Lien du flux RSS
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

▸ les 20 dernières parutions

05.03.2026 à 11:58

L’armée israélienne appelle à évacuer le sud du Liban

Human Rights Watch
img
Click to expand Image De la fumée s'élève après un bombardement israélien sur le village de Khiam, dans le sud du Liban, le 4 mars 2026. © 2026 Rabih Daher/AFP via Getty Images

(Beyrouth) – Les ordres d’évacuation immédiate de l’armée israélienne à la totalité de la population du Liban vivant au sud du fleuve Litani sont fortement susceptibles de violer les lois de la guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Des centaines de milliers de personnes vivent dans cette zone, qui représente environ 8 % du territoire libanais.

La porte-parole arabophone de l’armée israélienne a publié un message sur les réseaux sociaux, le 4 mars 2026, appelant les habitants du sud du Liban à « évacuer immédiatement leur domicile pour gagner la rive nord du Litani » afin de « garantir leur sécurité » Le communiqué avertissait que « tout déplacement vers le sud pouvait mettre [leur] vie en danger » et que « toute personne située à proximité de membres, de bâtiments ou d’équipements de combat du Hezbollah risquait sa vie ». 

« Appeler toute personne vivant au sud du Litani à évacuer sur-le-champ soulève de graves préoccupations sur les plans juridique et humanitaire et craintes pour la sécurité des civils », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Comment les personnes âgées, malades ou handicapées pourront-elles évacuer immédiatement ? Et comment leur sécurité sera-t-elle assurée lors de leur départ ? »

Le 2 mars, après l’escalade des hostilités entre le Hezbollah et Israël, l’armée israélienne a d’abord appelé à l’évacuation de plus de cinquante villages et villes du sud du Liban. Quelques heures après, un porte-parole de l’armée israélienne a appelé les habitants ayant quitté leur domicile à ne pas y retourner – un communiqué réitéré le lendemain. À la date du 3 mars, l’armée israélienne avait appelé à évacuer plus de cent villages et villes du sud du Liban et de la vallée de la Bekaa, d’après Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence aux Nations Unies. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays depuis.

La radicalité des ordres d’évacuation du gouvernement israélien à l’encontre des habitants libanais fait craindre que leur objectif ne soit pas de protéger les civils, surtout dans le contexte de déplacements de grande ampleur au Liban, a déclaré Human Rights Watch. 

Entre septembre et novembre 2024, plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées au Liban en raison d’une escalade des hostilités. Bien que la grande majorité des personnes déplacées aient pu revenir après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en novembre 2024, plus de 64 000 demeuraient déplacées dans le pays, incapables de retourner dans leur ville ou village, en octobre 2025. 

Plus de 10 000 bâtiments ont été fortement endommagés ou détruits dans le sud du Liban entre octobre 2023 et janvier 2025. Des villages frontaliers entiers ont été réduits en poussière. Les attaques israéliennes ciblant illégalement du matériel et des installations permettant de reconstruire ont encore plus entravé les travaux de reconstruction et empêché des dizaines de milliers de personnes déplacées du sud du Liban de retourner chez elles.

Le droit international humanitaire, également appelé « lois de la guerre », interdit le déplacement forcé de civils lors d’un conflit armé, à moins que la sécurité des civils impliqués ou des raisons militaires impératives ne l’exigent, mais ces exceptions sont strictement limitées. Même lorsqu’il est qualifié d’« évacuation », un déplacement doit être temporaire et les civils doivent pouvoir revenir à la fin des hostilités. 

Les civils qui demeurent sur place après un tel avertissement ou ordre d’évacuation ne perdent pas leur qualité de civils ni la protection du droit international humanitaire. Ils ne peuvent pas être ciblés pour la simple raison qu’ils ont refusé de partir. L’appel à une évacuation générale lancé par Israël afin que des centaines de milliers de personnes partent immédiatement ne semble pas avoir pris en compte les besoins des personnes incapables de se déplacer sans assistance.

Les lois de la guerre exigent par ailleurs que les belligérants « pren[nent] toutes les précautions pratiquement possibles » en vue d’éviter ou réduire au minimum les pertes en vies humaines parmi la population civile et les dommages aux biens de caractère civil qui pourraient être causés incidemment. Parmi ces précautions, figurent le fait d’« averti[r] en temps utile » des attaques, à moins que les circonstances ne le permettent pas. Les avertissements qui ne donnent pas aux civils suffisamment de temps pour partir vers une zone plus sûre ne seraient pas considérées comme « efficaces » en vertu de ces textes internationaux. Les avertissements de portée trop générale, non liées à une attaque imminente, ne peuvent être considérés comme « efficaces ». Au contraire, leur effet peut être de répandre abusivement la peur au sein de la population affectée.

Les lois de la guerre interdisent également « les menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile ». Les appels à évacuer qui ne constituent pas de véritables avertissements ni des ordres légitimes, comme ceux qui visent réellement à protéger la population civile, mais qui ont plutôt pour but de semer la panique chez les habitants ou de les forcer à quitter leur domicile pour des raisons autres que leur sécurité, sont interdits. 

« Depuis 2023, l’armée israélienne a commis de graves crimes internationaux au Liban, alors que ses alliés sont restés passifs, sans prendre de mesures décisives pour y mettre fin », a conclu Ramzi Kaiss. « Le gouvernement libanais devrait cesser de tergiverser et agir pour faire avancer la justice et l’établissement des responsabilités, notamment en accordant à la Cour pénale internationale la compétence d’enquêter sur les crimes de guerre et de les juger. »

.............…………

Articles

LaLibre.be

04.03.2026 à 22:00

Les dirigeants européens défendent le droit international de manière sélective

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Le président américain Donald Trump (à droite) discutait avec le chancelier allemand Friedrich Merz au Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 3 mars 2026. © 2026 Mark Schiefelbein/AP Photo

En période de conflit, comme dans le cas de l'escalade des hostilités au Moyen-Orient, les gouvernements attachés au droit international doivent être prêts à le défendre et, en particulier, à protéger les normes humanitaires et les droits humains. Mais au lieu de se montrer à la hauteur de ce défi, certains dirigeants européens ont choisi de minimiser le rôle du droit international.

Ainsi, évoquant les frappes aériennes américaines et israéliennes contre l'Iran, le chancelier allemand Merz a déclaré que « classer ces événements dans le cadre du droit international aura relativement peu d'effet » et serait « sans conséquence ». De même, le ministre néerlandais des Affaires étrangères Berendsen a estimé que « le droit international n'est pas le seul cadre ». La précipitation indécente avec laquelle ces deux dirigeants ont écarté ou minimisé la pertinence du droit international devrait fortement inquiéter ceux qui savent que les droits humains sont mieux protégés, en temps de conflit comme en temps de paix, quand l'état de droit, y compris le droit international, est fort et respecté, tout comme devrait les inquiéter le caractère partial de la déclaration de l'UE sur les hostilités publiée au lendemain du début des frappes aériennes.

Tout en appelant de manière générale à la « protection des civils », au « plein respect du droit international » et au « droit international humanitaire », l'UE a seulement appelé l'Iran à « s'abstenir de mener des frappes militaires aveugles » et condamné « les attaques de l'Iran et la violation de la souveraineté d'un certain nombre de pays de la région ». 

L'absence d'appels directs aux États-Unis ou à Israël pour qu'ils respectent le droit international en matière de conduite de la guerre est d'autant plus choquante que certains responsables américains semblent ouvertement se moquer de ces règles.

Les États membres de l'UE ont raison de dénoncer le bilan désastreux de l'Iran en matière de droits humains et l'impact potentiel des frappes de représailles de Téhéran sur les civils, mais cela ne justifie pas qu'ils ferment les yeux et se taisent quand il s'agit de leurs alliés.

En période d'incertitude, les gouvernements qui s'engagent en faveur des droits humains et du droit international humanitaire devraient joindre le geste à la parole. Malheureusement, la réponse initiale de l'Europe a été caractérisée par un double standard et de l'hypocrisie. Les dirigeants européens doivent de toute urgence se montrer à la hauteur de la situation et indiquer clairement qu'ils attendent des États-Unis et d'Israël qu'ils respectent les droits humains et le droit international humanitaire, et qu'ils les tiendront pour responsables au même titre que les autres parties.

……………..

04.03.2026 à 04:00

Les États-Unis sanctionnent l'armée rwandaise et quatre commandants

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des membres des Forces rwandaises de défense défilent lors de la cérémonie d'investiture du président Paul Kagame au stade Amahoro à Kigali le 11 août 2024. © 2024 Presidency of Rwanda / Handout/Anadolu via Getty Images

(Washington) – Le 2 mars 2026, le gouvernement des États-Unis a annoncé des sanctions à l'encontre de l'armée rwandaise et de quatre hauts commandants pour leur soutien au groupe armé M23, responsable d'abus en République démocratique du Congo, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Ces sanctions ont des implications considérables pour les transactions commerciales, financières, d'armes, d'équipements et autres avec l'armée rwandaise, les Forces rwandaises de défense (Rwanda Defence Force, RDF).

Le Bureau du contrôle des avoirs étrangers, une division du département du Trésor américain, a déclaré que l'armée rwandaise « soutient activement, forme et combat aux côtés du [M23] », un « groupe armé responsable de violations des droits humains et d'une crise de déplacements massifs » dans l'est de la RD Congo. Ces sanctions font suite à la prise de la ville d'Uvira par l'armée rwandaise et le M23 le 10 décembre 2025, quelques jours après la signature par les présidents rwandais et congolais d'un accord de paix négocié par les États-Unis à Washington.

« Les sanctions américaines vont au-delà d'une simple réaction au soutien apporté par l'armée rwandaise au M23, et reflètent un réel effort pour faire respecter les accords de Washington de décembre 2025 », a déclaré Nicole Widdersheim, directrice adjointe du bureau de Washington de Human Rights Watch. « Les États-Unis indiquent clairement que les gains territoriaux du M23 auraient été impossibles sans la participation opérationnelle directe de l'armée rwandaise, et que le Rwanda devrait mettre fin une fois pour toutes à son soutien au M23. »

Les Nations Unies, les États-Unis et l'Union européenne, ainsi que des organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, ont documenté les violations généralisées du droit international commises par le M23, notamment des exécutions sommaires, des violences sexuelles, des déplacements forcés, des attaques indiscriminées contre des civils et des recrutements forcés, y compris d'enfants. Bon nombre de ces exactions ont été commises pendant et depuis la prise de vastes territoires dans l'est de la RD Congo en 2025 par le M23 et l'armée rwandaise, notamment celle des capitales provinciales de Goma et Bukavu ainsi que des sites miniers stratégiques essentiels à l'économie de la région et aux chaînes d'approvisionnement mondiales en minerais.

Des sources militaires et onusiennes ont déclaré à Human Rights Watch que plusieurs milliers de soldats rwandais, y compris des forces spéciales, avaient traversé la frontière congolaise dans les semaines précédant l'offensive sur Uvira en décembre. Le M23 s'est retiré d'Uvira en janvier, à la suite d'intenses pressions diplomatiques.

Parmi les personnes sanctionnées figurent le général de division Vincent Nyakarundi, chef d'état-major de l'armée rwandaise, le général de division Ruki Karusisi, commandant de la 5e division d'infanterie et ancien commandant des forces spéciales, le général Mubarakh Muganga, chef d'état-major de la défense, et le général de brigade Stanislas Gashugi, commandant des forces d'opérations spéciales.

Les sanctions américaines bloquent tous les avoirs que ces personnes ou l'armée rwandaise pourraient détenir aux États-Unis et interdisent aux citoyens américains de s'engager dans des transactions avec elles. Le département du Trésor a déclaré dans son communiqué de presse que « les institutions financières et autres personnes pourraient s’exposer à des sanctions si elles s'engagent dans certaines transactions ou activités impliquant des personnes désignées ou autrement bloquées ». Cela pourrait avoir des implications pour les institutions partenaires de l'armée rwandaise, notamment l'UE et son financement de la Facilité européenne pour la paix aux opérations militaires conjointes de l'armée rwandaise à Cabo Delgado, au Mozambique.

En février 2025, les États-Unis ont imposé des sanctions financières et immobilières au ministre d'État rwandais de l'époque et actuel conseiller principal du président pour la défense et la sécurité, le général James Kabarebe. En mars 2025, l'UE a sanctionné plusieurs dirigeants du M23, plusieurs responsables rwandais, dont le général Karusisi, et le directeur de l'Office des mines, du pétrole et du gaz du Rwanda (Rwanda’s Mines, Petroleum and Gas Board), ainsi qu'une société aurifère pour leur rôle dans le soutien aux exactions commises dans l'est de la RD Congo. En réponse, le gouvernement rwandais a rompu ses relations diplomatiques avec la Belgique. Depuis lors, l'UE n'a pris aucune mesure supplémentaire en réponse aux violations commises par le M23 et au soutien apporté par le Rwanda à ce groupe armé.

Les nouvelles sanctions américaines interviennent dans un contexte de détérioration rapide de la crise humanitaire dans l'est de la RD Congo, où les combats en cours ont déplacé des centaines de milliers de personnes et exposé les civils à de graves violations. La réponse désordonnée et non coordonnée de la communauté internationale au soutien du Rwanda au M23 n'a pas permis de mettre sérieusement un terme à ces violations et a encouragé les auteurs de violations de tous bords, a déclaré Human Rights Watch.

Les autres gouvernements concernés, notamment ceux de l'UE, de la région et du Royaume-Uni, devraient suivre l'exemple des États-Unis en imposant des sanctions ciblées à d'autres commandants du M23 et à des personnalités militaires et des responsables rwandais ou à des entités qui facilitent les violations commises par le M23. Les États-Unis et les acteurs régionaux devraient veiller à ce que des mécanismes de surveillance soient mis en place pour faire respecter les dispositions de l'accord de paix.

Ces mesures devraient également s'étendre à tous les responsables congolais ou groupes alliés dont les actions constituent un risque pour les civils. Une pression multilatérale soutenue sur toutes les parties au conflit est nécessaire pour garantir que les civils soient correctement protégés et aient accès à une aide humanitaire, a déclaré Human Rights Watch.

La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples devrait également intensifier son examen des violations commises dans l'est de la RD Congo, notamment par le biais de ses mécanismes spéciaux. Les pistes régionales de responsabilisation devraient compléter les efforts internationaux.

« L'annonce du Trésor américain indique que le gouvernement américain est prêt à utiliser les outils à sa disposition pour faire respecter les accords de Washington », a conclu Nicole Widdersheim. « Les États-Unis et les autres gouvernements devraient aller au-delà des sanctions et faire pression pour que les auteurs de crimes de guerre et d'autres violations graves du droit international dans l'est de la RD Congo soient tenus responsables de leurs actes. »

04.03.2026 à 00:01

Turquie : Le principal opposant à Erdoğan poursuivi en justice

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Ekrem İmamoğlu prononçait un discours à Istanbul, en Turquie, suite à son investiture en tant que maire de cette ville le 3 avril 2024, après avoir réélu pour un second mandat de cinq ans lors des élections municipales du 31 mars 2024. © 2024 Yasin Akgul/AFP via Getty Images Le maire d'Istanbul et candidat du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), à l'élection présidentielle, Ekrem İmamoğlu, sera jugé à partir du 9 mars 2026. Il est le principal accusé dans un procès collectif pour corruption visant 407 personnes et basé sur des motifs politiques t qui soulèvent de graves questions quant à l'équité du procès.Ce procès est l'aboutissement d'une campagne de 17 mois menée par les autorités turques contre le principal parti d'opposition. Cette campagne s'est traduite par des enquêtes criminelles, des détentions et d'autres poursuites judiciaires visant Ekrem İmamoğlu, d'autres élus et la direction du parti, révélant une volonté concertée d'écarter Ekrem İmamoğlu de la vie politique et de discréditer son parti, portant ainsi atteinte à la démocratie.Le recours à la détention et aux procédures judiciaires à l'encontre des élus du parti d'opposition compromet la capacité de ce dernier à rivaliser avec le parti au pouvoir lors des prochaines élections et porte atteinte au droit des citoyens d'exprimer librement leur soutien aux candidats de leur choix.

(Istanbul, 3 mars 2026) – Le maire d'Istanbul et candidat à l’élection présidentielle en Turquie, Ekrem İmamoğlu, comparaîtra le 9 mars en tant que principal accusé dans un procès collectif pour corruption qui est basé sur des motifs politiques, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. La plupart des 407 accusés travaillaient pour la municipalité métropolitaine d'Istanbul.

Timeline of Key Actions Since 2024 against Ekrem İmamoğlu and the Republican People’s Party

Ekrem İmamoğlu est détenu depuis un an dans le cadre d'enquêtes et de poursuites visant des élus de son parti, le Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Partisi’nin, CHP), principal parti d'opposition en Turquie. Un tribunal a ordonné sa détention le jour même où les membres du parti l'ont désigné comme leur candidat à la présidentielle. Human Rights Watch a publié une chronologie (en anglais) des actions gouvernementales qui corrobore les soupçons de motivation politique dans les poursuites engagées contre İmamoğlu et son parti.

« Le procès du maire Ekrem İmamoğlu fait suite à plus d'un an d'instrumentalisation du système judiciaire contre son parti et d'autres élus du CHP, alors qu'il est incarcéré », a déclaré Benjamin Ward, directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Au vu de l'ensemble de ces affaires, il est difficile d'échapper à la conclusion que les procureurs cherchent à écarter İmamoğlu de la vie politique et à discréditer son parti, ce qui porte atteinte à la démocratie. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec des avocats de la défense, examiné des documents juridiques et des déclarations publiques du parquet d'Istanbul, et vérifié des informations parues dans les médias. Les chercheurs ont également analysé les déclarations présidentielles concernant Ekrem İmamoğlu et d'autres responsables du CHP. La chronologie des événements établie illustre l'ampleur, depuis fin 2024, des enquêtes pour corruption et terrorisme visant les maires et les municipalités du CHP à Istanbul et dans d'autres grandes villes, ainsi que les efforts déployés par voie judiciaire pour discréditer la direction nationale du CHP.

Ekrem İmamoğlu est accusé d'avoir utilisé sa fonction publique de 2014 à 2025 pour établir ce que l'accusation appelle « l'organisation criminelle İmamoğlu à des fins illicites », dans le but de s'enrichir et de permettre « la prise de contrôle du Parti [républicain du peuple] par l'organisation » ainsi que son élection à la présidence de la Turquie. S'il est reconnu coupable de tous les chefs d'accusation, İmamoğlu encourt une peine de prison pouvant aller jusqu'à 1929 ans.

À l'instar de nombreux autres procès à motivation politique en Turquie, l'essentiel des preuves repose sur les déclarations de 15 témoins dont l'identité est tenue secrète – des « témoins secrets » – et de 76 accusés ayant accepté de témoigner en échange d'une éventuelle réduction de peine.

Selon Human Rights Watch, le recours à de telles preuves, ainsi qu’aux déclarations préjudiciables des procureurs et du président turc Erdoğan à l’égard d’Ekrem İmamoğlu et du parti, porte atteinte au droit d’İmamoğlu à un procès équitable. L'incarcération de l'avocat de la défense d'Ekrem İmamoğlu en tant que coaccusé, le nombre important de personnes mises en cause et la complexité de la procédure soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à l’équité du procès.

Lors des élections locales de mars 2024, le CHP a obtenu 37,8 % des voix au niveau national, devançant le Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkınma Partisi’ni, AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan, qui a recueilli 35,5 % des suffrages et a perdu sa première place pour la première fois en 22 ans.

Les enquêtes visant le CHP ont débuté à Istanbul après la nomination, en octobre 2024, du vice-ministre de la Justice, Akın Gürlek, au poste de procureur général d'Istanbul. Le 10 février 2026, une fois les enquêtes sur İmamoğlu terminées, Gürlek a été nommé ministre de la Justice. Ces nominations successives illustrent l'influence flagrante du gouvernement sur les nominations et les décisions au sein des instances judiciaires et du parquet en Turquie, selon Human Rights Watch.

L’enquête du parquet d’Istanbul a coïncidé avec l’ascension politique du maire. Le 22 février 2025, au lendemain de l’annonce de la candidature d’İmamoğlu à la présidence et du dépôt officiel de sa candidature auprès du CHP, le parquet d’Istanbul a ouvert une enquête à la suite d’une allégation de falsification de son diplôme universitaire – condition requise pour se présenter à la présidence.

Le 18 mars 2025, quatre jours avant la date prévue pour son investiture par les membres du parti, l'université d'Istanbul lui a retiré son diplôme. Le 19 mars, le parquet d'Istanbul a ordonné son arrestation dans le cadre d'une enquête pour crime organisé, corruption et liens présumés avec le terrorisme. Le 23 mars, jour où son parti devait confirmer sa candidature à la présidence, un tribunal a ordonné sa détention provisoire pour suspicion de crime organisé et de corruption.

En octobre, le parquet d'Istanbul a ouvert une troisième enquête pour espionnage contre İmamoğlu, l'accusant d'avoir divulgué des données électorales à des pays étrangers. Un tribunal a également ordonné sa détention dans le cadre de cette enquête distincte. Le 4 février 2026, il a été inculpé d'espionnage, avec trois autres personnes, et encourt une peine de 15 à 20 ans de prison s'il est reconnu coupable.

Outre les poursuites engagées contre İmamoğlu, les procédures judiciaires contestant la validité des élections à la direction du CHP lors des congrès du parti, ainsi que la détention et la destitution de maires du CHP dans d'autres districts d'Istanbul et dans des villes importantes comme Adana et Antalya, compromettent la capacité du CHP à fonctionner efficacement comme parti d'opposition et à rivaliser avec la coalition au pouvoir, composée du Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkınma Partisi’ni, AKP) et du Parti d'action nationaliste (Milliyetçi Hareket Partisi, MHP), lors des futures élections présidentielles, législatives et locales.

Cet impact laisse fortement penser que la détention d'İmamoğlu et d'autres maires élus, ainsi que les poursuites pénales engagées à leur encontre, sont motivées par des raisons illégitimes et violent les garanties prévues à l'article 18 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui interdit aux États d'utiliser les restrictions aux droits à des fins autres que celles pour lesquelles elles ont été prévues. Ces affaires soulèvent également des inquiétudes quant à l'ingérence des autorités turques dans les droits à la participation politique, à la liberté d'expression et à un procès équitable.

Des chaînes d'information télévisées indépendantes, perçues comme proches de l'opposition politique, ont été confrontées à des amendes, des interdictions de diffusion, des enquêtes et des arrestations de journalistes pour leur couverture critique de l'arrestation d'İmamoğlu et de la répression contre l'opposition.

« Les partis d'opposition et les personnalités politiques qui peuvent agir librement sont un élément crucial d'un système démocratique et garantissent aux électeurs un véritable choix lors d'élections libres et équitables », a conclu Benjamin Ward. « Alors que le président déclare la culpabilité de ses rivaux, que les procureurs emprisonnent et cherchent à destituer Ekrem İmamoğlu et d'autres élus, et qu'une avalanche de poursuites vise un seul parti, le processus démocratique en Turquie n'a jamais paru aussi menacé. »

Suite en anglais, comprenant des informations plus détaillées.

………………….

 

03.03.2026 à 19:49

La dangereuse dérive de l'armée américaine vers des armes capables de tuer de manière autonome

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Vue aérienne du Pentagone, siège du département de la Défense américain à Washington, photographié le 2 février 2026.  © 2026 Julia Demaree Nikhinson/ via AP Photo

Le 27 février, le département de la Défense des États-Unis a annoncé son rejet des « lignes rouges » éthiques fixées par la société d'intelligence artificielle Anthropic pour l'utilisation de ses outils d’IA à des fins militaires ; cette décision montre clairement que le Pentagone est peu disposé à mettre en place des garde-fous efficaces quant au développement de ses armes. Dans le cadre de son contrat prévu avec le département de la Défense, Anthropic avait refusé d’accorder au Pentagone l’autorisation d’intégrer ses produits dans des armes entièrement autonomes, ou de les utiliser dans des outils de surveillance de masse des citoyens américains.

Les gouvernements réunis cette semaine à Genève, au siège européen des Nations Unies, lors de discussions sur les systèmes d’armes autonomes dans le cadre de la Convention sur les armes classiques (CCAC), devraient exprimer leur opposition à cette décision dangereuse du Pentagone.

Des divergences de points de vue sur la définition de l'« IA responsable » dans le domaine militaire figurent au cœur du différend entre Anthropic et le Pentagone. Anthropic a indiqué avoir fixé une ligne rouge portant sur les systèmes d'armes entièrement autonomes, qui seraient capables de sélectionner et d’attaquer des cibles sans intervention humaine.

Toutefois, un mémorandum publié en janvier par le département de la Défense (appelé « Département de la guerre » par l’administration Trump) au sujet de l'IA militaire a apparemment supprimé une précédente condition exigeant que les opérateurs de systèmes d'armes autonomes puissent exercer « un niveau approprié de jugement humain portant sur l'usage de la force ». Ce mémorandum donne la priorité à l'adoption accélérée de l'IA afin de parvenir à la « domination militaire américaine en matière d'IA », ce qui enfreindrait de telles normes.

Le 27 février, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a ordonné qu'Anthropic soit désignée comme une entreprise constituant un « risque [pour la sécurité nationale] dans la chaîne d'approvisionnement » (« supply-chain risk to national security »). Peu après, Pete Hegseth a signé un contrat avec Open AI, concurrent d'Anthropic ; Open AI a accepté que ses produits soient utilisés à « toute fin légale » (« all lawful purposes »), conformément à une nouvelle exigence du gouvernement américain.

Human Rights Watch a décrit a maintes reprises dans le passé comment les systèmes d'armes autonomes risquent de mettre les civils en grave danger, compte tenu de leur difficulté à faire la distinction entre les civils et les combattants lors de conflits armés, ou à être déployées dans des environnements complexes et dynamiques tels que les manifestations. Parmi d’autres problèmes, ces armes sont incapables de comprendre les indices subtils reflétant des intentions humaines.

En raison du caractère opaque et imprévisible de telles armes, il serait difficile de tenir leurs opérateurs ou fabricants responsables d’actions menées, à titre individuel. De plus, les biais intégrés dans certains algorithmes utilisés par ces systèmes risquent de causer des préjudices disproportionnés aux personnes racisées, aux femmes et aux personnes handicapées, entre autres.

Pour empêcher les États-Unis d'entraîner le monde dans une spirale dangereuse et irréversible, les gouvernements participant à la conférence sur la convention CCAC cette semaine devraient saisir l’occasion de soutenir et de renforcer le projet de traité visant à interdire et à réglementer les systèmes d'armes autonomes.

…………….

03.03.2026 à 00:00

Laos : Enquêter sur la mort d'un activiste de premier plan

Human Rights Watch
img
Click to expand Image L'activiste laotien Sisay Luangmonda (également connu sous le nom Bao Mor Khaen sur les réseaux sociaux).  © Privé

(Bangkok) – Les autorités laotiennes devraient mener une enquête urgente et impartiale sur la mort suspecte d'un activiste qui avait ouvertement critiqué le gouvernement, et poursuivre en justice les responsables, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Le 20 février, le corps de Sisay Luangmonda, un activiste âgé de 32 ans connu sous le nom Bao Mor Khaen sur les réseaux sociaux , a été retrouvé sur le bord d'une route dans le district de Hadxayfong, près de la capitale Vientiane ; quatre jours auparavant, sa famille avait signalé sa disparition aux autorités locales. La Fondation Manushya, qui surveille les droits humains au Laos, a rapporté que Sisay n'avait pas été revu depuis que des soldats l'avaient arrêté à l'extérieur de Vientiane entre 21 h et 22 h le 14 février, et l'avaient emmené à la prison de Phonthan.

« Les autorités laotiennes devraient mener immédiatement une enquête impartiale sur la mort suspecte de Sisay Luangmonda, un éminent détracteur du gouvernement », a déclaré Elaine Pearson, directrice pour l'Asie à Human Rights Watch. « La mort de Sisay envoie un message effrayant aux personnes qui critiquent le gouvernement laotien, renforçant le climat de peur dans ce pays. »

Sisay avait reçu des menaces de mort liées à ses commentaires sur les réseaux sociaux, critiquant la corruption et la mauvaise gestion du Parti révolutionnaire populaire lao au pouvoir.

Après l'arrestation de Sisay, les autorités laotiennes n'ont fourni aucune information à sa famille sur le lieu où il se trouvait, et n'ont pas répondu aux allégations selon lesquelles il aurait été victime d'une disparition forcée. La famille de Sisay a déclaré que depuis la découverte de son corps, les autorités laotiennes n'avaient pas ouvert d'enquête, ni procédé à un examen médico-légal de sa dépouille.

Le gouvernement réprime les activistes et les dissidents depuis sa prise de pouvoir en 1975, dans le cadre d'un système autoritaire à parti unique. Sombath Somphone, un pionnier du développement communautaire et de l'autonomisation des jeunes, a disparu de force après avoir été placé en garde à vue à Vientiane en décembre 2012. En avril 2023, à Vientiane, un tireur non identifié a grièvement blessé par balle Anousa «Jack» Luangsuphom, un activiste qui avait critiqué le gouvernement sur Internet. Saysomphone Chilikham, membre du groupe Alliance pour la démocratie au Laos, a été victime d'une disparition forcée en février 2024.

Le droit international définit la disparition forcée comme la détention d'une personne par des agents de l'État ou leurs représentants et le refus de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où se trouve la personne. Les disparitions sont particulièrement douloureuses pour les familles des victimes. En septembre 2008, le Laos a signé la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, mais ne l'a pas encore ratifiée.

Les activistes qui ont fui les persécutions au Laos pour se réfugier dans les pays voisins restent en danger, selon Human Rights Watch. En mai 2023, un activiste politique laotien en exil, Bounsuan Kitiyano, a été abattu dans la province d'Ubon Ratchathani, dans le nord-est de la Thaïlande. Od Sayavong, un éminent défenseur laotien des droits humains et de la démocratie vivant à Bangkok, est porté disparu depuis août 2019.

Aucune des attaques contre des dissidents et des détracteurs du gouvernement laotien au Laos ou dans les pays voisins n'a été élucidée et personne n'a été traduit en justice.

Lors de l’Examen périodique universel devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies en 2025, le Laos a « accepté » plusieurs recommandations visant à enquêter sur les disparitions forcées, mais s'est contenté de « prendre note » des cinq recommandations relatives à la protection des défenseurs des droits humains. En août 2025, les experts des droits humains de l'ONU ont exhorté le gouvernement laotien à respecter son obligation d'enquêter sur tous les cas d'homicides illégaux.

« Le gouvernement laotien procède depuis longtemps à des arrestations arbitraires, à des disparitions forcées et à des exécutions extrajudiciaires d’opposants », a conclu Elaine Pearson. « Les gouvernements concernés et les organes des Nations Unies chargés des droits humains devraient saisir toutes les occasions qui se présentent pour faire pression sur les autorités laotiennes afin qu'elles mènent des enquêtes approfondies et poursuivent en justice les responsables de graves violations. »

……………

02.03.2026 à 20:30

Liban/Israël : Les civils exposés à un grave risque de violations

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Un bâtiment endommagé était en feu après une frappe aérienne israélienne à Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 2 mars 2026. © 2026 AFP via Getty Images

(Beyrouth, 2 mars 2026) – Les civils sont exposés à un grave risque de violations alors que le conflit entre Israël et le Hezbollah s'intensifie, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Tôt dans la matinée du 2 mars, le Hezbollah a tiré des roquettes et des drones sur le nord d'Israël ; l'armée israélienne a riposté en menant plus de 70 frappes contre le Liban, notamment dans le sud et l'est du pays, ainsi que la banlieue sud de Beyrouth. Ces frappes ont tué au moins 52 personnes et blessé au moins 154 habitants ; elles ont aussi déplacé des dizaines de milliers de personnes, selon le ministère libanais des Affaires sociales. Aucune victime n'a été signalée suite aux tirs de roquettes du Hezbollah vers le nord d'Israël.

« Lorsque des crimes de guerre et d'autres graves abus sont commis en toute impunité, ils sont susceptibles de se reproduire, et ce sont les civils qui en paient le prix », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les pays alliés à Israël, tout comme ceux qui soutiennent le Hezbollah, devraient faire pression sur les belligérants afin qu'ils respectent les lois de la guerre, et minimisent les dommages causés aux civils. »

Depuis le 7 octobre 2023, les forces israéliennes ont commis de nombreuses violations du droit de la guerre au Liban en toute impunité, notamment des attaques apparemment délibérées ou indiscriminées contre des journalistes, des civils, des secouristes, des institutions financières, des installations liées à la reconstruction, et une mission de maintien de la paix de l’ONU, en plus de l'utilisation illégale de munitions au phosphore blanc dans des zones peuplées, parmi d’autres violations. 

À la suite d'une escalade des hostilités entre septembre et novembre 2024, plus de 1, 2 million de personnes ont été déplacées au Liban, des milliers de bâtiments et de maisons ont été détruits, et des villages frontaliers ont été réduits en ruines. Avant l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024, le Hezbollah avait mené des attaques contre le nord d'Israël sans prendre les précautions nécessaires pour protéger les civils, utilisant des armes explosives dans des zones peuplées sans avertir efficacement les civils.

Après que le Hezbollah a annoncé avoir tiré une salve de roquettes et un essaim de drones visant le centre de défense antimissile israélien Mishmar HaCarmel, au sud de Haïfa, l'armée israélienne a déclaré avoir frappé un « haut responsable terroriste du Hezbollah dans la région de Beyrouth » et un « terroriste du Hezbollah dans le sud du Liban ». Elle a ensuite annoncé avoir lancé « une campagne offensive contre le Hezbollah » et une nouvelle vague de frappes au Liban visant « les installations de stockage d'armes du Hezbollah et d'autres infrastructures ». 

L'agence de presse nationale libanaise a rapporté le 2 mars que les autorités avaient donné instruction aux services de sécurité libanais d'arrêter les responsables des tirs de roquettes depuis le Liban. 

Selon l'Agence France-Presse, les frappes israéliennes ont provoqué un exode massif depuis la banlieue sud de Beyrouth. Vers 4 heures du matin, l'armée israélienne a émis des avertissements d'évacuation pour plus de 50 villages et villes du sud du Liban, demandant aux habitants d’« évacuer immédiatement leurs maisons et de s'éloigner des villages d'au moins 1 000 mètres vers des terrains dégagés ». Les avertissements précisaient que « toute personne se trouvant à proximité des agents, des installations et des armes du Hezbollah mettait sa vie en danger ».

Quelques heures plus tard, un porte-parole de l'armée israélienne a appelé les habitants qui avaient évacué leurs maisons à ne pas y retourner. L'armée israélienne a lancé au moins 18 avertissements d'évacuation le 2 mars, avant ce qu'elle a qualifié de frappes imminentes visant l'institution financière al-Qard al-Hassan, affiliée au Hezbollah, au Liban.

L'utilisation d'une institution financière, d'une association ou d'une banque par un groupe armé ne constitue pas en soi une contribution effective à une action militaire, et par conséquent, al-Qard al-Hassan n'est pas une cible militaire légitime au regard du droit de la guerre, a déclaré Human Rights Watch. L'appartenance ou l'affiliation au Hezbollah ou à d'autres mouvements politiques dotés de branches armées ne constitue pas en soi un motif suffisant pour déterminer qu'un individu est une cible militaire légitime. Les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) soulignent que les personnes qui exercent exclusivement des fonctions non combattantes au sein de groupes armés, y compris des rôles politiques ou administratifs, ou qui sont simplement membres ou affiliées à des entités politiques dotées d'une composante armée, telles que le Hezbollah, ne peuvent être prises pour cible à aucun moment, sauf si et uniquement pendant qu'elles participent directement aux hostilités, comme tout autre civil.

Le droit international humanitaire, également connu sous le nom de droit de la guerre, exige des parties à un conflit qu'elles veillent en permanence, lors des opérations militaires, à épargner la population civile et à « prendre toutes les précautions possibles » pour éviter ou minimiser les pertes accidentelles de vies civiles et les dommages aux biens civils. Ces précautions consistent notamment à faire tout ce qui est possible pour vérifier que les cibles des attaques sont des objectifs militaires et non des civils ou des biens civils, à donner un « avertissement préalable efficace » des attaques lorsque les circonstances le permettent et à s'abstenir de toute attaque si le principe de proportionnalité n'est pas respecté. 

Les avertissements qui ne laissent pas aux civils suffisamment de temps pour se rendre dans une zone plus sûre ne sont pas considérés comme « efficaces » au regard de la loi. Les avertissements généraux sans rapport avec une attaque imminente ne peuvent être considérés comme « efficaces » et peuvent au contraire semer la peur parmi la population touchée.

Le droit international coutumier interdit « les actes ou menaces de violence dont le but principal est de semer la terreur parmi la population civile ». Les déclarations appelant à l'évacuation de zones qui visent principalement à semer la panique parmi les habitants ou à les contraindre à quitter leur domicile pour des raisons autres que leur sécurité relèvent de cette interdiction. 

Les civils qui n'évacuent pas après avoir reçu des avertissements sont toujours pleinement protégés par le droit international humanitaire. Les déplacements forcés sont interdits par le droit de la guerre, sauf dans les cas où la sécurité des civils est en jeu ou pour des raisons militaires impératives. De plus, certains civils ne sont pas en mesure de tenir compte d'un avertissement d'évacuation, pour des raisons de santé, de handicap, de peur ou parce qu'ils n'ont nulle part où aller.

Human Rights Watch a exhorté les principaux alliés d'Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, à suspendre leur aide militaire et leurs ventes d'armes à Israël et à imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans des crimes graves. Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves, et le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d'adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.

« Le gouvernement libanais devrait prendre des mesures pour garantir que les auteurs de crimes internationaux commis sur le territoire libanais soient traduits en justice, notamment en menant des enquêtes nationales et en accordant à la CPI la compétence pour enquêter dans le pays », a conclu Ramzi Kaiss. 

................

02.03.2026 à 20:06

Le Secrétaire américain à la Défense critique les règles d'engagement

Human Rights Watch
img

(Washington, 2 mars 2026) – Lors d'une conférence de presse tenue le 2 mars au sujet des opérations en Iran, le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a critiqué des « règles d'engagement stupides » (« stupid rules of engagement »), suggérant qu'elles pourraient nuire à « notre lutte pour la victoire ». Ces remarques sont préoccupantes, compte tenu du fait qu’en 2025, Pete Hegseth a agi pour affaiblir d’une part le rôle des hauts responsables chargés de veiller au respect par les États-Unis du droit international humanitaire (qui codifie les lois de la guerre), et d’autre part les mécanismes militaires américains visant le même but.

Les règles d'engagement sont des directives militaires officielles qui indiquent aux forces armées quand, où, comment et contre qui elles peuvent recourir à la force. Elles doivent toujours être conformes aux lois de la guerre. 

Depuis le début de l'administration Trump, le département de la Défense, sous la direction du secrétaire Hegseth, a délibérément et systématiquement affaibli les protections destinées à garantir le respect des lois des conflits armés. Il a démis de leurs fonctions des juristes militaires de haut rang sans invoquer publiquement de faute professionnelle, et a remplacé des conseillers juridiques (« Judge Advocates General » ou « Juges-avocats généraux ») de l'Armée de terre, de l'Armée de l'air et de la Marine, sapant ainsi le contrôle juridique des opérations de combat. 

Hegseth a supprimé les « équipes environnementales civiles » (« civilian environment teams ») et d'autres mécanismes qui avaient été précédemment mis en place pour limiter les dommages causés aux civils lors d’opérations militaires. La Stratégie de défense nationale de 2026 (National Defense Strategy, NDS) omet toute référence à la protection des civils. En outre, le département de la Défense a assoupli les restrictions sur l'utilisation des mines antipersonnel, et a poursuivi l'achat d'armes à sous-munitions, malgré les dommages immédiats et à long terme prévisibles de ces armes pour les civils.

Human Rights Watch s'efforcera d'évaluer si ces mesures prises par le département de la Défense augmentent de manière illégale le risque de préjudice pour les civils, lors d’opérations militaires américaines.

Les responsables civils et militaires américains devraient réaffirmer le respect par les États-Unis des lois de la guerre, et rétablir le personnel et les structures de contrôle qui contribuent à protéger les civils pendant les conflits armés. 

..............

01.03.2026 à 06:00

États-Unis/Israël/Iran : Tous les belligérants doivent respecter les lois de la guerre

Human Rights Watch
img

(Beyrouth, 28 février 2026) – Le 28 février, les États-Unis et Israël ont mené des frappes aériennes contre l'Iran, qui a riposté en attaquant Israël et plusieurs États du Golfe. Toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, et de donner la priorité à la protection des civils. Human Rights Watch enquête actuellement sur les frappes menées par toutes les parties, qui pourraient avoir violé les lois de la guerre. 

Human Rights Watch a déjà documenté des violations des lois de la guerre précédemment commises par les États-Unis, par Israël et par l'Iran, notamment de graves manquements à leur obligation de protéger les civils dans le cadre d’un conflit.

Depuis janvier 2025, sous l'administration du président Donald Trump, le département américain de la Défense a licencié sans motif valable des juristes militaires de haut rang ; ce département a systématiquement réduit la surveillance juridique et les mécanismes visant à atténuer les dommages causés aux civils, imposant ainsi moins de contraintes aux opérations militaires.

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a levé les restrictions sur l’usage des mines antipersonnel, et a autorisé l’achat par les États-Unis d’armes à sous-munitions fabriquées par une entreprise d’État israélienne, bien que ces armes soient intrinsèquement dangereuses pour les civils. La Stratégie de défense nationale des États-Unis de 2026 (National Defense Strategy, NDS) ne mentionne pas explicitement la réduction des dommages causés aux civils parmi ses considérations politiques.

Human Rights Watch a documenté de graves violations commises par Israël à Gaza, au Liban, au Yémen et en Iran. Depuis les attaques menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, les forces israéliennes ont commis à Gaza de nombreuses violations du droit de la guerre, notamment des frappes illégales contre des civils et des infrastructures civiles, des attaques indiscriminées dans des zones densément peuplées et des actions constituant des formes de punition collective. En juin 2025, une attaque illégale menée par Israël contre la prison d'Evin, en Iran, a tué des dizaines de prisonniers et d'autres civils.

Les autorités iraniennes n'ont pas non plus suffisamment protégé les civils lors des hostilités. Lors du conflit avec Israël en juin 2025, les autorités iraniennes ont coupé l'accès à Internet et n'ont pas pris de mesures efficaces pour protéger la vie des civils. L'Iran a mené des attaques indiscriminées à l'aide de missiles balistiques contre Israël pendant ce conflit.

Lors de leur répression de manifestations au début de cette année, les autorités iraniennes ont arbitrairement arrêté des milliers de personnes ; la plupart sont toujours détenues dans des prisons et des centres de détention non officiels, après que les forces de sécurité ont procédé à des massacres dans tout le pays. Les détenus restent exposés au risque de torture, voire d’exécutions secrètes et arbitraires. Les autorités iraniennes devraient immédiatement libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, et appliquer les réglementations nationales qui permettent la libération de prisonniers en temps de guerre, afin d’assurer leur sécurité.

Human Rights Watch continuera de surveiller la situation dans la région, et exhorte toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire et les droits humains.

……………….

27.02.2026 à 04:00

Pakistan : Annuler une condamnation à mort pour blasphème

Human Rights Watch
img

(New York) – Les autorités pakistanaises devraient annuler la condamnation injuste de Junaid Hafeez, condamné à mort en 2013 en vertu des lois draconiennes sur le blasphème en vigueur dans ce pays, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les 13 années passées par Hafeez en prison soulèvent de graves préoccupations quant à l'absence de procédure régulière et à l'utilisation abusive des lois sur le blasphème dans le pays.

La police de la province du Pendjab a arrêté Hafeez, alors universitaire âgé d'une vingtaine d'années, le 13 mars 2013 ; il a été accusé de blasphème sur la base de commentaires qu'il aurait publiés sur Facebook. En décembre 2019, un tribunal de Multan a condamné Hafeez à mort, à l'issue d'un procès qui a duré plusieurs années après avoir été reporté à plusieurs reprises, et qui s'est déroulé dans une prison de haute sécurité par crainte de violences collectives. Son appel n'a pas encore été examiné, et il est détenu à l'isolement depuis juin 2014.

Click to expand Image Junaid Hafeez. © 2018 Junaid Hafeez/Twitter (X)

« Le cas de Junaid Hafeez est emblématique du caractère injuste et abusif des lois pakistanaises sur le blasphème », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « Les autorités devraient annuler sa condamnation et libérer Junaid Hafeez, ainsi que les autres personnes détenues en vertu des lois sur le blasphème. »

Les lois sur le blasphème figurant dans la section 295-C du code pénal pakistanais, ainsi que d'autres dispositions du code prévoient ce qui équivaut en fait à une peine de mort obligatoire. Bien qu'il n'y ait eu aucune exécution, plusieurs personnes sont actuellement dans le couloir de la mort, tandis que des dizaines d'autres purgent des peines à perpétuité pour des infractions connexes. Des centaines de personnes ont été inculpées en vertu de cette loi au cours des trois dernières décennies.

Le long retard pris dans le procès de Hafeez fait partie des dénis de procédure régulière auxquels sont confrontées de nombreuses personnes accusées de blasphème. Le maintenir pendant des années en isolement cellulaire constitue un traitement cruel et inhumain pouvant s'apparenter à de la torture, a déclaré Human Rights Watch. Les personnes soupçonnées de blasphème ont souvent beaucoup de mal à trouver un avocat en raison des menaces et des violences dont font l'objet les conseils juridiques. En mai 2014, des hommes armés non identifiés ont abattu Rashid Rehman, avocat de Hafeez et défenseur des droits humains, dans son bureau à Multan. Rehman avait été menacé de « graves conséquences » pour avoir défendu Hafeez.

Les lois pakistanaises sur le blasphème sont utilisées depuis longtemps pour poursuivre les membres des communautés religieuses minoritaires ou pour mener des vendettas personnelles, des extorsions et des chantages. Ces dernières années, les lois sur le blasphème ont été de plus en plus invoquées pour emprisonner et poursuivre des personnes pour des commentaires publiés sur les réseaux sociaux.

La discrimination dont font l'objet les personnes accusées de blasphème dans le cadre du système pénal pakistanais a donné lieu à des erreurs judiciaires, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités ne demandent presque jamais des comptes à ceux qui commettent des actes de violence au nom du blasphème, tandis que les personnes accusées en vertu des lois sur le blasphème – généralement sans preuve – subissent de longues détentions provisoires, sont privées d'un procès équitable et font l'objet de procès inéquitables qui peuvent aboutir à des peines de plusieurs années de prison.

L'indifférence du gouvernement face aux abus commis en vertu des lois sur le blasphème et à la violence collective qu'elles provoquent est discriminatoire et viole les droits à la liberté de religion, de croyance et d'expression.

En octobre 2025, le gouvernement a annoncé son intention de rajouter des garanties procédurales aux lois sur le blasphème. De telles garanties, ainsi que la libération en toute sécurité de toutes les personnes détenues ou emprisonnées pour blasphème, constitueraient des étapes importantes vers l'abrogation des lois sur le blasphème, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités devraient enquêter sur les menaces et les agressions liées a des accusations de blasphème, en accordant une attention particulière aux membres des minorités religieuses ciblées et d'autres groupes marginalisés.

« Ces derniers mois, le gouvernement pakistanais a fait des progrès dans la lutte contre certaines injustices liées aux lois sur le blasphème dans le pays », a conclu Elaine Pearson. « L'affaire Hafeez est l'occasion de démontrer une réelle volonté et un sérieux engagement en faveur de réformes. »

………………

26.02.2026 à 16:00

Afghanistan : Les talibans devraient être tenus responsables de la persécution fondée sur le genre et d’autres crimes graves

Human Rights Watch
img
Click to expand Image L'Allée des drapeaux devant le Palais des Nations, siège du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève, photographiée le 16 juin 2025.  © 2025 Lian Yi/Xinhua via Getty Images

Déclaration présentée lors de la 61ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Geneve – Réunion du 26 février tenue en présence de Richard Bennett, Rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan.

Monsieur le Vice-Président,

Nous remercions le Rapporteur spécial pour son rapport exhaustif sur les violations systématiques par les talibans des droits des femmes, y compris le droit à la santé.

Les talibans ont récemment adopté un nouveau code de procédure pénale qui renforce davantage encore la répression et la discrimination en Afghanistan. Cette nouvelle loi définit les musulmans comme étant exclusivement les adeptes de la jurisprudence hanafite et qualifie les autres groupes religieux, y compris les chiites, d'hérétiques. Elle prescrit des sanctions sévères pour réduire au silence toute dissidence et ne reconnaît que les coups « excessifs » comme violence domestique envers les femmes, laissant les victimes d'autres formes d'abus sans protection ni recours à la justice.

Nous exhortons les États membres de l'ONU à écouter les femmes et les filles d'Afghanistan, à mettre leurs voix au centre des préoccupations et à faire davantage pour protéger leurs droits et faire progresser l’obligation de rendre des comptes pour la persécution fondée sur le genre. 

Le nouveau mécanisme créé par ce Conseil en octobre dernier sera un outil clé pour exiger des comptes aux auteurs de graves abus. Les États membres et les dirigeants de l'ONU devraient d’urgence le rendre opérationnel, et veiller à ce qu'il dispose des ressources nécessaires pour remplir son mandat. 

En outre, les États devraient reconnaître l'apartheid sexuel comme un crime contre l'humanité, soutenir et protéger les efforts de la CPI visant à poursuivre les responsables de persécution fondée sur le genre et d'autres crimes internationaux graves en Afghanistan, soutenir l'initiative visant à tenir les talibans responsables des violations de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination Against Women, CEDAW) devant la Cour internationale de justice (CIJ), et engager des poursuites pénales en vertu du principe de compétence universelle.

Je vous remercie.

.................

25.02.2026 à 18:46

Liban : Les victimes de crimes de guerre méritent la justice, la vérité et des réparations

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Une femme marchait parmi les décombres près d’équipements agricoles calcinés à la suite d'une frappe israélienne, dans le village de Msayleh situé dans le sud du Liban, le 11 octobre 2025. © Mahmoud Zayyat /AFP via Getty Images

(Beyrouth, 25 février 2026) – Le gouvernement libanais devrait prendre des mesures immédiates et concrètes pour aider à garantir l'accès à la justice, à la vérité et à des réparations pour les milliers de victimes civiles des violations commises dans le cadre du conflit armé avec Israël, ont déclaré aujourd'hui cinq organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ; elles ont conjointement adressé une lettre au ministre libanais de la Justice et au vice-Premier ministre, qui préside le Comité national pour le droit international humanitaire.

Ces cinq organisations sont Amnesty International, Human Rights Watch, Legal Agenda, Reporters sans frontières et le Syndicat des journalistes du Liban. 

Un an après la date limite fixée pour le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, les attaques israéliennes incessantes et la destruction massive des infrastructures ont empêché des dizaines de milliers de personnes de retourner chez elles ou de reconstruire leur vie. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu, Israël a mené des attaques quasi quotidiennes au Liban, tuant plus de 380 personnes, dont au moins 127 civils. L'armée israélienne reste présente dans certaines parties du territoire libanais, et continue d’y détruire massivement des structures civiles le long de la frontière, laissant des communautés entières aux prises avec la destruction et des pertes.

Le gouvernement libanais ignore un ensemble concret de mesures juridiques qu'il aurait pu prendre au cours de l'année écoulée, à commencer par des enquêtes nationales et l'acceptation de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes internationaux commis au Liban, ont déclaré les organisations. Le gouvernement devrait désormais agir de toute urgence. 

Israël devrait immédiatement permettre le retour en toute sécurité des Libanais toujours déplacés de leurs villages, et offrir des réparations complètes, efficaces et adéquates pour toutes les violations graves du droit international humanitaire et du droit international des droits humains commises par son armée. Pour des milliers de familles, « l'après-cessez-le-feu » n'a pas été synonyme de sécurité ou de stabilité. Ce terme a plutôt été synonyme de déplacement prolongé, de moyens de subsistance détruits et de l'angoisse de vivre dans l'incertitude, sans perspective à ce jour d’obligation de rendre des comptes pour les violations, ni d’octroi de réparations.

Les organisations exhortent le gouvernement libanais à explorer toutes les voies juridiques disponibles, tant au niveau national qu'international, afin de garantir que les crimes relevant du droit international fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites. Une mesure cruciale que le gouvernement pourrait prendre immédiatement consiste à déposer une déclaration auprès de la CPI, reconnaissant la compétence de la Cour en vertu de l'article 12(3) du Statut de Rome, afin d’enquêter sur les crimes relevant du droit international commis sur le territoire libanais depuis au moins le 7 octobre 2023, et d’engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait également envisager de ratifier le Statut de Rome.

Le gouvernement devrait soutenir la mise en place d'enquêtes judiciaires nationales rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur les crimes de guerre commis sur le territoire libanais, ont déclaré les cinq organisations. Cela implique notamment de doter les enquêteurs judiciaires des pouvoirs, de la protection et des ressources nécessaires pour mener à bien leur travail de manière efficace et impartiale. Afin de fournir un cadre législatif à ces initiatives, le gouvernement devrait d’urgence soumettre au Parlement un projet de loi érigeant en infractions les crimes de guerre et d’autres actes qui constituent des crimes au regard du droit international. 

Le gouvernement libanais devrait créer un registre pour consigner tous les homicides, blessures et autres dommages causés aux civils, et inviter le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition à se rendre au Liban et à recommander des mesures qu'Israël, le Hezbollah et le gouvernement libanais devraient prendre pour défendre les droits des victimes.

Le gouvernement libanais a l'occasion de prendre des mesures historiques pour mettre fin à l'impunité endémique qui a caractérisé les conflits armés passés dans le pays, ont ajouté les organisations. Ce faisant, il peut commencer à jeter les bases permettant aux victimes et aux communautés touchées de réaliser pleinement leur droit à la justice, à la vérité et à des réparations, et de pouvoir reconstruire leur vie. 

D'autres pays, en particulier les États-Unis, devraient immédiatement suspendre tous les transferts d'armes et autres formes d'aide militaire à Israël, en raison du risque important que ces armes soient utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves du droit international, ont déclaré les organisations. 

Compte tenu des violations graves et répétées du droit international humanitaire commises par les forces israéliennes au Liban et ailleurs, les autres pays devraient également intensifier d'urgence leurs efforts pour garantir l’obligation de rendre des comptes, en vertu du principe de compétence universelle ou d'autres formes de compétence extraterritoriale ; ils devraient enquêter sur les violations constituant des crimes internationaux graves et, lorsque des preuves suffisantes existent, engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait coopérer pleinement à ces efforts.

L'accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël est entré en vigueur en novembre 2024 et prévoyait le retrait de l'armée israélienne du sud du Liban dans un délai de 60 jours. Cependant, le 18 février 2025, Israël a annoncé son intention de maintenir une présence militaire sur cinq sites « stratégiques » dans le sud du Liban, et d’y exercer un contrôle temporaire.

Le 27 février 2025, le ministre israélien de la Défense a déclaré que les forces israéliennes allaient « rester indéfiniment » dans une zone tampon à la frontière. Puis en août 2025, le Premier ministre israélien a conditionné la « réduction progressive » des troupes au désarmement du Hezbollah.

Des organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ont déjà fait état des effets dévastateurs sur les civils des hostilités entre Israël et le Hezbollah. Il s'agit notamment de l'utilisation par l'armée israélienne de phosphore blanc, son recours à des explosions de masse simultanées et indiscriminées par le biais d’appareils électroniques, ainsi que ses attaques contre des journalistes, des établissements de santé, des ambulances et des secouristes.

D'autres rapports ont documenté des frappes aériennes illégales contre des civils et des biens civils, la destruction massive et continue des villages frontaliers du Liban même après le cessez-le-feu, ainsi que les tirs répétés par le Hezbollah de roquettes non guidées sur des zones civiles densément peuplées en Israël.

.................

25.02.2026 à 15:00

Emprisonné au Rwanda, un détracteur du gouvernement risque une peine de 30 ans

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Aimable Karasira. © Privé

La semaine dernière a marqué le sixième anniversaire de la mort du chanteur de gospel et défenseur de la paix rwandais Kizito Mihigo, décédé en garde à vue. Si sa mort suspecte reste inexpliquée, elle a clairement signalé une intensification de la répression de la liberté d’expression par le gouvernement.

Rescapé du génocide de 1994, Kizito Mihigo composait des chansons axées sur le pardon et la compassion. Il a été arrêté en 2014 sur des accusations d’infractions contre l’État à la suite de la diffusion d’une chanson dans laquelle il exprimait sa solidarité avec les victimes du génocide et les personnes tuées lors des violences de représailles. Bien que les autorités l'aient gracié en 2018, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il restait sous étroite surveillance.

Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que Kizito Mihigo était mort dans une cellule du poste de police de Remera, quatre jours après avoir été à nouveau arrêté alors qu'il tentait de quitter le pays. Avant sa mort, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il était menacé et craignait que des agents de l'État ne le tuent.

La volonté de Kizito Mihigo à remettre en question certains éléments du discours officiel du gouvernement sur le génocide a fait de lui une cible. Après sa mort, des rescapés du génocide ont publiquement critiqué le Front patriotique rwandais (FPR), parti au pouvoir, et ont exigé que justice soit faite. Aucune enquête crédible n'a toutefois été menée sur sa mort.

Six ans plus tard, d'autres détracteurs importants du gouvernement continuent d'être emprisonnés. Le blogueur et commentateur Aimable Karasira est détenu depuis mai 2021 et a déclaré avoir été torturé pendant sa détention. Avant son arrestation, il avait évoqué publiquement la perte de membres de sa famille aux mains d’extrémistes hutus ainsi que du FPR pendant et après le génocide.

En septembre 2025, Aimable Karasira a été reconnu coupable d'incitation au « divisionnisme » et condamné à cinq ans de prison. À moins d'un an de la fin de sa peine, les procureurs ont fait appel de la décision de l'acquitter de plusieurs chefs d'accusation, notamment de négation et de justification du génocide, et ont requis une peine de 30 ans. Ses comptes bancaires restent gelés.

Si les gouvernements ont le devoir de lutter contre l'incitation à la violence et les discours de haine, les autorités rwandaises ont à plusieurs reprises utilisé des lois vaguement définies sur l’« idéologie du génocide » et la « négation du génocide » pour faire taire les dissidents.

La mort en détention de Kizito Mihigo, ainsi que les poursuites engagées contre Aimable Karasira, mettent en évidence les représailles auxquelles peuvent être confrontés ceux qui remettent en cause les discours officiels au Rwanda. Alors qu’Aimable Karasira risque une peine de plusieurs dizaines d'années de prison, le pouvoir judiciaire rwandais et sa volonté de protéger le droit à la liberté d'expression, y compris celui des victimes et des rescapés des crimes les plus graves, sont mis à l'épreuve. Les autorités devraient libérer toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé ce droit fondamental, à commencer par Aimable Karasira.

25.02.2026 à 14:44

Abus au Cameroun après l'expulsion par les États-Unis de ressortissants de pays tiers

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des voitures traversent un carrefour près d'un monument à Yaoundé, au Cameroun, le 12 septembre 2025. © 2025 Welba Yamo Pascal/AP Photo

Les autorités camerounaises détiennent de manière arbitraire des ressortissants non camerounais expulsés des États-Unis et détiennent et maltraitent les journalistes qui ont tenté de les interviewer. L'administration du président américain Donald Trump ne semble pas s'en soucier. 
 

En janvier et février, dans le cadre d'un accord secret, le gouvernement américain a expulsé vers le Cameroun 17 hommes et femmes, dont des demandeurs d'asile et une personne apatride, originaires de 9 pays africains : Angola, République démocratique du Congo, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Sénégal, Sierra Leone et Zimbabwe. 
 

Les autorités camerounaises ont immédiatement détenu les personnes expulsées, bien qu'elles n'aient aucune base juridique pour le faire. Un avocat qui assistait certaines des personnes expulsées a déclaré que des représentants d'agences des Nations unies leur avaient parlé de la possibilité de demander l'asile au Cameroun. Cependant, les personnes expulsées ont déclaré à l'avocat qu'elles se sentaient contraintes de retourner dans leur pays d'origine. 
 

Plusieurs déportés n'étaient pas éligibles à l'asile aux États-Unis, mais bénéficiaient d'une protection judiciaire contre l'expulsion vers leur pays d'origine en raison de craintes de persécution ou de torture. L'administration Trump a contourné ces protections en les envoyant dans un pays tiers – un pays que Human Rights Watch et d'autres ont toujours qualifié de non sûr pour les expulsions. 
 

Depuis des années, certaines régions du Cameroun sont ravagées par la violence et les conflits armés, le gouvernement réprime l'opposition et les médias, et les groupes armés et les forces gouvernementales commettent des exactions généralisées, notamment des actes de torture en détention. En 2022, nous avons documenté les souffrances endurées au Cameroun par des demandeurs d'asile camerounais expulsés par les États-Unis après leur retour. 
 

Le Cameroun est partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et dispose d'une législation nationale sur les réfugiés, mais deux personnes renvoyées au Cameroun par les États-Unis sont déjà retournées dans leur pays d'origine. Quinze autres sont toujours détenues dans la capitale camerounaise, Yaoundé. Le retour forcé ou contraint d'une personne vers un pays où elle risque d'être persécutée, torturée ou de subir d'autres atteintes graves constitue un refoulement, interdit par le droit international. 
 

Le gouvernement camerounais devrait immédiatement libérer les personnes déportées restantes, leur garantir une protection contre le refoulement et organiser leur retour aux États-Unis. Il devrait également respecter la liberté de la presse et tenir les autorités compétentes responsables des abus commis. 
 

Compte tenu des risques de torture, de refoulement et d'autres abus au Cameroun, les États-Unis ont violé le droit international en expulsant des personnes vers ce pays. Les tribunaux et le Congrès américains devraient faire pression pour obtenir le retour des personnes expulsées vers le Cameroun et la fin des accords d'expulsion avec des pays tiers, qui ne prévoient pas de garanties et ont systématiquement entraîné des abus. 

25.02.2026 à 12:43

L'anniversaire d'un naufrage meurtrier au large de l'Italie marqué par de nouvelles tragédies

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des proches d'une personne portée disparue après le naufrage d'un bateau de migrants le 26 février sur la plage près du lieu du naufrage, au large de Steccato di Cutro, près de Crotone, en Calabre, dans le sud de l'Italie. 7 mars 2023.  © 2023 Alfonso Di Vincenzo/KONTROLAB/LightRocket via Getty Images

Au petit matin du 26 février 2023, le navire Summer Love a fait naufrage au large des côtes de la Calabre, en Italie. Au moins 94 personnes, dont 35 enfants, ont péri dans ce qui est connu sous le nom de naufrage de Cutro. Selon les survivants, le bateau transportait jusqu'à 250 personnes, pour la plupart originaires d'Afghanistan, de Syrie et du Pakistan. 

Cet anniversaire survient après le mois de janvier le plus meurtrier en Méditerranée depuis plus d'une décennie. L'Organisation internationale pour les migrations estime qu'au moins 454 personnes sont mortes ou ont disparu en Méditerranée rien qu'en janvier, soit près d'un tiers des 1 340 décès estimés pour l'ensemble de l'année 2025. 
 

Ces derniers jours, 15 cadavres ont été rejetés sur les côtes de Calabre et de Sicile, vraisemblablement victimes du cyclone dévastateur Harry qui a frappé à la mi-janvier et qui a probablement fait des centaines, voire un millier de victimes en mer. 
 

Le mois de janvier a également vu le début du procès de deux officiers des garde-côtes italiens et de quatre agents de la police des douanes (Guardia di Finanza), tous accusés de négligence ayant entraîné un naufrage et de multiples chefs d'accusation d'homicide involontaire pour le naufrage de Cutro, une occasion rare de rendre des comptes. Les survivants et les familles des victimes méritent que justice soit faite. 
 

Selon l'ONU, au moins 34 129 personnes sont mortes ou ont disparu en mer Méditerranée depuis 2014. Les politiques frontalières meurtrières de l'UE, combinées à l'incapacité de l'Italie et d'autres pays de l'UE à prendre des mesures adéquates pour secourir les bateaux de migrants en détresse – comme cela a certainement été le cas lors du naufrage de Cutro, du naufrage de juin 2023 près de Pylos, en Grèce, et du récent naufrage près de Chios, en Grèce – ont contribué à ce bilan effroyable. 
 

L'UE a renoncé à ses responsabilités en matière de recherche et de sauvetage en mer tout en déléguant cette tâche à des pays aux politiques abusives comme la Libye et la Tunisie. Les gouvernements de l'UE criminalisent les organisations de sauvetage non gouvernementales et repoussent violemment les personnes aux frontières de l'UE. 
 

Nous ne pouvons que deviner le nombre réel de personnes qui ont perdu la vie en Méditerranée. Même les estimations les plus basses révèlent le bilan inacceptable des échecs de l'UE. 
 

À une époque où l'ordre international fondé sur les droits est menacé et où la xénophobie semble monnaie courante, il peut sembler utopique de réclamer des politiques migratoires humaines et rationnelles. Mais elles sont possibles et elles commencent par sauver des vies. 

25.02.2026 à 04:00

Soudan : Des personnes handicapées prises pour cible dans le nord du Darfour

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des familles déplacées originaires d'El Fasher, la capitale du Darfour-Nord au Soudan, photographiées le 1er octobre 2025 dans un camp de personnes déplacées à Tawila, une autre ville de cette région ; elles avaient fui les combats entre les forces gouvernementales et les Forces de soutien rapide (FSR) à El Fasher. Quelques semaines plus tard, le 26 octobre 2025, les FSR ont pris le contrôle d'El Fasher. © 2025 NRC via AP Photo

(Nairobi) – Les Forces de soutien rapide (FSR), l'une des deux principales parties belligérantes au Soudan, ont pris pour cible, maltraité et tué des personnes handicapées pendant et après leur prise de contrôle d’El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, le 26 octobre 2025, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Les Forces de soutien rapide ont ciblé des personnes en raison de leur handicap, accusé des hommes ayant des handicaps physiques d’être des combattants blessés, et se sont moqués d’autres personnes, qualifiées de « folles » et d’« incomplètes », ont témoigné des survivant·e·s et des témoins. Les meurtres ciblés de civils ou d'autres personnes ne participant pas au conflit, y compris les personnes handicapées, constituent des crimes de guerre, tout comme le fait de les soumettre à des traitements cruels, humiliants et dégradants ou à des atrocités similaires. Lorsqu'ils sont commis dans le cadre d'une attaque généralisée contre la population civile, ces actes sont susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité.

« Les Forces de soutien rapide ont traité les personnes handicapées comme des suspects, des fardeaux ou des personnes sacrifiables », a déclaré Emina Ćerimović, directrice adjointe de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Nous avons entendu comment les FSR ont accusé certaines victimes, en particulier celles qui avaient perdu un membre, d'être des combattants blessés, et les ont sommairement exécutées. D'autres personnes ont été battues, maltraitées ou harcelées en raison de leur handicap, les combattants se moquant d'elles en les traitant de personnes “folles” ou “incomplètes”. »

Entre décembre 2025 et février 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 22 survivant·e·s et témoins originaires d’El Fasher ; il s’est notamment agi d'entretiens approfondis à distance au Soudan, et d'entretiens avec des personnes handicapées ayant fui vers l'est du Tchad. Human Rights Watch a également mené des entretiens avec huit défenseurs des droits des personnes handicapées vivant dans d'autres régions du Soudan, qui ont décrit des abus similaires commis par les FSR dans d'autres régions du pays.

Les Forces de soutien rapide ont pris le contrôle d'El Fasher le 26 octobre 2025, après un siège de 18 mois. Alors que des civils tentaient de fuir, les FSR les ont attaqués, tuant des milliers de personnes. Les personnes handicapées ont rencontré des difficultés particulières pour s'échapper et ont parfois été victimes d'abus, d'extorsion et d'exécutions.

Un homme de 33 ans, qui se déplace à l’aide de béquilles à cause d’un handicap physique dû à une attaque à l’arme explosive en décembre 2024, a témoigné que des combattants des FSR l’avaient capturé, lui et une cinquantaine d’autres personnes, y compris des femmes et des enfants, alors qu’ils tentaient de fuir la ville le 26 octobre, et les avaient interrogés.

« Les FSR considéraient que toute personne à qui il manquait une main ou un membre était un soldat », a-t-il expliqué. D’après lui, les combattants des FSR se fondaient aussi sur la couleur de peau et l’accent pour décider si les gens étaient des civils ou bien des membres ou partisans des Forces armées soudanaises (FAS), contre lesquelles les FSR se battent pour prendre le contrôle du pays. Il a témoigné que les combattants des FSR s’étaient servies d’armes automatiques et de fusils de type AK pour exécuter plus de dix personnes, qui pour la plupart avaient des handicaps physiques, devant le groupe.

Cet homme a rapporté qu’il avait négocié avec les combattants pour qu’ils autorisent des détenus à appeler leur famille afin qu’elle verse une rançon. Un des combattants avait alors répondu : « Tu es déjà tout faible et estropié, ta famille ne voudrait pas de toi, de toute façon. »

Il a été détenu pendant quatre jours avant d’être libéré lorsque sa famille a apporté 17 millions de livres soudanaises et qu’il a fait un virement de 13 millions de livres soudanaises depuis son compte bancaire (environ 8 830 USD au total).

Une infirmière de 29 ans a déclaré qu’elle avait vu des combattants des FSR tuer, lors de la fuite des civils le 26 octobre, un jeune homme ayant le syndrome de Down, qu’ils qualifiaient de « fou », un enfant aveugle ainsi qu’une jeune femme qu’un handicap moteur empêchait de marcher.

Des défenseurs soudanais des droits des personnes handicapées ont documenté d’autres cas où les combattants des FSR avaient tué des personnes en raison de leur handicap. Zainab Salih, ancienne directrice de l’Association des personnes handicapées du Darfour du Sud, a déclaré qu’elle avait parlé avec un homme dont le fils de 14 ans, handicapé moteur, avait été exécuté alors qu’ils tentaient de fuir le 26 octobre, parce que les combattants des FSR se plaignaient qu’il « les ralentissait ». Avant de l’assassiner, a-t-elle rapporté, les combattants des FSR lui ont pris sa chaise roulante.

Deux autres défenseurs des droits des personnes handicapées ont rapporté, de façon similaire, que des Forces de soutien rapide avaient tué des personnes handicapées dans d’autres régions du Soudan au cours du conflit, avec entre autres le témoignage d’un proche à qui un combattant des FSR avait dit : « Laissez-nous vous aider à vous débarrasser d’eux. »

Des personnes handicapées ont par ailleurs fait l’expérience d’autres formes d’abus, souvent fondées sur un ciblage ethnique. Un homme de 31 ans, handicapé depuis qu’il a été blessé par des tirs d’obus au marché de Naivasha à El Fasher, a déclaré que les combattants des FSR l’avaient battu et fouetté alors qu’il s’était réfugié chez son oncle, après la chute de la ville.

À cause de son handicap et de son origine ethnique, les combattants l’ont accusé à plusieurs reprises d’être un soldat ou un sympathisant des FAS ou des Forces conjointes, le traitant de « falangay », un terme péjoratif désignant les groupes ethniques non arabes.

Des témoins et des survivant·e·s ont décrit des combattants des FSR qui dépouillaient des civils en train de fuir, y compris en leur confisquant leurs équipements d’assistance ou leur seul moyen de mobilité, comme les brouettes utilisées par les familles des personnes handicapées pour les transporter.

Des témoignages parlent aussi de personnes handicapées abandonnées au cours de la fuite. Une femme de 30 ans ayant fui avec ses trois enfants a déclaré : « Ce que je n’arrive pas à oublier, surtout, c’est l’image de ces gens blessés, notamment handicapés, que leurs proches tentaient d’évacuer en suivant cette route, mais comme ils n’ont pas réussi, ils les ont laissés derrière eux, et personne ne sait ce qu’ils sont devenus. »

Les personnes qui sont parvenues jusqu’à Tawila, également dans le Darfour du Nord, ont décrit une fuite dans des conditions extrêmes, souvent sans équipement d’assistance ni moyen de transport. Certaines ont rampé ou ont été portées par des membres de leur famille. D’autres ont été séparées de leur famille ou de leur réseau d’appui, ce qui a rendu beaucoup plus difficile pour eux de s’enfuir et de survivre au cours du déplacement.

Des personnes ont témoigné qu’elles avaient besoin d’équipement d’assistance, de soins médicaux et de soutien psychosocial. Des personnes handicapées et leurs familles ont déclaré que les installations du camp de Tawila pour déplacés internes, notamment les sanitaires, étaient inaccessibles aux personnes ayant un handicap moteur.

L’homme de 31 ans mentionné plus haut, qui désormais porte la voix des personnes handicapées dans le camp de Tawila, a déclaré qu’il avait plusieurs fois réclamé aux organisations humanitaires des services compatibles avec le handicap. « L’idée, ici, c’est que si vous avez un handicap, c’est à votre famille de vous aider », a-t-il commenté.

En vertu du droit international humanitaire, les belligérants d’un conflit doivent faire constamment la distinction entre les civils et les combattants, et les civils ne doivent jamais être la cible d’attaques. Les personnes handicapées qui ne participent pas directement aux hostilités ont droit à une protection intégrale face aux attaques et mauvais traitements délibérés. Les attaques et mauvais traitements délibérés subis par les civils en situation de handicap sont des crimes de guerre et peuvent constituer des crimes contre l’humanité.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées, que le Soudan a ratifiée, oblige les États à garantir la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations à risque, y compris les conflits armés. La résolution 2475 du Conseil de sécurité des Nations Unies énonce que les belligérants d’un conflit armé doivent protéger les personnes handicapées et assurer qu’elles soient pleinement intégrées aux interventions humanitaires.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait agir d’urgence pour prévenir de nouvelles atrocités contre des civils au Soudan, notamment handicapés, a déclaré Human Rights Watch, y compris en sanctionnant les leaders des Forces de soutien rapide pour les atrocités en cours et en appelant les soutiens de ces forces, en particulier les Émirats arabes unis, à cesser de leur apporter de l’aide.

Les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine devraient collaborer pour assurer le déploiement d’une mission de protection physique des civils au Soudan. Les organisations humanitaires devraient garantir que l’aide fournie soit accessible et inclusive vis-à-vis des personnes handicapées, notamment en leur fournissant des équipements d’assistance et des aides ciblées.

« Cela fait plus de dix ans que Human Rights Watch documente les abus commis à l’encontre des personnes handicapées dans le monde », a conclu Emina Ćerimović. « Mais c’est la première fois que nous rapportons des violences de ce type, y compris des meurtres, commis à une telle échelle, à l’égard de personnes qui sont ciblées en raison de leur handicap.Les gouvernements et le Conseil de sécurité de l’ONU devraient agir immédiatement pour faire cesser ces crimes et garantir que les responsables rendent des comptes à la justice. »

Sélection de récits d’incidents

Meurtres et violences

Une infirmière de 29 ans d’El Fasher a rapporté qu’un combattant des Forces de soutien rapide avait appelé un autre combattant pour lui dire : « Viens voir ce majnoun [fou] », en parlant d’un jeune homme ayant le syndrome de Down. Les combattants ont alors obligé sa sœur, qui le portait sur son dos, à le poser par terre, puis l’ont abattu. Après avoir tué le frère, ils ont ligoté les mains de la sœur, ont couvert son visage et l’ont emmenée. Les recherches en cours de Human Rights Watch ont permis de constater que beaucoup de femmes et de filles étaient enlevées afin d’être violées ou échangées contre une rançon.

L’infirmière a également témoigné que des combattants des FSR avaient tiré sur une jeune femme ayant un handicap physique, la tuant, de même que sa mère qui la portait. Elle a aussi décrit que des combattants avaient ordonné à une femme portant un garçon aveugle sur son dos de le poser par terre. « La femme a dit : ‘Il ne voit rien’ », a rapporté l’infirmière. « Ils lui ont immédiatement logé une balle dans la tête. »

L’homme de 31 ans mentionné plus haut a décrit qu’en septembre 2025, un chauffeur l’avait abandonné, en compagnie de sa mère, à 20 kilomètres de Hilat Al-Shaikh, un village qu’ils tentaient d’atteindre, en chemin pour Tawila. Sa mère, qui essayait de le pousser dans une brouette, était arrivée au bout de ses forces. Il l’a exhortée de continuer et a demandé à des voyageurs de l’aider à le ramener à El Fasher. Au départ, ils ont refusé.

« Ils m’ont dit que si les membres des FSR me voyaient, dans mon état [avec des amputations], ils penseraient que j’étais dans les FAS et que cela leur causerait des problèmes », a-t-il déclaré. Finalement, un homme menant un âne tirant une carriole l’a laissé monter et il a pu retourner à El Fasher, où il a retrouvé son père.

Le 26 octobre, lui et son père ont fui sous d’intenses tirs d’obus au moment où les Forces de soutien rapide prenaient le contrôle d’El Fasher. Séparé de son père, il a subi de nouvelles blessures.

Il a réussi à regagner la maison de son oncle à El Fasher, mais les combattants des FSR ont fait irruption dans la maison quelques heures plus tard et l’ont accusé de faire partie d’une coalition de groupes armés darfouriens affiliés à l’armée, à cause de son handicap et de son origine ethnique. Il a ainsi témoigné :

« Ils ont commencé à me demander : ‘Est-ce que tu fais partie des Forces conjointes ?’ Je leur ai dit que j’avais été malade, hospitalisé, je leur ai expliqué que j’avais été blessé en récupérant mes marchandises au marché en août. Ils ont commencé à me contredire en affirmant que j’étais un soldat. [...] Ils m’ont battu sur tout le corps avec un fouet pendant vingt minutes. Je saignais. [...] Un soldat m’a dit qu’ils devaient me tuer, que je n’aurais pas dû rester, que j’aurais dû partir plus tôt. Ils ont continué à demander si j’étais des FAS ou des Forces conjointes, j’ai continué à dire que non. »

En février 2026, il a témoigné qu’il avait toujours des cicatrices sur les bras à cause du passage à tabac et montré des photos à Human Rights Watch.

Parvenu plus tard jusqu’à Tawila, il y a retrouvé sa mère. Lors de son entretien avec Human Rights Watch en février 2026, il n’avait toujours pas de nouvelles de son père.

Abandons de personnes

Un homme de 39 ans a décrit que dans sa fuite, il avait dû laisser derrière lui son frère de 41 ans, handicapé moteur, qui ne pouvait pas marcher. « Mon frère nous a dit : ‘C’est fini pour moi, je vais mourir ici. Je t’en prie, emmène juste tes enfants et laisse-moi là.’ On ne pouvait pas le prendre, il n’y avait ni voitures ni chameaux. »

Le même témoin a décrit qu’il avait vu des personnes blessées et des personnes handicapées qui demandaient de l’aide en essayant de fuir El Fasher le 27 octobre. « Il y avait des gens blessés par terre, des gens qui avaient perdu des membres, appelant à l’aide, et on ne pouvait tout simplement rien faire pour eux. »

Un homme de 22 ans, blessé lors d’une attaque en février 2025, a été abandonné par la personne qui le portait alors qu’ils fuyaient El Fasher parmi un groupe de civils. « Il m’a posé par terre et m’a dit qu’il reviendrait. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé, s’il a été tué ou arrêté. »

Incapable de se déplacer sans aide, il a fini par être appréhendé par les Forces de soutien rapide, détenu pendant dix jours, et n’a été libéré qu’après leur avoir versé 15 millions de livres soudanaises (environ 3 600 USD).

Vols d’équipement d’assistance

Un enseignant de 40 ans, malentendant, était en train de fuir El Fasher en direction de Garni en octobre 2025 lorsque des combattants des FSR ont arrêté et fouillé des civils sur la route, confisquant des effets personnels.

« Ils ont commencé à fouiller tout le monde, volant les montres et les téléphones qui leur plaisaient », a-t-il déclaré. « Ils ont trouvé mon appareil d’assistance auditive et m’ont demandé ce que c’était. Je le leur ai dit, j’ai ajouté que c’était très important pour moi, mais ils ne m’ont pas cru et l’ont emporté. Je n’ai rien pu faire, ils menaçaient de me tirer dessus.

Il a ajouté que les combattants l’avaient aussi dépouillé de ses vêtements et de son téléphone.

Vie des personnes déplacées

Une femme de 47 ans, séjournant dans un camp de déplacés internes, s’était enfuie avec sa fille de 15 ans, ayant des handicaps physiques et d’élocution, et sa mère de 79 ans, qui elle aussi est handicapée physiquement.

« Avant la guerre, nous allions voir un physiothérapeute [pour ma fille] », a-t-elle déclaré. « Il n’y a plus rien de tel, aucun thérapeute ni médecin pour nous suivre. »

Elle a par ailleurs expliqué que les sanitaires et les autres installations du camp étaient inaccessibles aux personnes ayant un handicap moteur : « Il n’y a pas d’endroit séparé adapté aux [handicapés] pour les sanitaires et les repas. Ma mère et ma fille ne peuvent pas aller dans ces toilettes [inaccessibles]. On est obligé de les porter. »

Une autre mère ayant cinq enfants, dont une fille de six ans ayant un handicap physique, a témoigné que sa fille avait besoin d’un équipement d’assistance et de nourriture spécifique qu’elle ne pouvait pas se procurer dans le camp pour déplacés internes de Tawila : « Elle a besoin de son équipement d’assistance, sinon elle ne peut que rester couchée. Elle ne mange que des aliments mous et j’ai du mal à trouver la nourriture qu’il lui faut. Je fais de mon mieux. »

.....................

Articles

TchadInfos

 

24.02.2026 à 14:01

Israël : Des organisations humanitaires interdites d'accès à Gaza et en Cisjordanie

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des camions transportant de l'aide humanitaire vers Gaza attendaient près de la frontière égyptienne, devant le point de passage entre l’Égypte et Rafah, dans le sud-ouest de la bande de Gaza, le 27 janvier 2026. © 2026 Ali Moustafa/Getty images

Mise à jour : Le 27 février, la Haute Cour de justice israélienne a émis une injonction provisoire gelant l’ordre de cessation des opérations des organisations, suite au recours déposé par plus de 15 groupes le 22 février.

(New York) – Les autorités israéliennes prévoient d'interdire à 37 organisations non gouvernementales internationales d'opérer à Gaza et en Cisjordanie à compter du 1er mars, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; cette décision est basée sur le refus des organisations de fournir au gouvernement israélien la liste de leurs employés et leurs données biographiques, requises selon les nouvelles exigences d'enregistrement imposées par le gouvernement israélien. Selon les organisations, ces exigences bafouent les principes humanitaires de neutralité et d'indépendance.

Les organisations humanitaires internationales fournissent depuis longtemps une aide humanitaire vitale aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, dans des conditions extrêmement difficiles et malgré les attaques israéliennes. Le 22 février, plus de 15 organisations ont déposé un recours à la Haute Cour israélienne, affirmant que les nouvelles exigences d'enregistrement portaient atteinte au droit international humanitaire et risquaient de priver les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie d'une aide vitale.

« La politisation par Israël des exigences d'enregistrement pour les organisations humanitaires entrave leurs activités vitales, alors même que les autorités israéliennes continuent d'imposer à Gaza un blocus illégal et aux effets désastreux », a déclaré Michelle Randhawa, collaboratrice senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Israël devrait annuler les exigences d'enregistrement et cesser d'interférer avec les organisations qui tentent de répondre aux crises humanitaires dévastatrices que ce pays a créées à Gaza et en Cisjordanie. »

Le gouvernement israélien ne s'est pas engagé à combler le déficit d'aide, et seules 27 organisations ont été autorisées à s'enregistrer.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), si ces groupes cessaient leurs activités à Gaza, un établissement de santé sur trois devrait immédiatement mettre fin à leurs opérations, et 20 000 patients nécessitant des soins spécialisés mensuels perdraient leur accès aux soins ; les maladies d'origine hydrique et les conditions d'hygiène s'aggraveraient, et il y aurait des lacunes immédiates et graves dans la détection et le traitement de la malnutrition.

« Nous ne transférerons pas de données personnelles sensibles à un État partie au conflit, car cela constituerait une violation des principes humanitaires, du devoir de diligence et des obligations en matière de protection des données », a déclaré un porte-parole d'Oxfam à Al Jazeera en janvier. Les principes humanitaires soulignent que les organisations humanitaires doivent fonctionner sans ingérence politique et conserver leur autonomie vis-à-vis des gouvernements. Dans un communiqué de presse publié en mai 2025, 55 organisations opérant dans la région ont déclaré que les nouvelles règles subordonnaient l'enregistrement des ONG internationales à « un alignement politique et idéologique, ce qui compromet la neutralité, l'impartialité et l'indépendance des acteurs humanitaires ».

La Résolution n° 2542 du gouvernement israélien, approuvée en tant que loi en décembre 2024, obligeait toutes les organisations internationales fournissant une aide humanitaire aux « résidents palestiniens » à s'enregistrer auprès du ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme avant le 31 décembre 2025, sous peine de perdre leur enregistrement et d'être contraintes de cesser leurs activités avant le 1er mars 2026. Cette loi confère au gouvernement israélien un large pouvoir pour refuser ou annuler l'enregistrement de toute organisation ou de tout membre du personnel considéré comme représentant un risque pour « la sécurité publique ou la sécurité de l'État ». La loi ne s'applique pas aux organisations fournissant des services aux « citoyens ou résidents israéliens, y compris les résidents de Jérusalem-Est ».

À la mi-octobre 2025, le Centre satellitaire des Nations Unies a signalé que près de 81 % de toutes les structures de Gaza avaient été endommagées. Les 36 hôpitaux et la majorité des centres de soins de santé primaires de la bande de Gaza ont été endommagés ou détruits, et selon les chiffres de novembre 2025, plus de 97 % des écoles avaient été endommagées ou détruites.

L’ONG Integrated Food Security Phase Classification (IPC), un organisme mondial de suivi de la malnutrition et de l'insécurité alimentaire, a déterminé qu'entre la mi-octobre et la fin novembre, environ 1,6 million de personnes à Gaza, soit environ 77 % de la population, étaient confrontées à une famine de niveau critique, voire pire.

Parmi les 37 organisations touchées figurent Oxfam, le Conseil norvégien pour les réfugiés (Norwegian Refugee Council, NRC), Save the Children, et Médecins Sans Frontières (MSF). Ces organisations, tout comme des groupes de la société civile palestinienne et l'ONU, ont fourni des biens et des services vitaux à des millions de Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Selon l'OCHA, les organisations internationales présentes à Gaza gèrent ou soutiennent 60 % des hôpitaux de campagne et tous les centres de stabilisation pour les enfants souffrant de malnutrition sévère, et elles fournissent 42 % de tous les services d'approvisionnement en eau, d'assainissement et d'hygiène.

Malgré la cessation des hostilités en octobre, les restrictions continues imposées par Israël à l'entrée de l'aide à Gaza entraînent des pénuries de médicaments, de matériel de reconstruction, de nourriture et d'eau. Les restrictions excessives imposées par Israël à l'aide humanitaire dans le but de poursuivre ses objectifs politiques ou militaires violent ses obligations en tant que puissance occupante en vertu du droit international humanitaire. et constituent un crime de guerre lorsqu'elles équivalent à utiliser la famine comme arme de guerre.

En novembre 2025, le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, a déclaré : « Les autorités israéliennes ont rejeté 107 demandes d'entrée de matériel de secours » ; elles ont affirmé que ce matériel ne relevait pas de l'aide humanitaire ou qu'il s'agissait d'articles « à double usage » (« dual-use »). En janvier 2026, le quotidien britannique The Guardian a rapporté qu'Israël avait autorisé des transporteurs commerciaux à importer certains articles « à double usage » destinés à être vendus sur le marché.

À la fin du mois d'octobre 2025, le NRC a souligné ceci : « Près de 50 millions de dollars de biens essentiels provenant d'ONG internationales opérationnelles, notamment des denrées alimentaires, des fournitures médicales et des matériaux d'abri, restent stockés aux points de passage et dans des entrepôts. »

Depuis deux ans, les travailleurs humanitaires à Gaza opèrent dans un contexte d'attaques indiscriminées et disproportionnées menées par Israël, d'utilisation de la famine comme arme de guerre, d'extermination et d'actes de génocide, ainsi que de déplacements forcés massifs et délibérés de civils palestiniens, constituant des crimes contre l'humanité. Au mois de septembre 2025, les décès de 543 travailleurs humanitaires (chiffre total cumulatif) avaient été confirmés lors d’attaques israéliennes à Gaza. En mai 2024, Human Rights Watch a constaté que les forces israéliennes avaient attaqué huit sites d'aide humanitaire, dont les coordonnées exactes avaient été fournies par les organisations concernées. Les travailleurs humanitaires doivent être protégés en vertu du droit international, et les prendre pour cible constitue un crime de guerre.

Depuis octobre 2023, au moins 255 journalistes, 1 700 secouristes et 967 membres du personnel éducatif ont été tués lors d'attaques israéliennes à Gaza.

L'interdiction des 37 groupes fait suite à l'interdiction par Israël des activités l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Les autorités israéliennes ont sévèrement limité les capacités d'aide humanitaire de l'agence, notamment en bloquant la distribution de l'aide à Gaza et en ordonnant la fermeture des écoles gérées par l'UNRWA à Jérusalem-Est. En octobre 2025, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis consultatif concluant que les allégations d'Israël selon lesquelles l'UNRWA manque d'impartialité sont sans fondement, et que son obstruction au travail de l'agence bafoue le droit international.

En Cisjordanie, la violence des colons a pris de l’ampleur, les colonies illégales se développent et les campagnes de déplacements forcés et de démolitions de logements se poursuivent. En janvier et février 2025, les autorités israéliennes ont expulsé de force 32 000 personnes de trois camps de réfugiés de Cisjordanie, ce qui constitue un crime de guerre et un crime contre l'humanité. Le 6 février 2026, l'ONU a indiqué que les autorités israéliennes n'avaient autorisé aucune de ces personnes à revenir.

« Au-delà de l'apport d’aide d'urgence, les travailleurs humanitaires plaident en faveur de la protection des civils en vertu du droit international, et œuvrent pour préserver leur dignité humaine », a conclu Michelle Randhawa. « Faire de la distribution de l'aide humanitaire aux Palestiniens une question de sécurité nationale est une nouvelle "atteinte à la dignité" des Palestiniens par Israël et s'inscrit dans une stratégie plus large visant à paralyser la société civile palestinienne et la présence internationale dans le Territoire palestinien occupé. »

…………….

20 / 20

 

  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Information
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
🌞