flux Ecologie

L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

▸ les 10 dernières parutions

29.08.2026 à 07:00

Légumes brûlés, maïs en chute libre, prairies grillées… Les chiffres chocs d’un été catastrophique pour l’agriculture française

Esteban Grépinet

Texte intégral (1965 mots)
Fleurance (Gers), le 19 août 2026. Une rangée de tournesols gravement flétris, en pleine période de sécheresse. © Isabelle Souriment/Hans Lucas via AFP

Le réchauffement climatique frappe de plein fouet l’agriculture française. Après un été record, marqué par une succession de canicules et d’incendies, ainsi qu’une sécheresse générale historique, les premières estimations des filières montrent l’étendue des dégâts, dans tout l’Hexagone comme dans les outre-mer.

«Les maraîchers, les arboriculteurs, les céréaliers, les éleveurs, les vignerons, les agriculteurs de toute la France, presque sans exception, en subissent de graves conséquences», a résumé jeudi la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, à l’issue d’une réunion de crise avec les préfet·es de région. D’après les remontées de ces dernier·es, des pertes de rendement de 50% ou plus sont déjà constatées dans plusieurs territoires, et les besoins d’aides dépassent généralement les 10 000 euros par exploitation.

Grandes cultures : le maïs et la pomme de terre s’effondrent, les plantations d’hiver moins impactées

🌽 Il est probablement la victime la plus emblématique de cet été caniculaire : le maïs s’effondre partout en France, avec une production en baisse de près de 45% sur un an pour le maïs grain et d’environ 50% pour le maïs fourrage (récolté en entier, avant la maturation des grains), selon les données communiquées jeudi par l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). «Une catastrophe jamais vue», selon cette dernière, qui évoque une perte de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour les exploitations. Outre la réduction des surfaces cultivées, le maïs, plante particulièrement gourmande en eau sur la période estivale, a subi de plein fouet la sécheresse, notamment dans les plaines du centre et de l’ouest de la France.

Un maïs fortement impacté par la sécheresse, sur une exploitation de Haute-Saône, à la mi-août. © Esteban Grépinet/Vert

🌾 Pour les autres céréales, la chute est moins prononcée : la production de blé tendre est en baisse de 4% par rapport à 2025, l’orge de 7% et l’avoine de 21%, selon les données du service statistique du ministère de l’agriculture (l’Agreste), en date du 7 août. «Composées essentiellement de cultures d’hiver [semées à l’automne pour être récoltées au début de l’été, NDLR], les céréales à paille ont nettement moins souffert des conditions caniculaires, survenues en fin de cycle, que le maïs», explique l’Agreste.

🌻 Du côté des plantes oléagineuses, cultivées pour leur huile, les nettes baisses de rendements du tournesol, du soja ou encore du colza pourraient être globalement compensées par l’augmentation des surfaces cultivées en 2025, selon les estimations provisoires de l’Agreste. Par exemple, le rendement du tournesol serait le plus faible depuis un demi-siècle, mais la hausse des surfaces donnerait, à ce stade, une récolte équivalente à celle de l’an dernier.

🥔 La récolte de pommes de terre devrait diminuer de 23% sur un an, selon les chiffres de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui parle d’une «chute sans précédent». La filière, qui avait réduit ses surfaces cultivées en début d’année, a subi une nette baisse des rendements à cause des canicules et du manque d’eau.

🚜 Les betteraves enregistrent un choc similaire, avec une baisse de la production nationale de 20% par rapport à la moyenne des cinq dernières années, d’après la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). «Au-delà du manque d’eau, les températures extrêmes enregistrées au cours de l’été ont provoqué un stress physiologique majeur des cultures», explique-t-elle.

Fruits et légumes : de lourdes pertes pour les salades, poireaux, oignons, bananes ou encore fruits rouges

🥬 Mi-juillet, les pertes de salades, carottes, poireaux, échalotes, ail ou encore oignons se comptaient «en milliers de tonnes par produits», atteignant pour certaines filières les 50% de récoltes annuelles, d’après la fédération Légumes de France. «Des “manquants” sont à attendre à court terme dans les magasins, car l’import n’est pas en capacité de couvrir les manques», alerte cette dernière. «Il y a des tensions sur les tomates, les salades, les poireaux et les concombres, mais pas d’envolée générale des prix», a tenté de rassurer le ministère de l’agriculture, ce vendredi, lors de sa conférence de presse.

🥦 Dans le nord-ouest de la France, la marque Prince de Bretagne signale «des pertes allant de 15% à 100% selon les cultures et les conditions d’irrigation» : plus de 40% pour les petits pois, environ 60% pour les brocolis, jusqu’à 100% pour les artichauts, 25% pour les courgettes, 35% pour les salades…

🍓 Côté fruits, la situation apparaît plus contrastée : les canicules ne semblent pas, à ce stade, avoir impacté considérablement les volumes de pommes, poires, pêches ou encore abricots, notamment du fait de l’irrigation des vergers, selon l’Agreste. La production de fraises est en «léger recul» dans le Sud-Ouest, «perturbée par l’alternance de fraîcheurs et de fortes chaleurs», toujours selon l’Agreste – mais, au niveau national, la récolte devrait rester au même niveau que 2025.

🍌 De lourdes pertes ont en revanche été remontées par les préfet·es de région concernant certains fruits rouges (cerises, cassis, groseilles…), pouvant atteindre 100% dans certaines zones. En Martinique, qui fait également face à une importante sécheresse depuis juin, la production de bananes est en recul de 15%, selon le ministère de l’agriculture. En manque d’eau, parfois brûlés par la chaleur et le vent, les fruits et légumes récoltés sont aussi plus petits, plus abîmés : la grande distribution a d’ailleurs annoncé assouplir ses calibres d’acceptation des produits.

Élevage : forte mortalité de volailles et inquiétude sur les stocks de fourrages

🐔 Poulets, pintades, dindes et canards ont particulièrement souffert face aux fortes chaleurs : entre trois et quatre millions de volailles (soit 1% de la production nationale) sont mortes à cause des canicules cet été, notamment en Bretagne et dans les Pays de la Loire, lors de la vague de chaleur de juin. «Nous avons observé des surmortalités dans tous les types d’élevages, aussi bien en bio qu’en label rouge ou en standard», détaille Yann Nédélec, directeur de l’interprofession des volailles de chair (Anvol). Si l’équarrissage est mutualisé au sein de la filière, les dépenses énergétiques et les tensions sur les matières alimentaires (notamment le maïs) pourraient mener à une hausse des coûts de production.

🐄 La chaleur affecte aussi les vaches laitières : d’après les estimations provisoires transmises à Vert par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), la production de lait a diminué de près de 7% en juin, et de 5% en juillet, par rapport aux valeurs de l’an dernier. En additionnant ces pertes et la hausse des coûts de production (liées par exemple au manque de fourrages pour alimenter le bétail), le surcoût pour les éleveur·ses représenterait entre 40 et 60 euros pour 1 000 litres de lait produits.

🌱 Sécheresses et canicules ont enfin un effet indirect sur l’élevage bovin : les prairies, où pâturent les animaux, sont grillées depuis deux mois sur la quasi-totalité du territoire (notre reportage). Au 20 août, la pousse de l’herbe est en recul de 36% par rapport à la moyenne de la période 1989-2018, d’après l’Agreste. Les éleveur·ses doivent déjà puiser dans leurs stocks d’hiver, qui peinent à se reconstituer faute d’herbe à faucher et d’autres fourrages (comme le maïs). Les stocks de fourrages sont inférieurs de plus de 50% à la moyenne dans cinq régions, dont l’Occitanie, d’après les remontées des préfet·es.

Face à cette situation climatique historique, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, doit présenter le 3 septembre prochain un vaste plan d’aides d’urgence, qui devrait se chiffrer en milliards d’euros.

PDF
28.08.2026 à 10:30

Il va disparaître des Vosges : le grand tétras ne sera plus réintroduit dans le massif, après deux ans de lâchers critiqués

Esteban Grépinet

Texte intégral (978 mots)
Il ne reste plus qu’une vingtaine de grands tétras dans les forêts des Vosges. © Francesco Veronesi/Flickr

Trente-trois oiseaux réintroduits, une seule reproduction réussie et au moins 15 morts : ainsi s’achève le très controversé programme de sauvetage du grand tétras dans les Vosges. Jeudi, le ministère de la transition écologique a assuré à Vert vouloir mettre fin dès maintenant aux opérations de lâchers de cet oiseau emblématique des forêts de montagne, au bord de l’extinction dans le massif du nord-est de la France.

«Le retour d’expérience dont nous disposons à ce stade sur la mortalité des individus déplacés, ainsi que les informations disponibles sur l’évolution de l’habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme [au regard du réchauffement climatique, NDLR] nous conduisent à ne pas envisager de nouvelles opérations de translocation au-delà de celles déjà réalisées», détaillent les services du ministère, confirmant une information de l’Agence France-Presse (AFP). La décision doit être confirmée officiellement lors d’une réunion de suivi en fin d’année.

Le 21 août, le ministère de la transition écologique avait dans un premier temps évoqué auprès du média Reporterre «l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle», qui court encore sur trois ans. S’il affirme désormais plus franchement ne pas souhaiter de nouveau lâcher, le cabinet précise que les oiseaux réintroduits «continueront à faire l’objet d’un suivi jusqu’à l’achèvement du programme en 2029».

«Le vrai chantier commence maintenant»

Actuellement, seule une vingtaine de grands tétras subsiste dans les forêts vosgiennes : moins de 17 oiseaux réintroduits en mai dernier (au moins trois sont déjà morts), un à deux individus ayant survécu aux lâchers des précédents printemps, ainsi qu’une à trois poules autochtones, naturellement présentes dans le massif. Quatre jeunes ont également été observés ce mois d’août, marquant le tout premier succès de reproduction de l’espèce depuis le lancement du programme de «réintroduction».

Imposant oiseau de montagne, le grand tétras peuple encore les sous-bois des Pyrénées, du Jura ou encore des Cévennes. Dans les Vosges, la population, qui comptait encore plus de 500 individus à la fin des années 1970, s’est effondrée à cause de la dégradation de son habitat, du dérangement croissant des activités touristiques et du changement climatique. Pour empêcher son extinction dans le massif, l’État et le parc naturel régional des Ballons des Vosges ont lancé en 2024 un programme de sauvetage, principalement basé sur la capture et le lâcher d’oiseaux norvégiens.

Mais cette opération a suscité une levée de boucliers chez une partie des associations locales de protection de la nature. Ces dernières pointent une «opération de communication», reprochant aux autorités de ne pas chercher à résoudre d’abord les causes du déclin de la biodiversité dans les Vosges (développement touristique, dégradation des forêts…). En juin 2025, le tribunal administratif de Nancy (Meurthe-et-Moselle) avait rejeté leur recours contre l’arrêté de la préfecture des Vosges autorisant le lâcher de 200 grands tétras sur cinq ans (les associations ont fait appel).

«On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

«C’est la reconnaissance de notre combat collectif depuis trois ans, salue auprès de Vert Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges et fer de lance de l’opposition au projet, après l’annonce du ministère de la transition écologique. Mais le vrai chantier commence maintenant. L’objectif essentiel, désormais, c’est la restauration des milieux et la question des politiques d’équipement massif de loisirs. On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

Dans un communiqué publié jeudi, le collectif d’associations appelle à réorienter les moyens destinés aux ex-futures campagnes de lâchers vers une «politique beaucoup plus ambitieuse de restauration du massif» : amélioration de la résilience des forêts face aux sécheresses, protection des secteurs encore favorables aux derniers grands tétras et autres espèces (comme la gélinotte des bois), maîtrise de la fréquentation touristique… Contacté par Vert, le parc naturel régional des Ballons des Vosges n’a pas répondu.

PDF
28.08.2026 à 06:00

Près de Lyon, ils apprennent à construire leur maison en paille et en bois : «C’est un choix politique, qui allie écologie et économie»

Emma Poesy

Texte intégral (1680 mots)
Dominique Mourrain s’est inscrit à la formation afin de bâtir lui-même une extension de sa maison, respectueuse de l’environnement. © Emma Poesy/Vert

«Si vous pouvez l’avancer un peu par ici !», lance Simon Subtil, la petite soixantaine, qui tient dans ses mains un grand cadre en bois aux airs de charpente miniature. Depuis quelques jours, le retraité se consacre avec sept autres camarades à une série de tâches peu habituelles : tailler, densifier et ficeler d’épaisses bottes de paille afin de les insérer dans une ossature de bois… Il a l’espoir qu’un jour ces quelques planches – assemblées par la petite bande la veille, pour s’entraîner – deviennent les fondations d’une véritable maison.

L’atelier auquel il participe est organisé par l’association Oïkos, qui dispense depuis plus de vingt ans des formations pour les particuliers qui veulent s’initier à l’autoconstruction de bâtiments en matériaux biosourcés – principalement du bois et de la paille.

Pendant toute une semaine, en ce mois d’août, les stagiaires se réunissent dans les locaux de l’association, à L’Arbresle, une petite ville de la périphérie de Lyon (Rhône), pour apprendre la théorie ; et l’appliquent l’après-midi sur un plateau technique situé à La Tour-de-Salvagny, une autre ville du coin. Sur place, elles et ils apprennent les rudiments de cette méthode de construction, qui a l’avantage d’être accessible à tout le monde, performante d’un point de vue énergétique, peu chère et, surtout, respectueuse de l’environnement.

Contourner les constructeurs traditionnels

Ce matin-là, les participant·es sont aligné·es dans une petite salle de classe et écoutent avec attention les conseils dispensés par Emmanuel Deragne, un artisan spécialiste de la construction en bois et en paille. «Surtout, ne forcez jamais pour faire entrer votre botte de paille dans l’ossature, prévient le formateur. C’est le meilleur moyen de vous blesser et de ruiner votre isolation.» Avant de vanter les mérites de cette pratique, encore très confidentielle en France : «L’une de mes stagiaires a isolé sa maison à la paille. Aujourd’hui, il fait 24 degrés chez elle, même quand le thermomètre affiche 38 dehors.»

L’après-midi, un petit groupe se forme pour apprendre à scier les bottes de paille, qui doivent impérativement être sèches, rectangulaires et compactes pour être utilisées comme isolant. De l’autre côté du chantier, abrité·es sous le toit d’une grange semi-ouverte, les autres stagiaires s’entraînent à manipuler une charpente, collée à un mur.

Emmanuel Deragne, artisan spécialiste de la construction en bois et en paille et formateur à Oïkos, a commencé à s’intéresser «par hasard» à cette discipline, avant d’être convaincu par ses nombreux avantages. © Emma Poesy/Vert

«C’est assez simple», sourit Isabelle Martin, qui a fait le déplacement depuis la Sarthe. Avec l’aide de l’association, cette propriétaire d’une chambre d’hôtes espère pouvoir bientôt construire un nouveau gîte en paille sur son terrain. «Ce qui m’a décidée, c’est l’envie de faire moi-même et celle de contourner les entreprises du BTP, confie-t-elle. Pour la rénovation d’un autre bâtiment, j’avais fait appel à une entreprise qui n’a respecté aucune de mes consignes en matière d’écologie. Ça m’a dégoûtée.»

Tout comme Isabelle Martin, Jérôme Benois, un autre stagiaire, souhaite contourner les entreprises du bâtiment pour réaliser l’extension de sa maison. «Je viens d’Isère et, là-bas, tout le monde peut constater les dégâts que causent les cimentiers», lâche-t-il en référence à la condamnation récente de l’exploitant d’une carrière pour négligences après l’effondrement d’un pan du Vercors (notre article). «Je n’ai pas envie de contribuer à la destruction d’autres carrières, dont les déchets bouchent en ce moment même une route près de chez moi», poursuit Jérôme Benois.

Construire autrement

Née en 1991, Oïkos a été créée par des particuliers et des architectes qui voulaient contester l’hégémonie du béton dans la construction, matériau devenu incontournable pour reconstruire la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale. «L’utiliser à ce moment de l’Histoire avait du sens, notamment parce qu’il y avait beaucoup à reconstruire, qu’il était bon marché et facile à utiliser, rembobine François Leroux, salarié de l’association. Aujourd’hui, c’est une aberration ; le béton consomme énormément de ressources naturelles et d’énergie.»

Pour construire une maison en ciment, il faut extraire la roche d’une carrière de calcaire, puis la faire chauffer dans un four à 1 800 degrés. La paille, elle, présente l’avantage d’être nettement moins énergivore : renouvelable et produite localement – il suffit de la commander en amont à un·e agriculteur·ice près de chez soi –, elle est isolante en toutes saisons, nécessite une très faible transformation et est peu onéreuse.

Isabelle Martin, stagiaire chez Oïkos et propriétaire d’une chambre d’hôtes dans la Sarthe, souhaite autoconstruire pour contourner les entrepreneurs du BTP. © Emma Poesy/Vert

Si son utilisation sur les chantiers est encore rare, les grands groupes du secteur s’y mettent progressivement, et quelques grands bâtiments publics en paille ont déjà vu le jour : le lycée professionnel Gergovie à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), sorti de terre en 2021, ou encore l’atelier de construction de décors de la Comédie-Française, à Sarcelles (Val-d’Oise), une ancienne passoire thermique isolée avec de la paille en 2024.

Ce matériau est d’autant plus intéressant qu’il est léger et donc facile à manipuler. «Chez les professionnels du bâtiment, le secteur de la paille est celui dans lequel on retrouve le plus de femmes, précise Emmanuel Deragne. Avec ce matériau, on est plus efficace en utilisant des outils qu’en usant de sa force.»

Sur le papier, les particuliers ont doublement raison de s’y intéresser : «Ça peut vite devenir intéressant financièrement, estime François Leroux. En autoconstruction avec de la paille, on peut payer entre 30% et 50% moins cher que pour du bâti traditionnel, selon les travaux que l’on fait.»

Lutter contre les préjugés

En pratique, cela implique de se former et d’y mettre pas mal d’huile de coude. «Quand j’étais plus jeune, il y avait très peu de spécialistes de la paille et j’ai dû passer beaucoup de temps à bosser seul pour perfectionner mes techniques», relate Emmanuel Deragne, qui a commencé sa carrière d’artisan comme spécialiste du bois.

Opter pour la paille implique aussi de passer outre les préjugés. «J’ai parlé de mon projet à mes oncles, qui se sont moqués en disant que je n’avais qu’à m’installer dans le Cantal pour vivre ma vie d’écolo, souffle Artus Beberins, infographiste de 28 ans installé en région parisienne. Et puis, quand on ne connaît pas, ça ne paraît pas solide : tout le monde connaît l’histoire des trois petits cochons, c’est la maison en paille qui s’effondre en premier.»

À La Tour-de-Salvagny (Rhône), les stagiaires d’Oïkos s’entraînent à découper des bottes de paille, qui serviront plus tard à l’isolation d’une bâtisse. © Emma Poesy/Vert

Pour certains, comme Dominique Mourrain, construire soi-même est une manière concrète de lutter contre le dérèglement climatique, en normalisant de nouvelles pratiques plus vertueuses. «Ça fait trente ans que je m’intéresse à l’écologie, explique cet ex-ambassadeur du tri au sein d’un syndicat d’élimination des déchets. Bâtir ma maison à la campagne avec un matériau capable d’absorber le CO2, c’est avant tout un choix politique.»

Un choix que l’association Oïkos tente, à son échelle, de faciliter, en prêtant à ses membres tout le matériel nécessaire à la conduite d’un chantier bois-paille. Et, souvent, Emmanuel Deragne, qui n’exerce plus que rarement comme artisan, retourne chez d’ancien·nes stagiaires-constructeur·ices, pour filer un coup de main. Une manière de transmettre ce savoir qui pourrait un jour devenir indispensable.

PDF
27.08.2026 à 15:32

La crue meurtrière au Népal et au Tibet est-elle liée au réchauffement climatique ?

Mathilde Picard

Texte intégral (1235 mots)
Le 27 août 2026, à Nuwakot (Népal). Une rue a été envahie par la boue après l’effondrement glaciaire. Les équipes de sauveteur·ses récupèrent les corps et les résident·es déplacé·es trouvent refuge dans les hauteurs. © Sanjit Pariyar/Nurphoto via AFP

Mis à jour le vendredi 28 août à 9h30. Avec l’ajout du dernier bilan en date et d’une nouvelle alerte aux inondations.

Une immense vague de boue et d’eau a déferlé sur la région à la frontière entre le Népal et le Tibet, mercredi. Pour les expert·es de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), référence mondiale en sismologie, un effondrement glaciaire a entraîné la crue. D’après le bilan des autorités de ce vendredi matin, la catastrophe a fait au moins 472 mort·es et plus de 1 400 disparu·es. Dans la zone tibétaine, la topographie extrême de l’Himalaya a aggravé les risques.

Le glaciologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Étienne Berthier, est membre d’un groupe de scientifiques du monde entier qui cherchent à identifier la source de la crue. Elles et ils analysent des images satellites des montagnes. «C’est maintenant une certitude : une fracture très nette s’est formée au milieu d’un glacier, une partie s’est décrochée et est à l’origine de la catastrophe», explique l’expert à Vert.

Il précise : «La question à résoudre, c’est de savoir s’il s’agit “seulement” du glacier qui a glissé et s’est pulvérisé ou si un pan entier de la montagne s’est aussi décroché avec toutes les roches sur lesquelles reposait le glacier.» L’hypothèse d’un éboulement pourrait éclairer l’origine des secousses sismiques importantes relevées dans la zone. Celles-ci sont difficilement explicables par l’effondrement du seul glacier.

C’est également l’avis de l’USGS. L’institution a d’abord relevé à tort un tremblement de terre de magnitude 4,4, réévaluée à 5,2. Elle a finalement établi «que cet événement sismique était dû à un effondrement glaciaire et à une coulée de débris qui ont entraîné des conséquences catastrophiques en aval».

L’Himalaya déstabilisé par le changement climatique

Le Centre international pour le développement intégré de la montagne (Icimod), basé à Katmandou (Népal), n’a détecté «aucune anomalie» du côté tibétain de la frontière. «Nous pensons qu’une avalanche de roches et de glace s’est produite au Népal, bloquant la rivière Lhende et causant la crue», explique Sarthak Shrestha, analyste en télédétection et géoinformation à l’Icimod.

Ce décrochement glaciaire a-t-il été provoqué par le changement climatique ? Les conséquences du dérèglement sur l’Himalaya sont largement documentées, à l’image des débordements de lacs glaciaires.

«Ce qui est sûr, c’est que l’Himalaya, comme les autres massifs montagneux dans le monde, est déstabilisé par le changement climatique, rappelle Étienne Berthier. Il fait reculer les glaciers, réduit le permafrost [cet état thermique qui fait de la glace le ciment de la montagne, NDLR] et change leurs températures en profondeur. Des masses autrefois collées par le froid à leur lit rocheux peuvent donc glisser, voire s’effondrer.»

«Ce genre de phénomènes peut, par exemple, provoquer des glissements de terrain et des crues soudaines», détaille Dorothy Heinrich, chercheuse à l’université britannique de Reading. Le glaciologue français abonde : «Ces mécanismes sont certainement en jeu dans cette catastrophe mais, pour l’instant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour déterminer précisément le rôle du changement climatique.»

Dans les jours à venir, les scientifiques du monde entier étudieront un potentiel lien entre le dérèglement du climat et la catastrophe, avec des modèles de simulation pour comparer la probabilité d’un tel événement aujourd’hui par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850).

Une avalanche «de béton liquide»

«Ces phénomènes au niveau glaciaire sont rares ; on n’est pas en mesure de les prévoir», constate Étienne Berthier. Le seul moyen de l’anticiper est d’identifier un glacier dangereux. «C’est ce qui s’est passé à Blatten, en Suisse, en 2025, raconte le scientifique. Ils ont constaté des chutes de pierres en d’énormes quantités sur le glacier et ont évacué le village ; la catastrophe s’est ensuite déroulée sans victime.» Mais le massif de l’Himalaya est bien plus grand que l’arc alpin, et les zones glaciaires sont reculées. «Les analyser est un vrai défi», souligne-t-il.

Les solutions pour échapper à ce type de calamités, quand le flot arrive, sont alors limitées. «Courir n’aidera pas», tout comme essayer de s’enfuir dans son véhicule, affirme Hatim Sharif, hydrologue à l’université du Texas de San Antonio (États-Unis). La boue et l’eau, quand elles évoluent à très haute vitesse, forment une combinaison mortelle s’apparentant à «du béton liquide». Il estime que la seule solution est de monter sur une colline d’au moins six mètres.

Un outil de prévention possible, selon l’hydrologue, serait de placer des capteurs de niveau d’eau dans les rivières, transmettant leurs informations en temps réel aux autorités, ce qui donnerait entre vingt et trente minutes d’avance aux habitant·es.

«Dans ces environnements montagneux, les rivières peuvent être assez étroites», explique Dorothy Heinrich. Tout ce qui les bloque, qu’il s’agisse d’une avalanche ou d’un glissement de terrain, va entraîner «une grande accumulation d’eau, puis provoquer ces crues incroyablement rapides».

Une nouvelle alerte aux inondations a été déclenchée par les autorités népalaises : la rivière Bhote Koshi au Tibet a été bloquée par un amas constitué par la crue et un lac s’y est formé. Face au risque de rupture et de nouvelle crue en aval, le gouvernement demande aux habitant·es de rester à distance des zones exposées.

PDF
4 / 10

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds

🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène

🌱 Reporterre
Présages
Reclaim Finance
Réseau Action Climat
Résilience Montagne
SOS Forêt France
Stop Croisières

🌱 Terrestres

🌱 350.org
Vert.eco
Vous n'êtes pas seuls