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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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07.08.2026 à 06:00

«On voit disparaître des espèces» : en Guadeloupe, la célèbre réserve Cousteau peine à enrayer l’effondrement de sa biodiversité

Ludovic Clerima

Texte intégral (2142 mots)
La réserve Cousteau, au large de la Guadeloupe, est le premier spot de plongée en France. © s_wh/ Flickr

☀ Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.

Île d’Oléron, GR20 en Corse, Mont-Saint-Michel… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons en Guadeloupe, dans la réserve Cousteau. Premier spot de plongée français, ce joyau vivant voit sa biodiversité disparaître face à la hausse des températures.

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Que ce soit durant les vacances d’été ou pendant la haute saison (entre les mois de décembre et avril), la plage Malendure à Bouillante (Guadeloupe) ne désemplit pas. Pour la plupart des touristes, l’idée n’est pas de faire bronzette sur le sable noir en admirant les îlets Pigeons, mais plutôt d’explorer les fonds marins. Le site est l’un des plus populaires de Guadeloupe pour sa célèbre «réserve Cousteau», en référence au commandant du Calypso : «C’est un nom donné par les commerçant.es du coin», indique Thibaut Glasser, chef du pôle marin au Parc national de la Guadeloupe.

L’intérêt pour le lieu naît bien grâce au légendaire – et controversé – marin à bonnet rouge. Lorsque Jacques-Yves Cousteau se rend en Guadeloupe dans les années 1950 pour tourner Le Monde du silence, il découvre les îlets Pigeons. La faune et la flore marines lui coupent le souffle et il tente, sans succès à l’époque, de faire protéger la zone. Sorti en 1956, son film fait un carton, avec près de 4,6 millions d’entrées en salles. Il est le seul documentaire, avec Fahrenheit 9/11, à avoir remporté la Palme d’or au festival de Cannes. Il obtient même en 1957 l’Oscar du meilleur documentaire.

Cette exposition inattendue place les îlets Pigeons – désormais appelés «réserve Cousteau» – sur la carte mondiale des spots de plongée. On y dénombre 100 000 immersions par an, selon les données du Parc national de Guadeloupe. Un record en France. Sur mer comme sur terre, on peut y voir une grande diversité d’animaux ainsi que des espèces que l’on ne connaît nulle part ailleurs. C’est le cas par exemple de l’Oiclus cousteaui, qui en français s’appelle… le scorpion Cousteau.

«Les coraux étaient morts» 

La Guadeloupe fait partie des 36 hotspots de biodiversité dans le monde, selon l’ONG Conservation International. Poissons perroquets multicolores, poissons anges, noirs et jaunes qui fusent dans l’eau, poissons chirurgiens qui rappellent aux fans de Disney le personnage de Dory dans Le Monde de Némo, sans oublier la formidable diversité de coraux en présence… Voilà quelques-unes des espèces qui peuplent la zone sous-marine des îlets Pigeons.

Un poisson perroquet de feu dans les eaux de Guadeloupe. © Kary Mar/Flickr

Ou plutôt peuplaient, comme le constate Noémie, qui vit en Guadeloupe. «J’ai découvert la réserve Cousteau en 2010. C’était la première fois que je faisais de la plongée et j’étais émerveillée par toutes ces couleurs. Mais j’ai eu l’occasion d’y retourner en décembre 2025 et ce n’était plus du tout pareil. Les coraux étaient morts. Il y avait moins de poissons. Tout était gris».

Un constat partagé par la communauté scientifique : «Ce n’est pas qu’une impression. Par endroits, à cause du réchauffement climatique, on voit disparaître des espèces, essentiellement des coraux, explique Thibaut Glasser. La température de l’eau ne descend plus et reste autour des 29 degrés. Or, à ce niveau-là, les coraux cuisent et meurent. Tout ceci détruit l’habitat et la zone de chasse de nombreux poissons.»

Entre 2022 et 2025, l’archipel a perdu environ 50% de son taux de recouvrement en coraux, selon les données du Parc national de Guadeloupe. Seuls 5 % à 6 % du territoire marin en est aujourd’hui recouvert. «L’impact du réchauffement climatique se fait également sentir sur les tortues. Le sexe de ces animaux est déterminé par la chaleur du sable où sont enterrés les œufs, ajoute Thibaut Glasser. Avec des températures plus élevées, les tortues qui naissent sont plus souvent des femelles. Et qui dit moins de mâles, dit moins de reproduction et donc moins de tortues à terme.»

Vers des coraux plus résistants

Les Guadeloupéen·nes cherchent activement des solutions pour préserver, voire restaurer, la faune marine des îlets Pigeons et de l’ensemble du département. Des travaux se déroulent en partie dans la commune de Gosier, au sein de l’Aquarium de Guadeloupe. Sont ainsi exposées dans des bassins dédiés quelques colonies de coraux de type Acropora palmata, reconnaissable à leur forme de cornes d’élan. Omniprésentes dans tout l’archipel par le passé, elles sont aujourd’hui de plus en plus rares.

«Nous parvenons à les faire grandir ici, et nous aimerions contribuer à terme à leur restauration dans le milieu naturel, indique Martin Godoc, directeur de l’Aquarium de Guadeloupe. Les suivis réalisés en Guadeloupe montrent aujourd’hui une mortalité extrêmement importante de cette espèce, comprise entre 98 et 100 % selon les sites suivis. Nous souhaitons également étudier certaines colonies d’Acropora palmata qui ont réussi à survivre.»

«La restauration des récifs ne pourra pas fonctionner durablement si nous ne traitons pas également les autres causes de leur dégradation, comme la qualité de l’eau et la gestion des eaux de rejet »

Reste que les réglementations environnementales en cours, visant à protéger ces espèces, empêchent dans le même temps à ces initiatives de prendre de l’ampleur, qu’elles émanent d’organismes privés comme l’Aquarium de Guadeloupe ou d’institutions publiques, comme l’Université des Antilles. Le traitement des dossiers administratif est long (trois ans en moyenne), et lorsque la décision des autorités tombe, le projet initial n’est plus adapté. «La protection de ces espèces nécessite naturellement un encadrement strict. Mais l’enjeu aujourd’hui est aussi de permettre à des projets locaux de conservation d’émerger plus facilement, afin que les initiatives de terrain puissent contribuer pleinement aux efforts collectifs de restauration des récifs», ajoute Martin Godoc.

Des coraux Acropora palmata vivants en 2022 (à gauche)… et morts en 2024 (à droite). © Mariane Aimar/Coraïbes Studio

Ailleurs, sur l’île de Bonaire dans les Antilles néerlandaises, la fondation Reef Renewal Bonaire a réussi à replanter plus de 35 000 coraux dans la mer depuis 2013, avec l’aide de plus de 1 300 plongeur·ses formé·es, résident·es et visiteur·ses. Grâce à des techniques de fécondation in vitro, ces chercheur·ses ont créé des espèces de coraux plus résistants au changement climatique.

«Faire du brassage génétique en s’appuyant sur les coraux les plus résistants serait une excellente idée chez nous. Mais la restauration des récifs ne pourra pas fonctionner durablement si nous ne traitons pas également les autres causes de leur dégradation, comme la qualité de l’eau et la gestion des eaux de rejet », déplore Martin Godoc.

Les eaux usées sur le banc des accusés 

Car, à Malendure comme ailleurs en Guadeloupe, le réchauffement climatique n’est pas le seul coupable de la destruction de l’environnement. Les nombreux problèmes du réseau d’assainissement des eaux sur le territoire, avec le rejet dans la mer d’eaux usées chargées en matières fécales et autres éléments polluants, participent à la destruction des coraux. Comme le rappelle Thibaud Rossard, président de l’association V-Reef, qui oeuvre à la protection du récif corallien en Guadeloupe, «quand l’eau est chargée en matières en suspension, ces dernières se déposent sur les écosystèmes et créent un sédiment très fin qui étouffe les végétaux. Sans lumière, il n’y a plus de photosynthèse et les coraux ne peuvent plus se développer. Ils sont étouffés par les algues».

La Guadeloupe (ici les ilets Pigeon) est l’un des principaux hot spot de biodiversité dans le monde. © TeBephotographs 

Malgré la classification depuis 1996 des îlets Pigeons comme zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique de type I, puis comme cœur de Parc National en 2009 (un des statuts les plus protecteurs sur le plan environnemental), les eaux alentour ne sont pas toujours de bonne qualité. Sur le site Baignades du ministère de la Santé, on découvre ainsi que sur l’année 2025, la qualité de l’eau à Malendure a été jugée mauvaise ou moyenne six mois sur douze par les autorités publiques en charge des contrôles.

La cause de cette classification ? Une présence anormalement élevée en bactéries de type entérocoques intestinaux et Escherichia coli. «C’est un vrai problème. Le secteur a été identifié par le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (SMGEAG) comme étant prioritaire. Une station de traitement et d’épuration est en voie de construction», précise Thibaut Glasser. Coût de l’opération : 890 000€. Reste qu’au moment où nous écrivons ces lignes, la première pierre n’a toujours pas été posée.

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06.08.2026 à 12:04

«Si c’est pour qu’il naisse sur une planète en guerre et en feu, ce n’est pas la peine» : elles et ils voulaient un enfant, mais leur vie a basculé cet été

Zoé Moreau

Texte intégral (1652 mots)
Canicules, incendies, sécheresses… Pour ces Français·es, l’été 2026 marque un tournant dans leur réflexion sur la parentalité. © Aurore Chapon

Canicules, incendies et sécheresse : face à un climat qui s’emballe, l’avenir des Français bascule

Désir d’enfants, déménagement, changement de carrière ou de vie… Vert a recueilli des centaines de témoignages de personnes dont l’avenir a été percuté par cet été infernal. Découvrez leur histoire dans notre série en quatre volets intitulée «2026, l’été de la bascule».

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Ce 8 juin 2026, Mathilde* a probablement pris l’une des décisions les plus radicales de sa vie : renoncer à sa fertilité. Atteinte d’un cancer du sein diagnostiqué trois mois plus tôt, cette jeune femme de 32 ans s’apprête à commencer une hormonothérapie susceptible de compromettre sérieusement ses chances d’avoir un enfant. Les soignant·es lui proposent de faire congeler ses ovocytes. Elle refuse.

«Dans ma chambre d’hôpital, il faisait 35 ou 36 degrés. La fenêtre était recouverte d’une couverture de survie et je venais d’apprendre la réintroduction de pesticides interdits, raconte-t-elle à Vert. J’ai compris que les prochaines années allaient être un défi, et je me suis dit : à quoi bon faire un enfant dans ce monde ?» Aujourd’hui, il n’est plus possible de faire machine arrière, explique Mathilde. Si elle a dû choisir dans l’urgence, elle l’assure : «Je ne regrette pas mon choix».

En mai, juin puis juillet, quatre canicules successives ont accablé la France hexagonale, et mis les corps, les esprits et la société tout entière à rude épreuve. Pour beaucoup de Français·es, l’été 2026 a fait du changement climatique une réalité brutale. Un «choc» qui, chez certain·es, a fait vaciller leur désir d’enfant – jusqu’au renoncement.

«Si je fais des enfants, qu’est-ce qu’ils vont boire ?»

Emma* fait partie de celles et ceux qui doutent encore. Les vagues de chaleur successives et la «dépression» dans laquelle elles l’ont plongée ont profondément ébranlé les certitudes de cette Iséroise de 31 ans. La canicule de juin «m’a fait entrer dans une spirale très noire», confie-t-elle. «Pour la première fois, j’ai eu un aperçu concret de l’avenir. Les oiseaux ne chantaient plus dehors, les tomates de mon potager ont arrêté de pousser, les pollinisateurs avaient disparu. J’étais en état de sidération totale», confie-t-elle.

Est-il souhaitable de mettre au monde un enfant dans ces conditions ? «J’y pense tout le temps : si j’en fais, qu’est-ce qu’ils vont boire ? Qu’est-ce qu’ils vont manger ? Dans quel contexte vais-je les élever ? Je n’ai pas de réponse. Mais ça me travaille.»

Quand Emma hésite encore, d’autres estiment avoir arrêté leur choix. À quelques centaines de kilomètres plus au nord, Émilie*, ingénieure agronome de 25 ans, l’affirme : «Je n’aurai pas d’enfant.» Avec son compagnon, elle vit sous les combles d’un immeuble mal isolé à Mantes-la-Ville, dans les Yvelines. Les trois vagues de chaleur de l’été ont transformé son appartement en étuve et achevé de dissiper les derniers doutes de la jeune femme.

«Avant cet été, je réfléchissais déjà à faire une ligature des trompes [méthode de stérilisation définitive, NDLR], mais j’hésitais encore parce qu’une partie de moi voulait croire en l’avenir. Ça y est, j’ai perdu toute forme d’espoir», rapporte-t-elle. Dans deux ans, son implant contraceptif arrivera à son terme. Cette fois, elle le jure : «Il n’y aura pas de nouveau moyen de contraception réversible après.»

Une inquiétude déjà mesurée par les démographes

Ne pas vouloir d’enfant dans «un monde qui brûle» n’est pas un phénomène nouveau. Les témoignages recueillis par Vert illustrent un constat déjà établi par les démographes : l’inquiétude face à l’avenir peut peser sur le nombre d’enfants désiré.

En 2024, l’Institut national d’études démographiques (Ined) a interrogé 12 800 personnes vivant en France hexagonale. Dans une étude publiée en 2025, ses chercheur·ses constataient que les Françaises et Français souhaitaient moins d’enfants qu’auparavant, notamment en raison de leurs «craintes» pour le futur. «Les personnes très inquiètes pour l’avenir des générations futures souhaitent en moyenne 0,11 enfant de moins que les autres», écrivaient les auteur·ices.

Cet écart pourrait-il encore augmenter après cet été ? Pour le sociologue Milan Bouchet-Valat, co-auteur de l’étude, ce n’est pas à écarter : «De manière générale, on peut penser que les épisodes climatiques extrêmes tels que les canicules renforcent cet effet», explique-t-il à Vert.

«Je regrette d’avoir fait un enfant dans ce monde»

Subir ces canicules brutales à répétition, «c’est se rendre compte qu’on est dans un train lancé à pleine vitesse, qu’il y a un mur devant et que personne n’actionne le frein», résume Émilie. «Je ne veux pas avoir la responsabilité de mettre au monde une personne qui aura à vivre dans ce monde-là. Je ne veux pas d’un enfant qui connaîtra des étés à 50 degrés, la violence du système capitaliste, et qui verra que les responsables politiques n’écoutent rien, poursuit-elle. Je pense que cet enfant serait malheureux.»

Son témoignage résonne avec ceux de Léa* et Thomas*. La première a 30 ans et vit à Orléans (Loiret). Le second travaille comme comptable près de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Tous deux ont déjà un enfant. Et tous deux affirment que, si leur décision avait dû être prise après cet été, ils auraient peut-être renoncé à devenir parents.

«Je regrette d’avoir fait un enfant dans ce monde, confie Thomas. J’aime ma fille, mais j’ai peur pour son avenir. Je suis désormais certain que je ne ferai pas de deuxième enfant. Si c’est pour qu’il naisse sur une planète en guerre et en feu, ce n’est pas la peine.»

Léa abonde : «J’ai eu une grossesse formidable. J’ai un bébé formidable. Et j’adorerais en avoir un deuxième. Mais pourquoi mettre une personne supplémentaire sur cette Terre, alors que celle-ci ne va pas bien ? Ça fait déjà des mois que je me dis ça. L’été 2026 m’a confortée dans cette décision-là. À regret, je m’empêcherai d’avoir un autre enfant.»

«Il faudrait un changement profond de système»

Nous avons posé cette même question à Emma, Thomas, Émilie et Léa : qu’est-ce qui pourrait encore vous faire changer d’avis ? «Une bonne grosse révolution», répond cette dernière. Il faudrait, énumère-t-elle, «qu’on plante davantage d’arbres, que la société soit vraiment écoutée, qu’on mette la santé, les personnes âgées et les enfants au cœur de nos priorités».

Émilie aussi aurait besoin d’«un changement profond de système». «Emmanuel Macron appelle au réarmement démographique. Ça montre sa déconnexion profonde avec la réalité. Car c’est en partie de sa faute si je ne peux pas faire d’enfant», blâme-t-elle.

Pour Emma, l’espoir d’un sursaut politique n’a pas totalement disparu. Son choix pourrait notamment dépendre du résultat de l’élection présidentielle de 2027. «Si c’est La France insoumise ou Les Écologistes au pouvoir, je pourrais revoir ma décision. C’est la seule chose à laquelle je me raccroche maintenant», confie-t-elle.

Et d’asséner : «Si je prenais la décision définitive de ne pas faire d’enfant, ce serait vraiment par contrainte. Et je tiendrais pour responsable une partie de nos responsables politiques actuels. Ce sont eux qui ne prennent pas en compte les enjeux écologiques, qui continuent à spéculer et polluer sans limite, pendant que, nous, on remet en question notre avenir».

*Le prénom a été modifié.

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05.08.2026 à 11:37

«Complètement démesuré» : la préfecture de Gironde autorise le plus grand projet de ferme à saumons de l’Union européenne

Mathilde Picard + AFP

Texte intégral (1473 mots)
En janvier 2026, l’opposition aux fermes à saumons a rassemblé des associations de tous bord, des organisations de pêche et nombre de riverain·es. © Cyril Nahon

C’est «une usine qui va menacer la ressource en eau alors que le territoire subit déjà un stress hydrique», dénonce la porte-parole de l’ONG Seastemik, Esther Dufaure, auprès de France 3. L’implantation d’une mégaferme à saumons en Gironde, d’une ampleur inédite en France avec jusqu’à 10 000 tonnes produites par an, a été autorisée le 3 août par l’État «dans un cadre environnemental strict» alors que des habitant·es, des ONG et des parlementaires s’opposent à son installation.

Ce projet de 280 millions d’euros porté par la filiale française de la société Pure Salmon, financée par un fonds d’investissement singapourien, «présente un grand intérêt économique et industriel pour le territoire», a justifié mardi la préfète de la Gironde, Sophie Brocas. Cette usine terrestre d’élevage de saumons, en circuit fermé, doit être construite sur 14 hectares au Verdon-sur-Mer, au bout de l’estuaire de la Gironde, à partir de 2027.

Une décision qui provoque la colère des associations. La ferme à saumons aurait besoin de prélèvements d’eau très importants, jusqu’à 6 500 m3 par jour pour ce projet. Un chiffre qui interloque, d’autant plus dans le contexte actuel de sécheresse qui a participé à alimenter les incendies historiques subis par le département.

Dès 2025, 27 ONG ont dénoncé, dans un Appel pour l’océan, un projet «complètement démesuré» qui menacerait l’écosystème du «plus grand et plus sauvage estuaire» d’Europe, avec des rejets de boues au détriment de la pêche et de la culture de coquillages. Les professionnel·les s’inquiètent des risques pour leurs ressources. «Il y aura forcément un déséquilibre environnemental», s’indigne Philippe Morandeau, éleveur d’huîtres sur l’île d’Oléron au micro de France 3.

Emplois, encadrements des rejets : la préfète tente de se justifier

Alors que la pisciculture marine française ne représentait en 2024 que 5 807 tonnes de poissons, toutes espèces confondues, d’après les chiffres officiels, le projet girondin et ses 10 000 tonnes de saumons par an deviendra le plus important de toute l’Union européenne, selon Pure Salmon. Toutefois, des productions atteignent 12 000 t/an en Norvège, précise l’entreprise.

Pour la préfète, l’installation de la mégaferme «répond à plusieurs enjeux d’intérêt général : la reconversion d’une friche industrialo-portuaire à la pointe du Médoc, la création de 250 emplois directs et la production sur le territoire national du poisson le plus consommé par les Français, et actuellement importé à 99%.»

L’autorisation environnementale «est assortie de prescriptions environnementales particulièrement exigeantes qui encadreront aussi bien la phase de travaux que l’exploitation de l’installation» et feront l’objet d’un «contrôle permanent», tente de rassurer la représentante de l’État.

Elle cite notamment «la protection des ressources en eau et des milieux aquatiques», «la qualité des rejets aqueux dans le milieu naturel», «la préservation de la biodiversité et des espèces protégées» ou encore «la gestion des odeurs et limitation des émissions lumineuses».

Experts et associations soulignent les risques environnementaux

Jugeant les risques environnementaux trop importants, plusieurs centaines d’opposant·es ont manifesté en janvier dernier et en décembre 2025 sur le lieu d’implantation. Et l’enquête publique a enregistré plus de 20 000 contributions, défavorables dans leur quasi-totalité. Durant celle-ci, la commission locale de l’eau, le Bureau des ressources géogologiques et minières (BRGM) et le conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde, également opposés au projet, avaient pointé un déficit d’information derrière les «affirmations rassurantes». Alors que le projet est situé dans un espace naturel protégé, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) a déploré le manque de quantification précise des rejets d’azote et de phosphore dans les eaux.

Malgré cette importante mobilisation, la commission d’enquête publique a rendu un avis favorable en mars, comme le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) il y a un mois.

Une proposition de loi soutenue par une centaine de député·es allant de La France insoumise (LFI) aux Républicains réclame un moratoire de dix ans sur ces fermes-usines de saumons. Déposée en mars 2025, elle n’a pas encore été examinée à l’Assemblée nationale.

La technologie ne résout pas tout

La société Pure Salmon assure que sa «technologie éprouvée» garantit «un impact maîtrisé sur la biodiversité». La méthode utilisée est fondée sur un système de recirculation d’eau, «RAS» (pour recirculating aquaculture systems). Cela signifie que l’eau est toujours en mouvement, filtrée, traitée et réutilisée. Elle est «adoptée par de plus en plus de pays producteurs de poissons et reconnue comme étant la plus vertueuse quant aux volumes d’eaux nécessaires au fonctionnement de ce type d’installation», assure la préfecture.

«De l’enfumage», balaient les opposant·es, qui annoncent qu’une dizaine d’ONG dont Seastemik et L214 vont déposer prochainement un recours contentieux devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux. Si les principes de l’aquaculture en recirculation «sont aujourd’hui bien établis», des projets de cette taille constituent «un changement d’échelle» avec encore peu de «références opérationnelles» dans le monde, pointait l’Ifremer dans une note publiée en mars.

«Pure Salmon reconnaît les capacités sensorielles des poissons dans son dossier technique mais prévoit des densités très élevées (60 à 70 kg/m3) incompatibles avec les besoins du saumon atlantique, une espèce migratrice vivant en milieu ouvert», souligne l’association de lutte pour le bien-être animal L214. Selon celle-ci, «chaque individu aura seulement l’équivalent d’une demi baignoire».

Pure Salmon, de son côté défend ses bonnes intentions, affirmant que «le bien-être animal est au cœur du projet» et que l’approvisionnement de la ferme obéit à des «normes strictes», assurant aux saumons une alimentation «responsable et traçable».

Le projet divise également au sein du gouvernement. La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, s’y était opposée «à titre personnel» lors d’une audition au Sénat en avril. «Il n’y a aucune raison qu’il ne se fasse pas», avait répondu son collègue de l’industrie, Sébastien Martin, lors d’un déplacement en juin en Gironde.

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04.08.2026 à 16:49

«Faire primer l’intérêt de la nature sur celui d’un loisir» : la pression monte pour suspendre la chasse dans les zones incendiées

Esteban Grépinet

Texte intégral (859 mots)
Un cervidé fuyant les flammes lors d’un incendie en Californie (États-Unis), en 2018. © Noah Berger/AFP

Chevreuils fuyant les flammes, oisillons asphyxiés, tortues brûlées… La faune sauvage souffre face aux incendies qui ravagent la France cet été. Les feux de forêt, comme ceux de Gironde, ont probablement causé la mort de dizaines de milliers d’animaux, même si un bilan exhaustif reste difficile à estimer.

Devant ce désastre écologique, les appels à interdire la chasse dans les zones sinistrées se multiplient. La pétition «Pas de fusil sur les cendres» lancée sur la plateforme Change.org par Bruno Valentin, un gérant de refuge pour animaux dans le Cantal, a recueilli à ce jour plus de 380 000 signatures.

Le texte appelle notamment à un «moratoire immédiat de la chasse dans nos forêts incendiées» ainsi qu’à la mise en place d’un «périmètre de protection autour des zones brûlées pour permettre aux animaux de trouver refuge dans les parcelles épargnées sans être traqués». Des pétitions similaires ont été déposées sur le site de l’Assemblée nationale, mais sont moins suivies pour le moment.

Des adaptations «au cas par cas»

Dans leur sillage, cinq associations de défense des animaux ont envoyé ce mardi une lettre à la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, lui demandant de suspendre les activités de chasse dans les territoires marqués par des incendies, mais aussi plus largement par la sécheresse ou la canicule. «Il est de votre responsabilité, Madame la Ministre, de faire primer l’intérêt de la nature sur celui d’un loisir, et de décréter sans délai ce moratoire», implore le texte, que Vert a pu consulter.

«On fait comme si le changement climatique n’existait pas, alors qu’il faudrait adapter les dates de chasse en fonction des conditions climatiques»

Les associations ciblent notamment la chasse d’été, autorisée sous conditions pour quelques animaux (chevreuil, sanglier, renard), et appellent à reporter l’ouverture générale de la chasse (qui commence généralement début septembre) «tant que les conditions écologiques restent critiques». «On fait comme si le changement climatique n’existait pas, alors qu’il faudrait adapter les dates de chasse en fonction des conditions climatiques», précise auprès de Vert Richard Holding, de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas).

Face aux critiques, le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, a dénoncé fin juillet dans La Dépêche du Midi une proposition «ridicule» et «idéologique d’écolos qui n’y connaissent rien». «On ne va pas aller tirer sur des populations d’animaux s’ils ont été mis à mal par les incendies, on sait juger par nous-mêmes», argue-t-il.

La FNC prône une discussion «au cas par cas avec les préfets concernés […] au sein de chaque territoire communal». Juridiquement, ces derniers peuvent suspendre la chasse sur dix jours renouvelables «en cas de calamité» qui serait «susceptible de provoquer ou de favoriser la destruction du gibier». Plusieurs fédérations départementales se sont déjà prononcées pour des interruptions de chasse dans les zones incendiées, comme dans les Pyrénées-Orientales ou dans le massif du Bois Noir (Hautes-Alpes).

«Ce ne sont pas aux chasseurs de décider, nous demandons à ce que l’État se responsabilise et reprenne le pouvoir pour protéger la faune sauvage», tance Richard Holding. Interrogés par l’AFP, les services du Premier ministre, Sébastien Lecornu, ont évoqué des adaptations des calendriers de chasse «au cas par cas, territoire par territoire», et «en lien étroit avec les fédérations départementales des chasseurs».

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