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13.04.2026 à 10:07

La forêt « taguée »

lsamuel

Texte intégral (1627 mots)

Les forêts sont soumises à une exploitation industrielle. Dans ce contexte, l’usage par les forestiers publics de bombes de peinture pour diverses tâches achève de considérer l’arbre comme un objet, un matériau inerte, une ressource, mais plus comme un organisme vivant.

par Jean-Claude Génot *

François Terrasson (lire ici le dossier consacré à la rencontre organisée par les JNE à l’occasion du 20e anniversaire de la mort de ce grand naturaliste membre de notre association) aimait à dire qu’une forêt est perçue comme telle si elle ne présente pas la marque apparente de l’ordre humain. Qu’aurait-il dit en voyant l’usage abusif de la peinture dans la gestion forestière ? La bombe de peinture est apparue dans les années 80 et a commencé à remplacer le marteau de martelage avec lequel le forestier désigne les arbres à couper en entaillant l’écorce sur les deux côtés du tronc (et sur la souche quand l’exploitation ne se fait pas en régie par l’ONF). L’usage du marteau a provoqué de nombreux troubles musculo-squelettiques parmi les forestiers.

Arbre « bio » à conserver © JC Génot

Du coup, la bombe de peinture est apparue comme un soulagement et un gain de temps puisqu’il suffit de faire un simple trait de peinture sur le tronc. Toutefois, la peinture contient des composés organiques volatils aux effets potentiels indésirables (irritation des yeux, du nez, de la gorge et de la peau, maux de tête, vertiges, toux, etc.) et cela bien que les forestiers l’utilisent en plein air. Comme toujours avec un nouvel outil, on règle des problèmes, mais on en crée d’autres.

 

Numéro de parcelle et limite © JC Génot

Aujourd’hui ,certaines Unités Territoriales (1) de l’ONF utilisent la peinture à 100 %. La forêt domaniale que je fréquente est bien dotée en signes divers et variés. Ainsi ce sont non seulement les arbres à couper qui sont identifiés par un trait rouge de chaque côté du tronc, mais aussi des arbres d’avenir (couleur chamois), des lots numérotés avec des flèches pour indiquer les zones destinées aux gens qui font du bois de chauffage. Parfois dans ces lots chaque arbre est numéroté à la peinture, des arbres en bord de chemin à couper désignés par un rond rouge, des pistes pour les débardeurs et des futurs cloisonnements pour les abatteuses, des tas de bois coupés avec des inscriptions comme chauffage, BIL (bois industriel long) ou danger pour éviter que des gens ne grimpent sur la pile de grumes, des limites de parcelles avec un trait large blanc et le numéro de parcelle sur un fond blanc, des limites de forêt domaniale ou de réserve intégrale avec deux traits larges blancs, des arbres « bios » désignés d’un triangle (rouge ou jaune), des îlots de sénescence avec un S blanc encadré parfois de deux traits de même couleur sur des arbres en périphérie, des îlots de vieillissement avec un V couleur chamois, sans oublier les emplacements pour la chasse avec un numéro ou un F comme fusil et parfois avec de la rubalise qui sont le fait des chasseurs.

Arbre d’avenir à faire fructifier © JC Génot

En général, les couleurs chaudes (rouge) indiquent les arbres à enlever tandis que les couleurs froides (blanc, vert, bleu) sont utilisées pour des marquages pérennes ou directionnels (cloisonnements indiquant des voies d’accès pour le débardage des grumes). Pour qui est observateur, impossible de marcher dans les forêts des Vosges du Nord sans voir ces « tags sylvicoles » qui soulignent que la forêt est bien une usine à bois, un terrain de chasse et un lieu de loisirs car il ne faut pas oublier le marquage des multiples sentiers pédestres et des parcours de VTT à l’aide de plaquettes métalliques fixées sur les arbres.

Indication d’un lot pour le bois de chauffage © JC Génot

Mais la peinture a un défaut, elle n’assure pas un marquage pérenne et s’efface avec les intempéries. Si ce n’est pas un problème pour les arbres à couper, c’est plus gênant pour ceux qui doivent être conservés ou pour des îlots de sénescence dont la délimitation est importante par rapport aux exploitations voisines. Avec l’usage de la peinture, les arbres à protéger ou arbres « bios » étaient désignés par une marque faite à l’aide d’une griffe, visible durant des décennies, surtout sur des écorces fines comme celle du hêtre, principale espèce recrutée pour les arbres « bios ». La manipulation d’une bombe de peinture est d’une telle facilité que l’on peut en user et en abuser dans la gestion quotidienne.

Poste de chasse © JC Génot

Même les activités de recherche génèrent des marquages à la peinture comme je l’ai vu faire dans une réserve intégrale chez nos voisins allemands. Que signifient toutes ces marques visibles sinon la preuve d’une appropriation technique de la forêt et de sa domestication ? Face à ces couleurs criardes de la modernité forestière, on excuserait presque les graffitis faits au couteau sur de nombreux arbres… Exit la poésie et la beauté des grands arbres et des sous-bois, priorité à la visibilité de l’exploitation « durable ». Comme le soulignait François Terrasson, l’homme se considère comme « l’aboutissement parfait de la création et doit donc prendre en charge la nature, en la transformant pour qu’elle soit marquée par lui » Il ne croyait pas si bien dire avec une forêt désormais marquée à la peinture…

* Ecologue

(1) Une unité territoriale regroupe 8 à 10 techniciens ou « gardes » forestiers ».

Photo du haut : arbre à couper © JC Génot

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08.04.2026 à 21:37

L’intelligence des plantes par Fleur Daugey

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(308 mots)

Peut-on parler d’intelligence des plantes ? Les arbres-mères existent-ils ? Fleur Daugey, éthologue, fait le point sur les controverses autour de la sensibilité, de la communication, de la personnalité ou de la conscience, réelles ou supposées, des plantes.

Si l’ensemble des biologistes reconnaît les facultés sensorielles des plantes, certains hésitent encore à parler d’intelligence végétale. Les plantes échangent des informations avec d’autres plantes et d’autres animaux ; elles sont capables d’apprentissage et de mémorisation et déploient une forme de sensibilité et de communication étonnamment proche de l’intelligence collective des insectes sociaux.

Elles font partie de la grande famille du vivant : elles font face aux mêmes contraintes et aux mêmes défis pour vivre, survivre et se reproduire. Sensibilité, communication, intelligence, personnalité… La botanique continue d’explorer ces questions et d’accumuler les preuves qui bousculent nos préjugés. Cela s’inscrit dans la lignée des grandes révolutions qui ont fait l’histoire des sciences, de celle qui nous pousse à repenser notre représentation du monde, et de nous-même.

Un ouvrage d’une grande fraicheur d’esprit, qui œuvre pour le respect des êtres vivants parmi les moins protégés : les plantes.

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Éditions Ulmer, 208 pages, 20 € – www.editions-ulmer.fr
Contact presse : Sonia Henri. Tél.: 01 88 26 01 81- presse@editions-ulmer.fr
(Gabriel Ullmann)
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