Antoine Poncet
«Nous voulions savoir si les pollutions présentes dans l’air se retrouvaient aussi dans l’eau et les sols», se remémore Mallory*, en plein débat avec son groupe de travail dédié à la santé. Accoudée à une grande table en bois, elle représente les praticien·nes de la petite enfance, lors d’une soirée participative organisée par l’Institut écocitoyen du pays du Mont-Blanc, ce mardi 12 mai, à Sallanches (Haute-Savoie). L’organisme associatif est né en 2023, à la demande d’associations du territoire et avec le soutien de la communauté de communes Pays du Mont-Blanc. Il vise la production d’études qui répondent aux questions des riverain·es. L’atelier du jour s’intègre dans un travail global qui consiste à permettre aux citoyen·nes de choisir les sujets de recherche en santé environnementale. Une fois définis, un collège de scientifiques analysera leur faisabilité. Conçu comme un espace de dialogue entre les différents acteurs de la société civile, cet institut indépendant fonctionne avec plusieurs collèges : jeunes, associations, chercheur·ses, élu·es, entreprises, expert·es, habitant·es et praticien·nes de santé. Certain·es membres sont d’ailleurs présent·es ce mardi : Anne-Marie Fontaine, conseillère municipale à Passy (Haute-Savoie), Olivier* et Anne-Lise*, du collège des habitant·es, ou encore Muriel Auprince, qui dispose de «dossiers sur l’air, le sol et l’eau» à la tête de Col’Air Pure, un collectif engagé sur la qualité de l’air. Au total, dix-huit personnes se côtoient entre les palettes de couleurs et les matériaux entreposés dans l’atelier d’architecte de l’espace Mont-Blanc Coworking. Parmi elles et eux, Sophie Bottollier, 36 ans, regrette de ne pas arriver à mobiliser la curiosité de plus d’habitant·es. Celle qui constate l’intensification de l’urbanisation et des pics de pollution depuis vingt ans s’inquiète «des conséquences sur les Hauts-Savoyards et sur la faune». En réponse à ses interrogations, le programme de la soirée doit permettre de définir quatre questions de recherche précises issues des préoccupations déjà identifiées lors de la précédente journée participative, en avril. Ce jour-là, les critères de choix avaient été définis : le niveau d’inquiétude des habitant·es, le lien avec la santé, la faisabilité financière et humaine. Les recherches devront également déboucher sur des actions concrètes. Pour l’heure, place au choix. Chacun son tour, les participant·es placent des gommettes oranges sur un tableau blanc, en face des sujets qui leur paraissent essentiels. «Il ne faut en choisir que trois ?», hésite Olivier, membre du collège des habitant·es, avant de se lever. Parmi les catégories – général, eau, sol et santé –, quatre propositions sortent du lot : travailler sur une méthode pour que les études scientifiques soient considérées dans les décisions publiques, étudier les liens entre les pollutions locales et les maladies diagnostiquées, cartographier les sols et vérifier la qualité de l’eau du lac de Passy. Certain·es habitant·es s’inquiètent d’une éventuelle pollution en raison d’enfouissements de déchets aux abords du rivage, liés à des activités de chantier ou industrielles, selon elles et eux. Réparti·es en petits groupes, les citoyen·nes précisent leurs idées sur le papier. Du côté de l’eau, elles et ils estiment que les sources souterraines, dont est issue l’eau de consommation, sont déjà bien surveillées. Contrairement aux eaux de surface, dans lesquelles les habitant·es se baignent. Au bout d’une heure de travail collectif, les participant·es actent quatre axes de recherche : la qualité des sols et son impact sur la production alimentaire locale ; une étude de la baignabilité des lacs ; l’éventuelle prévalence d’une maladie liée à la pollution de l’air dans la vallée ; et la mise en place d’une méthodologie pour intégrer la science dans les décisions publiques. La pollution de l’air aux particules fines ne figure pas dans la liste des préoccupations à retravailler, ce qui surprend les présent·es. «Elle est pourtant dans toutes les têtes ici», relèvent certain·es. Pour cause : la vallée de l’Arve est l’une des plus polluées en France. La documentation sur le sujet existe depuis une trentaine d’années : les études désignent le chauffage au bois, le trafic routier et l’industrie comme responsables. «Or ces constats ne font pas consensus parmi les acteurs du territoire : les données issues des sources majeures de pollution génèrent parfois des interrogations ou une contestation sociale et politique locale», décrit Marine Denis, directrice de l’Institut écocitoyen du Mont-Blanc. Toutefois, «si la pollution de l’air n’a pas été retenue parmi les sujets à préciser, c’est peut-être aussi qu’on avance : les études existantes commencent à être acceptées», espère Jérémy Payen, 37 ans, salarié à la communauté de communes des Portes du Mont-Blanc. À ce propos, Mody Diaw, sociologue de l’université Paris-Saclay, relève «une méfiance d’une partie des habitants vis-à-vis des données scientifiques d’Atmo [association de surveillance de la qualité de l’air, NDLR], des rapports de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement [Dreal] et, dans une moindre mesure, du rôle de l’institut écocitoyen». L’universitaire, qui travaille avec l’institut du Mont-Blanc dans le cadre de son postdoctorat, voit ces journées participatives dédiées aux pollutions comme une manière pour la population de s’approprier et d’accepter les données scientifiques à produire. Mais, pour y parvenir, l’institut doit aussi composer avec ses propres tensions internes. Depuis sa création, deux visions s’affrontent : entre celles et ceux qui le voient «comme une vigie environnementale destinée à valider des politiques publiques locales, et ceux qui attendent de l’institut d’être une association scientifique», abonde la directrice. D’autres envisagent l’institut comme un espace de vulgarisation des sciences. C’est le cas de Laurence Volatier, 57 ans, chercheuse au Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés. Elle rejoindra prochainement le collège des scientifiques et est présente ce soir-là à double titre, chercheuse et habitante. De son point de vue, la force de l’organisme réside dans «la rencontre entre scientifiques et citoyens, dont la connaissance du terrain est excellente». Les échanges entre collectivités et scientifiques restent bons, comme ceux avec les entreprises comme l’ATMB (Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc). Camille*, un employé du groupe, participe d’ailleurs à l’atelier pour la première fois. Ainsi, la méthode participative mise en place permet de construire des études adaptées au territoire tout en rompant la segmentation entre savoirs scientifiques et savoirs citoyens. *Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom. Texte intégral (1561 mots)


Après une heure, quatre thèmes choisis

L’une des vallées les plus polluées de France
Antoine Poncet
Un petit village au fin fond de la Seine-et-Marne illustre presque à lui seul le bouleversement causé par le «boom» de l’intelligence artificielle (IA). D’ici deux ans, la commune de Fouju, 650 âmes, verra sortir de terre le plus grand centre de données d’Europe. Ce mois-ci, une enquête publique est en cours auprès des habitant·es. Pour faire accepter ce «Campus IA» géant, les porteurs du projet et les élu·es promettent un équipement exemplaire, sans nuisance, source de «plusieurs centaines d’emplois». Pourtant, un rapport de l’autorité environnementale, publié le 8 avril et relayé par le Canard enchaîné, pointe la consommation d’énergie potentiellement «hors normes» du projet et les risques d’émissions de fumées toxiques et de PFAS dans l’air. Un exemple parmi d’autres du «grand enfumage» des entreprises de la tech pour développer l’IA à toute vitesse. Dans IA : le grand enfumage, paru le 6 mai aux éditions Payot, Lou Welgryn, secrétaire générale de Data for good, et Théo Alves Da Costa, président de l’association et ingénieur en analyse de données et IA, démontent ces récits. Dans cet entretien à Vert, Lou Welgryn montre que l’IA n’est ni magique ni neutre, et qu’elle a des conséquences bien réelles sur l’environnement, notre quotidien ou la démocratie. Cela montre l’augmentation du nombre de centres de données en France. On copie la politique numérique des États-Unis, qui consiste à créer plein de datacenters géants partout. Le 30 janvier, Anne Le Hénanff, la ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle, a annoncé vouloir l’équivalent de 28 gigawatts de puissance installée dans les prochaines années. 28 gigawatts, c’est la moitié de la puissance nucléaire française ; ce sont des ordres de grandeur gigantesques. Le projet à Fouju fera au total 1,4 gigawatt. C’est presque autant que les deux tiers de tous les datacenters déjà installés en France. Pourtant, l’Agence de la transition écologique [l’Ademe, NDLR] a publié un rapport en janvier dernier qui montre que si l’on suit la tendance actuelle, la consommation électrique des centres de données dans notre pays sera multipliée par 3,7 d’ici 2035. Elle explique que cette trajectoire est complètement incompatible avec l’Accord de Paris [qui vise à maintenir le réchauffement de la planète sous la barre de 1,5 degré Celsius par rapport à l’ère préindustrielle, vers 1850, NDLR]. Ces équipements ont énormément d’impacts environnementaux, notamment en termes de consommation d’électricité ou d’eau. Beaucoup de ces centres de données sont construits dans des zones déjà arides, au Chili ou au Mexique, où les populations locales ne peuvent pas consommer de l’eau en continu. Il y a cette tension sur les ressources et, plus largement, sur tous les composants nécessaires pour faire fonctionner ces datacenters. Récemment, une autre étude de l’université de Cambridge a montré qu’un centre de données pouvait générer jusqu’à 9 degrés de réchauffement dans sa zone : ce sont des îlots de chaleur très importants. Les conclusions de l’étude de l’Ademe montrent aussi qu’il y a très peu de réductions d’émissions permises par le numérique – contrairement à ce que certains prétendent. Ce n’est absolument pas une solution qui résoudra quoi que ce soit. Pourtant, c’est le discours majoritaire de tous les géants de la tech aujourd’hui. Oui. On entend souvent que l’IA va résoudre le problème climatique, et que sauver la planète rime avec développer l’IA. Ça, c’est la directrice de Microsoft qui le dit. L’ancien PDG de Google, lui, explique qu’il préfère tout miser sur l’IA pour résoudre le changement climatique, plutôt que l’on essaye de trouver des solutions nous-mêmes. Son projet est d’arrêter la transition écologique et la réduction des émissions, d’appuyer à fond sur l’accélérateur de l’IA, et de lui faire confiance. Dans le livre, on montre tous les usages délétères pour nos objectifs climatiques liés à ces infrastructures. À commencer par la relance de l’industrie pétrogazière pour fournir de l’électricité très carbonée aux centres de données. Tout un arsenal de narratifs s’est développé pour faire accepter ces projets localement, comme celui de la création d’emplois. Or, pour faire tourner un centre de données, il faut très peu d’emplois, et cela ne dépend pas forcément de la taille de l’infrastructure. Au contraire, il y a tout un processus pour essayer d’automatiser le plus de choses et pour réduire au maximum le nombre de travailleurs sur place. L’IA nous est aussi présentée comme magique ou inarrêtable. Presque comme quelque chose de naturel auquel on ne pourrait pas échapper. Ces processus sont utilisés pour masquer la réalité physique de l’industrie, et pour déresponsabiliser les acteurs qui la font. Il y a aussi cette idée que l’IA est neutre, que ce n’est qu’un outil et qu’il s’agit seulement de bien ou de mal s’en servir. Cela fait reposer la faute sur les individus, alors que ces technologies sont développées avec une certaine vision du monde, qu’elles reproduisent. L’un des moteurs principaux est la quête absolue de profits. Mais plein de gens se sont aussi penchés sur les idéologies des géants de la tech et sur les objectifs qu’ils poursuivent, comme les journalistes Olivier Tesquet et Nastasia Hadjadji, dans leur livre Apocalypse nerds (2025, Éditions divergences). On pense notamment à Peter Thiel [milliardaire réactionnaire, cofondateur de Paypal et de Palantir, NDLR] qui, dès 2009, disait ne pas croire que démocratie et liberté étaient compatibles, et qui poursuit des idées fascistes. Ce n’est pas le seul. Beaucoup de mouvements de résistance émergent : des gens refusent d’utiliser l’IA, luttent contre la vidéosurveillance ou résistent à l’installation de centres de données. C’est le cas à Memphis contre Colossus, le plus gros datacenter d’Elon Musk, [accusé de polluer l’eau et l’air des quartiers noirs de la ville, NDLR], construit dans une ville qui subit déjà depuis des décennies d’autres types de pollutions industrielles. Plein de projets ont été arrêtés grâce à la lutte contre les datacenters aux États-Unis ; ça ouvre une brèche, une porte pour faire autre chose. Bien sûr, ça peut être écrasant. Il y a aussi une dynamique qui va dans la droite lignée de tout le backlash écologique que nous vivons. Mais il y a des de gens, à leur échelle, qui résistent. À chaque bataille gagnée, des citoyens sont protégés. C’est une brique de plus, un grain de sable supplémentaire, qui peut empêcher ces acteurs de décider de notre avenir collectif. Texte intégral (1823 mots)

Un campus géant dédié à l’intelligence artificielle devrait être construit d’ici 2028 à Fouju, au sud de Paris… Qu’est-ce que cela vous inspire ?

À l’échelle mondiale, quels sont les autres risques pour l’environnement ?
Vous parlez justement de «grand enfumage» pour désigner ces fausses promesses autour de l’IA…
Vous avez d’autres exemples de cet «enfumage» ?

Quels sont justement les intérêts des grandes entreprises de la tech qui promeuvent l’IA ?
On a parfois l’impression de faire face à un train inarrêtable lancé à toute vitesse… Comment s’y opposer ?
Médianes
Elle est à l’origine du «buzz du blaireau». Catherine Le Troquier a 69 ans, le parler franc, l’autorité d’une institutrice, et 86 âmes à administrer. Valaire, dont elle est la maire (sans étiquette), est un village du Loir-et-Cher, entouré de forêts et de champs. L’ancienne graphiste s’y est installée il y a seize ans : coup de foudre pour une maison du coin et son jardin «punk», squatté par les orchidées depuis qu’elle a cessé de tondre. Située à quelques kilomètres de Blois, la commune est devenue le point chaud de la bataille du blaireau. D’un côté, les chasseur·ses, autorisé·es à le traquer par déterrage – ou vénerie sous terre – à travers le pays du 15 septembre au 15 janvier. De l’autre, l’édile, leur farouche opposante depuis 2019. Cette année-là, la sexagénaire prête attention, pour la première fois, à un courrier de la préfecture déposé sur son bureau. Avant chaque été, celle-ci reconduit à partir du 15 mai la période dite «complémentaire» de la chasse au mustélidé, «par pure habitude, et pour faire plaisir à quelques-uns, que démolir des animaux à coups de pelle et de pince amuse», grince la maire de Vallaire. Au-dessus d’elle, dans la salle du conseil municipal, un petit buste de l’actrice et militante animaliste Brigitte Bardot, en Marianne coiffée d’une cocarde, toise les visiteur·ses. En 2019, donc, Catherine Le Troquier décide d’interdire cette pratique sur sa commune. «Le blaireau demeure une espèce victime de sa mauvaise réputation», écrit-elle à la préfecture du Loir-et-Cher, le 13 septembre. Quelques semaines plus tard, celle-ci lui demande de rétropédaler. Ce que l’édile refuse. S’engage alors un bras de fer judiciaire qui la conduira jusqu’à la cour d’appel de Versailles (Yvelines), où l’illégalité de son arrêté municipal est tranchée en juillet 2023. «Catherine Le Troquier a eu le mérite de mettre en lumière une pratique très controversée», salue le naturaliste Yann Lebecel, conseil scientifique de la maire et spécialiste du mammifère à la truffe rayée. Celle-ci consiste à coincer l’animal dans son terrier avec l’aide de chiens, puis à l’en extraire avec des pinces, pour enfin le tuer. Dans le Loir-et-Cher, 370 blaireaux ont été chassés, et 33 ont été tués en vénerie sous terre entre 2024 et 2025, selon la fédération départementale des chasseur·ses. Son président, Hubert-Louis Vuitton, qualifie «d’idéologique plus que factuel» le débat sur la période complémentaire porté par l’édile de Vallaire. Au 15 mai, les blaireautins dépendent encore de leur mère, qui se carapate avec eux dans son terrier au moindre danger. Nul doute, alors, qu’ils comptent parmi les blaireaux abattus chaque année. Le code de l’environnement stipule pourtant qu’il est «interdit de détruire […] les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée», sauf s’ils font partie des «espèces susceptibles d’occasionner des dégâts», ou «ESOD», dont la liste est définie par le ministère de la transition écologique. Or le blaireau n’est pas une ESOD, il est considéré comme un gibier, même s’il vole des céréales et installe parfois son terrier sous une route ou un champ, pouvant provoquer des effondrements. «Mais ses dégâts sont assez faibles par rapport à ceux du sanglier» – qui n’est pas non plus une ESOD –, estime Yann Lebecel. En Alsace, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a installé trois terriers artificiels expérimentaux sous une digue, un échangeur routier et une voie ferrée, afin de reloger l’obsédé creuseur de tunnels. La période complémentaire de la chasse est prise par arrêté dans chaque département, par le préfet, après avoir consulté la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS), qu’il préside. Cet arbitrage doit servir à réguler d’une année sur l’autre la présence d’une espèce : ici, le blaireau, dont la population n’est par ailleurs pas chiffrée. Étienne Verschueren représente Sologne nature environnement, l’une des deux associations écologistes qui siègent à la CDCFS du Loir-et-Cher. Isolé face à un aréopage «plutôt pro-chasse», il affirme qu’il est «très difficile de lutter contre ce rouleau compresseur» qui, jusqu’en 2024, «extrapolait le cheptel supposé de blaireaux», afin de «justifier» l’élargissement du calendrier de la chasse. Jusqu’en 2024 car, depuis, la période complémentaire de la chasse au blaireau par déterrage n’a pas été renouvelée dans le Loir-et-Cher. Ici, comme dans d’autres départements, des associations environnementales ont pris la relève de Catherine Le Troquier, attaqué les arrêtés préfectoraux, et obtenu leur suspension (comme dans l’Allier) ou leur annulation (comme dans l’Indre). Plusieurs villes, dont Blois, et la région Centre-Val de Loire, ont par ailleurs adopté des vœux pour que cesse le déterrage du discret fouisseur. «Mais on ne peut faire changer ces pratiques au niveau national que dans les urnes», pense Catherine Le Troquier, selon qui «le soutien à droite est moins évident». Dans le Loir-et-Cher, le déterrage du blaireau est donc toujours permis du 15 septembre au 15 mai, mais pas au-delà. «Il est acté que nous ne l’ouvrons plus», confirme Mathieu Frimat, chef du service Eau et biodiversité à la Direction départementale des territoires, qui gère le dossier de la chasse. En d’autres termes : la vénerie sous terre n’est plus étendue dans le département entre la mi-mai et la mi-septembre. Pour la remplacer, la préfecture a mis en place «un formulaire de demande d’intervention qui autorise le déterrage entre le 15 juin et le 15 septembre en cas de dégâts constatés», explique Mathieu Frimat, «pour pouvoir continuer à intervenir ponctuellement». Les chasseur·ses motivent aussi leur traque au blaireau par son rôle dans la propagation de la tuberculose bovine. Familièrement appelée «tube», cette bactérie sème la zizanie dans les étables et conduit à l’abattage des troupeaux contaminés. «Selon l’écosystème et la densité des populations, le blaireau peut y jouer un rôle mineur», confirme la professeure en immunologie Emmanuelle Gilot-Fromont, qui a présidé la rédaction d’un rapport sur la gestion de la tuberculose bovine et des blaireaux pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), en 2019. Dans le Sud-Ouest, où l’animal se plaît, les foyers de la «tube» sont effectivement plus importants. De son côté, Yann Lebecel prend en exemple le cas corse, où se manifestent «15 à 20% des cas de tuberculose du pays, sans que le moindre blaireau n’habite sur l’île», contrairement aux sangliers, cet autre hôte potentiel. À la question de savoir si la chasse au mustélidé permet effectivement de lutter contre la tuberculose bovine, Emmanuelle Gilot-Fromont répond : «Quand on élimine un grand nombre d’individus, les populations se réorganisent, se déplacent, ce qui peut parfois étendre la zone de contamination.» En Grande-Bretagne, où la guerre aux blaireaux fait rage, une autre tactique de lutte contre la tuberculose bovine est à l’essai : une campagne de vaccination des blaireaux. Retour dans le Loir-et-Cher, chez madame la maire. En mars dernier, les 60% de voix récoltées par sa liste «Valaire Vivante !» lui ont permis de rempiler pour un troisième mandat, entourée d’une équipe «jeune et dynamique», qui compte une conseillère en environnement, un vigneron, «tous concernés, de par leur travail, par les enjeux de biodiversité». Catherine Le Troquier regrette toutefois la «violence» et les «diffamations» de la liste adverse lors de la campagne : «Notre action dérange certains esprits, qui m’ont reproché de plus me préoccuper des insectes que des enfants, soupire-t-elle. Nombreux sont les maires qui n’osent pas agir par peur de se mettre la fédération de chasse à dos.» Elle, dit ne vouloir rien lâcher. Parler, écouter. Alors elle organisera bientôt une rencontre avec les habitant·es : «Parce que, sans dialogue, on n’arrivera à rien.» Texte intégral (1685 mots)

Un arrêté controversé
Un débat de dates

Le blaireau malade
Médianes
Pour voyager en Europe, c’est souvent plus facile de prendre l’avion : près de deux personnes sur trois renoncent à un voyage en train à cause de la complexité du processus de réservation, selon une enquête réalisée en 2025 par YouGov pour l’ONG Transport et Environment (T&E). Cela va peut-être changer. La Commission européenne a présenté, ce mercredi, son projet pour simplifier les trajets en train à travers l’Europe. L’idée : que les voyageur·ses puissent comparer et acheter leurs billets sur une seule plateforme de vente, plutôt que de devoir naviguer sur les sites de différentes compagnies, et qu’ils soient mieux pris en charge dans le cas où ils manqueraient une correspondance impliquant deux compagnies différentes. L’objectif est de rendre le train plus attractif que l’avion pour tenir les ambitions climatiques de l’Union européenne. Le rail ne représentait que 0,3% des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en Europe en 2022, contre près de 12% pour l’aviation civile, selon l’Agence européenne de l’environnement. «Le système ferroviaire européen a besoin de réservations simples, de correspondances fiables et de droits clairs pour les passagers, appuie Vivien Costanzo, une eurodéputée allemande sociale-démocrate (S&D). Ce n’est qu’à ces conditions que le train deviendra une véritable alternative» à l’avion court-courrier. Pour rappel : un Paris-Barcelone en train émet 80 fois moins de dioxyde de carbone (CO2) que ce même trajet en avion, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Alors quel est le plan ? L’Europe veut contraindre les plateformes intégrées à des opérateurs ferroviaires dominants sur un marché national (SNCF Connect en France) à vendre les billets de leurs concurrents sur leurs propres sites internet et à partager leurs données avec les plateformes de réservation tierces (Trainline ou Kombo par exemple). Concrètement, cela veut dire que la SNCF devra afficher sur son site le Paris-Lyon ou le Paris-Milan opérés par Trenitalia ou encore le Paris-Bordeaux bientôt proposé par Velvet. Et que ses billets seront aussi disponibles sur d’autres plateformes de réservation, si celles-ci en font la demande. De quoi permettre d’aller «de Berlin à Barcelone en train» avec «un seul billet» et de parer les risques «si vous manquez une correspondance», a déclaré sa présidente, Ursula von der Leyen, sur les réseaux sociaux. En effet, en cas de rupture de correspondance, la Commission veut faciliter l’indemnisation ou permettre plus de flexibilité pour monter dans le train suivant. Sa proposition, qui provoque déjà l’opposition des lobbies du rail et des compagnies nationales, doit encore être soumise aux États et au Parlement européen. Elle permettrait une hausse de 5% du nombre de passagers en train, affirme l’exécutif européen. «Avec cette proposition, les passagers européens seraient garantis d’arriver à destination sans frais supplémentaires en cas de rupture de correspondance, et c’est un grand pas en avant», se réjouit Alexis Chailloux, responsable transports au Réseau Action Climat (RAC). Dans un rapport publié le 21 avril, le groupement d’ONG écologistes avait déjà appelé à ouvrir la plateforme dominante en France, SNCF Connect, aux liaisons proposées par des opérateurs étrangers. Le RAC regrette toutefois le fait que l’obligation ne porte que sur les voyages réalisés dans l’État en question et au départ/à l’arrivée de ce pays. «Concrètement, SNCF Connect sera bien obligée de vendre les billets de Trenitalia sur un Paris-Milan, mais pas un Paris-Rome via Milan car le tronçon Milan-Rome se situe en dehors du territoire national», note l’association. «Cela signifie que la majorité des alternatives ferroviaires à l’avion, qui nécessitent une correspondance (ex : Paris-Rome, Paris-Madrid ou Paris-Venise), ne seront toujours pas distribuées sur la plateforme dominante en France», regrette-t-il. Sans doute l’occasion pour les consommateurs de visiter d’autres plateformes de réservations indépendantes. «Il est temps d’aider jusqu’au bout les passagers qui voudraient choisir le train», insiste en tout cas celui qui rappelle que la liaison aérienne Paris-Madrid a transporté 5 millions de voyageur·ses en 2024. Texte intégral (927 mots)

Les correspondances à l’étranger ne seront pas vendues par la SNCF
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