Mathilde Picard
«J’attends avec impatience les manifestations de la rentrée», confiait une lectrice de Vert à la suite de notre appel à témoignages au mois de juillet. L’été, marqué par les incendies et les canicules, a donné envie à nombre d’entre vous de s’engager contre le réchauffement climatique. Voici les différentes mobilisations à ne pas manquer aux mois de septembre et octobre. Une grande coalition d’associations, collectifs et syndicats appelle à un rassemblement devant le ministère de l’économie et des finances, à Paris, mardi 15 septembre, à 19h30. Syndicat de pompier·es, d’infirmier·es, la Fondation pour le logement des défavorisés, Médecins du monde, Greenpeace, France nature environnement ou encore le collectif féministe Nous toutes réclament des moyens concrets d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Les militant·es ont choisi Bercy comme lieu symbolique pour faire valoir leurs revendications, en prévision de la prochaine loi de finances, qui doit acter le budget de l’État pour l’année prochaine. Ils et elles souhaitent que le futur texte permette de faire face à la crise climatique, pour ne pas revivre de canicules durant lesquelles des «milliers de personnes ont perdu la vie dans la plus grande indifférence». Plus d’infos ici. Save (Stop aux violences d’État), le Comité Adama, Flagrant déni, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, l’Association des avocats pénalistes et Amnesty international France appellent à se rassembler contre la proposition de loi votée le 7 juillet dernier à l’Assemblée nationale. Celle-ci vise à instaurer la présomption de légitime défense pour un·e policier·e ou un·e gendarme qui ferait usage de son arme à feu. Le texte doit encore être discuté au Sénat. Il est qualifié par les associations et les syndicats de magistrat·es et d’avocat·es de «permis de tuer en toute impunité». Alors que la pétition contre cette mesure avait recueilli plus de 730 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale, la commission des lois a décidé de la classer. Elle ne sera donc pas débattue dans l’hémicycle. Plus d’infos ici. À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de mille personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Dans ce texte que Vert a publié en exclusivité, elles et ils appellent à une mobilisation nationale le samedi 26 septembre. Près de 50 manifestations seront organisées partout en France ce jour-là, comme à Lyon, Vannes, Saint-Nazaire, Toulon, Metz, Amiens, Calais ou encore Guéret. Des groupes locaux sont également actifs dans d’autres villes et en outre-mer pour organiser des mobilisations. Plus d’infos ici. À la suite d’une réunion avec le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez le 13 août dernier, les représentant·es des syndicats des pompier·es ont appelé à des manifestations statiques les 26, 27 et 28 septembre prochains, place de la République, à Paris. Ils et elles dénoncent le manque de moyens humains et matériels pour lutter contre les incendies après les feux historiques de cet été. Leurs actions s’ajoutent à la journée de mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Pour celle-ci, les représentant·es de syndicats appellent à la grève et à une manifestation pour obtenir une augmentation des salaires. Sur le mot d’ordre «L’agriculture on veut en vivre, pas en mourir», la Confédération paysanne, le collectif Cancer colère, le Comité de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et les Soulèvements de la Terre appellent à la mobilisation «contre les pesticides et pour les vivant·es» devant un important site de production de ces substances chimiques. Le rassemblement est prévu à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), devant l’usine de Syngenta. Les militant·es demandent la mise à l’arrêt de ce site de production majeur. Plus d’infos ici. Initialement prévue le 27 juin, la manifestation avait été annulée par la préfecture en raison de la canicule. Elle se tiendra finalement le samedi 3 octobre au départ de la place d’Italie, à Paris, pour défendre les droits des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, trans, non binaires, queer et asexuelles. Plus d’infos ici. Extinction rebellion, ZAD A69 et les Soulèvements de la Terre ont appelé à un grand week-end de mobilisation avant la mise en service de l’autoroute A69 entre Castres (Tarn) et Toulouse (Haute-Garonne). L’inauguration de l’ouvrage tant décrié est prévue le 15 octobre, selon le concessionnaire Atosca. La marche annuelle pour le climat en Belgique est prévue le 11 octobre à Bruxelles, avec une demande centrale de la Coalition climat, qui réunit 70 ONG belges : «un plan de sortie des énergies fossiles». Plus d’infos ici. Texte intégral (1398 mots)

Mardi 15 septembre. Ministère de l’économie (Paris), de 19h30 à 21h. Rassemblement pour des moyens concrets face au réchauffement climatique
Dimanche 20 septembre. Lieu à définir, Paris. Manifestation contre «le permis de tuer»
Samedi 26 septembre, dans 50 villes de France. Marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale

26, 27, 28 et 29 septembre. Place de la République, Paris. Manifestation des pompier·es
Samedi 3 octobre. Saint-Pierre-la-Garenne, Eure. Mobilisation contre l’industrie des pesticides

Samedi 3 octobre. De la place d’Italie à la place de la Bastille, Paris, 13h30. Marche des fiertés
Week-end du 9 au 11 octobre. Lieu à définir. Dernière mobilisation contre l’A69
Dimanche 11 octobre. Bruxelles, Belgique. 13h. Marche pour le climat
Mathilde Picard, Sophie Roland
«Ce que nous voyons, c’est d’abord la nature qui prend le dessus», a commenté la journaliste Sonia Mabrouk, sur BFMTV lundi soir, face aux images de la tornade dans l’Aude. Figure emblématique des médias de Vincent Bolloré qui vient d’être recrutée chez BFM, elle répondait à son confrère Bruno Jeudy, qui affirmait que «l’année 2026 est celle où les Français prennent conscience de la crise climatique». «Il ne faut pas tout renvoyer à la politique ; la nature, quand elle se fâche, voilà ce que ça donne», a-t-elle répondu. La tornade a frappé le village de Pomas et ses environs, dans l’Aude, le 24 août en fin d’après-midi, vers 17 heures. 48 blessé·es ont été pris·es en charge, aucun·e en urgence absolue, et 300 habitations ont été abimées sur les 496 que compte la commune, dont 102 entièrement détruites, d’après la préfecture. Un évènement d’une telle intensité est-il aggravé par le réchauffement climatique ? Davide Faranda, climatologue et co-auteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est spécialiste des orages au sein desquels se développent les tornades. Selon lui, «il existe bien un lien indirect entre changement climatique et intensité des tornades». «C’est un phénomène naturel, mais dire que c’est seulement la nature qui se fâche est trompeur, argue-t-il auprès de Vert. Le changement climatique modifie les conditions qui permettent à ces phénomènes de se produire, notamment en renforçant la chaleur et l’humidité disponibles pour les orages.» Plusieurs études récentes documentent «une évolution des environnements favorables aux phénomènes violents et suggèrent une intensification des orages producteurs de tornades», indique-t-il encore. Les conditions atmosphériques actuelles étaient déjà propices à l’arrivée d’orages, ceux-ci ont alors été dopés par la chaleur emmagasinée dans les mers. «Ils prennent leur intensité dans la chaleur humide, or avec les températures très élevées des océans, il y a en ce moment une grande disponibilité de chaleur humide sur la mer Méditerranée et sur l’Atlantique», poursuit le chercheur. Le changement climatique influe indirectement sur l’intensité de ce phénomène, pas sur sa fréquence. «Il n’y a pas plus de tornades, mais elles peuvent vivre plus longtemps et créer des dommages comme ce que l’on a vu lundi», appuie le spécialiste. Au-delà de ce phénomène général, il n’y a toutefois pas d’étude qui relie l’intensité de la tornade de Pomas au dérèglement climatique. Météo-France indique que se produisent en moyenne une dizaine de tornades par an en France, la plupart de faible intensité. Celles-ci ne durent pas plus de quelques minutes et restent localisées sur plusieurs centaines de mètres. Météo-France a classé ce mercredi 12 départements du nord-ouest en vigilance orange pour le risque d’orages. Dans la soirée, de fortes précipitations sont attendues, des grêlons «de taille moyenne à grosse», de nombreux éclairs et des rafales jusqu’à 100 kilomètres-heure. L’institut prévient qu’une grande majorité du pays devrait être concernée par une alerte jaune ou orange dans la journée de jeudi. Lorsque Météo-France prévoit un risque de tornade sur un territoire, le bulletin de l’agence, consultable ici, indique un «risque de phénomènes tourbillonnaires», comme ça a été le cas lundi. «Avec le réchauffement climatique, les effets d’une tornade ou d’un orage sont amplifiés en termes de risques car le territoire est déjà vulnérable», rappelle le climatologue au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et co-auteur du Giec Christophe Cassou. «Attribuer l’intensité d’un aléa au réchauffement climatique est important mais il ne faut pas s’arrêter là, insiste-t-il. Le réchauffement climatique accroît surtout la vulnérabilité des territoires parce qu’ils subissent aussi ses effets chroniques, au-delà des évènements extrêmes.» L’Aude a vécu cet été une sécheresse historique et des chaleurs très élevées qui ont alimenté des incendies. Le chercheur relève : «On est dans un territoire déjà sinistré, tous ces risques liés au changement climatique s’additionnent pour les populations, il ne faut pas les regarder de manière isolée.» Cette multiplication des risques a notamment de lourdes conséquences économiques. Le chercheur note par exemple que «les ressources financières pour réparer les calamités sont moindres car elles doivent être partagées entre les dégâts de la tornade, ceux du retrait-gonflement des argiles liés à la sécheresse et ceux des calamités agricoles…» Selon lui, les propos de la journaliste Sonia Mabrouk «sont d’un autre siècle. Dire “la nature se fâche”, c’est cacher toutes les conséquences systémiques du changement climatique.» Texte intégral (1114 mots)

Des tornades pas plus fréquentes mais plus intenses

Les territoires touchés déjà vulnérables à cause du changement climatique
Coline Vigot
Comment raconter le réchauffement climatique sans empiler les chiffres ni sombrer dans le catastrophisme ? Lauriane Miara relève le défi dans Groenland, échos arctiques (août 2026, Les Étages Éditions), une bande dessinée née d’une expédition scientifique menée en 2023 sur la côte ouest de l’île. Embarquée à bord du voilier de recherche Forel pour réaliser des dessins de vulgarisation à destination d’un public scolaire, l’illustratrice est rentrée avec une conviction : cette aventure méritait d’être racontée au plus grand nombre. Résultat : un roman graphique aussi beau que percutant. Les aquarelles aux teintes douces, rehaussées d’encre de Chine, rendent presque palpables le silence, la lumière des glaciers et l’immensité des paysages arctiques. Mais le Groenland que raconte Lauriane Miara ne se résume pas à la fonte des glaces. Le regard de l’autrice se porte surtout sur celles et ceux qui y vivent. Au fil des pages, elle dépeint une société qui s’adapte à un environnement en mutation, tout en préservant un rapport spirituel au vivant. Ici, l’animal n’est ni une ressource à exploiter ni un être à protéger à tout prix : il est respecté pour ce qu’il apporte à la communauté. Cette conception, portée par la culture inuite, pousse les lecteur·ices à interroger leurs propres représentations. La bédéaste n’occulte pas non plus l’histoire coloniale de l’île. Un habitant témoigne du traumatisme de la «danisation», cette politique d’assimilation imposée aux Groenlandais·es pendant des décennies. Une manière de rappeler que les populations les plus exposées aux bouleversements climatiques sont aussi les plus grandes victimes des rapports de domination. «J’entends par “échos arctiques” les messages perceptibles émis par les milieux et les sociétés arctiques auxquels nous devrions tendre l’oreille», explique Lauriane Miara. C’est précisément ce que réussit ce livre : faire entendre ces voix, humaines autant que non humaines, sans jamais donner de leçon. «Groenland, échos arctiques», de Lauriane Miara, Les Étages Éditions, août 2026, 128 pages, 29 euros. (441 mots)

Mathilde Picard
Désir d’enfants, déménagement, changement de carrière ou de vie… Vert a recueilli des centaines de témoignages de personnes dont l’avenir a été percuté par cet été infernal. Découvrez leur histoire dans notre série en quatre volets intitulée «2026, l’été de la bascule» en cliquant ici. Aux mois de juin, de juillet et d’août, le mercure a dépassé les 40 degrés Celsius (°C) à Nantes (Loire-Atlantique) à plusieurs reprises. Ébranlée par cette chaleur historique, Yasmine*, 29 ans, qui vient d’emménager dans une nouvelle maison, a vécu cet été caniculaire comme un tournant politique. «Je viens d’une famille qui n’a jamais été engagée, explique-t-elle. À la première canicule de mai, je suis restée dans la sidération ; à la deuxième, j’ai compris que ce n’était plus possible : j’ai cherché une association près de chez moi.» Elle s’inscrit alors au sein de Repousse, une organisation qui plante des arbres dans des endroits stratégiques et sensibilise sur leur rôle pour la biodiversité et la santé. «J’avais besoin de faire quelque chose de tangible près de chez moi, de voir le résultat de mes actions, détaille-t-elle. J’ai compris que l’action battait l’anxiété.» Elle se renseigne également sur les moyens d’aider la faune et la flore et installe des coupelles d’eau dans son jardin pour permettre aux insectes et aux oiseaux de se rafraîchir. En 2025, un·e Français·e sur quatre était moyennement ou fortement écoanxieux·se, d’après un rapport de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Or, selon une étude scientifique étasunienne, l’activisme environnemental collectif pourrait atténuer les liens entre écoanxiété et symptômes dépressifs. Des effets bénéfiques que constate la psychothérapeute Charline Schmerber. «Beaucoup de personnes parmi mes patients écoanxieux rejoignent des associations, militent ou ont besoin de mettre les mains dans la terre», rapportait-elle au micro de France inter, le 5 août dernier. «Je me suis mise à suivre les actualités des élus La France insoumise de mon territoire pour aller à des manifestations et des meetings à la rentrée, raconte Yasmine. Comme je suis seule avec mes réflexions, je me suis dit que je pourrais y rencontrer des gens qui partagent mes valeurs pour m’aider à m’engager. Je veux montrer que je participe et ne plus me terrer chez moi.» Comme elle, nombre de Français·es témoignent à Vert d’une prise de conscience après la brutalité des quatre canicules successives et d’une envie d’agir davantage contre les causes du réchauffement climatique. Selon une étude de l’université de Yale publiée en 2023, les personnes qui manifestent de la détresse climatique sont plus enclines à s’engager et à parler de ce sujet autour d’elles. «J’ai senti la crise climatique dans ma chair, ça m’a retourné, confie Valentine*, 35 ans. Avant, je voyais ça comme une menace lointaine, car je viens d’une famille de droite et j’étais moi-même de droite.» Elle l’assure : «À l’élection présidentielle, je ne ferai pas le même choix que ce que j’aurais voté avant la canicule.» Cet été, la médecin gériatre est devenue mère pour la deuxième fois. «Cette saison où les enfants passent normalement la journée dehors a été très compliquée : on est restés enfermés tous les jours alors qu’on vit en Normandie», raconte-t-elle. Au quotidien, elle travaille avec des patient·es qui ne comprennent pas pourquoi elles et ils sont constamment épuisé·es. «Je ne me préoccupais pas de la politique, se souvient la jeune femme. Mais, cet été, je me suis mise à consulter tous les programmes pour savoir ce que les candidats prévoyaient pour l’environnement, la société, les femmes…» Pendant les journées brûlantes, elle délaisse la plage trop exposée et se plonge dans des lectures, des podcasts, s’abonne à des médias indépendants, dont Vert. «Je voulais m’intéresser aux causes du changement climatique et je suis tombée sur des critiques du capitalisme ainsi que sur les analyses de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, abonde-t-elle. Je fais partie de la bourgeoisie, je ne remettais pas en cause ce système puisqu’il me protégeait, mais maintenant je me suis renseignée.» L’annonce de la candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle s’est additionnée aux canicules et a renforcé son angoisse. La jeune mère s’indigne : «Je me suis dit que, démocratiquement, on avait abandonné quelque chose. Pour l’instant, je reste dans la phase où je m’informe, où je discute avec mon entourage, où j’essaye de convaincre mon compagnon de ne pas voter blanc l’année prochaine. Je verrai ensuite où diriger ma colère.» Sacha, 33 ans, est architecte dans le Bas-Rhin. «Avec ma femme, nous avons beaucoup souffert de la sécheresse car nous vivons sous les combles. Mais nous savons que d’autres étaient bien plus en détresse, affirme-t-il. Le discours de Yann Barthès nous a sidérés et radicalisés : depuis cet été, on est beaucoup plus engagés, on se tourne davantage vers les médias indépendants plutôt que généralistes.» Le 25 juin, l’animateur de l’émission Quotidien, sur TMC, avait déclaré que l’ensemble des Français·es étaient «logés à la même enseigne» face à la chaleur, du milliardaire Bernard Arnault aux citoyen·nes ordinaires. Même parmi les personnes déjà sensibilisées au réchauffement climatique et à la vulnérabilité de l’environnement, cet été a marqué une bascule. Sylvie*, 62 ans, témoigne d’une volonté de s’engager de manière plus collective. «J’aimerais faire des actions plus radicales mais je suis vieille maintenant», souffle-t-elle. Cette ancienne professeure retraitée habite dans la Sarthe et cherche désespérément une association près de chez elle : «C’est dommage, la Ligue pour la protection des oiseaux n’est pas très active dans mon coin et les manifestations sont souvent à Paris. C’est compliqué quand on vit à la campagne.» Astrid* aussi aimerait en faire plus : «Je pense qu’il faut se tourner vers le sabotage. Nos pétitions, comme celle contre la loi Duplomb, ne sont pas respectées ; on n’est pas écouté. Il faut empêcher les bidons de pesticides de sortir des usines ou même couper la climatisation à certains plateaux de télévision, par exemple.» «On a beau être écolo au maximum en tant qu’individu, ça ne fera pas grand-chose tant qu’on n’aura pas essayé de changer ce système.» La Normande peine toutefois à franchir le cap. «J’ai des enfants, donc je ne peux pas prendre trop de risques légaux ; il nous faudrait un accompagnement juridique pour faire ces actions», plaide-t-elle. Il lui est difficile de trouver des soutiens dans son quotidien. Alors, un jour, dans la fraîcheur d’une salle de cinéma climatisée, sa colère explose. «Avec mes enfants, nous sommes allés voir La Bataille de Gaulle et, à la fin de la séance, je me suis levée et j’ai harangué la salle, exhortant à une nouvelle forme de résistance contre les industries fossiles et le réchauffement climatique», s’amuse-t-elle. Additionner des actions collectives à plus grande échelle à son engagement individuel, c’est aussi la bascule qu’a vécue Laura* cet été. Traiteuse végétarienne en Loire-Atlantique, elle est consciente des enjeux environnementaux depuis de nombreuses années. Après les canicules, elle a «voulu passer un cran au-dessus». «Je n’en pouvais plus d’être dans la sidération, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais», lance-t-elle. Comme premier réflexe, elle change de banque pour éviter que son argent ne soit réinvesti dans les énergies fossiles. Pour aller plus loin, elle s’inscrit à une réunion d’informations d’un groupe local d’un parti politique de gauche pour s’organiser en vue de l’élection présidentielle. «Le miracle ne viendra pas d’en haut, assure-t-elle. Mais on fait partie d’un système, donc on a beau être écolo au maximum en tant qu’individu, ça ne fera pas grand-chose tant qu’on n’aura pas essayé de changer ce système.» Un constat auquel souscrit Leslie*, habitante d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis : «La crise qu’on a traversée cet été m’a remotivée politiquement. On ne peut pas se laisser précipiter dans la catastrophe, j’ai perdu plusieurs proches durant ces canicules, chacune de ces morts est inadmissible.» Elle vit dans un HLM, «une véritable bouilloire thermique, la température montait à largement plus de 30°C dans les logements», décrit-elle. Au cœur de la deuxième canicule, elle achète des couvertures de survie et les distribue à ses voisin·es. Alors qu’une dame âgée atteinte d’un cancer multiplie les malaises quelques étages plus bas, elle finit par lui offrir une chambre d’hôtel pour quelques jours. Elle décide également d’en payer une pour l’un de ses amis handicapé et elle-même. Dans la foulée, elle contacte l’Office public de l’habitat d’Aubervilliers pour exiger des mesures compensatoires en urgence et la pose de volets dans les prochains mois. «La solidarité donne de l’espoir et c’est vital, appuie Leslie. J’attends les manifestations prévues à la rentrée avec impatience. Dans les moments de crise, quand l’État est incapable de gérer, on se rend compte qu’on peut s’organiser collectivement. J’espère que ça débouchera sur une envie de lutter sur le plus long terme.» *Ces personnes ont souhaité être anonymisées. Texte intégral (2065 mots)

Un revirement politique et les élections en ligne de mire
«Je pense qu’il faut se tourner vers le sabotage»
La solidarité comme réflexe
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