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L’expertise universitaire, l’exigence journalistique


Texte intégral (2406 mots)

L’ESSENTIEL

  • Longtemps, l’Église catholique a sanctionné les clercs auteurs de violences sexuelles, mais sans transparence et en demandant aux victimes de se taire.

  • Depuis les années 1990, des scandales ont contraint l’Église à changer d’approche. En France, plusieurs dispositifs prennent désormais en charge les victimes.

  • Pourtant, des résistances demeurent, comme l’illustre l’opposition des évêques de France à la levée du secret de la confession.


Écartons une idée reçue : l’Église catholique n’avait pas ignoré, avant l’éclatement des scandales au cours de ces dernières années, la question des violences sexuelles exercées par ses clercs.

Elle avait produit un système de régulation morale qui, sur le fondement d’une dénonciation des atteintes à la « pureté », sanctionnait les violences commises en son sein contre les fidèles. Le pape Pie XI avait par exemple, au début des années 1920, rappelé l’iniquité du « crime de sollicitation », qui consiste, pour un prêtre, à demander à ses pénitents des faveurs sexuelles en échange de l’octroi de l’absolution. En 1962, le Saint-Siège, réitérant la doctrine, y adjoint explicitement le crime de pédophilie. Dans tous les cas, les sanctions peuvent aller jusqu’à la « réduction à l’état laïc ».

L’Église avait installé aussi un régime de sanction administrative. Lorsqu’un « cas difficile » ou « douloureux », selon le langage préconciliaire, était attesté, à la suite du repérage d’un supérieur, d’une rumeur insistante ou de la plainte d’un parent, il n’était pas rare que le coupable fût déplacé souvent au sein du même diocèse, parfois même à l’extérieur de son diocèse d’exercice, sans être privé pour autant de toute mission éducative auprès des enfants.

L’institution avait établi enfin un dispositif d’accompagnement psychologique. Il s’agissait de restaurer le prêtre coupable d’atteinte aux bonnes mœurs, et notamment de pédophilie, dans son habitus sacerdotal. Un organisme, le Secours sacerdotal, créé en 1953, rebaptisé Entraide sacerdotale au moment du concile, est spécialement consacré à cette mission. Tout au long des années 1960-1970, il dirigera les clercs agresseurs vers des établissements de santé et, parfois, avec l’accompagnement d’un psychologue de ville, vers des monastères.

Le système semble complet. Il comporte cependant une faille dirimante : outre qu’il entend régler les problèmes en interne, sans jamais faire intervenir la puissance publique, il ne place pas la victime au premier rang de ses préoccupations. Il n’est pas rare, jusqu’aux années 2000, qu’on demande aux parents et aux enfants de faire silence sur l’agression.

L’idée est alors de faire valoir une « culture de l’honneur » : il faut sauver la réputation de l’institution et de sa hiérarchie. Par un effet de sa réflexion interne, elle-même engendrée par les mutations à l’œuvre dans la société globale, l’Église catholique a modifié ses positions au cours des deux décennies qui viennent de s’écouler : elle a, de manière parfois résistible, pris en compte le nouvel éthos en faisant valoir désormais une « culture de la victime ».

La révélation des violences dans les années 1990

Tout remonte aux années 1990-2000. L’institution catholique se trouve percutée par des révélations qui viennent interroger sa manière d’agir sur la question des violences sexuelles en son sein. Certaines de ces révélations viennent de l’extérieur. La presse fait état de l’existence en Australie, dans la très catholique Irlande, aux États-Unis plus encore, de l’existence, au sein même de l’institution, de foyers de prédation. Le procès du père Edward Pipala, en particulier, révèle, au début des années 1990, non point seulement l’ampleur des crimes individuels commis par le prêtre, mais également l’impéritie de l’archidiocèse de New York dans le traitement du dossier.

En France même, les événements se précipitent. Dans la deuxième moitié des années 1990, des lanceurs d’alerte, comme la médecin et théologienne Marie-Jo Thiel, interviennent devant les évêques pour les aviser de la souffrance, parfois insurmontable, des enfants victimes et les appeler à mettre en place une véritable politique de prévention, publiquement assumée, des actes pédophiles. Ils trouvent bientôt l’appui des médias et des juges, comme on le voit, en 2001, avec la condamnation à trois ans de prison (avec sursis) de l’évêque de Bayeux-Lisieux par le tribunal correctionnel de Caen pour n’avoir pas dénoncé les crimes sexuels de l’un de ses prêtres.

L’épiscopat prend, au début des années 2000, quelques mesures inédites. Il instaure en particulier un guide de bonnes pratiques et établit les premières cellules d’écoute. Très vite cependant, le dispositif entre en sommeil. Il faut attendre la révélation publique en 2016 – sous l’effet de la mobilisation des associations de victimes comme La Parole Libérée – des crimes de l’abbé Preynat pour que l’épiscopat français s’engage de nouveau dans le combat contre la pédocriminalité cléricale.

Le choc du rapport Sauvé en 2021

Entre 2016 et 2018, l’Église renoue donc, mais avec plus d’énergie qu’hier, avec le schéma, fondé sur le triptyque information, écoute, signalement, du début des années 2000. On se dit cependant qu’il faut aller plus loin. L’idée d’une commission d’enquête, que l’Église instituerait, et dont plusieurs pays anglo-saxons ont fait l’expérience, fait son chemin.

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), installée début 2019, réunit des chercheurs en sociologie, histoire, droit, médecine, anthropologie, des hauts fonctionnaires (magistrats, inspecteurs généraux), des avocats et des magistrats, des spécialistes de l’aide aux victimes. Elle mène, de janvier 2019 à l’été 2021, tout un travail d’enquête, aboutissant au rapport Sauvé, remis le 5 octobre 2021 aux dirigeants de l’Église.

Le rapport Sauvé relève que, de 1950 à 2020, environ 330 000 personnes
– mineurs et personnes vulnérables – auraient été agressées dans le cadre de l’Église. Il annonce le chiffre, probablement inférieur à la réalité de 3 000 prêtres et religieux auteurs de violences sexuelles. Il demande à l’Église de remiser sa pratique traditionnelle de gestion des violences sexuelles, qui, le plus souvent, s’articulait autour du déplacement du prêtre fautif et de la silenciation de l’enfant violenté. La commission insiste pour que l’institution catholique « répare » le crime par une politique de reconnaissance des victimes, qui s’exprimerait sur le terrain financier, mais aussi sur le terrain mémoriel.

Le rapport, qui crée un choc dans l’opinion, est bien reçu par les victimes et leurs associations. Le monde catholique, si l’on excepte une minorité en son sein qui doute de l’importance des chiffres, et ses évêques même le jugent salutaire.

Ce que propose l’Église de France

Rapidement après la publication du rapport, les institutions (la Conférence des évêques de France et la Conférence des religieux et religieuses de France) mettent en place des groupes de travail qui proposent un ensemble de recommandations à l’Assemblée des évêques réunis à Lourdes à l’été 2023. Parallèlement, deux commissions de réparations sont instaurées, la commission Reconnaissance et réparation, pour les victimes de religieuses et religieux, et l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, pour les victimes de prêtres diocésains.

Ces deux instances indépendantes proposent une écoute, un accompagnement des victimes, une reconnaissance des violences subies et une réparation financière. Elles tentent de pallier les limites de la justice formelle, qui parfois ne peut pas juger les causes qui lui sont soumises (en raison, par exemple, de l’application des règles de prescription), qui punit et sanctionne certes, mais qui ne permet pas toujours de « réparer » l’existence des victimes.

Une autre évolution consiste en la création d’un tribunal pénal canonique national, en décembre 2022, suivant une recommandation de la Ciase. Cette instance composée de clercs, mais aussi de laïcs est une première dans le monde catholique. Elle peut juger d’affaires jusque-là traitées, sous l’égide de l’évêque du lieu, à l’échelle diocésaine, et prononcer des peines allant jusqu’à l’excommunication.

Le retour des controverses

Si ces diverses évolutions ont illustré une réelle volonté d’adaptation de l’Église, les associations et les victimes ont pourtant jugé ces initiatives trop timorées.

L’opinion engagée relève d’abord la persistance des violences sexuelles au cours de la période récente. L’agression n’est pas simplement une affaire du passé ; elle a continué de travailler l’Église tout au long de la période récente. En 2023, la presse divulgue les violences commises au sein de l’institution Notre-Dame-de-Bétharram. Plus de 200 anciens élèves dénoncent des cas d’agressions physiques, psychologiques et sexuelles subies au sein de l’établissement.

À cette affaire récente fait écho la révélation, à l’été 2024, de la part d’ombre de l’abbé Pierre, figure catholique iconique de l’engagement auprès des plus précaires. C’est une déflagration au sein de la société française. Tout l’effort de transparence entrepris par l’Église depuis la publication du rapport de la Ciase est menacé de ruine : il est de nouveau reproché à l’institution de refuser d’établir la vérité sur les ecclésiastiques coupables d’agressions sexuelles.

La réaction du pape François n’aide pas dans ce contexte de sidération. S’il reconnaît que le Vatican était informé des dérives sexuelles du cofondateur du mouvement Emmaüs, au moins depuis la mort de ce dernier, il ajoute ne pas savoir si l’institution avait été au courant de ses agissements auparavant et même ne pas avoir songé à creuser davantage la question.

Les critiques portent également sur le manque de transparence de l’Église. La question du secret de la confession l’illustre. Si en octobre 2021, deux tiers des catholiques s’expriment en faveur de la levée du secret de la confession (69 %, dont 54 % de pratiquants réguliers), les évêques s’y opposent systématiquement.

Ainsi en va-t-il de Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France de 2019 à 2025, qui déclare que le secret de la confession est « plus fort que les lois de la République » en octobre 2021 ; mais aussi de la Conférence des évêques qui s’oppose vigoureusement à cette levée un temps évoquée dans la proposition de loi visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire, adoptée en juin 2026.

Ce parcours montre malgré tout qu’un tournant a été pris au sein de l’institution catholique. Dans un monde encore marqué par la puissance de l’habitus hiérarchique, l’Église parvenait encore à faire valoir une culture du secret, afin de défendre son honneur et la réputation de ses clercs. Le monde séculier l’a rattrapée. À l’heure de #MeToo, elle n’échappe aux influences de la société séculière : elle est aujourd’hui, dans un univers soumis aux requêtes de l’égalité et de la publicité, conduite à faire valoir, elle aussi, la figure de la victime comme nouvelle figure du sacré – non sans que s’affirment ici ou là des réflexes de résistance.

The Conversation

Anne Lancien a reçu des financements de l'ANR (ANR Access ERC) et du Bureau central des cultes

Philippe Portier a été membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), dite Commission Sauvé. Il a été en charge de la recherche socio-historique sur la pédocriminalité dans l’Église depuis 1950.

24.09.2026 à 16:21

Le scrutin sénatorial favorise-t-il les communes rurales et la droite ?

Arnaud Brennetot, Géographie politique, Université de Rouen Normandie
Le 27 septembre 2026, 178 des 348 sièges du Sénat seront renouvelés. Le mode de scrutin avantage les communes de moins de 5 000 habitants. Mais ce déséquilibre territorial n’explique pas la domination de la droite dans l’Hémicycle.

Texte intégral (3252 mots)
En septembre 2026, juste avant le renouvellement d’un peu plus de la moitié des sièges au Sénat, le groupe Les Républicains (LR) représente à lui seul 37 % de la chambre haute. Si l’on élargit à la majorité de droite et du centre, le pourcentage atteint 65,5 %. Sénat

L’ESSENTIEL

  • Le 27 septembre 2026, 178 des 348 sièges du Sénat seront renouvelés.

  • Le mode de scrutin avantage les communes de moins de 5 000 habitants, qui obtiennent proportionnellement plus de délégués, les grands électeurs, que les grandes villes.

  • Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas ce déséquilibre territorial qui explique la domination de la droite au Sénat.


Le 27 septembre 2026 se tiendront les élections sénatoriales à l’issue desquelles un peu plus de la moitié des 348 sièges seront renouvelés. Comme bien souvent, ce scrutin retient peu l’attention des médias. Si l’effervescence suscitée par la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 détourne l’attention du scrutin sénatorial, des causes plus structurelles jouent également.

Le caractère indirect de l’élection en fait avant tout une affaire d’élus locaux. Par ailleurs, le mode de scrutin est souvent accusé, à gauche en particulier, d’être peu représentatif de la population et de favoriser des candidats âgés, conservateurs et issus des campagnes. Le fait que le Sénat soit composé d’une majorité quasi inamovible de forces de droite et de centre droit donne du crédit à une telle hypothèse et pose la question de la légitimité démocratique d’une chambre qui n’a connu qu’une seule alternance depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre 2011 et 2014.

Pour ses défenseurs, cependant, le Sénat n’a pas vocation à représenter la population, mais plutôt les collectivités territoriales, mission que lui reconnaît officiellement l’article 24 de la Constitution.

Se pose alors la question de savoir si le scrutin actuel permet une représentation équitable des territoires ou si, au contraire, il privilégie certains types au détriment d’autres. Le Sénat est-il véritablement une chambre dévolue à la défense des intérêts de la ruralité ?

Des communes rurales inégalement surdotées en grands électeurs

En France, les sénateurs sont élus par un collège électoral composé d’environ 160 000 grands électeurs : 95 % d’entre eux sont désignés par les conseils municipaux, les autres étant les parlementaires, les conseillers départementaux et régionaux.

Par leur poids écrasant, les délégués municipaux déterminent l’issue du vote des grands électeurs. Au sein de chaque département, le nombre de délégués dépend du nombre de conseillers municipaux, lui-même déterminé par le nombre d’habitants de chaque commune.

Le nombre de délégués municipaux n’est pas strictement proportionnel à la population résidente et dépend également de sa répartition entre les communes.

Les communes comptant peu d’habitants bénéficient d’un nombre de délégués proportionnellement plus élevé que les communes plus peuplées :

  • les communes de moins de 5 000 habitants pèsent 37 % de la population, mais réunissent 53,3 % des délégués municipaux ;

  • les communes de plus de 20 000 habitants rassemblent 39,7 % de la population, mais seulement 23,6 % des délégués municipaux ;

  • seules les communes entre 5 000 et 20 000 habitants ont un poids électoral proportionnel à leur population.

Le scrutin sénatorial surdote donc les communes les moins peuplées au détriment des communes urbaines de plus de 20 000 habitants.

Écart entre le poids démographique des communes et leur poids dans le collège des délégués municipaux élisant les sénateurs
Données : Insee et Sénat. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l'auteur

Cette distorsion est cependant inégale selon les départements. L’écart entre le pourcentage que représentent les communes de moins de 5 000 habitants dans le collège électoral et leur pourcentage dans la population permet de mesurer le niveau de surdotation dont elles bénéficient. Ce niveau varie de 0,1 % dans les Hauts-de-Seine à 21,3 % dans la Marne.

Les départements pour lesquels le niveau de surdotation des petites communes pèse le plus sont situés dans le nord et l’est du Bassin parisien, les Pyrénées et la Corse. Au contraire, cette surdotation est beaucoup plus faible dans le Grand Ouest, le centre et l’ouest du Bassin parisien, le sud du Massif central et le Midi provençal.

Écart entre le poids des communes de moins de 5000 habitants dans le collège électoral et leur poids dans la population (en %)
Données : Ministère de l’intérieur, Insee. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l'auteur

Ce niveau de surdotation dépend de la conjugaison de deux facteurs :

  • l’étendue des communes rurales ;

  • les contrastes de densités de population au sein d’un même département.

La surdotation tend tout d’abord à augmenter là où les densités de population sont faibles et où la superficie des communes est réduite. À densité de population égale, un département comptant beaucoup de communes peu étendues (les Hautes-Pyrénées ou la Seine-Maritime, par exemple) a un niveau de surdotation plus élevé qu’un département dont la taille moyenne des communes est plus grande (les Landes ou les départements du Grand Ouest, par exemple).

Par ailleurs, l’effet de la surdotation dont bénéficient les communes rurales est majoré si le département dans lequel elles sont situées compte des communes urbaines dotées d’un nombre réduit de sièges rapporté à leur population. C’est la raison pour laquelle les communes rurales de départements, tels que la Lozère, la Haute-Saône ou la Meuse, bénéficient d’une surdotation moindre que celles de la Haute-Garonne ou de la Côte-d’Or, qui profitent de la présence des communes peuplées et sous-dotées des agglomérations toulousaine et dijonnaise.

La droite profite-t-elle de l’avantage accordé aux espaces de faibles densités ?

La somme des résultats obtenus par les candidats aux élections sénatoriales de 2020 et de 2023 révèle que les forces de droite et de centre droit ont obtenu 56,3 % des voix de grands électeurs, celles de gauche 35 %, celles d’extrême droite 4,4 % et celles du centre 3,1 %. À l’instar des précédents scrutins, les deux dernières élections sénatoriales ont été majoritairement favorables à la droite.

Cependant, les meilleurs scores obtenus par les candidats de droite ne sont pas nécessairement repérables dans les départements où le niveau de surdotation des communes rurales est le plus élevé. Les communes rurales de Seine-Maritime, de Haute-Garonne ou de l’Aude bénéficient d’un niveau élevé de surdotation sans que les résultats de la droite y soient élevés. Inversement, celle-ci obtient de très bons résultats dans des départements comme la Meuse, l’Orne ou la Haute-Loire alors que les communes rurales n’y sont pas particulièrement surdotées.

Pourcentage de voix exprimées en faveur des candidats de droite et de centre droit lors des élections sénatoriales de 2020 et de 2023
Données : Ministère de l’intérieur/Insee. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l'auteur

La position majoritaire de la droite tient-elle alors à la façon dont les sièges sont répartis entre les différents départements ?

Le nombre de sénateurs attribué à chaque département varie de 1 pour les départements les moins peuplés (la Lozère, la Creuse, le Territoire de Belfort) à 12 pour le département de Paris.

Ramené à la population, le nombre de sénateurs pour 100 000 habitants s’établit à 0,48, mais varie dans un rapport de 1 à 5,3 selon les départements, la Creuse bénéficiant d’un taux de 1,73 pour 100 000 habitants quand l’Hérault ne dépasse pas 0,33.

Nombre de sénateurs rapporté à la population des départements
Données : Ministère de l’intérieur/Insee. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l'auteur

Dans l’ensemble, ce taux est plus faible dans les départements accueillant une métropole (la Loire-Atlantique, la Haute-Garonne, la Gironde, etc.).

Au contraire, il est plus élevé dans la diagonale des faibles densités, des Ardennes aux Hautes-Pyrénées, l’Orne, la Mayenne, les Alpes du Sud et la Corse. Cependant, cette surdotation profite également à d’autres types de départements : le département de Paris et les départements ultramarins présentent, par exemple, un nombre de sénateurs pour 100 000 habitants supérieur à la moyenne nationale.

Cette diversité de profil de départements surdotés explique que les partis de droite et de centre droit n’en bénéficient pas de façon notable : dans l’Hémicycle actuel, alors que la droite a obtenu 59,5 % des sièges des départements sous-dotés, ce taux atteint 62,2 % pour les départements surdotés.

Ce faible écart tient au fait que, parmi les départements surdotés, la droite n’a obtenu que 4 des 12 sénateurs parisiens et 2 des 11 sénateurs des quatre départements et régions d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique et La Réunion). Les surdotations départementales prévues par le scrutin sénatorial ne bénéficient donc pas particulièrement à la droite.

Au-delà joue également le fait que la géographie du vote de droite aux élections sénatoriales est complexe. Lors des élections de 2020 et de 2023, le nombre de voix obtenues par les candidats de droite a été fort dans beaucoup de départements caractérisés par de faibles densités. On constate cependant des exceptions notables dans le Sud : l’Ariège, les Hautes-Pyrénées, la Lozère, le Lot-et-Garonne, la Corrèze, les Alpes-de-Haute-Provence votent peu à droite.

Inversement, les candidats de droite recueillent une part importante des suffrages des grands électeurs dans plusieurs départements plus denses et urbanisés. C’est le cas des Alpes-Maritimes, du Var, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, du Territoire de Belfort, de la Moselle, de la Marne et de l’Oise.

Le maintien de la prépondérance de la droite au Sénat semble donc moins s’expliquer par des biais territoriaux liés au mode de scrutin que par un fort ancrage à droite de nombreux élus locaux, même lorsqu’ils sont sans étiquette. Ces soutiens locaux, rendus secrets par la confidentialité du vote des grands électeurs à l’échelle infra-départementale, sont particulièrement nets dans les départements de la France de l’Est et du Centre-Ouest (Vendée, Orne), qu’ils soient plutôt ruraux, urbains ou présentant un profil mixte.

Dans le contexte actuel de recomposition des clivages politiques, reste désormais à savoir si ce soutien majoritaire des élus locaux aux forces de droite est susceptible d’évoluer vers l’extrême droite, cette dernière ayant renforcé son ancrage local.

The Conversation

Arnaud Brennetot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

23.09.2026 à 15:49

Fusion IRD-CNRS : les spécificités de l’IRD qui seraient perdues à la suite du projet de réorganisation

Alexis Drogoul, Senior Researcher, UMI 209 UMMISCO (IRD/SU), Institut de recherche pour le développement (IRD)
Arthur Brugière, Research scientist, UMI 209 UMMISCO (IRD/SU), Institut de recherche pour le développement (IRD)
Edi Prifti, Senior research scientist, UMI 209 UMMISCO (IRD/SU), Institut de recherche pour le développement (IRD)
Jean-Daniel Zucker, Senior research scientist, UMI 209 UMMISCO (IRD/SU), Institut de recherche pour le développement (IRD)
Jihad Zahir, Professeure, Université Cadi Ayyad
Mamadou Sy, Professeur, Université Gaston Berger
Ramsès Djidjou-Demasse, Senior Researcher, UMI 209 UMMISCO (IRD/SU), Institut de recherche pour le développement (IRD)
Avec l’absorption de l’IRD par le CNRS, la recherche française perdrait le bénéfice de quatre-vingts ans de présence sur le terrain dans les pays du Sud.

Texte intégral (4883 mots)
L’IRD entretient une infrastructure cruciale de partenariats scientifiques équitables internationaux avec, notamment, 35 représentations dans près de 50 pays (sur cette photo, le siège de l’IRD à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône). Jean-Baptiste Avril/IRD

L’ESSENTIEL

  • En pleine crise climatique, le gouvernement français envisage l’absorption de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), au nom de l’efficacité. Un projet de fusion qui interroge.

  • Les données publiques montrent, en effet, que l’IRD cible le développement durable, là où la recherche est rare, tandis que le CNRS privilégie l’excellence dans les pays déjà bien dotés en chercheurs.

  • Or, une fusion précipitée risquerait de détruire quatre-vingts ans de partenariats uniques avec les pays du Sud, un atout que le CNRS ne pourrait reconstruire qu’au prix d’efforts et de financements considérables.


À l’horizon 2027, le programme gouvernemental « État efficace » prévoit l’intégration de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) au sein du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Pourtant, ces instituts n’exercent pas le même métier.

Alors que le CNRS couvre l’ensemble du spectre scientifique, l’IRD porte un mandat rare à l’échelle mondiale : celui de co-construire avec les pays du Sud une science vouée au développement durable, sans jamais les réduire à de simples objets d’étude.

L’analyse des données publiques révèle que ce projet de fusion repose sur une complémentarité en trompe-l’œil. Au-delà des apparences, les différences méthodologiques, thématiques et géographiques sont profondes entre les deux organismes. Elles montrent que l’IRD détient une combinaison d’atouts irremplaçables, rendant sa dilution dans le CNRS particulièrement problématique.

Un mandat interdisciplinaire unique

Le mandat de l’IRD consiste à mener une recherche scientifique d’excellence en partenariat équitable avec les pays du Sud (zones intertropicales et méditerranéennes) et les territoires ultramarins français afin de répondre aux grands défis du développement durable.

Placé sous la tutelle conjointe du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace et du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, il a pour mission des « actions de recherche en coopération de longue durée », « en accord avec les États » partenaires. Doté d’un budget de 280 millions d’euros, il emploie 2 269 agents (dont 958 chercheurs) affectés pour 24 % d’entre eux hors France hexagonale.

Traiter des problèmes de développement durable oblige à croiser santé, urbanisme, écologie ou sciences sociales : c’est le propre des sciences de la durabilité. De fait, 38 % des publications de l’IRD couvrent au moins deux grands domaines scientifiques, contre 27 % pour le CNRS. Ce mandat façonne aussi la nature de la science produite (résistance aux antimicrobiens, tuberculose, maladies transmises par les moustiques, sécheresses). Autant de problèmes dont les partenaires du Sud ont malheureusement une expérience ancienne, et qui gagnent aujourd’hui l’Europe sous l’effet du changement climatique.


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Une base opérationnelle et diplomatique pour la recherche française

Un partenariat durable au Sud ne peut se piloter depuis la France : sans bureaux locaux, statut juridique ou accords-cadres, on s’expose à pratiquer une simple « recherche hélicoptère ».

L’IRD entretient cette infrastructure cruciale avec 35 représentations couvrant une cinquantaine de pays, contre 11 bureaux, dont quatre au Sud, pour le CNRS. Sur le terrain, l’IRD s’appuie sur 5,3 % de chercheurs expatriés (contre 0,7 % au CNRS) et 219 agents locaux, indispensables pour assurer l’administration, les essais cliniques ou les observations environnementales au long cours.

Grâce à cette infrastructure, l’IRD accomplit avec brio sa mission de recherche co-construite avec les pays du Sud. Les chiffres l’illustrent : pour les travaux menés avec l’Afrique subsaharienne (hors CNRS), l’institution du Sud occupe la première signature dans 51 % des cas.

Cette dynamique d’équité est durable, puisque 85 % des chercheurs ayant débuté au Sud y maintiennent une affiliation, généralement par l’intermédiaire des UMR. Mais elle bénéficie aussi à l’ensemble de la recherche française : l’IRD est ainsi associé à 24 % des publications du CNRS avec l’Afrique subsaharienne, 21 % de celles de l’Inserm, 35 % du Cirad et jusqu’à 56 % pour l’Université de Montpellier.

Cette empreinte singulière se traduit de manière très visible dans la géographie des collaborations scientifiques.

La dichotomie entre les deux instituts se reflète dans leur production scientifique : l’IRD réalise une part de copublications largement supérieure à celle du CNRS dans la quasi-totalité de l’Afrique subsaharienne, à Madagascar, dans les pays andins et en Asie du Sud-Est, là où le CNRS concentre l’essentiel de ses collaborations avec l’Amérique du Nord, l’Europe, la Russie et la Chine. Données compilées par les auteurs, Fourni par l'auteur

L’analyse de la carte des copublications par pays révèle une stricte division spatiale entre les deux instituts :

  • l’IRD domine massivement les collaborations – avec une part de deux à plus de cinq fois supérieure à celle du CNRS – dans la quasi-totalité de l’Afrique subsaharienne, dans les pays andins ainsi qu’à Madagascar et en Asie du Sud-Est ;

  • le CNRS concentre à l’inverse sa part de copublications dans les pays de l’hémisphère Nord disposant déjà d’infrastructures massives, tels que les États-Unis, le Canada, la Russie, l’Europe, la Chine ou l’Australie.

Ce maillage territorial distinct confirme que l’infrastructure de l’IRD garantit le rayonnement de la France dans des pays du Sud global que les réseaux du CNRS peinent aujourd’hui à couvrir.


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Une complémentarité plutôt qu’un doublon

Les laboratoires mixtes internationaux (LMI) et les jeunes équipes associées (JEAI) constituent les instruments phares de l’IRD pour structurer ce partenariat.

Contrairement aux UMR françaises, ces plateformes sont codirigées avec les institutions partenaires du Sud. En 2026, l’IRD compte 71 de ces dispositifs (33 LMI et 38 JEAI), dont 34 en Afrique subsaharienne. Si le CNRS dispose d’outils similaires avec ses 80 centre de recherches internationaux (CRI, ou IRL en anglais) et ses 27 unités mixtes des instituts français de recherche à l’étranger (Umifre), la grande majorité d’entre eux se situe au Nord, avec environ 30 implantations au Sud.

L’ampleur de ce maillage est d’autant plus remarquable au regard des ressources humaines mobilisées : l’IRD a développé un savoir-faire lui permettant de maintenir un volume de dispositifs internationaux comparable à celui du CNRS avec des effectifs dix fois moindres.

Ces outils n’ont, de plus, pas la même vocation. Là où le CNRS vise l’excellence disciplinaire, l’IRD met clairement l’accent sur la coconstruction et le renforcement des capacités.

Comme le montre le graphe ci-dessous, les dispositifs de l’IRD s’implantent en effet dans des pays où la capacité de recherche est rare (médiane à environ 350 chercheurs par million d’habitants), ceux du CNRS là où elle est déjà dense (environ 4 900 par million). Complémentarité ne veut ainsi pas dire fusion possible, ni même souhaitable, car le métier des chercheurs de l’IRD dans ces différents dispositifs n’est au final pas le même que celui de leurs homologues du CNRS.

La carte des structures conjointes de recherche en 2026 illustre une stricte division spatiale : les dispositifs de l’IRD se déploient massivement dans les pays du Sud global pour y pallier la rareté de la recherche, tandis que les centres internationaux du CNRS s’implantent quasi exclusivement dans les pays disposant déjà d’infrastructures scientifiques denses. Données compilées par les auteurs, Fourni par l'auteur

Ainsi, dans les 20 % des pays les moins dotés, l’IRD collabore, par chercheur, sept fois plus que le CNRS, mais le fait autant dans les pays les mieux dotés. Autrement dit : là où la science est déjà dense, l’IRD fait ce que fait le CNRS ; là où elle est rare, il fait ce que le CNRS ne sait pas faire.

L’IRD gère également des instruments inédits à l’étranger pour le CNRS : 15 observatoires environnementaux et de santé au long cours (comme à Niakhar au Sénégal depuis 1962), ou encore la mise en place d’essais cliniques (sur le registre ClinicalTrials.gov, 55 % des essais associant l’IRD ont un site en Afrique subsaharienne, contre 3,5 % pour le CNRS). À l’inverse, 82 % des essais du CNRS se déroulent exclusivement en France, contre 3 % pour l’IRD. Dans tous ces cas, toute interruption d’une série d’observations serait très difficile à reconstituer rétroactivement.

La part des publications de l’IRD consacrées à la lutte contre le changement climatique est près de deux fois supérieure à celle du CNRS en 2024. Données compilées par les auteurs, Fourni par l'auteur

Si l’on s’intéresse aux pays où des catastrophes climatiques sont récemment survenues, les chiffres sont, là aussi, éloquents. En croisant plus de 2 000 événements recensés depuis 2000 avec la densité de chercheurs par million d’habitants, on observe que l’IRD est six fois plus présent que le CNRS dans les pays cumulant à la fois de nombreuses catastrophes climatiques et de faibles capacités de recherche locale.

Cet effort scientifique obéit à une logique de développement : rapporté à ses effectifs, l’IRD est six fois plus présent que le CNRS dans les pays frappés par les catastrophes climatiques et faiblement dotés sur le plan de la recherche. Données compilées par les auteurs, Fourni par l'auteur

« Peu familier des enjeux d’une recherche avec les pays du Sud »

En 2021, la Cour des comptes recommandait bien un rapprochement, mais exigeait des garanties pour ne pas « réduire l’opération à la seule augmentation du potentiel de recherche du CNRS ». En particulier, elle recommandait de maintenir un institut identifiable par les partenaires étrangers, de conserver une cogouvernance avec les affaires étrangères et d’effectuer un fléchage des crédits d’aide publique au développement (APD) vers des activités de recherche en partenariat.

Le premier ministre Jean Castex admettait d’ailleurs :

« Le CNRS (…) est peu familier des enjeux d’une recherche pour et avec les pays du Sud. »

Et il concluait qu’une réflexion pouvait « néanmoins être engagée, dans l’objectif de mesurer concrètement avec les organismes concernés les plus-values éventuelles d’une telle restructuration ».

Or, selon l’Opinion, si le CNRS s’était à l’époque dit « prêt à l’intégration », il avait privilégié une approche s’apparentant plutôt à une dilution, en proposant de répartir les unités dans ses instituts existants plutôt que de créer une structure spécifique. C’est-à-dire exactement l’inverse de ce que la Cour préconisait, et sans aucune analyse d’impact.

Aujourd’hui, rien ne semble avoir évolué. Aucune de ces exigences diplomatiques et financières n’apparaît dans la lettre de mission, qui semble privilégier un modèle d’intégration du même type que celle de l’ANRS au sein de l’Inserm, alors que l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) est une agence de financement et non un organisme de recherche.

Quels coûts et quels bénéfices ?

L’argument budgétaire de la mission « État efficace » peine à convaincre. L’IRD ne représente que 7 % du budget et des effectifs du CNRS, pour un coût par agent similaire. Une fusion ne générerait aucune économie d’échelle sur la masse salariale. Au contraire, elle impliquerait des coûts de transition certains : harmonisation des systèmes d’information, révision des statuts du personnel local ou encore refonte des conventions bilatérales.

La Cour des comptes souligne d’ailleurs l’absence de chiffrage d’un tel rapprochement, estimant que les économies induites ne seraient ni assurées ni substantielles. L’unique piste d’économie avancée s’élève à 900 000 euros pour la mutualisation d’implantations à l’étranger. Outre le fait qu’on ignore si cette économie serait pérenne, elle représenterait à peine 0,3 % du budget annuel de l’IRD.

En rompant les contrats locaux, les financements et la confiance des partenaires, une fusion désorganiserait durablement les outils de l’IRD (LMI, JEAI, observatoires) et provoquerait une déperdition immédiate de compétences. Imposée à la hâte, elle ruinerait quatre-vingts ans d’ancrage stratégique au Sud, sacrifiant un atout que le CNRS serait probablement incapable d’absorber automatiquement, du moins si l’on en juge par le rythme de son développement en Afrique depuis 2006.

Au-delà de ces aspects structurels, il est tentant, vu le nom de la commission, de travailler alors sur l’efficacité de chacun des organismes, par exemple de comparer, à l’euro près, l’impact des investissements publics sur la recherche qu’ils produisent. Explorer les questions d’évaluation et d’impact de la recherche nous entraînerait ici dans des ramifications bien trop vastes. On peut néanmoins faire un constat simple à partir des données : un euro investi n’a clairement pas la même valeur selon l’endroit où il est employé.

Investir dans les pays du Sud où opère principalement l’IRD génère, à parité de pouvoir d’achat, des retombées pour le tissu local de la recherche jusqu’à deux fois supérieures à celles d’un investissement réalisé en France ou dans les pays privilégiés par le CNRS. La valeur marginale de ce financement y est de plus maximale, car elle permet de structurer des capacités de recherche qui n’existeraient pas autrement. Données compilées par les auteurs, Fourni par l'auteur

Là où l’IRD travaille, un euro va avoir, toutes proportions gardées et à parité de pouvoir d’achat, environ deux fois plus de retombées sur le tissu local de la recherche qu’en France. Et sa valeur marginale va être maximale : il va en effet financer un doctorant, un équipement, un dispositif ou une campagne de terrain qui n’existeraient pas autrement quand, en France, il s’ajoutera à un système déjà doté.

Décider sur la base d’une évaluation, et non avant

Notre analyse converge avec l’avis émis par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) en février 2026 : l’IRD est « clairement différencié du CNRS » et une réforme qui voudrait maximiser les effets positifs de la recherche devrait chercher à renforcer cette singularité plutôt qu’à l’affaiblir.

Face à l’apparente complexité de la recherche française, rechercher une meilleure lisibilité institutionnelle peut constituer un objectif légitime, à condition de ne pas effacer un acteur dont l’identité propre est une force, soulignée par des instances comme la Cour des comptes ou le HCERES. Or, imposer cette fusion à marche forcée, en ignorant leurs recommandations, sans véritable étude d’impact ou de définition claire de l’efficacité attendue, menace d’endommager irrémédiablement la confiance, les partenariats et les savoir-faire uniques tissés par l’IRD depuis des décennies sur le terrain.

Pourquoi ne pas fusionner et corriger ensuite ? Parce que les données montrent qu’il s’écoule, en médiane, près de quatre ans entre le montage d’un partenariat et sa première publication. Une décision prise début 2027 ne provoquerait d’impact visible sur la production ou la formation scientifique que dans les années 2030, au moment même où les problèmes de climat et d’habitabilité de la planète nécessiteront plus que jamais l’expertise de l’IRD. Mais il sera alors peut-être trop tard pour rebâtir ce qui risque d’être détruit aujourd’hui au nom de l’efficacité.


Cet article s’appuie sur le traitement de données publiques pour fournir une base factuelle au débat sur le projet de fusion IRD-CNRS. Par souci de transparence, nous précisons que des outils d’IA ont été utilisés pour analyser ces données et générer le dépôt. Notre démarche vise à mettre en lumière une différence de mission – excellence disciplinaire d’un côté, coconstruction de l’autre – sans aucune volonté de stigmatiser l’un ou l’autre de ces fleurons de la recherche française. Les données ont été publiées sur GitHub, où elles sont librement accessibles.


Les auteurs tiennent à remercier les responsables des centres et des thèmes de l’Unité mixte internationale Ummisco (IRD/SU) pour leurs multiples contributions à cet article :

Alassane Bah, Université Cheick Anta Diop, Dakar (Sénégal) ; Samuel Bowong, Université de Douala (Cameroun) ; Timothée Brochier, IRD (France) ; Awa Diattara, Université Gaston Berger, Saint-Louis (Sénégal) ; Khalil Ezzinbi, Université Cadi Ayyad, Marrakech (Maroc) ; Arnaud Grignard, IRD (France) ; Nghi Quang Huynh, Université de Can Thơ (Vietnam) ; Paulin Melatagia, Université Yaoundé 1 (Cameroun) ; Papa Ibrahima Ndiaye, Université de Bambey (Sénégal) ; Doanh Ngọc Nguyễn, VinUniversity, Hanoi (Vietnam) ; Nisrine Outada, Université Cadi Ayyad, Marrakech (Maroc) ; Youcef Sklab, IRD (France) ; Diane Tchuani, Université Yaoundé 1 (Cameroun).


Article mis à jour le 24 septembre 2026 : correction de plusieurs chiffres.

The Conversation

Alexis Drogoul a reçu des financements de l'ANR.

Edi Prifti a reçu des financements de l'ANR.

Jean-Daniel Zucker a reçu des financements de l'ANR.

Ramses Djidjou-Demasse a reçu des financements de l'ANR.

Arthur Brugière, Jihad Zahir et Mamadou Sy ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

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