Nicolas Beublet
L’odeur de fermentation s’échappe de la cuve. Au cœur d’un jeune verger de 180 arbres fruitiers, sept bénévoles ajustent les pulvérisateurs sur leur dos. «Pour que le produit sorte, il faut régulièrement pomper avec le bras gauche», conseille Lionel Lorente, viticulteur, plus habitué que les autres. En cette soirée de juin, elles et ils se sont donné·es rendez-vous pour un épandage ouvert à toutes et tous sur une ancienne parcelle de vignes traitée aux pesticides, rachetée par la commune de Gauriac (Gironde) en 2023. Une opération autofinancée à hauteur de 44 000 euros et soutenue par des aides du département et de l’État. Le soleil décline lentement sur les coteaux du Blayais. La parcelle, d’une superficie d’1,7 hectare, plonge doucement vers le fond du vallon. Les bénévoles s’apprêtent à épandre de la litière forestière fermentée, une préparation riche en champignons, levures et microbes à base de feuilles mortes et de végétaux en décomposition. Après avoir arraché les ceps et planté le verger, cette action régénère et améliore la fertilité du sol, après des décennies de viticulture intensive. L’initiateur de cette soirée d’épandage, Alain Vidal, déambule sur le coteau et enjambe les noues, sorte de tranchées creusées pour retenir l’eau, qui s’infiltre ensuite dans le sol. Sur la parcelle, tout est complémentaire, justifie cet habitant du village, la soixantaine, ancien viticulteur devenu conseiller en agroécologie : «On a planté du sorgho pour fixer le carbone. On couchera les plants en septembre pour les laisser se décomposer en matière organique dans le sol.» La parcelle communale dénote dans le paysage vallonné recouvert de vignes à perte de vue. «On a un beau paysage…, soupire Alain Vidal, vêtu d’une cotte de travail, mais qui ne fait plus vivre.» De nombreuses parcelles arrachées témoignent des effets de la crise viticole. «Ces jachères jaune citron» peinent Mirabelle Charpentier, ancienne élue du conseil municipal venue prêter main-forte pour l’épandage. Elle se souvient des prémices du projet : «En 2023, les propriétaires de la parcelle cherchaient à vendre, mais personne n’en voulait dans ce contexte.» Au même moment, le maire (Front de gauche) de l’époque, Raymond Rodriguez, répond à un appel à projet du département de la Gironde sur les «paysages girondins résilients». Il propose de construire une vitrine de diversification agricole dans un territoire de monoculture viticole. Ce projet coche une autre case chère à ce professeur de SVT : «Je voulais créer une zone tampon entre la vigne cultivée en agriculture conventionnelle et l’école.» Car la parcelle de vignes en question borde l’arrière de l’école du village. Une situation qui rappelle le scandale de Villeneuve, à quelques kilomètres d’ici. Le 5 mai 2014, une vingtaine d’enfants et leur institutrice ont été victimes de malaises dans leur école du Blayais, après l’épandage de pesticides par deux châteaux voisins. En Gironde, la surexposition aux pesticides est généralisée. Y compris pour les enfants. D’après une enquête du Monde publiée en décembre 2025, 112 écoles du département figurent parmi les 500 plus exposées aux pesticides en France. L’école de Gauriac n’y échappe pas. En 2021, des relevés atmosphériques ont été effectués dans la cour par l’association anti-pesticides Générations futures. À la lecture des résultats, début 2023, le maire n’a pas été surpris : «Ils ont trouvé ce qu’ils devaient trouver, des pesticides en quantité non négligeable. En particulier le folpel [un fongicide cancérogène possible pour les humains, très utilisé dans la vigne, NDLR] et d’autres plus anciens comme le lindane, insecticide interdit depuis 1998 mais qui a une rémanence longue.» Localement, l’omerta persiste, d’après Sylvie Nony, de l’association girondine Alerte pesticides : «Il y a une grosse pression pesticides dans le Blayais, mais il ne faut pas en parler, comme si ça n’existait pas.» Valérie*, salariée de la cantine et de la garderie de l’école depuis sept ans, croisée devant le portail avant le chantier participatif d’épandage, parle «d’inconvénients» au sujet des pesticides, et s’émeut surtout de voir les vignes être arrachées partout dans le Blayais. Vanessa Broc, présidente de l’association des parents d’élèves de l’école, salue de son côté le fait «d’éviter d’avoir tous ces rejets autour de l’école». Si ce projet répond à une question de santé publique, il entend aussi expérimenter des solutions pour l’agriculture. Grégory Epaud accompagne la commune pour le syndicat de rivière du Moron, qui gère neuf cours d’eau sur le territoire. «Sur la parcelle communale, on a planté des végétaux qui pourraient être complémentaires de la culture de la vigne, tout en étant en accord avec les terroirs locaux, l’ensoleillement… et sans avoir besoin de traitement, ou peu. On a planté de l’amélanchier, par exemple», explique-t-il. Le projet inclut des journées techniques à destination des viticulteur·ices, en partenariat avec les instances viticoles et la chambre d’agriculture, qui sont également partie prenante du comité de pilotage. À travers cette expérimentation, le syndicat de rivière suit l’évolution de la biodiversité et de la qualité physico-chimique des sols. Le technicien paysagiste poursuit : «Il y a trois ans, on a retrouvé un pourcentage satisfaisant de matière organique et de carbone, mais aussi la présence de métaux lourds : du cuivre, du fer, du manganèse… et la présence étonnante de DDT, un pesticide interdit en 1972, en bas de la parcelle.» À cet endroit se trouve aujourd’hui une mare «de 50 mètres carrés», commente Alain Vidal. Des traces de sangliers sont visibles dans le fond argileux, qui n’est pas encore en eau. Le conseiller en agroécologie poursuit son inspection du terrain vers un espace clôturé, laissé en libre évolution : «On a de la folle-avoine, c’est intéressant. De toute façon, il n’y a pas de mauvaises herbes, que des plantes qui donnent des indications sur l’état du milieu.» «On veut être un petit relais pour montrer que la diversification est possible sur nos terroirs, en travaillant sur la régénération des sols et sans pesticides», espère-t-il. Lui, l’ancien vigneron en conventionnel, qui traitait ses cultures avec du glyphosate, sait que les déclics peuvent être longs : «Quand tu gagnes des ronds, pourquoi se remettre en cause ? La grande limite de l’agroécologie, c’est la lenteur. On avance au rythme des champignons et des vers.» La litière forestière fermentée est épandue. Alors que le soleil disparaît derrière les vallons, le groupe se dirige vers le hangar des services techniques pour laver les outils. Pour la prochaine fois, Alain Vidal a déjà une idée : «Si ça vous dit, on s’amène un petit quelque chose à manger et à partager ?» *La personne interrogée n’a pas souhaité donner son nom. Texte intégral (1576 mots)


«On a un beau paysage… mais qui ne fait plus vivre»

Surexposition aux pesticides et omerta

Une parcelle expérimentale
«On avance au rythme des champignons et des vers»
Lilou Hiver
S’il y a bien une chose que l’on peut reconnaitre au sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains), c’est qu’il est tenace. Son amendement pour réintroduire l’acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides interdits en France mais autorisés ailleurs en Europe, a été validé dans la nuit de lundi à mardi par le Sénat dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole (LUA). En approuvant, à 183 voix contre 129, ce nouveau volet du projet de loi, les sénateur·ices ont ressuscité, à l’initiative de la droite et des centristes, une partie des mesures de la loi Duplomb, partiellement censurée en 2025 par le Conseil constitutionnel. Ce dossier avait provoqué une fracture au sein de la classe politique mais aussi dans la population. En juillet dernier, plus de deux millions de Français·es avaient signé une pétition pour s’opposer au texte. En janvier, le sénateur-agriculteur a déposé une nouvelle proposition de loi (dite «Duplomb 2»), plus conforme – selon lui – aux exigences des «Sages» concernant la charte de l’environnement. Ce nouveau texte n’a toujours pas été examiné par le Sénat, mais l’élu de Haute-Loire n’a jamais caché son intention de l’insérer par voie d’amendement dans le projet de LUA. «Nous sommes les seuls à interdire des molécules en Europe depuis plus de dix ans. On tue à petit feu notre production française de fruits pour finir par importer en masse ces mêmes fruits, produits avec ces mêmes molécules», a justifié Laurent Duplomb, corapporteur de cette loi d’urgence. Une «hypocrisie» qui affaiblit certaines filières comme la betterave, la pomme, la cerise et la noisette, d’après lui. Les dérogations cibleraient d’ailleurs précisément ces filières en difficulté, une rédaction jugée «proportionnée», selon ses défenseur·es. De l’autre côté de l’hémicycle, la gauche a crié à la «surenchère pro-pesticides» et à l’«acharnement», relayant les inquiétudes d’associations de défense de l’environnement
indignées face à la perspective de voir réintroduit l’acétamipride, néonicotinoïde toxique pour la biodiversité et potentiellement pour la santé humaine. Le sénateur écologiste Daniel Salmon a fustigé «un gigantesque renoncement», le socialiste Jean-Claude Tissot dénonce quant à lui un «retour en arrière inacceptable». Également opposé à cette mesure, le gouvernement a exprimé ses inquiétudes quant au risque de compromettre l’adoption de l’ensemble du projet de loi avant la fin de l’été. «Ce que je crains, c’est que cette question est tellement virulente qu’elle pourrait emporter le texte tout entier», s’est inquiétée la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. «On ne nous le pardonnerait pas dans les fermes», avait-elle déjà prévenu un peu plus tôt. «Lorsque des doutes sérieux existent sur les effets d’une substance pour la santé humaine ou pour la biodiversité, notre responsabilité est d’agir avec prudence», a souligné la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. Ce point sera au cœur des négociations à venir entre les député·es et les sénateur·ices, qui seront chargé·es mi-juillet de trouver un terrain d’entente sur ce texte lors d’une commission mixte paritaire (CMP). Ce volet sur les insecticides est loin d’être le seul irritant du texte, d’autant que le Sénat, dominé par la droite, promet des mesures controversées sur plusieurs points clés comme la gestion de l’eau et la prédation du loup. Celles-ci ont embarrassé Monique Barbut, qui a constaté certains «reculs» dans la copie des parlementaires, les appelant lundi à rétablir «l’équilibre» du texte. Dans un discours à la tonalité beaucoup plus conciliante, Annie Genevard a réfuté l’existence de «reculs environnementaux» dans le texte proposé par le Sénat. Au sortir d’une canicule exceptionnelle, un dense volet sur l’eau risque de faire parler ces prochains jours. Il prévoit d’atténuer les obligations environnementales nécessaires à la construction d’ouvrages de stockage (mégabassines). Autre pan très discuté du texte, les moyens offerts aux éleveur·ses pour se protéger du loup, avec la suppression d’une autorisation préalable requise pour effectuer des tirs de défense lors d’attaques sur les troupeaux. Le gouvernement portera des amendements pour supprimer plusieurs de ces ajouts. Plus de 800 doivent encore être examinés, présageant de longs débats qui devraient se dérouler jusqu’à la fin de la semaine, avant un vote sur l’ensemble du texte. Texte intégral (980 mots)

«Un gigantesque renoncement»
De longs débats à venir
Esteban Grépinet
Les succès de l’équipe de France contre les «lions de la Teranga» du Sénégal et les «lions de Mésopotamie» de l’Irak, l’exploit des «requins bleus» du Cap-Vert face à l’Espagne, la qualification historique des «éléphants» de la Côte d’Ivoire en phases finales… La Coupe du monde de football 2026 bat son plein depuis deux semaines, et la biodiversité est partout dans cette compétition pourtant bien peu écologique. «Les équipes de sport mobilisent l’imaginaire animal pour différentes raisons, retrace Ugo Arbieu, socio-écologue à l’université Paris-Saclay. Souvent pour des critères esthétiques, comme les “zèbres” de la Juventus de Turin et leur maillot noir et blanc. Aussi pour un héritage culturel : les ducs de Bretagne utilisaient l’hermine dans leurs armoiries, ce qui a inspiré beaucoup de logos locaux comme celui du Stade rennais. Ou pour représenter des caractéristiques qu’on veut donner au club : puissance, agilité, rapidité…» La marchandisation du secteur a beaucoup joué, complète le chercheur : «Quand le sport s’est professionnalisé, il a fallu créer des marques, des logos, des symboles qui génèrent de la valeur et des revenus.» De ce constat, le scientifique a créé avec d’autres le projet The Wild league («La Ligue sauvage», en anglais), destiné à sensibiliser les supporteur·ices et à encourager les clubs et fédérations à financer la protection de ces espèces omniprésentes dans leur imaginaire. À l’occasion de la Coupe du monde de football 2026, qui se déroule en Amérique du Nord du 11 juin au 19 juillet, les scientifiques ont calculé qu’un peu plus de la moitié des 48 sélections qualifiées pour la compétition ont un animal ou une plante comme symbole (sur leur maillot ou dans leur surnom). Parmi ces espèces, treize sont menacées de disparition à l’échelle de la planète. Oubliez Messi, Ronaldo et Mbappé : la star de la Coupe du monde, c’est incontestablement le lion. Le fauve, symbole de puissance et de domination, est le symbole de neuf équipes qualifiées. C’est le cas du Maroc, du Sénégal et de l’Irak, mais aussi de contrées où l’espèce n’a jamais vécu : l’Angleterre (les joueurs sont d’ailleurs surnommés les «Three Lions»), l’Espagne, la Norvège, la République tchèque… Pourquoi ce tropisme européen ? Selon l’historien Michel Pastoureau, l’Église catholique a imposé le lion comme «roi des animaux» au cours du Moyen Âge, afin de détrôner l’ours, trop païen à son goût. Le symbole s’est installé dans les cours royales, et se retrouve encore aujourd’hui sur de nombreux blasons nationaux, comme celui de l’Espagne. «En Europe, on a quasiment exterminé tous les prédateurs de nos écosystèmes, ajoute Ugo Arbieu. Nous empruntons nos symboles dans des écosystèmes lointains, où ils disparaissent eux aussi.» «Depuis que Sadio Mané est né, nous avons perdu quasiment 50% des populations de lions en Afrique.» Pantera leo est classé «en danger» dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). «Depuis que Sadio Mané [star de l’équipe du Sénégal, NDLR] est né, nous avons perdu quasiment 50% des populations de lions en Afrique, a calculé Ugo Arbieu. En imaginant que la surface d’un terrain de foot représente l’aire de distribution originelle des lions, à l’heure actuelle ils n’existeraient plus que dans le rond central.» Certaines sous-espèces ont même déjà disparu à l’état sauvage, à l’image du lion de l’Atlas, surnom bien connu des footballeurs marocains. Parmi les espèces symboles de la Coupe du monde, le lion n’est pas le seul à être menacé. On peut citer l’éléphant de savane d’Afrique, symbole fort de la Côte d’Ivoire. Le pachyderme est lui aussi «en danger» d’extinction à l’échelle de la planète. La population ivoirienne s’est effondrée au cours du 20ème siècle à cause de la chasse et de la déforestation, et il ne reste aujourd’hui plus que quelques centaines d’individus dans le pays. Du côté des fauves, la République démocratique du Congo a pour emblème le léopard d’Afrique, classé «vulnérable» sur la liste rouge mondiale. Qualifiés pour les seizièmes de finale, les joueurs de la sélection ont d’ailleurs débarqué aux États-Unis avec des tenues… motif léopard. L’équipe de Corée du Sud arbore quant à elle un tigre sur son maillot. Symbole national du pays, le tigre de Sibérie y a pourtant disparu depuis des décennies – seules quelques centaines d’individus survivent à l’extrême-orient de la Russie. Symboles de puissance et d’agilité, les rapaces ne sont pas en reste, avec le condor des Andes – stylisé sur le maillot de l’Équateur – ou encore le faucon sacre, symbole national de l’Arabie saoudite. Éliminés dès les phases de poules, les «faucons verts» pourraient aussi voir disparaître leur emblème : l’oiseau est «en danger» à cause des captures illégales et de la dégradation de son habitat. Chez les autres mascottes du football mondial, certaines sont aussi de précieux témoignages de la richesse de la biodiversité. C’est le cas des espèces endémiques, qui ne vivent que dans une zone géographique précise : le kangourou et l’émeu, animaux emblématiques de l’Australie, ou encore la fougère argentée de Nouvelle-Zélande. Symbole national repris de la culture maorie, cette plante se retrouve aussi sur le maillot des célèbres rugbymen et rugbywomen «All Blacks». Un autre végétal affiche ses ramages sur les terrains de football : la protée. Fièrement arborée par l’Afrique du Sud, qui s’est qualifiée pour la première fois de son histoire en phase finale, cette majestueuse fleur est devenue le symbole des sélections nationales depuis la fin de l’apartheid (elle s’est ajoutée au springbok). Il en existe plus de 300 variétés, dont la moitié sont aujourd’hui menacées de disparition. «Des milliers d’insectes et d’oiseaux ont des relations spécialisées avec ces plantes, complète Ugo Arbieu. Si elles disparaissent, c’est l’écosystème qui s’effondre.» D’autres espèces moins menacées mais toutes aussi passionnantes peuplent cette Coupe du monde. C’est le cas des «fennecs» de l’Algérie, typiques des déserts du Sahara, des «requins bleus» du Cap-Vert, une espèce de squale encore très répandue, ou encore des «loups» de l’Ouzbékistan. Allemagne, Tunisie, Mexique… Plusieurs sélections arborent aussi des aigles royaux, classés en «préoccupation mineure» à l’échelle du globe par l’UICN, mais dont les populations restent localement sensibles aux destructions d’habitats, aux empoisonnements ou encore aux électrocutions. Dans les curiosités animales du football mondial, on peut enfin citer les espèces domestiques, comme le fameux coq de l’équipe de France et le canari brésilien, ou encore l’étonnant corbeau à trois pattes du Japon – une créature issue de la mythologie locale. Au-delà de la Coupe du monde, de nombreux clubs sportifs ont des espèces animales ou végétales comme symboles, à découvrir sur cette carte interactive du projet The Wild league. Texte intégral (1678 mots)

Pays-Bas, Maroc, Angleterre, Sénégal… Le lion, roi des symboles
Léopards du Congo, condors de l’Équateur ou tigres de Corée : d’autres animaux emblématiques menacés
Fougères endémiques, requins bleus et corbeau à trois pattes
Zoé Moreau, Lilou Hiver
Après une succession de rendez-vous aux tribunaux, le feuilleton judiciaire du controversé chantier de l’autoroute A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) touche à sa fin. Ce lundi, le Conseil d’État a rejeté les recours des associations opposées au projet – parmi lesquelles France nature environnement Occitanie-Pyrénées et Notre Affaire à tous. Dans une opération de la dernière chance, les anti-A69 avaient saisi la plus haute juridiction administrative française en fin d’année dernière, dans l’espoir qu’elle annule la décision de la cour administrative d’appel de Toulouse du 30 décembre 2025, qui avait validé le projet en deuxième instance. Finalement, le Conseil d’État a bien donné raison à la cour administrative d’appel et a reconnu la «raison impérative d’intérêt public majeur» (RIIPM) accordée au projet d’autoroute. Cette «carte joker» était au cœur des débats judiciaires. Elle permet à un projet portant atteinte à la biodiversité de s’affranchir du principe de protection des espèces lorsqu’il est jugé suffisamment important pour le développement économique, social ou sécuritaire d’un territoire. Ici, la RIIPM autorise l’atteinte à 157 espèces animales protégées présentes sur le tracé. Le Conseil d’État a estimé qu’il n’était pas nécessaire de prouver «une situation critique d’enclavement» ou un «décrochage démographique et économique» pour justifier d’une RIIPM. Et que la reconnaissance de son «utilité publique» suffisait. Il a ainsi rappelé que le projet autoroutier répondait bien à quatre objectifs distincts : «réduire le temps de trajet entre Castres et Toulouse, améliorer le cadre de vie des riverains, procurer un gain de sécurité routière et contribuer au développement de l’agglomération castraise». Pour l’institution, «aucune alternative au projet ne répond de manière efficace aux objectifs». L’option ferroviaire ne présenterait pas un niveau de desserte équivalent, notamment au regard des investissements nécessaires. Quant au passage de la route nationale en deux fois deux voies, il n’offrirait pas, selon les juges, des résultats comparables en matière de temps de parcours, de sécurité routière et d’effets sur le cadre de vie des riverain·es. «L’avis du Conseil d’État est ahurissant, confie à Vert Thomas Digard, du collectif d’opposant·es La Voie est libre. C’est une jurisprudence catastrophique qui s’assoit sur le droit européen. La justice n’existe plus.» Il craint que cette décision ne permette à l’avenir à la cour d’appel de valider des projets sans démontrer de véritable raison impérieuse. Les associations de défense de l’environnement dénoncent depuis 2023 les destructions de zones humides, de terres agricoles, d’arbres, d’écosystèmes et de nappes phréatiques liées à la construction de ce segment autoroutier de 53 kilomètres censé raccourcir d’une vingtaine de minutes le trajet entre Toulouse et Castres (qui nécessite aujourd’hui environ 1h15 de voiture). Face à cette décision qu’il juge contraire au droit de l’Union européenne et à sa directive Habitats, le collectif La Voie est libre envisage de saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Texte intégral (710 mots)

«Aucune alternative ne répond de manière efficace aux objectifs»
La cour européenne de justice comme dernier espoir ?
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