LePartisan.info

REVUES

Lien du flux RSS
L’expertise universitaire, l’exigence journalistique


Texte intégral (4488 mots)
Cyrano, pygargue de Steller de la Forêt des Aigles (Espace Rambouillet). Audrey COSTES - tous droits réservés seules les republications intégrales de l'article sont autorisées., CC BY-NC-ND

L’ESSENTIEL

  • Une nouvelle étude a permis de classer les rapaces selon leurs techniques de chasse.

  • Observer les phalanges des rapaces permet de distinguer les oiseaux qui vont attraper leurs proies en vol de ceux qui vont les restreindre au sol ou des charognards.

  • Faire le lien entre les os et les techniques de chasse pourrait permettre de déduire les comportements d’oiseaux disparus, et même de certains dinosaures.


Comment les droméosaures, ces dinosaures « raptors », utilisaient leurs griffes en faux pour chasser ? Cette énigme anime les paléontologues depuis des années. Pendant longtemps, on les imaginait lacérer leurs proies en leur donnant un coup de pied, jambe tendue. Mais des modèles plus récents basés sur l’observation de rapaces comme l’aigle royal, et soutenus par des modélisations biomécaniques soutiennent une méthode de prédation au cours de laquelle Deinonychus, membre de la famille des droméosaures, se tenait accroupi au-dessus de sa proie, utilisant sa masse corporelle et tout son corps pour la restreindre au sol. Sa griffe en forme de faux aurait servi à hameçonner la chair qu’il déchirait alors avec sa mâchoire. C’est effectivement ce que l’on observe chez des oiseaux comme l’aigle royal quand il chasse le chevreuil. Les rapaces semblent ainsi s’avérer de bons modèles des « raptors » du passé.

Squelette d'un Deinonychus exposé au Field Museum of Natural History. Jonathan Chen/Wikipedia, CC BY-SA

La recherche en morphologie fonctionnelle vise à comprendre le lien entre comportements, morphologie et adaptation. L’idée est que les adaptations morphologiques présentes répondent à des contraintes données, et que des espèces disparues les possédant répondaient peut-être aux mêmes contraintes, et avaient donc des comportements similaires. Mais comprendre les liens comportement-morphologie-contraintes fonctionnelles a également un intérêt pour mieux comprendre le rôle actuel des rapaces dans les écosystèmes, et donc pour favoriser leur conservation et leur protection.

Les rapaces sont des oiseaux impressionnants au régime carnivore, au bec crochu et aux griffes recourbées. Ces griffes dangereuses s’appellent des serres. Aussi impressionnantes soient-elles, les serres ne font pas tout chez un rapace. De même qu’un coup de poing ne vient pas du poing, mais de la hanche, ou qu’un coup de pied engage aussi la hanche et le haut du corps, les rapaces n’utilisent pas seulement leurs serres pour mettre à mort leur proie : ils utilisent l’intégralité de leurs membres inférieurs ainsi que leur bec.

Les secrets de la chasse se cachaient dans les phalanges

Leurs membres inférieurs sont impliqués dans la locomotion, le transport de matériaux ou de nourriture, les conflits et, bien sûr, la capture et la mise à mort de leurs proies. Mais le secret de leurs stratégies de chasse réside davantage dans leurs phalanges que dans leurs serres. C’est ce que nous avons montré dans une récente étude publiée dans The Zoological Journal of the Linnean Society. Nous avons défini 11 catégories d’interactions entre prédateurs et proies, depuis la capture jusqu’à la consommation, et avons mesuré 148 paramètres sur les os du membre postérieur, du fémur jusqu’à la pointe des griffes. Nous avons mis en évidence que l’ensemble de ces paramètres permettait de bien distinguer ces catégories chez les rapaces. En particulier, les phalanges jouent un rôle clé, notamment celles du troisième et du quatrième doigt. Elles permettent de distinguer les oiseaux qui attrapent leurs proies en vol de ceux qui les restreignent au sol, ou encore de les distinguer des charognards.

Les différentes techniques de chasse de rapaces en fonction de leur anatomie (les rapaces ne sont pas à l'échelle pour une meilleure visualisation) (½). Myriam Amari -- Licence CC BY-NC-ND, Fourni par l'auteur
Les différentes techniques de chasse de rapaces en fonction de leur anatomie (les rapaces ne sont pas à l'échelle pour une meilleure visualisation) (2/2). Myriam Amari -- Licence CC BY-NC-ND, Fourni par l'auteur

Jusqu’à présent, la plupart des études s’étaient concentrées sur la morphologie et la courbure des serres, sur quelques doigts, ou sur les os longs des jambes. Mais aucune n’avait pris en compte l’intégralité du membre. Or, en fouillant dans les collections du Muséum national d’histoire naturelle de Paris à la recherche de spécimens exploitables pour notre étude, il était clair que les phalanges jouaient un rôle sous-estimé. La science, c’est d’abord l’observation, comme le disait l’un de mes professeurs de classe préparatoire. Une grande variabilité dans la morphologie des phalanges (en particulier des troisième et quatrième doigts) était visible entre les espèces. Certaines espèces possédaient de toutes petites phalanges sur le quatrième doigt, toutes frêles par rapport à celles des deux premiers doigts, énormes. C’est le cas de la harpie féroce ou de l’aigle couronné d’Afrique, deux aigles massifs capables de s’attaquer à des proies conséquentes dans la canopée ou au sol. La harpie féroce peut, par exemple, prendre des paresseux, et l’aigle couronné d’Afrique des antilopes de 20 kg, voire exceptionnellement de 30 à 50 kg. D’autres possédaient des phalanges très allongées aux extrémités des doigts, comme les faucons, les autours des palombes ou les éperviers, ou encore un troisième doigt long et large comme chez certains vautours.

Relier la variabilité des phalanges aux différentes catégories d’interactions entre proies et prédateurs

Nous avons donc étudié la morphologie des os du fémur jusqu’au bout des doigts. Mais, nuance, nous n’avons pas étudié l’enveloppe kératineuse, c’est-à-dire l’ongle de la griffe. En effet, celle-ci a une forme différente de celle de l’os qui se trouve en dessous et témoigne davantage des contraintes liées aux surfaces : le sol ou même la proie. Par exemple, la forme des os des serres d’un aigle royal et d’un pygargue à tête blanche est similaire, mais l’enveloppe kératineuse d’un pygargue est beaucoup plus recourbée, lui permettant d’agripper des proies glissantes comme les poissons. On retrouve cette propriété chez le balbuzard pêcheur.

Paco, pygargue à tête blanche de la Forêt des Aigles (Espace Rambouillet), en pêche. Audrey COSTES -- tous droits réservés seules les republications intégrales de l’article sont autorisées, CC BY-NC-ND

Un petit détail technique avant de poursuivre, mais pas des moindres : il fallait identifier et ordonner ces phalanges, sans guide… et c’était un vrai défi. Ensuite, nous avons mesuré de nombreux paramètres pour caractériser la forme des os et des griffes et la force exercée par les doigts et les griffes. Nous avons découvert que la deuxième phalange du quatrième doigt variait le moins en proportion chez les rapaces. Elle pouvait donc servir d’échelle de comparaison.

Pour poursuivre, nous avons analysé et visualisé la répartition de chaque espèce dans un espace morphologique obtenu à partir des mesures des os. Les différentes familles de rapaces se distinguaient selon les 11 catégories innovantes d’interactions avec les proies que nous avions définies. Ainsi, nous avons montré que des espèces phylogénétiquement éloignées comme les membres du genre Accipiter (autour des palombes, épervier) et les faucons (faucon pèlerin, faucon sacre, faucon lannier) se retrouvaient dans un même espace morphologique. Ceci traduit leurs adaptations communes à une technique de capture de proies en vol, dans laquelle leurs longs doigts viennent englober la proie (voire la frapper). Des doigts allongés et, en particulier, les dernières phalanges de chaque doigt permettent une fermeture rapide (au prix d’une force moindre) sur un oiseau ou un insecte dans le cas de la bondrée apivore. Les faucons et les membres du genre Accipiter, diffèrent entre eux par le fait que ceux-ci restreignent la proie au sol pour la déchirer, alors que les faucons endommagent le système nerveux de leur proie en sectionnant la nuque à l’aide de leur dent tomiale.

Sky, faucon lannier de la Forêt des Aigles (Espace Rambouillet). Audrey COSTES -- tous droits réservés seules les republications intégrales de l’article sont autorisées, CC BY-NC-ND

Les aigles, les buses et autres rapaces tirant profit de leur masse pour restreindre leur proie au sol depuis une position à l’affût ou en vol (l’aigle royal, la buse variable, l’aigle couronné d’Afrique ou la harpie féroce. Ces oiseaux possèdent les deux premiers doigts massifs avec de très grandes premières et deuxièmes serres, et des phalanges larges et robustes. En comparaison, les deux autres doigts paraissent tout petits.

Les rapaces nocturnes, eux, se tenaient à part. Adaptés à la capture de proies souvent assez petites pour les tenir dans leurs serres, ils les suffoquent à l’aide de phalanges et de serres de longueurs à peu près homogènes, offrant une bonne force de levier, ainsi que la capacité à opposer le premier et le quatrième doigt aux deux autres (zygodactylie), ce qui facilite la préhension de la proie. Cette adaptation est pertinente quand on pense qu’ils chassent souvent dans le noir, avec une faible vision de près. Il faut s’assurer que les proies ne leur échappent pas !

Les vautours du Nouveau Monde et de l’Ancien Monde sont également réunis, en lien avec leur comportement de charognage et de marche. Leur troisième doigt, supportant leur poids, est souvent très allongé et large. Leurs capacités de préhension peuvent toutefois varier, comme chez le gypaète barbu capable de transporter des os pour les lâcher en vol, les briser et se repaître de leur moelle. Le condor des Andes, avec ses jambes très allongées et adepte de la marche, se retrouve proche des autres vautours. Cas particulier, le caracara huppé, se trouve à mi-chemin entre les rapaces qui attrapent leurs proies en vol et les rapaces charognards. Et en effet, cela correspond bien à son mode de prédation puisque c’est un grand marcheur capable de retourner des objets et des proies sur son chemin, mais aussi capable de les attraper, de les restreindre et de les déchiqueter.

Ruru, vautour de Rüppel de la Forêt des Aigles (Espace Rambouillet). Audrey COSTES -- tous droits réservés seules les republications intégrales de l’article sont autorisées, CC BY-NC-ND

Le messager sagittaire, lui, demeure seul dans sa famille et dans l’espace morphologique défini par nos données. Il se caractérise par un fémur extrêmement court et des métatarses très allongés lui permettant de développer une force de frappe impressionnante pour mettre à mort des serpents, tels que les cobras. On parle, par exemple, de 195 N en 15 ms de contact ! Cela correspond à 5 à 6 fois son propre poids, concentré dans une patte à une vitesse fulgurante.

Swahili, messager sagittaire de la Forêt des Aigles (Espace Rambouillet). Audrey COSTES. Tous droits réservés seules les republications intégrales de l’article sont autorisées, CC BY-NC-ND

Une fenêtre ouverte sur le passé

Cette étude nous permet donc de mieux comprendre le lien entre la morphologie des membres des rapaces et leur mode de chasse, et d’appréhender leurs rôles complémentaires dans les écosystèmes. Cette étude pourrait également ouvrir une fenêtre sur le passé en permettant d’émettre des hypothèses sur les comportements de dinosaures non aviens ou d’oiseaux disparus, notamment en choisissant les os et paramètres essentiels mis en évidence par notre étude. En effet, si l’on retrouvait demain un fossile avec quelques phalanges du pied, peut-être pourrions-nous essayer de le réintroduire dans l’espace morphologique de notre étude afin de le comparer aux catégories que nous avons caractérisées ici.

Pour gagner en puissance, il faudrait inclure d’autres spécimens qui enrichissent la diversité de fonctions des membres, comme le vautour palmiste, un vautour capable de pêcher, de chasser et consommer des fruits du palmier – ou encore augmenter le nombre de spécimens dans certaines catégories, et surtout inclure le cariama huppé, un oiseau coureur qui porte une griffe suspendue aux allures de celles des droméosaures mais à l’orientation plus proche de celle des troodons. Et effectivement, des découvertes ont montré que des microraptors possédaient des coussinets proches de ceux des rapaces actuels, ou encore des capacités probables de planer et de s’attaquer à des oiseaux.

Notre étude ouvre donc la voie à de nouvelles approches pour mieux connaître notre passé sans perdre de vue les merveilles du présent.

The Conversation

Myriam Amari ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.


Texte intégral (2369 mots)

L’essentiel

  • Les nuages de fumée générés par les incendies peuvent présenter une toxicité immédiate et sur le long terme.

  • Aujourd’hui, ces toxicités sont évaluées par des prélèvements au sol et la position des retombées par des modélisations du panache de fumée.

  • Pour accompagner les secours, et leur permettre de prendre rapidement la décision d’évacuer ou non, les chercheurs développent un drone de longue endurance qui permettra d’analyser en temps réel les gaz et les particules des incendies, en s’appuyant sur l’expertise de terrain des sapeurs-pompiers.


À Rouen, le 26 septembre 2019, une usine de produits chimiques de la société Lubrizol classée Seveso seuil haut (« à haut risque ») a pris feu. Cet énorme incendie a généré un énorme panache noir qui s’est étendu sur plusieurs dizaines de kilomètres, et touché également des entrepôts de Normandie Logistique. Dans le cadre de la gestion de l’accident, différentes mesures ont été prises pour la protection de la population : confinement, fermetures d’écoles, suspension de certaines activités agricoles, etc.

Cet incendie a déclenché une prise de conscience collective sur la dangerosité des fumées d’incendie et a mis en évidence la nécessité, pour les sapeurs-pompiers, d’adapter leurs doctrines d’intervention et de se doter de moyens de détection complémentaires afin de réaliser des mesures de toxicité de ces fumées.

Les services d’incendie et de secours disposent d’équipes spécialisées en risques chimiques et de moyens pour mesurer les principaux polluants générés par les feux (mesure de tailles et de la quantité des microparticules, mesures de gaz tels que le dioxyde d’azote (NO2), dioxyde de carbone (CO2), le dioxyde de soufre (SO2), le chlorure d’hydrogène anhydre (HCl), l’acide fluorhydrique (HF), le chlorure d’hydrogène anhydre (HCl) entre autres).

Mais ces relevés se font actuellement au niveau du sol, une fois que le panache de fumée retombe, souvent à une distance importante de l’incendie, après refroidissement ou en raison d’une inversion thermique météorologique. Le directeur des opérations de secours s’appuie également sur l’expertise de ces équipes spécialisées en risques chimiques afin de déterminer les mesures à mettre en œuvre pour assurer la protection immédiate de la population.


À lire aussi : Feux de forêt, mégafeux : comment mieux prévoir leur propagation et limiter les risques ?


Ces relevés sont complétés par des modélisations des panaches, réalisées par les équipes de l’Institut National de l’environnement industriel et des risques (INERIS), pour évaluer la localisation des dépôts et leurs concentrations théoriques dans le cadre du suivi des conséquences post-accidentelles de l’évènement.

En d’autres termes, on manque aujourd’hui de moyens pour faire des relevés géolocalisés de différentes molécules toxiques et de particules avant leur retombée au sol. C’est pourquoi nous travaillons sur une solution qui permette de faire des relevés systématiques et automatiques durant la durée d’un incendie, au sein du panache, avant que les fumées ne retombent. Pour mieux comprendre les contraintes sur le terrain et tester les prototypes, nous travaillons directement avec le service d’incendie et de sécurité des sapeurs-pompiers du Bas-Rhin (SIS 67).

Une analyse immédiate de la toxicité de l’air grâce à des drones

Pour essayer de mesurer les polluants chimiques des fumées avant leur retombée, plusieurs projets de recherches utilisent des approches innovantes grâce à des flottes de drones, très souvent des multirotors, pour mesurer et cartographier la pollution atmosphérique.

Dans ces recherches, les drones de la flotte peuvent être coordonnés par la méthode d’apprentissage par renforcement coopératif, ce qui permet de produire des cartes de panache fiables. L’autonomie des drones multirotors est souvent limitée à 20 à 30 minutes avec leur charge utile de capteurs embarqués.

Avec mon équipe et nos collaborateurs du Projet INTERREG HEDRAF, nous cherchons à aller plus loin en développant un drone à voilure fixe de type avion avec une capacité de décollage et atterrissage vertical en nous appuyant sur le développement d’un premier drone (STORK MK.II) lors sur projet INTERREG ELCOD. En d’autres termes, notre drone pourra décoller verticalement comme un multicoptère, puis se déplacer comme un avion pour couvrir plus de distance et consommer moins d’énergie. Il permettra de cartographier la toxicité des fumées en temps réel.

drone à voilure fixe conçu en matériaux composites (fibres de verre et carbone) devant des vehicules de sapeurs pompiers
Un prototype du drone à voilure fixe qui sera modifié pour avoir la possibilité de décoller et se poser verticalement proche des zones d’incendies. Renaud Kiefer, Fourni par l'auteur

Ce drone sera basé sur une propulsion électrique hybride grâce à l’association d’une pile à hydrogène, de batteries et de cellules solaires, ce qui doit permettre une autonomie de cinq heures. Nous travaillons à l’optimisation de ce système avec des algorithmes d’hybridation. Ceux-ci doivent permettre d’améliorer la durée de vie de la pile à combustible qui est sensible aux pics de courants, et optimiser le transfert énergétique des différentes sources d’énergie.

Les concentrations des polluants chimiques gazeux et des particules seront mesurées à l’aide de capteurs embarqués qui transmettent leurs résultats en temps réel aux forces de secours au sol. Ceux-ci pourront obtenir une analyse immédiate de la toxicité de l’air avant leur retombée au sol, ce qui leur permettra de décider s’il faut évacuer la population ou si le risque est maîtrisé.

Une question de trajectoire : suivre la bordure du panache

Ce drone à voilure fixe ne doit pas rentrer au milieu du panache pour faire les relevés chimiques car les concentrations en polluant sont souvent beaucoup trop élevées, ce qui risque de saturer les capteurs voire de les endommager définitivement.

Un des aspects du projet est donc de développer des algorithmes de pilotage automatique pour permettre au drone de suivre la bordure du panache pour y faire des relevés sans saturer les capteurs. L’idée est de travailler sur différents scénarios de vols pour permettre au drone de suivre le panache, d’en cartographier les polluants pour dresser une carte et évaluer les risques potentiels lors de leur retombée au sol.

panache de fumée et trajectoire prévue du drone
Illustration d’un exemple de trajectoire de vol automatique en bordure de panache. Les flèches indiquent les directions principales du drone pendant l’exécution de la trajectoire de suivi. Maya Pivert, Fourni par l'auteur

À cette étape, nous utilisons la concentration en particules mesurées par un capteur optique de particules fines pour évaluer et ajuster en temps réel la trajectoire du drone. En effet, les capteurs électrochimiques utilisés ne permettent pas d’ajuster cette trajectoire en temps réel. Du fait de leurs temps de réponse très lents (quelques dizaines de secondes).

Prélèvements en vol et analyse immédiate dans le véhicule spécialisé des sapeurs-pompiers

Le drone pourra également prélever un échantillon d’air grâce à un préleveur composé d’un solide adsorbant qui retient les gaz capturés à sa surface.

Cet échantillon sera ensuite ramené par le drone vers un laboratoire mobile au sol, potentiellement un véhicule des sapeurs-pompiers pour obtenir une analyse directe et très précise des polluants.

Une de nos expertises est de développer des outils d’analyse miniaturisés et portables prêts à l’emploi. Ces instruments sont très sensibles, automatisés et pilotables à distance par un expert.

En parallèle, nous développons une électronique qui sera embarquée sur le drone afin d’intégrer des capteurs de particules de 2,5 micromètres et 10 micromètres ainsi que des capteurs électrochimiques pour analyser et géolocaliser les fumées en vol en temps réel.

Intégration de cellules solaires organiques dans les ailes

Afin de prolonger l’autonomie de vol du drone, celui-ci sera équipé de cellules solaires fabriquées à partir de matériaux organiques souples (plastique). La particularité des cellules solaires organiques réside dans le fait qu’elles sont extrêmement fines, légères et souples, tout en étant recyclables à 99 %. De plus, les modules peuvent présenter pratiquement n’importe quelle forme. Même si leur rendement est pour l’instant encore inférieur à celui des cellules solaires à base de silicium, leur souplesse et la liberté de conception qu’elles offrent permettent de les installer plus facilement sur la quasi-totalité de la surface de l’aile et devraient permettre de prolonger la durée de vol en croisière de 15 à 20 %, ce qui correspond à presque une heure supplémentaire pour un vol de cinq heures en cas de conditions météo favorables !

Pour cela, nous développons un processus de moulage qui permettra d’intégrer directement les cellules photovoltaïques organiques aux ailes conçues en matériaux composites biosourcés (à base de fibre de lin et de résine recyclable) associés à des fibres de carbones pour améliorer les propriétés mécaniques des ailes de l’avion.


Un grand merci au soutien du SIS67 et de l’équipe du Lieutenant-Colonel Patrice PETIT.

The Conversation

L'équipe de Renaud Kiefer reçoit des financements de INTERREG Rhin Supérieur pour ce projet en cours


Texte intégral (2030 mots)

*Deux ans après la tenue des Jeux olympiques de Paris 2024, il est temps de dresser le bilan sécuritaire de l’évènement : quels ont été les coûts ? Est-ce que les nouvelles technologies vont prendre de plus en plus de place ? *


En France, l’année 2024 a été marquée par l’organisation d’un évènement planétaire, les Jeux olympiques et Paralympiques de Paris. Le Comité d’Organisation (COJO) annonçait pour les 30 jours de compétitions (17 pour les JO et 12 pour les JOP) 15 000 athlètes venus de plus de 200 nations, plus de 40 000 volontaires, 26 000 journalistes accrédités. L’organisateur revendique également 15 millions de visiteurs (11,3 JO et 3,8 JOP) et 4 milliards de téléspectateurs.

La présence de telles foules et l’exposition médiatique de l’évènement ont soulevé une importante réflexion en termes de logistique d’organisation, mais surtout de sécurité. Le déploiement de structures temporaires – tribunes ou barnum, l’adaptation de sites existants – Grand Palais, Versailles ou Trocadéro aux épreuves sportives a posé un grand nombre de défis aux organisateurs et aux opérateurs-prestataires du secteur de l’évènementiel.

Une sécurité exemplaire pour un évènement médiatique international

La sécurité de la manifestation a été très précocement mise en avant dans un contexte de tensions terroristes et géopolitiques. L’État français, payeur de dernier ressort et garant de l’organisation devant le CIO, a ainsi mis en place une législation spécifique aux JO dite « Lois olympiques », dont certains aspects concernaient des adaptations qui « serviront, en héritage, à l’ensemble des grands événements accueillis sur le territoire national ». Sur les aspects sécurité, le législateur renforçait « les outils à la disposition des pouvoirs publics, d’abord en matière de vidéoprotection, en facilitant l’identification de situations dangereuses pour la sécurité des personnes par les forces de sécurité au moyen de traitements par algorithme assortis de nombreuses garanties pour les droits des personnes concernées ». La coordination se voyait améliorée « en faisant du préfet de police le responsable unique de l’ordre public en Île-de-France pendant la période des Jeux ».

Enfin, la validation des accréditations faisait l’objet d’un criblage massif : plus d’un million de demandes traitées via « plusieurs dispositifs de contrôle […] renforcés, qu’il s’agisse des enquêtes de sécurité portant sur les délégations et prestataires accédant aux sites de compétition et de célébration ou des palpations réalisées à l’entrée des enceintes sportives, qui seront facilitées grâce au recours possible à des scanners corporels, à l’instar des contrôles réalisés dans les aéroports ». Parallèlement, les pouvoirs publics ont validé et financé la formation d’agent de sécurité privée sous forme réduite (105h au lieu de 175h) pour pallier le manque de main-d’œuvre attendu. Ce dispositif et la forte mobilisation des acteurs du secteur de la sécurité privée ont permis le déploiement de 17 000 agents professionnels pendant les Jeux, chiffre porté à 22 000 sur les trois journées les plus importantes.

Deux ans après, l’heure du bilan et des choix

Comme l’avait noté le Conseil d’État, ces mesures se voulaient pour la plupart temporaires et expérimentales. Presque deux ans après les Jeux, le temps des enseignements est arrivé. Et celui des décisions aussi. Diffusé dans le monde entier, l’évènement ne pouvait être entaché du moindre incident sécuritaire. Et cela a été le cas. Outre les commentaires multiples effectués à chaud, les pouvoirs publics ont sollicité des retours d’expérience détaillés à travers trois rapports : le Sénat, le ministère de l’Intérieur et la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme ont ainsi livré leurs conclusions. Par la suite, la Cour des comptes a elle aussi publié un rapport sur les JO et JOP 2024. L’analyse de ces rapports se scinde en deux versants.

  • Le premier concerne le coût public de la sécurisation de l’évènement qui sur la période 2022-2025 s’établit à 1 163 M€ (517 M€ de surcoût de masse salariale lié aux primes des forces de l’ordre + 646 M€ pour les dépenses de fonctionnement des personnels). Pour sa part la Cour des comptes indique un montant supérieur -1700 M€- en imputant les dépenses de sécurité privée payées sur le budget des Jeux (220 M€) et certaines dépenses indirectes pouvant être imputées à l’évènement selon la rue Cambon comme le coût des formations d’agent de sécurité « évènementiel ».

Ces dépenses n’ont pas été facturées au Comité d’Organisation selon la convention État-Cojop-CIO – alors qu’il est possible depuis 2012 pour les pouvoirs publics français de facturer à l’Organisateur privé à logique commerciale les dépenses liées à la sécurité renforcée sur l’espace public du fait d’un évènement.

Ce surcoût élevé est toutefois un bon indicateur de dispositifs pensés selon une approche « zéro risque » que l’État souhaitait compte tenu des enjeux d’image pour le pays. Cette doctrine a généré un déploiement de forces de l’ordre – épaulés marginalement par l’armée – rarement vu sur le territoire français sur une période aussi longue et hors crise, le Gouvernement appelant les organisateurs d’autres évènements nécessitant le recours aux forces de l’ordre à annuler ou reporter leurs manifestations de l’été 2024.

  • Le second versant des rapports fait le bilan des mesures temporaires mises en place et envisage leur avenir. Quatre éléments de doctrine pour l’avenir nous semblent pouvoir émerger :

Vers un élargissement du rôle de la sécurité privée

Outre la création d’un carte professionnelle allégée pour les agents de sécurité privée, la facilitation des criblages pour les personnels et les volontaires travaillant sur les sites a été considérée comme validée. Les mesures immédiates d’éloignement ou de non-accréditation des personnes identifiées comme « à risques » (fiché S, étranger en situation irrégulière, poursuivies ou condamnées pour troubles à l’ordre public) ne seront pas maintenues hors JO confirmant une doctrine française constante. Elles sont toutefois un précédent dont une remise en place éventuelle peut-être à nouveau envisagée, avec l’accord du Parlement. L’usage massif des portiques de détection – déployés uniquement à Paris et sur quelques sites – qui visaient à fluidifier les contrôles d’accès sans palpation a largement fonctionné mais dans un mode de réglage peu sensible en termes de détection du fait d’une injonction du législateur et pour éviter des déclenchements trop fréquents.

La vidéosurveillance algorithmique va continuer

Le point majeur de l’usage des outils d’aide à la décision – dits algorithmiques – à partir des images vidéos captées en temps réel était expérimental sur 485 caméras dont a priori aucune aéroportés ou mobiles. Techniquement, leur apport a été considéré comme minime compte tenu de problèmes techniques multipliant les pannes ou les faux positifs. Sur ce point le Sénat note que « l’expérimentation ne permet pas de porter un jugement définitif sur l’opportunité du recours à la vidéoprotection algorithmique ». D’où une recommandation pour un maintien de l’expérimentation, le Comité d’Évaluation indiquant que rien « ne heurtait les libertés publiques ni dans sa conception ni dans sa mise en œuvre » dans cette VSA. On notera toutefois que La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) est dans son rapport beaucoup plus critique sur ces technologies par rapport aux libertés fondamentales.

Pas d’utilsation des données biométriques et reconnaissance faciale

Un temps envisagé, l’utilisation exceptionnelle de données biométriques a été écartée illustrant en France une grande réticence du législateur quant aux conditions d’application du règlement général sur la protection des données (RGPD). La reconnaissance faciale notamment n’a pas été autorisée, contrairement aux JO de Tokyo 2020 et Pékin 2022. Si en Europe, seul le Royaume-Uni utilise la reconnaissance faciale massivement. Dans le reste du monde, de nombreux pays d’Asie ou du Moyen-Orient organisant des grands évènements sportifs, festifs, culturels ou politiques y ont aujourd’hui recours comme pour la Coupe du Monde au Qatar en 2022. Le législateur français et le juge restent très réticents à des usages de ce type, sauf dans le cadre d’enquête judiciaire s’appuyant sur des captations vidéos.

Ainsi alors même que les systèmes implantés aussi bien en vidéosurveillance (espace public) que vidéoprotection (espace privé) disposent de la possibilité technique d’activer des outils croisant des fichiers de référence et des images en direct, cette couche logicielle n’est pas autorisée en France. Depuis 2016, les gouvernements et Parlements successifs ont donc toujours refusé de franchir le Rubicon de la question sensible de la reconnaissance faciale, même à titre expérimental, même pour les JO.

Dans le difficile équilibre de la balance libertés vs sécurité, les JOP ont toutefois ouvert la porte vers l’usage de certains outils technologiques et le transfert de prérogatives d’ordre public vers la sécurité privée, tendance déjà observée avant les Jeux : usage de drones, criblage massif et systématique, vidéo algorithmique, portiques express en contrôle d’accès (à seuil de détection réglé au minima). On notera aussi un recours massif à la modélisation des sites via le concept de jumeaux numériques dans le cadre des postes de commandement sur la plupart des sites.

La question très sensible des données biométriques en temps réel est restée en attente. Qu’il s’agisse de périmétrie (contrôle d’accès) ou de périphérie des manifestations (présence à proximité), la France maintient, jusqu’ici, un véto formel à un usage automatique des outils de reconnaissance faciale, dans la ligne actuelle de la doctrine européenne actuelle.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

⬅️ 21 / 25 ➡️

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Libre à lire (April)
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview