Pierre Isnard-Dupuy
«Êtes-vous bien équipés ? Avez-vous assez d’eau ?» En ce début juillet, à l’entrée du parc national des Calanques, deux saisonnier·es de l’office du tourisme de Marseille (Bouches-du-Rhône) font de la prévention auprès des promeneur·ses. Leur mission : rappeler que les chemins du massif requièrent l’exigence de la haute montagne et qu’il n’y a pas de point d’eau sur 8 500 hectares. Dire aussi que ces vallons qui plongent dans la Méditerranée sont fragiles, en particulier en été à cause du risque incendie, de la surfréquentation ou de l’usage de drones et d’enceintes connectées qui dérangent la faune. En tout, une quarantaine de personnes ont été embauchées pour cet été. Julian Virlogeux, chef du service Gestion et préservation du parc national, nous emmène à la découverte de la calanque de Sugiton, l’une des plus abîmées par l’érosion due au grand nombre de visites. Depuis la piste qui y mène, la vue plonge sur le bleu de la mer, entre le vert des pins et le blanc du calcaire. «C’est un paysage très photogénique et accessible facilement. Depuis la sortie du Covid, il a fait le tour des réseaux sociaux. La calanque a été victime de son succès», présente Julian Virlogueux. Sur Instagram, on ne compte plus les vidéos qui montrent un paradis balnéaire avec ses «eaux turquoises», digne d’une «petite Grèce». Aux portes de la métropole marseillaise et de ses quelque deux millions d’habitant·es, les calanques attirent jusqu’à trois millions de visiteur·ses chaque année, selon le parc national. Les plus prisées d’entre elles, comme Port-Pin et En-Vau, accessibles depuis Cassis (Bouches-du-Rhône), ressemblent parfois davantage aux plages bondées de la Côte d’Azur qu’à des havres de nature préservés. Sugiton est la plus facile d’accès en transport en commun depuis le centre-ville de la cité phocéenne, par le bus qui dessert le campus universitaire de Luminy. L’été, jusqu’à 2 500 personnes s’y entassent chaque jour, bien au-delà des deux minuscules plages de galets du fond de la calanque. Résultat, «les racines des pins sont à nu, les plantes de la garrigue ont disparu et les pentes s’érodent», montre Julian Virlogeux. Alors, le parc a mis sur pied une double solution : l’aménagement et la limitation des visites. Depuis 2022, l’accès à Sugiton est régulièrement limité à 400 personnes quotidiennes, qui doivent obligatoirement réserver sur internet. Cette restriction entre en vigueur les week-ends à partir de mi-juin ; et tous les jours de la semaine entre fin juin et fin août. Les visiteur·ses se présentent alors muni·es d’un QR code, contrôlé sur les chemins d’accès. Une idée qui séduit au-delà du littoral marseillais : des élu·es de Chamonix (Haute-Savoie) se sont récemment déplacé·es pour voir comment elles et ils pouvaient s’inspirer de cet «outil de régulation». Nous poursuivons la visite et notre guide désigne les mises en défens : des fils de fer tendus entre des poteaux de bois qui barrent l’accès aux zones qui ont besoin de se régénérer. Les franchir peut être puni de 68 euros d’amende, souligne Julian Virlogeux. «Il faut dix à quinze ans pour que ce dispositif permette aux plantes de recoloniser la pente et ainsi freiner l’érosion», expose-t-il. Un délai qui n’est pas aligné sur le temps politique. Le dispositif de réservation, qui coûte 80 000 euros par an, est financé jusqu’à fin 2027 par le Fonds vert gouvernemental. Sera-t-il reconduit ? Avec l’incertitude liée à l’élection présidentielle, rien n’est moins sûr. Le parc envisage de se tourner vers les collectivités pour abonder au financement. Les communes restreignent aussi la circulation motorisée sur des sites emblématiques. Elle est interdite depuis 2024 sur la route des Crêtes, entre La Ciotat et Cassis, tous les dimanches de fin avril à fin septembre. «Ça limite les nuisances sonores sur la faune et favorise les modes doux», explique Zacharie Bruyas, responsable de la communication du parc. À Marseille, la route du cap Croisette à partir du petit port des Goudes est fermée à la circulation motorisée depuis 2021. «Avant, il y avait jusqu’à 200 véhicules garés dans tous les sens», se souvient Zacharie Bruyas. La mesure a permis à une plante endémique adaptée à la sécheresse et au vent de retrouver sa place : l’astragale de Marseille. Une espèce protégée que l’on trouve quasi exclusivement sur le territoire du parc national, classée «vulnérable» par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Les calanques doivent aussi affronter le réchauffement climatique. Elles ont un atout : leurs eaux froides atténuent l’élévation de la température atmosphérique. Ce 8 juillet, lendemain du record absolu de 40,6 degrés Celsius (°C) à Marseille, l’eau de Sugiton est à une petite vingtaine de degrés. «Cette eau froide, c’est grâce à des résurgences du massif calcaire sous la mer» et à l’action du mistral «qui repousse les eaux chaudes en surface vers le large. Celles-ci sont alors remplacées par l’eau froide venue des profondeurs. Ce phénomène est appelé upwelling», un terme anglais qui désigne les courants marins ascendants, explique Julian Virlogeux. Le phénomène limite aussi les canicules marines, qui s’intensifient depuis les années 2000 et font des ravages sur les coraux méditerranéens. «Dans les canyons sous-marins, l’eau est à 13 degrés toute l’année. C’est pour ça qu’en plein mois d’août on peut avoir des températures de l’eau de surface à 15 ou 16 degrés après un coup de mistral. Le mistral, c’est notre protecteur : c‘est grâce à lui qu’on a encore des zones dans les calanques dont le paysage sous-marin reste intact alors qu’il a changé ailleurs en Méditerranée», raconte Tristan Estaque, chargé de missions scientifiques pour l’association Septentrion environnement, un institut de recherche et de formation à l’écologie marine basé à Marseille. Le scientifique s’intéresse aux gorgones rouges, qui s’accrochent en rameaux sur les falaises sous-marines. «Ce sont des cousines des coraux tropicaux qui vivent dans des eaux relativement froides, jusqu’à 150 mètres de fond. Elles forment une forêt animale marine qui a le même rôle écologique que les forêts sur terre», détaille Tristan Estaque. Elles constituent un abri propice à la reproduction et offrent de la nourriture pour de nombreuses espèces d’éponges ou de poissons. Lorsque le mistral se fait rare, la température augmente et les nutriments apportés par l’upwelling ne remontent plus du fond. Pire, un phénomène inverse de downwelling, qui aggrave le réchauffement de l’eau, est de plus en plus fréquent. «Un vent de sud/sud-est pousse les eaux plus chaudes qui sont au large sur la côte. Elles ont tendance à partir en profondeur, explique Tristan Estaque. Le chaud et le manque de nourriture génèrent du stress sur les gorgones. Elles meurent au-delà de 26 degrés, et parfois avant. Une eau à 23 ou 24°C pendant un mois les affaiblit et entraine une invasion de bactéries qui provoquent leur mort.» Après la canicule marine de l’été 2022, le chercheur a constaté «une mortalité de 80% des gorgones rouges de 0 à 20 mètres de profondeur dans les calanques». Tristan Estaque ne désespère pas : «L’espèce n’est pas en danger dans les calanques : elle est abondante en dessous de 40 mètres.» Une profondeur «potentiellement refuge face au changement climatique», selon son hypothèse, qui doit encore être validée par la recherche. Pour préserver ce sanctuaire, il faudrait «agir pour limiter les pressions humaines» comme la pêche professionnelle ou de loisir, propose-t-il. «Les pêcheurs de loisirs connaissent les rochers où il y a des gorgones car c’est poissonneux. Ils accrochent leurs hameçons à elles et les cassent en tirant sur leur ligne», décrit le responsable de Septentrion environnement. Or, dans le parc national des Calanques comme dans les autres aires marines protégées du littoral, la plupart des zones où la pêche est interdite concernent des fonds supérieurs à 40 mètres. «Il faut mettre en place une protection adaptée pour préserver ces refuges de biodiversité, plaide Tristan Estaque. Mais le changement climatique va plus vite que les évolutions administratives, alors c’est un sacré défi.» Texte intégral (2095 mots)

Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.
Île d’Oléron, Mont-Saint-Michel, forêt de Fontainebleau… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons dans les calanques de Marseille (Bouches-du-Rhône). Un paradis qui alterne entre eaux turquoises et falaises calcaires, menacé par l’activité touristique.
Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.Les calanques de Marseille, une «petite Grèce» star d’Instagram
Calanque d’En-Vau ou de Port-Pin : joyaux victimes de la surfréquentation

Les solutions : réservation gratuite obligatoire, accès interdit aux zones sensibles et limitation du trafic motorisé

Mistral et gorgones rouges

Et après : vers davantage de restrictions pour les pêcheurs ?

Zoé Moreau
Le projet de loi d’urgence agricole (LUA) est-il en passe d’aboutir ? Ce jeudi, député·es et sénateur·ices ont trouvé un compromis, sans apaiser les critiques autour de mesures contestées sur la gestion de l’eau ou la réintroduction de pesticides interdits. Après plus de six heures de discussion, quatorze parlementaires des deux chambres, réuni·es en commission mixte paritaire (CMP) à huis clos au Sénat, ont abouti à un texte commun sur ce projet déposé en réponse à la colère des agriculteur·ices cet hiver. Il doit à présent être soumis à un ultime vote à l’Assemblée nationale, lundi soir, puis au Sénat mardi, en vue de son adoption définitive. Ce compromis a été soutenu par le Rassemblement national, la droite et des sénateurs centristes. La gauche, minoritaire au sein de la CMP, s’y est opposée. Quant aux deux députés du camp présidentiel (Renaissance et Modem), Jean-René Cazeneuve et Marc Fesneau, ils se sont finalement abstenus, et ont annoncé vouloir consulter leurs groupes avant d’arrêter une position définitive. Cet accord trouvera-t-il une majorité parmi les député·es, lundi ? Le suspense est entier, car la copie finale comporte plusieurs mesures controversées, sur les pesticides ou sur l’eau. Dans un courrier, des élu·es socialistes ont appelé le premier ministre, Sébastien Lecornu, à renoncer à soumettre ce texte au vote, au risque d’«engager notre pays sur un chemin profondément clivant». La députée insoumise Aurélie Trouvé, membre de la CMP, a de son côté fustigé «de très graves régressions environnementales et sanitaires», orchestrées selon elle par «la star Laurent Duplomb», sénateur LR connu pour avoir tenté de réintroduire un pesticide interdit l’an dernier. Le texte commun «est acceptable et votable», a jugé le député et ancien ministre de l’agriculture Marc Fesneau, saluant un «accord intéressant» qui expurge plusieurs «points d’inquiétude». La droite sénatoriale est parvenue à imposer certains de ses marqueurs, au prix de quelques concessions. Le compromis prévoit ainsi d’octroyer à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le pouvoir de réintroduire à titre dérogatoire deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l’Union européenne : l’acétamipride – qui inquiète médecins et scientifiques en raison des risques pour la santé – et le flupyradifurone. «On a entendu des parlementaires nous dire que c’est la science qui devait se charger de la question. C’est ce que nous venons de faire», s’est satisfait le député LR Julien Dive. Cet accord sur les insecticides suscite l’embarras au sein du bloc macroniste. «Cet article n’est pas à sa place. On ne veut pas qu’il fasse échouer l’ensemble du texte», a déploré Jean-René Cazeneuve, sans s’avancer sur le vote final de son groupe lundi. Ce jeudi matin, l’entourage de Sébastien Lecornu avait alerté sur «le risque que l’ensemble du texte soit rejeté à l’Assemblée nationale» si cette mesure était maintenue. Le gouvernement peut toujours amender le texte jusqu’à la dernière minute avant l’examen définitif du projet, une option redoutée par certain·es sénateur·ices. En pleine sécheresse, le texte comporte aussi un volet très critiqué – profondément remanié au Sénat – sur la gestion de l’eau. Parmi les mesures retenues : le placement des agences de l’eau sous la tutelle des ministères de l’agriculture et de l’économie, en plus de celle du ministère de la transition écologique. Ou encore le doublement, d’ici 2035, de la capacité des agriculteur·ices à stocker de l’eau en prévention des sécheresses (en utilisant les très décriées «mégabassines», par exemple). Deux mesures qui inquiètent la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. Son homologue à l’agriculture, Annie Genevard (LR), semble beaucoup plus ouverte sur la question, au risque de révéler un désaccord interministériel embarrassant pour Sébastien Lecornu. L’ONG anti-pesticides Générations futures a critiqué l’issue de cette CMP, qui a «confirmé le virage mortifère du Sénat». «Ce texte valide l’accaparement de l’eau par l’agroindustrie», a regretté Julien Rivoire, chargé de campagne Agriculture pour Greenpeace France. En cas d’adoption de la loi, La France insoumise déposerait avec les Écologistes un recours devant le Conseil constitutionnel. Texte intégral (980 mots)

«De très graves régressions environnementales»
Le retour en force de l’acétamipride
Vers un éventuel recours ?
Zoé Moreau
Des flammes qui progressent à une vitesse fulgurante, forçant habitant·es et vacancier·es à évacuer dans l’urgence. C’est la réalité qui a frappé la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) après le déclenchement de deux violents incendies dimanche. Selon le dernier bilan des feux, fixés mais pas encore éteints, plus de 2 000 hectares de forêt ont été ravagés. Des brasiers attisés par des vents violents et une sécheresse persistante. Face à cette menace, l’évacuation s’est organisée autour d’un double impératif : échapper à la progression des flammes et protéger les corps des fumées. Extrêmement dangereux, ces panaches issus de la combustion du bois peuvent faire grimper la concentration de particules fines dans l’air (PM2,5, inférieures à 2,5 micromètres). Une hausse de 150 à 300 microgrammes par mètre cube (µg/m3), et jusqu’à 500 µg/m3 lors des épisodes les plus sévères et dans les zones habitées exposées, selon plusieurs études. Cela représente 10 à plus de 30 fois les niveaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour ces substances (15 µg/m3 maximum en moyenne sur une journée pour les PM2,5). À proximité immédiate du front de feu – là où se trouvent le plus souvent les pompier·es –, les concentrations augmentent encore et peuvent atteindre 1 000 à 5 000 µg/m3, soit plusieurs dizaines voire centaines de fois les concentrations mesurées lors d’un épisode de pollution parisien. Le feu de Fontainebleau a engendré une pollution de 400 µg/m3 en moyenne horaire, selon les données d’Airparif. «De mémoire de prévisionniste, on n’avait pas enregistré de tels niveaux de pollution depuis dix ans», rapporte Le Monde. Ces particules noircissent les bâtiments, altèrent la photosynthèse des plantes, mais sont surtout «inhalées ou avalées, voire traversent la peau grâce à leur petite taille», explique à Vert Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et professeure d’épidémiologie environnementale à l’université de Ferrare (Italie). Ensuite, elles «pénètrent profondément les voies respiratoires et peuvent toucher, outre les poumons, le cœur et d’autres organes», poursuit la chercheuse. Plus dangereuses encore, et pourtant non mesurées en France, les particules dites «ultrafines», ou «PM0,1». Leur taille est inférieure à 100 nanomètres, soit l’équivalent de celle d’un virus. Elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles peuvent «traverser les barrières alvéolaires dans les poumons et encéphalohématiques dans le cerveau», explique Isabella Annesi-Maesano. Des barrières qui nous protègent des agents pathogènes et des toxines, notamment. Les effets sur la santé varient selon le niveau d’exposition, la durée, la composition des particules ou la vulnérabilité individuelle. Ils vont de la crise d’asthme à l’infarctus, en passant par l’exacerbation de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie respiratoire grave, responsable de la mort de 18 000 personnes en moyenne chaque année en France. Ces particules sont «vraiment très dangereuses», insiste Isabella Annesi-Maesano. En cas d’exposition chronique ou longue – un feu met parfois plusieurs mois avant d’être complètement éteint, comme dans les Landes en 2022 –, le risque de contracter un cancer du poumon, un diabète de type 2 ou de subir un accident vasculaire cérébral (AVC) augmente aussi, comme en attestent plusieurs études. Les risques ne s’arrêtent pas là. Dans l’épais brouillard des incendies se cache une foultitude d’autres polluants, également toxiques pour la santé humaine. À commencer par le dioxyde d’azote, un gaz «irritant» pour les voies respiratoires. Ou bien certains métaux lourds, cancérogènes par accumulation. On retrouve aussi des composés organiques volatils (COV) comme le benzène ou le formaldéhyde – tous deux sont classés «cancérogènes avérés» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). À court terme, le composé le plus redouté reste toutefois le monoxyde de carbone, émis lui aussi lors de la combustion du bois et potentiellement mortel à forte concentration. «Ce gaz réduit la capacité du sang à transporter l’oxygène, indispensable à l’organisme. Voilà pourquoi on peut s’évanouir et mourir d’intoxication lors d’un incendie», détaille Isabella Annesi-Maesano. Une preuve concrète des effets sanitaires des incendies : lorsqu’ils se déclarent, les hospitalisations ou recours aux soins augmentent dans les jours qui suivent. Ça a été le cas en 2003, après les gigantesques incendies de Californie du Sud, qui avaient ravagé plus de 300 000 hectares de végétation et provoqué la mort d’une vingtaine de personnes. Une étude étasunienne portant sur plus de 40 000 hospitalisations a montré qu’une hausse moyenne de 70 µg/m3 de PM2,5 liée aux fumées d’incendie était associée à une augmentation de 34% des hospitalisations pour asthme. Les auteur·ices ont également observé une hausse des entrées à l’hôpital pour bronchite aiguë (+9,6%), BPCO (+6,9%) et pneumonie (+6,4%) pour chaque augmentation de 10 µg/m3 de ces particules fines. Même constat l’été dernier, après le gigantesque incendie qui a touché l’Aude et une large partie du Sud-Ouest en août. Dans les jours qui ont suivi, Santé publique France mesurait près de Perpignan (Pyrénées-Orientales) «une légère augmentation des prises en charge pour dyspnée» (essoufflement) et «insuffisance respiratoire», davantage de passages aux urgences pour des migraines et trois intoxications au monoxyde de carbone attribuables à l’incendie. Même loin de chez nous, les incendies peuvent nous nuire. Les fumées voyagent parfois à plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres du foyer. «En fonction de l’intensité du feu, elles peuvent monter dans l’atmosphère, atteindre la stratosphère et retomber très loin», explique à Vert Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et conseil scientifique de l’association Respire. Lors de l’incendie qui a ravagé les Landes en 2022, le nuage «n’est pas monté très haut mais a traversé toute la France, est passé au-dessus d’Orléans et est retombé entre Paris et Lille», rapporte le chercheur. Un pic de pollution intense avait alors été mesuré dans la capitale. Plus impressionnant encore : la fumée des incendies canadiens de la mi-mai 2025 avait atteint la France un mois plus tard et provoqué une surconcentration de particules (PM10) sur tout l’Hexagone. Lorsqu’un feu se déclare, le tout «est de savoir si vous êtes sur la trajectoire du panache», résume Jean-Baptiste Renard. Pour en avoir le cœur net, on peut consulter le site du réseau de surveillance de la qualité de l’air Atmo France et ses bulletins dédiés aux épisodes de pollution en cours. Le dispositif a toutefois ses limites. Les 720 stations de mesure d’Atmo France – une soixantaine par région, en moyenne – ne couvrent pas l’ensemble du territoire. Un panache de fumée peut donc échapper à la surveillance. L’association se veut néanmoins rassurante. «Nous disposons de capteurs embarqués sur remorque, que nous pouvons déployer en urgence», explique à Vert Edwige Révélat, référente nationale santé d’Atmo France. Encore faut-il que plusieurs incendies majeurs ne se déclarent pas en même temps. «J’ai du mal à imaginer qu’un camion de surveillance de la qualité de l’air puisse être mobilisé pour chaque feu», nuance Isabella Annesi-Maesano. Les feux de forêt gagnent du terrain. Les huit premiers jours de juillet, 7 800 hectares de végétation ont brûlé en France : près du double de la surface partie en fumée durant l’ensemble du mois de juillet 2025, selon le Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis). Une tendance appelée à s’accentuer : sous l’effet du réchauffement climatique d’origine humaine, les scientifiques constatent déjà des incendies plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser. Les décès liés aux fumées, soit 2 830 par an en France, selon une étude publiée dans The Lancet en 2024, pourraient être encore plus nombreux à l’avenir. En cas d’incendie à proximité de chez soi, le premier réflexe consiste à limiter autant que possible son exposition aux fumées. Santé publique France recommande de réduire les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder portes et fenêtres fermées jusqu’à la fin de l’épisode, d’obstruer les aérations avec des linges humides et d’arrêter la ventilation mécanique contrôlée (VMC) lorsque les fumées sont importantes. Il est également conseillé de porter une attention particulière aux personnes les plus vulnérables, notamment celles souffrant de maladies respiratoires ou chroniques, les personnes âgées et les enfants. Texte intégral (1944 mots)

Une hausse des hospitalisations
Des polluants mortels
Des fumées qui parcourent plusieurs centaines de kilomètres

Activité sportive, linge humide et VMC
Lucas Martin-Brodzicki
«Ici, c’est ombragé, alors que dans certains parcs, on crame», résume Maëva, sous le feuillage des immenses platanes de la cour de l’école Robert-Doisneau, dans le 1er arrondissement de Lyon (Rhône). Ce lundi 13 juillet, alors que midi approche, les arbres et l’architecture encaissée des bâtiments protègent des rayons du soleil et réduisent la sensation de chaleur. Lyon vit son septième jour d’affilée en vigilance orange canicule. Maëva apprécie de pouvoir venir se mettre au frais là où sa fille de 9 ans est scolarisée. Cette dernière s’éclate sur son vélo, pas perturbée par le fait d’être «à l’école» pendant les vacances. Depuis le 10 juillet et jusqu’au 9 août, la cour de ce groupe scolaire est ouverte au public tous les jours de 8 heures à 22 heures. Cette expérimentation a été reconduite par la municipalité après un premier test concluant l’été dernier. Elle offre un îlot de fraîcheur, accessible gratuitement, en plein cœur de la ville. Habitante du quartier, Maëva a vu passer l’information sur un post du média en ligne Hugo Décrypte et s’est dit «pourquoi pas». Pour la majorité écologiste et divers gauche au pouvoir à Lyon, il s’agit d’ouvrir un maximum de lieux frais, accessibles gratuitement. Elle a cartographié (voir la carte) plus de 700 «refuges dans la ville en cas de forte chaleur» : cette cour d’école donc, mais aussi des équipements publics climatisés, des églises, des fontaines… C’est l’une des mesures de son plan «objectif fraîcheur», censé aider les Lyonnais·es à mieux vivre les épisodes de chaleur à répétition dans une ville particulièrement vulnérable. Selon un décompte du journal Le Monde, le Rhône est de loin le département qui a connu le plus de jours passés en vigilance canicule depuis 2004 (197 au 24 juin 2026). La première version de ce plan a été déployée en 2023, après l’été record de 2022. En 2026, il a été déclenché plus tôt que prévu, au moment de l’épisode caniculaire exceptionnel de la fin mai. «On l’améliore d’année en année, notamment en augmentant le nombre de lieux frais», souligne Gautier Chapuis, adjoint au maire de Lyon en charge du climat (Les Écologistes). Il est en lien avec l’Agora Lyon 2030, qui rassemble plus de 170 structures du territoire mobilisées en faveur de la transition écologique. «Il y a encore plein d’endroits à exploiter, avec des partenaires publics comme privés. Nous souhaitons offrir un maillage suffisant pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer beaucoup», poursuit l’élu. C’est le cas de Milka, venue souffler un peu avec ses quatre petit·es. La famille habite juste en face de l’école. «Les enfants prennent l’air sans faire beaucoup de trajet», sourit-elle, alors que sa fille Lucia et ses deux petits frères virevoltent sur leurs trottinettes. «Rester toute la journée à l’appartement, ça risquerait de faire trop pour eux, et moi ça m’arrange de ne pas aller trop loin», ajoute la dentiste de formation, arrivée du Congo en 2019. Milka ne partira pas en vacances cet été, «alors c’est super de pouvoir prendre l’air», appuie-t-elle. Hormis son ombre, la cour de l’école Robert-Doisneau n’a rien de particulièrement accueillant. Il y a peu d’assises, pas d’herbe où s’allonger pour lire, aucune chaise longue ou autre installation temporaire donnant envie de s’y poser pour la journée. «Ce n’est pas le but, assume Gautier Chapuis. L’objectif, c’est d’être agile, en trouvant des solutions rapides, efficaces et sobres : ouvrir une cour d’école, ça ne demande rien à part un peu de gardiennage.» Pour l’élu, il s’agit de multiplier les possibilités de «repli climatique», des lieux où l’on vient trente minutes, en traversant la rue. «Ce sont des mesures d’urgence, comme s’il y avait un incendie», illustre-t-il. Outre cette carte des lieux frais, le plan «objectif fraîcheur» prévoit une série d’actions spécifiques, en fonction du niveau de vigilance (jaune, orange, rouge) et de l’intensité de l’épisode caniculaire. Dès la vigilance orange, l’entrée de certains musées – celui des Beaux-Arts, par exemple – devient gratuite. La fermeture des grands parcs, comme celui de la Tête d’Or, est repoussée à 23h30 ou minuit (au lieu de 20h30 ou 22h30, selon la saison). En cas de vigilance rouge, ce qui n’a pas encore été le cas à Lyon cette année, le parc Blandan (7ème arrondissement) est même ouvert toute la nuit pour que les riverain·es puissent dormir à la belle étoile dans une zone dédiée. Gautier Chapuis sait que ces mesures d’adaptation pourraient devenir obsolètes sans un travail d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, responsables de la hausse des températures. «On est sur une ville qui ne sera bientôt plus vivable si on ne change rien», alerte l’adjoint au maire. Une manière de rappeler à l’État ses responsabilités, alors que le gouvernement est régulièrement pointé du doigt pour son action trop timide face au réchauffement climatique. Texte intégral (1156 mots)

«Ce sont des mesures d’urgence, comme s’il y avait un incendie»

Une ville «bientôt plus vivable»
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
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Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
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Déroute des routes
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🌱 Printemps des Luttes Locales
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La Relève et la Peste
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Le Sauvage
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Motus & Langue pendue
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🌱 Observatoire de l'Anthropocène