Esteban Grépinet
Passeront, ou passeront pas ? Le Parlement européen doit se prononcer le 17 juin prochain sur l’autorisation des «nouvelles techniques génomiques» (NTG) pour les végétaux. Proposé par la Commission européenne en 2023, ce texte a fait l’objet d’intenses négociations avant d’aboutir à un compromis en décembre dernier, validé en mars par les États membres (dont la France). Avec plusieurs groupes divisés (socialistes, centristes), le vote final des eurodéputé·es reste plus que jamais incertain. La droite et l’extrême droite y sont globalement favorables, dans le sillage des principales organisations agricoles (à l’image de la FNSEA en France). La gauche, de nombreuses associations écologistes ou encore certains syndicats (comme la Confédération paysanne) s’y opposent fermement, y voyant un retour des célèbres OGM (les «organismes génétiquement modifiés») combattus depuis les années 1980. On vous explique. Comme tout être vivant, les végétaux sont composés de cellules, dont chacune contient en son noyau de précieuses molécules d’ADN. Ces dernières renferment l’information génétique : les brins d’ADN se composent d’une succession de gènes, qui «codent» le fonctionnement de la plante (sa couleur, sa forme, son mode de reproduction…). Les nouvelles techniques génomiques consistent à modifier une partie précise de cet ADN avec des technologies de pointe (les «ciseaux moléculaires», notamment). On vient remanier ou annuler certains gènes pour conférer à la plante de nouveaux caractères. Par exemple : plus de rendement, de durée de conservation, de résistance au manque d’eau, à certaines maladies… «On ne parle plus de “plante transgénique”, mais d’un variant très proche de ce qui pourrait être fait dans la nature.» À la différence des OGM «classiques», il n’est pas censé y avoir d’ajout d’ADN étranger à l’espèce modifiée. «Dans la plupart des cas, on va soit éteindre un gène, soit réécrire quelque chose qui existe déjà, détaille Pierre Barret, spécialiste des biotechnologies à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). On ne parle plus de “plante transgénique”, mais d’un variant très proche de ce qui pourrait être fait dans la nature.» L’Union européenne prévoit de classer les NTG en deux groupes : la catégorie 1, où les végétaux modifiés sont autorisés au même titre que toute plante conventionnelle ; la catégorie 2, pour les mutations complexes (plus de 20 opérations), où les plantes sont considérées comme des OGM «classiques», avec un processus de surveillance, de traçabilité et d’étiquetage. L’accord conclu en décembre 2025 entre le Parlement européen et les États membres met en avant «la compétitivité et la durabilité de nos systèmes alimentaires». «Les nouvelles variétés seront plus résistantes aux effets du changement climatique, aux sécheresses et aux inondations, ce qui permettra de réduire l’usage des engrais et des produits phytosanitaires», promet la ministre française de l’agriculture, Annie Genevard. «Cet accord change la donne pour l’agriculture européenne.» «Les laboratoires de la recherche publique ou privée explorent de nombreux caractères. Peu sont commercialisés et quelques-uns approuvés par les autorités réglementaires, hors Europe», expose Jean-Christophe Pagès, président du Comité d’expertise des utilisations confinées d’OGM, missionné par l’État pour rendre des avis scientifiques sur le sujet. Maïs enrichi en amidon au Japon, banane qui ne brunit pas aux Philippines ou encore blé résistant au mildiou en Chine : «Ce petit nombre de plantes autorisées rappelle qu’il est nécessaire d’identifier et de valider les gènes et leurs variations associées aux caractéristiques agronomiques, précise-t-il. Le processus est long et nécessite de nombreux tests.» Cette réforme doit aussi permettre à l’Union européenne de faire face à la concurrence des États-Unis ou de la Chine, qui utilisent depuis longtemps des OGM. «Cet accord change la donne pour l’agriculture européenne, défend Thor Gunnar Kofoed, représentant du puissant groupe de syndicats agricoles européens Copa-Cogeca (dont fait partie la FNSEA). Grâce aux NTG, les agriculteurs peuvent s’adapter à l’évolution des conditions de production, tout en contribuant à une agriculture durable et à la sécurité alimentaire au sein de l’UE.» Les NTG ne sont pas une solution miracle, nuance Annabelle Déjardin, biologiste moléculaire à l’Inrae : «C’est un outil qui vient en complément de la sélection végétale conventionnelle. Il faut travailler conjointement sur de nouvelles variétés, mais aussi sur les pratiques culturales, le développement de l’agroécologie…» L’accord européen exclut de la catégorie 1 les variétés capables de produire des substances toxiques pour les insectes ou tolérantes aux herbicides. Derrière ces discours prometteurs, l’arrivée probable de ces «nouveaux OGM» en Europe inquiète. D’abord, parce que ces mutations sont loin d’être parfaitement maîtrisées. «Introduire ou modifier une séquence dans un génome n’a pas forcément l’effet attendu, prévient Yves Bertheau, biologiste au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). On peut par exemple avoir des effets hors cibles à certains endroits, entraînant une dérégulation qui peut altérer des fonctions essentielles de la plante.» «Si une modification change subtilement la période de floraison ou les signaux chimiques de défense, quel sera l’impact sur les pollinisateurs ou sur la vie du sol ?» Ces modifications involontaires peuvent ensuite avoir des conséquences sur l’environnement et la santé, liste le chercheur : «altération de la valeur nutritionnelle, création de nouveaux allergènes, nouvelles protéines…» «Si une modification change subtilement la période de floraison ou les signaux chimiques de défense, quel sera l’impact sur les pollinisateurs ou sur la vie du sol ?», interrogeaient plusieurs spécialistes dans une tribune au Monde fin avril. Mais ces risques font débat dans la communauté scientifique. «C’est une technologie précise, fiable, et que l’on peut vérifier ; je ne vois pas pourquoi il y aurait plus de danger pour les NTG de catégorie 1 que pour une plante analogue obtenue par sélection conventionnelle», estime Annabelle Dejardin. «La précision de ces techniques est un fait parfaitement établi», abonde Jean-Christophe Pagès, qui précise que les semences vendues seront préalablement étudiées en serres et croisées avec d’autres variétés commercialisées. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a rendu plusieurs avis très critiques sur la question. Dès 2023, les expert·es ont notamment pointé les «limites scientifiques et sanitaires» des critères utilisés pour définir les NTG de première catégorie (notamment la pertinence du seuil des 20 modifications génétiques). Un deuxième rapport révélé par Le Monde – dont la publication a un temps été bloquée par «pression politique» – identifie une multitude de «risques potentiels» et recommande d’évaluer «au cas par cas» les plantes issues des NTG. Cette dérégulation inquiète aussi les secteurs agricoles qui ont fait le choix d’interdire les OGM, à l’image de la bio ou de certaines appellations d’origine protégée (comme le comté). «En cas de contamination d’une parcelle bio par une parcelle voisine cultivée avec des variétés NTG [par le vent ou les pollinisateurs, NDLR], nous ne pourrons ni détecter, ni prouver l’absence de NTG dans nos cultures», alerte Daniel Evain, de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). «La coexistence entre filières est un très gros problème, confirme Yves Bertheau. Le maïs peut par exemple se disséminer sur trois à quatre kilomètres, le colza sur treize kilomètres.» À ce stade, l’accord européen prévoit l’instauration de droits de propriété intellectuelle sur les NTG et les variétés qui en découlent. Ces brevets laissent craindre une appropriation des semences par les plus grosses firmes agro-industrielles : Bayer, BASF, Syngenta, Corteva… «Si des gènes brevetés par ces NTG sont déjà naturellement présents dans nos semences traditionnelles ou contaminent nos champs, nous pourrons être mis en procès par ces entreprises pour utilisation illicite de semences brevetées», alerte la Confédération paysanne. Comme le raconte le média Reporterre, les entreprises semencières françaises elles-mêmes s’inquiètent du poids que pourraient prendre les géants mondiaux du secteur, qui ont déjà déposé des dizaines de demandes de brevets sur des NTG. «Il y a une concentration très forte des efforts de recherche et, potentiellement, une possibilité d’appropriation de l’innovation au niveau international par les principaux leaders», confirme Benoît Joly, économiste à l’Inrae. Le 4 décembre dernier, le compromis trouvé entre États membres et eurodéputé·es laissait peu de doute quant à l’adoption du texte. En cas de validation finale du Parlement européen, le règlement devait entrer en application à partir de la mi-2028, selon l’estimation du Conseil de l’Union européenne. Mais depuis, rien ne s’est passé comme prévu. Comme le raconte le média Contexte, la gauche et les écologistes ont déposé de nombreux amendements pour rouvrir les débats, estimant que l’accord validé par la représentante du Parlement, Jessica Polfjärd (Parti populaire européen, groupe de droite majoritaire), ne respectait pas plusieurs lignes rouges. Le vote ultime, initialement prévu en mai, a été décalé au 17 juin prochain. Au cœur des désaccords : la question des brevets. Le Parlement européen avait voté contre, mais l’accord actuel autorise le brevetage. Les eurodéputé·es souhaitent aussi un étiquetage obligatoire des plantes issues des NTG sur toute la chaîne de production, notamment sur les produits achetés par les consommateur·ices. Actuellement, il n’est prévu que pour les sacs de semences à destination des agriculteur·ices. En parallèle, la mobilisation contre les «nouveaux OGM» monte : pétition, interpellation d’eurodéputé·es, lettre ouverte… Une manifestation se tiendra devant le Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin) le matin du 16 juin à l’appel d’une cinquantaine d’organisations européennes. «Nous appelons au retrait de cette dérèglementation, qui est un recul considérable pour le droit à l’information des consommateurs et pour celui des paysans à produire sans OGM, expose Nayla Ajaltouni, chargée de campagne pour l’association Pollinis. Et, a minima, que les amendements qui visent à restreindre le droit des brevets soient adoptés.» Texte intégral (2819 mots)

Ce qu’il faut retenir :
Les «nouvelles techniques génomiques» (NTG) sont des technologies de laboratoire qui permettent de modifier l’ADN d’un être vivant pour lui conférer de nouvelles caractéristiques : plus de résistance aux sécheresses, aux maladies…
Le 15 juin, le Parlement européen doit se prononcer sur l’autorisation de ces NTG pour les plantes dans l’Union européenne. La gauche ainsi que de nombreuses organisations écologistes et paysannes s’y opposent.
Les soutiens des NTG y voient un moyen d’accroître la compétitivité de l’agriculture européenne, en augmentant les rendements et en adaptant les cultures aux changements climatiques.
Mais ces technologies peuvent provoquer des mutations involontaires chez les plantes, avec des conséquences potentielles sur l’environnement et la santé. Les «nouveaux OGM» inquiètent aussi certaines filières agricoles qui les interdisent, comme l’agriculture biologique.Les NTG, comment ça marche ?
Pourquoi vouloir les autoriser ?

Quels sont les risques pour l’environnement ?
… et pour les activités paysannes ?

Quand les plantes issues des NTG pourraient-elles arriver dans les champs ?
Théodore Laurent
Lorsque Konan Moïse s’arrête devant cette immense muraille de béton, en cette journée de mai, les souvenirs défilent. D’un geste auguste, il mime le lancer d’un filet depuis une rive imaginaire, reproduisant l’art délicat de la pêche à l’épervier. Une activité que le quadragénaire a dû arrêter au début de la construction du barrage hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty en 2019, par la société française Eiffage, à 140 kilomètres au nord-ouest d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire. Après avoir tenté de s’aventurer loin de son village pour continuer à chercher du poisson, les querelles avec les pêcheurs des localités voisines l’ont incité à se tourner vers la culture du manioc, beaucoup moins rémunératrice. «Il m’arrive régulièrement de sauter des repas, pour que mes enfants puissent manger», confie-t-il. Le cas de Konan Moïse est loin d’être isolé. La construction du barrage s’est accompagnée d’effets délétères pour les populations des sept villages riverains : perte de terres agricoles, déplacements forcés, disparitions des activités économiques locales… Les compensations financières sont jugées largement insuffisantes. Le projet est également critiqué pour ses conséquences environnementales, comme le révélait Mediapart il y a un peu plus d’un an. Pour la Côte d’Ivoire, le barrage de Singrobo-Ahouati est un projet phare. Le pays entend devenir «le réservoir énergétique de l’Afrique de l’Ouest», selon les mots de son président Alassane Ouattara, tout en réduisant sa production issue des combustibles fossiles. En 2025, seulement 25% de l’électricité produite dans le pays provenait de sources décarbonées, d’après les autorités, essentiellement grâce aux sept barrages hydroélectriques déjà en service. Le gouvernement ambitionne de porter cette part à 45% d’ici 2030, afin de respecter ses engagements climatiques pris en 2021. Propriété de l’État ivoirien, le terrain a été cédé à la société Ivoire hydro energy (IHE), promotrice du site. Initialement chiffré à 174,5 millions d’euros, le projet a été cofinancé par des prêts consentis par plusieurs bailleurs internationaux, dont la Banque africaine de développement (BAD) ; Neo Themis, une société de capital-investissement basée au Maroc ; ou encore l’agence d’investissement du gouvernement allemand pour le secteur privé (DEG). Le groupe français Eiffage a obtenu la construction de «l’aménagement hydraulique» du barrage pour 110 millions d’euros. Prévue pour 2023, son inauguration a été repoussée plusieurs fois. Dans l’état actuel, son entrée en fonction risquerait d’inonder l’autoroute du nord, qui relie Abidjan à Yamoussoukro, la capitale politique, ainsi que les villages alentour. D’après des informations obtenues par Vert auprès des parties prenantes, les bailleurs internationaux rechigneraient à assumer le surcoût. Une situation qui irrite les villageois·es, estimant avoir été lésé·es pour pas grand-chose. Dans le village de Singrobo, un homme se repose sous une large paillote. Sylvain Kouacou est le chef des jeunes, un poste à responsabilité dans les localités ivoiriennes. Depuis le début du projet, il se bat pour que les populations obtiennent de meilleures indemnisations. «Les habitant·es vivaient presque tous de la pêche et de l’agriculture, explique-t-il. Les compensations ont été calculées à partir de revenus largement sous-évalués, et uniquement sur une année, alors que les populations ont perdu des moyens de subsistance pour toute une vie, sans qu’aucune véritable alternative ne leur soit proposée.» L’ancien pêcheur, Konan Moïse, dit avoir reçu 100 000 francs CFA (150 euros), un montant qu’il affirme gagner en un seul mois d’activité. Certain·es, comme Pauline Konan, n’ont même pas été indemnisé·es. La sexagénaire nous présente sa carte de mareyeuse – intermédiaire entre les pêcheurs et les circuits de distribution –, délivrée par la préfecture. «Cela faisait plus de trente ans que j’exerçais cette activité ; pourtant, on a estimé que ce n’était pas ma profession», raconte-t-elle, lasse. Elle survit désormais grâce aux dons d’autres villageois·es. Contactée, la compagnie publique Côte d’Ivoire Énergie, en charge des indemnisations, n’a pas répondu à nos sollicitations. «L’ambition de produire une énergie propre est noble mais elle ne doit pas se faire au détriment du niveau de vie des communautés», souligne Nahounou Daleba, coordinateur du programme justice climatique et sociale au sein de l’ONG Jeunes volontaires pour l’environnement Côte d’Ivoire. D’autant que le barrage est aussi critiqué pour ses conséquences néfastes sur la biodiversité. D’après une étude réalisée par le cabinet français Biotope, chargé de conduire des «expertises complémentaires» au plan d’impact environnemental (qui consiste à évaluer les conséquences d’un projet sur la biodiversité et les populations), le barrage doit provoquer la destruction de «1 165 hectares d’habitats naturels», aussi bien terrestres qu’aquatiques. Parmi eux, «618 hectares de forêts bien conservées», considérées comme des «habitats critiques pour sept espèces rares et/ou menacées», dont le faux-gavial d’Afrique, un crocodile en danger d’extinction. Afin de compenser les atteintes à la biodiversité, IHE a promis de consacrer 2,4 millions d’euros sur trente-cinq ans à un programme de restauration écologique. Soit l’équivalent d’1,3% du coût global du barrage. La société prévoit des actions de conservation en faveur du faux-gavial d’Afrique et la protection d’îles situées en aval du barrage. Le promoteur s’est également engagé à reboiser 300 hectares de zones forestières détruites, correspondant à la moitié des pertes. Sollicitée à ce sujet, l’entreprise n’a pas donné suite à nos demandes. «Non seulement les solutions proposées en termes de protection de la biodiversité n’étaient pas à la hauteur des importants dégâts provoqués, mais nous n’avons aucune indication que ces solutions sont mises en œuvre ou le seront véritablement», cingle Gabriel Bourdon-Fattal, directeur de Climate whistleblowers, une ONG française qui s’est rendue sur place pour constater les conséquences du barrage sur l’environnement et les populations locales. Malgré ces interrogations, le projet a été jugé conforme à la norme PS6 – qui prévoit que le barrage ne doit provoquer aucune «perte nette» de biodiversité animale et végétale – de la filiale de financement privé de la Banque mondiale, condition indispensable au déblocage des fonds. Un document interne de Biotope, consulté par Vert, met en lumière une zone d’ombre : le cabinet aurait été présent, à la demande d’un des bailleurs, Neo Themis, pour «défendre [le] projet» auprès d’une banque. Une pratique non conventionnelle, dans la mesure où un bureau d’études n’intervient généralement pas dans le montage financier d’un projet qu’il évalue. Eiffage, en tant que sous-traitant, ne peut pas être juridiquement tenu pour responsable des atteintes environnementales ainsi qu’envers les populations locales. Le groupe, qui affirme sur son site être «engagé depuis plus de dix ans dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité», apparaît en contradiction avec les engagements qu’il revendique. L’entreprise met notamment en avant l’application rigoureuse de la séquence «éviter, réduire, compenser» sur l’ensemble de ses chantiers, une promesse qui, dans ce dossier, semble loin d’avoir été pleinement respectée. Sur le terrain, sa responsabilité est, cette fois, directement mise en cause par les villageois·es concernant des fissures apparues sur plusieurs habitations. Elles et ils attribuent ces dégradations aux tirs de dynamite réalisés lors des travaux sur le site. Eiffage se défend, précisant que les échanges avec les populations concernées relèvent de la préfecture et d’IHE : «Ces tirs de mines ont fait l’objet de contrôles pendant leur exécution, avec des mesures de vibrations ne montrant aucun impact sur les habitations. De faible intensité, ils ont été réalisés conformément aux directives et sous le contrôle du ministère, dans le respect d’une réglementation très stricte.» Texte intégral (1555 mots)

Un projet à l’arrêt
Des vies bouleversées
Des compensations environnementales «pas à la hauteur»
Fissures dans les murs
Zoé Moreau
Le Conseil de l’Union européenne semble bien engagé sur la voie d’un assouplissement des règles encadrant la mise sur le marché des pesticides. En témoigne le compromis trouvé autour du paquet législatif «Omnibus X», révélé mardi par le média spécialisé Contexte. Présenté comme une mesure destinée à «réduire les charges réglementaires inutiles» pesant sur les agences européennes, ce texte prévoit de prolonger l’autorisation de certains pesticides pendant plusieurs décennies sans nouvelle évaluation de leur dangerosité. Il doit être soumis au vote du Conseil de l’Union européenne – c’est-à-dire des ministres européen·nes de l’agriculture – ce vendredi soir. Son adoption constituerait la première étape de son parcours législatif, avant un examen par le Parlement européen d’ici octobre. Tout comme les précédents, ce dixième «Omnibus» est destiné à amender des textes existants. Il suscite, depuis sa présentation fin 2025, une vive opposition. Une première mouture, révélée à la mi-novembre par Contexte, avait déclenché une levée de boucliers : une centaine d’organisations de protection de l’environnement dénonçaient le projet dans une tribune. Elles ont été rejointes par plus de 2 300 médecins dans un second texte collectif. D’une même voix, il s’agissait de mettre en garde contre une réforme qui «ferait reculer l’Europe de trente ans». Le nouvel accord trouvé par les ministres inquiète tout autant : c’est «un compromis bâclé», a réagi l’ONG anti-pesticides Générations futures, appelant à «revoir en profondeur» le texte ou même à le «rejeter en bloc». De son côté, le Réseau d’action contre les pesticides (PAN Europe) dénonce un «important pas en arrière». Il prévient : «Aujourd’hui est une journée cruciale pour la santé, l’eau, la biodiversité, les agriculteurs et un avenir durable.» Dans le détail, ce texte vise à modifier en profondeur les règles d’évaluation des risques sanitaires et environnementaux des substances actives qui entrent dans la composition des pesticides. Aujourd’hui, chaque substance fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché limitée dans le temps. À l’issue de cette période, les industriels doivent déposer une nouvelle demande, accompagnée des données scientifiques les plus récentes. Ces dossiers sont examinés par les agences sanitaires européennes, dont l’avis sert ensuite de base aux autorités nationales pour autoriser, ou non, la commercialisation des produits concernés. Le compromis soutenu par les États membres rompt avec cette logique de réévaluation systématique, et prévoit des autorisations sans limite de durée pour les substances considérées comme «à faible risque». Il est légèrement plus protecteur que la version initiale du texte, qui ambitionnait d’autoriser sans limite de temps la quasi-totalité des pesticides (hormis les plus dangereux). Dans cette dernière version, donc, les substances à risque «normal à élevé» resteraient soumises à un réexamen périodique, mais la durée d’approbation passerait à quinze ans lors de la première autorisation (contre dix ans actuellement) et à vingt-cinq ans lors des renouvellements (contre quinze ans aujourd’hui). L’argument avancé est avant tout administratif : l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) est submergée par le volume de dossiers à traiter, ce qui provoque engorgements et retards. «La limite actuelle de dix et quinze ans peine déjà à suivre le rythme de l’évolution des connaissances scientifiques», déplore Générations futures. L’ONG propose, à la place, d’augmenter les moyens de l’EFSA. Un autre article du texte prévoit un mécanisme de rétroactivité pour prolonger l’autorisation de substances déjà autorisées. «Comme souvent avec ce genre de texte, le diable se cache dans les détails», ironise Générations futures. Concrètement, une cinquantaine de substances actives – parmi lesquelles le glyphosate, l’acétamipride ou encore le captane – verraient leur autorisation prolongée. Le glyphosate et l’acétamipride ne seraient ainsi pas réexaminés avant 2043, tandis que le captane pourrait rester sur le marché jusqu’en 2049, sans aucune réévaluation de sa dangerosité. Avec cette mesure, «il y a un risque que les avancées de la science relatives à la toxicité des pesticides soient ignorées pendant de longues années», déplore auprès de Vert Andy Battentier, de Générations futures. Ce risque est loin d’être théorique. Ces dernières années, de nombreux pesticides dangereux ont été interdits précisément à l’issue de ces réexamens. Générations futures en a recensé 31 depuis 2011, dont l’insecticide neurotoxique chlorpyrifos ou le fongicide mancozèbe, reconnu toxique pour la reproduction et perturbateur endocrinien. Un garde-fou a tout de même été ajouté au texte : en cas de doute sur la toxicité d’une substance (lié à la publication d’une nouvelle étude, par exemple), les États pourront demander à la Commission européenne de faire des évaluations «ciblées» afin de s’assurer que les critères d’approbation de la substance sont toujours d’actualité. Mais ils ne pourront plus interdire d’eux-mêmes des produits que leurs agences sanitaires nationales auraient préféré bannir. «C’est un retrait colossal de souveraineté pour les scientifiques des États membres», juge Andy Battentier. Le détricotage ne s’arrête pas là. Le compromis conserve l’allongement jusqu’à trois ans des «délais de grâce» accordés aux industriels pour écouler leurs stocks après une éventuelle interdiction de produits jugés dangereux, alors qu’ils sont aujourd’hui limités à un an et demi. Il sera également possible pour certain·es agriculteur·ices de bénéficier de dérogations pour user de pesticides interdits, dans les cas où la «production» serait menacée. «C’est très grave, réagit Andy Battentier. Avec une telle mesure, on peut imaginer qu’une baisse de rendement puisse suffire à réautoriser des pesticides dangereux.» Texte intégral (1281 mots)

Un texte vivement critiqué
Des autorisations à durée indéterminée
Du glyphosate et de l’acétamipride à gogo
La «production» comme mot d’ordre
Théo Mouraby
Il fut un temps, au Rassemblement national (RN), où l’on ne mâchait pas ses mots pour attaquer l’agroindustrie. Soucieuse de son image anti-système et proche du peuple, Marine Le Pen, cheffe des député·es frontistes, estimait en 2017 que Monsanto, le géant de l’agrochimie, était «une entreprise criminelle». Le glyphosate, la substance contenue dans son herbicide Roundup ? «Une saloperie», selon Jordan Bardella en 2018. Depuis, le discours du président du RN et de ses cadres s’est largement adouci. Pour Erwan Lecoeur, sociologue spécialiste de l’extrême droite et de l’écologie politique, ce retournement de veste n’est pas étranger à la position de favori qu’occupe le RN à l’aube de la campagne présidentielle de 2027. «La dernière marche dont ils ont besoin pour accéder au pouvoir, c’est de se positionner du côté des puissants, estime ce fin connaisseur de l’histoire du parti à la flamme. Entre Bardella et ses conseillers d’aujourd’hui, et Marine Le Pen et ses conseillers de 2017, il y a un gouffre. On est passé d’une candidate anti-système à un candidat qui veut absolument intégrer le système.» Cette mue est particulièrement visible sur les sujets liés à la santé. Cadmium, pesticides, cancers infantiles, PFAS… Ces derniers mois, le parti d’extrême droite – premier groupe à l’Assemblée nationale depuis les législatives de 2024 – vote systématiquement contre les textes pour protéger la santé des Français·es. «Il y a une vraie incohérence, estime Jordan Allouche, spécialiste des lobbies et fondateur d’Écolobby. Le RN, a contrario de son discours sur la préservation des agriculteurs et du grand public, est une courroie de transmission des intérêts industriels les plus polluants.» Le 3 juin, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi du député (Les Écologistes) Benoît Biteau pour «protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium». Ce métal lourd fait courir des risques graves pour les reins, les os, la reproduction et augmente la probabilité de certains cancers. Contre l’avis du gouvernement, les député·es ont approuvé le texte par 144 voix contre 22. Parmi ces 22 opposant·es, 19 provenaient des bancs de l’extrême droite. En charge du sujet cadmium pour le groupe RN, le député Eddy Casterman n’a pas pu répondre à nos questions avant la publication de cet article. Il avait proposé un amendement dans lequel il niait tout «lien direct entre la présence de cadmium chez l’être humain et l’agriculture». Pour lui «rien ne justifie» d’interdire les engrais contenant du cadmium, «si ce n’est la volonté farouche de provoquer l’effondrement de la production agricole française». Pourtant, l’Autorité nationale de sécurité sanitaire (Anses) appelle bien, «en premier lieu», à réduire la teneur en cadmium dans les engrais utilisés en agriculture, afin de «diminuer l’exposition alimentaire de la population». «La droite et l’extrême droite n’ont que le mot sécurité à la bouche, mais quand il s’agit de protéger la santé, il n’y a plus personne», déplore Benoît Biteau. Karine Jacquemart, directrice générale de l’ONG Foodwatch, qui défend le droit à une alimentation saine et durable, reproche au RN «un double scandale» : «leurs votes contre des mesures pourtant évidentes et vitales pour la santé» et leurs mensonges «aux Français et aux Françaises en prétendant qu’ils sont là pour défendre la population». Pour elle, «au contraire, ces votes montrent que le RN préfère servir les intérêts des lobbies». Depuis que la réintroduction de l’acétamipride, ce pesticide au cœur des débats sur la loi Duplomb, a été censurée par le Conseil constitutionnel, le 7 août, le RN tente de remettre le sujet sur la table. La députée du Lot-et-Garonne, Hélène Laporte, a déposé quatre amendements pour tenter de réautoriser ce produit «tueur d’abeilles» dans la loi d’urgence agricole, adoptée le 2 juin. Tous ont été jugés irrecevables. Fin avril déjà, l’extrême droite et la droite avaient enterré une note sur la dangerosité de l’acétamipride. Celle-ci documentait les effets avérés de la substance sur la biodiversité et les risques suspectés sur la santé humaine. «Ils sont hyper actifs pour réimposer ce pesticide», observe Jordan Allouche, qui a épluché les 334 amendements déposés par l’extrême droite sur le texte d’urgence agricole. «De mémoire de lobbyistes, c’est la première fois que le RN est autant une courroie de transmission des propositions portées par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs», les deux syndicats agricoles majoritaires, estime-t-il. Jordan Allouche a repéré plusieurs autres amendements déposés par les lepénistes pour faciliter l’utilisation de pesticides. À la mi-mai, tous les groupes politiques de l’hémicycle ont voté en faveur d’un texte pour créer un fonds de recherche pour les cancers pédiatriques. Tous, sauf le RN. Un «vote de la honte», ont critiqué plusieurs responsables politiques. Ce qui a suscité l’opposition des frontistes ? L’idée de financer ce fonds grâce à une taxe sur les laboratoires pharmaceutiques. «Nous ne contestons pas que l’industrie pharmaceutique doive prendre sa part, a justifié la députée Christine Loir à l’Assemblée. Toutefois, nous nous interrogeons sur cette logique qui consiste, une fois encore, à répondre à une difficulté par une taxe.» Voilà plus d’un an que le Rassemblement national essaye d’avoir la peau des zones à faibles émissions (ZFE), ces espaces urbains interdits aux véhicules les plus polluants. Il pensait y être parvenu, le 15 avril, lorsque les député·es ont voté leur suppression. Elles ont finalement été sauvées par le Conseil constitutionnel, le 21 mai. Si la mise en place de ce dispositif fait l’objet de débats, une chose est sûre : il améliore la qualité de l’air. Un fait établi, comme le racontait Vert l’an passé, ce que le RN refuse d’admettre. «Les ZFE ne servent à rien», a encore répété le député Pierre Meurin, en charge du dossier pour le RN, le 22 mai. Trois voix. C’est ce qui a manqué aux député·es pour adopter la proposition pour rendre obligatoire le logo Nutriscore sur les produits alimentaires, le 3 décembre. Alors que les différents partis se sont divisés, le Rassemblement national et ses allié·es ciottistes ont voté massivement contre et multiplié les arguments fallacieux, comme le raconte le magazine Challenges. Pourtant, cet étiquetage de A à E fait largement consensus au sein de la communauté médicale et scientifique : il aide les consommateur·ices à faire de meilleurs choix alimentaires et à préserver leur santé. Les troupes du RN ont aussi voté à l’unanimité contre la proposition de loi du député Les Écologistes Nicolas Thierry pour interdire les PFAS dans de nombreux objets du quotidien, en février 2025. À l’époque, l’activiste Camille Étienne avait surpris le député RN Frédéric-Pierre Vos lors d’un rendez-vous avec des communicant·es de Tefal – une entreprise pointée du doigt pour avoir utilisé des «polluants éternels» dans ses poêles antiadhésives. Après la rencontre, le député avait déposé plusieurs amendements pour retarder ou supprimer l’interdiction des PFAS. «Les seuls qu’ils défendent, c’est l’industrie et les lobbys, estime Camille Étienne auprès de Vert. Pour les sujets dans lesquels avaient fuité les arguments des lobbys, comme c’était le cas sur les PFAS, ils les reprennent mot pour mot.» Si l’opposition du RN n’a pas empêché certains de ces textes d’être adoptés, cela devient plus difficile à mesure que son nombre de parlementaires augmente à chaque élection. «Si on ajoute le RN, les gens de chez monsieur Ciotti, plus quelques LR [Les Républicains, NDLR] qui rêvent d’aller avec eux… C’est compliqué, après, de passer des textes», souffle le député Modem Richard Ramos. Le centriste ferraille depuis 2019 pour tenter de taxer ou d’interdire les nitrites dans la charcuterie, ces additifs probablement en cause dans l’apparition de cancers. Son texte a finalement été rejeté, en avril 2023, avec les voix du Rassemblement national. «Finalement, c’était les prémices de la position pro-business de monsieur Bardella, pense-t-il. Ces gens ne défendent pas le peuple et les plus humbles, qui sont les plus touchés par les produits qui ne sont pas bons pour leur santé.» Le député prévoit de déposer une proposition de loi, la semaine prochaine, pour interdire un autre produit : l’hexane. Ce dérivé du pétrole omniprésent dans notre alimentation est classé comme «neurotoxique avéré» par l’Agence européenne des produits chimiques (Echa). Richard Ramos prédit : «Je fais le pari que le RN votera contre la proposition de loi. Ils défendront les puissants contre les pauvres.» Texte intégral (2385 mots)

Juin 2026 : l’extrême droite vote contre la proposition pour protéger les Français du cadmium
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Février 2025 : après un rendez-vous avec les lobbies, les frontistes veulent supprimer la loi pour interdire les PFASEt après ?
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