09.04.2026 à 16:50
Sylvie Lemasson, Politologue, membre du laboratoire Centre d'études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE), Sciences Po Grenoble - Université Grenoble Alpes
Cécile Pelaudeix, Chercheuse à l'Academy of International Affairs (Bonn), chercheuse associée en sciences politiques à Pacte Sciences Po Grenoble-UGA, Université Grenoble Alpes (UGA)
Dans la vision du monde du locataire de la Maison-Blanche, les prédateurs, à commencer par les États-Unis, ne font aucun cas de l’Union européenne. Or, à y regarder de plus près, l’UE manifeste de plus en plus sa capacité à résister aux appétits de Washington en se faisant le héraut du respect du droit international.
Au-delà de ses positions erratiques, le président américain n’en finit pas de déboussoler l’Union européenne (UE). Les coups de boutoir répétés de Donald Trump sont d’autant plus déstabilisants qu’ils visent les alliés historiques des États-Unis. Le renouvellement de ses menaces, le 1er avril 2026, de quitter l’Otan en réponse au refus des Européens d’aider militairement son armée à débloquer le détroit d’Ormuz est une nouvelle manifestation d’une désinvolture toxique dans l’usage des rapports de force.
Cette politique darwiniste faite de mépris et d’humiliation se prend à cartographier la scène internationale en « espèces étatiques ». D’un côté, des puissances prédatrices, chacune destinée à se reproduire. De l’autre, des proies soumises, toutes condamnées à disparaître. C’est ainsi que, de manière sidérante, le président a pu menacer, le 6 avril, de « faire disparaître la civilisation iranienne ».
Sur cette échelle de valeurs, l’UE n’a manifestement pas vocation à s’imposer. Alors que la guerre en Ukraine perdure et que les conflits s’enchaînent sur la planète, les discours de l’administration américaine ne cessent de dévaluer l’Europe. Si l’Union entend déjouer ce sombre sort, elle doit impérativement se pencher sur les écueils qui entravent sa pleine maturation.
Il est vrai que le nombre croissant des États membres rend périlleuse l’expression d’une seule voix dans les domaines régaliens, surtout en période de crises. Mais le mécanisme du vote à la majorité qualifiée pourrait s’appliquer plus largement, ainsi que le recours aux coopérations renforcées. Depuis plusieurs années déjà, Berlin et Paris proposent la constitution de différents groupes « pionniers », capables d’entraîner dans leur sillage d’autres partenaires.
La coalition des volontaires pour sécuriser l’Ukraine et le groupe « E6 », qui rassemble les six plus grandes économies de l’UE – Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne et Espagne pour consolider les leviers économiques de l’UE attestent de cette volonté de doter l’espace communautaire d’une souveraineté stratégique. Trois phases récentes laissent croire à un réveil des consciences d’un certain nombre de pays pour travailler à une force de projection de l’UE sur la scène internationale.
Primo, la séquence groenlandaise qui a opposé frontalement le Danemark à Donald Trump a largement mobilisé l’UE. Sur un front politique, les instances bruxelloises ont su faire bloc pour affirmer haut et fort la souveraineté danoise sur le territoire arctique autonome. Et sur un front militaire, l’envoi de contingents européens, organisé par Copenhague avec le ferme soutien de Paris, a ressuscité l’idée d’un pilier européen au sein de l’Otan.
Si l’opération « Arctic endurance » reste modeste en termes logistiques, elle souligne avant tout les velléités de résistance aux assauts américains. Malgré cela, les discussions en cours entre les États-Unis et le Danemark sur l’extension à quatre bases (contre une seule actuellement, la base spatiale de Pituffik) de la présence militaire au Groenland – ce qui permettrait au président Trump de prétendre à une sortie honorable de la crise groenlandaise – pourraient au contraire consolider la dépendance européenne.
D’autant que l’administration Trump donne régulièrement des signes d’autoritarisme. La politique de Washington se montre en effet poreuse aux théories du juriste allemand Carl Schmitt, qui dans les années 1930, développe le concept de libéralisme autoritaire. Aussi retrouve-t-on, dans le langage comme dans l’action des représentants américains, les principes d’un « État fort pour une économie saine », d’une dualité assumée entre « ami et ennemi » et d’une référence aux prises territoriales comme autant de gestes messianiques. En outre, le milliardaire Peter Thiel, appui constant de Trump, n’a aucun scrupule à faire valoir ses lectures bibliques pour évoquer des « guerres sacrées » lors de ses conférences en Europe. Quant à Pete Hegseth, dont le titre officiel de « secrétaire d’État à la défense » a été récemment modifié en « secrétaire à la guerre », il assume pleinement le terme de croisade. Arborant un tatouage de la Croix de Jérusalem et se prévalant d’un soutien de Dieu à son projet, il explique sans ambages que les États-Unis jouissent de l’« arsenal de la foi » : en d’autres termes, d’un magistère de la force.
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Secundo, le discours très remarqué d’Emmanuel Macron sur l’ouverture du parapluie nucléaire français à des États membres de l’UE va dans le sens d’une autonomie européenne accrue. Tout en s’affranchissant de la doctrine de ses prédécesseurs relative à la « stricte suffisance » de l’arsenal français, le président Macron promeut l’idée d’un accroissement de moyens pour rendre crédible cette « dissuasion avancée ». La France prend donc l’initiative de penser la défense euro-européenne au plan continental à partir de ses propres atouts nationaux.
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Et, tertio dans le cadre du conflit iranien, Paris assume, là encore, le rôle d’une avant-garde stratégique avec le déploiement en Méditerranée d’une force navale qu’aucun autre pays de l’UE n’est en mesure d’aligner. En réponse au découplage politique croissant entre les États-Unis et l’UE, la réaction française à l’intervention américaine se prévaut du droit international. Tout en cherchant à contribuer au maintien d’un équilibre régional, la France entend rappeler l’ADN de l’Europe : le respect de valeurs normatives. Et c’est désormais une réponse relativement cohérente que l’UE apporte au conflit iranien basée sur la désescalade diplomatique.
Mais cet activisme français doit composer avec un certain nombre d’entraves venant principalement d’Allemagne. Outre la division spectaculaire entre Paris et Berlin sur l’accord avec le Mercosur, les divergences s’accumulent sur des sujets stratégiques comme l’énergie (Paris considérant, contrairement à son partenaire, que la production électrique passe par un parc nucléaire garant d’une indépendance géopolitique) ou sur l’industrie d’armement de l’UE (Berlin prenant ses distances de nombreux programmes lancés en commun avec Paris comme l’avion et le char du futur).
Enfin, la diplomatie apporte son lot de contrariétés sur l’échiquier moyen-oriental. Quand l’Allemagne décline la reconnaissance de la Palestine et modère sa position à l’égard d’Israël, hier à Gaza et aujourd’hui au Liban, la France, elle, adopte une posture des plus critiques à l’encontre du gouvernement israélien.
La refondation de l’UE n’est donc pas acquise. Pour autant, elle reste vitale. Car la rupture avec le monde d’hier, basé sur un système de règles internationales que les États-Unis bafouent après en avoir été eux-mêmes les garants, s’impose à tous. En clair, le logiciel européen n’est plus adapté aux déviances actuelles. Dans ce grand jeu de bascule, l’UE peut s’inspirer des résolutions d’un autre partenaire nord-américain qui l’invite à se repenser. Malmené lui aussi par Washington, le Canada propose une voie médiane d’inspiration gaullienne. Lors du dernier Forum de Davos, le premier ministre Mark Carney s’est posé en héraut des puissances moyennes, toutes celles que le darwinisme de Donald Trump verrait volontiers disparaître.
Cette voie alternative qui exige un projet politique, un dirigeant européen aurait pu la clamer. Encore faut-il commencer par le commencement : construire un leadership. Et la perspective de l’élection présidentielle française en 2027 rend le projet plus incertain encore. Sans timonier à la barre, tracer un chemin parait illusoire. Qui plus est en pleine tourmente.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
09.04.2026 à 16:49
Thierry Kellner, Chargé de cours (politique étrangère de la Chine), Université Libre de Bruxelles (ULB)
Mohammad Reza Djalili, professeur émérite, Institut des hautes études internationales et de développement de Genève
Si Donald Trump affirme régulièrement que le régime de Téhéran a déjà changé, puisque bon nombre de ses dirigeants ont été éliminés, il n’en est rien dans les faits. Au contraire, une aile encore plus dure s’est emparée du pouvoir. Le président américain, connu pour son penchant pour la tractation, vient d’annoncer un cessez-le-feu et pourrait bien finir par trouver un accord de long terme avec les nouveaux responsables. La population iranienne, dont une grande majorité abhorre le système en place, serait la grande perdante d’un tel scénario.
Depuis le début des opérations militaires lancées contre l’Iran par les États-Unis et Israël, le 28 février dernier, se pose la question des buts de ce conflit. Les objectifs mis en avant par le président Trump sont restés flous et changeants, si l’on se rapporte à ses déclarations successives. Ces derniers temps semble se dessiner l’idée que l’administration américaine pourrait trouver une sorte de terrain d’entente ou de sortie de crise avec le régime iranien. Ce dernier a d’ailleurs été présenté comme un « nouveau régime » par le président américain.
Il est vrai que le personnel dirigeant a changé, étant donné les assassinats ciblés – dont ceux du Guide suprême Ali Khamenei et d’Ali Larijani, l’un des principaux dignitaires de la République islamique – qui ont été effectués dès le début du conflit. Mais à en croire la Maison-Blanche, le changement de régime serait un fait accompli et la communauté internationale aurait désormais affaire à un autre régime, sous-entendu, plus « modéré ». Or, ce n’est aucunement le cas.
Les leaders qui semblent aujourd’hui en charge sont tout autant issus du régime que leurs prédécesseurs. Ils ne font pas partie d’un quelconque camp « réformiste » qui existerait au sein de l’élite dirigeante et s’inscrivent, en réalité, dans la continuité. C’est en effet l’aile dure des du Corps des gardiens de la révolution qui a pris le contrôle des fonctions clés de l’État et marginalisé l’administration civile du président Pezeshkian. Elle a, aussi, joué un rôle majeur dans la nomination du nouveau Guide, Mojtaba Khamenei.
Ce dernier ne répond pourtant guère aux qualités requises par la Constitution de la République islamique pour occuper cette fonction. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré à l’Assemblée des experts Ali Asghar Hejazi, un haut responsable de la sécurité du bureau de l’ex-Guide suprême, avant d’ajouter que la succession héréditaire était en outre incompatible avec les principes énoncés par Ali Khamenei lui-même. Résultat : Hejazi semble aujourd’hui être dans le collimateur des gardiens.
Mojtaba Khamenei, quant à lui, ne s’est pas montré publiquement depuis plusieurs semaines, si bien que certains émettent des doutes sur le fait qu’il soit en état de diriger le régime, voire en vie. Quoi qu’il en soit, un « conseil militaire » composé de hauts officiers des gardiens exercerait désormais un contrôle total sur la structure décisionnelle centrale, imposant un cordon de sécurité autour de Mojtaba Khamenei.
Outre le fait que l’on n’ait donc pas, en réalité, affaire à des « réformistes » et que même si c’était le cas, il est douteux que la population iranienne – la grande absente des débats sur l’Iran – les accepterait étant donné le rejet massif de l’ensemble du régime qui s’est exprimé en décembre 2025/janvier 2026, la question de fond reste de savoir si ce régime qui s’inscrit dans la continuité, même s’il semble dériver vers une sorte de dictature islamo-militaire sous l’égide des gardiens de la révolution, est réellement « réformable », quels que soient les moyens utilisés. Il faut malheureusement répondre par la négative. C’est en tout cas l’enseignement que l’on peut tirer des 47 années d’existence de la République islamique.
Depuis 47 ans, des observateurs ont périodiquement évoqué de possibles « ouvertures » du régime iranien. Dès la disparition de Ruhollah Khomeyni en 1989 et l’arrivée d’Hachemi Rafsandjani au poste de président (1989 à 1997), a ainsi été évoquée l’idée d’un possible « Thermidor en Iran » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Fariba Adelkhah, Jean-François Bayart et Olivier Roy publié en 1992. Il n’en a rien été.
Un peu plus tard, en 1997, l’élection à la présidence de Mohammad Khatami avait à nouveau suscité un espoir de réforme. L’homme était présenté comme un « réformateur », plus ouvert sur le monde. Ne mettait-il pas en avant officiellement le « dialogue des civilisations » ? Nombreux sont les observateurs à avoir pensé à ce moment qu’une évolution positive du régime était possible. Une fois encore, il a fallu déchanter.
Ses deux mandats consécutifs, de 1997 à 2005, ont été marqués non seulement par la persistance de la répression – plus de 150 titres de presse professionnels (hors presse estudiantine) ont par exemple été suspendus durant sa présidence et il a cautionné la politique de filtrage d’Internet qui s’est développée à cette période –, mais aussi par l’élimination d’intellectuels et d’opposants politiques dissidents dans ce qui a été qualifié d’« assassinats en chaîne ».
L’illusion réformiste de cette période s’est totalement dissipée avec le retour au pouvoir des « conservateurs » avec l’élection de Mahmoud Ahmadinejad en 2005 puis l’écrasement du Mouvement vert qui s’était développé à la suite de sa réélection très contestée en 2009 et avait vu des millions d’Iraniens descendre dans la rue.
Ahmadinejad restera au pouvoir jusqu’en 2013. Ses présidences seront marquées par un conservatisme radical, un isolement international accru, des difficultés économiques croissantes et la multiplication des exécutions. Les présidents suivants, quelle que soit leur étiquette – Hassan Rohani (2013-2021), considéré au départ comme un « réformateur », Ebrahim Raïssi (2021-2024), présenté comme un ultraconservateur, puis Massoud Pezeshkian (depuis 2024), qualifié de « réformateur modéré » –, n’ont pas fait évoluer le régime dans un quelconque sens de réforme, d’ouverture ou de modération.
Aucun des dirigeants actuels – tels Mohammad Ghalibaf, qui apparaît comme l’homme fort du moment, ou Ahmad Vahidi, le commandant en chef des Corps des gardiens de la révolution – n’a un profil de réformateur. L’auraient-ils que cela ne changerait rien si l’on s’appuie comme nous venons de le faire sur l’expérience de l’ensemble des présidents depuis la formation de la République islamique.
La réalité est simple : ce régime, s’il a su se monter souple à certains moments pour des raisons tactiques – comme l’avait, par exemple, bien sous-entendu Ali Khamenei au moment de la signature de l’accord de Vienne sur le nucléaire en 2015 –, est en réalité fondamentalement irréformable. Il ne peut en effet se transformer d’une quelconque manière sans perdre son essence « révolutionnaire » même. C’est ce que savent très bien les Iraniens et ce que de nombreux analystes, commentateurs ou décideurs se refusent d’admettre pour diverses raisons.
Et si on écoutait la voix des Iraniens ? Depuis l’hiver 2017-2018, on a vu apparaître de manière croissante lors des mouvements de protestation qui se sont multipliés dans le pays la référence à la dynastie Pahlavi. Cela a aussi été le cas de manière récurrente et étendue lors des vastes manifestations qui ont secoué tout l’Iran en décembre 2025 et janvier 2026 avant qu’une répression sanglante ne s’abatte sur les manifestants.
Comme l’ont bien analysé Oliver Bast et Pollet Samvelian dans un article récent publié dans la Croix, la popularité du fils de l’ancien shah d’Iran – dont le nom est le seul parmi d’autres personnalités possibles à avoir émergé lors des protestations de cet hiver – traduit non pas une quelconque « nostalgie », mais une forte défiance envers l’idée même de la possibilité d’une transition réformiste de la République islamique. Le camp dit réformateur est en effet aujourd’hui discrédité, notamment en raison de son impuissance au sein d’un système politique en réalité totalement verrouillé. Le nom de Reza Pahlavi fonctionne dans cette analyse comme un signal envoyé par la population iranienne : celui de la rupture. Il ne dit pas seulement « autre chose », il dit « autre monde », relèvent ces auteurs.
S’il n’est évidemment pas simple de sonder l’opinion publique dans l’un des pays les plus répressifs au monde, cette analyse rejoint néanmoins les études effectuées avant même la répression de janvier 2026 et la guerre actuelle par le Groupe d’analyse et de mesure des attitudes en Iran (Gamaan), une fondation de recherche indépendante à but non lucratif enregistrée aux Pays-Bas. Selon son rapport d’analyse sur les « préférences politiques des Iraniens en 2024 » publié en août 2025, toutes provinces confondues, qu’il s’agisse de zones rurales ou urbaines, de toutes les tranches d’âge et des deux sexes, environ 70 à 80 % des personnes interrogées déclaraient qu’elles ne voteraient pas pour ce régime, tandis que seuls 11 % des sondés lui exprimaient clairement leur soutien.
Depuis, le régime a mené une répression extrêmement violente et sanglante en début d’année 2026, faisant des dizaines de milliers de victimes et n’hésitant pas à faire appel à des milices étrangères pour cette basse besogne. Il s’agit de la pire répression de l’histoire de la République islamique. Elle ne peut que lui avoir aliéné encore davantage de citoyens.
Si l’on suit les enquêtes de Gamaan, de nombreux Iraniens faisaient déjà une distinction claire entre, d’une part, l’idée même de l’Iran et, d’autre part, la République islamique. Ils considéraient le régime comme un élément étranger, une force d’occupation. Une opinion exprimée à travers des slogans, tels que « Notre ennemi est ici même, ils mentent en disant que c’est l’Amérique » et « Ni Gaza, ni le Liban, je ne donnerai ma vie que pour l’Iran » – des positions soutenues respectivement par 73 % et 64 % des personnes interrogées lors de l’enquête menée par Gamaan en 2021. On remarquera d’ailleurs qu’en dépit des opérations militaires israélo-américaines qui ont immanquablement provoqué des destructions et fait des victimes civiles, et contrairement à ce qui se passe en général dans ce type de situation, on ne relève actuellement aucun « effet de ralliement » massif autour du régime.
Déjà lors de la « guerre des 12 jours » de juin 2025, environ 44 % de la population tenait la République islamique d’Iran pour responsable du déclenchement de la guerre. 33 % en attribuaient la responsabilité à Israël et 16 % estimaient que les deux parties étaient également responsables. Très inquiet de la situation actuelle, le régime, affaibli et divisé, a d’ailleurs à nouveau fait appel à ses supplétifs étrangers (notamment les milices irakiennes) pour l’aider à maintenir l’ordre — voire faire régner la terreur – face à sa propre population.
Le constat d’un rejet massif de la population iranienne à l’égard du régime étant posé, reste à en tirer les conclusions, c’est-à-dire, essentiellement pour l’administration Trump, à déclarer clairement qu’un des objectifs majeurs de l’opération « Epic Fury » est de créer les conditions nécessaires pour permettre un véritable changement de régime. Un message clair et sans ambiguïté accompagné d’une mise en œuvre réelle de cet objectif – en ciblant par exemple spécialement l’aile la plus dure du régime tout en laissant des portes ouvertes à ceux qui sont le moins compromis – pourrait avoir de nombreuses vertus à la fois en direction de la population iranienne et aussi de ce qui reste de l’ancien régime.
Pour la population, ce signal pourrait apaiser l’incertitude actuelle liée aux ambiguïtés de l’administration Trump quant à ses objectifs et au risque que le président américain ne trouve finalement un terrain d’entente avec le régime iranien, comme il l’a fait dans le cas du Venezuela. C’est la plus grande crainte en Iran, étant donné que ce développement laisserait la population en tête-à-tête avec son bourreau de janvier, celui-ci étant avide de prendre sa revanche sur des citoyens qui ne l’ont guère soutenu dans le cadre du conflit. En revanche, la perspective, même plus lointaine, d’un changement répondant aux attentes exprimées par les Iraniens pourrait à la fois les aider à mieux supporter le coût des opérations militaires du fait de l’espoir d’un changement de régime, mais aussi ouvrir la voie à une mobilisation massive au moment opportun.
Par ailleurs, au sein d’un régime qui n’est pas monolithique et unitaire et qui a été affaibli par trente-huit jours de bombardements, ce positionnement clair pourrait avoir pour vertu d’accroître la pression et les divisions déjà visibles au stade actuel, d’instiller le doute et d’inciter aux défections. Comme le relevait récemment Mohsen Sazegara, l’un des fondateurs des gardiens de la révolution, aujourd’hui en exil, une évaluation interne menée par le ministère iranien du renseignement en 2025 indiquait en effet qu’environ la moitié des membres de base des gardiens de la révolution considéraient leur appartenance à l’organisation comme un simple emploi. Ce ne sont donc pas des « jusqu’au-boutistes », surtout si on leur offre une porte de sortie. Parmi l’autre moitié, animée par des convictions idéologiques ou politiques, une large majorité était, selon Sazegara, insatisfaite en raison de la corruption des commandants, des politiques erronées de la direction et du fait que leur organisation avait été dressée contre le peuple.
Ces conditions offrent un large éventail de possibilités et de stratégies pour faciliter un changement de régime et une transition politique. Sazegara note par exemple que les États-Unis pourraient exercer de fortes pressions pour que la création d’un Conseil national de réconciliation – et les étapes qui en découleraient – soit une condition sine qua non de la fin de la guerre. Cela accroîtrait considérablement la pression sur les tenants actuels du régime, non seulement de la part de la population, mais aussi d’une grande partie des structures gouvernementales et des forces armées. Des « figures de rassemblement » pourraient peut-être, dans ce scénario, également jouer un rôle – éventuellement transitoire – dans la mise en place d’un régime alternatif en Iran. Reza Pahlavi a exprimé son souhait de retourner en Iran, mais il a surtout déjà présenté en avril 2025 un plan de transition complet, l’Iran Prosperity Project (IPP), élaboré par une équipe de plus de 100 conseillers et experts. Ce dernier vise à la stabilisation du pays, au maintien des services essentiels ainsi qu’à la préparation à la transition vers un État laïque et démocratique. Les possibilités ne sont donc pas inexistantes.
Encore faudrait-il que Donald Trump choisisse de se montrer clair sur ce point – ce qui est loin d’être acquis. N’en déplaise à son instinct, à une partie de son électorat et à certains commentateurs, malgré les difficultés, les défis et les débats sur la manière d’atteindre cet objectif, il s’agit de la seule possibilité pour à la fois répondre aux attentes de la majorité de la population iranienne et espérer apaiser, à terme, une région qui en a bien besoin. L’autre terme de l’alternative est le maintien du régime actuel, avec sa dérive islamo-militaire. Ce dernier est certes affaibli à court terme. Mais il va demeurer problématique et pour sa population et pour son environnement régional. Il aura sans aucun doute compris que sa meilleure chance de survie est, en interne, de faire quelques concessions tactiques, tout en s’appuyant en réalité sur la force et le contrôle – voire sur des milices étrangères comme il l’a déjà fait – et, à l’international, de développer le plus rapidement possible des capacités nucléaires. Cela lui permettrait de renforcer ses moyens de pression et de contrôle sur le détroit d’Ormuz afin de mieux assurer, en cas de besoin, l’application renouvelée de la politique de prise d’otage de l’économie mondiale, qu’il vient d’expérimenter avec succès dans cette zone.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
09.04.2026 à 16:49
Cyprian Czaban, Diplômé de l'Université Paris Sciences et Lettres, Sciences Po Paris, Sorbonnne Université, et du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris., Sciences Po
Jérôme Sueur, Professeur, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)
Julie Trottier, Directrice de Recherche au CNRS, spécialiste des territoires palestiniens, ART-Dev, UMR 5281, Université de Montpellier
Ludovic Crochard, Docteur en écologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)
Nicolas Hette-Tronquart, chargé de mission recherche
Sylvain Haupert, Ingénieur de Recheche CNRS en écoacoustique, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)
Les paysages sonores font partie de la richesse de notre patrimoine naturel, ils restent cependant méconnus et peu considérés dans les politiques de conservation de la biodiversité.
Nos journées commencent très souvent par un son, celui d’un réveil qui tressaille, d’une radio qui s’allume, d’un téléphone qui vibre, ou d’une voix qui nous dit « Debout, c’est l’heure ! » Les yeux encore fermés, arrivent déjà d’autres manifestations acoustiques : une porte qui claque, une voiture qui passe, un oiseau qui chante, des voisins qui discutent dans la rue ou sur le chemin.
Même si nous sommes des organismes dont la modalité d’exploration du monde est essentiellement visuelle, nous sommes en constante alerte auditive : nous écoutons, parfois sans nous en rendre compte, pour esquiver, trouver, avancer, communiquer ou, plus simplement, profiter d’une musique.
Nous évoluons en continu dans des environnements sonores composés de vibrations de machines pour nous déplacer ou construire (on parle de « technophonie »), de voix humaines (« anthropophonie »), de vocalisations animales non humaines (« biophonie »), de tapotements de pluie, de bruissements de vent ou de grondements océaniques (« géophonie »).
Chaque mélange acoustique, plus ou moins structuré, plus ou moins agréable, qui peut être terrestre, aquatique ou souterrain, constitue un paysage sonore. Le concept scientifique de paysage sonore est apparu au cours des années 1970, notamment dans le livre le Paysage sonore : le monde comme musique, écrit par le musicien et universitaire canadien Murray Schafer. Le paysage sonore peut être défini comme un ensemble de sons issus de sources vibrantes actives en un lieu donné et à un instant donné.
Il existe une infinité de paysages sonores puisque chaque lieu sur Terre est unique et parcouru à un instant T par un ensemble singulier de vibrations sonores. Ces paysages sonores sont perçus, analysés et interprétés par tous les organismes vivants dotés de récepteurs de pression ou de mouvements de particules, qu’ils soient relativement simples, comme les tympans de certains papillons nocturnes qui détectent les cris des chauves-souris qui les chassent, ou très sophistiqués, comme les oreilles asymétriques de certaines chouettes qui savent localiser très précisément les petits rongeurs dont elles se nourrissent.
Plus généralement, les mammifères, les oiseaux, les amphibiens, les reptiles, les poissons, les insectes, les araignées, les crustacés et même certains mollusques et cnidaires, comme les moules et les méduses, écoutent et analysent les paysages sonores qu’ils traversent et qui les traversent. Chaque interprétation des paysages sonores est également unique puisqu’elle dépend des capacités physiologiques et cognitives de chaque individu.
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En France, les paysages sonores sont le reflet de la grande diversité des territoires hexagonaux, corses et ultramarins, depuis de simples zones vertes périurbaines, occupées par quelques chants d’oiseaux, jusqu’aux immenses forêts tropicales d’Amazonie truffées de coassements de grenouilles et stridulations d’insectes, en passant par les récifs coralliens des îles du Pacifique crépitants de crevettes pistolets dont la fermeture soudaine de leur pince hypertrophiée produisent des claquements en faisant imploser des bulles d’air.
Un tiers de la surface de ces socio-écosystèmes français est protégé par des structures de conservation de la nature, qu’elles soient locales (arrêtés préfectoraux de protection de biotope, réserves de biodiversité intégrales, réserves nationales naturelles), nationales (parcs nationaux) ou européennes (zones Ramsar, zones Natura 2000).
Ces aires protégées ont été, dans la plupart des cas, construites et délimitées à partir des critères d’inventaire faunistique et/ou floristique, ou d’habitats particuliers, en référence notamment aux directives européennes Habitats-Faune-Flore et Oiseaux. Cependant, de ces espaces émanent des paysages sonores qui forment un patrimoine naturel national méconnu dont les valeurs doivent être définies pour être mieux considérées et protégées.
Afin de répondre aux besoins d’information des politiques publiques et des citoyens sur l’état de la biodiversité, un schéma directeur de la surveillance de la biodiversité terrestre a été publié par le gouvernement français en 2024. Dans ce cadre national, une expérimentation de trois ans menée par l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) a pour ambition de documenter et analyser les paysages sonores des forêts protégées de France hexagonale et de Corse.
Ce projet, Sonosylva, repose sur la collaboration de plus de 200 agents employés dans 80 structures couvrant un ensemble de 110 forêts. Ces acteurs de la préservation de la biodiversité ont installé des magnétophones autonomes au cœur de leur territoire forestier afin d’enregistrer les paysages sonores, une minute tous les quarts d’heure, un jour sur deux, du printemps à l’automne, en 2024, en 2025 et, encore cette année, en 2026. Cet observatoire scientifique participatif recueille chaque saison plus d’un million de fichiers audio, soit plus de 16 000 heures de paysages sonores forestiers.
Si l’analyse de cette immense base de données ne fait que commencer, une enquête a déjà été conduite auprès de 162 participants afin de cerner leur intérêt pour ce patrimoine. Comment les paysages sonores naturels sont-ils perçus ? Peuvent-ils faire partie des politiques de conservation, de préservation et de sensibilisation des aires protégées ?
La majorité des gestionnaires considère que leurs aires protégées se caractérisent par un paysage sonore unique participant à l’identité et au patrimoine de leurs territoires. Ainsi, l’un des répondants remarque que le site dont il a charge « possède des marqueurs sonores emblématiques et riches (faune, bétail domestique, océan). L’éloignement des zones urbaines et la superficie restreinte de la zone publique nous permet de garder un environnement sonore propice à la quiétude sur site ».
Cette empreinte acoustique résulte de l’association de sons naturels et anthropiques, leurs variations spatiales et temporelles étant liées à des facteurs météorologiques, écologiques et sociétaux. Les gestionnaires considèrent par ailleurs les sons dérangeants différemment selon leur ancrage local. Les bruits constants, hors de portée, comme ceux d’une route, d’un couloir aérien ou d’une activité industrielle, sont relativement bien acceptés, pouvant être même considérés comme un simple « bruit de fond ».
Les bruits ponctuels, attribués à un dérangement de voisinage, comme ceux d’une circulation locale, de groupes de visiteurs aux discussions un peu intenses ou d’une activité de récréation telle que la musique, sont, eux, appréciés négativement. Il existe donc un traitement bien distinct entre les bruits distants incontrôlables et les bruits de proximité évitables.
L’enquête révèle également un décalage important entre l’intérêt croissant des gestionnaires pour les paysages sonores et un sentiment d’impuissance lié au manque de formation et d’applications concrètes ayant un impact sur les politiques publiques nationales ou locales des territoires, comme le note un participant :
« Démarche pertinente, le paysage sonore et la pollution sonore ne sont que peu parcourues dans nos métiers, alors que ce devrait être pris davantage en compte. Me concernant, je ne m’y penche pas faute de compétences. Des initiations ou formations sur ces sujets pourraient être une bonne base. »
La mise en valeur et la protection des paysages sonores semblent de fait difficiles par l’absence de sensibilisation à l’échelle du pays et par un manque de ressources d’aide à la gestion et à la communication sur la valeur sonore des sites protégés. La thématique du paysage sonore est notamment absente des documents les plus essentiels, comme les guides d’élaboration des plans de gestion des espaces naturels (document CT88). Les structures administratives chargées de protéger les espaces naturels souffrent également de ressources humaines et financières limitées, ne permettant pas aujourd’hui de considérer les paysages sonores, leurs richesses et les pollutions qui les menacent, comme des priorités de gestion.
Les bruits liés aux activités humaines dans les aires protégées, notamment les forêts du projet Sonosylva, génèrent des conflits principalement liés à une propriété essentielle du son : il est non exclusif. Il est, en effet, presque impossible d’empêcher un individu, qu’il soit humain ou non humain, d’émettre un son, et il est également très difficile de contrôler la propagation du son dans l’environnement. Le son, quel qu’il soit, n’a pas de frontières : il traverse les paysages de manière incontrôlable. Un paysage sonore n’a pas de cadre comme un paysage visuel, il est fluide plus que solide, il s’écoule plus qu’il ne stagne.
Les gestionnaires font aussi face à une problématique d’échelle dans la gestion des conflits liés aux sons. Certaines décisions d’aménagement national, comme les tracés des nouvelles lignes ferroviaires ou autoroutes, ne prennent pas en compte les conséquences sur le paysage sonore à l’échelle locale.
À l’inverse, les problématiques locales peuvent conduire à des changements nationaux positifs : le récent « exode urbain » a occasionné des conflits de voisinage avec certains néoruraux dérangés par les grenouilles, les coqs ou les cigales ce qui a conduit, en janvier 2021, à l’inscription des sons et des odeurs des milieux naturels et ruraux dans le premier article du Code de l’environnement, en tant que partie du « patrimoine commun de la nation ».
De nouveaux conflits sonores peuvent apparaître dans les aires protégées, mais alors ce sont les visiteurs humains qui sont susceptibles de déranger : bruits de moteurs (voitures, motos, quads), bruits de fêtes (repas, rave parties) ou de voix peuvent à la fois affecter les espèces non humaines et les autres humains venus chercher un espace de quiétude. :
Ainsi, l’un des participants observe :
« Ces dernières années (en lien avec l’augmentation de la fréquentation), de nombreuses perturbations sonores (visiteurs avec des instruments de musique, des enceintes portatives, des chiens très bruyants). Les groupes de visiteurs sont eux-mêmes très bruyants et ne se rendent souvent pas compte de la portée de leur cri et de leur dérangement. »
Et un autre remarque que « des sons de véhicules motorisés sont audibles depuis le site d’installation de l’enregistreur, notamment ceux de motos, qui sont particulièrement perceptibles. On note également plusieurs passages d’avions de chasse par jour au-dessus du site ».
Il semblerait que nous assistions à une progressive montée de la conscience collective sur l’impact cumulatif des bruits dans la vie quotidienne comme l’illustrent les rapports de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de l’Agence européenne pour l’environnement, et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les gestionnaires témoignent d’une volonté de changement qui se manifeste par la création de conférences ou de colloques sur l’aménagement du territoire de manière à intégrer les paysages sonores dans les politiques publiques de préservation de la biodiversité, dans une perspective « Une seule santé » (« One Health », en anglais). Des réflexions sont aussi en cours, notamment dans l’agglomération de Lille (Nord), afin d’intégrer la trame blanche qui cherche à assurer la continuité sonore au même titre que les trames verte et bleue, brune et noire qui préservent les continuités des habitats, des sols et des ciels nocturnes.
En France, des zones de sensibilisation sont mises en place dans différentes réserves nationales naturelles ou parcs nationaux (démarche Quiet-Attitude dans le parc national du Mercantour), des interdictions d'enceintes connectées, (réglementation du parc national des Calanques), ou encore des actions pédagogiques pour sensibiliser au patrimoine sonore (projet Biodiversité sonore de l’Ana–Conservatoire d’espaces naturels en Ariège).
Cependant, ces actions restent relativement marginales. Afin de mieux intégrer les paysages sonores dans les politiques publiques, nous suggérons une réflexion sur les réglementations afin qu’elles limitent au mieux la présence de bruit. Au-delà de ces règles d’usage, nous proposons la création de zones d’écoute du vivant motivées par l’émerveillement plus que par la proscription.
Dans ces zones d’écoute, il s’agirait de favoriser des solutions de réduction des bruits à la source, en limitant par exemple l’usage des machines (transports) et en suggérant un comportement discret (petits groupes). Déjà expérimentés il y a quelques années par le parc naturel régional du Haut-Jura, ces lieux mettraient en valeur l’existence de paysages sonores remarquables permettant de passer d’un comportement dominant dérangeant à une attitude attentive aux autres et respectueuse des sites et de leurs paysages sonores.
Les paysages sonores constituent aujourd’hui une facette méconnue de notre patrimoine naturel pour laquelle il reste presque tout à faire : intégration dans les politiques publiques d’aménagement du territoire, intégration dans les plans de conservation de la biodiversité à petites et à grandes échelles, et, bien sûr, pédagogie pour tous les publics afin d’améliorer notre écoute du monde vivant.
Julie Trottier est membre de du groupe d'experts sur la tenure de l'eau de la FAO (Nations Unies). Elle a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche et de l'Agence Française de Développement.
Cyprian Czaban, Jérôme Sueur, Ludovic Crochard, Nicolas Hette-Tronquart et Sylvain Haupert ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.