Marti Blancho
Incolore et nocif pour la santé, le chlorure de vinyle monomère (CVM) contamine l’eau potable française depuis des décennies. Classé cancérogène certain pour l’humain depuis 1987 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), le CVM augmente le risque de développer un cancer du foie après une exposition chronique. Il continue pourtant de circuler dans les vieilles canalisations en PVC qui abreuvent le pays. Environ 275 000 kilomètres de tuyaux fabriqués entre les années 1960 et 1980 seraient concernés, soit 15 à 30% du réseau, d’après les estimations du chercheur Gaspard Lemaire, membre de la chaire Earth de l’université d’Angers (Maine-et-Loire). Vert a réalisé une carte de France de la pollution de l’eau au CVM à l’aide des derniers relevés officiels. En cliquant sur l’onglet «1996 à 2025», vous pourrez aussi consulter l’historique des prélèvements dans votre commune et découvrir le plus haut niveau relevé ces dernières années. Entre avril 2025 et février 2026, 924 communes ont affiché au moins une mesure au-dessus du seuil réglementaire de 0,5 microgramme de CVM par litre d’eau (µg/l). Cela représente 2,9% des 32 000 communes où des prélèvements ont été effectués. Une proportion dans la tendance : chaque année, environ un millier de communes sont concernées. 850 dépassaient la limite en 2024, 911 en 2023, 717 en 2022 et 955 en 2021. Pour autant, il ne s’agit pas toujours des mêmes localités. Un réseau constitué de tuyaux en PVC vieillissant peut afficher des concentrations réglementaires une année et dépasser le seuil la suivante. Car si les purges de ces réseaux permettent d’évacuer ponctuellement le CVM, cette solution reste temporaire tant que les tuyaux pollués ne sont pas remplacés. Au total, au moins 5 855 localités ont été touchées au moins une fois sur la dernière décennie (c’est ce que Vert montrait dans une précédente cartographie). Les données des onze derniers mois nous ont permis d’identifier 380 nouvelles localités qui n’avaient pas été touchées ou mesurées auparavant. Parmi celles-ci, Ailhon et Mercuer, deux villages ardéchois, affichent la plus forte concentration de CVM dans l’eau : 9,4 µg/l mesurés en août 2025. Mais le record toutes communes confondues est mesuré sur le réseau de deux localités déjà identifiées auparavant, Connerré et Montfort-le-Gesnois, dans la Sarthe : 31 µg/l sur un prélèvement en juillet 2025 ; c’est 62 fois le seuil réglementaire. La Corrèze est le département le plus touché, avec 173 communes reliées à un réseau ayant dépassé la limite entre avril 2025 et février 2026. Il est suivi par la Charente-Maritime (107 communes concernées), la Loire-Atlantique et le Puy-de-Dôme, avec respectivement 74 et 70 localités touchées. Nous avons cartographié la France à l’échelle municipale par souci de clarté. Il faut cependant noter que les prélèvements mesurent la présence de CVM à l’échelle du réseau de distribution d’eau potable et qu’une commune peut être connectée à plusieurs systèmes. Quand c’est le cas, un prélèvement au-dessus de la limite ne signifie pas forcément que toute la localité est contaminée. Seule la partie du territoire rattachée au réseau pollué est potentiellement concernée. Pour réaliser cette carte, nous avons analysé deux jeux de données complémentaires. D’un côté, les résultats des prélèvements effectués sur le réseau d’eau potable concernant le CVM, obtenus par Gaspard Lemaire auprès des ARS qui ont bien voulu les communiquer. De l’autre, les résultats du contrôle sanitaire de l’eau distribuée, mis à disposition par le ministère de la santé. Ce sont ces derniers qui ont été mis à jour récemment. Certains résultats d’analyse sont précédés d’un signe inférieur : «<». Pour pouvoir les comparer aux autres de façon cohérente, nous avons retiré ce signe afin de garder uniquement la valeur absolue. Les prélèvements sont sujets à «une marge d’erreur pouvant atteindre 40%, en fonction des capacités analytiques des laboratoires», rappelle Gaspard Lemaire. Une partie des données obtenues auprès des ARS était dépourvue du code permettant d’identifier le réseau de distribution correspondant au prélèvement, et donc les communes concernées. Cette carte n’est donc qu’une photographie partielle de la contamination de la France au CVM. Texte intégral (989 mots)
Corrèze, Charente-Maritime, Puy-de-Dôme… les départements les plus touchés
Notes méthodologiques
Esteban Grépinet
Quand les températures montent, les martinets tombent. Proches cousins des hirondelles, ces oiseaux noirs aux longues ailes effilées emplissent le ciel des grandes villes durant l’été, où ils égaient l’azur de leurs cris aigus si caractéristiques. Mais, ironie du sort, ces voltigeurs hors pair sont parfois rattrapés par les températures extrêmes, qu’ils avaient pourtant quittées lors de leur longue migration printanière depuis l’Afrique. Sous les toits où ils nichent, le mercure peut vite dépasser les 50 degrés Celsius (°C) en période de canicule. «Les jeunes étouffent, se rapprochent du bord du nid pour trouver de l’air frais, et tombent», décrit Elyssa Della Rovere, soigneuse depuis cinq ans auprès de l’association Faune Alfort, qui recueille et soigne les animaux sauvages d’Île-de-France. Incapables de voler et laissés au sol par leurs parents, les oisillons sont alors voués à une mort certaine… à moins qu’une âme charitable ne les recueille pour les amener dans un centre de soins. Depuis le début de la canicule «historique» de ce mois de juin, en pleine période de reproduction, les entrées d’animaux victimes de la chaleur explosent à Faune Alfort. Basé au sein de l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), l’«hôpital» de la faune sauvage a accueilli 137 nouveaux individus sur la journée de mardi et 116 lundi, contre une quarantaine en moyenne les jours précédents. D’ici la fin de la semaine, ce chiffre pourrait approcher la barre record des 200 animaux, atteinte lors de la vague de chaleur de juin-juillet 2025. «La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes», pointe la Ligue pour la protection des oiseaux. L’association alerte cette semaine sur un «afflux massif d’animaux en détresse» dans ses sept centres de soins de la faune sauvage en France, avec entre 60 et 100 entrées par jour. Certaines structures, parmi la centaine que compte le pays, arrivent même à saturation et doivent suspendre temporairement les entrées. À Faune Alfort, vétérinaires, soigneur·ses et bénévoles s’activent jusqu’à tard le soir pour nourrir et soigner les centaines de pensionnaires du centre au milieu d’un tourbillon de cages, de cris d’oiseaux et de seringues. Là, des bébés hérissons biberonnés ; ici, un jeune goéland «gavé» – il faut s’y mettre à trois ! ; plus loin, des martinets noirs nourris à la chaîne… Une fois hors du nid, ces as du ciel passent leur vie entière dans les airs, sans jamais se poser (ils dorment même en volant !). Ils se nourrissent en happant les insectes volants et n’apprennent donc pas à picorer : les jeunes recueillis au centre doivent être nourris à la main, avec une pince, grillon par grillon. Et ce toutes les trois heures. «Les plumes, c’est toute leur vie, témoigne Elyssa Della Rovere en versant goutte à goutte une solution de réhydratation dans le bec d’un jeune martinet. S’ils ont des problèmes de carence et un plumage de mauvaise qualité, nous ne pourrons pas les relâcher.» À Faune Alfort, un animal qui ne peut pas être remis en liberté est, bien souvent, un animal qu’il faut euthanasier. En région parisienne, d’autres espèces qui nichent dans les bâtiments peuvent subir ces coups de chaud, comme les hirondelles ou les goélands. C’est aussi le cas des chauves-souris : «On a des juvéniles qui sortent des gîtes parce qu’ils ont chaud ou qui sont abandonnés par les mères lorsqu’elles veulent changer de gîte et que le petit est trop gros pour s’envoler», détaille Nora Affejee, soigneuse et membre de l’association d’étude et de protection des chiroptères Azimut 230. En ce moment, la naturaliste passe ses journées – et ses nuits – à nourrir de lait une vingtaine de bébés pipistrelles (l’une des espèces les plus communes en France). Ces jeunes pensionnaires viennent s’ajouter aux dizaines d’animaux régulièrement victimes des activités humaines, du renard renversé par une voiture au pigeon piégé sur des plaques de glue anti-rats. Les deux tiers des individus recueillis par l’association sont directement victimes des activités humaines (collisions, destructions des habitats, pollutions…). Seul centre de soins «toutes espèces» en Île-de-France, Faune Alfort voit son nombre de patients augmenter d’année en année, tout particulièrement lors des pics de chaleur. Pour financer ces soins et les salarié·es qui les assurent, l’association repose essentiellement sur les dons – elle espère récolter 80 000 euros cet été. Une fois soignés, les animaux sont envoyés dans un vaste centre de réhabilitation à Mandres-les-Roses (Val-de-Marne), avant d’être remis en liberté. Excepté pour quelques espèces sensibles, ces sauvetages restent une «goutte d’eau», précise Servane Pater, qui travaille à la communication de l’association : «Les espèces que nous relâchons ne vont pas changer la biodiversité. Nous avons plutôt une conception à l’échelle de l’individu, pour réduire la souffrance des animaux sauvages.» «Et de sensibilisation, complète à ses côtés Cécile (elle n’a pas souhaité donner son nom), bénévole du centre. Les gens de bonne volonté qui nous amènent des bêtes sont très contents ; on leur explique, ils sont plus attentifs, et après ça fait tâche d’huile.» Texte intégral (1570 mots)


«La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes»


Chauves-souris allaitées, pigeons englués et «tâche d’huile»

Mathilde Picard
«Nous sommes au cœur d’une canicule historique.» Une phrase de Benoît Thomé, directeur des relations institutionnelles chez Météo-France, que l’on ne cesse d’entendre ces jours-ci tant l’épisode de chaleurs extrêmes que nous vivons ne cesse de battre des records. Ce mardi avait déjà franchi le cap de la journée la plus chaude jamais mesurée depuis 1947, avec 29,9 degrés Celsius (°C) sur 24 heures dans l’ensemble de la France hexagonale. Ce mercredi a été encore plus brûlant. À 17h45, Météo-France relevait 30°C en moyenne sur tout le territoire. Localement, de multiples records absolus ont été franchis ce mercredi après-midi : il a fait 43,6°C à Cazaux (Gironde), 42,2°C à Nantes (Loire-Atlantique), 41,6°C au Mans (Sarthe), 40,6°C à Paris ou encore 42,2°C à La Rochelle (Charente-Maritime). À partir de jeudi, la vigilance rouge canicule sera déclenchée dans 72 départements et l’alerte orange dans 14 autres, une situation jamais observée jusqu’ici. Il faudra attendre jeudi soir pour que les températures diminuent dans l’ouest de l’Hexagone. 11 départements en rouge passeront alors en alerte orange, mais ce changement s’accompagnera d’orages parfois très violents, avec des averses de grêle et de fortes rafales. L’air moins chaud en provenance de la façade atlantique peinera à gagner le reste de la France hexagonale vendredi, selon l’institut météorologique. «Les conditions caniculaires se maintiendront sur une grande partie du territoire ce week-end, avec des maximales de 40°C à 42°C, et des températures nocturnes encore très éprouvantes», a prévenu Benoît Thomé. «Cette canicule est d’une sévérité exceptionnelle, à des niveaux comparables à ceux de 2003», souligne le spécialiste. La semaine prochaine, les températures devraient être plus fraîches, avec seulement deux à trois degrés au-dessus des normales saisonnières, contre dix actuellement. Au-delà d’une semaine, les prévisions sont trop incertaines pour déterminer combien de temps encore cette chaleur se maintiendra sur l’Hexagone. «Il est très probable que les températures restent chaudes, indique Benoît Thomé, mais il est cependant difficile d’être plus précis sur l’occurrence d’une canicule.» Les chaleurs extrêmes de ces jours-ci entraînent une sécheresse des sols durable et généralisée dans le pays. 79 départements sont concernés par des restrictions d’usage de l’eau, qu’il s’agisse des ressources souterraines ou de surface. La sécheresse de la végétation rend les feux de forêts plus propices : deux départements (la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres) atteignent un niveau de danger très élevé ce mercredi. Texte intégral (599 mots)



Marti Blancho
Ce lundi 22 juin, Jonathan*, 47 ans, traverse la grande cour du Centre de culture contemporaine de Barcelone (Espagne), avec sa fille de 4 ans dans une poussette. Sous les ombrières, la température est tout juste supportable. À l’intérieur du musée, l’espace frais dédié aux gamin·es du quartier n’est pas encore ouvert, alors Jonathan se dirige vers la place des Caramelles. Depuis l’année dernière, quatre grands asperseurs d’eau arrosent les petit·es qui y jouent toute la journée. «Il fait beaucoup trop chaud à la maison, alors on alterne entre la cour et la place, le matin. L’après-midi on va à l’espace pour enfants du musée, c’est gratuit», explique-t-il en épongeant la sueur qui perle sur son front avec une petite serviette. L’Espagne se trouve sous le même dôme de chaleur qui recouvre l’Hexagone, et tout le pays est en alerte canicule depuis ce week-end. Barcelone subit moins que d’autres villes, sans pour autant être épargnée, avec 34 degrés Celsius (°C) mesurés ce lundi. En soirée, le mercure peine à descendre sous les 25°C ; des nuits tropicales devenues la norme. Ici, dans le Raval, quartier surchauffé du centre-ville, ces lieux rafraîchis sont devenus indispensables. Sans eux, le quotidien des riverain·es parmi les plus pauvres de l’agglomération serait encore moins supportable en été. Entre les rues étroites et biscornues qui empêchent l’air de circuler, la forte densité de population et les petits appartements mal isolés qui se transforment en «bouilloires thermiques», difficile d’éviter la surchauffe. 92% des habitant·es du Raval sont exposé·es à un «risque de vulnérabilité climatique», selon une étude de l’institut Metropoli. À l’échelle de la ville, elles et ils sont plus d’un demi-million. La municipalité de gauche a pris la mesure du problème. Aujourd’hui, près de 500 «refuges climatiques» quadrillent la capitale catalane : bibliothèques, musées, marchés couverts, parcs et jardins, cours d’école ou encore sièges d’arrondissement. Ces espaces, choisis au sein des équipements publics ou privés, sont aménagés selon des directives précises. Un refuge climatique est gratuit et mesure au moins 50 mètres carrés (m2) en intérieur, ou 0,5 hectare en extérieur. Il doit proposer des sièges, de l’eau potable, être accessible aux personnes à mobilité réduite et maintenir une température confortable (autour de 26°C maximum dans les espaces climatisés). Tous sont recensés sur une carte mise en ligne par la Ville. Barcelone n’a pas attendu la dernière canicule pour multiplier ces havres de fraîcheur. Dès 2018, la municipalité pose les jalons de son «plan climat», avec une ambition claire : que chaque habitant·e puisse atteindre un refuge climatique en moins de cinq minutes à pied de son domicile. En 2020, le réseau est lancé avec 70 espaces. Six ans plus tard, il en compte sept fois plus. «Au début, 60% de la population étaient à moins de dix minutes d’un refuge. Aujourd’hui c’est 98% ; et 77% se trouvent à moins de cinq minutes», détaille avec fierté Irma Ventayol, directrice en charge de la résilience urbaine à la mairie de Barcelone et coordinatrice du réseau. L’inspiration vient d’outre-Atlantique : des cooling centers (centres de rafraîchissement) de Chicago (Illinois, États-Unis), mis en place après la canicule meurtrière de 1995. Les Barcelonais·es ont adapté ce modèle à la ville méditerranéenne, en s’appuyant sur «la forte densité d’équipements publics – centres civiques, maisons de retraite, bibliothèques – pour construire le réseau», précise Irma Ventayol. La cité catalane fait désormais figure de référence avec «l’un des réseaux de refuges et abris climatiques les plus vastes du monde», comme le souligne un article publié en mars dans la revue scientifique Nature climate change. À cinq minutes à pied du Raval, la bibliothèque de Sant Antoni est un autre de ces refuges prisés par les riverain·es. Au fond d’une allée, une dizaine d’enfants et leurs parents profitent du square adjacent, à l’ombre des arbres et des immeubles. Valeria*, 31 ans, y a amené son fils de 7 ans, concentré à remplir les douves de son château de sable. «On vient plusieurs fois par jour quand il n’y a pas école, et d’autant plus avec la chaleur, quand l’appartement devient insupportable», explique-t-elle, enchantée de pouvoir fuir son petit logement bouillonnant des pentes de Poble Sec. Plus loin, Alberto*, 38 ans, est venu avec son bébé de 7 mois et demi. Si l’appellation «refuge» est «trop catastrophiste» à son goût, il apprécie la densité du réseau et tous ses avantages : «C’est une excellente utilisation de l’argent public.» L’enjeu sanitaire est considérable. En 2025, 15 000 décès ont été attribués à la chaleur en Espagne. Dans l’Hexagone, Santé publique France en a calculé 5 700 l’été dernier, ainsi que 24 000 passages aux urgences liés aux fortes températures. Chaque année, elles causent en moyenne 460 000 morts prématurées dans le monde. «S’ils sont bien conçus, les refuges climatiques peuvent réduire cette mortalité», affirme Dominic Royé, chercheur en bioclimatologie au CSIC, l’équivalent espagnol du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). «Les derniers degrés de température extrême ont un effet exponentiel, avertit le scientifique. Pour chaque dixième de degré supplémentaire, le risque de mortalité est presque multiplié par quatre.» Ainsi, il insiste sur la nécessité, pour les pouvoirs publics, de traiter la chaleur comme un problème de santé publique, et non comme une question de responsabilité individuelle. Cependant, développer un réseau ne suffit pas : encore faut-il le déployer là où il est le plus nécessaire. Car si les arrondissements huppés se vident une fois venu l’été, les plus pauvres n’ont aucun moyen d’échapper à l’étouffante chaleur humide. «Tous les quartiers ne sont pas dans la même situation de vulnérabilité, rappelle Irma Ventayol. Nos cartes identifient les zones à plus fort risque : manque d’espaces verts, logements mal isolés, population âgée ou précaire. À mesure que le réseau s’étend, nous priorisons ces secteurs.» Le succès du modèle repose aussi sur une organisation interne rôdée. Depuis 2019, un groupe de travail municipal réunit les représentant·es de tous les services concernés (marchés, bibliothèques, urbanisme, action sociale…) afin d’identifier les équipements les plus adaptés. «Barcelone dispose de moyens conséquents et de techniciens formés, souligne Dominic Royé. En revanche, de nombreuses municipalités manquent de fonds. On a donc besoin de la collaboration de tous les échelons administratifs, et surtout que l’État central apporte son appui et ses ressources pour que ces projets essaiment ailleurs.» Bien que saluée à l’étranger, l’infrastructure catalane n’échappe pas aux critiques. L’an dernier, les usager·es déploraient les horaires restreints : de nombreux espaces fermaient le week-end, le dimanche notamment, ou à la pause du déjeuner, aux heures les plus chaudes de la journée. En août, l’habituelle fermeture de nombreux équipements publics avait accentué le problème. Une grève des agent·es des bibliothèques, qui réclament de meilleures conditions de travail et plus de personnel, limite déjà l’ouverture de certains refuges. La mairie garantit toutefois que 72% de la population disposera d’un refuge ouvert à moins de dix minutes à pied lors des dimanches d’août. La qualité des aménagements extérieurs fait aussi débat. «Les responsables politiques oublient parfois qu’ouvrir un espace vert ne suffit pas : il faut l’entretenir, l’arroser pour qu’il ne sèche pas, prévient Dominic Royé. Il faut également prendre en compte la circulation de l’air : un parc ne sera pas frais s’il est cerné par le bitume bouillant. Deux ou trois arbres ne font pas un refuge.» Quoi qu’il en soit, le modèle a séduit le gouvernement espagnol. Le 2 septembre 2025, l’exécutif a présenté un Pacte d’État face à l’urgence climatique, prévoyant la création d’un «réseau national de refuges climatiques», définis comme des «espaces sûrs, accessibles et répartis sur tout le territoire». Le 12 juin dernier, la ministre de la transition écologique, Sara Aagesen, a réaffirmé cet engagement lors de la présentation à Barcelone du Plan national d’adaptation au changement climatique 2026-2030. Le ministère n’a cependant pas répondu à nos questions sur l’avancée concrète de la mesure. En tout cas, plusieurs collectivités locales ont annoncé la mise en route de leur propre réseau pour l’été, dont certaines avec l’aide des services de l’État : Valence, Jérez, Bilbao, Saragosse, Valladolid… Signe que le modèle essaime. En France, les initiatives restent embryonnaires. L’Agence de la transition écologique (Ademe) a récemment mis en ligne une cartographie participative des refuges climatiques, tandis que la région Île-de-France en propose une autre. Ces outils recensent pêle-mêle des parcs, des commerces privés, des espaces payants et de rares bâtiments publics. Rien qui ne ressemble, pour l’heure, au réseau public coordonné et pérenne développé par Barcelone, une ville au budget près de trois fois inférieur à celui de Paris. *Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille. Texte intégral (2001 mots)


La chaleur, un enjeu de santé publique

Priorité aux quartiers vulnérables

Un modèle bientôt national ?
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