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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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12.07.2026 à 07:00

Guillaume Martin-Guyonnet, coureur du Tour de France 2026 : «Je suis devenu asthmatique à force de rouler exposé à la pollution»

Clément Gousseau

Texte intégral (1912 mots)
Domérat (Allier), le 8 juin 2025. Guillaume Martin-Guyonnet lors du critérium du Dauphiné. © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Dans le cyclisme professionnel, Guillaume Martin est l’une des rares voix qui portent sur les enjeux écologiques. Depuis plusieurs années, le grimpeur de la formation Groupama-FDJ United décrit «une forme de culpabilité» face à l’impact environnemental de son sport.

Le 4 juillet, celui qui avait décroché une honorable huitième place au Tour de France 2021 est reparti à l’assaut des routes tricolores. Sa dixième participation à la Grande boucle. Alors que cette édition est marquée par des températures caniculaires, Vert l’a interrogé sur la difficile adaptation au changement climatique du cyclisme professionnel. Le Normand est aussi revenu sur ses prises de positions passées contre la montée du climatoscepticisme et du Rassemblement national.

En 2023, vous évoquiez auprès de l’AFP l’impact environnemental du cyclisme professionnel. La situation s’est-elle améliorée depuis ?

Objectivement, non. Je prends toujours davantage l’avion que la plupart de la population. J’ai un mode de vie et un métier basés sur la consommation. Le principe même du sport est de dépenser des calories inutilement. Ma culpabilité n’a pas changé.

En revanche, je ne veux pas être dans une attitude autoflagellatrice. Heureusement, aussi, qu’on fait des choses dans la vie qui ne sont pas forcément utiles. Mais j’essaie de faire au mieux.

Quel regard portez-vous sur l’empreinte carbone du Tour de France, estimée par l’organisation à 216 000 tonnes d’équivalent dioxyde de carbone en 2021 ?

Tout se polarise un peu autour de la Grande boucle. En vérité, ce n’est pas la seule course ni le seul «grand tour» qui existe [il y a aussi le tour d’Italie et le tour d’Espagne, NDLR]. Certes, c’est la plus grosse organisation et celle qui a le plus d’impact, mais l’organisateur [Amaury sport organisation, aussi propriétaire du quotidien sportif L’Équipe, NDLR] a entamé une réflexion sur l’empreinte carbone.

«Il y a beaucoup de choses auxquelles j’assiste que je trouve gênantes, notamment au niveau du gaspillage.»

Les équipes RSE [Responsabilité sociétale des entreprises, NDLR] du Tour m’ont déjà contacté pour échanger à ce sujet. Ils essaient de mettre en place des choses pour réduire les émissions, y compris auprès des coureurs. C’est toujours difficile de distinguer ce qui relève de l’image et ce qui est sincère, mais c’est au moins un début.

Cela fait dix ans que vous courez au plus haut niveau. Comment le cyclisme professionnel a-t-il évolué dans sa façon de considérer les enjeux écologiques ?

L’évolution est lente, surtout au sein des équipes : c’est là que ces sujets sont le moins pris en compte. Pourtant, elles ont tout autant une responsabilité que l’organisateur. Elles choisissent les modes de déplacement, les achats alimentaires… Il y a beaucoup de choses auxquelles j’assiste ou auxquelles j’ai pu assister que je trouve gênantes, notamment au niveau du gaspillage.

Guillaume Martin-Guyonnet et Quentin Pacher, coureurs de l’équipe Groupama-FDJ United, au départ du Tour de France 2026. © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Le sujet n’est pas assez abordé dans les équipes car elles ne sont pas assez accusées. Or le sujet de l’empreinte environnementale du cyclisme est global. On ne peut pas se dire qu’on va trouver une solution pour la réduire en abordant le problème uniquement à travers un angle. Il faut y réfléchir comme un tout.

Certaines équipes sont sponsorisées par des entreprises polluantes (TotalEnergies, Ineos…), parfois issues de l’industrie pétrolière. Qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a deux lectures. On peut se dire que ces entreprises s’engagent dans une voie plus vertueuse à travers le cyclisme ou que c’est du greenwashing. L’identité du sponsor a toujours été un critère essentiel lors de mes choix d’équipes [Wanty-Groupe Gobert, Cofidis, puis Groupama-FDJ, NDLR]. Mais ce n’est pas forcément évident pour tout le monde.

«À force de rouler en hyperventilation dans un environnement pollué, il y a de vraies conséquences sur notre santé.»

J’ai eu la chance d’avoir une position de leader, de ne pas galérer à avoir des contrats et de pouvoir faire ces choix. Quand vous êtes un coureur en fin de contrat, en fin de carrière, ou un jeune qui galère et que vous n’avez pas trop d’options, quelles que soient vos convictions, vous allez où vous pouvez.

En dix ans, avez-vous observé des changements concrets sur votre pratique sportive liés au changement climatique ou à la pollution ?

Sur les températures, cela a évolué, même si en dix ans on ne se rend pas forcément compte. Ce qui est frappant, par contre, c’est notre exposition à la pollution : je suis devenu asthmatique à force de rouler exposé à la pollution, ce n’était pas le cas avant. De plus en plus de cyclistes souffrent d’asthme à cause de la pratique du vélo. À force de rouler en hyperventilation dans un environnement pollué, il y a de vraies conséquences sur notre santé.

Estimez-vous que le monde du cyclisme s’engage suffisamment sur ces questions, notamment sur l’adaptation des courses ?

Il y a une amorce sur la santé, avec des protocoles concernant les conditions météorologiques extrêmes, mais c’est minimal. Trop souvent, lorsque j’écoute la radio le matin, j’entends qu’il y a un pic de pollution ou de chaleur, que le préfet déconseille fortement d’aller faire du sport en extérieur, et pourtant on maintient notre course ! Il y a quand même une tradition qui nous colle à la peau dans le cyclisme : celle d’un sport difficile, qui doit braver toutes les météos. On nous demande d’accepter et de faire le dos rond car c’est l’essence même du vélo.

Pensez-vous qu’à terme, les grands évènements sportifs, qu’ils soient cyclistes ou non, seront compatibles avec un monde en surchauffe ?

Dans un avenir proche, j’ai du mal à imaginer un monde sans Jeux olympiques, sans Coupe du monde. Il faut aussi se dire que les rencontres internationales apportent des choses. Il y a une vraie internationalisation du cyclisme depuis quelques années, avec l’émergence de coureurs et coureuses du continent africain. On peut le voir comme quelque chose de positif.

«J’ai vu les conséquences des quelques paroles engagées que j’ai pu avoir, avec des insultes et des messages haineux.»

Par exemple, l’an dernier, les championnats du monde de cyclisme sur route ont été organisés au Rwanda. D’un point de vue écologique, cela a imposé pas mal de déplacements. Mais cette organisation avait aussi du sens, de mon point de vue. C’est une voie d’émancipation pour certains athlètes et l’occasion de populariser davantage notre sport. Après, à un moment donné, des contraintes feront que tous ces évènements devront davantage s’adapter.

Pour le cyclisme, comment mieux adapter les courses ?

On peut essayer de regrouper au maximum les épreuves par proximité géographique sur l’année, ce qui est déjà un peu le cas. Il faut essayer de limiter les déplacements, y compris des camions qui transportent nos vélos par la route. Si on a une course une semaine au Portugal, puis la suivante en Italie et ensuite en Espagne, cela fait des déplacements insensés, tant d’un point de vue écologique qu’au niveau de la fatigue.

De plus en plus de sportifs et sportives prennent la parole, comme vous, sur les questions écologiques. Quel impact cela peut-il avoir dans le débat public ?

Je me demande parfois si ce n’est pas contre-productif, si cela ne polarise pas davantage le débat, et si finalement on ne convainc pas uniquement ceux qui sont déjà convaincus. En même temps, nous avons la chance, en tant qu’athlètes, d’avoir une tribune médiatique. Ce serait indécent de ne pas l’utiliser. Les jeunes peuvent être plus facilement sensibles à nos discours.

«Le courant de pensée climatosceptique m’inquiète : c’est effrayant de voir le pouvoir qu’il peut avoir.»

Mais c’est compliqué aussi, j’ai vu les conséquences des quelques paroles engagées que j’ai pu avoir [en 2024, il s’était prononcé contre le Rassemblement national à quelques jours des législatives, affirmant que «les valeurs de l’extrême droite ne sont pas celles du sport», NDLR], avec des insultes et des messages haineux sur les réseaux sociaux.

Le Rassemblement national, qui porte régulièrement des critiques contre le monde scientifique et tient des propos climatosceptiques, n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Cette situation vous inquiète-t-elle ?

Je ne veux pas parler d’un parti politique en particulier. En revanche, le courant de pensée climatosceptique m’inquiète : c’est effrayant de voir le pouvoir qu’il peut avoir. Je trouve cela fou de tenir de tels discours avec les données scientifiques dont on dispose et ce que l’on peut observer.

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11.07.2026 à 07:00

«Le changement climatique est sexiste» : comment la canicule attise les violences contre les femmes

Lilou Hiver

Texte intégral (1035 mots)
L’ONG Care France alerte la population sur le lien entre chaleur et violences de genre. © Getty images et Citiz media

Ce n’est que le début du mois de juillet et la France affronte déjà son troisième épisode de fortes chaleurs. Jeudi, le mercure est grimpé jusqu’à 43 degrés Celsius (°C) dans le sud du pays. Depuis ce samedi, 24 départements sont en vigilance rouge canicule et 56 autres en orange. Cette nouvelle flambée fait craindre une augmentation des violences, notamment envers les femmes.

Bien que peu connu, le lien entre chaleur et comportements violents est établi par la recherche depuis une trentaine d’années. Les scientifiques ont démontré que les fortes températures entraînent une hausse des suicides, de la criminalité et des violences conjugales. En avril 2025, le programme Spotlight initiative, supervisé par les Nations unies, a publié un rapport qui révèle que chaque degré de réchauffement climatique (par rapport aux valeurs préindustrielles, vers 1850) est associé à une hausse de 4,7% du nombre de cas de violences conjugales. Dans un scénario à +2°C, d’ici 2090, 40 millions de femmes supplémentaires dans le monde risquent d’être victimes de violences chaque année.

Aucune étude n’a encore été menée à l’échelle de la France, mais certains indicateurs confirment cette dynamique. Au micro de France info, Pauline Vanderquand, présidente de l’application Umay, qui permet de signaler des agressions de rue, a indiqué avoir constaté «une hausse des signalements d’environ 30%» lors de l’épisode caniculaire de fin mai.

Des facteurs biologiques et sociaux

Pour Kévin Jean, épidémiologiste à l’École normale supérieure et auteur du livre À notre santé ! La lutte contre le changement climatique n’est pas celle que vous croyez (2026, Payot) : «La chaleur abaisse le seuil à partir duquel une personne peut devenir violente.» Il explique ce phénomène par des effets biologiques : «Les fortes chaleurs perturbent la régulation des hormones comme la sérotonine et la dopamine qui régulent l’humeur.» Le cerveau est également moins bien oxygéné, puisque le cœur pompe davantage de sang pour mieux évacuer la chaleur. Les nuits sont aussi plus difficiles et moins reposantes. «Tout cela favorise l’irritabilité, la fatigue… et augmente le risque que des interactions deviennent conflictuelles», détaille encore l’épidémiologiste.

À ces mécanismes s’ajoutent des aspects sociaux et comportementaux. Les épisodes de chaleur bouleversent le quotidien : les sorties se font plus rares et de nombreuses personnes restent confinées chez elles pour se protéger du soleil. Un environnement favorable aux violences conjugales. D’après une étude espagnole de 2018, les fortes températures augmentent les risques de féminicide de 28%. «La chaleur exacerbe la violence, mais les auteurs sont évidemment les seuls et uniques responsables», rappelle Adéa Guillot, porte-parole de l’ONG Care France, qui lutte contre les inégalités et la pauvreté.

Le nombre d’actes de violence envers les femmes n’est pas pour autant supérieur dans les pays chauds par rapport aux régions au climat plus tempéré. Peu importe la zone, c’est la hausse des températures comparée à la moyenne locale qui influe sur le nombre de cas de violences.

Un manque de sensibilisation et d’actions

Plus globalement, tous les évènements météorologiques extrêmes liés au dérèglement climatique attisent les violences faites aux femmes. Sécheresses, inondations ou incendies créent des instabilités qui renforcent le système de domination patriarcal et les normes genrées. «Le changement climatique est sexiste», déplore Adéa Guillot. Elle cite l’exemple de l’Éthiopie où, lors de la sécheresse de 2022, le nombre de mariages forcés a augmenté de 119%. Les mauvaises récoltes fragilisent les foyers et, lorsque les ressources viennent à manquer, certaines familles marient leurs filles en échange d’une dot. Or les filles mariées avant l’âge de 15 ans présentent un risque près de 50% plus élevé de subir des violences conjugales, selon une étude de 2017.

Faute de dispositif de prévention spécifique contre les violences en période de canicule, l’ONG Care France a lancé sa propre campagne de sensibilisation dans les rues de Paris. Depuis lundi, une centaine de panneaux d’affichage montrent le visage d’une femme se couvrant d’impacts à mesure que la température extérieure grimpe (voir ci-dessus). L’association plaide pour la mise en place de messages d’alerte lors des épisodes caniculaires ; la création de refuges pour les victimes ; et une sensibilisation des policier·es à cette problématique.

Sans oublier qu’en plus des fortes chaleurs, l’été est aussi rythmé par la Coupe du monde de football. Un moment réjouissant pour beaucoup, mais qui participe aussi à la hausse de violences envers les femmes. Selon une étude anglaise de 2014, basée sur les plaintes enregistrées par la police du comté du Lancashire lors des Coupes du monde 2002, 2006 et 2010, les signalements de violences conjugales augmentent de 26% les soirs de match de l’équipe d’Angleterre, et même de 38% après une défaite. Associé à la chaleur, le cocktail peut devenir explosif.

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10.07.2026 à 10:55

Rongée par l’érosion, menacée de submersion… L’île d’Oléron mise sur les solutions douces face aux risques climatiques

Sylvain Lapoix

Texte intégral (2238 mots)
L’île d’Oléron est menacée par l’érosion. © Adobe stock

☀ Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.

Calanques de Marseille, Mont-Saint-Michel, forêt de Fontainebleau… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons en Charente-Maritime, sur l’île d’Oléron. Une destination prisée par les touristes français mais menacée par la montée des eaux.

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Une île agricole devenue destination touristique majeure

«Jamais baigneur n’était venu dans ces parages.» Quand l’écrivain et marin Pierre Loti décrit ses étés sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime) en 1889, sa plume trace les contours d’un désert flottant : sur les côtes, «[des] brisants de la mer arrêtés par rien, aussi majestueux qu’à la côte saharienne», tandis que, derrière les dunes, les bois ou les marais se trouvent des maisonnettes basses «aussi blanches de chaux que des kasbahs d’Algérie».

Loin de la sécheresse du Sahara, Oléron décline une grande variété de paysages naturels qui l’aident aujourd’hui à se protéger contre les effets du changement climatique sur ses côtes. Deuxième plus grande île hexagonale après la Corse, elle voit ses 17 400 hectares éclatés en un camaïeu de paysages : un petit tiers de forêt, un quart de zones humides et le reste réparti entre zones agricoles et surfaces artificialisées. À l’inverse des îles bordées de ports de pêche, Oléron s’est surtout développée avec l’agriculture, dans les terres intérieures, délaissant les côtes, réservées aux marais salants et à une pêche modeste.

Mais après l’inauguration du pont la reliant au continent, le 21 juin 1966, l’île est surtout devenue une destination touristique majeure – 3ème préférée des Français·es d’après le dernier baromètre Elabe. En 2025, l’office du tourisme a enregistré 6,8 millions de nuitées, principalement concentrées entre le 1er avril et le 1er septembre (77%), avec un pic au 14 août, jour où la population annuelle de 22 568 personnes est presque multipliée par cinq.

Un paradis menacé par le recul de la côte : jusqu’à vingt mètres par an selon les plages

Ses côtes voient cependant leur tracé lourdement remanié par les aléas maritimes amplifiés par le changement climatique. «Oléron connaît des évolutions complexes avec des lieux d’érosion faible ou très forte : les côtes sableuses y reculent de un à plus de vingt mètres par an», resitue Éric Chaumillon, géologue à l’université de La Rochelle.

La pointe de Gatseau, au sud de l’île, est l’un des lieux de plus forte érosion marine d’Europe. © Remonter le temps/IGN

Dans le suivi des plages qu’il réalise pour le département, le chercheur spécialiste de l’érosion marine relève un recul moyen de dix centimètres en dix ans sur la plage de la Ménounière, au nord. Au sud, la plage de Gatseau a abandonné à la mer près de vingt mètres par an depuis 2000, soit plus de 500 mètres en vingt-cinq ans. Située dans la passe de Maumusson, où se combinent les courants des estuaires de la Seudre et de la Gironde, cette zone affiche les plus forts reculs d’Europe (plus encore côté continent). Le phénomène force le recul progressif de la forêt de Saint-Trojan, où le petit train touristique se voit amputé chaque année de quelques mètres de rail pour ne pas tomber dans l’océan.

Le risque d’érosion se combine à celui des submersions marines, qui ont déjà éprouvé l’île durant les tempêtes Martin (1999), Xynthia (2010) et les hivers 2013-2014 ou 2023-2024. Deux phénomènes que la montée des eaux, provoquée par le changement climatique, amplifie : «L’augmentation du niveau des mers entraîne une érosion accrue et une hausse de la fréquence des submersions, rappelle Éric Chaumillon. On considère que pour 25 centimètres de plus, ce qui correspond à l’augmentation moyenne mondiale depuis le début de l’ère industrielle, la fréquence des submersions est multipliée par 100.»

Les zones basses, notamment les marais, rendent l’île particulièrement sensible à la montée des eaux, en même temps qu’elles la protègent contre les submersions. © Google Maps et Climate central

D’après le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le niveau moyen des mers devrait encore augmenter de 15 à 30 centimètres d’ici 2030 par rapport à 2014 et de 28 centimètres à un mètre d’ici 2100, sans compter la fonte des glaces polaires.

«Si on se reprend un hiver comme 2023-2024, tous les établissements pourraient disparaître»

Une brise océanique rafraîchit la route de la plage de Vert Bois, qui coupe à travers une forêt sableuse charriant une odeur d’embruns, d’épines de pin séchées et de friture. Sous les coups des tempêtes de l’hiver 2023-2024 – notamment la redoutable Ciarán –, plusieurs mètres de la route menant à la plage se sont effondrés, laissant derrière elle des blocs de bitume poncés par les marées. «Il y a de moins en moins de sable et de plus en plus de galets sur l’estran, cette partie du littoral périodiquement recouverte par la marée, constate un concessionnaire d’établissements de plage. Si on se reprend un hiver comme 2023-2024, tous les établissements pourraient disparaître.» Face à cette menace, comme presque tout le long de la côte, les écoles de surf, bars et petites boutiques tiennent dans des containers ou des cahutes mobiles pouvant être aisément déplacés.

Sur la plage de Vert Bois, les tempêtes de l’hiver 2023-2024 ont arraché une partie de la route, obligeant au recul de certaines installations. © Sylvain Lapoix/Vert

Face aux risques importants qui pèsent sur son littoral, Oléron a peu de constructions en dur susceptibles d’être mises en danger. «Sur 2000 ans d’occupation, l’île n’a vraiment développé ses côtes et ses ports que pendant deux siècles : c’est une île de terriens, synthétise l’historien Thierry Sauzeau, directeur de la publication d’Histoire d’Oléron (La Geste, 2026). Avant la gratuité du pont en 1993, le tourisme reposait sur l’hospitalité des îliens. Avec l’accessibilité et le papy-boom [le départ à la retraite de la génération du baby-boom, NDLR], il y a eu une ruée vers les terrains à bâtir.»

Au centre de l’île, le village de la Rémigeasse compte parmi les quelques zones urbanisées à risque. Bien que séparées de la baie de la Perroche par quelques dizaines de mètres de champs ou de bois, 300 à 400 maisons de ce bourg rattaché à Dolus-d’Oléron culminent à peine au-dessus des deux mètres d’altitude. «Dans un secteur aussi plat, en cas de brèche, la zone serait immédiatement submergée et inondée, décrit Thierry Mareshal, responsable du service littoral de la communauté de communes. C’est pour cette raison que nous avons renforcé le système d’endiguement de la baie pour éviter toute faille et tout contournement.»

La solution : miser sur les dunes et les marais

Cette défense «en dur» est une exception dans la réponse oléronaise aux risques littoraux. Au lendemain de Xynthia, le programme d’actions de prévention des inondations (Papi) de l’île de Ré avait budgété 40 millions d’euros de construction de digues, contre 17 millions pour Oléron, à longueurs de côtes égales.

La stratégie locale de gestion de la bande côtière, achevée cette année, identifie 94 «enjeux» à l’horizon 2050, dont 42 bâtiments et 31 structures démontables. Face à ces risques, la communauté de communes déploie principalement des solutions fondées sur la nature, profitant de ses deux principaux remparts : le sable et les zones humides.

Sur la côte ouest, l’un des rares enrochements renforcés par la communauté de communes pour protéger les villages rattachés à la commune de Saint-Georges-d’Oléron. © Sylvain Lapoix/Vert

Pour consolider le cordon dunaire qui constitue la moitié de la côte oléronaise, la communauté de communes opère des «rechargements» réguliers, c’est-à-dire des transferts de sable extrait au large ou prélevé sur d’autres plages. «2 000 à 3 000 mètres cubes par an, on est loin derrière les volumes de Biscarrosse ou Arcachon qui en déplacent des centaines de milliers !», relativise Thierry Mareshal. Là où les dunes restent fragiles, l’intercommunalité ou l’Office national des forêts (ONF) plantent des ganivelles – des clôtures en bois – pour «piéger» le sable et favoriser l’implantation de végétation à même d’ancrer les dunes.

Vers un rétablissement du péage du pont pour financer les protections ?

La communauté de communes a également décidé de miser sur les marais, son autre protection naturelle. Abandonnées au 19ème siècle faute de rentabilité, les salines bénéficient d’une aide de l’intercommunalité de 90 000 euros par an pour reconstituer le réseau de marais salants tenant le rôle de barrière contre les submersions. Notamment sur la façade ouest de l’île, la plus durement touchée par l’épisode Xynthia.

Bien que plus modestes, ces différents programmes voient leur coût augmenter à mesure que les épisodes climatiques se multiplient et s’intensifient. «Avant, nous faisions des rechargements uniquement en cas de tempête mais, depuis deux ans, nous devons en programmer plusieurs fois par an», reconnaît Thierry Mareshal.

Censée financer les opérations liées aux traits de côte et aux marais, la taxe Gemapi (prélevée sur les habitant·es et entreprises) ne couvre plus les besoins grandissants d’entretien, à plus forte raison quand les grandes tempêtes frappent. Au point que, depuis quelques mois, l’hypothèse de rétablir un péage au pont d’Oléron revient dans les débats. Pour financer les travaux nécessaires d’un viaduc vieillissant, d’abord ; mais aussi pour payer l’entretien du littoral via l’écotaxe. «Avec ce qui est prévu, à 2050 il n’y a pas de risque», assure Thierry Mareshal.

D’après les études réalisées pour la stratégie littorale, qui ont passé en revue les différentes réponses possibles, l’endiguement apparaît plus coûteux et moins efficace que les solutions douces. D’ici à 2100, plutôt qu’une forteresse face aux vagues montantes, Oléron pourrait rester une ligne verte sur l’horizon.

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09.07.2026 à 19:00

Zones coupe-feu, soutien au pastoralisme, initiatives locales : ces solutions face à des incendies dopés par le changement climatique

Mathilde Picard

Texte intégral (1552 mots)
Vercheny (Drôme), le 7 juillet 2026. Un important incendie ravage le massif du Diois depuis plusieurs jours. © Nicolas Guyonnet/Hans Lucas via AFP

Près de 5 000 hectares parcourus par le feu à l’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), 120 en Ardèche, 2 500 dans la Drôme. À peine l’été entamé, plus de 11 000 hectares ont déjà brûlé en France hexagonale. C’est deux fois plus que l’an dernier à la même période. «La saison des incendies démarre de plus en plus tôt et s’arrête de plus en plus tard», observe la géographe et chercheuse indépendante Pauline Vilain-Carlotti. Le dérèglement climatique a augmenté d’au moins vingt à trente jours par an la durée de la période des feux, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Les flammes se propagent aussi sur une plus large partie du territoire : on en recense de plus en plus au nord. Ce jeudi, 59 départements font face à un risque d’incendie «élevé» ou «très élevé», selon la téo des forêts. Un record.

Le manque de précipitations et l’assèchement de la végétation provoqués par la succession de pics de chaleur, ainsi que par une année particulièrement chaude, créent les conditions propices à cet embrasement. «On est arrivé à un point de rupture, souligne la chercheuse. D’autant plus que ce que l’on considère comme de l’exceptionnel, une anomalie climatique, est appelé à devenir la norme avec le changement climatique.»

Le changement climatique souffle sur les braises

Ce dernier transforme la nature même des feux. «Ils sont devenus plus virulents depuis 2015, ils ont des comportements anormaux, décrit Sébastien Delavoux, représentant syndical CGT des Services départementaux d’incendies et de secours (Sdis). On n’en avait jamais vu des comme ça ; ce sont des évènements pour lesquels, même avec des moyens aériens et au sol, on n’arrive pas à faire baisser l’intensité.»

Problème, «le nombre d’engins pour lutter contre les feux de forêts a diminué», déplore le professionnel. L’été à peine commencé, les soldat·es du feu sont mobilisé·es sur une vaste partie du territoire, si bien qu’il est difficile d’organiser la solidarité entre départements. Des renforts venus de Suède et de Chypre ont été appelés à Trévillach (Pyrénées-Orientales) en cette fin de semaine.

Au-delà de la gestion de crise, il existe bien des plans de prévention des risques d’incendies de forêts (PPRIF), que les collectivités territoriales peuvent mettre en place pour protéger les habitations. Leur but : définir des espaces qui ne peuvent pas être construits pour limiter les dégâts – c’est le même principe pour les zones inondables. Mais ces plans sont sous-utilisés sur le territoire hexagonal. Sur les 7 000 communes les plus exposées, seules 286 en sont dotées. À titre de comparaison, il existe 11 000 plans de prévention pour le risque d’inondation. «C’est un impensé de l’urbanisme», souffle Pauline Vilain-Carlotti.

Des investissements nécessaires pour limiter les dégâts

Les solutions pour lutter contre les incendies sont nombreuses : entretien des pistes forestières utilisées par les pompier·es, installations de citernes, plantations d’essences plus humides ou interdictions de construire en périphérie, près de la végétation. «Toutes ces mesures ont un coût de plus en plus difficile à supporter dans un contexte de disette budgétaire et de diminution du fonds Vert», ce soutien financier de l’État à la transition écologique dans les collectivités territoriales, pointe Pauline Vilain-Carlotti. Il faudrait un véritable engagement des pouvoirs publics pour aider les collectivités territoriales.»

Les gigantesques feux de Gironde de 2022 ont bien entrainé quelques mesures politiques de prévention : la mise en place d’obligations légales de débroussaillement (OLD) et d’une météo des forêts pour mieux communiquer sur les dangers. «Des avancées à la marge, déplore Arthur Guérin-Turcq, géographe et enseignant à Sorbonne Université. On manque d’une véritable planification à l’échelle régionale.» Sans compter que seulement 30% des OLD sont respectées, car il s’agit souvent de parcelles privées.

«Il n’y a pas encore d’évolution des politiques, mais on constate l’émergence d’une conscience collective chez les habitants qui ont connu les feux», note Pauline Vilain-Carlotti. Dans le quartier de l’Estaque, au nord de Marseille, le puissant incendie de 2025 a conduit les riverain·es à se constituer en association pour mieux se préparer à l’avenir.

«C’est important de créer du collectif pour répondre à ce danger car, pour l’instant, le risque est traité de manière individuelle par rapport aux autres aléas comme les inondations», souligne l’experte. C’est le seul risque qui n’est pas dédommagé dans le cadre du régime CatNat, instauré en 1982. Celui-ci impose aux compagnies d’assurance d’indemniser leurs client·es à la suite de catastrophes naturelles.

Soutenir le pastoralisme, comme à Bizanet

Face au manque de préparation à l’échelle nationale, certaines communes prennent des initiatives pour protéger leurs habitant·es. À Bizanet, près de Narbonne (Aude), l’incendie du massif des Corbières en 2025 a marqué les esprits. L’équipe réélue aux dernières municipales (sans étiquette) a donc décidé de salarier un berger comme employé municipal pour s’assurer qu’il organise une pâture tout autour du village. Son travail de débroussaillage offre une zone tampon autour des habitations, laquelle ne s’embrasera pas aux premières étincelles.

«C’est dommage, ce genre d’initiatives locales est très peu soutenu par la sphère publique, déplore Arthur Guérin-Turcq. On aurait besoin de plans d’aménagements à l’échelle des massifs pour réaliser des coupures de combustibles [des couloirs sans végétation, NDLR] comme autour des bourgs à Bizanet, mais aussi à l’intérieur des forêts.»

À Embres-et-Castelmaure ou à Coustouge (Aude), les riverain·es s’organisent, faute de moyens publics, pour débroussailler collectivement les abords de leur village. «Auparavant, les pâturages et la vigne faisaient office de coupe-feu, explique Arthur Guérin-Turcq. Il faudrait un plan de soutien à ces filières pour qu’elles puissent se maintenir sur le territoire et retrouver leur rôle face aux incendies.»

Repenser notre rapport au feu, comme à Corte

Sur le pourtour méditerranéen, comme dans les alentours de Corte (Haute-Corse), des sapeur·ses forestier·ères mettent le feu à la montagne de manière préventive et dirigée. Ce défrichement a lieu en hiver afin de réduire la présence de combustibles en été (végétation sèche, bois morts, branchages…). Cette pratique, aussi appelée écobuage «est assez efficace, mais pas toujours bien acceptée par la population attachée à la forêt. Il faut bien sûr adapter les mesures aux cultures forestières locales», précise Arthur Guérin-Turcq.

Dans les monocultures de pins des Landes, cette pratique n’est pas adaptée aux immenses exploitations. Au sud de la Gironde, la filière bois a pris quelques mesures comme la plantation de haies de feuillus parmi les résineux. «Rendre la forêt plus humide permet de réduire la vitesse de la propagation d’un feu, précise le géographe. Mais ces aménagements restent marginaux et il serait bienvenu d’entamer un vrai dialogue avec les entreprises du secteur.» Accepteraient-elles de réaliser des tranchées sans arbres dans leurs massifs en échange de compensations ? Encore faudrait-il pouvoir financer ce dédommagement. Le vote du budget 2027 à la fin de l’année dira si des investissements seront engagés pour aménager le territoire autrement et mieux prévenir les incendies.

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