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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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21.08.2026 à 06:00

«Chaque année, des plus gros morceaux de roche tombent de la montagne» : le massif du Mont Blanc éprouvé par le réchauffement climatique

Mathilde Picard

Texte intégral (2464 mots)
Juillet 2025. Sur le glacier du Tour, à Chamonix, des alpinistes grimpent jusqu’au refuge Albert 1er d’où l’on peut atteindre facilement les voies réputées du massif du Mont Blanc. © Capucine Veuillet/AFP

☀ Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.

Île d’Oléron, GR20 en Corse, Mont-Saint-Michel… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons dans le massif du Mont Blanc. Avec la hausse des températures qui provoque des éboulements de plus en plus importants, le plus haut sommet français devient une menace pour les alpinistes.

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

C’est une ascension mythique que tentent en moyenne 200 personnes chaque jour de l’été, soit 15 000 à 20 000 par an. Grimper le mont Blanc, plus haut sommet d’Europe occidentale avec ses 4 805 mètres, a toujours été une prouesse. Mais de nouveaux obstacles se sont invités sur la route des amoureux·ses de la montagne depuis que Jacques Balmat et Michel-Gabriel Paccard en ont atteint le point culminant pour la première fois en 1786.

«La pratique de l’alpinisme est confrontée à une modification profonde de son terrain de jeu, que ce soit au niveau des glaciers ou des parois rocheuses», constate Ludovic Ravanel, directeur de recherche en géomorphologie au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et accompagnateur en montagne.

En cause : la dégradation du permafrost, ce sol maintenu à une température inférieure à zéro degré Celsius depuis des dizaines de milliers d’années. Il est constitué d’une couche de glace extrêmement épaisse qui se réchauffe sous l’effet du changement climatique, fond et déstabilise les roches qu’elle maintenait reliés.

Mi-août, sécheresse et canicules empêchent l’ascension du mont Blanc

«La glace a un rôle de ciment de la montagne, explique l’expert. Quand il n’y en n’a plus, des pans entiers s’effondrent, et ces évènements sont de plus en plus nombreux car la dégradation du permafrost est profonde et intense.» On parle d’éboulements pour les rochers de moins de 100 mètres-cubes (m3) qui dégringolent, d’écroulements pour les plus volumineux, voire d’avalanches rocheuses lorsque des morceaux de plus de 100 000 m3 s’effondrent. Cet été 2026 marque un record d’écroulements dans le massif du Mont Blanc selon l’expert, avec 450 contre 300 en 2022.

«Des morceaux plus gros tombent de la montagne quasiment chaque été», alerte le scientifique. Les alpinistes ont pris conscience depuis une vingtaine d’années que la crise climatique impactait de plein fouet le massif du Mont Blanc. A l’époque, les écroulements se comptaient seulement par dizaines sur l’année. «Il y a eu plusieurs coups d’accélérateurs dans les Alpes, en 2003 bien sûr [année de la canicule la plus intense avant 2026, NDLR], en 2015 où la fermeture administrative du refuge du Goûter [situé sur la Voie normale vers le sommet, NDLR] a été déclarée tellement les conditions étaient mauvaises, et de nouveau en 2022, où l’ascension du mont Blanc était fortement déconseillée», se souvient Ludovic Ravanel.

Avec ses canicules à répétition et sa sécheresse historique, 2026 vient s’ajouter au panel. La mairie de Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie) a annoncé le 11 août la fermeture administrative des refuges du Goûter et de Tête Rousse, indispensables à l’ascension par la Voie normale, celle qui est la plus empruntée par le grand public. Le but : dissuader les plus audacieux·ses de monter malgré des conditions très dégradées. Les guides de la compagnie de Chamonix, conscient·es des risques cette saison, avait déjà cessé d’emprunter l’itinéraire une quinzaine de jours auparavant.

Le cours d’eau glaciaire de la Mer de Glace, avec en arrière-plan les Grandes Jorasses et les Aiguilles. © Renáta Sedmáková/AdobeStock

«Cette année marque encore un nouvelle prise de conscience que la haute montagne est extrêmement sensible à la crise climatique, remarque le géomorphologue. Plein d’itinéraires ne se font plus cet été, comme la voie normale de la Tour ronde. L’arrête des Cosmiques se fait encore, mais en évitant certains secteurs. Le mont Blanc par Chamonix ne se fait plus car il y a des crevasses trop énormes».

Un quart des itinéraires devenus infréquentables

Dans le massif du Mont Blanc, comme dans celui de la Vanoise ou des Écrins, «25% des itinéraires sont devenus infréquentables l’été en raison du changement climatique», souligne le géographe et accompagnateur en montagne Jacques Mourey. «Soit ils sont trop dangereux à cause des crevasses ou des écroulements, soit ils sont devenus techniquement trop difficiles, ou alors ils souffrent d’un manque d’esthétisme qui décourage les passionnées», détaille-t-il.

«On entendait les pierres tomber […]. À l’aller une d’entre elles est tombée juste devant moi.»

Le couloir du Goûter est devenu emblématique de la multiplication des risques d’écroulement. Passage obligé pour atteindre le sommet du mont Blanc par la voie normale, il a été renommé ces dernières années le «couloir de la mort». En été, les chutes de pierres y sont continues et les accidents fréquents. Cet été, trois montagnard·es y ont perdu la vie.

Gabrielle Larricq, alpiniste en herbe, l’a emprunté sans guide à la fin du mois d’août 2025. «J’ai très mal vécu ce passage, confie-t-elle. Avec mon cousin, nous savions que cette période n’était pas idéale pour l’ascension parce qu’il fait plus chaud et que la montagne est davantage instable, mais il n’y avait plus de places au refuge plus tôt dans la saison.»

«On s’est approché doucement puis on a couru, raconte la jeune femme. On a fait le choix de ne pas s’encorder à ce moment là, on n’a pas regardé en haut, on entendait les pierres tomber car elles ne s’arrêtent pas de chuter. Parfois c’est du gravier, parfois c’est des gros morceaux. À l’aller une d’entre elles est tombée juste devant moi.»

Des ascensions en trois jours, plutôt que deux

D’après une étude de l’université Savoie Mont-Blanc et de l’Institut de géographie alpine sur la déstabilisation de la zone, la saison estivale se divise maintenant en deux temps. Au début de l’été, le couloir subit des éboulements car la neige se transforme en eau et détache de petits blocs de pierre. Dans la deuxième partie de la saison, la situation s’empire et le déneigement complet provoque des écroulements plus dangereux. «Cette saison arrive de plus en plus tôt», avertit Ludovic Ravanel.

Aujourd’hui, chercheur·ses et guides recommandent de faire l’ascension en trois jours plutôt que les deux habituels. Cela permet de passer le couloir du Goûter au petit matin, à l’heure où le soleil ne tape pas encore directement sur la roche. Les décrochements de pierres sont alors moins importants.

Malgré la multiplication des risques, «il n’y a pas d’augmentation du nombre d’accidents car la communauté des alpinistes s’organise», constate Ludovic Ravanel. Quand les guides se mettent à éviter certains secteurs, nombre d’amateur·ices suivent le pas.

Plus de sommet à tout prix : changer le rapport à la montagne

«La situation ne va pas s’améliorer, c’est clair, mais l’alpinisme ne va pas mourir ni dans dix ans ni dans 100 ans, souligne le chercheur. Par contre, on ne pourra pas pratiquer la montagne comme aujourd’hui, de la même manière qu’on ne pratique déjà plus la montagne comme avant». Parmi les changements d’habitude : la haute saison, autrefois en juillet-août, couvre désormais juin-juillet. Les fenêtres de sorties sont plus courtes et les conditions plus aléatoires. «Il faut d’autant plus préparer son itinéraire en amont, se renseigner le jour même, appeler les gardiens si besoin pour savoir comment est le terrain, énumère Jacques Mourey. Impossible d’utiliser de vieux topos tant les voies changent vite.»

Si les habitué·es du massif du Mont Blanc ne sont plus surpris·es par la détérioration de la montagne, ils et elles s’émeuvent toujours de la voir se transformer sous leurs yeux. «Cet été, l’état de l’arrête de l’Aiguille du midi est marquant, relève Didier Tiberghien, directeur technique de la compagnie des guides de Chamonix. Normalement elle est belle, couverte de neige avec une jolie trace qui se faufile. Cette année, c’est de la glace avec des rochers qui en sortent comme si on avait passé un coup de sèche-cheveux géant.»

Un éboulement à l’Aiguille du midi, le 12 août dernier. © Antoine Brulport

Les guides se préparent à ces bouleversements depuis une dizaine d’années et ont diversifié leurs offres pour adapter leur modèle économique aux conditions. «2017 a été un tournant, explique Didier Tiberghien. On a pris la décision de rendre notre offre d’alpinisme moins dépendante des conditions de la montagne». Cette année-là, l’institution divise par deux son volume d’activité sur le Mont Blanc, une mesure qui répond aussi à la surfréquentation de la voie.

Elle propose aujourd’hui davantage de stages pour apprendre l’alpinisme, ainsi que de l’escalade, de la randonnée ou encore du canyoning. «On travaille à un changement de culture : le client ne vient plus venir faire spécifiquement un sommet, car celui-ci ne sera pas toujours accessible, mais plutôt partager une expérience en montagne et apprendre un savoir-faire», précise Didier Tiberghien.

Le manque d’eau, «une épée de Damoclès au dessus de la tête des gardiens»

Les gardien·nes de refuges de haute montagne aussi ont dû s’adapter. Comme les guides, plusieurs choisissent d’ouvrir leur établissement plus tôt dans l’année. La fréquentation est bien plus variable. Au refuge du Couvercle, les montagnard·es se font plus rares au cœur de l’été, lorsque les itinéraires à proximité sont trop dégradés et difficiles. Les touristes affluent au contraire en masse sur de courtes périodes dès que les conditions sont propices. Les fins de saison, elles, deviennent plus compliquées : l’eau qui alimente les refuges, qu’elle vienne de petits cours d’eau ou d’un lac, se fait plus rare.

«C’est une épée de Damoclès au dessus de la tête des gardiens, relève Maria Isabel Lemeur, responsable hébergement à la Fédération française des clubs alpins de montagne (FFCAM). Cet été a commencé sur des conditions déjà dégradées avec la sécheresse.» Pour l’instant, pas de rupture d’approvisionnement. «On est sur la corde raide mais on tient grâce aux petites pluies», note-t-elle. D’année en année, la FFCAM adapte son parc de refuges à la diminution de la ressource. «On ne peut pas tout faire d’un coup car c’est un gros budget, mais on a installé des réserves d’eau, surtout au refuge du Couvercle, ça permet d’avoir plusieurs semaines d’autonomie, on met aussi en place plus de toilettes sèches», liste-t-elle.

«Ne pas pouvoir faire l’ascension du mont Blanc, c’est aussi l’occasion de découvrir des sommets moins célèbres comme la Bérengère», note le géographe Jacques Mourey. L’aiguille de 3 425m se trouve dans la réserve naturelle des Contamines-Montjoie et offre une vue sur le toit de l’Europe. Pour Didier Tiberghien, une chose est sûre : «Peu importe la montagne que l’on gravit, les règles du jeu ont changé».

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20.08.2026 à 11:51

Récupérer des noyaux et faire naître un verger urbain : près de Montpellier, une expérience d’écologie populaire qui porte ses fruits

Cécilia Brès

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«Nos fruits sont vivants, ressemons-les !» Le slogan barre le couvercle de la caisse en bois, posée au sol. Dedans, une trentaine de noyaux. Abricot, cerise, pêche, prune, amande, mais aussi pépins de pomme et de poire : l’association Le verger partagé récupère tout. Elle dispose de plusieurs points de collecte à Castries, en périphérie de Montpellier, dans l’Hérault. À la médiathèque, au centre socioculturel. Et ici, à l’entrée même du verger.

Il y a dix ans, ce n’était qu’une friche agricole. Une bande de terre grande comme un terrain de football, cernée par le mur d’enceinte du château et un lotissement avec piscines. Aujourd’hui, se dresse une petite forêt nourricière, née des noyaux et pépins semés chaque automne par des dizaines de bénévoles.

«On sème tout ce qu’on a, et c’est la nature qui décide.»

En cette chaude matinée d’août, Sylvain, trésorier de l’association, et Jenny s’engouffrent dans le verger. Ils veillent à ne pas quitter le chemin de végétation aplatie, parmi les herbes hautes. Le soleil cogne. À chaque pas, les fruits du gaillet gratteron, plante sauvage qui a inspiré les scratchs Velcro, s’agrippent un peu plus aux pantalons.

Le binôme prend le temps d’observer les arbres. L’un deux ploie sous le poids des prunes : Sylvain en a déjà tiré quarante kilos, et un pot de confiture pour chaque bénévole. Plus loin, un amandier, délesté de ses feuilles, retient de nombreux fruits. Récolte prévue en septembre.

Sans irrigation, ni pesticides, ces fruitiers semés résistent aux sécheresses. Mieux : ils dépassent certains de leurs voisins, achetés en pépinières et arrivés les premiers, il y a dix ans.

À l’époque, une entreprise souhaite offrir cent arbres à la commune. José Brochier, membre fondateur du Verger partagé, raconte : «On a formé un petit groupe d’habitants et on est allé voir la première adjointe. On lui a dit : « On nous propose cent fruitiers, est-ce que vous avez un terrain ?”». Après quelques péripéties, 75 arbres sont plantés sur la parcelle communale en décembre 2016.

Dans la région, les vergers sont irrigués et reçoivent beaucoup de traitements pesticides. Pour innover et s’éviter un «boulot monstre», les bénévoles misent sur une agriculture pluviale, dépendante des précipitations. Mais la sécheresse s’installe. Les plants souffrent, ils exigent trop d’eau.

Chaque noyaux et pépin recèle le potentiel de devenir un arbre. Alors, les bénévoles de l’association Le verger partagé sèment tout ce qu’ils récupèrent et laissent la nature décider. © Cécilia Brès/Vert

Alors, l’association délaisse la plantation de petits arbres. Dès la deuxième année, elle pratique le semi direct : la graine est introduite dans la terre, directement sur la parcelle, et sans travail préalable du sol. «Un arbre semé développe une racine pivot qui lui permet d’aller chercher l’eau très profondément», explique José Brochier, ingénieur agronome à la retraite.

Depuis, les bénévoles ne cessent de ressemer des pépins et noyaux, collectés auprès des habitant·es. «C’est du vivant, on ne jette pas du vivant, défend-il. On sème tout ce qu’on a, et c’est la nature qui décide.»

Résistance au changement climatique

Laisser la nature décider, une démarche au cœur de la «régénération naturelle assistée» (RNA). L’association applique ces principes d’agroforesterie : garder un sol couvert, mélanger les essences d’arbres, ne pas tailler, accueillir les espèces pionnières. Dans le verger, des ormes, frênes et acacias, semés par le vent et les oiseaux, se sont invités. «On observe des synergies. Un fruitier semé à côté d’un frêne pousse mieux que les autres», précise José Brochier.

«Celui qui va sortir dans ces conditions difficiles, génétiquement, ce sera le guerrier prêt à affronter le contexte.»

Les bénévoles ont un temps retiré à la main les capnodes, de robustes coléoptères, et les cétoines, ces insectes d’un vert lamé qui s’attaquent aux fleurs des arbres semés. Résultat : ceux-ci ont souffert de porter trop de pommes. L’association laisse maintenant la nature s’autoréguler : «Elle fait ça très bien», glisse José Brochier. Seuls certains arbres sont greffés, comme les poiriers sauvages. Cette technique horticole permet de les rendre plus vigoureux et d’améliorer la qualité de leurs fruits. Les arbres de pépinières, eux, restent faibles et résistent péniblement.

Dans un contexte d’accélération du dérèglement climatique, rien de surprenant pour Olivier Hébrard, docteur en sciences de l’eau et consultant en agroécologie : «Il y a soixante ans, on dépassait peu les 35 degrés dans l’été. Maintenant, on l’atteint largement au-delà de trente jours. Si vous associez un arbre de pépinière, dont les racines ont tendance à rester en surface, un arrosage goutte-à-goutte, et un sol pas du tout vivant, vous créez un système très fragile.»

À Castries, les arbres du verger autonome résistent aux sécheresses, sans irrigation, ni entretien intensif de la part des bénévoles. © Cécilia Brès/Vert

S’appuyer sur la nature et la régénération naturelle assistée est pour le scientifique une parade. «C’est intéressant de semer des noyaux sur un sol couvert de végétation, explique-t-il. Celui qui va sortir dans ces conditions difficiles, génétiquement, ce sera le guerrier prêt à affronter le contexte.»

Escargots, broussailles et plaqueminiers

À Castries, les semences doivent résister aux mulots. Les jeunes plants aux escargots. Puis, il leur faut s’extraire des ronces et du chiendent que l’association laisse pousser, misant sur leur capacité à «réparer» le sol compacté par des années de culture de la vigne. «Une plante qui s’installe prépare l’arrivée de la suivante, confirme Olivier Hébrard. La ronce est une plante pionnière, elle a une forte capacité racinaire et un pouvoir décompactant. Elle aère la terre et prépare l’arrivée de la forêt»

Le voisinage s’inquiète de la broussaille. Mais ce couvert végétal est aussi un rempart potentiel face aux incendies, assure le scientifique. «Quand vous débroussaillez, vous asséchez le milieu. Sur un terrain plat comme le verger partagé, grâce au couvert végétal, l’eau se répartit et s’infiltre mieux. Et cette centaine d’arbres, c’est la meilleure ingénierie hydrologique : leurs racines améliorent la structure du sol et favorisent la rétention d’eau. Les plantes sont beaucoup moins inflammables. On est sur quelque chose de très réfléchi. Il faut communiquer», conclut le chercheur.

De retour de plusieurs années en Guadeloupe, sensible aux enjeux d’accès à l’eau, Jenny se rapproche de l’équipe de Castries, intriguée par la réussite de ce «verger méditerranéen» non-irrigué. © Cécilia Brès/Vert

Les bénévoles favorisent le dialogue et la pédagogie. Accueillis sur la parcelle, les écolier·es de Castries peuvent choisir un «arbre ami». «Justine», «Oma» ou «Jules» : leurs étiquettes jaunes se balancent au bout des branches. Pour dupliquer son modèle de verger méditerranéen et voir naître toujours plus d’arbres, l’association se rapproche d’agriculteur·ices du territoire. Elle sème directement sur leurs parcelles en friches : trois hectares aujourd’hui, dix autres à l’automne.

Alors, il faut intensifier la collecte. L’équipe a noué un partenariat avec une grande chaîne de magasins bios, dans trois communes autour de Montpellier. Les clients peuvent déposer leurs pépins et noyaux, mais aussi en récupérer.

Au verger, Sylvain et Jenny achèvent leur tour. Seul le plus vieux cerisier semble mort, même si les autres ont perdu beaucoup de feuilles. Le plaqueminier, l’arbre du kaki, est lui couvert de fruits. Avant de partir, les bénévoles cueillent et dégustent une prune. Sitôt recrachés, les deux noyaux rejoignent la caisse de collecte, en bordure de parcelle : ils seront ressemés dès l’automne.

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19.08.2026 à 11:20

«Il faut politiser les canicules» : devant l’Assemblée, Extinction Rebellion dénonce l’inaction climatique et brûle une maquette de la Terre

Mathilde Picard

Texte intégral (721 mots)
Les activistes brandissent une banderole et brûlent une maquette de la Terre devant l’Assemblée nationale. © Extinction Rebellion

«Les incendies et canicules de cet été ne sont pas un coup du sort mais le fruit des décisions des industriels et des politiques», s’indigne Capucine*, militante du collectif Extinction Rebellion (XR). Elle a allumé une maquette de la Terre devant l’Assemblée nationale, à Paris, mardi soir. Un écho aux incendies historiques qui ont ravagé la France et sont toujours en cours en Europe, ainsi qu’aux canicules successives de l’été.

L’organisation, habituée aux blocages et actions de désobéissance civile, a repris du service en ce mois d’août pour interpeller les politiques et citoyen·nes alors que la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 démarre officiellement ce mercredi.

Dans un discours prononcé à quelques pas de l’institution, XR dénonce «l’inconséquence de nos décideurs politiques et des grands industriels, captifs d’un modèle de pensée d’un autre siècle.» Il liste les évènements contradictoires à une baisse des émissions de dioxyde de carbone (CO2) de la France qui se sont déroulés en plein été de sécheresse, à l’image du doublement des bénéfices de TotalEnergies sur un an, qui se dirige vers davantage d’exploitation d’énergies fossiles, ou de la décision du Conseil d’État qui a validé l’autoroute A69, promettant plus de véhicules individuels sur les routes et d’artificialisation des terres.

Les activistes réclament la fin «des projets écocidaires». © Extinction Rebellion

«Cette action vise à politiser les incendies de cet été, explique à Vert Capucine. On pointe souvent du doigt les pyromanes, mais les vrais criminels qui ne freinent pas le réchauffement climatique ne sont jamais cités».

Face à la sidération ou à la résignation que peut entraîner la chaleur suffocante, le collectif tient à rappeler que les solutions existent. «Elles sont atteignables, imposons les dans le débat public», lance Ernest*, militant de XR. Parmi leurs revendications : faire appliquer les 146 mesures de la convention citoyenne pour le climat mise en place par Emmanuel Macron, dont il a ignoré de nombreuses suggestions. Ils et elles exigent également l’arrêt «des projets écocidaires», tels que la construction de l’autoroute A69 ou l’extension de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle.

«Ça fait des années qu’on demande des actes et qu’on a l’impression de crier dans le vide, déplore Capucine. Mais, par les actions, on peut sortir de notre impuissance.» Conscient de l’élection présidentielle qui approche à grand pas, Extinction Rebellion demande la mise en place d’une assemblée citoyenne décisionnaire. Son objectif, selon le collectif : définir les mesures à prendre pour atteindre au plus vite la neutralité carbone et pour adapter les services publics au dérèglement climatique.

*Le prénom a été modifié.

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19.08.2026 à 06:00

«Ce n’est plus possible de travailler dans ce domaine, je me casse» : face à la crise climatique, ces Français revoient leur choix de carrière

Zoé Moreau

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«Une partie de mon travail implique de ramper dans des combles, qui peuvent monter à 45°C. Même sans bouger, c’est impossible de tenir», raconte Arthur, électricien de 33 ans. © Aurore Chapon

Canicules, incendies et sécheresse : face à un climat qui s’emballe, l’avenir des Français bascule

Désir d’enfants, déménagement, changement de carrière ou de vie… Vert a recueilli des centaines de témoignages de personnes dont l’avenir a été percuté par cet été infernal. Découvrez leur histoire dans notre série en quatre volets intitulée «2026, l’été de la bascule».

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Réaliser que son métier n’est pas compatible avec un monde en surchauffe, et démissionner du jour au lendemain, sans même avoir de plan B. C’est la décision qu’a prise Léon* le 27 juin dernier. Deux mois plus tôt, cet ingénieur de 29 ans avait décroché son premier CDI depuis sa sortie d’études chez le géant de l’aéronautique Airbus. «Avec les canicules de mai et juin et les incendies partout en France, j’ai décidé de mettre fin à ma période d’essai et de recommencer à chercher du travail», raconte-t-il à Vert.

Lorsqu’il avait accepté cette offre, Léon arrivait au terme de ses droits au chômage. «Quand on vous propose un CDI plutôt bien payé, c’est difficile de refuser : il faut bien manger, expose-t-il. Mais ces événements climatiques m’ont rappelé l’urgence de la situation. Je me suis dit : “Ce n’est pas possible de travailler dans ce domaine, je me casse.”»

Depuis, Léon a quitté Toulouse (Haute-Garonne) pour retourner vivre chez ses parents. «Désormais je cherche du travail dans la transition énergétique, raison pour laquelle j’avais voulu être ingénieur», raconte-t-il. Il a fait une croix, au moins provisoirement, sur la stabilité économique, mais assure ne pas regretter son choix. «Chez Airbus, le but final de mes missions me dérangeait. Certains secteurs polluent, mais restent indispensables pour répondre aux besoins essentiels. Là, on pourrait très bien vivre avec moins de vols.» Et d’asséner : «L’aviation sert principalement à une minorité aisée qui prend l’avion pour partir en vacances».

«Si je ne pars pas maintenant, je ne partirai jamais»

Léon reconnaît toutefois : «J’ai aussi pu prendre cette décision parce que j’ai la chance d’avoir des parents pour m’accueillir. Sans ça, j’aurais peut-être fait autrement».

Soline*, elle, ne peut pas se permettre de partir du jour au lendemain. Cette quarantenaire du Val-de-Marne exerce en tant qu’informaticienne pour un géant de la construction et se sent «en dissonance cognitive» avec les activités polluantes de son employeur. Sa réorientation sera plus progressive. «Je ne démissionnerai pas tout de suite, prévient-elle. J’ai un crédit à rembourser, une famille à nourrir… Je dois d’abord trouver autre chose. Mon objectif est de quitter mon poste d’ici 2027.»

Lorsqu’elle a rejoint son entreprise, en 2023, Soline a pourtant voulu croire à sa transformation : «Je me suis dit qu’on avait besoin du bâtiment pour la transition, qu’il fallait que la bascule se fasse, et puis, elle affichait de vrais engagement écologiques !, assure-t-elle. Mais la réalité du terrain était tout autre. Au fur et à mesure des années, la direction a fait marche arrière sur le développement durable, a commencé à implémenter l’intelligence artificielle…»

Les canicules et les incendies dévastateurs qui ont frappé la France cet été ont eu sur elle «un effet déclencheur». «J’envisageais déjà de démissionner, mais cela m’a confortée dans ma décision, rapporte-t-elle. Je me suis dit : “Si je ne pars pas maintenant, je ne partirai jamais.”»

II y a quelques semaines, Soline s’est rapprochée d’un organisme pour réaliser un bilan de compétences. En parallèle, elle a commencé à chercher un nouvel emploi. Son projet : exercer un métier qui va «dans le sens soit de la transition écologique, soit de la préservation de la biodiversité. En tout cas, pas un emploi qui détruit le vivant et qui aggrave le réchauffement climatique», insiste-t-elle.

Plus de quatre français sur dix souhaitent changer de métier

Le malaise de Léon et Soline est loin d’être isolé. En 2023, 42% des 1 000 actifs interrogé·es par le cabinet de conseil CSA pour LinkedIn et l’Agence de la transition écologique (l’Ademe) disaient vouloir changer de métier ou se reconvertir afin d’exercer un emploi davantage lié à l’écologie. Cette proportion atteignait 52% chez les moins de 35 ans.

«Depuis la crise du Covid, on observe un phénomène de démissions et de reconversions, notamment parmi les ingénieurs et, plus largement, les personnes qualifiées, urbaines et en milieu de carrière, sensibilisées aux enjeux écologiques, explique à Vert Mireille Bruyère, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’université Toulouse-Jean-Jaurès. Elles décident de quitter les secteurs industriels qui concentrent une partie du problème écologique : la production d’avions, de voitures, de machines ou encore d’autoroutes.»

L’été 2026 accélérera-t-il cette tendance ? «Il faudra voir, à la fin de 2026 et en 2027, si les canicules ont provoqué une accélération de ce flux. C’est possible, mais je ne peux pas encore vous le dire», tempère la chercheuse.

Pour une autre catégorie de travailleur·ses, la reconversion ne répond pas seulement à une quête de sens : elle devient une nécessité physique. C’est le cas d’Ophélie Germain. À 26 ans, cette ouvrière viticole de Côte-d’Or raconte n’avoir jamais «autant subi la canicule». Celle qui travaille dans les vignes bourguignonnes a dû interrompre sa saison plus tôt que prévu en raison d’une «blessure de fatigue». «Je remets mes perspectives d’avenir en question, car j’ignore si je serai encore capable de travailler dans de telles conditions à l’avenir», confie-t-elle.

«À 40 ans, j’essaierai d’exercer un métier plus protégé»

Arthur* est encore plus définitif. À 33 ans, cet électricien installé à son compte à Bizanos, dans les Pyrénées-Atlantiques, a dû interrompre son activité tout l’été. «Nous, les ouvriers du bâtiment, on est vraiment exposés à la chaleur», insiste-t-il.

«Mon métier est trop physique. Même sans bouger, c’est impossible de tenir sous cette chaleur.»

«Une partie de mon travail implique de ramper dans des combles, qui peuvent monter à 45°C l’été. L’an dernier, j’avais déjà fait un malaise, après avoir tiré sur la corde. Il ne faisait “que” 32-33 degrés dehors, raconte-t-il. Cet année, j’ai à peine essayé de travailler que j’ai dû arrêter. J’ai vu que ce n’était pas possible. Mon métier est trop physique. Même sans bouger, c’est impossible de tenir sous cette chaleur.»

Depuis un an, il envisage de «bifurquer». Les canicules successives des mois de mai, juin et juillet, ont fini de dissiper ses doutes. «J’en ai discuté hier avec ma compagne, je vais changer d’activité. À 40 ans, j’essaierai d’exercer un métier plus protégé, soit de bureau, soit en intégrant un service informatique pour une fonction publique», confie-t-il.

Ces dernières années, les fortes chaleurs ont déjà tué au travail. Entre 2022 et 2025, 34 accidents du travail mortels «en lien possible avec la chaleur» ont été signalés à Santé publique France par la Direction générale du travail. La construction, les travaux et l’agriculture figurent parmi les secteurs les plus touchés.

L’été 2026 en a offert une nouvelle illustration dramatique. Dans la Drôme, un ouvrier du bâtiment de 19 ans est mort d’hyperthermie dans la nuit du 26 au 27 mai, après avoir travaillé toute la journée sur un toit. Depuis le début des épisodes caniculaires de cette année, la Confédération générale du travail (CGT) affirme avoir recensé au moins 14 décès au travail liés aux fortes chaleurs.

*Le prénom a été modifié.

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