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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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05.06.2026 à 18:51

Human Rights Watch
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Click to expand Image L'écran d'un iPhone affichait un post du compte Telegram d'OVD-Info, une importante organisation russe de défense des droits humains, à Moscou, le 25 décembre 2021. © 2021 AP Photo/Alexander Zemlianichenko

(Berlin, 5 juin 2026) – Le 4 juin, les autorités russes ont inscrit une importante organisation de défense des droits humains, OVD-Info, ainsi que 35 autres organisations russes, sur leur liste d’organisations « extrémistes », a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La désignation d’une organisation en tant qu’« extrémiste » implique l’interdiction de mener toute activité pour le compte de cette organisation, sous peine d’une longue peine de prison.

L’organisation OVD-Info, dont le nom est dérivé de l’abréviation OVD (Otdel Vnutrennikh Del, Département des affaires intérieures, ou plus communément « département de police »), a été fondée en 2011 en réponse à la répression massive de manifestations publiques pacifiques. Depuis lors, OVD-Info a fourni une aide juridique à des dizaines de milliers de personnes dans des affaires liées à la liberté de réunion et d’expression ; l’organisation gère une ligne d’assistance téléphonique accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, permettant aux victimes de signaler des abus et de demander de l’aide, et a documenté diverses violations des droits humains. OVD-Info a aidé plus de 2 300 personnes à obtenir des victoires juridiques après avoir porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme.

« Les autorités russes ciblent de plus en plus les organisations de défense des droits humains en les qualifiant à tort d’“extrémistes” », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait valoriser le travail de ces organisations, au lieu de le diaboliser. »

OVD-Info a déclaré que, malgré cette décision, l’organisation poursuivrait son travail. « En qualifiant notre travail d’“extrémisme”, [les autorités russes] mettent hors-la-loi non seulement un projet, mais la capacité même de la société… à documenter les détentions, à aider les personnes confrontées à la persécution, et à dénoncer la répression », a déclaré Daniil Beilinson, cofondateur d’OVD-Info, à Human Rights Watch. « Cet État qui réécrit le passé ne tolère pas non plus les preuves d’abus actuels, et cherche donc à interdire la vérité sur les abus passés et actuels. Mais on ne peut pas interdire aux gens de connaître la vérité. Nous ne fermerons pas nos portes, et nous n’arrêterons pas notre travail. »

La liste fédérale des organisations « terroristes et extrémistes » a été mise à jour le 4 juin ; cette mesure est apparemment fondée sur la décision de la Cour suprême russe, le 9 avril, de qualifier le « Mouvement public international Memorial » d’« extrémiste », interdisant ainsi les activités de l’ONG Memorial et de ses branches présumées. Ce simulacre de procédure s’est déroulé en une seule audience, à huis clos, et le dossier a été classé « top secret ». Le tribunal n’a pas autorisé les avocats de Memorial à participer à la procédure. Les autorités avaient déjà contraint Memorial, la principale organisation russe de défense des droits humains, à la fermeture en décembre 2021 ; avant cela, le Centre Memorial des droits humains était un partenaire clé d’OVD-Info, qui fonctionne sans entité juridique.

Parmi les 36 organisations rajoutées à la liste d’organisations « extrémistes » le 4 juin figurent des associations régionales indépendantes affiliées à Memorial menant des recherches historiques et fournissant une éducation et une aide juridique aux victimes de violations des droits, des organisations basées en dehors de la Russie et utilisant le nom Memorial, le Projet Memorial sur les prisonniers politiques, et le Centre de défense des droits Memorial. En 2022, Memorial s'est vu décerner le prix Nobel de la paix pour ses « efforts exceptionnels visant à documenter les crimes de guerre, les violations des droits de l'homme et les abus de pouvoir ».

La participation aux activités ou au financement d'une organisation « extrémiste » en Russie est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 12 ans de prison. Les symboles des organisations « extrémistes » sont également interdits ; la publication d’un tel symbole ou logo et leur affichage est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 jours de détention pour une première infraction, et jusqu’à 4 ans de prison en cas de récidive. Les autorités peuvent inscrire les personnes soupçonnées d’appartenir à une organisation « extrémiste » sur la liste nationale, et geler leurs comptes bancaires.

« Les autorités russes ont depuis longtemps cessé de respecter le droit de manifester pacifiquement, réprimant toutes les formes de dissidence », a observé Hugh Williamson. « Elles devraient cesser d’abuser de la législation sur l’“extrémisme”pour décimer la société civile, et devrait plutôt annuler ces désignations absurdes. »

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05.06.2026 à 09:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Gikondo Transit Center, April 2015. © 2015 Human Rights Watch

Deux journalistes rwandais affiliés à la chaîne YouTube Imbarutso ya Demokarasi sont poursuivis pour avoir réalisé un reportage sur Kwa Kabuga, ou le Centre de transit de Kigali – un lieu de détention non officiel où les autorités détiennent des personnes jugées « indésirables », et l'un des secrets les moins bien gardés de la capitale.

Augustin Nsanzimana, caméraman et monteur, et Emmanuel Niyonshuti, journaliste de télévision, sont actuellement placés en détention provisoire, une mesure confirmée par un juge le 2 juin. Lors d'une audience tenue le 26 mai, le parquet a accusé les deux hommes d'avoir « publi[é] des rumeurs pouvant provoquer la peur » ; il s'agit là d'une infraction pénale suffisamment vague pour être utilisée afin de museler les voix critiques.

Lors de l'audience, leurs avocats ont déclaré que les accusés s'étaient vu refuser l'accès à un avocat pendant les six premiers jours de leur détention.

Augustin Nsanzimana aurait envoyé un message à des contacts le 1er mai, indiquant que des agents qui selon lui travaillaient pour le Bureau d'enquête rwandais (Rwanda Investigation Bureau) étaient entrés à son domicile à Kigali. Emmanuel Niyonshuti a également cessé de répondre aux appels et aux messages peu après avoir signalé des menaces. Le porte-parole du Bureau d'enquête rwandais a confirmé 72 heures plus tard que les deux hommes étaient sous leur garde. Ces arrestations ont fait suite à la publication sur YouTube d'une vidéo faisant état de décès de détenus à l'intérieur de Kwa Kabuga. Human Rights Watch a documenté des cas de détention arbitraire et de mauvais traitements graves à Kwa Kabuga, où des sans-abris, des travailleuses du sexe, des enfants des rues, des vendeurs ambulants et d'autres personnes sont souvent détenus sans procédure légale régulière. 

Ces détentions s'inscrivent dans le cadre d'une répression continue de la liberté d'expression : dénoncer les défaillances des services publics, donner la parole à l'opposition, notamment les personnes liées à Victoire Ingabire, figure d'opposition en détention, ou remettre en question les discours officiels du gouvernement, entraîne souvent des sanctions.

En mai, Aimable Karasira, condamné notamment pour « divisionnisme », est décédé le jour où il devait être libéré de prison, dans des circonstances douteuses. Karasira, universitaire et youtubeur, a été arrêté en 2021 après avoir témoigné publiquement de la perte de proches en 1994 tués par les auteurs du génocide et par le Front patriotique rwandais au pouvoir. Avant son arrestation, il m'avait confié : « Je voulais utiliser YouTube pour raconter mon histoire. »

Plus d'une douzaine de journalistes, de commentateurs et d’activistes de l'opposition demeurent emprisonnés au Rwanda, nombre d'entre eux à la suite de poursuites engagées pour avoir dénoncé des abus sur YouTube. Toutes les personnes injustement détenues devraient être libérées immédiatement et sans condition, et le cadre juridique abusif qui a permis les poursuites engagées contre elles devrait être réformé, conformément aux normes internationales en matière de liberté d'expression.

02.06.2026 à 21:14

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des membres de la Garde nationale bolivarienne vénézuélienne (Guardia Nacional Bolivariana, GNB) faisaient face à des étudiants participant a une manifestation antigouvernementale à Caracas, au Venezuela, le 16 février 2014. De nombreuses manifestations ont été violemment réprimées par la GNB. © 2014 Leo Ramirez/AFP via Getty Images

(Madrid) – Les efforts déployés par l’Argentine afin que l’ Espagne autorise l’extradition d’un ancien responsable vénézuélien, résidant en Espagne et accusé de crimes contre l’humanité, pourraient ouvrir la voie à la reddition de comptes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; les autorités espagnoles ont accepté de faire avancer la procédure relative à cette demande d’extradition.

Un tribunal argentin a demandé l’extradition d’Ephraín Enrique Verdú Torrelles, un ancien officier de la Garde nationale bolivarienne vénézuélienne (Guardia Nacional Bolivariana, GNB), une force de police militarisée responsable de nombreuses violations des droits humains. La demande d’extradition transmise à l’Espagne vise à garantir la présence de Verdú Torrelles en Argentine, afin qu’il y soit interrogé au sujet d’allégations sur sa présumée implication dans des meurtres commis lors de la répression gouvernementale des manifestations de 2014 au Venezuela, et susceptibles de constituer un crime contre l’humanité. 

« Les victimes au Venezuela n’ont obtenu aucune justice dans leur propre pays, et la demande d’extradition déposée par l’Argentine nous rappelle que la justice peut traverser les frontières », a déclaré Michelle Reyes Milk, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Il appartiendra désormais au tribunal espagnol de décider s’il y a lieu de procéder à cette extradition. » 

Le Conseil des ministres espagnol a approuvé la poursuite de la procédure relative à la demande d’extradition, renvoyant l’affaire devant la Cour nationale de justice espagnole (Audiencia Nacional). Le représentant des victimes vénézuéliennes, Ignacio Jovtis, a déclaré à Human Rights Watch que les autorités espagnoles avaient informé Verdú Torrelles de la procédure relative à la demande d’extradition. Au cours des manifestations de 2014 au Venezuela, les forces de sécurité ont systématiquement recouru à une force excessive et illégale contre des manifestants majoritairement pacifiques, arrêtant arbitrairement des centaines de personnes et soumettant de nombreux détenus à de graves abus, notamment des passages à tabac et, parfois, des actes de torture, tout en leur refusant une procédure régulière. Les forces de sécurité et les gangs pro-gouvernementaux connus sous le nom de « colectivos » ont également commis des exécutions extrajudiciaires. 

La Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Venezuela, établie sous l’égide des Nations Unies, a conclu qu’il existait des « motifs raisonnables » de croire que certaines violations commises par le gouvernement vénézuélien constituaient des crimes contre l’humanité, ajoutant : « L’affaiblissement des mécanismes de la responsabilité démocratique, judiciaire et institutionnelle a entraîné une impunité grandissante. » En 2021, la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur des crimes contre l’humanité qui auraient été commis au Venezuela. 

La demande d’extradition déposée par l’Argentine fait suite à une plainte pénale déposée en juin 2023 par InterJust, une organisation de défense des droits humains, devant les tribunaux argentins, au nom des proches de personnes qui auraient été victimes d’exécutions extrajudiciaires par des membres de la GNB lors des manifestations de 2014. Cette affaire est rendue possible par le principe de compétence universelle, qui permet aux pays d'enquêter et de poursuivre certaines violations graves des droits humains constituant des crimes internationaux graves, quel que soit le lieu où elles ont été commises ou la nationalité des suspects ou des victimes. 

Parallèlement, une autre plainte distincte et parallèle a été déposée en janvier 2023 par le Forum argentin pour la défense de la démocratie (Foro Argentino para la Defensa de la Democracia), contre l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro et son ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello. Maduro est détenu par les autorités fédérales américaines depuis le 3 janvier ; il est visé par des chefs d’accusation de narcoterrorisme, de trafic de drogue et de détention d’armes, et sera jugé lors d’un procès tenu dans le district sud de New York. Cabello continue d’exercer les fonctions de ministre de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix au Venezuela. Il fait également l’objet de poursuites aux États-Unis pour narcoterrorisme, trafic de drogue et détention d’armes. 

En septembre 2024, un juge d’instruction en Argentine a émis des mandats d’arrêt contre Verdú Torrelles et 13 autres officiers de la GNB, afin de les interroger dans le cadre de l’affaire engagée à leur encontre. Conformément aux normes de procédures pénales en vigueur en Argentine, Verdú Torrelles et les autres officiers n’ont pas été inculpés à ce stade. Cependant, Verdú Torrelles a été officiellement informé qu’il faisait l’objet d’une enquête pénale en cours, devenant ainsi, sur le plan procédural, un « accusé » (« imputado »).Par ailleurs, le juge a également ordonné la comparution de Maduro et Cabello, et émis des mandats d’arrêt à leur encontre.

S'il était extradé par l’Espagne, Verdú Torrelles deviendrait la première personne dans cette affaire à comparaître en personne devant les tribunaux argentins. Cette extradition permettrait à l'enquête d'avancer sur le plan procédural en Argentine, notamment par le biais d'un interrogatoire et d'une éventuelle mise en accusation, après quoi l'affaire pourrait être renvoyée devant un tribunal. 

Cela ferait de Verdú Torrelles, à ce jour, la personnalité la plus haut placée à comparaître devant un tribunal pour des violations graves des droits humains commises au Venezuela, a déclaré Human Rights Watch. 

D’autres affaires sont actuellement en cours en Argentine, relevant du principe de compétence universelle ; elles concernent des crimes présumés au regard du droit international commis au Myanmar, en Colombie, au Nicaragua, en Chine, en Israël et en Palestine, ainsi qu’en Espagne sous le régime franquiste. Ces affaires se sont heurtées à divers obstacles, notamment la difficulté d’assurer la présence des suspects sur le territoire argentin, l’absence d’unités spécialisées d’enquête et de poursuite chargées de traiter les affaires relevant de la compétence universelle, ainsi que d’autres contraintes en matière de ressources. Parallèlement, des juges et des procureurs argentins ont engagé des poursuites dans des affaires importantes concernant des crimes internationaux commis en Argentine par le passé. 

« Les démarches engagées par l’Argentine dans le cadre d’affaires relevant du principe de compétence universelle envoie un message clair et fort selon lequel il ne devrait y avoir aucun refuge pour les responsables de violations graves des droits humains », a conclu Michelle Reyes Milk. « La coopération d’autres États, comme l’Espagne, est essentielle afin que ces efforts soient fructueux. »

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02.06.2026 à 04:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un homme atteint d'un handicap physique soudait une pièce métallique d’un fauteuil roulant dans un atelier au Caire, en Égypte, le 8 août 2017 ; cet atelier fabrique divers produits de mobilité pour des personnes handicapées vivant dans des quartiers défavorisés de la capitale.  © 2017 Mohamed Abd El Ghany/Reuters

(Beyrouth, 2 juin 2026) – Les personnes handicapées en Égypte sont confrontées à des entraves systémiques à leur droit au travail, liées a l’insuffisante mise en œuvre de la loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Parmi ces difficultés figurent des pratiques d’embauche discriminatoires, des lieux de travail inaccessibles, des obstacles à l’obtention d’une carte nationale confirmant le handicap, des quotas d’emploi non respectés, ainsi que le recours par des employeurs à des emplois factices et sous-payés (afin de remplir les quotas), qui privent ces personnes d’un véritable travail correctement rémunéré.

La loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées a considérablement amélioré le cadre législatif régissant ces droits en Égypte, le rapprochant des normes internationales. Cependant, la mise en œuvre de nombreuses réformes se heurte à de sérieux obstacles, exposant les personnes handicapées à un risque accru de chômage, de pauvreté et de précarité économique. En 2025, le gouvernement a proposé des amendements à cette loi, lesquels sont actuellement examinés par le parlement ; certains amendements risquent toutefois de restreindre la définition du handicap, et d’affaiblir le respect des droits des personnes concernées. 

« La loi égyptienne de 2018 sur les droits des personnes handicapées a constitué une importante avancée, mais sa mise en œuvre inadéquate a laissé de nombreuses personnes exclues du marché du travail, confrontées à un chômage persistant et à une marginalisation économique », a déclaré Amr Magdi, chercheur senior auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « L’inclusion exige plus qu’une simple législation. Elle nécessite que le gouvernement fasse respecter la loi, assure un suivi, forme les employeurs et rende les lieux de travail accessibles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 17 personnes : 13 personnes en situation de handicap, deux représentants d’organisations égyptiennes de défense des droits des personnes handicapées, un représentant d’une organisation humanitaire internationale, et un ancien haut fonctionnaire égyptien. Le 7 avril, Human Rights Watch a écrit au ministère égyptien de la Solidarité sociale, mais n’a reçu aucune réponse.

D’après une enquête nationale menée par le gouvernement en 2022, les personnes handicapées en Égypte représentent environ 11 % de la population, soit environ 12 millions de personnes, bien que la prévalence du handicap puisse être sous-estimée en raison de la stigmatisation, du sous-diagnostic et d’autres obstacles à la divulgation d’un handicap.

Selon cette enquête, 40 % des personnes handicapées âgées de 4 ans ou plus n’avaient reçu aucune éducation, soit nettement plus que la moyenne de 27 % pour l’ensemble de la population, selon une autre enquête de 2018. Seulement 17 % avaient terminé leurs études secondaires, bien en-deçà de la moyenne de 59 % pour la population masculine âgée de plus de 25 ans. Parmi les personnes handicapées interrogées, 49 % n’avaient pas d’emploi. 

Une étude indépendante menée en 2019 a conclu que 80 % des personnes handicapées vivaient en dessous du seuil de pauvreté national, soit nettement plus que la moyenne de 30 % estimée pour l’ensemble de la population égyptienne. 

La loi n° 10 de 2018 relative aux droits des personnes handicapées a offert pour la première fois un cadre juridique axé sur les droits en matière de handicap. La loi exige que les employeurs comptant au moins 20 salariés de réservent 5 % des postes aux personnes handicapées, alors que la précédente loi de 1975 fixait le seuil minimum à 50 salariés. Cette loi prévoyait une amende de 10 000 à 30 000 livres égyptiennes (environ 190 à 570 dollars US) et/ou une peine de prison pouvant aller jusqu’à un an en cas de non-respect du quota.

Le gouvernement ne publie pas de statistiques périodiques sur le respect de la loi, comme l’exige celle-ci, bien que des sources officielles indiquent que les autorités collectent ces données. Les autorités devraient publier périodiquement des données exhaustives sur les personnes handicapées, y compris leur situation professionnelle et des indicateurs de pauvreté multidimensionnelle, a déclaré Human Rights Watch.

Les 13 personnes en situation de handicap et les experts interrogés ont tous décrit une pratique répandue consistant, pour les employeurs, à embaucher frauduleusement des personnes en situation de handicap sans leur attribuer de véritable travail, souvent à des salaires inférieurs, afin de remplir le quota. Selon l'enquête nationale de 2022 sur les personnes en situation de handicap, 32,2 % des personnes interrogées ont déclaré être employées mais ne pas se voir attribuer de véritable travail. 

Cette pratique renforce les stéréotypes préjudiciables selon lesquels les personnes handicapées ne peuvent pas contribuer au monde du travail, tout en leur refusant un accès égal à un emploi valorisant, à un salaire équitable, à l’indépendance économique, au développement professionnel et à l’inclusion sur le lieu de travail, a déclaré Human Rights Watch.

Un homme malentendant a déclaré qu’une banque l’avait embauché en 2025, aux côtés d’une centaine d’autres personnes handicapées, sans les avoir fait passer d’entretien. Il a indiqué que les responsables de la banque lui avaient dit qu’il recevrait 4 000 livres égyptiennes (80 dollars US) par mois, bien en dessous du salaire minimum égyptien, sans avoir à travailler. « Au cours des quatre dernières années, je me suis senti négligé », a-t-il déclaré. « J’ai des compétences que je n’ai pas pu mettre à profit ni développer. J’ai décidé de démissionner. » 

Certaines personnes interrogées ont déclaré s’être vu attribuer des tâches sans rapport avec leurs qualifications et ne reflétant pas leurs compétences. Un défenseur des droits des personnes handicapées, lui-même malentendant, a déclaré qu’une grande entreprise de communication l’avait affecté à la livraison de petits-déjeuners, malgré ses deux diplômes universitaires. 

Parmi les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête nationale de 2022, 34 % ont déclaré penser que les employeurs avaient rejeté leur candidature en raison de leur handicap. et 63 % n’ont pas pu trouver d’emploi adapté. 

Les personnes interrogées ont indiqué que les lieux de travail étaient souvent inaccessibles. Un homme en fauteuil roulant a déclaré avoir refusé une offre d’emploi en raison de l’absence d’aménagements raisonnables, notamment une rampe d’accès et des toilettes accessibles. 

Certains ont déclaré être fréquemment confrontés à la stigmatisation sociale et à la discrimination, notamment à la perception des autorités et des employeurs selon laquelle les personnes handicapées sont incapables de travailler ou moins productives. « Ils nous considèrent comme des personnes incompétentes, mais nous sommes des personnes handicapées qui avons simplement besoin d’outils pour pouvoir accomplir notre travail », a déclaré une femme malentendante qui a indiqué avoir fait face à plusieurs refus pour des emplois pour lesquels elle remplissait pourtant les conditions requises. 

Les personnes handicapées ont déclaré être régulièrement victimes d’incompréhension et de harcèlement au travail de la part de leurs collègues. Une femme malentendante a expliqué que ses collègues pensaient qu’elle les ignorait, lorsqu’elle ne pouvait pas les entendre ou les comprendre. 

En Égypte, les personnes handicapées se heurtent également à des obstacles pour obtenir une Carte de services intégrés condition préalable pour accéder à certains services réservés aux personnes handicapées, comme les soins médicaux spécialisés, l’aide sociale, des exonérations fiscales et douanières, ainsi que des services liés à l’éducation ou à l’emploi.

En vertu de la loi de 2018 et des ses statuts les titulaires de cette carte qui se retrouvent sans emploi et en situation de pauvreté peuvent percevoir environ 700 livres (14 dollars US) par mois dans le cadre du programme de protection sociale Karama. Cependant, à la fin de 2025, seuls environ 10 % des personnes handicapées en Égypte (1,3 million de personnes) avaient pu obtenir une Carte de services intégrés. L'enquête nationale de 2022 a révélé qu'environ 70 % des personnes handicapées ignoraient l'existence de cette carte.

Le ministère de la Solidarité sociale, qui délivre la carte, a affirmé en 2024 que de nombreuses personnes ne la demandent simplement pas. Cependant, les personnes interrogées ont décrit d’importants obstacles, notamment une procédure longue pouvant durer jusqu’à un an ou plus, des coûts élevés pour des examens médicaux non disponibles dans les hôpitaux publics, et l’obligation de refaire toute la procédure lors du renouvellement de la carte. 

Les défenseurs des droits des personnes handicapées ont déclaré que dans certains cas, le ministère appliquait des critères restrictifs pour limiter l’éligibilité à cette carte. Human Rights Watch a examiné une directive du ministère de la Santé enjoignant aux établissements médicaux d’évaluer la perte auditive des demandeurs utilisant une aide auditive à tige, en fonction du degré de perte auditive en décibels, d’une manière susceptible de restreindre fortement l’éligibilité. En outre, un handicap devrait être évalué non seulement par le biais d’une évaluation médicale, mais aussi en tenant compte de certains facteurs sociaux et environnementaux. En mars, le ministère a annoncé des mesures visant à supprimer certains obstacles.

En vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, que l’Égypte a ratifiée en 2008, chaque État a l’obligation de garantir l’égalité des chances en matière d’emploi aux personnes handicapées. Les gouvernements sont tenus de promouvoir des politiques d’emploi inclusives et de fournir des aménagements raisonnables pour permettre aux personnes handicapées de bénéficier d’opportunités d’emploi égales à celles des autres personnes. L’Égypte a également l’obligation de garantir le droit à la sécurité sociale, sans discrimination.

« Refuser aux personnes handicapées un accès égalitaire a des opportunités d’emploi, à des lieux de travail inclusifs et à la sécurité sociale perpétue la pauvreté et prive la société égyptienne de talents inexploités », a conclu Amr Magdi. « Investir dans l’accessibilité, dans la formation et dans une véritable inclusion n’est pas seulement un moyen d’améliorer des vies : cela renforce aussi l’économie, et construit un avenir plus juste pour toutes et tous. »

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01.06.2026 à 19:40

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des étudiants chinois dansaient lors d’une manifestation pro-démocratie sur la place Tiananmen, à Pékin, le 22 mai 1989. Treize jours plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, des chars de l’armée ont investi la place, marquant le début du massacre de la place Tiananmen.. © 1989 Mark Avery/AP Photo

(New York) – Le gouvernement chinois intensifie ses efforts pour effacer le souvenir du massacre de Tiananmen de 1989, tout en renforçant son contrôle social dans tout le pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le massacre de Tiananmen a été déclenché par le rassemblement pacifique d'étudiants, de travailleurs et d'autres personnes sur la place Tiananmen à Pékin et dans d'autres villes chinoises en avril 1989 ; ils réclamaient la liberté d'expression, des réformes démocratiques et la fin de la corruption. Les 3 et 4 juin, des soldats de l’Armée populaire de libération ont ouvert le feu et tué de nombreux manifestants et passants à Pékin. Les autorités chinoises interdisent depuis longtemps les commémorations du massacre en Chine continentale. À ce jour, aucune mesure n’a été prise pour fournir davantage d’informations et une indemnisation aux familles des personnes tuées, ni pour poursuivre les responsables de ces meurtres. 

« En enterrant le passé, le gouvernement chinois enterre également l’espoir d’un futur respect des droits fondamentaux », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait cesser de censurer les informations sur le massacre de Tiananmen, autoriser les commémorations, indemniser les familles des victimes et libérer les personnes emprisonnées pour avoir demandé la justice et la reddition de comptes. »

Le 28 décembre 2025, à Pékin, le Bureau de la sécurité publique a interdit à l’association Mères de Tiananmen d’organiser un rassemblement à l’occasion du Nouvel An ; c’était la première interdiction de ce type depuis que ce groupe de défense des victimes a commencé à organiser de tels rassemblements annuels en 2009. L’association a déclaré avoir constaté « non seulement l’absence de toute initiative sincère de la part du gouvernement pour faire la lumière sur le massacre d’innocents lors du mouvement étudiant de 1989 […], mais aussi la froide réalité de l’abus de pouvoir par les forces de sécurité gouvernementales pour entraver les droits sociaux légitimes des citoyens ».

Le 27 mai 2026, les Mères de Tiananmen ont publié une déclaration, signée par 107 membres, exhortant le gouvernement chinois à « remédier, par des moyens légaux et dans un esprit de paix et de raison, à toutes les blessures et injustices non résolues issues de ces événements, et à rendre la justice et la dignité à chaque famille ayant perdu un être cher ».

En novembre 2025, un événement marquant a été la diffusion non autorisée (suite à une fuite) d’une vidéo de six heures enregistrée en 1990, lors du procès militaire secret du général Xu Qinxian ; selon les médias, il s’était opposé aux ordres des hauts dirigeants chinois d’utiliser la force contre les manifestants de la place Tiananmen. Dans une séquence de cette vidéo filmée le 17 mars 1990, le général Xu déclarait : « J’espérais avant tout résoudre le problème par des moyens politiques… J’avais des doutes quant à savoir si agir de la sorte [en recourant à la force] était bien ou mal… et j’ai fait des suggestions, quinn’ont pas été retenues. L’ordre a été transmis… Quant à moi, en tant que commandant, je ne voulais pas y prendre part. » Xu aurait été condamné à cinq ans de prison, et serait décédé en 2021.

Vidéo de juin 2014, à l’occasion du 25ème anniversaire du massacre de Tiananmen

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Les autorités chinoises censurent strictement tout ce qui concerne la place Tiananmen, y compris la célèbre photo de « l’homme au char » (« Tank Man »). Le média australien ABC a rapporté que même une image représentant une banane devant quatre pommes pouvait être signalée par l’algorithme de censure employé par les autorités chinoises, en tant que possible symbole de Tank Man, face aux 4 chars de l’armée.

À Hong Kong, au cours de plus de trois décennies, les commémorations annuelles du massacre de Tiananmen ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Les autorités de Hong Kong ont d’abord interdit la veillée annuelle en 2020 et 2021, officiellement pour des raisons liées à la pandémie de Covid-19. Puis en 2021, les autorités ont contraint l’Alliance de Hong Kong (Hong Kong Alliance), qui organisait ces commémorations, ainsi que son Musée du 4 juin, à la fermeture. Depuis 2022, le parc Victoria, lieu traditionnel de la veillée, accueille un « Carnaval gastronomique patriotique » aux dates proches de l’anniversaire du massacre.

Le 19 mai, un tribunal de Hong Kong a entendu les plaidoiries finales dans le procès de deux anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong, Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung, qui sont accusés d’« incitation à la subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale ; ils encourent une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Le verdict est attendu en juillet.

Malgré la répression, certaines personnes à Hong Kong ont précédemment tenté de commémorer le massacre. Début juin 2025, la police de Hong Kong a brièvement détenu 10 personnes âgées de 15 à 69 ans, soupçonnées d’« atteinte à l’ordre public », et a arrêté deux autres personnes pour « comportement suspect ». 

Le 4 juin 2025, la police de Hong Kong a également empêché des membres la Ligue des sociaux-démocrates, un parti politique pro-démocratie dissous peu après , de se rendre au parc Victoria pour commémorer le massacre.

Depuis 2020, la censure à Hong Kong concernant le massacre de Tiananmen ressemble de plus en plus aux contrôles stricts imposés depuis longtemps en Chine continentale. En juin 2025, le site Hong Kong Free Press a rapporté que le propriétaire d’une voiture avec la plaque d’immatriculation « US 8964 » (dont les quatre chiffres pouvaient rappeler la date 4.6.89), avait reçu des lettres anonymes contenant ses informations personnelles, des photos de sa voiture et des allégations selon lesquelles il pourrait enfreindre la loi sur la sécurité nationale. En mai 2025, peu avant le 36ème anniversaire du massacre, le propriétaire a expédié son véhicule à l’étranger ; il a expliqué que la situation à Hong Kong « a changé si rapidement […] qu’elle est devenue inacceptable pour ma famille et moi-même ».

Ces dernières années, des groupes de la diaspora et des comptes anonymes sur les réseaux sociaux à travers le monde ont organisé des débats publics, des expositions et des rassemblements, et publié des essais pour commémorer le massacre de Tiananmen. En 2026, des commémorations sont prévues dans plus de 30 villes de sept pays, dont l’Australie, le Canada, les États-Unis Royaume-Uni et Taïwan. 

À la suite du massacre de Tiananmen, le gouvernement chinois a mené une répression à l’échelle nationale ; les autorités ont arrêté des milliers de personnes pour « contre-révolution » et d’autres chefs d’accusation criminels, dont « incendie criminel » et « trouble à l’ordre public ». 

Le gouvernement n’a jamais reconnu sa responsabilité dans le massacre, ni tenu aucun fonctionnaire pour juridiquement responsable de ces meurtres. Il n’a pas enquêté sur les événements, ni publié de données sur les personnes tuées, blessées, victimes de disparitions forcées ou emprisonnées. Les Mères de Tiananmen ont recensé les meurtres de 202 personnes lors de la répression du mouvement à Pékin et dans d’autres villes.

Le gouvernement a ignoré les appels à la justice concernant ce massacre. Les sanctions imposées par le gouvernement américain en réponse au massacre ont été affaiblies ou contournées au fil des ans. L’absence de sanctions internationales significatives a facilité le bilan déplorable de Pékin en matière de droits humains au cours des décennies qui ont suivi, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement chinois devrait prendre les mesures suivantes :

Respecter les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique, et mettre fin au harcèlement et à la détention arbitraire des personnes qui contestent la version officielle du massacre de Tiananmen ;Rencontrer les membres des « Mères de Tiananmen » et leur présenter des excuses, publier les noms de toutes les personnes décédées ou injustement emprisonnées, et indemniser de manière appropriée les familles des victimes ;Autoriser une enquête publique indépendante sur le massacre de Tiananmen et ses conséquences, et publier sans délai ses résultats et conclusions ;Autoriser sans condition le retour des citoyens chinois exilés en raison de leurs liens avec les événements de 1989 ; etEnquêter sur tous les responsables gouvernementaux et militaires qui ont planifié ou ordonné l'usage illégal de la force meurtrière contre les manifestants, et les poursuivre en justice de manière appropriée.

Les gouvernements étrangers devraient redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois au sujet des graves violations commises par le passé. 

« Malgré la censure, l’intimidation et la répression sévère exercées par Pékin, des personnes chinoises et hongkongaises qui vivent aujourd’hui ailleurs, partout dans le monde, continuent de commémorer le massacre de Tiananmen », a conclu Yalkun Uluyol. « Les gouvernements préoccupés devraient reconnaître leurs efforts et faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il assume la responsabilité du massacre, accorde des réparations et traduise en justice les responsables. »

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29.05.2026 à 06:01

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un homme afghan regardait les décombres d'un centre de désintoxication détruit par une frappe aérienne menée par l’armée pakistanaise, selon les autorités talibanes, à Kaboul, en Afghanistan, le 17 mars 2026. © 2026 Sayed Hassib/Reuters

(New York, 29 mai 2026) – Dix ans après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de sa Résolution 2286 afin de protéger les soins de santé dans les conflits armés, les attaques contre les hôpitaux et le personnel de santé se poursuivent, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

La Résolution 2286, adoptée à l’unanimité le 3 mai 2016, oblige les États à « prévenir et réprimer » les attaques contre les services de santé. Une décennie plus tard, un nouveau rapport de la Coalition pour la protection de la santé lors de conflits (Safeguarding Health in Conflict Coalition, SHCC), un groupe international d’organisations non gouvernementales dont Human Rights Watch, révèle toutefois que les attaques contre les établissements de santé et le personnel médical se poursuivent à un rythme alarmant. Les gouvernements devraient protéger l’état de droit en prévenant efficacement ces attaques illégales, et en sanctionnant les responsables.

« La Résolution 2286 énonce des obligations claires visant à protéger le personnel et les établissements de santé dans les conflits armés, et à respecter le droit international », a déclaré Julia Bleckner, chercheuse senior auprès de l’Initiative pour la santé mondiale à Human Rights Watch. « Dix ans plus tard, non seulement les États membres n’ont pas rempli ces obligations, mais leurs dirigeants semblent peu soucieux tout en violant des lois et des normes. L’obligation de rendre des comptes exige plus que des résolutions. Elle exige des conséquences. »

Attaques contre la santé Dossier web

Human Rights Watch a créé une page web compilant ses recherches sur les attaques contre la santé au cours des dix années qui ont suivi l’adoption de la résolution.

La coalition SHCC a recensé 2 546 incidents signalés d’« attaques contre la santé » dans 33 pays en 2025. Parmi ces cas, 936 incidents étaient caractérisés par le meurtre, l’enlèvement ou l’arrestation de professionnels de santé ou d’humanitaires ; 790 incidents concernaient des attaques contre des infrastructures de santé, notamment des hôpitaux et des cliniques. La coalition a noté que « dans tous conflits examinés, les attaques contre les soins de santé en 2025 ont eu des répercussions interconnectées à travers les systèmes de santé ». Le rapport de SHCC a également révélé que la majorité des attaques avaient été perpétrées par des forces étatiques. Par ailleurs, le 7 mai, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a publié un rapport présentant des conclusions similaires, et soulignant que « [la] forte augmentation des actes de violence contre les services de santé observée depuis 2016 est principalement le fait d’acteurs étatiques ».

Le 19 mai, des représentants des États membres de l’ONU et d’organisations de la société civile se sont réunis à New York pour discuter des lacunes importantes en matière de reddition de comptes, et renouveler leur engagement à prendre des mesures concrètes pour réduire les attaques contre les services de santé.

Tous les gouvernements devraient prendre des mesures urgentes pour se conformer au droit international et aux exigences énoncées dans la résolution 2286, a déclaré Human Rights Watch. Cela implique notamment d’améliorer la collecte de données sur les attaques et les menaces contre les services de santé, d’intégrer des mesures pratiques visant à garantir le respect du droit international dans la doctrine et la formation militaires, d’étendre le droit national afin d’y incorporer les obligations juridiques découlant du droit international des droits humains et du droit humanitaire, et de restreindre la vente et l’exportation d’armes à des contrevenants connus. Les gouvernements devraient rendre compte régulièrement des mesures prises pour se conformer à ces obligations et à d’autres obligations découlant du droit, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis plus de 25 ans, Human Rights Watch documente les attaques illégales contre la santé lors de conflits, mettant en évidence leurs graves conséquences ainsi que leur impact durable sur les droits humains bien après la fin du conflit.

En Syrie, les attaques illégales menées par le gouvernement d’Assad et les forces russes contre les établissements et le personnel de santé ont été une caractéristique marquante de la guerre qui a duré près de 14 ans. Ces attaques ont eu des conséquences négatives durables sur le système de santé du pays, et la voie vers la reprise reste incertaine.Au Myanmar, la junte militaire a entravé l’accès aux produits et services médicaux vitaux et décimé le système de santé depuis le coup d’État de 2021, en particulier dans les régions du pays contrôlées par l’opposition. Des années d’attaques illégales contre les services de santé menées par la junte militaire ont entravé les efforts d’urgence visant à répondre efficacement au séisme de mars 2025, qui a fait des milliers de morts et de blessés.À Gaza, les attaques illégales répétées menées par les autorités israéliennes contre les installations et le personnel médicaux ont entraîné l’« effondrement total » du système de santé. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de Palestiniens à Gaza – principalement des enfants – continuent de souffrir de maladies d’origine hydrique, en grande partie à cause de la destruction intentionnelle des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement tout au long du conflit.Au Soudan, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) ont attaqué des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des hôpitaux et des installations d’approvisionnement en eau. Les parties belligérantes ont délibérément entravé l’acheminement de l’aide et pris pour cible les travailleurs humanitaires. En août 2025, l’organisation Médecins Sans Frontières a été contrainte de fermer l’un de ses hôpitaux au Darfour malgré une épidémie de choléra en cours, à la suite d’une attaque armée à l’intérieur de l’établissement. En mars 2026, une attaque perpétrée contre l’hôpital universitaire d’Al Deain, dans l’est du Darfour, a fait au moins 64 morts et des dizaines de blessés. En Ukraine, les forces russes ont intensifié leurs attaques contre les infrastructures de santé, touchant plus de 2 665 établissements et membres du personnel. Dans les zones occupées, les autorités russes ont également restreint l’accès aux soins de santé afin de contraindre les habitants à accepter des passeports russes, et de renforcer illégalement l’imposition de lois et de structures administratives russes.Les États-Unis, Israël et l’Iran ont frappé des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des centrales électriques, des usines de dessalement et des ponts. Ces attaques, qui ont violé les lois de la guerre, auront probablement des conséquences négatives durables sur la santé et l’environnement des civils, a déclaré Human Rights Watch. 

Le droit international accorde un statut de protection particulier aux hôpitaux et autres établissements médicaux, au personnel de santé et aux moyens de transport médicaux, tels que les ambulances. Les établissements de santé, le personnel et les moyens de transport ne perdent leur statut de protection que s’ils sont utilisés en dehors de leur fonction humanitaire pour commettre des actes préjudiciables à la partie adverse. Ces attaques peuvent néanmoins être illégales si elles sont aveugles ou disproportionnées. Le droit interdit également les attaques contre les infrastructures civiles essentielles à la survie de la population, telles que les centrales électriques et les installations d’approvisionnement en eau.

Human Rights Watch a également souligné que de telles attaques sont susceptibles de violer le droit international des droits humains, en particulier du droit à la santé. En vertu de ce droit, qui s’applique en temps de conflit parallèlement au droit humanitaire, les États doivent respecter certaines obligations fondamentales qui constituent les niveaux minimaux essentiels de ces droits, dont le non-respect ne peut être justifié, même en temps de conflit. Les niveaux minimaux fondamentaux du droit à la santé comprennent l’accès non discriminatoire aux établissements, biens et services de santé ; à la nourriture, à un abri et à un logement ; à l’assainissement et à l’eau potable ; ainsi qu’aux médicaments essentiels.

« Même en temps de guerre, le droit à la santé doit demeurer intact », a conclu Julia Bleckner. « Les preuves d’attaques contre les services de santé en période de conflit sont accablantes. La seule question est de savoir si les pays agiront contre ces violations, ou s’ils resteront silencieux et laisseront ces attaques se poursuivre en toute impunité. »

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27.05.2026 à 18:17

Human Rights Watch
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Click to expand Image Une équipe de l’ONG britannique Mines Advisory Group (MAG) menait une opération de déminage sur des terrains agricoles partiellement contaminés dans le sud du Liban, le 10 novembre 2020. © 2020 John Wreford/SOPA Images/Sipa via AP Photo

(Beyrouth, 27 mai 2026) – L’adhésion récente du Liban à la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, alors même que ce pays traverse une période de conflit armé, met en evidence l’importance vitale de ce traité pour sauver des vies et reconstruire les communautés, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La décision du gouvernement libanais, devrait inciter d’autres pays, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, à soutenir également les normes mondiales contre les mines antipersonnel.

« L’adhésion du Liban à la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, alors même que des combats destructeurs ravagent le pays et la région, constitue une étape importante pour protéger la vie des civils, soutenir les victimes des mines et décontaminer les terres de communautés », a déclaré Verity Coyle, directrice adjointe de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Les États qui n’ont pas encore adhéré a la Convention devraient d’urgence suivre cet exemple. »

Les mines antipersonnel tuent et blessent des personnes de manière indiscriminée. Elles sont généralement posées manuellement, mais peuvent également être dispersées par des avions, des roquettes, des tirs d'artillerie, des drones ou des véhicules spécialisés. Les mines terrestres non déminées restent dangereuses jusqu'à ce qu'elles soient localisées et détruites. La présence de mines dans des terres est susceptible de provoquer le déplacement de civils, d’entraver l'acheminement d'aide humanitaire et d’empêcher les activités agricoles.

La Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel de 1997 (« Convention d’Ottawa ») interdit totalement l’utilisation des mines antipersonnel et exige des pays qu’ils détruisent leurs stocks, déminent les zones minées et viennent en aide aux victimes.

Le Liban est fortement contaminé par des mines terrestres antipersonnel. Malgré les efforts de déminage en cours qui permettent de retirer des milliers de mines chaque année, à la fin de 2024, au moins 15,79 kilomètres carrés de terres restaient contaminés par des mines terrestres et 4,67 kilomètres carrés supplémentaires étaient contaminés par des armes à sous-munitions, qui agissent en fait comme des mines terrestres. En 2023, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a estimé que cette contamination touchait au moins 200 000 personnes au Liban.

Entre 2015 et 2024, les mines ou les restes explosifs de guerre ont tué au moins 167 personnes au Liban.

Le gouvernement libanais a manifesté son intérêt pour une adhésion à la Convention depuis le début des années 2000, mais a invoqué la situation sécuritaire du pays comme un obstacle. En décembre 2009, le directeur du Centre libanais d'action contre les mines (CLAM) a affirmé que le Liban n’avait « jamais produit ni exporté de mines antipersonnel ». 

En janvier 2026, le Conseil des ministres libanais a publié un décret approuvant l’adhésion du pays à la Convention d’Ottawa.

Le 1er mai, le Liban a déposé son instrument d’adhésion à la Convention auprès des Nations Unies à New York devenant ainsi le 162ème pays à y adhérer. Le traité entrera en vigueur pour le Liban le 1er novembre 2026.

L'adhésion du Liban intervient à un moment critique pour la Convention, dont cinq États européens – l’Estonie, la Finlande la Lettonie et la Lituanie et la Pologne – ont annoncé leur retrait en 2025 ; l'Ukraine a tenté de suspendre ses obligations. Tous ces pays ont invoqué des préoccupations de sécurité comme principale raison de leurs décisions.

Le Liban est désormais tenu de soumettre un rapport de transparence initial à l’ONU et de commencer à mettre en œuvre les dispositions de la Convention sur tout territoire relevant de sa juridiction ou de son contrôle, en toutes circonstances.

D'autres États devraient suivre l'exemple du Liban et adhérer immédiatement à la Convention. Il s’agit notamment des pays suivants, dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord : l'Arabie saoudite, Bahreïn, l'Égypte, les Émirats arabes unis, l'Iran, Israël, la Libye, le Maroc et la Syrie.

« L’adhésion du Liban à au traité interdisant les mines antipersonnel renforce l’opposition mondiale à ces armes horribles, et devrait encourager d’autres États à faire de même », a conclu Verity Coyle. « Le fait que le Liban ait pris cet engagement juridique en pleine crise devrait rappeler aux autres pays pourquoi les traités internationaux protégeant les civils sont si essentiels. »

Human Rights Watch a cofondé la Campagne internationale pour l’interdiction des mines terrestres (ICBL), a dirigé le volet américain de cette campagne et contribue chaque année a la rédaction du rapport Landmine Monitor. L’ICBL a reçu le prix Nobel de la paix en 1997, conjointement avec sa coordinatrice, Jody Williams, pour ses efforts en faveur de l’adoption de la Convention d’Ottawa et pour ses contributions à une nouvelle diplomatie internationale fondée sur des impératifs humanitaires.

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27.05.2026 à 06:01

Human Rights Watch
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Click to expand Image Trois hommes cubains expulsés par les États-Unis étaient assis près de l'hôpital Juan Graham dans la ville de Villahermosa, la capitale de l’État de Tabasco dans le sud-est du Mexique, en mars 2026. © 2026 Josué Leal L'administration Trump a expulsé plus de 4 300 Cubains vers le Mexique, dont de nombreuses personnes âgées souffrant de graves problèmes de santé qui vivaient aux États-Unis depuis des années, voire des décennies. Beaucoup se retrouvent sans accès à un logement ni à des soins de santé. Ceux qui ne peuvent pas bénéficier d'une protection en tant que réfugiés sont pris au piège dans une situation juridique incertaine permanente.Les États-Unis devraient garantir aux personnes faisant l'objet d'une procédure d'expulsion un examen individuel de leur cas, l'accès à des évaluations pour examiner leurs demandes de protection, ainsi que des conditions de détention humaines si la détention est jugée nécessaire.Le Mexique devrait offrir aux personnes expulsées un accès d'urgence à un hébergement, à des soins de santé et à une voie d'accès à un statut juridique durable.

(Washington) – L’administration Trump a expulsé des milliers de Cubains hors des États-Unis vers le Mexique, dont de nombreuses personnes âgées, en leur refusant le droit à une procédure régulière, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; de nombreux Cubains expulsés se retrouvent sans ressources et privés d’accès aux services de base au Mexique.

27 mai 2026 “Casting Us Aside to Die”

Ce rapport de 66 pages, intitulé « “Casting Us Aside to Die” : Cubans and Other Third-Country Nationals Deported from the US to Mexico » (« “Rejetés pour nous laisser mourir” : Des Cubains et des ressortissants d’autres pays tiers expulsés par les États-Unis vers le Mexique »), documente les abus commis par le gouvernement américain à l’encontre de Cubains et de ressortissants d’autres pays qui ont été expulsés vers le Mexique, entre janvier 2025 et mars 2026. N'ayant aucun autre recours pour obtenir un permis de résidence permanente au Mexique, de nombreux Cubains expulsés, que le gouvernement cubain refuse d’accueillir, se retrouvent pris au piège dans un vide juridique. Depuis leur arrivée au Mexique, ils n'ont reçu que peu ou pas d'aide de la part du gouvernement mexicain ; beaucoup d’entre eux n'ont pas accès à un logement, à de la nourriture ou à des soins de santé.

« L’administration Trump utilise le Mexique comme un dépotoir pour les personnes qu’elle ne peut pas expulser vers leur pays d’origine, dont de nombreux Cubains qui vivaient aux États-Unis depuis des décennies », a déclaré Alcira Silva Hava, titulaire d’une bourse Leonard H. Sandler auprès de la division Droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch. « Le gouvernement mexicain ne leur offre aucun moyen d’obtenir un statut juridique durable en dehors du système d’asile, laissant ainsi beaucoup d’entre eux dans une situation incertaine, sans logement, sans médicaments et à la merci d’organisations criminelles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 53 individus – 41 hommes cubains et 12 ressortissants d’autres pays – expulsés par les États-Unis vers les villes de Tapachula (dans l’État de Chiapas) et Villahermosa (dans l’État de Tabasco), au Mexique. La majorité de ces hommes vivaient aux États-Unis, principalement en Floride, depuis des années, voire des décennies, après avoir fui Cuba en raison de la répression politique ou du manque de perspectives économiques. Beaucoup y avaient créé des entreprises et possédaient des maisons ; des membres de leurs familles se trouvent toujours aux États-Unis. La plupart ont 60 ans ou plus, et souffrent de maladies chroniques nécessitant un traitement médical continu.

Aucune des personnes interrogées n’a eu la possibilité de contester son expulsion vers le Mexique, ce qui constitue une violation de leurs droits à une procédure régulière en vertu du droit américain et du droit international. Les autorités américaines les ont expulsés sans papiers, sans argent et sans effets personnels. Bien que les autorités mexicaines aient accepté d’accueillir ces ressortissants cubains, elles les ont laissés dans des conditions dangereuses, sans accès à un logement ni à des soins de santé. Sans voie claire vers un statut légal, beaucoup n’ont guère de perspectives d’améliorer leur situation. Certains ont été contraints de vivre dans la rue, notamment dans des parcs ou devant des hôpitaux.

« Ils nous rejettent pour nous laisser mourir », a déclaré Harold A. (pseudonyme), un ressortissant cubain de 58 ans. « Il n’y a aucune aide. Nous ne pouvons pas travailler parce que nous n’avons pas de papiers. Ils ne nous donnent rien, absolument rien… Comment sommes-nous censés manger, payer notre loyer ? »

Les personnes expulsées ont été envoyées vers le sud du Mexique, où des villes comme Tapachula et Villahermosa connaissent des niveaux de violence élevés et disposent de capacités dérisoires pour fournir protection, logement, emplois et accès aux services publics. La plupart des personnes interrogées ont eu du mal à trouver un travail non abusif ou à accéder à des soins de santé. Les personnes âgées ont subi les conséquences les plus graves. Certaines se sont retrouvées privées des médicaments qu’elles prenaient depuis des années.

Human Rights Watch a constaté qu’entre le 20 janvier 2025 et le 9 mars 2026, les autorités américaines ont expulsé plus de 18 000 ressortissants de pays tiers, dont près de 13 000 – soit environ 70 % – ont été envoyés au Mexique en vertu d’un accord entre les deux gouvernements, dont les termes précis n’ont pas été divulgués. Les Cubains constituaient le groupe le plus important : 4 353 personnes cubaines ont été expulsées vers le Mexique au cours de cette période.

Expulsion de Cubains par les États-Unis vers Cuba et le Mexique, par mois Click to expand Image Tableau montrant la forte hausse du nombre d’expulsions de Cubains par les États-Unis vers le Mexique et Cuba, par mois, depuis le début du deuxième mandat du president Trump, le 20 janvier 2026.  © 2026 Human Rights Watch (infographie)

Parmi eux, 55 % avaient déjà fait l’objet d’une condamnation pénale aux États-Unis, 16 % faisaient l’objet d’une procédure en cours mais n’avaient pas été condamnés, et 26 % n’avaient aucun casier judiciaire. Seuls 16 % avaient été condamnés pour une infraction violente ou potentiellement violente. Le ciblage massif des résidents permanents cubains de longue date et leur expulsion vers le Mexique n’étaient pas une pratique courante aux États-Unis avant le second mandat du président Donald Trump.

Les Cubains et les autres ressortissants de pays tiers expulsés ont été victimes de nombreux abus de la part du gouvernement américain. Dans les centres de détention pour immigrants aux États-Unis, beaucoup ont subi la surpopulation, des températures extrêmes, une alimentation insuffisante, un accès limité aux soins médicaux et un manque d’informations sur leur dossier, ainsi que des violences physiques et verbales de la part des gardiens. Jusqu’en avril 2026, la loi mexicaine limitait fortement leurs déplacements vers d’autres États mexicains en exigeant une pièce d’identité valide pour voyager à l’intérieur du pays, les empêchant de fait de rechercher de meilleures conditions de vie ou des opportunités dans d’autres régions du pays.

La demande d’asile est pratiquement la seule voie légale dont disposent les personnes expulsées pour obtenir un statut juridique permanent au Mexique, mais beaucoup de ceux qui ont quitté Cuba depuis des décennies n’ont tout simplement pas, ou ne sont probablement pas en mesure de démontrer, une crainte fondée de persécution dans ce pays.

Même pour ceux qui souhaitent déposer une demande d’asile, la procédure est ardue. L’administration de l’Agence mexicaine d’aide aux réfugiés, qui manque de ressources, est lente et accablée par des exigences procédurales qui rendent très difficile l’accès à l’asile ou à une protection similaire.

Le gouvernement américain devrait se conformer aux exigences procédurales de la loi sur l’immigration et la nationalité (Immigration and Nationality Act), qui garantissent à chaque personne une possibilité réelle de contester son pays de renvoi. Les transferts ne devraient avoir lieu que dans le cadre d’accords transparents, et tous les États d’accueil devraient garantir des procédures d’asile complètes et équitables ainsi qu’une protection durable à ceux qui y ont droit. Dans la mesure où la loi américaine le permet, les autorités devraient également prendre en compte l’âge, la santé physique et mentale, le handicap et les liens familiaux aux États-Unis avant d’exécuter les ordonnances de renvoi vers des pays tiers.

Le gouvernement mexicain ne devrait accepter les transferts de personnes que dans le cadre d’accords transparents garantissant le respect des garanties procédurales et du droit international, et devrait garantir des évaluations de protection complètes et équitables, y compris l’accès à l’asile. Le Mexique a une responsabilité particulière envers les personnes qu’il a acceptées, en sachant que leurs pays d’origine avaient refusé de les accueillir.

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Articles

Le Monde

CiberCuba

 

27.05.2026 à 06:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image L’ensemble sculptural « Chaîne d'esclaves à quatre jougs », provenant du couvent vaudou de Dexue à Adounko (Bénin) et datant du XIXème siècle, était exposé au Mémorial ACTe (Centre caribéen d'expressions et de mémoire de la traite et de l'esclavage) à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, le 8 mai 2015. © 2015 Nicolas Derne/AFP via Getty Images

Le 21 mai dernier, le président français Emmanuel Macron a évoqué la nécessité d’aborder la question de réparations liées au rôle de la France dans la traite transatlantique des esclaves.

Le président Macron a déclaré que la question des réparations pour les crimes liés à l’esclavage ne devrait plus être ignorée. Il a également mis en garde contre les « fausses promesses », soulignant que l’héritage de l’esclavage ne pourrait jamais être entièrement réparé, car cela est « impossible ». Emmanuel Macron a aussi soutenu l’abrogation symbolique du « Code Noir », qui n’a jamais été aboli, et qui consistait en une série de décrets royaux des XVIIème et XVIIIème siècles régissant l’esclavage dans les colonies françaises.

La France a été l’une des principales nations européennes impliquées dans la traite transatlantique des esclaves.

Les propos tenus par le président Macron, lors de la commémoration du 25ème anniversaire de la loifrançaise reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique des esclaves comme des crimes contre l’humanité, ont marqué un tournant rhétorique notable pour le gouvernement français. Emmanuel Macron s’est toutefois abstenu de préciser la nature des réparations qu’il envisage, et d’indiquer si celles-ci incluraient une compensation financière.

Le président Macron a mis l’accent sur des initiatives liées à la mémoire, à l’éducation et à la recherche, tout en apportant son soutien à un projet international de recherche scientifique lancé par le Ghana sur l’héritage de l’esclavage. Ces mesures, bien qu’importantes, ne sauraient se substituer à un cadre de réparation global prévoyant des réparations complètes, comprenant notamment des mesures visant à lutter contre les inégalités systémiques actuelles et le racisme enraciné dans l’héritage de l’esclavage.

Les organisations de la société civile, les descendants d’esclaves, ainsi que les États d’Afrique et des Caraïbes — y compris les départements français d’outre-mer— ont appelé à plusieurs reprises la France et d’autres anciennes puissances coloniales européennes à prendre des mesures de réparation qui touchent à la vie quotidienne des communautés, lesquelles continuent de subir les conséquences de l’héritage colonial et de l’esclavage. La pression internationale en faveur des réparations ne cesse de s’intensifier. En mars, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution présentée par le Ghana, qui qualifiait la traite transatlantique des esclaves de « crime contre l’humanité » et reconnaissait les réparations comme une voie vers la justice. La France, ainsi que d’autres États membres de l’Union européenne, se sont abstenus lors du vote, une décision qui a suscité des critiques, notamment de la part des représentants des territoires français d’outre-mer.

Alors que les réparations figurent désormais à l’ordre du jour politique, le gouvernement français devrait mettre en place un cadre national fondé sur le droit international des droits humains et les normes internationales, en vue d’octroyer des réparations complètes pour les préjudices passés et présents liés à l’héritage colonial et esclavagiste de la France.

26.05.2026 à 06:01

Human Rights Watch
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Click to expand Image Une femme marchait dans une rue de Severodonetsk, ville occupée par les forces russes dans la région de Louhansk dans l'est de l'Ukraine, le 8 août 2024 ; à l’arrière-plan, les dommages subis par l’immeuble résidentiel de gauche lors de frappes russes étaient encore visibles. © 2024 Alexander Ermochenko/Reuters Les autorités d'occupation russes saisissent des biens civils dans les zones occupées d'Ukraine, alors que le droit international interdit aux puissances occupantes de se livrer à de tels agissements.Les autorités ont mis en place une procédure fictive visant à déclarer les biens « sans propriétaire » et à les transférer à la propriété municipale, tout en imposant des obstacles administratifs et des restrictions de déplacement qui rendent pratiquement impossible pour les Ukrainiens déplacés de faire valoir leurs droits.Les autorités russes devraient mettre fin à ces saisies illégales et abusives de biens et respecter leurs obligations en tant que puissance occupante en vertu du droit international humanitaire et des droits humains dans les zones occupées d'Ukraine.

(Kiev, 26 mai 2026) – Les autorités russes saisissent illégalement des biens civils appartenant à des Ukrainiens dans les zones occupées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le droit international interdit pourtant aux puissances occupantes de confisquer ou de s’approprier des biens privés, sauf si cela est strictement nécessaire pour des raisons militaires.

Les autorités d’occupation ont mis en place une procédure leur permettant de désigner des biens privés comme étant « sans propriétaire » et de les transférer à la municipalité, tout en faisant pression sur les propriétaires ukrainiens pour qu’ils obtiennent la citoyenneté russe s’ils souhaitent confirmer leur propriété ou contester les saisies. Pour des millions d’Ukrainiens déplacés, ainsi que pour ceux qui résident toujours dans les territoires occupés depuis 2022 et refusent de se conformer aux lois russes, la saisie de leurs biens les prive de fait de leur logement, de leurs revenus ou des moyens de subvenir à leurs besoins. Conjuguées aux obstacles administratifs et aux restrictions de déplacement imposés par la Russie, ces mesures compromettent la capacité des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur du pays à rentrer chez eux en toute sécurité et dans la dignité.

 « Des millions d’Ukrainiens ont été contraints de fuir leurs foyers dans les zones sous occupation russe en raison de la guerre en cours », a déclaré Yulia Gorbunova, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale, chargée de recherches sur l'Ukraine. « Aujourd’hui, ils sont également confrontés à la saisie illégale de leurs biens, la Russie faisant ouvertement fi de ses obligations en tant que puissance occupante. »

Entre janvier et novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 25 civils ukrainiens qui possèdent des biens dans les zones occupées ou qui en sont récemment revenus, ainsi que des responsables ukrainiens, des défenseurs des droits humains et des avocats. La plupart des entretiens ont été menés en personne en Ukraine, et certains par téléphone. Certaines personnes interrogées ont demandé à rester anonymes. Human Rights Watch a également examiné plus de 300 jugements rendus entre mars 2024 et janvier 2026 par des tribunaux mis en place par les autorités russes dans les zones occupées des régions de Donetsk et de Louhansk.

À la suite de leur invasion à grande échelle en février 2022, les autorités russes ont prétendu annexer les régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia ; ces mesures ne sont pas reconnues comme légales en vertu du droit international. Les autorités russes ont mis en place leurs propres structures administratives et systèmes juridiques dans les zones occupées et ont adopté des politiques facilitant la saisie de biens privés, ce qui n’a pas non plus de légitimité en vertu du droit international.

Au moyen d’une procédure administrative illégale et opaque, les autorités d’occupation désignent comme « sans propriétaire » les biens privés qui ne sont pas réenregistrés en vertu de la législation russe, après quoi les tribunaux les transfèrent à la propriété municipale.

Les propriétaires ukrainiens sont tenus d’obtenir la citoyenneté russe pour participer à ce processus. Ils doivent se présenter en personne pour se conformer à la désignation ou au transfert, ou pour les contester. La loi autorise la présence d’un représentant légal, mais uniquement si celui-ci est titulaire d’un passeport russe et agit sur la base d’une procuration délivrée par un titulaire de passeport russe. Les civils déplacés sont confrontés à d’importants obstacles en matière de sécurité, de logistique et de finances qui rendent les déplacements vers les zones occupées pratiquement impossibles.

La législation fédérale russe obligeait les propriétaires détenant des titres de propriété délivrés par l'Ukraine à réenregistrer leurs biens immobiliers conformément à la législation russe avant janvier 2028. Cependant, fin 2025, les autorités ont avancé cette échéance au mois de juillet 2026, affirmant que les résidents avaient déjà eu « largement le temps » de réenregistrer leurs biens immobiliers.

Bien que la loi russe n’exclue pas explicitement les détenteurs de passeports ukrainiens de la réinscription des biens immobiliers, Human Rights Watch a constaté que, dans la pratique, les fonctionnaires refusaient systématiquement d’accepter les passeports ukrainiens. Aucun des détenteurs de passeports ukrainiens interrogés n’a pu enregistrer un bien immobilier selon les règles russes, que ce soit en personne ou par l’intermédiaire d’un représentant légal. Une fois qu’un bien immobilier est désigné comme « sans propriétaire », seuls les détenteurs de passeports russes peuvent contester cette désignation.

Une fois que les autorités identifient un bien immobilier comme présentant des « signes d’absence de propriétaire » – l’absence de réenregistrement étant un facteur clé –, elles affichent des avis à l’entrée des immeubles ou sur les sites web des administrations locales, auxquels il peut être impossible d’accéder depuis le territoire contrôlé par l’Ukraine en raison des restrictions Internet imposées par les autorités ukrainiennes. Le propriétaire dispose alors de 30 jours pour se présenter devant les autorités d’occupation afin de confirmer sa propriété.

La désignation de « sans propriétaire » est souvent appliquée même lorsque les autorités connaissent l’identité du propriétaire.

« C’est comme s’ils les déclaraient sans propriétaire tout en admettant qu’ils ont des propriétaires », a déclaré un habitant déplacé de Marioupol. « La condition principale [des autorités russes] est que la personne soit présente [pour enregistrer l’appartement dans le registre russe] et qu’elle possède un passeport russe. Pour moi, c’est tout à fait inacceptable.»

Human Rights Watch a recensé 16 cas de ce type sur la base de témoignages directs ; dans deux d’entre eux, les autorités ont saisi des biens sans en avertir les propriétaires.

En vertu des restrictions actuelles, les détenteurs d’un passeport ukrainien souhaitant entrer dans les territoires occupés doivent transiter par la Russie, où ils sont soumis à des contrôles intrusifs par les gardes-frontières du Service fédéral de sécurité (FSB), notamment des interrogatoires et des inspections de leurs téléphones. Selon l’organisation de la société civile ukrainienne East SOS, seule une personne sur quatre soumise à ce processus de « filtrage » est autorisée à poursuivre son voyage. Ces restrictions rendent la conformité impossible pour de nombreux Ukrainiens déplacés.

« D’un côté, les autorités affirment que les propriétaires doivent se présenter dans les 30 jours pour prouver leur propriété », a déclaré un résident déplacé de Sieverodonetsk, âgé de 75 ans. « Mais personne ne passe le processus de filtrage. »

En août 2025, les autorités russes ont indiqué que 4,6 millions de biens immobiliers avaient été enregistrés dans les quatre régions occupées depuis septembre 2024, identifiant 550 000 biens sans documentation, ce qui les exposait au risque d’être considérés comme « sans propriétaire ».

Depuis le début de l’occupation et jusqu’en novembre 2025, selon la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine, les autorités d’occupation russes ont émis des avis identifiant plus de 38 000 biens immobiliers comme « potentiellement “abandonnés” ». L’ONU a également signalé que les autorités d’occupation des régions de Donetsk et de Louhansk avaient déjà officiellement désigné 5 557 biens immobiliers comme « abandonnés ». Une fois que les autorités d'occupation ont désigné une propriété privée comme « sans propriétaire », elles demandent aux tribunaux de la transférer officiellement à la municipalité.

Human Rights Watch a recensé environ 8 000 affaires judiciaires concernant des saisies de biens immobiliers, déposées entre mars 2024 et janvier 2026 devant 25 tribunaux des zones occupées. Le nombre total est très probablement plus élevé, car tous les tribunaux ne publient pas leurs décisions ni ne disposent de sites web accessibles. Les dossiers judiciaires montrent un mépris systématique des preuves de propriété et des efforts déployés par les propriétaires pour faire valoir leurs droits.

Les autorités d'occupation russes à Marioupol ont commencé à attribuer les appartements confisqués à de nouveaux résidents. Les autorités russes ont encouragé l'installation de citoyens russes à Marioupol par le biais de campagnes médiatiques et de prêts immobiliers à faible taux d'intérêt.

En tant que puissance occupante, la Russie n’a pas le droit, en vertu du droit international, y compris de la quatrième Convention de Genève, de transférer sa propre population civile sur le territoire qu’elle occupe. De tels transferts constituent un crime de guerre, passible de poursuites en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). La Russie est également tenue de respecter la propriété privée et n’a pas le droit de la saisir, sauf lorsque cela est strictement requis par la nécessité militaire. Elle doit également respecter les droits de propriété, garantir une procédure régulière et éviter toute discrimination en vertu du droit international des droits humains.

Les autorités russes devraient mettre fin aux saisies illégales de biens dans les zones occupées d’Ukraine. Elles devraient également mettre fin aux politiques qui modifient la composition démographique des zones occupées, notamment les pressions coercitives visant à obtenir la citoyenneté russe et la discrimination fondée sur la nationalité, et lever les restrictions empêchant les Ukrainiens de se rendre dans les territoires occupés.

Les efforts internationaux en matière de responsabilité pénale devraient mettre davantage l’accent sur les violations commises par la Russie dans le cadre de l’occupation. L’Union européenne et le Conseil de l’Europe devraient veiller à ce que les mécanismes nouvellement mis en place, tels que le Registre des dommages pour l’Ukraine et la Commission des réclamations, traitent ces violations et accordent des réparations aux victimes.

« Les lois et politiques russes dans les zones occupées visent à masquer la saisie illégale de biens civils sous un vernis de légalité, ce qui constitue à la fois une violation du droit international et une atteinte aux moyens de subsistance de millions d’Ukrainiens », a conclu Yulia Gorbunova. « Les autorités russes devraient immédiatement mettre fin à ces pratiques illégales. »

Suite détaillée en anglais en ligne ici.

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26.05.2026 à 04:01

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des contractuels militaires privés parlaient en espagnol près d’un combattant des Forces de soutien rapide, ou FSR (à gauche) derrière le mur d’une maison à El Fasher, capitale du Nord-Darfour au Soudan. Capture d’écran d’une vidéo publiée en 2025.  © 2025 Privé Avec le soutien apparent des EAU, des contractuels militaires privés colombiens ont été déployés au Soudan pour appuyer les Forces de soutien rapide (FSR), coupables d’exactions.Ce déploiement vient s'ajouter aux preuves attestant du soutien militaire des EAU aux Forces de soutien rapide, qui ont commis des atrocités généralisées au Soudan.D'autres pays devraient exiger l'ouverture d'enquêtes, en vue de sanctions éventuelles et visant tous les individus, dont des responsables émiratis, contre lesquels il existe des preuves crédibles qu’elles ont fourni une assistance militaire aux Forces de soutien rapide.

(Beyrouth) – Des contractuels militaires privés colombiens apparemment engagés par une société basée aux Émirats arabes unis (EAU) ont transité par des bases militaires des EAU avant d'être déployés au Soudan pour y soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), responsables d'abus, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. Ceci constitue une preuve supplémentaire indiquant que les EAU fournissent une assistance aux Forces de soutien rapide, ou contribuent de manière substantielle à leur capacité à commettre des crimes de guerre.

25 mai 2026 From Bogotá to El Fasher

Le rapport de 83 pages, intitulé « From Bogotá to El Fasher: UAE’s Role in the Deployment of Colombian Fighters and Other Backing to the Rapid Support Forces in Sudan » (« De Bogotá à El Fasher : Le rôle des EAU dans le déploiement de combattants colombiens et autres formes de soutien aux Forces de soutien rapide au Soudan »), apporte des preuves démontrant que, depuis 2024, la société de sécurité Global Security Services Group (GSSG), basée à Abou Dhabi, a recruté des centaines de combattants colombiens qui ont ensuite été déployés au Soudan pour combattre aux côtés des FSR, qui affrontent les Forces armées soudanaises (FAS). Human Rights Watch a recueilli des preuves indiquant que des contractuels militaires privés se trouvaient à El Fasher, la capitale du Darfour du Nord, en octobre 2025, lorsque les FSR ont pris le contrôle de la ville et ont commis des massacres et des viols à grande échelle. La Mission internationale d’établissement des faits de l’ONU sur le Soudan a déclaré que ces événements présentaient « les caractéristiques d’un génocide ».

« Le recrutement de contractuels militaires privés colombiens vient s'ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses que les EAU apportent un soutien militaire aux Forces de soutien rapide, responsables d'atrocités répétées au Soudan », a déclaré Mausi Segun, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient exiger publiquement que les EAU cessent de fournir des armes, du matériel, du personnel et tout autre forme de soutien militaire aux Forces de soutien rapide. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux contractuels militaires privés colombiens déployés au Soudan, un ancien employé de GSSG, huit habitants d'El Fasher et sept autres sources, dont d'anciens officiers de l'armée colombienne. L'organisation a examiné des documents d'entreprise et des documents officiels, et vérifié et géolocalisé des photographies et des vidéos publiées en ligne, notamment par les combattants eux-mêmes. Certaines montraient des contractuels colombiens combattant aux côtés des FSR au Soudan et s'entraînant dans des installations militaires des EAU.

Le recrutement était officiellement mené par des entités privées, mais Human Rights Watch a constaté que les recrues transitaient par une base militaire des EAU à Ghiyathi et par une installation militaire à Al Wathba, toutes deux situées dans l'émirat d'Abou Dhabi.

Un contractuel a déclaré qu'à son arrivée aux EAU, il avait contourné les contrôles d'immigration : « Ils n'ont pas tamponné nos passeports. » Il a ajouté qu'avec d'autres combattants, il avait été immédiatement transféré à la base de Ghiyathi, où il a reçu une formation dispensée par des Émiratis. Human Rights Watch a également identifié quatre autres contractuels qui, comme le montrent des photos et des vidéos authentifiées, ont fait escale aux EAU avant leur déploiement au Soudan. Les premières preuves publiques de la présence de Colombiens au Soudan sont apparues dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux en novembre 2024, soit 19 mois après le début du conflit. Les Forces conjointes des mouvements armés, une coalition de groupes armés alliés aux Forces armées soudanaises, qui ont filmé ces vidéos, avaient intercepté un convoi de Colombiens entrés au Soudan par la Libye.

Itinéraires des combattants colombiens vers le Soudan, via les EAU et la Libye

Click to expand Image Carte montrant l'itinéraire du voyage de certains contractuels militaires privés colombiens vers le Soudan via les Émirats arabes unis et la Libye, selon les informations fournies par l’un d’entre eux à Human Rights Watch.  © 2026 Human Rights Watch (graphisme)

Itinéraires des combattants colombiens vers le Soudan, via la Somalie, les EAU et le Tchad

Click to expand Image Carte montrant l'itinéraire du voyage d’autres contractuels militaires privés colombiens vers le Soudan via la Somalie, les Émirats arabes unis et le Tchad.  © 2026 Human Rights Watch (graphisme)

Les Colombiens étaient en possession d'obus de 81 mm de fabrication bulgare, qui, selon la chaîne française France 24, provenaient des stocks des forces armées des EAU. Il s'agissait de l'un des trois types d'équipements militaires qui se sont retrouvés entre les mains des FSR en violation de leurs accords d'utilisation finale, selon des recherches menées par Human Rights Watch, Amnesty International et France 24.

Human Rights Watch a authentifié et géolocalisé des vidéos montrant des contractuels militaires privés étrangers, apparemment colombiens, combattant à El Fasher lors de la prise de la ville par les FSR à l'automne 2025. Les habitants ont subi des exactions généralisées, notamment des meurtres, des viols, la famine et des attaques ciblées contre des personnes handicapées. Six témoins ont déclaré avoir vu des combattants étrangers « blancs » sur les lieux des massacres perpétrés par les FSR, portant le même équipement de protection que celui visible dans ces vidéos : casques, gilets pare-balles et genouillères.

Un combattant colombien a affirmé avoir entraîné des recrues des FSR dans des camps situés autour de Nyala — utilisée par les FSR comme base principale au Darfour du Sud — vers avril 2025, et que bon nombre de ces recrues étaient de « jeunes enfants ». Le média colombien La Silla Vacía a également rapporté que certains contractuels avaient entraîné des enfants soldats pour les FSR.

Le droit international interdit le recrutement et l'utilisation d'enfants dans les conflits armés, ce qui constitue un crime de guerre lorsque les enfants ont moins de 15 ans. En 2024, le Secrétaire général de l'ONU a vérifié 16 cas de recrutement d'enfants par les FSR et a inscrit ce groupe armé sur la « liste noire » de l'ONU pour les graves violations commises contre les enfants dans les conflits.

La société Global Security Services Group a été fondée en 2016 par Ahmed Mohammed al-Humairi, Secrétaire général de la Cour présidentielle des Émirats arabes unis, selon un rapport de 2025 de The Sentry, une organisation non gouvernementale d'investigation. Al- Le supérieur hiérarchique d’Ahmed al-Humairi est le Vice-président des EAU, Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, frère du Président Mohamed bin Zayed Al Nahyan et président de la Cour présidentielle. En 2017, Ahmed al-Humairi a cédé ses parts dans GSSG à Mohamed Hamdan al-Zaabi, un partenaire commercial de longue date, d'après The Sentry.

GSSG se targue d'être « la première société de sécurité privée des Émirats arabes unis à avoir obtenu une licence de sécurité armée ». Jusqu'à récemment, elle mettait également en avant le fait que des ministères émiratis clés figuraient parmi ses clients et qu'elle était « le seul prestataire de services de sécurité privée armée pour le gouvernement des EAU ». Un ancien employé a déclaré que des membres éminents de la famille régnante comptaient probablement parmi les clients de la société, une affirmation corroborée par un ensemble de courriels divulgués et examinés par Human Rights Watch. Mohamed Al-Zaabi continue de faire des affaires avec Ahmed al-Humairi.

Les EAU ont toujours nié fournir un soutien militaire aux FSR, affirmant que l'assistance apportée est humanitaire. Cependant, les autorités de l'État émirati devraient être pleinement informées des activités se déroulant sur le territoire émirati, et plus particulièrement sur les propriétés gouvernementales ainsi que les bases militaires. Les EAU sont un État autoritaire fortement centralisé.

Selon la législation des EAU, les sociétés de sécurité privées sont tenues de coordonner leurs activités avec les autorités des EAU et de veiller à ce que leurs activités ne soient pas en conflit avec d'autres mesures de sécurité.

Human Rights Watch a écrit à GSSG, aux autorités des EAU ainsi qu’à d'autres parties impliquées dans le recrutement et le déploiement apparents de contractuels militaires privés ou d'autres formes de soutien militaire aux FSR, en leur fournissant un résumé de ses conclusions, mais n'a reçu aucune réponse.

Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait demander à son Groupe d'experts sur le Soudan d'enquêter sur GSSG, y compris sur Mohamed al-Zaabi, pour leur rôle apparent dans le soutien aux FSR, en violation de l'embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité de l'ONU au Darfour en 2004. Le Conseil devrait également demander au Groupe d’experts d'enquêter sur d'autres acteurs, notamment les entreprises privées susceptibles d'aider les FSR, et imposer des sanctions aux personnes physiques et morales fournissant un tel soutien.

Les autres gouvernements, ainsi que l'Union européenne et l'Union africaine, devraient également enquêter sur GSSG et Mohamed al-Zaabi, en vue d'adopter des sanctions ciblées. Les États devraient suspendre toute coopération militaire et toute vente d'armes aux EAU. L’UE et d’autres États devraient utiliser l’effet de levier que leur confèrent les négociations bilatérales avec les EAU pour faire pression sur leurs autorités afin qu’elles mettent fin à leur soutien aux FSR.

« Les victimes civiles paient le prix du manque de volonté de dénoncer le soutien des EAU aux FSR », a conclu Mausi Segun. « Les autres pays devraient cesser d’accepter les démentis catégoriques des EAU concernant leur soutien aux FSR, qui contredisent les faits, et mettre fin à leur impunité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. »

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25.05.2026 à 12:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image L'ex-dictateur tchadien Hissène Habré, lors de son procès à Dakar, au Sénégal, en 2015. © 2015 Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS)

(Nairobi) – La condamnation en 2016 au Sénégal de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré a constitué un moment décisif dans la lutte contre l’impunité pour les crimes les plus graves, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et la Commission internationale de juristes (CIJ). Ce verdict a couronné une campagne de 25 ans menée par les victimes de Habré. C’était la première fois que les juridictions nationales d’un pays jugeaient et condamnaient l’ancien dirigeant d’un autre pays pour des crimes internationaux graves, en application du principe de compétence universelle.

Le 30 mai 2016, les Chambres africaines extraordinaires (CAE), un tribunal soutenu par l’Union africaine au sein du système judiciaire sénégalais, ont condamné Habré à la réclusion à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture, y compris des faits d’esclavage sexuel et de viol. Habré a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 avec le soutien des États-Unis et de la France. Son gouvernement a été responsable d’exécutions politiques généralisées, d’actes de torture systématiques et de milliers d’arrestations arbitraires. Habré est décédé en août 2021, après huit années de détention.

« Les victimes de Habré l’ont poursuivi pendant 25 ans et l’ont traduit en justice alors que presque tout le monde disait que c’était impossible », a déclaré Reed Brody, membre de la Commission internationale de juristes qui a travaillé avec les victimes de Habré au nom de Human Rights Watch. « Leur message aux dictateurs d’aujourd’hui est clair : la justice peut vous rattraper. Et aux victimes du monde entier : ne baissez jamais les bras. »

Cette affaire a façonné durablement la justice internationale à plusieurs égards, ont indiqué la CIJ et Human Rights Watch.

Le modèle des CAE, tribunal hybride « régionalisé » chargé de poursuivre des crimes internationaux, a inspiré l’adoption en décembre 2024 du statut d’un tribunal hybride entre la Gambie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), destiné à juger les crimes commis sous l’ancien président gambien Yahya Jammeh.

Les Chambres africaines extraordinaires ont été créées à la suite de l’arrêt rendu en 2012 par la Cour internationale de Justice dans l’affaire Belgique c. Sénégal, jugeant que le Sénégal était tenu, en vertu de la Convention des Nations Unies contre la torture, soit de poursuivre Habré, soit de l’extrader. La Cour a également jugé que ces obligations étaient dues par le Sénégal à l’ensemble des États parties au traité — erga omnes partes —, permettant ainsi à tout pays ayant ratifié la Convention, dont la Belgique, de saisir la Cour internationale de Justice en cas de non-respect. Cette voie juridique a ensuite inspiré les procédures engagées par le Canada et les Pays-Bas contre la Syrie pour torture, ainsi que les affaires Gambie c. Myanmar et Afrique du Sud c. Israël au titre de la Convention sur le génocide.

« L’affaire Habré a permis le procès d’un ancien chef d’État devant un tribunal régional doté d’un mandat de l’Union africaine, avec les survivants au centre du processus », a déclaré Liz Evenson, directrice du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « La campagne pour la justice face aux crimes de Habré continue d’inspirer les efforts de lutte contre l’impunité en Afrique et dans le monde entier. »

Le jugement a également fait progresser la jurisprudence sur la torture et les violences sexuelles, notamment le viol et l’esclavage sexuel, en reconnaissant par exemple que l’esclavage sexuel relève de l’interdiction coutumière de l’esclavage en tant que crime de guerre, et de la réduction en esclavage en tant que crime contre l’humanité. Des Tchadiennes survivantes de viol ont rompu 25 ans de silence pour témoigner dans cette affaire.

La condamnation de 2016 a été confirmée en avril 2017 par la Chambre d’appel des CAE, qui a accordé environ 123 millions d’euros de réparations à près de 7 400 victimes et survivants nommément désignés.

En 2024, le gouvernement tchadien a distribué environ 15 millions d’euros aux survivants et aux familles — soit environ 1 400 euros par victime —, une avancée longtemps attendue mais partielle, entachée d’irrégularités. Le fonds fiduciaire de l’Union africaine établi pour collecter et verser les réparations ordonnées par les CAE n’est toujours pas opérationnel.

Au Tchad, une condamnation parallèle prononcée en 2015 contre 20 hauts responsables de la police politique de Habré prévoyait également des réparations ainsi que la construction d’un mémorial et la transformation du siège de la police politique en musée — mesures dont aucune n’a été mise en œuvre. Au contraire, le gouvernement tchadien a cherché à « réhabiliter » la mémoire de Habré, ont indiqué la CIJ et Human Rights Watch. Le gouvernement a expulsé Reed Brody du Tchad en 2024, alors qu’il s’y était rendu pour participer à une conférence sur l’héritage de cette affaire.

Les deux organisations ont déclaré que le dixième anniversaire du verdict devrait conduire l’Union africaine, le Sénégal, le Tchad et les États donateurs à appliquer pleinement les réparations ordonnées, à remédier aux irrégularités constatées dans la distribution opérée par le Tchad en 2024, à rendre opérationnel le fonds fiduciaire de l’Union africaine et à mettre en œuvre les mesures symboliques ordonnées par la justice tchadienne.

« Dix ans après, les survivants qui ont rendu ce procès possible attendent toujours les réparations intégrales que les tribunaux leur ont accordées, et que le gouvernement reconnaisse leurs souffrances », a déclaré Jacqueline Moudeina, avocate tchadienne des victimes. « L’héritage de cette affaire ne se mesurera pas seulement à ce que les juges ont écrit il y a dix ans, mais à ce que le gouvernement tchadien fera aujourd’hui. »

22.05.2026 à 06:30

Human Rights Watch
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Click to expand Image Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, serrait la main de la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, à Kinshasa, le 21 mai 2026.  © 2026 Cabinet de la Première ministre, CELCOM, CNTIC

(Kinshasa) – Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, a exhorté les hauts responsables congolais à respecter la liberté d’expression, à mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires et à garantir l’obligation de rendre des comptes pour les abus, lors de sa visite en République démocratique du Congo du 17 au 21 mai 2026, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Cette visite s’est déroulée dans un contexte marqué par l’occupation de l’est de la RD Congo par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda ; par une vague de répression à l’encontre des journalistes, des activistes et des membres de l’opposition politique ; et par une utilisation à nouveau de sites de détention secrets dans la capitale, Kinshasa.

« La répression actuelle en RD Congo rappelle de manière inquiétante l’ère Joseph Kabila, de nombreux activistes congolais et opposants politiques vivant dans la crainte de représailles de la part des autorités simplement pour avoir exprimé leur opinion », a déclaré Philippe Bolopion. « Human Rights Watch craint que les restrictions de la liberté d’expression et des critiques envers des responsables ne débouchent sur une répression plus large. »

Lors de son séjour à Kinshasa, Philippe Bolopion a rencontré des hauts responsables gouvernementaux, notamment la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, ainsi que les ministres de la Défense, de la Communication et des Médias, et de la Justice. Il a également rencontré des victimes de violations des droits humains et leurs proches, des dirigeants de la société civile et des chefs religieux, des activistes des droits humains, des membres de la communauté banyamulenge (une minorité tutsie congolaise originaire de l’est de la RD Congo), des membres de partis politiques d’opposition, la Commission Nationale des Droits de l’Homme, des représentants des Nations Unies, et des diplomates étrangers. Philippe Bolopion a tenu une conférence de presse à Kinshasa le 21 mai.

Human Rights Watch a documenté plusieurs cas dans lesquels le Conseil national de cyberdéfense (CNC), une agence rattachée à la présidence, a arbitrairement arrêté et fait disparaître de force des dissidents, les détenant dans des lieux secrets sans inculpation officielle ni accès à un avocat.

« Je vois mon mari une fois par semaine, mais je ne sais pas où il se trouve », a déclaré une femme dont le mari avait été enlevé à leur domicile une nuit. « On me bande les yeux et je ne sais pas où on m’emmène. »

« Les informations en provenance de Kinshasa faisant état d’un vaste réseau de lieux de détention secrets, hors de toute procédure judiciaire, envoient un message effrayant à la société civile congolaise », a déclaré Philippe Bolopion. « C’est une pratique que le président Félix Tshisekedi s’était engagé à faire cesser lors de son entrée en fonction. »

Des responsables gouvernementaux ont indiqué à Philippe Bolopion que certaines des personnes arrêtées étaient détenues dans des villas et que les autorités étaient encore en train de finaliser les enquêtes à leur encontre avant de les transférer au système judiciaire. Ils ont également indiqué que des réformes concernant le CNC étaient en cours et qu’à l’avenir, aucune arrestation ne serait effectuée sans la présence de la police judiciaire, qui agit sous l’autorité du parquet pour enquêter sur les crimes.

« Les graves défis sécuritaires auxquels la RD Congo est confrontée ne peuvent justifier une atteinte à l’état de droit et aux droits humains fondamentaux », a déclaré Philippe Bolopion. « Les autorités devraient transférer les personnes détenues arbitrairement vers le système judiciaire, fournir à leurs familles des informations sur leur lieu de détention, et respecter les normes de procédure régulière. »

Des membres de l’opposition politique et des activistes de la société civile ont exprimé leur inquiétude quant à un éventuel amendement constitutionnel visant à prolonger le mandat du président au-delà de la limite de deux mandats. Cette question s’était déjà posée lorsque le président de l’époque, Joseph Kabila, était resté au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle.

Lors de ses entretiens avec des responsables, Philippe Bolopion a fait part de ses préoccupations concernant les graves exactions commises par les parties au conflit dans l’est de la RD Congo, y compris l’armée congolaise, la milice alliée Wazalendo et les groupes armés pro-gouvernementaux, ainsi que l’armée rwandaise et le M23. Il a réaffirmé l’importance de respecter le droit international humanitaire, y compris lors de frappes aériennes, et d’assurer la protection et la libre circulation des civils ; il a aussi appelé à un regain d’efforts internationaux pour garantir la reddition des comptes pour les crimes commis par toutes les parties.

« Depuis des décennies, les civils de l’est de la RD Congo subissent de plein fouet les exactions commises par les forces gouvernementales et les groupes armés », a déclaré Philippe Bolopion. « Malgré certains progrès importants réalisés par les tribunaux congolais, les autorités judiciaires ont en grande partie échoué à poursuivre les hauts commandants responsables d’atrocités. »

Philippe Bolopion a encouragé les responsables gouvernementaux à donner la priorité à la reddition des comptes pour les crimes internationaux actuels et passés, notamment en créant des chambres mixtes spécialisées comprenant des magistrats internationaux, ou un mécanisme internationalisé similaire au sein du système judiciaire congolais. Les responsables congolais devraient également continuer à soutenir les poursuites nationales et les enquêtes de la Cour pénale internationale.

En avril, Human Rights Watch a sollicité une rencontre avec le président rwandais Paul Kagame pour discuter des exactions commises par l’armée rwandaise et le M23 dans l’est de la RD Congo, mais n’a reçu aucune réponse.

« L’impunité engendre davantage d’exactions », a conclu Philippe Bolopion. « Les gouvernements donateurs, y compris l’Union européenne, devraient soutenir les efforts de la RD Congo en matière de reddition des comptes, et sanctionner les hauts responsables congolais et rwandais qui soutiennent des groupes armés auteurs d’exactions. »

20.05.2026 à 17:10

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des élèves suivaient un cours dans une salle de classe d’une école secondaire située dans le comté de Bong, dans le nord du Libéria, en janvier 2026.  © 2026 Human Rights Watch

(Monrovia, le 20 mai 2026) – Les frais d’inscription et d'autres coûts liés à la scolarisation dans les écoles publiques du Libéria constituent un obstacle majeur à l’éducation, contraignant de nombreux enfants à retarder leur inscription, à manquer l’école ou à abandonner complètement leurs études, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. 

20 mai 2026 “Without Education, There Will Be Nothing”

Ce rapport de 75 pages, intitulé « “Without Education, There Will Be Nothing”: School Fees and Other Barriers to Education in Liberia » (« “Sans éducation, il n’y aura rien” : Frais de scolarité et autres obstacles à l’éducation au Libéria »), indique que les frais imposés – malgré la garantie légale d’une éducation gratuite et obligatoire de la 1ère à la 9ème année scolaire – font peser un lourd fardeau financier sur les familles, et portent atteinte au droit des enfants à l’éducation. Au Libéria, les enfants s’inscrivent souvent à l’école avec plusieurs années de retard et sont renvoyés chez eux lorsque leurs parents ne peuvent pas payer leurs frais de scolarité ; dans certains cas, les enfants travaillent pour aider à payer ces frais. De nombreux enfants finissent par abandonner l’école, ou parfois ne la fréquentent jamais. 

« Le gouvernement libérien a pris des engagements importants en faveur de l’éducation gratuite et obligatoire, mais les frais de scolarité continuent d’empêcher des enfants d’aller en classe », a déclaré Jo Becker, directrice du plaidoyer auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « La suppression de ces frais constituerait une mesure cruciale pour élargir l’accès à l’éducation et améliorer l’avenir des enfants. »

Entre novembre 2025 et janvier 2026, Human Rights Watch a visité 21 écoles et mené des entretiens avec 118 parents, enseignants et responsables scolaires dans les comtés de Montserrado, Margibi, Nimba, Bong et Grand Bassa. Des défenseurs libériens des droits des enfants ont également organisé des entretiens entre pairs (« peer-to-peer interviews ») avec 61 enfants et adolescents.

Un garçon de 14 ans a exliqué à Human Rights Watch qu’il avait quitté l’école pour aider sa mère à vendre des marchandises au marché : « En ce moment, je ne suis pas à l’école parce que mes parents n’ont pas les moyens de m’y envoyer. J’ai vraiment envie d’y retourner. »

Le Libéria affiche l’un des taux de non-scolarisation les plus élevés au monde. Environ un tiers de tous les enfants d’âge scolaire, âgés de 3 à 17 ans, et la moitié des enfants vivant en milieu rural n’ont jamais été scolarisés. Seuls 38 % des enfants terminent la 6ème année scolaire, et à peine 17 % terminent la 9ème année. Ces chiffres classent le Libéria parmi les systèmes éducatifs les moins performants au monde, et soulignent l’ampleur de l’exclusion à laquelle sont confrontés les enfants. En moyenne, un enfant qui entre à l’école à l’âge de 4 ans n’aura suivi que 4,2 années d’enseignement à l’âge de 18 ans.

Malgré des lois imposant la gratuité de l’enseignement de la 1ère à la 9ème année scolaire, les enfants à tous les niveaux – de l’éducation de la petite enfance jusqu’au deuxième cycle du secondaire – sont tenus de payer des frais d’inscription et d’autres coûts pour fréquenter les écoles publiques. 

Pour de nombreux enfants, ces frais obligatoires ne constituent pas un simple échec politique abstrait, mais entraînent une exclusion quotidienne de l’éducation. Les parents et les enfants ont déclaré que ces frais retardaient l’entrée à l’école et perturbaient l’assiduité. Au niveau de l’éducation de la petite enfance, destinée aux enfants âgés de 3 à 5 ans, 43 % des enfants ont au moins 3 ans de plus que l’âge requis. Au niveau secondaire, plus de 60 % des élèves ont 4 ans ou plus de plus que l’âge officiel de leur classe. Les élèves qui commencent l’école tardivement sont plus susceptibles de redoubler, d’abandonner leurs études et de ne pas terminer leur scolarité. 

Le poids des frais de scolarité est particulièrement lourd dans un pays où près de la moitié de la population vit dans la pauvreté. Dans ce contexte, ces frais font peser le coût de l’éducation sur les familles, ce qui est contraire aux obligations du Libéria en vertu du droit international et régional des droits humains, notamment la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Des parents ont rapporté s’être endettés, s’être privés de nourriture et avoir fait des sacrifices extrêmes pour maintenir leurs enfants à l’école. 

Human Rights Watch a également mis en évidence les défis plus généraux liés à la qualité de l’éducation, notamment la surpopulation des salles de classe, l’insuffisance des infrastructures, les faibles salaires des enseignants et la forte dépendance à l’égard des enseignants bénévoles. Dans certaines écoles, il est courant de voir des classes de 80 à 100 élèves, et les bénévoles – dont beaucoup travaillent sans rémunération depuis des années dans l’espoir d’obtenir un poste rémunéré – constituent une part importante du corps enseignant. 

Le système éducatif du Libéria continue de subir les effets à long terme des guerres civiles, de l’épidémie d’Ebola et de la pandémie de Covid-19. Les investissements publics dans l’éducation restent faibles. Le budget de l’éducation pour 2026, qui représente environ 11 % des dépenses nationales et 2,73 % du PIB, est nettement inférieur à la moyenne de 4 % des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à la référence internationale de 4 à 6 % du PIB.

Le gouvernement a pris des mesures pour améliorer l’accès et la qualité, a déclaré Human Rights Watch. Le projet « Excellence dans l'éducation au Libéria » (Excellence in Learning in Liberia, EXCEL), une initiative de 88,7 millions de dollars financée par un prêt de 60 millions de dollars de la Banque mondiale et une subvention de 28,7 millions de dollars du Partenariat mondial pour l’éducation, avec un soutien supplémentaire du gouvernement libérien, vise à élargir l’accès à une éducation de qualité. Le programme EXCEL comprend 18,5 millions de dollars destinés à des bourses scolaires visant à réduire ou à supprimer les frais de scolarité.

Si elles sont pleinement mises en œuvre, ces bourses pourraient réduire considérablement les obstacles financiers et contribuer à garantir que les enfants s’inscrivent à temps et restent scolarisés. Human Rights Watch estime que le remplacement des frais d’inscription par des bourses scolaires pour les écoles publiques – de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire supérieur – augmenterait le budget de l’éducation d’environ 4 %, rendant ainsi la réforme réalisable.

Le gouvernement libérien devrait immédiatement supprimer les frais d’inscription dans les écoles primaires et les collèges publics, et le faire dès que possible pour l’éducation de la petite enfance et l’enseignement secondaire supérieur, a recommandé Human Rights Watch. Le gouvernement devrait également étendre et pérenniser les subventions, augmenter le financement de l’éducation conformément aux normes internationales et donner la priorité aux dépenses consacrées à l’éducation de la petite enfance jusqu’à l’enseignement secondaire.

Le gouvernement devrait également poursuivre ses efforts pour garantir un personnel enseignant suffisamment rémunéré et formé, construire et réhabiliter des écoles et des salles de classe, et fournir le matériel et les équipements nécessaires, y compris des installations sanitaires, en accordant la priorité aux zones mal desservies. 

Élargir l’accès à une éducation publique gratuite et de qualité permettrait de réduire la pauvreté et les inégalités, de renforcer le capital humain du Libéria et d’élargir les opportunités pour des millions d’enfants, a déclaré Human Rights Watch.

« Le Libéria a clairement l’occasion de s’appuyer sur les réformes existantes et de lever les obstacles financiers qui empêchent tant d’enfants d’aller à l’école », a conclu Jo Becker. « Garantir une éducation publique gratuite et de qualité est l’un des investissements les plus efficaces que le pays puisse faire. »

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AgenceAfrique  AllAfrica

20.05.2026 à 04:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des camions transportant des fournitures d’aide humanitaire étaient garés parmi les décombres au poste-frontière de Kerem Abu Salem, située à la frontière entre Israël et le sud-est de la bande de Gaza (non loin de Rafah et de Khan Younis), le 12 octobre 2025. © 2025 Omar al-Qatta / AFP via Getty Images

(Beyrouth, 19 mai 2026) – Les infrastructures humanitaires qui permettent de maintenir la vie à Gaza sont toujours en grand danger plus de six mois après l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Alors que le Conseil de paix s’apprête à présenter son nouveau rapport semestriel au Conseil de sécurité des Nations Unies le 21 mai, les autorités israéliennes sont en train de saper les moyens d’acheminer l’aide humanitaire vitale à Gaza. Les attaques israéliennes incessantes ont tué au moins 856 Palestiniens et ont blessé 2 463 autres personnes, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Le Conseil de paix (« Board of Peace »), créé en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, est chargé d’évaluer le respect par les parties du Plan global pour mettre fin au conflit à Gaza. L’augmentation rapide et la protection de l’aide sont au cœur de ce plan, au même titre que la restauration des infrastructures civiles essentielles. Mais les volumes d’aide restent bien en deçà des niveaux requis et les voies d’accès humanitaires vitales ont été bloquées à plusieurs reprises, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). 

« Le plan était censé apporter un soulagement. Au lieu de cela, les Palestiniens de Gaza continuent d’avoir faim, n’ont toujours pas accès aux soins médicaux et des civils continuent d’être tués », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Quoi que le Conseil de paix dise au Conseil de sécurité, voilà à quoi ressemble la vie à Gaza, depuis six mois. »

Dans son rapport du 15 mai, le Conseil de paix a indiqué que l’aide distribuée par les agences des Nations Unies et leurs partenaires avait augmenté de plus de 70 % au cours de la période considérée par rapport aux niveaux d’avant le cessez-le-feu, et que « les besoins alimentaires de base se sont stabilisés pour la première fois depuis 2023 ». Les chiffres clés du Conseil omettent de mentionner que les volumes d’aide ont diminué depuis début 2026, qu’ils ne sont pas revenus au niveau où ils se trouvaient avant le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, et qu’ils n’ont jamais atteint le minimum jugé nécessaire par l’ONU. Quatre agences de l’ONU ont averti en décembre 2025 que la famine, repoussée quelques semaines plus tôt grâce au cessez-le-feu, pourrait rapidement resurgir sans un accès et un approvisionnement soutenus.

Le 28 février 2026, au début des opérations militaires israélo-américaines contre l’Iran, les autorités israéliennes ont fermé tous les points de passage vers Gaza. Le nombre de camions entrant dans les semaines suivantes est passé d’une moyenne hebdomadaire de 4 200 à seulement 590, selon les chiffres de la coordination militaire américaine rapportés par Haaretz. Le point de passage de Kerem Shalom a partiellement rouvert le 3 mars, suite à des pressions américaines rapportées, et Kerem Shalom et Zikim restent les seuls points d’entrée opérationnels pour les biens humanitaires et commerciaux. Au cours des 11 premiers jours de mai, seule la moitié des camions d’aide arrivant d’Égypte ont été autorisés à décharger aux points de passage contrôlés par Israël.

Les camions commerciaux ont recommencé à entrer en plus grand nombre à Gaza, avec 789 camions privés ayant franchi la frontière entre le 4 et le 10 mai, selon l’OCHA. Mais le volume total des livraisons reste inférieur aux niveaux d’avant le 28 février et bien en deçà des besoins de la population de Gaza.

Selon le rapport de situation de l’OCHA du 1er mai, les organisations humanitaires ont distribué des colis alimentaires à environ 197 000 familles en avril, couvrant 75 % des besoins caloriques quotidiens minimaux, ce qui représente une amélioration par rapport à mars, où les rations ne couvraient que la moitié de ces besoins. Mais le nombre total de repas servis quotidiennement a baissé depuis fin mars, certaines organisations humanitaires ayant réduit leurs distributions directes de nourriture, a indiqué l’OCHA.

Le Programme alimentaire mondial a signalé que les habitants de Gaza mangeaient moins au cours de la première quinzaine d’avril qu’en mars, la plupart des familles ne consommant des légumes, des fruits ou des protéines qu’une fois par semaine, voire moins. En raison de la pénurie de gaz de cuisine, 68 % de la population brûle désormais des déchets pour préparer ses repas, soit une augmentation de 13 % par rapport à mars.

Au 5 février, aucun des 37 hôpitaux de Gaza n’était pleinement opérationnel, et seuls 19 fonctionnaient même partiellement, selon l’OCHA. Plus de 43 000 personnes ont subi des blessures qui ont bouleversé leur vie, dont un enfant sur quatre, et plus de 50 000 ont besoin de soins de réadaptation à long terme, estime l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucun centre de rééducation ne fonctionne pleinement. Les retards israéliens dans l’approbation d’équipements chirurgicaux spécialisés limitent les soins complexes, et au moins 46 % des médicaments essentiels sont en rupture de stock, selon l’OMS. Les restrictions israéliennes sur l’importation de générateurs, d’huile moteur et de pièces de rechange provoquent des pannes dans les secteurs des soins de santé, de l’assainissement, du déblaiement des décombres et de l’aide humanitaire, selon l’OCHA.

Les rongeurs et les insectes se propagent dans les camps de déplacés, et les infections cutanées ainsi que d’autres maladies sont en augmentation, a rapporté l’OCHA. Les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires travaillant dans le domaine de l’eau et de l’assainissement avertissent que de graves pénuries d’huile lubrifiante et de pièces de rechange provoquent des pannes de générateurs. À Khan Younis, les stations de pompage des eaux usées ont cessé de fonctionner et les eaux usées non traitées inondent les rues résidentielles. Dans toute la bande de Gaza, plus de 200 installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement fonctionnent avec des générateurs de secours depuis plus de deux ans et demi, la plupart utilisant désormais de l'huile recyclée.

Le 6 avril, Al Jazeera a rapporté que les forces israéliennes avaient tiré sur un véhicule de l’OMS dans l’est de Khan Younis, tuant un sous-traitant et en blessant plusieurs autres. L’OMS a suspendu les évacuations médicales via Rafah pendant six jours en réponse à cet incident. Fin avril, l’OCHA avait recensé la mort d’au moins 593 travailleurs humanitaires à Gaza depuis octobre 2023, dont 8 depuis le cessez-le-feu.

Des frappes aériennes ont tué un travailleur humanitaire près d’un puits d’eau à Gaza le 20 avril et un employé de l’ONG Ard El Insan le 26 avril, provoquant dans les deux cas la suspension de services essentiels. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 1 400 patients sont morts en attendant leur évacuation médicale depuis la prise du point de passage de Rafah en mai 2024, et plus de 18 500 patients, dont 4 000 enfants, attendent toujours d’être évacués.

L'ONG Gisha a rapporté que les autorités israéliennes ont catégoriquement empêché l'accès des patients de Gaza aux hôpitaux de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et en Israël, depuis octobre 2023, bien qu'elles aient parfois facilité un accès limité aux traitements à l'étranger, y compris via le territoire israélien depuis juillet 2024.

Depuis le cessez-le-feu, les forces israéliennes ont déplacé la « ligne jaune », la limite convenue du contrôle territorial israélien à l’intérieur de Gaza, vers l’ouest au-delà des frontières convenues. Elles ont établi au moins 32 avant-postes à l’ t construisent ce qui semble être une barrière terrestre permanente ou à long terme, selon l’analyse d’images satellites publiée par Haaretz. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé au moins 167 Palestiniens tués près de cette ligne entre le 11 octobre et le 21 janvier, dont 26 enfants et 17 femmes. Le responsable de Médecins sans frontières à Gaza a déclaré à Haaretz que, à mesure que la ligne se déplace vers l’ouest, elle engloutit des points d’eau et des établissements de santé.

Selon l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), 127 de ses installations se trouvent désormais derrière la ligne ou dans des zones dont l’accès nécessite l’autorisation d’Israël. Depuis mars 2025, les autorités israéliennes empêchent l’agence d’acheminer directement l’aide humanitaire à Gaza.

Le Plan global comprend des engagements pris par Israël qui restent non tenus, notamment l’intensification de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a déjà fait part de ses préoccupations concernant d’autres éléments du plan, notamment la création d’un Conseil de paix sans représentation palestinienne.

Lors de la réunion inaugurale du Conseil de paix en février, dix États membres et observateurs du Conseil se sont engagés à verser un total de 17 milliards de dollars pour la reconstruction, alors que l’ONU estime les besoins à 70 milliards de dollars. En avril, le Conseil avait reçu moins d’un milliard de dollars sur le montant promis, seuls trois contributeurs ayant versé des fonds, selon Reuters.

En tant que puissance occupante, Israël est tenu, en vertu du droit international humanitaire, de garantir à la population civile l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins médicaux et aux produits de première nécessité, et de faciliter l’acheminement rapide et sans entrave de l’aide humanitaire. Affamer des civils comme méthode de guerre constitue un crime de guerre au sens du Statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale (CPI). Imposer délibérément des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction physique d’une population constitue un acte de génocide au sens de la Convention sur le génocide.

Human Rights Watch a documenté en décembre 2023 qu’Israël utilisait la famine comme arme de guerre à Gaza, et a publié en décembre 2024 un rapport dans lequel l’organisation a conclu que la privation délibérée d’eau par Israël équivalait à un crime contre l’humanité d’extermination et à des actes de génocide.

Les autorités israéliennes devraient immédiatement se conformer à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire, notamment en garantissant le passage sans entrave de l’aide humanitaire à grande échelle par tous les points de passage, en levant les restrictions illégales imposées à l’UNRWA et aux autres organisations humanitaires internationales, et en assurant la sécurité du personnel humanitaire, a déclaré Human Rights Watch.

Les gouvernements devraient suspendre les transferts d’armes au gouvernement israélien, imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens impliqués de manière crédible dans des violations graves, suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et promouvoir la responsabilité en soutenant la Cour internationale de justice et la CPI, notamment en faisant exécuter les mandats d’arrêt de la CPI.

« Lorsque le Conseil de paix présentera son rapport au Conseil de sécurité, les États membres devraient comparer ce qu’ils entendent avec ce que les agences de l’ONU rapportent depuis le terrain », a déclaré Adam Coogle. « Aucun beau discours ne peut masquer les faits : la livraison d’aide demeure insuffisante, les patients n’ont pas accès à des soins médicaux adéquats et les points de passage vers Gaza restent limités. »

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19.05.2026 à 00:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Illustration en couverture du rapport de Human Rights Watch au sujet du massacre de Rohingyas commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. Le dessin montre Omar Ahmod, un survivant qui est retourné à Hoyyar Siri quelques mois après le massacre, afin d’y photographier des preuves et rassembler d’autres informations.  © 2026 John Holmes pour Human Rights Watch Deux ans après que l'Armée d'Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas dans l'État de Rakhine, au Myanmar, et incendié leur village, les survivants se voient toujours refuser l’accès à la justice et ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.L’Armée d’Arakan, qui nie avoir commis des crimes de guerre, a délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri, alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité.L'armée du Myanmar et l'Armée d’Arakan devraient mettre fin aux attaques contre les civils, libérer toutes les personnes détenues illégalement et offrir des réparations aux victimes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes menées par l'ONU et d'autres organismes indépendants.

(Bangkok) – Deux ans après que l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, a tué et blessé des centaines de musulmans rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine, au Myanmar, les survivants ayant fui ne peuvent toujours pas y retourner, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; de nombreux habitants restés dans le village y sont de fait détenus. L’Armée d’Arakan a rejeté toute responsabilité dans le massacre commis à Hoyyar Siri (Htan Shauk Khan en birman), dans la commune de Buthidaung, qui a été caractérisé par de graves violations du droit de la guerre constituant des crimes de guerre. 

18 mai 2026 “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”

Le rapport de 56 pages, intitulé « “Skeletons and Skulls Scattered Everywhere”: Arakan Army Massacre of Rohingya Muslims in Hoyyar Siri, Myanmar » (« “Des squelettes et des crânes éparpillés partout” : Le massacre de musulmans rohingyas par l’Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, au Myanmar »), documente l’attaque du 2 mai 2024, au cours de laquelle des combattants de l’Armée d’Arakan ont délibérément tiré sur des villageois non armés qui cherchaient à se mettre à l’abri alors que le groupe armé avançait vers deux bases de l’armée du Myanmar situées à proximité. Les détails du massacre n’ont commencé à émerger que plus d’un an plus tard, après que certains survivants ont fui vers le Bangladesh et la Malaisie. 

« Lorsque l’Armée d’Arakan a tué des centaines de civils rohingyas et incendié leur village dans l’État de Rakhine en 2024, son conflit armé avec la junte du Myanmar a atteint un nouveau niveau de dépravation », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Aujourd’hui, les survivants du massacre sont de fait détenus par l’Armée d’Arakan, qui n’a ni accordé de réparations, ni traduit les responsables en justice. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec plusieurs dizaines de témoins et de survivants, a corroboré leurs témoignages à l’aide d’images satellite, et a analysé et vérifié des photographies et des vidéos. 

Click to expand Image Carte de l'État de Rakhine, dans l’ouest du Myanmar. Le village de Hoyyar Siri est situé dans la commune de Buthidaung (district de Maungdaw), dans le nord-ouest de cet État. © 2026 Human Rights Watch

Les hostilités entre les forces de la junte du Myanmar et l’Armée d’Arakan dans l’État de Rakhine ont repris en novembre 2023. Les deux camps ont commis de graves exactions, notamment des attaques ciblant des civils, des incendies criminels et des actes de conscription illégale. Ces conclusions contredisent les affirmations de l’Armée d’Arakan, qui, dans une lettre adressée à Human Rights Watch, affirmait que ses combattants ne visaient que du personnel militaire ou des membres de groupes armés rohingyas. 

Les combattants de l’Armée d’Arakan ont d’abord ouvert le feu sur un groupe de civils quittant Hoyyar Siri, dont certains agitaient des drapeaux blancs. « D’abord, mon fils a été touché par une balle », a déclaré un homme. « Puis ma femme et ma petite fille ont été touchées, suivies de mon autre fille. » Les combattants ont continué à tirer sur les villageois alors que ceux-ci faisaient demi-tour et tentaient de fuir. 

Une femme a déclaré que les combattants avaient rassemblé un groupe de villageois dans une rizière près d’une mosquée. « En quelques minutes, ils ont ouvert le feu sur nous au hasard, sans rien dire », a-t-elle déclaré. « Personne n’a été épargné. Mon mari a été touché par une balle. Quand l’Armée d’Arakan a vu qu’il était encore en vie, ils se sont approchés et ont tiré à nouveau sur lui, plusieurs fois. »

Click to expand Image Trois illustrations du massacre commis par l'Armée d’Arakan à Hoyyar Siri, dans l’ouest du Myanmar, le 2 mai 2024. (1) À gauche : Des civils rohingyas non armés fuyaient le village, sur une route en direction de la ville voisine de Buthidaung. (2) Au centre : Des combattants de l’Armée d’Arakan, s’apprêtant à tirer sur ces personnes. (3) À droite : Le massacre de civils sur la route. © 2026 John Holmes for Human Rights Watch

Human Rights Watch a dressé une liste de plus de 170 villageois, dont environ 90 enfants, qui ont été tués, ou sont toujours portés disparus à la suite du massacre de Hoyyar Siri. Le bilan réel du massacre est probablement bien plus élevé.

Human Rights Watch a analysé et vérifié des photographies et des vidéos montrant des restes humains sur trois sites distincts du village. Sur deux de ces sites, des vêtements civils sont visibles parmi les restes humains. Des images satellite corroborent les témoignages selon lesquels des combattants de l’Armée d’Arakan ont incendié Hoyyar Siri et, après en avoir pris le contrôle, ont détruit tout le village. 

Deux images satellite infrarouges de la zone de Hoyyar Siri au Myanmar, enregistrées le 25 avril 2024 (avant le massacre du 2 mai) et le 6 mai 2024 (quatre jours après le massacre). Sur les images infrarouges, la végétation apparaît en rouge, tandis que les zones incendiées apparaissent dans des teintes plus sombres. L’image du 6 mai révèle la destruction quasi totale de Fatailla Para et de Bor Para, deux hameaux de Hoyyar Siri. © 2024 Planet Labs (images satellite). © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Données © Myanmar Information Management Unit (MIMU), © OpenStreetMap.

Les combattants ont également dérobé l’argent et les bijoux des villageois. Un homme détenu par l’Armée d’Arakan a déclaré que plusieurs détenus dont lui-même avaient été battus et torturés, notamment à coup de décharges électriques. Plusieurs témoins ont rapporté que des combattants avaient enlevé des femmes et des filles rohingyas du village. 

En février 2025, l’Armée d’Arakan a ordonné à tous les habitants survivants de Hoyyar Siri de se réinstaller dans un camp de fortune situé à proximité. Des villageois qui ont par la suite réussi à fuir vers le Bangladesh ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils avaient été privés de liberté de mouvement, soumis au travail forcé et confrontés à de graves pénuries de nourriture et de soins médicaux. Ils ont ajouté qu’en août 2025, le groupe armé avait organisé pour certains médias une visite contrôlée à Hoyyar Siri, au cours de laquelle les survivants ont été contraints de fournir des faux témoignages dans le but de disculper l’Armée d’Arakan pour le meurtre de civils.

Au cours de la dernière décennie, l’armée du Myanmar a commis des actes de nettoyage ethnique, de génocide et d’autres atrocités dans l’État de Rakhine, forçant plus d’un million de Rohingyas à fuir. Le massacre de Hoyyar Siri met en évidence le fait que le retour dans l’État de Rakhine reste dangereux pour les réfugiés rohingyas, y compris dans les zones actuellement contrôlées par l’Armée d’Arakan . 

L’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan devraient immédiatement mettre fin aux attaques contre les civils, libérer tous les civils détenus illégalement et offrir réparation aux victimes et à leurs familles, a déclaré Human Rights Watch. Dans sa lettre adressée à Human Rights Watch, l’Armée d’Arakan a déclaré qu’elle faciliterait les enquêtes menées par des organisations internationales de défense des droits humains jugées crédibles et indépendantes. Les deux parties devraient coopérer pleinement avec les enquêtes indépendantes, notamment en accordant l’accès au Mécanisme d’enquête indépendant sur le Myanmar (IIMM), au Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme au Mynnmar, et aux organisations de défense des droits humains.

« L’armée du Myanmar semblait indifférente au sort des civils rohingyas à Hoyyar Siri en 2024, et depuis lors, la junte n’a rien fait pour répondre à leurs préoccupations plus générales en matière de droits humains », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient d’urgence faire pression tant sur la junte du Myanmar que sur l’Armée d’Arakan, pour qu’elles respectent les droits de toutes les communautés de l’État de Rakhine. »

Extraits de témoignages :

« J’ai vu que l’Armée d’Arakan avait rassemblé les personnes qu’elle avait trouvées à Fatailla Para dans une rizière près de la mosquée, et les avait forcées à s’asseoir et à baisser la tête. Puis elle a commencé à tirer. Certains habitants ont été abattus alors qu’ils gisaient au sol. »  
– Abdu Rahman, blessé lors de l’attaque.

« Je me suis rendue à l’endroit où mes enfants ont été abattus. J’ai perdu connaissance en voyant leurs corps. Leurs vêtements étaient encore intacts. »  
– Rashida Hatu, qui a raconté avoir retrouvé les corps de sa fille et de son fils aîné, abattus alors qu’ils cherchaient un bunker.

« J’avais grimpé dans un grand arbre près de la lisière du village, pour voir d’où venaient les coups de feu. De là-haut, j’ai vu un grand nombre de personnes se faire tirer dessus dans les champs, au nord du village. J’ai également vu l’Armée d’Arakan mettre le feu aux maisons. J’entendais le bambou et le bois craquer à mesure que le feu se propageait. »  
– Zaw Kawriya, qui a vu de loin l’incendie criminel.

« Ils nous ont emmenés dans la forêt. Là-bas, ils ont saisi tous nos objets de valeur, y compris nos téléphones portables, nos bijoux et notre argent. Ils ont même déchiré nos chemisiers et nos sous-vêtements, à la recherche d’objets de valeur à l’intérieur de nos vêtements. Mon oncle a été frappé à la tête, lorsqu’il a tenté d’empêcher des combattants de l’Armée d’Arakan d’arracher une chaîne en or du cou de sa femme. »  
– Majeda Banu, interceptée alors qu’elle fuyait vers la région d’U Hla Hpay.

« Les combattants de l’Armée d’Arakan nous ont attachés avec des cordes et nous ont violemment battus… Ils nous ont bandé les yeux, nous ont forcés à monter dans un bateau, puis nous ont emmenés dans une école. J’ai entendu l’un des membres de l’Armée d’Arakan dire : “Nous ferions mieux de tuer tous les kalar [terme péjoratif désignant les musulmans rohingyas], sinon nous ne réussirons pas à accomplir notre mouvement de libération.” »  
– Kefayet Ulla, capturée et torturée pendant sa détention.

18.05.2026 à 22:50

Human Rights Watch
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Click to expand Image Le dirigeant de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH) affiche des documents montrant un avis de recherche pour Félicien Kabuga le 19 mai 2020, à Paris. © 2020 Benoit Tessler/Reuters

Le décès de Félicien Kabuga, accusé d’avoir financé le génocide rwandais, clôt un chapitre important du génocide de 1994. Malheureusement, il prive également les survivants d’une opportunité d’obtenir justice que beaucoup attendaient depuis des décennies.

Félicien Kabuga, longtemps soupçonné d’avoir financé la milice extrémiste qui a perpétré le génocide et d’avoir contribué à alimenter la propagande génocidaire via la Radio Télévision Libre des Mille Collines, est décédé le 16 mai dans un hôpital de La Haye à l’âge de 93 ans, alors qu’il était détenu par le Mécanisme international résiduel appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux des Nations Unies. Il avait été déclaré inapte à participer à son procès en 2023, en raison de démence et d’une santé déclinante.

Pendant des années, Félicien Kabuga a symbolisé à la fois la persévérance des efforts de la justice internationale ainsi que l’impunité de longue date pour les crimes commis lors du génocide. Inculpé dans les années 1990, son arrestation en France en 2020, après plus de deux décennies de cavale, a constitué une avancée majeure pour les victimes et les survivants du génocide.

Lorsque son procès a débuté à La Haye en 2022, 28 ans après le génocide, cela a constitué une occasion importante d'établir un compte rendu public complet du rôle joué par Félicien Kabuga dans ce génocide.

Alison Des Forges, qui a été conseillère senior de la division Afrique de Human Rights Watch pendant près de deux décennies, a publié dans son ouvrage de référence sur le génocide, « Aucun témoin ne doit survivre, » le récit suivant : « La radio RTLM, qui avait incité au génocide avant le 6 avril, a communiqué les ordres pour la mise en œuvre des massacres après cette date. Elle a donné des instructions pour ériger des barrières et mener des fouilles ; elle a désigné les personnes à viser et indiqué les zones à attaquer. […] Ce moyen de communication était si important que les responsables ont exhorté les citoyens à continuer d’écouter la radio pour recevoir les instructions du gouvernement intérimaire ».

Alison Des Forges a également documenté la manière dont Félicien Kabuga était impliqué dans la commande des milliers de machettes importées au Rwanda en 1993 et début 1994 et comment il a soutenu l’entraînement militaire de la milice de jeunesse Interahamwe, dont les membres ont traqué les civils tutsis pendant le génocide.

Félicien Kabuga est décédé sans qu’un jugement n’ait été rendu sur sa culpabilité ou son innocence, ce qui marque un douloureux manque de justice définitive pour les victimes de l’un des crimes les plus graves du XXe siècle. Il n’y a pas de date d’expiration pour l’obtention de justice lorsqu’il s’agit des crimes les plus graves, et des auteurs présumés du génocide rwandais continuent d’être arrêtés dans différents pays. Les autorités judiciaires devraient veiller à ce que les survivants et les victimes ne subissent pas de nouveaux retards.

18.05.2026 à 06:01

Human Rights Watch
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Click to expand Image L’avocate salvadorienne Ruth Eleonora López. © El Diario de Hoy

(Washington) – L’éminente avocate salvadorienne Ruth López, spécialisée dans la lutte contre la corruption, est toujours en détention provisoire et son dossier judiciaire demeure sous scellés un an après son arrestation, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités salvadoriennes devraient garantir à Ruth López un procès rapide, public et équitable, lever le secret de l’instruction concernant son dossier judiciaire et lui permettre d’avoir des contacts réguliers avec sa famille et ses avocats.

Âgée de 48 ans, Ruth López est la directrice de l’Unité de lutte anti-corruption à Cristosal, l’une des principales organisations de défense des droits humains d’Amérique centrale. Elle a enquêté sur des allégations de corruption concernant des hauts responsables de l’administration du président salvadorien Nayib Bukele, et dénoncé de graves violations des droits humains commises dans le cadre de l’état d’urgence déclaré dans le pays. L’arrestation de Ruth López a marqué le début d’une répression croissante à l’encontre des détracteurs du gouvernement, notamment des défenseurs des droits humains et des journalistes. 

« Ruth López a passé des années à avertir que le président Bukele était en train de démanteler les institutions qui protègent les Salvadoriens contre les abus de pouvoir », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Son propre cas est malheureusement la preuve la plus flagrante qu’elle avait raison. Les autorités devraient lever le secret judiciaire concernant son dossier, présenter toute preuve crédible lors d’un procès public et permettre à Ruth López d’avoir un accès effectif à ses avocats. »

La police a arrêté Ruth López le 18 mai 2025 à son domicile à San Salvador. Elle a d’abord été inculpée de détournement de fonds en lien avec son précédent travail, il y a plus de dix ans, en tant que conseillère d’un ancien magistrat du Tribunal suprême électoral, Eugenio Chicas. Environ 15 jours après son arrestation, les procureurs ont modifié l’accusation, en tant qu’« enrichissement illicite ». 

Lors d’une audience le 4 juin 2025, un juge a ordonné le placement de Ruth López en détention provisoire. Elle a ensuite été transférée à la prison de La Granja de Izalco, où elle se trouve toujours. En décembre, le juge chargé de l’affaire a prolongé sa détention provisoire de six mois supplémentaires. Son actuel mandat de détention provisoire doit expirer en juin 2026.

Les preuves à charge contre Ruth López n’ont pas été présentées en audience publique. Le juge n’a pas exposé publiquement les raisons pour lesquelles il a décidé de garder son dossier sous scellés. 

Dans le cadre de son travail chez Cristosal, Ruth López a enquêté sur des allégations de détournement de fonds publics – notamment des irrégularités dans les marchés publics pendant la pandémie – et a intenté des recours contre la destitution sommaire, en mai 2021, du procureur général et des cinq magistrats de la Chambre constitutionnelle. Elle a aussi activement soutenu la campagne citoyenne contre l’abrogation, en décembre 2024, de la loi interdisant l’exploitation de mines de métaux au Salvador. Début 2025, elle a déposé des requêtes en habeas corpus au nom de Vénézuéliens expulsés par les États-Unis au Salvador, où ils ont ensuite été transférés au Centre de confinement du terrorisme (Centro de Confinamiento del Terrorismo, CECOT).

L'arrestation de Ruth López a été suivie de mesures de grande envergure visant les détracteurs du gouvernement, a constaté Human Rights Watch.

Le 20 mai 2025, deux jours après la détention de Ruth López, l’Assemblée législative, contrôlée par le parti du président Bukele, a adopté une « loi sur les agents étrangers ». Cette loi prétend promouvoir la « transparence », mais dans la pratique, elle confère au gouvernement des pouvoirs étendus pour contrôler, stigmatiser et sanctionner les organisations de défense des droits humains et les médias indépendants qui bénéficient d’un soutien international. 

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, l’Association des journalistes du Salvador et au moins trois autres organisations de la société civile ont fermé leurs bureaux au Salvador, invoquant les exigences imposées par la loi. 

Le 7 juin 2025, la police a arrêté Enrique Anaya, un éminent avocat spécialisé en droit constitutionnel, ayant souvent critiqué le gouvernement ; il a été accusé de blanchiment d’argent. Quelques jours avant son arrestation, Anaya avait publiquement condamné l’arrestation de Ruth López. Il est toujours en détention provisoire et son dossier est également sous scellés.

Suite à cette escalade de la répression, de nombreux détracteurs du gouvernement se sont exilés. Entre mai et septembre 2025, au moins 140 défenseurs des droits humains et journalistes ont quitté le pays. En juillet 2025, l’ONG Cristosal a annoncé qu’elle suspendait ses activités sur place au Salvador, et que le personnel se réinstallait au Guatemala et au Honduras. L’organisation a déclaré avoir dû choisir « entre l’exil et la prison ».

Le recours à la détention provisoire illimitée à l’encontre de Ruth López et d’autres détracteurs du gouvernement reflète une tendance plus large au Salvador, où les modifications législatives successives adoptées depuis 2022 ont effectivement démantelé les garanties d’une procédure régulière, y compris les limites imposées à la détention provisoire, et permis la tenue d’audiences de masse réunissant des centaines de prévenus à la fois. La plupart de ces mesures ont été adoptées dans le cadre de l’état d’urgence en vigueur depuis mars 2022, qui a été utilisé pour placer plus de 91 000 personnes en détention. Human Rights Watch a documenté des violations généralisées des droits humains pendant l’état d’urgence, notamment des détentions arbitraires massives, des actes de torture, des disparitions forcées et des conditions de détention inhumaines.

L’indépendance judiciaire au Salvador est gravement compromise depuis le 1er mai 2021, date à laquelle l’Assemblée législative a destitué sans procédure les cinq magistrats de la Chambre constitutionnelle et le procureur général, les remplaçant par des alliés de l’exécutif.

Le 22 septembre 2025, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a déclaré que Ruth López et Enrique Anaya étaient exposés à des risques graves et urgents pour leur vie, leur intégrité physique et leur santé, et a exhorté le Salvador à garantir des conditions de détention adéquates, y compris des contacts réguliers avec leur famille et leurs avocats. Les autorités salvadoriennes n’ont fait état d’aucune mesure publique visant à mettre en œuvre ces dispositions.

Les gouvernements étrangers et les organismes internationaux de défense des droits humains, y compris le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, devraient considérablement renforcer leur surveillance publique du bilan du Salvador en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch. Ils devraient exhorter publiquement le Salvador à accorder à Ruth López, Enrique Anaya et aux autres détracteurs qui ont été placés en détention un procès rapide, public et équitable, à lever le secret judiciaire portant sur leurs dossiers et à leur garantir des contacts réguliers avec leurs familles et leurs avocats.

En vertu de sa Charte démocratique, l’Organisation des États américains (OEA) a pour mandat de débattre et de prendre des mesures contre « toute altération ou interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique ». Pourtant, le Conseil permanent de l’OEA a depuis des années renoncé à sa responsabilité de débattre de la situation au Salvador.

« Avec sa répression contre les défenseurs des droits humains et les journalistes, le Salvador rejoint les rangs des gouvernements autoritaires comme le Venezuela, le Nicaragua et Cuba », a conclu Juanita Goebertus. « Les gouvernements d’Amérique latine et d’Europe devraient prendre au sérieux la dérive autoritaire de ce pays, et renforcer d’urgence leur réponse. »

…………

15.05.2026 à 19:40

Human Rights Watch
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Click to expand Image Succès Masra, président du parti d'opposition Les Transformateurs, devant le siège du parti à N'Djamena, le 8 avril 2021. © 2021 Marco Longer/AFP via Getty Images

Un an après que les autorités tchadiennes ont arrêté puis condamné Succès Masra, éminent dirigeant de l’opposition et ancien Premier ministre, son maintien en détention fondé sur des accusations à caractère politique souligne l’intolérance du gouvernement à l’égard de la dissidence.

Succès Masra, dirigeant du parti d'opposition Les Transformateurs, a été arrêté à son domicile à N'Djamena tôt le matin du 16 mai 2025. Il a été accusé d'incitation à la haine et à la révolte par le biais de publications sur les réseaux sociaux à la suite des affrontements intercommunautaires du 14 mai dans la province du Logone Occidental, qui ont fait des dizaines de morts. Immédiatement après ces meurtres, il s’est exprimé sur les réseaux sociaux pour présenter ses condoléances aux victimes et a déclaré que « la vie d’aucun Tchadien ne doit être banalisée ».

En août 2025, un tribunal tchadien a reconnu l’opposant coupable de « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre, » le condamnant à 20 ans de prison. Succès Masra, qui a plaidé non coupable, a été jugé aux côtés de dizaines de coaccusés, dont la plupart ont également reçu des peines de 20 ans d’emprisonnement. Le tribunal a de plus infligé de lourdes amendes aux accusés.

Immédiatement après la condamnation, les avocats de Succè Masra ont interjeté appel, qui est toujours en instance.

Si les affrontements entre les communautés d’éleveurs et d’agriculteurs sont récurrents dans le sud du Tchad, l’arrestation de Succès Masra s’inscrit dans un contexte plus large de rétrécissement de l’espace politique. Avant l’élection présidentielle de mai 2024, lors de laquelle il s’était présenté contre le président de transition de l’époque, Mahamat Idriss Déby, Succès Masra et ses partisans avaient fait l’objet de menaces et d’arrestations arbitraires. Une figure éminente de l’opposition avait été assassinée à l’approche du scrutin sans qu’aucune justice ne soit rendue par la suite.

Après l’élection, Succès Masra a allégué que le scrutin avait été truqué.

Les forces de sécurité ont également fait usage d’une force excessive contre des manifestants, notamment lors des manifestations de 2021 et 2022 qui ont fait des dizaines de morts et de blessés. Des centaines de personnes ont été détenues arbitrairement, certaines ayant subi des mauvais traitements. Le 8 mai 2026, huit dirigeants de l’opposition ont été jugés et condamnés à huit ans de prison pour « rébellion » et « mouvement insurrectionnel », après avoir tenté d’organiser une manifestation pro-démocratique qui avait été interdite.

Cela fait maintenant un an que Succès Masra a été arrêté, et la Cour suprême du Tchad devrait examiner son appel.

Les acteurs régionaux, notamment la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), qui n’ont jusqu’à présent pas réussi à protéger les principes démocratiques au Tchad, ont également un rôle à jouer. Ils devraient faire pression sur les autorités tchadiennes pour qu’elles rétablissent les droits politiques et respectent les accords antérieurs tels que l’accord de Kinshasa, qui visait à garantir la sécurité des activités politiques des partis d’opposition, y compris celui de Succès Masra.

14.05.2026 à 09:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des débris de cartons de l'USAID, l’agence américaine pour le développement international, éparpillés sur le sol d’un entrepôt du Programme alimentaire mondial à Bukavu, en République démocratique du Congo, le 21 février 2025. Des actes de pillage ont été commis lors de la prise de contrôle de cette ville par le M23, quelques jours auparavant. © 2025 Luis Tato/AFP via Getty Images

(Washington) – Les coupes abruptes opérées par le gouvernement des États-Unis dans la quasi-totalité de son aide étrangère en 2025 ont porté préjudice au mouvement mondial en faveur des droits humains ainsi qu’à d’innombrables personnes en danger, a révélé Human Rights Watch dans un rapport de 42 pages rendu public aujourd’hui.

Every Autocrat’s Dream: A Global Snapshot of the Human Rights Harms of US Foreign Aid Cuts

Ce rapport, intitulé « Every Autocrat’s Dream: A Global Snapshot of the Human Rights Harms of US Foreign Aid Cuts » (« Le rêve de tout autocrate : Aperçu mondial des atteintes aux droits humains causées par les coupes dans l’aide étrangère américaine », examine les conséquences immédiates de ces coupes budgétaires sur le travail des défenseurs des droits à travers le monde. Des enquêtes sur des exactions ont été interrompues, le soutien aux victimes a été fortement réduit, et des organisations qui contribuaient à la prévention des violations ont été contraintes de limiter voire parfois de cesser leurs activités.

« Le retrait du soutien du gouvernement américain au mouvement mondial des droits humains a été une véritable bénédiction pour les autocrates », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch. « Les coupes dans l’aide étrangère ont rendu plus difficile la documentation des violations des droits humains, la protection des communautés menacées et la poursuite en justice des auteurs de ces violations. »

Le gouvernement des États-Unis a été le principal donateur en faveur des initiatives de défense des droits humains à travers le monde pendant des décennies, jusqu’à ce que l’administration Trump démantèle l’aide étrangère américaine entre janvier et mars 2025. Même si certains programmes ont fait l’objet de critiques légitimes, les réductions soudaines et massives de l’aide étrangère ont eu des effets néfastes immédiats à l’échelle mondiale.

Human Rights Watch a examiné l’impact de ces coupes budgétaires sur la liberté des médias, l’accès à l’information et la sécurité numérique ; sur la lutte contre la discrimination et la violence ciblée ; ainsi que sur la justice, la reddition de comptes et l’état de droit. Cet aperçu inclut des études de cas réalisées dans 16 pays : l’Afghanistan, le Bangladesh, le Cameroun, la Corée du Nord, la Géorgie, le Guatemala, Haïti, le Myanmar, le Nicaragua, la République démocratique du Congo, le Salvador, la Tanzanie, la Thaïlande, le Turkménistan, l’Ukraine et le Venezuela.

Ces études de cas portent sur les semaines et les mois qui ont immédiatement suivi les coupes dans l’aide, et visent à illustrer les répercussions sur les droits humains des décisions prises par l’administration Trump dans divers contextes. 

Bien qu’aucun gouvernement ne soit tenu de fournir une aide étrangère, la manière dont les États-Unis ont mis fin à cette assistance a causé des préjudices prévisibles, exigeant que des comptes soient rendus, a déclaré Human Rights Watch. Le Congrès américain devrait exiger un examen indépendant afin d’évaluer les conséquences sur les droits humains des réductions d’aide et des suppressions de programmes prévues pour 2025, et rétablir les financements alloués à la défense des droits humains dans les futures lois budgétaires. Les législateurs, les autres pays donateurs et les acteurs du secteur philanthropique devraient agir d’urgence pour reconstruire le soutien au mouvement mondial de défense des droits humains, d’une manière durable et respectueuse de ces droits.

« En mettant fin aux financements de manière si rapide et si radicale, le gouvernement américain a retiré des bouées de sauvetage cruciales pour de nombreuses personnes confrontées à des abus », a conclu Sarah Yager. « La résilience des organisations de défense des droits humains face à la montée de l’autoritarisme et aux crises mondiales a été extraordinaire ; toutefois, leur détermination ne saurait se substituer à un soutien durable. »

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