flux Ecologie

Engagés pour la nature et l'alimentation.

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23.06.2026 à 12:17

Le droit à la fraîcheur

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (1288 mots)

Par Patrick Le Hyaric.

Cela fait bien un demi-siècle que nous sommes prévenus : la température planétaire augmente dangereusement. 

Depuis un demi-siècle, les études et rapports de collectifs de scientifiques mettent en garde, alertent, interpellent et appellent à empêcher le dérèglement climatique. 

Un demi-siècle où ils ont fait la démonstration de cette implacable loi physique : plus on rejette de gaz carbonique dans l’air, plus la température en surface de notre Terre commune augmente. Le réchauffement de l’Arctique a pour conséquence une augmentation des températures deux fois plus élevée sur le continent européen que sur le reste de la planète. 

Et des chercheurs préviennent que l’air de ces derniers jours reste frais comparé à celui que vont subir les générations à venir. Cet avenir hurle l’urgence d’agir. 

C’est de l’habitabilité de la Terre dont il s’agit. Loin, très loin des petites phrases et des simplismes politiques concoctés dans les chambres froides de la communication. 

Loin des minuscules pensées de responsables politiques qui ne raisonnent qu’à partir de leur maintien dans leurs maroquins ministériels. Or, la question est de savoir par quels moyens et sur quelle durée il est possible d’empêcher l’irréversibilité du redoutable processus en cours. 

Un train à grande vitesse est lancé vers le mur des canicules et des pluies torrentielles, de la fonte des glaciers et du bouillonnement des océans. Les pouvoirs et le monde économique alimentent la locomotive du capitalisme qui éteint la vie, mène l’humanité vers le néant. L’impérialisme américain mène la guerre au Moyen-Orient, capture le président vénézuélien Maduro, des gouvernements relancent les forages afin de permettre à quelques multinationales du pétrole d’arroser le monde, moyennant profits et rentes, d’une énergie carbonée nourrissant la fournaise. 

Pour l’éviter, il n’y a pas d’autre voie pour les peuples que d’entendre les mises en garde et de construire des mobilisations pour un processus de bifurcation sociale et environnementale démocratique, associant toutes les citoyennes et citoyens, toutes les travailleuses et travailleurs, en lien avec toutes et tous les scientifiques.

Ceux qui nous proposent un brumisateur ou un épouvantail là où il faudrait imaginer une transformation civilisationnelle afin que notre Terre ne devienne pas invivable sont les obstacles à cette indispensable transition.

Ils nous serinent leurs phrases pré-mâchées autour de « la dette » comme d’autres parlent de leur cassette, cachant la grande dette qui peut perdre notre humanité : la dette écologique.

 Il n’y aura pas de stratégie de stabilisation du climat sans une nouvelle stratégie financière incluant une création monétaire de type nouveau des institutions internationales — du Fonds monétaire international comme de la Banque centrale européenne —, sous contrôle populaire. Le climat et la biodiversité sont des biens communs de l’humanité qui appellent une union internationaliste de combat pour le vivant. 

Les mêmes qui nous conseillent de fermer nos volets l’après-midi sont ceux qui ont divisé par trois – de 2,3 milliards d’euros à 837 millions d’euros – le budget du « Fonds vert » destiné à financer les projets d’accélération des transitions au service des collectivités territoriales.

La fameuse « gestion de crise » si prisée par les puissants sert à empêcher de voir l’essentiel.

Elle cache les raisons fondamentales d’une situation créée par le capitalocène : un modèle économique pour le profit d’une minorité de possédants, basé sur les énergies carbonées, envahissant tous les espaces de nos vies malmenées.

Les corps souffrent sous le soleil brûlant. La santé physique et mentale se dégrade. Les accidents se multiplient. Les ouragans de chaleur ôtent la vie. Les pluies diluviennes aussi ravageuses leur succèdent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité des personnes de plus de 65 ans sur la planète a augmenté de 85 % en vingt ans. Près de 500 000 personnes meurent des effets de la chaleur chaque année depuis 2020. En France, au moins 5 000 décès ont été causés par des températures élevées en 2022. Les inégalités épaulent et aggravent les effets des canicules qui touchent encore plus violemment les femmes, les plus modestes, déjà victimes des difficultés à disposer d’un logement de qualité ou d’accès à la santé. 

Des chaleurs aussi précoces, comparées à celles du milieu des étés lorsque le climat n’était pas à ce point réchauffé, rendent les sociétés humaines de plus en plus vulnérables. Et elles malmènent les écosystèmes quand les déficits hydriques se combinent avec des rayons du soleil qui brûlent tout et font mourir la végétation. Les arbres récemment plantés dans les villes pour végétaliser rendent l’âme. Les lits des cours d’eau sont nus. La terre devient caillou. Les poulets suffoquent. Les vaches et les chèvres ne peuvent plus faire leur travail de fabrication du lait. Les abeilles tombent comme des mouches. Les chevaux ne trouvent plus l’ombre. 

Les enjeux climatiques et environnementaux sont constitutifs d’une nouvelle politique de sécurité, de santé publique et de sécurité alimentaire. Une politique pour le vivant. Y parvenir exige une mobilisation politique, sociale, financière pour la bifurcation d’un niveau peut-être plus important que ce qui a été fait pour la reconstruction de la France et de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Se pose le grand enjeu d’une sécurité sociale élargie à la sécurité sociale écologique. Bien à rebours donc des thèses austéritaires accaparant les « temps de cerveau disponible ».

Déjà, en plusieurs endroits du monde, des mobilisations s’organisent pour porter le « droit à la fraîcheur » comme droit inconditionnel du bien-être du vivant. 

Il s’agit à la fois de la conquête du pouvoir des travailleuses et travailleurs sur les conditions de travail. Au-delà, c’est leur pouvoir sur les productions elles-mêmes en lien avec les chercheurs et les étudiants qui refusent de servir le capitalisme prédateur de la destruction. Il est en même temps un projet politique pour transformer les villes, les transports, les logements, garantir l’accès à l’eau, lutter contre les inégalités, empêcher la bétonisation des terres agricoles et la destruction des jardins partagés, mettre fin aux projets d’autoroutes et de grands travaux inutiles, porter un nouveau projet de sécurité alimentaire avec l’agroécologie.

Le droit à la fraîcheur se fait projet politique. La bifurcation environnementale est un urgent enjeu civilisationnel.

23 juin 2026.


Image by Daniel R from Pixabay.

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19.05.2026 à 12:21

Le Collectif Nourrir, la Confédération paysanne et le Modef dénoncent une loi agricole favorable à l’industrialisation de l’agriculture

Fabrice Savel

Texte intégral (1172 mots)

Les députés entament ce mardi 19 mai l’examen du projet de loi d’urgence agricole pour la protection et la souveraineté agricoles. Alors que les décrets de la loi d’orientation agricole et de la loi dite Duplomb n’ont pas encore tous été publiés, ce texte aborde de nombreux sujets, de la souveraineté alimentaire à la question du loup, en passant par celle du revenu des agriculteurs.

Contrairement à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui prétend défendre « une loi de réconciliation » entre « urgence écologique » et « urgence de produire », pour les syndicats Confédération Paysanne et Modef ainsi que le Collectif Nourrir, qui regroupe une cinquantaine d’organisations ce projet de loi veut favoriser « l’industrialisation de l’élevage » et « l’accaparement de l’eau ».

Ce texte, dénonce le Collectif Nourrir « n’apporte pas de réponse à ses causes profondes : revenus instables et insuffisants, manque d’accompagnement à la transition et à l’adaptation au changement climatique, concurrence accrue liée au libre-échange ou difficultés d’accès au foncier pénalisant l’installation de nouveaux agriculteurs. Sous couvert de souveraineté agricole, le gouvernement, loin de réconcilier, oppose de fait agriculture et écologie et propose par exemple de favoriser l’accaparement de l’eau et l’industrialisation de l’élevage. »

« Cette loi ne répond pas aux attentes des paysan.nes en colère et des fermes familiales », estime le MODEF qui souhaite « une loi valorisant une alliance entre le travail des paysans et les valeurs d’usage des biens communs globaux… Une loi agricole soucieuse des paysans, de la rémunération de notre travail, de la préservation de la biodiversité et de la santé, tout en luttant contre les souffrances de la précarité alimentaire, traiterait de l’installation de centaines de milliers de jeunes sur des unités de production à taille humaine, d’une revalorisation des retraites agricoles à hauteur du SMIC net, d’un véritable droit à l’alimentation, d’une caisse mutualiste publique pour les aléas climatiques… »

« Les député·es ne doivent pas se tromper », interpelle la Confédération paysanne pour qui ce projet de loi « est au service d’une industrialisation de l’agriculture mortifère et ne répond pas aux nécessités révélées par les différentes crises. »

Pour ce syndicat, alors que l’agriculture est soumise à la compétition internationale et fortement dépendante de la pétrochimie et en conséquence de plein fouet les soubresauts géopolitiques, « oui, il y a nécessité à engager des politiques publiques agricoles qui protègent le revenu des paysan·nes, ainsi que les facteurs de production contre la prédation et l’extractivisme. Il y a urgence à agir pour sortir d’un modèle productiviste qui ne cesse de faire disparaître les fermes, qui détruit le potentiel agronomique des sols, la ressource en eau, le bocage et prend en otage l’avenir des futures générations de paysan·nes. »

Il y a nécessité, insiste la Confédération paysanne, « à repenser notre agriculture à partir d’un projet alimentaire garant de la santé publique et de la relocalisation de l’alimentation, en sortant de la spécialisation des régions et de la compétitivité organisée à l’échelle de tous les territoires. »

Dans une lettre ouverte, le Modef demande aux député.e.s de gauche « de voter unanimement le nouvel article 19 bis (nouveau). Il permettrait d’améliorer le revenu des paysan.nes même si nous souhaiterions des prix minimums garantis par l’État ».
Cet article prévoit une clause de révision automatique des prix du contrat en fonction de la variation, à la hausse ou à la baisse, du coût des matières premières agricoles entrant dans la composition du produit alimentaire ou du produit destiné à l’alimentation des animaux de compagnie.

De leur côté, la FNSEA et la Coordination rurale pousse pour une adoption rapide, notamment sur le volet central de l’eau, car ce texte supprime l’obligation de réunion publique pour l’autorisation environnementale de projets de stockage d’eau, comme les méga bassines, afin de faciliter leur mise en œuvre. Ces deux syndicats estiment que trop de projets sont immobilisés actuellement.

Tandis que la ministre Mme Genevard joue les pompiers de service en soulignant l’absence « de réintroduction de produits phytosanitaires » dans le texte tout en expliquant qu’il y a sur ce sujet « un autre véhicule législatif, celui-là d’initiative parlementaire, qui va vivre sa vie de son côté. Les deux démarches sont différentes et parallèles », la FNSEA pousse pour que cette question soit remis immédiatement sur la table et non repoussé « à plus tard ». Une mission dont pourrait se charger le sénateur Laurent Duplomb lors du passage du texte au Sénat.

Face à l’opposition de la gauche à de nombreuses mesures, vues comme des atteintes au droit de l’environnement, la ministre Mme Genevard préfère couper court au débat parlementaire en appelant « les parlementaires à ne pas faire d' »obstruction » pour empêcher l’examen du texte. A cette heure, quelque 2.200 amendements ont été déposés et des journées d’examen ont été ajoutées pour espérer en venir à bout. Les débats seront plusieurs fois interrompus par d’autres textes d’ici au vote final, prévu le 2 juin.



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18.05.2026 à 11:24

Le blocage d’engrais dans le détroit d’Ormuz risque de provoquer « une crise humanitaire majeure »

Fabrice Savel

Texte intégral (601 mots)

Le blocage persistant d’engrais dans le détroit d’Ormuz risque de provoquer d’ici « quelques semaines » une « crise humanitaire majeure », alerte Jorge Moreira da Silva, chef d’un groupe de travail de l’ONU chargé de libérer le passage de ces matières cruciales.

« Nous avons quelques semaines pour éviter ce qui sera probablement une crise humanitaire majeure. Nous pourrions assister à une crise qui plongera 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim », a-t-il insisté.

L’Iran bloque depuis plusieurs mois le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un tiers des engrais mondiaux depuis des mois, en représailles à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février. Les exportations transitant habituellement par ce passage stratégique du commerce maritime mondial sont généralement destinées au Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a créé en mars un groupe de travail, dirigé par le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui au projet (Unops) Jorge Moreira da Silva, afin de mettre en place un mécanisme permettant le passage des engrais et de matières premières connexes, telles que l’ammoniac, le soufre et l’urée.

M. Moreira da Silva dit avoir rencontré plus de 100 pays pour rallier notamment le soutien des États membres de l’ONU à ce mécanisme. Mais les parties impliquées dans le conflit – États-Unis, Iran et pays du Golfe – ne sont pas encore convaincues.

« Le problème, c’est que la saison des semailles n’attend pas », souligne M. Moreira da Silva, certaines semailles se terminant dans quelques semaines dans les pays africains.

Il estime que le passage de cinq navires chargés d’engrais et de matières premières connexes par jour permettrait d’éviter une crise pour les agriculteurs.

« C’est une question de temps. Si nous ne nous attaquons pas rapidement à la source de la crise, nous devrons en gérer les conséquences avec de l’aide humanitaire », a-t-il poursuivi.

En cas d’accord, le mécanisme pourrait être opérationnel en sept jours, affirme le responsable onusien. Mais même si le détroit rouvrait immédiatement, il faudrait selon lui trois à quatre mois pour un retour à la normale.

Bien que les prix des denrées alimentaires n’aient pas encore explosé, M. Moreira da Silva relève une « forte augmentation » du coût des engrais qui, selon les experts, entraînera mécaniquement une baisse de la productivité agricole, puis une flambée des prix alimentaires.

« Nous ne pouvons pas tergiverser sur ce qui est possible et urgent: permettre le passage des engrais à travers le détroit et ainsi minimiser le risque d’une grave insécurité alimentaire mondiale », insiste-t-il.

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15.05.2026 à 11:10

Polémique autour de Master Poulet à Saint‑Ouen : existe‑t‑il un lien entre fast‑food et désertification du centre‑ville ?

Fabrice Savel

(74 mots)

Par Vincent Dutot, Full professeur Marketing Digital – Fondateur www.cercap.fr, EM Normandie et Abel Mensah, Enseignant-Chercheur en Stratégie, Ascencia Business School

Avec The Conversation.

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