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27.06.2026 à 11:50

Pourquoi le CO₂ des vols influence si peu nos choix (et comment y remédier)

Benjamin Boeuf, Professeur en marketing, IESEG School of Management et LEM-CNRS 9221, IÉSEG School of Management
Céline Flipo, Assistant Professor, Human Resources Management, IÉSEG School of Management
Si les consommateurs ne tiennent pas tant compte de l’impact en CO₂ des vols, c’est peut-être une question de forme. La manière dont une information est présentée a une influence sur les comportements.

Texte intégral (1173 mots)

Pour qu’une information ait un impact sur le comportement d’un consommateur, il ne suffit pas de la lui donner. Encore faut-il que l’information soit communiquée de façon compréhensible pour pouvoir être facilement transformée en action. Illustration avec le choix d’un vol en fonction du nombre de kilogrammes de CO₂ consommés par ce trajet.


Vous cherchez un vol sur Internet. Deux options s’offrent à vous : l’une est légèrement moins chère, l’autre un peu plus rapide. À côté du prix et de la durée : les émissions de CO₂ du trajet, exprimées en kilogrammes. Vous hésitez, puis vous choisissez… le vol le plus polluant.

Depuis quelques années, des plateformes, comme Google Flights ou Skyscanner, affichent l’empreinte carbone des vols. L’objectif est clair : inciter les voyageurs à intégrer l’impact environnemental dans leurs décisions. Sur le papier, tout est là pour orienter les choix vers les vols les moins polluants.

Pourtant, dans les faits, cela change peu de choses. Pourquoi ? Parce que pour qu’une information environnementale influence une décision, encore faut-il qu’elle soit comprise, interprétée et jugée pertinente au moment du choix. Or, la plupart du temps, ce n’est pas le cas.


À lire aussi : Impact du transport aérien sur le climat : pourquoi il faut refaire les calculs


Le pouvoir discret des interfaces

Les sites de réservation en ligne comme Google Flights ne se contentent pas d’afficher des informations ; ils organisent les décisions. En hiérarchisant les résultats, en mettant en avant certains critères et en en reléguant d’autres, ces plateformes construisent ce que les économistes comportementaux appellent une « architecture des choix ».

Dans ce contexte, la manière dont l’impact environnemental est présenté devient déterminante. Une information visible mais difficile à interpréter peut rester sans effet. Autrement dit, il ne suffit pas de rendre l’information disponible. Il faut la rendre actionnable.

Des kilogrammes qui pèsent peu

Aujourd’hui, les émissions sont généralement affichées en kilogrammes de CO₂ par passager. Cette unité est précise, mais elle reste largement abstraite. Que représentent 800 kg de CO₂ pour un trajet long-courrier ? Est-ce beaucoup ? Est-ce peu ? Comment comparer deux ordres de grandeur proches ?

Faute de repères, cette information peine à s’imposer face à des critères plus familiers comme le prix ou la durée du vol. Elle reste en périphérie de la décision, sans réellement peser sur le choix final. Ce phénomène est bien documenté : une information trop technique ou trop éloignée de l’expérience quotidienne a peu de chances d’être intégrée dans un arbitrage rapide.

Rendre l’impact concret change les arbitrages

C’est précisément ce point que nous avons exploré dans une recherche récente. À partir de deux expériences, nous avons comparé l’effet de différentes présentations de l’information carbone lors d’un choix de vol. Dans certains cas, les émissions étaient simplement indiquées en kilogrammes de CO₂. Dans d’autres, elles étaient accompagnées d’équivalents concrets, par exemple en termes d’absorption par des arbres ou de consommation de carburant.

Le résultat est clair. Lorsque l’information est présentée de manière standard, elle n’a pas d’effet significatif sur les intentions de choix. En revanche, lorsqu’elle est rendue plus concrète, les individus sont moins enclins à sélectionner les vols les plus polluants.

Quand l’information devient saillante

Cette différence s’explique par un mécanisme simple : la saillance. Une information saillante est une information qui attire l’attention et qui est perçue comme importante dans la décision. Les équivalents concrets permettent précisément cela, puisqu’ils traduisent une donnée abstraite en une représentation plus familière, plus immédiatement compréhensible.

Dire qu’un vol correspond à « ce que X arbres absorbent en un an » ou à « X litres de carburant consommés » facilite la projection mentale. L’impact environnemental devient plus tangible, et donc plus difficile à ignorer. À l’inverse, une information exprimée uniquement en kilogrammes reste souvent trop distante pour influencer un arbitrage rapide.

Ces résultats montrent plus largement que l’effet de l’information environnementale dépend fortement de la manière dont elle est présentée. À ce titre, ils éclairent les débats actuels sur la réduction de l’empreinte climatique des transports, qu’il s’agisse de taxation, de quotas ou de dispositifs comme les « passeports carbone ».

Brut 2019.

Une question de forme

Ce constat ne se limite pas aux vols. Dans de nombreux secteurs, l’information environnementale est communiquée sous des formes techniques (grammes de CO₂, kilowattheures…) et est difficile à comprendre pour les individus. Dans l’automobile ou l’énergie, par exemple, les débats autour de l’affichage environnemental portent précisément sur la difficulté à rendre ces données compréhensibles pour les consommateurs.

Dans tous ces cas, l’efficacité de l’information repose moins sur sa présence que sur sa forme. Rendre les émissions tangibles constitue, de ce point de vue, un levier simple et peu coûteux. Sans contraindre les choix, cela modifie la manière dont ils sont perçus. C’est précisément le principe des nudges, ces incitations douces qui orientent les comportements sans les restreindre.

L’enjeu n’est donc pas seulement de mesurer l’impact environnemental des activités, mais de le rendre intelligible et pertinent au moment de la décision. Tant que le CO₂ restera une abstraction, il continuera à peser peu dans nos arbitrages.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

27.06.2026 à 08:39

Autour des bois, quelques arbres peuvent faire une grande différence pour la biodiversité

Anderson Saldanha Bueno, Professor, Instituto Federal Farroupilha (IFFar)
Carlos A. Peres, Professor of Tropical Conservation Ecology, University of East Anglia
Chase Mendenhall, Conservation Scientist
Planter des arbres, restaurer des forêts riveraines ou développer l’agroforesterie autour des forêts pourrait limiter les extinctions locales d’oiseaux, en particulier dans les plus petits fragments.

Texte intégral (1939 mots)
La biodiversité se joue aussi en dehors des limites de la forêt Florencia Dalla Lasta/Unsplash, CC BY

Une étude menée dans 17 pays montre que de petits fragments forestiers peuvent abriter bien plus d’espèces d’oiseaux que leur taille ne le laisse penser lorsque leur environnement est favorable.


« Les grandes surfaces abritent davantage d’espèces. » Il s’agit de l’une des lois les plus solidement établies de l’écologie, qui explique pourquoi les grands espaces naturels bénéficient généralement d’une plus forte attention dans les stratégies de conservation. Dans les paysages fragmentés, cette logique a également conduit à considérer les petits fragments forestiers comme des milieux de moindre valeur pour la biodiversité.

Mais est-il possible d’augmenter le nombre d’espèces présentes dans un fragment forestier sans en accroître la superficie ? C’est ce qu’établit notre étude, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Lorsque l’environnement qui les entoure est favorable, de petits fragments forestiers peuvent abriter bien davantage d’espèces d’oiseaux que ce que leur seule superficie laisserait prévoir.

Des paysages forestiers fragmentés

Les paysages forestiers transformés par les activités humaines sont composés de fragments forestiers de tailles variées, entourés d’autres types de milieux, regroupés sous le terme de matrice. Cette matrice peut être terrestre, comme les pâturages, les cultures agricoles ou les zones urbaines, ou aquatique, comme les réservoirs des barrages hydroélectriques.

Outre cette matrice, l’environnement des fragments peut également comprendre de la végétation arborée, notamment des arbres dispersés, des forêts riveraines ou d’autres fragments forestiers situés à proximité. Ensemble, la matrice et cette végétation arborée constituent l’environnement des fragments forestiers.

Taux de boisement et fragmentation des espaces forestiers en France. IGN -- Atelier de cartographie thématique

L’apport de l’environnement

Pour comprendre le rôle de cet environnement, nous avons rassemblé des données portant sur près de 2 000 espèces d’oiseaux recensées dans plus d’un millier de vestiges forestiers tropicaux et subtropicaux, répartis dans 50 paysages de 17 pays d’Amérique, d’Afrique et d’Asie. L’étude a comparé des fragments forestiers entourés de matrices terrestres modifiées par l’élevage, l’agriculture ou l’urbanisation à des îles forestières créées par des réservoirs hydroélectriques.

Les îles de réservoirs constituent un cas extrême de fragmentation en raison de l’hostilité écologique de la matrice qui les entoure. En les comparant à des fragments forestiers entourés de matrices terrestres, nous avons pu mesurer dans quelle mesure le remplacement d’une matrice aquatique par une matrice terrestre peut accroître le nombre d’espèces d’oiseaux dans des forêts de même superficie.

À l’aide d’images satellitaires, nous avons également mesuré la quantité de végétation arborée présente autour des vestiges forestiers à différentes distances, allant de 50 à 2 000 mètres. Cette approche nous a permis de déterminer jusqu’à quelle distance de la forêt l’augmentation de la couverture arborée exerce l’effet le plus important sur la richesse en espèces d’oiseaux.

Améliorer l’environnement augmente le nombre d’espèces

Les fragments forestiers entourés de matrices terrestres abritaient davantage d’espèces que les îles de réservoirs. Cet écart augmente à mesure que la superficie du fragment diminue. Ainsi, un fragment forestier d’un hectare peut accueillir plus de deux fois plus d’espèces qu’une île de même taille.

La quantité de végétation arborée entourant les vestiges forestiers est également déterminante. Dans les fragments comme sur les îles, une plus grande présence d’arbres dans le paysage environnant – en particulier dans un rayon de 300 mètres – se traduit par un nombre moindre d’extinctions locales. Cet effet est encore plus marqué chez les oiseaux dépendant des milieux forestiers, qui sont les plus sensibles à la fragmentation des forêts.

Comment les espèces perçoivent leur environnement

Les oiseaux qui vivent dans des fragments forestiers ne sont pas nécessairement confinés à l’intérieur de ceux-ci. Plus la matrice est accueillante et plus la végétation arborée est abondante dans les environs, plus les espèces sont susceptibles de se déplacer entre les fragments et d’exploiter les ressources disponibles dans la matrice, comme les insectes ou le nectar des fleurs.

La capacité de voler ne garantit pas aux oiseaux une libre circulation à travers la matrice ou entre les zones forestières. Certaines espèces adaptées aux sous-bois ombragés de la forêt ont tendance à éviter les milieux ouverts. De plus, de nombreuses espèces se déplacent principalement à l’intérieur de la forêt, sans avoir besoin d’effectuer de longs vols. C’est pourquoi même de simples pistes en terre peuvent limiter les déplacements des oiseaux entre des fragments voisins.

Cette mobilité est pourtant essentielle à l’échelle du paysage. Des fragments forestiers où certaines espèces ont disparu localement peuvent être recolonisés par des individus provenant d’autres fragments. Pour que ce processus de recolonisation soit possible, deux conditions doivent être réunies : les espèces doivent pouvoir traverser la matrice et disposer de fragments forestiers proches ou d’éléments arborés servant de relais le long de leur trajet, comme des arbres isolés ou des forêts riveraines, qui facilitent les déplacements entre des fragments plus éloignés.

L’environnement compte davantage pour les petits fragments

Dans les grands fragments forestiers, les espèces trouvent généralement suffisamment de nourriture, d’abris et d’espace pour se maintenir. Dans les petits fragments, en revanche, l’espace et les ressources disponibles peuvent être insuffisants pour soutenir de nombreuses populations d’oiseaux. Mais lorsque les oiseaux parviennent à exploiter des ressources situées en dehors du fragment et à rejoindre d’autres zones forestières, ils utilisent en réalité un territoire plus vaste que celui délimité par le fragment lui-même. C’est pourquoi les petits fragments bénéficiant d’un environnement favorable peuvent accueillir davantage d’espèces.

Or, la plupart des fragments forestiers sont de petite taille. Dans les régions tropicales et subtropicales, les paysages forestiers fragmentés sont constitués, dans leur immense majorité, de petits fragments. Dans la forêt atlantique d’Amérique du Sud, 80 % des fragments forestiers couvrent moins de cinq hectares. Autrement dit, la survie de la biodiversité dans les forêts résiduelles dépend largement de la qualité de leur environnement immédiat.

Des implications pour la conservation

De modestes augmentations de la couverture arborée dans un rayon de 300 mètres autour des fragments forestiers peuvent réduire de manière significative la perte d’espèces. Cela signifie que des actions locales peuvent produire des bénéfices réels pour la biodiversité : planter des arbres, restaurer les forêts riveraines, réhabiliter les zones dégradées ou développer les systèmes agroforestiers – comme les plantations de café et de cacao – peut rendre les paysages productifs plus favorables à la faune sauvage.

Dans un monde où les habitats naturels continuent de se réduire, ce constat porte un message d’espoir.

La protection des forêts et des autres habitats naturels reste, et restera, la stratégie centrale de conservation de la biodiversité. Mais notre étude montre que les efforts de conservation ne doivent pas s’arrêter aux limites de la forêt. En combinant la protection des milieux forestiers avec l’amélioration de leur environnement immédiat, il est possible d’accroître la valeur de conservation des fragments forestiers, en particulier des plus petits, qui sont les plus fréquents dans les paysages transformés par les activités humaines.

La taille est un facteur crucial, mais elle ne fait pas tout : ce qui se trouve à l’extérieur du fragment forestier contribue aussi à déterminer le nombre d’espèces qu’il peut abriter.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.


Texte intégral (1774 mots)

Alors que les populations d’une large partie de l’Europe suffoquent sous une vague chaleur sans précédent, l’urgence est d’adopter enfin des mesures coordonnées au plus haut niveau pour faire face à ces températures extrêmes.


Nous ne sommes qu’en juin, mais l’Europe subit déjà sa deuxième vague de chaleur extrême en deux mois. Les températures ont dépassé les 44 °C dans plusieurs régions du continent. Des alertes canicule sont désormais en vigueur dans plusieurs pays, dont six au niveau rouge, le plus extrême.

La France a placé 72 de ses 96 départements en alerte rouge. Au moins 40 personnes se sont noyées en tentant d’échapper à la chaleur.

En Espagne, les températures ont atteint un pic de 45,1 °C, avec 101 décès liés à la chaleur recensés rien qu’au mois de mai, soit le chiffre le plus élevé jamais enregistré pour ce mois.

Le Royaume-Uni a battu son record historique de température pour le mois de juin. Les villes ferment les écoles, les réseaux électriques sont mis à rude épreuve et les hôpitaux signalent une forte augmentation des urgences liées à la chaleur.

Mais rien de tout cela n’aurait dû être une surprise.

L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement sur Terre, à un rythme environ deux fois supérieur à la moyenne mondiale, et les scientifiques alertent depuis des décennies sur le fait que le changement climatique d’origine humaine allait rendre les vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Les projections actuelles prévoient que les cinq prochaines années battront encore davantage de records, faisant de ce phénomène une « nouvelle norme ».

Les étés que les Européens ont connus dans leur enfance n’existent plus. Les vagues de chaleur extrême ne constituent plus une anomalie, mais la nouvelle référence. Autrement dit, la question n’est plus de savoir si ces vagues de chaleur reviendront, mais si les villes européennes seront capables d’y résister.

Une catastrophe climatique qui n’est pas traitée comme telle

Les vagues de chaleur extrêmes font plus de victimes en Europe que tout autre phénomène climatique.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 175 000 personnes meurent chaque année à cause de la chaleur sur l’ensemble du continent européen.

Malgré ces chiffres, les températures extrêmes n’ont pas été traitées avec la même urgence que d’autres catastrophes, telles que les tempêtes, les feux de forêt ou les inondations. La plupart des gouvernements continuent d’improviser sans réponse coordonnée face aux vagues de chaleur extrême, celles-ci étant encore trop souvent considérées comme un simple désagrément météorologique plutôt que comme un danger mortel.

Ce cadrage commence toutefois à évoluer. Lors de la COP30, le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (NDRR) a lancé un nouveau cadre de gouvernance des risques liés aux vagues de chaleur extrême. Il a officiellement reconnu la canicule comme l’une des menaces climatiques les plus meurtrières et les moins bien gérées à l’heure actuelle.

Bien que ce cadre constitue un pas en avant, des décennies de politiques fragmentées, une réflexion axée sur les crises à court terme et un sous-investissement chronique dans les services publics ont laissé l’Europe dangereusement exposée.

En conséquence, chaque été qui s’écoule sans progrès significatifs est un été de plus qui coûtera des vies humaines.

L’Europe n’est pas construite pour ça

Un rapport récent de la Commission britannique sur le changement climatique a fait valoir que le pays a été conçu pour un climat qui n’existe plus, avertissant que les températures dépassant les 40 °C deviennent de plus en plus courantes. On pourrait en dire autant de pratiquement tous les pays européens.

Les villes ont été conçues pour une autre époque, avec des routes, des trottoirs et des bâtiments en béton qui absorbent et retiennent la chaleur plutôt que de la réfléchir, transformant les zones urbaines en véritables fournaises dont la température est supérieure de quatre à six degrés par rapport à leur environnement.

Plusieurs villes européennes ont déjà pris des mesures. Par exemple, Paris s’est engagée à planter 170 000 arbres dans les espaces publics, et Marseille procède au débitumage de places historiques et cartographie les itinéraires piétonniers ombragés.

Certains pays prennent des mesures en remplaçant les revêtements routiers classiques par des surfaces rafraîchissantes et de la peinture routière réfléchissante, en repensant les codes de construction et les espaces publics dans une optique de refroidissement passif.

Mais aucune de ces mesures ne s’attaque au problème sous-jacent. L’Europe continue d’être largement alimentée par les énergies fossiles, et ses systèmes alimentaires, son parc immobilier et ses réseaux de transport ont tous un lourd bilan carbone.

L’empreinte carbone de l’Union européenne (UE) s’élève à environ 9 tonnes équivalent CO₂ par personne et par an, ce qui est bien supérieur à la moyenne mondiale, qui est d’environ 5 tonnes.

Des progrès sont certes en cours, mais leur rythme n’est pas assez rapide.

Voyager en train reste plus cher que l’avion sur de nombreux itinéraires. Les normes de construction autorisent encore celle de bâtiments qui deviendront bientôt inhabitables. Les « îlots de fraîcheur » urbains, les cheminements ombragés dans l’espace public et les actions de proximité proactives auprès des personnes âgées vivant seules restent l’exception plutôt que la règle.


À lire aussi : « Refuges climatiques » : pourquoi l’Espagne est déjà une référence mondiale en matière de lutte contre les chaleurs extrêmes


Des plans d’action en cas de canicule existent dans certaines villes, mais peu d’entre eux sont juridiquement contraignants. Encore moins de localités disposent des budgets nécessaires pour concrétiser leurs ambitions.

Les actions individuelles ont leur importance – manger moins de viande ou prendre moins l’avion font certes une différence à grande échelle, mais le compte à rebours continuera tant que les émissions ne seront pas réduites à la source.

Les actions individuelles ne peuvent se substituer à des changements systémiques que seuls les gouvernements et les institutions sont en mesure de mettre en œuvre.

En matière de changement climatique, l’adaptation et l’atténuation doivent aller de pair. Aucun de ces deux volets ne saurait attendre.

La fenêtre d’action se rétrécit

L’UE prépare une stratégie de résilience climatique qui devrait être présentée fin 2026 et introduire des règles juridiquement contraignantes et des outils de suivi afin de coordonner les actions entre les États membres. C’est un pas dans la bonne direction.

Mais, comme le montre clairement la vague de chaleur de cette semaine, le fossé entre ce qui est prévu et ce qui se passe déjà sur le terrain ne cesse de se creuser rapidement.

La question n’est pas seulement de savoir comment faire face à la prochaine vague de chaleur, mais surtout de savoir comment gouverner, financer et reconstruire un continent qui vit déjà dans un futur différent.

The Conversation

Júlia de Freitas Sampaio ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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