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03.08.2026 à 16:42

A l’heure des mégafeux, quel avenir pour le modèle de développement forestier et agricole des Landes de Gascogne ?

lsamuel

Texte intégral (3449 mots)

Alors que les mégafeux de l’été 2026, qui ont détruit plus de 40 000 hectares de forêt et entraîné l’évacuation de plus de 200 000 personnes, ne sont pas encore complètement éteints, l’auteur, naturaliste et biologiste, pose le problème de notre conception du développement d’un territoire, en l’occurrence les landes de Gascogne, du modèle de développement forestier et agricole appliqué de manière autoritaire dans cette région avec ses impacts dont les incendies font partie. Ne serait-il pas temps de remettre en cause certaines habitudes ?

par Pierre Grillet

Dans le sud-ouest de la France, entre Garonne et Adour, un triangle biogéographique s’étend sur 200 km du nord au sud, 130 kilomètres d’est en ouest pour 1,5 million d’hectares. Celui-ci renferme des sols essentiellement sableux, initialement recouverts de boisements, landes humides, semi-humides à sèches, ainsi que de milliers de lagunes, mares naturelles humides alimentées par les eaux de pluies et la nappe phréatique. Le tout sous un climat très contrasté selon les saisons. Jules Verne, en 1879, la décrivait comme « une succession de vastes plaines, les unes absolument nues, les autres tapissées de bruyère et d’ajoncs ».

Quel paysage « naturel » pour les Landes de Gascogne ?

Au début de l’Holocène, les Landes de Gascogne étaient boisées avec des pins, chênes, ormes, tilleuls, frênes, hêtres, comme l’ont démontré les chercheurs Elodie Faure et Didier Galop : « la couverture forestière, bien que soumise à des déboisements réguliers dès le néolithique final persista jusqu’à l’aube du Moyen Âge ». Ces chercheurs précisent également que l’anthropisation de la Grande Lande est ancienne, « remontant à la première moitié du Néolithique ancien : loin d’avoir été un espace marginal ou inhospitalier, la Grande Lande apparaît au contraire comme une zone sans doute densément peuplée et exploitée dès la fin du Néolithique ».  C’est donc un territoire largement anthropisé, pour partie recouvert de landes, pâturages, boisements et mares naturelles et occupé par une civilisation paysanne qui avait, certes, déjà impacté négativement le milieu pour le façonner en fonction de ses besoins, mais qui avait trouvé un mode de vie encore compatible avec nombre d’autres espèces présentes. Dès 1536, le pin maritime des Landes fut utilisé par François 1er pour « son jardin des pins » dans le parc de Fontainebleau. En 1713, des travaux ont été entrepris par des seigneurs du Pays de Buch, afin de fixer les sables mobiles en semant des pins. Cette action fut prolongée au début du XIXe siècle pour obtenir un cordon littoral boisé et continu sur 225 km de long.

Un territoire « désert » : un leitmotiv largement utilisé lors des colonisations

En 1837, le sous-préfet et vicomte d’Yzarn-Freissinet décrivait ainsi ce territoire : « ce sont de vastes plaines couvertes d’ajoncs, de bruyères et d’autres plantes sauvages qui dénoncent l’absence de toute culture et le funeste délaissement de l’homme. Des marais insalubres, de misérables chaumières situées sur des monticules, de longues lignes de pignadas (boisements de pins) rompent à peine avec la monotonie de ces déserts ; et des pâtres montés sur de hautes échasses errent comme de grandes ombres dans ces lieux désolés » (1). En 1860, l’historien Hippolyte Taine en rajoute : « Au-dessous de Bordeaux un sol plat, des marécages, des sables, une terre qui va s’appauvrissant, des villages de plus en plus rares, bientôt le désert […]. Plus loin, la plaine monotone des bruyères s’étend à perte de vue […]. Quelques arbres çà et là lèvent sur l’horizon leurs colonnettes grêles. De temps en temps on aperçoit la silhouette d’un pâtre sur ses échasses, inerte et debout, comme un héron malade » (2). Quelques décennies plus tard, en 1916, Joseph Blayac écrivait : « les marécages ont disparu pour faire place à la forêt de pins vigoureuse clairsemée de champs de seigle et de maïs ; aux misérables chaumières isolées, aux pauvres villages déshérités, se sont substituées de nombreuses solides et coquettes maisons aux toits rosés et aux murs blancs. L’aspect généralement désolé du pays s’est subitement transformé malgré la monotonie qui se dégage de la forêt sans fin imprégnée des saines senteurs de la gemme, la Lande respire la richesse et la fécondité dans presque toute étendue de son immense plaine » (3). Dès le XIXe siècle, ignorant les savoir-faire, les connaissances acquises de ses habitants et sans leur demander leur avis, cette région fut colonisée pour être « mise en valeur », drainée puis boisée en monoculture industrielle de pins maritimes, officiellement pour assainir les lieux et en améliorer l’hygiène.

Pour l’anthropologue Marie-Dominique Ribéreau-Gayon, « traiter la région comme un vide — végétal, culturel et humain — ouvrait une voie royale, ou plutôt impériale, à la loi de 1857 (4) et, par elle, au bouleversement de l’écosystème landais et à l’intrusion du capitalisme dans une société restée jusque-là pauvre mais relativement égalitaire ». Mépriser, dévaloriser, ignorer les civilisations établies afin de s’octroyer des terres et leurs ressources, une recette bien connue des États coloniaux ! Cette autrice nous explique que les Landais savaient parfaitement utiliser les terres : « une métairie cultivait en moyenne cinq hectares de champs et, pour les fertiliser, elle avait besoin du fumier produit par une centaine de brebis qu’une centaine d’hectares de lande nourrissait. Le fumier permettait, à certains endroits de produire jusqu’à trois récoltes par an sur la même parcelle … L’attention des autochtones allait de la lande, où ils faisaient le plein, vers la zone d’habitation et d’agriculture. Outre le précieux fumier, ils en ramenaient des quantités importantes de produits « gratuits » : miel, cire, bois pour le chauffage et la fabrication de charbon de bois, joncs pour les toitures, produits de la pêche et, surtout, de la chasse dont une partie, vendue dans les villes, procurait de très intéressants revenus d’appoint » (5). Les habitants connaissaient parfaitement leur milieu. Sans idéaliser une vie qui devait être dure, ils l’avaient façonné, ils l’habitaient, savaient l’utiliser et avaient également inventé des moyens de déplacements telles les échasses leur permettant de couvrir les distances parfois importantes à travers des terrains souvent difficilement praticables. Contrairement à l’image véhiculée par certains visiteurs d’individus isolés, solitaires, ils entretenaient entre eux, entre voisins, des relations particulièrement développées. Julien Aldhuy, maître de conférences en aménagement de l’espace et urbanisme, démontre que « la mise en valeur des Landes de Gascogne peut être considérée comme une colonisation intérieure » (6). La loi de Napoléon III promulguée en 1857, relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne, devait entraîner le suicide nombreux bergers. « Pour la première fois, les parcelles furent interdites aux troupeaux, pour la première fois la lande se cloisonna par la pose de centaines de kilomètres de clôtures destinées à protéger les jeunes plants des précieux pins ».

La création en 1849 de la Compagnie Ouvrière de Colonisation des Landes de Gascogne en est bien la preuve par sa dénomination. Cette colonisation a conduit, non seulement au drainage à grande échelle de la région, mais également à l’exode d’une partie de sa population conjugué avec l’installation d’une forêt industrielle « Cette lande humide n’a jamais été bien peuplée. Mais jamais sans doute, depuis de longs siècles, elle n’a porté moins d’hommes qu’aujourd’hui : de Labouheyre à Casteljaloux et d’Hostens à Uchacq, aux approches de Mont-de-Marsan, il est de nombreuses communes des Grandes Landes qui comptent moins de 4 habitants au km2. La lande humide est, plus encore qu’aux temps des bergers, une lande déserte.» (7)  Entre 1937 et 1952, déjà, la moitié de la forêt landaise fut la proie des flammes avec de multiples victimes, provoquant la ruine de nombreuses familles paysannes dont l’activité s’était presque entièrement tournée vers la forêt. Malgré tout, certaines conservaient quelques lopins de terre permettant un peu d’élevage et d’agriculture pour se nourrir. Le nombre de paysans diminua très fortement jusque dans les années 70 (de 70 à 80 % selon les lieux en quelques années) … C’est en 1958 que fut fondée la Compagnie d’aménagement des landes de Gascogne. Chargée d’acheter des terres pour en faire des zones cultivées servant également de pare-feux pour les forêts, elle installa, après d’importants travaux d’assainissement dans les landes humides, des agriculteurs afin d’y cultiver principalement du maïs qui allait connaître alors une très grande expansion.

En moins de 200 années, les habitants autochtones des landes de Gascogne ont subi une colonisation pour le profit de quelques industriels du bois et de l’agriculture, toujours au nom du progrès et du fameux développement. Il en a été de même pour le vivant non humain qui a subi très rapidement ces bouleversements complets en raison de la monoculture industrielle de pins, des incendies, des politiques d’assainissement, des réaménagements, puis du développement de la culture industrielle irriguée à grands renforts de produits chimiques… Un véritable ethno-écocide au service du capitalisme. Au XIXe siècle, nous le rappelle Julien Aldhuy (déjà cité), « les Landes de Gascogne offraient la plus grande étendue de communaux de France. Hormis les zones cultivées, qui étaient toujours encloses, l’ensemble de ces terres communautaires était libre d’accès et d’usage ». Une telle étendue de terres communales, véritable réservoir de ressources collectives, ne pouvait que susciter l’hostilité des tenants du « progrès » à l’instar du vicomte d’Yzarn-Freissinet en 1837 : « la trop grande étendue des biens communaux est un obstacle puissant à tout progrès… On commence à comprendre qu’à nos portes un territoire vierge encore peut devenir le but de magnifiques entreprises, et les spéculateurs rassurés vont confier leur argent à ces plaines mieux connues et mieux appréciées ». La loi de 1857 fit alors obligation à certaines communes des Landes et de la Gironde de boiser leurs landes communales et d’aliéner ces dernières à des particuliers, ce qui entraînera un vaste mouvement de privatisation au détriment des parcours à moutons et de l’usage collectif de ces terres.

               Landes de Gascogne © Alain Persuy

Les Landes de Gascogne de nos jours : un espace agricole et forestier industriel, donc très fragile

Entre immenses cultures de maïs irrigué et monoculture du pin, les Grandes Landes ont donc été transformées en quelques décennies pour le plus grand profit de l’agrobusiness (agricole et forestier). Le pin maritime couvre environ 803 000 hectares, généralement conduits en futaies monospécifiques et coupé entre 25 et 50 ans (longévité normale autour de 200 ans). Mais pour combien de temps un tel « business model » est-il encore tenable ? Alors que les propriétaires forestiers des Landes de Gascogne et leurs syndicats ne cessent de proclamer l’utilité de leurs forêts pour stocker le carbone et réclament des rétributions pour service rendu à la société, une publication de 2025, signée par des chercheurs, formule ainsi l’impasse actuelle : « pour la première fois de son histoire, le massif forestier landais contribue positivement à l’accroissement de l’effet de serre. La nature même de son exploitation s’en trouve remise en cause » car « le rôle de puits de carbone de la filière forêt-bois est en voie de s’inverser sous l’effet d’une exploitation trop intensive de la forêt et d’aléas climatiques de plus en plus fréquents ».

Le Lézard vivipare occupe les milieux humides et frais et notamment les abords des lagunes. Il est fortement menacé par le changement climatique et les pratiques forestières et agricoles. Cette photo n’a pas été prise dans les Landes de Gascogne © Florian Doré

Une richesse biologique encore remarquable, aujourd’hui menacée par l’agro-industrie et le changement climatique associé

Entité géographique originale composée de sables acides et pauvres en nutriments, ces Grandes Landes recèlent encore une certaine richesse biologique. Les lagunes, pour ne prendre que cet exemple, constituent selon leur description Natura 2000 « des biotopes uniques en France et en Europe de par leur formation, leur situation en plaine du domaine atlantique mais aussi de par leur fonctionnement écologique. À partir de conditions singulières d’acidité, d’oligotrophie et de régimes hydrologiques variés, se maintiennent ici des groupements végétaux très originaux ». Un reptile plutôt septentrional et adepte des milieux frais fréquente encore les Grandes Landes, mais pour combien de temps ? Il s’agit du lézard vivipare, présent en plaine dans les zones humides du massif landais : landes humides, tourbières, proximités de lagunes. Suite à la canicule de 2022, 80 % de la population avait disparu selon une équipe de scientifiques. Qu’en sera-t-il suite aux canicules successives et aux feux de 2026 pour une espèce déjà fragilisée par l’agro-industrie ? On peut aussi penser que les populations de grenouille rousse, espèce également septentrionale et montagnarde, qui fréquente aussi ces Landes en limite de répartition, subissent également une telle régression. Mais ce lézard et cette grenouille utilisent des milieux qui abritent également de nombreuses autres espèces qui, elles aussi, pourraient voir leur avenir fortement compromis.

Des changements indispensables à très court terme

Le modèle agro-industriel des Landes de Gascogne est à bout de souffle. L’essentiel de ses productions agricoles, y compris maraîchères, est aux mains des géants de l’agroalimentaire. Ces productions sont le fait d’une agriculture de firme, constituée par des entreprises agricoles de grande taille liées à des industries agroalimentaires comme Labeyrie, Delpeyrat, Fermiers Landais, Bonduelle, Aqualande, Géant Vert, pour 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La gestion des forêts, sous la toute-puissance actuelle des syndicats de propriétaires forestiers Fransylva et Sysso et des grandes coopératives forestières promouvant une ligniculture industrielle doit changer au profit d’une exploitation plus douce prohibant les coupes rases, les apports d’engrais et privilégiant le mélange d’espèces adaptées avec des rotations longues.

Diminuer drastiquement les surfaces agricoles en maïs irrigué au profit d’autres cultures moins gourmandes en eau et plus nourricières avec des exploitations agricoles plus petites tout en permettant l’installation de paysans plus nombreux, indépendants des firmes et sans passer par de l’endettement est également une nécessité. Une telle présence assurant une diversification des milieux serait sans doute la meilleure garantie pour au moins freiner l’intensité et le nombre des incendies. On ne peut plus se contenter, comme souvent, de quelques améliorations sur les marges sans remise en cause réelle de nos systèmes de production et en se détournant des problèmes auxquels sont confrontées, chaque fois un peu plus, les générations qui se succèdent jusqu’à un effondrement probablement déjà en cours. La peur affichée de la dette financière chez la plupart de nos élus semble inversement proportionnelle à la peur écologique… Pourtant, laquelle est la plus grave et la plus urgente pour nous-même, nos enfants et l’ensemble de la communauté biotique ?

Merci à Alain Persuy, Laurent Samuel et Marie-Do Couturier pour leur relecture et avis.

A lire aussi sur le même sujet, ce reportage d’Anne-Sophie Novel, vice-présidente des JNE, sur le site Ismée : Incendies en Gironde : sur les routes de la mobilisation, de Créon à Lanton

Photo du haut : Landes de Gascogne © Alain Persuy

(1) Cité par Joseph Blayac. 1916. « Contribution à l’étude des sols des landes de Gascogne ». Annales de Géographie. 25e Année, No 133, pp. 23-46 (25 pages).
(2) Hippolyte Taine (1860, pp. 12-13) cité par Julien Aldhuy. 2010. « La transformation des Landes de Gascogne (XVIIIe-XIXe), de la mise en valeur comme colonisation intérieure ? », Confins, 8.
(3) Joseph Blayac. 1916. « Contribution à l’étude des sols des landes de Gascogne ». Annales de Géographie. 25e année, no 133, pp. 23-46 (25 pages).
(4) La loi de 1857 était dite « d’assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne ». En l’espace d’un siècle, la surface de la forêt va passer de 100 000 à plus d’un million d’hectares. La moitié de la surface de la Gironde, les trois cinquièmes des Landes et le sixième du Lot-et-Garonne.
(5) Extraits du texte de Ribéreau-Gayon Marie-Dominique. 2000. « Chemins et regards croisés dans les Landes de Gascogne : du XVIIIe siècle à nos jours ». In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1-3. Migrance, marges et métiers. pp. 175-196.
(6) Extraits du texte de Julien Aldhuy. 2010. « La transformation des Landes de Gascogne (XVIIIe-XIXe), de la mise en valeur comme colonisation intérieure ? », Confins. 8.
(7) Papy Louis. 1977. « Les Landes de Gascogne. La maîtrise de l’eau dans la lande humide ». In: Norois, n°95 ter, Novembre. Géographie rurale. pp. 199-210.

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26.07.2026 à 16:35

Biodiversité : l’info homéopathique

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Texte intégral (1595 mots)

Le baromètre 2026 de Reporters d’Espoirs et de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OMÉ) mesure une biodiversité presque absente de l’actualité, et rarement bien expliquée quand elle y figure.

par Isabelle Vauconsant (*)

Moins de 3 % de l’information parle de biodiversité, selon le nouveau baromètre de Reporters d’Espoirs et de l’OMÉ. Le sujet reste marginal, et surtout fondé sur des récits malhabiles. Pollution et climat accaparent les explications. La destruction des habitats, elle, disparaît presque des radars médiatiques. Pourtant, il s’agit de la première cause de l’effondrement du vivant.

Trente-deux pour cent des oiseaux nicheurs sont menacés en France métropolitaine. L’indice des oiseaux communs a chuté de 37 points depuis 1989. Une population de chauves-souris communes a fondu de 43 % en quinze ans. Ces chiffres viennent de l’UICN et de l’Office français de la biodiversité. Ils décrivent une crise profonde. Pourtant, dans les journaux télévisés, les radios et la presse écrite, la biodiversité occupe une place minuscule.

C’est ce que révèle le baromètre 2026 de Reporters d’Espoirs, réalisé avec l’institut Iligo et l’Observatoire des Médias sur l’Écologie. L’étude a passé au crible onze chaînes de télévision, huit radios et cinquante cinq titres de presse. La période retenue s’étend du 1er juin 2025 au 31 mai 2026. Résultat : la biodiversité représente 2,6 % du temps d’antenne à la télévision et à la radio, en légère hausse. Elle plafonnait à 1,5 % lors de la période précédente. Dans la presse, elle atteint 3,0 %. À titre de comparaison, le climat capte 3,7 % de l’antenne et 4,1 % de la surface éditoriale. La biodiversité progresse donc, mais elle reste loin derrière.

Trois minutes sur vingt pour parler du vivant

La radio, avec 2,9 %, et la presse, avec 3 %, devancent nettement la télévision, à 2,3 %. Le numérique (3,6 %) traite davantage le sujet que le papier (3,1 %). Ces écarts semblent minces. Ils cachent pourtant une réalité plus nette entre médias publics et privés. Le service public consacre 3,4 % de son antenne à la biodiversité, contre 1,7 % pour le privé. L’écart se creuse à la radio, où RFI culmine à 5,7 %, quand Europe 1 stagne à 1,4 %. À la télévision, Arte, à 4,2 %, fait figure de bon élève, loin devant CNews, à 0,9 %. Dans la presse nationale, La Tribune consacre 6,7 % de ses articles au sujet. Le Journal du Dimanche, lui, plafonne à 1,2 %. Nice Matin arrive en tête de la presse régionale, avec 3,8 %. Centre Presse ferme la marche, à 1,7 %.

La géographie joue aussi son rôle. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur affiche le taux le plus élevé, à 3,6 %. Ailleurs, les chiffres tournent autour de 2,5 %. Trois régions manquent d’ailleurs à l’appel : la Bretagne, la Normandie et les Pays de la Loire. Les données n’y sont tout simplement pas disponibles. Même mesurer le sujet reste, par endroits, un exercice incomplet.

La pollution, coupable commode

Le vrai problème n’est pas seulement la rareté du sujet. C’est la manière dont il est raconté. L’IPBES, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, est aussi surnommée le GIEC de la biodiversité. Elle distingue cinq facteurs responsables de l’érosion du vivant. Selon les données gouvernementales, la destruction des habitats pèse pour 30 % dans cette érosion. Vient ensuite la surexploitation des ressources, à 23 %. Les pollutions et le changement climatique arrivent à égalité, avec 14 % chacun. Les espèces exotiques envahissantes ferment la marche, à 11 %.

Or les médias racontent une toute autre histoire. À la télévision et à la radio, la pollution occupe 45 % des mentions liées aux causes de la crise. Le changement climatique en représente 39 %. La destruction des habitats, pourtant premier facteur réel, ne représente que 10 % du temps consacré aux causes. Quant aux espèces exotiques envahissantes, elles se limitent à 1 %. La presse reproduit un déséquilibre comparable, à quelques points près. Ainsi, ce que le public retient de la crise ne correspond pas à ce qui la cause vraiment. La faute retombe sur la pollution et le climat. Ce sont deux sujets déjà installés dans le débat public. L’artificialisation des sols et la surpêche, elles, restent dans l’ombre.

L’agriculture, seule sur le banc des accusés

Un secteur concentre à lui seul l’essentiel des reproches. L’agriculture représente 59 % des mentions liées aux causes de la crise, et 96 % de celles liées à ses conséquences. Le mot revient sans cesse : pesticide, sécheresse, agriculteur, insecticide. En revanche, quand vient le moment d’évoquer les solutions, l’agriculture ne pèse plus que 26 %. L’économie des ressources, à 35 %, l’énergie, à 15 %, et le bâtiment, à 16 %, prennent alors le relais. Autrement dit, le secteur agricole est montré du doigt pour le problème, mais rarement associé à ses réponses. Cette asymétrie nuit à une compréhension équilibrée des responsabilités et des leviers d’action.

Le vivant ne fait la une qu’avec la canicule et les incendies

Le calendrier médiatique de la biodiversité suit un rythme précis, celui des vagues de chaleur. Quand il est question des causes de la crise, les mots les plus utilisés à la télévision et à la radio sont sans surprise canicule, feux et vague de chaleur. Le pic de couverture le plus haut jamais enregistré a eu lieu en juin 2026. Il atteint 11,3 % du temps d’antenne, en pleine canicule. En comparaison, plusieurs rendez-vous scientifiques ou diplomatiques n’ont provoqué que de faibles sursauts. C’est le cas de la Conférence des Nations unies sur l’océan et de la COP30 à Belém. Le rapport de l’IPBES sur le changement transformateur et la Journée mondiale de la biodiversité n’ont pas fait mieux. Le sujet ne s’impose donc pas par lui-même. Il s’invite dans l’actualité à la faveur d’un épisode climatique, puis en repart aussitôt.

Cette dépendance à l’actualité chaude a un coût. Elle laisse de côté les conséquences les plus structurantes de la crise. La disparition des espèces, la dégradation des sols, la perte des services rendus par les écosystèmes en font partie. Le baromètre est clair sur ce point. « Des conséquences peu couvertes, nuisant à la prise de conscience citoyenne », note l’étude. À la télévision et à la radio, les conséquences ne représentent que 4 % du traitement du sujet. Dans la presse écrite, à peine 3 %. Le constat, lui, occupe presque la moitié du temps d’antenne, à 47 %. La presse écrite s’y attarde moins, avec seulement 25 %. Elle préfère développer les causes, à 33 %, et les solutions, à 39 %.

Des solutions, mais lesquelles ?

Quand les solutions sont évoquées, un type l’emporte largement sur les autres. Les changements de pratiques et de réglementation représentent 61 % des mentions à l’audiovisuel et 55 % dans la presse écrite. Viennent ensuite les actions de conservation et de protection, à 21 % et 25 %. Enfin, les actions de restauration, plus concrètes, comme la replantation ou la dépollution, ne dépassent pas 18 % et 20 %. Le public entend donc surtout parler de lois à venir ou de comportements à changer. Il entend plus rarement parler de parcs naturels créés ou de zones humides restaurées. Cela n’aide pas à rendre la crise tangible.

Un chantier à peine ouvert

Face à ce constat, Reporters d’Espoirs a lancé un Lab consacré à la biodiversité, programmé de 2025 à 2027. Le programme est piloté par Floriane Vidal, responsable des programmes chez Reporters d’Espoirs, aux côtés de Céline Pasquier, directrice déléguée d’Iligo. L’association y associe un prix, un challenge et un MOOC gratuit, intitulé Bien informer sur la biodiversité, accessible depuis mars 2026 sur la plateforme FUN. L’objectif affiché est de faire monter en compétence les journalistes sur un sujet scientifique complexe.

Le baromètre conclut d’ailleurs sur une note d’articulation plutôt que de fatalité. « Approche systémique à privilégier pour favoriser la prise de conscience journalistique et citoyenne : biodiversité, climat, eau, santé, alimentation, tout est lié », résume l’étude. Reste que le chemin est encore long. Entre un sujet sous-traité et une grille de lecture partielle, la biodiversité peine à trouver sa juste place dans l’espace médiatique. Le vivant s’effondre à bas bruit. Aux médias de s’emparer de nos vrais sujets d’avenir.

(*) Présidente des JNE

Légende de l’image du haut : les opérations telles que la Journée mondiale de la biodiversité ne suscitent qu’un intérêt très limité dans la presse tant écrite qu’audiovisuelle

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23.07.2026 à 16:46

Quelques questionnements et réflexions relatifs aux pratiques de « pleine nature » ou « outdoor » en système consumériste

lsamuel

Texte intégral (2925 mots)

L’engouement actuel pour les sports de plein air appelés « outdoor » suscite nombre de questions. Parmi celles-ci, la relation humains et non humains que ces pratiques induisent avec aussi leurs impacts et les conflits d’usage qui se multiplient, le tout porté par un engouement industriel qui invente sans cesse de nouvelles activités pour créer de nouveaux besoins consuméristes mais qualifiés d’ « écolos » … Un marché axé sur la recherche du « bien-être « et un mode de vie en « harmonie avec la nature » comme le précisent les professionnels et certains pratiquants (1). Un engouement sans limites et forcément vertueux ?

par Pierre Grillet

L’outdoor transformé en un poids lourd économique

Les pratiques d’outdoor sont définies comme des activités physiques et sportives qui se déroulent en plein air et le plus souvent dans un environnement qualifié de « naturel ». Leurs succès entraînent des problématiques qui sont souvent liées à des aménagements de sites, des impacts environnementaux, de surfréquentation et de conflits d’usages. Les industriels spécialisés en ont profité pour capitaliser sur un tel enthousiasme qu’ils ont largement initié (2) afin de provoquer puis stimuler les ventes d’équipements en enrobant le tout par des argumentaires dits « responsables » à partir d’entreprises autoproclamées eco friendly. En Europe, le marché du sport outdoor  représenterait 16,3 milliards d’euros. En France, le département de l’Isère compte à lui seul, 90 entreprises spécialisées dans les activités outdoor, pour 2 000 emplois et un chiffre d’affaires estimé à 1,1 milliard d’euros. En 2023, la filière haut-savoyarde emploie 3 157 personnes dans 190 entreprises pour un chiffre d’affaires de 4,14 milliards d’euros. Dans la région Auvergne Rhône-Alpes, ce sont plus de 536 entreprises, 7000 emplois avec un chiffre d’affaires de 5,74 milliards d’euros (données de 2023).

Des pratiques qui utilisent le non humain comme un simple objet, un support ?

L’outdoor est présenté le plus souvent comme « un outil de transition et vecteur de sensibilisation à l’environnement ». Qu’en est-il réellement ? On passe du VTT, avec ou sans moteur électrique, au canyoning pour profiter des toboggans naturels sur l’eau, faire des glissades comme si nous étions des loutres, nager dans les eaux cristallines, sauter dans les trous d’eau au fond des gorges… On invente actuellement des skis électriques pour faire de la randonnée sur neige facilement et monter deux fois plus vite (même en montagne, il faudrait gagner du temps). On pratique la luge d’été, on grimpe presque partout grâce à ces via ferrata qui se sont multipliées ces dernières années.

On peut aussi faire les mêmes activités à 2000 mètres qu’au bord de la mer : de la plongée, de la voile, de la planche à voile, du kitesurf, du ski nautique, des bouées tractées, du wakeboard, du pédalo, du golf… Car la plupart des grosses stations de montagne sont toutes pourvues d’un lac et/ou de complexes nautiques. Très récemment, la station de ski de Chamrousse, en Isère, déjà pourvue de trois retenues collinaires pour ses installations de neige artificielle (financées à hauteur de 80 % par de l’argent public) a ouvert son Adrénaline Park avec « la plus grande tyrolienne à pylônes du monde », nous dit la publicité, pour « vivre une expérience inoubliable »… La station, à 1800 m d’altitude, propose également du ski nautique sur l’une de ses retenues collinaires.

Le littoral connaît également un engouement marqué avec le kayak des mers, le wing foll ou cerf-volant des mers, le coasteering ou canyoning de bord de mer ainsi que le Paddle Stepper, le Kneeboard ou téléski nautique. Sur les dunes pourtant fragiles, le fat bike permet de rouler sur le sable et connaît une forte croissance. Sur le site Decathlon on peut lire : « équipé de larges pneus, mais aussi d’une assistance électrique performante, ce vélo tout terrain hors du commun vous permet d’explorer les milieux les plus compliqués sans effort. Boue, neige, ou encore sable, vous redécouvrez ainsi votre environnement à l’occasion de randonnées agréables et stimulantes. Les caractéristiques innovantes des modèles vous assurent par ailleurs un confort optimal à chaque mouvement de pédale. Quelle que soit la typologie du sentier pratiqué, vous découvrez alors de nouvelles sensations dont vous ne voudrez plus vous passer ». On peut apprécier la phrase : « vous redécouvrez ainsi votre environnement », une manière de rappeler que cet environnement serait en votre possession, votre chose… Et on invente quasiment une nouvelle activité chaque année ! On a vraiment du mal à croire que de telles activités vont permettre de resserrer ou « reconnecter » les liens humains-non humains.

Pour notre plus grand « bien-être », comme on n’a de cesse de nous le rappeler, l’espace qui nous accueille – littoral, mer, montagne, campagne – est, dans les faits, réduit à l’état d’objet, un simple décor ou terrain de jeu et on ignore le plus souvent les personnes et les non humains qui y vivent toute l’année. On ignore tout de leur histoire et on passe à côté du vivant sans prendre le temps de mieux le connaître. À l’ère du capitalisme, on consomme la terre. On la consomme en participant à son érosion, mais on ne l’habite pas. On ne l’habite plus. Pour Antoine Doré, sociologue à l’Inrae, « la nature n’est plus perçue comme un milieu habité ou exploité, mais comme un cadre récréatif destiné à l’évasion… L’histoire et la sociologie des pratiques récréatives montrent que la nature est souvent perçue comme un décor à admirer plutôt qu’un espace partagé avec des animaux sauvages. » Pourtant, tout est fait pour laisser croire que la pratique sportive en plein air permettrait de « reconnecter » (le mot est à la mode) les humains avec la nature, voir sauver la biodiversité !

Des conflits d’usage exacerbés en raison de la multitude de pratiques qui s’entremêlent ?

Les sentiers de randonnée sont aujourd’hui, pour beaucoup, autant utilisés par des vététistes de plus en plus nombreux roulant en moyenne entre 20 et 30 km/h que par des marcheurs (entre 3 et 6 km/h). Tout est ici réuni pour créer une cohabitation conflictuelle. C’est Ouest-France qui en fait un compte-rendu saisissant : « Barbelés ou planches cloutées en travers des chemins, pieux fichés dans le sol : les vététistes dénoncent la multiplication de pièges les visant, sur fond de tensions accrues avec certains usagers de la nature, excédés par l’explosion du nombre de VTT. Nez ensanglanté, casque et vélo endommagés, hélitreuillage nocturne vers l’hôpital : les images postées mi-septembre sur le compte Instagram de Gaétan Broda font froid dans le dos. Victime d’un piège dans le massif des Vosges, le Haut-Rhinois de 18 ans, féru de VTT enduro, confie avoir failli y rester. En cause : une planche cloutée dissimulée sur le chemin qu’il descendait à plus de 50 km/h.» D’après une association de loisirs en plein air, les actes malveillants vis-à-vis de VTT auraient causé, depuis 2004, la mort de 11 personnes et fait 66 blessés. Dans le Vercors, des pêcheurs mécontents avaient disposé des barbelés dans un ruisseau pour dissuader les amateurs de canyoning…

Un exemple précis de conflit nous est donné par le docteur en droit Jean-Pierre Vial : « la coexistence des utilisateurs de cours d’eaux est parfois conflictuelle, notamment entre pêcheurs et adeptes des sports nautiques. En l’espèce, le litige avait éclaté entre des professionnels du canyoning pratiquant ce sport dans le canyon dit de Rabou et les habitants du lieu. En réaction, le maire de Rabou avait interdit dans cette partie du cours d’eau la pratique de tous les sports en eau vive, la descente et la montée du lit du cours d’eau sous quelque forme que ce soit et la pratique de l’escalade des lits et berges ». L’auteur nous explique que cet arrêté a été rapidement annulé par la cour administrative de Marseille et en tire la conclusion suivante : « La liberté est la règle et la restriction de police l’exception ». Mais rien n’est réglé en matière de conflit d’usage.

Dans tous les espaces qualifiés de « naturels », les gestionnaires cherchent à faire cohabiter des pratiques pourtant très différentes et programment des plans visant à réguler telle activité, telle cohabitation ou tel accès à certains secteurs. Mais il ne s’agit que de remèdes très ponctuels que l’on pourrait presque assimiler à des pansements sur une jambe de bois. Face à l’envahissement de sites entiers par des pratiques sportives toujours plus nombreuses et impactantes, ne risque-t-on pas de se retrouver rapidement dans une impasse à moins que nous y soyons déjà ?

Créer de nouveaux besoins : une volonté d’expansion sans fin de la part des industriels

Ce sont bien les professionnels (accompagnés par l’environnement médiatique et les lobbys touristiques) qui créent, alimentent ou récupèrent ces besoins nouveaux pour en faire des produits. En témoigne, cette quasi injonction de vérifier en continu l’état de son corps grâce à de multiples objets connectés lors de pratiques outdoor : bracelet discret qui enregistre votre nombre de pas dans la journée, fourchette connectée qui fait maigrir, encas énergétiques, lunettes connectées, casques à conduction osseuse, traqueur de sommeil intelligent, traqueur d’activités, fitness tracker pour mener « une vie saine », balance connectée pour faire fondre la silhouette, coach virtuel minceur et bien d’autres qui, comme la publicité le proclame, « prennent soin de tous vos besoins, à savoir la santé, le bien-être, le confort, la sécurité et bien plus ». « Des produits individualisés et individualisant qui ne font que créer de l’isolement », explique à Reporterre la chercheuse Jeanne Guien, parlant plus globalement des objets du consumérisme. « Le boom des sports outdoor en France témoigne d’un engouement croissant pour la performance, la nature et le bien-être. Comment dès lors capitaliser sur cet enthousiasme pour stimuler les ventes d’équipements ? », nous explique un site consacré au business sportif. « Les industries qui fabriquent notre monde ne se contentent pas de créer des objets, mais créent aussi des comportements », comme nous le rappelle Jeanne Guien.
Les grosses stations touristiques comme Valloire participent pleinement à ce consumérisme très dirigé avec leurs salons annuels du tout terrain où même la pratique du sport moteur (4X4) en pleine nature est encouragée.

Pourquoi un tel besoin de « bien-être » ?

L’un des arguments phare pour expliquer un tel engouement passerait par la recherche d’un « bien-être », en « harmonie avec la nature ». Par-delà les slogans préfabriqués de l’industrie touristique et sportive, que révèlent de telles attentes ? La recherche du bien-être passe pour partie par celle d’un corps beau et sain avec une hygiène de vie marquée en pratiquant divers sports pour lutter contre les affres de la vie moderne, le tout en plein air pour « profiter », un maître mot des loisirs sportifs et touristiques. Une approche finalement assez semblable à celle préconisée au début du XXe siècle par certains médecins et une élite bourgeoise (3) à la recherche d’une vie saine, sportive, équilibrée, voire pure, sans mélange (4) … Pour Benoît Heilbrunn, philosophe, « le paradoxe du système est qu’il vante les mérites de l’épanouissement personnel et du bien-être alors qu’il se nourrit de la frustration et de la rivalité entre les individus ».

Se contenter de compromis et quelques règles plutôt que d’aller à la racine du problème ?

Nulle part, il n’est question de poser le débat en affichant prioritairement ces questions : pourquoi en sommes-nous arrivés à ce point de saturation, de conflits, de contradictions entre des objectifs toujours affirmés de « protection de la biodiversité » et l’envahissement de sites entiers par des pratiques sportives et touristiques toujours plus nombreuses et impactantes ? Pourquoi un tel besoin de bien-être dès lors que l’on ne travaille pas ? On se contente de réfléchir à des « aménagements », des manières de laisser croire à une cohabitation possible entre des pratiques de toutes manières inconciliables, de répéter que la « nature » serait un objet consommable par tout le monde, que chacun aurait le droit d’y faire ce qu’il veut moyennant quelques règles néanmoins, que les pratiquants d’outdoor seraient responsables et écologiquement conscients, que les industriels vendraient des produits de plus en plus écolos et durables, mais on refuse d’aller à la racine des problèmes. Car il faudrait alors débattre du véritable rôle de ces industriels du sport, de notre conception de l’emploi, notre rapport au travail, à la santé, à la production, au territoire, à la nature, de notre manière d’habiter. Se démarquer d’une ambiance soutenue par les pouvoirs publics notamment au travers des fameux Jeux Olympiques tant destructeurs pourtant considérés par les professionnels ,comme moteurs du développement de l’outdoor et qui rendent quasi obligatoire une adhésion populaire. Réfléchir sur le sens réel de cette quête du bien-être, ce qu’elle raconte de notre société et ses perversions, d’un individualisme exacerbé, du fondement même d’un système capitaliste fait pour asservir, qui n’a de cesse d’affaiblir les services publics de santé et d’ignorer l’urgence écologique mais qui, dans le même temps, incite fortement les individus à prendre soin d’eux-mêmes… Ainsi, nous serions, dans ce système néolibéral, en tant qu’individus, les seuls responsables de notre bien-être, notre santé et notre bonheur. Dehors la politique et tant pis pour les autres ! Jusqu’à quand une telle aberration ?

(1) Une étude d’OpinionWay pour Intersport révèlerait que « 81 % des Français ressentent aujourd’hui le besoin de se reconnecter à la nature grâce au sport et que 88 % considèrent que les activités outdoor répondent pleinement à cette attente. Le discours traditionnel centré sur la performance laisse progressivement place à une pratique orientée vers le bien-être, la santé et la liberté ». Selon IPSOS, dans sa pratique outdoor, un Français sur deux déclare « vouloir se connecter à la nature et évacuer son stress, en plus de garder la forme et d’entretenir son corps. En somme, les activités de plein air constituent un remède anti-stress de plus en plus prisé par les Français ».
(2) Selon des professionnels de l’outdoor, « l’engouement n’est pas seulement tiré par la pratique, mais aussi par l’attractivité des produits techniques. L’obsession du consommateur avant-gardiste est la distinction, poussant les marques de mode à rechercher l’hyper-technicité des équipements outdoor. Le processus est clair : c’est l’envie d’équipement qui déclenche l’envie de pratique. Cette soif d’équipement high-tech alimente une micro-compétition entre consommateurs urbains.»
(3) Même si toutes les classes sociales sont concernées par les pratiques outdoor, la majorité des pratiquants et surtout des consommateurs de produits dits « innovants et écolos » sont issus de classes plutôt aisées, CSP+, c’est-à -dire environ 12 millions d’individus : les cadres supérieurs, les dirigeants d’entreprise, les professions libérales, mais également les cadres d’entreprise ou de l’Administration, les professions intellectuelles comme les professeurs, les instituteurs, les chercheurs. Ce sont les CSP+ qui représentent la cible privilégiée des industriels de l’outdoor.
(4) La Lebensreform, ou « réforme de la vie », est née en Europe à la fin du XIXᵉ siècle. « Ce mouvement propose une vie saine, en harmonie avec la nature, une régénération du corps et de l’esprit par un contact renouvelé avec la nature : la pratique du sport, du naturisme, la création d’un habitat lumineux et aéré, la randonnée pédestre devaient restaurer un rapport immédiat entre le corps et son environnement ».

Photo : une piste de biathlon entièrement asphaltée en pleine nature © Pierre Grillet

 

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22.07.2026 à 15:18

Consultation publique sur le renouvellement de la liste des espèces considérées comme « Susceptibles d’Occasionner des Dégâts » : donnez votre avis !

lsamuel

Texte intégral (1467 mots)

Vous avez jusqu’au 30 juillet pour participer à la consultation publique concernant le renouvellement scandaleux pour trois ans (2026-2029) de la liste des espèces animales (4 mammifères et 5 oiseaux) considérées comme « Susceptibles d’Occasionner des Dégâts » (les « ESOD », anciennement appelées nuisibles) et ainsi manifester votre opposition !

par Pierre Grillet

Le projet d’arrêté prévoit le maintien du classement de neuf espèces sauvages sur la liste nationale des ESOD. Pendant trois ans encore, des mesures de destruction sur de vastes territoires pourraient être prises vis à vis des espèces suivantes : Renard roux, Martre, Fouine, Belette d’Europe, Pie bavarde, Geai des chênes, Corneille noire, Corbeau freux et Étourneau sansonnet. En France, chaque année, 1.7 million de renards, mustélidés (fouines, martres) et corvidés (pies, corbeaux et corneilles) sont tués pour réduire les pertes économiques et les risques sanitaires (zoonoses) attribués à ces « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ».

Des études scientifiques qui contredisent l’efficience d’un tel arrêté

En 2023, des chercheurs ont publié les résultats d’une synthèse des connaissances sous l’intitulé : « Les prélèvements des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) réduisent-ils les dégâts qui leur sont imputés ? » Leurs résultats sont clairs :
1) concernant les « dégâts » sur la faune, aucune publication n’a été réalisée sur l’effet de l’élimination de la martre des pins et de l’étourneau, pourtant bien qu’inscrits sur la liste Esod actuelle;
2) 70 % des études portant sur les dégâts sur la faune montrent que le prélèvement d’Esod n’a pas d’effet significatif sur la réduction de leur prédation sur la faune.

Une nouvelle étude, menée par des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que la destruction de millions d’animaux jugés « nuisibles » en France ne réduit pas les dommages économiques qui leur sont attribués. Ces destructions ne régulent pas non plus les populations animales concernées, et représentent un coût économique huit fois plus élevé que les déclarations de dégâts imputés à ces espèces. Voici le résumé de leur étude : « Chaque année, 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés sont abattus en France afin de réduire les risques sanitaires ainsi que les pertes économiques affectant les activités et les biens humains. L’efficacité de la stratégie de régulation létale mise en œuvre n’a jamais été évaluée. Nous avons analysé sept années de données relatives aux coûts des dommages et à l’effort de régulation létale à l’échelle nationale ; nous n’avons trouvé aucun lien entre l’effort de régulation et l’évolution des coûts des dommages signalés… Nous présentons également la première évaluation économique de la régulation des vertébrés indigènes considérés comme nuisibles en France. L’effort de régulation létale a été estimé entre 103 et 123 millions d’euros par an, alors que le coût annuel officiel des dommages s’élève à une fourchette comprise entre 8 et 23 millions d’euros. Rien ne prouve que l’effort de régulation apporte un quelconque bénéfice. La régulation létale réduit potentiellement les services écosystémiques associés à ces espèces, tels que la prédation des rongeurs et la dispersion des graines ».

Le scandale des lâchers de gibier trop rarement dénoncé !

Les chasseurs affirment de plus en plus leur rôle de gestionnaire de la nature sans se soucier une minute de l’impact désastreux provoqué par les lâchers de gibier chaque année avant l’ouverture. Une seule ACCA en France (association communale de chasse) peut relâcher juste avant l’ouverture plus de 600 perdrix et plus de 200 faisans… Et une autre (selon ses propres déclarations) relâche un peu avant l’ouverture quelque 800 « pièces » (faisans et perdrix). Rien que pour le département des Deux-Sèvres, il y aurait 269 ACCA… Faites le compte et demandez-vous quels sont ceux qui créent des « déséquilibres » ? Les renards, les martres ou ces lâchers massifs ? Environ 16 millions de faisans, perdrix ou canards sont élevés chaque année en France, pour la chasse. Une « solution » qui interroge sur le sens de la pratique en la maintenant quasi artificiellement. Laissons la parole à l’ACCA de Gourgé, en Deux-Sèvres, qui résume en une phrase toute la « pensée » cynégétique du moment : « Comme chaque année, l’ACCA lâche du gibier (perdrix/faisans) tous les 15 jours, mais les renards sont toujours là pour les prendre ». Et bien entendu, pour « protéger » ou plutôt réserver aux chasseurs qui paient ces millions de faisans et perdrix, on détruit les prédateurs, pardon on ne détruit pas, on « régule », un mot qui est rentré dans les éléments de langage de chaque chasseur car il est censé être mieux accepté par l’opinion publique !

Des scientifiques belges et français estiment que les lâchers de faisans sont probablement responsables de la disparition ou de la raréfaction de plusieurs espèces de reptiles localement. « Nous avons étudié les impacts potentiels de ces lâchers massifs sur les squamates indigènes en Wallonie (Belgique). Nos résultats suggèrent que les lézards et les serpents ont disparu des zones soumises aux lâchers massifs de faisans. Nous montrons en outre que la disparition des faisans sur un site est suivie après quelques années du retour d’une espèce répandue de lézard. Au vu de ces impacts sur la biodiversité, la pratique des lâchers de faisans dans la nature devrait être interdite. »… Dans le sud de la France, des lâchers massifs de faisans sur Porquerolles sont très certainement, au moins pour partie, responsables de la disparition du lézard ocellé sur cette île.

Au final, ce que ce projet d’arrêté dit de nos relations humains – non humains

Par-delà, les pseudo-arguments visant à laisser croire qu’une martre ou un renard, un geai des chênes, seraient des espèces à « réguler » car susceptibles d’occasionner des dégâts, un tel projet d’arrêté en dit long sur nos relations avec les non humains : nous voulons bien accepter une forme de cohabitation, mais sous la condition expresse que le non humain ne risque pas de nous concurrencer et/ou de nous gêner dans nos activités. Telle espèce nous embête ou risque de nous embêter ? Alors détruisons les individus pour être plus tranquilles. Inutile de prendre en compte les études scientifiques qui démontrent l’inefficacité et le gaspillage de telles mesures, ainsi que le rôle important joué par les espèces concernées dans l’écosystème. « Le gouvernement n’a écouté ni l’avis des scientifiques ni celui de sa propre inspection générale de l’environnement », nous explique Perrine Mouterde dans Le Monde à propos de cette liste. Inutile de remettre en cause ses propres pratiques, comme la destruction des haies et des habitats par certains agriculteurs ou les lâchers massifs de gibier d’élevage pour la chasse. Comme si ces pratiques étaient immuables et que rien ne saurait les compromettre, encore moins des non humains. Il y a encore beaucoup de travail pour modifier nos rapports avec l’ensemble du vivant. À commencer par refuser l’ineptie d’un tel arrêté !

Photo : martre © JF Noblet

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20.07.2026 à 16:00

Agenda JNE 2026/2027

lsamuel

(207 mots)

De nombreux événements JNE sont déjà programmés à partir de septembre et vous pouvez d’ores et déjà les noter sur votre agenda !

– Le lundi 7 septembre à 12 h :
Webinaire avec Nicolas Celnik et Fabien Benoît, auteurs du livre Les assoiffeurs (Les Liens qui Libèrent)

– Le jeudi 17 septembre et tous les 3e jeudis de chaque mois :
Déjeuner au restaurant à Paris pour le plaisir de se rencontrer, d’échanger…

– Le samedi 3 octobre (toute la journée) :
Colloque sur la Sécurité Sociale de l’Alimentation à la Bourse du Travail à Paris. Ouvert à tous.

– Le jeudi 8 octobre à 19 h :
Jeudi de l’écologie à l’Académie du Climat (Paris) sur l’impact des éoliennes sur l’environnement, avec entre autres Gabriel Ullmann (JNE)…

– Les 28, 29 et 30 mai 2027
Congrès JNE dans le Centre de Terre vivante à Mens dans le Trièves (Isère), ouvert à tous les adhérent·e·s.

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16.07.2026 à 15:44

Changement climatique et déchets en Algérie: les surprises de la Méditerranée

lsamuel

Texte intégral (2537 mots)

Depuis quelques années, les plages d’Alger sont envahies par des algues marines. L’origine de leur prolifération reste en débat.

par M’hamed Rebah

Aller à la plage, dans la banlieue d’Alger, par une belle journée d’été, ensoleillée, trouver la mer calme et ne pas se baigner avait une seule raison : la présence de méduses dans l’eau. Depuis quelques années, sur les mêmes plages algéroises, un autre obstacle s’est interposé entre le baigneur et la mer : la prolifération d’algues marines sur le rivage. Fin juin 2026, pendant plusieurs jours, ni méduses, ni algues, c’est la température excessivement glaciale de la mer, inhabituelle pour la saison, qui a empêché les estivants de se mettre à l’eau. De mémoire de riverains, la plage de La Poudrière, à Bologhine, dans la banlieue ouest d’Alger, n’a jamais connu, en été, une température de l’eau aussi basse, à un moment où, hors de l’eau, le thermomètre dépassait les 35 ° C.

Au nord de la Méditerranée, le même phénomène s’est produit. Les spécialistes l’ont expliqué par la « remontée d’eau » (upwelling), résumée en deux phrases : des vents puissants poussent l’eau chaude de surface vers le large ; celle-ci est remplacée par l’eau froide située en profondeur. A La Poudrière, après une courte période, l’eau a repris sa température « normale », comme si rien ne s’était passé, on ne sait d’ailleurs pas quelles traces la « remontée d’eau » a laissées sur l’écosystème marin en cet endroit. Il s’agissait d’une anomalie passagère, contraire à l’idée que l’on reçoit des sites spécialisés qui parlent plutôt d’une tendance au réchauffement de l’eau en mer Méditerranée, ce que les baigneurs ressentent sur les plages algéroises, sans grande inquiétude pour l’heure.

La source d’inquiétude demeure la prolifération des algues sur le rivage, gênant l’accès à l’eau, et quand elles s’effacent, c’est pour tapisser le fond, dégageant une odeur désagréable. Les hypothèses émises sur leur origine sont diverses et aussi convaincantes les unes que les autres, mais le mystère demeure entier. Le 1er juin, intervenant dans l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, une experte en la matière, Mme Salem Chérif Yousra, chef de département Environnement et Aménagement à l’École nationale supérieure des sciences de la mer et de l’aménagement du territoire, a établi un lien entre la prolifération d’algues et la pollution marine issue des rejets domestiques. « On construit près de la mer, les rejets sont anarchiques », a-t-elle fait savoir. Au passage, elle relève qu’il n’y a pas de respect de la loi sur le littoral qui définit les limites à l’urbanisation. Elle avertit que les constructions « les pieds dans l’eau » risquent de faire disparaître les plages. Inévitablement, sont évoqués les déchets plastiques en Méditerranée, qui passe pour « la mer la plus polluée au monde », et leur transformation en micro-plastiques et nano-plastiques qui finissent par être ingérés avec le poisson que l’on mange.

Dès le début de l’entretien, Mme Salem Chérif Yousra a donné le ton : « en général, le littoral ne va pas tout le temps bien ». Ce sont ses premiers mots. Elle met cette situation, en grande partie, sur le compte des citoyens et leur comportement incivique durant toute l’année, à travers les rejets domestiques en mer et le non respect des lois qui concernent l’environnement, en particulier la loi sur le littoral. « La loi est claire, elle n’est pas respectée », insiste-t-elle. Elle parle de la loi sur le littoral promulguée en 2002, il y a 24 ans, dont on déplore, à ce jour encore, le non respect. Mme Salem Chérif Yousra confirme que l’écocitoyenneté est inexistante. « Malheureusement, ajoute-t-elle, les gens ne savent que ça se répercute sur eux, sur leur santé et sur leur bien-être».

Dans le domaine de l’environnement, le non respect de la loi est devenu une banalité. Le cas le plus choquant est le mépris affiché pour les dispositions sur la protection contre le bruit, pourtant considéré comme un risque sur la santé publique. Personne ne serait surpris d’apprendre qu’au milieu d’habitations, un concert assourdissant impose aux riverains des nuisances sonores insupportables jusqu’à 23 h 30 et parfois au-delà. Idem pour les activités de « sensibilisation » accompagnées, paradoxalement, d’une pollution sonore tout aussi insupportable prolongée jusqu’à minuit, produite, à titre d’exemple, par la diffusion sur écran d’une vidéo sur le numérique. Il s’agit d’un mépris non seulement pour la loi, mais également pour les citoyens riverains dont on attend en retour qu’ils aient un comportement civique respectueux des dispositions de la loi. Mme Salem Chérif Yousra n’a cessé de répéter que la solution aux problèmes d’environnement est simple : il faut respecter la loi et promouvoir l’éco-citoyenneté. Concernant le bruit, les dispositions juridiques sont claires. Y aura-t-il, un jour, une campagne de sensibilisation contre les nuisances sonores ?

La « marginalisation » de la loi, quand il s’agit de protection de l’environnement, se reflète dans la gestion des déchets ménagers. Dans les cités d’habitations où le ramassage des ordures est irrégulier, et l’incivisme la règle de conduite, les bacs débordent et les ordures finissent parfois éparpillées sur le sol, avec les effets sur l’esthétique des lieux et le cadre de vie dont la qualité se détériore, en plus de l’impact sur la santé et sur le moral des gens. Qui s’en soucie ?

Oued El Harrach, de retour

Dans ce contexte, on se remet à parler, comme avant, de l’Oued El Harrach, qui porte le nom de la commune d’Alger qu’il traverse avant l’embouchure. La cause : les relents qui s’en échappent et qui rappellent l’odeur nauséabonde qui a longtemps fait sa mauvaise réputation. L’architecte Ben Amara Elhabib, dans Le Quotidien d’Oran du 22 janvier 2026, décrit cet oued tel qu’il est : « Sans être un égout au sens technique du terme, il s’apparente, pour de nombreux riverains, à un égout à ciel ouvert, tant la pollution, les odeurs persistantes et l’absence de vie aquatique sont manifestes ». Il confirme que « dans des secteurs comme Gué de Constantine, Oued Smar et plusieurs zones industrielles de l’est de la capitale, le cours d’eau reçoit depuis des décennies des rejets domestiques et industriels insuffisamment traités ».

Même impression chez le journaliste Mohammed Iouanoughene qui a écrit en août 2025 : « l’Oued El Harrach, qui traverse l’est d’Alger avant de se jeter dans la baie, est depuis des décennies le reflet du rapport ambivalent de la capitale à son environnement. Transformé avec le temps en canal à ciel ouvert pour les eaux usées industrielles et domestiques, le fleuve a accumulé une pollution massive : métaux lourds, hydrocarbures, bactéries pathogènes, déchets en tous genres. Malgré de vastes travaux lancés depuis 2012, la réalité reste préoccupante, notamment à El Harrach et à son embouchure, où l’eau demeure noire, nauséabonde et impropre à tout usage récréatif ». Il rappelle que « jusqu’au milieu du XXe siècle, l’Oued El Harrach restait relativement propre : on y pratiquait l’irrigation, la pêche et la baignade, et l’on y trouvait moulins hydrauliques et faune aquatique abondante ». (https://www.algerie-dz.com › forums › algerie › 881659).

Dans son édition du 19 août 2025, El Watan a publié l’avis de Karim Ouamane, expert en environnement et en économie circulaire, ancien directeur général de l’Agence nationale des déchets (AND), sur l’état de Oued El Harrach. Il commence par rappeler que « les pouvoirs publics ont lancé au début des années 2010 un projet d’aménagement colossal. Cependant, cette approche a révélé ses insuffisances. En se concentrant sur l’aménagement physique et le traitement en aval, elle n’a pas été assez radicale sur le problème à la source. Malgré un cadre réglementaire en place, le contrôle des rejets industriels s’est avéré lacunaire, permettant la persistance de déversements illicites ». Le constat de Karim Ouamane est « sans appel : des eaux toujours polluées et un écosystème qui survit plus qu’il ne vit ». Pour y remédier, la même solution qu’il y a des dizaines d’années est avancée : « il est indispensable d’obliger toutes les unités industrielles polluantes à se doter de stations de prétraitement de leurs effluents ».

Le constat de la dégradation de l’état écologique de Oued El Harrah avait été fait dès les premières années après l’indépendance. Le 26 juin 1965, on pouvait lire dans le quotidien El Moudjahid (dont c’était les premiers numéros) : « pour la santé des riverains, les eaux d’Oued El Harrach doivent être rapidement épurées ». Quelques mois après, le 2 décembre 1965, le même journal parle d’une « tentative d’épuration des eaux de Oued El Harrach ». Le 9 novembre 1971, El Moudjahid publie un article sur « l’assainissement de Oued El Harrach ». Dans le livre L’écologie oubliée (Editions Marinoor, Algérie, 1999), qui traite des « problèmes d’environnement en Algérie à la veille de l’an 2000 », on peut noter ce qu’était Oued El Harrach avant la construction, au début des années 1950, de l’usine de papier de Baba Ali, appelée à l’époque Cellunaf. L’oued était propre, les enfants y nageaient et les adultes pêchaient le poisson. C’est après qu’il est devenu un « oued égout » dont la proximité se devinait à son odeur pestilentielle.

Les projets d’aménagement (toujours qualifiés d’« ambitieux ») n’ont pas manqué pour Oued El Harrach. Le plus connu, lancé en 1991, devait sauver l’oued au plan écologique. Une station d’épuration a été installée en 1989 à Baraki pour contribuer à l’assainissement de l’oued. Elle a été mise à l’arrêt en 1995 à la suite d’un acte terroriste de sabotage. Le projet a repris en 1997, puis a été retardé pour des raisons sécuritaires et financières et, en 2004, il a été réactivé. A l’époque, le ministre en charge du dossier croyait pouvoir annoncer triomphalement que « d’ici quelque temps, Alger ne versera plus d’eaux usées à la mer ».

En 2012, Oued El Harrach était présenté par une étude du ministère chargé de l’environnement, comme « une menace avérée pour la population algéroise, constituant un lieu de concentration de microbes et de microorganismes nuisibles, ainsi que de substances dangereuses pour la santé ; représentant ainsi une menace pour la baie d’Alger ». Autant dire, une plaie environnementale pour la capitale, comme l’était la décharge de Oued Smar.

Un an après, en 2013, Oued El Harrach a les honneurs de la presse sur fond de promesses qu’il allait perdre sa mauvaise réputation d’oued égout et redevenir ce qu’il était avant. Selon la version officielle, le nouveau projet d’aménagement devait être achevé en 2016. Il paraît que les carpes et les anguilles n’attendaient que ça pour revenir et on pourrait se baigner dans l’oued. Pour cela, il fallait doubler les capacités de traitement de la station d’épuration de Baraki, et réaliser à Baba Ali et Oued Smar, deux autres stations d’épuration des eaux usées provenant des usines implantées dans les zones industrielles d’Oued Smar, Baba Ali, El Harrach et Eucalyptus.

En 2022, le projet d’assainissement et de réhabilitation de l’oued n’était pas encore terminé. Dans El Moudjahid du 14 juin 2023, on pouvait apprendre que sur 107 entreprises industrielles recensées à proximité de l’oued dans sa partie territoriale appartenant à la wilaya de Blida, seules 11 étaient dotées de systèmes conçus pour l’élimination des déchets liquides polluants. Des campagnes de sensibilisation ont été menées vers des patrons d’entreprises industrielles pour les inciter à procéder à l’élimination des déchets liquides, sous peine de mises en demeure. Une commission nationale était chargée de superviser les mesures destinées à limiter les risques provoqués par les déchets industriels inertes déversés dans Oued el Harrach.

Depuis 2023, la gestion de l’Oued El Harrach a été confiée à l’établissement ECOLOH (établissement public chargé de la gestion de l’oued et de ses zones environnantes). Le but : préserver la propreté et la beauté de l’oued. De son côté, le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie intensifie les opérations de contrôle sur le terrain au niveau des unités industrielles implantées sur les berges de l’oued. C’est la ministre, Kaouter Krikou, qui l’a fait savoir lors d’une séance plénière du Conseil de la nation, en novembre 2025. Elle a rappelé aux sénateurs que ces unités industrielles sont tenues de se doter de stations de traitement des rejets destinés à être déversés dans le milieu naturel, c’est-à-dire oued El Harrach. Son département, en coordination avec les secteurs de l’hydraulique et des collectivités locales, s’emploie à renforcer les mesures visant à éliminer définitivement les sources de pollution dans le cadre du projet d’aménagement d’Oued El-Harrach, a insisté la ministre. On en est là.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mardi 14 juillet 2026.

Photo : la plage El Kettani, à Bab El Oued, le 14 juillet 2026, où toutes les conditions étaient bonnes pour la baignade © M’hamed Rebah

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16.07.2026 à 14:55

Bourse du journalisme environnemental (appel aux candidatures)

lsamuel

Texte intégral (767 mots)

Face au besoin d’informer sur l’urgence écologique et devant les contraintes économiques que rencontrent les journalistes, l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE), en partenariat avec l’Université Paris Dauphine – PSL et la Fondation Madeleine abritée par la Fondation Dauphine, lance la troisième édition de la Bourse du journalisme environnemental.

Deux bourses d’un montant de 2000 euros chacune et une bourse d’un montant de 1000 euros seront attribuées à des journalistes pigistes afin de les aider à financer leurs frais de reportage.

Règlement du concours

Qui peut participer ?

Tout journaliste pigiste. Une attention particulière sera apportée aux jeunes journalistes pour lesquels un coup de pouce peut être particulièrement bienvenu. Cette bourse ne pourra être attribuée qu’une seule fois par personne.

Oeuvres concernées

Tout reportage en France ou à l’étranger, destiné à paraître dans un média français reconnu, portant sur un thème lié à l’écologie : protection de la nature, agriculture et alimentation, partage de l’eau, changement climatique… Le reportage devra être effectué avant le 30 juin 2027, sauf cas exceptionnel.

Membres du jury

Le jury sera constitué de trois représentants des JNE et deux représentants des écoles de journalisme.

Candidatures

Les candidatures doivent être envoyées par mail à l’adresse bourse@jne-asso.net au plus tard le 2 septembre 2026 à 23 h 59.
Les candidats devront envoyer à l’association l’article paru ou le lien de diffusion vers le reportage réalisé suite à l’obtention de la bourse. De leur côté, les JNE s’engagent à mettre en valeur ce reportage sur leur site internet et les réseaux sociaux.

Le dossier doit comprendre :

le formulaire d’inscription, complété lisiblement, signé par le candidat à télécharger ici, comprenant :
– une proposition comportant un titre de travail, une motivation, un aperçu de la mise en oeuvre;
– un synopsis détaillé avec la liste des personnes interviewées et des angles choisis;
– un budget;
– un CV et deux exemples de travail (articles, émissions de télévision, de radio, podcast…).

Attribution des bourses

Deux bourses de 2000 euros et une bourse de 1000 euros seront attribuées sous forme de dotation.

La sélection des propositions par le jury se fera durant le mois de septembre sur l’étude des critères suivants :
– l’originalité du sujet,
– la prise en compte des enjeux écologiques et l’application des principes de la Charte pour un journalisme à hauteur de l’urgence écologique dans le choix du traitement du sujet,
– l’application des recommandations pour le traitement des questions scientifiques du Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) dans le choix des sources (https://cdjm.org/files/recommandations/recommandation_science.pdf),
– la faisabilité pratique et financière du reportage,
– l’impression générale de la proposition (connaissance du sujet, motivation, cv, qualité de l’argumentation).

La remise officielle des bourses se fera le 13 octobre 2026 en fin d’après-midi à l’université Paris Dauphine – PSL.

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14.07.2026 à 17:05

Un projet de parc naturel régional en Gâtine poitevine qui peine à mobiliser la population

lsamuel

Texte intégral (2991 mots)

Les parcs naturels régionaux portent en eux ce beau slogan : « une autre vie s’invente ici… ». En ces temps de canicule, de sécheresse, d’inégalités de plus en plus marquées, de confrontations radicales autour des usages de l’eau, de la notion de territoires, de pratiques agricoles obsolètes et de régression environnementale jamais égalée…, l’idée d’une « autre vie » inventée devrait s’avérer séduisante et mobilisatrice. Pourtant, la très faible participation du public à la toute récente enquête publique concernant le projet de charte du futur PNR de Gâtine poitevine qui s’est tenue du 20 avril au 26 mai 2026 pose question : pourquoi si peu d’intérêt ?

par Pierre Grillet (*)

Des chartes élaborées avec une très faible participation directe des populations concernées

La charte, élément clé d’un PNR qui doit guider ses actions pour une durée de 15 années, est soumise à enquête publique obligatoire avant sa finalisation, ce qui constitue le seul réel moment où l’ensemble du public est invité à exprimer son avis, à l’exception de quelques réunions locales rarement attractives au moment de son élaboration. Or, il s’avère que globalement, la participation citoyenne y est particulièrement faible : 249 contributions lors de la révision de la charte du PNR du Vexin en 2024 (ce parc concerne directement plus de 100 000 habitants), 222 contributions pour le PNR des Pyrénées ariégeoises (qui concerne directement 46 000 habitants), 151 contributions pour le PNR du Pilat en 2025 qui concerne plus de 52 000 habitants. Lors de l’enquête pour la révision de la Charte du Parc Naturel Régional de Loire-Anjou-Touraine qui compte 226 000 habitants, le rapport mentionne la présence de moins de 30 personnes venues dans les mairies consulter les dossiers…

Certes, cette très faible participation correspond grosso modo à la plupart des enquêtes publiques (à l’exclusion des projets très sensibles). Néanmoins, elle montre que l’effet PNR ne motive que très peu ses habitant.es lorsque ceux-ci et celles-ci sont appelé.es à s’exprimer. D’autre part, le contenu de ces chartes présenté lors de ces enquêtes a été auparavant particulièrement travaillé par les élus et de nombreux techniciens professionnels et bénévoles, bien souvent avec l’aide de bureaux d’études spécialisés, pour prendre soin d’y inclure tous les mots et concepts à connotation positive : on y parle de « résilience » (un mot à la mode qui apparaît plus de 15 fois dans le projet de charte du PNR de Gâtine sans que sa signification réelle soit précisée), « sobriété », « innovation », « expérimentation », « agriculture durable », « développement durable », « transition », il faut « préserver », « partager », « valoriser », « mobiliser »…

Le contenu recouvre une multitude de chapitres, sous chapitres, d’objectifs à différents niveaux et à ce stade, il est très compliqué pour une personne qui découvre le projet d’être en mesure d’y apporter des commentaires judicieux. Certains viennent consulter les dossiers (au PNR du Pilat, ce sont 2000 personnes qui ont lu les documents dans les mairies, pour seulement 7%  d’entre elles qui y ont déposé un avis), mais surtout on fait confiance car on ne se sent pas compétent pour nourrir les réflexions. Sans doute, également, existe-t-il une forme d’indifférence ? Lorsque des consultations directes sont menées auprès des habitants d’un PNR sous forme de questionnaires appelant des réponses simples et rapides, elles se heurtent également, dans la grande majorité des cas, à une participation très faible.

Quelques exemples l’illustrent : le bilan citoyen du PNR des Préalpes d’Azur (31 000 habitants concernés) n’a recueilli que 207 réponses ; le questionnaire distribué à 43 900 exemplaires lors de la révision de la charte du PNR des Monts d’Ardèche n’en a obtenu que 266 ; quant au PNR des Vosges du Nord, son enquête en ligne de 2022 sur la notoriété du parc n’a mobilisé qu’1 % de la population concernée. Ce constat invite à la réflexion, d’autant que certains de ces parcs existent depuis 15, 25, 30 ans, voire plus d’un demi-siècle. En 2021-2022, les habitants de Gâtine deux-sévrienne concernés par le projet de PNR en construction depuis 2016 sur leur territoire ont été interrogés. Ce questionnement faisait suite au diagnostic du territoire réalisé et censé « être partagé par les acteurs et habitants de ce territoire » : sur environ 66 000 personnes concernées, le bureau d’études n’a reçu que 626 réponses, 1 % seulement. Le journaliste insiste dans son commentaire : « c’est moins que le nombre d’élus municipaux dans les communes de Gâtine. Certains élus locaux n’ont donc même pas répondu au questionnaire ». De quoi s’interroger lorsque la coordination du projet affiche sa satisfaction au sujet de ces 1 % de réponses : « C’est bien pour un questionnaire assez technique… un chiffre honorable si on le compare aux autres projets de PNR sur la France entière ». De tels propos rapportés par la presse locale laissent rêveur. Plutôt que de réfléchir sur les raisons d’un tel échec, on préfère se réjouir d’être le meilleur parmi les pires.

Une enquête publique pour le projet de charte du futur PNR de Gâtine en Deux-Sèvres qui ne fait pas exception

Rappelons ces mots du commissaire enquêteur dans ses conclusions : « L’enquête publique est un temps fort de l’information du public. En favorisant la discussion sur le projet, elle lui permet de participer à l’élaboration de la décision devenue ainsi de meilleure qualité et plus légitime ». Pourtant, celui-ci précise à la suite que « cette enquête a fait l’objet d’une participation assez faible du public ».

Trente-sept journées, 13 lieux d’enquête ouverts au public, 14 permanences réalisées par le commissaire enquêteur afin d’y rencontrer les citoyens. Il était possible également d’envoyer ses commentaires par voie électronique. Quarante-et-une personnes ont été reçues lors de ces permanences et « un total de 97 contributions ont été enregistrées par 84 contributeurs différents. Cela représente 143 observations » pour « 98 % des contributeurs favorables au projet ». Selon le rapport du commissaire enquêteur : « Ce sont les thématiques de la ressource en eau, des énergies, de l’agriculture, de la biodiversité et des paysages ainsi que les haies qui ont comptabilisé le plus de contributions ».

Impossible ici de tout passer en revue, les rapports sont facilement consultables, mais une remarque de la part des porteurs du projet de PNR concernant la ressource en eau et reformulée par le commissaire enquêteur dans ses conclusions interpelle : « il est nécessaire de poursuivre et soutenir les actions déjà engagées par les acteurs de la protection des milieux aquatiques et de la production d’eau potable ». Sans rentrer dans le détail, on peut se demander ce que le PNR pourra et voudra faire concrètement dans ce domaine alors que deux sénateurs de droite très influents en Gâtine et qui, s’exprimant dans l’enquête publique, apportent leur entier soutien au projet de PNR (1), ont voté tout en la durcissant encore la loi d’orientation agricole avec le fameux principe de « non régression agricole », le retour de pesticides interdits, où les zones humides sont considérées comme des freins à l’agriculture et pour le doublement des capacités de stockage d’eau (mégabassines) d’ici 2035 ! Ce qui fait dire à la journaliste Lucie Delaporte dans Médiapart : « sous couvert de « souveraineté agricole », c’est bien la suppression coordonnée des garde-fous environnementaux et sanitaires que les sénateurs et sénatrices ont voulu acter. » Ils ont voté également pour l’affaiblissement de la politique de la protection des captages d’eau potable (2), alors que le PNR ne cesse de rappeler dans l’enquête publique qu’il sera primordial de « créer des Zones de Protection des Aires d’Alimentation de Captages (ZPAAC) permettant la mise en place d’actions pour restaurer la qualité de l’eau (plantations de haies, création de noues) au sein des Aires d’Alimentation de Captages ». Sans oublier que le chef du projet PNR est un élu adhérant à la FNSEA et d’une tendance politique très proche de ces sénateurs.

Dominique Julien-Labruyère, cofondateur du PNR de la Haute Vallée de Chevreuse (créé il y a 40 ans), personnalité de droite, titrait ainsi une tribune publiée en mai 2024 : « Les parcs naturels régionaux sont administrés sans tenir compte de la participation citoyenne ». Pourtant, les porteurs du projet de PNR en Gâtine répondent au commissaire enquêteur concernant l’implication des citoyens dans l’écriture de la charte : « le PNR est un outil d’animation permanent qui ne peut fonctionner qu’avec le territoire, ses acteurs et ses habitants ». Là encore, on peut se demander si une telle réponse correspond à une réelle volonté de leur part. Pour le moment et depuis que les réflexions ont été amorcées (il y a une dizaine d’années), il ne semble pas que ce soit le cas.

« Une autre vie s’invente ici » : une réalité ou un simple slogan parmi tant d’autres ?

On peut sérieusement questionner la pertinence d’un tel slogan, notamment en raison des nombreux exemples que nous pouvons rencontrer dans des PNR existants depuis plus de 50 ans pour certains. Le recul est là et permet de disposer d’une vision intéressante sur cette « autre vie » proposée par chaque PNR. En 2015, Yann Hélary, alors président du PNR du Marais poitevin, qui venait de retrouver sons label, mentionnait en conclusion de son éditorial pour un rapport synthétique faisant le point d’une année d’activité : « Ce document en atteste : une autre vie s’invente ici… ». Onze années plus tard, on est toujours en attente…

La plupart des actions conduites par les parcs relèvent de mesures mises en place à l’échelon national, voire européen. Que ces PNR soient des relais plus importants qu’ailleurs en raison de leurs moyens et des compétences techniques réunies au sein de leurs équipes, c’est très certainement vrai. Mais on serait en droit d’attendre de vraies expériences induites par des PNR pour faire tache d’huile sur l’ensemble du territoire. À titre d’exemple, il serait envisageable d’instaurer sur des territoires labellisés PNR des chambres d’agriculture alternatives ouvertes aux agriculteurs comme aux consommateurs et qui auraient en charge les orientations agricoles au niveau du territoire concerné ainsi qu’une véritable réflexion sur la souveraineté alimentaire.

De même, chaque PNR pourrait envisager d’organiser de véritables universités populaires ouvertes, permettant de replacer la parole des habitant-es au cœur de la démarche, les écouter et les prendre en compte pleinement. Pourquoi ne pas envisager de donner priorité dans les systèmes de production à la propriété d’usage plutôt qu’à la propriété lucrative, ce qui permettrait par exemple d’envisager des installations paysannes sans besoin d’endettement lourd au départ ?

Il ne s’agit même pas de vraies inventions puisque tous ces exemples ont déjà été mis en place auparavant sur d’autres territoires et fonctionnent bien comme au Pays Basque pour les chambres alternatives, ou encore au Larzac, bien avant que ce site soit intégré dans un PNR, pour la propriété d’usage des bâtiments et terres agricoles, l’un des rares endroits où France où le nombre de paysans n’est pas en diminution… Il est sans doute préférable qu’un territoire soit en PNR plutôt que rien. Mais ce label est encore inséré au sein d’un cadre institutionnel trop étroit qui ne lui permet que difficilement d’en sortir. Un cadre d’autant plus contraignant que la structure PNR est trop soumise au bon vouloir politique régional dont dépend une grande partie de ses financements. La Fédération des parcs régionaux affiche comme partenaires : Vinci, Enedis, Engie, Véolia, la FNSEA, ainsi qu’Amaury sport (organisateurs du Tour de France et du rallye raid automobile Dakar). Tous ces organismes qui se proclament, tout comme les PNR, champions du développement durable, veulent-ils réellement des changements qui viseraient à inventer une autre vie ? Le doute est fortement permis.

La plupart des parcs naturels régionaux (PNR) abritent des milieux dominés par une agriculture encore diversifiée, avec de petites fermes à base de polyculture-élevage dans un paysage plutôt bocager, en plaine comme en moyenne montagne. Pour tous ces PNR, l’enjeu lié au maintien et au renforcement d’une activité agricole respectueuse et partenaire du vivant, respectueuse de la nature, des milieux bocagers, fait partie à juste titre de l’affichage de leurs priorités d’action. Ces aspirations figurent dans le projet de charte pour la Gâtine. Mais, sans remettre en cause les motivations et compétences des équipes, les résultats de PNR déjà anciens dans ce domaine sont loin d’être à la hauteur des attentes (3). Ils prouvent aussi que l’existence du label PNR n’est nullement un gage de pérennité pour des milieux fortement influencés par des orientations et des pressions agricoles.

Le futur parc naturel régional de Gâtine sera-t-il réellement l’occasion d’initiatives alternatives, d’une remise en cause de l’orientation globale agricole actuelle afin d’améliorer les conditions de vie des paysans et d’enrayer la chute actuelle du nombre de fermes, d’une véritable prise en compte des bocages dans toute leur complexité, des difficultés sociales (autres qu’agricoles) bien présentes sur ce territoire, de mettre en place des actions destinées à former les habitants et les écouter, ou sera-t-il une simple coquille vide destinée en premier lieu à valoriser quelques élus locaux et promouvoir une sorte d’écotourisme à l’instar de nombreux autres parcs ?

La très faible participation du public au sondage réalisé sur le projet de parc de Gâtine en 2021, puis lors de l’enquête publique en 2026 devrait être prise en compte prioritairement par les porteurs du projet. Il est impératif que l’ensemble de la population concernée soit étroitement associée aux démarches ainsi qu’aux prises de décision futures.

A lire sur ce lien, notre article très complet sur la Gâtine poitevine et son bocage.

(*) Relecture Marie-Do Couturier

(1) Les deux sénateurs sont Gilbert Favreau qui « soutient avec conviction la démarche engagée par le Grand conseil du PNR de Gâtine poitevine » et Philippe Mouiller qui affirme « la pertinence de l’outil Parc Naturel pour ce territoire ». Presqu’en même temps, ils votaient la loi d’orientation agricole !
(2) La droite sénatoriale a adopté, entre autres, le principe que ne seraient pas prises en compte les pollutions causées par des produits désormais interdits, dans les mesures pour protéger les captages.
(3) L’analyse « bilan-évaluation de la charte 2008-2023 » du PNR Normandie-Maine, créé dès 1975, dont le territoire est à dominante rurale, fait ressortir des éléments instructifs concernant la participation du PNR à la mesure 20 de l’axe 2 de sa charte : « inciter et participer au maintien du bocage ». On peut y lire en conclusion de la synthèse générale : « Malgré les nombreuses actions engagées par le Parc et ses partenaires, tant sur la préservation et la replantation du bocage que sur la sensibilisation aux services rendus, le maintien de cette unité paysagère reste complexe. La disparition des linéaires de haies reste chaque année importante malgré le resserrement des cadres règlementaires. L’évolution des pratiques agricoles … participe fortement à cette disparition du bocage ». La charte (2010- 2025) du Parc naturel régional du Perche (PNR créé en 1998) indique que « le système traditionnel de polyculture élevage bovin qui a façonné le paysage bocager du Perche régresse surtout ces dernières décennies au profit des cultures ; les surfaces en prairie ainsi que leurs éléments paysagers associés représentaient 43% de la surface agricole du parc (SAU) en 1988 contre 33% en 2000… ». Douze années après sa création, ce PNR n’avait pas enrayé ces régressions (la charte en question date de 2010). Le bilan dressé pour le PNR de Brière (l’un des premiers créés en France) par un ancien membre de son conseil scientifique, Didier Montfort, est accablant : « destruction du bocage qui continue encore et encore, drainage agricole, destruction des prairies humides et des prairies naturelles… ».

L’article Un projet de parc naturel régional en Gâtine poitevine qui peine à mobiliser la population est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie.

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14.07.2026 à 16:23

La Gâtine deux-sévrienne et son bocage, futur parc naturel régional ?

lsamuel

Texte intégral (2006 mots)

À quelques dizaines de kilomètres du Marais poitevin, vers le nord-est, au milieu du département des Deux-Sèvres et aux confins du massif armoricain, on peut découvrir un pays appelée « Gâtine ».

par Pierre Grillet *

En 1805, Etienne Dupin, préfet des Deux-Sèvres, décrivait ainsi les habitants de cette Gâtine : « Cette contrée ainsi que toute la Gâtine présente un nombre prodigieux de jambes ulcérées, de sourds et d’épileptiques. Les ajoncs qui la recouvrent piquent les jambes des jeunes gens qui, en été et en hiver, ne portent au travail que de larges pantalons de toile sans bas. L’humidité du sol entretient ces plaies et la malveillance les envenime à dessin pour faire réformer le conscrit. ». Ce préfet voyait dans les habitants du bocage, non seulement des gens qu’il qualifiait de « rabougris », une population méprisable qu’il fallait coloniser, mais aussi « des réfractaires prêts à tout pour éviter la conscription » (1).

En 1926, Robert Bobin décrivait ainsi le paysage de cette Gâtine : « Lorsque, du haut du Terrier de Saint-Martin-du-Fouilloux (le point culminant des Deux-Sèvres à 272 mètres d’altitude…), on embrasse l’ensemble de la Gâtine, on la sent vivre, avec ses pâturages clos de haies, ses troupeaux de vaches parthenaises, ses vergers, ses champs ; on sent que la région se suffit à elle-même, et, lorsque, par la pensée, on la revoit telle qu’elle était il y a un demi-siècle, avec ses immenses landes de genêts et d’ajoncs, on ne peut s’empêcher d’admirer le travail opiniâtre du paysan gâtineau qui a fait de son pays, pauvre et inculte, une contrée aujourd’hui riche par endroits et toujours en voie de progrès » (2). On pourrait rajouter à cette description la présence de très nombreuses sources, rivières et prairies humides.

Un tel ensemble bocager ainsi décrit par Bobin a succédé à des paysages auparavant plus ouverts et parsemés de landes. Il a progressivement été mis en place à partir du Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle. En Gâtine deux-sévrienne, on retrouve de nombreuses traces d’enbocagement au XVIe siècle. Parallèlement, cette mise en place de réseaux de haies s’est réalisée alors que la vaine pâture (3), un droit d’usage en commun de la terre, disparaissait (abolition de la vaine pâture par la loi en 1889, mais cette pratique avait déjà été considérablement réduite aux XVII et XVIIIe siècles).

Le bocage gâtinais (comme tous les bocages) est donc une construction humaine partagée avec l’ensemble du vivant. Le bocage est culturel et inclut les humains comme les non-humains. Ces paysages sont composés de multiples habitats qui s’imbriquent les uns dans les autres, loin de cette image simpliste de parcelles agricoles entourées de haies. Ils constituent de véritables complexes d’écosystèmes parfaitement intégrés à des pratiques agricoles non industrielles mais essentielles : « Les différentes composantes paysagères du bocage, telles que les parcelles agricoles et les zones non cultivées comme les arbres isolés, les haies, les talus, les fossés, les boisements et bosquets, les landes, les mares, les étangs, le réseau hydrographique et le réseau de chemins confèrent à ce paysage des fonctions agronomiques, écologiques, culturelles et esthétiques » (4). François Terrasson (NDLR : membre historique des JNE) soulignait ainsi ce lien : « la chance du bocage, c’est qu’il s’agit d’une occupation marquée du territoire qui, au lieu de dire à la Nature : ôte-toi de là que je m’y mette, lui a simplement dit : pousse-toi un peu que je m’y mette » (5). Nous pourrions dire : « fais-moi un peu de place pour vivre ensemble ». Terrasson précisait au sujet du bocage : « c’est une image du monde. Celle d’une humanité qui saurait modifier sans foutre en l’air ».

Nous pourrions aussi évoquer les bocages comme des « middle landscapes », c’est-à-dire des paysages intermédiaires, ni totalement sauvages, ni totalement artificialisés. Un concept cher au philosophe John Baird Callicott (6) … Pour le spécialiste technique des bocages, Jacky Aubineau, un homme du bocage deux sévrien, ces paysages sont un excellent compromis entre les besoins humains et non-humains (7). Pour les gens de bocage, les haies ne représentent pas que des rangées d’arbres bordant des parcelles agricoles. Elles sont peuplées d’êtres fantastiques qu’il est possible de rencontrer de nuit à l’endroit même où on peut franchir ces barrières arborées (8). Des liens forts ont été noués entre ces habitants et leur milieu, avec le reste du vivant comme avec des objets, liens que, pour nombre d’entre nous, il est beaucoup plus simple d’ignorer, voire de discréditer.

Nous sommes dans un monde parmi beaucoup d’autres mondes sur notre planète, comme le soulignent Arturo Escobar (9) en Colombie ainsi que le mouvement zapatiste au Mexique (10). Même au sein du monde des bocages, les similitudes bien réelles ne peuvent effacer des différences importantes existant d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre. C’est pourquoi il est toujours préférable de parler des bocages au pluriel. Cette diversité de mondes doit être préservée, ce qui n’empêche pas ces paysages et leurs habitants d’évoluer. Mais les bocages, tout comme leurs paysans, sont depuis quelques décennies fortement menacés par la recherche des profits à court terme portés par un monde capitaliste dont le rapport au vivant peut se résumer ainsi : on prend en compte, on considère ce qui peut nous aider à faire des profits, le reste qui, pour nous, ne sert à rien ou risque de nous concurrencer doit être réduit au maximum, voire détruit. Le nombre de paysans ne cesse de baisser en France et parmi eux, nombreux sont ceux qui exerçaient en bocage. Un très récent article de Médiapart nous le rappelle : « En quarante ans – en Deux-Sèvres – le nombre d’exploitations du département a fondu : il y en avait 15 000 en 1988, il en reste à peine plus de 4 000 aujourd’hui » (11).

Les bocages ne pourront se maintenir tout en évoluant que sous réserve du maintien d’une paysannerie pratiquant sur de petites échelles à la fois de l’élevage, du maraîchage et des cultures. Ils disparaîtront totalement si on ne remet pas en cause l’agriculture industrielle avec sa logique productiviste qui vise à favoriser un maillage agricole partagé par quelques grosses exploitations de plus en plus gourmandes en énergie. Rien à voir avec un quelconque passéisme. Bien au contraire, les paysans n’ont cessé d’inventer pour améliorer à la fois leurs conditions de vie, leurs outils de travail et leurs pratiques, avec un impact relativement réduit sur les sols et plus globalement leur espace de vie.

En ces moments de canicules répétées et bien que les arbres comme les plantes, les animaux et les humains soufrent partout sur le territoire, disposer d’espaces encore bocagers, donc arborés et bénéficier encore de quelques zones humides fonctionnelles est un atout considérable tant pour les humains que les non humains. Un atout qui peut freiner des effets délétères d’une sècheresse ou d’un épisode très chaud même s’il a aussi ses limites en période extrême et prolongée…

Le territoire de la Gâtine est menacé et fut pendant très longtemps peu considéré, voire méprisé. Un regain d’intérêt pour ces paysages au cours des dernières décennies a incité des naturalistes, élus locaux et associatifs à se réunir pour réfléchir autour d’un éventuel projet de parc naturel régional… Une telle configuration pourra-t-elle agir sur la principale cause de régression de ces paysages ? La démarche a commencé il y a une dizaine d’années, initiée par quelques écologistes locaux, issus du festival du film ornithologique de Ménigoute, vite soutenue par quelques élus. Elle est en 2026 sur le point de se concrétiser. L’une des étapes ultimes étant l’enquête d’utilité publique concernant le projet de charte du futur PNR qui a eu lieu du 20 avril au 26 mai 2026, dont le commissaire enquêteur vient de rendre ses conclusions favorables (lire ici notre article).

* Relecture Marie-Do Couturier

(1) Jordan Guerin-Morin. « En Gâtine, tous rabougris ? ». Le Courrier de l’Ouest. 6 février 2022.
(2) Robert Bobin . « La Gâtine de Parthenay ».  In : Annales de Géographie, t. 35, n°197, 1926. pp. 405-412.
(3) On entend par vaine pâture le droit qu’ont les habitants d’une commune de mener paître leurs bestiaux sur les terres incultes de leur territoire, ainsi que sur les autres fonds non clos, dépouillés de leurs récoltes après les premières et secondes herbes.
(4) Alexandre Boissinot, famille Braconnier, Sophie Morin & Pierre Grillet : Terres de bocage. Concilier Nature et Agriculture. Editions Ouest-France. 2014.
(5) François Terrasson, Un combat pour la nature. Editions Sang de la Terre, 2011.
(6) John Baird Callicott, né en 1941, est professeur à l’université de North Texas et a été président de la Société internationale d’éthique environnementale de 1994 à 2000. Continuateur de l’écologue, forestier et écrivain Aldo Leopold, il est considéré comme l’un des pères fondateurs de la pensée écologiste. Trois ouvrages sont disponibles en français : Genèse : la bible et l’écologie, Éthique de la terre et Pensées de la terre (Wildproject, 2009, 2010, 2011).
(7) Citation paraphrasée extraite de propos tenus par Jacky Aubineau dans le film Au rythme du bocage, de Marie Daniel, Aude-Moreau Gobart et Fabien Mazzocco (2013).
(8) Voir et écouter la conférence de Jean-Loïc le Quellec sur les haies : Brève improvisation sur les haies, le plessage et les sorcières : https://youtu.be/gfyHbN0yEIU?si=HppmMUNBzwoNZeFH
(9) Arturo Escobar, Sentir-Penser avec la terre (2014), Editions Seuil, 2018. Arturo Escobar, d’origine colombienne, est professeur d’anthropologie en Caroline du Nord.
(10) Voir à ce sujet la conférence de Jérôme Baschet & Anselm Jappe : https://www.youtube.com/watch?v=6xc5qBuNpkw
(11) Rémi Carayol. 9 juillet 2026. « Dans les Deux-Sèvres, « c’est comme si c’était le désert pour les agriculteurs ». Médiapart.

Photo : bocage en Gâtine deux-sévrienne © Pierre Grillet

 

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14.07.2026 à 15:34

Prix du journalisme environnemental 2026 : le palmarès

lsamuel

Texte intégral (771 mots)

L’association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie (JNE) et l’Université Paris Dauphine-PSL ont le plaisir de vous annoncer le nom des lauréats du Prix du journalisme environnemental mis en place grâce au soutien de la Fondation Madeleine abritée par la Fondation Dauphine.

 

Notre volonté était de mettre en lumière des enquêtes documentant les multiples aspects de l’urgence écologique et permettant de nourrir le débat public.

Quarante-deux candidatures ont été présentées la plupart sous forme écrite, tandis que quelques-unes utilisaient le son, la vidéo ou la bande dessinée. Un jury composé de membres des JNE et de représentants des écoles membres de la Conférence des écoles de journalisme s’est réuni et a choisi parmi ces propositions, les enquêtes qui lui semblaient les plus abouties tout en s’appuyant sur les principes de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique et les Recommandations pour le traitement des questions scientifiques du Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM).

Ce jury a attribué trois prix d’un montant de 1 000 euros.

Sophie Douce a été récompensée pour son article La sardinelle, un poisson vital pour le Sénégal, capté par l’agro-industrie, parue dans le quotidien La Croix. Le jury a apprécié son côté pédagogique, qui va droit à l’essentiel et donne de l’écho à un sujet assez peu connu et pourtant d’actualité : la transformation de poissons en farines animales pour nourrir les élevages de saumons ou de truites européens et asiatiques.

• Leïla Minano s’est vue décerner un prix pour l’écriture de la partie française de son enquête Décharges oubliées : des milliers de bombes toxiques sur tout le territoire, parue sur le site de Reporterre et réalisée en collaboration avec The Guardian, Investigate Europe et Watershed Investigations. Le jury a été conquis par le travail de terrain, la révélation de données inédites et la mise en œuvre de la coopération entre journalistes européens.

• Sarah Younan a reçu également un prix pour son enquête Après mines : la fin du silence, parue dans la revue Pays, qui révèle les conséquences sanitaires de l’exploitation minière dans les Cévennes, un sujet à méditer alors que les projets de réouverture de mines se multiplient.

Enfin, une mention spéciale, honorifique et non dotée a été attribuée à Hugo Coignard pour son enquête Scandale Kem One : au sud de Lyon, un industriel rejette des tonnes de gaz cancérigène, écrite pour Médiacités. Le jury a tenu à saluer la rigueur de l’écriture et le travail d’investigation dont cet article fait preuve, ainsi que la transparence qui a consisté à révéler l’usage de l’IA dans le recueil de données.

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