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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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28.07.2026 à 12:23

«La nouvelle canicule va encore accentuer la sécheresse déjà historique» : 80% de la France connaît des restrictions d’eau

Mathilde Picard

Texte intégral (1164 mots)
À gauche, une image satellite de l’Hexagone le 26 mai 2026, avant la canicule. À droite, la même vue aérienne le 23 juillet 2026, après les vagues de chaleur de juin et juillet. © Nasa/Modis 2026/Météociel

«L’été 2026 se démarque des précédents par une sécheresse généralisée particulièrement précoce et intense», a constaté la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, dans un point presse lundi. Pour répondre au manque d’eau, «plus de 80% du territoire est visé par des mesures de restriction de la ressource», a-t-elle exposé. Celles-ci concernent la réduction, voire l’interdiction, de l’irrigation agricole, de l’arrosage des jardins ou de certains usages industriels.

62 départements sont considérés comme en «crise». Le taux d’humidité des sols a atteint un seuil exceptionnellement bas et la quasi-totalité des nappes phréatiques est en baisse. «Aujourd’hui plusieurs indicateurs montrent des niveaux comparables à ceux de la sécheresse historique de 1976 ou à celle de 2022», a encore expliqué la ministre. Et d’insister sur le fait que la nouvelle canicule de cette semaine «va encore accentuer cette sécheresse déjà historique». Depuis ce mardi, une nouvelle vague de chaleur s’installe sur l’Hexagone. C’est la troisième de l’année après celles de juin et de juillet et après la canicule précoce du mois de mai.

30 000 personnes face à des coupures d’eau

«L’alimentation en eau potable est sous tension dans plusieurs territoires, plus précisément sur 47 départements français», a souligné Monique Barbut, précisant que des «coupures d’eau au robinet» touchaient déjà «plus de 30 000 personnes sur 80 communes». En tout, l’approvisionnement de 324 000 habitant·es est sous tension.

Ces dernier·es sont ravitaillé·es par des camions-citernes ou grâce à des bouteilles d’eau. La situation dans l’est de la France est particulièrement préoccupante. «Il y a quelques situations dans le Doubs, le Jura et le centre du Massif central (Allier, Puy-de-Dôme, Limousin) où il n’y a pas d’eau à mettre dans les tuyaux», selon Régis Taisne, chef du département cycle de l’eau à la FNCCR, une fédération de collectivités représentant, pour la gestion de l’eau, plus de 51 millions d’habitant·es en France. Le phénomène touche pour l’instant essentiellement «des secteurs plus ruraux et plus isolés», a-t-il précisé.

Un coût économique bien supérieur à celui de la sécheresse de 2022

Cet épisode «historique» auquel est confrontée la France se traduira par des coûts supérieurs à ceux estimés pour celui de 2022, a estimé la ministre. «Pour la sécheresse de 2022, ce coût avait été évalué à 5,6 milliards d’euros, dont 3,5 milliards pour les seules fissures des maisons individuelles liées au retrait-gonflement d’argile, 1,1 milliard de pertes de production agricole et une production hydroélectrique en recul de 20%», a-t-elle rappelé.

Ce à quoi il faudra ajouter les coûts liés aux feux de forêts en cours. La sécheresse des sols et de la végétation alimente et renforce les incendies intenses de ces dernières semaines, transformant les broussailles, champs et bois en combustibles hautement inflammables.

«Alimenter des guerres de l’eau»

Malgré le risque d’assèchement, la Coordination rurale (CR), syndicat agricole dont certains cadres sont proches de l’extrême droite, a appelé les exploitant·es à ne pas respecter les interdictions et restrictions d’irrigation prises face à la sécheresse, la semaine dernière.

L’association France nature environnement a déploré lundi «la lenteur des préfets à appliquer la règlementation prévue et l’absence de réactions formelles aux provocations de la Coordination rurale». Selon l’ONG, c’est «la conséquence manifeste de plusieurs mois d’acceptation sans nuance d’un discours sur la primauté d’accès à l’eau qu’il faudrait donner aux irrigants». La semaine dernière, le Sénat a adopté la loi d’urgence agricole, qui fixe l’objectif de doublement des volumes de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035 – un blanc-seing pour construire de nouvelles «mégabassines», selon les associations de protection de l’environnement.

«Respecter les mesures de restriction n’est pas un choix, c’est un devoir. Si j’ai conscience des difficultés auxquelles les agriculteurs font face, il n’est pas acceptable que les règles soient enfreintes, a rappelé la ministre. Les enfreindre, c’est prendre le risque d’alimenter des guerres de l’eau.» Les expert·es du Haut Conseil pour le climat (HCC) ont alerté au début du mois sur la maladaptation de certains secteurs, dont la filière agricole, face aux effets du réchauffement climatique tels que les sécheresses plus intenses et fréquentes.

Pour FNE, cet assèchement est aussi «une catastrophe écologique» pour les écosystèmes, faune et flore comprises. Nombre de cours d’eau connaissent des ruptures d’écoulement et des assecs, entraînant une mortalité des poissons et autres organismes. Une situation loin d’être isolée : la ministre a rappelé qu’en raison du réchauffement climatique, «d’ici 2050, la France pourrait connaître quatre fois plus de sécheresses qu’en 1960».

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28.07.2026 à 11:10

«Se compter pour peser» : l’opération citoyenne lancée par l’Affaire du siècle franchit la barre des 100 000 sinistrés climatiques

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (527 mots)
Bordeaux (Gironde), dimanche 26 juillet 2026. Des milliers de personnes ont été évacuées au Parc des expositions à cause de l’incendie qui fait rage à quelques kilomètres de là. © Albert Llop/NurPhoto via AFP

Alors que les catastrophes climatiques de 2026 battent de macabres records, il n’existe toujours aucun recensement des sinistré·es climatiques en France, déplorent les ONG membres de l’Affaire du siècle (Notre Affaire à tous, Greenpeace et Oxfam). «Les personnes qui font des malaises dans des logements bouilloires, perdent un proche lors d’une inondation ou dont la maison se fissure après une sécheresse ne sont, par exemple, jamais comptabilisées dans un décompte global des sinistré·es climatiques. Ces personnes restent largement invisibles dans le débat public et peu écoutées par l’État», écrivaient-elles le 9 juillet dernier.

Ce jour-là, les trois ONG lançaient secompterpourpeser.org, première plateforme citoyenne destinée à recenser et à visibiliser les victimes directes du changement climatique en France. Deux semaines plus tard, près de 105 000 personnes ont déjà répondu au questionnaire. Celui-ci comporte une seule question : «Ces dernières années, avez-vous déjà vécu l’une de ces situations ?». Avec plusieurs réponses possibles : «Mon logement a été touché», «Ma santé a été touchée» ou encore «J’ai perdu un proche ou un animal».

«Je n’ai désormais plus envie d’avoir d’enfant»

La mobilisation a également permis de recueillir plus de 30 000 témoignages décrivant les impacts concrets endurés ces dernières semaines : «Il y a des restrictions d’eau chez moi. L’impact du changement climatique me crée des angoisses» ; «Les enfants ont des coups de chaud les laissant épuisés et malades» ; «J’ai le cerveau en bouillie, et le physique aussi» ; ou encore : «Je n’ai désormais plus envie d’avoir d’enfant».

Pour les ONG qui ont lancé la plateforme, «cette mobilisation illustre le besoin urgent de protection exprimé par les Français·es». Elles comptent bien s’en saisir pour «rappeler à l’État sa mission de protection de sa population» et réclament la mise en œuvre de 30 actions concrètes. Parmi elles, une cessation immédiate d’activité pour les travailleur·ses exposé·es aux fortes chaleurs, l’instauration d’un droit effectif à l’eau potable ou encore la prise en charge systématique par les assurances des maisons fissurées par le phénomène de retrait-gonflement des argiles.

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27.07.2026 à 12:24

«Je les traite comme mes enfants» : dans les décombres de Gaza, ces apiculteurs tentent de sauver les abeilles, un enjeu de sécurité alimentaire

Ansam Al-Qitaa

Texte intégral (1870 mots)
Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Ahmed Al-Kahlout et ses ruches installées sur les ruines de sa maison. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Ahmed Al-Kahlout, apiculteur à Gaza (Palestine), emporte ses ruches avec lui dès qu’il fuit la guerre. À chacun de ses plus de vingt déplacements à travers le pays, cet homme de 39 ans charge ses boîtes de ruches sur n’importe quel moyen de transport disponible. «Je les traite comme mes enfants. Ce n’est pas seulement un gagne-pain. Elles font partie de mes souvenirs, de ma vie et de l’avenir de mes enfants», confie-t-il.

Ahmed Al-Kahlout a perdu son père, son frère et sa sœur dès le premier mois des représailles israéliennes après les massacres du Hamas le 7 octobre 2023. Sa maison à Gaza City a été entièrement détruite : elle abritait sept appartements et trois boutiques remplies de matériel apicole, de machines à extraire le miel et de tonneaux de stockage.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. La maison d’Ahmed Al-Kahlout a été entièrement détruite. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Certaines abeilles ont survécu, mais quelque 600 ruches familiales héritées sur plusieurs générations ont été abandonnées lorsque l’armée israélienne a coupé l’accès aux zones orientales de Gaza. L’apiculteur raconte : «Quand la guerre a commencé, nous ne pouvions pas atteindre les ruchers. Nous avons tout perdu.»

Ruche après ruche

Avant la guerre, le secteur apicole gazoui était presque autosuffisant. La bande de Gaza consommait environ 450 tonnes de miel par an, et la production s’élevait à environ 380 tonnes, selon Hamada Hamada, directeur de l’Association coopérative des apiculteurs de Gaza. Aujourd’hui, la production s’est effondrée. Hamada Hamada estime les pertes du secteur à 39 millions de dollars (34 millions d’euros). Quelque 30 000 ruches ont été perdues, 905 apiculteurs se sont retrouvés sans emploi, et vingt ont été tués. Le directeur de l’association avertit : «Les abeilles sont les principaux pollinisateurs des cultures de Gaza, et leur disparition aura des conséquences sur la production alimentaire.»

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Les abeilles d’Ahmed Al-Kahlout sont moins productives depuis le début de la guerre. © Ansam Al-Qitaa/Vert

En effet, ces insectes jouent un rôle essentiel dans la pollinisation des plantes sauvages comme des cultures, ce qui en fait un maillon vital de la continuité de la vie agricole, comme l’explique Abdel Fattah Abd Rabbou, professeur de sciences environnementales à l’université islamique de Gaza : «Le déclin des populations d’abeilles et la perte de milliers de ruches signifient une baisse de l’efficacité de la pollinisation, un recul de la production de fruits et de graines, et un affaiblissement de la capacité des plantes à se régénérer et à croître.»

Marwan Shabbat, 45 ans, a reconstruit son cheptel deux fois et l’a perdu deux fois. Avant la guerre, il entretenait plus de 400 ruches ; quand son secteur est passé sous le contrôle de l’armée israélienne, il n’a plus pu les approcher. «Jusqu’à ce jour, je ne sais pas ce qui est arrivé à ces ruches», souffle-t-il.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Marwan Shabbat sur un terrain à côté de sa maison en ruine. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Durant une période de cessez-le-feu, Marwan Shabbat a obtenu dix ruches auprès d’un collègue et, fort de trente ans de pratique, les a multipliées jusqu’à en avoir 120. Puis, la guerre a repris. «J’ai tout perdu à nouveau», déplore-t-il. L’apiculteur a recommencé avec quatre ruches ; aujourd’hui, il en a environ 170. Marwan Shabbat a toujours peur de perdre ses ruches en cas de nouvelle incursion, mais il affirme : «Même si je perds tout encore une fois, je ramasserai les abeilles une par une dans une bouteille et je repartirai de zéro.»

La famine a atteint les abeilles

Les pénuries qui ont poussé la population de Gaza aux portes de la famine ont aussi eu des effets sur les abeilles. Avec la flambée des prix, les apiculteurs qui utilisent le sirop de sucre pour compléter l’alimentation de leurs colonies ont dû improviser. Marwan Shabbat a redistribué le miel des ruches les plus fortes vers les plus faibles pour éviter qu’elles ne meurent. «La famine a touché les animaux et les insectes aussi», souligne-t-il.

De même, la cire d’abeille et les cadres, indispensables à la reproduction des colonies et à la construction des ruches, sont presque absents du marché. Ce que l’apiculteur veut avant tout, c’est que la cire puisse passer la frontière : «Les boîtes, on peut les fabriquer avec n’importe quoi, mais la cire est irremplaçable. C’est là que la reine pond ses œufs, là où les jeunes abeilles grandissent.»

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Marwan Shabbat vit dans la peur continue de perdre ses ruches. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Hamada Hamada, le directeur de la coopérative, souligne que, sans cire et autres intrants de base, la reprise du secteur n’aura pas lieu. Avant la guerre, le miel se vendait environ 60 shekels le kilo (18 euros) ; il se négocie désormais entre 150 et 200 shekels le kilo (44 à 59 euros). Et ce qui arrive sur le marché part rapidement, non comme produit alimentaire, mais comme médicament.

Le miel est devenu un traitement pour des affections comme la jaunisse, les approvisionnements pharmaceutiques étant perturbés et les prix devenus inabordables. Certains apiculteurs recourent aussi à l’apithérapie au venin d’abeille pour soigner des maladies. «Les gens à Gaza utilisent le miel davantage pour se soigner, à cause de l’absence de médicaments et de la flambée des prix», indique Marwan Shabbat.

«Le manque de nourriture risque de tuer certaines ruches»

Abu Mohammed Wahdan, 54 ans, a quitté Beit Hanoun, dans le nord, dès le premier jour de la guerre, laissant derrière lui 600 ruches. Il a tout de même pris deux boîtes avec lui. «Je ne peux pas imaginer être séparé des abeilles», assure-t-il. Mais, en juillet 2024, un déplacement forcé l’a empêché de les emporter. Le site a été frappé et les colonies sont mortes.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. Le miel de Marwan Shabbat est utilisé comme médicament. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Aujourd’hui, Abu Mohammed Wahdan vit dans une tente dans le camp de Nuseirat, près de Gaza Ville. Il y a trois mois, des amis lui ont offert une nouvelle ruche. Il confie : «Quand je l’ai tenue, je l’ai plaquée contre mon visage et j’ai pleuré.» À partir d’elle, il en a produit une deuxième. «Ma joie pour cette nouvelle ruche était plus grande que celle à la naissance de mes enfants», sourit-il.

De son côté, Ahmed Al-Kahlout a commencé l’année avec dix ruches achetées 1 000 dollars (environ 880 euros) pièce, dix fois le prix d’avant-guerre. Il en est maintenant à soixante, grâce à une sélection soigneuse des reines et à la division des essaims. En revanche, il estime qu’une ruche productive donnait environ douze kilos de miel avant la guerre ; aujourd’hui, ce chiffre est quasi nul. L’apiculteur dépense plus pour nourrir ses abeilles qu’il ne tire de revenus. «Mais nous essayons de maintenir les abeilles en vie jusqu’à ce que les conditions s’améliorent», espère-t-il.

Quartier d’Al-Tuffah, à l’est de Gaza (Palestine), le 16 juin 2026. La famille d’Ahmed Al-Kahlout pratique l’apiculture depuis trois générations. © Ansam Al-Qitaa/Vert

Les prairies et le couvert arboré qui nourrissaient autrefois les ruches de Gaza – eucalyptus, cotonnier et tamaris – ont été en grande partie détruits. Les fortes pluies de l’hiver dernier ont apporté un soulagement temporaire, permettant à une partie de la végétation de repousser, mais Ahmed Al-Kahlout s’inquiète pour les mois à venir. Il prévient : «Le manque de nourriture risque de tuer certaines ruches, et cela va affecter la qualité et la quantité du miel.»

Le professeur Abdel Fattah Abd Rabbou rappelle que «les effets de la disparition des abeilles aujourd’hui ne sont pas immédiatement visibles, mais ils se manifesteront progressivement, sous la forme d’une plus grande difficulté à régénérer le couvert végétal». L’environnement de Gaza, épuisé par la guerre, aura besoin de longues années pour retrouver son équilibre, rappelle-t-il, plaçant les abeilles parmi les espèces les plus importantes pour cette régénération.

Malgré tout, Ahmed Al-Kahlout ne s’arrête pas. Chaque matin, il vérifie ses soixante ruches dans l’est d’Al-Tuffah, ce même quartier où la pratique de sa famille a commencé il y a trois générations, d’où il a été chassé et où il est revenu. Il conclut : «Mon plus grand soulagement, c’est quand je m’assieds devant les ruches et que je les regarde travailler.»

Cet article est publié en collaboration avec Egab.

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26.07.2026 à 07:00

Isolation, volets, ventilateurs de plafond : comment obliger son propriétaire à faire des travaux dans un logement bouilloire

Raphaëlle Vivent

Texte intégral (1772 mots)
Face aux canicules, la pose de volets peut faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés. © Frederic Scheiber/Hans Lucas via AFP

Jusqu’à 45 degrés Celsius (°C) dans certains appartements… L’été 2026, avec sa succession historique d’épisodes caniculaires, a démontré une nouvelle fois l’inadaptation de nombreuses habitations aux fortes chaleurs. Près d’un logement sur trois en France est une «bouilloire thermique», selon un rapport de juin 2025 de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé-Pierre).

Équivalent estival des «passoires thermiques» – qui retiennent mal la chaleur l’hiver –, les logements bouilloires surchauffent lors des épisodes caniculaires, avec des températures moyennes de 30°C en journée et de 28°C la nuit, selon la définition de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (Anil).

Si des travaux d’isolation ou de rénovation sont parfois nécessaires, la pose de volets peut déjà faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés. Pourtant, 43% des logements n’en ont pas. Des équipements qu’il est possible de faire installer par son bailleur, malgré la lenteur des procédures. «Bien souvent, les locataires n’osent rien réclamer. Il est important de leur rappeler qu’ils ont des droits», souligne Adrien Roux, militant de l’association Locataires ensemble, qui défend les habitant·es du parc public et privé dans plusieurs villes françaises.

Je souhaite faire installer des volets, des stores ou un brasseur d’air

Contrairement à l’humidité excessive ou à la présence de nuisibles, la chaleur extrême ne figure ni parmi les motifs d’insalubrité d’une habitation – sauf à Lyon, depuis le 15 juillet – ni parmi les critères de non-décence. Toutefois, un logement trop chaud ne répond pas aux règles sanitaires d’hygiène et de salubrité (RSHS) définies par le décret du 29 juillet 2023 du Code de la santé publique. Il stipule qu’il «doit être pourvu d’un système de régulation de la chaleur fonctionnel et suffisant, qui peut être assuré par différents moyens tels l’isolation thermique, la présence de volets, la possibilité de ventilation nocturne […] ainsi que par leur combinaison».

En s’appuyant sur cet article, la première démarche pour un·e locataire consiste à adresser une demande écrite à son propriétaire, en détaillant le problème rencontré. «Il ne suffit pas d’écrire que l’on a trop chaud : il faut bien argumenter et formuler des demandes concrètes», explique Adrien Roux. Pour rédiger ce courrier, on peut se faire aider par des associations comme Locataires ensemble, qui propose un modèle de lettre sur son site internet. Le ou la propriétaire a ensuite deux mois pour répondre.

En cas de refus, le ou la locataire peut contacter sa mairie, ou directement le service communal d’hygiène et de santé (SCHS), lorsqu’il existe. Après une visite du logement, le service rédige un rapport qui peut déboucher sur une mise en demeure, assortie d’un délai pour réaliser les travaux. Si le ou la propriétaire s’obstine, la commune infligera une contravention de 750 euros par logement concerné. «C’est une somme qui peut tout de même avoir de l’effet, surtout si le bailleur possède de nombreux appartements concernés», assure le militant.

Une longue procédure, mais qui porte ses fruits : fin juin, des locataires lyonnais·es soutenu·es par l’association ont obtenu de leur bailleur, la Compagnie foncière lyonnaise (CFL), la promesse du déblocage d’un million d’euros pour installer des protections solaires sur les fenêtres et des ventilateurs de plafond dans plusieurs immeubles de la ville.

Dans certains cas toutefois, la pose de volets sur une façade peut être refusée par les architectes des bâtiments de France (ABF), chargé·es de préserver le patrimoine et l’esthétique des lieux historiques. Selon un rapport sénatorial de 2024, près d’un tiers des logements français sont soumis à l’avis de ces fonctionnaires. Le projet de loi sur le logement, voté en première lecture au Sénat le 8 juillet et examiné à la rentrée à l’Assemblée nationale, pourrait assouplir ces règles : pour l’installation de protections solaires, l’avis des ABF passerait de «conforme» à «simple», c’est-à-dire qu’il deviendrait purement consultatif.

Je souhaite demander des travaux de rénovation énergétique

Certains logements nécessitent néanmoins des travaux plus conséquents. Les critères de décence incluent la performance énergétique et, depuis le 1er janvier 2025, une habitation ne peut théoriquement pas être mise en location si sa consommation d’énergie finale dépasse 450 kilowattheures (kWh) par mètre carré et par an. Cela correspond aux logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Cette règle pourrait évoluer avec le projet de loi sur le logement (voir plus haut), qui prévoit la réautorisation de la location de ces biens si le bailleur s’engage à effectuer des travaux sous trois à cinq ans.

Pour l’heure, cette interdiction court toujours mais concerne seulement les nouveaux contrats de location, et non ceux en cours. Au moment du renouvellement du bail, le ou la locataire peut donc demander le DPE de son logement. Si celui-ci est classé G ou si, plus globalement, l’habitation ne respecte pas les critères de décence, l’habitant·e est en droit d’exiger des travaux. Là aussi, il ou elle doit d’abord envoyer un courrier à son bailleur pour exposer la situation. En cas de refus ou d’absence de réponse sous deux mois, le ou la locataire peut saisir la commission départementale de conciliation.

Enfin, si les démarches à l’amiable échouent, reste la justice : le tribunal judiciaire de votre département peut contraindre le bailleur à réaliser les travaux de mise en conformité, le condamner à verser des dommages et intérêts et réduire le montant du loyer. Face à ces procédures complexes, ne restez pas seul·e. «Le réseau des Adil [agences départementales pour l’information sur le logement, NDLR] peut vous accompagner. Il est aussi possible de passer par la plateforme Signal logement, qui permet de décrire assez finement sa situation, afin d’être aidé rapidement par les services compétents», précise Louis du Merle, directeur juridique de l’Anil.

Je souhaite faire des travaux moi-même

En théorie, un·e locataire n’est pas autorisé à effectuer des travaux d’ampleur dans son logement sans l’accord de son bailleur. Mais un décret de 2022, pris en application de la loi Climat et résilience, instaure une exception pour certains chantiers de rénovation énergétique. Il faut tout de même en faire la demande, par écrit, au propriétaire : une absence de réponse dans les deux mois vaut accord. Le ou la locataire n’aura donc pas à remettre le logement en l’état à son départ s’il ou elle réalise les travaux suivants : isolation des planchers bas ; isolation des combles et des plafonds de combles ; remplacement des menuiseries extérieures ; protection solaire des parois vitrées ou opaques ; installation ou remplacement d’un système de ventilation ; installation ou remplacement d’un système de production de chauffage et d’eau chaude sanitaire et interfaces associées.

Il est possible de demander à son propriétaire de déduire du loyer le montant de ces rénovations, mais celui-ci peut refuser. Attention : il n’est pas légal de cesser de payer son loyer en l’absence de travaux. Seul un·e juge peut décider de le suspendre ou d’en réduire le montant.

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