À Euronat, comme dans d’autres lieux naturistes, des zones 100 % naturistes comme les piscines ou les plages sont dédiés à ceux qui veulent vivre pleinement l’expérience. Cette segmentation spatiale permet à chacun de trouver sa place, sans imposer ses normes aux autres. Une approche déjà utilisée avec succès dans d’autres destinations, comme les plages naturistes en Croatie ou en Espagne.
Éduquer et informer est également essentiel. Beaucoup de tensions viennent de malentendus. Des ateliers d’introduction au naturisme, des panneaux explicatifs ou des guides de bonnes pratiques pourraient aider à démystifier cette philosophie et à faciliter la cohabitation.
Raconter une histoire commune est une autre piste. Toute destination peut avoir une identité forte. Pour la préserver, il faut la mettre en avant à travers le marketing, les animations, les récits des visiteurs. Organiser des événements qui célèbrent les valeurs du lieu comme des ateliers sur le respect de l’environnement ou des discussions peut aussi renforcer ce sentiment d’appartenance.
Si selon Sartre, « l’enfer, c’est les autres », d’après le sociologue Jean-Didier Urbain, « le touriste, c’est toujours l’autre ». Dans un monde où les voyages se démocratisent et où les destinations accueillent des publics toujours plus variés, il devient inévitable d’être confronté à des groupes aux pratiques, valeurs et attentes différentes. Que l’on soit naturiste, « textile », voyageur de luxe ou routard (backpacker), chacun porte un regard sur les autres et subit le leur.
Pour que les destinations maîtrisent leur image et garantissent des séjours de qualité, il est essentiel de prendre conscience de ces regards croisés et de veiller à leur alignement. C’est dans cette harmonie des perspectives que réside la pérennité des lieux et le plaisir de tous.
Élodie Manthé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
14.08.2026 à 13:10
Pourquoi les riches achètent-ils de plus en plus de whisky de prestige ?
Les whiskys rares ont vu leur valeur progresser de 190 % en dix ans. Les raisons évoquées : la rareté, la passion, les valeurs refuges et, surtout, la diversification des portefeuilles financiers des grandes fortunes. N’y a-t-il pas d’autres raisons ?
Début 2024, lors d’une vente aux enchères, le collectionneur états-unien Mike Daley, acquiert une bouteille de The Emerald Isle, le single malt triple distillation le plus rare, trente ans d’âge, pour 2,8 millions de dollars états-uniens, soit 2,43 millions d’euros. Le précédent record mondial était détenu par une bouteille de The Macallan 1926, vendue en novembre 2023 à Londres pour 2,5 millions d’euros.
Au cours des dix dernières années, le Knight Frank Luxury Investment Index (KFLII) – l’une des références pour les professionnels de la gestion de fortune – montre que les whiskys rares ont vu leur valeur progresser d’un peu plus de 190 %.
C'est pourquoi, dans une étude, je cherche à comprendre les relations entre les whiskys rares et les opportunités qui en découlent. Pour ce faire, j’utilise les indices Rare Whisky 101, références pour les amateurs, collectionneurs et investisseurs.
Les indices de whisky, comme celui de Rare Whisky 101, sont construits de la même manière que les indices boursiers. Ils suivent l’évolution de la valeur des whiskys de prestige au fil du temps.
Il existe trois catégories d’indices :
cinq indices mesurent la performance d’un marché : les cinquante plus vieux whiskys, les cent bouteilles iconiques de collection, les cent bouteilles iconiques japonaises, les cent bouteilles à grain simple, les mille bouteilles les plus performantes ;
vingt-deux indices sont spécifiques à une distillerie : Brora, Browmore, Port Ellen ou Rosebank ;
huit indices sont spécialisés sur les bouteilles de collection : Diageo, Game of Thrones ou malts rares.
La variation du prix d’un whisky rare entraîne la hausse ou la baisse de la valeur d'un des indices de la célèbre eau-de-vie. Afin de connaître les opportunités d’investissement, j'ai regardé quel indice est le plus influent – sa variation impacte celle d’un autre indice – ou le plus influencée – sa valeur varie en fonction de la variation d’un autre indice.
Mon étude montre que le RW Apew 1 000, qui suit les mille bouteilles de whisky rare les plus performantes, est influencé par tous les autres indices.
Sur le marché des whiskys de collection, le Macallan 18 (18 ans d’âge) est l’indice le plus influent. La variation de sa valeur affecte celle de tous les autres whiskys. À l’opposé, la valeur de l’indice rare Malts, lancée en 1995 par la société Distillers Company Ltd (DCL), qui a par la suite été intégrée au groupe Diageo (propriétaire de Guinness), varie dès lors que l’un des autres indices croît ou décroît.
S’agissant des indices spécifiques aux distilleries, Caol Ila est la distillerie qui subit le plus la variation de la valeur de ces consœurs. Quant à Talisker, elle ne subit l’influence d’aucune autre marque iconique.
Les riches ménages, qui détiennent plus du quadruple du patrimoine médian, 820 400 euros, ou les 10 % les plus fortunés qui détiennent au moins 857 700 euros, recherchent des valeurs refuges. Autrement dit, un moyen de protéger et diversifier leur patrimoine dans un contexte économique incertain.
Les actifs tangibles – physiques, palpables et concrets –, peuvent y répondre. Cette catégorie d’actifs inclut les investissements passion avec, en son sein, les whiskys rares.
La rareté fournit une autre explication de cet engouement. Les bouteilles les plus prisées sont produites en quantités limitées. Par exemple, lancée au début du siècle avec une production de seulement soixante bouteilles, The Macallan Fine & rare Collection est devenue la plus grande collection de whiskys single malt millésimé au monde.
En Écosse, la rareté provient à la fois de la cessation de l’activité des distilleries durant la Seconde Guerre mondiale et du ralentissement, voire de l’arrêt de la production, à la suite de la difficulté d’écoulement des bouteilles après les deux premiers chocs pétroliers. Les collectionneurs prisent particulièrement ces flacons rares issus de cette époque.
L’ouverture des marchés asiatiques – Chine, Hongkong, Singapour et Taïwan – et états-unien, conjuguée aux possibilités d’achat et de vente en ligne, attisent cette frénésie.
Des centaines de distilleries artisanales ont vu le jour, d’abord aux États-Unis puis dans le monde entier. On compte aujourd’hui 150 distilleries en France, une quarantaine en Chine et plus d’une vingtaine de pays producteurs, tandis que plusieurs distilleries ont rouvert leurs portes en Irlande et en Écosse.
Sur le plan culturel, le whisky bénéficie d’une image associée au prestige, au savoir-faire et à l’histoire. Les ouvrages de référence de Dave Broom, Michael Jackson, Charles McLean et de Neil Ridley et Gavin Smith rappellent que le whisky s’est construit depuis plusieurs siècles comme un produit où se rencontre tradition, artisanat, terroir et excellence technique.
Les travaux en sociologie du luxe montrent que les élites recherchent des biens qui permettent à la fois de se distinguer et de montrer une compétence culturelle. Le whisky rare répond parfaitement à cette logique : rareté, prix élevés, éditions limitées, accès restreint pour la distinction et connaissances des distilleries, des terroirs, des techniques de vieillissement et des profils aromatiques.
À lire aussi : Comment un seul tonneau de whisky a-t-il pu coûter plus cher que la distillerie tout entière ?
Les distilleries écossaises ou japonaises cultivent cette dimension. Elles mettent en avant des récits de tradition, de terroir et de maîtrise technique. Par exemple, Highland Park crée un récit centré sur les racines vikings des îles Orcades, met en avant la tourbe locale, le vent marin et le climat froid.
Yamazaki, première distillerie japonaise en 1923, axe son récit sur l’harmonie entre tradition écossaise et culture japonaise. Le Hakushu 25 ans, très prisés des élites japonaises, incarne une forme de luxe vert.
Ces éléments créent un marché où le capital culturel se combine au capital financier. En parallèle, le whisky bénéficie d’un effet de mode alimenté par les stars, les blogs, les influenceurs et les classements spécialisés. L’ensemble de ces facteurs influence les comportements des investisseurs et contribue à la dynamique spéculative observée sur certaines bouteilles.
Certaines maisons de spiritueux développent des gammes spécifiquement destinées aux investisseurs, créant une financiarisation du luxe.
Elles produisent des éditions limitées, publient des certificats d’authenticité et collaborent avec les grandes maisons de vente. Diageo est l’acteur le plus structuré dans la création de gammes destinées aux collectionneurs et investisseurs. Par exemple, les séries Prima et Ultima sont ultralimitées, souvent de derniers fûts d’une distillerie ou les premiers d’une nouvelle ère.
La création d’indices de prix comme Whiskystats Whisky Index ou ceux de Rare Whisky 101, apporte une information fiable aux investisseurs et transforme le whisky en actif standardisé. Ils renforcent l’idée que les bouteilles peuvent être achetées, conservées et revendues comme des œuvres d’art ou des montres de collection. Cette relative liquidité renforce l’attractivité des whiskys rares.
Contrairement aux idées reçues, de nombreux whiskys de très grande qualité – même anciens – n’atteignent pas toujours des prix exorbitants. Certains whiskys, dits « de collection », vieillis et mis en bouteille et commercialisés il y a plusieurs décennies, ne coûtent que quelques centaines d’euros. On peut, par exemple, investir dans une bouteille affichant dix ans d’âge, mais produite il y a cinquante ans (distillée vers 1970 et embouteillée vers 1980).
Les vieux blends (assemblages) peuvent également réserver de magnifiques surprises. Dans les années 1950 ou les années 1960, l’industrie du whisky n’était pas encore structurée comme aujourd’hui. Les distilleries, moins soucieuses de réduire les coûts, assemblaient des whiskys anciens d’excellente qualité avec des whiskys plus jeunes.
Éric Le Fur ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
14.08.2026 à 13:08
Dans les mines d’or de Guyane, le bilan mitigé de la réhabilitation des sols

En Guyane française, de nombreuses normes régulent les activités minières pendant et après l’exploitation. Ces mesures de réhabilitation se concentrent essentiellement sur la limitation des exports de particules vers les rivières. C’est essentiel, mais ce n’est qu’une partie du problème. Même lorsque l’érosion des sols miniers est maîtrisée, ces sols restent relativement stériles (peu de nutriments et de diversité microbienne), ce qui peut mettre un frein à une réhabilitation efficace des anciennes mines.
Territoire français d’outre-mer, la Guyane présente des formations géologiques riches en or dans ses ceintures de roches vertes. Alors que le cours de l’or ne cesse d’augmenter, les activités d’orpaillage augmentent partout dans le monde, et également en Guyane. Les techniques pour l’extraire y prennent diverses formes, légales ou non, qui fonctionnent en parallèle.
L’orpaillage illégal, qui n’est par nature pas régulé, implique l’utilisation de mercure pour récupérer l’or, et entraîne une contamination des rivières et sols environnants.
Les mines d’or légales en Guyane ont, au contraire, l’interdiction d’utiliser du mercure dans le procédé d’extraction de l’or, mais cela ne signifie pas que leur impact sur l’environnement est négligeable. Des normes ont été mises en place pour limiter au maximum l’impact de l’exploitation minière pendant et après l’exploitation. Dans ce cadre, les compagnies minières ont l’obligation de réhabiliter leurs sites miniers après exploitation.
Mais ces techniques, si elles limitent l’érosion des sols, ne suffisent pas à relancer toutes leurs fonctions biologiques. J’ai consacré mon travail de doctorat à mieux comprendre l’impact de la réhabilitation de sites miniers.
Rappelons d’abord, pour comprendre les implications de l’orpaillage sur l’environnement, que l’extraction de l’or implique le déplacement de la couche superficielle du sol pour accéder à la couche aurifère.
Ces sols, déstructurés et mis à nu, sont rendus plus sensibles à l’érosion et engendrent de forts exports de particules vers les rivières avec des effets néfastes sur les écosystèmes fluviaux. De plus, les sols guyanais (et amazoniens en général) sont naturellement riches en mercure, produit d’une accumulation de mercure atmosphérique vers les sols sur des millions d’années.
Le mercure associé à ces sols est donc lui aussi remobilisé vers les rivières, où il peut entrer dans la chaîne alimentaire et poser des problèmes sanitaires.
À lire aussi : Au Sénégal, les petits exploitants d'or utilisent encore du mercure toxique : comment réduire les dégâts ?
Dans le cas de l’orpaillage légal, la réhabilitation consiste en un terrassement du site minier, une remise en place du cours d’eau exploité, et une plantation d’arbres sur au moins 30 % de la surface du site minier.
Une étude à laquelle j’ai participé a montré que, lorsqu’une réhabilitation est mise en place, l’érosion est divisée par trois sous six mois. Après trois ans, elle devient quasi nulle. Étant donné que la grande majorité du mercure est associé aux particules, une réduction de l’érosion entraîne par la même occasion une diminution des exports de mercure vers la rivière.
Cette rapide stabilisation des sols est permise essentiellement par une repousse spontanée d’espèces herbacées sur la surface d’un site minier, plutôt que par la végétalisation opérée par l’entreprise minière. Ceci ne signifie pas que les actions de réhabilitation sont inutiles. En effet, les travaux de terrassement et de retraçage (c’est-à-dire la restauration de leur tracé naturel) du cours d’eau contiennent dans un espace délimité l’inondation des sols et aident à la prolifération des plantes herbacées.
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Cependant, une couverture superficielle de plantes herbacées n’est pas suffisante pour permettre une réhabilitation efficace d’un site. L’objectif final est d’obtenir une forêt secondaire.
Pour passer d’un stade végétatif (herbacées et arbustes) à un stade forestier, les sols doivent récupérer leurs fonctions. Celles-ci sont fournies par une combinaison de caractéristiques qui incluent les propriétés physiques du sol, les organismes qui y sont présents et les nutriments disponibles.
Un suivi de différents indicateurs biologiques du sol (diversité microbienne, nutriments, activité enzymatique) a donc été effectué dans des sols miniers guyanais sur cinq ans. Au final, aucune évolution de ces différents indicateurs n’a été observée au cours de ces cinq années. Ils sont restés à des niveaux très largement inférieurs à ceux observés dans la forêt environnante.
On peut en conclure que les techniques de réhabilitation actuelles sont efficaces pour limiter l’érosion des sols, mais qu’elles le sont bien moins pour stimuler la récupération des fonctions du sol et réenclencher les différents cycles du carbone et de l’azote.
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Une source d’espoir existe toutefois. Si aucune évolution temporelle n’a été observée dans cette étude, des différences spatiales ont été constatées.
En bordure du site minier, les indicateurs d’activité enzymatique et de concentration d’azote et carbone dans les sols sont plus élevés qu’à l’intérieur du site minier. Ceci peut être expliqué par un apport de matière organique, de microorganismes, ou encore de graines provenant de la forêt avoisinante lors des pluies.
Cet effet, largement étudié par ailleurs et appelé « effet lisière », engendre probablement une reforestation efficace des sites minier à partir des bords, vers l’intérieur.
Actuellement, les agences de régulation de l’État fixant les normes de réhabilitation se focalisent essentiellement sur les réductions d’export de particules vers les rivières. Cet objectif est globalement atteint.
Cependant, une attention particulière devrait être également portée aux fonctions du sol, afin d’éviter que les sites réhabilités ne stagnent au stade végétatif sans vraie reprise forestière.
Il existe d’ailleurs des entreprises locales qui commercialisent des plants d’arbre déjà innoculés avec des bactéries capables d’assimiler l’azote de l’atmosphère, de l’intégrer dans les sols et, par conséquent, de faciliter leur revégétalisation.
Ces stratégies permettent une récupération des fonctions du sols plus rapide, et donc une réhabilitation plus efficace, mais viennent bien sûr avec un coût additionnel.
Naomi Nitschke a reçu des soutiens financiers de l'entreprise minière GAIA-SAS. Elle a été employée dans cette même entreprise pendant trois ans.