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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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27.05.2026 à 17:36

«Il faut que tout cela disparaisse» : après une pollution massive aux PFAS, métaux lourds et microplastiques, l’entreprise Locacil jugée pour écocide en Alsace

Médianes

Texte intégral (1913 mots)
L’entreprise Locacil a cessé son activité en juin 2025, laissant derrière elle 30 000 tonnes de broyats de plastique. © Dorian Mao/Vert

À quelques mètres de la piste cyclable longeant l’entreprise Locacil à Feldkirch (Haut-Rhin), des terrils noirâtres de plus de cinq mètres de haut semblent sortir du sol du site industriel. Ils ne sont pas constitués de résidus miniers, mais de morceaux broyés de polychlorure de vinyle, le célèbre PVC, ou de polyéthylène et d’élastomère, un plastique souple semblable à du caoutchouc. Ces substances servent à recouvrir les câbles électriques présents dans de nombreux appareils d’électroménagers, chargeurs de téléphone ou encore dans les prises murales.

«Il y a des odeurs nauséabondes lorsque l’on passe en vélo à côté de l’entreprise. Même les cyclotouristes prennent le temps de s’arrêter en mairie pour nous signaler le problème. Il faut que tout cela disparaisse», clame Jean-Marie Romann, premier adjoint au maire sans étiquette de Feldkirch. Lors de la mandature précédente, la municipalité a rencontré à de nombreuses reprises le gérant de Locacil.

Le maire actuel, Jean Tomé, élu en mars dernier, est dans l’équipe municipale depuis plus de vingt ans : «Nous avons cru dans le projet du gérant de Locacil lorsqu’il est venu nous voir pour la première fois en mairie, il y a près de 10 ans. Son activité de revalorisation des déchets avait un vrai sens, mais ça a été fait n’importe comment.» S’il n’a plus de nouvelles du gérant depuis près d’un an, le maire se rappelle parfaitement de leurs derniers rendez-vous : «En 2022 et 2023, il nous a baladé pendant des mois en nous faisant croire qu’il allait enlever ces immondes tas de plastique. Il ne l’a jamais fait. Nous n’avions pas d’autres moyens d’actions que de porter plainte, et nous l’avons fait.»

Trois ans d’enquête et un procès dont le jugement sera rendu le 1er et 2 juillet

La municipalité de Feldkirch a déposé plainte contre l’entreprise Locacil en juillet 2023. Après un peu moins de trois ans d’enquête, ce mercredi 27 mai, l’entreprise, son gérant et sa femme ont comparu devant la 6e chambre correctionnel du tribunal judiciaire de Strasbourg. L’audience a été renvoyée aux 1er et 2 juillet 2026.

Les prévenus sont poursuivis pour écocide par le parquet du pôle régional environnement de Strasbourg. Introduit en 2021 dans le Code de l’environnement, le délit d’écocide consiste à émettre intentionnellement, dans l’air ou les eaux, une ou plusieurs substances, avec pour conséquence des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore ou la faune, ou des modifications graves du régime normal d’alimentation en eau.

Ce délit est puni de dix ans d’emprisonnement et d’une amende de 4,5 millions d’euros. C’est la première fois qu’une entreprise est poursuivie pour un tel délit en Alsace et l’une des premières fois en France.

Jean Tomé est maire du village de Feldkirch depuis mars 2026. © Dorian Mao/Vert

Avant d’en arriver au procès, neuf inspections de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) sur le site de Locacil ont été réalisées entre mai 2024 et décembre 2025.

Dans les rapports de ces visites, accessibles au public sur le site de Géorisques, il est possible d’identifier près d’une vingtaine de mises en demeure de l’entreprise afin qu’elle respecte les règles qui encadrent son fonctionnement, des consignations (des dépôts d’argent de l’entreprise auprès de la préfecture qu’elle ne pourra récupérer qu’après s’être mise en conformité), ainsi que des amendes.

Le tout pour une somme totale dépassant le million d’euros. Ces procédures ont abouti à la liquidation judiciaire de l’entreprise avec cessation immédiate de l’activité, ordonnée par le tribunal judiciaire de Colmar le 24 juin 2025.

30 000 tonnes de plastique stockées sur le site

La première inspection de Locacil par la Dreal remonte au 30 mai 2024. À l’époque, la dernière visite du site date de 2017. Dans leur rapport, les inspecteur·ices décrivent ainsi l’activité de l’entreprise : «Des broyats de câbles électriques sont livrés sur le site. Ces déchets font l’objet d’une opération de tri qui permet de séparer les PVC souples, les élastomères, les polyéthylènes et le cuivre. Le cuivre est revendu. Les déchets plastiques sont en grande majorité entreposés sur site, dans l’attente d’un traitement dans une installation qui reste à construire d’après le gérant. À ce jour, les déchets produits sont accumulés sur le site.»

Au total, plus de 30 000 tonnes de ces petits morceaux de plastique ont été identifiées sur le site de Locacil. Ces déchets sont toujours entreposés à l’air libre.

Le Saubaechlé et deux plans d’eau pollués

Dans le même rapport, les inspecteur·ices ont constaté «que des broyats plastiques présents au sol étaient entraînés dans les avaloirs d’eau pluviales par les écoulements d’eau». Ces déchets ont ensuite terminé leur route «dans le ruisseau qui traverse le site au niveau de l’exutoire du réseau de collecte des eaux pluviales.»

Après la réalisation d’analyses au cours de l’enquête, le Saubaechlé, le cours d’eau traversant le site de l’entreprise, ainsi que deux plans d’eau situés en aval appartenant à la Collectivité européenne d’Alsace sont pollués «aux métaux lourds et particulièrement au cuivre, aux PCB (polychlorobiphényle), aux PFAS et aux microplastiques», précise la procureure de la République de Strasbourg, Clarisse Taron, dans un communiqué publié en mars 2026. Ces substances peuvent provoquer une très forte mortalité dans les écosystèmes aquatiques et la disparition de nombreux êtres vivants des milieux pollués. C’est ce qu’il se produit dans la Thur depuis plusieurs années, dont le Saubaechlé est un affluent.

Toujours selon le communiqué, le gérant de Locacil a été «placé sous contrôle judiciaire depuis le 20 mars avec interdiction de quitter le territoire français». Lors de l’audience du mercredi 27 mai, il a demandé la levée de cette interdiction aux juges pour postuler «à des postes à Genève ou Singapour». Il affirme avoir été «licencié de son emploi situé à Dubaï» dans le secteur du négoce de métaux suite à son interdiction de sortir du territoire. Les juges ont décidé de suivre les réquisitions du procureur et de maintenir le contrôle judiciaire et l’interdiction de quitter le territoire national.

On retrouve du plastique broyé de toutes les couleurs autour du site de Locacil. © Dorian Mao/Vert

«Je ne suis pas sûr que deux jours d’audience suffiront à traiter ce dossier très technique, interpelle Thomas Wetterer, avocat de la défense. Nous avons un dossier qui comporte plus de 3 000 pages et nous devons produire nos conclusions en à peine trois mois. De son côté, le ministère public s’appuie sur une très longue enquête, avec une enquête préléminaire qui a débuté il y a près de trois ans.»

Thomas Wetterer a fait savoir que le gérant de la société Locacil et sa femme «ne souhaitent pas s’exprimer dans les médias» à la suite de l’audience.

L’association Alsace nature environnement s’est constituée partie civile dans ce procès. Son conseil, François Zind, abonde : «Alsace Nature réclame avant tout la remise en état du site et des écosystèmes touchés par la pollution. Ce procès doit aussi permettre d’envoyer un signal au monde de l’entreprise : ce n’est pas parce que l’on est en liquidation judiciaire que l’on peut échapper aux poursuites pénales.»

Parmi les nombreuses autres parties civiles, l’agglomération de Mulhouse, la commune de Feldkirch, l’Agence de la transition écologique (Ademe) ou encore la Fédération de pêche du Haut-Rhin.

Une dépollution du site à plusieurs millions d’euros

Pour faire évoluer la situation du site et évacuer les déchets, la préfecture du Haut-Rhin est en train de «discuter avec les fournisseurs de Locacil pour que chacun récupère le tonnage vendu à l’entreprise», affirme Jean Tomé. Une première étape nécessaire mais qui ne permettra pas de «dépolluer le sol et les milieux contaminés» selon le maire.

Les montagnes de déchets en plastique dépassent les 6 mètres de hauteur. © Dorian Mao/Vert

Ce n’est pas la première fois que le site industriel de Feldkirch fait face à une pollution majeure. Le 12 juillet 2009, un incendie a ravagé le bâtiment principal de l’ancêtre de Locacil, Ecomix, spécialisée dans la revalorisation des pneumatiques, entraînant une pollution de l’air et des produits cultivés par un maraîcher du village. L’entreprise a été liquidée le 4 août 2009.

Un passif qui assombrit encore les perspectives pour ce site industriel : «Dépolluer a été estimé à 6 millions d’euros sur la partie de Locacil et plus de 4 millions d’euros pour la partie d’Ecomix qui n’appartient pas à Locacil», précise le maire. Avec seulement 1 000 habitants, la commune n’a pas un budget suffisant pour réaliser ce chantier. «Nous ne voulons pas que ce terrain demeure une friche industrielle. C’est à l’État de prendre ses responsabilités et de faire respecter le principe du pollueur-payeur», assène le maire de Feldkirch.

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27.05.2026 à 11:58

«Dans un climat non modifié par l’homme, cet épisode aurait été impossible» : la canicule inédite qui touche la France continue de s’intensifier

Médianes

Texte intégral (1248 mots)
Les températures maximales atteignent 30 à 35°C sur la majorité du pays. © Christophe Archambault/AFP

13 départements sont désormais en vigilance orange pour le risque de canicule ce mercredi après-midi : la Manche, l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne, les Côtes-d’Armor, le Morbihan, le Finistère, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Vendée, la Charente-Maritime, la Charente et la Gironde. Jeudi, ce niveau d’alerte sera étendu à Paris et sa petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne).

400 records de température, des pics à 39°C

Ce mardi, les températures maximales atteignent 30 à 35 degrés Celsius (°C) en général en France, et jusqu’à 36 à 37°C sur le Poitou-Charentes et le Centre-Val de Loire, voire 38°C à certains endroits de l’Aude et de la moyenne vallée du Rhône. La chaleur reste étouffante sur la majorité du pays et culminera même localement à 39°C dans le Languedoc. Il faudra attendre dimanche pour sentir les températures redescendre progressivement. Cette semaine, «la température à l’échelle de la France est en moyenne plus de 10°C plus chaude que la normale, et localement plus de 15°C plus chaude», souligne Matthieu Sorel, climatologue de Météo-France.

L’épisode de chaleur se poursuit jusqu’à la fin de la semaine. © Météo-France

Mardi était la journée la plus chaude jamais connue en mai à l’échelle du pays au mois de mai. Il a fait 24,8 °C en moyenne en France contre 24,6°C lundi. «Nous battons des records, qui datent de la veille», insiste Françoise Vimeux, climatologue au sein de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). L’indicateur thermique national (soit la moyenne des mesures quotidiennes de trente stations en France) n’a pas encore atteint les 25,3°C, signe du passage à une vague de chaleur selon la définition des météorologues. Météo-France qualifie donc toujours cet épisode caniculaire d’«historique, exceptionnel et inédit pour un mois de mai». «Tous les superlatifs sont possibles pour décrire cet épisode», résume Matthieu Sorel.

La nuit, tous les records sont permis

«Sa durée et son étendue géographique sont particulièrement exceptionnelles, toute la France est concernée, en particulier la façade ouest», renchérit Françoise Vimeux. 400 records de températures ont été battus localement ce mardi, selon le service météo-climat de BFM. À Niort (Deux-Sèvres), le thermomètre indiquait 35,6°C au plus chaud de la journée, contre 35°C la veille, précédent record pour un mois de mai dans cette ville. À Poitiers (Vienne), le mercure est monté jusqu’à 35,1°C, battant également le record de lundi (34,3°C). Besançon (Doubs) a connu 32,2°C, une température extrême qui n’avait pas été mesurée dans la ville depuis le 26 mai 1892.

La nuit n’offre pas de répit durant cet épisode caniculaire. Les températures les plus fraiches ont, elles aussi, battu des records sans précédent pour un printemps : il a fait 22,1°C à Dinard (Ile-et-Vilaine). C’est la deuxième température la plus élevée tous mois confondus dans la ville côtière, derrière la célèbre canicule d’août 2003. À Deauville, Quimper, Lorient, Alençon, Le Mans, Évreux, Bordeaux, Dax et Tarbes, la température la plus fraîche restait au minimum autour de 20°C, du jamais vu ce mois-ci.

Une conséquence prévisible du réchauffement climatique

Cet épisode caniculaire s’explique par le dôme de chaleur qui couvre l’Europe. «Dans un climat réchauffé en France hexagonale de 2,2°C sur la dernière décennie par rapport à la seconde moitié du 19ème siècle, ce genre d’épisode au mois de mai est entré dans la gamme des possibles, explique Françoise Vimeux, dans un climat non modifié par l’homme, il aurait été impossible». Cet épisode caniculaire colle aux projections climatiques réalisées il y a déjà quarante ans, «on est dans le haut du panier dans les projections sur l’état de notre climat», précise la chercheuse.

Ces températures inédites menacent directement notre santé physique et mentale, comme l’explique à Vert l’épidémiologiste Kévin Jean. Elles renforcent également la pollution à l’ozone, en particulier en Ile-de-France et dans la région lyonnaise. Des restrictions de circulation ont été prises par les préfets pour limiter les pics de contamination. Des mesures insuffisantes pour l’association de lutte contre la pollution de l’air Respire qui exige la gratuité des transports en commun et des messages plus clairs de santé publique.

S’adapter «à la gamme des extrêmes possibles»

Mercredi, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a fait un point sur l’impact de la chaleur sur la santé, l’état des cours d’eau et des forêts ainsi que sur le bon fonctionnement des infrastructures électriques et de transports. «La situation est sous contrôle», a assuré la ministre. Aucune alerte sur les niveaux d’eau n’a été déclarée mais une vigilance particulière est de mise. De même pour les incendies de forêts : la météo des forêts qui permet de surveiller l’état de la végétation et prévenir les départs de feux, habituellement lancée au mois de juin, a été avancée à ce jeudi.

«Le gouvernement poursuit son travail au-delà du court-terme en matière d’adaptation au changement climatique, vante Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, l’an passé, plus de 1 200 projets ont été financés pour nous adapter.» Des propos loin d’être rassurants alors que le Fonds vert chargé de financer les projets de transition écologiques (rénovation d’écoles, végétalisation) a été raboté cette année, passant de 2,5 milliards d’euros de subventions en 2023 à seulement 850 millions en 2026.

«Il faut que la France devienne résiliente», martèle Monique Barbut. Le plan d’adaptation en France concerne un réchauffement à +4°C degrés d’ici la fin du siècle. «Les politiques qui font des choix d’adaptation se déclinant au niveau local doivent prendre en compte toute la gamme des extrêmes possibles, pas seulement le réchauffement moyen car cette vague de chaleur illustre bien que nous ne pouvons pas exclure que le réchauffement soit plus important».

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27.05.2026 à 10:29

Julien Le Guet, figure de la lutte contre les bassines comparait de nouveau devant la justice : «Plus l’État est autoritaire, plus ça renforce la lutte»

Médianes

Texte intégral (2037 mots)
Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci ! à Melle le 20 mai 2026. © Sylvain Lapoix/Vert

Organisation de manifestations interdites, diffamations, dégradations, vol… Co-porte-parole de Bassines non merci ! (BNM), principal mouvement d’opposition aux projets de stockage d’eau à vocation agricoles, Julien Le Guet fait l’objet depuis deux ans d’une longue série de procédures judiciaires liées à cette lutte.

Le 6 mai dernier, il a pour la première fois été condamné en appel à une peine de prison ferme, aménagée en six mois de bracelet électronique pour «participation à un groupement», «menaces de destruction», «vol d’une pelle» et «inscriptions sur un panneau» lors d’un rassemblement le 22 octobre 2022.

Il s’apprête à comparaître ce mercredi 27 mai devant la cour d’appel de Poitiers (Vienne) pour avoir organisé la manifestation anti-bassines à Sainte-Soline du 25 mars 2023, non autorisée par les autorités, aux côtés de Nicolas Girod, ex-porte-parole national de la Confédération paysanne, Benoit Jaunet, porte-parole de la Confédération paysanne 79 et Benoit Feuillu, co-porte-parole des Soulèvements de la terre.

Cette mobilisation massive avait réuni plusieurs milliers de personnes pour s’opposer à la réserve d’eau de la commune, la plus grande prévue dans le projet Sèvre Niortais Marais poitevin. Elle avait été violemment réprimée par la police, faisant 200 blessés parmi les manifestant·es, dont quatre graves.

Vert a rencontré Julien Le Guet à Melle (Deux-Sèvres), où il est libre de ses mouvements jusqu’à son rendez-vous avec un·e juge d’application des peines. Il a évoqué «l’acharnement judiciaire» dont il considère être la cible, ses effets sur la lutte et le signal qu’il représente pour notre démocratie.

Vous êtes visés par de nombreuses procédures en lien avec plusieurs actions d’oppositions aux mégabassines. Où en êtes-vous ?

Je suis à mi-chemin d’un marathon judiciaire commencé en décembre : six procès en six mois. Demain [jeudi 21 mai 2026, NDLR], je serai à Paris pour un procès en diffamation intenté par l’ancienne préfète des Deux-Sèvres, Emmanuelle Dubée [la décision sera rendue le 2 juillet, NDLR]. Le mercredi 27 mai, je comparaîtrai à Poitiers pour un procès en appel pour l’organisation de la deuxième manifestation de Sainte-Soline.

Puis un dernier procès en appel le 29 juin pour un tag réalisé le le 1er mai 2023 qui m’est attribué et qui indiquait «pour Serge et les 200 blessés de Sainte-Soline, Dubée, Vestieu, Darmanin en prison» [en référence aux blessé·es de la manifestation du 23 mars 2023, NDLR].

Comment avez-vous vécu votre condamnation par la cour d’appel de Poitiers à une peine de prison ferme aménagée en bracelet électronique le 6 mai dernier ?

C’était un choc : je m’étais dit que, raisonnablement, ça ne pourrait pas aller aussi loin. Les six mois de bracelet électronique ne faisaient même pas partie des réquisitions. Un militant écolo qui prend une peine de prison ferme en France, il n’y a que deux précédents à ma connaissance : José Bové et une militante de Dernière Rénovation, en novembre dernier, dont la condamnation a constitué un passage du Rubicon en matière de répression systématique des militants.

Mais je ne suis pas la seule victime de cette évolution, je ne suis que la partie émergée de l’iceberg. Des camarades de lutte ont fait de la garde à vue pour une banderole sur un pont. D’autres personnes engagées dans les luttes écologistes sont également poursuivies. Les idées et les méthodes de l’extrême droite visant à cibler tout opposant politique sont déjà à l’œuvre.

Quel est l’effet de la multiplication des procédures sur la lutte anti-bassines ?

Une bonne partie de mon énergie militante est tournée vers la réponse aux convocations judiciaires : il faut s’organiser, construire des argumentaires, trouver les témoins… Je suis mobilisé sur ces aspects de défense au lieu d’être à l’offensive sur les dossiers : je ne peux pas me mobiliser sur la loi d’urgence agricole, ce qui devrait être une priorité. Une de nos réponses collectives, c’est de faire de ces moments des rassemblements, des luttes, des événements mobilisateurs… Nous maintenons le rapport de force.

Depuis l’été 2024 où Bassines non merci ! avait organisé le «Village de l’eau» et une grande mobilisation à La Rochelle, vous n’avez plus lancé d’appel national à manifester. Est-ce une conséquence de la multiplication de ces procédures ?

Pas du tout : si nous n’avons pas lancé d’appel national, c’est parce que tous les projets de mégabassines sont à l’arrêt depuis deux ans ! C’est la preuve que notre lutte fonctionne, y compris sur le plan judiciaire. Je rappelle que la bassine de Sainte-Soline doit être considérée à ce jour comme illégale [le 18 décembre 2024, la Cour administrative d’appel de Bordeaux a jugé illégales les autorisations environnementales de quatre réserves, dont Sainte-Soline, NDLR], et que le rapporteur public a réclamé le 5 mai 2026 la remise en état des terrains de cinq bassines illégales en Charente-Maritime.

Julien Le Guet regrette de ne pas avoir le temps de se mobiliser contre la loi d’urgence agricole. © Sylvain Lapoix/Vert

La stratégie mise en place par l’État et les porteurs de projets, en connivence avec le lobby agro-industriel, repose sur l’idée que nous sommes des mouvements verticaux, hyper hiérarchisés. Or c’est tout l’inverse ! Je suis un porte-parole, je ne suis ni seul, ni irremplaçable.

Le lendemain de ma condamnation du 6 mai, une action de débâchage [dégradation de la bâche étanche recouvrant le fonds des mégabassines, NDLR] a été revendiquée à Lusseray (Deux-Sèvres) et Pamproux (Vienne) par un collectif d’action qui s’est fait appeler «Amicale des débacheurs permanents du Poitou-Charentes». Je l’ai appris le matin même par un SMS envoyé par une journaliste de la presse locale.

Leur stratégie de dissuasion a l’effet inverse de celui attendu. C’est comme la répression de la deuxième mobilisation contre Sainte-Soline. Je ne suis pas convaincu qu’on freine une lutte en envoyant 5 000 grenades sur des crânes ou en coupant les têtes du mouvement : plus l’État est autoritaire, et plus ça renforce la lutte.

Quand avez-vous pris conscience du risque judiciaire dans la lutte contre les mégabassines ?

Nous savions que la bataille judiciaire ferait partie de la lutte dès la création du collectif en 2017. Nous avons d’abord été soumis à un cycle d’auditions libres puis, au bout de trois ans, les premières gardes à vue, ça a été crescendo. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui restera dans la mémoire collective. Je suis conscient de ce que je représente pour l’État, que je suis une cible.

Qui sont les personnes qui vous poursuivent ?

La liste des plaignant·es en dit long : au tribunal, nous avons en face de nous la mairie de Niort, la coopérative agricole Ocealia, la société anonyme Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres (ou Coop de l’eau) qui porte le projet de 16 bassines et l’État… C’est un révélateur, ça clarifie le parti pris du gouvernement en faveur de l’agro-industrie. Pour l’affaire de dégradation qui a débouché sur la peine de rétention à domicile et bracelet électronique, c’est l’État associé à la Coopérative de l’eau qui a fait appel.

L’objet même des poursuites pose question, certaines affaires sont des pécadilles ! Suite à l’action de la «Grillade party» du 22 octobre 2022 [rassemblement à l’occasion de la pose des grilles autour du chantier de la bassine de Sainte-Soline, NDLR], la coopérative agricole Ocealia nous a poursuivi pour un vol de pelle et un tag au Veleda sur un panneau qui s’efface avec un coup d’éponge humide. Rien que pour cela, il y a eu un procès en première instance et un appel.

Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci !, comparait ce mercredi devant la justice. © Sylvain Lapoix/Vert

Je n’ai pas d’animosité vis-à-vis de la justice. En revanche, le rôle des procureurs est clair : c’est eux qui décident si une plainte est recevable, quels moyens seront mis… Parallèlement, il y a des dossiers de détresse, de violence, qui ne sont pas traités. Dans le même temps, des membres de la Coordination Rurale peuvent s’attaquer au café où on se trouve sans que la gendarmerie ne bouge ou ne prenne la moindre photo qui pourrait permettre d’identifier ceux qui procédaient à ces menaces et ces dégradations. Ces pratiques font le lit du fascisme et développent le sentiment d’impunité qui expose les militants à des agressions, jusqu’à ce jour toutes classées sans suite.

Quels seront les effets concrets de votre dernière condamnation ferme à 6 mois sous bracelet électronique ?

Pour les personnes qui, comme moi, n’ont pas d’activité professionnelle régulière, c’est une autorisation de sortie de 8 heures à midi et une demi-journée par week-end. Il peut y avoir des aménagements accordés, notamment sur des critères d’activité professionnelle ou de santé. Je crains de ne pas pouvoir bénéficier des mêmes largesses que Nicolas Sarkozy : je ne pourrai probablement pas partir aux Seychelles !

Je pourrai recevoir des camarades, bosser sur mon projet de bande dessinée… Mais, en pratique, cela atteindra profondément ma vie sociale et politique. Et, s’il y a une canicule, je ne pourrai même pas aller me rafraîchir dans une rivière !

Que se passera-t-il après cette série de procès ?

Normalement, toutes les plaintes qui me visaient seront purgées cet été. Maintenant, notre objectif, c’est de tout faire pour que les responsables des violences de Sainte-Soline 2 comparaissent en justice. En cas de décision défavorable, nous étudierons l’opportunité d’aller en cour de Cassation, et même à la cour européenne des droits de l’Homme s’il le faut. C’est un marathon.

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26.05.2026 à 16:09

Pendant une canicule, «tous les organes sont fragilisés et c’est le plus faible qui lâche en premier»

Médianes

Texte intégral (1308 mots)
Illustration. Les personnes âgées sont particulièrement exposées aux fortes chaleurs. Aline Morcillo/AFP

Kévin Jean est épidémiologiste, spécialiste des liens entre santé, environnement et changement climatique. Auteur du livre À notre santé ! La lutte contre le changement climatique n’est pas celle que vous croyez (Payot, 2026), il souhaite faire reconnaître l’écologie comme un enjeu majeur de santé publique.

Alors que les records de température s’enchaînent depuis plusieurs jours, que vous inspire cette vague de chaleur, inédite par sa durée et sa précocité ?

On ne peut pas empêcher d’être dans la sidération à ces moments là. Et pourtant. Ce phénomène est à la fois totalement inconnu et tout à fait prévisible. Les climatologues sont très clairs sur le fait que des évènements extrêmes et, autrefois exceptionnels, sont en train de devenir la norme, conformément aux prévisions qu’ils ont établi scientifiquement.

Par exemple, le climatologue Christophe Cassou a expliqué récemment que dans le contexte de réchauffement actuel, un été caniculaire comme celui de 2025 avait une chance sur six d’advenir. Une probabilité qui n’était que d’une chance sur quinze il y a dix ans, d’une chance sur deux cents il y a trente ans et tout simplement aucune chance il y a cent ans.

Quels sont les risques de la chaleur sur notre organisme ?

La température est un paramètre biologique qui joue un rôle fondamental sur tout le fonctionnement du corps. Dès que la température monte, il y a des répercussions sur tous les organes. Bien sûr, le système cardiovasculaire est très sollicité pour évacuer la chaleur via la transpiration et la vasodilatation [quand les artères s’élargissent pour faire circuler le sang plus facilement, NDLR]. Le coeur et les poumons se mettent à pomper beaucoup plus, donc les personnes qui ont déjà un terrain cardio-respiratoire fragile sont très vite dans la zone rouge.

Kévin Jean est épidémiologiste, spécialiste des liens entre santé, environnement et changement climatique. © Hamza Djenat

Le sang que nous utilisons pour répondre à la demande cardiaque fait aussi que nous oxygénons moins d’autre parties du corps, comme le cerveau. D’où les maux de tête, les changements de comportement voire les délires qui peuvent survenir quand quelqu’un a trop chaud.

Mais, en réalité, tous les organes se retrouvent fragilisés et c’est le plus faible qui lâche en premier. Donc, si on a déjà une insuffisance, quelle qu’elle soit, c’est là que se porte le risque. C’est comme cela qu’on voit que la chaleur entraîne en réalité une hausse de tous les problèmes de santé.

Les températures élevées agissent aussi sur notre psychisme. Comment l’expliquer ?

En effet, la chaleur augmente les troubles de santé mentale, essentiellement via deux mécanismes. Il y a d’abord un mécanisme purement biologique. Comme on l’a vu, la chaleur peut perturber l’oxygénation du cerveau et troubler les comportements. L’augmentation de la température affecte aussi les mécanismes hormonaux, notamment les niveaux de sérotonine et de dopamine, qui régulent l’humeur.

Il y a aussi un mécanisme comportemental lié au fait que, pendant une vague de chaleur, notre quotidien est nécessairement perturbé : nous dormons moins bien, nous perdons des repères. Certains basculent. L’augmentation des suicides et de la violence, notamment envers les femmes, lors des épisodes de forte chaleur en sont une illustration.

Des politiques climatiques dont nous savons qu’elles ont d’importants co-bénéfices pour la santé, telles que la végétalisation ou la rénovation thermiques des bâtiments, sont sacrifiées.

Un dernier facteur, plus indirect mais néanmoins documenté, tient à l’augmentation de certaines formes d’insécurité, liée à la hausse des températures. Par exemple, les auteur·ices du Lancet Countdown ont démontré qu’environ un million de personnes supplémentaires ont subi de l’insécurité alimentaire en lien avec les vagues de chaleur et les sécheresses en 2023, qui ont fait grimper le prix des denrées alimentaires. Or, nous savons que l’insécurité alimentaire est liée à énormément de problèmes physiques et mentaux chez les personnes concernées.

La canicule de 2003 reste encore à ce jour la plus sévère jamais enregistrée en France, même si certains records ont été battus depuis. C’était il y a plus de 20 ans. En a-t-on tiré les leçons ?

Indéniablement, beaucoup de dispositifs créés à ce moment-là sont encore utilisés aujourd’hui. Je pense par exemple au plan national canicule réactivé chaque été avec plusieurs niveaux d’alerte et d’information du public. Le système de vigilance de Météo-France (vert, jaune, orange, rouge) a aussi été renforcé après 2003 avec des alertes plus précoces notamment. On a aussi pris des mesures pour essayer de réduire le fardeau sur le système de santé comme les pièces rafraîchies dans les Ephad, les protocoles d’hydratation dans les hôpitaux ou encore le registre des personnes vulnérables qui sont appelées à ces moments là.

Mais c’est le bout de la chaîne. Et à part cela, on continue de traiter les vagues de chaleur comme des crises passagères et on n’est pas du tout dans des adaptations transformatives. Résultat, l’été dernier encore, Santé Publique France a enregistré 5 700 décès supplémentaires et plus de 24 000 passages aux urgences attribuables à la chaleur. À chaque fois, c’est une pression supplémentaire sur un système de santé déjà exsangue.

Des politiques climatiques dont nous savons qu’elles ont d’importants co-bénéfices pour la santé, telles que la végétalisation ou la rénovation thermiques des bâtiments, sont sacrifiées. Résultat : plus de 20 ans après la canicule de 2003, il y a toujours des écoles sans volet ou sans store ! Je suis presque convaincu que, d’ici la fin de la semaine, l’école de mes enfants va fermer parce qu’il y fait trop chaud. Et les parents devront se débrouiller individuellement malgré des disparités sociales très fortes dans l’exposition des uns et des autres à la chaleur.

Pire, au moment même où on se parle, le gouvernement lance la «restructuration» d’organismes indispensables à la prévention et à la gestion des pics de chaleur, que sont Santé Publique France et l’Ademe. C’est un hasard du calendrier, mais cela devrait nous interpeller.

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