flux Ecologie

Engagés pour la nature et l'alimentation.

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20.12.2025 à 18:20

MERCOSUR : le grand bluff

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (960 mots)

Sous la pression des mouvements paysans, le Conseil européen a été contraint de reporter au 12 janvier prochain la signature du traité commercial entre l’Union européenne et les pays de la zone MERCOSUR – Brésil, Uruguay, Paraguay, Argentine, auxquels s’ajoute la Bolivie.

Cette petite mise en scène cache, une nouvelle fois, le fond d’un texte dont l’unique objectif est de renforcer la spécialisation de l’Amérique latine dans une agriculture industrialisée et « chimisée », le pillage de ses minerais rares et l’ouverture de ses marchés aux industries européennes, en particulier allemandes.

Le président de la République française ment lorsqu’il explique qu’il veut changer « la nature du traité ». Les négociations sont closes depuis le 6 décembre 2024. Il a validé le contenu du texte en 2019. En septembre, puis en novembre dernier, il a affirmé à plusieurs reprises que ce texte contenait des « éléments positifs ».

Depuis six ans, aucun gouvernement français n’a proposé de modifier le traité ou le mandat de négociation de la Commission européenne. La semaine dernière encore, alors que le Parlement européen  votait une résolution pour  des « clauses de réciprocité » (ou clauses miroirs), visant notamment à imposer que les  normes sanitaires et environnementales des pays du Mercosur soient élevées au niveau de celles de L’Union Européenne, la Commission européenne a torpillée le texte du parlement  lors de la réunion de négociation entre le Parlement européen, la Commission et le Conseil dit trilogue.

En réalité, ces fameuses « clauses miroirs » consistent, pour la Commission et le Conseil, à abaisser sans cesse les normes sanitaires et environnementales en vigueur au sein de l’UE afin de faciliter « le libre-échange capitaliste », « le libre commerce » et d’aller toujours plus loin dans l’application du principe de « concurrence libre et non faussée », au détriment des travailleurs-producteurs et des citoyens-consommateurs.

Ajoutons deux questions politiques majeures : l’anti- démocratie et le service aux transnationales.

Antidémocratie : le traité est désormais scindé en deux volets. L’un, portant sur la coopération politique, devrait être soumis au vote des parlements nationaux. L’autre, bien plus important, porte sur le volet « commercial ». Or, comme le commerce international relève, selon les traités européens, de la compétence exclusive de la Commission européenne, il ne sera pas soumis au vote des parlementaires nationaux. Ainsi, un traité discuté de bout en bout à l’abri des regards des peuples n’est même pas soumis à leurs représentants, pour laisser la main aux grandes multinationales.

Service aux transnationales : le traité comprend un prétendu « mécanisme de rééquilibrage » qui permet aux grandes sociétés capitalistes de demander des compensations si une mesure prise par l’un des blocs de pays affecte « défavorablement le commerce ». Voilà qui réduit à néant toute clause de sauvegarde ou clause miroir. Ainsi, si l’Union européenne refuse sur son territoire le bœuf aux hormones et aux antibiotiques, ainsi que le soja OGM et traité avec des herbicides interdits, elle devra payer une amende aux sociétés transnationales, y compris européennes, qui pourraient juger que ces normes freinent le commerce et donc leurs profits.

Enfin, depuis quelques jours, un argument nouveau est avancé pour culpabiliser celles et ceux qui refusent ce catastrophique traité : il serait nécessaire de le signer, pour compenser la faiblesse de l’UE sur la scène internationale. On peut alors se demander pourquoi l’Union européenne n’a pas travaillé main dans la main avec le président Lula et les pays des « BRICs » lors de la récente conférence sur le climat qui s’est tenue à Belém.

On peut également s’interroger sur les raisons pour lesquelles la présidente de la Commission européenne s’est agenouillée devant Trump sur son parcours de golf en Écosse, et pourquoi notre Parlement continue d’exonérer les grandes multinationales du numérique à base nord-américaine de toute fiscalité. En vérité, nous connaissons les raisons : protéger le capitalisme mondialisé et ses oligopoles. L’Union européenne pourrait pourtant se  renforcer et jouer un autre rôle « géopolitique » en protégeant une agriculture nourricière et en modernisant considérablement ses capacités industrielles, tout en tenant compte des exigences écologiques et sociales et surtout en cessant de se baigner dans un atlantisme destructeur.

C’est un nouveau projet coopératif d’échanges et d’investissement qu’il conviendrait de rechercher avec les pays d’Amérique du Sud. Cela implique d’être lucide sur le grand bluff en cours. Le traité MERCOSUR ne doit pas être signé. Ni en décembre, ni en janvier.

Lire aussi : M. Macron maquille sa capitulation sur le MERCOSUR



[Image d’illustration créée avec IA]

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19.12.2025 à 11:06

Nos assiettes et les profits des ogres

Fabrice Savel

Texte intégral (633 mots)

Sommaire La Terre n°21

DOSSIER. Les aliments ultra-transformés dangereux pour santé engraissent les profits des industriels. 

ENTRETIEN. Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle, est co-autrice avec quarante chercheurs internationaux de la série d’articles « Aliments ultra-transformés et santé humaine » publiée par The Lancet.

INFOGRAPHIES. Les effets néfastes des aliments ultra-transformés sur la santé et sur les régimes alimentaires.

« Nos assiettes et les profits des ogres », l’éditorial de Patrick Le Hyaric.

CHEZ LES MARCHANDS DE JOURNAUX ET PAR COMMANDE EN LIGNE

EXPÉRIMENTATION. « Qu’est-ce qu’on mange ». VRAC, Vers un Réseau d’Achats en Commun, est une association qui existe depuis 10 ans, son objectif est de montrer que les habitant.e.s des quartiers populaires sont autant préoccupés que le reste de la population par bien se nourrir. Le regard de Bénédicte Bonzi, anthropologue, chercheure indépendante associée au Laboratoire d’Anthropologie du Politique (LAP).

INITIATIVE. À Ivry, vers une Maison de l’Alimentation. Depuis bientôt neuf ans à Ivry (94), l’association L’Étal Solidaire organise des ventes de fruits et légumes bio à prix coûtant afin de rendre accessible aux habitants de cette ville de banlieue.

DÉBAT. La re-territorialisation de l’alimentation et des filières agricoles est un enjeu stratégique pour faire face aux crises environnementale, climatique, géopolitique, et même démocratique, qui fragilisent aujourd’hui la sécurité alimentaire de la France. Avec l’association Le Lierre.

IDÉE. Un agriurbanisme pour une agriculture paysanne. Par Gérard Thomas, Docteur en aménagement de l’espace et urbanisme.

CLIMAT. L’appel de l’Amazonie. La presse s’est unanimement fait l’écho des déceptions créées par la déclaration finale de la COP30 de Belem (Brésil). Mais au point d’en occulter les quelques avancées pas si anodines qui sont surtout le fruit de la mobilisation des peuples, d’organisations de travailleurs-paysans et de femmes notamment. Par Lydia Samarbakhsh.

BIODIVERSITÉ. Le Parlement Européen vote (enfin !) la protection de nos sols. Par Léa Lugassy, Directrice scientifique & technique chez Pour une Agriculture Du Vivant.

REPORTAGE. Ruée vers l’or : à qui profite la mine ? Entre la Bretagne et les Pays de la Loire, un territoire est convoité par une société privée spécialisée dans l’exploration minière. À sa tête, un explorateur qui ne voit dans la nature qu’un gisement de profit. Sur le terrain, riverains, élus et associations s’engagent dans une ruée contre l’or. Pour la protection des humains et de l’environnement.

HABITER AUTREMENT LA TERRE ET LE VIVANT. Entretien avec Guillaume Faburel, professeur d’études urbaines et de géographie, coordinateur du Mouvement pour une société écologique post-urbaine.

AGROÉCOLOGIE. À l’occasion de ses 20 ans, l’association Bio Consom’acteurs a réuni les textes libres d’une série d’acteurs et d’actrices de la transformation écologique, économique et sociale qui, rassemblés, constituent l’ouvrage « Les Bouchées Doubles ».

ACTUALITÉS. « Matin brun ». La chronique de Pierre-Louis Basse, écrivain, journaliste.

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15.12.2025 à 19:45

Dermatose, Mercosur… On achève bien les vaches

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (1703 mots)

Voir les vaches et les veaux euthanasiés, chargés comme de vulgaires déchets par des camions-grues, installés au coin de l’étable, est une indescriptible tragédie pour les familles paysannes et leur entourage.

Entendre, à l’aube, des animaux souffrant, appelant au secours, est un déchirement.

L’émotion, le respect dû aux êtres doués de sensibilité, n’auraient jamais dû quitter l’action publique. Cela permettrait de mieux mesurer à quel point ce qui se passe dans les campagnes, avec la propagation de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, est un terrible drame. Cette maladie extrêmement dangereuse et contagieuse pour les animaux*, transmise par les piqûres de mouches appelées stomoxes, ne se soigne pas. Déjouant les frontières, elle est passée par le continent africain, où elle a décimé une grande partie du cheptel, puis remontée vers les Balkans, avant de toucher l’Asie puis d’apparaître en Sardaigne et en Lombardie au printemps 2025 avant de pénétrer en France par la Savoie.

Comme tout virus, le nationalisme lui est donc totalement étranger. Un virulent virus qui condamne les animaux à de fortes fièvres, et à l’apparition de nodules sur la peau et les muqueuses. Une partie des vaches en meurent. Celles qui réussissent à survivre ont de telles séquelles et souffrances que leur vie devient insupportable. Ces raisons ont conduit le comité national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale sur la base des travaux scientifiques et vétérinaires à mettre en place le protocole actuel d’abattage ciblé donc à euthanasier des élevages entiers dès lors un animal malade y est détecté.

Seulement, un troupeau n’est pas un chiffre. Il n’est même pas une image. Il est une création. Il est le résultat d’années, parfois de générations de travail, de soins, d’attentions, de sélection, de complicités aussi dans une osmose singulière entre le travail de l’éleveur et celui des vaches pour produire de la valeur ajoutée et de la nourriture avec le lait et la multitude de produits laitiers.

C’est dans cet affect, dans ce travail commun entre l’être humain et l’animal et l‘ampleur des pertes de lignée et de production future, qu’il faut comprendre et mesurer l’irrépressible détresse paysanne qui se manifeste.

De telles épizooties réduisent à néant des vies de labeur et de soins, ouvrant le sombre tunnel du découragement et de l’angoisse. Du désespoir souvent.

Car la maladie ne se présente pas seule aux portes des difficultés et des souffrances. La dermatose comme les autres maladies qui apparaissent ces dernières années viennent encombrer le carrefour déjà embouteillé par un entremêlement d’enjeux locaux et internationaux : pression à la baisse sur les prix à la production alors que les coûts de production augmentent sans cesse ; concurrence déloyale organisée au sein de l’espace européen, traité de libre-échange qui écrasent notre production ovine, accélération du démantèlement de la production bovine et laitière avec le traité Mercosur, modifications climatiques, insécurité sanitaire, insertion toujours plus grande de la production agricole et alimentaire dans le vaste marché capitaliste mondial ou quelques grandes multinationales de l’agro-industrie et les marchés boursiers font la loi.

Ce désarroi ne peut se traiter à coups de gaz lacrymogène contre des rassemblements de paysans choqués et en larmes refusant l’abattage systématique de leurs troupeaux. Il ne se traite pas non plus à coups de petites phrases ministérielles aussi sèches et dépourvues de la moindre empathie envers les travailleurs de la terre asphyxiés par dans un système économique qui marchandise tout en n’ayant que faire de la vie paysanne et de tout le vivant.

Heureusement que ces travailleurs-paysans se rassemblent pour se faire entendre, pour partager leur tristesse, mais surtout pour combattre de fatales dépressions et semer des graines d’avenir. Le lien sur les barrages est l’ennemi du désespoir.

C’est sur ces barrages paysans qu’il faut être pour s’informer, discuter, soutenir, et projeter avec les intéressés un nouveau modèle de production agricole et alimentaire ne niant rien de la science et de la médecine vétérinaire pour progresser vers la sécurité sanitaire humaine, animale et végétale. Un tel modèle est incompatible avec une orientation agricole tournant le dos à la reconquête de la souveraineté alimentaire et agricole au profit d’une agriculture d’exportation, une agriculture « compétitive » « ce pétrole vert » comme on le dit sous les lambris des bureaux ministériels et dans les bunkers de la commission européenne.

C’est cette stratégie qui interdit depuis des mois de vacciner préventivement les 15 millions de bovins de notre pays. La vaccination empêcherait l’exportation. Or, nous n’exportons que 16% de la production française. Autant dire que les autorités ont refusé la vaccination générale à la seule fin de respecter le fameux « marché ouvert où la concurrence est libre ». C’est ubuesque ! On peut concevoir les inconvénients d’une interdiction d’exporter des animaux durant plusieurs mois. Cependant, abattre une partie du cheptel à cause de la maladie interdira de toute façon tout commerce car le cheptel national se réduira. D’autre part, ne serait-il pas utile de procéder à des études permettant des accords bilatéraux notamment avec l’Italie et l’Espagne pays récepteurs de nos exportations, afin de se mettre d’accord sur la santé des animaux et surtout sur les vaccinations massives et préventives dans nos pays ? En effet les traitements partiels en cours, n’immunisent pas contre un risque de réapparition de la maladie compte tenu du réchauffement climatique favorable à la multiplication des mouches vectrices de l’épidémie.

Ce n’est donc pas de coupes budgétaires dont a besoin notre pays, mais de colossaux investissements pour des moyens de contrôle et d’anticipation de la circulation de virus mortels, dans la recherche sur de possibles nouvelles épizooties et pour le traitement préventifs des maladies animales et végétales ainsi que leurs implications sur la santé humaine. Les agences de sécurité sanitaire ont besoin d’être dotée de nouveaux moyens face aux risques qui grandissent. L’État doit investir urgemment pour construire un service public de santé animale à partir des centres de recherche existant qu’il conviendrait de renforcer et la mise en place de services publics vétérinaires régionaux chargés des détections, préventions et traitements lorsque cela s’avère nécessaire.

Ajoutons que nous n’avons pour l’instant aucune confirmation que nos pays disposent d’un nombre de vaccins suffisants pour traiter tout le cheptel. Il est utile de préciser à ce propos que l’Afrique du Sud, si méprisée par les pays du Nord lorsqu’elle avait pris la tête des pays dit du « Sud global », militant pour une production suffisante et accessible de vaccins contre le Covid 19, est le pays qui aujourd’hui fournit le vaccin très efficace contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC)*. L’Union Européenne devrait se doter d’une banque publique de vaccins.

Ce contexte renforce encore la nécessité de ne pas signer le traité Mercosur. Ni aujourd’hui, ni demain. Il appelle aussi à maintenir les crédits de la politique agricole commune (PAC) tout en les réorientant vers le travail et l’agro écologie, ainsi que les financements européens de développement régional. Ces deux postes d’investissement européen sont aujourd’hui menacés au profit de la stratégie militariste européenne.

La prise en considération des multiples fonctions du travail paysan doit conduire à agir pour le sortir des entraves de son insertion dans le marché capitaliste mondialisé.

Elle oblige à entendre le désarroi, la détresse et les appels au secours. On ne peut accepter sans frémir de compter un suicide de paysan chaque jour qui passe. De nouveaux moyens d’accompagnement, de détection et de soins des dépressions, des crises d’angoisses et des troubles liés à l’anxiété doivent être construits en coopération avec les associations d’aides aux paysans et la mutualité sociale agricole. Un moyen de réduire la pression serait d’engager un vaste plan de désendettement des exploitations agricoles par des renégociations de d’emprunts et des annulations de dettes. Il est temps de diriger nos regards vers les institutions bancaires et financières qui se repaissent du travail paysan.

Nous parlons ici de vies croisées humaines et animales. Nous voudrions tracer dans les campagnes des sillons d’espoir, sans Mercosur, ni Dermatose ; sans mépris, ni surexploitation des paysans-travailleurs qui, en lien avec les scientifiques, portent une grande part de l’avenir du vivant.

Patrick Le Hyaric

15 décembre 2025

* la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ne présente aucun risque pour les êtres humains. La loi santé animale qui encadre l’action sanitaire des éleveurs européens votés en 2021 la classe en catégorie A, soit comme une maladie à « éradication immédiate ».

**Vaccin produit par le laboratoire Sud-Africain Onderstepoort Biological Products (OBP).


Image by JackieLou DL from Pixabay

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15.12.2025 à 11:36

Faites de La Terre, un nouveau projet pour une alimentation de qualité

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (746 mots)

Après notre dossier précédent sur les conséquences de la loi Duplomb, le nouveau numéro de La Terre qui paraît dans quelques jours porte en grand les résultats des recherches scientifiques sur la nocivité économique et sanitaire des aliments ultra-transformés dans le cadre d’un modèle agroalimentaire piloté par un capitalisme mondialisé de plus en plus barbare. Nous y valorisons aussi les initiatives pour le droit à l’alimentation et les expériences pour la réduction des déséquilibres et des inégalités territoriales.

Chaque semaine qui passe désormais montre la nécessité impérative pour la santé humaine, animale, celle des sols et des eaux de dépasser le capitalisme agro-industriel et agrochimique afin d’inventer un nouveau projet agricole et alimentaire : Traité Mercosur, aliments ultra-transformés, volonté de la commission européenne de ré-autoriser des pesticides et des herbicides qu’elle a bannie il y a déjà des années pour leurs dangerosités, découvertes de PFAS dans les eaux de consommation… Pendant que plusieurs maladies difficilement maîtrisables touchent les troupeaux ovins et bovins.

Avec d’autres actrices et acteurs, nous sonnons l’alerte sur ce système qui fait la part belle aux grandes firmes capitalistes qui épuise le travailleur-paysan, les sols qu’il cultive et les animaux qu’il élève. Pris dans ce terrible étau, les corps et les esprits des travailleurs-paysans sont si malmené que la Mutualité sociale agricole et les associations d’aide aux paysans en difficulté estiment que chaque jour se termine par un suicide.

La Terre se fixe l’ambition de décrypter les rouages de ce capitalisme déchaîné qui fait régresser la civilisation. La Terre valorise, soutient tout ce qui s’expérimente de nouveau pour contrarier ce système carnassier : expériences coopératives, installations de jeunes agriculteurs à partir de projets participatif, circuits courts, expérimentation de la sécurité sociale de l’alimentation, projets municipaux alimentaires et celles et ceux qui portent une ruralité vivante avec la défense des services publics.

Nous vous proposons de participer à ce projet global sur les enjeux de l’information avec la revue papier et la lettre électronique, bimestrielles, de débat et d’action avec le « Forum pour le droit à l’alimentation » et la création du réseau « Nous La Terre ».

Il s’agit de créer des groupes locaux en lien avec d’autres forces associatives, politiques ou coopératives pour faire émerger une nouvelle stratégie agricole et alimentaire. « Nous La Terre » vous permettra de construire du lien, d’imaginer des actions progressistes contre les cultivateurs de haine et de division, de nous proposer des sujets d’enquête ou d’en réaliser vous-mêmes et de participer au soutien financier de La Terre. Déjà, de nombreuses lectrices et lecteurs, des amis ont versé un soutien à notre revue au travers du fonds de dotation « Humanité en partage » qui permet de bénéficier d’une réduction d’impôt de 66 %. En versant un don avant le 31 décembre vous devenez membre de l’association « Nous La Terre » et vous bénéficierez d’une déduction d’impôt pour cette année 2025.

Une nouvelle rencontre par visio-conférence vous sera proposée dans les premiers jours de janvier prochain. Les enjeux sont capitaux : ruralité vivante et droit à l’alimentation.

Télécharger le bon de souscription en cliquant sur ce LIEN

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09.12.2025 à 07:00

Benoît Delépine. « Ce système prédateur n’est pas récupérable »

Fabrice Savel

Texte intégral (1388 mots)

De l’aéroport de Beauvais à La Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien une mystérieuse mission. Avec Animal Totem, Benoît Delépine signe un conte écologique, touchant, drôle, étonnant et enfin, radical. Un regard sur ce que la nature nous offre de plus beau. Avec une rétine de prédateur, la plus large possible, grâce au cinémascope anamorphosé. Une fable de La Fontaine version western dont la morale n’est jamais moralisatrice. Sortie le 10 décembre. Entretien.

Votre film, Animal Totem, nous emmène dans un road trip à pied, sans empreinte carbone, dans les pas de Darius, le personnage principal, au cœur d’une nature grand format. Qu’est-ce qui a déclenché votre écriture de ce conte écologique ?

Benoît Delépine : J’habite en Charente depuis maintenant 27 ans avec ma famille dans une ancienne ferme que nous avons restaurée petit à petit. Picard d’origine, je me sens charentais d’adoption. Il y a deux ans, un projet d’implantation d’une usine d’enrobé pour les routes menaçait de s’implanter dans la campagne environnante, en limite de zone Natura 2000. Mais aussi à proximité d’écoles et d’exploitations agricoles en bio. Avec les vents dominants, cela promettait d’emmener toute la pollution dans la vallée de la Charente. C’était vraiment honteux au moment où le gouvernement se gargarisait de l’objectif zéro artificialisation nette en France. Un mobilisation citoyenne locale s’est soulevée avec un collectif dont j’ai fait partie.  Pendant cette bataille, j’étais vert de rage et pessimiste car nous redoutions de faire face à un rouleau compresseur tel qu’on peut le voir face à des projets comme l’A 69. Et du coup, dans le même temps, j’ai commencé à écrire le film. Je pensais que même si on perdait, au moins je me vengerais cinématographiquement et symboliquement. Mais, finalement, le bon sens l’a emporté et le projet a été abandonné.

Par contre, moi j’étais lancé dans mon film que je ne voulais pas abandonner. J’avais également convaincu les producteurs. Et surtout, j’avais l’accord de l’acteur principal, Samir Guesmi, que je voulais absolument dans le film. C’est lui que je voyais avec ses grandes enjambées et son mélange de force et de douceur. Car je ne voulais pas d’un héros masculiniste, plutôt un pacifiste qui, tout d’un coup, estime que ça va trop loin et décide de passer à l’action.

De nombreuses scènes nous placent du point de vue de l’animal. Avec le soin de n’être jamais moralisateur, le film interroge de nombreuses questions de société. C’est une fable de La Fontaine ? 

Benoît Delépine : C’est à la fois une fable de la Fontaine et à la fois un western, avec un personnage venu d’ailleurs, un peu mystérieux. J’aime les scénarios où l’on ne sait pas où on va, où tout s’explique à rebours… Là, je donne quand même des indices petit à petit. C’est pourquoi je signe « un conte de Benoît Delépine », avec un personnage de gros méchant assez caricatural, encore que…

Olivier Rabourdin en acceptant sans hésiter le rôle m’a dit « dans tout conte, il faut un ogre » ! C’est lui qui m’a soufflé le genre de l’histoire. Il joue parfaitement son rôle d’ogre de la fable et c’est vrai que le personnage principal est une sorte de Petit Poucet. Oui, il y a bien une dimension fable avec une forme de morale à la fin.

Dans le film, vous n’épargnez pas les grands quartiers d’affaires, les transports polluants et bruyants comme les avions, les grands patrons, la chasse, l’irrigation agricole, les pesticides, les réflexes sécuritaires, le racisme… Alors qu’elle est-elle la morale de cette histoire ?

Benoît Delépine : D’abord, peut-être, revenir à une forme de simplicité, de lenteur, de respect et d’écoute de la nature. Mais le plus fort politiquement du film est à la fin. Sans la dévoiler, il y a quelque chose dans ce système prédateur qui n’est pas récupérable et que je voulais dénoncer au bout du compte.

Cet été, plus de deux millions de personnes ont signé une pétition contre la réintroduction d’un pesticide contenu dans la loi Duplomb. La maladie et les pesticides sont abordés de façon drôle et sensible dans le film. Cela vient d’où cette sensibilité à vif sur ce sujet ?

Directement de ma vie. Je suis fils d’agriculteur. Quand j’étais enfant, souvent, mon père rentrait des champs jaune des pieds à la tête. Je ne sais pas par quelle chance il y a résisté. Mais, oncles, tantes, cousin, mère, beaucoup trop de mes proches sont morts du cancer « en bonne santé », « elle ne fumait pas », « c’est la faute à pas de chance ». Mais je ne blâme pas les agriculteurs. J’ai des grands débats avec mon père qui est encore vivant. Il me dit à chaque fois « N’oublie pas, tu es un fils du glyphosate ». Parce qu’en fait, il s’était endetté pour acheter une ferme de 40 hectares dans l’Aisne. La ferme s’est révélée pourrie de chiendent. Pendant deux ans, il a passé son temps à racler, sarcler, il n’en voyait pas le bout, jusqu’au jour où à la coopérative on lui a dit « il y a un nouveau produit qui vient des Etats-Unis, tu pourrais essayer… » C’est pour ça qu’il me rappelle toujours que sans ça il aurait fait faillite. Je connais toutes ces contradictions. Pas loin de la ferme de mon père, il y avait l’usine Bonduelle. C’est pour ça qu’il faisait des haricots, des petits pois, etc. Il me disait, « tu vois, agriculteur, c’est comme ouvrier d’usine, sauf que c’est toi qui payes les machines ». Je n’ai pas envie de jeter la pierre à ces agriculteurs qui ont des crédits de fou sur le dos. On est face à une espèce de contradiction totale et destructrice.

Avec Darius, il y a un second personnage principal, la nature et comme fil conducteur de l’histoire notre rapport à la nature…  

Benoît Delépine : Et inversement ! C’est pour cela que je voulais absolument avoir le regard des animaux sur l’humain. Pour cela on a trouvé une solution incroyable avec le format du film en cinémascope anamorphosé. Au départ, nous étions parti du cinémascope surtout pour rendre à l’image toute la beauté des paysages de Picardie qui ont jalonné mon enfance. Puis aussi pour la dimension western du film, etc. Mais au bout du compte, j’étais déçu… Jusqu’à ce qu’on enlève la marge de sécurité sur les côtés du format qu’on ne montre jamais parce que les télés n’en veulent pas… On a donc élargi l’image avec cette marge et ça donne une largeur de vue incroyable ! Un peu comme la vision de certains animaux. Et du coup, on a réalisé le film comme ça, avec le courage de mes producteurs. J’en ai joué à fond dans mes cadres, ça donne une ampleur très poétique.

Nous avons aussi un deuxième chef opérateur, un jeune, qui ne fait que des films animaliers. Avec son matériel, ses caméras qui vont sous terre où sous l’eau, un drone pour la vision des oiseaux, on a pu tourné les scènes avec le regard animalier… Ça nous change du seul point de vue de l’humain.

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03.12.2025 à 10:17

L’âcre goût du grand capital dans nos assiettes

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (1548 mots)

Il m’arrive souvent de répondre à des interlocuteurs déclarant qu’ils ne font pas de politique, que, pourtant la politique se niche jusque dans leur assiette. 

Nous venons d’en avoir un sinistre aperçu en cette fin du mois de novembre. Il oblige à réfléchir tant il éclaire les choix du pouvoir en faveur du grand capital agro-alimentaire international. 

Une loi dite « climat » votée en  2021 édictent que le gouvernement devait publier une « Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat » (SNANC) au plus tard le 1er juillet 2023. Ce texte à valeur juridique et politique a pour objectif de réorienter les politiques publiques afin d’améliorer la qualité alimentaire et nutritionnelle de la nourriture et d’inscrire le projet agroalimentaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Or, depuis trois ans, de mois en mois, la publication de ce texte a été retardée.

Pourtant, il y a urgence. Cent-quatre études prospectives publiées ces dernières années ont démontré la nocivité des « aliments ultra-transformés* ». Le 19 novembre dernier, 43 experts internationaux de la santé et de la nutrition ont publié une série de trois articles documentés dans la revue « The Lancet » qui confirment les effets négatifs des aliments qui nous font de l’œil sur les étals des grands supermarchés après nous avoir alléchés à grand renfort de publicité. Nous parlons ici des  céréales, boissons énergisantes, yaourts aromatisés, nuggets, pain de mie, barre chocolatées, sauces diverses, pâtes à tartiner, plats cuisinés etc.  Ces aliments ultra transformés qui constituent désormais 80 % de l’offre alimentaire de la grande distribution sont bourrés d’additifs, de conservateurs, d’édulcorants, de colorants, d’émulsifiants et d’arômes divers qui provoquent diabète, accident vasculaire cérébral (avc), cancers, dépression. Les substances ajoutées pour améliorer la conservation, le goût, l’odeur ou la texture des aliments les rendent plus appétissants pour nous rendre plus dépendants. Les scientifiques ont également démontré que de nombreux composés toxiques (furanes, amines hétérocycliques, hydrocarbures aromatiques polycycliques) sont produits à l’occasion de la transformation de la nourriture et des perturbateurs endocriniens comme les phtalates, bisphénols ou PFAS  peuvent migrer des emballages vers les aliments**.  

Pour vendre leurs produits alimentaires industrialisés les trois grands groupes américains Coca-Cola, PepsiCo et Mondelez International n’ont pas hésité à dépenser 13,2 milliards de dollars en alléchante publicité.  Cette somme astronomique équivaut à quatre fois le budget de l’Organisation mondiale de la santé. Cette comparaison est d’autant plus pertinente que le lien  entre ce que nous mangeons et notre santé est aujourd’hui largement démontrée.

C’est dans ce contexte d’accumulation de preuves contre les effets néfastes d’un modèle agricole et alimentaire défini par les choix rapaces du complexe agro-industriel que finalement le gouvernement devait rendre public vendredi 28 novembre sa stratégie nationale pour l’alimentation. Rien de révolutionnaire dans ce texte qui, comme à l’accoutumé demande à chacune et chacun de faire attention, de ne pas laisser trop les enfants devant les publicités diffusées en continue par les écrans et d’autres mesurettes du même type. Rien qui ne puisse contrarier les mastodontes de l’alimentaire comme Nestlé, Unilever, Kraft Heinz, Coca-Cola, Danone et autres qui pratiquent le gavage des actionnaires de dividendes grâce à l’exploitation du travail paysan, celui de millions de salariés prolétarisés et les familles populaires qui doivent se nourrir d’aliments méconnaissables par nos champs et nos étables, éjectés de leurs longues chaînes de production.

Ces groupes étaient d’autant plus tranquilles que le programme gouvernemental avait été expurgé d’une recommandation qui existait dans les textes préparés par de précédents gouvernements appelant précisément à « limiter les aliments ultra-transformés ». Juste « limiter ». Mais même cela est trop pour ces grands parasites qui font leur beurre dans nos assiettes. 

La révélation par la cellule investigation de Radio-France de cette hypocrite biffure a contraint le gouvernement à ne pas rendre public son texte. Soudain la connivence entre le pouvoir et la grande industrie agroalimentaire, représentée par l’Association nationale des industries agroalimentaires(ANIA), a bondie  au grand jour, dans un contexte de rejet populaire des politiques gouvernementales. Ce nouveau front  ouvert sur un enjeu de santé publique, comme les révélations à propos de la fameuse loi Duplomb a donc contraint à ce nouveau recul de publication. L’affaire est encore aggravée par le fait que le directeur de la communication de l’ANIA a rejoint, comme par hasard, le cabinet du Premier ministre le 21 novembre. 

Ainsi, les intérêts du grand capital international conduisent le pouvoir à ne pas appliquer la loi pour ne pas freiner sa soif de profit. Les nouveaux petits chefs de guerre contre le  droit et les  « normes », leurs amis pique-assiettes, et les pillards qui vivent sur le dos des travailleurs et des citoyens consommateurs, n’ont que faire de ce que nous mangeons, de la santé publique et de la nature. 

Ils provoquent un basculement de civilisation dans lequel l’intérêt général, humain et écologique passe au second plan jusqu’à l’effacer tragiquement des réflexions stratégiques et des politiques publiques, concomitamment à l’acharnement des mandataires du capital à délaisser le secteur public de la santé et à tenter d’offrir la sécurité sociale et les retraites aux assurances privés et aux fonds de pensions. 

Ne nous trompons pas. Il n’y a ici nulle erreur mais les besoins et la volonté d’un système aussi cohérent que brutal, aussi rapaces qu’inhumain: celui qui fait du paysan travailleur un extracteur de minerais écrasé par les  bas prix, les dettes, mis en concurrence avec les autres paysans, extracteurs de minerais des quatre coins de la planète. Les uns et les autres, enchaînés, dépendant d’un tentaculaire complexe agro-industriel mondialisée et de plus en plus concentré , exploitant ses travailleuses et travailleurs, exigeant des traités de libre-échange, la fin des règles et des normes sociales, environnementales, sanitaires,  formatant les goûts, décidant des productions, payant de faux articles de presse et de fausses études, prospérant sur l’austérité des collectivités locales ou des hôpitaux pour fournir ses marchandises à bas prix et profitant d’un mode d’organisation d’une société urbanisée, d’une organisation du travail et du temps de travail qui privent les familles populaires du temps pour cuisiner des produits frais et sains.

De nouvelles réglementations sont certes indispensables comme les mises en garde sur les emballages, l’interdiction de vente d’aliments ultra transformés dans les écoles et autres collectivités, la réduction de la publicité, la réduction d’un certain nombre d’ingrédients, particulièrement des édulcorants ou les émulsifiants.

Mais l’enjeu est plus profond, plus systémique

C’est cette barbarie capitaliste qu’il faut dépasser pour la remplacer par un nouveau projet civilisationnel attentif aux êtres humains, à l’environnement, à l’ensemble du vivant. Dans celui-ci, les travailleuses et les travailleurs de la terre, celles et ceux des industries agroalimentaires, les productrices et producteurs de savoirs et de soins dans les laboratoires et les centres de santé, comme les citoyennes et citoyens consommateurs doivent reprendre le pouvoir sur leur vie, sur leur alimentation et donc sur la production et le travail. Tel est la hauteur de l’enjeu.

Ce n’est pas simplement et seulement comme on l’entend une question de « lobbying » sur les gouvernements. Ce qui se joue ici comme ailleurs, c’est la poursuite d’un capitalisme dont le divorce d’avec la civilisation est largement consommé. Ce système qui détruit la nature, met en cause la santé humaine en s’invitant sans autorisation dans nos assiettes et nos verres, se gavant de surcroît de la guerre, doit être urgemment dépassé dans un processus communiste de transformation civilisationnelle. Un combat de haute intensité pour le droit à une alimentation de qualité en quantité suffisante peut ouvrir ce chemin.


* Les aliments ultra transformé (AUT) sont catégorisés par la recherche internationale, l’organisation mondiale de la santé, la FAO (Food and agriculture organisation) . Ce sont des aliments contenant des aliments traité technologiquement dans lesquels on a inclut des ingrédients qu’on ne trouve pas dans les foyers comme les émulsifiants, sirop de glucose, arômes, colorants alimentaires, conservateurs.

** extrait de l’étude publiée par « The Lancet ». «  Le remplacement des régimes alimentaires traditionnels par des aliments ultra transformés constitue un moteur majeur de l’augmentation mondiale du fardeau des maladies chroniques liées à l’alimentation ».

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