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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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13.07.2026 à 16:08

La forêt de Fontainebleau sous les flammes : «Le plus grand incendie de son histoire moderne»

Lilou Hiver

Texte intégral (1003 mots)
Au moins 800 hectares de la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) ont été dévastés dans un incendie en cours depuis dimanche. © Franck Desprez/AFP

Aucune région n’est à l’abri des incendies. Après une semaine de feux virulents dans le sud-ouest de l’Hexagone, c’est au tour de la moitié nord d’être touchée. Dimanche après-midi, un incendie «d’une ampleur exceptionnelle» s’est déclenché dans l’emblématique forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), classée «réserve de biosphère».

Au moins 800 hectares, soit près de 5% du site, ont déjà été dévastés, selon les chiffres disponibles ce lundi après-midi. Cela pourrait augmenter à cause de la végétation constituée de fougères et de résineux, particulièrement inflammable, selon un responsable du service départemental d’incendie et de secours (Sdis) du département.

Il s’agit du plus grand incendie «de l’histoire moderne de cette forêt», a déploré l’agroclimatologue Serge Zaka sur Linkedin. Face au caractère inédit du feu, plus de 500 pompier·es sont mobilisé·es ce lundi. Elles et ils s’attendent à être engagé·es durant «une ou deux semaines» et recevront des renforts de toute la France. Pour la première fois en région parisienne, deux Canadairs ont également été réquisitionnés. Deux hélicoptères bombardiers d’eau et un avion d’observation sont aussi sur place. Sur X, Emmanuel Macron a assuré que «tous les moyens sont mobilisés».

Environ 900 personnes évacuées

Selon le Sdis 77«le sinistre s’est propagé» sur les communes d’Achères-la-Forêt, Arbonne-la-Forêt, Le Vaudoué et Noisy-sur-École. Ces villes englobent une partie de la forêt des Trois Pignons, à l’ouest du massif, fermée au public depuis un arrêté préfectoral du 7 juillet, et ce jusqu’à mercredi, pour cause de vigilance rouge canicule. Près de 400 hectares ont été parcourus avant que le feu ne soit maîtrisé dans ce secteur. «On va pleurer notre forêt», a soupiré le premier adjoint au maire du Vaudoué, Didier Buguinet, qui n’a «jamais vu ça».

Lors d’un déplacement à Noisy-sur-École ce lundi matin, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé qu’environ 900 personnes avaient été évacuées, essentiellement des personnes vivant en lisière de la forêt. Aucune habitation n’a cependant été touchée et aucun blessé n’est à déplorer. Le ministre a précisé avoir «bon espoir» que le feu à Fontainebleau soit «fixé dans la journée».

Le sinistre a entraîné l’interruption de la circulation sur une portion de l’autoroute A6, toujours fermée ce lundi après-midi. L’A5, plus à l’est, a également été fermée dimanche en raison d’un feu de chaume, sur la commune du Châtelet-en-Brie (Seine-et-Marne). Ce dernier, déclaré dimanche à 15 heures et éteint à 18h50, selon SNCF Réseau, a provoqué de très fortes perturbations ferroviaires. «L’incendie a causé des dégâts importants sur des câbles de signalisation ferroviaire situés le long des voies», a précisé le groupe. Quelque 130 trains ont connu des retards allant jusqu’à six heures ou ont vu leur parcours rallongé d’en moyenne 1h30, dimanche soir.

Un feu d’origine volontaire ?

Pour l’heure, la cause de l’incendie est encore inconnue, mais une «dizaine de points de départ de feu» ont été relevés dans un périmètre de 1 000 mètres, ce qui laisse supposer «une origine volontaire», a encore indiqué le ministre de l’intérieur. La procureure de la République de Fontainebleau a été saisie.

Les autorités ont prévenu que les responsables de tels sinistres, volontairement ou par imprudence, feraient l’objet de poursuites pénales. Elles ne laisseront «rien passer», a martelé Laurent Nuñez, qui a ajouté que 44 personnes avaient été placées en garde à vue pour cette raison depuis le début de l’été.

Dans l’Hexagone, 32 000 hectares ont déjà été dévastés par le feu en 2026, soit plus que durant «toute la saison 2025 des incendies», a relevé le ministre de l’intérieur. Les fortes chaleurs qui étouffent une bonne partie du pays depuis plusieurs jours, causées par le changement climatique, accroissent considérablement le risque de départs de feux, attisés par la sécheresse des sols. Des incendies se sont ainsi déclenchés un peu partout sur le territoire, comme au cap Fréhel (Côtes-d’Armor), dans le Lot-et-Garonne ou encore sur une large partie du Maine-et-Loire.

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13.07.2026 à 11:18

«Le projet le plus fou des grands aménagements inutiles» : dans le Pas-de-Calais, la lutte contre le canal Seine-Nord s’intensifie

Mathilde Picard

Texte intégral (1990 mots)
Selon les organisateur·ices, plus de 3 500 personnes étaient réunies à Oisy-le-Verger (Pas-de-Calais), samedi. © Mathilde Picard/Vert

Au-dessus des champs de blé moissonnés, la chaleur forme des vagues de brume. Un peu plus loin, les eaux du canal de la Sensée scintillent sous le soleil de ce samedi midi et croisent celles du vieux canal nord. Une longue file de voitures traverse ce dernier et se dirige vers Oisy-le-Verger (Pas-de-Calais). C’est ici que l’on doit construire l’une des grandes écluses du futur canal Seine-Nord Europe, l’un des plus gros chantiers européens en cours. Quelques milliers de manifestant·es ont bravé la canicule pour protester contre ce projet de voie navigable flambant neuve et ses infrastructures (ponts, écluses, plateformes logistiques), qui doivent sortir de terre d’ici 2032.

Carte du tracé du futur canal, dont une grande partie n’existe pas encore et doit être creusée. © Société du canal Seine-Nord Europe

Rapidement, la ville se remplit de militant·es venu·es des quatre coins de la France : 3 500 personnes, selon les organisateur·ices (2 000, selon la préfecture). Sur leurs pancartes : «Méga-canal, méga-scandale», «40°C degrés dehors, on creuse encore ?», «Personne peut nous méga-canaliser» ou encore «Le méga-canal tombe à l’eau». Une coalition d’associations, collectifs et syndicats, dont les Soulèvements de la Terre, Méga canal non merci, Extinction rebellion et la Confédération paysanne, avait appelé au rassemblement après les précédents raouts de mars et octobre dernier.

«Un projet pharaonique»

La voie navigable au centre de la contestation – 107 kilomètres de long pour 57 de large – doit relier la Seine aux grands ports du nord de l’Europe, comme Anvers (Belgique) ou Rotterdam (Pays-Bas). Piloté par la Société du canal, le projet est soutenu par la région Hauts-de-France et la Commission européenne. Le but : accroître le transport fluvial de marchandises en améliorant la connexion entre la France, la Belgique et les Pays-Bas. La future route traversera certaines parties du canal nord existant, mais nécessitera aussi de creuser un tout autre passage en parallèle.

Parapluies et couvre-chefs en tout genre, les manifestant·es se sont protégé·es de la canicule autant que possible. © Mathilde Picard/Vert

«C’est un projet pharaonique en termes de destruction de biodiversité, déplore Claire Aubois, porte-parole des Naturalistes des terres et des Soulèvements de la Seine, une coalition de lutte à l’échelle locale. 300 espèces protégées sont menacées par le chantier.» Des compensations écologiques ont été mises en place par la Société du canal, mais ces mesures sont jugées illusoires par les contestataires. Pour les manifestant·es, rénover et utiliser davantage le canal existant permettrait d’éviter des travaux colossaux.

Titanesque, l’infrastructure l’est aussi au regard de son coût : initialement estimé à 5 milliards d’euros, rehaussé à 7,3 milliards, il pourrait grimper jusqu’à 10 milliards, selon la Cour des comptes. Dans son rapport d’avril dernier, elle étrille «un problème majeur de financement, les difficultés rencontrées par la Société du canal dans sa mission de maîtrise d’ouvrage, ainsi que les impacts environnementaux du projet».

Vincent Chombart, membre de la Confédération paysanne, syndicat agricole proche de la gauche, a bien une idée d’alternative : «Avec 10 milliards, on pourrait investir dans la filière bio des Hauts-de-France, au lieu d’artificialiser des milliers de terres agricoles. Ça permettrait de produire local.» Installé dans un village en périphérie du tracé, il a été exproprié de 20 hectares pour les besoins du chantier. «C’est un tiers de mon terrain ; maintenant ma ferme n’est plus considérée comme viable : je ne pourrais pas la transmettre à un jeune qui voudrait me remplacer», s’agace-t-il.

Ce samedi, les tracteurs rouges mènent le cortège, suivis par la foulée colorée des manifestant·es. Nombre de personnes sont muni·es d’ombrelles et de parapluies, canicule oblige. L’ambiance est familiale : la déambulation avance au rythme des distributions d’eau et de crème solaire.

Dans la foule, on retrouve des membres du collectif des Deux-Sèvres, qui se bat depuis des années contre les gigantesques retenues d’eau destinées à l’irrigation – ces «mégabassines». Dans le Pas-de-Calais, elles et ils ont amené leur bateau, emblématique de la lutte pour un plus juste partage de l’eau.

«C’est une lutte sœur, précise Julien Le Guet, porte-parole du mouvement Bassines non merci (BNM), qui est venu en simple manifestant. Le projet prévoit la construction d’une mégabassine qui ferait 22 fois la taille de celle de Sainte-Soline afin d’alimenter le canal.» Celui-ci aura besoin de 21 millions de mètres cubes d’eau pour faire circuler les bateaux. Un volume prélevé dans l’Oise ou, en cas de sécheresse, dans cette énorme réserve. «C’est pire qu’une maladaptation, ce canal : il a la palme du projet le plus fou des grands aménagements inutiles en France», assène-t-il.

Une partie du cortège a dévié du tracé autorisé et un feu aurait été déclenché par des tirs de grenades lacrymogènes, selon les manifestant·es. © Mathilde Picard/Vert

La députée (La France insoumise) de Haute-Garonne, Anne Stambach-Terrenoir, est elle aussi venue soutenir la mobilisation. Elle fait le lien avec une autre lutte : celle contre l’autoroute A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) – le Conseil d’État a définitivement validé la poursuite du chantier fin juin. «C’est encore un projet d’un autre temps qui nous envoie dans le mur. Il provoquera une artificialisation du territoire huit fois supérieure à l’A69», pointe l’élue.

La Société du canal estime que la construction retirera l’équivalent d’un million de camions par an du réseau routier français, quelques années seulement après sa mise en service, puis 2,5 millions à plus long terme. Une prévision contestée par les militant·es, qui rappellent que les marchandises transportées par bateau et celles qui transitent en camion sont différentes. «Si l’on veut moins de camions, développons plutôt le fret ferroviaire, encourage Anne Stambach-Terrenoir. Pomper autant d’eau dans un contexte de réchauffement climatique et de sécheresses répétées, c’est aberrant.»

«Désarmer ce projet écocidaire»

À mi-parcours, le cortège se scinde en deux : la première partie reste sur le tracé autorisé par la préfecture, la seconde bifurque à travers champs. Ces dernier·es s’élancent vers le chantier de l’écluse, qui a débuté le 9 juin. Après une longue marche, de petits groupes retirent les clôtures qui signalent l’accès aux travaux, coupent les barbelés et déterrent les pieux en bois. «L’objectif est symbolique, explique Emma*, un grand piquet sur l’épaule. On veut montrer notre volonté de désarmer ce projet écocidaire.»

Alors que les militant·es approchent de la route, des policier·es se rapprochent et tirent des grenades lacrymogènes. Dans le même temps, un feu de champ se déclare – à cause des tirs, selon les manifestant·es. Après avoir parcouru 4,4 hectares, l’incendie a été maîtrisé par les pompier·es.

Fin de journée : les manifestant·es finissent à l’eau. © Les Soulèvements de la Terre

Le groupe retourne vers Oisy-le-Verger et retrouve l’autre partie du cortège. René* habite ici et observe la déambulation depuis son palier : «Cette manifestation est légitime. Ils ont le droit de manifester et, ce canal, j’aimerais bien qu’on m’explique à quoi il va vraiment servir.» Son voisin a un doute : «Est-ce que les manifestants n’arrivent pas trop tard ? Le projet est déjà lancé.»

Le président (Les Républicains) de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, explique régulièrement que le chantier est «irréversible». Une certitude que balaye le collectif Méga canal non merci. «À peine 1% des travaux ont déjà été réalisés», relève Tristan*, militant de la première heure.

La fin de la journée approche, les manifestant·es se retrouvent au bord du canal de Sensée, où certain·es se baignent et scandent des slogans. Hélène*, habitante d’une péniche sur l’Oise, partage l’espoir de voir le chantier s’arrêter. Alors que le bras de rivière sur lequel elle vivait depuis onze ans doit être bouché pour les besoins du canal, elle n’a eu d’autre choix que de partir. «Au départ, je venais simplement partager mon expérience, mais j’étais résignée, avoue-t-elle. En voyant tout ce monde aujourd’hui, je me dis qu’il reste peut-être une chance pour que les travaux ne se fassent pas.»

*Les personnes interrogées n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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12.07.2026 à 07:00

Guillaume Martin-Guyonnet, coureur du Tour de France 2026 : «Je suis devenu asthmatique à force de rouler exposé à la pollution»

Clément Gousseau

Texte intégral (1910 mots)
Domérat (Allier), le 8 juin 2025. Guillaume Martin-Guyonnet lors du critérium du Dauphiné. © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Dans le cyclisme professionnel, Guillaume Martin est l’une des rares voix qui portent sur les enjeux écologiques. Depuis plusieurs années, le grimpeur de la formation Groupama-FDJ United décrit «une forme de culpabilité» face à l’impact environnemental de son sport.

Le 4 juillet, celui qui avait décroché une honorable huitième place au Tour de France 2021 est reparti à l’assaut des routes tricolores. Sa dixième participation à la Grande boucle. Alors que cette édition est marquée par des températures caniculaires, Vert l’a interrogé sur la difficile adaptation au changement climatique du cyclisme professionnel. Le Normand est aussi revenu sur ses prises de positions passées contre la montée du climatoscepticisme et du Rassemblement national.

En 2023, vous évoquiez auprès de l’AFP l’impact environnemental du cyclisme professionnel. La situation s’est-elle améliorée depuis ?

Objectivement, non. Je prends toujours davantage l’avion que la plupart de la population. J’ai un mode de vie et un métier basés sur la consommation. Le principe même du sport est de dépenser des calories inutilement. Ma culpabilité n’a pas changé.

En revanche, je ne veux pas être dans une attitude autoflagellatrice. Heureusement, aussi, qu’on fait des choses dans la vie qui ne sont pas forcément utiles. Mais j’essaie de faire au mieux.

Quel regard portez-vous sur l’empreinte carbone du Tour de France, estimée par l’organisation à 216 000 tonnes d’équivalent dioxyde de carbone en 2021 ?

Tout se polarise un peu autour de la Grande boucle. En vérité, ce n’est pas la seule course ni le seul «grand tour» qui existe [il y a aussi le tour d’Italie et le tour d’Espagne, NDLR]. Certes, c’est la plus grosse organisation et celle qui a le plus d’impact, mais l’organisateur [Amaury sport organisation, aussi propriétaire du quotidien sportif L’Équipe, NDLR] a entamé une réflexion sur l’empreinte carbone.

«Il y a beaucoup de choses auxquelles j’assiste que je trouve gênantes, notamment au niveau du gaspillage.»

Les équipes RSE [Responsabilité sociétale des entreprises, NDLR] du Tour m’ont déjà contacté pour échanger à ce sujet. Ils essaient de mettre en place des choses pour réduire les émissions, y compris auprès des coureurs. C’est toujours difficile de distinguer ce qui relève de l’image et ce qui est sincère, mais c’est au moins un début.

Cela fait dix ans que vous courez au plus haut niveau. Comment le cyclisme professionnel a-t-il évolué dans sa façon de considérer les enjeux écologiques ?

L’évolution est lente, surtout au sein des équipes : c’est là que ces sujets sont le moins pris en compte. Pourtant, elles ont tout autant une responsabilité que l’organisateur. Elles choisissent les modes de déplacement, les achats alimentaires… Il y a beaucoup de choses auxquelles j’assiste ou auxquelles j’ai pu assister que je trouve gênantes, notamment au niveau du gaspillage.

Guillaume Martin-Guyonnet et Quentin Pacher, coureurs de l’équipe Groupama-FDJ United, au départ du Tour de France 2026. © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Le sujet n’est pas assez abordé dans les équipes car elles ne sont pas assez accusées. Or le sujet de l’empreinte environnementale du cyclisme est global. On ne peut pas se dire qu’on va trouver une solution pour la réduire en abordant le problème uniquement à travers un angle. Il faut y réfléchir comme un tout.

Certaines équipes sont sponsorisées par des entreprises polluantes (TotalEnergies, Ineos…), parfois issues de l’industrie pétrolière. Qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a deux lectures. On peut se dire que ces entreprises s’engagent dans une voie plus vertueuse à travers le cyclisme ou que c’est du greenwashing. L’identité du sponsor a toujours été un critère essentiel lors de mes choix d’équipes [Wanty-Groupe Gobert, Cofidis, puis Groupama-FDJ, NDLR]. Mais ce n’est pas forcément évident pour tout le monde.

«À force de rouler en hyperventilation dans un environnement pollué, il y a de vraies conséquences sur notre santé.»

J’ai eu la chance d’avoir une position de leader, de ne pas galérer à avoir des contrats et de pouvoir faire ces choix. Quand vous êtes un coureur en fin de contrat, en fin de carrière, ou un jeune qui galère et que vous n’avez pas trop d’options, quelles que soient vos convictions, vous allez où vous pouvez.

En dix ans, avez-vous observé des changements concrets sur votre pratique sportive liés au changement climatique ou à la pollution ?

Sur les températures, cela a évolué, même si en dix ans on ne se rend pas forcément compte. Ce qui est frappant, par contre, c’est notre exposition à la pollution : je suis devenu asthmatique à force de rouler exposé à la pollution, ce n’était pas le cas avant. De plus en plus de cyclistes souffrent d’asthme à cause de la pratique du vélo. À force de rouler en hyperventilation dans un environnement pollué, il y a de vraies conséquences sur notre santé.

Estimez-vous que le monde du cyclisme s’engage suffisamment sur ces questions, notamment sur l’adaptation des courses ?

Il y a une amorce sur la santé, avec des protocoles concernant les conditions météorologiques extrêmes, mais c’est minimal. Trop souvent, lorsque j’écoute la radio le matin, j’entends qu’il y a un pic de pollution ou de chaleur, que le préfet déconseille fortement d’aller faire du sport en extérieur, et pourtant on maintient notre course ! Il y a quand même une tradition qui nous colle à la peau dans le cyclisme : celle d’un sport difficile, qui doit braver toutes les météos. On nous demande d’accepter et de faire le dos rond car c’est l’essence même du vélo.

Pensez-vous qu’à terme, les grands évènements sportifs, qu’ils soient cyclistes ou non, seront compatibles avec un monde en surchauffe ?

Dans un avenir proche, j’ai du mal à imaginer un monde sans Jeux olympiques, sans Coupe du monde. Il faut aussi se dire que les rencontres internationales apportent des choses. Il y a une vraie internationalisation du cyclisme depuis quelques années, avec l’émergence de coureurs et coureuses du continent africain. On peut le voir comme quelque chose de positif.

«J’ai vu les conséquences des quelques paroles engagées que j’ai pu avoir, avec des insultes et des messages haineux.»

Par exemple, l’an dernier, les championnats du monde de cyclisme sur route ont été organisés au Rwanda. D’un point de vue écologique, cela a imposé pas mal de déplacements. Mais cette organisation avait aussi du sens, de mon point de vue. C’est une voie d’émancipation pour certains athlètes et l’occasion de populariser davantage notre sport. Après, à un moment donné, des contraintes feront que tous ces évènements devront davantage s’adapter.

Pour le cyclisme, comment mieux adapter les courses ?

On peut essayer de regrouper au maximum les épreuves par proximité géographique sur l’année, ce qui est déjà un peu le cas. Il faut essayer de limiter les déplacements, y compris des camions qui transportent nos vélos par la route. Si on a une course une semaine au Portugal, puis la suivante en Italie et ensuite en Espagne, cela fait des déplacements insensés, tant d’un point de vue écologique qu’au niveau de la fatigue.

De plus en plus de sportifs et sportives prennent la parole, comme vous, sur les questions écologiques. Quel impact cela peut-il avoir dans le débat public ?

Je me demande parfois si ce n’est pas contre-productif, si cela ne polarise pas davantage le débat, et si finalement on ne convainc pas uniquement ceux qui sont déjà convaincus. En même temps, nous avons la chance, en tant qu’athlètes, d’avoir une tribune médiatique. Ce serait indécent de ne pas l’utiliser. Les jeunes peuvent être plus facilement sensibles à nos discours.

«Le courant de pensée climatosceptique m’inquiète : c’est effrayant de voir le pouvoir qu’il peut avoir.»

Mais c’est compliqué aussi, j’ai vu les conséquences des quelques paroles engagées que j’ai pu avoir [en 2024, il s’était prononcé contre le Rassemblement national à quelques jours des législatives, affirmant que «les valeurs de l’extrême droite ne sont pas celles du sport», NDLR], avec des insultes et des messages haineux sur les réseaux sociaux.

Le Rassemblement national, qui porte régulièrement des critiques contre le monde scientifique et tient des propos climatosceptiques, n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Cette situation vous inquiète-t-elle ?

Je ne veux pas parler d’un parti politique en particulier. En revanche, le courant de pensée climatosceptique m’inquiète : c’est effrayant de voir le pouvoir qu’il peut avoir. Je trouve cela fou de tenir de tels discours avec les données scientifiques dont on dispose et ce que l’on peut observer.

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11.07.2026 à 07:00

«Le changement climatique est sexiste» : comment la canicule attise les violences contre les femmes

Lilou Hiver

Texte intégral (1035 mots)
L’ONG Care France alerte la population sur le lien entre chaleur et violences de genre. © Getty images et Citiz media

Ce n’est que le début du mois de juillet et la France affronte déjà son troisième épisode de fortes chaleurs. Jeudi, le mercure est grimpé jusqu’à 43 degrés Celsius (°C) dans le sud du pays. Depuis ce samedi, 24 départements sont en vigilance rouge canicule et 56 autres en orange. Cette nouvelle flambée fait craindre une augmentation des violences, notamment envers les femmes.

Bien que peu connu, le lien entre chaleur et comportements violents est établi par la recherche depuis une trentaine d’années. Les scientifiques ont démontré que les fortes températures entraînent une hausse des suicides, de la criminalité et des violences conjugales. En avril 2025, le programme Spotlight initiative, supervisé par les Nations unies, a publié un rapport qui révèle que chaque degré de réchauffement climatique (par rapport aux valeurs préindustrielles, vers 1850) est associé à une hausse de 4,7% du nombre de cas de violences conjugales. Dans un scénario à +2°C, d’ici 2090, 40 millions de femmes supplémentaires dans le monde risquent d’être victimes de violences chaque année.

Aucune étude n’a encore été menée à l’échelle de la France, mais certains indicateurs confirment cette dynamique. Au micro de France info, Pauline Vanderquand, présidente de l’application Umay, qui permet de signaler des agressions de rue, a indiqué avoir constaté «une hausse des signalements d’environ 30%» lors de l’épisode caniculaire de fin mai.

Des facteurs biologiques et sociaux

Pour Kévin Jean, épidémiologiste à l’École normale supérieure et auteur du livre À notre santé ! La lutte contre le changement climatique n’est pas celle que vous croyez (2026, Payot) : «La chaleur abaisse le seuil à partir duquel une personne peut devenir violente.» Il explique ce phénomène par des effets biologiques : «Les fortes chaleurs perturbent la régulation des hormones comme la sérotonine et la dopamine qui régulent l’humeur.» Le cerveau est également moins bien oxygéné, puisque le cœur pompe davantage de sang pour mieux évacuer la chaleur. Les nuits sont aussi plus difficiles et moins reposantes. «Tout cela favorise l’irritabilité, la fatigue… et augmente le risque que des interactions deviennent conflictuelles», détaille encore l’épidémiologiste.

À ces mécanismes s’ajoutent des aspects sociaux et comportementaux. Les épisodes de chaleur bouleversent le quotidien : les sorties se font plus rares et de nombreuses personnes restent confinées chez elles pour se protéger du soleil. Un environnement favorable aux violences conjugales. D’après une étude espagnole de 2018, les fortes températures augmentent les risques de féminicide de 28%. «La chaleur exacerbe la violence, mais les auteurs sont évidemment les seuls et uniques responsables», rappelle Adéa Guillot, porte-parole de l’ONG Care France, qui lutte contre les inégalités et la pauvreté.

Le nombre d’actes de violence envers les femmes n’est pas pour autant supérieur dans les pays chauds par rapport aux régions au climat plus tempéré. Peu importe la zone, c’est la hausse des températures comparée à la moyenne locale qui influe sur le nombre de cas de violences.

Un manque de sensibilisation et d’actions

Plus globalement, tous les évènements météorologiques extrêmes liés au dérèglement climatique attisent les violences faites aux femmes. Sécheresses, inondations ou incendies créent des instabilités qui renforcent le système de domination patriarcal et les normes genrées. «Le changement climatique est sexiste», déplore Adéa Guillot. Elle cite l’exemple de l’Éthiopie où, lors de la sécheresse de 2022, le nombre de mariages forcés a augmenté de 119%. Les mauvaises récoltes fragilisent les foyers et, lorsque les ressources viennent à manquer, certaines familles marient leurs filles en échange d’une dot. Or les filles mariées avant l’âge de 15 ans présentent un risque près de 50% plus élevé de subir des violences conjugales, selon une étude de 2017.

Faute de dispositif de prévention spécifique contre les violences en période de canicule, l’ONG Care France a lancé sa propre campagne de sensibilisation dans les rues de Paris. Depuis lundi, une centaine de panneaux d’affichage montrent le visage d’une femme se couvrant d’impacts à mesure que la température extérieure grimpe (voir ci-dessus). L’association plaide pour la mise en place de messages d’alerte lors des épisodes caniculaires ; la création de refuges pour les victimes ; et une sensibilisation des policier·es à cette problématique.

Sans oublier qu’en plus des fortes chaleurs, l’été est aussi rythmé par la Coupe du monde de football. Un moment réjouissant pour beaucoup, mais qui participe aussi à la hausse de violences envers les femmes. Selon une étude anglaise de 2014, basée sur les plaintes enregistrées par la police du comté du Lancashire lors des Coupes du monde 2002, 2006 et 2010, les signalements de violences conjugales augmentent de 26% les soirs de match de l’équipe d’Angleterre, et même de 38% après une défaite. Associé à la chaleur, le cocktail peut devenir explosif.

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