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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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24.10.2026 à 07:00

«Ce que j’ai vécu, ce n’est pas normal» : les effets des gaz lacrymogènes sur la santé des femmes largement ignorés

Zoé Moreau

Texte intégral (1716 mots)
Le 17 octobre, la France a été secouée par une journée de mobilisations pour le pouvoir d’achat et la justice sociale. © Pat Batard/AFP

«En trente-deux ans de cycles menstruels, je n’ai jamais eu une telle hémorragie» ; «J’ai des douleurs à l’utérus en dehors de mes règles et ça ne m’est jamais arrivé» ; «Je suis au fond de mon lit parce que j’ai trop mal au ventre depuis samedi.» Depuis quelques jours, des témoignages de femmes souffrant de douleurs intenses de règles et de saignements inexpliqués en dehors de leur période de menstruation se multiplient sur les réseaux sociaux. Ces femmes ont un point commun : toutes ont été exposées à des gaz lacrymogènes le 17 octobre, journée de mobilisation pour le pouvoir d’achat et la justice sociale.

Simple coïncidence ou lien de cause à effet ? Pour le collectif composé de scientifiques et de militant·es Lacrymos de sang, cela ne fait pas de doute. «Il y a urgence à sécuriser les populations, réagit sa fondatrice Eva-Luna Tholance auprès de Vert. Le gaz lacrymogène provoque des effets immédiats réels sur la santé des femmes.»

Le 8 octobre, le collectif a largement diffusé un questionnaire sur ses réseaux pour recenser les cas de femmes présentant des effets gynécologiques indésirables susceptibles d’être en lien avec une exposition aux gaz lacrymogènes pendant les mobilisations. Ce vendredi 23 octobre, plus de 5000 femmes y avaient répondu, décrivant contractions utérines, saignements inexpliqués, douleurs ovariennes et utérines, voire même des arrêts naturels de grossesse.

Parmi elles, Emma*, qui a manifesté à Clermont-Ferrand samedi, témoigne auprès de Vert : «Je ne peux pas affirmer que mes symptômes sont liés au gaz que j’ai respiré, mais ce que j’ai vécu, ce n’est pas normal. Cela faisait déjà une semaine que mes règles étaient terminées et, le lendemain de la manifestation, j’ai eu des douleurs de règles qui m’ont couchée. J’ai dû rester allongée quatre jours tellement je souffrais. C’était la première fois de ma vie que j’étais exposée au gaz lacrymogène.»

«Il y a urgence à sécuriser les populations»

Son témoignage résonne avec celui de Maliga, 27 ans, qui s’est mobilisée à Paris : «Le 17 octobre, j’ai manifesté près de la gare du Nord vers 14 heures, dans une zone qui avait été massivement gazée dès 11 heures du matin. Dans la nuit de samedi, j’ai été réveillée par des douleurs utérines comme je n’en ai jamais eues. Je suis atteinte d’endométriose, diagnostiquée il y a sept ans, et je prends la pilule en continu précisément pour ne pas avoir mes règles et éviter les douleurs. Cela va bientôt faire cinq jours que j’ai été exposée. Les douleurs sont toujours là.»

Avant de fonder le collectif Lacrymos de Sang, Eva-Luna Tholance a exercé en tant que journaliste. Pour Streetpress, en 2020, elle avait recueilli plusieurs dizaines de témoignages similaires de femmes exposées lors du mouvement des gilets jaunes. Six ans plus tard, les potentiels effets de ces substances sur le système hormonal et la fertilité restent largement méconnus, tandis que les gaz lacrymogènes continuent d’occuper une place centrale dans l’arsenal des forces de l’ordre. «Il y a urgence à faire des recherches poussées sur les effets perturbateurs endocriniens du gaz lacrymogène, plaide-t-elle. Car on n’a toujours aucune idée des effets à moyen terme sur la santé et la fertilité.»

L’une des seules études sur le sujet remonte à août 2023. Menée aux États-Unis après les manifestations du mouvement Black Lives Matter, elle reposait sur un questionnaire rempli par 1 276 personnes «possédant un utérus» et exposées à des agents chimiques utilisés par la police. Résultat, 83% d’entre elles avaient déclaré des troubles menstruels ou reproductifs, notamment des crampes utérines (69%) et des saignements menstruels précoces (55%). Les troubles étaient d’autant plus fréquents que l’exposition avait duré longtemps.

Les chercheur·es avaient conclu à l’existence d’un «lien évident entre l’exposition aux agents chimiques utilisés par la police et les effets néfastes signalés sur la santé reproductive». Mais l’étude pose plusieurs problèmes. Les participantes avaient été recrutées via un appel à témoignages, ce qui a pu favoriser la participation des personnes les plus touchées. Il n’y avait pas de panel de personnes témoins. Et enfin les scientifiques n’avaient pas pu distinguer complètement les effets des différents produits chimiques entre eux.

D’autres travaux et articles de presse plus anciens suggèrent eux aussi un lien potentiel entre l’exposition aux gaz lacrymogènes et une hausse des arrêts naturels de grossesse, notamment au Bahreïn en 2012, en Palestine dans les années 1990 et au Chili en 2011. Mais aucune recherche robuste, qui comparerait des populations exposées à des groupes témoins n’a été conduite. Et pour cause : «Dans les zones de conflit intense, l’utilisation réactive et incontrôlée de ces agents rend difficile la conduite d’études épidémiologiques méthodiques et l’établissement de conclusions solides», soulignaient les chercheur·es de l’étude américaine en 2023.

Mais que fait le gouvernement français ?

À l’époque de la publication de son enquête, en 2020, Eva-Luna Tholance avait interpelé le ministère de l’intérieur français sur ce manque de connaissance. «Je voulais savoir comment on pouvait continuer à utiliser un produit dont on ignore les effets sur les populations à risque, à savoir les femmes, les enfants, les personnes asthmatiques. Je n’ai jamais eu de réponse et on n’en sait pas plus aujourd’hui», déplore-t-elle auprès de Vert.

Contactée par Vert, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a confirmé que «malheureusement, nous n’avons pas de travaux d’expertise sur les gaz lacrymogènes». Le manque de données ne concerne pas uniquement la santé reproductive. «Personne ne se penche sur les effets sanitaires du gaz lacrymogène. C’est un problème international», abonde le biologiste et spécialiste français de la substance, Alexander Samuel.

Vert l’a constaté en examinant la littérature consacrée au gaz CS, ou o-chlorobenzylidène malononitrile, la substance active utilisée dans les grenades lacrymogènes en France. Sur les effets globaux de la molécule – oculaires, respiratoires et cutanés notamment –, les deux dernières méta-analyses (qui compilent les études existantes) remontent respectivement à 2015 et 2000. Et elles n’intègrent pas, par exemple, cette étude turque de 2014 qui démontre qu’être exposé·e régulièrement à un panache de gaz lacrymogène peut affaiblir durablement le système respiratoire.

Poison mortel connu des romans d’Agatha Christie

D’autres effets graves liés au gaz mériteraient d’être expertisés, en France comme à l’international, notamment quant au risque d’intoxication au cyanure. Il a été mis en évidence en 2020 par Alexander Samuel. Sur la base de prélèvements sanguins réalisés en manifestation lors du mouvement des gilets jaunes, le chercheur avait découvert que le gaz lacrymogène se métabolisait en ce poison mortel bien connu des romans d’Agatha Christie, et à des niveaux susceptibles d’être toxiques pour l’humain (son étude, qui n’a toutefois pas été validé par les pairs selon une procédure classique).

La méthodologie de cette sorte de «pré-étude» exploratoire, ainsi que ses conclusions, avaient été validées à l’époque par le toxicologue et ancien chercheur au CNRS André Picot. Mais ni le gouvernement, ni l’Anses (qui pourrait s’auto-saisir) n’ont, sur ce sujet non plus, engagé d’étude sérieuse. Pire, le biologiste a été poursuivi par l’État français pour «violation du Code de santé publique» suite à ces travaux, avant de finalement gagner son procès.

Interrogés au sujet du manque de preuve sur l’innocuité du gaz lacrymogène, les ministères de la santé et de l’intérieur n’ont, pour l’heure, pas répondu à Vert. Ils n’ont pas non plus indiqué si des études relatives aux effets endocriniens et de métabolisation du gaz en cyanure étaient en cours ou prévues.

*Le prénom a été modifié.

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23.10.2026 à 16:02

Cadavres d’oiseaux, pelleteuse et milliardaire : Olivier Bouygues condamné à deux ans de prison avec sursis

Louise Deshautels

Texte intégral (677 mots)
Selon le régisseur du domaine, Olivier Bouygues souhaitait garder confidentiel le système de prime accordé aux chasseurs. © Alain Jocard/AFP

Olivier Bouygues a été condamné ce vendredi à deux ans de prison avec sursis pour la destruction d’espèces d’oiseaux protégées sur son domaine de chasse de La Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Le tribunal correctionnel d’Orléans a reconnu la culpabilité du milliardaire français, qui a également écopé d’une amende de 750 000 euros, le maximum encouru pour une telle infraction. Enfin, son permis de chasse lui est retiré pour trois ans.

Olivier Bouygues était jugé pour «atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’une espèce animale protégée ou à son habitat» et «destruction, transport et détention illicites d’une espèce animale non domestique». Lors de l’audience du 8 septembre dernier, le tribunal correctionnel d’Orléans avait requis cinq ans de prison avec sursis contre Olivier Bouygues. Décrivant des méthodes «barbares», la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, avait également demandé une interdiction d’exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans.

Cinq employés du milliardaire, le régisseur de sa propriété et quatre gardes forestiers, étaient jugés à ses côtés. Ils ont aussi été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis. Là encore, des amendes de 3 000 à 10 000 euros ont été prononcées.

Tuerie d’oiseaux protégés

Tout au long de son procès, le propriétaire a nié toute responsabilité, affirmant à la barre avoir «d’autre chats à fouetter que de gérer au quotidien» les affaires de sa propriété. Les cinq autres prévenus ont reconnu les faits.

L’affaire avait été ébruitée par l’intermédiaire d’une source anonyme, qui assurait avoir vu des cadavres d’espèces protégées sur la propriété du fils de François Bouygues, le fondateur du groupe de BTP, de télécoms et de médias du même nom.

Par la suite, des perquisitions avaient été menées et avaient permis de découvrir de nombreux cadavres d’animaux tels que des chats… mais aussi des oiseaux : buses, grands cormorans, grandes aigrettes et faucons crécerelles. Tous protégés par une interdiction de chasse.

Du matériel de chasse prohibé et une pelleteuse, utilisée pour enterrer des animaux, avaient également été retrouvés sur la propriété. De même que des documents listant les espèces protégées comme «nuisibles» à éliminer. Il était aussi question d’un «système de prime» pour ceux qui parviendraient à éliminer les oiseaux ciblés, une preuve qu’Olivier Bouygues souhaitait garder confidentielle, selon le régisseur du domaine.

Une quinzaine d’associations de protection de l’environnement s’étaient constituées parties civiles. Parmi elles, One Voice, qui a salué ce vendredi la décision du tribunal correctionnel. «Pendant des années, des oiseaux ont été piégés, tués et enfouis sous la chaux parce qu’ils gênaient un loisir. Aujourd’hui, la justice dit que ni la fortune ni les grillages ne placent personne au-dessus des lois. Les enclos de chasse ne peuvent plus rester des zones de non-droit», a réagi Muriel Arnal, présidente de l’association. La Fédération départementale des chasseurs du Loiret avait évoqué de son côté un «préjudice d’image» pour la chasse.

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23.10.2026 à 11:10

«Un signal d’alarme» : 96% des écosystèmes des récifs coralliens sont en «danger d’extinction»

Louise Deshautels

Texte intégral (1044 mots)
Entre 2024 et 2025, 84% des récifs coralliens ont été victimes de blanchissement. Ici au sud-ouest de la Papouasie, dans l’archipel de Raja Ampat. © Auriga Nusantara/AFP

La quasi-totalité des écosystèmes coralliens pourraient s’effondrer d’ici à 2075. Selon une évaluation mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publiée jeudi, 96% sont désormais «en danger critique». La catégorie la plus élevée avant l’«extinction» sur la liste rouge de l’UICN, l’inventaire mondial de l’état de conservation des espèces végétales et animales.

L’analyse internationale, la première de ce type, porte sur l’ensemble des récifs situés dans les eaux chaudes et peu profondes. Parmi eux, les plus vastes et les plus riches en biodiversité de la planète, tels que la Grande Barrière de corail en Australie ou encore le triangle de corail dans l’océan Pacifique occidental. Parallèlement, l’UICN a récemment réévalué le statut de 892 espèces de coraux et a constaté que 44% d’entre elles sont menacées d’extinction.

Avant la mortalité, le blanchissement

La menace principale à laquelle doivent faire face ces organismes est le changement climatique. À mesure que les températures en surface augmentent, les océans du globe se réchauffent et provoquent des vagues de chaleur marines. L’institution rappelle que le scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui prévoit un réchauffement atmosphérique de 2,7 degrés Celsius (°C) d’ici 2100, «se traduira par un réchauffement continu des températures de surface des océans».

Or lorsque la température de l’eau devient trop chaude, les coraux expulsent les microalgues qui vivent à l’intérieur de leurs tissus, ce qui provoque leur blanchissement. Ces mêmes algues fournissent jusqu’à 90% de l’énergie des coraux. Ainsi, ils deviennent plus fragiles et peuvent mourir. Les écosystèmes de récifs coralliens s’effondrent dès que les coraux durs – ceux qui constituent la base vivante et en croissance – disparaissent pour laisser place à des algues, des débris et des éponges.

Les poissons-perroquets se nourrissent des algues concurrentes des coraux. © Wikimedia

D’autres pressions, directement liées aux activités humaines, dégradent les coraux. En particulier celles qui endommagent la qualité des eaux côtières, où ils sont implantés. Plusieurs effets se cumulent : le rejet d’eaux usées, les pollutions agricoles ou l’urbanisation des côtes. Enfin, la surexploitation de certains poissons dans plusieurs régions – Asie de l’Est, Caraïbes et Brésil – affaiblit les coraux. Par exemple : les poissons-perroquets, herbivores, permettent de réguler la proportion d’algues concurrentes des coraux.

Un refuge pour 25% des espèces marines

Les coraux sont pourtant essentiels à la santé des écosystèmes marins. «On dit souvent que les récifs coralliens sont les nurseries des océans, là où de nombreuses espèces donnent naissance, vivent ou viennent se réfugier», explique à Vert Florian Kirchner, responsable du programme Espèces du comité français de l’UICN. À l’échelle de la planète, 25% des espèces marines en profitent. L’effondrement des récifs engendre l’incapacité des fonds marins à régénérer les populations piscicoles.

«Le déclin [des coraux] prive d’innombrables espèces de la nourriture, des abris et des frayères [les lieux où se reproduisent les organismes marins, NDLR] dont elles dépendent, tout en menaçant la sécurité et les moyens d’existence des communautés côtières, et en compromettant des secteurs économiques clés tels que la pêche, l’aquaculture et le tourisme», expose Grethel Aguilar, directrice générale de l’UICN.

Plus largement, les coraux contribuent à fixer l’azote et le carbone au fond des océans et réduisent l’énergie des vagues, protégeant les côtes des tempêtes.

Un signal d’alarme plutôt qu’une source de désespoir

L’étude tient tout de même à rappeler qu’«il n’est pas trop tard pour donner aux récifs coralliens une chance de se rétablir». L’UICN encourage la mise en place d’actions décisives pour «lutter contre les changements climatiques et enrayer le réchauffement des océans». Parmi elles, la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2).

Pour Florian Kirchner, «chaque dixième de degré compte». À chaque nouvelle hausse de température, de nouvelles espèces sont affectées. S’il est évident, selon le chercheur, que des récifs vont disparaitre, «tout ce qu’on fait aujourd’hui aura des bénéfices et permettra de limiter les pertes, de préserver la diversité biologique et les fonctions que les coraux nous rendent».

En plus de ces objectifs mondiaux, des actions plus locales peuvent être mises en place, telles que la création d’aires marines strictement protégées, la lutte contre les pollutions terrestres et la réduction de la surpêche.

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23.10.2026 à 06:00

Élection présidentielle au Brésil : Flávio Bolsonaro, un climatosceptique aux portes du pouvoir

Anaïs Richard

Texte intégral (1774 mots)
São Paulo, le 18 octobre 2026. Flávio Bolsonaro lors d’un débat avec Lula dans l’entre-deux-tours. © Tuane Fernandes/NurPhoto

Tel père, tel fils. Lors du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 4 octobre, le sénateur Flávio Bolsonaro a créé la surprise en arrivant en tête avec 47,03% des voix. Il a devancé le président de gauche sortant, Lula da Silva (45,16%). Dimanche, ils se feront face dans un duel final qui promet d’être disputé.

Depuis le début de sa campagne, Flávio marche dans les pas de son père, Jair Bolsonaro, ancien président d’extrême droite condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État, et inéligible.

Dans son programme, point de mention du changement climatique. Dans une interview à la chaîne Globo le 28 août, il privilégie la formulation «événements climatiques extrêmes». «Il y a des périodes cycliques où il fait plus chaud, des périodes où il fait plus froid. Et je ne pense pas que cela soit directement lié uniquement à l’influence de l’être humain», développe-t-il.

Monétiser la nature

De son enfance passée à écumer les plages de Barra da Tijuca, la banlieue chic de Rio de Janeiro, Flávio Bolsonaro a conservé un goût pour le surf. Ces vagues, où il a construit ses souvenirs de jeunesse, il ne les conçoit pas comme une ressource à protéger, mais plutôt… «comme un actif financier exploitable à des fins touristiques», d’après Cristiana Losekann, coordinatrice du Laboratoire de recherche en politique environnementale et justice de l’université fédérale d’Espírito Santo.

Élu à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro à seulement 21 ans, Flávio Bolsonaro y enchaîne quatre mandats consécutifs. En 2018, il profite de la percée de l’extrême droite qui propulse son père à la présidence et obtient un siège au Sénat. Quatre ans plus tard, il devient rapporteur de la controversée «PEC das Praias», un texte prévoyant de transférer certains terrains du littoral appartenant à l’État fédéral à des collectivités ou à des particuliers.

Jair Bolsonaro (au centre) aux côtés de son fils Flávio (à sa gauche), en mars 2025, à Brasilia (Brésil). © Roque de Sá/Agência Senado

En août 2026, en campagne à Angra dos Reis, à quelques heures de Rio de Janeiro, Bolsonaro fils défend la relance de la centrale nucléaire locale et l’accélération des autorisations environnementales pour de grands projets immobiliers. Son rêve le plus fou ? Faire de ce petit paradis naturel «un nouveau Cancún».

Data centers et fracturation hydraulique

Le candidat climatosceptique souhaite permettre aux Brésilien·nes de s’enrichir… sur le dos de la planète. «Il présente l’installation de data centers et la vente de terres rares – notamment à l’Amérique de Trump – comme une source d’emploi», analyse Sofia Vizcarra Castillo, coordinatrice du Laboratoire d’études politiques sur l’action climatique de l’université fédérale du Rio Grande do Sul.

En parallèle, Flávio Bolsonaro soutient la fracturation hydraulique pour extraire du gaz de schiste, malgré les risques de contamination des eaux. Dans son projet, «il considère que les règles environnementales sont un frein à l’activité économique et aux investissements, une vision partagée par de nombreux dirigeants d’extrême droite en Amérique latine», détaille la chercheuse.

En août dernier, pendant un déplacement de campagne, le candidat promet de «mettre fin à ces entraves», y compris pour les peuples autochtones. «Ils ne veulent plus être des animaux de zoo que les touristes paient pour les regarder danser et faire du feu avec du bois», lâche-t-il lors d’une interview au podcast Market Makers.

Les autochtones en danger

En avril, le sénateur avait promis qu’aucun territoire autochtone ne serait reconnu et homologué en cas d’accession au pouvoir, s’inscrivant dans la continuité de la politique menée par son père entre 2019 et 2022. «Les invasions illégales de nos terres avaient alors augmenté et le territoire yanomami était devenu le symbole d’une tragédie humanitaire», se remémore Sônia Guajajara.

Selon une enquête du journal Folha de S.Paulo, 286 procédures de reconnaissance de territoires autochtones actuellement en cours pourraient être bloquées en cas de retour du bolsonarisme au sommet de l’État. «Cela signifierait un retour à un scénario de violence, de destruction et de violations massives des droits humains et environnementaux», met en garde Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB).

Une des seules mesures dédiées au climat dans le programme de Flávio Bolsonaro est la fin de la déforestation d’ici 2029… mais seulement si elle est illégale. Il instrumentalise l’Amazonie pour mettre en avant l’un des principaux axes de sa campagne : combattre la criminalité.

Ordre et progrès ?

Depuis 2002, Flávio Bolsonaro bâtit sa carrière sur les questions de sécurité publique. Pour lui, l’État doit être garant de l’ordre, y compris environnemental. «Distinguer le déboisement illégal et celui du petit producteur lui permet d’adopter un discours sécuritaire fort et un discours populiste qui plaît à ses potentiels électeurs», décrypte la politiste Sofia Vizcarra Castillo.

Pour lutter contre les crimes environnementaux, il prétend miser sur la surveillance par satellites et l’intelligence artificielle. «Tout ce qu’il a voté jusqu’à présent va dans le sens d’une augmentation de la déforestation», nuance Márcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat brésilien.

Flávio Bolsonaro compte aussi remanier plusieurs instances environnementales : l’Ibama, chargée des contrôles, la Funai, responsable des politiques autochtones, et l’ICMBio, qui gère les unités de conservation. Leurs budgets avaient déjà fondu sous Jair Bolsonaro. «La déforestation avait alors augmenté de plus de 60% en Amazonie», rappelle Márcio Astrini.

L’aîné de la fratrie Bolsonaro, surnommé «01» par son père, fait de son héritage familial son premier argument électoral : «J’ai l’air plus pacifique et modéré, mais ici coule le sang Bolsonaro», s’exclame-t-il en se frappant le torse le 25 juillet, lors de l’officialisation de sa candidature, à São Paulo.

C’est depuis sa détention à domicile que Jair Bolsonaro l’a choisi comme dauphin. «01» est le fils qui dispose de la plus longue expérience politique. C’est aussi celui qui traîne le plus de casseroles. Il est impliqué dans plusieurs scandales financiers et fait l’objet d’enquêtes pour des soupçons de corruption, de blanchiment d’argent et de trafic d’influence. Il est également critiqué pour ses liens supposés avec les milices, ces groupes criminels composés d’anciens policiers qui contrôlent des pans entiers de Rio de Janeiro.

Affaires de famille

En cas de victoire, Flávio Bolsonaro a promis d’amnistier son père, o mito, «le mythe», comme l’appellent ses partisan·es. «Le retour de cette famille au pouvoir représente un risque très important, à la fois pour la nature et pour la démocratie», s’alarme Márcio Astrini.

Lors des élections parlementaires d’octobre 2026, quatre membres du clan Bolsonaro ont été élu·es : Michelle, belle-mère de Flávio, et son frère cadet Carlos ont fait leur entrée au Sénat, tandis que Renan, le plus jeune des fils Bolsonaro, a obtenu un siège à la Chambre des députés, aux côtés de son oncle Renato. Ces dernier·es ont été adoubé·es par le Parti libéral (PL), qui a renforcé sa position de première force politique du Parlement.

«Le bolsonarisme n’a pas disparu avec la défaite de 2022. Son idéologie reste profondément enracinée dans une partie du Congrès et de la société», déplore Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’APIB. L’Observatoire du climat brésilien classe le PL comme le parti présentant le bilan environnemental le plus faible parmi les grandes formations étudiées.

Après le premier tour, le nombre d’incendies détectés par satellite en Amazonie légale – région administrative composée de neuf États brésiliens – a presque doublé, passant de 1 854 à 3 695 en une semaine. Une flambée soudaine qui fait craindre aux communautés autochtones que les soutiens du bolsonarisme, galvanisés par la perspective d’un retour de l’extrême droite au pouvoir, se sentent autorisés à envahir leurs territoires et à y mettre le feu.

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