11.08.2026 à 16:29
Juan David Dominguez Bohorquez, Ingénieur de recherche en sciences de l'eau, Inrae
Delphine Leenhardt, Directrice de recherche en agronomie, Inrae
Lionel Alletto, Directeur de recherche en agronomie, Inrae
Sami Bouarfa, Agronome et chercheur en sciences de l'eau, Inrae
Alors que la France connaît, en cet été 2026, une situation exceptionnelle de sécheresse, les cultures agricoles souffrent. Dans le même temps, la loi d’urgence agricole, votée au Sénat le 21 juillet dernier, a entériné le doublement des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole à l’horizon 2035.
C’est là tout le paradoxe : avec le changement climatique, les cultures auront de plus en plus besoin d’eau. Mais celle-ci se raréfie dans les nappes phréatiques, les lacs, les rivières. Alors que faire ? Stocker davantage d’eau dans des retenues est-il le seul levier disponible ? Le type d’agriculture pratiqué et la façon d’irriguer restent des moyens puissants pour limiter la demande en eau et maximiser les usages de cette dernière. État des lieux.
Lorsque vient l’été, les pluies se font plus rares sur une grande partie du territoire français. Les cultures sont alors souvent en manque d’eau. Pour assurer leur développement, elles puisent l’eau nécessaire dans le sol, mais lorsque cette ressource est épuisée, l’irrigation peut prendre le relais et permettre de sécuriser les rendements de certaines cultures.
Mais ce n’est pas le seul levier d’action possible : la sélection d’espèces adaptées et des pratiques agricoles appropriées peuvent aussi améliorer la résilience de l’agriculture face au risque de sécheresse.
L’irrigation est réalisable grâce à des prélèvements dans les hydrosystèmes (nappes, rivières, lacs). Actuellement, elle représente de 7 à 12 % des prélèvements d’eau en France, mais environ 60 % des consommations.
Comment se fait-il que ces deux chiffres diffèrent ? Tout simplement parce que l’eau qui est prélevée pour les cultures ne retourne pas immédiatement aux rivières ou aux nappes. Elle s’évapore ou est absorbée par les plantes. À l’inverse, pour d’autres usages, comme le refroidissement des centrales électriques, l’eau prélevée est en grande partie restituée aux hydrosystèmes.
Ce n’est pas le cas pour l’irrigation. Elle peut atteindre 90 % de la consommation en période estivale dans certaines régions (zone méditerranéenne, sud-ouest de la France), alors même que les débits des cours d’eau sont au plus bas. Cela entraîne des concurrences fortes entre les différents usages de l’eau et la part d’eau à laisser à la nature.
Avec le changement climatique, cette situation va empirer. Pour chaque degré de réchauffement supplémentaire, l’évaporation augmente, ce qui accentue à la fois la raréfaction de l’eau disponible et la pression sur les nappes et rivières.
L’agriculture se trouve alors devant un paradoxe : les besoins en eau des cultures augmenteront avec les températures, tandis que les ressources en eau dans les hydrosystèmes diminueront dans plusieurs régions du fait de sécheresses plus fréquentes et plus longues.
Face à cette double pression, l’enjeu devrait être de diminuer les prélèvements agricoles dans les hydrosystèmes en diminuant les besoins en eau de cultures et en favorisant l’infiltration et le stockage de l’eau dans les sols.
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Pour cela, une première piste consiste à choisir des espèces adaptées au stress hydrique ou des variétés tolérantes à la sécheresse pour réduire les besoins en eau des cultures. Toutefois, entre capacité à résister au manque d’eau et maintien d’un bon rendement, il faut trouver le bon compromis.
En effet, lorsqu’une plante manque d’eau, elle peut investir davantage de ressources dans le développement de ses racines pour explorer un plus grand volume de sol et trouver de l’eau. Mais ces ressources ne sont alors plus disponibles pour la croissance des parties récoltées, ce qui peut entraîner une baisse du rendement.
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Une autre piste, complémentaire et essentielle, repose sur la capacité des sols à stocker l’eau. Elle dépend d’abord de ses propriétés propres, notamment de sa texture (c’est-à-dire sa proportion de sable, de limon et d’argile) et de sa teneur en matière organique, issue des résidus végétaux, des racines et de l’activité des organismes du sol. Ces éléments influencent la quantité d’eau que le sol peut retenir et la manière dont elle y circule.
Mais le stockage de l’eau est également influencé par la capacité du système de culture, au travers des pratiques mises en œuvre, à favoriser l’entrée de l’eau dans le sol par infiltration et à limiter ses pertes vers l’atmosphère.
Certaines pratiques agricoles peuvent en effet favoriser une bonne structuration des sols, c’est-à-dire une organisation favorable des pores qui permet à l’eau de pénétrer et de circuler. Ceci favorise l’infiltration de l’eau dans le sol, limite le ruissellement et donc augmente la quantité d’eau disponible pour les plantes.
Les pratiques agricoles visant à préserver les ressources naturelles – dont l’eau – sont au cœur de l’agroécologie. Cette approche cherche à concevoir et à mettre en œuvre une agriculture durable, fondée sur des principes écologiques.
Parmi ces pratiques, on trouve, par exemple, le fait de ne pas laisser la terre nue entre deux cultures successives, en maintenant une couverture végétale qui protège la surface du sol et limite l’évaporation de l’eau. L’utilisation de couverts végétaux permet également d’apporter de la matière organique au sol (racines, feuilles, tiges), qui, en se décomposant, augmente sa capacité à retenir l’eau et améliore sa structure, c’est-à-dire l’organisation des pores permettant à l’eau de pénétrer et de circuler.
Les rotations de cultures, en alternant différents espèces de plantes, modifient, elles, les types de racines et de résidus laissés dans le sol, ce qui stimule la vie du sol (vers de terre, microorganismes) et améliore progressivement sa structure et donc sa capacité à laisser infiltrer et stocker l’eau.
D’autres pratiques, comme la réduction du travail du sol, notamment la suppression du labour, permettent également de préserver sa porosité et de faciliter l’infiltration de l’eau.
Enfin, l’introduction d’arbres (l’agroforesterie) modifie le microclimat en apportant de l’ombrage et en réduisant l’effet du vent, ce qui limite les pertes d’eau par évaporation. Bien que les arbres consomment eux aussi de l’eau, leurs racines explorent généralement des couches du sol plus profondes que celles exploitées par les cultures. Ils peuvent ainsi mobiliser une partie de l’eau présente en profondeur tout en améliorant les conditions de croissance des cultures en surface.
Au-delà de la parcelle, l’agroécologie s’intéresse également à la gestion du paysage – selon le climat, les caractéristiques des sols, la topographie et le type d’aménagement mis en place –, qui peut contribuer à retenir l’eau. Par exemple, la mise en place d’infrastructures paysagères (haies, terrasses, fossés) peut ralentir les flux d’eau vers l’aval, d’où une réduction du ruissellement et de l’érosion et un meilleur stockage de l’eau sur place.
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Ces pratiques sont souvent mobilisées conjointement par les agriculteurs. C’est le cas par exemple des couverts végétaux permanents, de la réduction du travail du sol et de la diversification des rotations, qui constituent les piliers de ce qu’on appelle l’agriculture de conservation des sols.
Le programme de recherche BAG’AGES, centré sur les grandes cultures du bassin Adour-Garonne, s’y est intéressé. Ce partenariat entre chercheurs, organismes techniques et agriculteurs a associé des exploitations agricoles et des sites expérimentaux.
Les travaux menés confirment que ces pratiques peuvent modifier durablement le fonctionnement hydrique des sols avec une meilleure infiltration de l’eau, une augmentation du réservoir d’eau utile de l’horizon de surface du sol de 10 à 15 % par rapport à des sols régulièrement travaillés par un labour et une réduction du ruissellement.
Toutefois, ces effets varient selon les types de sols et peuvent nécessiter plusieurs années avant d’être pleinement observables, le temps que les propriétés physiques et biologiques du sol évoluent.
En systèmes irrigués, lorsqu’un pilotage adapté de l’irrigation est mis en œuvre, l’ensemble de ces pratiques, en améliorant la conservation de l’eau dans le sol et en limitant les pertes, peut réduire les besoins en eau d’irrigation. Et donc permettre de diminuer les prélèvements dans les nappes souterraines, les lacs et les cours d’eau.
Mais l’irrigation reste nécessaire dans de nombreux contextes, notamment pour certaines productions à forte valeur ajoutée ou fortement sensibles au stress hydrique, comme le maraîchage ou l’arboriculture, ainsi que dans des contextes climatiques marqués par des sécheresses fréquentes et intenses.
Il n’est donc pas envisageable de chercher à se passer systématiquement et complètement de l’irrigation, mais plutôt de reconsidérer son usage au regard de l’apport qu’elle peut avoir dans une transition agroécologique des systèmes agricoles.
C’est une des préoccupations du projet baptisé TAI-OC (pour Transition agroécologique et irrigation en Occitanie), financé depuis fin 2022 par l’Inrae et la Région Occitanie pour une durée de cinq ans.
La mise en place et l’étude d’expérimentations en agroécologie sur différents systèmes de culture (grandes cultures, viticulture et maraîchage) ainsi que la conduite d’enquêtes chez des irrigants engagés dans des démarches agroécologiques ont permis de mettre en évidence la notion d’« irrigation multiservice ». Il s’agit d’une irrigation qui ne se limite pas à un usage productif immédiat, mais qui contribue à renforcer les fonctions écologiques des agroécosystèmes en transition.
Quitte à devoir irriguer, il s’agit de maximiser les usages bénéfiques à long terme de l’eau utilisée. Par exemple, irriguer pour installer des arbres qui demanderont moins d’eau par la suite ou des plantes qui servent à éloigner les ravageurs des cultures, à favoriser la présence de pollinisateurs ou à enrichir le sol en azote et en nutriments.
Une irrigation multiservice peut également permettre d’irriguer des couverts végétaux entre deux cultures successives pour qu’ils produisent plus et restituent davantage de matière organique dans le sol. Dans ces exemples, des services écosystémiques (fertilité des sols, stockage de carbone et d’eau, régulation des ravageurs) sont permis ou amplifiés par l’irrigation, ce qui peut, à terme, réduire la dépendance globale à l’eau.
Au-delà de ce constat qualitatif, les recherches en cours dans le cadre de ce projet s’attachent à mieux quantifier l’effet de cette irrigation multiservice. L’enjeu est de savoir à quel horizon et avec quelle ampleur l’irrigation multiservice permettra à un agriculteur de limiter ses prélèvements dans les ressources en eau.
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Toutes ces pratiques agroécologiques commencent à être intégrées dans certains projets territoriaux de gestion de l’eau (PTGE), qui visent à construire collectivement, à l’échelle des bassins versants, un équilibre durable entre les usages de l’eau, la disponibilité de la ressource et la qualité des milieux aquatiques face au changement climatique.
Cela illustre que la gestion quantitative de l’eau et la transformation des systèmes agricoles peuvent, et doivent, être pensées conjointement afin de mieux s’adapter aux sécheresses futures. Dans cette perspective, les approches agroécologiques doivent constituer un critère majeur des arbitrages collectifs relatifs à la gestion de la ressource en eau.
Les solutions de stockage dans des retenues ne devraient ainsi être envisagées qu’au terme d’une évaluation comparative de l’ensemble des leviers disponibles (évolution des systèmes de culture, économies d’eau, amélioration de l’efficience des usages, recharge des nappes ou stockage). L’enjeu étant de retenir la combinaison de solutions la plus pertinente au regard des enjeux locaux. Cela ouvre ainsi la voie à un nouveau modèle de gestion de l’eau.
Ce texte a été élaboré à l’initiative de la chaire Eau, agriculture et changement climatique et bénéficie des recherches menées dans le cadre du projet TETRAE Transition agroécologique et irrigation en Occitanie (TAI-OC). Les membres de ces deux collectifs ayant soutenu et/ou collaboré à cet article : Gilles Belaud (Institut Agro, Chaire EACC), Laurène Casal (MAELAB), Johan Coulomb (Montpellier, Méditerranée Métropole), Fabien Groud (CCE&C), Marie-Christine Huau (Véolia), Vincent Kulesza (SCP), Ludovic Lhuissier (Rives et Eaux du Sud Ouest), Alexandre Mathieu (INRAE, Maraichage), Renaud Misslin (MAELAB), Pierre Rouault (Institut Agro), Stéphane Ruy (INRAE, Carnot Eau et Environnement), Paul Vandôme (HSTI) et Claire Wittling (INRAE, G-EAU).
Lionel Alletto a reçu des financements de l'Agence nationale de la recherche (ANR) et de la Commission Européenne dans le cadre de projets de recherche du programme Horizon 2020.
Delphine Leenhardt, Juan David Dominguez Bohorquez et Sami Bouarfa ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
10.08.2026 à 15:26
Claire Dulong, Coordinatrice d'expertise scientifique en évaluation des risques liés à l'air, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)
Marion Keirsbulck, Unité d'évaluation des risques liés à l'air, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)
L’ESSENTIEL
Les incendies de végétation de grande ampleur, comme ceux qui ont touché la Gironde cet été, sont appelés à se multiplier et à s’intensifier en France sous l’effet du changement climatique.
Ces feux libèrent de grandes quantités de polluants qui représentent un danger sanitaire, à l’origine des consignes données aux populations lors de ces épisodes.
En France, la gestion de crise lors des incendies s’opère à plusieurs niveaux de gouvernance territoriale, mais l’Anses a centralisé les principales consignes données aux populations, y compris aux personnes vulnérables, ce qui permet un état des lieux des bonnes pratiques avant, pendant et après les feux.
Les incendies de végétation de grande ampleur, comme ceux qui ont touché la Gironde cet été 2026, gagnent du terrain de façon inédite. Plus de 220 000 personnes ont été évacuées en raison de leur proximité et les seuils d’information et/ou d’alerte pour les particules (PM¹⁰) ont été dépassés dans trois départements. Ceci témoigne d’une dégradation de la qualité de l’air pouvant être dangereuse pour la santé.
Pour protéger efficacement les populations des effets sanitaires des feux de forêt, les autorités peuvent être amenées à formuler un certain nombre de recommandations. Quelles sont les principales consignes données aux populations et sur quelles bases s’appuient-elles ? Pour le comprendre, il faut d’abord rappeler ce que contiennent les fumées des feux de forêt et en quoi celles-ci menacent la qualité de l’air. Certaines consignes clés doivent être suivies pendant et juste après les incendies bien sûr, mais il ne faut pas oublier non plus la prévention ni le retour au domicile.
Cet article s’appuie sur les travaux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Et notamment, sur l’état des lieux des consignes en cas d’incendie de végétation de grande ampleur pour la protection de la santé des populations précédemment établi par l’agence, auquel nous avons contribué.
Les incendies de végétation de grande ampleur, parfois qualifiés de « mégafeux », atteignent désormais des dimensions et génèrent des effets qui dépassent le cadre habituel d’action des sapeurs-pompiers. De ce fait, ils peuvent provoquer de véritables réactions en chaîne.
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À l’horizon 2050, une intensification des feux et une extension géographique des surfaces brûlées sont prévues. Cela devrait se traduire par des surfaces brûlées plus importantes, susceptibles de se généraliser à l’ensemble du pays, une fréquence plus élevée de départs de feux et un allongement de la saison des feux.
Plusieurs facteurs participent à ce phénomène :
le changement climatique, avec l’élévation des températures moyennes, la multiplication des épisodes caniculaires, l’assèchement des végétaux et la diminution des précipitations ;
la détérioration de l’état de santé des forêts, liée au manque d’entretien des forêts privées représentant 75 % des forêts de France hexagonale, à la déprise agricole et à la prolifération de parasites ;
l’urbanisation croissante à proximité des espaces forestiers, qui augmente les interfaces avec la forêt : les populations sont davantage exposées aux risques de feux de végétation et les risques de départs de feux sont accrus.
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Bien que la qualité de l’air se soit améliorée en Europe et en France depuis les années 1990, la contribution des feux de forêt à la dégradation de la qualité de l’air n’a cessé de croître sur cette même période. Les feux de végétation altèrent – au moins temporairement – la qualité de l’air en raison d’émissions particulaires et gazeuses. Celles-ci seraient plus toxiques que la pollution de fond du fait de leur composition complexe.
Dans les zones exposées aux panaches de fumée des feux de forêt, les particules en suspension constituent un indicateur clé pour évaluer l’impact de ces événements sur la qualité de l’air. Les particules fines représentent environ 80 % d’entre elles, mais ces particules présentent une grande diversité de taille et de composition.
Pour ce qui est de la taille, on retrouve : les cendres (particules de grande taille), les PM10 (de diamètre aérodynamique médian inférieur ou égal à 10 micromètres), les particules fines PM2,5 (inférieur ou égal à 2,5 micromètres) et les particules ultrafines (inférieur à 0,1 micromètre).
De très nombreuses substances sont recensées dans la composition des fumées : monoxyde de carbone (CO), dioxyde de carbone (CO₂), composés organiques volatils (COV), hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), métaux lourds, oxydes d’azote (NOx), etc. La composition des fumées dépend de la distance à l’incendie, mais également de l’atteinte de combustibles non naturels comme des bâtiments ou des véhicules routiers qui, en brûlant à leur tour, vont modifier la composition des fumées.
Toutes ces particules peuvent alors voyager (on parle de « transport atmosphérique ») au gré des vents, sur des centaines – voire des milliers de kilomètres. Plusieurs facteurs, incluant la météorologie, le stade du feu et le terrain, peuvent influencer le comportement du feu et la propagation du panache de fumée.
En France, la surveillance de la qualité de l’air ambiant lors des feux de forêt repose sur une combinaison de mesures in situ (stations fixes de mesure), centralisées dans la base de données Géod’air, de modélisations pour la prévision de la qualité de l’air, disponibles sur la plateforme PREV’AIR, et d’observations satellitaires intégrées aux outils de surveillance. À noter que cette surveillance n’est pas spécifique aux feux : il s’agit de la surveillance de routine de la qualité de l’air, comprenant plusieurs substances d’intérêt pour le suivi des feux.
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En France, les politiques de prévention et de lutte contre les incendies de forêt et de végétation s’appuient sur une gouvernance à plusieurs échelles :
à l’échelle nationale, les ministères, appuyés par des établissements publics, définissent le cadre réglementaire ;
tandis que, à l’échelle territoriale, les préfets et les maires adaptent ces mesures aux spécificités locales et peuvent imposer des restrictions supplémentaires en cas de situation exceptionnelle ;
selon les territoires et les périodes de l’année, les dispositifs de prévention peuvent relever d’obligations législatives ou réglementaires ou de simples recommandations.
Les consignes destinées à protéger la santé des populations face à la pollution atmosphérique générée par les incendies de végétation couvrent trois phases distinctes : la préparation aux incendies, la protection pendant les incendies et le retour au domicile. Elles ciblent à la fois la population générale et les populations vulnérables et sensibles (personnes âgées, enfants, individus souffrant de pathologies respiratoires ou cardiovasculaires).
Dans ses travaux de 2024, l’Anses a relevé l’ensemble des consignes formulées par les institutions françaises et internationales pour chacune des trois phases : prévention, protection et retour au domicile. Faisons le point.
La prévention vise à minimiser les risques de départ de feu en évitant les comportements à risque : mégots de cigarette, barbecue, brûlage, etc. En effet, 90 % des départs de feux sont d’origine humaine et environ 80 % se produisent à proximité des habitations.
Il s’agit aussi de limiter l’incidence d’un éventuel départ de feu, en contrôlant la végétation et le stockage des matériaux inflammables autour de son habitation. Enfin, les populations sont invitées à préparer un kit d’urgence permettant d’attendre les secours en amont des incendies. L’ensemble des consignes peut être retrouvé dans le tableau ci-dessous.
Pendant un incendie, il s’agit de réduire l’exposition aux polluants émis par les fumées, en agissant à la fois sur les comportements individuels et sur l’aménagement des espaces de vie. Il est, par exemple, conseillé de limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur afin de réduire l’exposition aux substances nocives pour la santé. Au domicile, il convient de conserver une bonne qualité de l’air intérieur, en limitant l’intrusion d’air extérieur et en évitant toute source de pollution de l’air intérieur (cigarettes, bougies, encens, cuisson, etc.).
En cas d’épisode simultané de chaleur extrême et d’incendie de végétation (de plus en plus fréquents, au point que l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA) a récemment mis à jour ses recommandations), il peut être nécessaire de rafraîchir le logement afin d’éviter les coups de chaleur, en prenant en compte les conditions climatiques telles que la température extérieure, mais aussi l’orientation des vents pour éviter que les fumées entrent dans le logement. Boire abondamment est également bénéfique pour les deux phénomènes, car cela permet de maintenir les muqueuses respiratoires hydratées.
Pour les populations vulnérables et sensibles, le port d’un masque de protection respiratoire certifié (FFP2 ou FFP3) peut être recommandé en complément d’autres mesures, notamment en cas d’exposition prolongée à l’extérieur ou dans des zones fortement enfumées. Néanmoins, même s’ils peuvent assurer une protection face à l’exposition aux particules, ils ne protègent pas de toutes les substances présentes dans les fumées.
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Enfin, pour éviter une exposition résiduelle aux polluants et sécuriser l’habitat lors du retour à domicile, il convient de limiter la remise en suspension des particules en nettoyant les surfaces à l’eau. En plus du port de gants et du lavage des mains, il est recommandé aux personnes vulnérables et sensibles de porter un masque FFP2 lors du nettoyage.
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Face à l’augmentation des incendies de végétation et à leurs impacts sanitaires et environnementaux, l’Anses souligne la nécessité de passer d’une logique de gestion de crise ponctuelle à une culture de la prévention.
Cette approche repose sur trois piliers :
L’Anses insiste sur l’importance de sensibiliser et d’informer à la fois la population générale et les populations vulnérables et sensibles, même à distance des incendies en cas de transport des panaches de fumée. Pour cela, des outils de prévention, comme la Météo des forêts, permettent d’adapter les comportements en fonction du niveau de danger prévisible à l’échelle départementale pour les jours à venir.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
07.08.2026 à 10:38
Thérèse Rabotin, Doctorante en géosciences, Mines Paris - PSL
Gilles Billen, Directeur de recherche CNRS émérite, biogéochimie territoriale, Sorbonne Université
Julia Le Noë, Chargé de recherches en Sciences de l'Environnement, Institut de recherche pour le développement (IRD)

L’ESSENTIEL
Les forêts exploitées ne sont pas toujours des puits de carbone : elles peuvent parfois se retrouver à émettre plus de CO₂ qu’elles n’en stockent.
Pour connaître la tendance, il faut s’intéresser à l’évolution des végétaux, du sol forestier et à l’utilisation faite du bois prélevé sur le long terme.
Le pouvoir de séquestration de carbone de la forêt landaise semble mis à mal depuis le début des années 2000.
Les forêts sont souvent présentées comme un « poumon de la planète », et beaucoup d’espoirs reposent sur la filière forêt-bois pour compenser une partie des émissions humaines, comme en témoigne en France la Stratégie nationale bas carbone.
Les forêts sont en effet un important réservoir de carbone, puisque l’ensemble du carbone contenu dans les forêts et leurs sols est estimé à 714 gigatonnes de carbone (GtC), soit l’équivalent d’environ 80 % du carbone contenu dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone (CO₂).
Mais ce chiffre global agrège et aplatit le résultat de dynamiques locales, résultant elles-mêmes de décisions prises à des échelles régionales et plus globales.
La trajectoire carbone du massif des Landes de Gascogne est à ce titre des plus singulières. Elle mérite aujourd’hui toute notre attention. L’extension spectaculaire des plantations de pins au XIXᵉ siècle en a fait le plus vaste massif forestier planté d’Europe, mais face aux tempêtes, aux incendies et, plus généralement, au changement climatique, son fonctionnement est mis à rude épreuve depuis quelques décennies.
Il est ainsi probable que la filière forêt-bois se retrouve désormais à émettre plus de carbone qu’elle n’en stocke, dans le département des Landes. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Pour le comprendre, intéressons nous aux bases du fonctionnement du cycle du carbone. Une forêt, comme tout écosystème, peut être une source ou un puits de carbone. Une source de carbone désigne ici un environnement qui émet plus de carbone qu’il n’en stocke. Un puits de carbone, à l’inverse, est un environnement qui stocke plus de carbone qu’il n’en émet.
Pour savoir si la filière forêt-bois – c’est-à-dire la forêt et son système d’exploitation – représente un puits ou une source, on considère les bilans carbone de ses trois compartiments principaux : la biomasse, les sols et le bois prélevé dans la forêt.
Le compartiment de la biomasse correspond aux arbres, arbustes et autres végétaux qui pratiquent la photosynthèse et capturent ainsi du CO₂. Une partie de ce CO₂ est à nouveau libéré dans l’atmosphère lors de la respiration de ces mêmes végétaux.
Il faut également avoir en tête que, chaque année, des végétaux meurent ou bien perdent des branches, des feuilles, des racines. Ces végétaux morts vont alors, par leur décomposition, relâcher dans le sol le carbone qui est stocké dans leurs tissus. Le bois peut être récolté pour l’industrie ou l’artisanat, parfois après une tempête.
Dans ce cas, le carbone reste dans les différents produits du bois (construction, papier, énergie, chimie…). Lors d’un incendie, la combustion des végétaux renvoie le carbone dans l’atmosphère. Lors d’une attaque de ravageurs, le carbone peut être réparti dans différents compartiments, selon l’usage fait du bois.
Le compartiment des sols est souvent moins bien connu du grand public. Pourtant la quantité de carbone qui y est stockée est souvent plus importante que celle que l’on trouve dans les arbres, arbustes et végétaux. Le carbone arrive dans les sols par les racines des plantes et par la chute des végétaux, branches et feuilles mortes.
Décomposés par des bactéries, champignons ou vers de terre, ils constituent la matière organique des sols. Le sol émet également du CO₂ à travers la respiration des racines et des organismes qui décomposent les végétaux morts.
Le dernier compartiment est celui du bois prélevé dans le massif forestier et exploité pour un usage industriel ou artisanal. Pour calculer son bilan carbone, il faut regarder la différence entre le carbone constituant les objets lorsqu’ils sont fabriqués et le carbone émis lorsqu’ils sont détruits.
Le temps de résidence du carbone dans les objets est important à prendre en compte : plus l’objet est utilisé longtemps avant d’être détruit, plus le carbone reste longtemps hors de l’atmosphère.
Ces différents flux de carbone entre l’atmosphère, la biomasse, le sol et les produits en bois sont façonnés par des processus à la fois sociaux et écologiques. De fait, bien que la photosynthèse ou la dégradation du bois soient des processus en apparence naturels, ils sont influencés à de nombreux égards par des facteurs humains. L’efficacité de la photosynthèse dépend ainsi des essences d’arbres sélectionnés, de l’agencement spatial de la plantation, de l’âge moyen de la récolte, voire des apports d’engrais.
La décomposition de la matière organique du sol, la mortalité des arbres dépendent du climat, de la flore bactérienne et des évènements climatiques extrêmes, eux-mêmes modifiés par les activités humaines locales. La dégradation des objets en bois dépend des dynamiques socioéconomiques favorisant l’orientation vers des produits à durée de vie plus ou moins longue : le bois de construction tend à accumuler des stocks de carbone tandis que le bois-énergie utilisé comme combustible constitue un stock virtuellement nul.
Ainsi, ces facteurs humains, liés à des décisions économiques, politiques et à l’évolution de l’organisation de la société, influencent grandement les quantités de carbone absorbées et rejetées par les forêts et l’ensemble de la filière, c’est-à-dire l’évolution des stocks de carbone ou trajectoire carbone.
Qu’en est-il maintenant des forêts qui nous intéressent ?
Plus grand massif de France hexagonale, le massif des Landes de Gascogne concentre actuellement 5 % de la surface forestière française (16 % des conifères) et 9 % de l’extraction nationale de bois (19 % de l’extraction de conifères) sur seulement 2 % du territoire national. Il est constitué quasi exclusivement de monoculture de pin maritime (87 % en 2020) sur des terres à 90 % privées.
L’existence de séries statistiques anciennes, conservées aux archives départementales à Mont-de-Marsan, témoigne du caractère profondément historique, organisé et documenté de cette forêt et de son exploitation. Nous avons pu y trouver les données statistiques relatives à la filière forêt-bois dans le département des Landes (récoltes, surfaces plantées, essences d’arbres) depuis la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Elles permettent de donner une image quantifiée des changements qui ont affecté l’histoire de ce massif.
Jusqu’à la fin de la première moitié du XIXᵉ siècle, l’utilisation du territoire répondait aux besoins et activités de sa population locale : un modèle de pâturage extensif sur des terres communales entretenues par des paysans métayers permettait de fertiliser des cultures vivrières sur des étendues de landes et de pâtis.
Ce socio-écosystème a connu une transformation majeure avec la loi « relative à l’assainissement et la mise en culture », votée en 1857.
Cette loi oblige alors les communes des Landes, avec le soutien financier, administratif et humain de l’État, à planter des pins puis à vendre les terres communales plantées, qui sont ainsi privatisées. En trente ans, la superficie plantée en pin double quasiment, et l’organisation de la société change de façon rapide et brutale.
L’activité se déplace vers l’exploitation de la forêt, d’abord du bois, pour la fabrication de charbon de bois – dans lequel le stock de carbone est virtuellement nul, puisqu’il est aussitôt réémis par la combustion du charbon – puis de la résine des pins, pour la synthèse de différents produits (principalement, la térébenthine et la collophane…).
L’extraction de résine, appelée gemmage, et sa transformation, deviennent ainsi les activités économiques principales des Landes vers 1880 et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Après 1880, la surface forestière continue d’augmenter progressivement jusqu’aux années 1930, et l’extraction de bois augmente en parallèle, tout en changeant d’usage. Il n’est plus utilisé pour produire du charbon de bois, mais pour soutenir les besoins de l’industrie du charbon minier, par exemple pour construire les galeries minières et les rails qui permettent de sortir le charbon de la mine. Ces nouveaux usages conservent le carbone dans le bois plus longtemps : leurs durées de vie sont alors de quelques décennies.
La Seconde Guerre mondiale cause une pénurie de main-d’œuvre dans les Landes, qui mène à une baisse d’entretien des parcelles forestières, ce qui favorise l’embroussaillement et la propagation d’incendies gigantesques, en 1940 et en 1949.
D’autre part, les produits issus de la pétrochimie remplacent progressivement les produits issus de la résine de pin, et l’activité de gemmage est progressivement abandonnée et remplacée par l’exploitation du bois pour un nouvel usage : la trituration, destinée à la fabrication de papier et de bois de placage.
Cette nouvelle activité change le mode d’exploitation forestière. Les plantations sont densifiées, les pins abattus plus jeunes, les nouvelles plantations s’accompagnent souvent de fertilisation azotée, les différentes étapes de l’exploitation forestière sont de plus en plus mécanisées.
Le gemmage est complètement abandonné au début des années 1970, définitivement supplanté par la papeterie et par l’industrie du bois d’œuvre, qui deviennent les activités économiques principales de la filière, occupant cependant une main-d’œuvre beaucoup plus faible.
Les années 2000 marquent ensuite l’entrée dans une période de plus grande instabilité climatique, avec la répétition d’événements destructeurs. Les tempêtes de 1999 et 2009 affectent de vastes surfaces de forêt. Leurs conséquences sont visibles dans la hausse phénoménale de la récolte apparente du bois qui s’ensuit, utilisé rapidement et majoritairement pour la trituration. L’extraction du bois dans les années qui suivent diminue sensiblement, le temps que la biomasse se renouvelle. Les parcelles sont majoritairement replantées en pin.
La période qui suit la tempête Klaus (2009) est également marquée par le retour du bois-énergie pour le chauffage au bois, qui avait été abandonné depuis la fin de la production de charbon.
Outre le développement des politiques dites « Climat-Énergie » qui ont favorisé le développement du bois-énergie en substitution des combustibles fossiles, cette reconversion partielle de la filière est une manière pour de nombreux exploitants forestiers de s’assurer un revenu à court terme dans le contexte post-tempête. On note aussi que les tempêtes auraient poussé certains propriétaires à commercialiser de nouvelles ressources, particulièrement les souches, pour l’industrie papetière.
Les incendies terribles qui ravagent les forêts des Landes et de Gironde, en 2022 et en 2026, ravagent à leur tour de vastes superficies du massif et modifient profondément son fonctionnement : à l’inverse du bois récolté après les tempêtes, le bois consumé lors des incendies ne peut plus être utilisé.
Ces éléments statistiques sur l’évolution de la forêt et des usages du bois nous ont permis de modéliser la trajectoire carbone de la filière dans les Landes, c’est-à-dire de retracer les tendances du bilan carbone au cours de ces différentes périodes.
Au cours de la période d’établissement du massif forestier (1850-1880), celui-ci agit logiquement comme un accumulateur de carbone, tant dans la biomasse en place que dans la matière organique du sol. Dans un second temps (1880-1940), l’augmentation du stock d’objets en bois, notamment pour l’industrie et le bois d’œuvre, contribue au stockage de carbone dans la filière bois – davantage d’ailleurs que la biomasse du massif elle-même, qui stocke un peu moins de carbone qu’auparavant.
La période de prédominance du bois d’œuvre et de la papeterie (1940-début des années 2000), le modèle montre que la forêt est dense et très productive, et que cela s’accompagne d’un important stockage de carbone. Cette accumulation du carbone dans la biomasse est surprenante au premier abord, car, dans la même période, les prélèvements de bois totaux et par hectare augmentent.
Notre approche de modélisation permet d’estimer qu’un tel stockage ne peut s’expliquer que par une accélération de la vitesse de croissance de la biomasse, pouvant être due à différents facteurs : sélection d’essences à croissance rapide, mais aussi changements environnementaux propices à la croissance (pouvoir fertilisant de la hausse des concentrations atmosphériques en CO₂ ou des dépôts atmosphériques d’azote).
Mais depuis le début des années 2000, notre modélisation suggère que le pouvoir de séquestration de carbone de la forêt landaise s’effondre : tant le sol que la biomasse émettent plus de carbone qu’ils n’en absorbent de l’atmosphère, en lien avec cette période de plus grande instabilité climatique (combustion de bois et extraction massive).
Le carbone stocké dans les objets suit, lui-même, une trajectoire incertaine : le changement progressif des usages du bois, depuis les tempêtes, d’objets au potentiel de stockage fort vers d’autres où le carbone réside moins longtemps, comme le papier ou le bois-énergie, fait que ce stock d’objets commence également depuis les années 2010 à émettre plus de carbone qu’il n’en absorbe.
L’augmentation historique de la surface forestière du massif des Landes n’est donc pas une garantie d’un stock de carbone pérenne. Au contraire, cette approche de modélisation permet de mettre en lumière le fait que l’accroissement du stock de bois sur pied s’est progressivement accompagné d’une hausse de son extraction, qui tend à maximiser la production à un niveau proche des limites de la capacité biologique du milieu.
Ainsi, nos recherches montrent que, si dans un premier temps, la mise en place d’une vaste plantation forestière peut s’accompagner d’un accroissement des stocks de carbone, capable d’atténuer le réchauffement climatique, le niveau d’extraction du milieu forestier est trop intensif pour permettre à la forêt de jouer longtemps ce rôle de puits de carbone, sans même parler du puits de carbone non réalisé en l’absence d’une gestion plus durable de la forêt. Face à l’ampleur des dérèglements climatiques en cours, la fragilité de ce stock de carbone est révélée.
Cette modélisation suggère que, pour la première fois de son histoire, le massif forestier landais contribue positivement à l’accroissement de l’effet de serre. Les incendies de 2022 et de 2026 qui ravagent les forêts des Landes et de Gironde en sont un marqueur de plus. La combustion entraîne d’importantes émissions de carbone vers l’atmosphère tandis que le bois calciné ne peut plus assurer sa fonction de photosynthèse et sert encore, tout juste, à produire du charbon de bois.
Ces résultats suggèrent que c’est la nature même de l’exploitation de cette forêt qui se trouve remise en cause par les événements climatiques de ces dernières décennies.
Des alternatives durables existent et permettraient de rendre la forêt plus résiliente. Des forêts multispécifiques, gérées sur des cycles de récoltes longs, favorisent par exemple le stockage du carbone dans la biomasse sur pied. La réorientation de la filière vers des objets à longue durée de vie est aussi une piste prometteuse pour accroître les stocks de carbone dans les produits manufacturés du bois.
Les solutions existent, leur mise en œuvre est nécessairement complexe et implique une concertation entre différents acteurs et des arbitrages entre différents intérêts.
La thèse de Thérèse Rabotin bénéficie d'un financement MITI pour projets interdisciplinaire du CNRS.
Julia Le Noë a reçu des financements du projet MOBIDYC (ANR-23-ERCB-0006-0) gérée par l'Agence Nationale de la Recherche ainsi que des projets SLAM-B (ANR-22-PEXF-0003) et PREFALIM (ANR-23-PEXF-0004) du PEPR exploratoire FairCarboN et a bénéficié d'une aide de l’État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR.
Gilles Billen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.