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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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26.07.2026 à 07:00

Isolation, volets, ventilateurs de plafond : comment obliger son proprio à faire des travaux dans un logement bouilloire

Raphaëlle Vivent

Texte intégral (1774 mots)
Face aux canicules, la pose de volets peut faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés. © Frederic Scheiber/Hans Lucas via AFP

Jusqu’à 45 degrés Celsius (°C) dans certains appartements… L’été 2026, avec sa succession historique d’épisodes caniculaires, a démontré une nouvelle fois l’inadaptation de nombreuses habitations aux fortes chaleurs. Près d’un logement sur trois en France est une «bouilloire thermique», selon un rapport de juin 2025 de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé-Pierre).

Équivalent estival des «passoires thermiques» – qui retiennent mal la chaleur l’hiver –, les logements bouilloires surchauffent lors des épisodes caniculaires, avec des températures moyennes de 30°C en journée et de 28°C la nuit, selon la définition de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (Anil).

Si des travaux d’isolation ou de rénovation sont parfois nécessaires, la pose de volets peut déjà faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés. Pourtant, 43% des logements n’en ont pas. Des équipements qu’il est possible de faire installer par son bailleur, malgré la lenteur des procédures. «Bien souvent, les locataires n’osent rien réclamer. Il est important de leur rappeler qu’ils ont des droits», souligne Adrien Roux, militant de l’association Locataires ensemble, qui défend les habitant·es du parc public et privé dans plusieurs villes françaises.

Je souhaite faire installer des volets, des stores ou un brasseur d’air

Contrairement à l’humidité excessive ou à la présence de nuisibles, la chaleur extrême ne figure ni parmi les motifs d’insalubrité d’une habitation – sauf à Lyon, depuis le 15 juillet – ni parmi les critères de non-décence. Toutefois, un logement trop chaud ne répond pas aux règles sanitaires d’hygiène et de salubrité (RSHS) définies par le décret du 29 juillet 2023 du Code de la santé publique. Il stipule qu’il «doit être pourvu d’un système de régulation de la chaleur fonctionnel et suffisant, qui peut être assuré par différents moyens tels l’isolation thermique, la présence de volets, la possibilité de ventilation nocturne […] ainsi que par leur combinaison».

En s’appuyant sur cet article, la première démarche pour un·e locataire consiste à adresser une demande écrite à son propriétaire, en détaillant le problème rencontré. «Il ne suffit pas d’écrire que l’on a trop chaud : il faut bien argumenter et formuler des demandes concrètes», explique Adrien Roux. Pour rédiger ce courrier, on peut se faire aider par des associations comme Locataires ensemble, qui propose un modèle de lettre sur son site internet. Le ou la propriétaire a ensuite deux mois pour répondre.

En cas de refus, le ou la locataire peut contacter sa mairie, ou directement le service communal d’hygiène et de santé (SCHS), lorsqu’il existe. Après une visite du logement, le service rédige un rapport qui peut déboucher sur une mise en demeure, assortie d’un délai pour réaliser les travaux. Si le ou la propriétaire s’obstine, la commune infligera une contravention de 750 euros par logement concerné. «C’est une somme qui peut tout de même avoir de l’effet, surtout si le bailleur possède de nombreux appartements concernés», assure le militant.

Une longue procédure, mais qui porte ses fruits : fin juin, des locataires lyonnais·es soutenu·es par l’association ont obtenu de leur bailleur, la Compagnie foncière lyonnaise (CFL), la promesse du déblocage d’un million d’euros pour installer des protections solaires sur les fenêtres et des ventilateurs de plafond dans plusieurs immeubles de la ville.

Dans certains cas toutefois, la pose de volets sur une façade peut être refusée par les architectes des bâtiments de France (ABF), chargé·es de préserver le patrimoine et l’esthétique des lieux historiques. Selon un rapport sénatorial de 2024, près d’un tiers des logements français sont soumis à l’avis de ces fonctionnaires. Le projet de loi sur le logement, voté en première lecture au Sénat le 8 juillet et examiné à la rentrée à l’Assemblée nationale, pourrait assouplir ces règles : pour l’installation de protections solaires, l’avis des ABF passerait de «conforme» à «simple», c’est-à-dire qu’il deviendrait purement consultatif.

Je souhaite demander des travaux de rénovation énergétique

Certains logements nécessitent néanmoins des travaux plus conséquents. Les critères de décence incluent la performance énergétique et, depuis le 1er janvier 2025, une habitation ne peut théoriquement pas être mise en location si sa consommation d’énergie finale dépasse 450 kilowattheures (kWh) par mètre carré et par an. Cela correspond aux logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Cette règle pourrait évoluer avec le projet de loi sur le logement (voir plus haut), qui prévoit la réautorisation de la location de ces biens si le bailleur s’engage à effectuer des travaux sous trois à cinq ans.

Pour l’heure, cette interdiction court toujours mais concerne seulement les nouveaux contrats de location, et non ceux en cours. Au moment du renouvellement du bail, le ou la locataire peut donc demander le DPE de son logement. Si celui-ci est classé G ou si, plus globalement, l’habitation ne respecte pas les critères de décence, l’habitant·e est en droit d’exiger des travaux. Là aussi, il ou elle doit d’abord envoyer un courrier à son bailleur pour exposer la situation. En cas de refus ou d’absence de réponse sous deux mois, le ou la locataire peut saisir la commission départementale de conciliation.

Enfin, si les démarches à l’amiable échouent, reste la justice : le tribunal judiciaire de votre département peut contraindre le bailleur à réaliser les travaux de mise en conformité, le condamner à verser des dommages et intérêts et réduire le montant du loyer. Face à ces procédures complexes, ne restez pas seul·e. «Le réseau des Adil [agences départementales pour l’information sur le logement, NDLR] peut vous accompagner. Il est aussi possible de passer par la plateforme Signal logement, qui permet de décrire assez finement sa situation, afin d’être aidé rapidement par les services compétents», précise Louis du Merle, directeur juridique de l’Anil.

Je souhaite faire des travaux moi-même

En théorie, un·e locataire n’est pas autorisé à effectuer des travaux d’ampleur dans son logement sans l’accord de son bailleur. Mais un décret de 2022, pris en application de la loi Climat et résilience, instaure une exception pour certains chantiers de rénovation énergétique. Il faut tout de même en faire la demande, par écrit, au propriétaire : une absence de réponse dans les deux mois vaut accord. Le ou la locataire n’aura donc pas à remettre le logement en l’état à son départ s’il ou elle réalise les travaux suivants : isolation des planchers bas ; isolation des combles et des plafonds de combles ; remplacement des menuiseries extérieures ; protection solaire des parois vitrées ou opaques ; installation ou remplacement d’un système de ventilation ; installation ou remplacement d’un système de production de chauffage et d’eau chaude sanitaire et interfaces associées.

Il est possible de demander à son propriétaire de déduire du loyer le montant de ces rénovations, mais celui-ci peut refuser. Attention : il n’est pas légal de cesser de payer son loyer en l’absence de travaux. Seul un·e juge peut décider de le suspendre ou d’en réduire le montant.

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25.07.2026 à 07:00

«Mon père aurait dû partir autrement» : après les canicules, la colère de celles et ceux qui ont perdu un proche

Zoé Moreau

Texte intégral (1335 mots)
Au moins 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés en France durant la canicule du 17 juin au 2 juillet. © Jaap Arriens/NurPhoto via AFP

Chacun·e l’a éprouvé dans sa chair : les trois vagues de chaleur qui ont successivement accablé la France hexagonale en mai, juin et juillet ont mis les corps – et les esprits – à rude épreuve. Pour la plupart des Français·es, elles laisseront seulement le souvenir pénible de journées étouffantes. Pour d’autres, comme Marie*, l’été 2026 restera associé à une blessure plus profonde : celle de la perte d’un proche.

«En quelques heures, c’était réglé»

Cette Bretonne de 49 ans a perdu son père le 25 juin dernier, au plus fort de la deuxième vague. À 72 ans, Michel* s’est éteint dans un hôpital du Finistère, après plusieurs jours de lutte dans un service de soins palliatifs, éprouvé par les fortes chaleurs. «Il faisait plus de 30 degrés dans sa chambre, qui n’était évidemment pas climatisée, raconte sa fille. Nous lui avions posé une serviette humide sur les épaules et avions installé un ventilateur… mais il ne brassait que de l’air chaud. Ça n’a pas suffi : sa température corporelle ne cessait d’augmenter. Il a fait un coup de chaleur et, en quelques heures, c’était réglé.»

«Je ne peux pas affirmer qu’il est mort à cause de la canicule, car mon père souffrait de plusieurs cancers et d’autres pathologies qui l’avaient déjà beaucoup affaibli, confie-t-elle à Vert. Mais, ce qui est certain, c’est que la canicule a précipité son décès.» Avant cet épisode, assure-t-elle, «son état était stable».

La suite des événements est plus éprouvante encore. Faute de place dans une chambre mortuaire réfrigérée, car «les services de pompes funèbres étaient débordés par l’afflux de décès», le corps de Michel a dû être conservé plusieurs jours dans une simple salle climatisée. Le doute s’est alors installé : allait-elle pouvoir lui dire au revoir ? Les thanatopracteur·ices (chargé·es de préparer le défunt) «ont été très clairs : compte tenu du temps passé sous cette chaleur, le corps s’était beaucoup dégradé. Ils ne savaient pas s’ils pourraient le rendre présentable», rapporte Marie.

Plus de 5 700 décès en excès

La Bretonne n’est pas la seule à avoir perdu un proche dans ces conditions. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au moins 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés en France durant la canicule du 17 juin au 2 juillet, a indiqué Santé publique France mercredi. Les personnes âgées de 75 ans et plus ont été les plus touchées (elles constituent les deux tiers de ce bilan provisoire). Et la surmortalité a même frappé «de manière inédite pour toutes les classes d’âge à partir de 15 ans», a souligné l’institution.

En région parisienne, Sabrina a vécu un drame similaire. Son père, âgé de 92 ans, est décédé d’un arrêt cardiaque le 26 juin à l’Ehpad médicalisé Paul-Brousse, à Villejuif (Val-de-Marne), où il résidait depuis plusieurs années. Son état «était pourtant stabilisé», assure sa fille. «Mais la chaleur l’a épuisé. Dans sa chambre, il faisait 35 degrés, se remémore-t-elle. La veille de son décès, il a chuté une première fois, pris de vertiges. Puis le lendemain, une deuxième. C’était celle de trop.»

«Je ne peux pas m’empêcher d’être en colère. Mon père, c’était une force de la nature. À 92 ans, il arrivait encore à manger tout seul, il nous reconnaissait toujours… Je me dis que, sans cette canicule, il aurait pu vivre bien plus longtemps. Il est issu d’une famille de centenaires, vous savez», se désole Sabrina auprès de Vert. Marie aussi porte un lourd regret : «Mon père aurait dû partir autrement. On savait que c’était la fin à plus ou moins brève échéance. Mais on pensait sincèrement que ce séjour à l’hôpital ne serait qu’un de plus, comme les autres.»

La chaleur éprouve bel et bien les corps des plus fragiles. «Les mécanismes de thermorégulation sont épuisants pour l’organisme, notamment pour le cœur, les poumons et les reins, explique à Vert Kévin Jean, épidémiologiste spécialiste des liens entre santé, environnement et changement climatique. Lorsqu’il existe déjà une fragilité ou une vulnérabilité, ce sont ces organes qui peuvent défaillir en premier.»

L’expert réfute l’idée selon laquelle les canicules ne feraient qu’accélérer de quelques jours ou semaines la mort de personnes qui seraient décédées de toute façon. Plusieurs études (comme celle-ci) menées après la canicule de 2003 ont battu en brèche ce récit, explique-t-il. «Si c’était le cas, on observerait mécaniquement moins de décès après les canicules. Or ce n’est pas ce qu’on a constaté», souligne Kévin Jean.

«Depuis la canicule de 2003, rien n’a été fait»

À la douleur de l’absence s’ajoute, chez les proches des victimes, une profonde colère : «Je me dis que si nos responsables politiques avaient fait leur travail, si les hôpitaux avaient été équipés en climatisation, si les bâtiments avaient été correctement rénovés, alors ma fille de 4 ans aurait encore son grand-père», déplore Sabrina. Dans l’unité où son père était hospitalisé, «il n’y avait que trois soignantes pour une dizaine de patients. Elles étaient tout simplement dépassées», constate-t-elle. Alors, elle s’interroge : «Peut-on vraiment dire que l’on respecte nos anciens ?»

«C’est ubuesque, déplore également Marie.On a l’impression que, depuis la canicule de 2003, rien n’a été fait pour adapter les établissements de santé au réchauffement climatique. Cela devrait être une priorité. Or ce n’est toujours pas le cas.»

Sabrina pourrait attaquer l’État en justice : «Si une association décide de lui faire porter la responsabilité de ces morts, je serais prête à m’y associer. À un moment, il faut confronter nos politiques et leur dire clairement : vous n’avez pas fait votre part du travail.»

*Le prénom a été modifié.

Sans l’aide de l’ONG L’Affaire du siècle, cet article n’aurait pas pu voir le jour. L’association nous a mis·es en lien avec plusieurs personnes ayant témoigné sur sa plateforme secompterpourpeser.org. Merci à elle !

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24.07.2026 à 11:00

«Même au-delà de 2100, le niveau de la mer continuera d’augmenter» : les solutions du Mont-Saint-Michel face au changement climatique

Lilou Hiver

Texte intégral (1978 mots)
Tous les ans, plus de 2,8 millions de touristes visitent le Mont-Saint-Michel. © Lilou Hiver/Vert

☀ Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.

Île d’Oléron, calanques de Marseille, forêt de Fontainebleau… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons dans la Manche, à l’assaut du Mont-Saint-Michel. Le deuxième site touristique le plus visité de France est en première ligne face à la montée des eaux.

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Dès les premières lueurs du jour, des centaines de touristes venu·es des quatre coins du monde entament leur marche, l’archange en ligne de mire. Comme les pèlerin·es qui les ont précédé·es au Moyen Âge, elles et ils avancent en file indienne, le regard tourné vers cette étrange colline, tantôt encerclée par les eaux, tantôt reliée au continent. Quelques moutons viennent les saluer. Après plusieurs arrêts pour l’immortaliser en photo, l’imposant Mont-Saint-Michel (Manche) est enfin à leurs pieds. Il ne reste plus qu’à s’échauffer les mollets et gravir les 350 marches qui mènent à sa mythique abbaye.

Du haut des remparts, la baie du Mont-Saint-Michel révèle la variété de ses paysages. © Lilou Hiver/Vert

Chaque année, le Mont attire plus de 2,8 millions de visiteur·ses. C’est le deuxième site touristique français le plus visité après l’Arc de Triomphe, à Paris. Inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1979, il a la particularité d’être entouré d’une diversité de paysages, façonnés au fil des décennies et par le changement climatique. Une fois au sommet, cette réalité s’impose : «Autour de nous, partout à perte de vue, l’espace infini, l’horizon bleu de la mer, l’horizon vert de la terre, les nuages, l’air, la liberté, les oiseaux envolés à toutes ailes», résumait Victor Hugo.

«Les prés salés ont tendance à reculer»

À marée basse, l’immense étendue de sable qui entoure le Mont devient le terrain de jeu préféré des touristes. Les plus timides restent sur la partie sèche sans trop s’éloigner pendant que les plus aventureux·ses, parfois accompagné·es d’un·e guide, parcourent les différents paysages de la baie, les pieds enfoncés dans les sables mouvants. Dans ce décor, rien ne laisse deviner qu’une vingtaine de jours par an, en période de grandes marées, le site redevient une île, cernée par les flots.

Un phénomène appelé à s’intensifier avec l’élévation du niveau de la mer. «Au 20ème siècle, le niveau augmentait chaque année d’environ deux millimètres ; aujourd’hui, on est plutôt à quatre millimètres et ça ne va faire que s’accélérer», souligne Dimitri Lague, géomorphologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au laboratoire Géosciences de Rennes (Ille-et-Vilaine). D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) normand, le niveau moyen de la mer pourrait s’élever jusqu’à 80 centimètres d’ici 2100 par rapport à la période 1995-2014. En cause : la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que la dilatation de l’eau des océans sous l’effet du réchauffement.

Images de synthèse extraites du jeu FuturGuessr (Artefact 3000 en partenariat avec le Réseau action climat), sur la base des scénarios «intermédiaires» à «élevés» du Giec. © Montage Vert

Du haut de ses 92 mètres, posé sur un solide socle de granit, le Mont-Saint-Michel n’est pas immédiatement menacé par la montée de la mer. La submersion risque d’être plus fréquente au niveau de ses parties basses (comme l’entrée de l’édifice), installées en dessous du niveau des hautes mers, surtout si la fréquence des tempêtes augmente aussi. Les touristes seront donc plus souvent bloqué·es quelques heures, le temps que la marée se retire. «Mais c’est aussi ce qui fait la spécificité du site», pointe Hervé Bierjon, directeur technique de l’Établissement public national du Mont-Saint-Michel.

Au loin, les guides s’avancent dans les herbes vertes et jaunes des prés salés, ces terrains côtiers végétalisés recouverts par les marées. Connus notamment pour l’élevage de moutons, ces écosystèmes abritent une grande biodiversité (amphibiens, insectes, oiseaux, reptiles…). C’est ici que nombre d’enfants découvrent la salicorne et se laissent surprendre par sa saveur iodée. Mais ces milieux fragiles sont eux aussi affectés par la montée des eaux. «D’après les enregistrements géologiques, quand le niveau de la mer s’élève, les prés salés ont tendance à reculer», observe Dimitri Lague. Ces espaces se maintiennent grâce aux sédiments déposés par les marées, qui leur permettent de gagner progressivement en altitude et ainsi de rester au même niveau que la mer. Si l’eau monte plus rapidement que ces dépôts ne s’accumulent, les prés risquent d’être submergés et pourraient disparaître localement.

Les prés salés du Mont-Saint-Michel sont connus pour l’élevage de moutons. © Lilou Hiver/Vert

Quand ce n’est pas le trop-plein d’eau, c’est la sécheresse qui menace ces écosystèmes. À cause des épisodes de chaleur plus intenses et plus précoces, l’eau des rivières et de ces zones humides s’évapore, ce qui perturbe l’accueil de nombreuses espèces. «Certains amphibiens ont besoin de ces milieux pour se reproduire. S’il n’y a plus d’eau dès le mois de mai, les têtards ne peuvent plus se développer et l’espèce est en péril», explique Audrey Hemon, responsable environnement à l’Établissement public national du Mont-Saint-Michel. Depuis plusieurs années, elle constate par exemple une diminution progressive du pélodyte ponctué, un petit crapaud.

Observer l’évolution avant toute action

Conscient·es de la nécessité d’adapter le site touristique au changement climatique, les agent·es du Mont ont déjà mis en place plusieurs aménagements. Dès 2006 et jusqu’en 2015, un vaste chantier a restauré le caractère maritime du site. Le projet visait à enrayer l’ensablement, un phénomène naturel amplifié par l’intervention humaine, qui éloignait progressivement la mer du Mont. Mais pour la faire revenir, il fallait aussi anticiper la montée des eaux. Le parking, autrefois installé au pied du bloc de granit, a été déplacé à plusieurs kilomètres. Des navettes assurent désormais les allers-retours, tandis que l’ancienne route-digue a laissé place à une passerelle «pensée pour rester fonctionnelle malgré une hausse du niveau marin pouvant aller jusqu’aux 80 centimètres prévus par le Giec normand», précise Hervé Bierjon.

La passerelle construite en 2015 est adaptée à la montée des eaux jusqu’à 80 centimètres. © Lilou Hiver/Vert

Des contrôles et des travaux de maintenance sont également réalisés régulièrement afin de surveiller l’état du site et de s’assurer que la fréquentation touristique, l’action des vagues, les tempêtes ou encore les variations de température n’altèrent pas l’îlot et son bâti.

Pour limiter la disparition de la biodiversité dans la baie, l’équipe environnement de l’Établissement public a créé de nouvelles zones humides, en arrière-littoral, près des parkings. «On a aussi creusé pour approfondir les mares afin qu’elles stockent plus longtemps l’eau», note Audrey Hemon. La baie fait aussi partie du programme Sentinelles du climat en Normandie, qui suit l’évolution des conditions météorologiques et celle de plusieurs espèces. Au Mont, les observations portent notamment sur les tritons, les papillons et le lézard vivipare, une espèce qui aime les climats frais et humides. «Son évolution nous en dira beaucoup sur l’état de la biodiversité dans la baie», ajoute-t-elle. Elle s’attend aussi à voir arriver de nouvelles espèces plus habituées au climat méridional.

Au terme de ce programme, lancé il y a deux ans, les gestionnaires devront définir une stratégie d’adaptation. Faut-il chercher à maintenir coûte que coûte des espèces dont les conditions de vie disparaissent progressivement ? Créer davantage de zones humides en retrait de la côte, au risque d’empiéter sur des terres agricoles ? «On a encore des dizaines d’années avant de pouvoir donner une réponse», temporise Audrey Hemon.

Après 2100, un horizon à anticiper

Le Mont commence aussi à réfléchir à des enjeux plus lointains, au-delà de la fin du siècle. Avec le programme Adapto+, mené en partenariat avec le Conservatoire du littoral, les gestionnaires s’intéressent au recul du trait de côte, qui pourrait peu à peu grignoter la baie et réduire l’étendue des prés salés. Certains secteurs en subissent déjà les effets. À Saint-Jean-le-Thomas (Manche), au nord-est du Mont, les scientifiques ont mesuré un recul du trait de côte supérieur à 2,5 mètres par an entre 1992 et 2021. L’érosion des dunes et la multiplication des submersions marines font peser une menace croissante sur les habitations.

«Même au-delà de 2100, le niveau de la mer continuera d’augmenter. Il faudra forcément continuer d’adapter les infrastructures», alerte le géomorphologue Dimitri Lague. Mais pour Hervé Bierjon, le directeur technique du Mont, «nous n’avons pas encore les capacités de nous projeter aussi loin». L’ampleur des transformations sera confirmée dans les décennies à venir. Peut-être qu’un jour les célèbres omelettes de la Mère Poulard seront dégustées les pieds dans l’eau.

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23.07.2026 à 18:14

Dans tout ce chaos, une bonne nouvelle : Vert grandit d’un coup grâce à vous

Loup Espargilière

Texte intégral (545 mots)
Un nouveau pôle enquêtes, de nouvelles recrues… et c’est grâce à vous ! © Marie Rouge/Vert

Qui aurait pu prédire ? Pendant notre campagne de juin, vous êtes plus de 5 500 à avoir rejoint le Club de Vert, qui compte désormais plus de 15 000 membres au total ! 15 000 personnes qui s’engagent avec nous pour informer le plus grand nombre sur des sujets vitaux pour notre avenir et améliorer un débat démocratique en piteux état. Pour faire grandir ensemble un média indépendant, exigeant, joyeux et accessible à toutes et tous.

Chez Vert, on tient nos promesses de campagne (on essaie). Grâce à vos dons mensuels et à la force que vous nous donnez, nous pouvons recruter de nouvelles et nouveaux journalistes de talent pour passer la vitesse supérieure ensemble.

Notre nouveau pôle Enquêtes et solutions est lancé ; Sophie Roland nous rejoint en tant que rédactrice en chef de ce pôle et Zoé Moreau devient notre enquêtrice santé/pollutions. Autre recrue de qualité, Mathilde Picard est la nouvelle journaliste climat de Vert. Mais ce n’est pas tout !

Trois offres d’emploi disponibles jusqu’au 16 août

Vert va encore plus loin et recrute un·e journaliste vidéo (en cours de finalisation), un·e journaliste social media, un·e chargé·e d’administration et de finances, ainsi qu’un·e éditeur·ice web (en piges). Pour nous rejoindre, retrouvez ces annonces ici et candidatez avant le dimanche 16 août !

En plus de tout ça, vos dons nous permettent de continuer en toute liberté notre travail au quotidien : reportages, décryptages et actualités sur le climat, la biodiversité, l’intelligence artificielle, l’extrême droite, la désinformation climatique… Sans oublier les bonnes nouvelles !

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