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Engagés pour la nature et l'alimentation.

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13.01.2026 à 15:32

L’alimentation, grande cause populaire

Fabrice Savel

Texte intégral (847 mots)

Un objet du quotidien, tout simple, rond le plus souvent, est le réceptacle d’une lutte des classes globale, féroce. Un objet usuel dans la plupart des foyers. Une assiette, des assiettes que l’on transmet parfois de génération en génération, marquées par l’usure du temps et les souvenirs des repas familiaux.

Attablés devant elles, des mangeurs contraints par la faiblesse de leur revenu et leur temps de vie rogné par le travail. Au menu, des produits industriels à bas coût, ultra transformés et marketés pour conformer les goûts et les habitudes alimentaires
aux désidératas de l’agrobusiness.

Ce combat de classe qui ne dit pas son nom se déroule chaque jour, sous nos yeux, aux heures des repas, dans des assiettes, parfois bien vides, garnies d’aliments qui n’apportent pas les nutriments nécessaires et, de surcroît, sont mauvais pour la santé. En réalité, leur fonction principale est d’engraisser toujours plus les multinationales de l’agroalimentaire, de la grande distribution et leurs actionnaires.

D’un côté, celles et ceux qui n’ont que leur travail, leur allocation ou leur pension de retraite pour vivre et se nourrir. De l’autre, les firmes mondiales de l’agrobusiness, de la chimie, du machinisme agricole et les cinq mastodontes de la grande distribution (E. Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan et Coopérative U) qui dominent l‘achat de 80 % des produits alimentaires en France.

Sans oublier les fantassins de cette guerre du marché mondial de l’alimentation. Les travailleuses et travailleurs paysans qui n’arrivent pas à vivre de leur travail ainsi que les ouvrières et ouvriers, sous payés et exploités, des usines de l’agroalimentaire et de toute la chaîne de la distribution. Sans oublier les paysans et les travailleurs pauvres de tous les continents, parfois réduits à l’esclavage pour produire des matières premières alimentaires vendues à bas prix ici, en concurrence avec les productions des agriculteurs français et européens.

Dans des cargos chargés à bloc, des millions de tonnes de soja produit sur la déforestation de l’Amazonie traversent l’océan pour nourrir du bétail en France et en Europe. Des animaux et des produits carnés font le tour du globe pour satisfaire aux lois d’airain du libre-échange, au mépris total de l’environnement, du bien être animal, de la santé et du travail humain.

Ainsi, la réponse à ce besoin primaire, manger, est sous l’emprise du capitalisme financiarisé et mondialisé qui mène partout une guerre économique destructrice des humains, des sociétés, du vivant et de la planète.
Et, cette marchandisation outrancière tend à individualiser et standardiser les habitudes alimentaires, les cultures gastronomiques, les rituels du repas, la convivialité, le temps du partage.

Pendant que les files d’attentes des distributions alimentaires s’allongent dans notre pays, la faim frappe près de 10 % de la population mondiale. Au total, en 2024, plus de 733,4 millions de personnes étaient chroniquement sous-alimentées, soit 36 % de plus qu’il y a dix ans, selon les estimations issue des travaux de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Programme alimentaire mondial, du Fonds international de développement agricole (FIDA), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Unicef.

Des paysans qui n’arrivent plus à vivre de leur travail, la faim qui n’en finit pas de faire des millions de victimes, des produits alimentaires dangereux pour la santé et l’environnement… Sous la férule du capitalisme, aujourd’hui, la faim tue, manger tue.

Alors que le Droit à une alimentation adéquate, saine, accessible, de qualité et en quantité suffisante, est établi par les organisations des Nations unies, la plupart des États et des pouvoirs politiques serviles, laissent les mains libres aux tenants de l’agrobusiness.

Désormais, la lutte pour la réalisation du droit à l’alimentation est un enjeu populaire mondial pour l’extraire des griffes du marché capitaliste. L’alimentation doit redevenir l’affaire de toutes et tous par l’avènement d’une démocratie alimentaire, du sol à l’assiette, qui garantit partout un droit à l’alimentation, plein et entier.

Pour nous, c’est un combat communiste fédérateur de notre temps contre ce capitalisme vorace qui s’engraisse sur l’exploitation de la nature, du travail et des besoins humains, même vitaux.

Un combat politique, économique, social, écologique, culturel, civilisationnel.

Puisse La Terre être utile à toutes celles et ceux qui s’engagent, à leur façon, à la ville et à la campagne, ici et à travers le monde, dans cette bataille existentielle pour garantir le droit à des aliments choisis, bons pour le goût et la santé, dont la production permette de vivre et de préserver la nature. C’est notre engagement.

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12.01.2026 à 06:39

Faites de l’alimentation un droit en Europe

La Terre

(326 mots)

L’alimentation est un droit humain fondamental. Ou plutôt, elle devrait l’être.
Alors que le droit à l’alimentation est reconnu par les conventions internationales, il n’est aujourd’hui pas réellement mis en œuvre.

Si cette Initiative citoyenne européenne pour le droit à l’alimentation aboutit, elle pourrait permettre de faire de ce droit une réalité concrète en Europe. 👉 Et donc garantir à tout le monde un accès digne à une alimentation choisie, saine et durable, produite dans le respect des paysan·nes.

Vous avez une opportunité inédite de reprendre le pouvoir sur votre alimentation.

Faites de l’alimentation un droit en Europe ! Signez l’Initiative citoyenne européenne : https://bit.ly/3L9TUxR

hashtag#OnmangeOndécide

Alors que l’Union Européenne a signé l’accord Mercosur, vous avez la possibilité d’agir et de faire reconnaître le droit à l’alimentation au niveau européen.

L’alimentation est un droit humain qui ne peut pas être subordonné à des accords commerciaux. L’Initiative Citoyenne Européenne est un outil concret pour faire primer le droit à l’alimentation sur les règles du commerce.

Les systèmes alimentaires ne peuvent plus être sacrifiés au nom du commerce.

Dumping agricole, prix injustes, doubles standards environnementaux, pesticides interdits en Europe mais exportés ailleurs : ce modèle détruit les agriculteurs, ici comme ailleurs, et affaiblit notre souveraineté alimentaire.

Les produits agricoles et les denrées alimentaires ne sont pas des marchandises ordinaires. Vous avez la possibilité de le faire reconnaître par l’Union Européenne.

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08.01.2026 à 12:34

Cancers, diabète… Les soupçons sanitaires s’accentuent sur plusieurs conservateurs alimentaires

Fabrice Savel

Texte intégral (1010 mots)

Sulfites, nitrites, sorbates… Très présents dans les aliments industriels, ces additifs sont soupçonnés depuis des années de favoriser l’apparition de certaines pathologies. Deux importantes études françaises montrent aujourd’hui qu’ils sont associés à un plus grand risque de cancers et de diabète.

Si ces conclusions de ces études, réalisées par la même équipe de l’Inserm et publiées jeudi dans les revues BMJ et Nature Communications, doivent être interprétées avec prudence, au regard de l’ampleur modérée des risques observés, ces travaux sont d’une robustesse inédite.

Pour l’épidémiologiste Mathilde Touvier, qui a supervisé les deux études, « ce n’est pas parce qu’on va consommer des produits avec des conservateurs qu’on va avoir tout de suite un cancer, mais il faut limiter la fréquence de l’exposition à ces produits. Le message pour le grand public, c’est, face à un rayon de supermarché, de privilégier les aliments les moins transformés. »

Ces publications s’inscrivent dans un contexte où les risques sanitaires de nombreux aliments industriels sont de mieux en mieux documentés, mais où leur régulation fait encore l’objet de combats politiques.

Ainsi, « ces résultats pourraient avoir des implications importantes en matière de santé publique, au vu de l’omniprésence des conservateurs dans une large gamme d’aliments et de boissons », conclut l’étude publiée dans Nature Communications, qui se concentre sur le risque de diabète.

Lire aussi : Aliments ultratransformés : quels effets sur notre santé et comment réduire notre exposition ?
Par Mathilde Touvier, Directrice de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inrae, Cnam, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité.

En France, la publication d’un plan stratégique sur l’alimentation et le climat a, ainsi, été bloquée à la dernière minute à l’automne, en raison de « désaccords » gouvernementaux sur les risques représentés par les aliments ultra-transformés, sous la pression des géants de l’agroalimentaires et de la grande distribution.

Dans ce contexte, ces deux études publiées jeudi apportent d’importants éléments de réponse. C’est la première fois que des chercheurs parviennent à distinguer de manière aussi précise les risques associés à chaque conservateur.

Ils se sont basés sur l’étude d’une large cohorte de Français – plus de 100.000 personnes -, suivis pendant plusieurs années avec des questionnaires très réguliers sur leur alimentation ainsi que des données précises sur la composition des produits consommés.

Ils en concluent que la consommation de plusieurs conservateurs – en particulier les sorbates, les sulfites et les nitrites – est associée à une plus grande fréquence de cancers. L’association la plus forte concerne le nitrite de sodium (E250) et le cancer de la prostate, dont le risque est augmenté d’environ un tiers.

Ce degré de risque reste limité au niveau individuel – à titre de comparaison, le tabagisme multiplie par plus de 15 le risque de cancer du poumon chez les gros fumeurs. Mais, au niveau collectif, il représente un nombre élevé de malades supplémentaires, au vu de la présence importante de ces additifs dans l’alimentation.

Et, par rapport au cancer, les risques associés aux conservateurs apparaissent parfois plus marqués pour le diabète. Ainsi, la consommation régulière de sorbate de potassium (E202) est associée à une fréquence deux fois plus élevée de cette pathologie.

Certes, malgré la solidité de leur méthodologie, ces travaux ne permettent pas de conclure à un mécanisme direct de cause à effet entre ces problèmes de santé et la consommation des additifs concernés.

Les sulfites, par exemple, sont principalement présents dans des boissons alcoolisées, comme le soulignent deux chercheurs n’ayant pas participé à ces études, Xinyu Wang et Edward Giovannucci, dans un commentaire publié dans la même édition du BMJ. Difficile donc de faire la part des choses entre l’effet de ces conservateurs et celui, très bien documenté, de l’alcool lui-même.

Qui plus est, rappellent-ils, « les conservateurs présentent d’importants bénéfices en prolongeant la durée de vie des produits et en réduisant le coût de l’alimentation (…) pour les plus modestes ».

Mais l’emploi de ces additifs est « très fréquent et souvent mal évalué, alors que leurs effets à long terme sont incertains », notent ces chercheurs. L’étude de l’Inserm plaide d’ailleurs pour une réévaluation de leur encadrement avec, notamment, « des limites plus strictes quant à leur usage ».

Avec AFP.


Image by achirathep from Pixabay.

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23.12.2025 à 11:27

Aliments ultratransformés : quels effets sur notre santé et comment réduire notre exposition ?

The Conversation

Texte intégral (4310 mots)

Par Mathilde Touvier, Directrice de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inrae, Cnam, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité, Université Paris Cité et Bernard Srour, Chercheur en épidémiologie au CRESS-EREN (INRAE, Inserm, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité), titulaire de la chaire de Professeur Junior INRAE sur les rythmes alimentaires, et coordonnateur du Réseau NACRe (Nutrition Activité physique Cancer Recherche)., Inrae; Inserm

Souvent trop sucrés, trop salés et trop caloriques, les aliments ultratransformés contiennent en outre de nombreux additifs, arômes et autres substances résultant de leurs modes de fabrication industriels. Or, les preuves des liens entre leur consommation et divers troubles de santé s’accumulent. Le point sur l’état des connaissances.


The Kraft Heinz Company, Mondelez International, Post Holdings, The Coca-Cola Company, PepsiCo, General Mills, Nestlé USA, Kellogg’s, Mars Incorporated et Conagra Brands… au-delà de leur secteur d’activité – l’agroalimentaire – et de leur importance économique, ces dix entreprises partagent désormais un autre point commun : elles sont toutes visées par une procédure judiciaire engagée par la Ville de San Francisco, aux États-Unis. Selon le communiqué de presse publié par les services du procureur de la ville David Chiu, cette plainte est déposée, car

Ces sociétés « savai[en]t que [leurs] produits rendaient les gens malades, mais [ont] continué à concevoir et à commercialiser des produits de plus en plus addictifs et nocifs afin de maximiser [leurs] profits ».

Cette procédure survient quelques jours après la publication, dans la revue médicale The Lancet, d’un long dossier consacré aux effets des aliments ultratransformés sur la santé. Parmi les travaux présentés figure l’analyse approfondie de la littérature scientifique disponible sur ce sujet que nous avons réalisée.

Voici ce qu’il faut savoir des conséquences de la consommation de tels aliments, en tenant compte des connaissances les plus récentes sur le sujet.

Qu’appelle-t-on « aliments ultratransformés » ?

À l’heure actuelle, en France, on estime qu’en moyenne de 30 à 35 % des calories consommées quotidiennement par les adultes proviennent d’aliments ultratransformés. Cette proportion peut atteindre 60 % au Royaume-Uni et aux États-Unis. Si dans les pays occidentaux, les ventes de ces produits se sont stabilisées (quoiqu’à des niveaux élevés), elles sont en pleine explosion dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Comme leur nom l’indique, les aliments ultratransformés sont des aliments, ou des formulations issues d’aliments, qui ont subi des transformations importantes lors de leur élaboration. Ils sont fabriqués de façon industrielle, selon une grande diversité de procédés (chauffage à haute température, hydrogénation, prétraitement par friture, hydrolyse, extrusion, etc.) qui modifient radicalement la matrice alimentaire de départ.

Par ailleurs, les aliments ultratransformés sont caractérisés dans leur formulation par la présence de « marqueurs d’ultra-transformation », parmi lesquels les additifs alimentaires destinés à en améliorer l’apparence, le goût ou la texture afin de les rendre plus appétissants et plus attrayants : colorants, émulsifiants, édulcorants, exhausteurs de goût, etc. À l’heure actuelle, 330 additifs alimentaires sont autorisés en France et dans l’Union européenne.



En outre, des ingrédients qui ne sont pas concernés par la réglementation sur les additifs alimentaires entrent aussi dans la composition des aliments ultratransformés. Il s’agit par exemple des arômes, des sirops de glucose ou de fructose, des isolats de protéines, etc.

En raison des processus de transformation qu’ils subissent, ces aliments peuvent également contenir des composés dits « néoformés », qui n’étaient pas présents au départ, et dont certains peuvent avoir des effets sur la santé.

Dernier point, les aliments ultratransformés sont généralement vendus dans des emballages sophistiqués, dans lesquels ils demeurent souvent conservés des jours voire des semaines ou mois. Ils sont aussi parfois réchauffés au four à micro-ondes directement dans leurs barquettes en plastique. De ce fait, ils sont plus susceptibles de contenir des substances provenant desdits emballages.

Les procédés possibles et les additifs autorisés pour modifier les aliments sont nombreux. Face à la profusion d’aliments présents dans les rayons de nos magasins, comment savoir si un aliment appartient à la catégorie des « ultratransformés » ?

Une classification pour indiquer le niveau de transformation

Un bon point de départ pour savoir, en pratique, si un produit entre dans la catégorie des aliments ultratransformés est de se demander s’il contient uniquement des ingrédients que l’on peut trouver traditionnellement dans sa cuisine. Si ce n’est pas le cas (s’il contient par exemple des émulsifiants, ou des huiles hydrogénées, etc.), il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’un aliment ultratransformé.

La classification NOVA

Dans les années 2010, le chercheur brésilien Carlos Monteiro et son équipe ont proposé une classification des aliments fondée sur leur degré de transformation. Celle-ci comporte quatre groupes :
  • les aliments pas ou peu transformés ;
  • les ingrédients culinaires (sel, sucre, matières grasses animales et végétales, épices, poivre…) ;
  • les aliments transformés combinant les deux premiers groupes ;
  • les aliments ultratransformés.

Dans le groupe des aliments ultratransformés figurent par exemple les sodas, qu’ils soient sucrés ou édulcorés, les légumes assaisonnés de sauces contenant des additifs alimentaires, les steaks végétaux reconstitués ou les pâtisseries, les confiseries et barres chocolatées avec ajout d’additifs, les nouilles déshydratées instantanées, les yaourts édulcorés…

Saucisses et jambons, qui contiennent des nitrites, sont classés comme « aliments ultratransformés », tandis qu’une viande simplement conservée en salaison est considérée comme des « transformée ». De la même façon, les soupes liquides en brique préparées uniquement avec des légumes, des herbes et des épices sont considérées comme des « aliments transformés », alors que les soupes déshydratées, avec ajout d’émulsifiants ou d’arômes sont classées comme « aliments ultratransformés ».

Des aliments qui contiennent plus de sucre, plus de sel, plus de gras

Les aliments ultratransformés sont en moyenne plus pauvres en fibres et en vitamines que les autres aliments, tout en étant plus denses en énergie et plus riches en sel, en sucre et en acides gras saturés. En outre, ils pousseraient à manger davantage.

De nombreuses études ont également montré que les régimes riches en aliments ultratransformés étaient par ailleurs associés à une plus faible consommation d’aliments nutritionnellement sains et favorables à la santé.

Or, on sait depuis longtemps maintenant que les aliments trop sucrés, trop salés, trop riches en graisses saturées ont des impacts délétères sur la santé s’ils sont consommés en trop grande quantité et fréquence. C’est sur cette dimension fondamentale que renseigne le Nutri-Score.

Il faut toutefois souligner que le fait d’appartenir à la catégorie « aliments ultratransformés » n’est pas systématiquement synonyme de produits riches en sucres, en acides gras saturés et en sel. En effet, la qualité nutritionnelle et l’ultra-transformation/formulation sont deux dimensions complémentaires, et pas colinéaires.

Cependant, depuis quelques années, un nombre croissant de travaux de recherche ont révélé que les aliments ultratransformés ont des effets délétères sur la santé qui ne sont pas uniquement liés à leur qualité nutritionnelle.

Des effets sur la santé avérés, d’autres soupçonnés

Afin de faire le point sur l’état des connaissances, nous avons procédé à une revue systématique de la littérature scientifique sur le sujet. Celle-ci nous a permis d’identifier 104 études épidémiologiques prospectives.

Ce type d’étude consiste à constituer une cohorte de volontaires dont les consommations alimentaires et le mode de vie sont minutieusement renseignés, puis dont l’état de santé est suivi sur le long terme. Certains des membres de la cohorte développent des maladies, et pas d’autres. Les données collectées permettent d’établir les liens entre leurs expositions alimentaires et le risque de développer telle ou telle pathologie, après prise en compte de facteurs qui peuvent « brouiller » ces associations (ce que les épidémiologistes appellent « facteurs de confusion » : tabagisme, activité physique, consommation d’alcool, etc.).

Au total, 92 des 104 études publiées ont observé une association significative entre exposition aux aliments ultratransformés et problèmes de santé.

Les 104 études prospectives ont dans un second temps été incluses dans une méta-analyse (autrement dit, une analyse statistique de ces données déjà publiées), afin d’effectuer un résumé chiffré de ces associations.

Les résultats obtenus indiquent que la mortalité prématurée toutes causes confondues était l’événement de santé associé à la consommation d’aliments transformés pour lequel la densité de preuve était la plus forte (une vingtaine d’études incluses dans la méta-analyse).

Pour le formuler simplement : les gens qui consommaient le plus d’aliments ultratransformés vivaient en général moins longtemps que les autres, toutes choses étant égales par ailleurs en matière d’autres facteurs de risques.

Les preuves sont également solides en ce qui concerne l’augmentation de l’incidence de plusieurs pathologies : maladies cardiovasculaires, obésité, diabète de type 2 et dépression ou symptômes dépressifs.

La méta-analyse suggérait également une association positive entre la consommation d’aliments ultratransformés et le risque de développer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (quatre études incluses).

En ce qui concerne les cancers, notamment le cancer colorectal, les signaux indiquant une corrélation potentielle sont plus faibles. Il faudra donc mener d’autres études pour confirmer ou infirmer le lien.

Des résultats cohérents avec les travaux expérimentaux

Au-delà de ces études de cohorte, ces dernières années, diverses études dites « interventionnelles » ont été menées. Elles consistent à exposer des volontaires à des aliments ultratransformés et un groupe témoin à des aliments pas ou peu transformés, afin de suivre l’évolution de différents marqueurs biologiques (sur une période courte de deux ou trois semaines, afin de ne pas mettre leur santé en danger).

C’est par exemple le cas des travaux menés par Jessica Preston et Romain Barrès, qui ont montré avec leurs collaborateurs que la consommation d’aliments ultratransformés entraînait non seulement une prise de poids plus importante que les aliments non ultratransformés, à calories égales, mais qu’elle perturbait aussi certaines hormones, et était liée à une baisse de la qualité du sperme.

Ces résultats suggèrent que ce type de nourriture serait délétère à la fois pour la santé cardiométabolique et pour la santé reproductive. Les résultats de plusieurs essais randomisés contrôlés menés ces dernières années vont dans le même sens. Cinq ont été répertoriés et décrits dans notre article de revue, et d’autres sont en cours.

Les aliments ultratransformés impactent donc la santé, et ce, très en amont du développement de maladies chroniques comme le diabète.

D’autres travaux expérimentaux, comme ceux de l’équipe de Benoît Chassaing, révèlent que la consommation de certains émulsifiants qui sont aussi des marqueurs d’ultra-transformation perturbe le microbiote. Elle s’accompagne d’une inflammation chronique, et a été associée au développement de cancers colorectaux dans des modèles animaux.

Rappelons que la majorité des additifs contenus dans les aliments ultratransformés n’ont pas d’intérêt en matière de sécurité sanitaire des aliments. On parle parfois d’additifs « cosmétiques », ce terme n’ayant pas de valeur réglementaire.

Ils servent uniquement à rendre les produits plus appétissants, améliorant leur apparence ou leurs qualités organoleptiques (goût, texture) pour faire en sorte que les consommateurs aient davantage envie de les consommer. Ils permettent aussi de produire à plus bas coût, et d’augmenter les durées de conservation.

Au-delà du principe de précaution

En 2019, à la suite de l’avis du Haut Conseil de la santé publique, le quatrième programme national nutrition santé (PNNS) introduisait pour la première fois la recommandation officielle de favoriser les aliments pas ou peu transformés et limiter les aliments ultratransformés, tels que définis par la classification NOVA.

À l’époque, cette recommandation se fondait sur un nombre relativement restreint de publications, notamment les premières au monde ayant révélé des liens entre aliments ultratransformés et incidence de cancers, maladies cardiovasculaires et diabète de type 2, dans la cohorte française NutriNet-Santé. Il s’agissait donc avant tout d’appliquer le principe de précaution.

Aujourd’hui, les choses sont différentes. Les connaissances accumulées grâce aux nombreuses recherches menées ces cinq dernières années dans le monde ont apporté suffisamment de preuves pour confirmer que la consommation d’aliments ultratransformés pose un réel problème de santé publique.

Dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé, nous avons, par exemple, désormais publié une douzaine d’articles montrant des liens entre la consommation d’émulsifiants, de nitrites, d’édulcorants ainsi que celle de certains mélanges d’additifs et une incidence plus élevée de certains cancers, maladies cardiovasculaires, d’hypertension et de diabète de type 2.

De potentiels « effets cocktails » ont également été suggérés grâce à un design expérimental mis en place par des collègues toxicologues. Des indices collectés lors de travaux toujours en cours suggèrent également que certains colorants et conservateurs pourraient eux aussi s’avérer problématiques. Rappelons en outre qu’en 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé l’aspartame comme « possiblement cancérigène » pour l’être humain (groupe 2B).

Le problème est que nous sommes exposés à de très nombreuses substances. Or, les données scientifiques concernant leurs effets, notamment sur le long terme ou lorsqu’elles sont en mélange, manquent. Par ailleurs, tout le monde ne réagit pas de la même façon, des facteurs individuels entrant en ligne de compte.

Il est donc urgent que les pouvoirs publics, sur la base des connaissances scientifiques les plus récentes, s’emparent de la question des aliments ultratransformés. Mais par où commencer ?

Quelles mesures prendre ?

Comme souvent en nutrition de santé publique, il est nécessaire d’agir à deux niveaux. Au niveau du consommateur, le cinquième programme national nutrition santé, en cours d’élaboration, devrait pousser encore davantage la recommandation de limiter la consommation d’aliments ultratransformés.

Il s’agira également de renforcer l’éducation à l’alimentation dès le plus jeune âge (et la formation des enseignants et des professionnels de santé) pour sensibiliser les publics à cette question.

En matière d’information des consommateurs, l’étiquetage des denrées alimentaires joue un rôle clé. La première urgence reste de rendre obligatoire le Nutri-Score sur l’ensemble des produits, comme cela est plébiscité par plus de 90 % de la population française, d’après Santé publique France. Les citoyennes et citoyens ont leur rôle à jouer en ce sens, en signant la pétition sur le site de l’Assemblée nationale.

À ce sujet, soulignons que des évolutions du logo Nutri-Score sont envisagées pour mieux renseigner les consommateurs, par exemple en entourant de noir le logo lorsqu’il figure sur des aliments appartenant à la catégorie NOVA « ultratransformé ». Un premier essai randomisé mené sur deux groupes de 10 000 personnes a démontré que les utilisateurs confrontés à un tel logo nutritionnel sont nettement plus à même d’identifier si un produit est ultratransformé, mais également que le Nutri-Score est très performant lorsqu’il s’agit de classer les aliments selon leur profil nutritionnel plus ou moins favorable à la santé.

Il est également fondamental de ne pas faire porter tout le poids de la prévention sur le choix des consommateurs. Des modifications structurelles de l’offre de nos systèmes alimentaires sont nécessaires.

Par exemple, la question de l’interdiction de certains additifs (ou d’une réduction des seuils autorisés), lorsque des signaux épidémiologiques et/ou expérimentaux d’effets délétères s’accumulent, doit être posée dans le cadre de la réévaluation de ces substances par les agences sanitaires. C’est en particulier le cas pour les additifs « cosmétiques » sans bénéfice santé.

Les leviers économiques

Au-delà de la réglementation liée à la composition des aliments ultratransformés, les législateurs disposent d’autres leviers pour en limiter la consommation. Il est par exemple possible de réguler leur marketing et de limiter leur publicité, que ce soit à la télévision, dans l’espace public ou lors des événements sportifs, notamment.

Ce point est d’autant plus important en ce qui concerne les campagnes qui ciblent les enfants et les adolescents, particulièrement vulnérables au marketing. Des tests d’emballage neutre – bien que menés sur de petits effectifs – l’ont notamment mis en évidence.

Autre puissant levier : le prix. À l’instar de ce qui s’est fait dans le domaine de la lutte contre le tabagisme, il pourrait être envisageable de taxer les aliments ultratransformés et ceux avec un Nutri-Score D ou E et, au contraire, de prévoir des systèmes d’incitations économiques pour faire en sorte que les aliments les plus favorables nutritionnellement, pas ou peu ultratransformés, et si possible bio, soient les plus accessibles financièrement et deviennent les choix par défaut.

Il s’agit aussi de protéger les espaces d’éducation et de soin en interdisant la vente ou la distribution d’aliments ultratransformés, et en y améliorant l’offre.

Il est également fondamental de donner les moyens à la recherche académique publique, indemne de conflits d’intérêt économiques, de conduire des études pour évaluer les effets sur la santé des aliments industriels. Ce qui passe par une amélioration de la transparence en matière de composition de ces produits.

Un manque de transparence préjudiciable aux consommateurs

À l’heure actuelle, les doses auxquelles les additifs autorisés sont employés par les industriels ne sont pas publiques. Lorsque les scientifiques souhaitent accéder à ces informations, ils n’ont généralement pas d’autre choix que de faire des dosages dans les matrices alimentaires qu’ils étudient.

C’est un travail long et coûteux : lors de nos travaux sur la cohorte NutriNet-Santé, nous avons dû réaliser des milliers de dosages. Nous avons aussi bénéficié de l’appui d’associations de consommateurs, comme UFC-Que Choisir. Or, il s’agit d’informations essentielles pour qui étudie les impacts de ces produits sur la santé.

Les pouvoirs publics devraient également travailler à améliorer la transparence en matière de composition des aliments ultratransformés, en incitant (ou en contraignant si besoin) les industriels à transmettre les informations sur les doses d’additifs et d’arômes employées, sur les auxiliaires technologiques utilisés, sur la composition des matériaux d’emballages, etc. afin de permettre l’évaluation de leurs impacts sur la santé par la recherche académique.

Cette question de la transparence concerne aussi l’emploi d’auxiliaires technologiques. Ces substances, utilisées durant les étapes de transformation industrielle, ne sont pas censées se retrouver dans les produits finis. Elles ne font donc pas l’objet d’une obligation d’étiquetage. Or, un nombre croissant de travaux de recherche révèle qu’en réalité, une fraction de ces auxiliaires technologiques peut se retrouver dans les aliments.

C’est par exemple le cas de l’hexane, un solvant neurotoxique utilisé dans l’agro-industrie pour améliorer les rendements d’extraction des graines utilisées pour produire les huiles végétales alimentaires.

Le poids des enjeux économiques

Le manque de transparence ne se limite pas aux étiquettes des aliments ultratransformés. Il est également important de vérifier que les experts qui travaillent sur ces sujets n’ont pas de liens d’intérêts avec l’industrie. L’expérience nous a appris que lorsque les enjeux économiques sont élevés, le lobbying – voire la fabrique du doute – sont intenses. Ces pratiques ont été bien documentées dans la lutte contre le tabagisme. Or, les aliments ultratransformés génèrent des sommes considérables.

Enjeux économiques

  • Entre 2009 et 2023, les ventes mondiales sur le marché des aliments ultratransformés sont passées de 1 500 milliards de dollars à 1 900 milliards de dollars (en dollars américains constants de 2023, à prix constants ; soit environ de 1 290 milliards à 1 630 milliards d’euros), principalement tirés par la croissance rapide des ventes dans les pays à faible et moyen revenu ;
  • Entre 1962 et 2021, plus de la moitié des 2 900 milliards de dollars (environ 2 494 milliards d’euros aujourd’hui) versés aux actionnaires par les entreprises opérant dans les secteurs de la production alimentaire, de la transformation, de la fabrication, de la restauration rapide et de la vente au détail, l’ont été par les fabricants de produits ultratransformés.

Cependant, si élevés que soient ces chiffres, les découvertes scientifiques récentes doivent inciter la puissance publique à prendre des mesures qui feront passer la santé des consommateurs avant les intérêts économiques.

Il s’agit là d’une impérieuse nécessité, alors que l’épidémie de maladies chroniques liées à la nutrition s’aggrave, détruit des vies et pèse de plus en plus sur les systèmes de santé.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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20.12.2025 à 18:20

MERCOSUR : le grand bluff

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (960 mots)

Sous la pression des mouvements paysans, le Conseil européen a été contraint de reporter au 12 janvier prochain la signature du traité commercial entre l’Union européenne et les pays de la zone MERCOSUR – Brésil, Uruguay, Paraguay, Argentine, auxquels s’ajoute la Bolivie.

Cette petite mise en scène cache, une nouvelle fois, le fond d’un texte dont l’unique objectif est de renforcer la spécialisation de l’Amérique latine dans une agriculture industrialisée et « chimisée », le pillage de ses minerais rares et l’ouverture de ses marchés aux industries européennes, en particulier allemandes.

Le président de la République française ment lorsqu’il explique qu’il veut changer « la nature du traité ». Les négociations sont closes depuis le 6 décembre 2024. Il a validé le contenu du texte en 2019. En septembre, puis en novembre dernier, il a affirmé à plusieurs reprises que ce texte contenait des « éléments positifs ».

Depuis six ans, aucun gouvernement français n’a proposé de modifier le traité ou le mandat de négociation de la Commission européenne. La semaine dernière encore, alors que le Parlement européen  votait une résolution pour  des « clauses de réciprocité » (ou clauses miroirs), visant notamment à imposer que les  normes sanitaires et environnementales des pays du Mercosur soient élevées au niveau de celles de L’Union Européenne, la Commission européenne a torpillée le texte du parlement  lors de la réunion de négociation entre le Parlement européen, la Commission et le Conseil dit trilogue.

En réalité, ces fameuses « clauses miroirs » consistent, pour la Commission et le Conseil, à abaisser sans cesse les normes sanitaires et environnementales en vigueur au sein de l’UE afin de faciliter « le libre-échange capitaliste », « le libre commerce » et d’aller toujours plus loin dans l’application du principe de « concurrence libre et non faussée », au détriment des travailleurs-producteurs et des citoyens-consommateurs.

Ajoutons deux questions politiques majeures : l’anti- démocratie et le service aux transnationales.

Antidémocratie : le traité est désormais scindé en deux volets. L’un, portant sur la coopération politique, devrait être soumis au vote des parlements nationaux. L’autre, bien plus important, porte sur le volet « commercial ». Or, comme le commerce international relève, selon les traités européens, de la compétence exclusive de la Commission européenne, il ne sera pas soumis au vote des parlementaires nationaux. Ainsi, un traité discuté de bout en bout à l’abri des regards des peuples n’est même pas soumis à leurs représentants, pour laisser la main aux grandes multinationales.

Service aux transnationales : le traité comprend un prétendu « mécanisme de rééquilibrage » qui permet aux grandes sociétés capitalistes de demander des compensations si une mesure prise par l’un des blocs de pays affecte « défavorablement le commerce ». Voilà qui réduit à néant toute clause de sauvegarde ou clause miroir. Ainsi, si l’Union européenne refuse sur son territoire le bœuf aux hormones et aux antibiotiques, ainsi que le soja OGM et traité avec des herbicides interdits, elle devra payer une amende aux sociétés transnationales, y compris européennes, qui pourraient juger que ces normes freinent le commerce et donc leurs profits.

Enfin, depuis quelques jours, un argument nouveau est avancé pour culpabiliser celles et ceux qui refusent ce catastrophique traité : il serait nécessaire de le signer, pour compenser la faiblesse de l’UE sur la scène internationale. On peut alors se demander pourquoi l’Union européenne n’a pas travaillé main dans la main avec le président Lula et les pays des « BRICs » lors de la récente conférence sur le climat qui s’est tenue à Belém.

On peut également s’interroger sur les raisons pour lesquelles la présidente de la Commission européenne s’est agenouillée devant Trump sur son parcours de golf en Écosse, et pourquoi notre Parlement continue d’exonérer les grandes multinationales du numérique à base nord-américaine de toute fiscalité. En vérité, nous connaissons les raisons : protéger le capitalisme mondialisé et ses oligopoles. L’Union européenne pourrait pourtant se  renforcer et jouer un autre rôle « géopolitique » en protégeant une agriculture nourricière et en modernisant considérablement ses capacités industrielles, tout en tenant compte des exigences écologiques et sociales et surtout en cessant de se baigner dans un atlantisme destructeur.

C’est un nouveau projet coopératif d’échanges et d’investissement qu’il conviendrait de rechercher avec les pays d’Amérique du Sud. Cela implique d’être lucide sur le grand bluff en cours. Le traité MERCOSUR ne doit pas être signé. Ni en décembre, ni en janvier.

Lire aussi : M. Macron maquille sa capitulation sur le MERCOSUR



[Image d’illustration créée avec IA]

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19.12.2025 à 11:06

Nos assiettes et les profits des ogres

Fabrice Savel

Texte intégral (633 mots)

Sommaire La Terre n°21

DOSSIER. Les aliments ultra-transformés dangereux pour santé engraissent les profits des industriels. 

ENTRETIEN. Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle, est co-autrice avec quarante chercheurs internationaux de la série d’articles « Aliments ultra-transformés et santé humaine » publiée par The Lancet.

INFOGRAPHIES. Les effets néfastes des aliments ultra-transformés sur la santé et sur les régimes alimentaires.

« Nos assiettes et les profits des ogres », l’éditorial de Patrick Le Hyaric.

CHEZ LES MARCHANDS DE JOURNAUX ET PAR COMMANDE EN LIGNE

EXPÉRIMENTATION. « Qu’est-ce qu’on mange ». VRAC, Vers un Réseau d’Achats en Commun, est une association qui existe depuis 10 ans, son objectif est de montrer que les habitant.e.s des quartiers populaires sont autant préoccupés que le reste de la population par bien se nourrir. Le regard de Bénédicte Bonzi, anthropologue, chercheure indépendante associée au Laboratoire d’Anthropologie du Politique (LAP).

INITIATIVE. À Ivry, vers une Maison de l’Alimentation. Depuis bientôt neuf ans à Ivry (94), l’association L’Étal Solidaire organise des ventes de fruits et légumes bio à prix coûtant afin de rendre accessible aux habitants de cette ville de banlieue.

DÉBAT. La re-territorialisation de l’alimentation et des filières agricoles est un enjeu stratégique pour faire face aux crises environnementale, climatique, géopolitique, et même démocratique, qui fragilisent aujourd’hui la sécurité alimentaire de la France. Avec l’association Le Lierre.

IDÉE. Un agriurbanisme pour une agriculture paysanne. Par Gérard Thomas, Docteur en aménagement de l’espace et urbanisme.

CLIMAT. L’appel de l’Amazonie. La presse s’est unanimement fait l’écho des déceptions créées par la déclaration finale de la COP30 de Belem (Brésil). Mais au point d’en occulter les quelques avancées pas si anodines qui sont surtout le fruit de la mobilisation des peuples, d’organisations de travailleurs-paysans et de femmes notamment. Par Lydia Samarbakhsh.

BIODIVERSITÉ. Le Parlement Européen vote (enfin !) la protection de nos sols. Par Léa Lugassy, Directrice scientifique & technique chez Pour une Agriculture Du Vivant.

REPORTAGE. Ruée vers l’or : à qui profite la mine ? Entre la Bretagne et les Pays de la Loire, un territoire est convoité par une société privée spécialisée dans l’exploration minière. À sa tête, un explorateur qui ne voit dans la nature qu’un gisement de profit. Sur le terrain, riverains, élus et associations s’engagent dans une ruée contre l’or. Pour la protection des humains et de l’environnement.

HABITER AUTREMENT LA TERRE ET LE VIVANT. Entretien avec Guillaume Faburel, professeur d’études urbaines et de géographie, coordinateur du Mouvement pour une société écologique post-urbaine.

AGROÉCOLOGIE. À l’occasion de ses 20 ans, l’association Bio Consom’acteurs a réuni les textes libres d’une série d’acteurs et d’actrices de la transformation écologique, économique et sociale qui, rassemblés, constituent l’ouvrage « Les Bouchées Doubles ».

ACTUALITÉS. « Matin brun ». La chronique de Pierre-Louis Basse, écrivain, journaliste.

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15.12.2025 à 19:45

Dermatose, Mercosur… On achève bien les vaches

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (1703 mots)

Voir les vaches et les veaux euthanasiés, chargés comme de vulgaires déchets par des camions-grues, installés au coin de l’étable, est une indescriptible tragédie pour les familles paysannes et leur entourage.

Entendre, à l’aube, des animaux souffrant, appelant au secours, est un déchirement.

L’émotion, le respect dû aux êtres doués de sensibilité, n’auraient jamais dû quitter l’action publique. Cela permettrait de mieux mesurer à quel point ce qui se passe dans les campagnes, avec la propagation de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, est un terrible drame. Cette maladie extrêmement dangereuse et contagieuse pour les animaux*, transmise par les piqûres de mouches appelées stomoxes, ne se soigne pas. Déjouant les frontières, elle est passée par le continent africain, où elle a décimé une grande partie du cheptel, puis remontée vers les Balkans, avant de toucher l’Asie puis d’apparaître en Sardaigne et en Lombardie au printemps 2025 avant de pénétrer en France par la Savoie.

Comme tout virus, le nationalisme lui est donc totalement étranger. Un virulent virus qui condamne les animaux à de fortes fièvres, et à l’apparition de nodules sur la peau et les muqueuses. Une partie des vaches en meurent. Celles qui réussissent à survivre ont de telles séquelles et souffrances que leur vie devient insupportable. Ces raisons ont conduit le comité national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale sur la base des travaux scientifiques et vétérinaires à mettre en place le protocole actuel d’abattage ciblé donc à euthanasier des élevages entiers dès lors un animal malade y est détecté.

Seulement, un troupeau n’est pas un chiffre. Il n’est même pas une image. Il est une création. Il est le résultat d’années, parfois de générations de travail, de soins, d’attentions, de sélection, de complicités aussi dans une osmose singulière entre le travail de l’éleveur et celui des vaches pour produire de la valeur ajoutée et de la nourriture avec le lait et la multitude de produits laitiers.

C’est dans cet affect, dans ce travail commun entre l’être humain et l’animal et l‘ampleur des pertes de lignée et de production future, qu’il faut comprendre et mesurer l’irrépressible détresse paysanne qui se manifeste.

De telles épizooties réduisent à néant des vies de labeur et de soins, ouvrant le sombre tunnel du découragement et de l’angoisse. Du désespoir souvent.

Car la maladie ne se présente pas seule aux portes des difficultés et des souffrances. La dermatose comme les autres maladies qui apparaissent ces dernières années viennent encombrer le carrefour déjà embouteillé par un entremêlement d’enjeux locaux et internationaux : pression à la baisse sur les prix à la production alors que les coûts de production augmentent sans cesse ; concurrence déloyale organisée au sein de l’espace européen, traité de libre-échange qui écrasent notre production ovine, accélération du démantèlement de la production bovine et laitière avec le traité Mercosur, modifications climatiques, insécurité sanitaire, insertion toujours plus grande de la production agricole et alimentaire dans le vaste marché capitaliste mondial ou quelques grandes multinationales de l’agro-industrie et les marchés boursiers font la loi.

Ce désarroi ne peut se traiter à coups de gaz lacrymogène contre des rassemblements de paysans choqués et en larmes refusant l’abattage systématique de leurs troupeaux. Il ne se traite pas non plus à coups de petites phrases ministérielles aussi sèches et dépourvues de la moindre empathie envers les travailleurs de la terre asphyxiés par dans un système économique qui marchandise tout en n’ayant que faire de la vie paysanne et de tout le vivant.

Heureusement que ces travailleurs-paysans se rassemblent pour se faire entendre, pour partager leur tristesse, mais surtout pour combattre de fatales dépressions et semer des graines d’avenir. Le lien sur les barrages est l’ennemi du désespoir.

C’est sur ces barrages paysans qu’il faut être pour s’informer, discuter, soutenir, et projeter avec les intéressés un nouveau modèle de production agricole et alimentaire ne niant rien de la science et de la médecine vétérinaire pour progresser vers la sécurité sanitaire humaine, animale et végétale. Un tel modèle est incompatible avec une orientation agricole tournant le dos à la reconquête de la souveraineté alimentaire et agricole au profit d’une agriculture d’exportation, une agriculture « compétitive » « ce pétrole vert » comme on le dit sous les lambris des bureaux ministériels et dans les bunkers de la commission européenne.

C’est cette stratégie qui interdit depuis des mois de vacciner préventivement les 15 millions de bovins de notre pays. La vaccination empêcherait l’exportation. Or, nous n’exportons que 16% de la production française. Autant dire que les autorités ont refusé la vaccination générale à la seule fin de respecter le fameux « marché ouvert où la concurrence est libre ». C’est ubuesque ! On peut concevoir les inconvénients d’une interdiction d’exporter des animaux durant plusieurs mois. Cependant, abattre une partie du cheptel à cause de la maladie interdira de toute façon tout commerce car le cheptel national se réduira. D’autre part, ne serait-il pas utile de procéder à des études permettant des accords bilatéraux notamment avec l’Italie et l’Espagne pays récepteurs de nos exportations, afin de se mettre d’accord sur la santé des animaux et surtout sur les vaccinations massives et préventives dans nos pays ? En effet les traitements partiels en cours, n’immunisent pas contre un risque de réapparition de la maladie compte tenu du réchauffement climatique favorable à la multiplication des mouches vectrices de l’épidémie.

Ce n’est donc pas de coupes budgétaires dont a besoin notre pays, mais de colossaux investissements pour des moyens de contrôle et d’anticipation de la circulation de virus mortels, dans la recherche sur de possibles nouvelles épizooties et pour le traitement préventifs des maladies animales et végétales ainsi que leurs implications sur la santé humaine. Les agences de sécurité sanitaire ont besoin d’être dotée de nouveaux moyens face aux risques qui grandissent. L’État doit investir urgemment pour construire un service public de santé animale à partir des centres de recherche existant qu’il conviendrait de renforcer et la mise en place de services publics vétérinaires régionaux chargés des détections, préventions et traitements lorsque cela s’avère nécessaire.

Ajoutons que nous n’avons pour l’instant aucune confirmation que nos pays disposent d’un nombre de vaccins suffisants pour traiter tout le cheptel. Il est utile de préciser à ce propos que l’Afrique du Sud, si méprisée par les pays du Nord lorsqu’elle avait pris la tête des pays dit du « Sud global », militant pour une production suffisante et accessible de vaccins contre le Covid 19, est le pays qui aujourd’hui fournit le vaccin très efficace contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC)*. L’Union Européenne devrait se doter d’une banque publique de vaccins.

Ce contexte renforce encore la nécessité de ne pas signer le traité Mercosur. Ni aujourd’hui, ni demain. Il appelle aussi à maintenir les crédits de la politique agricole commune (PAC) tout en les réorientant vers le travail et l’agro écologie, ainsi que les financements européens de développement régional. Ces deux postes d’investissement européen sont aujourd’hui menacés au profit de la stratégie militariste européenne.

La prise en considération des multiples fonctions du travail paysan doit conduire à agir pour le sortir des entraves de son insertion dans le marché capitaliste mondialisé.

Elle oblige à entendre le désarroi, la détresse et les appels au secours. On ne peut accepter sans frémir de compter un suicide de paysan chaque jour qui passe. De nouveaux moyens d’accompagnement, de détection et de soins des dépressions, des crises d’angoisses et des troubles liés à l’anxiété doivent être construits en coopération avec les associations d’aides aux paysans et la mutualité sociale agricole. Un moyen de réduire la pression serait d’engager un vaste plan de désendettement des exploitations agricoles par des renégociations de d’emprunts et des annulations de dettes. Il est temps de diriger nos regards vers les institutions bancaires et financières qui se repaissent du travail paysan.

Nous parlons ici de vies croisées humaines et animales. Nous voudrions tracer dans les campagnes des sillons d’espoir, sans Mercosur, ni Dermatose ; sans mépris, ni surexploitation des paysans-travailleurs qui, en lien avec les scientifiques, portent une grande part de l’avenir du vivant.

Patrick Le Hyaric

15 décembre 2025

* la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ne présente aucun risque pour les êtres humains. La loi santé animale qui encadre l’action sanitaire des éleveurs européens votés en 2021 la classe en catégorie A, soit comme une maladie à « éradication immédiate ».

**Vaccin produit par le laboratoire Sud-Africain Onderstepoort Biological Products (OBP).


Image by JackieLou DL from Pixabay

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15.12.2025 à 11:36

Faites de La Terre, un nouveau projet pour une alimentation de qualité

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (746 mots)

Après notre dossier précédent sur les conséquences de la loi Duplomb, le nouveau numéro de La Terre qui paraît dans quelques jours porte en grand les résultats des recherches scientifiques sur la nocivité économique et sanitaire des aliments ultra-transformés dans le cadre d’un modèle agroalimentaire piloté par un capitalisme mondialisé de plus en plus barbare. Nous y valorisons aussi les initiatives pour le droit à l’alimentation et les expériences pour la réduction des déséquilibres et des inégalités territoriales.

Chaque semaine qui passe désormais montre la nécessité impérative pour la santé humaine, animale, celle des sols et des eaux de dépasser le capitalisme agro-industriel et agrochimique afin d’inventer un nouveau projet agricole et alimentaire : Traité Mercosur, aliments ultra-transformés, volonté de la commission européenne de ré-autoriser des pesticides et des herbicides qu’elle a bannie il y a déjà des années pour leurs dangerosités, découvertes de PFAS dans les eaux de consommation… Pendant que plusieurs maladies difficilement maîtrisables touchent les troupeaux ovins et bovins.

Avec d’autres actrices et acteurs, nous sonnons l’alerte sur ce système qui fait la part belle aux grandes firmes capitalistes qui épuise le travailleur-paysan, les sols qu’il cultive et les animaux qu’il élève. Pris dans ce terrible étau, les corps et les esprits des travailleurs-paysans sont si malmené que la Mutualité sociale agricole et les associations d’aide aux paysans en difficulté estiment que chaque jour se termine par un suicide.

La Terre se fixe l’ambition de décrypter les rouages de ce capitalisme déchaîné qui fait régresser la civilisation. La Terre valorise, soutient tout ce qui s’expérimente de nouveau pour contrarier ce système carnassier : expériences coopératives, installations de jeunes agriculteurs à partir de projets participatif, circuits courts, expérimentation de la sécurité sociale de l’alimentation, projets municipaux alimentaires et celles et ceux qui portent une ruralité vivante avec la défense des services publics.

Nous vous proposons de participer à ce projet global sur les enjeux de l’information avec la revue papier et la lettre électronique, bimestrielles, de débat et d’action avec le « Forum pour le droit à l’alimentation » et la création du réseau « Nous La Terre ».

Il s’agit de créer des groupes locaux en lien avec d’autres forces associatives, politiques ou coopératives pour faire émerger une nouvelle stratégie agricole et alimentaire. « Nous La Terre » vous permettra de construire du lien, d’imaginer des actions progressistes contre les cultivateurs de haine et de division, de nous proposer des sujets d’enquête ou d’en réaliser vous-mêmes et de participer au soutien financier de La Terre. Déjà, de nombreuses lectrices et lecteurs, des amis ont versé un soutien à notre revue au travers du fonds de dotation « Humanité en partage » qui permet de bénéficier d’une réduction d’impôt de 66 %. En versant un don avant le 31 décembre vous devenez membre de l’association « Nous La Terre » et vous bénéficierez d’une déduction d’impôt pour cette année 2025.

Une nouvelle rencontre par visio-conférence vous sera proposée dans les premiers jours de janvier prochain. Les enjeux sont capitaux : ruralité vivante et droit à l’alimentation.

Télécharger le bon de souscription en cliquant sur ce LIEN

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09.12.2025 à 07:00

Benoît Delépine. « Ce système prédateur n’est pas récupérable »

Fabrice Savel

Texte intégral (1388 mots)

De l’aéroport de Beauvais à La Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien une mystérieuse mission. Avec Animal Totem, Benoît Delépine signe un conte écologique, touchant, drôle, étonnant et enfin, radical. Un regard sur ce que la nature nous offre de plus beau. Avec une rétine de prédateur, la plus large possible, grâce au cinémascope anamorphosé. Une fable de La Fontaine version western dont la morale n’est jamais moralisatrice. Sortie le 10 décembre. Entretien.

Votre film, Animal Totem, nous emmène dans un road trip à pied, sans empreinte carbone, dans les pas de Darius, le personnage principal, au cœur d’une nature grand format. Qu’est-ce qui a déclenché votre écriture de ce conte écologique ?

Benoît Delépine : J’habite en Charente depuis maintenant 27 ans avec ma famille dans une ancienne ferme que nous avons restaurée petit à petit. Picard d’origine, je me sens charentais d’adoption. Il y a deux ans, un projet d’implantation d’une usine d’enrobé pour les routes menaçait de s’implanter dans la campagne environnante, en limite de zone Natura 2000. Mais aussi à proximité d’écoles et d’exploitations agricoles en bio. Avec les vents dominants, cela promettait d’emmener toute la pollution dans la vallée de la Charente. C’était vraiment honteux au moment où le gouvernement se gargarisait de l’objectif zéro artificialisation nette en France. Un mobilisation citoyenne locale s’est soulevée avec un collectif dont j’ai fait partie.  Pendant cette bataille, j’étais vert de rage et pessimiste car nous redoutions de faire face à un rouleau compresseur tel qu’on peut le voir face à des projets comme l’A 69. Et du coup, dans le même temps, j’ai commencé à écrire le film. Je pensais que même si on perdait, au moins je me vengerais cinématographiquement et symboliquement. Mais, finalement, le bon sens l’a emporté et le projet a été abandonné.

Par contre, moi j’étais lancé dans mon film que je ne voulais pas abandonner. J’avais également convaincu les producteurs. Et surtout, j’avais l’accord de l’acteur principal, Samir Guesmi, que je voulais absolument dans le film. C’est lui que je voyais avec ses grandes enjambées et son mélange de force et de douceur. Car je ne voulais pas d’un héros masculiniste, plutôt un pacifiste qui, tout d’un coup, estime que ça va trop loin et décide de passer à l’action.

De nombreuses scènes nous placent du point de vue de l’animal. Avec le soin de n’être jamais moralisateur, le film interroge de nombreuses questions de société. C’est une fable de La Fontaine ? 

Benoît Delépine : C’est à la fois une fable de la Fontaine et à la fois un western, avec un personnage venu d’ailleurs, un peu mystérieux. J’aime les scénarios où l’on ne sait pas où on va, où tout s’explique à rebours… Là, je donne quand même des indices petit à petit. C’est pourquoi je signe « un conte de Benoît Delépine », avec un personnage de gros méchant assez caricatural, encore que…

Olivier Rabourdin en acceptant sans hésiter le rôle m’a dit « dans tout conte, il faut un ogre » ! C’est lui qui m’a soufflé le genre de l’histoire. Il joue parfaitement son rôle d’ogre de la fable et c’est vrai que le personnage principal est une sorte de Petit Poucet. Oui, il y a bien une dimension fable avec une forme de morale à la fin.

Dans le film, vous n’épargnez pas les grands quartiers d’affaires, les transports polluants et bruyants comme les avions, les grands patrons, la chasse, l’irrigation agricole, les pesticides, les réflexes sécuritaires, le racisme… Alors qu’elle est-elle la morale de cette histoire ?

Benoît Delépine : D’abord, peut-être, revenir à une forme de simplicité, de lenteur, de respect et d’écoute de la nature. Mais le plus fort politiquement du film est à la fin. Sans la dévoiler, il y a quelque chose dans ce système prédateur qui n’est pas récupérable et que je voulais dénoncer au bout du compte.

Cet été, plus de deux millions de personnes ont signé une pétition contre la réintroduction d’un pesticide contenu dans la loi Duplomb. La maladie et les pesticides sont abordés de façon drôle et sensible dans le film. Cela vient d’où cette sensibilité à vif sur ce sujet ?

Directement de ma vie. Je suis fils d’agriculteur. Quand j’étais enfant, souvent, mon père rentrait des champs jaune des pieds à la tête. Je ne sais pas par quelle chance il y a résisté. Mais, oncles, tantes, cousin, mère, beaucoup trop de mes proches sont morts du cancer « en bonne santé », « elle ne fumait pas », « c’est la faute à pas de chance ». Mais je ne blâme pas les agriculteurs. J’ai des grands débats avec mon père qui est encore vivant. Il me dit à chaque fois « N’oublie pas, tu es un fils du glyphosate ». Parce qu’en fait, il s’était endetté pour acheter une ferme de 40 hectares dans l’Aisne. La ferme s’est révélée pourrie de chiendent. Pendant deux ans, il a passé son temps à racler, sarcler, il n’en voyait pas le bout, jusqu’au jour où à la coopérative on lui a dit « il y a un nouveau produit qui vient des Etats-Unis, tu pourrais essayer… » C’est pour ça qu’il me rappelle toujours que sans ça il aurait fait faillite. Je connais toutes ces contradictions. Pas loin de la ferme de mon père, il y avait l’usine Bonduelle. C’est pour ça qu’il faisait des haricots, des petits pois, etc. Il me disait, « tu vois, agriculteur, c’est comme ouvrier d’usine, sauf que c’est toi qui payes les machines ». Je n’ai pas envie de jeter la pierre à ces agriculteurs qui ont des crédits de fou sur le dos. On est face à une espèce de contradiction totale et destructrice.

Avec Darius, il y a un second personnage principal, la nature et comme fil conducteur de l’histoire notre rapport à la nature…  

Benoît Delépine : Et inversement ! C’est pour cela que je voulais absolument avoir le regard des animaux sur l’humain. Pour cela on a trouvé une solution incroyable avec le format du film en cinémascope anamorphosé. Au départ, nous étions parti du cinémascope surtout pour rendre à l’image toute la beauté des paysages de Picardie qui ont jalonné mon enfance. Puis aussi pour la dimension western du film, etc. Mais au bout du compte, j’étais déçu… Jusqu’à ce qu’on enlève la marge de sécurité sur les côtés du format qu’on ne montre jamais parce que les télés n’en veulent pas… On a donc élargi l’image avec cette marge et ça donne une largeur de vue incroyable ! Un peu comme la vision de certains animaux. Et du coup, on a réalisé le film comme ça, avec le courage de mes producteurs. J’en ai joué à fond dans mes cadres, ça donne une ampleur très poétique.

Nous avons aussi un deuxième chef opérateur, un jeune, qui ne fait que des films animaliers. Avec son matériel, ses caméras qui vont sous terre où sous l’eau, un drone pour la vision des oiseaux, on a pu tourné les scènes avec le regard animalier… Ça nous change du seul point de vue de l’humain.

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03.12.2025 à 10:17

L’âcre goût du grand capital dans nos assiettes

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (1548 mots)

Il m’arrive souvent de répondre à des interlocuteurs déclarant qu’ils ne font pas de politique, que, pourtant la politique se niche jusque dans leur assiette. 

Nous venons d’en avoir un sinistre aperçu en cette fin du mois de novembre. Il oblige à réfléchir tant il éclaire les choix du pouvoir en faveur du grand capital agro-alimentaire international. 

Une loi dite « climat » votée en  2021 édictent que le gouvernement devait publier une « Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat » (SNANC) au plus tard le 1er juillet 2023. Ce texte à valeur juridique et politique a pour objectif de réorienter les politiques publiques afin d’améliorer la qualité alimentaire et nutritionnelle de la nourriture et d’inscrire le projet agroalimentaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Or, depuis trois ans, de mois en mois, la publication de ce texte a été retardée.

Pourtant, il y a urgence. Cent-quatre études prospectives publiées ces dernières années ont démontré la nocivité des « aliments ultra-transformés* ». Le 19 novembre dernier, 43 experts internationaux de la santé et de la nutrition ont publié une série de trois articles documentés dans la revue « The Lancet » qui confirment les effets négatifs des aliments qui nous font de l’œil sur les étals des grands supermarchés après nous avoir alléchés à grand renfort de publicité. Nous parlons ici des  céréales, boissons énergisantes, yaourts aromatisés, nuggets, pain de mie, barre chocolatées, sauces diverses, pâtes à tartiner, plats cuisinés etc.  Ces aliments ultra transformés qui constituent désormais 80 % de l’offre alimentaire de la grande distribution sont bourrés d’additifs, de conservateurs, d’édulcorants, de colorants, d’émulsifiants et d’arômes divers qui provoquent diabète, accident vasculaire cérébral (avc), cancers, dépression. Les substances ajoutées pour améliorer la conservation, le goût, l’odeur ou la texture des aliments les rendent plus appétissants pour nous rendre plus dépendants. Les scientifiques ont également démontré que de nombreux composés toxiques (furanes, amines hétérocycliques, hydrocarbures aromatiques polycycliques) sont produits à l’occasion de la transformation de la nourriture et des perturbateurs endocriniens comme les phtalates, bisphénols ou PFAS  peuvent migrer des emballages vers les aliments**.  

Pour vendre leurs produits alimentaires industrialisés les trois grands groupes américains Coca-Cola, PepsiCo et Mondelez International n’ont pas hésité à dépenser 13,2 milliards de dollars en alléchante publicité.  Cette somme astronomique équivaut à quatre fois le budget de l’Organisation mondiale de la santé. Cette comparaison est d’autant plus pertinente que le lien  entre ce que nous mangeons et notre santé est aujourd’hui largement démontrée.

C’est dans ce contexte d’accumulation de preuves contre les effets néfastes d’un modèle agricole et alimentaire défini par les choix rapaces du complexe agro-industriel que finalement le gouvernement devait rendre public vendredi 28 novembre sa stratégie nationale pour l’alimentation. Rien de révolutionnaire dans ce texte qui, comme à l’accoutumé demande à chacune et chacun de faire attention, de ne pas laisser trop les enfants devant les publicités diffusées en continue par les écrans et d’autres mesurettes du même type. Rien qui ne puisse contrarier les mastodontes de l’alimentaire comme Nestlé, Unilever, Kraft Heinz, Coca-Cola, Danone et autres qui pratiquent le gavage des actionnaires de dividendes grâce à l’exploitation du travail paysan, celui de millions de salariés prolétarisés et les familles populaires qui doivent se nourrir d’aliments méconnaissables par nos champs et nos étables, éjectés de leurs longues chaînes de production.

Ces groupes étaient d’autant plus tranquilles que le programme gouvernemental avait été expurgé d’une recommandation qui existait dans les textes préparés par de précédents gouvernements appelant précisément à « limiter les aliments ultra-transformés ». Juste « limiter ». Mais même cela est trop pour ces grands parasites qui font leur beurre dans nos assiettes. 

La révélation par la cellule investigation de Radio-France de cette hypocrite biffure a contraint le gouvernement à ne pas rendre public son texte. Soudain la connivence entre le pouvoir et la grande industrie agroalimentaire, représentée par l’Association nationale des industries agroalimentaires(ANIA), a bondie  au grand jour, dans un contexte de rejet populaire des politiques gouvernementales. Ce nouveau front  ouvert sur un enjeu de santé publique, comme les révélations à propos de la fameuse loi Duplomb a donc contraint à ce nouveau recul de publication. L’affaire est encore aggravée par le fait que le directeur de la communication de l’ANIA a rejoint, comme par hasard, le cabinet du Premier ministre le 21 novembre. 

Ainsi, les intérêts du grand capital international conduisent le pouvoir à ne pas appliquer la loi pour ne pas freiner sa soif de profit. Les nouveaux petits chefs de guerre contre le  droit et les  « normes », leurs amis pique-assiettes, et les pillards qui vivent sur le dos des travailleurs et des citoyens consommateurs, n’ont que faire de ce que nous mangeons, de la santé publique et de la nature. 

Ils provoquent un basculement de civilisation dans lequel l’intérêt général, humain et écologique passe au second plan jusqu’à l’effacer tragiquement des réflexions stratégiques et des politiques publiques, concomitamment à l’acharnement des mandataires du capital à délaisser le secteur public de la santé et à tenter d’offrir la sécurité sociale et les retraites aux assurances privés et aux fonds de pensions. 

Ne nous trompons pas. Il n’y a ici nulle erreur mais les besoins et la volonté d’un système aussi cohérent que brutal, aussi rapaces qu’inhumain: celui qui fait du paysan travailleur un extracteur de minerais écrasé par les  bas prix, les dettes, mis en concurrence avec les autres paysans, extracteurs de minerais des quatre coins de la planète. Les uns et les autres, enchaînés, dépendant d’un tentaculaire complexe agro-industriel mondialisée et de plus en plus concentré , exploitant ses travailleuses et travailleurs, exigeant des traités de libre-échange, la fin des règles et des normes sociales, environnementales, sanitaires,  formatant les goûts, décidant des productions, payant de faux articles de presse et de fausses études, prospérant sur l’austérité des collectivités locales ou des hôpitaux pour fournir ses marchandises à bas prix et profitant d’un mode d’organisation d’une société urbanisée, d’une organisation du travail et du temps de travail qui privent les familles populaires du temps pour cuisiner des produits frais et sains.

De nouvelles réglementations sont certes indispensables comme les mises en garde sur les emballages, l’interdiction de vente d’aliments ultra transformés dans les écoles et autres collectivités, la réduction de la publicité, la réduction d’un certain nombre d’ingrédients, particulièrement des édulcorants ou les émulsifiants.

Mais l’enjeu est plus profond, plus systémique

C’est cette barbarie capitaliste qu’il faut dépasser pour la remplacer par un nouveau projet civilisationnel attentif aux êtres humains, à l’environnement, à l’ensemble du vivant. Dans celui-ci, les travailleuses et les travailleurs de la terre, celles et ceux des industries agroalimentaires, les productrices et producteurs de savoirs et de soins dans les laboratoires et les centres de santé, comme les citoyennes et citoyens consommateurs doivent reprendre le pouvoir sur leur vie, sur leur alimentation et donc sur la production et le travail. Tel est la hauteur de l’enjeu.

Ce n’est pas simplement et seulement comme on l’entend une question de « lobbying » sur les gouvernements. Ce qui se joue ici comme ailleurs, c’est la poursuite d’un capitalisme dont le divorce d’avec la civilisation est largement consommé. Ce système qui détruit la nature, met en cause la santé humaine en s’invitant sans autorisation dans nos assiettes et nos verres, se gavant de surcroît de la guerre, doit être urgemment dépassé dans un processus communiste de transformation civilisationnelle. Un combat de haute intensité pour le droit à une alimentation de qualité en quantité suffisante peut ouvrir ce chemin.


* Les aliments ultra transformé (AUT) sont catégorisés par la recherche internationale, l’organisation mondiale de la santé, la FAO (Food and agriculture organisation) . Ce sont des aliments contenant des aliments traité technologiquement dans lesquels on a inclut des ingrédients qu’on ne trouve pas dans les foyers comme les émulsifiants, sirop de glucose, arômes, colorants alimentaires, conservateurs.

** extrait de l’étude publiée par « The Lancet ». «  Le remplacement des régimes alimentaires traditionnels par des aliments ultra transformés constitue un moteur majeur de l’augmentation mondiale du fardeau des maladies chroniques liées à l’alimentation ».

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