
07.09.2026 à 17:29
Alors que la guerre en Ukraine a favorisé une large restructuration des flux énergétiques, notamment au profit des États-Unis, l’année 2026 apparait comme une rupture majeure dans l’histoire énergétique mondiale avec le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël. Aussi, l’incertitude actuelle rappelle le rôle majeur de l’énergie dans l’économie mondiale et la nécessité de conceptualiser des politiques de sécurité énergétique résilientes dans un environnement géopolitique marqué par la polycrise. C’est dans ce contexte que l’IRIS publie dans le cadre de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques son nouveau rapport ayant pour titre « Comprendre la sécurité énergétique : concepts, réalités physiques, transition énergétique et polycrise ». Il est accompagné de quatre cartes inédites réalisées par Cassini. Ce rapport se propose (1) d’analyser les évolutions du concept de sécurité énergétique, dont les fondements et les définitions ont évolué depuis les années 1970, en nous interrogeant notamment sur la question d’une gouvernance mondiale des marchés de l’énergie et de ses acteurs ; d’analyser ensuite (2) les réalités infrastructurelles et superstructurelles qui sous-tendent la sécurité énergétique (les infrastructures, les marchés qu’elles supportent et les normes qui les encadrent) ; (3) d’analyser les conséquences de la double dynamique qui redéfinit aujourd’hui les systèmes énergétiques : la transition bas-carbone et l’instabilité croissante d’un monde en polycrise, et ses conséquences sur la sécurité énergétique. L’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques est coordonné par l’IRIS, en consortium avec Cassini, dans le cadre d’un contrat avec la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées.
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Alors que la guerre en Ukraine a favorisé une large restructuration des flux énergétiques, notamment au profit des États-Unis, l’année 2026 apparait comme une rupture majeure dans l’histoire énergétique mondiale avec le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël. Aussi, l’incertitude actuelle rappelle le rôle majeur de l’énergie dans l’économie mondiale et la nécessité de conceptualiser des politiques de sécurité énergétique résilientes dans un environnement géopolitique marqué par la polycrise.
C’est dans ce contexte que l’IRIS publie dans le cadre de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques son nouveau rapport ayant pour titre « Comprendre la sécurité énergétique : concepts, réalités physiques, transition énergétique et polycrise ». Il est accompagné de quatre cartes inédites réalisées par Cassini.
Ce rapport se propose (1) d’analyser les évolutions du concept de sécurité énergétique, dont les fondements et les définitions ont évolué depuis les années 1970, en nous interrogeant notamment sur la question d’une gouvernance mondiale des marchés de l’énergie et de ses acteurs ; d’analyser ensuite (2) les réalités infrastructurelles et superstructurelles qui sous-tendent la sécurité énergétique (les infrastructures, les marchés qu’elles supportent et les normes qui les encadrent) ; (3) d’analyser les conséquences de la double dynamique qui redéfinit aujourd’hui les systèmes énergétiques : la transition bas-carbone et l’instabilité croissante d’un monde en polycrise, et ses conséquences sur la sécurité énergétique.
L’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques est coordonné par l’IRIS, en consortium avec Cassini, dans le cadre d’un contrat avec la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées.
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04.09.2026 à 17:52
Selon vous, l’un des meilleurs indicateurs pour saisir l’état d’un pays est de regarder celui de ses trains… Peut-on tirer une conclusion dans le fait que les États-Unis avaient au début du XXe siècle les deux tiers des voies ferrés du monde et qu’aujourd’hui la Chine possède plus de ligne à grande vitesse que le reste du monde réuni ? La construction des chemins de fer aux États-Unis a contribué à la montée en puissance du pays en termes économiques et technologiques. Elle a accompagné le rayonnement du pays dans le monde. Lorsque le commodore Perry s’est présenté au Japon avec ses fameux « bateaux noirs » pour « l’inciter » à s’ouvrir au monde après deux siècles et demi de fermeture, le premier cadeau remis aux représentants japonais fut une locomotive à vapeur miniature à l’échelle d’un quart dont la mise en route les sidéra et conduisit quelques années plus tard le pays à se doter d’un impressionnant réseau ferré. Le train était alors perçu comme un instrument de puissance par Washington. Le relais a été pris aujourd’hui par la Chine qui a fait de son industrie ferroviaire un secteur de pointe au même titre que l’intelligence artificielle, les véhicules électriques ou les semi-conducteurs. Le rail figurait parmi les dix secteurs mis en valeur dans le plan Made in China 2025 lancé en 2015 et qui devait permettre au pays de devenir un des leaders mondiaux. La voie ferrée est un moyen d’unifier un pays… Les États-Unis en ont fait la démonstration au XIXe siècle. La conquête de l’Ouest a été réalisée en grande partie grâce au rail. Ces dernières années, on a pu constater que la construction de lignes ferroviaires dans plusieurs pays avait pour vocation de renforcer leur intégrité et unité territoriales, notamment dans des zones périphériques. L’Inde est un excellent exemple […]
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Selon vous, l’un des meilleurs indicateurs pour saisir l’état d’un pays est de regarder celui de ses trains… Peut-on tirer une conclusion dans le fait que les États-Unis avaient au début du XXe siècle les deux tiers des voies ferrés du monde et qu’aujourd’hui la Chine possède plus de ligne à grande vitesse que le reste du monde réuni ?
La construction des chemins de fer aux États-Unis a contribué à la montée en puissance du pays en termes économiques et technologiques. Elle a accompagné le rayonnement du pays dans le monde. Lorsque le commodore Perry s’est présenté au Japon avec ses fameux « bateaux noirs » pour « l’inciter » à s’ouvrir au monde après deux siècles et demi de fermeture, le premier cadeau remis aux représentants japonais fut une locomotive à vapeur miniature à l’échelle d’un quart dont la mise en route les sidéra et conduisit quelques années plus tard le pays à se doter d’un impressionnant réseau ferré. Le train était alors perçu comme un instrument de puissance par Washington. Le relais a été pris aujourd’hui par la Chine qui a fait de son industrie ferroviaire un secteur de pointe au même titre que l’intelligence artificielle, les véhicules électriques ou les semi-conducteurs. Le rail figurait parmi les dix secteurs mis en valeur dans le plan Made in China 2025 lancé en 2015 et qui devait permettre au pays de devenir un des leaders mondiaux.
La voie ferrée est un moyen d’unifier un pays…
Les États-Unis en ont fait la démonstration au XIXe siècle. La conquête de l’Ouest a été réalisée en grande partie grâce au rail. Ces dernières années, on a pu constater que la construction de lignes ferroviaires dans plusieurs pays avait pour vocation de renforcer leur intégrité et unité territoriales, notamment dans des zones périphériques. L’Inde est un excellent exemple de ce phénomène. Ces dernières années, dans les sphères dirigeantes indiennes, le besoin d’affirmer une emprise s’est imposé, notamment dans un territoire comme le Cachemire, dont la souveraineté est contestée par le Pakistan, et le long de la Ligne de contrôle effectif instituée au lendemain de la guerre sino-indienne de 1962, toujours marquée par des tensions avec Beijing, La création de la ligne Udhampur-Srinagar-Baramulla (USBRL), inaugurés début juin 2025, en est une bonne illustration puisque son terminus, situé près de la Ligne de contrôle établie en 1949 après la première guerre indo-pakistanaise, est hautement symbolique. Il adresse un signal à la fois à Islamabad et à la population indienne pour leur rappeler que la présence de rails jusqu’à cette extrémité du territoire marque la souveraineté indienne. D’autres régions sont concernées par cette frénésie ferroviaire, certes coûteuse, mais qui matérialise durablement et concrètement l’emprise sur un territoire. On retrouve cette même volonté en Chine dans des régions sensibles comme le Tibet ou le Xinjiang, mais aussi en Europe avec le projet Rail Baltica consistant à construire une ligne reliant les pays baltes à la Pologne en utilisant l’écartement standard (1 435 mm) alors que jusqu’à présent le réseau de ces États respectait la norme russe (1 520 mm) afin de les ancrer définitivement à l’Union européenne, laquelle, sans être un État en tant que tel, a besoin de fixer ses limites territoriales, en particulier dans le contexte du conflit en Ukraine.
La guerre en Ukraine a eu des conséquences sur le réseau ferroviaire…
Depuis le début de la guerre, on a vu à quel point le train était crucial pour l’Ukraine. Sans lui, les Occidentaux n’auraient pas pu se rendre à Kiev pour manifester symboliquement leur soutien à Volodymyr Zelensky. Sans lui non plus, une bonne partie du matériel militaire et des marchandises n’aurait pas pu atteindre le cœur du pays en guerre. Avant même le début du conflit, le rail était un enjeu important et Bruxelles avait incité les autorités ukrainiennes à adopter l’écartement standard et à abandonner l’écartement russe pour renforcer les liens avec l’Union européenne et sortir de la sphère d’influence de la Russie. On voit bien que la question ukrainienne ne portait pas seulement sur l’adhésion à l’OTAN, mais sur la volonté d’arrimer l’Ukraine à l’Europe occidentale via le rail. La construction de lignes aux normes européennes en Ukraine pourrait potentiellement augmenter la capacité de transbordement de 30 à 40 % et permettre le transport d’environ 37 000 conteneurs supplémentaires par an alors que les ports de la mer Noire ont vu leur trafic se réduire en raison des attaques menées contre les bateaux et les installations portuaires. Tout au long du conflit, les Ukrainiens ont acquis une expertise dans la remise en service des tronçons ferrés eux aussi pris pour cible. La guerre en Ukraine a aussi eu comme vertu de mettre en évidence une certaine impréparation ferroviaire du côté des soutiens européens de l’Ukraine. Bon nombre d’infrastructures n’étaient pas prêtes à recevoir des convois lourds militaires en cas de nécessité alors que les forces russes sont reliées par le rail des usines aux dépôts militaires et aux armées. Autrement dit, le rail met en lumière notre faiblesse.
La voie ferrée, un moyen d’influence diplomatique ?
A la fin du XIXe siècle, alors que la Russie s’apprêtait à se lancer dans la construction du Transsibérien, Sergueï Witte, son ministre des Finances, qualifiait la création de cette ligne d’instrument de la « pénétration pacifique » de son pays en Asie. À la différence du transport aérien et maritime, le rail traverse les terres et va jusqu’au cœur des villes. Il transforme les rapports économiques et sociaux de façon visible par les populations. Dès lors, l’engagement de certains pays dans la création de lignes ferroviaires dans d’autres États renforce de toute évidence leur image et sert leurs intérêts diplomatiques. Le premier pays auquel on pense est évidemment la Chine qui a beaucoup investi dans des projets ferroviaires en dehors de ses frontières que ce soit en Asie, en Afrique ou en Amérique latine. La création d’infrastructures de ce type permet de lier durablement des relations avec le ou les pays concernés. L’Inde en a pris conscience puisqu’elle a mis en place une « diplomatie ferroviaire » notamment avec le Bhoutan et le Sri Lanka afin de gagner leur soutien et entretenir de bonnes relations de voisinage. Un autre pays qui a compris l’importance du rail en termes d’influence diplomatique est la Turquie, qui fait feu de tout bois dans ce secteur. En plein blocus du détroit d’Ormuz, Abdulkadir Uraloğlu, le ministre turc des Transports, a déclaré mi-juin 2026 qu’une liaison ferroviaire directe serait mise en place entre l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie « d’ici trois ou quatre ans ». Un exemple parmi beaucoup d’autres qui montrent que le train a pris un rôle essentiel dans la (re)construction des relations internationales. Le plus marquant dans tout cela, c’est que les initiatives ferroviaires émanent essentiellement des pays du Sud qui voient en lui un instrument adapté à une époque marquée entre autres par le défi climatique.
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04.09.2026 à 15:31
Face à la multiplication des conflits, la diplomatie semble tenue en échec. L’enlisement des guerres amène à la question suivante : la force est-elle vraiment efficace ? En Iran, en Ukraine, comme à Gaza, des puissances militaires pourtant largement supérieures à leurs adversaires se retrouvent confrontées à un échec. Le cas du Venezuela semble être l’exception : une expédition militaire rapide ayant mené à l’enlèvement du président puis à un accord avec Caracas propice aux intérêts états-uniens. Ces guerres ont un coût pour les puissances impliquées, financier certes, mais aussi réputationnel, prenant la forme d’un discrédit auprès de leurs populations respectives et à l’international.
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Face à la multiplication des conflits, la diplomatie semble tenue en échec. L’enlisement des guerres amène à la question suivante : la force est-elle vraiment efficace ?
En Iran, en Ukraine, comme à Gaza, des puissances militaires pourtant largement supérieures à leurs adversaires se retrouvent confrontées à un échec. Le cas du Venezuela semble être l’exception : une expédition militaire rapide ayant mené à l’enlèvement du président puis à un accord avec Caracas propice aux intérêts états-uniens.
Ces guerres ont un coût pour les puissances impliquées, financier certes, mais aussi réputationnel, prenant la forme d’un discrédit auprès de leurs populations respectives et à l’international.
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02.09.2026 à 18:00
À quelques mois des élections de mi-mandat américaines et alors que Xi Jinping vient d’entamer une série de déplacements diplomatiques en se rendant au Sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le président chinois sera reçu par Donald Trump à Washington le 24 septembre 2026. Une visite qui intervient dans un contexte tendu entre les deux puissances, marqué par la guerre commerciale, les pressions américaines sur Pékin concernant son soutien à l’Iran et les interrogations croissantes sur la solidité de l’engagement de Washington envers Taïwan. Ce calendrier n’a rien d’anodin. Alors que l’on pouvait initialement s’attendre à ce que Donald Trump n’accueille son homologue chinois sur le sol américain qu’à l’occasion du G20 de décembre 2026, l’accélération du calendrier diplomatique sino-américain ouvre de nouvelles interrogations. Comment Xi Jinping se joue-t-il de Donald Trump ? Quels seront les enjeux diplomatiques de cette rencontre entre Pékin et Washington ? En quoi le manque de fermeté de Donald Trump dans son soutien à Taïwan peut-il être favorable à la Chine ? Pékin pourrait-il monnayer un retrait de son soutien à l’Iran contre un désengagement américain sur la question taïwanaise ? Qu’en est-il de la place de la France et de l’Europe au sein de la rivalité sino-américaine ? Réponses dans ce podcast avec André Chieng, vice-président du Comité France-Chine.
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À quelques mois des élections de mi-mandat américaines et alors que Xi Jinping vient d’entamer une série de déplacements diplomatiques en se rendant au Sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le président chinois sera reçu par Donald Trump à Washington le 24 septembre 2026. Une visite qui intervient dans un contexte tendu entre les deux puissances, marqué par la guerre commerciale, les pressions américaines sur Pékin concernant son soutien à l’Iran et les interrogations croissantes sur la solidité de l’engagement de Washington envers Taïwan.
Ce calendrier n’a rien d’anodin. Alors que l’on pouvait initialement s’attendre à ce que Donald Trump n’accueille son homologue chinois sur le sol américain qu’à l’occasion du G20 de décembre 2026, l’accélération du calendrier diplomatique sino-américain ouvre de nouvelles interrogations.
Comment Xi Jinping se joue-t-il de Donald Trump ? Quels seront les enjeux diplomatiques de cette rencontre entre Pékin et Washington ? En quoi le manque de fermeté de Donald Trump dans son soutien à Taïwan peut-il être favorable à la Chine ? Pékin pourrait-il monnayer un retrait de son soutien à l’Iran contre un désengagement américain sur la question taïwanaise ? Qu’en est-il de la place de la France et de l’Europe au sein de la rivalité sino-américaine ?
Réponses dans ce podcast avec André Chieng, vice-président du Comité France-Chine.
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02.09.2026 à 16:54
Entrée en vigueur en 2011, la directive 2009/81/CE sur les marchés publics de défense a été mal acceptée par les parties prenantes chargées de la mettre en œuvre (États membres, industries, Commission). En fait, dans la plupart des cas la directive n’a tout simplement pas été mise en œuvre. Aussi, face à l’évolution du contexte international, la Commission européenne voudrait désormais la réformer. Certains acteurs sont favorables à cette ambition, d’autres y sont opposés, tandis que d’autres demeurent encore réservés. Comment faire pour que toute nouvelle législation en la matière fasse, cette fois-ci, l’objet d’une véritable appropriation par ceux qui devront ensuite l’appliquer ? Cet article analyse les termes du débat, en identifiant à la fois les objectifs de la Commission et les inquiétudes qu’ils suscitent. Il tente par la suite d’esquisser quelques pistes de solution. L’article conclut qu’une réforme des règles relatives aux marchés publics de défense n’a de sens que si elle s’inscrit dans le mouvement plus large engagé par l’Union européenne (UE) ces dernières années, en faveur de celle qui, de fait, s’apparente à une véritable politique industrielle stratégique et interventionniste fondée sur le principe de préférence européenne.
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Entrée en vigueur en 2011, la directive 2009/81/CE sur les marchés publics de défense a été mal acceptée par les parties prenantes chargées de la mettre en œuvre (États membres, industries, Commission). En fait, dans la plupart des cas la directive n’a tout simplement pas été mise en œuvre. Aussi, face à l’évolution du contexte international, la Commission européenne voudrait désormais la réformer.
Certains acteurs sont favorables à cette ambition, d’autres y sont opposés, tandis que d’autres demeurent encore réservés. Comment faire pour que toute nouvelle législation en la matière fasse, cette fois-ci, l’objet d’une véritable appropriation par ceux qui devront ensuite l’appliquer ? Cet article analyse les termes du débat, en identifiant à la fois les objectifs de la Commission et les inquiétudes qu’ils suscitent. Il tente par la suite d’esquisser quelques pistes de solution.
L’article conclut qu’une réforme des règles relatives aux marchés publics de défense n’a de sens que si elle s’inscrit dans le mouvement plus large engagé par l’Union européenne (UE) ces dernières années, en faveur de celle qui, de fait, s’apparente à une véritable politique industrielle stratégique et interventionniste fondée sur le principe de préférence européenne.
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02.09.2026 à 15:56
Trump’s declining approval ratings will not change him, but might concern the people around him. A year-and-a-half into his second term, most polls indicate that President Donald Trump is very unpopular. According to the New York Times poll tracking[1], the five polls taken since August 10th show Trump with 40%, 38%, 37%, 35% and 33% job approval, for an average of 37%. Trump has never been popular, but these numbers are bad even for him. It is possible that these numbers will rebound and Trump will find his approval ratings in the low 40s in time for the midterm elections, or even that after the midterm elections Trump will find his political footing again and suddenly become more popular. However, those outcomes are not likely.
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Trump’s declining approval ratings will not change him, but might concern the people around him.
A year-and-a-half into his second term, most polls indicate that President Donald Trump is very unpopular. According to the New York Times poll tracking[1], the five polls taken since August 10th show Trump with 40%, 38%, 37%, 35% and 33% job approval, for an average of 37%. Trump has never been popular, but these numbers are bad even for him. It is possible that these numbers will rebound and Trump will find his approval ratings in the low 40s in time for the midterm elections, or even that after the midterm elections Trump will find his political footing again and suddenly become more popular. However, those outcomes are not likely.
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02.09.2026 à 11:02
Les défis géopolitiques sont nombreux en cette rentrée. Donald Trump se trouve au centre de chacun d’entre eux, et a échoué dans la majorité des cas. Tout d’abord s’agissant de la situation en Iran : l’excursion rapide que les États-Unis devaient y mener n’est toujours pas terminée plus de six mois après le début du conflit. Donald Trump apparait désormais dans l’impasse. La solution militaire initiale n’a pas fonctionné. Donald Trump a dans un second temps tenté la voie de la négociation. L’Iran qui a subi deux guerres (juin 2025, février 2026) alors que des négociations étaient sur le point d’aboutir, ne s’est pas montré empressé de conclure et a fait monter les enchères. La superpuissance états-unienne au budget militaire démentiel de 1000 milliards de dollars est à court de munitions. Quel aveu d’échec ! Donald Trump utilise désormais une troisième option : déclarer une guerre économique totale contre l’Iran en menaçant tout pays qui entretiendrait des relations commerciales avec Téhéran de subir des sanctions décidées par les États-Unis. En réalité, l’Iran a depuis longtemps pris l’habitude de contourner les sanctions qui pèsent sur lui. Mais il y a plus problématique. Si les alliés européens des États-Unis risquent peut-être de suivre Donald Trump pour ne pas le contrarier, un pays va sans aucun doute résister aux pressions de Washington : la Chine. Pékin ne peut pas se permettre de céder à ces pressions à la fois pour des raisons géopolitiques et de politique intérieure. La population chinoise serait furieuse de voir son gouvernement céder à Washington. La Chine a également des intérêts géopolitiques. Elle a besoin du pétrole iranien et, surtout, elle doit montrer au reste du Sud global qu’elle ne cède pas à la puissance états-unienne. Par ailleurs, Donald Trump attend Xi Jinping aux États-Unis pour la fin du mois de septembre. Il a besoin que ce dernier fasse des concessions économiques, qu’il achète davantage d’avions Boeing et de produits agricoles américains. Il paraît donc peu crédible qu’il se lance parallèlement dans une guerre commerciale totale avec la Chine à propos de l’Iran. En revanche, il l’a fait avec le Canada. Et le Canada n’a pas cédé. Le Premier ministre Marc Carney a assuré qu’il appliquerait à l’encontre des États-Unis les mêmes taxes, au dollar près, qu celles qu’imposeraient Washington. Il est vrai que […]
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Les défis géopolitiques sont nombreux en cette rentrée. Donald Trump se trouve au centre de chacun d’entre eux, et a échoué dans la majorité des cas.
Tout d’abord s’agissant de la situation en Iran : l’excursion rapide que les États-Unis devaient y mener n’est toujours pas terminée plus de six mois après le début du conflit. Donald Trump apparait désormais dans l’impasse. La solution militaire initiale n’a pas fonctionné. Donald Trump a dans un second temps tenté la voie de la négociation. L’Iran qui a subi deux guerres (juin 2025, février 2026) alors que des négociations étaient sur le point d’aboutir, ne s’est pas montré empressé de conclure et a fait monter les enchères. La superpuissance états-unienne au budget militaire démentiel de 1000 milliards de dollars est à court de munitions. Quel aveu d’échec ! Donald Trump utilise désormais une troisième option : déclarer une guerre économique totale contre l’Iran en menaçant tout pays qui entretiendrait des relations commerciales avec Téhéran de subir des sanctions décidées par les États-Unis.
En réalité, l’Iran a depuis longtemps pris l’habitude de contourner les sanctions qui pèsent sur lui. Mais il y a plus problématique. Si les alliés européens des États-Unis risquent peut-être de suivre Donald Trump pour ne pas le contrarier, un pays va sans aucun doute résister aux pressions de Washington : la Chine. Pékin ne peut pas se permettre de céder à ces pressions à la fois pour des raisons géopolitiques et de politique intérieure. La population chinoise serait furieuse de voir son gouvernement céder à Washington.
La Chine a également des intérêts géopolitiques. Elle a besoin du pétrole iranien et, surtout, elle doit montrer au reste du Sud global qu’elle ne cède pas à la puissance états-unienne. Par ailleurs, Donald Trump attend Xi Jinping aux États-Unis pour la fin du mois de septembre. Il a besoin que ce dernier fasse des concessions économiques, qu’il achète davantage d’avions Boeing et de produits agricoles américains. Il paraît donc peu crédible qu’il se lance parallèlement dans une guerre commerciale totale avec la Chine à propos de l’Iran.
En revanche, il l’a fait avec le Canada. Et le Canada n’a pas cédé. Le Premier ministre Marc Carney a assuré qu’il appliquerait à l’encontre des États-Unis les mêmes taxes, au dollar près, qu celles qu’imposeraient Washington. Il est vrai que le Canada prend le risque d’y laisser des plumes, puisque 75 % de ses exportations sont destinées aux États-Unis, mais ces derniers en subiraient également le coût. Marc Carney a voulu montrer à Donald Trump qu’il ne céderait pas, car il a estimé que c’était la souveraineté canadienne qui était en cause. C’est donc un échec pour Donald Trump. Voilà un exemple que d’autres auraient pu suivre. L’Europe, notamment, qui bien qu’ayant un marché intérieur plus important que celui des États-Unis, et une moindre dépendance que le Canada au marché américain, a accepté un deal inégal et humiliant de taxation à 15% de ses exportations et l’exemption sur les produits américains.
Donald Trump et son administration ont ouvert un nouveau front, cette fois politique et juridique contre la Cour pénale internationale. Marco Rubio a décidé de « démanteler » la Cour pénale internationale « brique par brique ». Washington ne lui pardonne pas que l’armée américaine ait été mise en cause en Afghanistan et en Irak, et surtout qu’un mandat d’arrêt ait été émis contre son allié le Premier ministre israélien. On verra donc si d’autres pays que le Tchad et le Venezuela vont céder aux menaces de l’administration états-unienne et se retirer du statut de la Cour pénale internationale, ou si, au contraire, ils vont résister à cet assaut. Cela constitue également un nouveau test pour l’Union européenne dont les membres se disent fortement attachés au droit international, mais qui risquent à nouveau de se contenter de critiquer mollement, en déplorant ou regrettant ces attaques, sans rien faire de plus.
Il y a, en revanche, une guerre que Donald Trump ne mène pas : celle pour protéger la planète. On annonce que le phénomène océanographique El Niño pourrait provoquer davantage de ravages, alors même que le pourtour méditerranéen a connu de nombreux incendies, et qu’après la sécheresse, les inondations pourraient se multiplier. À ce sujet, le président de la première puissance mondiale continue de mener une politique climatosceptique et de refuser de lutter contre le dérèglement climatique. De même, le virus Ebola se répand d’autant mieux en République démocratique du Congo que les États-Unis ont supprimé l’USAID et de nombreux programme d’aide aux pays africains.
Enfin, deux conflits auxquels il avait promis de mettre fin se poursuivent toujours.
D’abord, la guerre entre la Russie et l’Ukraine, où le nombre de morts civils augmente à mesure que les frappes se multiplient. Aucun des deux camps n’est prêt à céder. Les exigences des uns sont complètement incompatibles avec celles des autres. On voit donc mal comment ce conflit pourrait se terminer, alors même que les deux pays, et surtout leurs populations civiles, souffrent énormément.
Et puis il y a le Proche-Orient, où l’armée israélienne accroît son contrôle sur Gaza et sur la Cisjordanie. Le plan de paix de Donald Trump n’est pas du tout respecté. Benyamin Netanyahou a opposé une fin de non-recevoir à la deuxième phase de celui-ci. La perspective d’une paix véritable, et en tout cas d’une paix juste, paraît donc encore très éloignée. Et la possibilité de la création d’un État palestinien s’éloigne un peu plus chaque jour, face à la passivité coupable de l’ensemble de la communauté internationale.
Il n’y a qu’un domaine dans lequel Donald Trump a réussi mais de façon aussi immorale qu’illégale – ce qui n’a aucune importance pour lui.
Il a réussi à mettre la main sur le pétrole du Venezuela en signant un accord avec la présidente Delcy Rodriguez. Cet accord permet aux États-Unis de contrôler la plupart des réserves prouvées de pétrole au Venezuela. Des investissements massifs seront nécessaires, mais permettront de reprendre la production et l’exportation du fait de la levée des sanctions états-uniennes en échange desquelles le Venezuela a renoncé à son indépendance. Certes, dans les dernières années, la gestion du président aujourd’hui incarcéré aux États-Unis Nicolas Maduro était parfaitement catastrophique et a fait fuir 6 millions de Vénézueliens en dehors de leur pays. Mais la capture d’un chef d’État en exercice dans un pays souverain est contraire à toutes les normes internationales. On ouvre la boîte de Pandore en permettant ce type d’action qui s’apparente plus aux méthodes mafieuses qu’aux relations entre États souverains. Delcy Rodriguez a compris qu’elle ne pouvait rester en poste qu’à condition d’obéir aux injonctions de Donald Trump. Il s’agit là de l’affirmation d’un impérialisme débridé qui ne peut conduire qu’à une brutalisation des relations internationales.
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01.09.2026 à 12:33
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Julia Tasse, directrice du développement de l’IRIS et responsable du programme Océan et fonds marins, autour du phénomène météorologique El Niño, dont les conséquences pourraient être significatives dans les prochains mois notamment à travers une multiplication des épisodes d’inondations et de sécheresses.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Julia Tasse, directrice du développement de l’IRIS et responsable du programme Océan et fonds marins, autour du phénomène météorologique El Niño, dont les conséquences pourraient être significatives dans les prochains mois notamment à travers une multiplication des épisodes d’inondations et de sécheresses.
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31.08.2026 à 16:32
Au cours des dernières semaines, de significatives évolutions ont modifié les paramètres politiques de la question kurde en Turquie et en Syrie. Ces processus différenciés renvoient, in fine, aux spécificités nationales des pays dans lesquels ces défis se cristallisent et démontrent une nouvelle fois que la séparation du peuple kurde au sein de quatre États du Moyen-Orient – Turquie, Syrie, Irak, Iran – au lendemain de la Première Guerre mondiale a induit des modes de socialisation et de mobilisation politiques différents de ses différentes composantes. Significatives avancées en Turquie En Turquie, un processus est engagé au cours de l’automne 2024 lorsque, à la surprise de la plupart des observateurs, le dirigeant d’un parti d’extrême droite nationaliste, pourtant connu pour son intransigeance à l’égard de la question kurde, ouvre la voie en proposant que le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999, puisse venir s’expliquer devant le parlement turc. Les décisions s’enchaînent alors rapidement, et le 25 février 2025, Abdullah Öcalan rédige un appel, rendu public deux jours plus tard, qui fera date dans la longue histoire de la question kurde en Turquie. Intitulée Appel pour la paix et une société démocratique, la déclaration est brève. Évoquant la très ancienne cohabitation entre Turcs et Kurdes, revenant sur les raisons et le moment où le PKK a été créé, insistant ensuite sur l’importance fondamentale des valeurs et des pratiques démocratiques, Öcalan marque une claire rupture avec quelques-unes des revendications qui ont été celles du PKK au cours de son histoire. Ainsi, l’idée d’un État séparé, l’hypothèse d’une solution fédérale ou la perspective d’une autonomie administrative des régions du sud-est de la Turquie sont abandonnées. Il est frappant qu’aucune revendication proprement kurde n’apparaisse dans cette déclaration au profit de références, imprécises, à une vie démocratique et harmonieuse. A contrario, c’est […]
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Au cours des dernières semaines, de significatives évolutions ont modifié les paramètres politiques de la question kurde en Turquie et en Syrie. Ces processus différenciés renvoient, in fine, aux spécificités nationales des pays dans lesquels ces défis se cristallisent et démontrent une nouvelle fois que la séparation du peuple kurde au sein de quatre États du Moyen-Orient – Turquie, Syrie, Irak, Iran – au lendemain de la Première Guerre mondiale a induit des modes de socialisation et de mobilisation politiques différents de ses différentes composantes.
En Turquie, un processus est engagé au cours de l’automne 2024 lorsque, à la surprise de la plupart des observateurs, le dirigeant d’un parti d’extrême droite nationaliste, pourtant connu pour son intransigeance à l’égard de la question kurde, ouvre la voie en proposant que le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999, puisse venir s’expliquer devant le parlement turc. Les décisions s’enchaînent alors rapidement, et le 25 février 2025, Abdullah Öcalan rédige un appel, rendu public deux jours plus tard, qui fera date dans la longue histoire de la question kurde en Turquie. Intitulée Appel pour la paix et une société démocratique, la déclaration est brève. Évoquant la très ancienne cohabitation entre Turcs et Kurdes, revenant sur les raisons et le moment où le PKK a été créé, insistant ensuite sur l’importance fondamentale des valeurs et des pratiques démocratiques, Öcalan marque une claire rupture avec quelques-unes des revendications qui ont été celles du PKK au cours de son histoire. Ainsi, l’idée d’un État séparé, l’hypothèse d’une solution fédérale ou la perspective d’une autonomie administrative des régions du sud-est de la Turquie sont abandonnées. Il est frappant qu’aucune revendication proprement kurde n’apparaisse dans cette déclaration au profit de références, imprécises, à une vie démocratique et harmonieuse. A contrario, c’est la pierre angulaire de la déclaration, est clairement formulé l’appel au dépôt des armes et à l’autodissolution du PKK, ce qui traduit un bouleversement radical de perspectives.
Le 12 mai suivant, lors de son congrès, le PKK vote en effet son autodissolution, décision d’une importance considérable à propos d’un dossier qui envenime la vie politique en Turquie depuis des décennies, même si depuis une dizaine d’années une significative baisse des activités militaires du PKK sur le sol turc pouvait être constatée. Le 11 juillet 2025, une cérémonie de destruction symbolique d’armes de combattants dans les montagnes du Kurdistan d’Irak est ensuite mise en scène. Parallèlement, une « Commission parlementaire pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie » est créée dont les propositions sont enfin rendues publiques le 5 août 2026, puis adoptées par le parlement, le 10 août.
Bien que le terme d’amnistie ne soit pas mentionné, il s’agit avant tout de la perspective de libération de milliers de prisonniers politiques – on estime leur nombre de 5000 à 7000 – et du retour en Turquie des cadres et combattants qui se trouvent à l’étranger. Les prisonniers condamnés pour appartenance au PKK bénéficieront d’une suspension de leur peine pour une période de cinq à dix ans, puis de son annulation en cas de non-récidive. Les dirigeants kurdes du PKK considèrent qu’en dépit du flou de certaines mesures, un premier pas, qualifié d’historique, est accompli puisqu’une loi votée donne un cadre juridique au désarmement, au retour et à la réintégration dans la vie civile de ses combattants. Abdullah Öcalan lui-même déclare « Une route de mille kilomètres commence par un premier pas ».
Est-ce la fin d’un conflit commencé le 15 août 1984 et qui a fait a minima 45 000 victimes ? Il est trop tôt pour l’affirmer, tant les reculs et les désillusions ont été nombreux ces dernières années. Sont néanmoins réunis les éléments d’avancées politiques qui restent à compléter et surtout à concrétiser. Il s’agira dans les semaines à venir de poursuivre un processus politique en abordant des questions non résolues à ce jour : statut des langues kurdes, de leur enseignement, de l’organisation territoriale de la Turquie, des enjeux de démocratisation de la vie politique, et enfin de l’avenir de prisonniers politiques emblématiques tels Selahettin Demirtas et Figen Yüksekdag – anciens dirigeants du Parti démocratique des peuples (HDP) en prison depuis 2016 – et bien sûr celui d’Abdullah Öcalan.
En Syrie, c’est une tout autre dynamique qui est à l’œuvre. Dans le cours de la guerre civile (2011-2014), une région, communément appelée le Rojava, s’est autonomisée, dirigée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) au sein desquelles le PKK joue un rôle politique prépondérant. La chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024 rebat les cartes et les nouveaux dirigeants de Damas déclarent rapidement vouloir rétablir l’unité et la souveraineté du pays. Pour eux, il s’agit donc d’en finir avec le statut d’autonomie de facto dont jouit le Rojava.
Constatant l’échec des négociations entreprises, une offensive militaire éclair est lancée au début de l’année par les troupes d’Ahmed Al-Charaa, le président de transition en Syrie, au cours de laquelle les FDS, de façon surprenante, se débandent rapidement. Un protocole d’accord est alors signé le 30 janvier 2026, très favorable au gouvernement de Damas puisqu’il enterre la perspective de la pérennisation d’une autonomie kurde au Rojava et consacre la recomposition territoriale de la Syrie. Les autorités intérimaires de Damas prennent ainsi le contrôle des institutions locales, des postes-frontières, des champs gaziers et pétroliers ainsi que des camps d’internement dans lesquels se trouvent des prisonniers de l’organisation État islamique. Il est alors prévu que les institutions de l’’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) seront intégrées à l’appareil d’État syrien et les combattants des FDS incorporés selon un protocole strict dans la nouvelle armée syrienne. Aucune mention n’est faite quant à l’avenir des unités de femmes combattantes des FDS et des combattants étrangers du PKK. Principales concessions, elles sont importantes, le kurde est reconnu comme langue nationale et pourra être enseigné librement, le Nouvel An kurde, le Newroz, sera quant à lui férié, et la nationalité syrienne enfin accordée à la totalité des citoyens d’origine kurde. Nulle reconnaissance à l’autogouvernement ou à l’autodétermination donc, mais bien plutôt celle de quelques droits dus à une minorité. On le voit, l’accord sanctionne un rapport de force peu favorable aux forces kurdes.
C’est au mois d’août 2026 que le processus de négociations semble finalisé et les institutions politiques, administratives, militaires et sécuritaires kurdes intégrées à l’appareil d’État syrien. Le 25 août, la dissolution des FDS est annoncée par son chef, Mazloum Abdi, ancien cadre du PKK. Ce dernier est en outre nommé conseiller auprès d’Ahmed Al-Charaa, le 28 août. C’est la première fois dans l’histoire de la Syrie contemporaine que les Kurdes sont ainsi représentés au sommet de l’appareil d’État.
Au-delà des différences structurelles et conjoncturelles, il est possible de formuler plusieurs remarques sur la question kurde telle qu’elle se pose aujourd’hui en Turquie et en Syrie. Pour leur part, les cas irakien et iranien sont très différents.
Nous constatons tout d’abord l’échec et l’impasse du choix de la lutte armée initié par le PKK il y a de nombreuses années et la possibilité d’une intégration potentielle de la dimension kurde dans les combats plus strictement politiques au sein des deux pays concernés. Nous en sommes néanmoins aux prémices d’une nouvelle séquence qui restent à confirmer pour que les décisions prises s’inscrivent réellement dans les faits et dans la durée. L’histoire du peuple kurde est parsemée par les multiples trahisons à son encontre et il convient de rester prudent sur la pérennité des dispositions prises récemment, elles n’en sont pas moins porteuses d’espoirs.
Le corollaire de cette situation est l’abandon de la perspective de création d’un État kurde dont il faut souligner que le PKK l’avait déjà théorisé il y a de nombreuses années. Pour certaines des composantes du mouvement national kurde la question territoriale, et donc de l’État, est centrale – c’est le cas des organisations kurdes en Irak – alors que d’autres affirment refuser désormais de se situer dans une perspective étatique et s’inscrivent dans une démarche de revendications présentées avant tout comme sociales et autogestionnaires. Ce paramètre est central, car il exprime de profondes divergences sur le type de société à construire. Doit-il l’être sur des bases ethniques ou a contrario sur les bases d’une citoyenneté politique transcendant les appartenances communautaires et identitaires ? La question n’est pas tranchée, et les rivalités souvent aiguës persistent entre les différentes branches du mouvement national kurde.
Se pose aussi la question centrale des droits démocratiques. Si la question kurde, potentiellement porteuse de nouvelles dynamiques étatiques régionales, ne suppose pas, à ce stade, celle d’un État indépendant unifié, elle soulève a contrario celle de l’ouverture du champ politique et de l’instauration de systèmes pluralistes. Les échecs des mouvements de contestation récents qui se sont cristallisés dans les mondes arabes, en Iran, en Turquie, démontrent à l’envi que les obstacles sont nombreux et que les régimes en place sont prêts à utiliser tous les moyens, y compris les plus violents, pour préserver leurs privilèges. En outre, l’altération parfois la nécrose, de nombreux appareils étatiques parviennent, dans certains cas, à transformer des liens d’appartenance nationaux en liens d’allégeances communautaires exclusives, contradictoires avec un processus d’ouverture démocratique. C’est pourquoi les processus de transitions sont infiniment complexes. La seule garantie effective réside dans la capacité offerte à tous les peuples et à tous les citoyens, sans exception, de s’exprimer librement, de s’organiser au sein d’associations, de partis ou de syndicats, d’accéder sans entraves à la presse, à Internet et aux réseaux sociaux, ainsi que dans le droit, pour les femmes, de porter ou non le voile selon leur libre choix. Ces droits ne sont pas optionnels : ils constituent le socle irréductible de tout exercice démocratique. Loin d’être abstrait ou utopique, ce principe représente une condition sinon suffisante, du moins indispensable, pour mieux réguler l’évolution des sociétés comme les relations internationales.
Le peuple kurde ne fait pas exception à ces défis. Son droit à l’autodétermination doit donc être un principe lui permettant de s’approprier son propre avenir. D’autant que les dirigeants kurdes intègrent désormais la nécessité de s’emparer du champ politique, la lutte armée n’étant plus l’unique moyen promu pour faire valoir leurs revendications. Si la perspective de la création d’un État kurde unifié n’est guère envisageable, c’est alors la question des droits démocratiques culturels et politiques qui est principalement posée pour les Kurdes et s’avère stratégique dans tout projet politique émancipateur. C’est certainement l’un des enjeux essentiels auxquels seront confrontées les différentes composantes du mouvement national kurde au cours des années futures. Il ne pourra faire l’économie des alliances avec les autres composantes politiques, syndicales, associatives qui se situent dans une perspective d’émancipation citoyenne progressiste dans la région et à l’international.
Didier Billion est auteur de l’ouvrage Comprendre la question kurde, à paraître le 9 septembre 2026 aux éditions Armand Colin.
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31.08.2026 à 13:06
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