Rédaction
Les voix se lèvent en soutien à l’ADEME, une fois encore menacée par les vents conservateurs, qui ont depuis longtemps préféré le dogmatisme du déni au courage de la radicalité face aux enjeux environnementaux et sociaux. Ici via le projet de loi de décentralisation du gouvernement. Nous ne pouvons que soutenir l’ADEME en ces temps troublés et troublants, où l’écologie semble descendre chaque jour un barreau de plus de l’échelle des priorités, alors que la sévérité des diagnostics emprunte le chemin inverse. Devrions-nous être surpris dans un monde où la raison et le droit s’évanouissent inévitablement ? Un chef d’Etat se revendique fièrement d’actions de piraterie, et seul un silence glaçant pour l’accueillir. Même si nous sommes loin d’être sans critique à son encontre, soutenir sans ne rien mettre sous le tapis, cela ne fait pas partie de nos habitudes. Nous n’oublions pas que l’ADEME, dans son étude prospective « Transitions 2050 », visant à la réduction de notre empreinte carbone, a été capable d’acter son échec sans rougir, et à en faire porter la responsabilité aux autres pays, plus précisément « à l’absence de politique concertée au niveau international »… Pourtant, n’aurait-elle pas pu elle-même prédire cet échec à venir, au vu de l’absurdité de sa démarche ? Qu’attendre d’une étude où le scénario le mieux disant, « Génération frugale », conduit à une hausse du PIB de 36 % d’ici à 2050 (47-48 % pour les trois autres scénarios) ? Pis encore, en associant ce même scénario à la décroissance ! Comme quoi, lorsqu’il est fait l’impasse d’une remise en cause radicale des fondements et structures de notre société, une priorité réelle accordée à l’écologie, aussi sincère soit-elle, ne peut qu’être vaine. Nulle animosité, l’ADEME n’est en aucun cas une ennemie, certaines de ses initiatives sont éminemment utiles, par exemple ses simulateurs d’empreinte carbone et eau. Un exercice salutaire, non pas pour se culpabiliser ou culpabiliser, dans le monde de la croissance nos modes de vie sont contraints. Mais pour réaliser l’ampleur des évolutions demandées. Les changements auxquels nous appelons sont structurels, à faire toutes et tous ensemble pour toutes et tous. Néanmoins, ne serait-il pas naïf de penser que l’ADEME serait nécessairement une alliée ? Ne pourrait-elle pas être une adversaire politique ? Pouvons-nous faire l’impasse de ces questions ? A nous de faire notre part, en politique, comme en amitié et en amour, il est vital d’être honnête. Envers soi et envers les autres. Texte intégral (1086 mots)
Transition(s) 2050 – L’ADEME piégée par le paradigme de la croissance



Rédaction
La Maison commune de la décroissance organise au printemps 2026 un cycle de conférences intitulé « 4 images politiques pour penser la décroissance » mené par Michel Lepesant. La conférence introductive a eu lieu le mardi 14 avril 2026, à l’Académie du Climat (Paris). Le cycle se poursuit les 19, 20 et 21 mai. Pour penser la convergence, la coordination et le degré de politisation des propositions décroissantes (et elles sont abondantes), il vous est proposé de penser la décroissance au moyen de 4 images pour visualiser 4 enjeux politiques : le commun, la robustesse, la radicalité, l’extension de la critique. Et d’y répondre par 4 images : Les quatre images seront détaillées à travers 3 trois conférences, à découvrir ci-dessous ! Texte intégral (936 mots)
L’objet de la Maison commune de la décroissance (la MCD) est de proposer à l’ensemble de la constellation décroissante un cadre politique commun. Aujourd’hui, malheureusement, l’ensemble des initiatives et propositions qui peuvent se revendiquer de la décroissance ressemble plus à une boîte remplie de pièces de puzzle qu’à un « paradigme » partagé.
Si la décroissance était une langue, c’est comme s’il y avait un lexique mais sans (règles de) grammaire. Pourtant, ce n’est qu’à condition de partager des règles communes que chacun.e a la liberté de les utiliser comme il l’entend pour exprimer son idée. Une langue partagée est la condition de possibilité d’une parole individuelle.
Pour tenter de construire ce cadre, plutôt que de longues dissertations, la MCD vous propose de repérer 4 questions :
Suite et fin du cycle les 19, 20 et 21 mai 2026 à Paris

Michel Lepesant
Au moment où on semble assister, impuissant, à la disparition du droit et son emplacement par « le droit du plus fort », il est bon de se souvenir que J-J Rousseau qualifiait ce soi-disant droit de « galimatias inexplicable » ( Du contrat social, I, 3, 1762). Jugement toujours d’actualité, à l’heure où les médias mainstream arrivent de moins en moins à dissimuler leur fascination pour la brutalisation généralisée du díler maximo. Mais reste toujours cette question : pourquoi la force, si elle est vraiment si forte, doit-elle se donner les apparences d’être un « droit » ? Selon l’article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) du 26 août 1789 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». Ce droit de résistance est garanti par la Constitution, puisque la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen fait partie du bloc de constitutionnalité et possède donc une valeur constitutionnelle. En réaffirmant, dans sa décision de janvier 1982, la valeur constitutionnelle des principes et droits proclamés en 1789, le Conseil constitutionnel reconnaît aussi la valeur constitutionnelle du droit de résistance à l’oppression prévu par l’article 2 de la DDHC. Comment, pourtant, ne pas constater que ce droit est aujourd’hui malmené ? Toute la question démocratique revient alors à se demander s’il s’agit d’une « dérive » illibérale de certains libéraux ou bien d’une « pente » illibérale du libéralisme ? Je voudrais aujourd’hui relire une pensée de Pascal (B298-L103) dont le titre est : Justice, force. Chacun voit bien de quoi il s’agit. 1ère distinction : d’un côté, la justice qui est affaire de volonté ; de l’autre, la force qui est contrainte. 1er croisement : la justice par elle-même n’a pas de moyens ; la force par elle-même n’a pas de justification. 2ème croisement : la justice et la force sont faibles dans l’ordre du dire. 3ème croisement : il faut les mettre ensemble dans l’ordre du faire. 2ème distinction : entre le dire et le faire. [Objection implicite : mise en garde contre une fausse symétrie, un pseudo équilibre] 3ème distinction : dans l’ordre du dire, la force a l’apparence de la justice alors que la justice « est sujette à dispute ». Conclusion : « on a fait que ce qui est fort fut juste ». Ce qui est (souvent mal) interprété comme une « victoire » de la force et une faiblesse de la justice devant la force. « Il est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. —- La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » Explication : Pascal écrit « on a fait » et n’écrit pas « on a dit que ce qui est fort fut juste ». Autrement dit, il est abusif d’interpréter cette conclusion comme une victoire de la force, comme si Pascal avait écrit : puisque c’est la force qui, de fait, gagne, alors on dit que la force est juste ; que ce qui est juste, c’est ce que dit la force (« la raison du plus fort »). « On a fait » renvoie à une contrainte : c’est la force qui se voit contrainte de se montrer juste. Autrement dit : entre l’idéalisme de la justice et le cynisme de la force, la victoire revient à la justice. La justice est plus forte que la force. C’est ce qui fait que même les régimes les plus autoritaires organisent des élections, fût-ce pour les truquer, ils ne peuvent se passer de l’apparence de la justice ; alors que – renversement de l’asymétrie – la justice ne peut pas se donner l’apparence de la force. Dans la réalité, les apparences de l’idéal sont plus réelles que celles du réalisme. Dans l’instant, cette vérité peut être brouillée, mais à la longue, elle est imparable. A la longue, l’injustice de la force ne peut pas gagner contre la force de la justice. Pascal insiste sur la différence entre l’ordre du dire et l’ordre du faire ; c’est parce qu’une partie de l’action politique se juge sur le choix des termes employés pour la décrire, et donc pour la juger. Que veut dire « résister » ? Si l’action terroriste peut être une dérive de toute résistance, à quel moment peut-on juger qu’un groupe de résistance devient un « groupe terroriste » ? C’est une question qu’il faut poser pour le Hamas. Mais, dans ce cas, c’est une question qu’il faut aussi poser pour l’État d’Israël, dont les politiques de colonisation, de négation du droit des palestiniens à disposer d’un État, d’usage sans retenue de la violence militaire contre des civils (à Gaza, en Cisjordanie, au Liban) sont une constante de ses gouvernements depuis sa création, création qui s’est d’emblée inscrite dans un négationnisme assumé selon la fameuse formule : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » 3. D’autant qu’aujourd’hui c’est bien une extrême-droite suprémaciste et théocratique qui gouverne Israël ; et encore une fois, demandons-nous : pente ou dérive 4 ? Texte intégral (2518 mots)
1- La résistance est un droit

2- La pente illibérale du libéralisme
3- La force du droit, ou l’inévitable puissance de l’apparence
4- Conséquences sémantiques

Notes et références
Rédaction
Au moment où on se demande ce qu’attend la communauté internationale pour engager des poursuites contre le président des USA (et sa cour, nationale et internationale) pour crimes (répétés) de guerre, on peut aussi se demander comment il se fait qu’un tel psychopathe soit à la tête de l’impérialisme le plus puissant de la planète ? Si on lit le livre d’Arnaud Miranda, on comprend aussi que, pour les psychopathes néoréactionnaires, c’est l’Entreprise qui est la forme la plus efficace de l’État. C’est donc sans surprise que celui qui se présente comme « le roi du deal » ait atteint aujourd’hui le tête d’un État. C’est dans le très bon livre de Kate Pickett et Richard Wilkinson, Pour vivre heureux, vivons égaux ! (2019, Les Liens qui Libèrent) que l’on trouve la référence à un article sur les « personnes dérangées au travail », au chapitre 6 qui est intitulé « La folie des grandeurs ». « Est-il vrai que l’on trouver davantage de psychopathes aux postes de direction qu’aux échelons inférieurs des entreprises ? Les psychologues britanniques Belinda Board et Katarina Fritzon ont comparé les traits de personnalité de 39 hauts dirigeants (uniquement des hommes) à un échantillon de 768 patients de l’hôpital psychiatrique de Broadmoor, un établissement de haute sécurité. Tous les patients de Broadmoor avaient été officiellement diagnostiqués comme malades mentaux ou psychopathes, et avaient été soit condamnés pour des crimes graves, soit jugés inaptes à subir leur procès. L’étude a révélé que les hommes d’affaires présentaient des scores plus élevés que les malades internés à Broadmoor, relativement à plusieurs caractéristiques négatives, dont celles relevant des troubles de la personnalité histrionique (charme superficiel, duplicité, égocentrisme, tendance à la manipulation), des troubles de la personnalité narcissique (surestimation de soi, absence d’empathie, exploitation de ses semblables, indépendance) et des troubles compulsifs (rigidité, obstination, penchants dictatoriaux ». Autrement dit, même si le pouvoir ne rendait pas fou, ce sont déjà les fous qui sont au pouvoir. (428 mots)
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