Arthur Zarrouki
Plus de 6 années se sont écoulées depuis la conclusion de la convention citoyenne pour le Climat (CCC), constatons que nos dirigeants ont choisi le chemin du business as usual, tout au plus teinté en vert. Et deux autres, spécifiquement adressées à cette initiative, qui émane d’un thuriféraire de l’expertise, et qui promeut « un accès à l’information sur les grands enjeux abordés […] sous la forme d’auditions de scientifiques et d’experts, avec une approche factuelle » : Sur ce, nos meilleurs vœux à cette convention citoyenne ! Puisse-t-elle aller puiser jusqu’aux apports de la décroissance… Texte intégral (568 mots)
À l’aube du lancement de l’initiative « Un commun accord » de Jean-Marc Jancovici (une assemblée citoyenne de « 150 citoyens tirés au sort [qui] se retroussent les manches pour s’attaquer aux grands dilemmes de notre époque »), n’y aurait-il pas des leçons à en tirer ?
En particulier des leçons de méthode, pertinentes pour toute nouvelle convention citoyenne, et indispensables pour ne pas se condamner inévitablement à l’échec. Soulignons en trois, générales :
Onofrio Romano
Quelques mots de la MCD. Un grand merci à Onofrio Romano, compagnon de la MCD de la première heure, pour nous avoir transmis le texte de son intervention lors de la rencontre Pollen de cet été (compte-rendu ici). D’autant que de ce texte dense, nous pouvons indiquer au moins 3 axes d’intérêt direct pour une décroissance politique telle que plaidée par la MCD. Résumé. La « culture de la variété » méditerranéenne associée à Franco Cassano, c’est-à-dire la coexistence d’univers symboliques, aboutit en fin de compte à un neutralisme postmoderne qui exclut toute recherche de modes de vie alternatifs. En revisitant les derniers écrits de Cassano, cette communication met en évidence la rupture non résolue engendrée par la crise du marxisme : une fois l’horizon normatif effondré, la diversité remplace la transformation, et l’intellectuel se voit simplement chargé de gérer les frontières entre les mondes culturels. Dans ce contexte, cet article propose une autre figure méditerranéenne : non pas Ulysse du nostos, mais Ulysse en tant que « Personne ». Ce masque fait écho à la formation, sur plusieurs siècles, d’une « anthropologie de l’absence de la basse Adriatique », façonnée par la marginalité, le mimétisme et un anticolonialisme métaphysique qui refuse l’impératif d’« être » et de « produire », typique de la subjectivité moderne. Cette anthropologie offre des ressources conceptuelles pour comprendre les processus contemporains de démodernisation théorisés dans la sociologie du milieu du XXe siècle. L’argument est ensuite étendu au « Royaume du Milieu » (la Chine), où les débats émergeants sur la gouvernance algorithmique et l’érosion du risque entrepreneurial — qu’ils soient pleinement réels ou encore spéculatifs — font écho à l’intuition ancienne d’Adam Smith selon laquelle la Chine serait une civilisation de « développement naturel ». Lorsque le risque est absorbé par la planification, la dimension souveraine de la vie redevient envisageable au-delà de la servilité capitaliste. Penser la Méditerranée aujourd’hui, c’est donc penser à l’échelle mondiale : utiliser la mer non pas comme un cadre régional, mais comme un outil conceptuel pour explorer des qualités de vie alternatives et de nouvelles imaginations politiques. La figure de « Personne » devient un pont entre les marges méditerranéennes, les impulsions de démodernisation et les trajectoires expérimentales de post-croissance de la Chine. Il y a, dans les derniers écrits de Franco Cassano, et en particulier dans L’inquietudine del pensiero (Laterza, Bari 2024) quelque chose qui permet à notre sens de relire l’ensemble de son parcours intellectuel. Le texte pourrait paraître mineur, presque modeste dans sa forme, puisqu’il se présente comme un long dialogue avec Pasquale Serra. C’est précisément pour cette raison qu’il est particulièrement précieux. Il nous livre non seulement le Cassano achevé, le Cassano, pour ainsi dire, « d’exportation », mais la généalogie même de son mouvement intellectuel. Que trouve-t-on à l’origine de ce mouvement ? Un traumatisme : la crise du marxisme. Cassano n’a jamais simplement rejeté le marxisme. Il lui reconnaît au contraire une puissance analytique et critique extraordinaire. Et on pourrait en dire autant aujourd’hui : nombre de catégories marxiennes restent indispensables pour comprendre le capitalisme, les inégalités, l’exploitation et le désordre global contemporain. Le problème, selon Cassano, est ailleurs. Il ne tient pas seulement à l’échec de la prophétie historique marxiste, au fait que les contradictions internes du capitalisme n’ont pas mécaniquement engendré son dépassement. Le problème est plus profond. Il est normatif. Le marxisme ne fournirait pas les instruments nécessaires pour penser l’« au-delà » : une autre qualité de vie, une autre forme d’existence, un autre rapport entre production, société, politique, connaissance et pouvoir. C’est là le point décisif. Pour Cassano, le marxisme reste, malgré lui, une forme radicale d’occidentalisation du monde. Il conteste certes le capitalisme, mais souvent au nom de la généralisation du mode de vie occidental : il s’agit, au fond, de généraliser la vie des maîtres. Les classes et les peuples subalternes devraient enfin pouvoir vivre comme vivent les classes et les peuples dominants. Ce n’est pas là un problème secondaire. C’est le problème. Pasolini (Lettere luterane, Garzanti, Milano 2015) l’avait perçu avec une extraordinaire lucidité. Lorsqu’il s’adresse au jeune militant radical qui attaque le capitalisme avec une passion révolutionnaire, il lui reproche au fond de ne pas vouloir une autre vie. Certes, il combat les maîtres, mais ce qu’il désire est de pouvoir vivre comme eux. L’émancipation finit ainsi par coïncider avec la distribution universelle d’une même vie. La question de Cassano prend naissance dans cette déception. Et si l’émancipation ne pouvait pas être ramenée à l’accès ? Si se libérer ne signifiait pas simplement entrer dans le monde que la modernité a déjà construit ? Si le véritable enjeu était au contraire celui d’une autre qualité de vie ? Or c’est ici qu’apparaît une difficulté. On pourrait s’attendre à ce que Cassano, parti de cette constatation, se consacre à l’élaboration d’un tel horizon, qu’il cherche à définir un nouveau projet normatif, une nouvelle imagination politique, une autre forme d’existence après l’épuisement aussi bien du capitalisme que du marxisme classique. Ce n’est pourtant pas exactement ce qui arrive. À notre sens, un déplacement se produit progressivement dans sa pensée. Une fois écroulée la vérité marxiste, une fois que le marxisme ne peut plus prétendre au statut de science de l’histoire, Cassano ne part pas à la recherche d’une autre vérité. Il commence plutôt à se méfier de la vérité elle-même. Une partie importante de son œuvre peut ainsi être relue comme une critique de la certitude (La certezza infondata, Dedalo, Bari 1983), une déconstruction des prétentions de la vérité, un effort pour la suivre au plus près afin d’en faire apparaître la fragilité. La fin de la vérité ne signifie donc nullement la fin de la pensée. Elle inaugure une autre tâche : faire coexister les univers symboliques. Cassano passe ainsi de la vérité à la variété. Voilà, à notre sens, le passage décisif. La question n’est plus : qu’est-ce qui est vrai ? Ni même : quel monde voulons-nous construire ? Elle devient : comment des univers symboliques différents peuvent-ils vivre ensemble sans s’anéantir réciproquement ? Il faut prendre au sérieux ce déplacement. Les êtres humains ne sauraient vivre sans mondes symboliques. Il leur faut des récits, des significations, des promesses, des consolations, des horizons. Ces univers sont toujours partiels, fragiles et, dans une certaine mesure, peut-être toujours faux. Ils n’en sont pas moins nécessaires. Il ne s’agit donc plus de conduire des guerres de vérité, encore moins d’imposer un univers symbolique à tous les autres, mais d’en organiser la coexistence. La pensée méditerranéenne de Cassano finit ainsi par devenir, en un certain sens, une théorie de la frontière (La pensée méridienne, Éditions de l’Aube, La Tour-D’Aigues 1998). L’intellectuel n’est plus le prêtre d’un univers symbolique particulier. Il n’est pas davantage le critique adornien qui juge la société du point de vue de la rédemption, c’est-à-dire à partir de l’horizon d’une autre vie possible. Il se tient plutôt entre les mondes. Il organise leur rencontre. Il administre la variété. C’est ici que les ombres commencent à apparaître. Car l’administration de la variété est une opération beaucoup plus ambiguë qu’elle ne le paraît. Elle risque de reproduire, sous une forme nouvelle, le régime occidental de la neutralité : une sorte de culte postmoderne de la variation où prolifèrent les cultures, les identités, les récits et les différences, sans que cette prolifération ne conduise jamais à la formulation d’un critère, d’un conflit véritable, encore moins d’une autre qualité de vie. À bien y regarder, la frontière est une position confortable. Elle permet de parler des cultures sans véritablement pénétrer en elles ; de célébrer le mélange sans se demander ce qui est mélangé, par qui, suivant quels rapports de pouvoir et, surtout, quelles formes de vie concrètes sortent de cette rencontre. Plus encore, la rhétorique de la frontière risque paradoxalement de substantialiser les cultures : celles-ci sont alors imaginées comme des entités existant en elles-mêmes, déjà constituées, qui, dans un second temps, se rencontreraient, se heurteraient, s’hybrideraient ou cohabiteraient. Mais les cultures existent-elles vraiment de cette manière ? Rien n’est moins sûr. Et peut-être la question n’est-elle justement pas celle de l’organisation de la coexistence entre des substances culturelles préalablement constituées. Peut-être faut-il chercher, dans la Méditerranée, non pas la variété des cultures, mais les traces d’autres qualités de vie. C’est sur ce point que nous voudrions nous éloigner de Cassano, tout en reconnaissant pleinement notre dette à son égard. Dans le méridianisme cassanien, Ulysse devient le modèle anthropologique de référence. Il est le héros du nostos, du retour : celui qui parcourt la Méditerranée, traverse une multitude de mondes, accumule expérience, savoir et ruse, mais ne perd jamais la nostalgie de sa maison, là où finalement il retourne. Il tient ainsi ensemble le monde et la demeure, la mobilité et l’enracinement, la modernité et la tradition. L’image est puissante. Mais une autre figure d’Ulysse nous paraît aujourd’hui plus féconde : non pas Ulysse, l’homme du retour, mais Ulysse-Personne. Lorsqu’il aveugle Polyphème, le Cyclope lui demande son nom. Ulysse lui donne pour nom : Personne. Ainsi, lorsque Polyphème appelle les autres Cyclopes à son secours, il ne peut que leur dire que « Personne l’attaque ». On interprète d’habitude l’épisode comme l’une des nombreuses manifestations de la ruse d’Ulysse. Il nous semble pourtant qu’il contient quelque chose de plus. Il met en scène un geste à la fois métaphysique et politique. Ulysse se sauve en se soustrayant à l’identité. Il survit en devenant absent. Il triomphe non pas parce qu’il réussit à affirmer qui il est, mais parce qu’il suspend précisément la prétention à être quelqu’un. Ce masque de Personne est particulièrement suggestif si on essaie de penser l’espace de la basse Adriatique : les Pouilles, l’Albanie, les deux rives d’une petite mer marginale qui, pendant des siècles, a vécu comme l’appendice de formations impériales plus vastes. Ce territoire a longtemps été la périphérie d’empires qui colonisaient simultanément ses deux rives sans permettre pour autant qu’elles entrent véritablement en relation. Espace de domination, sans doute. Mais aussi espace d’esquive. On y rencontre ce que nous pourrions appeler une anthropologie de l’absence. Elle se déploie suivant un double mouvement. Le premier est celui du mimétisme. Le sujet colonisé apprend à s’adapter au colonisateur du moment. Vous voulez que je sois musulman ? Je serai musulman. Vous voulez que je sois catholique ? Je serai catholique. Vous voulez que je parle votre langue ? Je la parlerai. L’identité devient un masque, une technique de survie, une forme d’accommodement stratégique. Mais, sous ce mimétisme, autre chose persiste. Un monde vernaculaire, un monde de subsistance qui ne se laisse jamais entièrement absorber par les récits historiques imposés par le colonisateur. Dans certaines régions du nord de l’Albanie, par exemple, on a pu retrouver des formes de syncrétisme religieux dans lesquelles une même communauté participait à des pratiques appartenant à différents univers confessionnels. Non pas en raison d’un déficit d’identité, mais parce que l’identité n’était précisément pas l’enjeu ultime de l’existence. À bien y regarder, il ne s’agit donc pas de tolérance. Encore moins de la coexistence libérale entre plusieurs univers symboliques. Il y a là quelque chose de plus radical : un refus de la prétention métaphysique de l’identité elle-même. Voilà pourquoi on pourrait parler d’un anticolonialisme métaphysique : non pas seulement la résistance à tel ou tel colonisateur, mais une soustraction à l’impératif même d’avoir à être quelque chose. Non pas seulement le refus de tel empire, de telle identité ou de telle histoire imposée, mais le refus de l’exigence d’être, d’appartenir entièrement à l’histoire, d’occuper une position reconnaissable et reconnue dans le monde. Voilà ce qui, à notre sens, relie la Méditerranée au présent d’une manière plus profonde que ne le fait la rhétorique de la variété. Car le présent semble traversé par un mouvement souterrain de démodernisation. Par démodernisation, nous n’entendons ni un retour au passé, ni la nostalgie, ni une régression culturelle. Nous désignons plutôt un mouvement de soustraction à l’impératif fondamental du sujet moderne : être davantage, produire davantage, croître davantage, s’affirmer davantage. À quoi il faudrait ajouter : se définir toujours plus nettement, devenir toujours plus visible, repousser sans cesse ses propres limites. La modernité s’est construite sur ce qu’on pourrait appeler une anthropologie de la présence. Le sujet doit apparaître, agir, produire, accumuler, dominer, s’exprimer, se réaliser, devenir visible. L’épuisement de ce modèle nous contraint peut-être aujourd’hui à regarder ailleurs, du côté d’anthropologies de l’absence, c’est-à-dire de formes de vie qui ne placent plus en leur centre le sujet souverain, productif et constamment occupé à manifester sa propre existence. C’est ici que, d’une manière apparemment surprenante, la Méditerranée entre en résonance avec un autre « milieu » : non plus la mer du Milieu, mais l’Empire du Milieu, la Chine. Il faut avancer avec prudence. Il ne s’agit aucunement de présenter la Chine comme un modèle à imiter. À plusieurs égards, son régime politique et social soulève des problèmes considérables et ne nous paraît nullement désirable en soi. L’enjeu n’est donc pas celui de l’admiration. Il est celui de la résonance. Certaines interprétations récentes de la trajectoire chinoise permettent en effet d’entrevoir une possible transformation du rapport entre planification, capitalisme, technologie et subjectivité. L’utilisation massive de l’intelligence artificielle et des systèmes algorithmiques dans les processus de planification économique et politique paraît réduire, ou tout au moins reconfigurer, la place du risque entrepreneurial, qui constitue l’une des justifications classiques du profit capitaliste (Arlacchi, La Cina spiegata all’Occidente, Fazi, Roma 2025). Si le risque est progressivement absorbé par des systèmes de prévision et de planification, la figure héroïque du capitaliste, l’entrepreneur comme acteur souverain qui engage son avenir dans l’incertitude, perd du même coup une partie de sa légitimité métaphysique. La planification algorithmique pourrait ainsi, paradoxalement, engendrer une nouvelle forme d’absence du sujet. On retrouve là, de manière certes lointaine, une résonance avec l’ancienne distinction d’Adam Smith entre le développement « naturel » (de la Chine) et le développement non naturel (de l’Occident), reprise ensuite par Giovanni Arrighi (Adam Smith a Pechino, Mimesis, Milano 2021). L’hypothèse est que la Chine aurait historiquement cultivé une forme de développement davantage liée à la reproduction et à la conservation des ressources existantes qu’à l’expansion illimitée typique du capitalisme occidental. Encore une fois, aucune innocence ne doit être attribuée au gouvernement algorithmique. Bien au contraire. Les risques politiques qu’il comporte sont énormes. Mais c’est justement pour cette raison qu’une question jusque-là en partie occultée redevient centrale : qui gouverne l’absorption algorithmique du risque ? Qui contrôle la planification lorsque celle-ci tend à s’automatiser ? On ne peut laisser une telle question aux seuls experts. Il s’agit, à proprement parler, d’une question politique. C’est ici que Bataille redevient utile (La part maudite, Les Éditions de Minuit, Paris 2014). Lorsque la question servile — celle de la reproduction biologique de la vie — est techniquement réorganisée ou, au moins en partie, résolue, nous nous retrouvons sur le seuil de la souveraineté. Tant que nous sommes dans l’ordre du servile, nous savons ce que nous devons faire : assurer notre survie, satisfaire les besoins, reproduire la vie. Mais quand le nécessaire est assuré, une autre question apparaît. Que faire de ce qui excède la nécessité ? Qu’est-ce qu’une existence souveraine, c’est-à-dire une existence qui ne soit pas entièrement subordonnée à la production, à l’utilité, à la croissance et à la préparation de l’avenir ? Chez Bataille, précisément, l’« au-delà de l’utilité » définit le domaine de la souveraineté. Voilà peut-être le point où la Méditerranée peut encore dire quelque chose d’universel. Non parce qu’elle serait un musée des identités. Non parce qu’elle offrirait au regard une variété pittoresque de peuples, de langues, de religions et de traditions. Non davantage parce qu’elle constituerait une belle frontière où tout pourrait paisiblement rencontrer tout le reste. La Méditerranée nous intéresse si elle nous permet de penser autrement. Elle nous intéresse si elle nous aide à sortir de la simple administration de la variété pour nous ramener à la question d’autres qualités de vie. Si, à travers la figure de Personne, l’anthropologie de l’absence et la mémoire de mondes marginaux et vernaculaires, elle permet de mettre en doute l’obsession moderne de la présence, de l’identité, de la croissance et de la maîtrise. Parler de la Méditerranée ne signifie donc pas seulement parler d’une aire géographique particulière. Cela signifie penser avec la Méditerranée. Ou, mieux encore, penser avec la mer. Une mer n’est pas un territoire. Elle n’est pas une identité. Elle n’est pas une patrie au sens habituel du terme. Elle sépare et met en relation. Elle ouvre des distances et trace des routes. Elle rend la clôture difficile. Elle nous rappelle que toute forme est provisoire, que toute identité est exposée, que tout retour demeure incertain. Les études méditerranéennes ne devraient donc pas se réduire à l’étude de ce qui se passe dans un espace géographiquement délimité. Elles pourraient devenir une manière d’interroger le monde présent à partir d’un angle particulier : celui de la mer, de la frontière, de l’absence, de Personne. C’est peut-être là que réside aujourd’hui leur tâche. Non pas célébrer la variété comme une valeur en soi. Non pas administrer les différences comme si leur simple coexistence pouvait suffire. Mais se demander si, dans les ombres de la variété, il est encore possible de trouver les matériaux d’une autre qualité de vie. Onofrio Romano, Université de Rome Texte intégral (4356 mots)
Entre la mer du Milieu et l’Empire du Milieu

Notes et références
Voltigeur
Plutôt que de fonder une critique politique sur une prophétie, il semble plus solide de la valider en prenant du recul. D’où la publication des ces deux courtes chroniques avec 9 et 6 ans de délai. Car en effet, après la crise du Covid, tout a recommencé comme avant. Quant à Thomas Pesquet, il continue d’assurer le sav de la « conquête » spatiale… Et c’est ainsi que tourne la ritournelle de la croissance ♪♫♪ L’année 2017 nous a tenus en haleine par deux évènements marquants sur la scène de notre pays : Thomas Pesquet et les pandas 1. Pour ceux qui n’auraient pas suivi (y en a-t-il ?), sachez que le premier est un spationaute qui a passé plusieurs mois (six mois je crois) en orbite dans la station spatiale internationale. Je doute qu’il ait fait grand-chose d’utile là-haut. Il est français, c’est un héros. S’est-on un peu foutu de notre gueule à payer un gugusse pour tourner pendant 6 mois au-dessus de nos têtes, en orbite, aux frais du contribuable ? Et le gars nous prend en photos et nous envoie des twits. Apparemment ce gars-là, un français bardé de diplômes et parlant plusieurs langues (personne n’en doute) n’a pas grand-chose à foutre là-haut pour s’occuper. C’est un héros. Profession : héros. Il est français. Le deuxième, c’est les pandas : il y a eu une naissance d’un bébé panda au zoo de Beauval en France, et on a attendu avant de le présenter au public et de le faire baptiser par –tenez-vous bien- la femme du président de la république française ! Si si. Alors c’est à ça que sert ce qu’on appelle une première dame : baptiser les nounours qui sont si mignons et qui ont tellement de mal à copuler qu’il faut les aider, ces messieurs pandas n’étant parait-il pas très portés sur la gaudriole. J’inverserais bien les rôles entre le spationaute et le panda : le panda en orbite et le spationaute au zoo ! On pourrait en faire : un reportage, une revendication avec des manifestations de soutien à la clé, un pandathon, une émission de réalité qui consisterait à filmer le panda dans la station spatiale, le spationaute dans le cocon de son zoo et visité par la souriante femme du président prenant la pose pour Paris match en lui donnant son biberon… Et puis peut-être que monsieur panda montrera une libido un peu plus active en apesanteur ? Ce qui pourrait régler le problème de l’extinction de l’espèce, même au prix d’une grosse dépense de carburant et de quelques tonnes de métal de fusée désagrégées dans l’atmosphère. Ces deux évènements peuvent se résumer par une phrase entendue au journal télé : « il a su créer les moments pour créer de l’émotion ». Diable. Fichtre. Pas beau ça ? Profession : créateur d’émotion. Ça tombe bien : j’adore l’émotion. Mais il faut faire ça dans l’ordre. Créer d’abord des moments pour pouvoir s’émotionner. On ne peut pas s’émotionner dans les transports en commun quotidiens. C’est un peu comme ces moments d’authenticité : l’authenticité d’une tribu de papous tapant du pied dans la poussière et les ornements de plumes devant les flashs et les caméras et smartphones des touristes suant en surpoids, un bus climatisé attendant à quelques mètres en arrière hors du champ des prises de vue. J’adore entendre ce genre de phrases : « savoir créer des moments pour créer de l’émotion ». Emballez-moi pour 500 grammes d’émotion, c’est pour consommer ce soir. On est là, on fabrique un moment. Pop ! En voilà un. Comme une bulle de savon bien irisée. Et puis dans la foulée : pop ! On vous fabrique quelques grammes d’émotion en apesanteur. Vive les voyages dans l’espace ! Vive les pandas ! On pourrait très bien voir les choses comme ça, d’ailleurs on les voit comme ça, d’ailleurs elles sont comme ça : Dieu a créé la terre et les hommes et les femmes et les animaux et les plantes et les cailloux et le pétrole etc., à peu près comme il est dit dans la Bible. Jusque-là rien d’étonnant. Puis il s’est reposé un peu (refrain connu) puis il est allé ailleurs dans l’univers pour fabriquer d’autres planètes et ça fait un moment qu’il est pas revenu voir ce qui se passait sur la terre. Il est très occupé, c’est un sacré bâtisseur d’univers, ses journées sont très remplies et il n’a pas vraiment le temps de prendre des vacances. Il n’arrête pas. Très récemment il s’est dit « tiens, je me demande comment c’est géré sur la planète terre. Ça fait un bail que j’ai pas été y voir. Bon dieu ! D’après mon agenda je n’ai même pas été voir depuis que j’ai bricolé cette planète. Je vais y faire un saut vite fait. » Il est arrivé plein pot dans la galaxie, après un virage sur les chapeaux de roue il a bifurqué vers le système solaire et est arrivé comme une balle vers la planète terre. En s’approchant il a appuyé à fond sur les freins et après quelques soubresauts il a fini par se mettre en orbite. (Il allait falloir faire réviser ces freins, se dit-il, je suis trop négligent avec les aspects sécurité.) Après ça il a sorti sa vision télescopique et oh là là, il a pas fini de passer les continents en revue qu’il comprend que ça déconne sévère. Alors il est venu pour voir et il a vu tout de suite que c’était parti en couille. Je vous fais pas un dessin. Je vous le fais pas parce que vous avez bien constaté tout seul que c’est un beau bordel. On peut dire que depuis Adam et Eve et le coup de la pomme et du serpent c’était parti dans tous les sens et pas dans le bon sens. Dieu a tout de suite vu, avec son œil divin capable d’embrasser un vaste champ de vue, que c’était parti en couille dans tous les recoins de la planète. Merde alors, qu’il se dit. Je l’aimais bien cette planète, la première que j’ai réussie. J’en ai fabriqué depuis de plus jolies et plus efficaces, mais je garde un sentiment pour celle-là. Et qui est-ce qui m’a foutu un bordel pareil ? Ah ben oui, c’est pas étonnant et c’était même couru d’avance j’aurais dû m’en douter, c’est les humains. Bon dieu qui aurait pu prévoir que ces deux couillons d’Adam et Eve allaient engendrer… Regardez-moi ça : ils ont tout foutu en vrac, mon joli écosystème et tout et tout. Ça m’énerve. Quand Dieu s’énerve, vaut mieux pas être dans les parages les gars. Et ça a pas loupé : d’un imperceptible froncement de son sourcil gauche, Dieu a créé une paire de virus en forme de couronne et l’a balancée à travers l’atmosphère polluée de la planète. En lançant la paire il a dit à papa virus et maman virus : « croissez et multipliez ». Puis il a ajouté : « Mettez-moi un peu d’ordre dans tout ça ». Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec ce coronavirus à la con qui a fait péter la croissance économique et tout et tout. Mais on va s’en sortir les gars. Attendons juste que Dieu tourne le dos, et il va pas tarder à le faire parce qu’il a d’autres chats à fouetter qu’à tourner autour de cette planète. Il faut qu’il retourne au turbin lui aussi. Et alors vous allez voir ce que vous allez voir, on va te le remodeler son écosystème. Et ça va nous rapporter un max. Y’a un business après le virus. Le voltigeur Texte intégral (1730 mots)
Fin 2017 : En orbite et les pandas, deux évènements marquants de l’année

2020 : On va se faire un max de blé quand tout ça sera fini.
Notes et références
Arthur Zarrouki
Les Caisses de Redirection Écologique (CRE) est un concept théorisé par Alter Kapitae dans la cadre d’une réflexion prospective sur de nouvelles institutions financières basées sur la comptabilité écologique pour la transformation écologique des territoires. Les CRE se veulent donc être de nouvelles institutions capables de financer la décroissance. Dans le cadre du focus de nos (f)estives 2026, carte blanche a été offerte à nos camarades d’Alter Kapitae pour présenter leur concept de Caisses de Redirection Écologique et questionner ensemble ce qui pourrait freiner leur déploiement. (245 mots)
Une courte vidéo de présentation est accessible sur la chaîne Youtube d’Alter Kapitae (voir ci-dessous)
Le rapport complet est accessible sur le site d’Alter Kapitae.
Ci-dessous la captation de la première partie (une conférence) de la matinée, qui a été suivie d’une seconde partie sous la forme d’un atelier, visant à réfléchir collectivement aux freins aux Caisses de Redirection Écologique. Elle devrait faire l’objet d’un article… À suivre !
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
Journalistes d'Investigation Ecologie Climat
Journalistes & Ecrivains Nature Ecologie
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire des médias sur l Écologie
🌱 Observatoire de l'Anthropocène