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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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16.07.2026 à 12:13

Particules fines, monoxyde de carbone… Quand les fumées des incendies nuisent à notre santé

Zoé Moreau

Texte intégral (1946 mots)
Le 8 juillet 2026, à Die (Drôme). Les pompier·es peinent à contenir l’incendie qui dévore les monts du Diois. © Jack Hunter/Vert

Des flammes qui progressent à une vitesse fulgurante, forçant habitant·es et vacancier·es à évacuer dans l’urgence. C’est la réalité qui a frappé la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) après le déclenchement de deux violents incendies dimanche. Selon le dernier bilan des feux, fixés mais pas encore éteints, plus de 2 000 hectares de forêt ont été ravagés. Des brasiers attisés par des vents violents et une sécheresse persistante. Face à cette menace, l’évacuation s’est organisée autour d’un double impératif : échapper à la progression des flammes et protéger les corps des fumées.

Extrêmement dangereux, ces panaches issus de la combustion du bois peuvent faire grimper la concentration de particules fines dans l’air (PM2,5, inférieures à 2,5 micromètres). Une hausse de 150 à 300 microgrammes par mètre cube (µg/m3), et jusqu’à 500 µg/m3 lors des épisodes les plus sévères et dans les zones habitées exposées, selon plusieurs études. Cela représente 10 à plus de 30 fois les niveaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour ces substances (15 µg/m3 maximum en moyenne sur une journée pour les PM2,5).

À proximité immédiate du front de feu – là où se trouvent le plus souvent les pompier·es –, les concentrations augmentent encore et peuvent atteindre 1 000 à 5 000 µg/m3, soit plusieurs dizaines voire centaines de fois les concentrations mesurées lors d’un épisode de pollution parisien.

Le feu de Fontainebleau a engendré une pollution de 400 µg/m3 en moyenne horaire, selon les données d’Airparif. «De mémoire de prévisionniste, on n’avait pas enregistré de tels niveaux de pollution depuis dix ans», rapporte Le Monde.

Une hausse des hospitalisations

Ces particules noircissent les bâtiments, altèrent la photosynthèse des plantes, mais sont surtout «inhalées ou avalées, voire traversent la peau grâce à leur petite taille», explique à Vert Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et professeure d’épidémiologie environnementale à l’université de Ferrare (Italie). Ensuite, elles «pénètrent profondément les voies respiratoires et peuvent toucher, outre les poumons, le cœur et d’autres organes», poursuit la chercheuse.

Plus dangereuses encore, et pourtant non mesurées en France, les particules dites «ultrafines», ou «PM0,1». Leur taille est inférieure à 100 nanomètres, soit l’équivalent de celle d’un virus. Elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles peuvent «traverser les barrières alvéolaires dans les poumons et encéphalohématiques dans le cerveau», explique Isabella Annesi-Maesano. Des barrières qui nous protègent des agents pathogènes et des toxines, notamment.

Les effets sur la santé varient selon le niveau d’exposition, la durée, la composition des particules ou la vulnérabilité individuelle. Ils vont de la crise d’asthme à l’infarctus, en passant par l’exacerbation de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie respiratoire grave, responsable de la mort de 18 000 personnes en moyenne chaque année en France.

Ces particules sont «vraiment très dangereuses», insiste Isabella Annesi-Maesano. En cas d’exposition chronique ou longue – un feu met parfois plusieurs mois avant d’être complètement éteint, comme dans les Landes en 2022 –, le risque de contracter un cancer du poumon, un diabète de type 2 ou de subir un accident vasculaire cérébral (AVC) augmente aussi, comme en attestent plusieurs études.

Des polluants mortels

Les risques ne s’arrêtent pas là. Dans l’épais brouillard des incendies se cache une foultitude d’autres polluants, également toxiques pour la santé humaine. À commencer par le dioxyde d’azote, un gaz «irritant» pour les voies respiratoires. Ou bien certains métaux lourds, cancérogènes par accumulation. On retrouve aussi des composés organiques volatils (COV) comme le benzène ou le formaldéhyde – tous deux sont classés «cancérogènes avérés» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

À court terme, le composé le plus redouté reste toutefois le monoxyde de carbone, émis lui aussi lors de la combustion du bois et potentiellement mortel à forte concentration. «Ce gaz réduit la capacité du sang à transporter l’oxygène, indispensable à l’organisme. Voilà pourquoi on peut s’évanouir et mourir d’intoxication lors d’un incendie», détaille Isabella Annesi-Maesano.

Une preuve concrète des effets sanitaires des incendies : lorsqu’ils se déclarent, les hospitalisations ou recours aux soins augmentent dans les jours qui suivent. Ça a été le cas en 2003, après les gigantesques incendies de Californie du Sud, qui avaient ravagé plus de 300 000 hectares de végétation et provoqué la mort d’une vingtaine de personnes. Une étude étasunienne portant sur plus de 40 000 hospitalisations a montré qu’une hausse moyenne de 70 µg/m3 de PM2,5 liée aux fumées d’incendie était associée à une augmentation de 34% des hospitalisations pour asthme. Les auteur·ices ont également observé une hausse des entrées à l’hôpital pour bronchite aiguë (+9,6%), BPCO (+6,9%) et pneumonie (+6,4%) pour chaque augmentation de 10 µg/m3 de ces particules fines.

Même constat l’été dernier, après le gigantesque incendie qui a touché l’Aude et une large partie du Sud-Ouest en août. Dans les jours qui ont suivi, Santé publique France mesurait près de Perpignan (Pyrénées-Orientales) «une légère augmentation des prises en charge pour dyspnée» (essoufflement) et «insuffisance respiratoire», davantage de passages aux urgences pour des migraines et trois intoxications au monoxyde de carbone attribuables à l’incendie.

Des fumées qui parcourent plusieurs centaines de kilomètres

Même loin de chez nous, les incendies peuvent nous nuire. Les fumées voyagent parfois à plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres du foyer. «En fonction de l’intensité du feu, elles peuvent monter dans l’atmosphère, atteindre la stratosphère et retomber très loin», explique à Vert Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et conseil scientifique de l’association Respire. Lors de l’incendie qui a ravagé les Landes en 2022, le nuage «n’est pas monté très haut mais a traversé toute la France, est passé au-dessus d’Orléans et est retombé entre Paris et Lille», rapporte le chercheur. Un pic de pollution intense avait alors été mesuré dans la capitale.

Plus impressionnant encore : la fumée des incendies canadiens de la mi-mai 2025 avait atteint la France un mois plus tard et provoqué une surconcentration de particules (PM10) sur tout l’Hexagone.

Lorsqu’un feu se déclare, le tout «est de savoir si vous êtes sur la trajectoire du panache», résume Jean-Baptiste Renard. Pour en avoir le cœur net, on peut consulter le site du réseau de surveillance de la qualité de l’air Atmo France et ses bulletins dédiés aux épisodes de pollution en cours.

Le dispositif a toutefois ses limites. Les 720 stations de mesure d’Atmo France – une soixantaine par région, en moyenne – ne couvrent pas l’ensemble du territoire. Un panache de fumée peut donc échapper à la surveillance.

Le 10 juillet 2026, Atmo relevait un pic de pollution aux particules fines à l’est de la Drôme. © Capture d’écran/Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

L’association se veut néanmoins rassurante. «Nous disposons de capteurs embarqués sur remorque, que nous pouvons déployer en urgence», explique à Vert Edwige Révélat, référente nationale santé d’Atmo France. Encore faut-il que plusieurs incendies majeurs ne se déclarent pas en même temps. «J’ai du mal à imaginer qu’un camion de surveillance de la qualité de l’air puisse être mobilisé pour chaque feu», nuance Isabella Annesi-Maesano.

Activité sportive, linge humide et VMC

Les feux de forêt gagnent du terrain. Les huit premiers jours de juillet, 7 800 hectares de végétation ont brûlé en France : près du double de la surface partie en fumée durant l’ensemble du mois de juillet 2025, selon le Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis).

Une tendance appelée à s’accentuer : sous l’effet du réchauffement climatique d’origine humaine, les scientifiques constatent déjà des incendies plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser. Les décès liés aux fumées, soit 2 830 par an en France, selon une étude publiée dans The Lancet en 2024, pourraient être encore plus nombreux à l’avenir.

En cas d’incendie à proximité de chez soi, le premier réflexe consiste à limiter autant que possible son exposition aux fumées. Santé publique France recommande de réduire les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder portes et fenêtres fermées jusqu’à la fin de l’épisode, d’obstruer les aérations avec des linges humides et d’arrêter la ventilation mécanique contrôlée (VMC) lorsque les fumées sont importantes. Il est également conseillé de porter une attention particulière aux personnes les plus vulnérables, notamment celles souffrant de maladies respiratoires ou chroniques, les personnes âgées et les enfants.

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15.07.2026 à 11:47

Musées gratuits, parcs ouverts la nuit, écoles-refuges : Lyon ressort son plan d’urgence face à la canicule

Lucas Martin-Brodzicki

Texte intégral (1156 mots)
La cour de l’école Robert-Doisneau, dans le 1er arrondissement de Lyon, fait partie des plus de 700 lieux frais recensés par la municipalité. © Lucas Martin-Brodzicki/Vert

«Ici, c’est ombragé, alors que dans certains parcs, on crame», résume Maëva, sous le feuillage des immenses platanes de la cour de l’école Robert-Doisneau, dans le 1er arrondissement de Lyon (Rhône). Ce lundi 13 juillet, alors que midi approche, les arbres et l’architecture encaissée des bâtiments protègent des rayons du soleil et réduisent la sensation de chaleur. Lyon vit son septième jour d’affilée en vigilance orange canicule. Maëva apprécie de pouvoir venir se mettre au frais là où sa fille de 9 ans est scolarisée. Cette dernière s’éclate sur son vélo, pas perturbée par le fait d’être «à l’école» pendant les vacances.

Depuis le 10 juillet et jusqu’au 9 août, la cour de ce groupe scolaire est ouverte au public tous les jours de 8 heures à 22 heures. Cette expérimentation a été reconduite par la municipalité après un premier test concluant l’été dernier. Elle offre un îlot de fraîcheur, accessible gratuitement, en plein cœur de la ville. Habitante du quartier, Maëva a vu passer l’information sur un post du média en ligne Hugo Décrypte et s’est dit «pourquoi pas».

Pour la majorité écologiste et divers gauche au pouvoir à Lyon, il s’agit d’ouvrir un maximum de lieux frais, accessibles gratuitement. Elle a cartographié (voir la carte) plus de 700 «refuges dans la ville en cas de forte chaleur» : cette cour d’école donc, mais aussi des équipements publics climatisés, des églises, des fontaines… C’est l’une des mesures de son plan «objectif fraîcheur», censé aider les Lyonnais·es à mieux vivre les épisodes de chaleur à répétition dans une ville particulièrement vulnérable. Selon un décompte du journal Le Monde, le Rhône est de loin le département qui a connu le plus de jours passés en vigilance canicule depuis 2004 (197 au 24 juin 2026).

«Ce sont des mesures d’urgence, comme s’il y avait un incendie»

La première version de ce plan a été déployée en 2023, après l’été record de 2022. En 2026, il a été déclenché plus tôt que prévu, au moment de l’épisode caniculaire exceptionnel de la fin mai. «On l’améliore d’année en année, notamment en augmentant le nombre de lieux frais», souligne Gautier Chapuis, adjoint au maire de Lyon en charge du climat (Les Écologistes). Il est en lien avec l’Agora Lyon 2030, qui rassemble plus de 170 structures du territoire mobilisées en faveur de la transition écologique. «Il y a encore plein d’endroits à exploiter, avec des partenaires publics comme privés. Nous souhaitons offrir un maillage suffisant pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer beaucoup», poursuit l’élu.

La cour ombragée de l’école Robert-Doisneau est ouverte tous les jours au public depuis le 10 juillet. © Lucas Martin-Brodzicki/Vert

C’est le cas de Milka, venue souffler un peu avec ses quatre petit·es. La famille habite juste en face de l’école. «Les enfants prennent l’air sans faire beaucoup de trajet», sourit-elle, alors que sa fille Lucia et ses deux petits frères virevoltent sur leurs trottinettes. «Rester toute la journée à l’appartement, ça risquerait de faire trop pour eux, et moi ça m’arrange de ne pas aller trop loin», ajoute la dentiste de formation, arrivée du Congo en 2019. Milka ne partira pas en vacances cet été, «alors c’est super de pouvoir prendre l’air», appuie-t-elle.

Hormis son ombre, la cour de l’école Robert-Doisneau n’a rien de particulièrement accueillant. Il y a peu d’assises, pas d’herbe où s’allonger pour lire, aucune chaise longue ou autre installation temporaire donnant envie de s’y poser pour la journée. «Ce n’est pas le but, assume Gautier Chapuis. L’objectif, c’est d’être agile, en trouvant des solutions rapides, efficaces et sobres : ouvrir une cour d’école, ça ne demande rien à part un peu de gardiennage.» Pour l’élu, il s’agit de multiplier les possibilités de «repli climatique», des lieux où l’on vient trente minutes, en traversant la rue. «Ce sont des mesures d’urgence, comme s’il y avait un incendie», illustre-t-il.

Une ville «bientôt plus vivable»

Outre cette carte des lieux frais, le plan «objectif fraîcheur» prévoit une série d’actions spécifiques, en fonction du niveau de vigilance (jaune, orange, rouge) et de l’intensité de l’épisode caniculaire. Dès la vigilance orange, l’entrée de certains musées – celui des Beaux-Arts, par exemple – devient gratuite. La fermeture des grands parcs, comme celui de la Tête d’Or, est repoussée à 23h30 ou minuit (au lieu de 20h30 ou 22h30, selon la saison). En cas de vigilance rouge, ce qui n’a pas encore été le cas à Lyon cette année, le parc Blandan (7ème arrondissement) est même ouvert toute la nuit pour que les riverain·es puissent dormir à la belle étoile dans une zone dédiée.

Gautier Chapuis sait que ces mesures d’adaptation pourraient devenir obsolètes sans un travail d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, responsables de la hausse des températures. «On est sur une ville qui ne sera bientôt plus vivable si on ne change rien», alerte l’adjoint au maire. Une manière de rappeler à l’État ses responsabilités, alors que le gouvernement est régulièrement pointé du doigt pour son action trop timide face au réchauffement climatique.

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14.07.2026 à 07:00

Vert vous embarque dans les coulisses de Météo-France : «Les jeunes générations vivent peut-être leur été le plus frais»

Mathilde Picard, Moncef Arbadji

Texte intégral (1558 mots)
Le prévisionniste Sébastien Léas dans les locaux de Météo-France, le 9 juillet 2026. © Mathilde Picard/Vert

Lorsque Sébastien Léas, l’un des 300 prévisionnistes de Météo-France, nous accueille dans son bureau, il fait largement plus de 30 degrés Celsius (°C) dehors. Ce jeudi 9 juillet, plusieurs ventilateurs tournent devant les écrans qui affichent des scénarios de températures toujours plus hautes pour les prochains jours. Au mur, six horloges indiquent l’heure des territoires ultramarins. Ici, les prévisions météorologiques couvrent toute la France.

Cela fait plus de vingt ans que l’expert travaille au sein de l’institution. Il y étudie les conditions atmosphériques pour réaliser des bulletins météo. «Le plus probable pour cette semaine, c’est que l’air chaud persiste encore sur une bonne partie du pays, avertit Sébastien Léas. On restera sans doute dans un contexte de vague de chaleur au moins jusqu’à mercredi [15 juillet], et on n’a pas encore de signaux de fin d’épisode.» Ce mardi, 26 départements sont en vigilance rouge canicule.

Dans les bâtiments de l’institution à Saint-Mandé (Val-de-Marne), en banlieue parisienne, les expert·es se relaient 24 heures sur 24 pour surveiller les conditions météorologiques dans tout le territoire. «La prévision du jour et du lendemain est fiable à 90 voire 95%, explique Sébastien Léas. Celle des quatre prochains jours, plutôt entre 60 et 65%.»

Modéliser l’atmosphère pour prévoir la météo

Pour faire des prévisions à moyen terme, les professionnel·les utilisent des modèles mathématiques qui permettent de représenter l’atmosphère. Ces programmes informatiques combinent de nombreux critères comme la température de l’air, l’humidité, les vents ou encore la pression atmosphérique. Un supercalculateur (un ordinateur de pointe) fait ensuite varier ces paramètres et propose des scénarios pour les jours à venir. Le modèle utilisé par Météo-France propose une cinquantaine de scénarios différents que les prévisionnistes interprètent.

Sur l’écran des prévisionnistes, aucune dépression en vue au-dessus de la France et de l’Europe occidentale pour ces prochains jours. © Mathilde Picard/Vert

«Parmi tous ces scénarios, certains sont plus ou moins minoritaires, ils annoncent des températures extrêmes qu’on ne retrouve pas chez les autres, détaille Sébastien Léas. D’autres forment un faisceau de scénarios plutôt cohérents les uns avec les autres, c’est comme ça qu’on sélectionne le plus probable.» Ce dernier sera annoncé au public, grâce au bulletin météo et sur l’application.

Il arrive que ce ne soit pas toujours celui annoncé qui se produise. «C’est comme une partie de poker, développe l’expert. Quand on a une paire d’as face à un 2 et un 7, on a 80% de chances de gagner, donc 20% de perdre.»

Pharmacies, thermomètres, applis : à quelle prévision se fier ?

Les prévisions obtenues par les expert·es de Météo-France ne sont pas toujours celles que nous retrouvons sur d’autres applications météo. Pour Sébastien Léas, cela tient au fait que «les scénarios que Météo-France retient sont d’abord expertisés par ses prévisionnistes, ce qui n’est pas toujours le cas dans les sociétés privées, qui utilisent parfois directement des modèles informatiques sans interprétation humaine». Il existe d’ailleurs plusieurs types de modèles informatiques et les plateformes n’utilisent pas forcément le même. Au quotidien, les prévisionnistes de l’établissement public passent leur temps à comparer ces différentes sources sur leurs trois écrans, afin de réduire leur marge d’erreur.

«Certaines applications publient des scénarios parfois minoritaires», déplore Sébastien Léas. En amont de la vague de chaleur de juillet, certaines chaînes avaient par exemple annoncé plus de 45°C, des pronostics qui avaient enflammé les réseaux sociaux. «Cela nécessite ensuite qu’on fasse beaucoup de pédagogie, c’est important de garder une rigueur scientifique parce qu’on n’a pas besoin de ces extrêmes pour être inquiet ces jours-ci», souligne le prévisionniste.

Localement, les températures indiquées par les pharmacies peuvent aussi être affolantes. Mais leurs capteurs sont parfois situés au soleil, ce qui augmente la valeur qui s’affiche. Pour obtenir un chiffre plus représentatif de la masse d’air, et non d’un lieu ou d’une surface en particulier, Météo-France respecte des normes imposées par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Ainsi, la température doit être prélevée par un capteur situé dans un abri ventilé, avant d’être transmise aux prévisionnistes.

Pour établir leurs prévisions, les météorologues gardent un œil sur le grand écran installé au fond de leur bureau. Une vue satellite y montre les dépressions en cours au-dessus des océans et sur la partie nord de l’Europe. Ce jeudi 9 juillet, aucun nuage ne passe au-dessus de l’ouest du continent et ne vient rafraichir l’atmosphère. À l’est, des points clignotants indiquent la venue de plusieurs orages.

Le troisième épisode caniculaire de l’année se prolonge toujours avec des records locaux à plus de 40°C, des nuits étouffantes et des températures nationales moyennes à 28°C. C’est la 53ème vague de chaleur sur le territoire depuis 1947 et le début des relevés. Ces épisodes se multiplient depuis les années 2010. Alors qu’elles survenaient tous les trois à quatre ans auparavant, il y en a maintenant une à deux par an en moyenne. «Sur les quinze dernières années, on a eu autant de vagues de chaleur que sur les soixante-dix précédentes», souligne Sébastien Léas. Le changement climatique les rend plus étendues, plus sévères et plus fréquentes.

Annoncer des canicules successives et encaisser le choc

«Le mois dernier, quand j’ai commencé à dessiner les cartes et à voir l’évolution des températures, ça m’a beaucoup impacté, confie le prévisionniste. Pourtant, dans notre métier, on essaye d’être pragmatique.» Quelques jours avant la canicule historique de juin, l’expert découvre, aux côtés de ses collègues, que des records de chaleur vont être battus alors même que l’activité socio-économique bat son plein sur le territoire et que les épreuves du baccalauréat approchent.

Cela fait vingt-cinq ans que Sébastien Léas fait ce métier, mais cet épisode était différent de ce qu’il avait vu jusque-là : «Ce n’était pas comme en 2003, où plus de monde était en vacances, les écoles étaient fermées et l’économie au ralenti ; là, les gens avaient moins la possibilité de se reposer, retrace le météorologue. Je me suis dit que ça allait aggraver l’impact sanitaire Trois des journées les plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle du pays ont été observées pendant cet épisode.

«Les jeunes générations sont peut-être en train de vivre leur été le plus frais, insiste le père de deux enfants. Certes, il y aura toujours de la variabilité d’une année à l’autre, mais on risque de voir cette tendance de fond de réchauffement.» En attendant, les météorologues guettent sur leurs écrans les indices de la fin de cette troisième canicule.

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13.07.2026 à 16:08

La forêt de Fontainebleau sous les flammes : «Le plus grand incendie de son histoire moderne»

Lilou Hiver

Texte intégral (1001 mots)
Au moins 800 hectares de la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) ont été dévastés dans un incendie en cours depuis dimanche. © Franck Desprez/AFP

Aucune région n’est à l’abri des incendies. Après une semaine de feux virulents dans le sud-ouest de l’Hexagone, c’est au tour de la moitié nord d’être touchée. Dimanche après-midi, un incendie «d’une ampleur exceptionnelle» s’est déclenché dans l’emblématique forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), classée «réserve de biosphère».

Au moins 800 hectares, soit près de 5% du site, ont déjà été dévastés, selon les chiffres disponibles ce lundi après-midi. Cela pourrait augmenter à cause de la végétation constituée de fougères et de résineux, particulièrement inflammable, selon un responsable du service départemental d’incendie et de secours (Sdis) du département.

Il s’agit du plus grand incendie «de l’histoire moderne de cette forêt», a déploré l’agroclimatologue Serge Zaka sur Linkedin. Face au caractère inédit du feu, plus de 500 pompier·es sont mobilisé·es ce lundi. Elles et ils s’attendent à être engagé·es durant «une ou deux semaines» et recevront des renforts de toute la France. Pour la première fois en région parisienne, deux Canadairs ont également été réquisitionnés. Deux hélicoptères bombardiers d’eau et un avion d’observation sont aussi sur place. Sur X, Emmanuel Macron a assuré que «tous les moyens sont mobilisés».

Environ 900 personnes évacuées

Selon le Sdis 77«le sinistre s’est propagé» sur les communes d’Achères-la-Forêt, Arbonne-la-Forêt, Le Vaudoué et Noisy-sur-École. Ces villes englobent une partie de la forêt des Trois Pignons, à l’ouest du massif, fermée au public depuis un arrêté préfectoral du 7 juillet, et ce jusqu’à mercredi, pour cause de vigilance rouge canicule. Près de 400 hectares ont été parcourus avant que le feu ne soit maîtrisé dans ce secteur. «On va pleurer notre forêt», a soupiré le premier adjoint au maire du Vaudoué, Didier Buguinet, qui n’a «jamais vu ça».

Lors d’un déplacement à Noisy-sur-École ce lundi matin, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé qu’environ 900 personnes avaient été évacuées, essentiellement des personnes vivant en lisière de la forêt. Aucune habitation n’a cependant été touchée et aucun blessé n’est à déplorer. Le ministre a précisé avoir «bon espoir» que le feu à Fontainebleau soit «fixé dans la journée».

Le sinistre a entraîné l’interruption de la circulation sur une portion de l’autoroute A6, toujours fermée ce lundi après-midi. L’A5, plus à l’est, a également été fermée dimanche en raison d’un feu de chaume, sur la commune du Châtelet-en-Brie (Seine-et-Marne). Ce dernier, déclaré dimanche à 15 heures et éteint à 18h50, selon SNCF Réseau, a provoqué de très fortes perturbations ferroviaires. «L’incendie a causé des dégâts importants sur des câbles de signalisation ferroviaire situés le long des voies», a précisé le groupe. Quelque 130 trains ont connu des retards allant jusqu’à six heures ou ont vu leur parcours rallongé d’en moyenne 1h30, dimanche soir.

Un feu d’origine volontaire ?

Pour l’heure, la cause de l’incendie est encore inconnue, mais une «dizaine de points de départ de feu» ont été relevés dans un périmètre de 1 000 mètres, ce qui laisse supposer «une origine volontaire», a encore indiqué le ministre de l’intérieur. La procureure de la République de Fontainebleau a été saisie.

Les autorités ont prévenu que les responsables de tels sinistres, volontairement ou par imprudence, feraient l’objet de poursuites pénales. Elles ne laisseront «rien passer», a martelé Laurent Nuñez, qui a ajouté que 44 personnes avaient été placées en garde à vue pour cette raison depuis le début de l’été.

Dans l’Hexagone, 32 000 hectares ont déjà été dévastés par le feu en 2026, soit plus que durant «toute la saison 2025 des incendies», a relevé le ministre de l’intérieur. Les fortes chaleurs qui étouffent une bonne partie du pays depuis plusieurs jours, causées par le changement climatique, accroissent considérablement le risque de départs de feux, attisés par la sécheresse des sols. Des incendies se sont ainsi déclenchés un peu partout sur le territoire, comme au cap Fréhel (Côtes-d’Armor), dans le Lot-et-Garonne ou encore sur une large partie du Maine-et-Loire.

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