Médianes
Alors que l’année 2026 nous promet un climat extrême, la résolution adoptée à une écrasante majorité (141 voix pour, 8 contre et 28 abstentions) par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) est une rare éclaircie à souligner. Qualifiée d’«historique» par l’ONG Greenpeace, elle est, selon le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, «une puissante proclamation du droit international, de la justice climatique, de la science et de la responsabilité des États à protéger la population de l’escalade de la crise climatique». L’origine de cette résolution remonte à 2023, lorsque l’Assemblée générale de l’ONU avait demandé à la Cour internationale de justice (CIJ) un avis sur la responsabilité des États de respecter leurs engagements climatiques. La demande était portée par le Vanuatu, un petit État insulaire du Pacifique gravement menacé par l’élévation du niveau de la mer et grand défenseur du combat pour la justice climatique. Rendu l’été dernier, l’avis de la CIJ a fait date en affirmant que les États qui ne respectent pas leurs obligations climatiques commettent un acte «illicite» et s’exposent à des «réparations» envers les pays affectés. Pour rebondir sur cette décision non contraignante, mais sur laquelle les tribunaux du monde entier peuvent s’appuyer, le Vanuatu a présenté en janvier un projet de résolution destiné à la rendre opérationnelle. La résolution votée hier réaffirme donc formellement les conclusions de la CIJ, en souligne «l’importance et l’autorité», et appelle tous les États à «honorer les obligations que leur fait le droit international» pour protéger le climat. Si le texte demande au secrétaire général de l’ONU de présenter un rapport en 2027 sur les moyens de favoriser le respect de toutes ces obligations, il insiste déjà sur la nécessité de «transitionner hors des énergies fossiles». Cet objectif a été adopté en 2023 par près de 200 pays lors du 28ème sommet mondial (COP28) sur le climat à Dubaï (Émirats arabes unis). La résolution souligne aussi que, selon la CIJ, un État enfreignant ses obligations climatiques engage sa responsabilité, avec l’éventualité de devoir octroyer «une réparation intégrale aux États lésés» ; une avancée majeure, alors que les pays les plus responsables historiquement du changement climatique sont hostiles à tout mécanisme qui pourrait les forcer à verser des réparations. Le texte n’est pas sorti indemne des nombreuses séances de négociations entre États, entravées notamment par l’opposition des États-Unis et les manœuvres dilatoires de pays producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite et le Koweït, qui ont multiplié les interventions de procédure pour retarder le vote. L’idée d’un «registre international des dommages» destiné à rassembler les «preuves» des préjudices attribuables au réchauffement, élément phare du projet originel, a disparu. Cette résolution «très problématique» inclut «des exigences politiques inappropriées liées aux énergies fossiles et d’autres questions climatiques», a dénoncé l’ambassadrice étasunienne adjointe Tammy Bruce, refusant de considérer l’avis de la CIJ comme «faisant autorité». «Nous savons que certains préfèreraient que cette Assemblée en dise moins, ou qu’elle ne dise rien du tout», soulignait Odo Tevi, ambassadeur à l’ONU du Vanuatu, avant le vote. Et d’insister sur le fait que cette résolution «est importante parce que les dommages sont réels et déjà présents pour les îles et les zones côtières en basse altitude, pour les communautés faisant face à la sécheresse et aux mauvaises récoltes, pour ceux dont les maisons, les revenus, et la culture sont bouleversés par des forces qu’ils n’ont pas déclenchées.» Texte intégral (914 mots)

Les États qui dérogent à leurs obligations climatiques commettent un acte «illicite»
Opposition des États-Unis, d’Israël, de l’Iran, de la Russie et de l’Arabie saoudite
Médianes
Yaourts à la fraise écarlates, sirops de pêche orange… Les teintes gourmandes de vos produits préférés viennent souvent de colorants industriels et ne sont pas inoffensives pour la santé. De nouvelles études scientifiques publiées ce jeudi attestent des effets délétères de l’alimentation ultra-transformée, au moment où une proposition de loi veut rendre obligatoire l’affichage du Nutriscore sur les produits alimentaires pour aider les Français·es à se nourrir plus sainement. Ces trois études de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), parues dans les revues Diabetes care, European journal of epidemiology et European heart journal, montrent la nécessité de «privilégier les aliments pas ou peu transformés», selon leurs auteur·ices. Ces travaux, menés par Sanam Shah et Anaïs Hasenböhler, et supervisés par l’épidémiologiste Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, ont étudié la consommation de certains additifs, des colorants alimentaires (E100 à E199) et des conservateurs et antioxydants (E200 à E299 et E300 à E399), au sein d’une importante cohorte française comptant plus de 100 000 personnes, dont le suivi remonte à 2009. Pour la première fois, ces analyses mettent au jour des liens entre la consommation de colorants alimentaires et un risque accru de diabète de type 2 et de cancer, ainsi qu’entre la consommation de conservateurs et le risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Comparé aux personnes plus faiblement exposées, les plus grand·es consommateur·ices de colorants alimentaires ont ainsi un risque supérieur de développer un diabète de type 2 (+38%), un cancer (+14%) et, encore davantage, un cancer du sein (+21%, et même +32% post-ménopause), selon ces travaux à la méthodologie robuste. De leur côté, les plus grand·es consommateur·ices de conservateurs – sorbate de potassium E202 et acide citrique E330, en particulier – ont un risque d’hypertension global accru de 24% comparé à celles et ceux plus faiblement exposé·es, et un risque de maladies cardiovasculaires supérieur de 16%. Si ces études ne prouvent pas à elles seules un lien de cause à effet, elles s’ajoutent à un large corpus attestant de la nocivité des aliments ultra-transformés pour la santé, rappelle Mathilde Touvier. D’ores et déjà, au niveau mondial, «sur 104 études qui regardent les liens entre les aliments ultratransformés et la santé, 93 montrent ces effets délétères de manière très cohérente», souligne-t-elle. Pour la chercheuse, «le faisceau d’arguments est désormais assez fort pour dire qu’il faut agir au plan de la santé publique». Cette expertise scientifique doit, selon elle, permettre une «réévaluation de la sécurité de ces additifs, pour éventuellement en interdire certains», en particulier les colorants qui ne «sont là que pour rendre le produit plus attractif», ou «diminuer les doses autorisées». Pour l’association de consommateur·ices Foodwatch, ces études scientifiques «doivent provoquer un électrochoc politique» car «les solutions sont connues et à portée de main : ce qui manque, aujourd’hui, c’est le courage politique». L’ONG appelle à «interdire les additifs les plus controversés et à strictement encadrer les aliments ultra-transformés». Elle réclame depuis des années l’interdiction des nitrites, au lien «clairement démontré» avec le cancer colorectal, et de l’aspartame, cancérogène probable. En janvier, deux études de la même équipe de chercheur·ses avaient montré une association entre la consommation de conservateurs et une fréquence augmentée de cancers et de diabète de type 2. En France, une proposition de loi, soutenue par huit groupes politiques sur les onze que compte l’Assemblée nationale, appelle à rendre obligatoire le Nutriscore, «un outil de prévention simple, français et efficace», selon la députée socialiste Sandrine Runel, qui la porte. Mis en place en 2017 en France sur la base du volontariat, et dans six autres pays européens, cet étiquetage classe les produits alimentaires de A à E, selon leur composition et leurs apports nutritionnels. Les entreprises agroalimentaires qui refuseraient de l’afficher paieraient une taxe de 2% sur leur chiffre d’affaires français, dont le produit serait affecté à l’Assurance maladie. Selon un rapport du Sénat, les maladies liées à la mauvaise alimentation, obésité et diabète en particulier, coûtent 11,7 milliards d’euros à l’Assurance maladie, soit la moitié de son déficit, tandis que 17% des adultes en France sont en situation d’obésité, soit environ huit millions de personnes. Texte intégral (945 mots)

14% de risques en plus de développer un cancer
Ces études «doivent provoquer un électrochoc politique»
Rendre le Nutriscore obligatoire
Antoine Poncet
Texte intégral (945 mots)
Médianes
«L’État français [est] responsable de la catastrophe des PFAS», accusent les associations environnementales Générations futures, Notre Affaire à tous et Bloom, qui annoncent avoir déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris, mercredi. Cette procédure administrative, la première d’ampleur nationale sur les PFAS contre l’État, vise à faire reconnaître sa responsabilité dans le scandale des «polluants éternels». Cette famille de molécules chimiques – que l’on retrouve dans les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables, les emballages alimentaires ou les batteries électriques – est toxique pour l’humain. Des études scientifiques (comme celle-ci ou celle-là) ont mis en évidence des risques accrus de cancers (reins, testicules) et de maladies graves (thyroïde, foie) pour une multitude de ces substances. Les associations estiment que «l’inaction» de l’État ces dernières décennies a provoqué un «préjudice écologique», et réclament en conséquence qu’il fasse «cesser le plus rapidement possible tous les rejets de PFAS dans l’environnement et qu’il mette dès aujourd’hui en place les dispositifs pollueur-payeur pour couvrir les coûts environnementaux et sanitaires titanesques de cette pollution». Alors qu’elles attaquaient jusqu’ici uniquement les industriels qui produisent des PFAS, ces associations, rejointes par des riverain·es de zones contaminées, désignent une nouvelle cible. «On ne peut pas nier que l’État a failli dans son rôle de protection de la santé et de l’environnement. On en a même des preuves assez accablantes», assure leur avocat, Antoine Clerc, du cabinet lyonnais Hélios Avocats. Des administrations d’État ont été informées des risques que représentent les PFAS et leur dissémination bien avant que le scandale n’éclate publiquement en France, à partir de 2022, grâce à une enquête de l’émission Vert de rage (France 5). Les associations affirment avoir compilé «au moins une trentaine de rapports et études émanant d’agences publiques ou d’institutions nationales» alertant, entre 2008 et 2022, de la contamination des écosystèmes par ces molécules en France. En 2009 déjà, un bulletin de veille scientifique de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) informait les autorités des dangers liés au PFOA et au PFOS – deux «polluants éternels» dont la toxicité pour l’humain était bien connue. Dans la banlieue sud de Rouen (Seine-Maritime), l’État a été informé dès 2008 que l’eau potable de 90 000 habitant·es était contaminée, selon le média d’investigation local Le Poulpe – même si, à l’époque, aucune réglementation n’existait. Pourtant, «l’État dispose des leviers d’action juridiques qui auraient pu tout à fait être efficaces pour cibler les sources d’émissions» de ces substances, considère l’avocat des requérant·es. Il rappelle que les préfectures – représentantes de l’État en région – sont chargées du contrôle des rejets polluants des usines ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement). Celles-ci sont soumises à une réglementation spécifique car elles peuvent avoir «des impacts (pollution de l’eau, de l’air, des sols, etc.) et présenter des dangers (incendie, explosion, etc.) pour l’environnement, la santé et la sécurité publique», selon le site du gouvernement. Désormais, l’État tente de rattraper son retard. L’exécutif a dégainé un plan d’action en 2024, qui prévoit de mesurer la présence de PFAS à la sortie des sites industriels, des stations d’épuration et des incinérateurs. «On peut s’en réjouir quand on compare notre situation à celle de certains États plus en retard, mais on aurait pu aller beaucoup plus loin, et plus vite», estime Antoine Clerc. Pour incarner ce combat et médiatiser l’affaire, les associations ont proposé à des riverain·es de zones contaminées de les rejoindre dans ce recours : six ont accepté. L’un vit à Rumilly, en Haute-Savoie, où une usine Tefal a rejeté par le passé des déchets de PFAS dans l’environnement. Les cinq autres résident à proximité de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où l’utilisation de mousses anti-incendie (qui contiennent des PFAS) a pollué la nappe phréatique et l’eau potable de Saint-Louis (Haut-Rhin) et de communes voisines. Une autre, Karine Sallit, a appris en avril 2025 que son eau courante était contaminée au-delà des normes. Alors qu’elle a été diagnostiquée d’une maladie rare du sang en 2024, son syndicat de l’eau lui a déconseillé l’année passée de consommer la ressource à son robinet. «C’est très angoissant, admet cette directrice d’un service client, âgée de 51 ans. Même si je peux de nouveau consommer l’eau du robinet, je ne le fais pas. J’ai une perte de confiance totale envers l’État. J’ai fait des analyses de sang, et je suis contaminée.» «Il n’y a aucune raison que le citoyen passe à la caisse alors que l’industrie s’en met plein les poches et pollue en toute impunité. L’État est au courant depuis des années : ils n’avaient qu’à s’y préparer, considère Séverine Wollenschneider, 62 ans, retraitée de l’industrie. Ce recours, je le fais aussi pour les générations futures.» Tombée malade d’un cancer du sang à 49 ans, «son exposition prolongée aux PFAS pourrait augmenter les risques» pour sa santé, estiment les associations. L’avocat Antoine Clerc compte faire valoir à la barre du tribunal un «préjudice d’anxiété» pour ces riverain·es. «La conscience de ces personnes d’avoir été surexposées aux PFAS a fait naître une inquiétude de développer une pathologie, explique-t-il. Nous demandons réparation de cette souffrance.» Une manière aussi d’éviter d’avoir à démontrer un lien de causalité – toujours difficile à prouver – entre la santé de ces riverain·es et l’historique de leur exposition passée aux PFAS. Contacté au sujet de ce recours, le service communication de la présidence de la République n’a pas répondu à nos questions. Une décision du tribunal administratif de Paris n’est pas attendue avant 2028, selon les parties civiles. Texte intégral (1477 mots)

De premières alertes dans les années 2000
«On aurait pu aller beaucoup plus loin, et plus vite»
«L’État est au courant depuis des années : ils n’avaient qu’à s’y préparer»

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