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04.03.2026 à 17:00

Le renforcement du grand tétras dans les Vosges : un bilan repoussé

lsamuel

Texte intégral (3610 mots)

En 2024, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV), en partenariat avec l’Etat et la Région Grand Est, a décidé d’engager un programme de renforcement des populations de grand tétras. Cette opération n’a pas reçu l’aval des conseils scientifiques régional et national et divise les associations de protection de la nature.

par Jean-Claude Génot *

L’auteur de ce texte a développé les divers éléments qui sous-tendent ce projet dans un précédent article. Après deux saisons de lâchers d’oiseaux venus de Norvège, il semble que le bilan soit suffisamment négatif pour ne pas être diffusé comme prévu fin 2025 et repoussé à 2027.

Deux années se sont écoulées depuis le lancement de ce projet avec 9 grands tétras (5 coqs et 4 poules) lâchés en 2024 et 7 (5 coqs et 2 poules) en 2025. Concernant le lâcher de 2024, 10 oiseaux ont été capturés en Norvège mais un coq est mort après sa capture. En 2025, 8 oiseaux ont été capturés et un coq est également mort après sa capture. Le collectif d’associations (1) opposées à cette réintroduction a souligné le stress dû à la capture au filet au moment des parades du tétraonidé, au transport en voiture depuis la Norvège avec un trajet de 28 heures et à la pose d’une balise GPS pour suivre les oiseaux. Un an après le premier lâcher, seuls un coq et une poule ont survécu. Une nidification a eu lieu mais la nichée a été victime d’une prédation par un mammifère carnivore ou un sanglier. Sur les 7 oiseaux morts, 5 ont probablement été victimes de prédation, 1 a été victime d’une collision avec un câble d’une ligne à haute tension et 1 d’une cause indéterminée. En 2025, une poule a été très probablement victime d’une prédation peu de temps après le lâcher. Cinq oiseaux sont morts victimes de prédation quand ils étaient perchés de nuit en phase de repos, le prédateur était probablement la martre des pins.

Sapinière claire avec myrtille dans la réserve biologique domaniale du Grossmann (Vosges moyennes) qui convenait au grand tétras. Mais quel sera l’avenir d’un tel habitat entre dérèglement climatique et sylviculture ? © JC Génot

En 2025, deux nidifications ont été constatées avec une poule lâchée en 2024 et une en 2025. Mais ces deux nidifications ont échoué à cause d’une prédation. Fin décembre 2025, la population de grand tétras dans le massif Vosgien est estimée entre 3 et 6 oiseaux, dont ceux issus des lâchers (1 poule et 1 à 2 coqs dont 1 lâché en 2025 dont la balise GPS n’émet pas de signal depuis le lâcher) et les oiseaux autochtones estimés à 1 à 3 poules par le Groupe Tétras Vosges. Les données précédentes sont indiquées sur le site internet du PNRBV, mais n’ont manifestement pas fait l’objet d’un bilan officiel transmis par l’Etat, d’où les critiques du collectif pour qui les résultats ne sont pas au rendez-vous, soulignant les propos du préfet pour qui le dispositif « n’est pas probant pour le moment ».

Au final, sur 16 grands tétras lâchés dans les Vosges, 2 à 3 ont survécu et 11 ont été victimes d’une prédation. Il n’y a là rien d’étonnant car le grand tétras est une espèce proie qui possède de nombreux prédateurs : renard, martre, autour des palombes, hibou grand-duc et sanglier (au niveau des pontes). On peut penser que les tétras norvégiens ont aussi des prédateurs, mais leur transplantation dans un habitat qu’ils ne connaissent pas les rend sans doute plus fragiles. Selon les résultats d’expériences similaires en Europe, le taux de survie à un an se situe entre 30 et 80 % avec une régulation des prédateurs. Après 3 nichées qui ont échoué à cause d’une prédation, le PNRBV a opté pour l’utilisation de dispositifs d’effarouchement à ultrasons pour la protection des nids plutôt que la régulation des prédateurs qui entraînerait une vive réaction des associations de protection de la nature. Quand on sait que le loup et le lynx éliminent les prédateurs de taille moyenne ou méso-prédateurs pour éviter une prédation sur leurs jeunes, on ne peut que regretter l’absence ou la rareté de ces grands prédateurs dans le massif Vosgien. Le grand tétras est considéré comme une espèce « parapluie » (dont la protection sert à de nombreuses autres espèces qui partagent son habitat), mais on cherche à le sauver dans un milieu incomplet et appauvri où manquent les espèces « clé de voûte » comme le loup et le lynx, situés au sommet de la chaîne alimentaire. L’absence de ces derniers entraîne une augmentation des prédateurs du grand tétras (renard, martre) et un accroissement des populations d’ongulés sauvages (cerf, chevreuil, chamois, sanglier), non régulées par la chasse, réduisant ainsi la végétation nécessaire au tétraonidé (sapin, myrtille). Pour créer un effet fondateur et surmonter les effets de la prédation, il faudrait probablement lâcher plus d’oiseaux chaque année. Or il semble y avoir un litige à propos du nombre d’oiseaux à relâcher. Selon le collectif d’associations, l’agence environnementale norvégienne a autorisé la capture de 50 oiseaux sur 5 ans, soit 10 oiseaux par an, ce qui correspond au chiffre de 2024 et presque à celui de 2025 où il n’y a eu que 8 oiseaux capturés en Norvège à cause d’un décalage exceptionnel de la période de reproduction pour des raisons climatiques. Mais l’accord avec la Norvège porterait plutôt sur 50 oiseaux par an sur 5 ans, ce qui est l’objectif du programme. Le Préfet des Vosges a confirmé que le programme de renforcement se poursuivra en 2026 et avec plus d’oiseaux qu’en 2025 mais sans indiquer de nombre.

Le collectif d’associations opposées à ce programme se demande ce qui se passera en 2027 si l’année 2026 confirme les mauvais résultats des deux premières années. Tout porte à croire que le programme continuera car d’une part, un projet de renforcement nécessite du temps (15 ans) et que pour l’instant ce dernier est autorisé par l’Etat « à titre exploratoire pour une première période de 5 ans » et, d’autre part, les responsables du suivi estiment, malgré la faible survie des oiseaux lâchés, qu’il y a eu des éléments positifs comme les 3 nidifications et la majorité des localisations effectuées dans les zones favorables au tétras.

Indices de présence (novembre 2025) d’une des dernières poules vosgiennes « JP 5 » (matricule donné par les généticiens) © TETRARCHIVES

Les associations opposantes ont déposé un recours contre l’arrêté préfectoral autorisant le renforcement auprès du tribunal administratif de Nancy. Ce dernier a validé l’opération sur le fond, après annulation de deux recours en référé. Les associations ont fait appel et le différend juridique n’est pas définitivement clos. Un jugement défavorable mettrait fin à cette opération. On peut arguer qu’au terme des 5 ans, ce programme de renforcement finira par être un programme de réintroduction car il est probable que les 1 à 3 individus autochtones estimés en 2025 ne soient plus là. Ce projet « scientifique », désapprouvé par les conseils scientifiques, s’inscrit dans une stratégie nationale et une dynamique européenne. Un rapport sur les scénarios de renforcement du grand tétras en France a été publié en 2023 par l’Office Français de la Biodiversité, le Muséum National d’Histoire Naturelle, le Centre National de la Recherche Scientifique et l’Institut de Recherche pour le Développement et doit alimenter la stratégie nationale pour l’espèce. A l’exception des Pyrénées où la population reste élevée mais semble toutefois en déclin dans les zones de piémont, dans les autres massifs (Alpes, Jura, Cévennes et Vosges) le renforcement (Jura, Massif Central, Vosges) ou la réintroduction (Alpes) serait de mise.

Rappelons que dans les Cévennes, le Parc national a réintroduit l’espèce avec 600 oiseaux d’élevage lâchés entre 1978 et 2005, dont il ne restait en 2021 que quelques poules mais plus de coqs. A la suite des Vosges qui ont démarré leur projet après la rédaction de ce rapport, le Jura, avec une population de 278 individus en 2021, semblait également envisager un renforcement génétique. Par contre aucune structure ne s’avançait pour prendre la responsabilité d’une réintroduction dans les Alpes ou un renforcement dans les Cévennes surtout après les efforts déjà déployés. Quant à la dynamique européenne en matière de renforcement, elle est à la mesure du fort déclin de l’espèce en Pologne, en Espagne, en Allemagne, en Suisse, en République tchèque, en Slovaquie et même en Ecosse qui fut pourtant la seule région d’Europe où la réintroduction de l’espèce fut une réussite.

Pour justifier la nécessité des renforcements, les experts estiment que c’est la meilleure solution pour apporter de la diversité génétique qui décline dans les populations à faible effectif. Selon eux, sans renforcement, on ne peut pas voir les effets bénéfiques de l’amélioration des habitats. Cela sous-entend que la situation des habitats s’est améliorée. En est-on certain pour les Vosges ? Car c’est bien le mauvais état des habitats forestiers en termes de structure, de composition, de maturité, de superficie, de répartition géographique, mais aussi de fréquentation et de gestion cynégétique qui a mené le grand tétras au seuil de l’extinction dans le massif Vosgien. On l’aura compris, la nature des habitats au sens large est primordiale pour savoir si ce renforcement a la moindre chance de réussir. Dans le bras de fer entre le PNRBV et le collectif d’associations opposées au renforcement, le PNR et l’Etat ont affirmé qu’il existe 50 000 ha d’habitat de qualité, alors que pour les opposants, la vérité est plus proche de 5 à 6 000 ha disséminés sur tout le massif. Au regard des exigences écologiques de l’espèce, les experts soulignent qu’il est préférable de viser une qualité moyenne d’habitat sur de très vastes surfaces, plutôt que de « jardiner » parfaitement de petites quantités d’habitats très favorables. Or actuellement on ne sait toujours pas comment a évolué la qualité et la quantité des habitats favorables au grand tétras dans les Vosges. En particulier, on ne sait pas si le rajeunissement des forêts continue ou pas de menacer des habitats favorables, faute d’indicateurs fiables de suivi que prévoyaient pourtant le plan régional d’actions pour le grand tétras. De tels outils de suivi permettraient probablement de contredire les experts en renforcement pour lesquels « il existe peu d’éléments objectifs permettant d’anticiper si ces projets constituent ou non vraiment un investissement mal placé pour l’espèce ».

Il est intéressant de signaler que la Forêt Noire, équivalent du massif Vosgien côté allemand, possédait encore une centaine de coqs en 2023 quand il n’en existait plus côté français en 2025. Qu’ont fait les Allemands pour conserver une population de grands tétras, certes menacée, mais pas encore au point d’avoir recours à un renforcement ? Ils ont peut-être mieux protégé et restauré les habitats favorables et mieux canalisé la fréquentation. A noter qu’ils ont expérimenté la réduction de la prédation par la destruction des méso-prédateurs pendant une période de l’année, ce qui s’est avéré inefficace puisque les effectifs de prédateurs remontent à la fin de la période de chasse : une leçon utile pour les Vosges. A l’inverse, dans le massif Vosgien la création de clairières en éliminant le hêtre ou l’épicéa dans des réserves biologiques ou naturelles et la mise en place d’îlots de sénescence n’ont pas permis d’avoir plus de peuplements matures et vieillissants sur de grandes surfaces dans un contexte de dynamisation de la sylviculture. De plus, les acteurs économiques et les politiques ont tout fait pour que les hautes Vosges soient très fréquentées toute l’année. En Forêt Noire, les spécialistes estiment qu’il faut d’abord tout faire pour améliorer la qualité des habitats avant d’envisager un renforcement, une position différente de celle des Français. Dans le massif Vosgien ou en Forêt Noire, l’habitat du grand tétras, dominé par le sapin et l’épicéa (largement majoritaire en Forêt Noire) est particulièrement menacé par les évolutions climatiques (pathogènes, sécheresse, tempête). La mise en place d’outils de suivi des forêts, selon un modèle mécaniste fondé sur une modélisation écologique et écophysiologique qui nécessite des données expérimentales, permettrait de savoir si les habitats reconnus comme favorables aujourd’hui le seront encore à moyen et long terme.

Dernière place de chant dans la réserve biologique domaniale du Grossmann (Vosges moyennes) où l’espèce n’est plus présente depuis une vingtaine d’années © JC Génot

Le collectif des associations opposées au renforcement, qu’elles nomment réintroduction, se demande pourquoi le PNRBV n’associe pas davantage certains partenaires officiels du projet comme le Groupe Tétras Vosges (GTV) et l’ONF au suivi des oiseaux lâchés. Théoriquement, le suivi des oiseaux lâchés relève du GTV dès lors que les balises sont hors service ; ce dernier est financé pour cela par la Région et dispose d’une dérogation préfectorale ad hoc. Peut-être parce que le GTV n’était pas favorable au renforcement mais poursuit son objectif principal : le suivi des derniers tétras autochtones ? L’ONF est dans une position inconfortable car si cet établissement a mis en place une Directive tétras et créé des réserves biologiques pour cette espèce, sa responsabilité est engagée dans la disparition du grand tétras en tant que gestionnaire de 80% de son aire de présence historique. S’il existe une opposition à ce programme dans les milieux de la protection de la nature, ce n’est pas, comme l’affirment les experts du renforcement, au nom d’une idéologie qui voudrait s’opposer par principe à la biologie de la conservation, mais au nom d’une éthique du respect animal et d’une logique citoyenne qui veut qu’on ne relâche pas des oiseaux si les milieux ne sont plus assez favorables car cela est coûteux, qui plus est dans le contexte actuel de raréfaction des fonds publics. La biologie de la conservation est une science interdisciplinaire qui ne cherche pas à comprendre la nature mais à la protéger. Elle s’occupe de la gestion des espèces menacées, de la forme des aires protégées, de restauration et de conservation des écosystèmes, d’une économie tenant compte de la nature et d’éthique environnementale (2). En cela, c’est une science engagée et assumée comme telle par les Américains qui en sont les fondateurs. Elle est fondée sur une philosophie éco-centrique où l’homme fait partie de la communauté biotique et ne domine pas une nature objet, s’inspirant des penseurs et écologistes tels que John Muir, Henry David Thoreau et Aldo Leopold.

Les auteurs du rapport sur les scénarios de renforcements du grand tétras ont donné un écho aux opposants du projet de renforcement vosgien : « Certains acteurs pensent qu’il faut restaurer les biotopes en vue de rétablir le bon fonctionnement de l’écosystème avant de tenter un renforcement. Les habitats ne leur semblent pas prêts à accueillir de nouveaux oiseaux, le dérangement augmente sur le secteur des Hautes-Vosges avec des pics de fréquentation fortement dépendant des vacances et de la météo. Les mesures mises en place leur paraissent insuffisantes pour réduire ou canaliser la fréquentation. Le principe serait d’enrayer ou du moins diminuer les causes de déclin avant d’envisager un renforcement, qui est vu comme précipité dans la situation des Vosges. De plus, l’adaptation d’oiseaux boréaux à un massif de moyenne montagne comme les Vosges fait débat, surtout s’il reste très peu d’oiseaux autochtones pour apprendre aux oiseaux relâchés à vivre dans ce nouveau milieu. »

Lâcher des oiseaux destinés à être sauvage n’est pas un acte anodin et ce genre de programme nécessite des connaissances, des moyens et du temps. Or certains « tétraphiles » ont été tentés de griller les étapes et de faire comme les scientifiques mais sans leurs moyens et sans leurs expériences. Ainsi l’association SOS tétras a lâché 48 grands tétras (28 coqs et 20 poules), issus d’élevage, entre 2007 et 2010 dans les Vosges moyennes, sans étude préalable sur la qualité des habitats et sans suivi sérieux des oiseaux. Evidemment, cette expérience n’a rien donné, certains individus ayant été retrouvés morts ou avec des comportements peu farouches vis-à-vis de l’Homme. Cela relève de l’amateurisme et peut même paraître comme un acte de désespoir comme le laisse penser l’intitulé de l’association. Quant au renforcement actuel mené par le PNRBV, tant qu’il ne se dotera pas d’un outil fiable de suivi de la qualité des habitats, d’un modèle climatique mécaniste pour anticiper l’avenir des habitats forestiers et d’une estimation de la population minimum viable pour le massif Vosgien, il restera hasardeux et sans boussole.

* Ecologue

Mes remerciements vont à Jean Poirot de l’association Tetrarchives pour sa relecture et ses précisions.

(1) SOS Massif des Vosges, Oiseaux Nature, Vosges Nature environnement, Avenir et Patrimoine 88, Paysage Nature et Patrimoine de la Montagne Vosgienne, Lorraine Association Nature (LOANA), Association de Secours et de Placement des Animaux Vosges (ASPA Vosges), Biodiversit’Haies 88.

(2) Gary K. Meffe, C. Ronald Caroll and contributors. 1997. Principles of Conservation Biology. Sinauer. Second Edition. 729 p.

Photo du haut :: Site de relâcher du grand tétras dans la réserve naturelle nationale du massif du Grand Ventron  ©TETRARCHIVES

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04.03.2026 à 15:50

Quand le thermomètre politique chute plus vite que le climat ne se réchauffe

lsamuel

Texte intégral (1330 mots)

 

 

 

par Isabelle Vauconsant, présidente des JNE

 

 

 

 

Quarante-trois reculs écologiques en France. Des journalistes entravés, poursuivis, gazés. Un été à 22,2°C qui annonce +4°C en 2100. Face à l’urgence, travailler la robustesse des systèmes devient vital. L’information libre aussi.

2025 marquera les mémoires. Quarante-trois renoncements écologiques recensés par le Réseau Action Climat. Sept journalistes violentés lors d’une seule manifestation selon Reporters sans frontières. Un été à 22,2°C de moyenne enregistré par Météo-France, le troisième plus chaud depuis 1900, avec 36 000 hectares partis en fumée et 10 milliards d’euros de coûts pour la France.

L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse recense méthodiquement les entraves : procédures-bâillon, gardes à vue, violences physiques. Quatorze journalistes ciblés par des arrestations ou mises sous surveillance en 2023. Pendant ce temps, l’année 2024 atteint +1,6°C par rapport à l’ère préindustrielle, nouveau record absolu. La France affiche – 31 % d’émissions depuis 1990, loin de l’objectif initial de – 50 % d’ici 2030. L’Observatoire des médias sur l’écologie comptabilise 665 cas de mésinformation climatique dans l’audiovisuel français en 2025.

Face à ce double naufrage démocratique et écologique, une notion scientifique s’impose : la résilience des systèmes. Le CNRS a lancé en 2026 un appel à projets majeur sur Résilience et robustesse des systèmes. La Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires définit la résilience comme « la capacité à résister aux perturbations, même de grande amplitude ». Cette notion traverse tous les domaines : écosystèmes, sociétés, démocraties.

Les recherches démontrent qu’un système résilient repose sur trois piliers : la diversité, la redondance des fonctions, la participation large. David Tilman l’a établi dès 1999 pour les écosystèmes : plus la diversité fonctionnelle est importante, plus le système résiste aux chocs. Les travaux de Walker (2004) confirment que cette capacité d’absorption et de réorganisation dépend de gouvernances transparentes, responsables, dignes de confiance.

Le rapport global sur les risques 2025 du Forum économique mondial classe les événements climatiques extrêmes et l’effondrement des écosystèmes parmi les menaces systémiques prioritaires. Le rapport EAT-Lancet 2025 du Cirad démontre que les systèmes alimentaires actuels causent 15 millions de décès prématurés évitables par an dans le monde et génèrent 30 % des émissions mondiales. Même en abandonnant totalement les énergies fossiles, nos modes alimentaires seuls feraient dépasser le seuil de 1,5°C.

Construire la robustesse de demain

Face à ces données, l’immobilisme n’est plus une option. Reconstruire la robustesse exige d’investir massivement dans trois directions.
Axe 1 : l’information libre.
Sans journalistes capables d’enquêter, de révéler, de documenter, impossible de donner à comprendre l’ampleur des défis ni d’identifier les solutions émergentes.
Axe 2 : la démocratie participative.
Les citoyens doivent reprendre prise sur les décisions qui engagent l’avenir, selon des processus transparents et inclusifs.
Axe 3 : la diversification des systèmes – alimentaires, énergétiques, économiques.
La monoculture, quelle que soit sa nature, mène à l’effondrement.

Les projections scientifiques dessinent deux futurs possibles. Météo-France modélise une France à +4°C en 2100 en cas de trajectoire inchangée : précipitations estivales en chute de 23 %, jours à risque incendie élevé doublés en région méditerranéenne. Mais les mêmes modèles démontrent qu’une action résolue peut encore infléchir la courbe. Le rapport EAT-Lancet établit qu’une transition alimentaire mondiale préviendrait jusqu’à 15 millions de décès annuels et réduirait de moitié les émissions du secteur.

La résilience n’est pas un concept abstrait. Elle se traduit concrètement. Des caisses locales de Sécurité sociale de l’alimentation expérimentent à Montpellier, Toulouse, dans le Royans, une gouvernance démocratique de l’accès à une nourriture de qualité. Le CNRS structure des recherches interdisciplinaires sur la capacité des systèmes à absorber les chocs. Des collectifs de journalistes comme l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse organisent la riposte contre les entraves à l’information. Et le Parlement bruxellois vient d’adopter une résolution en faveur du droit à l’alimentation  et de la Sécurité Sociale de l’Alimentation !

Le rôle stratégique de ceux qui écrivent

Dans ce basculement, le rôle des journalistes et écrivains est central. Nous pouvons être les architectes de la résilience informationnelle. Les gardiens des faits face aux approximations. Les vérificateurs des sources face aux contre-vérités. Les traducteurs de la complexité scientifique face aux simplifications mensongères.

Notre mission pour les années qui viennent : documenter avec une rigueur redoublée. Citer systématiquement les rapports scientifiques. Opposer les 36 000 hectares brûlés aux affirmations selon lesquelles « tout va bien ». Rappeler que la France a réduit ses émissions de 31 % quand elle s’était engagée sur 50 %. Expliquer que la robustesse des écosystèmes, chère au biologiste Olivier Hamant (lire notre article ici), dépend de leur diversité, données scientifiques à l’appui. Mais aussi, et surtout, documenter les expérimentations en cours, les solutions qui émergent, les transitions qui s’amorcent.

Face aux 665 séquences de désinformation recensées en 2025, notre responsabilité s’accroît. Chaque narratif  fallacieux sur les énergies renouvelables doit être démonté, sources à l’appui. Chaque contre-vérité sur le coût de la transition doit être confrontée aux données économiques réelles. Chaque approximation sur l’efficacité de l’action climatique doit être mise face aux projections scientifiques.

Face aux pressions croissantes – procédures-bâillon, violences physiques, précarisation économique des rédactions – nous devons structurer la résistance collective. Signaler systématiquement les entraves. Mutualiser les ressources juridiques. Former aux techniques de fact-checking. Créer des réseaux d’entraide professionnelle. Refuser l’autocensure. Maintenir l’exigence de preuve.

Car la robustesse démocratique et écologique de demain se construit aujourd’hui, dans chaque article vérifié, chaque enquête approfondie, chaque contre-vérité démentie. Le temps de l’approximation est révolu. Celui de la précision factuelle et de la prospective documentée commence. Journalistes, écrivains, écrivaines, réalisateurs, réalisatrices, auteur·es de podcasts, photographes : nous sommes en première ligne du combat pour un avenir vivable. À nous de faire barrage à la désinformation. À nous de diffuser les faits et d’éclairer les possibles. À nous de documenter autant les impasses que les chemins qui s’ouvrent. Maintenant.

Cet éditorial paraît également dans l’Annuaire 2026 des JNE.

 

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24.02.2026 à 16:49

🔐 [La Fabrique Ecologique] Pour que nature vive – débat – 10 mars, Paris

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24.02.2026 à 11:17

🔐 [ACRO, CRIIRAD, GSIEN] Nucléaire en France : retour d’expérience et enjeux d’avenir – 4 avril, Paris

admin

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