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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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02.09.2026 à 17:30

Un «signal important» : poursuivie pour écocide, l’entreprise Locacil condamnée à remettre en état les sites qu’elle a pollués

Louise Deshautels

Texte intégral (975 mots)
Autour de l’entreprise Locacil, des montagnes de déchets plastiques dépassent parfois les six mètres et sont laissées à l’abandon. © Dorian Mao/Vert

30 000 tonnes de plastique, des cours d’eau pollués et, au bout du compte, une condamnation. L’entreprise alsacienne Locacil, spécialisée dans le recyclage de câbles électriques, devra nettoyer derrière elle. Plus de trois ans après le signalement de la mairie de Feldkirch (Haut-Rhin) pour mauvaise gestion des déchets, la société a été condamnée pour pollution. Ce mercredi, le tribunal correctionnel de Strasbourg (Bas-Rhin) a prononcé une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis à l’encontre du gérant, Florent Schreiber. Il devra également remettre en état les sites pollués.

Au départ poursuivis pour «écocide», l’entreprise et son dirigeant ont finalement bénéficié d’une requalification des faits. La juridiction a reconnu le prévenu coupable de pollution et de gestion irrégulière des déchets. Une révision qui «satisfait totalement» la défense du gérant. Son avocat, Thomas Wetterer, estime que l’écocide est «une infraction qui n’a pas été conçue pour les faits qui ont été soumis au tribunal».

Un recyclage jamais réalisé

Créé en 2021, ce délit est passible de dix ans de prison. Il s’agit d’émettre intentionnellement dans l’air ou les eaux une ou plusieurs substances, avec pour conséquences des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore ou la faune ; ou entrainant des modifications graves du régime normal d’alimentation en eau. «La pollution était reconnue» par son client, a souligné l’avocat, mais les faits ne sont «pas suffisamment graves» pour être qualifiés d’écocide.

Autour de l’entreprise Locacil, des amas de plastique sont laissés à l’abandon. © Dorian Mao/Vert

Pourtant, lors d’une inspection menée par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) en 2023, 30 000 tonnes de déchets plastiques abandonnés ont été retrouvées sur le site de l’entreprise. Locacil avait été créée en 2017 pour produire, à partir de gaines, des revêtements de sols destinés à des centres équestres. Son site est qualifié d’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Cela concerne les activités industrielles ou agricoles susceptibles d’engendrer des risques pour la santé, la sécurité ou l’environnement.

Au lieu de revaloriser les déchets, elle les a laissés s’amonceler à l’air libre. À cette pollution s’est ajoutée celle des cours d’eau alentours. Par ruissellement, des morceaux de plastique ont été entraînés dans le Saubaechlé, le ruisseau qui traverse le site, ainsi que dans deux plans d’eau en aval.

L’avocat des plaignants «globalement satisfait»

La mairie de Feldkirch et des riverain·es ont fait un signalement aux autorités en juillet 2023, déclenchant dans la foulée une enquête et un procès pour écocide. Ce dernier s’est tenu les 1er et 2 juillet. C’était la première fois qu’une entreprise était jugée pour un tel délit en Alsace.

Si l’écocide n’a finalement pas été retenu, François Zind, l’avocat des associations environnementales constituées parties civiles, parmi lesquelles Alsace Nature, s’est dit «globalement satisfait» de la peine prononcée. Pour lui, l’essentiel était l’obligation de remise en état des sites pollués et le «signal important» envoyé aux exploitant·es d’ICPE.

Florent Schreiber et sa société disposent de quarante-deux mois pour remettre en état les espaces souillés, avec une astreinte journalière de 300 euros. Le gérant est également interdit d’exploiter une ICPE pendant cinq ans.

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02.09.2026 à 10:16

«On ne veut pas que les drames de l’été soient oubliés» : les associations écologistes entament une rentrée cruciale

Lilou Hiver

Texte intégral (1118 mots)
En avril 2026, associations et ONG environnementales se sont réunies lors de la marche «Printemps bruyant» contre les pesticides. © Mary-Lou Mauricio/Vert

Cela n’aura échappé à personne, l’été 2026 a été marqué par une série d’événements climatiques extrêmes. Canicules à répétition, sécheresse, mégafeux… Rarement nous avions été frappé·es de manière aussi directe par les effets du changement climatique. En cette rentrée, les associations et ONG écologistes veulent transformer ce traumatisme collectif en un véritable sursaut.

«On a vécu une sorte de simulation de ce à quoi un avenir à +4 degrés peut ressembler, se désole Jean-François Julliard, directeur général de France Nature Environnement (FNE), qui fédère plus de 6 000 associations environnementales. Que ce soit les nuits caniculaires ou la vulnérabilité des systèmes de soin, tout le monde a ressenti dans sa chair les effets du changement climatique. On en ressort meurtri.»

Cela fait pourtant des années que les associations alertent sur l’intensification des événements extrêmes et l’arrivée d’un été aussi infernal, projections scientifiques à l’appui. Pour Gaspard Tamagny, porte-parole d’Alternatiba, c’est donc surtout la «colère» de ne pas avoir été entendu·es qui a dominé tout l’été.

Des dizaines de manifestations prévues

L’agacement a laissé place à l’envie de se mobiliser. Toutes les associations contactées par Vert veulent agir pour que les années à venir ne soient pas pires encore. Une dizaine de manifestations et de marches pour le climat sont donc organisées dès ce mois de septembre. «On ne veut pas que les drames soient oubliés aussitôt les températures redescendues, assène Marion Cubizolles, des Amis de la Terre. Il faut continuer d’inscrire l’environnement à l’agenda médiatique et politique.»

D’autant plus que les événements de cet été semblent avoir renforcé la prise de conscience de l’urgence climatique au sein de la population. D’après la dernière étude du laboratoire d’idées Destin Commun, publiée en août, entre 77% et 86% des personnes interrogées établissent désormais un lien important entre le changement climatique et la sécheresse, les canicules et les incendies ; et 49% déclarent ressentir une volonté accrue d’agir à leur échelle. «Tout l’été, on a reçu des dizaines de messages de citoyens qui veulent savoir comment se mobiliser au plus vite», raconte Gaspard Tamagny, d’Alternatiba.

Le rassemblement du 15 septembre en offre une première illustration, avec une convergence des luttes particulièrement forte. Pour la première fois, syndicats de travailleur·ses – des pompier·es aux infirmier·es –, associations de défense des plus précaires (Fondation pour le logement des défavorisés), organisations écologistes (Greenpeace, FNE…) et citoyen·nes se rassembleront devant le ministère de l’économie et des finances, à Paris, pour demander des moyens concrets d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. «Après un été avec des conditions de travail dégradées, les citoyens comprennent que, pour obtenir un meilleur cadre, cela passe obligatoirement par la lutte environnementale», analyse Gaspard Tamagny.

La marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale, prévue le 26 septembre à l’initiative de citoyen·nes et dont l’appel a été publié en exclusivité par Vert, témoigne elle aussi de cette volonté croissante de s’engager. Sur le terrain, les organisations militantes voient leurs rangs grossir. Selon une membre du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion, la fréquentation des réunions d’accueil a fortement augmenté, et ce dans tout l’Hexagone.

La présidentielle en ligne de mire

Cette rentrée militante s’annonce d’autant plus particulière qu’elle est aussi marquée par le début de la campagne présidentielle. «On va se mobiliser pour que l’environnement soit au cœur de la campagne, dans une période où les effets du changement climatique seront moins visibles», prévient François Veillerette, porte-parole de l’ONG anti-pesticides Générations futures.

Pour y parvenir, les associations entendent multiplier les leviers : décryptage des propositions des candidat·es, sensibilisation des citoyen·nes aux enjeux environnementaux, interpellation des journalistes afin que ces questions s’imposent dans les débats et les interviews. «On va redoubler de moyens pour montrer que si les différents mouvements d’extrême droite arrivaient au pouvoir, ils aggraveraient très largement les crises que nous vivons», projette Clara Jamart, chargée de campagne chez Greenpeace France.

Plus généralement, les organisations écologistes comptent poursuivre les campagnes déjà engagées. «C’est important qu’on ne se désintéresse pas de nos sujets habituels pour que ceux qui veulent agir de manière très concrète puissent nous rejoindre», souligne le porte-parole d’Alternatiba. Pour nombre d’entre elles, la santé environnementale et la lutte contre la pollution restent au cœur des priorités, à l’heure où la loi d’urgence agricole, votée cet été, ouvre la voie à la réintroduction de pesticides interdits. Dans le même temps, le Parlement européen doit aussi se prononcer sur l’Omnibus X, un paquet législatif qui vise à simplifier les règles encadrant la sécurité des aliments, l’alimentation animale et l’utilisation des pesticides.

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02.09.2026 à 06:00

«On pourrait atteindre des niveaux jamais enregistrés pour un mois de septembre» : les fortes chaleurs de retour en fin de semaine

Mathilde Picard

Texte intégral (563 mots)
Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 15 août 2026. L’été brûlant joue les prolongations. © Muhammed Said Tako/Anadolu via AFP

L’été caniculaire ne se fera pas oublier de sitôt. La rentrée et les orages de ces dernières semaines nous avaient presque convaincu·es que l’automne pointait le bout de son nez. C’était sans compter le retour de très hautes températures à partir de ce jeudi. Le mercure devrait monter aux alentours des 30 degrés Celsius (°C) en Île-de-France et dépasser les 35°C, voire 38°C localement dans le sud, de l’Occitanie à la vallée du Rhône. Les valeurs précises restent à déterminer mais elles «pourraient atteindre des niveaux jamais enregistrés pour un mois de septembre», indique à Vert François Gourand, prévisionniste à Météo-France.

Ce mardi débutait l’automne météorologique mais, «avec le réchauffement climatique, l’été s’allonge et déborde de sa saison traditionnelle», explique-t-il encore. Cette situation ne surprend donc pas l’expert, qui rappelle que «ces épisodes de chaleur tardifs sont plus fréquents et plus intenses, c’est un des effets attendus du dérèglement».

En septembre 2023, pour la première fois, la vigilance orange pour risque de canicule avait été déclenchée à la fin de l’été. Un scénario que Météo-France envisage dans certains départements du sud de l’Hexagone pour ce week-end.

Il est encore tôt pour savoir si l’épisode de chaleur se terminera samedi, dimanche ou en début de semaine prochaine. Une chose est sûre : «Les anomalies de températures seront très marquées», selon François Gourant. Avec les journées qui raccourcissent, les nuits plus longues favoriseront tout de même une baisse du mercure après le coucher du soleil.

Le nord de l’Hexagone devrait être moins concerné par les fortes chaleurs. Dans la Manche, le thermomètre restera autour des 22 ou 25°C. Or, pour déclarer une vague de chaleur, la moyenne des températures sur tout le territoire hexagonal doit être supérieure ou égale à 25,3°C pendant un jour. Elle doit aussi être supérieure ou égale à 23,4°C pendant au moins trois jours (nuits comprises). Une vague de chaleur n’est donc pas le scénario le plus probable, selon Météo-France, même si elle n’est pas à exclure à ce stade.

L’année 2026 a été marquée par une succession de trois vagues de chaleur cet été, après une canicule historique au mois de mai. Dans un premier bilan provisoire, Santé publique France relevait que ces températures inédites avaient provoqué 7 300 morts en excès.

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01.09.2026 à 11:17

«J’ai perdu trois bêtes à cause de la sécheresse» : en Martinique et en Guadeloupe, les bovins premières victimes des canicules

Ludovic Clerima

Texte intégral (1789 mots)
Face au manque d’herbe encore verte, des bovins ont été déplacés près d’une route départementale sur la commune du Moule, en Guadeloupe. © Ludovic Clerima/Vert

«En plus de quarante ans d’élevage, je n’ai jamais vu un carême durer aussi longtemps en Martinique. D’habitude, il fait chaud et sec pendant trois à quatre mois ; là, ça fait huit mois que la sécheresse perdure», déplore André Prosper, agriculteur en Martinique. Ses 300 vaches brahmanes qui paissent sur la presqu’île de la Caravelle, au nord-est du département, font peine à voir. Des bovins amaigris, comme on en a vu tout l’été sur l’île aux fleurs et en Guadeloupe, errent dans des pâturages vides. «Il n’y a rien à manger pour elles. Que de la terre. J’ai perdu trois bêtes à cause de la sécheresse de cette année», précise l’éleveur.

Le 15 juillet, la Coopérative des éleveurs bovins de la Martinique (Codem) indiquait que près de 200 bovins sur les 6 000 que compte l’organisation étaient déjà morts. Un chiffre qui avoisinerait les 300 aujourd’hui, alors que la sécheresse est toujours en cours. Même constat en Guadeloupe : «À ce stade, nous avons connaissance de plusieurs cas de mortalité», indique François-Xavier Richard-Rendolet, directeur de cabinet du préfet de l’archipel.

El Niño aux commandes 

Aux Antilles comme dans l’Hexagone, les canicules se répètent depuis le mois de mai. Selon Météo-France, entre le 1er mai et le 1er août, il a plu 30 à 70% moins que d’habitude en Guadeloupe et en Martinique, selon les territoires. Une anomalie liée à El Niño. Ce phénomène climatique correspond à un réchauffement périodique des eaux du Pacifique équatorial. Il revient tous les deux à sept ans et influence les températures ainsi que les précipitations à l’échelle planétaire. «Il a toujours existé dans l’histoire du climat mais, cette année, il bat des records», souligne Bertrand Laviec, chef du centre Météo-France en Guadeloupe.

«Nous vivons une sécheresse météorologique, avec un manque significatif de pluie, et une sécheresse agricole. Lorsqu’il pleut, l’eau n’a pas le temps de nourrir le sol ; il reste sec. S’ajoute également une sécheresse hydrogéologique : des sous-sols manquent d’eau et des nappes phréatiques s’assèchent. La tendance n’est pas près de s’inverser : selon nos prévisions, les trois mois qui viennent seront tout aussi secs, avec toujours très peu de pluie», déplore le météorologue.

Une nouvelle qui inquiète les éleveur·ses. «Nous redoutons l’absence d’hivernage en 2026 [la saison humide aux Antilles, qui court de juin à novembre et pendant laquelle il pleut beaucoup, NDLR] et le passage, sans transition, de cet épisode de sécheresse à la saison du carême», cette saison sèche, de décembre à mai, où les températures sont plus élevées et la pluie plus rare, indique Olivier César-Auguste, président de l’Iguavie, l’interprofession guadeloupéenne de la viande et de l’élevage.

Pour les bovins, les conséquences de cet épisode climatique se feront sentir jusqu’en 2027, voire 2028. «La chaleur provoque des troubles métaboliques chez ces animaux. Le vêlage va durer plus longtemps et, au lieu d’avoir un veau par an, il y en aura un tous les deux ans. Les quelques veaux qui sont nés sont aussi plus fragiles et ont plus de risques de mourir», regrette Jean-Marc Ajanany, directeur général de la Codem.

Des agriculteurs sur la paille  

Pour pallier l’absence de fourrage naturel, les professionnel·les sont contraint·es d’en acheter. Mais leurs finances étant déjà exsangues. Des groupements d’élevages bovins, comme la Sica Peba en Guadeloupe, recommandent aux éleveur·ses de faire des choix et de nourrir en priorité les bêtes les plus résistantes.

Car la facture flambe très vite. Pour une exploitation de 70 têtes, il faut jusqu’à six bottes de foin par jour. Le coût d’une botte est de 130 euros, ce qui fait jusqu’à 780 euros par jour pour nourrir toutes les bêtes.

Et les aides financières peinent à arriver. En Martinique, la préfecture et la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Daaf) ont mis en place des dispositifs pour faciliter le transport de bananes non destinées à la commercialisation vers les exploitations les plus en difficulté, afin de servir de fourrage. «J’avais prévu 250 bottes d’herbe pour tenir la saison sèche, mais tout est parti depuis longtemps. Heureusement, avec d’autres éleveurs, nous avons pu compter sur la solidarité des agriculteurs de la filière banane pour obtenir les produits invendus ; ou de la filière de la canne à sucre avec la bagasse [le résidu fibreux qui reste après le broyage de la canne, NDLR] pour nourrir les animaux. Sans ça, je crois que ça aurait été la fin de la filière bovine en Martinique», rembobine l’agriculteur André Prosper.

En Guadeloupe, les éleveur·ses peuvent également compter sur les résidus de canne offerts par les planteur·ses. D’autres déplacent leurs animaux vers des secteurs qui disposent encore de ressources fourragères. Ainsi, près de la commune du Moule, sur la côte est de l’île de Grande-Terre, en Guadeloupe, quelques vaches ont été déplacées près de la route départementale, où quelques herbes encore vertes subsistent.

Des bovins déplacés près du Moule, en Guadeloupe. © Ludovic Clerima/Vert

Des solutions transitoires, dans l’attente d’aides plus importantes. «Nous avons enclenché la procédure pour mobiliser le Fonds de secours pour l’outre-mer (FSOM), qui pourra indemniser les pertes fourragères en fonction des constats définitifs. Par ailleurs, le ministère chargé de l’agriculture étudie les possibilités de mise en place d’aides exceptionnelles en faveur des territoires particulièrement impactés par la sécheresse», précise François-Xavier Richard-Rendolet, le directeur de cabinet du préfet de la Guadeloupe

Des aides qui tarderont à arriver

De son côté, la Collectivité territoriale de Martinique annonce vouloir mobiliser le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), consacré à la reconstitution du potentiel de production agricole. «Des expertises sont en cours pour évaluer précisément les pertes et déterminer les territoires et filières concernés. L’ouverture des dossiers dépendra toutefois de la publication des textes reconnaissant l’état de calamité agricole», précise la collectivité, qui bénéficie du soutien de la préfecture de Martinique.

Reste que les premières indemnisations n’arriveront pas avant longtemps sur le compte en banque des agriculteur·ices. «Le temps que l’ensemble des informations soient remontées au préfet et qu’il les transmette au ministère, il ne faut pas s’attendre à ce que les éleveurs reçoivent les premiers versements avant la fin de l’année, voire le début de l’année 2027», souffle Jean-Marc Ajanany, le directeur de la Coopérative des éleveurs bovins de la Martinique.

La députée martiniquaise (socialistes et apparentés) Béatrice Bellay n’est pas plus optimiste : «Le Feader est le fonds le plus en retard, or il y a urgence. Un éleveur ou une éleveuse qui doit nourrir son troupeau aujourd’hui ne peut pas attendre plusieurs semaines ou plusieurs mois le dénouement d’une procédure. Il faut un véritable dispositif d’urgence permettant notamment de prendre en charge l’alimentation animale, le transport du fourrage et des aliments de substitution, et de soutenir la trésorerie des exploitations les plus fragilisées.»

Une attente que les éleveur·ses de Guadeloupe peinent à comprendre, alors que la collectivité vient de débloquer près de 5 millions d’euros d’avance remboursable pour soutenir la trésorerie des agriculteur·ices, après leur mobilisation le 12 août. «Il n’y a pas de volonté politique pour développer la souveraineté alimentaire en Martinique», enrage André Prosper.

Préparer l’avenir 

Pendant que les procédures administratives patinent, les éleveur·ses préparent l’avenir. «Ces épisodes vont se reproduire ; il y a urgence à repenser notre manière de travailler», pointe Jean-Marc Ajanany. «Avec l’État et la collectivité territoriale de Martinique, nous souhaitons rapidement mettre en place une association foncière pastorale afin de mettre plus facilement à disposition des terrains naturels ou en friche pour les animaux. On pourrait y planter du fourrage que l’on faucherait et stockerait pour les sécheresses, imagine-t-il. Nous travaillons également avec la Daaf pour créer une sorte d’économie circulaire avec les produits que l’on jette habituellement, comme les bananes non vendues, la paille de canne ou la pulpe de certains fruits. Nous savons que nous pouvons nourrir nos bêtes avec cela.»

Des réflexions également menées en Guadeloupe. François-Xavier Richard-Rendolet détaille : «Il faut aussi soutenir et promouvoir les croisements avec les races bovines créoles, qui supportent bien mieux la chaleur que les autres bovins. Renforcer la résilience des élevages guadeloupéens face aux épisodes de sécheresse à venir est l’un des enjeux majeurs du plan de souveraineté alimentaire 2036.» Des idées à mettre en place rapidement, tant les conséquences du réchauffement climatique s’accélèrent dans les Caraïbes.

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