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Une étude publiée le 31 mars 2026 dans Nature Health démontre que des mélanges de pesticides, pourtant chacun jugés acceptables, sont associés à un sur-risque de cancer de 150 %. Deux jours plus tard, la FNSEA demandait la suppression du principe de précaution. Coïncidence, sans doute. par Isabelle Vauconsant La semaine où tout s’est dit Le timing est presque trop parfait. Le 31 mars 2026, une étude majeure paraît dans la revue scientifique Nature Health : menée au Pérou sur plus de 158 000 patients, elle démontre qu’une exposition chronique à des mélanges de pesticides est associée à un risque de cancer multiplié par 2,5 en moyenne dans les zones les plus contaminées. Deux jours plus tard, à Caen, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau clôture le 80e congrès du syndicat majoritaire avec une annonce qu’il assume pleinement. « À la FNSEA, nous assumons la nécessité de rouvrir le débat sur le principe de précaution, pour le supprimer et lui substituer un principe d’innovation », a-t-il lancé sous les applaudissements. Deux événements sans lien direct, bien sûr. Mais mis côte à côte, ils dessinent assez précisément l’état du débat sanitaire en France : d’un côté, la science qui avance ; de l’autre, le lobbying qui recule. L’angle mort de trente ans de réglementation Pour comprendre pourquoi l’étude péruvienne dérange, il faut saisir ce qu’elle fracture. Depuis des décennies, la toxicologie réglementaire repose sur un principe confortable : évaluer les pesticides substance par substance. Un produit, un test, un seuil, une autorisation. La méthode est propre. Elle est aussi profondément insuffisante, tous les scientifiques sérieux le clament. Dans la vie réelle, personne n’est exposé à une seule molécule. On respire, on boit, on mange des mélanges de substances, dont les interactions biologiques restent massivement inconnues. C’est précisément cet angle mort que l’étude tente d’éclairer, avec une rigueur méthodologique indéniable : elle croise une cartographie à haute résolution de 31 substances chimiques agricoles sur six ans, les données de plus de 158 000 patients diagnostiqués sur treize ans, et des analyses biologiques moléculaires sur des échantillons humains. Les risques relatifs au sein des zones identifiées s’échelonnent de 1,14 à 9,38, avec une moyenne de 2,52. Autrement dit, dans les secteurs les plus exposés, le sur-risque de cancer dépasse largement la moyenne déjà énorme de 150 %, pour atteindre localement près de neuf fois le niveau de référence. Les perturbations cellulaires liées à l’exposition sont détectables avant l’apparition du cancer, ce qui signale des effets précoces, cumulatifs et silencieux. Trente et un pesticides acceptables font un cocktail cancérogène C’est le point le plus dérangeant de l’étude, et le plus important sur le plan réglementaire. Aucun des 31 principes actifs analysés n’est classé cancérogène pour l’être humain par le CIRC, et aucun n’est répertorié comme extrêmement dangereux selon la classification de l’OMS. Chacun passait les filtres habituels. Ensemble, leur combinaison est associée à un risque sanitaire massif. Autrement dit, le système réglementaire actuel peut valider chaque ingrédient du cocktail tout en restant aveugle au cocktail lui-même. Ce n’est pas une faille marginale : c’est une faille structurelle, au cœur du dispositif censé protéger les populations. L’évaluation molécule par molécule ne sous-estime pas légèrement les risques réels. Elle peut les manquer complètement. La géographie le confirme. Le modèle a identifié 436 hotspots à travers le Pérou, avec une association robuste entre l’exposition aux pesticides et l’incidence des cancers. Dans les vallées inter-andines, le relief favorise le ruissellement et concentre les contaminants. Le territoire amplifie l’exposition ; les inégalités sociales la structurent. Les populations rurales et autochtones sont partout en première ligne, sans que cela surprenne personne. Les zones à risque les plus étendues sont associées aux cancers du tractus gastro-intestinal, des poumons et de la peau, suivis des cancers des organes génitaux féminins et du rein. Le foie occupe une place particulière : organe central dans le métabolisme des substances chimiques, il est présenté par les auteurs comme site sentinelle de la disruption environnementale, et fait l’objet des analyses moléculaires les plus approfondies de l’étude. La FNSEA veut supprimer le dernier garde-fou C’est ici que la sortie de la FNSEA prend toute sa saveur. Le principe de précaution figure dans la Charte de l’environnement, intégrée à la Constitution française en 2005. Les autorités publiques doivent veiller à son respect lorsque la réalisation d’un dommage, bien que incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement. C’est exactement ce principe que la FNSEA veut faire sauter. Parmi les mesures phares de son programme pour les candidats à l’élection présidentielle de 2027, le syndicat réclame une révision de la Constitution pour faire de l’agriculture une activité d’intérêt général et la suppression du principe de précaution. Arnaud Rousseau a affirmé que son application actuelle conduisait à une inertie dans l’innovation et provoquait un déséquilibre entre risque et bénéfice. Principe d’inaction, dit-il. Principe d’innovation, promet-il. L’argument est rodé. Il s’inscrit dans une offensive longue, patiente, méthodique, dont la loi Duplomb constitue l’épisode le plus récent. Ce texte, poussé sous la pression de la FNSEA, visait notamment à réintroduire l’acétamipride, un néonicotinoïde connu pour sa toxicité. Le Conseil constitutionnel a censuré cet article au nom du principe de précaution. La loi a néanmoins été promulguée en août 2025, sans son article le plus controversé. Victoire en demi-teinte, balle au centre, partie suivante. Quand la charge de la preuve change de camp Le problème de la position de la FNSEA est précisément celui que l’étude péruvienne met en lumière avec une clarté brutale. L’évaluation actuelle du risque est déjà insuffisante pour saisir les effets cocktails. La supprimer revient à retirer le filet de sécurité d’un trapéziste qui travaille déjà sans assurance. Le principe de précaution n’est pas une injonction à l’immobilisme. Il dit ceci : quand le doute scientifique est sérieux et que les conséquences potentielles sont graves et irréversibles, la charge de la preuve appartient à ceux qui veulent agir, pas à ceux qui veulent protéger. L’étude péruvienne ne prouve pas que chaque cancer dans les zones exposées est causé par les pesticides. Elle démontre qu’il existe un signal robuste, des mécanismes biologiques plausibles, une association forte et géographiquement cohérente. C’est exactement la situation pour laquelle le principe de précaution a été conçu. En 2025, dès le parcours parlementaire de la loi Duplomb, 1 279 chercheurs, médecins et soignants avaient publié une lettre ouverte aux ministres concernés, voyant dans le texte une remise en question de la place de l’expertise scientifique dans le processus d’autorisation des pesticides. Lors du débat parlementaire de février 2026 sur la pétition contre ce texte, des professionnels de santé publique, comme l’Ordre des médecins et la Ligue contre le cancer, ont été auditionnés par les députés. La science n’est pas un camp politique. Et quand elle produit des résultats aussi structurés, les ignorer est une posture idéologique. C’est un choix. Et comme tout choix, il a des conséquences. Qui paie, et comment L’étude péruvienne insiste sur un point que le débat français escamote systématiquement : le risque ne se répartit pas uniformément. Il suit les contours de l’organisation agricole, des reliefs, des usages de l’eau. Il frappe d’abord ceux qui vivent et travaillent au plus près des épandages, ceux qui n’ont pas les moyens de s’en éloigner, ceux dont les corps accumulent en silence ce que les tableaux réglementaires ne peuvent pas lire. En France aussi, les agriculteurs, les saisonniers, les riverains des zones d’agriculture intensive, les habitants des campagnes marquées par la monoculture sont en première ligne. Ce ne sont généralement pas ceux qui pérorent dans les congrès syndicaux. Supprimer le principe de précaution, dans ce contexte, ne libère pas l’innovation. Cela déplace le risque vers ceux qui en portent déjà le plus, tout en dispensant d’en rendre compte. C’est un renoncement à une vraie politique sanitaire. Étude publiée le 1er avril 2026 dans Nature Health. L’article Pesticides : ce que la science dit que la FNSEA refuse d’entendre est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (1681 mots)
Nature Health est une nouvelle publication scientifique lancée en 2026 par la revue de référence Nature, consacrée à la santé environnementale.
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Le 24 mars 2026, la dernière des trois anges de Louis Leakey s’en est allée… Elle a désormais rejoint Jane Goodall et Dian Fossey, pour reformer ce célèbre trio de primatologues qui ont dédié leur vie aux grands singes qu’elles ont étudiés et protégés. Inspirantes et engagées, leur disparition marque la fin d’une incroyable aventure qui a marqué l’éthologie et révolutionné notre façon de voir les autres animaux. par Emmanuelle Grundmann Tout est parti de l’intuition du célèbre paléo-anthropologue Louis Leakey. Il est persuadé qu’on ne pourra comprendre nos origines qu’en étudiant le mode de vie de nos plus proches cousins actuels : les grands singes. Il décide alors d’envoyer sur le terrain trois femmes. Jane Goodall sera la pionnière, avec son étude sur les chimpanzés, Dian Fossey la suivra quelques années plus tard sur les gorilles de montagne, mais il lui manque encore une candidate pour les orangs-outans. Biruté Galdikas est alors étudiante en anthropologie à UCLA en Californie. Enfant, la lecture d’un livre lui donne le goût de l’exploration et des sciences et, à la suite d’une conférence de Louis Leakey, elle va le persuader, trois ans durant, qu’elle est cette candidate qu’il cherche pour partir sur les traces du dernier des grands singes. Elle s’envole avec son mari pour Bornéo en 1971 malgré le scepticisme de ses professeurs. Les orangs-outans vivent dans la canopée de forêts marécageuses très difficiles d’accès, « vous pourriez passer dix ans sans en apercevoir un seul », l’avertissent-ils. Nullement découragée, Biruté observera rapidement ses premiers orangs-outans et consacrera sa vie à les suivre puis à œuvrer pour leur protection. Dans cette forêt de Tanjung Puting, au sud du Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, elle documentera leur mode de vie essentiellement solitaire, le rôle central joué par la mère qui passe jusqu’à huit ans en compagnie étroite de son jeune, leur savoir botanique pour reconnaître plus de 400 types de plantes consommées ou encore l’utilisation d’outils ainsi que leur rôle crucial de jardinier de cette sylve particulièrement riche et complexe. Rapidement, elle se trouve confrontée à cette déforestation qui dévore Bornéo ainsi qu’à l’arrivée d’orphelins orangs-outans, rescapés du trafic. En accueillant ces orphelins à Camp Leakey au cœur de Tanjung Puting et en les réintroduisant, elle essuiera diverses critiques liées notamment au risque de transmission de maladie entre ces individus ex-captifs et les populations sauvages ainsi à la concurrence écologique occasionnée, ainsi qu’à cette habituation aux humains pouvant devenir problématique. Pionnières, Biruté comme Jane ou Dian inventent leur recherche, leurs objectifs, et leur engagement, avec leur lot d’erreurs qui pèse néanmoins bien peu face à toutes les avancées que leurs travaux ont apporté tant dans la connaissance du mode de vie des grands singes que dans la sensibilisation du grand public aux enjeux et menaces pesant sur leur survie et celles de leur forêt. Aujourd’hui, les grands singes sont orphelins, mais peuvent néanmoins compter sur les nombreuses et nombreux chercheurs que ces trimates ont inspirés et formés. L’article Hommage à Biruté Galdikas est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (612 mots)
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Venez découvrir le documentaire Éclaireurs pour plonger de façon inédite dans un monde du travail en cours de transformation. Une projection-débat animée par Isabelle Vauconsant à l’Académie du Climat (Paris) le mardi 7 avril 2026 de 18 h à 20 h 30 La projection du documentaire sera suivie d’un débat avec le réalisateur Arthur Gosset et un des intervenants. À l’hiver 2022, Hélène et Arthur partent en vacances à la montagne. Mais à leur arrivée, ils découvrent la station sans neige. Très vite, les deux jeunes réalisateurs s’aperçoivent que les touristes ne sont pas les seuls affectés par cette situation : le manque de neige a surtout des conséquences sur les travailleurs de la station, inquiets quant à la pérennité de leur métier. Ils se lancent alors dans une enquête inédite de 3 ans pour comprendre comment la crise écologique vient bousculer le monde du travail. Au-delà des stations de ski, ils élargissent leur enquête à d’autres domaines d’activité et rencontrent alors les Éclaireurs. Soizic, Mahault, Jules, Sophie… Ils sont gendarme, vendeuse, travailleur du bâtiment, cheffe d’entreprise. Toutes et tous partagent la même détermination : adapter leur métier pour le préparer à un monde en plein bouleversement. On découvre alors leur quotidien rythmé par réussites, échecs, fierté, détermination, et parfois solitude. Appuyé par la parole d’experts, ce film documentaire nous plonge de façon inédite dans un monde du travail en cours de transformation — où chaque travailleur a un rôle à jouer pour construire un futur plus durable. Cette projection et la rencontre des réalisateurs sont organisées par les Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) qui rassemblent 200 journalistes, écrivains, photographes, chroniqueurs radio, réalisateurs. A l’Académie du Climat L’article Réinventer le monde du travail face au défi écologique : un débat JNE à l’Académie du Climat le 7 avril 2026 est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (511 mots)
2, place Baudoyer
75004 Paris
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C’est en 2009, lors d’un voyage en Guyane que Caroline Audibert a pleinement pris conscience des chants de la terre. Son premier sommeil au cœur de la forêt amazonienne a été interrompu par les cris des singes hurleurs. « Ils enflaient par salves successives et prenaient tout l’espace. » Les jours suivants, elle découvre tout un univers sonore : les oiseaux, les insectes, les mammifères, le vent dans les arbres, le fleuve. « Un sens resté jusque là en bouton venait d’éclore. J’écoutais. Le monde bruissait. » Il lui faudra encore du temps pour se mettre en quête des audionautes. « Entendons par là, toute personne qui tend l’oreille et navigue à travers les sonorités de la Terre à la manière des marins. Guidé par l’écoute, l’audionaute se fait ainsi connaisseur des choses non humaine, des puissance à l’œuvre comme des êtres qui en procèdent et se meurent. » En 2013, elle découvre l’œuvre de Bernie Krauss, à la fondation Cartier. « Concentrée sur ces récits sonores en sursis, je déambulais et écoutais se dérouler ces scènes de vie rendues étonnamment proches bien que privées de corps. » Elle consacre de nombreuses pages à cet audionaute par excellence qu’elle rencontrera à plusieurs reprises. D’autres écoutants suivent : Jérôme Sueur, écoacousticien du Muséum Nationale d’Histoire Naturelle (MNHN), Sandrine Pavoine, biomathématicienne, Pierre Olivier Mattei, acousticien au CNRS, Aziz El-Amraroui, chercheur en neuroscience … Au fil de ces rencontres, ses oreilles s’ouvrent, s’affinent, l’augmentent et l’engagent toujours plus loin dans une écologie du lien, voire de la réparation. Le reportage se termine par un retour en Guyane en 2022 en compagnie de l’ethnomusicologue Jean-Michel Beaudet. Elle vit une nouvelle immersion dans la forêt amazonienne où « tu ne vas pas loin avec ton œil.». Les scientifiques constatent un crescendo des bruits humains aux dépens des autres vivants. Bernie Kraus parle de la « cacophonie » générée par l’activité humaine qui détruit progressivement les harmonies naturelles . « L’emballement des décibels représente un péril aussi grand que celui du CO2 ou du méthane qui gangrène l’atmosphère. Qui le sait ? Qui le dit ? demande Caroline Audibert. Si nous faisions pousser nos oreilles, le monde en serait changé. » Son livre, très stimulant, donne vraiment envie de (ré)apprendre à écouter les chants de la terre. . L’article Les audionautes – À l’écoute des chants de la terre par Caroline Audibert est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (525 mots)
Éditions Acte Sud, 464 pages, 24 € – actes-sud.fr
Contact presse : Marlène Teyssedoux. Tél. : 06 66 49 64 65 – m.teyssedoux@actes-sud.fr
(Danièle Boone)
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