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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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25.05.2026 à 16:45

En Mayenne, un élan de solidarité et des producteurs de lait bio sauvés in extremis : «On fait un pari sur l’avenir»

Médianes

Texte intégral (1551 mots)
Matthieu Virfolet, producteur de lait bio, avec son troupeau, le 19 mai, à la ferme de Montaigu (Mayenne). © Isya Okoué Métogo/Vert

«Ça, c’est Pâquerette, c’est ma préférée. Elle a fait son petit veau mercredi Sur le flanc d’une colline à quelques kilomètres du centre de la commune de Mayenne (Mayenne), Matthieu Virfolet contemple son troupeau de 50 vaches laitières. Il les connaît toutes par leur nom : Rihanna est la fille de Madonna, Haribo et Ricola sont de la même lignée, puis viennent Ouagadougou et Vienne pour les capitales, et Val-Cenis comme la station de ski. «Tout ça, ça compte. S’il n’y a pas ça, moi je ne suis pas paysan», appuie-t-il en caressant mécaniquement Pâquerette.

Sous le soleil timide de ce mois de mai, le paysan a de nouveau le sourire, après des semaines d’incertitude. Comme 21 autres producteur·ices de lait bio mayennais, il vient de signer un contrat de cinq ans avec le collecteur Biolait. Cet accord fait suite à la liquidation judiciaire de la fromagerie d’Entrammes, le 27 avril, qui lui achetait 80% de sa production.

Une fromagerie fragilisée de longue date

Créée en 2010 par la coopérative Lait bio du Maine, celle-ci fabriquait 200 tonnes de fromage par an, grâce à une vingtaine de laitier·es et de salarié·es. Une structure à taille humaine, qui a essuyé des difficultés financières. En août 2024, la fromagerie est frappée par une crise sanitaire à cause d’une suspicion de contamination bactérienne, entraînant la destruction de 15 tonnes de fromage, au moment du renouvellement des contrats avec les collèges et les lycées aux alentours.

Elle peine également à revendre son surplus de lait non transformé en fromage à d’autres industriels, dans un contexte de surproduction généralisé. «L’année dernière, il y avait énormément de lait bio injecté dans du lait conventionnel, une rentrée d’argent non négligeable pour la filière, explique Matthieu Virfolet. Sauf que la tendance s’est inversée après : il y avait trop de lait partout.» Et donc moins de débouchés. Fragilisée par ces coups successifs, la coopérative dépose son bilan le 27 avril.

«Tu es obligé de te lever le matin pour aller traire tes vaches, et ça finit dans le caniveau.»

Sur les 24 producteur·ices de lait bio dépendant de la fromagerie, 21 sont laissé·es sans solution à la fermeture de la fromagerie. Pendant dix jours, leur lait est répandu dans leurs salles de traite. «Biolait voulait bien nous collecter, mais il fallait trouver des débouchés ensuite. Il n’y avait pas assez de garanties sur le prix des volumes de lait que les transformateurs pouvaient nous prendre, continue-t-il. Jeter son lait, c’est trop dur. Tu es obligé de te lever le matin pour aller traire tes vaches, et ça finit dans le caniveau. T’as l’impression de faire un produit de qualité, et que personne n’en veut.»

Un élan de solidarité

En attendant une solution, des initiatives solidaires ont vu le jour. À Coudray, à quelques kilomètres de là, l’association des parents d’élèves de l’école a appelé à une mobilisation pour que les particulier·es aillent directement acheter leur lait à la ferme la plus proche. À Mayenne, l’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) De la bouche aux oreilles a organisé une vente directement chez Matthieu Virfolet. «On a appris par la presse et les réseaux la fermeture de la fromagerie, et deux producteurs avec lesquels on travaille en faisaient partie, raconte Cyrielle Moussay, co-présidente de l’association. C’est Pierre, notre producteur de légumes, qui a dit que ce serait bien de faire quelque chose.»

Pointant l’allée menant à la ferme, au loin, Matthieu Virfolet mime une rangée de voitures garées le long du chemin. «D’un coup, trois, quatre, cinq voitures : des bagnoles partout. Ça met du baume au cœur. Quand tu vois les gens te regarder avec vachement d’empathie, c’est trop chaud. Moi je me cachais, je suis un émotif», glisse le paysan. En l’espace de quelques jours, des centaines de personnes se rendent dans plusieurs fermes affectées par la crise pour tenter de sauver quelques litres, sur les milliers jetés.

Dix jours durant, entre fin avril et début mai 2026, les laitier·ères de la coopérative Lait bio du Maine ont été contraint·es de jeter leur lait, faute de repreneurs. © Isya Okoué Métogo/Vert

Une filière bio qui n’a pas retrouvé ses jambes

Malgré un début de sortie de la crise profonde du bio, entre 2021 et 2023, le secteur n’a toujours pas véritablement sorti la tête de l’eau. Sous l’effet de l’inflation, qui a causé une baisse de la consommation, les ventes ont chuté de 2,6% en 2021, puis de 7,8% en 2022. En tout, 550 magasins spécialisés ont fermé en deux ans. Et si la demande a progressé pour la première fois en 2024, permettant au marché de retrouver sa fréquentation de 2019, la production, elle, n’a pas suivi. Le nombre d’agriculteur·ices bio a même baissé en 2025, une première.

«La consommation est repartie depuis un an et demi, mais ça ne se traduit pas vraiment par une assise forte pour le marché du lait bio», concède Philippe Marquet, producteur dans les monts du Lyonnais et président de Biolait. La France a perdu 15% de ses producteur·ices de lait bio entre 2022 et juillet 2025. Des pertes en grande partie causées par des retours à un modèle conventionnel et des départs à la retraite. «Aujourd’hui, une ferme laitière sur quatre seulement reste bio lorsqu’elle est reprise», déplore Philippe Marquet.

Pour le président de Biolait, le secteur souffre aussi d’un manque de soutien politique, alors que l’Agence bio a vu son budget amputé de 15 millions d’euros en 2025, soit 64% des moyens alloués à son fonctionnement. «Le gouvernement fait souvent des annonces, mais le soutien réel n’est pas vraiment là», souffle le Lyonnais.

Depuis le 6 mai, le collecteur Biolait assure la collecte de 21 fermes en Mayenne, à la suite de la faillite de la fromagerie d’Entrammes. © Isya Okoué Métogo/Vert

Il regrette que des crédits inutilisés de la politique agricole commune (PAC) européenne, initialement dédiés à la conversion d’exploitations en bio, aient été réorientés vers des dispositifs bénéficiant surtout à l’agriculture conventionnelle. Sans parler des aides insuffisantes au maintien dans le bio, et des arbitrages favorisant les pesticides. Matthieu Virfolet abonde : «On va donner à celui qui pollue le plus pour qu’il fasse moins. Mais moi, il y a longtemps que je fais moins. Tout est comme ça dans le bio : il faut tout le temps gueuler. C’est fatiguant.»

«L’agriculture de demain, elle sera bio ou elle ne sera pas.»

Depuis le 6 mai, des coopératives et des fromageries se sont engagées à transformer le lait collecté en Mayenne par Biolait, pendant quatre mois. «On fait un pari sur l’avenir, explique son président, Philippe Marquet. Mais je suis un producteur bio plus que convaincu : l’agriculture de demain, elle sera bio ou elle ne sera pas. On sait qu’on va dans le mur avec l’agriculture conventionnelle.»

Sur le chemin qui mène à son corps de ferme, Matthieu Virfolet, lui, ne se voit pas faire un autre métier : «Tu l’as dans le sang, ou tu l’as pas. Moi j’ai vachement de connexion avec mes vaches. C’est tout ce qui me plait. » En contrebas, Pâquerette, Rihanna et Ouagadougou paissent dans un soleil timide de fin d’après-midi, sous un ciel encore teinté de gris.

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25.05.2026 à 11:37

Une première en France pour un mois de mai : 18 départements en vigilance jaune canicule, 34°C attendus à Rennes et Nantes

Médianes

Texte intégral (927 mots)
Dès dimanche, les températures ont atteint les 35°C à Paris. © Adnan Farzat/NurPhoto via AFP

«Nous basculons dans l’inconnu, météorologiquement parlant». Tels étaient les mots, forts, du présentateur du journal météo-climat de France télévisions de samedi soir, à l’annonce de la vague de chaleur inédite que traverse le pays.

Ce lundi, Météo-France a étendu sa vigilance jaune à 18 départements, dans l’ouest de la France et à Paris, et ce jusqu’à mardi au moins. Un tel niveau d’alerte est tout simplement une première pour un mois de mai, depuis la création de la vigilance canicule en 2004.

«Épisode de chaleur précoce et remarquable»

Dans son bulletin publié ce lundi matin, l’établissement public décrit un «épisode de chaleur précoce et remarquable» : «Les maximales restent très élevées pour la saison, la chaleur s’étend encore plus au nord, avec quasiment partout plus de 30 degrés Celsius (°C), excepté au bord de la Manche et sur les plages de Méditerranée. Il fait 30°C à 35°C sur la moitié Nord. Dans le Sud-Ouest, le mercure atteint 32°C à 36°C, tout comme dans la vallée du Rhône. Sur le reste du Sud-Est, on attend 29 à 32°C.»

De nombreuses villes devraient dépasser les 30°C ce lundi après-midi en France. © Météo-France

D’après les prévisions actuelles, le mercure devrait atteindre ce lundi les 34°C à Rennes (Ille-et-Vilaine), Nantes (Loire-Atlantique) ou encore Tours (Indre-et-Loire), soit des records pour un mois de mai depuis le début des mesures. À Paris, la température ressentie pourrait aller jusqu’à 36°C cet après-midi.

Comme Vert l’expliquait vendredi dernier, la France traverse depuis jeudi un épisode de fortes chaleurs lié à un phénomène de dôme de chaleur, une sorte de «couvercle» qui bloque l’air chaud au-dessus du territoire, le comprime et le réchauffe encore. Si ce schéma atmosphérique existe naturellement, le changement climatique «amplifie les effets de ces blocages», selon Christelle Robert, prévisionniste à Météo-France.

Les climatologues ont montré que les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, causé principalement par la combustion des énergies fossiles. Ces vagues de chaleur sont appelées à se multiplier, s’allonger et s’intensifier.

Dix personnes en urgence absolue lors d’une course dans le Val-de-Marne

Les départements concernés par la vigilance jaune canicule ce lundi matin sont : le Finistère, le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne, Le Maine-et-Loire, la Sarthe, la Loire-Atlantique, la Vendée, la Charente, les Deux-Sèvres, la Vienne, le Loir-et-Cher, l’Indre-et-Loire, le Finistère, suivis à partir de midi par la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine et Paris.

«Les atteintes les plus graves peuvent conduire au décès.»

Depuis 2004, Météo-France surveille les canicules, soit les vagues de chaleur qui ont un impact sanitaire sur la population. Des niveaux de vigilance (vert, jaune, orange, rouge) sont définis pour chaque département en croisant les données météorologiques sur trois jours glissants et des facteurs sociaux-économiques locaux (notre article). Preuve du caractère inédit des températures actuelles, cette surveillance s’opère habituellement du 1er juin au 15 septembre.

«Les principales pathologies spécifiquement ou en grande partie dues à l’exposition à la chaleur sont : coup de chaleur ou hyperthermie, déshydratation et hyponatrémie, rappelle Météo-France sur son site. Les atteintes les plus graves peuvent conduire au décès.»

Dimanche, en lien avec les fortes chaleurs, dix personnes ont été hospitalisées en urgence absolue lors d’une course à pieds organisée dans le Val-de-Marne. À Menton (Alpes-Maritimes), plusieurs courses ont été annulées après une succession de malaises (trois personnes ont été hospitalisées). Le même jour, un homme d’une cinquantaine d’années est décédé d’un arrêt cardiaque lors d’un dix kilomètres dans le 20e arrondissement de Paris, sans qu’un lien soit pour l’instant établi avec les températures.

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24.05.2026 à 07:00

«On ne s’occupe pas de la population» : en Seine-et-Marne, le futur plus grand datacenter d’Europe électrise les associations

Médianes

Texte intégral (1592 mots)
Image de synthèse du Campus IA, à Fouju (Seine-et-Marne). © DR

«Avec le lac et toute cette verdure, on se croirait dans un Center Parcs, grince Sophie*. On est à l’opposé de la réalité.» La bénévole de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) évoque le visuel de présentation du Campus IA (intelligence artificielle) dont la construction est prévue à Fouju, un village de 650 habitant·es en Seine-et-Marne. Le 13 mai dernier, aux côtés de représentant·es d’autres organisations (France nature environnement, les Soulèvements de la Terre ou la Confédération paysanne), elle a pris la parole devant la mairie pour dénoncer le projet et déposer des contributions dans le cadre de l’enquête publique ouverte jusqu’à la fin du mois. Ce dimanche 22 mai, un pique-nique est organisé aux alentours du site pour sensibiliser les riverain·es.

Si le projet aboutit, le quotidien de la commune sera chamboulé. Annoncé par le président de la République, Emmanuel Macron, lors du sommet sur l’IA en 2025, le centre de données demande un investissement de 50 milliards d’euros, soutenu par le fonds émirati MGX, l’entreprise tricolore Mistral AI, la Banque publique d’investissement (BPI) et l’éditeur de logiciels Nvidia. Objectif affiché : en faire le plus grand datacenter d’Europe.

D’après l’avis de la mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) d’Île-de-France, le Campus IA a des caractéristiques «hors normes», notamment «en termes de consommations énergétiques, d’empreinte carbone et de consommations foncières». Au total, onze datacenters de 20 mètres de haut seront regroupés sur 90 hectares, l’équivalent de 125 terrains de foot. Des terres aujourd’hui exploitées à des fins agricoles, bien qu’elles soient classées comme zones destinées au développement économique dans le plan local d’urbanisme.

Visuel principal de présentation du Campus IA. © DR

À elle seule, l’infrastructure devrait mobiliser 1,4 gigawatt de puissance électrique, soit à peu près la capacité d’un réacteur nucléaire tel que celui de Civaux (Vienne). Une fois en service, elle consommera 12 fois ce que la communauté de communes Brie des rivières et châteaux (dont Fouju fait partie) consomme actuellement, souligne même la MRAe. «On demande aux citoyens une sobriété énergétique, mais l’État fait le choix de l’ébriété», s’indigne Jean-François Dupont, coprésident de France nature environnement (FNE) 77.

Une telle consommation d’énergie s’explique aussi par le choix de refroidir les serveurs en dry cooling – par système réfrigérant – plutôt qu’en puisant l’eau de la nappe phréatique. D’après l’autorité environnementale, cela signifie utiliser 514,3 tonnes de fluides frigorigènes (que l’on retrouve également dans les réfrigérateurs, les systèmes de climatisation ou les pompes à chaleur). En plus d’induire la production de HFC 23, un gaz au puissant effet de serre, ces fluides contiennent le barbare R1234ze, un «polluant éternel» (PFAS) particulièrement toxique. Or les porteurs de projet évaluent à 3% le taux de fuite annuel, soit 15 tonnes émises chaque année dans l’atmosphère. Des «rejets […] loin d’être négligeables», alerte la MRAe, d’autant que ces substances augmentent les risques de maladies, comme les cancers ou les problèmes de thyroïde.

Nuisance sonore et îlot de chaleur

La présence de 613 groupes électrogènes pose également question en termes de qualité de l’air. Ces moteurs, destinés à alimenter le centre de données en cas de coupure électrique, fonctionnent pour la plupart au fioul. Lorsqu’ils sont en marche, ils rejettent des particules fines, des oxydes d’azote et du monoxyde de carbone. Pour s’assurer qu’ils ne tombent pas en panne, ils sont mis en fonction plusieurs heures par mois. Problème, selon l’autorité environnementale : «En fonctionnement normal, les seuils toxiques sont dépassés pour les habitants de la prison» qui sera bientôt construite à proximité du site. En tout, le bilan carbone du Campus IA est estimé à 766 000 tonnes de dioxyde de carbone équivalent (CO2e) par an, soit deux fois les émissions actuelles de la communauté de communes.

Les membres de France nature environnement Seine-et-Marne, dont Jean-François Dupont (à droite), ont déposé leurs contributions à l’enquête publique sur le projet de datacenter à Fouju. © Lilou Hiver/Vert

«Sans parler de la nuisance sonore et de l’émanation de chaleur qu’induisent le système réfrigérant, les groupes électrogènes et les serveurs», note Jean-François Dupont, de FNE. Sans refroidissement, la température intérieure pourrait grimper jusqu’à 60 degrés Celsius (°C). Elle serait ensuite évacuée vers l’extérieur par les systèmes de climatisation, ce qui contribuerait à la formation d’îlots de chaleur autour du site et affecterait les riverain·es à proximité.

Des habitantes résignées

«On a l’impression de vivre dans un département sacrifié», se désole Jean-Noël Péché, apiculteur à Fouju. Il raconte avoir vu le territoire s’artificialiser au fil des années avec des entrepôts logistiques, une décharge et bientôt une prison. «On ne s’occupe pas de la population ; tout ce qui les intéresse, c’est que l’autoroute et les lignes de raccordement au réseau électrique soient à proximité», peste-t-il.

À coups de tracts et de réunions d’information, les associations essaient d’alerter les riverain·es et de les mobiliser. Mais la tâche s’avère ardue. «Les habitants semblent résignés. Ils se disent que si ça n’avait pas été un datacenter, ça aurait été autre chose», souffle Jean-Noël Péché. Selon lui, beaucoup ignorent ce qu’implique un centre de données car «les impacts ne sont pas palpables».

Dans l’espoir de sensibiliser davantage de personnes, Jean-François Dupont est allé à la rencontre de la commissaire-enquêtrice, dossier sous le bras, le 13 mai. Il souhaitait une prolongation de quinze jours de l’enquête publique, ainsi que l’organisation d’un nouveau débat, «vu l’ampleur du projet». D’après la commissaire-enquêtrice, l’extension de la période sera discutée, mais pas celle d’un nouveau débat public.

«Un très beau projet»

Présent pour soutenir le collectif d’opposant·es, le député La France insoumise de Seine-et-Marne, Arnaud Saint-Martin, tient à faire de «Fouju un enjeu national», symbole des projets géants qui pullulent un peu partout en France. Actuellement, on trouve plus de 350 datacenters dans le pays : leur installation est encouragée par la politique d’Emmanuel Macron. La loi de «simplification» de la vie économique, adoptée en avril, facilite la construction de centres de données en leur accordant le statut de «projets nationaux d’intérêt majeur».

Des fouilles archéologiques ont commencé à Fouju. © Lilou Hiver/Vert

De leur côté, les porteur·ses du projet tentent de rassurer sur les impacts environnementaux. «Plus de 45 hectares favorables à la faune locale seront créés en trente ans, avec des prairies et des haies», a répondu au Parisien Campus IA – qui n’a pas donné suite à nos sollicitations. «La condition principale était de ne pas prélever d’eau dans la nappe, je n’ai rien lâché», abonde Christian Poteau, le président de la communauté de communes, interrogé par Vert. Pour lui, comme pour le maire de Fouju, Jonathan Wochenmayer, il s’agit avant tout «d’un très beau projet», avec des retombées économiques qui «dépasseront forcément le million d’euros» pour la commune.

À l’issue de l’enquête, une déclaration d’utilité publique devra encore être publiée par la préfecture pour permettre le début des travaux. Les maîtres d’ouvrage espèrent un premier coup de pelle à l’été 2026 et la livraison de la première partie au printemps 2028.

*Elle n’a pas souhaité donner son nom de famille.

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23.05.2026 à 07:00

Laits de soja, d’avoine ou de riz : quelle alternative au lait de vache est la meilleure pour l’environnement et la santé ?

Médianes

Texte intégral (2414 mots)
Pour Carine Barbier, ingénieure de recherche au Cired, «il n’y a pas photo», les laits végétaux sont plus vertueux que les laits animaux. © Jc Milhet/Hans Lucas via AFP

Si le lait de vache domine encore largement les habitudes alimentaires, les Français·es ont tendance à réduire leur consommation et à accroître celle de boissons végétales. De 2017 à 2023, les ménages tricolores ont ainsi acheté +14% de laits végétaux et -8% de lait de vache, note France agri mer, un établissement du ministère de l’agriculture. Ces boissons sont élaborées à partir de graines ou de céréales immergées dans de grandes quantités d’eau, puis broyées jusqu’à obtenir une émulsion.

Depuis les champs d’amandiers, de soja ou d’avoine jusqu’à la mise en bouteille du lait : quel est l’impact environnemental de ces produits ? «Il n’y a pas photo, le végétal est plus vertueux», affirme Carine Barbier, ingénieure de recherche au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired). Mais toutes les alternatives n’ont pas la même empreinte carbone ni les mêmes apports nutritifs. Zoom sur les produits que l’on retrouve dans les rayons.

Lait animal : vache, brebis ou chèvre ?

🌍 Produire une bouteille de lait de vache demi-écrémé revient à émettre 1,27 kilogramme (kg) d’équivalent dioxyde de carbone (CO2e), selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Ces émissions viennent principalement de la digestion des bovins, qui relâchent du méthane. Au cours de sa vie, une vache produit en moyenne 100 kilos de méthane. Or ce gaz a un pouvoir de réchauffement plus de 80 fois supérieur à celui du CO2 les 20 premières années passées dans l’atmosphère.

Cette empreinte carbone du lait varie d’un animal à l’autre : la fabrication d’un litre de lait de chèvre émet ainsi 1,52 kg CO2e contre 2,18 kg CO2e pour celui de brebis. Ces boissons sont plus émettrices car les animaux, plus petits, produisent moins de lait par tête.

💧 Pour produire 1 litre de lait de vache, il faut prélever en moyenne 156 litres d’eau douce dans le milieu pour tout le cycle de production (de la nourriture du bétail à la mise en bouteille). C’est 514 litres d’eau nécessaires pour le lait de chèvre et 166 litres pour produire du lait de brebis.

🥛 Le lait de vache contient du calcium et des vitamines, mais aussi des protéines (8,2 grammes (g) pour une tasse, soit environ 240 millilitres (ml) de lait). Les alternatives végétales contiennent bien moins de nutriments, mais peuvent être enrichies en calcium et vitamines au cours du processus de fabrication. Le lait de chèvre contient 3,69 g de protéines et celui de brebis 5,56 g.

Lait d’amande

🌍 Sa production émet 0,38 kg CO2e pour un litre – c’est donc bien moins que pour le lait de vache.

💧 Il est toutefois le plus gourmand en eau des laits végétaux, et nécessite de prélever 1 070 litres d’eau dans le milieu pour produire 1 litre de boisson. Cet important volume représente toute l’eau nécessaire à la production du lait d’amande, des cultures d’amandiers jusqu’à la mise en bouteille.

🥛 Il contient des protéines, mais en faible quantité : 1 g pour une tasse de 240 ml.

Lait de soja

🌍 La production d’un litre de lait de soja émet 0,43 kg CO2e. «Comme les autres légumineuses (lentilles, pois), le soja capte l’azote dans l’air, explique Carine Barbier. Il le transforme et en stocke une partie dans le sol, il a donc un bilan carbone négatif au niveau de la production de la plante.» La majorité de son empreinte carbone provient du transport. Or «les calculs de l’empreinte carbone prennent en compte les voyages et importations lointaines des matières premières et, même avec ce facteur, les alternatives végétales émettent bien moins de gaz à effet de serre», souligne l’ingénieure de recherche. Un écart énorme «tout à fait normal puisqu’on compare une culture végétale avec une culture animale qui va elle-même appeler des cultures végétales», explique Gabrielle Lestra, chargée de mission Affichage environnemental à l’Ademe.

Contrairement aux idées reçues, les alternatives végétales à base de soja ne sont pas non plus des facteurs importants de déforestation en Amérique du Sud ou ailleurs dans le monde. 77% du soja cultivé sur la planète est destiné à l’alimentation du bétail européen, non aux substituts végétaux comme le lait.

💧 Pour produire 1 litre de lait de soja, 78,6 litres d’eau sont nécessaires, un bilan bien moins lourd que celui des laits animaux ou d’amande.

🥛 Parmi les alternatives végétales, le lait de soja est le plus riche en protéines, avec 6,1 g par tasse.

Lait d’avoine

🌍 La production d’un litre de lait d’avoine émet 0,57 kg CO2e. Comme pour le soja, l’avoine est souvent cultivée en monoculture, ce qui ne favorise pas la biodiversité. La différence d’impact de ces productions sur les écosystèmes dépend davantage des systèmes agricoles (biologique, raisonné ou conventionnel), indique Gabrielle Lestra. «Très clairement, le bio est moins impactant que le conventionnel», souligne-t-elle. Il est également bien moins émetteur, puisqu’il se passe des intrants de synthèse.

💧 Pour produire 1 litre de lait d’avoine, 382 litres d’eau sont nécessaires (pour l’ensemble du cycle de production).

🥛 Le lait d’avoine contient 2,7 g de protéines par tasse.

Lait de riz

🌍 Sa production émet 0,38 kg CO2e pour un litre. C’est très faible, même si les cultures de riz rejettent du méthane issu de «la putréfaction des plants dans l’eau des rizières, précise Carine Barbier. Certains riz sont malgré tout produits à sec.»

💧 Fabriquer un litre de riz nécessite presque autant d’eau que la boisson à l’amande, soit 1 070 litres.

🥛 Les boissons à base de riz ne contiennent quasiment pas de protéines.

Lait de coco

🌍 Cette boisson est la seule à ne pas être fabriquée puisqu’il s’agit seulement du jus issu du fruit. La production d’un litre de lait de coco émet 0,84 kg CO2e.

💧 Pour produire un litre de jus de coco, 837 litres d’eau sont nécessaires (.

🥛 Il est celui qui contient le moins de protéines, avec seulement 0,5 g par tasse.

D’autres boissons végétales moins répandues sont commercialisées : lait de pois, d’épeautre, de noisettes ou encore de chanvre. Pour connaître les impacts environnementaux des différents substituts, vous pouvez consulter la base de données de l’Ademe.

Additifs et sucres ajoutés : les vrais risques pour la santé

Côté santé, aucun lait végétal n’est meilleur qu’un autre. «Le mieux est de varier les boissons», assure Benjamin Allès, chercheur en épidémiologie de la nutrition à l’Institut national de recherche pour l’agriculture et l’environnement (Inrae). Il rappelle que, animal comme végétal, «ce n’est pas un aliment indispensable à notre alimentation». Cela ne l’empêche pas d’être intéressant sur le plan nutritionnel et pour se désaltérer (les laits sont majoritairement constitués d’eau), agrémenter ces céréales ou faire des recettes.

Et entre lait animal et végétal ? «Raisonner seulement sur la santé humaine n’a pas de sens», selon Benjamin Allès. Si on prend en compte la santé «totale», selon le concept One health qui intègre le bon état des écosystèmes, «le lait animal est à consommer de manière très modérée», tranche-t-il.

Sur le végétal, un point d’attention : «Les boissons qui comportent des mélanges avec de la vanille et qui ont des taux de sucres importants posent un problème d’équilibre nutritionnel si on en boit trop», souligne l’expert. Le risque est le même que pour les sodas : en boire souvent peut amener à dépasser les recommandations d’apport en sucre par jour et, sur le long terme, favoriser le surpoids, l’obésité, le diabète et d’autres maladies cardio-métaboliques. La solution : se fier au Nutriscore (cette note de A à E sur les emballages) et bien regarder l’étiquette pour choisir des produits sans sucres ajoutés.

Certaines marques ajoutent également des édulcorants ou des épaississants (gommes de guar, xanthane). Ils ne sont pas dangereux pour la santé à l’échelle d’un produit. Le problème, c’est leur accumulation si l’on consomme beaucoup d’aliments qui en contiennent au quotidien. La littérature scientifique n’est pas encore assez développée sur les conséquences de ces cocktails, mais les chercheur·ses invitent à limiter cette addition, par précaution.

«Les boissons végétales ne sont pas aussi épaisses que du lait, c’est normal ; mais l’industrie crée un faux besoin d’imiter la texture du lait. Elle ajoute encore des additifs là où on n’en aurait pas vraiment besoin», explique le scientifique. Il rappelle que, pour celles et ceux qui en ont l’envie et le temps, les laits végétaux sont faciles à fabriquer soi-même.

Intégrer les laits végétaux à un régime constitué de peu de produits animaux a des bienfaits sur la santé, seulement si l’on consomme des produits frais et peu transformés. «Les personnes qui intègrent des laits végétaux à ce type de régime tout en variant beaucoup leur consommation ont 40% moins de probabilité d’avoir un problème cardiovasculaire», précise Benjamin Allès.

Quant aux boissons enrichies en calcium et en vitamines, pas de problème de ce côté-là, elles peuvent au contraire couvrir les apports des personnes qui consomment peu de produits laitiers.

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