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Le baromètre 2026 de Reporters d’Espoirs et de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OMÉ) mesure une biodiversité presque absente de l’actualité, et rarement bien expliquée quand elle y figure. par Isabelle Vauconsant (*) Moins de 3 % de l’information parle de biodiversité, selon le nouveau baromètre de Reporters d’Espoirs et de l’OMÉ. Le sujet reste marginal, et surtout fondé sur des récits malhabiles. Pollution et climat accaparent les explications. La destruction des habitats, elle, disparaît presque des radars médiatiques. Pourtant, il s’agit de la première cause de l’effondrement du vivant. Trente-deux pour cent des oiseaux nicheurs sont menacés en France métropolitaine. L’indice des oiseaux communs a chuté de 37 points depuis 1989. Une population de chauves-souris communes a fondu de 43 % en quinze ans. Ces chiffres viennent de l’UICN et de l’Office français de la biodiversité. Ils décrivent une crise profonde. Pourtant, dans les journaux télévisés, les radios et la presse écrite, la biodiversité occupe une place minuscule. C’est ce que révèle le baromètre 2026 de Reporters d’Espoirs, réalisé avec l’institut Iligo et l’Observatoire des Médias sur l’Écologie. L’étude a passé au crible onze chaînes de télévision, huit radios et cinquante cinq titres de presse. La période retenue s’étend du 1er juin 2025 au 31 mai 2026. Résultat : la biodiversité représente 2,6 % du temps d’antenne à la télévision et à la radio, en légère hausse. Elle plafonnait à 1,5 % lors de la période précédente. Dans la presse, elle atteint 3,0 %. À titre de comparaison, le climat capte 3,7 % de l’antenne et 4,1 % de la surface éditoriale. La biodiversité progresse donc, mais elle reste loin derrière. Trois minutes sur vingt pour parler du vivant La radio, avec 2,9 %, et la presse, avec 3 %, devancent nettement la télévision, à 2,3 %. Le numérique (3,6 %) traite davantage le sujet que le papier (3,1 %). Ces écarts semblent minces. Ils cachent pourtant une réalité plus nette entre médias publics et privés. Le service public consacre 3,4 % de son antenne à la biodiversité, contre 1,7 % pour le privé. L’écart se creuse à la radio, où RFI culmine à 5,7 %, quand Europe 1 stagne à 1,4 %. À la télévision, Arte, à 4,2 %, fait figure de bon élève, loin devant CNews, à 0,9 %. Dans la presse nationale, La Tribune consacre 6,7 % de ses articles au sujet. Le Journal du Dimanche, lui, plafonne à 1,2 %. Nice Matin arrive en tête de la presse régionale, avec 3,8 %. Centre Presse ferme la marche, à 1,7 %. La géographie joue aussi son rôle. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur affiche le taux le plus élevé, à 3,6 %. Ailleurs, les chiffres tournent autour de 2,5 %. Trois régions manquent d’ailleurs à l’appel : la Bretagne, la Normandie et les Pays de la Loire. Les données n’y sont tout simplement pas disponibles. Même mesurer le sujet reste, par endroits, un exercice incomplet. La pollution, coupable commode Le vrai problème n’est pas seulement la rareté du sujet. C’est la manière dont il est raconté. L’IPBES, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, est aussi surnommée le GIEC de la biodiversité. Elle distingue cinq facteurs responsables de l’érosion du vivant. Selon les données gouvernementales, la destruction des habitats pèse pour 30 % dans cette érosion. Vient ensuite la surexploitation des ressources, à 23 %. Les pollutions et le changement climatique arrivent à égalité, avec 14 % chacun. Les espèces exotiques envahissantes ferment la marche, à 11 %. Or les médias racontent une toute autre histoire. À la télévision et à la radio, la pollution occupe 45 % des mentions liées aux causes de la crise. Le changement climatique en représente 39 %. La destruction des habitats, pourtant premier facteur réel, ne représente que 10 % du temps consacré aux causes. Quant aux espèces exotiques envahissantes, elles se limitent à 1 %. La presse reproduit un déséquilibre comparable, à quelques points près. Ainsi, ce que le public retient de la crise ne correspond pas à ce qui la cause vraiment. La faute retombe sur la pollution et le climat. Ce sont deux sujets déjà installés dans le débat public. L’artificialisation des sols et la surpêche, elles, restent dans l’ombre. L’agriculture, seule sur le banc des accusés Un secteur concentre à lui seul l’essentiel des reproches. L’agriculture représente 59 % des mentions liées aux causes de la crise, et 96 % de celles liées à ses conséquences. Le mot revient sans cesse : pesticide, sécheresse, agriculteur, insecticide. En revanche, quand vient le moment d’évoquer les solutions, l’agriculture ne pèse plus que 26 %. L’économie des ressources, à 35 %, l’énergie, à 15 %, et le bâtiment, à 16 %, prennent alors le relais. Autrement dit, le secteur agricole est montré du doigt pour le problème, mais rarement associé à ses réponses. Cette asymétrie nuit à une compréhension équilibrée des responsabilités et des leviers d’action. Le vivant ne fait la une qu’avec la canicule et les incendies Le calendrier médiatique de la biodiversité suit un rythme précis, celui des vagues de chaleur. Quand il est question des causes de la crise, les mots les plus utilisés à la télévision et à la radio sont sans surprise canicule, feux et vague de chaleur. Le pic de couverture le plus haut jamais enregistré a eu lieu en juin 2026. Il atteint 11,3 % du temps d’antenne, en pleine canicule. En comparaison, plusieurs rendez-vous scientifiques ou diplomatiques n’ont provoqué que de faibles sursauts. C’est le cas de la Conférence des Nations unies sur l’océan et de la COP30 à Belém. Le rapport de l’IPBES sur le changement transformateur et la Journée mondiale de la biodiversité n’ont pas fait mieux. Le sujet ne s’impose donc pas par lui-même. Il s’invite dans l’actualité à la faveur d’un épisode climatique, puis en repart aussitôt. Cette dépendance à l’actualité chaude a un coût. Elle laisse de côté les conséquences les plus structurantes de la crise. La disparition des espèces, la dégradation des sols, la perte des services rendus par les écosystèmes en font partie. Le baromètre est clair sur ce point. « Des conséquences peu couvertes, nuisant à la prise de conscience citoyenne », note l’étude. À la télévision et à la radio, les conséquences ne représentent que 4 % du traitement du sujet. Dans la presse écrite, à peine 3 %. Le constat, lui, occupe presque la moitié du temps d’antenne, à 47 %. La presse écrite s’y attarde moins, avec seulement 25 %. Elle préfère développer les causes, à 33 %, et les solutions, à 39 %. Des solutions, mais lesquelles ? Quand les solutions sont évoquées, un type l’emporte largement sur les autres. Les changements de pratiques et de réglementation représentent 61 % des mentions à l’audiovisuel et 55 % dans la presse écrite. Viennent ensuite les actions de conservation et de protection, à 21 % et 25 %. Enfin, les actions de restauration, plus concrètes, comme la replantation ou la dépollution, ne dépassent pas 18 % et 20 %. Le public entend donc surtout parler de lois à venir ou de comportements à changer. Il entend plus rarement parler de parcs naturels créés ou de zones humides restaurées. Cela n’aide pas à rendre la crise tangible. Un chantier à peine ouvert Face à ce constat, Reporters d’Espoirs a lancé un Lab consacré à la biodiversité, programmé de 2025 à 2027. Le programme est piloté par Floriane Vidal, responsable des programmes chez Reporters d’Espoirs, aux côtés de Céline Pasquier, directrice déléguée d’Iligo. L’association y associe un prix, un challenge et un MOOC gratuit, intitulé Bien informer sur la biodiversité, accessible depuis mars 2026 sur la plateforme FUN. L’objectif affiché est de faire monter en compétence les journalistes sur un sujet scientifique complexe. Le baromètre conclut d’ailleurs sur une note d’articulation plutôt que de fatalité. « Approche systémique à privilégier pour favoriser la prise de conscience journalistique et citoyenne : biodiversité, climat, eau, santé, alimentation, tout est lié », résume l’étude. Reste que le chemin est encore long. Entre un sujet sous-traité et une grille de lecture partielle, la biodiversité peine à trouver sa juste place dans l’espace médiatique. Le vivant s’effondre à bas bruit. Aux médias de s’emparer de nos vrais sujets d’avenir. (*) Présidente des JNE Légende de l’image du haut : les opérations telles que la Journée mondiale de la biodiversité ne suscitent qu’un intérêt très limité dans la presse tant écrite qu’audiovisuelle L’article Biodiversité : l’info homéopathique est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (1597 mots)
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L’engouement actuel pour les sports de plein air appelés « outdoor » suscite nombre de questions. Parmi celles-ci, la relation humains et non humains que ces pratiques induisent avec aussi leurs impacts et les conflits d’usage qui se multiplient, le tout porté par un engouement industriel qui invente sans cesse de nouvelles activités pour créer de nouveaux besoins consuméristes mais qualifiés d’ « écolos » … Un marché axé sur la recherche du « bien-être « et un mode de vie en « harmonie avec la nature » comme le précisent les professionnels et certains pratiquants (1). Un engouement sans limites et forcément vertueux ? par Pierre Grillet L’outdoor transformé en un poids lourd économique Les pratiques d’outdoor sont définies comme des activités physiques et sportives qui se déroulent en plein air et le plus souvent dans un environnement qualifié de « naturel ». Leurs succès entraînent des problématiques qui sont souvent liées à des aménagements de sites, des impacts environnementaux, de surfréquentation et de conflits d’usages. Les industriels spécialisés en ont profité pour capitaliser sur un tel enthousiasme qu’ils ont largement initié (2) afin de provoquer puis stimuler les ventes d’équipements en enrobant le tout par des argumentaires dits « responsables » à partir d’entreprises autoproclamées eco friendly. En Europe, le marché du sport outdoor représenterait 16,3 milliards d’euros. En France, le département de l’Isère compte à lui seul, 90 entreprises spécialisées dans les activités outdoor, pour 2 000 emplois et un chiffre d’affaires estimé à 1,1 milliard d’euros. En 2023, la filière haut-savoyarde emploie 3 157 personnes dans 190 entreprises pour un chiffre d’affaires de 4,14 milliards d’euros. Dans la région Auvergne Rhône-Alpes, ce sont plus de 536 entreprises, 7000 emplois avec un chiffre d’affaires de 5,74 milliards d’euros (données de 2023). Des pratiques qui utilisent le non humain comme un simple objet, un support ? L’outdoor est présenté le plus souvent comme « un outil de transition et vecteur de sensibilisation à l’environnement ». Qu’en est-il réellement ? On passe du VTT, avec ou sans moteur électrique, au canyoning pour profiter des toboggans naturels sur l’eau, faire des glissades comme si nous étions des loutres, nager dans les eaux cristallines, sauter dans les trous d’eau au fond des gorges… On invente actuellement des skis électriques pour faire de la randonnée sur neige facilement et monter deux fois plus vite (même en montagne, il faudrait gagner du temps). On pratique la luge d’été, on grimpe presque partout grâce à ces via ferrata qui se sont multipliées ces dernières années. On peut aussi faire les mêmes activités à 2000 mètres qu’au bord de la mer : de la plongée, de la voile, de la planche à voile, du kitesurf, du ski nautique, des bouées tractées, du wakeboard, du pédalo, du golf… Car la plupart des grosses stations de montagne sont toutes pourvues d’un lac et/ou de complexes nautiques. Très récemment, la station de ski de Chamrousse, en Isère, déjà pourvue de trois retenues collinaires pour ses installations de neige artificielle (financées à hauteur de 80 % par de l’argent public) a ouvert son Adrénaline Park avec « la plus grande tyrolienne à pylônes du monde », nous dit la publicité, pour « vivre une expérience inoubliable »… La station, à 1800 m d’altitude, propose également du ski nautique sur l’une de ses retenues collinaires. Le littoral connaît également un engouement marqué avec le kayak des mers, le wing foll ou cerf-volant des mers, le coasteering ou canyoning de bord de mer ainsi que le Paddle Stepper, le Kneeboard ou téléski nautique. Sur les dunes pourtant fragiles, le fat bike permet de rouler sur le sable et connaît une forte croissance. Sur le site Decathlon on peut lire : « équipé de larges pneus, mais aussi d’une assistance électrique performante, ce vélo tout terrain hors du commun vous permet d’explorer les milieux les plus compliqués sans effort. Boue, neige, ou encore sable, vous redécouvrez ainsi votre environnement à l’occasion de randonnées agréables et stimulantes. Les caractéristiques innovantes des modèles vous assurent par ailleurs un confort optimal à chaque mouvement de pédale. Quelle que soit la typologie du sentier pratiqué, vous découvrez alors de nouvelles sensations dont vous ne voudrez plus vous passer ». On peut apprécier la phrase : « vous redécouvrez ainsi votre environnement », une manière de rappeler que cet environnement serait en votre possession, votre chose… Et on invente quasiment une nouvelle activité chaque année ! On a vraiment du mal à croire que de telles activités vont permettre de resserrer ou « reconnecter » les liens humains-non humains. Pour notre plus grand « bien-être », comme on n’a de cesse de nous le rappeler, l’espace qui nous accueille – littoral, mer, montagne, campagne – est, dans les faits, réduit à l’état d’objet, un simple décor ou terrain de jeu et on ignore le plus souvent les personnes et les non humains qui y vivent toute l’année. On ignore tout de leur histoire et on passe à côté du vivant sans prendre le temps de mieux le connaître. À l’ère du capitalisme, on consomme la terre. On la consomme en participant à son érosion, mais on ne l’habite pas. On ne l’habite plus. Pour Antoine Doré, sociologue à l’Inrae, « la nature n’est plus perçue comme un milieu habité ou exploité, mais comme un cadre récréatif destiné à l’évasion… L’histoire et la sociologie des pratiques récréatives montrent que la nature est souvent perçue comme un décor à admirer plutôt qu’un espace partagé avec des animaux sauvages. » Pourtant, tout est fait pour laisser croire que la pratique sportive en plein air permettrait de « reconnecter » (le mot est à la mode) les humains avec la nature, voir sauver la biodiversité ! Des conflits d’usage exacerbés en raison de la multitude de pratiques qui s’entremêlent ? Les sentiers de randonnée sont aujourd’hui, pour beaucoup, autant utilisés par des vététistes de plus en plus nombreux roulant en moyenne entre 20 et 30 km/h que par des marcheurs (entre 3 et 6 km/h). Tout est ici réuni pour créer une cohabitation conflictuelle. C’est Ouest-France qui en fait un compte-rendu saisissant : « Barbelés ou planches cloutées en travers des chemins, pieux fichés dans le sol : les vététistes dénoncent la multiplication de pièges les visant, sur fond de tensions accrues avec certains usagers de la nature, excédés par l’explosion du nombre de VTT. Nez ensanglanté, casque et vélo endommagés, hélitreuillage nocturne vers l’hôpital : les images postées mi-septembre sur le compte Instagram de Gaétan Broda font froid dans le dos. Victime d’un piège dans le massif des Vosges, le Haut-Rhinois de 18 ans, féru de VTT enduro, confie avoir failli y rester. En cause : une planche cloutée dissimulée sur le chemin qu’il descendait à plus de 50 km/h.» D’après une association de loisirs en plein air, les actes malveillants vis-à-vis de VTT auraient causé, depuis 2004, la mort de 11 personnes et fait 66 blessés. Dans le Vercors, des pêcheurs mécontents avaient disposé des barbelés dans un ruisseau pour dissuader les amateurs de canyoning… Un exemple précis de conflit nous est donné par le docteur en droit Jean-Pierre Vial : « la coexistence des utilisateurs de cours d’eaux est parfois conflictuelle, notamment entre pêcheurs et adeptes des sports nautiques. En l’espèce, le litige avait éclaté entre des professionnels du canyoning pratiquant ce sport dans le canyon dit de Rabou et les habitants du lieu. En réaction, le maire de Rabou avait interdit dans cette partie du cours d’eau la pratique de tous les sports en eau vive, la descente et la montée du lit du cours d’eau sous quelque forme que ce soit et la pratique de l’escalade des lits et berges ». L’auteur nous explique que cet arrêté a été rapidement annulé par la cour administrative de Marseille et en tire la conclusion suivante : « La liberté est la règle et la restriction de police l’exception ». Mais rien n’est réglé en matière de conflit d’usage. Dans tous les espaces qualifiés de « naturels », les gestionnaires cherchent à faire cohabiter des pratiques pourtant très différentes et programment des plans visant à réguler telle activité, telle cohabitation ou tel accès à certains secteurs. Mais il ne s’agit que de remèdes très ponctuels que l’on pourrait presque assimiler à des pansements sur une jambe de bois. Face à l’envahissement de sites entiers par des pratiques sportives toujours plus nombreuses et impactantes, ne risque-t-on pas de se retrouver rapidement dans une impasse à moins que nous y soyons déjà ? Créer de nouveaux besoins : une volonté d’expansion sans fin de la part des industriels Ce sont bien les professionnels (accompagnés par l’environnement médiatique et les lobbys touristiques) qui créent, alimentent ou récupèrent ces besoins nouveaux pour en faire des produits. En témoigne, cette quasi injonction de vérifier en continu l’état de son corps grâce à de multiples objets connectés lors de pratiques outdoor : bracelet discret qui enregistre votre nombre de pas dans la journée, fourchette connectée qui fait maigrir, encas énergétiques, lunettes connectées, casques à conduction osseuse, traqueur de sommeil intelligent, traqueur d’activités, fitness tracker pour mener « une vie saine », balance connectée pour faire fondre la silhouette, coach virtuel minceur et bien d’autres qui, comme la publicité le proclame, « prennent soin de tous vos besoins, à savoir la santé, le bien-être, le confort, la sécurité et bien plus ». « Des produits individualisés et individualisant qui ne font que créer de l’isolement », explique à Reporterre la chercheuse Jeanne Guien, parlant plus globalement des objets du consumérisme. « Le boom des sports outdoor en France témoigne d’un engouement croissant pour la performance, la nature et le bien-être. Comment dès lors capitaliser sur cet enthousiasme pour stimuler les ventes d’équipements ? », nous explique un site consacré au business sportif. « Les industries qui fabriquent notre monde ne se contentent pas de créer des objets, mais créent aussi des comportements », comme nous le rappelle Jeanne Guien. Pourquoi un tel besoin de « bien-être » ? L’un des arguments phare pour expliquer un tel engouement passerait par la recherche d’un « bien-être », en « harmonie avec la nature ». Par-delà les slogans préfabriqués de l’industrie touristique et sportive, que révèlent de telles attentes ? La recherche du bien-être passe pour partie par celle d’un corps beau et sain avec une hygiène de vie marquée en pratiquant divers sports pour lutter contre les affres de la vie moderne, le tout en plein air pour « profiter », un maître mot des loisirs sportifs et touristiques. Une approche finalement assez semblable à celle préconisée au début du XXe siècle par certains médecins et une élite bourgeoise (3) à la recherche d’une vie saine, sportive, équilibrée, voire pure, sans mélange (4) … Pour Benoît Heilbrunn, philosophe, « le paradoxe du système est qu’il vante les mérites de l’épanouissement personnel et du bien-être alors qu’il se nourrit de la frustration et de la rivalité entre les individus ». Se contenter de compromis et quelques règles plutôt que d’aller à la racine du problème ? Nulle part, il n’est question de poser le débat en affichant prioritairement ces questions : pourquoi en sommes-nous arrivés à ce point de saturation, de conflits, de contradictions entre des objectifs toujours affirmés de « protection de la biodiversité » et l’envahissement de sites entiers par des pratiques sportives et touristiques toujours plus nombreuses et impactantes ? Pourquoi un tel besoin de bien-être dès lors que l’on ne travaille pas ? On se contente de réfléchir à des « aménagements », des manières de laisser croire à une cohabitation possible entre des pratiques de toutes manières inconciliables, de répéter que la « nature » serait un objet consommable par tout le monde, que chacun aurait le droit d’y faire ce qu’il veut moyennant quelques règles néanmoins, que les pratiquants d’outdoor seraient responsables et écologiquement conscients, que les industriels vendraient des produits de plus en plus écolos et durables, mais on refuse d’aller à la racine des problèmes. Car il faudrait alors débattre du véritable rôle de ces industriels du sport, de notre conception de l’emploi, notre rapport au travail, à la santé, à la production, au territoire, à la nature, de notre manière d’habiter. Se démarquer d’une ambiance soutenue par les pouvoirs publics notamment au travers des fameux Jeux Olympiques tant destructeurs pourtant considérés par les professionnels ,comme moteurs du développement de l’outdoor et qui rendent quasi obligatoire une adhésion populaire. Réfléchir sur le sens réel de cette quête du bien-être, ce qu’elle raconte de notre société et ses perversions, d’un individualisme exacerbé, du fondement même d’un système capitaliste fait pour asservir, qui n’a de cesse d’affaiblir les services publics de santé et d’ignorer l’urgence écologique mais qui, dans le même temps, incite fortement les individus à prendre soin d’eux-mêmes… Ainsi, nous serions, dans ce système néolibéral, en tant qu’individus, les seuls responsables de notre bien-être, notre santé et notre bonheur. Dehors la politique et tant pis pour les autres ! Jusqu’à quand une telle aberration ? (1) Une étude d’OpinionWay pour Intersport révèlerait que « 81 % des Français ressentent aujourd’hui le besoin de se reconnecter à la nature grâce au sport et que 88 % considèrent que les activités outdoor répondent pleinement à cette attente. Le discours traditionnel centré sur la performance laisse progressivement place à une pratique orientée vers le bien-être, la santé et la liberté ». Selon IPSOS, dans sa pratique outdoor, un Français sur deux déclare « vouloir se connecter à la nature et évacuer son stress, en plus de garder la forme et d’entretenir son corps. En somme, les activités de plein air constituent un remède anti-stress de plus en plus prisé par les Français ». Photo : une piste de biathlon entièrement asphaltée en pleine nature © Pierre Grillet L’article Quelques questionnements et réflexions relatifs aux pratiques de « pleine nature » ou « outdoor » en système consumériste est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (2925 mots)
Les grosses stations touristiques comme Valloire participent pleinement à ce consumérisme très dirigé avec leurs salons annuels du tout terrain où même la pratique du sport moteur (4X4) en pleine nature est encouragée.
(2) Selon des professionnels de l’outdoor, « l’engouement n’est pas seulement tiré par la pratique, mais aussi par l’attractivité des produits techniques. L’obsession du consommateur avant-gardiste est la distinction, poussant les marques de mode à rechercher l’hyper-technicité des équipements outdoor. Le processus est clair : c’est l’envie d’équipement qui déclenche l’envie de pratique. Cette soif d’équipement high-tech alimente une micro-compétition entre consommateurs urbains.»
(3) Même si toutes les classes sociales sont concernées par les pratiques outdoor, la majorité des pratiquants et surtout des consommateurs de produits dits « innovants et écolos » sont issus de classes plutôt aisées, CSP+, c’est-à -dire environ 12 millions d’individus : les cadres supérieurs, les dirigeants d’entreprise, les professions libérales, mais également les cadres d’entreprise ou de l’Administration, les professions intellectuelles comme les professeurs, les instituteurs, les chercheurs. Ce sont les CSP+ qui représentent la cible privilégiée des industriels de l’outdoor.
(4) La Lebensreform, ou « réforme de la vie », est née en Europe à la fin du XIXᵉ siècle. « Ce mouvement propose une vie saine, en harmonie avec la nature, une régénération du corps et de l’esprit par un contact renouvelé avec la nature : la pratique du sport, du naturisme, la création d’un habitat lumineux et aéré, la randonnée pédestre devaient restaurer un rapport immédiat entre le corps et son environnement ».
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Vous avez jusqu’au 30 juillet pour participer à la consultation publique concernant le renouvellement scandaleux pour trois ans (2026-2029) de la liste des espèces animales (4 mammifères et 5 oiseaux) considérées comme « Susceptibles d’Occasionner des Dégâts » (les « ESOD », anciennement appelées nuisibles) et ainsi manifester votre opposition ! par Pierre Grillet Le projet d’arrêté prévoit le maintien du classement de neuf espèces sauvages sur la liste nationale des ESOD. Pendant trois ans encore, des mesures de destruction sur de vastes territoires pourraient être prises vis à vis des espèces suivantes : Renard roux, Martre, Fouine, Belette d’Europe, Pie bavarde, Geai des chênes, Corneille noire, Corbeau freux et Étourneau sansonnet. En France, chaque année, 1.7 million de renards, mustélidés (fouines, martres) et corvidés (pies, corbeaux et corneilles) sont tués pour réduire les pertes économiques et les risques sanitaires (zoonoses) attribués à ces « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». Des études scientifiques qui contredisent l’efficience d’un tel arrêté En 2023, des chercheurs ont publié les résultats d’une synthèse des connaissances sous l’intitulé : « Les prélèvements des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) réduisent-ils les dégâts qui leur sont imputés ? » Leurs résultats sont clairs : Une nouvelle étude, menée par des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que la destruction de millions d’animaux jugés « nuisibles » en France ne réduit pas les dommages économiques qui leur sont attribués. Ces destructions ne régulent pas non plus les populations animales concernées, et représentent un coût économique huit fois plus élevé que les déclarations de dégâts imputés à ces espèces. Voici le résumé de leur étude : « Chaque année, 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés sont abattus en France afin de réduire les risques sanitaires ainsi que les pertes économiques affectant les activités et les biens humains. L’efficacité de la stratégie de régulation létale mise en œuvre n’a jamais été évaluée. Nous avons analysé sept années de données relatives aux coûts des dommages et à l’effort de régulation létale à l’échelle nationale ; nous n’avons trouvé aucun lien entre l’effort de régulation et l’évolution des coûts des dommages signalés… Nous présentons également la première évaluation économique de la régulation des vertébrés indigènes considérés comme nuisibles en France. L’effort de régulation létale a été estimé entre 103 et 123 millions d’euros par an, alors que le coût annuel officiel des dommages s’élève à une fourchette comprise entre 8 et 23 millions d’euros. Rien ne prouve que l’effort de régulation apporte un quelconque bénéfice. La régulation létale réduit potentiellement les services écosystémiques associés à ces espèces, tels que la prédation des rongeurs et la dispersion des graines ». Le scandale des lâchers de gibier trop rarement dénoncé ! Les chasseurs affirment de plus en plus leur rôle de gestionnaire de la nature sans se soucier une minute de l’impact désastreux provoqué par les lâchers de gibier chaque année avant l’ouverture. Une seule ACCA en France (association communale de chasse) peut relâcher juste avant l’ouverture plus de 600 perdrix et plus de 200 faisans… Et une autre (selon ses propres déclarations) relâche un peu avant l’ouverture quelque 800 « pièces » (faisans et perdrix). Rien que pour le département des Deux-Sèvres, il y aurait 269 ACCA… Faites le compte et demandez-vous quels sont ceux qui créent des « déséquilibres » ? Les renards, les martres ou ces lâchers massifs ? Environ 16 millions de faisans, perdrix ou canards sont élevés chaque année en France, pour la chasse. Une « solution » qui interroge sur le sens de la pratique en la maintenant quasi artificiellement. Laissons la parole à l’ACCA de Gourgé, en Deux-Sèvres, qui résume en une phrase toute la « pensée » cynégétique du moment : « Comme chaque année, l’ACCA lâche du gibier (perdrix/faisans) tous les 15 jours, mais les renards sont toujours là pour les prendre ». Et bien entendu, pour « protéger » ou plutôt réserver aux chasseurs qui paient ces millions de faisans et perdrix, on détruit les prédateurs, pardon on ne détruit pas, on « régule », un mot qui est rentré dans les éléments de langage de chaque chasseur car il est censé être mieux accepté par l’opinion publique ! Des scientifiques belges et français estiment que les lâchers de faisans sont probablement responsables de la disparition ou de la raréfaction de plusieurs espèces de reptiles localement. « Nous avons étudié les impacts potentiels de ces lâchers massifs sur les squamates indigènes en Wallonie (Belgique). Nos résultats suggèrent que les lézards et les serpents ont disparu des zones soumises aux lâchers massifs de faisans. Nous montrons en outre que la disparition des faisans sur un site est suivie après quelques années du retour d’une espèce répandue de lézard. Au vu de ces impacts sur la biodiversité, la pratique des lâchers de faisans dans la nature devrait être interdite. »… Dans le sud de la France, des lâchers massifs de faisans sur Porquerolles sont très certainement, au moins pour partie, responsables de la disparition du lézard ocellé sur cette île. Au final, ce que ce projet d’arrêté dit de nos relations humains – non humains Par-delà, les pseudo-arguments visant à laisser croire qu’une martre ou un renard, un geai des chênes, seraient des espèces à « réguler » car susceptibles d’occasionner des dégâts, un tel projet d’arrêté en dit long sur nos relations avec les non humains : nous voulons bien accepter une forme de cohabitation, mais sous la condition expresse que le non humain ne risque pas de nous concurrencer et/ou de nous gêner dans nos activités. Telle espèce nous embête ou risque de nous embêter ? Alors détruisons les individus pour être plus tranquilles. Inutile de prendre en compte les études scientifiques qui démontrent l’inefficacité et le gaspillage de telles mesures, ainsi que le rôle important joué par les espèces concernées dans l’écosystème. « Le gouvernement n’a écouté ni l’avis des scientifiques ni celui de sa propre inspection générale de l’environnement », nous explique Perrine Mouterde dans Le Monde à propos de cette liste. Inutile de remettre en cause ses propres pratiques, comme la destruction des haies et des habitats par certains agriculteurs ou les lâchers massifs de gibier d’élevage pour la chasse. Comme si ces pratiques étaient immuables et que rien ne saurait les compromettre, encore moins des non humains. Il y a encore beaucoup de travail pour modifier nos rapports avec l’ensemble du vivant. À commencer par refuser l’ineptie d’un tel arrêté ! Photo : martre © JF Noblet L’article Consultation publique sur le renouvellement de la liste des espèces considérées comme « Susceptibles d’Occasionner des Dégâts » : donnez votre avis ! est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (1467 mots)
1) concernant les « dégâts » sur la faune, aucune publication n’a été réalisée sur l’effet de l’élimination de la martre des pins et de l’étourneau, pourtant bien qu’inscrits sur la liste Esod actuelle;
2) 70 % des études portant sur les dégâts sur la faune montrent que le prélèvement d’Esod n’a pas d’effet significatif sur la réduction de leur prédation sur la faune.
lsamuel
De nombreux événements JNE sont déjà programmés à partir de septembre et vous pouvez d’ores et déjà les noter sur votre agenda ! – Le lundi 7 septembre à 12 h : – Le jeudi 17 septembre et tous les 3e jeudis de chaque mois : – Le samedi 3 octobre (toute la journée) : – Le jeudi 8 octobre à 19 h : – Les 28, 29 et 30 mai 2027 L’article Agenda JNE 2026/2027 est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. (207 mots)
Webinaire avec Nicolas Celnik et Fabien Benoît, auteurs du livre Les assoiffeurs (Les Liens qui Libèrent)
Déjeuner au restaurant à Paris pour le plaisir de se rencontrer, d’échanger…
Colloque sur la Sécurité Sociale de l’Alimentation à la Bourse du Travail à Paris. Ouvert à tous.
Jeudi de l’écologie à l’Académie du Climat (Paris) sur l’impact des éoliennes sur l’environnement, avec entre autres Gabriel Ullmann (JNE)…
Congrès JNE dans le Centre de Terre vivante à Mens dans le Trièves (Isère), ouvert à tous les adhérent·e·s.
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