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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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16.06.2026 à 12:03

Le dépistage du cadmium remboursé à partir de ce mardi… mais seulement pour les patients «à risque»

Zoé Moreau

Texte intégral (740 mots)
Le remboursement des tests du cadmium prend effet ce mardi 16 juin. © Adobe Stock

Près d’un an après l’annonce du ministre, le dispositif arrive enfin : depuis ce mardi, le dépistage de la contamination au cadmium est remboursé sur ordonnance pour les patient·es dit·es «à risque». Sinon, il faudra débourser 27,50 euros pour faire le test (contre une quarantaine d’euros jusqu’alors).

Concrètement, ce test s’adresse surtout aux «personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence», quand le sol a «été préalablement reconnu par les autorités compétentes comme étant pollué par le cadmium», précise le gouvernement.

Pour connaître la quantité de cadmium dans son corps, un prélèvement d’urine peut suffire. Et, en cas de «cadmiurie» élevée, un test sanguin pourra être réalisé «de manière complémentaire», indique le gouvernement.

Les deux tests seront remboursés à hauteur de 60% par l’Assurance maladie, le reste étant pris en charge par la complémentaire santé. Les patient·es devront toutefois s’acquitter d’une participation forfaitaire de deux euros comme «pour chaque acte de biologie médicale ou toute consultation médicale», détaille le gouvernement.

Une promesse ancienne

Voilà plusieurs mois que le dispositif était dans les tuyaux. En juin 2025, l’ancien ministre de la santé, Yannick Neuder, avait fait la promesse du remboursement, dès l’automne de la même année, du dépistage de la contamination au cadmium pour les Français·es.

Ce métal lourd contamine la population via l’alimentation et fait courir des risques graves pour les reins, les os, la reproduction, augmentant même la probabilité, sur le long terme, de développer certains cancers. L’étude Esteban de Santé publique France en 2021 avait même montré que plus de la moitié des Français·es dépassaient le seuil d’imprégnation «critique» de 0,5 µg/g (microgrammes par kilo) de créatinine (un indicateur présent dans l’urine). Au-delà de cette limite, des effets sur les os sont possibles, en plus d’atteintes sur les reins.

7 000 sites potentiellement pollués

À l’annonce, il y a quelques semaines, d’une potentielle restriction du dépistage à certaines zones géographiques, le cardiologue Pierre Souvet avait réagi auprès de Vert : «C’est une ineptie. Ce n’est pas parce que vous habitez dans le Jura que vous consommez des produits du Jura. Ça ne tient pas debout ! À moins que ces tests ne s’adressent qu’aux personnes qui mangent des légumes de leur potager…», tonnait-il. Il plaidait pour un remboursement gratuit «pour tout le monde».

Concernant ce périmètre pressenti, le gouvernement a tout simplement suivi les recommandations de la Haute Autorité de santé, qui avait préconisé en 2024 de dépister les résident·es «potentiellement surexposés» des territoires aux sols géologiquement riches en cadmium (tels que la Charente, la Champagne, le Jura ou le Massif central) ou les riverain·es des 7 000 «sites et sols pollués ou potentiellement pollués recensés».

Finalement, il n’y a pas vraiment de restriction géographique. Interrogé mi-mai par l’AFP, le ministère de la santé a rassuré : «On n’exclura pas [du remboursement, NDLR] les personnes vivant hors de ces sites qui pourraient être sur-imprégnées : ce sera au médecin de juger, face à un problème rénal ou osseux par exemple, de la nécessité de ces analyses.»

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16.06.2026 à 11:04

A69 : le rapporteur public favorable à la reprise du chantier, décision attendue d’ici fin juin

Zoé Moreau

Texte intégral (1175 mots)
Toulouse, le 18 février 2025. Lors d’un rassemblement anti-A69. © Alain Pitton/Nurphoto via AFP

L’A69, cette autoroute en construction entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn), sera-t-elle définitivement abandonnée, comme l’avait ordonné la justice le 27 février 2025 ? Ou, au contraire, les travaux de ce ruban d’asphalte de 53 kilomètres pourront-ils se poursuivre en toute légalité, comme l’a ensuite permis la cour administrative d’appel le 30 décembre dernier ?

Lundi après-midi, le Conseil d’État a examiné les recours de plusieurs associations – parmi lesquelles France nature environnement et Les Amis de la Terre –, collectivités et citoyen·nes qui demandent l’annulation de l’arrêt rendu par la cour d’appel en décembre. La décision finale, attendue d’ici à la fin du mois de juin, pourrait être déterminante : c’est l’avenir d’un chantier très contesté, devenu emblématique des luttes écologistes, qui se joue.

Son issue demeure incertaine. Jeudi dernier, le rapporteur public – ce magistrat chargé d’éclairer les débats après une analyse approfondie du dossier – s’est prononcé en faveur de la poursuite du chantier. Or ses avis sont fréquemment suivis par les juridictions. Lundi, devant la cour de magistrat·es et une foule d’opposant·es venue du sud pour l’occasion, il a détaillé les raisons de sa position.

Le rapporteur public démonte les arguments des opposants

D’emblée, le rapporteur public a tenu à préciser : «Il n’est pas question de savoir s’il est opportun de faire l’A69», mais plutôt «d’apprécier la validité du raisonnement des juges de la cour d’appel, en droit». Dans un exposé d’environ une heure, il a ensuite passé en revue les différents arguments avancés par les ONG pour les balayer un à un.

Ainsi, selon lui, les juges de la cour administrative d’appel ont statué en toute impartialité le 30 décembre dernier, contrairement à ce qu’affirment les requérant·es. Les 33 communes concernées par le chantier, qui devaient être consultées en amont du projet, l’ont bien été conformément à la loi, a-t-il encore estimé. De même, la consultation publique préalable, destinée à recueillir l’avis de la population locale, s’est déroulée «sans erreur de droit».

Le cœur de son argumentaire se situait ailleurs – tout comme celui des associations requérantes. Il portait avant tout sur la «raison impérative d’intérêt public majeur» (RIIPM) accordée au projet d’autoroute. Cette «carte joker» permet à un projet portant atteinte à la biodiversité de s’affranchir du principe de protection des espèces lorsqu’il est jugé suffisamment important pour le développement économique, social ou sécuritaire d’un territoire. Ici, la RIIPM autorise l’atteinte à 157 espèces animales protégées présentes sur le tracé.

Une autoroute jugée «structurante» pour le territoire

Le degré d’importance à partir duquel un projet est éligible à la RIIPM était au cœur des débats. Les opposant·es à l’A69 estiment de longue date que le bassin de Castres-Mazamet ne présente pas de décrochage économique ou démographique susceptible d’exiger un chantier d’une telle ampleur, contrairement à ce qu’affirment les promoteurs du projet. Les gains seraient par ailleurs assez limités, selon les anti-A69, l’autoroute permettant de réduire le trajet jusqu’à Toulouse d’à peu près 15 minutes (il faut compter environ 1h10 actuellement pour relier les deux villes).

«Contrairement à certaines affirmations avancées par les requérantes, la RIIPM n’est pas réservée à des situations exceptionnelles, à des projets indispensables ou d’une impérieuse nécessité», a soutenu le rapporteur public. Il n’est pas non plus nécessaire, selon lui, «que le projet garantisse à lui seul le développement économique et social d’un territoire» : celui-ci peut «s’articuler avec d’autres leviers d’action».

Il poursuit : «Les collectivités sont les mieux placées pour mesurer les besoins du territoire. L’A69 est un projet qui apparaît structurant, qui permet un gain conséquent de confort, de sécurité et de temps.» De son point de vue, l’autoroute favoriserait également l’accès aux grandes infrastructures de transport, notamment à la gare de Toulouse et à l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

«Un projet politique, pas d’intérêt général»

Du côté des associations, l’interprétation de cette notion juridique est tout autre. «Une RIPM, comme son nom l’indique, ne vaut que pour des projets d’intérêt majeur», martèle Louis Boré, avocat du collectif La Voie est libre. C’est d’ailleurs ce qu’avait conclu la rapporteur publique il y a un an, en première instance : «L’intérêt doit être tel qu’il doit pouvoir justifier que l’on déroge aux objectifs de conservation de la faune et de la flore.»

Louis Boré ajoute : «Il eût fallu que le bassin de Castres soit en décrochage économique et que l’autoroute lui eût permis d’en sortir pour que cette notion soit applicable. Or ce n’est pas le cas. Même la cour administrative d’appel l’a reconnu : elle ne parle que d’une amélioration de la situation du territoire.»

À la sortie de l’audience, Annick Makala, de l’association Attac Tarn, abonde auprès de Vert «Le péage de l’A69 sera l’un des plus chers de France. Cette autoroute ne sera accessible qu’à une poignée de privilégiés. C’est un projet politique, pas un projet d’intérêt général.»

Anne Stambach-Terrenoir, députée insoumise de Haute-Garonne, pense la même chose : «Peut-on justifier la destruction de zones humides et d’espèces protégées pour gagner quelques minutes de trajet ? Aujourd’hui, c’est notre conception de l’aménagement du territoire et de la protection du vivant qui est en jeu.» Et de poursuivre : «Nous espérons que le Conseil d’État donnera raison au tribunal administratif de Toulouse, qui avait estimé qu’il n’y avait pas de RIIPM.»

Réponse d’ici la fin du mois.

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16.06.2026 à 10:30

«J’essaye d’avoir un temps d’avance» : chercheurs et agriculteurs s’allient pour inventer un blé plus résistant aux aléas climatiques

Ivan Logvenoff

Texte intégral (1855 mots)
Germigney (Haute-Saône), mai 2026. Isabelle Goldringer et son équipe de chercheur·ses à l’Inrae arrivent dans le champ d’Emmanuel Ogier, céréalier bio. © Ivan Logvenoff/Vert

Au volant de sa camionnette en ce mois de mai, sur une route de Germigney (Haute-Saône), Emmanuel Ogier estime qu’il était arrivé «au bout». Entre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité, il ne supportait plus les réunions avec les conseiller·es de la chambre d’agriculture ou des coopératives. Les pesticides qui allaient être interdits, ceux qui allaient les remplacer, la manière de les pulvériser de nuit : ces recommandations techniques n’offraient pas de réponse suffisante à ses yeux. En 2018, il convertit donc ses 250 hectares à l’agriculture biologique, dans ces terres fertiles de Franche-Comté où la labellisation reste rare. «J’essaye d’avoir un temps d’avance», souffle le céréalier.

Alors que moins de 3% de la surface française de blé est cultivée en agriculture biologique, la ferme d’Emmanuel Ogier fait figure d’exception. Les industriels ne se battent pas pour trouver des solutions aux problèmes de cette filière, qui représente un marché très limité pour eux. Par exemple : rares sont les semenciers qui essayent de trouver des variétés adaptées au cahier des charges bio. Les céréaliers en agriculture biologique peinent tellement à dénicher des semences que des dérogations leur sont régulièrement accordées pour utiliser des graines produites avec des pesticides et des engrais de synthèse.

Les scientifiques retirent du sol une bande de coton pour évaluer la vie du sol. © Ivan Logvenoff/Vert

La filière a une nouvelle source d’inquiétudes. Mercredi 17 juin, le Parlement européen pourrait donner son feu vert aux nouvelles techniques génomiques (NTG), ces organismes génétiquement modifiés (OGM) d’un nouveau genre. Avec ces technologies, les grands semenciers promettent d’élaborer plus rapidement des variétés adaptées au changement climatique. Mais il sera difficile de garantir que les gènes des plantes modifiés en laboratoire grâce aux NTG ne se retrouveront pas, au bout de quelques années, dans certaines variétés destinées aux champs bio. Or l’absence d’OGM est justement l’une des exigences du cahier des charges. D’autres personnes alertent aussi sur les risques d’appropriation du vivant, avec de possibles dépôts de brevets sur des gènes déjà existants sans ces techniques.

Arpentant le champ d’Emmanuel Ogier, Isabelle Goldringer et ses collègues de l’Institut national de recherche pour l’agriculture (Inrae) travaillent depuis plus de vingt ans pour protéger les fermes bio de ces risques. L’équipe considère que la diversité génétique en matière de céréales est déjà assez importante sans que l’on doive la manipuler en laboratoire, à condition de valoriser tout le patrimoine des variétés anciennes.

À l’automne dernier, dans le cadre d’un partenariat avec la coopérative bourguignonne spécialisée en bio Cocébi, des graines de blé dites «population» ont été semées sur cette parcelle. À l’inverse des semences commerciales, qui appartiennent à une firme et possèdent toutes le même génome, chaque épi vert qui émerge désormais du sol possède un génome unique. «Qu’il s’agisse des températures, des dates de précipitations, des sécheresses, les modèles climatiques indiquent avant tout que les conditions deviennent imprévisibles, et seule la diversité génétique pourra y répondre», explique la chercheuse.

Romain Callouet, stagiaire, compte le nombre d’épis de blé pour la population CCP-2. © Ivan Logvenoff/Vert

Rouge de Bordeaux, champagne barbe, automne rouge barbu, rouge d’hiver de Lozère, rodon guer 332, blanc des Flandres : pour obtenir une réelle diversité, Isabelle Goldringer et son équipe ont patiemment croisé six variétés anciennes, sur plusieurs générations. Emmanuel Ogier, en semant cette population, participe depuis plusieurs mois à leur multiplication, mais également à leur observation sur le terrain.

Après quelques minutes de recherche, l’équipe finit par retrouver les piquets de plastique jaune qui délimitent quatre carrés de 50 centimètres de côté. Dos courbé, les chercheur·ses évaluent le stade de maturité des épis, scrutent les premiers signes de maladies sur les feuilles et identifient les plantes sauvages entre les rangs, en reportant tous les résultats sur leurs grilles. Elles et ils prélèvent aussi au passage quelques échantillons de sol et une bande de coton enterrée quelques mois plus tôt, qui permettra d’évaluer la richesse en micro-organismes.

Isabelle Goldringer note l’état sanitaire des parcelles. © Ivan Logvenoff/Vert

Dans le cadre de ce projet lancé en 2018 avec Cocébi et une autre coopérative spécialisée en bio, Biocer, plusieurs dizaines d’autres carrés seront analysés d’ici le début de ce mois de juin dans des fermes en Normandie, en Île-de-France et en Bourgogne. Avec les données récoltées, l’équipe déterminera comment la population de blé répond aux conditions climatiques locales, aux différences de qualité des sols. Et, surtout, si ces éléments correspondent à ce que les producteurs et productrices ont observé tout au long du développement des plantes. «On est particulièrement bien reçus dans les fermes», souligne l’ingénieure de recherche Céline Bourhis-Lozier, à rebours des discours de certain·es syndicalistes agricoles qui emmurent les bureaux des scientifiques pour dénoncer le manque de dialogue et de résultats de la recherche publique.

À deux heures de route de là, à Saint-Fargeau (Yonne), Vincent Lefèvre, agriculteur bio et président de la coopérative Union bio semences, est l’un des premiers à avoir rejoint le projet. Ce fils de céréalier a commencé à s’intéresser aux variétés anciennes dès son doctorat en agronomie, au début des années 2010. Lorsqu’il a repris la ferme familiale avec sa femme Marie, tout en soutenant sa thèse, il est arrivé avec plus d’une soixantaine de blés différents dans les bagages. «Je ne cherche pas la productivité, je veux surtout des variétés adaptées à mes sols pauvres», insiste-t-il.

De la résistance à la chaleur plutôt que des gros épis, des feuilles larges et basses pour couvrir le sol et empêcher les «mauvaises herbes», une consommation limitée d’azote : ses critères sont dans chaque cas exactement inverses à ceux des agriculteur·ices conventionnel·les. Malgré des rendements inférieurs de moitié aux moyennes nationales, la ferme trouve tout de même son équilibre économique, notamment grâce à la transformation en farine des blés anciens.

Vincent Lefèvre ferme les sacs de farine de blés anciens dans son moulin à la ferme. © Ivan Logvenoff/Vert

Le quarantenaire a semé cette année les trois populations différentes développées par Isabelle Goldringer et son équipe, sur une dizaine de petits carrés délimités de piquets jaunes. Deux de ces populations devraient être notifiées dans les prochaines semaines à l’interprofession des semences, le Semae. Seule cette reconnaissance officielle permettra enfin de commercialiser ces semences auprès des adhérent·es des coopératives partenaires du projet.

Une population en particulier, la CCP-3, qui mêle variétés anciennes et modernes, sera adaptée aux utilisations plus commerciales : sous forme de farine dans le réseau Biocoop – qui a déjà signalé son intérêt – ou comme ingrédient chez les industriels de la boulangerie et de la pâtisserie bio. «L’objectif est d’aider les semences bio et populations à changer d’échelle», appuie Isabelle Goldringer, alors que ce type de démarche reste réservé à des paysan·nes-boulanger·es cultivant quelques hectares. Alors que les partisan·es des NTG brandissent le changement climatique en étendard, le projet d’Isabelle Goldringer montre que les fermes céréalières n’ont pas besoin de ces outils technologiques. Une autre sélection, plus adaptée aux agriculteur·ices biologiques, offre des solutions plus durables et moins commerciales.

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15.06.2026 à 16:56

«La production mondiale a explosé» : 15 recommandations d’ONG pour réduire (vraiment) l’usage du plastique

Collectif

Texte intégral (1188 mots)
La production mondiale de plastique est passée de 2 à 450 millions de tonnes entre 1950 et 2019. © Naja Bertolt Jensen/Unsplash

Note aux lecteur·ices :
Cet article est une tribune, rédigée par des personnes extérieures à la rédaction de Vert.

Au salon du réemploi, le 19 mai 2026, Emmanuel Macron annonçait relancer les discussions autour de la collecte séparée des bouteilles en plastique dite «consigne pour recyclage», par l’élaboration d’un Plan plastique. Le 21 mai, le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, débutait des échanges avec les industriels. Les associations, conviées la semaine suivante, déplorent un «Plan recyclage», en décalage avec l’ampleur de la pollution plastique.

En effet, la production mondiale de plastique a explosé au cours des dernières décennies : elle est passée de 2 à 450 millions de tonnes (Mt) entre 1950 et 2019, et 3% finissent dans l’océan chaque année. La France ne fait pas exception, avec une consommation annuelle de 4,5 Mt.

Le gouvernement, qui appelle à réduire la production mondiale de plastique dans les négociations internationales en cours sur un traité plastique, doit faire preuve du même niveau d’engagement sur son territoire : en allant au-delà de la législation existante (loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, Agec), et en recadrant le débat, aujourd’hui centré à tort sur la fin de vie des déchets plastiques, et en particulier sur le recyclage.

Un vrai Plan plastique doit respecter le principe de prévention des déchets et la hiérarchie des modes de traitement, et non concentrer les efforts sur les fausses solutions – bioplastiques, recyclage et recyclage chimique. Focaliser les échanges sur la consigne pour recyclage de bouteilles plastiques – qui engagera des sommes colossales dans les seules activités de collecte et recyclage – conduit à légitimer notre dépendance aux plastiques jetables, à rebours des appels à la réduction formulés par la communauté scientifique. Pas un jour ne passe sans qu’un nouvel article scientifique relate la présence de plastique dans le corps humain ou établisse un nouveau lien de causalité entre un symptôme ou une pathologie et l’exposition aux plastiques.

Nos organisations appellent à l’adoption d’un véritable Plan plastique, élaboré avec une représentation plus diverse de la société civile – citoyen·nes, professionnel·les de santé, scientifiques et associations de consommateur·ices – capable de s’attaquer de manière transversale et structurelle à la pollution plastique.

Réduire l’utilisation des plastiques sur toutes les filières et renforcer les obligations des industriels

1. Au-delà des seuls emballages, limiter sur toutes les filières de production l’utilisation de plastique (textiles, meuble, secteur du bâtiment, etc.) en application du principe pollueur-payeur (système REP).

2. Prioriser la réduction des emballages en plastique à usage unique (agir sur les pratiques de suremballage) et le développement d’alternatives (vrac, réemploi et promotion de l’eau du robinet) dans le cadre des politiques publiques dédiées (décret et stratégie 3R), en augmentant notamment les financements des solutions de réemploi et en pénalisant les emballages en plastique et à usage unique, via un système de taxation.

3. Renforcer les sanctions et contrôles sur l’interdiction de certains produits en plastique à usage unique (sacs plastiques, gobelets, pailles, etc.) et sur le déploiement des alternatives, comme les fontaines à eau.

4. Adopter les textes permettant de rendre opérationnelle la filière REP des textiles sanitaires à usage unique (serviettes, tampons, couches, etc.).

5. Encadrer la publicité et sanctionner les allégations environnementales faisant la promotion de fausses solutions, comme les plastiques biosourcés et biodégradables.

6. Inclure la lutte contre la pollution plastique dans les politiques publiques relatives au climat et notamment dans la Stratégie nationale bas carbone.

Lutter contre la pollution plastique dans l’environnement

7. Adopter des mesures de prévention liées à la dispersion des microplastiques, en particulier issus des vêtements, pneus et filtres de cigarettes (notamment via les filières REP et des mesures d’interdiction).

8. Contrôler la présence de micro et nano-plastiques dans les eaux de surfaces (rivières, fleuves, lacs, etc.), côtières et souterraines (nappes phréatiques).

9. Mettre en œuvre au plus vite la feuille de route zéro déchet plastique en mer, en particulier les mesures dédiées à la prévention des fuites de granulés plastiques industriels, et rendre public le bilan de la mise en œuvre de la législation en vigueur.

10. Élargir la réglementation relative au traitement des eaux usées aux stations d’épuration industrielles pour prévenir les fuites de biomédias – supports utilisés pour fixer les bactéries – dans l’environnement.

Prévenir les conséquences sanitaires des plastiques

11. Renforcer la réglementation relative aux plastiques autorisés au contact alimentaire et dans les cosmétiques (migration de microplastiques et de substances nocives via l’emballage).

12. Étendre le contrôle de la présence de microplastiques dans les eaux destinées à la consommation humaine (eau embouteillée et eau du robinet) aux nano-plastiques et contrôler la présence de micro et nano-plastiques dans les produits alimentaires.

13. Encadrer l’usage des plastiques dans la production agricole, en raison de leur contact étroit avec les sols et les aliments.

14. Interdire l’usage des plastiques contenant des additifs chimiques toxiques (plus de 4 000 additifs toxiques ont été identifiés par les scientifiques) et de produits en plastique nocifs pour la santé (comme les filtres de cigarette).

15. Adopter un plan d’action contre l’exposition des nourrissons et des enfants à la pollution plastique, et dédier un axe aux risques associés aux plastiques dans les prochains Plan national Santé environnement et Plan sur les perturbateurs endocriniens.

Signataires

Biodiversité sous nos pieds, Fondation de la mer, France nature environnement, fondation Tara Océan, No plastic in my sea, Notre Affaire à tous, Objectif zéro plastique, Surfrider foundation Europe, WECF France, Zero waste France.

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