Lien du flux RSS
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

▸ les 20 dernières parutions

04.09.2026 à 10:49

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Le journaliste nigérien Moussa Kaka, ancien correspondant de Radio France Internationale, le 12 février 2007. © 2007 Seyllou/AFP via Getty Images

Trois jours se sont écoulés depuis que l’éminent journaliste nigérien Moussa Kaka a disparu, ce qui fait craindre qu’il ait été victime d’une disparition forcée. 
 

M. Kaka, directeur général de Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de Radio France Internationale, a quitté son bureau à Niamey, la capitale, vers 19 heures le 31 août pour rentrer chez lui. Depuis lors, sa famille et ses collègues n’ont obtenu aucune information sur le lieu où il se trouve. 
 

Kaka a déjà subi des pressions de la part des autorités. En octobre 2025, la police de Niamey l’a arrêté ainsi que cinq autres journalistes — Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Souleymane Brah, Youssouf Seriba et Oumarou Kané — après qu’ils aient annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse au sujet d’un fonds de solidarité créé par le gouvernement pour lever des fonds pour soutenir les opérations des forces de sécurité de l’État. Les autorités les ont inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public » en vertu de la loi sur la cybercriminalité. En novembre, un tribunal a libéré Kaka, Idé et Brah sous caution, tandis que Seriba et Kané ont été libérés le 15 juillet, et Chaibou le 28 août. 
 

La disparition de Kaka fait suite à une tentative de coup d’État contre la junte nigérienne le 29 août, au cours de laquelle des soldats mutins ont attaqué plusieurs sites stratégiques de la capitale. L’armée, soutenue par les forces de l’Africa Corps contrôlées par le gouvernement russe, a repris le contrôle le 30 août. Depuis, les autorités ont placé en détention des soldats soupçonnés d’avoir pris part au soulèvement ainsi qu’un ancien ministre. 
 

Un journaliste nigérien a déclaré qu’au Niger aujourd’hui, « on peut disparaître à cause de ses opinions ». Il a décrit la disparition de Kaka comme relevant du même mode opératoire que d’autres disparitions de personnes critiques à l’égard de la junte. 
 

En vertu du droit international des droits humains, il y a disparition forcée lorsqu’une personne est détenue par les forces de l’État et que les autorités refusent de reconnaître la privation de liberté ou dissimulent le lieu où elle se trouve. 
 

Depuis qu’elle a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2023, la junte nigérienne a consolidé son régime autoritaire, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression contre ses détracteurs. Les autorités militaires ont dissous des partis politiques, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé des journalistes en détention en vertu d’une loi très vague sur la cybercriminalité, retiré leur nationalité à des opposants politiques, annoncé le retrait du Niger de la Cour pénale internationale et prolongé la transition politique du pays sans élections. La junte continue également de détenir arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum et un éminent défenseur des droits humains, Moussa Tchangari. 
 

Les autorités nigériennes devraient immédiatement révéler où se trouve Kaka, garantir sa sécurité et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale valable. 

03.09.2026 à 23:49

Human Rights Watch
img
14 novembre 2025 Tunisie : Les condamnations injustes dans l’affaire du « complot » devraient être annulées

Les autorités devraient mettre fin à ce simulacre de procès, et libérer les personnes arbitrairement détenues

(Beyrouth, 3 septembre 2026) – Le 3 septembre 2026, la Cour de cassation tunisienne a confirmé les condamnations et les lourdes peines prononcées à l’encontre de 34 personnes pour « complot contre la sûreté de l’État » en novembre 2025. Human Rights Watch avait alors dénoncé un simulacre de procès. La Cour de cassation, la plus haute juridiction tunisienne, constituait le dernier recours judiciaire pour faire annuler ces condamnations.

La citation suivante peut être attribuée à Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch :

« L’arrêt de la Cour de cassation était le recours en dernier ressort pour les 34 personnes injustement condamnées, et qui se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux ou en exil. Cette décision s’inscrit dans la lignée des attaques menées depuis des années contre le pouvoir judiciaire par le gouvernement répressif en Tunisie, afin de réduire au silence ses opposants et les voix critiques ».

02.09.2026 à 22:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Deux images extraites d'une vidéo publiée sur le compte X de la Maison Blanche le 15 septembre 2025, montrant une frappe contre un bateau que le président Trump a décrit comme une embarcation utilisée par un cartel vénézuélien pour transporter de la drogue vers les États-Unis. Il s’agissait de la deuxième frappe contre un bateau dans la mer des Caraïbes, depuis le lancement de cette campagne militaire le 2 septembre 2025. © 2025 Maison-Blanche via Reuters

(Washington, 2 septembre 2026) – Cela fait aujourd’hui un an que les États-Unis ont lancé une campagne illégale de frappes militaires létales contre des bateaux dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique, tuant 227 personnes. Les responsables américains devraient d’urgence être tenus de rendre des comptes pour ces homicides, a déclaré Human Rights Watch. 

Sous la présidence de Donald Trump et sous la direction du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, l’armée américaine a mené 69 frappes illégales depuis le 2 septembre 2025, dans le cadre d’une campagne militaire plus large qui, selon l’administration, vise à endiguer le trafic de drogue dans l’hémisphère occidental. Mais tuer des personnes en mer, en l’absence d’un procès et quelle que soit leur implication présumée dans des activités criminelles, constitue une violation du droit international. 

« L’administration Trump a exécuté sommairement plus de 200 personnes au cours des douze derniers mois, se vantant en ligne de ces homicides, sans être tenue responsable », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises, conflits et armement à Human Rights Watch. « Les proches des victimes méritent un compte rendu complet de ces opérations, ainsi que la justice pour les profondes souffrances endurées. »

Deux récentes attaques ont tué deux personnes le 23 août, puis quatre autres personnes le 25 août. Ces homicides ont anéanti les brefs espoirs de voir cette campagne abusive prendre fin, après que l’administration Trump n’eut signalé aucune frappe durant le mois de juillet.

Le 4 août, le Commandement de l’armée américaine pour l’Amérique du Sud (US Southern Command, SOUTHCOM) a annoncé la création d’une nouvelle force opérationnelle interarmées chargée de coordonner l’action militaire avec 18 pays partenaires à travers les Amériques, laissant entrevoir son intention d’étendre ses opérations dans la région. Dans un communiqué de presse annonçant la frappe du 23 août, le commandant du SOUTHCOM, Francis Donovan, a déclaré : « Lorsque j’ai ordonné la création de la Force opérationnelle interarmées de l’hémisphère occidental, c’était précisément dans ce but : accélérer, synchroniser et mener des actions létales contre ces réseaux narco-terroristes déstabilisateurs. »

Avec le soutien de l’Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union, ACLU) et du Centre pour les droits constitutionnels (Center for Constitutional Rights), les proches de deux victimes qui auraient été tuées lors d’une frappe en octobre 2025 ont intenté un procès fédéral contre le gouvernement américain le 27 janvier 2026, afin d’obtenir réparation pour ces décès.

Selon la plainte, l’une des victimes présumées, Rishi Samaroo, un homme originaire de Trinité-et-Tobago âgé de 41 ans, travaillait au Venezuela lorsqu’il a décidé de rentrer dans son pays (non loin du Venezuela) pour aider à s’occuper de sa mère malade. Human Rights Watch a mené avec un entretien avec la sœur de Rishi Samaroo ; elle a déclaré qu’il l’avait appelée le 12 octobre 2025 pour l’informer que lui et un ami, Chad Joseph, âgé de 26 ans, allaient embarquer sur un bateau à destination de Las Cuevas, village situé sur l'île de Trinidad. 

Elle a ajouté que son frère lui avait dit qu’il la reverrait dans quelques jours. « Après cela, je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles », a-t-elle déclaré. « Nous l’avons appelé, mais en vain, personne n’a répondu. » Elle a ensuite appris que l’armée américaine avait attaqué un navire vers le 14 octobre, et a conclu que Rishi Samaroo avait été tué lors de cette frappe. 

La plainte fédérale indique par ailleurs que Chad Joseph, qui pêchait et effectuait d’autres travaux temporaires au Venezuela depuis six mois, a appelé sa femme le 12 octobre 2025 ; il lui a dit qu’il serait de retour à Las Cuevas « dans quelques jours », après avoir trouvé un bateau pour ce voyage. Mais sa famille n’a plus jamais eu de ses nouvelles. « Avant, il m’envoyait des messages et m’appelait régulièrement, mais depuis ce jour-là [jour de l’attaque], plus rien. Je n’ai plus aucune nouvelle de lui », a déclaré sa mère à Human Rights Watch. « Je crois qu’il est mort là-bas. »

Pour tenter de justifier ses exécutions extrajudiciaires, le gouvernement américain a affirmé qu’il est engagé dans un conflit armé contre certaines organisations de trafic de drogue en Amérique latine ; cet argument serait apparemment exposé dans un mémorandum juridique secret rédigé par le Bureau du conseiller juridique du ministère de la Justice, que l’administration refuse de rendre public. 

Le gouvernement américain a affirmé qu’il ne s’attaquait qu’à des « [embarcations] soupçonnées d’être affiliées à des organisations terroristes désignées », mais précise que la liste de ces organisations est elle aussi « non divulgable au public ». Le Commandement du Sud a également déclaré qu’il n’était pas en mesure de « fournir des comptes rendus publics de toutes les frappes et interceptions [de bateaux] menées par l’armée américaine ». 

Quelle que soit la manière dont le gouvernement américain qualifie les victimes de ces frappes maritimes, en vertu du droit international, les États-Unis ne sont pas engagés dans un conflit armé avec un autre État, ni avec un acteur non étatique, dans les Caraïbes ou dans l’océan Pacifique. Par conséquent, la conduite militaire américaine dans ce contexte est régie par le droit international des droits humains, qui interdit le recours intentionnel à la force létale, sauf lorsque cela est strictement nécessaire pour protéger des vies. L’administration Trump n’a pas divulgué d’informations permettant de conclure que les victimes représentaient une menace imminente pour la vie d’autrui. 

Les États-Unis devraient mettre fin immédiatement à leur campagne illégale d’exécutions extrajudiciaires, et garantir aux proches des victimes l’accès à la justice et à des réparations, a déclaré Human Rights Watch. Le Congrès américain devrait envisager de créer une commission d’enquête spéciale sur ces frappes létales, afin de garantir un compte rendu public détaillé de ces homicides, y compris l’identification des personnes impliquées dans leur autorisation et leur exécution. Le ministère de la Justice devrait également enquêter sur ces homicides, et engager les poursuites judiciaires appropriées. Si les dirigeants actuels ne le font pas, cela devrait constituer une priorité pour les futures administrations.

Les autres gouvernements qui coopèrent avec les États-Unis pour soutenir les efforts de lutte contre le trafic de drogue dans la région devraient condamner ces homicides, cesser de partager des renseignements susceptibles de permettre aux États-Unis de mener ces frappes, et faire part de leurs préoccupations concernant les violations du droit international directement aux responsables américains. Ces gouvernements devraient également prendre des mesures pour déterminer si certaines de leurs activités de partage de renseignements avec les États-Unis risquent de les rendre complices de ces frappes.

« L’administration Trump jouit depuis un an d’une impunité totale pour cette campagne d’homicides illégaux, et a déclaré ouvertement qu’elle n’avait pas l’intention d’y mettre fin », a conclu Ida Sawyer. « Les autres pays devraient s’abstenir de toute coopération concernant ces frappes, et le Congrès américain devrait d’urgence intervenir pour mettre un frein aux actions létales de cette administration qui viole le droit international. »

………….

 

 

02.09.2026 à 10:52

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des secouristes utilisent des drones pour acheminer des fournitures au port de Gyirong, au Tibet, le 28 août 2026. © 2026 Gongga Laisong/China News Service/VCG via AP Photo

Alors que les populations du Népal et du Tibet, de l’autre côté de la frontière chinoise, sont encore sous le choc d’horribles coulées de boue, le gouvernement chinois a recouru à la censure et au contrôle.

Sur Weibo, qui se plie aux exigences de censure de Pékin, la plateforme chinoise de réseaux sociaux a mis en avant un hashtag commémoratif (#向吉隆泥石流灾害遇难人员默哀) en tête des sujets tendance, aux côtés de huit autres sujets liés à la catastrophe. Le message en une montrait un présentateur de la CCTV lisant pour l'essentiel un communiqué du Politburo, au cours duquel le président Xi Jinping aurait suggéré aux plus hauts dirigeants chinois d'observer une minute de silence en hommage aux victimes.

La censure et l’autocensure sont omniprésentes dans toute la Chine, en particulier dans les régions tibétaines, comme Human Rights Watch l’a depuis longtemps documenté. Des personnes peuvent être emprisonnées pour atteinte à la sécurité nationale simplement pour avoir partagé des informations avec le monde extérieur. Les étrangers, y compris les journalistes et les enquêteurs indépendants, ne peuvent pas entrer sans autorisation.

Les voix des victimes sont largement absentes des sujets tendance, qui se concentrent sur le bilan des victimes, les opérations de sauvetage et les mécanismes de la catastrophe. Trois des huit sujets présentent la réponse de la police sous un jour positif, notamment : « Le sourire d’un policier au port de Gyirong a ému les internautes jusqu’aux larmes. »

Lorsque des survivants apparaissent, ils viennent étayer le récit officiel véhiculé par les médias. Un autre sujet tendance met en avant une vidéo montrant des policiers réconfortant une victime des inondations en deuil.

Human Rights Watch a reçu des informations selon lesquelles des journalistes en Chine se sont vu interdire l’accès à la zone sinistrée et l’autorisation d’interviewer les familles ; ils doivent se contenter des versions officielles. Les autorités ont également sanctionné au moins dix d’entre eux pour avoir « répandu des rumeurs » liées à la catastrophe.

Il convient de noter que les vidéos et images diffusées par les médias officiels s’appuient sur des contenus générés par l’IA censés montrer les origines probables de la coulée de boue. Parallèlement, selon des médias internationaux, les images originales complètes qui ont circulé dans le monde entier — montrant le port de Gyirong, du côté chinois de la frontière, submergé par les eaux tandis que les habitants courent pour sauver leur vie — font l’objet d’une censure.

Le contrôle de l’information peut compliquer la tâche des familles cherchant à localiser leurs proches et entraver la compréhension de la catastrophe ainsi que toute future intervention. Les autorités exercent également un contrôle strict sur les libertés d’association et de réunion.

Comme lors des catastrophes précédentes, le scénario est bien connu : restreindre l’information, contrôler le récit et louer la détermination des dirigeants ainsi que les opérations de sauvetage. L’IA peut embellir la mise en scène, mais le scénario reste inchangé.

02.09.2026 à 06:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des Tunisien.nes participaient à une marche contre le racisme organisée par la Campagne contre la criminalisation de l'action civile à Tunis, le 11 avril 2026. Cette manifestation, à laquelle participaient des organisations de défense des droits humains, des groupes de la société civile et des activistes, était aussi tenue pour protester contre les tentatives de criminaliser diverses activités civiles, politiques et syndicales, et les mesures gouvernementales ciblant des activistes et des défenseurs des droits.  © 2026 Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via AP Depuis 2024, le gouvernement tunisien réprime systématiquement les organisations de la société civile et leurs membres, réduisant pratiquement à néant l’espace civique dynamique qui avait émergé après la révolution de 2011.La société civile joue un rôle clé pour demander des comptes aux pouvoirs publics, fournir des services essentiels et plaider en faveur des droits humains. Les autorités usent et abusent de chaque outil à leur disposition pour restreindre l’espace dans lequel opère la société civile et fermer ces organisations.Les autorités devraient mettre fin sans délai à leur répression de la société civile, et laisser aux associations l’espace pour agir pleinement et librement.

(Beyrouth) – Depuis 2024, le gouvernement tunisien réprime systématiquement les organisations de la société civile et leurs membres, réduisant pratiquement à néant l’espace civique dynamique qui avait émergé après la révolution de 2011, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les autorités devraient immédiatement mettre fin à la répression de la société civile, et laisser aux associations l’espace pour fonctionner pleinement et librement.

Ce rapport de 55 pages, intitulé « ‘Nous vivons en sursis’ : Répression de la société civile en Tunisie », rend compte de la répression croissante exercée par les autorités tunisiennes à l’encontre des organisations de la société civile locales et internationales, de leurs employé·e·s, leurs membres et leurs associé·e·s, à travers des poursuites judiciaires abusives, des arrestations arbitraires, des placements en détention, des enquêtes financières et pénales, des suspensions massives et des menaces de dissolution.

« Les organisations de la société civile en Tunisie jouent un rôle clé pour demander des comptes au pouvoir, fournir des services essentiels et plaider en faveur des droits », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Il est clair que les autorités usent et abusent de chaque outil à leur disposition pour restreindre l’espace dans lequel opère la société civile et fermer ces organisations. »

2 septembre 2026 « Nous vivons en sursis »

Depuis 2022, le président Kais Saied n’a cessé de diaboliser la société civile et les organisations non gouvernementales dans ses déclarations publiques, les dépeignant comme une menace pour la souveraineté nationale. Entre mai et décembre 2024, les autorités ont arrêté plusieurs personnes travaillant pour des associations apportant un soutien aux personnes réfugiées, demandeuses d’asile et migrantes, ou qui luttent contre le racisme et les discriminations. Elles ont par la suite lancé des poursuites judiciaires contre au moins 47 personnes liées à des organisations non gouvernementales et placé au moins dix personnes en détention préventive pendant plus de 14 mois, durée maximale autorisée par la législation tunisienne.

Les autorités ont invoqué des lois criminalisant l’assistance aux étrangers ayant une situation migratoire irrégulière, ainsi que la loi de 2015 sur la lutte contre le terrorisme et la répression du blanchiment d’argent, pour inculper abusivement des défenseur·e·s droits humains ou des employé·e·s d’organisations non gouvernementales.

Suite aux procès qui se sont déroulés en 2025 et 2026, au moins quatorze personnes liées à la société civile ont été reconnues coupables et condamnées à des peines de prison. Saadia Mosbah, éminente défenseuse des droits humains, a été condamnée le 19 mars 2026 à huit ans de prison et une lourde amende sur la base d’accusations abusives de crimes financiers. Cinq employé·e·s d’associations de défense des personnes demandeuses d’asile ont été reconnues coupables sur la base d’accusations abusives, découlant de leur travail et des mandats de leurs associations légalement enregistrées. 

Les associations ciblées ont depuis cessé leurs activités. 

Les autorités ont également ciblé en masse des associations au moyen d’enquêtes financières et pénales. Fin 2024, peu avant l’élection présidentielle, la Brigade des investigations et de la lutte contre l’évasion fiscale a averti au moins une dizaine d’associations – dont le bureau régional d’Amnesty International et l’organisation tunisienne anti-corruption I Watch – qu’elle avait ouvert une enquête à leur encontre. Ces enquêtes, qui représentent un lourd fardeau administratif et opérationnel, ont débouché sur le gel des comptes bancaires d’au moins deux associations.

Le recours généralisé et systématique à de telles enquêtes, visant un vaste pan de la société civile, fait grandement craindre que le gouvernement ne soit en train d’instrumentaliser ce type de procédures pour cibler et intimider les organisations de la société civile.

Entre juillet et octobre 2025 et entre avril et mai 2026, les autorités ont utilisé abusivement le décret-loi 2011-88 sur les associations pour suspendre en masse des associations. Human Rights Watch a identifié au moins une vingtaine d’associations de la société civile suspendues, bien qu’il soit impossible, sans données officielles, de déterminer leur nombre exact.

Ces suspensions semblent avoir contourné les garanties procédurales et sont entachées d’irrégularités. Certaines associations n’ont pas reçu les mises en demeure prévus par la loi qui leur auraient permis de répondre ou de remédier aux allégations d’infractions. D’autres ont tenté de répondre aux allégations d’infractions, mais n’ont jamais eu de retour de l’administration. Les suspensions constituent une mesure drastique qui ne devrait être prise qu’en dernier recours, accompagnée d’une justification claire et d’un examen indépendant, a rappelé Human Rights Watch.

Les associations suspendues encourent un sérieux risque de dissolution, une fois toutes les procédures d’appel épuisées. Les avocats qui ont apporté leur soutien aux organisations suspendues ont informé Human Rights Watch que les autorités avaient rejeté les appels d’une trentaine d’associations. L’association Al Khatt (éditrice du média indépendant Inkyfada) et l’association Mnemty font actuellement face à des procédures de dissolution.

Le pouvoir judiciaire, qui ordonne ces suspensions, est sous le contrôle de l’exécutif depuis 2022, date à laquelle le président Saied a pris une série de mesures pour anéantir l’indépendance judiciaire.

Parallèlement à cette vague de répression, les associations ont subi d’autres restrictions. Des banques privées ont imposé des restrictions injustifiées à nombre d’associations, par exemple en les empêchant d’accéder à leurs comptes en devises ou en dinars convertibles, en bloquant ou renvoyant des fonds de l’étranger virés sur des comptes tunisiens, ou encore en fermant leurs comptes bancaires. Certaines associations rapportent que les autorités leur ont refusé l’accréditation pour observer les élections, imposé des règles plus strictes pour leur accorder l’accès aux prisons et aux lieux de détention, ou encore interdit certains événements publics.

Enfin, les autorités tunisiennes ont à plusieurs reprises cherché à remplacer le cadre législatif actuel régissant les associations ou à le restreindre d’une manière qui porterait gravement atteinte au droit à la liberté d’association. Deux projets de loi, l’un ayant fuité début 2022 et l’autre présenté au Parlement en octobre 2023, entendaient donner au gouvernement d’importants pouvoirs de contrôle et de supervision sur la création, les activités, le fonctionnement et le financement des organisations indépendantes.

Les autorités tunisiennes devraient cesser de restreindre la liberté d’association et mettre fin aux enquêtes abusives, au harcèlement judiciaire et à la criminalisation du travail des associations de la société civile et de leurs membres, a déclaré Human Rights Watch. Elles devraient libérer toutes les personnes travaillant pour des organisations non gouvernementales, les activistes et les défenseur·e·s des droits humains qui sont arbitrairement détenu·e·s à cause de leur travail légitime, et annuler toutes les peines injustement prononcées. Le parlement devrait veiller à ce que les associations puissent opérer librement, notamment en rejetant les projets de loi qui violeraient le droit à la liberté d’association.

La communauté internationale, notamment l’Union européenne et ses États membres, devraient appeler les autorités tunisiennes, en aparté et en public, à libérer toutes les personnes arbitrairement détenues, notamment celles qui travaillent pour des organisations non gouvernementales, les défenseur·e·s des droits humains et les activistes, à annuler les peines prononcées en lien avec le travail légitime des associations, et à mettre fin à la répression de la société civile.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui garantissent le droit à la liberté d’association, de réunion et d’expression, à ne pas subir d’arrestation ni de détention arbitraires, ainsi que le droit à un procès équitable. 

« À travers le démantèlement de l’espace dévolu à la société civile, les autorités veulent s’assurer qu’il ne restera personne pour leur demander des comptes », a conclu Bassam Khawaja. « La communauté internationale doit prendre des mesures d’urgence pour contribuer à préserver ce qui reste de l’espace civique en Tunisie, garantir la protection des défenseur·e·s des droits et mettre fin à ce recul radical des droits humains. »

………….

Articles

Entrevue

01.09.2026 à 08:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Un policier sri-lankais photographié devant l’entrée du site du charnier de Chemmani à Jaffna, au Sri Lanka, le 26 juillet 2025.  © 2025 Chamila Karunarathne/EPA/Shutterstock Les poursuites engagées par le gouvernement sri-lankais concernant les graves violations commises par le passé ont pris du retard, ce qui suscite des inquiétudes quant aux progrès futurs.De nombreuses affaires de disparitions forcées, de torture et d’assassinats restent au point mort, tandis que les familles des victimes et les défenseurs des droits humains font l’objet de menaces et d’intimidations. Le gouvernement Dissanayake devrait redoubler d’efforts pour garantir une véritable responsabilisation face à des décennies d’impunité, tandis que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et le Conseil des droits de l’homme devraient exhorter le gouvernement à démontrer son engagement en faveur de la justice.

(Genève, le 1er septembre 2026) – Les poursuites engagées par le gouvernement sri-lankais concernant les graves violations commises par le passé ont pris du retard, ce qui soulève des inquiétudes quant aux progrès futurs, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les responsables des Nations Unies et les États membres de l’ONU siégeant au Conseil des droits de l’homme devraient appeler le gouvernement du président Anura Kumara Dissanayake à faire preuve d’une plus grande détermination pour traiter les affaires emblématiques en matière de droits humains, et à coopérer avec les efforts internationaux visant l’obligation de rendre des comptes.

1 septembre 2026 “Not Genuine with Justice”

Ce rapport de 49 pages, intitulé « “Not Genuine with Justice” : Sri Lanka’s Lack of Will to Prosecute Past Abuses » (« Pas de véritable justice : Absence de volonté de poursuivre les auteurs d’abus passés au Sri Lanka »), dresse un bilan des efforts judiciaires nationaux dans sept affaires marquantes de violations graves, dans lesquelles le gouvernement Dissanayake a réalisé certains progrès depuis son arrivée au pouvoir en 2024. Human Rights Watch a toutefois constaté que de plusieurs affaires emblématiques, notamment le massacre de travailleurs humanitaires, les attaques ciblées contre des journalistes et les disparitions forcées d’universitaires et d’autres personnes, restent au point mort, tandis que les familles des victimes et les défenseurs des droits humains font l’objet de menaces et d’intimidations. 

« Le gouvernement Dissanayake devrait rompre avec la pratique des gouvernements précédents consistant à retarder et à refuser la justice pour les violations graves », a déclaré Lucy McKernan, directrice du plaidoyer auprès du Conseil des droits de l'homme de l’ONU, à Human Rights Watch. « Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies devrait exhorter le gouvernement sri-lankais à prendre des mesures crédibles en vue de la reddition de comptes pour les crimes passés et à mettre fin aux représailles contre les victimes, leurs familles et les défenseurs des droits humains. » 

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 32 victimes d’exactions, des proches de personnes disparues, ainsi que des avocats et d’autres défenseurs des droits humains, et a examiné de manière approfondie des documents judiciaires et d’autres sources.

Des dizaines de milliers de personnes ont été torturées, ont fait l’objet de disparitions forcées, ont été enlevées et tuées par les forces de sécurité gouvernementales et des groupes armés non étatiques pendant l’insurrection marxiste qui a secoué le sud du Sri Lanka entre 1987 et 1989, ainsi que pendant la guerre civile opposant le gouvernement aux Tigres de libération de l’Eelam tamoul (Liberation Tigers of Tamil Eelam, LTTE), qui a pris fin en 2009.  

Le Sri Lanka a un passé marqué par des tentatives infructueuses visant à rendre justice pour les exactions commises par le passé. Depuis les années 1990, les gouvernements successifs ont nommé plus de dix commissions chargées d’enquêter sur les violations des droits humains, mais aucune n’a abouti à des poursuites judiciaires ni révélé ce qu’il était advenu des milliers de personnes disparues. Divers gouvernements sri-lankais n’ont soit réalisé que des progrès minimes dans ces affaires, soit sont activement intervenues pour bloquer les rares enquêtes pénales en cours.

« Les fouilles [des fosses communes] ne suffiront pas à elles seules à rendre justice », a déclaré un proche d’une victime de disparition à Jaffna. « Les responsables de ces exactions seront-ils amenés à rendre des comptes ? » Les enquêteurs ont exhumé les restes humains de 582 personnes d’une fosse commune à Chemmani, près de Jaffna, mais aucun progrès apparent n’a été enregistré dans l’identification des victimes ou la détermination de ce qui leur est arrivé.

Le gouvernement Dissanayake a réalisé quelques progrès dans des enquêtes importantes qui avaient auparavant été bloquées. Il s’agit notamment de l’enquête sur le meurtre, en 2009, d’un rédacteur en chef de journal, Lasantha Wickrematunge ; de la disparition forcée, en 2010, d’un journaliste, Prageeth Ekneligoda ; et de la disparition forcée, perpétrée par des agents des services de renseignement de la marine, de 11 jeunes hommes qui avaient été retenus contre rançon en 2008 et 2009. 

Une enquête sur un complot présumé impliquant des hauts responsables du gouvernement, à l’origine des attentats du dimanche de Pâques 2019 qui ont fait 269 morts, n’a pu être menée qu’après l’entrée en fonction du président Dissanayake. En février 2026, la police a arrêté Suresh Sallay, un ancien officier des services de renseignement militaire, pour collusion avec un groupe islamiste accusé d’avoir perpétré ces attentats. En juin, un tribunal sri-lankais a interdit à l’ancien président Gotabaya Rajapaksa et à deux autres officiers des services de renseignement militaire de se rendre à l’étranger dans le cadre des enquêtes en cours sur ces attentats. 

Malgré ces progrès limités, le gouvernement Dissanayake n’a pas réagi avec l’urgence nécessaire pour mettre fin à l’impunité dont bénéficient les auteurs de graves violations, a constaté Human Rights Watch. Aucun progrès n’a été enregistré dans d’autres affaires importantes impliquant de hauts responsables, notamment le meurtre, en 2006, de cinq étudiants tamouls et le massacre de 17 membres, pour la plupart tamouls, de l’organisation humanitaire française Action contre la Faim. Vingt ans plus tard, personne n’a été arrêté, et encore moins poursuivi, pour ces meurtres. 

Le gouvernement Dissanayake n’a pas accepté de coopérer avec le Sri Lanka Accountability Project (« Projet de responsabilisation du Sri Lanka »), mis en place par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour recueillir des preuves de violations graves des droits humains. Le gouvernement n’a pas non plus donné suite à son engagement à mettre en place une Direction des poursuites publiques (Directorate of Public Prosecution), chargée de poursuivre en toute indépendance les auteurs des violations commises par le passé.

Au lieu de cela, le gouvernement Dissanayake a soutenu les initiatives des gouvernements précédents, telles que le Bureau des personnes disparues et le Bureau des réparations, que de nombreuses familles de victimes ont rejetées car elles les considèrent comme des manœuvres visant à retarder la justice.  

Depuis la fin de la guerre civile en 2009, l’ONU a joué un rôle important dans la promotion de la justice et de la responsabilité, tout en s’efforçant de mettre fin aux violations en cours. Le rapport de 2011 du Groupe d’experts du Secrétaire général de l’ONU et l’enquête menée en 2015 sur le Sri Lanka par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) ont mis en évidence de nombreux crimes de guerre et autres violations commis par les deux camps pendant la guerre civile. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a par ailleurs adopté une série de résolutions visant à garantir la responsabilité des auteurs de ces actes. 

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et le HCDH devraient continuer à examiner les progrès réalisés par le gouvernement Dissanayake en matière de justice et faire pression pour que des mesures soient prises afin de mettre fin à des décennies d’impunité, a déclaré Human Rights Watch. 

« Le gouvernement Dissanayake devrait redoubler d’efforts pour garantir une véritable responsabilisation concernant les meurtres et les disparitions survenus lors des conflits passés », a conclu Lucy McKernan. « Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et les États membres du Conseil des droits de l’homme devraient exhorter le gouvernement Dissanayake à concrétiser son engagement déclaré en faveur de la justice au Sri Lanka. »

…………

31.08.2026 à 22:44

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Une jeune fille dans son petit bateau de pêche, au large de la province de Malaita, aux îles Salomon. © 2025 NowHere Media/Human Rights Watch

Ici au Festival international du film de Venise, sur fond de glamour cinématographique, Human Rights Watch présente un film pur et puissant : « Solwata ».

C’est un immense privilège d’être ici pour partager ce nouveau documentaire immersif – co-créé avec les communautés de Walande, Ngongosila et Kwai aux Îles Salomon, coproduit avec Human Rights Watch, Agog et NowHere Media, et narré par Mark Ruffalo – qui met en lumière, sur cette scène mondiale, la réalité des réinstallations liées a la crise climatique.

Lorsque des collègues m’ont parlé pour la première fois de la possibilité d’utiliser un média de « réalité virtuelle » à des fins de plaidoyer, j’avais des doutes. En tant que chercheuse, je m’appuie généralement sur des rapports dont les faits ont été minutieusement vérifiés et accompagnés de notes de bas de page détaillées pour transmettre mes conclusions. Mais en voyant à quel point des personnes visionnant ce film étaient profondément émues en retirant leurs casques, j’ai été convaincue de son efficacité.  

Des années de recherche au Panama, au Sénégal et aux Philippines montrent comment la crise climatique a contraint les communautés côtières à faire des choix impossibles. La relocalisation planifiée est une mesure de dernier recours et un défi extrêmement complexe en matière de droits humains. Lorsqu’une communauté entière doit se déplacer, tout est en jeu, qu’il s’agisse de son patrimoine culturel ou de ses droits fonciers. Les mesures politiques prises dans ce contexte devraient surtout protéger le droit des communautés autochtones à l’autodétermination, afin qu’elles puissent prendre des décisions d’adaptation selon leurs propres conditions et leur propre calendrier.

Les recherches et rapports traditionnels sont des moyens essentiels pour communiquer ces complexités, mais les enjeux exigent que nous utilisions tous les outils à notre disposition, pour toucher des publics plus larges et plus diversifiés. 

Le film VR « Solwata » offre une nouvelle façon de sensibiliser le public à l’aspect humain des déplacements liés au changement climatique. Il transporte les spectateurs à travers les océans et les fuseaux horaires pour se tenir aux côtés du peuple Solwata (« eau salée »). Il permet au public d’être témoin de la force et de la détermination des communautés Walande à rester unies malgré toutes les difficultés, même après que la montée des eaux les a contraintes à se réinstaller sur le continent. Et il invite réfléchir aussi sur le sort des communautés Ngongosila et Kwai des Îles Salomon, ainsi que sur d’autres communautés dans d’autre lieux où la montée du niveau de la mer soulève des questions profondes sur ce à quoi ressemble un avenir digne – et sur notre responsabilité commune de le soutenir.

SOLWATA Documentaire immersif sur la crise climatique

Les décideurs politiques et les bailleurs de fonds devraient non seulement anticiper d’urgence les défis profondément humains liés aux relogements planifiés, mais aussi ressentir une véritable empathie pour ce que vivent ces populations. Après le festival de Venise, « Solwata » sera diffusé lors la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP31) en Turquie, puis bien au-delà. Notre objectif est d’utiliser ce média puissant pour renforcer le soutien des bailleurs de fonds et inciter le public à plaider en faveur de politiques qui protègent les droits des communautés déplacées à travers le monde.

27.08.2026 à 18:48

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Un homme ouïghour vu de profil devant la mosquée Id Kah à Kachgar, dans la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, le 13 juillet 2023.  © 2023 Pedro Pardo/AFP via Getty Images

(New York, 27 août 2026) – La répression sévère menée depuis une décennie par le gouvernement chinois à l’encontre des Ouïghours et d’autres musulmans turcophones, qui constitue des crimes contre l’humanité, mérite une réponse plus ferme de la part de la communauté internationale, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Dix ans après que le Parti communiste chinois a considérablement intensifié les violations commises à l’encontre des Ouïghours dans la région du Xinjiang, dans l’ouest du pays, la répression des droits reste sévère. Les éléments de preuve actuels montrent la persistance de détentions arbitraires massives, d’emprisonnements injustifiés, d’une surveillance de masse, d’un effacement culturel et religieux, de restrictions des déplacements et des moyens de communication, ainsi que de pressions exercées sur les Ouïghours à l’étranger. En même temmps, les autorités chinoises s’efforcent de promouvoir une image publique de normalité au Xinjiang. Le travail forcé imposé par l’État au Xinjiang affecte les chaînes d’approvisionnement mondiales pour divers produits ou secteurs tels que les automobiles, les panneaux solaires, l’habillement, les produits de la mer, les produits agricoles et les minerais stratégiques. 

« Au lieu de mettre fin à ses crimes contre l’humanité au Xinjiang et de rendre justice aux centaines de milliers d’Ouïghours dont la vie a été détruite, le gouvernement chinois persiste dans ses atrocités et réduit au silence les voix critiques, même à l’étranger », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « La réaction de la communauté internationale était forte au départ mais s’est depuis affaiblie, ce qui permet au gouvernement chinois de promouvoir sans vergogne un faux sentiment de normalité dans la région. »

En 2014, le président Xi Jinping a lancé au Xinjiang la campagne « Frapper fort contre le terrorisme violent ». La répression s’est fortement intensifiée avec la nomination, le 29 août 2016, de Chen Quanguo en tant que secrétaire du Parti communiste chinois au Xinjiang. Cette campagne a abouti à la détention arbitraire d’environ un million d’Ouïghours dans des camps d’« éducation politique ». Chen Quanguo avait auparavant occupé le poste de secrétaire du PCC dans la région autonome du Tibet.

Depuis lors, bien que certains de ces camps semblent avoir fermé, des centaines de milliers d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones restent emprisonnés, selon les chiffres officiels disponibles. Parmi eux figurent des personnalités publiques de premier plan telles qu’Ilham Tohti, Rahile Dawut, Gushan Abbas, Yalqun Rozi et Ekpar Asat. Le Xinjiang semble afficher le plus haut taux de détention carcérale au monde par rapport à la taille de sa population, selon une analyse publiée par le Financial Times en mai 2026.

Plus de 140 000 enfants du sud du Xinjiang ont été séparés de leurs parents entre 2017 et 2018, en grande partie en raison de détentions arbitraires, selon l’estimation publiée par Xinjiang Victims Database en juillet 2026. Certains enfants ont été placés dans des orphelinats gérés par l’État chinois. La situation actuelle de ces enfants reste incertaine. 

De nombreux Ouïghours vivant à l’étranger ne parviennent pas à contacter leurs familles – y compris leurs enfants – en Chine. Les autorités maintiennent des restrictions et des contrôles sévères à l’encontre des Ouïghours qui cherchent à voyager à l’étranger, tout en autorisant certains Ouïghours de la diaspora à effectuer des visites limitées au Xinjiang. Certains de ceux qui sont revenus ont déclaré que les autorités les avaient contraints à fournir des informations sur des militants à l’étranger. Les autorités chinoises se livrent à une répression transnationale pour réduire au silence les Ouïghours vivant à l’étranger.

Pékin rejette tous les appels à mettre fin à sa répression sévère au Xinjiang, insistant, lors des visites officielles des hauts dirigeants dans la région, sur le fait que les mesures visant à « préserver la stabilité sociale » constituent une priorité. 

Certains gouvernements étrangers ont pris des mesures importantes pour répondre à ces abus au cours de la dernière décennie. En 2021, le gouvernement des États-Unis a promulgué la Loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (Uyghur Forced Labor Prevention Act, UFLPA), qui établit une présomption selon laquelle les marchandises fabriquées au Xinjiang sont liées au travail forcé et interdit leur importation aux États-Unis. L’Union européenne a aussi adopté un règlement interdisant l’importation des produits fabriqués par le recours au travail forcé. 

En 2021, les États-Unis, l’UE, le Royaume-Uni et le Canada ont imposé des sanctions ciblées à l’encontre de responsables chinois impliqués dans des exactions au Xinjiang. Toutefois, d’autres pays, y compris des États à majorité musulmane tels que l’Indonésie, les Émirats arabes unis et le Pakistan, ont protégé Pékin contre des mesures de l’ONU. En outre, certains gouvernements, dont celui de la Thaïlande, ont expulsé des Ouïghours vers la Chine malgré les risques graves de torture et d’autres exactions auxquels ils sont exposés à leur retour. En 2023, en réponse à ces retours forcés, le Canada s’est engagé à accueillir 10 000 réfugiés ouïghours. 

Le 31 août 2022, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a publié un rapport historique concluant, sur la base de recherches et d’analyses approfondies, que les graves violations commises au Xinjiang « pourraient constituer […] des crimes contre l’humanité ». Pékin a rejeté ce rapport de l’ONU. 

En août 2024, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a affirmé que « de nombreuses lois et politiques problématiques restent en vigueur » au Xinjiang. En février 2026, il a exprimé ses « regrets » face à « l’absence de suivi […] des recommandations précédentes et en matière de reddition de comptes » de la part de la Chine. Puis en juin 2026, il a exprimé ses inquiétudes concernant la nouvelle loi chinoise sur la promotion de l’unité et du progrès ethniques, qui a officialisé les politiques existantes visant à supprimer les droits des minorités. 

Le HCDH n’a toutefois pas fourni d’informations publiques substantielles sur ses activités de suivi au Xinjiang depuis 2022. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont appeléVolker Türk à adopter une ligne plus ferme vis-à-vis de Pékin, et à assurer un suivi énergique et public des recommandations formulées par son bureau, compte tenu de la gravité de ses propres conclusions et de la reconnaissance de l’absence de progrès. 

Alors que Volker Türk entame son deuxième mandat en tant que Haut-Commissaire, sans progrès perceptibles quatre ans après la publication du rapport historique du HCDH sur le Xinjiang, il devrait tenir compte des appels des victimes ouïghoures et de leurs familles en faveur d’une approche plus ferme. 

Les gouvernements étrangers devraient également redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois quant à la répression qui se poursuit au Xinjiang. Les pays de tous les groupes régionaux et politiques devraient collaborer afin de publier une déclaration commune ferme lors de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, condamnant les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement chinois. Ils devraient organiser un débat consacré à la situation au Xinjiang, afin de donner suite aux recommandations du rapport du HCDH de 2022.

Divers gouvernements, dont ceux du du Canada, de l’Australie, du Royaume-Uni et du Japon, devraient également adopter une législation interdisant les importations de biens liés au travail forcé, y compris des mesures visant spécifiquement les produits provenant du Xinjiang. L’Union européenne devrait veiller à ce que le Xinjiang figure sur la liste des zones à haut risque dans sa toute base de données sur le travail forcé. Les gouvernements étrangers devraient également adopter des mesures pour protéger leurs citoyens et leurs résidents contre les actes de répression transnationale commis par Pékin, a ajouté Human Rights Watch.

« Au cours de ces dix années de répression au Xinjiang, les gouvernements étrangers ont peu agi pour demander des comptes au gouvernement chinois quant à ses exactions », a conclu Yalkun Uluyol. « Ces gouvernements devraient utiliser tous les outils à leur disposition pour faire pression sur Pékin afin de faire cesser ces crimes, notamment en adoptant et en appliquant des interdictions d’importation de produits liés au travail forcé d’Ouïghours, et en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des responsables des abus commis au Xinjiang. »

…………

26.08.2026 à 01:43

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des enfants passent devant des salles de classe modulaires construites après le cyclone Chido, à l'école maternelle et primaire du village de Majicavo-Lamir, sur le territoire français d'outre-mer de Mayotte, le 18 août 2025. © 2025 Marine Gachet/AFP via Getty Images

Les élèves font leur rentrée cette semaine dans le département français d'outre-mer de Mayotte. Pour la plupart d'entre eux, le début de l'année scolaire signifie un retour dans des établissements surchargés, souvent mal équipés pour répondre à leurs besoins fondamentaux, au sein d'un système éducatif qui continue de laisser pour compte des milliers d'enfants.

Un cyclone dévastateur en décembre 2024 a aggravé les défaillances de longue date du système éducatif mahorais. Les efforts entrepris pour reconstruire les salles de classe n'ont pas permis de remédier efficacement à ces difficultés, et de nombreuses écoles continuent de fonctionner selon un système de rotation. Même avant le cyclone, des milliers d'enfants étaient exclus du système scolaire en raison de procédures d'inscription contraignantes et d'autres obstacles. A la rentrée 2025, l'Observatoire de la non-scolarisation à Mayotte a constaté que plus de 15 000 enfants en âge scolaire n'étaient pas scolarisés, poursuivant une tendance à la hausse inquiétante. Les autres enfants vont à l’école dans des conditions qui ne répondent pas aux normes élémentaires, notamment en matière d'accès à l'eau, à l'assainissement, à une alimentation adéquate et à un environnement d'apprentissage sûr.

Plutôt que de s'attaquer à ces problèmes persistants, les responsables politiques n’ont cessé d’imputer les difficultés structurelles de Mayotte à l'immigration. Immédiatement après le cyclone, le président Emmanuel Macron s'est engagé à restreindre l'immigration irrégulière, principalement en provenance des Comores et d'Afrique de l'Est. Quelques jours avant la rentrée scolaire, Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat à l'élection présidentielle de 2027, a déclaré vouloir suspendre l'accès à l'asile, au droit du sol, et à l'immigration fondée sur les liens familiaux à Mayotte.

Ces propositions sont présentées comme des solutions aux nombreux défis auxquels est confronté le département le plus pauvre de France. Pourtant, une grande partie des difficultés de Mayotte sont le produit d’inégalités structurelles de longue date, d’un sous-investissement chronique dans les services publics et des lois d’exception qui ne s’appliquent que sur l'île, notamment des mesures restrictives en matière de nationalité et d'immigration. De telles politiques n’ont guère contribué à améliorer les conditions de vie ou à remédier au manque d'accès au logement, à l'eau, à l'électricité, aux soins de santé et à l'éducation dont souffrent de nombreux habitants, y compris des enfants. Elles soulèvent également de sérieuses préoccupations juridiques, car elles sont contraires aux protections garanties par la Constitution française, le droit de l'Union européenne et les normes internationales relatives aux droits humains.

Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu entame une visite de deux jours à Mayotte, les autorités françaises devraient dépasser les discours centrés sur l'immigration et annoncer des actions concrètes visant à garantir les droits économiques et sociaux de tous les habitants. Veiller à ce que chaque enfant puisse aller à l'école constituerait un investissement bien plus utile pour l'avenir de Mayotte que de restreindre davantage les droits fondamentaux.

25.08.2026 à 18:48

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Le défenseur des droits humains turc Osman Kavala. © 2017 Privé

(Londres, le 25 août 2026) – La Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu aujourd’hui un arrêt historique dans l’affaire d’Osman Kavala, défenseur des droits humains et figure de proue de la société civile illégalement emprisonné en Turquie depuis novembre 2017. La Cour a jugé que le maintien en détention d’Osman Kavala est illégal, et que ses droits à un procès équitable, à la liberté d’expression et à la liberté d’association avaient été violés. La Cour a également estimé que sa peine de prison à perpétuité aggravée équivalait à un traitement inhumain et dégradant, et que les autorités turques avaient agi de mauvaise foi en le maintenant illégalement en détention. La Cour a conclu qu’il avait été condamné dans le but inavoué de le punir et de le réduire au silence, ainsi que d’entraver son action en faveur des droits humains. La Cour a ordonné sa libération dans les plus brefs délais et l’annulation de sa condamnation.

Les organisations de défense des droits humains Human Rights Watch et Turkey Litigation Support Project, ainsi que la Commission internationale des juristes (CIJ), ont présenté à la Cour une intervention conjointe en 2024 sur les questions fondamentales relatives aux droits en jeu dans cette affaire. En juin 2022, Amnesty International avait déclaré que Osman Kavala et ses six coaccusés étaient des « prisonnières et prisonniers d’opinion ».

« Aujourd’hui, dans son dernier arrêt, la Cour européenne des droits de l’homme a établi de manière exhaustive que la détention d’Osman Kavala, qui dure depuis près de neuf ans, découle d’un procès aux motivations politiques », a déclaré Eve Geddie, directrice du bureau européen d’Amnesty International. « La Turquie a fait fi de deux arrêts contraignants rendus précédemment par la Cour dans cette affaire. Il faut mettre fin à cette entrave à la justice. Les autorités turques, notamment l’appareil judiciaire et le ministère public, devraient prendre des mesures afin de libérer Osman Kavala immédiatement et sans condition. »  

Le 25 avril 2022, dans le cadre de ce qui a été baptisé le « procès du parc Gezi », Osman Kavala a été condamné à la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pour « tentative de renversement du gouvernement », aux côtés de coaccusés qui ont écopé de peines de 18 ans de prison pour « complicité dans la tentative de renversement du gouvernement » lors des manifestations de 2013. Les autorités turques devraient libérer immédiatement Osman Kavala et annuler sa condamnation, conformément aux obligations juridiques internationales de la Turquie et à la Constitution turque, ont déclaré les organisations.

Dans son dernier arrêt, la Cour européenne a examiné l’ensemble de la procédure relative à l’affaire Gezi, dans laquelle le ministère public avait faussement allégué que les manifestations pacifiques de 2013 au parc Gezi d’Istanbul constituaient une tentative de renversement du gouvernement. La Cour a évalué l’acte d’accusation, les chefs d’accusation, les prétendues preuves, le procès, les recours en appel et la condamnation à l’aune des garanties d’un procès équitable prévues par la Convention européenne des droits de l’homme. Elle a conclu que l’ensemble des motifs justifiant la privation de liberté d’Osman Kavala et sa condamnation finale constituait un « déni de justice flagrant ». La CEDH a également reconnu les défaillances structurelles qui compromettent l’indépendance et l’impartialité du pouvoir judiciaire en Turquie, et a ordonné que des mesures soient prises pour y remédier.

« La plus haute juridiction européenne en matière de droits de l’homme a confirmé sans l’ombre d’un doute que l’arrestation, la détention, les poursuites et la condamnation de Kavala dans le cadre du procès Gezi étaient motivées par des considérations politiques et entachées d’irrégularités de bout en bout », a déclaré Ayşe Bingöl Demir, directrice du Turkey Litigation Support Project. « Les défaillances systémiques qui ont rendu possibles les violations de ses droits depuis son arrestation en octobre 2017 ont été une nouvelle fois mises au jour. » 

C’est la troisième fois que la CEDH se prononce sur le cas d’Osman Kavala. En décembre 2019, la Cour avait estimé que sa détention violait son droit à la liberté et qu’elle poursuivait l’objectif inavoué de le réduire au silence en tant que défenseur des droits humains. La Cour avait ordonné sa libération immédiate. En juillet 2022, dans son deuxième arrêt sur cette affaire, la Cour a constaté que la Turquie avait manqué à son obligation de se conformer à l’arrêt de 2019. 

Le système encadré par la Convention européenne de protection des droits de l’homme est désormais confronté à un test décisif, ont déclaré les organisations. Malgré ces arrêts, le Conseil de l’Europe n’a toujours pas pris de mesures concrètes pour garantir que la Turquie se conforme aux arrêts de la Cour dans l’affaire Kavala. 

« La Turquie a été l’un des premiers États à adhérer au Conseil de l’Europe et à devenir partie à la Convention européenne des droits de l’homme, s’engageant ainsi à respecter et à protéger les droits qu’elle consacre et à appliquer les arrêts contraignants de sa Cour », a déclaré Temur Shakirov, directeur du programme Europe et Asie centrale à la Commission internationale des juristes. « Ce pays devrait désormais honorer ces obligations, et le Conseil de l’Europe doit agir pour s’assurer qu’elle le fasse. » 

Le Comité des ministres, organe décisionnaire du Conseil de l’Europe, est chargé de superviser l’exécution et le respect des arrêts de la Cour. Face à un manquement aussi grave et persistant, le Conseil de l’Europe, son Assemblée parlementaire et son secrétaire général devraient également prendre toutes les mesures nécessaires et utiliser tous les outils appropriés à leur disposition pour garantir l’exécution de ces arrêts, afin qu’Osman Kavala soit enfin libéré de prison. Le Conseil de l’Europe et ses États membres devraient prendre conscience des implications du non-respect de ces arrêts par la Turquie, qui constitue une grave menace pour l’efficacité et la crédibilité du système de la Convention.  

Les États membres du Conseil de l’Europe devraient également maintenir l’affaire Kavala au premier plan de leur agenda concernant la Turquie, et aborder la question du respect de ces arrêts en termes clairs et sans ambiguïté avec les autorités turques, notamment en formulant des demandes concrètes en faveur de la libération immédiate d’Osman Kavala.

« Osman Kavala est illégalement emprisonné depuis près de neuf ans », a déclaré Aisling Reidy, conseillère juridique senior à Human Rights Watch. « La Cour européenne des droits de l’homme a exigé à trois reprises sa libération immédiate. Il est essentiel que le Conseil de l’Europe et ses États membres agissent pour garantir que les arrêts de la Cour soient respectés, et qu’Osman Kavala soit enfin libéré. »

…………………

 

 

24.08.2026 à 18:04

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Un adolescent colombien âgé de 17 ans, recruté par le 33ème Front du groupe armé Estado Mayor de Bloques y Frentes ou EMBF (« État-major général des blocs et des fronts »), une faction dissidente issue du groupe armé FARC qui fut dissous en 2016, tenait son arme dans une forêt de la région de Catatumbo située dans la nord-est de la Colombie, près de la frontière avec le Vénézuéla.  © 2026 Federico Ríos Escobar Le recrutement d’enfants par des groupes armés en Colombie a fortement augmenté ces dernières années ; ces groupes exploitent la pauvreté, l’exclusion sociale et le manque d’éducation pour attirer les enfants avec des promesses d’argent, de pouvoir et de prestige, et recourent de plus en plus aux réseaux sociaux pour y parvenir.La Colombie a mis en place diverses politiques et stratégies visant à prévenir le recrutement d’enfants et les protéger, ainsi qu’à secourir ceux qui ont été recrutés, mais certaines mesures sont insuffisantes et leur mise en œuvre est souvent inadéquate. Le nouveau gouvernement du président Abelardo de la Espriella devrait adopter une politique globale en matière de sécurité et de justice afin de mettre fin à ces graves violations des droits humains, et veiller à ce que les organismes chargés de la protection des enfants disposent des ressources et des capacités nécessaires pour lutter contre ce fléau.

(Washington) – Le recrutement d’enfants par les groupes armés en Colombie s’est intensifié en l’absence d’une réponse gouvernementale efficace, a déclaré Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié aujourd’hui.

24 août 2026 “I Thought I’d Never See My Mom Again”

Ce rapport de 102 pages, intitulé « “I Thought I’d Never See My Mom Again”: Recruitment and Use of Children by Colombian Armed Groups » (« “Je pensais que je ne reverrais plus jamais ma mère” : Recrutement et utilisation d’enfants par les groupes armés colombiens »), examine les mécanismes du recrutement des enfants, les facteurs qui les exposent à ce risque, ainsi que les stratégies et les outils utilisés par les groupes armés, notamment via les réseaux sociaux, pour les recruter. Les chercheurs ont également analysé la réponse du gouvernement à ces abus, notamment ses lacunes à plusieurs égards : prévention du recrutement d’enfants et protection de ceux-ci, sauvetage d’enfants recrutés, aide à la réintégration de ceux qui ont été libérés, et poursuites judiciaires à l’encontre des responsables.

« En Colombie, des groupes armés recrutent des enfants en toute impunité, car les systèmes de protection sont défaillants et les plateformes de réseaux sociaux sont devenus un outil de recrutement plus efficace », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Chaque enfant recruté reflète l’échec du gouvernement. »

Au moins 1 500 enfants ont été recrutés depuis 2021, selon les données du Bureau du Médiateur colombien (Defensoría del Pueblo de Colombia) examinées par Human Rights Watch. Bien que l’on manque de données exhaustives, les chiffres officiels disponibles indiquent également une forte augmentation du nombre de cas depuis 2023. Les groupes armés dissidents issus des guérilleros démobilisés des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia, FARC) sont à l’origine de la grande majorité des cas signalés, et plus de la moitié de ces cas se concentrent dans le département de Cauca, situé dans le sud-ouest du pays. 

Les communautés autochtones représentent près de la moitié de l’ensemble des cas signalés, alors qu’elles ne constituent que 4 % de la population colombienne. Plus de 30 % des enfants recrutés avaient entre 10 et 14 ans ; leur recrutement est susceptible d’être considéré comme un crime de guerre, au regard du droit international.

Human Rights Watch a mené 184 entretiens avec des responsables gouvernementaux, des travailleurs humanitaires, des dirigeants autochtones et communautaires, des membres d’organisations de défense des droits humains et des droits de l’enfant, ainsi que des agents chargés de la protection de l’enfance ; l’organisation a également organisé des réunions de groupe, en personne et en ligne, avec des enfants ayant été victimes de recrutement ou exposés à ce risque.

Les chercheurs ont examiné plus de 70 témoignages et 40 publications sur des réseaux sociaux, tels que Facebook et TikTok, qui glorifiaient l’appartenance à des groupes armés et encourageaient les utilisateurs à les rejoindre. Ils ont également examiné et analysé des données provenant de nombreuses sources, notamment des institutions nationales et des collectivités locales. 

Les groupes armés et criminels ont tiré parti de la pauvreté, de l’exclusion sociale, de la violence domestique et des obstacles à l’éducation pour recruter des enfants en leur faisant miroiter le pouvoir, l’argent et le prestige. Les enfants sont également recrutés par l’intermédiaire de recruteurs civils qui reçoivent jusqu’à 1 000 dollars US par enfant. Le recrutement a parfois eu lieu dans des écoles rurales, y compris des internats.

Les groupes armés ont également tiré parti des réseaux sociaux pour glorifier la vie au sein de leurs rangs, proposer des offres d’emploi qui ne sont en réalité que des stratagèmes visant à recruter, et entrer en contact avec des enfants via des forums de discussion publics et des services de messagerie privée. Ces plateformes n’ont pas détecté, supprimé ou empêché efficacement ce type de contenu. Dans certains cas, leurs algorithmes semblaient même promouvoir ces publications, élargissant très probablement la portée des groupes armés. 

Human Rights Watch a contacté Meta (entreprise détentrice de Facebook) et ByteDance (TikTok) au sujet de ces constatations. Les deux plateformes ont indiqué que leurs politiques interdisent la diffusion de contenus qui promeuvent, soutiennent ou font l’éloge d’organisations violentes, y compris les groupes armés colombiens ; elles ont également précisé qu’elles disposaient de mécanismes pour empêcher la présence de tels contenus sur leurs plateformes et protéger les enfants. Toutes deux ont déclaré avoir supprimé les profils que Human Rights Watch leur avait signalés comme contenant des contenus explicites relatifs aux groupes armés, notamment des offres de recrutement.

Les groupes armés transfèrent fréquemment les enfants vers d’autres régions afin de les isoler, de rompre leurs liens familiaux et communautaires et de rendre leur fuite plus difficile. Dans certains cas, ils reçoivent une formation militaire. Dans d’autres, ils sont utilisés pour recueillir des renseignements, servir de messagers, prodiguer des soins médicaux, surveiller des otages, participer au trafic de drogue ou servir de gardes du corps aux commandants. Les filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles.

Human Rights Watch a constaté que les politiques et stratégies gouvernementales visant à prévenir le recrutement d’enfants, à protéger et à secourir les enfants, ainsi qu’à assurer le rétablissement et la réinsertion de ceux qui ont été libérés, présentent de graves lacunes.

La politique publique nationale de prévention, adoptée en 2018, est obsolète et ne s’accompagne ni d’un plan d’action clair ni d’un budget dédié. L’organisme chargé de coordonner la réponse gouvernementale, la Commission intersectorielle pour la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants et des adolescents, ainsi que de la violence sexuelle à leur encontre (Comisión Intersectorial para la Prevención del Reclutamiento, Uso, Utilización y Violencia Sexual contra Niños, Niñas y Adolescentes - CIPRUNNA), manque de moyens d’application et des ressources nécessaires pour mettre en œuvre les politiques au niveau local. Les autres initiatives gouvernementales ont une portée trop limitée et ne parviennent pas à faire face à l’ampleur croissante du problème.

Les pouvoirs publics colombiens, tant au niveau national que municipal, sont confrontés à des contraintes budgétaires et de capacités qui laissent de nombreux enfants sans protection. 

Les efforts du gouvernement en matière de prise en charge et de réinsertion des enfants libérés n’ont pas su s’adapter aux nouvelles réalités du paysage de la violence en Colombie et traitent les enfants de manière inégale selon la nature du groupe armé qui les victimise. Ceux qui ont été recrutés par des groupes considérés comme parties au conflit armé intègrent un programme spécialisé et peuvent prétendre à des réparations. Les enfants utilisés par des groupes armés considérés comme des organisations criminelles n’étant pas parties au conflit armé peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires ou être orientés vers un programme standard destiné aux enfants victimes d’abus.

En l’absence de mécanismes étatiques efficaces, des organisations communautaires locales, telles que les gardes non armés qui protègent les communautés autochtones, ont pris l’initiative de protéger et de soutenir les enfants, et de les soustraire aux groupes armés, mais au prix de risques considérables. Certains ont été tués en représailles.

Le système judiciaire a presque totalement failli à ses obligations envers les enfants victimes de recrutement. Au cours de la dernière décennie, environ 1 % des plaintes pénales concernant le recrutement d’enfants ont donné lieu à une enquête pénale, et seulement 0,2 % ont abouti à une condamnation, la plupart visant des auteurs de faible niveau.

Le nouveau gouvernement du président Abelardo de la Espriella devrait adopter une politique globale en matière de sécurité et de justice afin de mettre fin à ces graves violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement colombien devrait veiller à ce que les organismes chargés de lutter contre le recrutement d’enfants, en particulier au niveau municipal, disposent de ressources et de personnel suffisants. Le gouvernement devrait également soutenir les organisations autochtones et d’autres dirigeants locaux, et collabore avec eux, afin de protéger les enfants dans toute la Colombie.

Les plateformes de réseaux sociaux devraient mettre en œuvre une diligence raisonnable en matière de droits humains afin d’identifier, d’évaluer, de prévenir, d’atténuer et de rendre compte des risques liés à leurs systèmes susceptibles de contribuer au recrutement et à l’utilisation d’enfants par des groupes armés. 

« Mettre fin au recrutement d’enfants exigera bien plus que la simple présence de soldats sur le terrain », a conclu Juanita Goebertus. « Les enfants exposés au risque d’être recrutés ont un besoin urgent de pouvoir poursuivre leurs études, puis de gagner leur vie. »

…………..

Articles

Le Monde  Sud-Ouest/AFP  TV5Monde  20Minutes/AFP

LaPresse.ca  LaLibre.be  Entrevue

23.08.2026 à 18:20

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Atef Najib, ancien chef de la branche de la sécurité politique à Deraa sous le régime de Bachar al-Assad, photographié lors de son procès au Palais de justice de Damas, en Syrie, le 26 avril 2026. © 2026 AP Photo/Ghaith Alsayed

(Amman, 23 août 2026) – Les premiers verdicts rendus par un tribunal syrien concernant des crimes commis sous le régime de Bachar al-Assad soulèvent d'importantes questions juridiques que le gouvernement devrait aborder d’urgence, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

23 août 2026 Questions-Réponses : Procès en Syrie pour les crimes commis sous le régime d’Assad

Human Rights Watch a publié un document sous forme de questions-réponses concernant le procès d’Atef Najib, ancien chef de la branche de la sécurité politique à Deraa, qui a été condamné le 11 août 2026 ; lors de ce procès, l’ancien président Bachar al-Assad et six autres accusés ont été jugés par contumace. Ce document aborde également la question de l’accès à un avocat et d’autres préoccupations relatives au respect des garanties d’un procès équitable, l’imposition de la peine de mort, ainsi que la nécessité d’une réforme juridique pour les procédures futures. 

« Les poursuites judiciaires concernant les atrocités commises sous le régime d’Assad constituent une occasion importante de rendre la justice que les Syriens réclament depuis plus d’une décennie », a déclaré Balkees Jarrah, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Dans le même temps, les procès menés jusqu’à présent mettent en évidence la nécessité urgente de réformes visant à garantir que le système judiciaire syrien puisse assurer l’obligation de rendre des comptes de manière équitable, significative et exhaustive. »

Les huit accusés qui était jugés lors du procès d’Atef Najib ont tous été condamnés à mort. Le 18 août, un autre tribunal a reconnu Wassim al-Assad, cousin de l’ancien président, coupable de crimes graves et l’a également condamné à mort. Le verdict du procès d’Ahmad Hassoun, ancien grand mufti de Syrie et plus haute autorité religieuse sunnite, est attendu le 24 août (condamnation 24/08). Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, en raison du caractère cruel et irréversible de ce châtiment. 

Les informations publiques accessibles concernant ces affaires ont été limitées. Certaines parties des trois procès ont été diffusées en direct et certains médias ainsi que des organisations de la société civile, dont Human Rights Watch, ont été autorisés à suivre les débats en personne. Les autorités syriennes ont déclaré qu’elles publieraient l’intégralité des verdicts écrits. 

Les autorités syriennes devraient d’urgence mettre le système judiciaire en conformité avec les normes internationales, afin de garantir des enquêtes et des poursuites efficaces concernant les crimes internationaux graves, et veiller au respect du droit à un procès équitable. Elles devraient rendre les procédures pénales transparentes et accessibles. Ces réformes devraient s’appuyer sur l’expertise acquise au fil des ans par les organisations syriennes et internationales de défense des droits humains afin de faire progresser la justice en Syrie. 

« Pour faire avancer la justice face à la litanie de crimes graves commis en Syrie, il ne suffit pas de prononcer des condamnations ; il faut mettre en place un système capable de rendre une justice compétente, impartiale et indépendante », a conclu Balkees Jarrah. 

………….

Articles

RFI

21.08.2026 à 20:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Deux migrants en provenance du Maroc, ayant rejoint l’enclave espagnole Ceuta à la nage fin juillet 2026, marchaient sur la plage de Trampolín à Ceuta, en août 2026.  © 2026 José Antonio Sempere Gálvez pour Human Rights Watch

(Milan) – Le gouvernement espagnol et les autorités locales de l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, devraient agir d’urgence pour fournir un hébergement adéquat à tous les migrants et demandeurs d’asile vivant sans abri depuis leur arrivée à Ceuta en provenance du Maroc fin juillet, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités espagnoles devraient permettre aux personnes qui souhaitent déposer une demande d’asile, de le faire.

« Des milliers de personnes se trouvent dans la rue à Ceuta, dans un contexte de vide juridique ; elles dont exposées à des violences sexuelles et dépourvues d’un abri, de nourriture ou d’installations sanitaires adéquats depuis près de trois semaines », a déclaré Judith Sunderland, directrice adjointe senior auprès de la division Droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch. « Face aux défis de cette situation, l’Espagne devrait mobiliser rapidement des ressources suffisantes pour assurer une gestion humaine et ordonnée de la crise, dans l’intérêt tant des personnes migrantes que des habitants de Ceuta. »

Au cours d’un voyage d’enquête de quatre jours à Ceuta, du 15 au 18 août, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 76 personnes migrantes, dont 42 lors d’entretiens individuels (37 adultes et 5 enfants non accompagnés) et 34 lors de conversations en groupe ou de brefs échanges, parmi lesquels 4 enfants non accompagnés.

Les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de migrants et de demandeurs d’asile ont traversé la mer à la nage depuis le Maroc pour rejoindre Ceuta ; on ignore combien d’entre eux s’y trouvent encore. Le 13 août , le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska Gómez, a déclaré que 5 000 migrants se trouvaient encore à Ceuta, tandis que certaines organisations locales ont indiqué à Human Rights Watch qu’il pourrait s’agir de 10 000 personnes.

Le 17 août, la ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et de la Migration, Elma Saiz Delgado, a annoncé l’installation de quatre camps de tentes à Ceuta pouvant accueillir 1 500 adultes ; les autorités ont commencé à transférer des personnes vers deux sites le 20 août. Mais ces mesures ne suffiront pas à répondre aux besoins. De nombreuses personnes interrogées ont émis l’hypothèse que le gouvernement espagnol avait retardé l’aide, afin de convaincre ces personnes de retourner au Maroc.

Les organisations humanitaires estiment que plus d’un millier d’hommes et de garçons vivent dans des abris de fortune sur la plage de Trampolín, à Ceuta, et que des milliers d’autres vivent dans la rue, dans un quartier d’entrepôts près de la frontière marocaine et sur les collines boisées à la périphérie de la ville. Environ 700 à 750 femmes et filles se trouvent dans deux installations sportives en plein air mises en place par des associations de quartier, tandis que d’autres vivent dans la rue. Le manque de douches et de toilettes oblige les personnes à subvenir à leurs besoins hygiéniques dans des parcs, sur des terrains vagues et dans la mer.

Le 3 août, la Croix-Rouge espagnole a commencé à distribuer de la nourriture sur la plage de Trampolín ; le 17 août, le gouvernement a déclaré qu’il distribuait 4 000 sacs de nourriture par jour. Luna Blanca, une association caritative locale, a indiqué à Human Rights Watch qu’elle distribuait entre 2 700 et 3 500 repas par jour dans cinq lieux différents, grâce à un financement du gouvernement.

« Je suis resté sans manger pendant les deux ou trois premiers jours ; je ne buvais que de l’eau », a déclaré Mahmoud, un Palestinien de 36 ans originaire de Gaza. « Je suis resté dans les montagnes pendant dix jours avant de descendre à la plage avec les autres. Ce n’est pas vraiment une vie, mais je dis alhamdulillah (loué soit Dieu), ce n’est rien comparé à ce que vit ma famille à Gaza. »

Au 20 août, Human Rights Watch n’avait constaté aucun signe indiquant que les autorités espagnoles aient entamé des procédures juridiques ou des évaluations individuelles concernant les adultes. Si les Marocains semblent constituer la majorité des personnes arrivées fin juillet, Human Rights Watch s’est également entretenu avec des hommes et des garçons originaires du Tchad, du Sénégal, de Somalie, du Soudan, de Tunisie, du Yémen, d’Algérie, de Syrie et d’Égypte. Beaucoup avaient passé des années à effectuer des voyages éprouvants et ont exprimé leur souhait de demander l’asile en Espagne.

« Je veux demander l’asile », a déclaré Mohamed, un Soudanais de 20 ans. « Mais nous n’avons encore aucune information. »

De nombreuses femmes marocaines ont expliqué avoir fui des violences conjugales. Fatima, 47 ans, originaire de Tétouan, a rejoint Ceuta à la nage avec son fils de 11 ans pour échapper à son ex-mari violent.

« J’ai quitté mon pays non pas parce que j’ai faim, mais parce que mon mari est toxicomane ; il nous bat, mon fils et moi », a-t-elle expliqué. Elle a montré une longue cicatrice sur son bras, à l’endroit où, a-t-elle expliqué, il l’avait entaillée avec un couteau. Ses tentatives pour le dénoncer à la police marocaine, a-t-elle ajouté, ont été vaines. Fatima s’est rendue à la police de Ceuta, mais on lui a dit de se rendre dans le quartier des entrepôts où des centaines de personnes dorment en plein air « jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée ».

Selon le Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile en vigueur depuis la mi-juin, l’Espagne aurait déjà dû procéder à un filtrage de toutes les personnes, comprenant des contrôles de sécurité et sanitaires ainsi qu’un « contrôle préliminaire de vulnérabilité » visant à identifier les apatrides, les survivants de la torture ou d’autres traitements inhumains ou dégradants, et les personnes ayant des « besoins particuliers », conformément au droit européen.

On ignore si l’Espagne compte recourir à l’accélération des procédures d’asile à la frontière, ce qui pourrait entraîner des renvois rapides, notamment parce que les demandeurs d’asile se trouvaient auparavant au Maroc, que l’UE considère comme un « pays tiers sûr » où les personnes auraient dû demander une protection internationale.

Les ressortissants marocains, y compris les femmes affirmant craindre des violences conjugales, risquent d’être renvoyés en raison d’un accord de réadmission avec l’Espagne qualifiant le Maroc de « pays d’origine sûr ». Le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Espagne a demandé aux autorités de fournir des informations sur le droit d’asile et d’identifier les besoins de protection par le biais d’un examen approprié. Les migrants n’ayant pas besoin de protection internationale pourraient être éligibles au programme d’aide humanitaire de l’Espagne.

Sur la plage de Trampolín, la plupart des hommes et des garçons vus par Human Rights Watch vivaient dans des abris qu’ils avaient construits en utilisant des bâtons, des cartons et des sacs poubelles. Quelques groupes disposaient de tentes. Dans un quartier d’entrepôts près de la frontière avec le Maroc, des centaines de personnes — notamment des familles avec de jeunes enfants, des mères célibataires accompagnées de leurs enfants et des enfants non accompagnés — dormaient sur du carton.

Les associations de riverains des quartiers d’El Principe et de Sidi Embarek, à Ceuta, ont mis en place des abris de fortune dans deux complexes sportifs en plein air afin d’assurer la sécurité des femmes et des filles face aux signalements de violences sexuelles. Les autorités ont installé une tente à auvent sur chaque site, mais la plupart des personnes vivent sous des bâches tendues. Des bénévoles présents sur les deux sites ont indiqué que les autorités avaient transféré jusqu’à 200 filles du site d’El Principe vers des structures gérées par le gouvernement à Ceuta.

Quatre médecins des urgences à Ceuta ont déclaré avoir pris en charge au total deux femmes et six filles, dont une Marocaine de 14 ans et une fillette de 11 ans originaire d’un pays africain non identifié, suite à des agressions sexuelles et à des viols. Une Marocaine de 25 ans a déclaré qu’un homme parlant espagnol l’avait violée la nuit de son arrivée ; elle n’a pas signalé ce viol à la police. Le parquet de Ceuta a indiqué avoir reçu 13 signalements d’agressions sexuelles entre le 30 juillet et le 17 août, la majorité des victimes n’étant pas des résidentes de la ville.

La situation des mineurs non accompagnés est particulièrement préoccupante, a déclaré Human Rights Watch. Il n’existe pas de statistiques fiables sur leur nombre dans la ville. Une source au sein du gouvernement de Ceuta, qui, en vertu de la législation espagnole, est responsable des mineurs non accompagnés, a indiqué avoir pris en charge 1 385 d’entre eux au 18 août. Le même jour, le ministère de l’Intérieur a déclaré que la police avait enregistré 2 168 mineurs non accompagnés.

Deux écoles transformées en centres d’accueil temporaires pour enfants doivent être libérées avant la rentrée scolaire début septembre ; les autorités s’efforcent de trouver d’autres sites malgré les objections des riverains. Le 19 août, les médias espagnols ont indiqué que le ministère de la Jeunesse comptait transférer 500 jeunes filles non accompagnées de Ceuta vers d’autres régions d’Espagne.

À la fin de la journée du 31 juillet, le gouvernement espagnol a déclaré que la majorité des personnes ayant rejoint Ceuta à la nage au cours des 48 heures précédentes étaient retournées au Maroc de leur plein gré, alors que des informations faisaient état de rafles menées par les forces de sécurité espagnoles, qui auraient embarqué des personnes dans des camions pour les emmener à la frontière. Les autorités espagnoles ont officiellement recensé 82 décès ; il y aurait aussi eu au moins 67 décès du côté marocain de la frontière, selon l’association espagnole Caminando Fronteras.

Si de nombreuses associations locales et des habitants ont apporté leur aide aux migrants, les tensions qui règnent dans cette ville de 85 000 habitants ont fait craindre des violences. Halima Ahmed, de l’association Luna Blanca, a qualifié la situation de « catastrophique et sans précédent… Il y a tellement d’incertitude que cela engendre de la peur parmi les habitants, et le problème, c’est quand la peur se transforme en haine ». Mohamed El Harrak, de l’association à but non lucratif EXMENAS, s’est dit préoccupé par ce climat de haine, affirmant que les autorités espagnoles « [devraient] agir avant que la situation n’explose. La priorité, c’est l’aide humanitaire. Ceuta ne peut pas s’en occuper, seule ».

Les autorités espagnoles devraient mobiliser d’urgence des ressources suffisantes pour garantir un accueil adéquat, que ce soit à Ceuta ou ailleurs en Espagne, ainsi que des évaluations individuelles avec accès à des conseils juridiques dans une langue compréhensible pour les personnes concernées, a déclaré Human Rights Watch.

La Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle l’Espagne est un État partie et qui s’applique à Ceuta, interdit les expulsions collectives. L’Espagne devrait garantir un examen complet des demandes d’asile et s’abstenir d’expulser vers le Maroc des ressortissants de pays tiers, tels que les Soudanais ou les Somaliens. Les autorités devraient recourir à des évaluations multidisciplinaires de l’âge pour identifier les enfants non accompagnés. Les lois de l’UE et de l’Espagne exigent que les enfants non accompagnés ne puissent être expulsés vers leur pays d’origine qu’à l’issue d’une évaluation individualisée, tenant compte de leur intérêt supérieur et des conditions de retour.

« Les autorités espagnoles ne devraient pas donner suite aux appels populistes en faveur d’expulsions sommaires massives, qui visent à les empêcher d’agir conformément à leurs obligations en vertu du droit international », a conclu Judith Sunderland. « Les autorités espagnoles devraient plutôt mener des évaluations équitables et individuelles des demandes de protection et de traiter tous les migrants avec dignité. »

………..

21.08.2026 à 20:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des milliers de personnes assistaient à une veillée aux bougies à Victoria Park, à Hong Kong, le 4 juin 2019, en mémoire des victimes de la brutale répression militaire ordonnée par le gouvernement chinois contre les manifestants sur la place Tiananmen, à Pékin, en juin 1989.  © AP Photo/Vincent Yu

(New York) – La Haute Cour de Hong Kong a condamné deux activistes qui militent depuis longtemps pour que justice soit rendue aux victimes du massacre de Tiananmen de 1989 en Chine, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités de Hong Kong devraient annuler ces condamnations, qui violent les droits des accusés à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

Le 21 août, le tribunal a condamné Chow Hang-tung, 41 ans, et Lee Cheuk-yan, 69 ans, deux anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong pour le soutien aux mouvements démocratiques patriotiques de Chine (Hong Kong Alliance in Support of Patriotic Democratic Movements of China), organisation actuellement dissoute qui organisait une veillée annuelle en mémoire du massacre. Ils ont été reconnus coupables d’« incitation à la subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale de Hong Kong. Un troisième ancien dirigeant de l’Alliance, Albert Ho, âgé de 74 ans, avait plaidé coupable pour le même chef d’accusation en janvier. Ils encourent jusqu’à 10 ans de prison.

« La condamnation de ces organisateurs de la veillée commémorant les victimes de Tiananmen montre que même les manifestations publiques de deuil sont désormais considérées comme un crime à Hong Kong », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « Ces activistes ont mis en lumière la crainte qu’éprouve le gouvernement chinois face au souvenir de ses propres atrocités et la manière dont il traite la commémoration comme une menace pour la sécurité nationale. »

En vertu de l’article 22 de la loi sur la sécurité nationale, la « subversion » désigne les actes visant à « renverser » le gouvernement chinois par la « force », la « menace de la force » ou d’autres « moyens illégaux » non précisés.

Le tribunal a jugé que la mission de l’Alliance de Hong Kong visant à « mettre fin à la dictature du parti unique » en Chine constituait une tentative de « renverser » le gouvernement chinois.

Le tribunal a reconnu que l’Alliance n’avait jamais recouru à la violence ni préconisé son utilisation pour atteindre cet objectif ; néanmoins, son action équivalait à un « moyen illégal » car son objectif contrevenait à la Constitution chinoise. Le tribunal a estimé que la Constitution chinoise avait établi la gouvernance perpétuelle du Parti communiste chinois et excluait « la possibilité d’une alternance des partis au pouvoir, selon le modèle occidental ».

Le tribunal a ajouté que les activistes avaient « attisé l’hostilité » envers le Parti communiste chinois en comparant le massacre de Tiananmen de 1989 au mouvement de protestation pro-démocratie de Hong Kong de 2019, « érodant et sapant ainsi la confiance du public dans la direction » du Parti communiste chinois.

La défense avait fait valoir que l’appel de l’Alliance de Hong Kong à « mettre fin à la dictature du parti unique » exprimait sa vision d’une Chine démocratisée, et que l’Alliance n’avait jamais préconisé de moyens spécifiques — et encore moins illégaux — pour atteindre cet objectif. La défense a soutenu que les accusés ne faisaient qu’exercer leur droit à la liberté d’expression.

Au cours du procès, les juges désignés par le gouvernement ont rejeté les demandes de Chow — qui estavocate et a pris la parole pour sa propre défense — visant l’intervention de plusieurs universitaires et activistes comme témoins. Les juges ont à plusieurs reprises interrompu les déclarations des témoins de la défense, et ont interdit à la défense de présenter des photographies et des enregistrements audio relatifs au massacre de Tiananmen.

Chow Hang-tung a dénoncé la nature politique du procès : « Dire la vérité est qualifié d’incitation à la haine… exiger des comptes et des limites au pouvoir est présenté comme une violation de la Constitution, et rendre le pouvoir au peuple est condamné comme de la subversion. »

Une audience visant à examiner les circonstances atténuantes est prévue le 28 août, suivie du prononcé de la peine. En vertu de l’article 23 de la loi sur la sécurité nationale, les accusés encourent de 5 à 10 ans de prison si l’infraction est jugée « grave », et jusqu’à 5 ans si elle est considérée comme « mineure ».

Poursuivre une personne pour avoir exercé ses droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique constitue une violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui est intégré au cadre juridique de Hong Kong par le biais de la constitution de facto de la ville, la Loi fondamentale, et qui se reflète dans l’ordonnance sur la Charte des droits. Le régime juridique de Hong Kong en matière de sécurité nationale est incompatible avec ces garanties des droits humains.

Sur les réseaux sociaux, Chow Hang-tung a signalé le 20 août qu’elle avait été conduite aux audiences dans un système de chaînes très contraignant — menottes, fers aux pieds, chaînes à la taille et une chaîne semblable à une laisse — qui immobilisait ses articulations dans des positions non naturelles et lui causait une douleur persistante ainsi que des tensions musculaires. Au regard du droit international des droits humains, ce traitement peut constituer un traitement cruel, inhumain ou dégradant.

Depuis 1990, l’Alliance de Hong Kong organisait chaque année des veillées pour commémorer le massacre de Tiananmen, au cours duquel des manifestants pacifiques en faveur de la démocratie avaient été tués. Ces veillées sont devenues un événement emblématique du mouvement démocratique de Hong Kong, attirant des centaines de milliers de participants. De telles commémorations sont interdites depuis longtemps en Chine continentale, où le gouvernement chinois n’a pas réussi à traduire en justice les responsables des meurtres, à fournir des informations aux familles des victimes ni à leur offrir une indemnisation.

Le rôle unique joué par Hong Kong pour perpétuer la mémoire du massacre de Tiananmen a pris fin après que Pékin a imposé la loi sur la sécurité nationale à la ville en 2020 ; le gouvernement chinois a rapidement démantelé la société civile autrefois dynamique de Hong Kong, ainsi que ses libertés fondamentales.

Les autorités de Hong Kong ont interdit la veillée annuelle sous prétexte de la Covid-19 en 2020 et 2021. En 2021, elles ont contraint l’Alliance de Hong Kong à la dissolution. Depuis 2020, chaque année vers le 4 juin, les autorités arrêtent des personnes qui tentent de commémorer le massacre en public, et certaines ont été emprisonnées sur la base d’accusations douteuses.

« Pendant des décennies, des dizaines de milliers d’habitants de Hong Kong ont pris la défense de ceux qui ont perdu la vie en manifestant pour la liberté en Chine », a conclu Elaine Pearson. « Les gouvernements du monde entier doivent désormais prendre la défense des Hongkongais sanctionnés pour avoir demandé des comptes à Pékin. »

………..

 

 

21.08.2026 à 17:03

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Une pancarte appelant à la libération de l’opposant tchadien Succès Masra, ainsi que d’autres prisonniers politiques détenus au Tchad, était visible lors d’un rassemblement tenu à Paris le 31 mai 2025.  © 2025 Umit Donmez / Anadolu via AFP

(New York) – Les autorités tchadiennes devraient annuler ou infirmer la condamnation de Succès Masra, ancien Premier ministre tchadien et principal chef de l’opposition, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Succès Masra a été libéré de prison le 15 août, après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle.

Cette grâce, également accordée à huit autres opposants politiques, a conduit à leur libération de prison. Cependant, leurs condamnations pour des actes constituant une expression politique légitime sont toujours en vigueur, et devraient être infirmées afin qu’ils puissent continuer à participer à la vie politique. 

« La libération de Succès Masra et d’autres opposants politiques est une bonne nouvelle », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Mais soyons clairs, Succès Masra a été arrêté sur la base d’accusations forgées de toutes pièces dans une tentative de le réduire au silence. Les autorités tchadiennes devraient aller au-delà de la grâce présidentielle, et veiller à ce que sa condamnation soit annulée. »

Premier ministre du Tchad de janvier à mai 2024, Succès Masra a été arrêté le 16 mai 2025, après qu’il s’est présenté contre le président de la transition de l’époque, Mahamat Idriss Déby, lors de l’élection présidentielle de 2024. Les procureurs l’ont accusé d’incitation à la haine et à la violence après la mort de 42 personnes au cours d’affrontements intercommunautaires le 14 mai à Mandakao, dans la province du Logone-Occidental, dans le sud-ouest du pays.

Alors que les affrontements entre éleveurs et agriculteurs sont fréquents dans le sud du Tchad, les violences intercommunautaires se sont aggravées ces dernières années, faisant des dizaines de morts. Succès Masra a été accusé d’incitation à la haine et à la violence par le biais de publications sur les réseaux sociaux. À la suite des violences qui ont eu lieu dans le Logone-Occidental, Succès Masra avait exprimé ses condoléances aux victimes, déclarant en mai 2025 : « La vie d’aucun Tchadien ne doit être banalisée ».

Succès Masra, qui avait plaidé non coupable, a été jugé aux côtés de 74 autres prévenus, tous accusés de collaboration dans les décès survenus à Mandakao. Au moins 9 des prévenus ont été libérés à l’issue du procès, mais les autres ont été condamnés à 20 ans de prison. Les 65 coprévenus condamnés aux côtés de Succès Masra qui sont toujours en prison devraient également être libérés et leurs condamnations devraient être annulées, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a été informé du décès possible de certains coprévenus en détention, mais n’a pas été en mesure de confirmer ces informations.

Huit dirigeants de la principale coalition d’opposition du Tchad, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont été graciés en même temps que Succès Masra. Les dirigeants du GCAP purgeaient des peines de huit ans de prison à la suite de leurs condamnations pour rébellion alors qu’ils avaient organisé une marche de protestation. Deux des huit dirigeants du GCAP avaient déjà été libérés pour des raisons de santé. La Cour suprême a dissous le GCAP en avril 2026, alléguant qu’il était impliqué dans des activités illégales.

Succès Masra avait fait appel de sa condamnation auprès de la Cour suprême, mais en mai, le tribunal a confirmé sa condamnation et sa peine de 20 ans d’emprisonnement. Alors que les grâces présidentielles accordées à Succès Masra et aux dirigeants du GCAP ont conduit à leur libération, leurs condamnations et leurs sanctions financières demeurent.

Succès Masra et ses coprévenus font toujours l’objet d’une amende impayée d’un total de 1 milliard de francs centrafricains (environ 1,8 million d’USD), infligée en même temps que leurs peines de prison. Leurs condamnations toujours en vigueur signifient également qu’ils conservent leur casier judiciaire et qu’ils restent inéligibles à toute élection. Les condamnations devraient donc être infirmées ou révisées conformément à la loi tchadienne, a déclaré Human Rights Watch.

L’affaire de Succès Masra a été marquante. Lui et ses partisans du parti d’opposition Les Transformateurs avaient subi des menaces avant les élections de mai 2024, lors desquelles Succès Masra s’était présenté contre le président de la transition de l’époque, le général Mahamat Idriss Déby. Après que ce dernier a été déclaré vainqueur, sa présidence a mis fin à la période de transition qui avait commencé en 2021, à la suite du décès de son père, le président Idriss Déby Itno, qui avait été tué lors de combats contre un groupe armé un jour après sa réélection à un sixième mandat.

La répression par le gouvernement de la liberté d’expression et d’association a parfois été très violente. Après la mort d’Idriss Déby Itno, les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive, notamment en tirant à balles réelles sans discernement, pour disperser les manifestations conduites par l’opposition dans le pays. Plusieurs manifestants ont été tués. Les autorités ont arrêté des activistes et des membres de partis d’opposition, et les forces de sécurité ont battu des journalistes qui couvraient les manifestations.

Le 20 octobre 2022, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant et blessant des dizaines d’entre eux, et ont passé à tabac et poursuivi des personnes jusque dans leurs maisons. Des centaines d’hommes et de garçons ont été arrêtés, et beaucoup ont été conduits à Koro Toro, une prison de haute sécurité située à 600 kilomètres de N’Djamena. Plusieurs détenus sont morts en route vers la prison, certains à cause du manque d’eau. À Koro Toro, les manifestants ont subi d’autres violences, y compris des mauvais traitements sévères infligés par d’autres détenus.

En octobre 2023, des dizaines de membres des Transformateurs ont été arrêtés à l’approche d’un référendum constitutionnel visant à permettre à Mahamat Déby de se porter candidat après la transition.

Alors que le décret de grâce présidentielle présentait les libérations de Succès Masra et des huit dirigeants du GCAP comme un geste en faveur de l’unité et de la réconciliation nationales, les autorités ont fait preuve d’intolérance au débat ou à la critique, y compris aux discussions ouvertes sur le passé du Tchad. Bien que les dirigeants aient été graciés, leurs arrestations s’inscrivaient dans le cadre d’une répression gouvernementale plus large contre les détracteurs et les opposants présumés, a déclaré Human Rights Watch.

« Les accusations portées contre Succès Masra manquaient de crédibilité et de preuves, et il n’aurait jamais dû être arrêté et détenu en premier lieu », a conclu Lewis Mudge. « Les autorités tchadiennes devraient mettre fin à cette affaire, annuler sa condamnation et le laisser exercer ses droits et se réengager en politique. »

20.08.2026 à 06:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des habitants palestiniens surveillaient les environs en raison du risque d’attaques de colons israéliens contre le village de Sinjil, en Cisjordanie, dans la nuit du 16 juillet 2026. © 2026 AP Photo/Leo Correa L’escalade des attaques menées par des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie a entraîné le déplacement total ou partiel de 107 communautés depuis janvier 2023, parallèlement à une expansion sans précédent des colonies.Les colons responsables de ces attaques agissent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien. Les attaques menées par des colons armés se produisent souvent en présence d’unités de l’armée israélienne ou de soldats qui s’abstiennent d’intervenir.Les autres pays devraient imposer des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans ces graves violations persistantes, suspendre les transferts d’armes vers Israël, interdire le commerce avec les colonies illégales et envisager de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël.

(Beyrouth) – Les attaques menées par des colons israéliens en Cisjordanie occupée entraînent de plus en plus le déplacement forcé de communautés palestiniennes, dont des dizaines risquent d’être rayées de la carte, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités israéliennes arment, financent et accordent l’impunité aux colons violents qui sont responsables de l’escalade de ces abus parfois mortels.

La violence des colons a connu un pic en mars et avril 2026, avec des meurtres, y compris d’enfants, ainsi que des agressions, des violences sexuelles, des maltraitances physiques et psychologiques, des détentions arbitraires, des incendies criminels, des destructions de biens et des vols. Ces attaques ont eu lieu pendant la guerre entre les d’une part les États-Unis et Israël, et d’autre part l’Iran, mais la multiplication des abus est manifeste depuis l’entrée en fonction de l’actuel gouvernement israélien en décembre 2022.

« Le gouvernement israélien et les colons partagent le même objectif : un maximum de terres et un minimum de Palestiniens. Non seulement les autorités s’abstiennent de mettre fin à la violence des colons, mais elles la facilitent activement », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Les colons tirent sur des Palestiniens, les attaquent et les expulsent de leurs terres, et l’État israélien leur fournit les armes, la couverture juridique et le budget nécessaires pour agir ainsi. »

En avril et mai, Human Rights Watch a enquêté sur des attaques menées par des colons dans sept communautés palestiniennes de Cisjordanie : Al-Mughayyir, Mikhmas et Taybeh, dans le gouvernorat de Ramallah ; Jalud et Qaryut, dans le gouvernorat de Naplouse ; et Khirbet Humsa et Muarrajat-Est, dans la vallée du Jourdain. Des colons armés, agissant parfois aux côtés d’unités de l’armée israélienne ou en présence de soldats qui s’abstenaient d’intervenir, ont attaqué des habitants palestiniens et leurs biens, contribuant ainsi à un phénomène de déplacements forcés.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 témoins, et a examiné des vidéos ainsi que des images de vidéosurveillance montrant de nombreux incidents. L’armée israélienne n’a pas répondu aux questions posées par Human Rights Watch concernant ces attaques. 

Les personnes interrogées ont fait état d’attaques organisées visant les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des Palestiniens, en restreignant l’accès aux pâturages et à l’eau, en volant ou en tuant le bétail, et en détruisant ou en incendiant les champs agricoles et les cultures. En conséquence, beaucoup d’entre eux ont soit vendu leur bétail, souvent à perte, soit dû supporter le coût des céréales nécessaires pour les nourrir chez eux.

Human Rights Watch a constaté que ces attaques visent de plus en plus la « zone B » de Cisjordanie, placée sous le contrôle sécuritaire conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo II de 1995.

Ces attaques, menées en l’absence de protection par l’État israélien, ont créé un climat de coercition qui pousse de nombreux Palestiniens à affirmer qu’ils n’ont d’autre choix que de quitter leurs foyers, a déclaré Human Rights Watch.

« J’ai connu la guerre dans cette région toute ma vie, mais jamais comme ça », a déclaré Um Muhammad Muammar, 72 ans, une habitante de Qaryut dont les deux fils ont été tués par des colons. « Les enfants de mes fils sont désormais orphelins de père ; leurs épouses sont désormais veuves. Que pouvons-nous dire de plus ? »

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le nombre de Palestiniens déplacés de force à la suite d’attaques de colons, de démolitions et d’expulsions au cours des quatre premiers mois de cette année a dépassé celui de l’ensemble de l’année 2025. L’OCHA a recensé en moyenne 6,6 attaques de colons par jour ayant entraîné des victimes, des dégâts matériels, ou les deux, un chiffre supérieur à celui de n’importe quelle autre année de ses archives.

Si l’armée israélienne reste responsable de la majorité des décès de Palestiniens tués en Cisjordanie, le nombre de décès attribués aux colons a fortement augmenté. Au 24 juillet, l’OCHA avait recensé les cas d’au moins 15 Palestiniens, dont deux enfants, tués par des colons, ce qui signifie que l’année 2026 pourrait être encore pire que l’année 2023, lors de laquelle 16 meurtres par des colons ont été recensés.

L’OCHA a constaté que les violences commises par les colons ont entraîné le déplacement total ou partiel de 107 communautés, soit 5 900 Palestiniens, depuis janvier 2023. En outre, en janvier 2025, l’armée israélienne a expulsé 32 000 réfugiés palestiniens de leurs foyers en Cisjordanie, vidant de fait les camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams. Le projet de colonisation E1, situé à l'est de Jérusalem et pour la construction duquel le gouvernement a lancé un nouvel appel d'offres le 18 août, entraînerait le déplacement forcé de plus de 18 autres communautés bédouines de la région.

Les colons responsables du déplacement des Palestiniens agissent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien. En mars, le Times of Israel a rapporté que le gouvernement avait approuvé l’allocation d’environ 50 millions de shekels (environ 16 millions de dollars US) a des avant-postes de colonies illégales ; ce financement a servi à l’achat de véhicules tout-terrain, de lunettes de vision nocturne et de drones que les colons utilisent pour harceler les communautés palestiniennes. Selon Amnesty International, le budget du ministère israélien des Colonies et des Missions nationales a augmenté de 122 %, sous le gouvernement actuel.

Les autorités israéliennes n’engagent généralement pas de poursuites contre les colons commettant des actes de violence à l’encontre des Palestiniens, leur accordant ainsi de facto l’impunité. Fin 2025, Yesh Din, une organisation israélienne de défense des droits humains, a indiqué que sur les centaines de cas qu’elle avait recensés depuis 2005, seuls 3 % avaient abouti à des condamnations. En novembre 2025, la chaîne d’information israélienne N12 News a fait état d’une baisse de 70 % du nombre de poursuites policières engagées contre des colons pour des agressions contre des Palestiniens depuis la nomination d’Itamar Ben-Gvir en tant que ministre de la Sécurité nationale en 2022, et ce malgré la recrudescence sans précédent de ces agressions depuis lors. Selon le journal britannique The Guardian, un seul Israélien a été inculpé pour le meurtre d’un Palestinien en Cisjordanie depuis 2019.

La séparation du rôle des colons et des forces de sécurité israéliennes est parfois délibérément floue, ce qui rend difficile la distinction entre colons et soldats. À la suite des attaques du 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël menées par des groupes armés palestiniens, l’armée israélienne a mobilisé 5 500 colons de Cisjordanie, réservistes de l’armée, et les a affectés à des « bataillons de défense régionale » en Cisjordanie. Ces unités composées de colons-soldats agissent avec une grande autonomie, faisant avancer les objectifs des colons tout en exerçant une autorité militaire totale et en commettant des exactions contre les Palestiniens en toute impunité.

Parallèlement, le ministère israélien de la Sécurité nationale a formé des « brigades d’intervention rapide » civiles dans les colonies, et leur a conféré des pouvoirs spéciaux de police, des uniformes et des armes. Itamar Ben-Gvir a également assoupli les conditions d’octroi des permis de port d’armes à feu, supervisant parfois personnellement la distribution de fusils aux colons.

La violence des colons et les déplacements qu’elle provoque sont à la fois une manifestation et un vecteur de l’expansion de l’entreprise de colonisation illégale menée par Israël. En juillet 2026, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait approuvé la création de 104 nouvelles colonies depuis son entrée en fonction ; le nombre total de colonies a quasiment doublé, passant de 127 à 231 colonies. Pendant la récente guerre avec l’Iran, le gouvernement israélien a approuvé en secret 34 nouvelles colonies, dont 10 étaient des avant-postes préexistants qui ont été « légalisés » rétroactivement en vertu de la loi israélienne ; selon i24 News, il s’agissait de la plus importante expansion de colonies depuis le début de ce type d’initiative.

Ces avant-postes, qui servent souvent de bases de lancement pour des attaques, sont pourtant illégaux en vertu du droit international humanitaire. En l’absence d’autorisations officielles du gouvernement israélien, ils sont également considérés comme illégaux au regard du droit national israélien, avant que le gouvernement israélien ne les « légalise » souvent de manière rétroactive. Leur « légalisation » au regard du droit national n’a toutefois aucune incidence sur leur illégalité persistante, au regard du droit international humanitaire.

Sous l’actuel gouvernement israélien, les colons ont établi 248 nouveaux avant-postes en Cisjordanie, dont 65 rien qu’en 2026 au 1er août, selon l’organisation israélienne PeaceNow. Servant souvent de précurseurs à des colonies plus importantes, ces avant-postes, bénéficiant souvent d’une « légalisation » nationale rétroactive, repoussent les limites de l’expansion des colonies et de l’appropriation des terres palestiniennes. Le ministre de la Défense Israel Katz a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait déjà « légalisé » environ 160 avant-postes, au cours de son mandat.

En juillet dernier, les organisations israéliennes Kerem Navot et PeaceNow ont indiqué que ces avant-postes contrôlaient actuellement de fait plus d’un million de dunams (100 000 hectares) de terres en Cisjordanie, soit environ 18 % de ce territoire ; cette superficie représente quatre fois celle que les colons contrôlaient avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel.

L’article 49 de la quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer de force, de déplacer ou de déporter, en tout ou en partie, la population civile d’un territoire occupé. La seule exception concerne l’évacuation temporaire d’une zone si cela est nécessaire pour la sécurité de la population ou pour des raisons militaires impératives. Le Commentaire de 2025 du Comité international de la Croix-Rouge sur la quatrième Convention de Genève précise que les transferts forcés peuvent être indirects lorsqu’une partie n’ordonne pas expressément la déportation ou n’y participe pas directement, « mais commet des violations du droit international humanitaire ou du droit relatif aux droits humains ayant pour effet de contraindre la population à partir ». L’article 49 interdit également à la puissance occupante de transférer sa propre population civile vers un territoire qu’elle occupe.

Les éléments de preuve montrent qu’Israël a manqué à ses obligations de protéger la population du territoire occupé contre des actes de violence, d’empêcher de tels actes, d’enquêter sur les abus et de poursuivre les responsables ; en outre, le gouvernement israélien a favorisé cette violence en continuant à fournir un soutien matériel aux groupes de colons responsables d’exactions contre les Palestiniens, a déclaré Human Rights Watch. La réaffectation des terres des Palestiniens déplacés à des colonies illégales indique que ce déplacement n’est pas temporaire, et ne peut être considéré comme une évacuation autorisée au titre de la quatrième Convention de Genève.

Les autres pays devraient agir pour empêcher de nouvelles atrocités dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

« L’impunité accordée aux colons par les autorités israéliennes est directement liée au blanc-seing dont bénéficie Israël, de la part de ses alliés et de pays donateurs », a observé Sarah Sanbar. « L’obligation de rendre des comptes devrait concerner en premier lieu les colons qui commettent des crimes, mais ne s’arrête pas là. Israël et les gouvernements qui lui donnent carte blanche partagent aussi la responsabilité des abus, et devraient être tenus de rendre des comptes. »

Suite détaillée en anglais.

…………………

20.08.2026 à 06:00

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Un drapeau malien et un drapeau russe attachés au même mât flottaient ensemble à Bamako, au Mali, le 22 septembre 2020.   © 2020 H. Diakite/EPA-EFE/Shutterstock

(Nairobi) – Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont tué sommairement neuf civils, dont quatre enfants, et ont battu des dizaines d’autres civils dans le centre du Mali au début du mois de juillet 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les combattants de l’Africa Corps ont également pillé et incendié au moins huit maisons, alors qu’ils cherchaient probablement des personnes ayant des liens avec les groupes armés islamistes.

Le 10 juillet vers 5 heures du matin, plus de 100 combattants de l’Africa Corps, accompagnés de plusieurs soldats maliens, circulant à bord de pick-up et de motos, ont pris d’assaut le village de Bombori dans la région de Mopti. Ils ont fait irruption dans des maisons du quartier peul, ont traîné des personnes hors des habitations et ont rassemblé au moins 80 hommes et garçons sous un arbre. Là, les combattants ont battu les hommes et les garçons, les ont interrogés sur des liens présumés avec les groupes armés islamistes et ont menacé de les tuer s’ils dissimulaient des informations. Ils ont abattu six civils qui ont tenté de s’enfuir et en ont arrêté et exécuté trois autres, dont un qu’ils ont décapité.

« La junte malienne semble avoir donné aux forces russes de l’Africa Corps le feu vert pour tuer des civils », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités maliennes ne peuvent pas se soustraire à leur responsabilité juridique en laissant l’Africa Corps commettre des atrocités. Elles devraient enquêter rapidement et de manière impartiale sur ces abus, et traduire en justice tous les responsables, y compris les militaires maliens qui seraient impliqués. »

Entre le 19 et le 30 juillet, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 13 personnes, dont quatre témoins de l’attaque et neuf membres de la société civile et chefs de communauté.

Des témoins ont indiqué que les forces russes conduisaient l’opération à Bombori et étaient accompagnées de quatre soldats maliens jouant principalement le rôle d’interprètes. « Les Russes étaient aux commandes… Ils étaient plus de 100, tous en tenues militaires et lourdement armés », a raconté un villageois de 39 ans. « Un Blanc [avec] deux talkies-walkies semblait être le chef. Chaque fois qu’il posait une question, il tirait en l’air. »

Un autre témoin, un boucher de 57 ans, a décrit qu’il a vu « sept pick-up avec des mitrailleuses en dessus, et plus de 60 motos avec des drapeaux maliens ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda contrôle Bombori depuis 2017 et possède une base à un kilomètre de là. Des témoins ont déclaré que ses combattants avaient quitté le village la veille de l’attaque.

Depuis 2012, des gouvernements maliens successifs luttent contre les groupes armés islamistes. Après les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire a expulsé les forces françaises et onusiennes et a renforcé les liens avec la Russie. Depuis 2021, la junte s’appuie sur l’aide du groupe Wagner lié à la Russie pour gérer la sécurité. En juin 2025, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali après avoir « accompli » sa mission. Le groupe armé a été remplacé par l’Africa Corps, placé sous le contrôle du Kremlin et qui comprend à peu près les mêmes effectifs, dont de nombreux anciens combattants de Wagner et certains des principaux dirigeants du groupe.

Depuis 2021, Human Rights Watch documente des abus généralisés commis par l’armée malienne, le groupe Wagner et l’Africa Corps lors d’opérations de contre-insurrection à travers le pays.

Des témoins ont raconté que le 10 juillet, les forces de l’Africa Corps ont tiré sur des civils qui s’enfuyaient de Bombori avant de détenir et de frapper des hommes et des garçons. « J’ai vu deux hommes tomber sous les balles », a indiqué un homme de 40 ans. « J’ai regardé sur ma gauche et j’ai vu deux motos avec deux militaires blancs, à le premier assis sur une moto continuait de tirer sur les deux hommes à terre. » Il a ajouté qu’un combattant russe l’avait ensuite emmené jusqu’à un arbre où des dizaines d’hommes et de garçons étaient gardés sous la menace d’armes à feu. « Les combattants russes ont pointé leurs armes sur nous, fouillé nos poches, saisi tous nos téléphones et nous ont photographiés », a-t-il poursuivi. « Un [combattant] russe nous donnait des coups de pied, un autre nous frappait avec son arme, et j’ai reçu plusieurs coups dans le dos et la poitrine … alors que d’autres continuaient à amener des hommes qu’ils avaient arrêtés dans le village. »

L’homme de 39 ans a expliqué qu’il s’était caché dans sa maison avec sa femme et ses enfants ; puis trois combattants russes sont arrivés, « m’ont pris par la main et m’ont violemment mis dehors à plat ventre », avant de le pousser vers le point de rassemblement.  « On était tous assis par terre, la tête baissée », a-t-il relaté. « Un combattant russe frappait tous ceux qui levaient les yeux, avec la crosse de son fusil. »

L’homme a décrit la façon dont les combattants de l’Africa Corps ont interrogé les détenus : « Un soldat malien traduisait : “Où sont les djihadistes ? Celui qui montre un combattant rentre chez lui, celui qui montre les caches d’armes aura une récompense. Si vous ne collaborez pas, on vous tue tous ! ” »

Des témoins ont déclaré que les forces de l’Africa Corps avaient sorti trois jeunes hommes du groupe de détenus et étaient parties avec eux à bord d’un véhicule. « Vers 9 heures du matin, ils ont emmené trois jeunes hommes … et les ont conduits vers la base du GSIM », a raconté un homme de 38 ans. « Plus tard, on les retrouvera morts. » Les habitants ont expliqué que les trois hommes avaient parfois aidé le GSIM à collecter les « impôts » (« zakat » en arabe), mais qu’ils n’étaient pas des combattants.

Les habitants ont indiqué que le GSIM, qui commet des abus généralisés à travers le Mali depuis 2017, contrôlait Bombori depuis neuf ans, collectant des « impôts », recrutant et entraînant de jeunes hommes et appliquant la charia (loi islamique). Ils ont noté que le nombre de combattants islamistes dans le village avait considérablement augmenté après les attaques coordonnées d’avril et de juillet menées par le GSIM et ses alliés à travers le Mali. « Depuis les offensives du GSIM, la situation sécuritaire dans notre région a changé », a constaté le boucher. « De nombreux combattants [du GSIM], des étrangers pour la plupart, se sont ajoutés à ceux qui étaient déjà ici. »

Des témoins ont cependant déclaré que le 10 juillet, les combattants du GSIM n’étaient pas à Bombori. « Les combattants du GSIM sont partis pendant la nuit, alors que tout le monde dormait », a raconté l’homme de 39 ans. « Ils ne nous protègent pas en cas d’attaque de l’armée. »

Lorsque l’Africa Corps a quitté Bombori vers 14 heures, les habitants ont récupéré les corps de neuf personnes, dont cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.

L’homme de 40 ans a décrit que les corps des deux hommes abattus devant lui présentaient « de grosses plaies sanglantes ouvertes au niveau de la poitrine et du dos ». Concernant les trois hommes emmenés, il a indiqué que « l’un avait été décapité, sa tête exposée au milieu du village ... les deux autres avaient été égorgés et ligotés, les mains derrière le dos ».

L’homme de 38 ans a expliqué avoir trouvé « les corps de deux enfants, tous deux âgés d’environ 6 ans, tués par balle à côté d’une maison incendiée » et deux autres corps « près de la route nationale [avec] des signes des balles à la tête et … couchés à plat ventre l’un à côté de l’autre ».

Le village de Bombori comprend un quartier habité par l’ethnie Rimaïbé et l’autre par les Peuls. Les forces de l’Africa Corps n’ont attaqué que le secteur des Peuls. « Je suis resté assis à la forge de mon frère, et je n’ai eu aucun problème », a constaté le boucher, un Rimaïbé. « Les assaillants ne sont pas entrés dans nos maisons, ni fouillé l’intérieur et personne n’a été arrêté ni tué chez nous. »

Le GSIM a longtemps concentré ses efforts de recrutement sur les Peuls, et les gouvernements maliens ont fait l’amalgame entre la communauté peule et les combattants islamistes, ce qui a conduit à de graves abus contre les Peuls.

Les forces de l’Africa Corps ont également volé de l’argent et des bijoux et ont incendié au moins huit maisons appartenant à des familles peules dont les fils, selon des témoins, étaient des combattants du GSIM. « Je voyais la fumée monter du quartier peul vers la mosquée », a indiqué l’homme de 57 ans. « C’est après que j’ai vu qu’ils [les assaillants] avaient brulé huit huttes et ils avaient également détruit cinq greniers de céréales. ». 

Le 4 et le 5 août, Human Rights Watch a adressé des courriers respectivement au ministre de la Défense russe, ainsi qu’à Assimi Goïta, président et ministre de la Défense du Mali, présentant ses conclusions et posant des questions, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.

Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949, et au droit de la guerre coutumier. Les attaques délibérées ou aveugles contre des civils ou des biens de caractère civil sont interdites ainsi que le meurtre, les traitements cruels et la torture de toute personne en détention. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.

« Le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international. »

...........

Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2090522488409104591

Médias

RFI (vidéo)

19.08.2026 à 23:10

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des activistes participaient à une marche à Khan al-Ahmar, en Cisjordanie occupée, le 12 juin 2026, afin d’exprimer leur soutien aux communautés bédouines menacées de déplacement en raison de l’expansion de colonies israéliennes. © 2026 AP Photo/Mahmoud Illean

(Beyrouth) – Le 18 août, le gouvernement israélien a lancé un nouvel appel d’offres pour la construction de 1 234 logements dans le cadre du projet de colonie illégale E1 en Cisjordanie occupée, soit environ un tiers des 3 401 logements dont la construction a déjà été approuvée, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement a fixé la date limite de dépôt d’offres au 19 octobre 2026, peu avant la tenue des élections législatives prévues le 27 octobre. 

La colonie E1 fragmenterait délibérément la Cisjordanie occupée en séparant sa partie nord de sa partie sud, déplacerait de force plus de 18 communautés bédouines et y renforcerait encore davantage l’apartheid. Les entreprises soumettant une offre risquent de se rendre complices de violations des droits humains, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, et s’exposent à des conséquences juridiques et en termes de réputation. 

« Dans l’ombre des logements prévus dans la zone E1 se trouvent des familles palestiniennes menacées de déplacement. Les entreprises soumettant des offres pour construire ces logements risquent de se rendre complices d’un crime de guerre », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim pour Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Les autres pays devraient empêcher les entreprises relevant de leur juridiction de tirer profit de la construction illégale de colonies. »

Le projet E1 comprend des logements, des routes et des zones industrielles et commerciales dans la zone E1 de la Cisjordanie occupée, à l’est de Jérusalem. Ce projet vise à créer une continuité démographique, territoriale et en matière de transport entre les colonies juives de Jérusalem-Est et d’autres parties de la Cisjordanie. 

Le projet a été contesté devant les tribunaux par les organisations israéliennes PeaceNow, Bimkom et Ir Amim, ainsi que par des résidents palestiniens bédouins. Ces organisations ont indiqué qu’en juillet, le bureau du procureur général avait informé les requérants que l’appel d’offres ne serait pas publié avant deux mois et qu’ils seraient prévenus à l’avance si le gouvernement décidait de poursuivre la procédure. Ils ont précisé qu’aucune notification de ce type n’avait été transmise.

Selon les trois ONG, la publication et l’ouverture immédiates d’un appel d’offres distinct, ainsi que l’échéance fixée avant les élections, constituent une tentative de créer « des faits irréversibles sur le terrain, modifiant fondamentalement le caractère de la zone ». Ces organisations prévoient de déposer une demande d’injonction provisoire visant à suspendre l’appel d’offres en attendant une décision sur la requête.

Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et les Nations Unies ont constaté une accélération de l’expansion illégale des colonies depuis l’entrée en fonction de l’actuel gouvernement israélien en décembre 2022, parallèlement à une forte augmentation des violences commises par des colons, soutenus par l’État, à l’encontre des Palestiniens.

Le 9 décembre 2025, le ministère israélien de la Construction et du Logement a publié un appel d’offres pour la construction de 3 401 logements afin de lancer la mise en œuvre du projet. Le début de la période des offres était initialement prévu le 29 décembre, mais a été reporté à trois reprises. Un appel d’offres supplémentaire concernant une zone d’emploi et commerciale dans la zone E1 a été publié en mars 2026. 

Le projet E1 expose les communautés de la région à un risque imminent de transfert forcé, a déclaré Human Rights Watch. Khan al-Ahmar, une communauté bédouine de 250 personnes, est confrontée à des menaces répétées d’expulsion forcée depuis que le projet a été lancé pour la première fois dans les années 1990. Selon l’organisation israélienne B’Tselem, entre 2006 et 2018, les autorités israéliennes ont démoli 28 habitations dans la région, laissant 132 personnes sans abri. 

En mai 2026, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a ordonné à l’Administration civile israélienne en Cisjordanie d’expulser la communauté de Khan al-Ahmar « dès que possible », à la suite d’informations parues dans les médias faisant état d’un éventuel mandat d’arrêt émis à son encontre par la Cour pénale internationale.

Khan al-Ahmar viendrait s’ajouter à au moins 117 communautés pastorales et bédouines déplacées de force de Cisjordanie depuis 2023, selon Amnesty International. Human Rights Watch a précédemment constaté que les autorités israéliennes ont intentionnellement provoqué le déplacement forcé massif, délibéré et à long terme ainsi que le nettoyage ethnique de civils palestiniens tant à Gaza qu’en Cisjordanie, ce qui constitue des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

La zone E1 se situe dans un corridor essentiel à la continuité territoriale de la Cisjordanie. La construction par Israël de colonies et de routes réservées aux Israéliens dans cette zone diviserait de fait la Cisjordanie en deux zones et isolerait les gouvernorats méridionaux de Bethléem et d’Hébron des centres de population du nord, tels que Ramallah et Naplouse. 

Les responsables israéliens ont déclaré que l’un des objectifs du projet E1 était d’éliminer toute possibilité de voir naître un futur État palestinien. En août 2025, Bezalel Smotrich a affirmé que ce projet « enterrerait l’idée d’un État palestinien », car « il n’y aura rien à reconnaître ni personne à reconnaître ». Lors d’une cérémonie de signature du projet en septembre 2025, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré : « Il n’y aura pas d’État palestinien ! Cet endroit est à nous. » 

D’autres pays expriment depuis longtemps leur opposition au projet E1 et ont appelé les autorités israéliennes à en suspendre la mise en œuvre. La dernière vague de condamnations a notamment pris la forme d’une déclaration commune de 14 pays en décembre 2025, de condamnations émanant du Service européen pour l’action extérieure, ainsi que d’une déclaration commune du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et de l’Allemagne en mai. Ces quatre pays ont averti que « les entreprises ne devraient pas répondre aux appels d’offres pour la construction dans la zone E1 ou d’autres projets de colonisation », leur rappelant les conséquences juridiques et en termes de réputation, « notamment le risque de se rendre complices de graves violations du droit international ».

Le 29 mai, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré sur France Inter que « toute entreprise qui répondrait à ces appels d'offres s'exposerait à des sanctions internationales ». En juillet, des organisations de la société civile ont déposé un recours devant la plus haute juridiction administrative française afin d’empêcher les entreprises françaises de mener des activités commerciales qui soutiennent l’occupation.

En juillet 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) a conclu que les colonies israéliennes violaient la quatrième Convention de Genève et étaient illégales. En 2024, la Cour a réaffirmé cette position et a confirmé l’illégalité de l’occupation israélienne du territoire palestinien. Elle a estimé que les politiques foncières israéliennes n’étaient pas conformes aux articles du Règlement de La Haye qui interdisent à une puissance occupante de confisquer des biens privés, limitent les réquisitions aux besoins de son armée et lui imposent d’administrer les terres publiques au profit de la population locale plutôt qu’au profit des colons. 

La Cour a confirmé l’obligation qui incombe à Israël de mettre fin à l’expansion des colonies, d’évacuer les colonies existantes et d’accorder des réparations aux Palestiniens. Les autres pays sont également tenus de ne pas contribuer au maintien de la situation illégale dans le territoire palestinien occupé.

Le déplacement forcé de la communauté de Khan al-Ahmar constituerait également une violation de l’interdiction du transfert forcé prévue à l’article 49 de la quatrième Convention de Genève. L’article 49 interdit également à la puissance occupante de transférer sa propre population civile vers le territoire qu’elle occupe. Ces deux actes pourraient constituer un crime de guerre au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale et pourraient également être qualifiés de crime contre l’humanité. 

Les autres pays devraient appeler publiquement à l’annulation immédiate de l’appel d’offres concernant le projet E1 et imposer des mesures concrètes pour mettre fin à cette situation illégale, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes à Israël par l’ , en interdisant le commerce avec les colonies illégales et en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël. 

Les autres pays devraient veiller à ce que les entreprises respectent l’État de droit en imposant des sanctions aux entreprises impliquées dans la construction du projet de colonie E1 et à celles qui facilitent les violations des droits humains dans le territoire palestinien occupé. Ils devraient également renforcer leurs lois nationales en matière de diligence raisonnable en matière de droits humains en mettant en place des mécanismes d’application efficaces pour lutter contre les violations commises par les entreprises. 

Human Rights Watch a déjà documenté des cas d’entreprises contribuant au transfert de civils vers les territoires occupés, notamment en construisant des colonies ou en leur fournissant des services. 

Les entreprises ou leurs dirigeants responsables de tels crimes pourraient être tenus pour responsables d’avoir aidé ou facilité la commission de crimes de guerre. En vertu des Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, les entreprises ont la responsabilité d’éviter de causer ou de contribuer à des violations des droits humains. Le risque de complicité dans des violations liées aux colonies est si important que les entreprises devraient cesser toute activité commerciale dans ces zones.

« Le projet E1 ne concerne pas seulement des logements ; il s’agit de l’effacement des droits des Palestiniens, de leurs foyers et de leurs moyens de subsistance », a conclu Sarah Sanbar. « Israël ne devrait pas pouvoir modifier les “faits sur le terrain”, et ancrer l’apartheid en toute impunité. » 

…………………..

19.08.2026 à 17:04

Human Rights Watch
img
Click to expand Image La juge japonaise Tomoko Akane, présidente de la Cour pénale internationale depuis le 11 mars 2024, photographiée au siège de la CPI à La Haye, aux Pays-Bas, le 20 novembre 2024. © 2024 Eva Plevier/Pool Photo via AP

(Washington) – Le 18 août, le gouvernement des États-Unis a désigné deux autres responsables de la Cour pénale internationale (CPI) pour faire l'objet de sanctions en vertu d'un décret signé par le président Donald Trump en février 2025. Les personnes sanctionnées sont Tomoko Akane, présidente japonaise de la CPI, et le magistrat sénégalais Abdoulaye Seye, substitut du Procureur de la CPI.

Le 11 août, Human Rights Watch, conjointement avec l'American Friends Service Committee, le Center for Constitutional Rights et l'Open Society Institute, ont déposé une plainte devant un tribunal fédéral des États-Unis pour contester les précédentes sanctions imposées par l’administration Trump à des procureurs et juges de la CPI, à une experte des Nations Unies en matière de droits humains, ainsi qu’à trois organisations palestiniennes de défense des droits humains.

Voici ce qu’a déclaré Balkees Jarrah, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch :

« La décision du gouvernement des États-Unis de sanctionner deux autres responsables de la CPI n’est que le dernier exemple en date du mépris flagrant de l’administration Trump à l’égard du droit international, ainsi qu’une tentative manifeste de soustraire à la justice des responsables américains et israéliens impliqués dans des crimes graves. Les États membres de la CPI devraient condamner fermement ce recours abusif à des sanctions, et agir pour garantir que la Cour puisse poursuivre son travail essentiel en faveur des survivants des pires crimes commis dans le monde, que ce soit en Afghanistan, en Palestine, au Soudan ou en Ukraine. »

.............

Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2090192448068751443

17.08.2026 à 18:51

Human Rights Watch
img
Click to expand Image Des manifestants participaient à un rassemblement tenu près du studio de la chaîne de télévision australienne Channel 7 à Sydney, le 4 février 2022, jour de l’ouverture des JO d'hiver de Pékin 2022, pour dénoncer les violations des droits humains en Chine. © 2022 Flavio Brancaleone/EPA-EFE/Shutterstock Le gouvernement chinois interroge des Australiens d'origine ouïghoure en visite au Xinjiang, les pressant de recueillir des informations sur les Ouïghours en Australie, notamment sur les écoles de langue ouïghoure. Le gouvernement chinois exploite la vulnérabilité des familles ouïghoures séparées, y voyant une opportunité pour surveiller et contrôler étroitement la communauté ouïghoure en Australie, ce qui a un effet dissuasif sur les activités de la diaspora.  L’Australie et d’autres pays devraient réagir aux actes d’intimidation de Pékin à l’encontre de la diaspora ouïghoure par des déclarations publiques, des avis clairs aux voyageurs, des canaux sûrs pour signaler tout abus, des enquêtes pénales et un soutien aux regroupements familiaux.

(Sydney) – Le gouvernement chinois interroge des Australiens ouïghours en visite au Xinjiang, les pressant de recueillir des informations sur les Ouïghours vivant en Australie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, alors que son directeur exécutif, Philippe Bolopion, était en visite en Australie. 

Les autorités chinoises se livrent depuis longtemps à une répression transnationale – constituée de violations des droits humains commises au-delà des frontières d'un pays pour réprimer la contestation – à l'encontre des Ouïghours vivant à l'étranger, en ciblant les activistes critiques à l'égard du gouvernement chinois, ainsi que leurs proches se trouvant toujours au Xinjiang. Les autorités chinoises font pression sur les visiteurs ouïghours en provenance d’Australie, pour qu'ils fournissent des informations sur les activistes ouïghours, les organisations et les écoles de langue ouïghours en Australie ; elles portent ainsi atteinte aux droits des Ouïghours en Australie, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression, d'association et de culture, et le droit à la vie familiale.

« Le gouvernement chinois exploite la vulnérabilité des familles ouïghoures séparées, en surveillant et en déstabilisant les communautés à l'étranger », a déclaré Philippe Bolopion, Directeur exécutif de Human Rights Watch. « Les interrogatoires des Ouïghours en visite au Xinjiang et la surveillance étroite des activités de la diaspora ont un effet dissuasif, emblématique de la répression transnationale exercée par Pékin en Australie. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 11 citoyens australiens et résidents permanents d'origine ouïghoure à Sydney, Melbourne et Adélaïde en avril et mai 2026. Parmi eux figuraient des personnes s'étant récemment rendues au Xinjiang, ainsi que des activistes basés en Australie.

Des Ouïghours vivant en Australie, dans l'impossibilité de rendre visite à leur famille au Xinjiang, ont déclaré ne disposer d'aucune information sur leurs proches restés sur place ou ne pouvoir communiquer avec eux que sous une surveillance officielle stricte, leurs appels étant contrôlés par des représentants du gouvernement chinois.

Ces dernières années, le gouvernement chinois a autorisé des Ouïghours venus d'Australie et d'autres régions de la diaspora à effectuer des visites restreintes dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Ces visites sont importantes pour de nombreuses familles ouïghoures séparées depuis le début de la campagne « Frapper fort » lancée par le gouvernement au Xinjiang en 2016. Toutefois, ces visites ont également offert aux autorités locales l'occasion d'interroger les visiteurs et de surveiller leurs déplacements.

Les Ouïghours vivant à l'étranger qui ont pu se rendre au Xinjiang doivent se soumettre à des procédures de vérification rigoureuses imposées par le gouvernement chinois. Ceux qui détiennent un passeport étranger éligible au programme d'exemption de visa lancé en 2024 ont été informés par leur famille restée au Xinjiang qu'ils devaient se soumettre à des contrôles d'antécédents et obtenir une autorisation préalable des autorités locales. 

Trois Australiens d'origine ouïghoure, qui ne sont pas des activistes, ont indiqué s'être rendus au Xinjiang munis de passeports australiens dans le cadre de ce programme d'exemption de visa. Ils ont expliqué que leurs familles sur place avaient dû solliciter l'autorisation des autorités locales avant leur venue.

L'un d'eux a indiqué qu'il avait dû d'abord se présenter dans un hôtel désigné par les autorités, plutôt que de séjourner au domicile familial, et que ses proches au Xinjiang l'avaient prévenu qu'il s'attirerait des ennuis avec les autorités en cas de non-respect de cette exigence. Les Australiens en visite ont également précisé qu'ils devaient rendre compte de leurs activités quotidiennes au Xinjiang aux autorités locales et qu'ils étaient soumis à une surveillance étroite, en particulier lorsqu'ils se déplaçaient hors d'Urumqi, la capitale régionale, où les restrictions semblent moins sévères que dans d'autres villes.

Un autre Australien d'origine ouïghoure a déclaré que les autorités l'avaient interrogé plus d'une douzaine de fois, dont une fois pendant plus de sept heures : « Ils ont demandé les adresses et les numéros de téléphone de plusieurs activistes ouïghours éminents en Australie. » Lorsqu'il a déclaré ne pas disposer de ces informations, la police a insisté pour qu'il surveille les activités des activistes à son retour en Australie et qu’il les photographie lors d'événements. 

Une troisième personne, également interrogée par la police au Xinjiang, a déclaré avoir subi une forte pression car elle craignait pour sa sécurité et celle de sa famille. « Comment aurais-je pu dire non à quoi que ce soit qu'ils me demandaient de faire ? » 

D'autres personnes auprès desquelles nous avons mené des entretiens ont indiqué avoir été questionnées au sujet des écoles de langue ouïghoure en Australie ; au Xinjiang, les autorités ont cherché à effacer la culture et la langue ouïghoures.

Certains Australiens d'origine ouïghoure avec lesquels nous nous sommes entretenus ont confié qu'ils ne retourneraient pas au Xinjiang, même avec le programme d'exemption de visa, car ils craignaient d'être détenus ou emprisonnés et de ne pas pouvoir communiquer avec leurs familles à l'abri du contrôle gouvernemental.

Le 7 août, Human Rights Watch a transmis un résumé de ses conclusions aux gouvernements chinois et australien. Le gouvernement chinois n'a pas réagi. Le ministère de l'Intérieur australien a répondu le 14 août, déclarant entre autres : « Le gouvernement australien prend très au sérieux la question de toutes les formes d'ingérence étrangère, y compris la répression transnationale. Il est inacceptable qu'un gouvernement étranger prenne pour cible des membres de la communauté d'une manière qui les empêche d'exercer leurs droits et libertés fondamentaux en Australie. »

Les autorités australiennes ont évoqué le cas de familles ouïghoures australiennes séparées auprès de leurs homologues à Pékin, mais sans grand succès. En décembre 2020, l’Australien ouïghour Sadam Abdusalam a pu revoir sa femme et son enfant grâce au soutien du gouvernement australien.

Cependant, de nombreuses autres familles ouïghoures en Australie restent dans l'impossibilité de retrouver ne serait-ce que les membres de leur famille proche, car leurs proches ont l'interdiction de quitter le Xinjiang. Elles craignent également que leurs actions pacifiques en Australie n'affectent la liberté de leur famille au Xinjiang ou toute éventuelle possibilité de retrouvailles.

Les abus du gouvernement chinois à l’encontre des Australiens d’origine ouïghoure en visite ont facilité une répression transnationale, en isolant et en marginalisant à distance les activistes ouïghours en Australie, alors que d’autres Ouïghours craignent d’être vus en leur compagnie lors d’événements publics.

En juillet, une nouvelle Loi sur l’unité et du progrès ethniques chinoise est entrée en vigueur. Cette loi contient des dispositions à portée extraterritoriale susceptibles d'être utilisées pour priver de leurs droits les Ouïghours vivant à l'étranger ainsi que d'autres groupes de la diaspora. L’Article 63 stipule en substance que « les organisations et les individus situés hors du territoire de la République populaire de Chine » qui « compromettent l’unité et le progrès nationaux ou incitent à la division ethnique » devront « répondre de leurs actes devant la loi ». 

Le gouvernement australien et les autres gouvernements concernés devraient adopter des mesures pour protéger leurs citoyens et résidents contre les actes de répression transnationale de Pékin, selon Human Rights Watch.

« La répression transnationale exercée par le gouvernement chinois constitue une menace sérieuse pour les droits et libertés des Australiens d’origine ouïghoure qui souhaitent maintenir des liens familiaux au Xinjiang tout en préservant leur culture et leur identité en Australie », a conclu Philippe Bolopion. « L’Australie et les autres gouvernements concernés devraient prendre des mesures significatives pour répondre à ces préoccupations. »

Suite détaillée en anglais en ligne ici.

…………..

Articles

RFI

 

 

20 / 20

 

  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Conspirationnisme
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
Wokisme
🌞