Fabrice Savel
La Terre 25 février 2026. Au Salon international de lʼagriculture, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a esquissé des orientations issues des conférences de la souveraineté alimentaire. Pour le réseau associatif Terre de Liens, ces annonces confirment une trajectoire préoccupante : celle dʼune politique agricole centrée sur la compétitivité et lʼagrandissement des fermes, au risque dʼaccélérer la disparition des agriculteurs et dʼaffaiblir la souveraineté alimentaire. Terre de Liens qui accompagne depuis plus de 20 ans des centaines d’installations, constate au contraire que plus les fermes grossissent, moins elles sont transmissibles. Aujourdʼhui, une carrière agricole ne suffit plus à rembourser le coût dʼinstallation de plusieurs centaines de milliers dʼeuros voire de plusieurs millions dʼeuros. Image by Gordon Johnson from Pixabay Texte intégral (681 mots)
En s’appuyant sur le récent rapport du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux (CGAAER) établissant que dans certaines filières les fermes françaises nʼétaient pas compétitives à lʼinternational et devait irrémédiablement grossir, la Ministre a acté la “marche de lʼhistoire” de la disparition des fermes et des agriculteurs, quitte à sévèrement lʼencourager par une politique favorisant la concentration des fermes.
Elle a ainsi affirmé lors de l’inauguration du salon que « Les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, ne peuvent pas toujours tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises ou même allemandes, bien plus vastes » et que la remise en cause de notre modèle agricole était une nécessité afin dʼatteindre la « taille critique » synonyme dʼexploitations « rentables et transmissibles ».
Or, depuis des dizaines d’années, la concentration est à l’œuvre : -100 000 fermes et -80 000 ETP en 10 ans sans gain décisif de compétitivité.
Agrandir les fermes, cʼest compliquer leur transmission
Dans son récent rapport “Une faim de démocratie locale” Terre de liens pointe quʼaujourdʼhui en France, 70% des fermes sont déjà considérées comme intensives et commercialisent exclusivement en filière longue, majoritairement pour le commerce international, mettant à mal la souveraineté alimentaire de nos territoires.
« Une agriculture de plus en plus capitalistique prépare des fermes sans paysans. La souveraineté alimentaire suppose au contraire plus dʼactifs agricoles et des fermes à taille humaine », souligne Coline Sovran, coordinatrice du rapport.
La ministre a conclu « cʼest à lʼéchelle des territoires que la stratégie agricole de la France devra se réaliser”. Terre de Liens partage ce constat mais pointe les incohérences du gouvernement en la matière. À commencer par lʼabsence des acteurs de la société civile aux « conférences de la souveraineté alimentaire » et par la baisse drastique du soutien de lʼÉtat aux projets alimentaires territoriaux existant, laissant les futurs élus municipaux en rase campagne pour impulser des projets au service dʼune alimentation locale de qualité.
Fabrice Savel
Au sommaire La Terre n°22, chez les marchands de journaux et par commande en ligne GRAND ENTRETIEN. Camille Étienne en direct de l’Antarctique : « On lutte pour que l’Antarctique reste un endroit préservé ». L’activiste climatique a rejoint Emmanuelle Périé-Bardout et Ghislain Bardout pour une mission d’exploration scientifique dans les eaux de la péninsule Antarctique. DOSSIER. Agriculture industrielle ou paysanne ? Nos propositions pour une transformation sociale et écologique de la production agricole, la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation. ÉDITORIAL. Le sacrifice des paysans est le sacrifice de nous tous, par Patrick Le Hyaric. INFOGRAPHIES. La France perd 40 000 fermes en trois ans. Panorama de l’agriculture française. EN CHIFFRES. Le dévissage de la balance commerciale agricole et agroalimentaire de la France. ENTRETIEN. “Regardons les agriculteurs en face”. Le Directeur d’AgroToulouse, François Purseigle, appelle à de véritables projets politiques des territoires pour redynamiser l’agriculture au moment où elle confronté à des défis existentiels. CHRONIQUE. Chambres d’agriculture. Représenter toutes les agricultrices et les agriculteurs, par Bénédicte Bonzi. TRIBUNES. L’exploitation agricole familiale est-elle condamnée ? Par Jonathan Dubrulle. REPORTAGE. La Blada. Rendre l’agriculture bio et paysanne viable. Par Lola Keraron. CHRONIQUE. L’aile ou la cuisse, par Olivier Morin, agriculteur de la Brenne. ENTRETIEN. Pour Jocelyne Hacquemand, secrétaire de la Fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT, “L’alimentation doit être extraite du carcan de la rentabilité financière”. GRAND REPORTAGE. Le soja à destination de l’Europe menace la savane brésilienne et ses habitants. DE LA TERRE AU MONDE. Tump au Congo. Donald Trump fait feu de tout bois, utilisant la force de frappe impérialiste des États-Unis pour grossir sa propre emprise financière et celle de ses amis et soutiens. Par Lydia Samarbakhsh. CHRONIQUE. La Terre, par Pierre-Louis Basse, écrivain, journaliste. (452 mots)
Fabrice Savel
Par Pascale Bueno Merino, Directrice de la Recherche, Enseignant-Chercheur en Management Stratégique, Pôle Léonard de Vinci; Hamdi Hamza, Docteur en sciences de gestion, Université Le Havre Normandie; Samuel Grandval, Professeur des Universités en sciences de gestion, Université Le Havre Normandie et Sonia Aissaoui, Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université de Caen Normandie À l’occasion du Salon international de l’agriculture de Paris, une étude met en lumière le double bénéfice des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, dites Amap : renforcer l’autonomie des agriculteurs et permettre aux bénévoles d’être des entrepreneurs… collectivement. L’importance des échanges citoyens pour mettre en œuvre une agriculture durable est au cœur du programme de conférences du Salon international de l’agriculture. Les interrogations sur le « comment mieux manger ? » ou sur le « comment produire autrement ? » continuent de retenir l’attention. Une des solutions à ces questionnements : l’entrepreneuriat collectif à travers les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap). La finalité de l’Amap est la distribution hebdomadaire de paniers de produits agricoles frais, sous réserve d’un pré-paiement de la production par les membres adhérents. La coopération amapienne se matérialise par un engagement contractualisé de consommateurs bénévoles dans l’activité de production et de vente directe de produits alimentaires locaux. Elle repose sur le désir des membres d’interagir et de servir leur collectif. En 2022, 375 Amap sont recensées rien qu’en Île-de-France, soit plus de 21 000 familles de bénévoles en partenariat avec environ 400 fermes. Nos derniers résultats de recherche, issus d’entretiens, soulignent que cette collaboration augmente la capacité d’action et d’autonomisation de l’entrepreneur agricole. Elle confère au producteur agricole une aptitude à être maître de ses choix telle que définie dans la Charte initiale des Amap instaurée en 2003, puis révisée en 2024. Les Amap font émerger un environnement « capacitant » – qui permet la création ou le développement de capacités –, fondé sur la mise en place d’une communauté et l’apport de ressources et compétences externes. Les modalités de distribution, ainsi que les prix, sont fixés conjointement entre l’entrepreneur agricole et les adhérents ; Le pré-paiement des paniers par les adhérents permet à l’entrepreneur agricole d’anticiper les quantités à distribuer et de sécuriser son revenu, notamment en cas d’insuffisance de la production ; Les consommateurs amapiens participent à la vie de l’exploitation (distribution des paniers, centralisation de l’information, aide apportée à l’agriculteur sur son exploitation, etc.) ; En contrepartie, l’agriculteur s’engage à produire des aliments selon des méthodes respectueuses de l’agro-écologie et à participer à la gestion de l’Amap. Ces principes sont rédigés dans la charte des Amap. La participation bénévole des consommateurs amapiens aux activités des agriculteurs, entrepreneurs, engendre une relation de travail atypique. Celle-ci repose non pas sur une relation salariée avec lien de subordination, mais sur une relation horizontale basée sur un système de co-production, de co-gestion et de réciprocité apprenante. Ces principes sont illustrés par des témoignages de membres adhérents d’Amap : « Avec Marianne (la productrice), il y avait le chantier patates en septembre et puis elle avait demandé aussi pour planter des haies », témoigne une présidente d’Amap interviewée. « On a une assemblée générale par an de l’Amap […] pour remettre à plat, voir si on change les prix des paniers, voir s’il y a des gens qui ont des choses à dire, qui ont des choses à mettre au point », rappelle un consommateur adhérent interrogé. Ce dernier se matérialise par l’identification pour l’entrepreneur agricole des besoins des consommateurs d’une part, et la sensibilisation des consommateurs aux pratiques et difficultés de l’exploitant agricole d’autre part. « Il y a Alain, le maraîcher, il est toujours là. Il nous présente son activité, il fait un retour sur ce qui s’est bien passé, ce qui s’est moins bien passé l’année passée, ce qu’il prévoit des fois comme nouvelle culture et répond aux questions. » (Président d’Amap.) En résumé, les consommateurs bénévoles deviennent acteurs du fonctionnement de l’Amap en tant que membres volontaires indépendants. Rappelons que les actes de volontariat s’exercent, selon le chercheur Léon Lemercier : La coopération amapienne permet d’entreprendre ensemble en partageant les risques financiers liés aux aléas de la production agricole. Elle fait émerger des liens de solidarité au sein d’un territoire et co-crée de la valeur sociale, comme l’explicite précisément un président d’Amap : « Au-delà de la distribution des paniers, c’est aussi un engagement citoyen. C’est-à-dire qu’on veut aussi développer le mouvement des Amap. On est militant. » Cette approche entrepreneuriale et altruiste de la relation de travail atypique renouvelle la littérature académique dédiée à son analyse, comme celle de la situation de vulnérabilité du travailleur – emploi temporaire, travail à temps partiel, relation de travail déguisée, etc. Cette relation de travail non salarié s’inscrit dans le cadre d’un projet entrepreneurial collectif, caractérisé par l’union de compétences complémentaires au sein de l’Amap. Dans ce cas précis, l’agrégation de multiples contributions bénévoles, bien que temporaires et à temps partiel, peut concourir au développement d’une exploitation agricole. Les bénévoles apportent des ressources spécifiques liées à leur propre parcours de vie : compétences professionnelles, disponibilité temporelle, ou encore expérience organisationnelle qui structurent les Amap. « Je dirais que le problème de la gestion, on l’a résolu avec nos outils, c’est-à-dire qu’on a eu la chance pendant quelques années d’avoir pas mal de développeurs informatiques dans nos adhérents », déclare un président d’Amap interrogé. La relation de travail amapienne se situe par conséquent entre bénévolat et professionnalisation puisque les consommateurs vont soutenir l’entrepreneur agricole de l’amont à l’aval de la chaîne de valeur de son activité : de fonctions principales (production, marketing, logistique et distribution) à des fonctions support (ressources humaines, système d’information et administration). Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. Texte intégral (1526 mots)
Quatre principes de l’Amap
Co-production, co-gestion et réciprocité apprenante
Militantisme et entrepreneuriat
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(117 mots)

Patrick Le Hyaric
Voici qui démontre avec éclat qu’un mouvement populaire européen des paysans soutenus par l’immense majorité des citoyens peut influer sur des décisions. Le Parlement européen a voté ce mardi 22 janvier une résolution déférant le traité MERCOSUR devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) afin de faire vérifier sa conformité avec le droit européen. Une nouvelle fois la présidente de la commission européenne est désavouée alors qu’elle s’est précipitée le 17 janvier dernier au Paraguay pour signer ce texte avec les chefs d’État latino-américains. En principe, l’application du traité est suspendue en attendant l’avis de la cour de justice. Celui-ci peut prendre entre 12 et 18 mois. Le fait que Mme Von der Leyen ait signé le texte sans attendre les votes des députés européens est un nouveau déni de démocratie, un royal mépris des délibérations du parlement européen alors qu’il est co-législateur avec le Conseil européen (chefs d’État et de gouvernements). La majorité du conseil européen avait approuvé le traité MERCOSUR, mais il ne semble pas que Mme Von Der Leyen ait reçu l’autorisation formelle pour une signature avant le vote du Parlement. Nous entrons dans un imbroglio juridique. Il est doublé d’une tentative de coup de force de la part de la Commission, qui envisage une application provisoire du texte. Ne l’acceptons pas. Si tel était le cas, le Parlement européen devrait préparer une motion de censure contre la présidente de la Commission et le Conseil la désavouer. Le traité n’a pas été voté, il ne doit pas être appliqué. Le biais de la fameuse « application provisoire » qui a déjà été utilisé pour le traité avec le Canada doit être réfuté, combattu. Le respect de la démocratie et le texte du traité lui-même nous concerne toutes et tous. Ne laissons pas faire ! * LA FARCE DE LA « GÉOPOLITIQUE » Nul doute que le cercle des dominants et des possédants va continuer de tenter de le grimer en un acte de résistance aux velléités de l’administration américaine. Leur cynisme n’a aucune limite : ce traité – commercial – est en discussion depuis plus d’un quart de siècle, donc bien avant l’avènement de Trump. Il s’agit pour eux de faire taire, par tous les moyens, les résistances à un texte aggravant encore les insécurités sanitaires, environnementales et sociales. Un traité pour les milieux d’affaires Le concept de libre-échange et de « marché ouvert » a peu à voir avec la diplomatie ou avec la coopération entre les nations et les peuples, mais tout à voir avec les affaires. Avec ce traité, il s’agit de lâcher la bride aux grandes sociétés transnationales afin qu’elles exploitent sans limites les hommes et la nature, là où le taux de profit sera le plus élevé, dans le cadre d’une guerre économique sans merci dont les fantassins sont les travailleurs de la terre, des usines et des bureaux, des deux côtés de l’Atlantique. Avec le MERCOSUR, il n’y a en effet que des perdants parmi les travailleurs au Brésil comme en Pologne, en France comme en Argentine. En effet, ce ne sont ni les peuples ni même le gouvernement brésilien qui vendraient les pièces de bœuf que les consommateurs européens vont trouveraient les plats cuisinés, mais des firmes capitalistes brésiliennes, américaines ou européennes qui exporteraient ce bœuf aux hormones, gavés d’un soja OGM cultivé sur la destruction d’immenses surfaces de forêt amazonienne. NOUS SOMMES TOUTES ET TOUS CONCERNÉS Toutes les familles populaires en subiraient les conséquences avec l’insécurité sanitaire et écologique qui en découlerait. Et, ce genre de traité a des conséquences concrètes sur le « pouvoir de vivre » de l’immense majorité. La « concurrence libre » à laquelle se livrent les possédants aboutit toujours à l’abaissement des normes sociales et environnementales, des salaires et des prix agricoles à la production. C’est ce que cache le mot « compétitivité ». Celle-ci aboutit à la réduction des cotisations sociales qui conduit les gouvernements à compresser le niveau des prestations sociales, des remboursements de soins, des pensions et à reculer l’âge de départ en retraite. C’est parce que l’Union européenne n’est conçue que comme un marché ouvert à tous les vents, livrés aux volontés des sociétés transnationales et du capital financier qu’elle est faible, peu écoutée, peu respectée et sa souveraineté bafouée, de plus en plus contestée par les peuples qui la composent. Il ne peut en être autrement quand la présidente de la Commission européenne va signer le traité MERCOSUR sans l’aval du Parlement européen. QUEL BILAN DES TRAITÉS DE LIBRE-ÉCHANGE ? Jamais n’est produit de bilan de ce libéralisme débridé. Pourtant, la création du marché unique en 1992, l’adoption du programme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1994, le traité de Lisbonne imposé en 2005, la signature de 40 traités de « libre-échanges » ont conduit au fiasco industriel, agricole, numérique, social que nous subissons aujourd’hui. Chacun de ces accords devait, -selon ses promoteurs – promouvoir la croissance et la prospérité des peuples. Résultat ! En vingt ans, l’Europe n’a gagné ni en croissance, ni en indépendance, ni en influence. Toutes les études publiées ces dernières années et les rapports de M. Draghi et d’E. Letta alertent sur le décrochage par rapport aux États-Unis et à la Chine, tandis que la pauvreté ne cesse d’augmenter. Et l’Europe est quasiment absente des technologies du futur – énergies renouvelables, numériques, intelligence artificielle, télécommunications, espace. La réduction des tarifs douaniers, l’abaissement des barrières sanitaires, environnementales n’ont pour objectif que de faciliter la libre circulation du capital, des marchandises et des services, pressurant toujours plus le travail et provoquant l’augmentation des températures sur la planète. Loin des indispensables coopérations à construire avec les nations et peuples d’Amérique Latine, le traité de libre-échange alimentera encore plus,la guerre commerciale au détriment des travailleurs et de l’environnement, là où la Chine par ses achats de produits agricoles et de matières premières a permis de consolider le socle des économies des pays du sous-continent américain. Elle y est la première fournisseuse d’équipements industriels et de produits manufacturés, tandis que la stratégie de D. Trump, au-delà du Venezuela, est de tenter de forcer les Chinois à quitter les lieux. Faire croire qu’en s’inscrivant au centre de cette lutte en utilisant la magie des tarifs douaniers donneraient de la force « géopolitique » à l’Union européenne est une mortelle illusion. Faut-il pour cela sacrifier une partie importante de nos travailleurs-paysans, détruire encore notre tissu rural, saccager la terre et l’eau, compresser encore l’emploi dans les secteurs agroalimentaires, manger de la viande aux hormones, déréguler l’utilisation de pesticides, supporter les modifications climatiques, alors que la Commission européenne elle-même ne projette qu’un taux de croissance de seulement 1 % en dix ans ? Non ! L’URGENCE DE MOBILISER LES TRAVAILLEURS ET LES PEUPLES POUR DES PROJETS DE COOPÉRATION Il est urgent aujourd’hui de proposer un projet de coopération pour le développement humain, la préservation de l’environnement, des co-investissements communs pour de nouvelles industrialisations compatibles avec la préservation du climat et de la biodiversité. Du même pas, il est nécessaire d’élargir les liens avec les paysanneries et les salariés et leurs associations d’Inde, des Philippines, de la Malaisie, de la Thaïlande, de l’Australie et des Émirats arabes unis pour bâtir d’autres projets que les traités de libre-échange en discussions avec leurs États. DIALOGUE ET ALLIANCES ENTRE PEUPLES DU SUD ET DU NORD Au nom de l’intérêt général, humain et environnemental, les organisations progressistes européennes doivent s’attacher à nouer des dialogues et des alliances pour des actions communes avec les citoyennes et citoyens des pays du Sud afin de peser en faveur d’un nouveau type de développement humain durable, de la justice, de la liberté, la fin de la corruption, comme le demande les classes ouvrières et les jeunesses de la génération Z. À nous ici, d’agir pour que l’Union européenne ouvre, sur de nouvelles bases, des dialogues novateurs pour le maintien des aides au développement, d’authentiques coopérations avec les pays du Sud, pour refonder le multilatéralisme, pour faire progresser la paix et le combat contre les dérèglements climatiques en lien avec l’Organisation des Nations unies. C’est à ce prix que la voix d’une Nouvelle Europe sociale, démocratique, écologique, actrice de coopérations au service des peuples et de la paix, ne s’éteindra pas. Dans ces conditions, oui, elle pourrait jouer un rôle positif. Texte intégral (1644 mots)
Fabrice Savel
Un objet du quotidien, tout simple, rond le plus souvent, est le réceptacle d’une lutte des classes globale, féroce. Un objet usuel dans la plupart des foyers. Une assiette, des assiettes que l’on transmet parfois de génération en génération, marquées par l’usure du temps et les souvenirs des repas familiaux. Attablés devant elles, des mangeurs contraints par la faiblesse de leur revenu et leur temps de vie rogné par le travail. Au menu, des produits industriels à bas coût, ultra transformés et marketés pour conformer les goûts et les habitudes alimentaires aux désidératas de l’agrobusiness. Ce combat de classe qui ne dit pas son nom se déroule chaque jour, sous nos yeux, aux heures des repas, dans des assiettes, parfois bien vides, garnies d’aliments qui n’apportent pas les nutriments nécessaires et, de surcroît, sont mauvais pour la santé. En réalité, leur fonction principale est d’engraisser toujours plus les multinationales de l’agroalimentaire, de la grande distribution et leurs actionnaires. D’un côté, celles et ceux qui n’ont que leur travail, leur allocation où leur pension de retraite pour vivre et se nourrir. De l’autre, les firmes mondiales de l’agrobusiness, de la chimie, du machinisme agricole et les cinq mastodontes de la grande distribution (E. Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan et Coopérative U) qui dominent l‘achat de 80% des produits alimentaires en France. Sans oublier les fantassins de cette guerre du marché mondiale de l’alimentation. Les travailleuses et travailleurs paysans qui n’arrivent pas à vivre de leur travail ainsi que les ouvrières et ouvriers, sous payés et exploités, des usines de l’agroalimentaire et de toute la chaîne de la distribution. Sans oublier les paysans et les travailleurs pauvres de tous les continents, parfois réduit à l’esclavage pour produire des matières premières alimentaires vendues à bas prix ici, en concurrence avec les productions des agriculteurs français et européens. Dans des cargos chargés à bloc, des millions de tonnes de soja produit sur la déforestation de l’Amazonie traversent l’océan pour nourrir du bétail en France et en Europe. Des animaux et des produits carnés font le tour du globe pour satisfaire aux lois d’airain du libre-échange, au mépris total de l’environnement, du bien être animal, de la santé et du travail humain. Ainsi, la réponse à ce besoin primaire, manger, est sous l’emprise du capitalisme financiarisé et mondialisé qui mène partout une guerre économique destructrice des humains, des sociétés, du vivant et de la planète. Et, cette marchandisation outrancière tend à individualiser et standardiser les habitudes alimentaires, les cultures gastronomiques, les rituels du repas, la convivialité, le temps du partage. Pendant que les files d’attentes des distributions alimentaires s’allongent dans notre pays, la faim frappe près de 10% de la population mondiale. Au total, en 2024, plus de 733,4 millions de personnes étaient chroniquement sous-alimentées, soit 36 % de plus qu’il y a dix ans, selon les estimations issue des travaux de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Programme alimentaire mondial, du Fonds international de développement agricole (FIDA), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Unicef. Des paysans qui n’arrivent plus à vivre de leur travail, la faim qui n’en finit pas de faire des millions de victimes, des produits alimentaires dangereux pour la santé et l’environnement… Sous la férule du capitalisme, aujourd’hui, la faim tue, manger tue. Alors que le Droit à une alimentation adéquate, saine, accessible, de qualité et en quantité suffisante, est établi par les organisations des Nations unies, la plupart des États et des pouvoirs politiques serviles, laissent les mains libres aux tenants de l’agrobusiness. Désormais, la lutte pour la réalisation du droit à l’alimentation est un enjeu populaire mondial pour l’extraire des griffes du marché capitaliste. L’alimentation doit redevenir l’affaire de toutes et tous par l’avènement d’une démocratie alimentaire, du sol à l’assiette, qui garantit partout un droit à l’alimentation, plein et entier. Pour nous, c’est un combat communiste fédérateur de notre temps contre ce capitalisme vorace qui s’engraisse sur l’exploitation de la nature, du travail et des besoins humains, même vitaux. Un combat politique, économique, social, écologique, culturel, civilisationnel. Puisse La Terre être utile à toutes celles et ceux qui s’engagent, à leur façon, à la ville et à la campagne, ici et à travers le monde, dans cette bataille existentielle pour garantir le droit à des aliments choisis, bons pour le goût et la santé, dont la production permette de vivre et de préserver la nature. C’est notre engagement. Texte intégral (847 mots)
Patrick Le Hyaric
À l’heure du trumpisme déchaîné, organisant le rapt du président vénézuélien, menaçant de s’emparer du Groenland de gré ou de force, agitant l’arme des droits de douane, on veut nous faire croire que le traité de libre-échange MERCOSUR donne « une force géopolitique « à l’Union européenne. Le cercle des dominants et des possédants tente de le grimer en un acte de résistance aux velléités de l’administration américaine. Leur cynisme n’a donc aucune limite : ce traité – commercial – est en discussion depuis plus d’un quart de siècle, donc bien avant l’avènement de Trump. Il s’agit pour eux de faire taire, par tous les moyens, les résistances à un texte aggravant encore les insécurités sanitaires, environnementales et sociales. Le concept de libre-échange et de « marché ouvert » a peu à voir avec la diplomatie ou avec la coopération entre les nations et les peuples, mais tout à voir avec les affaires. Avec ce traité, il s’agit de lâcher la bride aux grandes sociétés transnationales afin qu’elles exploitent sans limites les hommes et la nature, là où le taux de profit sera le plus élevé, dans le cadre d’une guerre économique sans merci dont les fantassins sont les travailleurs de la terre, des usines et des bureaux, des deux côtés de l’Atlantique. Avec le Mercosur, il n’y a en effet que des perdants parmi les travailleurs au Brésil comme en Pologne, en France comme en Argentine. En effet, ce ne sont ni les peuples ni même le gouvernement brésilien qui vont vendre les pièces de bœuf que les consommateurs européens vont trouver dans les plats cuisinés, mais des firmes capitalistes brésiliennes, américaines ou européennes qui exporteront ce bœuf aux hormones, gavés d’un soja OGM cultivé sur la destruction d’immenses surfaces de forêt amazonienne. Toutes les familles populaires en subiront les conséquences avec l’insécurité sanitaire et écologique qui en découle. Et, ce genre de traité a des conséquences concrètes sur le « pouvoir de vivre » de l’immense majorité. La « concurrence libre » à laquelle se livrent les possédants aboutit toujours à l’abaissement des normes sociales et environnementales, des salaires et des prix agricoles à la production. C’est ce que cache le mot « compétitivité ». Celle-ci aboutit à la réduction des cotisations sociales qui conduit les gouvernements à compresser le niveau des prestations sociales, des remboursements de soins, des pensions et à reculer l’âge de départ en retraite. C’est parce que l’Union européenne n’est conçue que comme un marché ouvert à tous les vents, livrés aux volontés des sociétés transnationales et du capital financier qu’elle est faible, peu écoutée, peu respectée et sa souveraineté bafouée, de plus en plus contestée par les peuples qui la composent. Il ne peut en être autrement quand la présidente de la Commission européenne va signer le traité MERCOSUR sans que le Parlement européen – pourtant co-législateur- ne se soit prononcé. Jamais n’est produit de bilan de ce libéralisme débridé. Pourtant, la création du marché unique en 1992, l’adoption du programme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1994, le traité de Lisbonne imposé en 2005, la signature de 40 traités de « libre-échanges » ont conduit au fiasco industriel, agricole, numérique, social que nous subissons aujourd’hui. Chacun de ces accords devait, -selon ses promoteurs – promouvoir la croissance et la prospérité des peuples. Résultat ! En vingt ans, l’Europe n’a gagné ni en croissance, ni en indépendance, ni en influence. Toutes les études publiées ces dernières années et les rapports de M. Draghi et d’E. Letta alertent sur le décrochage par rapport aux États-Unis et à la Chine, tandis que la pauvreté ne cesse d’augmenter. Et l’Europe est quasiment absente des technologies du futur – énergies renouvelables, numériques, intelligence artificielle, télécommunications, espace. La réduction des tarifs douaniers, l’abaissement des barrières sanitaires, environnementales n’ont pour objectif que de faciliter la libre circulation du capital, des marchandises et des services, pressurant toujours plus le travail et provoquant l’augmentation des températures sur la planète. Loin des indispensables coopérations à construire avec les nations et peuples d’Amérique Latine, le traité de libre-échange alimentera encore plus la guerre commerciale au détriment des travailleurs et de l’environnement, là où la Chine par ses achats de produits agricoles et de matières premières a permis de consolider le socle des économies des pays du sous-continent américain. Elle y est la première fournisseuse d’équipements industriels et de produits manufacturés, tandis que la stratégie de D. Trump, au-delà du Venezuela, est de tenter de forcer les Chinois à quitter les lieux. Faire croire qu’en s’inscrivant au centre de cette lutte en utilisant la magie des tarifs douaniers donneraient de la force « géopolitique » à l’Union européenne est une mortelle illusion. Faut-il pour cela sacrifier une partie importante de nos travailleurs-paysans, détruire encore notre tissu rural, saccager la terre et l’eau, compresser encore l’emploi dans les secteurs agroalimentaires, manger de la viande aux hormones, déréguler l’utilisation de pesticides, supporter les modifications climatiques, alors que la Commission européenne elle-même ne projette qu’un taux de croissance de seulement 1 % en dix ans ? Non ! Le Parlement européen se mettrait au service de l’intérêt général s’il décidait mercredi prochain de déférer le texte devant la cour européenne de justice tout en proposant un projet de coopération pour le développement humain, la préservation de l’environnement, des co-investissements communs pour de nouvelles industrialisations compatibles avec la préservation du climat et de la biodiversité. Du même pas, il est nécessaire d’élargir les liens avec les paysanneries et les salariés et leurs associations d’Inde, des Philippines, de la Malaisie, de la Thaïlande, de l’Australie et des Émirats arabes unis pour bâtir d’autres projets que les traités de libre-échange en discussions avec leurs États. Au nom de l’intérêt général, humain et environnemental, les organisations progressistes européennes doivent s’attacher à nouer des dialogues et des alliances pour des actions communes avec les citoyennes et citoyens des pays du Sud afin de peser en faveur d’un nouveau type de développement humain durable, de la justice, de la liberté, la fin de la corruption, comme le demande les classes ouvrières et les jeunesses de la génération Z. À nous ici, d’agir pour que l’Union européenne ouvre, sur de nouvelles bases, des dialogues novateurs pour le maintien des aides au développement, d’authentiques coopérations avec les pays du Sud, pour refonder le multilatéralisme, pour faire progresser la paix et le combat contre les dérèglements climatiques en lien avec l’Organisation des Nations unies. C’est à ce prix que la voix d’une Nouvelle Europe sociale, démocratique, écologique, actrice de coopérations au service des peuples et de la paix, ne s’éteindra pas. Dans ces conditions, oui, elle pourrait jouer un rôle positif. Texte intégral (1353 mots)
Fabrice Savel
La plupart des espèces d’oiseaux sont moins abondantes en France dans les zones où les achats de pesticides sont plus élevés, concluent des chercheurs dans une étude publiée mercredi 14 janvier, suggérant qu’une baisse de l’utilisation de ces produits aiderait à protéger la biodiversité. Une équipe française du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) a étudié des données sur l’achat au niveau local de 242 substances actives de pesticides, issues d’une base de données publique, en les comparant avec des chiffres relatifs à l’abondance de 64 espèces d’oiseaux communs, produits par une étude de science participative. « On a trouvé un signal assez fort puisqu’il y a 84,4% des espèces pour lesquelles il y a des corrélations négatives, c’est-à-dire que plus il y a de pesticides vendus, moins il y a d’oiseaux », explique Anne-Christine Monnet, co-autrice de l’étude et chercheuse au MNHN. « Cette étude suggère des effets négatifs étendus de la contamination environnementale », concluent les chercheurs dans l’étude publiée dans la revue britannique Proceedings B de la Royal Society. « Nous pouvons conclure dès maintenant qu’une réduction de l’utilisation des pesticides est nécessaire pour atténuer les pertes actuelles de biodiversité agricole », écrivent-ils. Une des originalités de l’étude est de ne pas s’être seulement penchée sur le sort des oiseaux spécialistes des milieux agricoles mais de mettre en évidence les effets négatifs des pesticides sur d’autres espèces qui fréquentent occasionnellement ces milieux pour nicher ou se nourrir, comme les mésanges ou le rossignol. Les chercheurs ont aussi voulu « isoler l’effet des pesticides » en incluant dans leurs modèles d’autres facteurs qui peuvent aussi influer sur les populations, comme la composition des paysages (présence de haies, tailles des parcelles…) ou l’utilisation d’autres intrants, comme les engrais. « On est assez confiants sur le fait qu’on a bien un effet isolé (des pesticides) en plus de tout ce qui peut expliquer par ailleurs l’abondance des oiseaux », indique Anne-Christine Monnet. Les chercheurs sont aussi confortés dans leurs conclusions par la variété de leur échantillonnage, qui « couvre toute la France métropolitaine » et donc « plein de contextes agricoles différents », souligne-t-elle encore. (Avec AFP). Texte intégral (510 mots)
The Conversation
Par Burcin Yilmazer, Doctorante en aménagement de l’espace, urbanisme et géographie, Cerema En France, les fermetures de gares ou de lignes ferroviaires sont légion dans les espaces ruraux. Pourtant, ces dernières années, certaines petites gares retrouvent une nouvelle vie en se transformant en épicerie, en pôle santé ou encore en bureau. Pour quel bilan ? Le 31 août 2025, la fermeture de la ligne ferroviaire Guéret–Busseau–Felletin a suscité de vives émotions. Ce cas est loin d’être isolé. En février 2025, ce sont 200 personnes qui se sont ainsi réunies en gare d’Ussel (Corrèze) afin de manifester pour la réouverture de la ligne ferroviaire à l’appel de la CGT-Cheminots de Tulle-Ussel. Bien que les années s’écoulent depuis les fermetures, les territoires gardent un attachement fort au train et continuent de se mobiliser pour son retour. L’une des raisons tient à la rareté des transports en commun. Huit actifs sur dix habitant les espaces peu denses déclarent ne pas disposer d’alternatives à la voiture. Cet attachement a permis la naissance de plusieurs projets de valorisation de petites gares, comme celles d’Aumont-Aubrac, Sèvremoine ou encore Hennebont. Des projets de recherches sont aujourd’hui menés pour penser à l’avenir des petites lignes ferroviaires. C’est le cas du projet du train léger innovant (TELLi), qui vise à développer un matériel roulant adapté à ces lignes. Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), partenaire de ce projet, mène des recherches en sciences sociales afin de déterminer les conditions de réussite des systèmes ferroviaires légers. Ma thèse s’intéresse aux petites gares rurales, point d’entrée du réseau ferroviaire. L’une des hypothèses défendues : les expérimentations locales d’aménagement participent au renforcement du lien entre le territoire et le train. Cela fait plusieurs années que ces petites lignes ferroviaires sont sur la sellette, menacées par des limitations drastiques de vitesse ou par l’arrêt total des circulations. Mais comment ce réseau ferroviaire secondaire, qui maille finement le territoire, a peu à peu été délaissé ? Cette situation s’explique par la forte concurrence de l’automobile qui a réduit de façon significative la fréquentation de certaines lignes. Faute d’alternatives crédibles, 80 % des déplacements dans ces territoires s’effectuent aujourd’hui en voiture. L’entretien de ce réseau ferroviaire secondaire étant devenu trop coûteux, la politique de l’opérateur SNCF a privilégié les investissements sur le réseau dit structurant, ainsi que sur les lignes à grandes vitesses. Les petites lignes ferroviaires représentent 7 600 kilomètres du réseau ferroviaire national. Le rapport élaboré par le préfet François Philizot estime que 40 % de ce réseau de proximité est menacé faute d’entretien. Ce même rapport estime les investissements nécessaires au maintien de ces lignes ferroviaires à 7,6 milliards d’euros d’ici à 2028. Le vieillissement de ces lignes, faute d’investissements, entraîne une dégradation du service plus ou moins importante. Dans les territoires ruraux, 70 % des petites lignes ferroviaires accueillent moins de 20 circulations par jour. Or comme le rappelle le maire de Felletin, dont la ligne a été fermée cette année en raison de la vétusté de l’infrastructure, « c’est le service qui fait la fréquentation, et non l’inverse ». Les territoires refusent de voir disparaître leurs gares ; ils se les réapproprient et les transforment en réponse aux besoins locaux. Depuis 2023, la gare d’Aumont-Aubrac en Lozère a été transformée en épicerie, nommée Le Re’peyre. Le bâtiment de la gare, fermé aux voyageurs depuis 2015, a retrouvé un second souffle. Des produits artisanaux et locaux y sont en vente, contribuant à un commerce éthique porté par les initiateurs du projet. Cette transformation de la gare en épicerie est permise par le programme Place de la gare de SNCF Gares & Connexions (filiale de SNCF Réseau). Celui-ci favorise l’implantation de nouvelles activités et services par de la location au sein de plusieurs gares. L’objectif principal est de permettre l’occupation de locaux vides en gare, en leur donnant une nouvelle fonction et ainsi éviter leur dégradation. D’autres projets ont vu le jour. La gare de La Roche-en-Brenil (Côte-d’Or) a été transformée en un pôle santé, ou celle de la ville de Briouze (Orne) en tiers-lieu. Ces projets favorisent le développement d’activités économiques dans des lieux bénéficiant naturellement de visibilité. Ils participent à la redynamisation à l’échelle des quartiers de gare, en attirant une clientèle diversifiée au-delà des seuls voyageurs. La gare se retrouve davantage intégrée dans la vie communautaire grâce aux échanges et aux interactions qui se créent entre voyageurs et autres usagers. Au-delà de la simple réaffectation des bâtiments, certains projets menés dans des gares rurales choisissent de donner une dimension participative en associant usagers du train et citoyens dans le processus. C’est le cas de la gare de Sèvremoine (Maine-et-Loire), propriété de la commune qui a décidé de la moderniser en repensant les espaces publics environnants. Pour le bâtiment de gare, il a été souhaité d’y créer de nouveaux équipements favorisant l’animation sociale entre habitants et associations. Quatre concertations citoyennes ont permis le recueil des besoins des habitants avant le lancement d’un appel d’offres. Le projet Open Gare proposé par deux habitantes de la commune a été retenu. Ce tiers-lieu, axé sur la transition écologique et sociale, propose plusieurs services, tels qu’un service de restauration, un espace de travail partagé et une boutique d’artisans locaux. Tout au long du projet, des réunions ont été organisées pour informer et recueillir les retours des citoyens. Gouverné par une coopérative d’intérêt collectif et l’association Open Gare, ce lieu co-construit ouvrira ses portes dès 2027, après une période de travaux. Certaines initiatives vont encore plus loin en intégrant l’ensemble du quartier. C’est ce que montre l’exemple de l’association Départ imminent pour l’Hôtel de la Gare à Hennebont (Morbihan), qui a réhabilité le bâtiment de l’Hôtel de la Gare, situé à quelques pas de la gare elle-même. L’objectif : revitaliser de la gare et de son quartier. Cette association occupe également le bâtiment voyageur grâce au programme programme Place de la gare. Désormais, il est possible de retrouver divers services tels que des bureaux, des logements en location, un café et un atelier. L’association, désormais devenue la société coopérative d’intérêt collectif Tavarn Ty Gar assure l’accueil et les services aux voyageurs au rez-de-chaussée de la gare. Une expérimentation de plus qui souligne le dynamisme de ces territoires et de ses habitants. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. Texte intégral (2378 mots)
Petites lignes, grandes difficultés
Transformer une gare en épicerie, c’est possible
Co-construction avec les habitants de projet en gare
Des acteurs associatifs qui prennent la casquette SNCF
Fabrice Savel
Un objet du quotidien, tout simple, rond le plus souvent, est le réceptacle d’une lutte des classes globale, féroce. Un objet usuel dans la plupart des foyers. Une assiette, des assiettes que l’on transmet parfois de génération en génération, marquées par l’usure du temps et les souvenirs des repas familiaux. Attablés devant elles, des mangeurs contraints par la faiblesse de leur revenu et leur temps de vie rogné par le travail. Au menu, des produits industriels à bas coût, ultra transformés et marketés pour conformer les goûts et les habitudes alimentaires Ce combat de classe qui ne dit pas son nom se déroule chaque jour, sous nos yeux, aux heures des repas, dans des assiettes, parfois bien vides, garnies d’aliments qui n’apportent pas les nutriments nécessaires et, de surcroît, sont mauvais pour la santé. En réalité, leur fonction principale est d’engraisser toujours plus les multinationales de l’agroalimentaire, de la grande distribution et leurs actionnaires. D’un côté, celles et ceux qui n’ont que leur travail, leur allocation ou leur pension de retraite pour vivre et se nourrir. De l’autre, les firmes mondiales de l’agrobusiness, de la chimie, du machinisme agricole et les cinq mastodontes de la grande distribution (E. Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan et Coopérative U) qui dominent l‘achat de 80 % des produits alimentaires en France. Sans oublier les fantassins de cette guerre du marché mondial de l’alimentation. Les travailleuses et travailleurs paysans qui n’arrivent pas à vivre de leur travail ainsi que les ouvrières et ouvriers, sous payés et exploités, des usines de l’agroalimentaire et de toute la chaîne de la distribution. Sans oublier les paysans et les travailleurs pauvres de tous les continents, parfois réduits à l’esclavage pour produire des matières premières alimentaires vendues à bas prix ici, en concurrence avec les productions des agriculteurs français et européens. Dans des cargos chargés à bloc, des millions de tonnes de soja produit sur la déforestation de l’Amazonie traversent l’océan pour nourrir du bétail en France et en Europe. Des animaux et des produits carnés font le tour du globe pour satisfaire aux lois d’airain du libre-échange, au mépris total de l’environnement, du bien être animal, de la santé et du travail humain. Ainsi, la réponse à ce besoin primaire, manger, est sous l’emprise du capitalisme financiarisé et mondialisé qui mène partout une guerre économique destructrice des humains, des sociétés, du vivant et de la planète. Pendant que les files d’attentes des distributions alimentaires s’allongent dans notre pays, la faim frappe près de 10 % de la population mondiale. Au total, en 2024, plus de 733,4 millions de personnes étaient chroniquement sous-alimentées, soit 36 % de plus qu’il y a dix ans, selon les estimations issue des travaux de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Programme alimentaire mondial, du Fonds international de développement agricole (FIDA), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Unicef. Des paysans qui n’arrivent plus à vivre de leur travail, la faim qui n’en finit pas de faire des millions de victimes, des produits alimentaires dangereux pour la santé et l’environnement… Sous la férule du capitalisme, aujourd’hui, la faim tue, manger tue. Alors que le Droit à une alimentation adéquate, saine, accessible, de qualité et en quantité suffisante, est établi par les organisations des Nations unies, la plupart des États et des pouvoirs politiques serviles, laissent les mains libres aux tenants de l’agrobusiness. Désormais, la lutte pour la réalisation du droit à l’alimentation est un enjeu populaire mondial pour l’extraire des griffes du marché capitaliste. L’alimentation doit redevenir l’affaire de toutes et tous par l’avènement d’une démocratie alimentaire, du sol à l’assiette, qui garantit partout un droit à l’alimentation, plein et entier. Pour nous, c’est un combat communiste fédérateur de notre temps contre ce capitalisme vorace qui s’engraisse sur l’exploitation de la nature, du travail et des besoins humains, même vitaux. Un combat politique, économique, social, écologique, culturel, civilisationnel. Puisse La Terre être utile à toutes celles et ceux qui s’engagent, à leur façon, à la ville et à la campagne, ici et à travers le monde, dans cette bataille existentielle pour garantir le droit à des aliments choisis, bons pour le goût et la santé, dont la production permette de vivre et de préserver la nature. C’est notre engagement. Texte intégral (847 mots)
aux désidératas de l’agrobusiness.
Et, cette marchandisation outrancière tend à individualiser et standardiser les habitudes alimentaires, les cultures gastronomiques, les rituels du repas, la convivialité, le temps du partage.
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