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23.07.2026 à 16:46

Quelques questionnements et réflexions relatifs aux pratiques de « pleine nature » ou « outdoor » en système consumériste

lsamuel

Texte intégral (2925 mots)

L’engouement actuel pour les sports de plein air appelés « outdoor » suscite nombre de questions. Parmi celles-ci, la relation humains et non humains que ces pratiques induisent avec aussi leurs impacts et les conflits d’usage qui se multiplient, le tout porté par un engouement industriel qui invente sans cesse de nouvelles activités pour créer de nouveaux besoins consuméristes mais qualifiés d’ « écolos » … Un marché axé sur la recherche du « bien-être « et un mode de vie en « harmonie avec la nature » comme le précisent les professionnels et certains pratiquants (1). Un engouement sans limites et forcément vertueux ?

par Pierre Grillet

L’outdoor transformé en un poids lourd économique

Les pratiques d’outdoor sont définies comme des activités physiques et sportives qui se déroulent en plein air et le plus souvent dans un environnement qualifié de « naturel ». Leurs succès entraînent des problématiques qui sont souvent liées à des aménagements de sites, des impacts environnementaux, de surfréquentation et de conflits d’usages. Les industriels spécialisés en ont profité pour capitaliser sur un tel enthousiasme qu’ils ont largement initié (2) afin de provoquer puis stimuler les ventes d’équipements en enrobant le tout par des argumentaires dits « responsables » à partir d’entreprises autoproclamées eco friendly. En Europe, le marché du sport outdoor  représenterait 16,3 milliards d’euros. En France, le département de l’Isère compte à lui seul, 90 entreprises spécialisées dans les activités outdoor, pour 2 000 emplois et un chiffre d’affaires estimé à 1,1 milliard d’euros. En 2023, la filière haut-savoyarde emploie 3 157 personnes dans 190 entreprises pour un chiffre d’affaires de 4,14 milliards d’euros. Dans la région Auvergne Rhône-Alpes, ce sont plus de 536 entreprises, 7000 emplois avec un chiffre d’affaires de 5,74 milliards d’euros (données de 2023).

Des pratiques qui utilisent le non humain comme un simple objet, un support ?

L’outdoor est présenté le plus souvent comme « un outil de transition et vecteur de sensibilisation à l’environnement ». Qu’en est-il réellement ? On passe du VTT, avec ou sans moteur électrique, au canyoning pour profiter des toboggans naturels sur l’eau, faire des glissades comme si nous étions des loutres, nager dans les eaux cristallines, sauter dans les trous d’eau au fond des gorges… On invente actuellement des skis électriques pour faire de la randonnée sur neige facilement et monter deux fois plus vite (même en montagne, il faudrait gagner du temps). On pratique la luge d’été, on grimpe presque partout grâce à ces via ferrata qui se sont multipliées ces dernières années.

On peut aussi faire les mêmes activités à 2000 mètres qu’au bord de la mer : de la plongée, de la voile, de la planche à voile, du kitesurf, du ski nautique, des bouées tractées, du wakeboard, du pédalo, du golf… Car la plupart des grosses stations de montagne sont toutes pourvues d’un lac et/ou de complexes nautiques. Très récemment, la station de ski de Chamrousse, en Isère, déjà pourvue de trois retenues collinaires pour ses installations de neige artificielle (financées à hauteur de 80 % par de l’argent public) a ouvert son Adrénaline Park avec « la plus grande tyrolienne à pylônes du monde », nous dit la publicité, pour « vivre une expérience inoubliable »… La station, à 1800 m d’altitude, propose également du ski nautique sur l’une de ses retenues collinaires.

Le littoral connaît également un engouement marqué avec le kayak des mers, le wing foll ou cerf-volant des mers, le coasteering ou canyoning de bord de mer ainsi que le Paddle Stepper, le Kneeboard ou téléski nautique. Sur les dunes pourtant fragiles, le fat bike permet de rouler sur le sable et connaît une forte croissance. Sur le site Decathlon on peut lire : « équipé de larges pneus, mais aussi d’une assistance électrique performante, ce vélo tout terrain hors du commun vous permet d’explorer les milieux les plus compliqués sans effort. Boue, neige, ou encore sable, vous redécouvrez ainsi votre environnement à l’occasion de randonnées agréables et stimulantes. Les caractéristiques innovantes des modèles vous assurent par ailleurs un confort optimal à chaque mouvement de pédale. Quelle que soit la typologie du sentier pratiqué, vous découvrez alors de nouvelles sensations dont vous ne voudrez plus vous passer ». On peut apprécier la phrase : « vous redécouvrez ainsi votre environnement », une manière de rappeler que cet environnement serait en votre possession, votre chose… Et on invente quasiment une nouvelle activité chaque année ! On a vraiment du mal à croire que de telles activités vont permettre de resserrer ou « reconnecter » les liens humains-non humains.

Pour notre plus grand « bien-être », comme on n’a de cesse de nous le rappeler, l’espace qui nous accueille – littoral, mer, montagne, campagne – est, dans les faits, réduit à l’état d’objet, un simple décor ou terrain de jeu et on ignore le plus souvent les personnes et les non humains qui y vivent toute l’année. On ignore tout de leur histoire et on passe à côté du vivant sans prendre le temps de mieux le connaître. À l’ère du capitalisme, on consomme la terre. On la consomme en participant à son érosion, mais on ne l’habite pas. On ne l’habite plus. Pour Antoine Doré, sociologue à l’Inrae, « la nature n’est plus perçue comme un milieu habité ou exploité, mais comme un cadre récréatif destiné à l’évasion… L’histoire et la sociologie des pratiques récréatives montrent que la nature est souvent perçue comme un décor à admirer plutôt qu’un espace partagé avec des animaux sauvages. » Pourtant, tout est fait pour laisser croire que la pratique sportive en plein air permettrait de « reconnecter » (le mot est à la mode) les humains avec la nature, voir sauver la biodiversité !

Des conflits d’usage exacerbés en raison de la multitude de pratiques qui s’entremêlent ?

Les sentiers de randonnée sont aujourd’hui, pour beaucoup, autant utilisés par des vététistes de plus en plus nombreux roulant en moyenne entre 20 et 30 km/h que par des marcheurs (entre 3 et 6 km/h). Tout est ici réuni pour créer une cohabitation conflictuelle. C’est Ouest-France qui en fait un compte-rendu saisissant : « Barbelés ou planches cloutées en travers des chemins, pieux fichés dans le sol : les vététistes dénoncent la multiplication de pièges les visant, sur fond de tensions accrues avec certains usagers de la nature, excédés par l’explosion du nombre de VTT. Nez ensanglanté, casque et vélo endommagés, hélitreuillage nocturne vers l’hôpital : les images postées mi-septembre sur le compte Instagram de Gaétan Broda font froid dans le dos. Victime d’un piège dans le massif des Vosges, le Haut-Rhinois de 18 ans, féru de VTT enduro, confie avoir failli y rester. En cause : une planche cloutée dissimulée sur le chemin qu’il descendait à plus de 50 km/h.» D’après une association de loisirs en plein air, les actes malveillants vis-à-vis de VTT auraient causé, depuis 2004, la mort de 11 personnes et fait 66 blessés. Dans le Vercors, des pêcheurs mécontents avaient disposé des barbelés dans un ruisseau pour dissuader les amateurs de canyoning…

Un exemple précis de conflit nous est donné par le docteur en droit Jean-Pierre Vial : « la coexistence des utilisateurs de cours d’eaux est parfois conflictuelle, notamment entre pêcheurs et adeptes des sports nautiques. En l’espèce, le litige avait éclaté entre des professionnels du canyoning pratiquant ce sport dans le canyon dit de Rabou et les habitants du lieu. En réaction, le maire de Rabou avait interdit dans cette partie du cours d’eau la pratique de tous les sports en eau vive, la descente et la montée du lit du cours d’eau sous quelque forme que ce soit et la pratique de l’escalade des lits et berges ». L’auteur nous explique que cet arrêté a été rapidement annulé par la cour administrative de Marseille et en tire la conclusion suivante : « La liberté est la règle et la restriction de police l’exception ». Mais rien n’est réglé en matière de conflit d’usage.

Dans tous les espaces qualifiés de « naturels », les gestionnaires cherchent à faire cohabiter des pratiques pourtant très différentes et programment des plans visant à réguler telle activité, telle cohabitation ou tel accès à certains secteurs. Mais il ne s’agit que de remèdes très ponctuels que l’on pourrait presque assimiler à des pansements sur une jambe de bois. Face à l’envahissement de sites entiers par des pratiques sportives toujours plus nombreuses et impactantes, ne risque-t-on pas de se retrouver rapidement dans une impasse à moins que nous y soyons déjà ?

Créer de nouveaux besoins : une volonté d’expansion sans fin de la part des industriels

Ce sont bien les professionnels (accompagnés par l’environnement médiatique et les lobbys touristiques) qui créent, alimentent ou récupèrent ces besoins nouveaux pour en faire des produits. En témoigne, cette quasi injonction de vérifier en continu l’état de son corps grâce à de multiples objets connectés lors de pratiques outdoor : bracelet discret qui enregistre votre nombre de pas dans la journée, fourchette connectée qui fait maigrir, encas énergétiques, lunettes connectées, casques à conduction osseuse, traqueur de sommeil intelligent, traqueur d’activités, fitness tracker pour mener « une vie saine », balance connectée pour faire fondre la silhouette, coach virtuel minceur et bien d’autres qui, comme la publicité le proclame, « prennent soin de tous vos besoins, à savoir la santé, le bien-être, le confort, la sécurité et bien plus ». « Des produits individualisés et individualisant qui ne font que créer de l’isolement », explique à Reporterre la chercheuse Jeanne Guien, parlant plus globalement des objets du consumérisme. « Le boom des sports outdoor en France témoigne d’un engouement croissant pour la performance, la nature et le bien-être. Comment dès lors capitaliser sur cet enthousiasme pour stimuler les ventes d’équipements ? », nous explique un site consacré au business sportif. « Les industries qui fabriquent notre monde ne se contentent pas de créer des objets, mais créent aussi des comportements », comme nous le rappelle Jeanne Guien.
Les grosses stations touristiques comme Valloire participent pleinement à ce consumérisme très dirigé avec leurs salons annuels du tout terrain où même la pratique du sport moteur (4X4) en pleine nature est encouragée.

Pourquoi un tel besoin de « bien-être » ?

L’un des arguments phare pour expliquer un tel engouement passerait par la recherche d’un « bien-être », en « harmonie avec la nature ». Par-delà les slogans préfabriqués de l’industrie touristique et sportive, que révèlent de telles attentes ? La recherche du bien-être passe pour partie par celle d’un corps beau et sain avec une hygiène de vie marquée en pratiquant divers sports pour lutter contre les affres de la vie moderne, le tout en plein air pour « profiter », un maître mot des loisirs sportifs et touristiques. Une approche finalement assez semblable à celle préconisée au début du XXe siècle par certains médecins et une élite bourgeoise (3) à la recherche d’une vie saine, sportive, équilibrée, voire pure, sans mélange (4) … Pour Benoît Heilbrunn, philosophe, « le paradoxe du système est qu’il vante les mérites de l’épanouissement personnel et du bien-être alors qu’il se nourrit de la frustration et de la rivalité entre les individus ».

Se contenter de compromis et quelques règles plutôt que d’aller à la racine du problème ?

Nulle part, il n’est question de poser le débat en affichant prioritairement ces questions : pourquoi en sommes-nous arrivés à ce point de saturation, de conflits, de contradictions entre des objectifs toujours affirmés de « protection de la biodiversité » et l’envahissement de sites entiers par des pratiques sportives et touristiques toujours plus nombreuses et impactantes ? Pourquoi un tel besoin de bien-être dès lors que l’on ne travaille pas ? On se contente de réfléchir à des « aménagements », des manières de laisser croire à une cohabitation possible entre des pratiques de toutes manières inconciliables, de répéter que la « nature » serait un objet consommable par tout le monde, que chacun aurait le droit d’y faire ce qu’il veut moyennant quelques règles néanmoins, que les pratiquants d’outdoor seraient responsables et écologiquement conscients, que les industriels vendraient des produits de plus en plus écolos et durables, mais on refuse d’aller à la racine des problèmes. Car il faudrait alors débattre du véritable rôle de ces industriels du sport, de notre conception de l’emploi, notre rapport au travail, à la santé, à la production, au territoire, à la nature, de notre manière d’habiter. Se démarquer d’une ambiance soutenue par les pouvoirs publics notamment au travers des fameux Jeux Olympiques tant destructeurs pourtant considérés par les professionnels ,comme moteurs du développement de l’outdoor et qui rendent quasi obligatoire une adhésion populaire. Réfléchir sur le sens réel de cette quête du bien-être, ce qu’elle raconte de notre société et ses perversions, d’un individualisme exacerbé, du fondement même d’un système capitaliste fait pour asservir, qui n’a de cesse d’affaiblir les services publics de santé et d’ignorer l’urgence écologique mais qui, dans le même temps, incite fortement les individus à prendre soin d’eux-mêmes… Ainsi, nous serions, dans ce système néolibéral, en tant qu’individus, les seuls responsables de notre bien-être, notre santé et notre bonheur. Dehors la politique et tant pis pour les autres ! Jusqu’à quand une telle aberration ?

(1) Une étude d’OpinionWay pour Intersport révèlerait que « 81 % des Français ressentent aujourd’hui le besoin de se reconnecter à la nature grâce au sport et que 88 % considèrent que les activités outdoor répondent pleinement à cette attente. Le discours traditionnel centré sur la performance laisse progressivement place à une pratique orientée vers le bien-être, la santé et la liberté ». Selon IPSOS, dans sa pratique outdoor, un Français sur deux déclare « vouloir se connecter à la nature et évacuer son stress, en plus de garder la forme et d’entretenir son corps. En somme, les activités de plein air constituent un remède anti-stress de plus en plus prisé par les Français ».
(2) Selon des professionnels de l’outdoor, « l’engouement n’est pas seulement tiré par la pratique, mais aussi par l’attractivité des produits techniques. L’obsession du consommateur avant-gardiste est la distinction, poussant les marques de mode à rechercher l’hyper-technicité des équipements outdoor. Le processus est clair : c’est l’envie d’équipement qui déclenche l’envie de pratique. Cette soif d’équipement high-tech alimente une micro-compétition entre consommateurs urbains.»
(3) Même si toutes les classes sociales sont concernées par les pratiques outdoor, la majorité des pratiquants et surtout des consommateurs de produits dits « innovants et écolos » sont issus de classes plutôt aisées, CSP+, c’est-à -dire environ 12 millions d’individus : les cadres supérieurs, les dirigeants d’entreprise, les professions libérales, mais également les cadres d’entreprise ou de l’Administration, les professions intellectuelles comme les professeurs, les instituteurs, les chercheurs. Ce sont les CSP+ qui représentent la cible privilégiée des industriels de l’outdoor.
(4) La Lebensreform, ou « réforme de la vie », est née en Europe à la fin du XIXᵉ siècle. « Ce mouvement propose une vie saine, en harmonie avec la nature, une régénération du corps et de l’esprit par un contact renouvelé avec la nature : la pratique du sport, du naturisme, la création d’un habitat lumineux et aéré, la randonnée pédestre devaient restaurer un rapport immédiat entre le corps et son environnement ».

Photo : une piste de biathlon entièrement asphaltée en pleine nature © Pierre Grillet

 

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22.07.2026 à 15:18

Consultation publique sur le renouvellement de la liste des espèces considérées comme « Susceptibles d’Occasionner des Dégâts » : donnez votre avis !

lsamuel

Texte intégral (1467 mots)

Vous avez jusqu’au 30 juillet pour participer à la consultation publique concernant le renouvellement scandaleux pour trois ans (2026-2029) de la liste des espèces animales (4 mammifères et 5 oiseaux) considérées comme « Susceptibles d’Occasionner des Dégâts » (les « ESOD », anciennement appelées nuisibles) et ainsi manifester votre opposition !

par Pierre Grillet

Le projet d’arrêté prévoit le maintien du classement de neuf espèces sauvages sur la liste nationale des ESOD. Pendant trois ans encore, des mesures de destruction sur de vastes territoires pourraient être prises vis à vis des espèces suivantes : Renard roux, Martre, Fouine, Belette d’Europe, Pie bavarde, Geai des chênes, Corneille noire, Corbeau freux et Étourneau sansonnet. En France, chaque année, 1.7 million de renards, mustélidés (fouines, martres) et corvidés (pies, corbeaux et corneilles) sont tués pour réduire les pertes économiques et les risques sanitaires (zoonoses) attribués à ces « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ».

Des études scientifiques qui contredisent l’efficience d’un tel arrêté

En 2023, des chercheurs ont publié les résultats d’une synthèse des connaissances sous l’intitulé : « Les prélèvements des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) réduisent-ils les dégâts qui leur sont imputés ? » Leurs résultats sont clairs :
1) concernant les « dégâts » sur la faune, aucune publication n’a été réalisée sur l’effet de l’élimination de la martre des pins et de l’étourneau, pourtant bien qu’inscrits sur la liste Esod actuelle;
2) 70 % des études portant sur les dégâts sur la faune montrent que le prélèvement d’Esod n’a pas d’effet significatif sur la réduction de leur prédation sur la faune.

Une nouvelle étude, menée par des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que la destruction de millions d’animaux jugés « nuisibles » en France ne réduit pas les dommages économiques qui leur sont attribués. Ces destructions ne régulent pas non plus les populations animales concernées, et représentent un coût économique huit fois plus élevé que les déclarations de dégâts imputés à ces espèces. Voici le résumé de leur étude : « Chaque année, 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés sont abattus en France afin de réduire les risques sanitaires ainsi que les pertes économiques affectant les activités et les biens humains. L’efficacité de la stratégie de régulation létale mise en œuvre n’a jamais été évaluée. Nous avons analysé sept années de données relatives aux coûts des dommages et à l’effort de régulation létale à l’échelle nationale ; nous n’avons trouvé aucun lien entre l’effort de régulation et l’évolution des coûts des dommages signalés… Nous présentons également la première évaluation économique de la régulation des vertébrés indigènes considérés comme nuisibles en France. L’effort de régulation létale a été estimé entre 103 et 123 millions d’euros par an, alors que le coût annuel officiel des dommages s’élève à une fourchette comprise entre 8 et 23 millions d’euros. Rien ne prouve que l’effort de régulation apporte un quelconque bénéfice. La régulation létale réduit potentiellement les services écosystémiques associés à ces espèces, tels que la prédation des rongeurs et la dispersion des graines ».

Le scandale des lâchers de gibier trop rarement dénoncé !

Les chasseurs affirment de plus en plus leur rôle de gestionnaire de la nature sans se soucier une minute de l’impact désastreux provoqué par les lâchers de gibier chaque année avant l’ouverture. Une seule ACCA en France (association communale de chasse) peut relâcher juste avant l’ouverture plus de 600 perdrix et plus de 200 faisans… Et une autre (selon ses propres déclarations) relâche un peu avant l’ouverture quelque 800 « pièces » (faisans et perdrix). Rien que pour le département des Deux-Sèvres, il y aurait 269 ACCA… Faites le compte et demandez-vous quels sont ceux qui créent des « déséquilibres » ? Les renards, les martres ou ces lâchers massifs ? Environ 16 millions de faisans, perdrix ou canards sont élevés chaque année en France, pour la chasse. Une « solution » qui interroge sur le sens de la pratique en la maintenant quasi artificiellement. Laissons la parole à l’ACCA de Gourgé, en Deux-Sèvres, qui résume en une phrase toute la « pensée » cynégétique du moment : « Comme chaque année, l’ACCA lâche du gibier (perdrix/faisans) tous les 15 jours, mais les renards sont toujours là pour les prendre ». Et bien entendu, pour « protéger » ou plutôt réserver aux chasseurs qui paient ces millions de faisans et perdrix, on détruit les prédateurs, pardon on ne détruit pas, on « régule », un mot qui est rentré dans les éléments de langage de chaque chasseur car il est censé être mieux accepté par l’opinion publique !

Des scientifiques belges et français estiment que les lâchers de faisans sont probablement responsables de la disparition ou de la raréfaction de plusieurs espèces de reptiles localement. « Nous avons étudié les impacts potentiels de ces lâchers massifs sur les squamates indigènes en Wallonie (Belgique). Nos résultats suggèrent que les lézards et les serpents ont disparu des zones soumises aux lâchers massifs de faisans. Nous montrons en outre que la disparition des faisans sur un site est suivie après quelques années du retour d’une espèce répandue de lézard. Au vu de ces impacts sur la biodiversité, la pratique des lâchers de faisans dans la nature devrait être interdite. »… Dans le sud de la France, des lâchers massifs de faisans sur Porquerolles sont très certainement, au moins pour partie, responsables de la disparition du lézard ocellé sur cette île.

Au final, ce que ce projet d’arrêté dit de nos relations humains – non humains

Par-delà, les pseudo-arguments visant à laisser croire qu’une martre ou un renard, un geai des chênes, seraient des espèces à « réguler » car susceptibles d’occasionner des dégâts, un tel projet d’arrêté en dit long sur nos relations avec les non humains : nous voulons bien accepter une forme de cohabitation, mais sous la condition expresse que le non humain ne risque pas de nous concurrencer et/ou de nous gêner dans nos activités. Telle espèce nous embête ou risque de nous embêter ? Alors détruisons les individus pour être plus tranquilles. Inutile de prendre en compte les études scientifiques qui démontrent l’inefficacité et le gaspillage de telles mesures, ainsi que le rôle important joué par les espèces concernées dans l’écosystème. « Le gouvernement n’a écouté ni l’avis des scientifiques ni celui de sa propre inspection générale de l’environnement », nous explique Perrine Mouterde dans Le Monde à propos de cette liste. Inutile de remettre en cause ses propres pratiques, comme la destruction des haies et des habitats par certains agriculteurs ou les lâchers massifs de gibier d’élevage pour la chasse. Comme si ces pratiques étaient immuables et que rien ne saurait les compromettre, encore moins des non humains. Il y a encore beaucoup de travail pour modifier nos rapports avec l’ensemble du vivant. À commencer par refuser l’ineptie d’un tel arrêté !

Photo : martre © JF Noblet

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20.07.2026 à 16:00

Agenda JNE 2026/2027

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(207 mots)

De nombreux événements JNE sont déjà programmés à partir de septembre et vous pouvez d’ores et déjà les noter sur votre agenda !

– Le lundi 7 septembre à 12 h :
Webinaire avec Nicolas Celnik et Fabien Benoît, auteurs du livre Les assoiffeurs (Les Liens qui Libèrent)

– Le jeudi 17 septembre et tous les 3e jeudis de chaque mois :
Déjeuner au restaurant à Paris pour le plaisir de se rencontrer, d’échanger…

– Le samedi 3 octobre (toute la journée) :
Colloque sur la Sécurité Sociale de l’Alimentation à la Bourse du Travail à Paris. Ouvert à tous.

– Le jeudi 8 octobre à 19 h :
Jeudi de l’écologie à l’Académie du Climat (Paris) sur l’impact des éoliennes sur l’environnement, avec entre autres Gabriel Ullmann (JNE)…

– Les 28, 29 et 30 mai 2027
Congrès JNE dans le Centre de Terre vivante à Mens dans le Trièves (Isère), ouvert à tous les adhérent·e·s.

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16.07.2026 à 15:44

Changement climatique et déchets en Algérie: les surprises de la Méditerranée

lsamuel

Texte intégral (2537 mots)

Depuis quelques années, les plages d’Alger sont envahies par des algues marines. L’origine de leur prolifération reste en débat.

par M’hamed Rebah

Aller à la plage, dans la banlieue d’Alger, par une belle journée d’été, ensoleillée, trouver la mer calme et ne pas se baigner avait une seule raison : la présence de méduses dans l’eau. Depuis quelques années, sur les mêmes plages algéroises, un autre obstacle s’est interposé entre le baigneur et la mer : la prolifération d’algues marines sur le rivage. Fin juin 2026, pendant plusieurs jours, ni méduses, ni algues, c’est la température excessivement glaciale de la mer, inhabituelle pour la saison, qui a empêché les estivants de se mettre à l’eau. De mémoire de riverains, la plage de La Poudrière, à Bologhine, dans la banlieue ouest d’Alger, n’a jamais connu, en été, une température de l’eau aussi basse, à un moment où, hors de l’eau, le thermomètre dépassait les 35 ° C.

Au nord de la Méditerranée, le même phénomène s’est produit. Les spécialistes l’ont expliqué par la « remontée d’eau » (upwelling), résumée en deux phrases : des vents puissants poussent l’eau chaude de surface vers le large ; celle-ci est remplacée par l’eau froide située en profondeur. A La Poudrière, après une courte période, l’eau a repris sa température « normale », comme si rien ne s’était passé, on ne sait d’ailleurs pas quelles traces la « remontée d’eau » a laissées sur l’écosystème marin en cet endroit. Il s’agissait d’une anomalie passagère, contraire à l’idée que l’on reçoit des sites spécialisés qui parlent plutôt d’une tendance au réchauffement de l’eau en mer Méditerranée, ce que les baigneurs ressentent sur les plages algéroises, sans grande inquiétude pour l’heure.

La source d’inquiétude demeure la prolifération des algues sur le rivage, gênant l’accès à l’eau, et quand elles s’effacent, c’est pour tapisser le fond, dégageant une odeur désagréable. Les hypothèses émises sur leur origine sont diverses et aussi convaincantes les unes que les autres, mais le mystère demeure entier. Le 1er juin, intervenant dans l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, une experte en la matière, Mme Salem Chérif Yousra, chef de département Environnement et Aménagement à l’École nationale supérieure des sciences de la mer et de l’aménagement du territoire, a établi un lien entre la prolifération d’algues et la pollution marine issue des rejets domestiques. « On construit près de la mer, les rejets sont anarchiques », a-t-elle fait savoir. Au passage, elle relève qu’il n’y a pas de respect de la loi sur le littoral qui définit les limites à l’urbanisation. Elle avertit que les constructions « les pieds dans l’eau » risquent de faire disparaître les plages. Inévitablement, sont évoqués les déchets plastiques en Méditerranée, qui passe pour « la mer la plus polluée au monde », et leur transformation en micro-plastiques et nano-plastiques qui finissent par être ingérés avec le poisson que l’on mange.

Dès le début de l’entretien, Mme Salem Chérif Yousra a donné le ton : « en général, le littoral ne va pas tout le temps bien ». Ce sont ses premiers mots. Elle met cette situation, en grande partie, sur le compte des citoyens et leur comportement incivique durant toute l’année, à travers les rejets domestiques en mer et le non respect des lois qui concernent l’environnement, en particulier la loi sur le littoral. « La loi est claire, elle n’est pas respectée », insiste-t-elle. Elle parle de la loi sur le littoral promulguée en 2002, il y a 24 ans, dont on déplore, à ce jour encore, le non respect. Mme Salem Chérif Yousra confirme que l’écocitoyenneté est inexistante. « Malheureusement, ajoute-t-elle, les gens ne savent que ça se répercute sur eux, sur leur santé et sur leur bien-être».

Dans le domaine de l’environnement, le non respect de la loi est devenu une banalité. Le cas le plus choquant est le mépris affiché pour les dispositions sur la protection contre le bruit, pourtant considéré comme un risque sur la santé publique. Personne ne serait surpris d’apprendre qu’au milieu d’habitations, un concert assourdissant impose aux riverains des nuisances sonores insupportables jusqu’à 23 h 30 et parfois au-delà. Idem pour les activités de « sensibilisation » accompagnées, paradoxalement, d’une pollution sonore tout aussi insupportable prolongée jusqu’à minuit, produite, à titre d’exemple, par la diffusion sur écran d’une vidéo sur le numérique. Il s’agit d’un mépris non seulement pour la loi, mais également pour les citoyens riverains dont on attend en retour qu’ils aient un comportement civique respectueux des dispositions de la loi. Mme Salem Chérif Yousra n’a cessé de répéter que la solution aux problèmes d’environnement est simple : il faut respecter la loi et promouvoir l’éco-citoyenneté. Concernant le bruit, les dispositions juridiques sont claires. Y aura-t-il, un jour, une campagne de sensibilisation contre les nuisances sonores ?

La « marginalisation » de la loi, quand il s’agit de protection de l’environnement, se reflète dans la gestion des déchets ménagers. Dans les cités d’habitations où le ramassage des ordures est irrégulier, et l’incivisme la règle de conduite, les bacs débordent et les ordures finissent parfois éparpillées sur le sol, avec les effets sur l’esthétique des lieux et le cadre de vie dont la qualité se détériore, en plus de l’impact sur la santé et sur le moral des gens. Qui s’en soucie ?

Oued El Harrach, de retour

Dans ce contexte, on se remet à parler, comme avant, de l’Oued El Harrach, qui porte le nom de la commune d’Alger qu’il traverse avant l’embouchure. La cause : les relents qui s’en échappent et qui rappellent l’odeur nauséabonde qui a longtemps fait sa mauvaise réputation. L’architecte Ben Amara Elhabib, dans Le Quotidien d’Oran du 22 janvier 2026, décrit cet oued tel qu’il est : « Sans être un égout au sens technique du terme, il s’apparente, pour de nombreux riverains, à un égout à ciel ouvert, tant la pollution, les odeurs persistantes et l’absence de vie aquatique sont manifestes ». Il confirme que « dans des secteurs comme Gué de Constantine, Oued Smar et plusieurs zones industrielles de l’est de la capitale, le cours d’eau reçoit depuis des décennies des rejets domestiques et industriels insuffisamment traités ».

Même impression chez le journaliste Mohammed Iouanoughene qui a écrit en août 2025 : « l’Oued El Harrach, qui traverse l’est d’Alger avant de se jeter dans la baie, est depuis des décennies le reflet du rapport ambivalent de la capitale à son environnement. Transformé avec le temps en canal à ciel ouvert pour les eaux usées industrielles et domestiques, le fleuve a accumulé une pollution massive : métaux lourds, hydrocarbures, bactéries pathogènes, déchets en tous genres. Malgré de vastes travaux lancés depuis 2012, la réalité reste préoccupante, notamment à El Harrach et à son embouchure, où l’eau demeure noire, nauséabonde et impropre à tout usage récréatif ». Il rappelle que « jusqu’au milieu du XXe siècle, l’Oued El Harrach restait relativement propre : on y pratiquait l’irrigation, la pêche et la baignade, et l’on y trouvait moulins hydrauliques et faune aquatique abondante ». (https://www.algerie-dz.com › forums › algerie › 881659).

Dans son édition du 19 août 2025, El Watan a publié l’avis de Karim Ouamane, expert en environnement et en économie circulaire, ancien directeur général de l’Agence nationale des déchets (AND), sur l’état de Oued El Harrach. Il commence par rappeler que « les pouvoirs publics ont lancé au début des années 2010 un projet d’aménagement colossal. Cependant, cette approche a révélé ses insuffisances. En se concentrant sur l’aménagement physique et le traitement en aval, elle n’a pas été assez radicale sur le problème à la source. Malgré un cadre réglementaire en place, le contrôle des rejets industriels s’est avéré lacunaire, permettant la persistance de déversements illicites ». Le constat de Karim Ouamane est « sans appel : des eaux toujours polluées et un écosystème qui survit plus qu’il ne vit ». Pour y remédier, la même solution qu’il y a des dizaines d’années est avancée : « il est indispensable d’obliger toutes les unités industrielles polluantes à se doter de stations de prétraitement de leurs effluents ».

Le constat de la dégradation de l’état écologique de Oued El Harrah avait été fait dès les premières années après l’indépendance. Le 26 juin 1965, on pouvait lire dans le quotidien El Moudjahid (dont c’était les premiers numéros) : « pour la santé des riverains, les eaux d’Oued El Harrach doivent être rapidement épurées ». Quelques mois après, le 2 décembre 1965, le même journal parle d’une « tentative d’épuration des eaux de Oued El Harrach ». Le 9 novembre 1971, El Moudjahid publie un article sur « l’assainissement de Oued El Harrach ». Dans le livre L’écologie oubliée (Editions Marinoor, Algérie, 1999), qui traite des « problèmes d’environnement en Algérie à la veille de l’an 2000 », on peut noter ce qu’était Oued El Harrach avant la construction, au début des années 1950, de l’usine de papier de Baba Ali, appelée à l’époque Cellunaf. L’oued était propre, les enfants y nageaient et les adultes pêchaient le poisson. C’est après qu’il est devenu un « oued égout » dont la proximité se devinait à son odeur pestilentielle.

Les projets d’aménagement (toujours qualifiés d’« ambitieux ») n’ont pas manqué pour Oued El Harrach. Le plus connu, lancé en 1991, devait sauver l’oued au plan écologique. Une station d’épuration a été installée en 1989 à Baraki pour contribuer à l’assainissement de l’oued. Elle a été mise à l’arrêt en 1995 à la suite d’un acte terroriste de sabotage. Le projet a repris en 1997, puis a été retardé pour des raisons sécuritaires et financières et, en 2004, il a été réactivé. A l’époque, le ministre en charge du dossier croyait pouvoir annoncer triomphalement que « d’ici quelque temps, Alger ne versera plus d’eaux usées à la mer ».

En 2012, Oued El Harrach était présenté par une étude du ministère chargé de l’environnement, comme « une menace avérée pour la population algéroise, constituant un lieu de concentration de microbes et de microorganismes nuisibles, ainsi que de substances dangereuses pour la santé ; représentant ainsi une menace pour la baie d’Alger ». Autant dire, une plaie environnementale pour la capitale, comme l’était la décharge de Oued Smar.

Un an après, en 2013, Oued El Harrach a les honneurs de la presse sur fond de promesses qu’il allait perdre sa mauvaise réputation d’oued égout et redevenir ce qu’il était avant. Selon la version officielle, le nouveau projet d’aménagement devait être achevé en 2016. Il paraît que les carpes et les anguilles n’attendaient que ça pour revenir et on pourrait se baigner dans l’oued. Pour cela, il fallait doubler les capacités de traitement de la station d’épuration de Baraki, et réaliser à Baba Ali et Oued Smar, deux autres stations d’épuration des eaux usées provenant des usines implantées dans les zones industrielles d’Oued Smar, Baba Ali, El Harrach et Eucalyptus.

En 2022, le projet d’assainissement et de réhabilitation de l’oued n’était pas encore terminé. Dans El Moudjahid du 14 juin 2023, on pouvait apprendre que sur 107 entreprises industrielles recensées à proximité de l’oued dans sa partie territoriale appartenant à la wilaya de Blida, seules 11 étaient dotées de systèmes conçus pour l’élimination des déchets liquides polluants. Des campagnes de sensibilisation ont été menées vers des patrons d’entreprises industrielles pour les inciter à procéder à l’élimination des déchets liquides, sous peine de mises en demeure. Une commission nationale était chargée de superviser les mesures destinées à limiter les risques provoqués par les déchets industriels inertes déversés dans Oued el Harrach.

Depuis 2023, la gestion de l’Oued El Harrach a été confiée à l’établissement ECOLOH (établissement public chargé de la gestion de l’oued et de ses zones environnantes). Le but : préserver la propreté et la beauté de l’oued. De son côté, le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie intensifie les opérations de contrôle sur le terrain au niveau des unités industrielles implantées sur les berges de l’oued. C’est la ministre, Kaouter Krikou, qui l’a fait savoir lors d’une séance plénière du Conseil de la nation, en novembre 2025. Elle a rappelé aux sénateurs que ces unités industrielles sont tenues de se doter de stations de traitement des rejets destinés à être déversés dans le milieu naturel, c’est-à-dire oued El Harrach. Son département, en coordination avec les secteurs de l’hydraulique et des collectivités locales, s’emploie à renforcer les mesures visant à éliminer définitivement les sources de pollution dans le cadre du projet d’aménagement d’Oued El-Harrach, a insisté la ministre. On en est là.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mardi 14 juillet 2026.

Photo : la plage El Kettani, à Bab El Oued, le 14 juillet 2026, où toutes les conditions étaient bonnes pour la baignade © M’hamed Rebah

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