Fabrice Savel
La France est touchée par une sécheresse ne se produisant en moyenne que tous les 10 ans. Après un été aux températures déjà historiquement élevées, le mois dernier a été le deuxième mois de septembre le plus chaud jamais enregistré en France, et parmi les moins arrosés, maintenant une « sécheresse historique » sur le pays, a annoncé Météo-France ce vendredi 2 octobre. « À l’échelle du mois et du pays, les températures affichent une anomalie de 3,1°C au-dessus de la normale 1991-2020 », faisant de septembre 2026 « le deuxième mois de septembre le plus chaud depuis le début des mesures en 1900 derrière septembre 2023. » Après la succession de vagues de chaleur de l’été, trois nouveaux épisodes de températures « anormalement chaudes » ont émaillé septembre, dont un « particulièrement intense » du 3 au 8 septembre, avec des niveaux de chaleur inédits du Midi-Pyrénées au Sud-Est et à l’Alsace. Sur le mois, les températures maximales ont été en moyenne 4,5°C supérieures aux normales sur le pays, avec localement jusqu’à +6°C du Roussillon jusqu’au sud du Massif central. « C’est le quatrième mois où l’anomalie de température est très importante et dépasse +3°C, du jamais vu sur plus de trois mois consécutifs », souligne Météo-France. Le mois dernier a par ailleurs été le « troisième mois de septembre le moins arrosé depuis le début des mesures en 1958 », derrière 1977 et 1985, avec un déficit de précipitations qui atteint 70% en moyenne sur le pays. Les pluies ont été très rares sur tout le mois, à l’exception de la toute fin marquée par un épisode méditerranéen « remarquable » qui a apporté des pluies intenses sur le Gard et l’Hérault. Les mois précédents avaient déjà été très déficitaires en précipitations, avec notamment -60% en avril, -50% en juin et -60% en juillet. « Depuis mars 2026, la France n’a connu aucun mois excédentaire en pluie », note Météo-Fance. Conséquence : la sécheresse des sols, déjà historique depuis plusieurs mois, a continué de s’aggraver, avec un indicateur national « resté quasiment tout le mois de septembre à un niveau bas encore jamais observé pour cette période de l’année ». Avant les pluies de la fin du mois, qui ont permis une humidification en surface sur les régions concernées par l’épisode méditerranéen, cet indicateur de sécheresse des sols atteignait « un niveau proche du record sec absolu établi au mois d’août ». « La quasi-totalité de la France est concernée par une sécheresse ne se produisant en moyenne que tous les 10 ans », avec un axe sud-ouest/nord-ouest particulièrement touché. Fabrice Savel Texte intégral (568 mots)
Fabrice Savel
Pourquoi le Nutri-Score n’est-il toujours pas obligatoire sur l’ensemble des emballages ? Quels sont les effets concrets et scientifiquement prouvés des aliments ultra-transformés et des additifs sur notre santé ? De quelles manières les lobbies industriels influencent-ils la recherche scientifique et les décisions politiques en France et en Europe ? Face à la précarité alimentaire et au marketing ciblant massivement les plus jeunes, cette discussion apporte un éclairage indispensable pour comprendre les rapports de force économiques et donne des clés d’action citoyennes pour réclamer une alimentation saine, transparente et accessible à tous. Avec : Animé par Fabrice Savel, rédacteur en chef de La Terre. Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-… (225 mots)
Fabrice Savel
Dans le numéro 25 de La Terre, retour sur les événements climatiques de cet été 2026. Juste avant les grandes vacances, la fin de l’année scolaire avait révélé l’inadaptation aux grandes chaleurs des écoles, collèges, lycées, universités et centres d’examens. Mais aussi des structures de soins et d’accueil des personnes âgées, des EHPAD. Et de très nombreux logements, devenus de véritables bouilloires. Pris de panique, face à ses responsabilités, voyant le bilan humain catastrophique se profiler, le pouvoir a conseillé de boire de l’eau tout en confirmant son caractère autoritariste en multipliant les interdictions d’événements culturels, sportifs ou festifs et en pourchassant les adolescents en quête de fraîcheur… Dans les hôpitaux, les services d’urgence et de secours, à bout de souffle après des décennies de politiques d’asphyxie budgétaire, les personnels ont tenu le coup, tant bien que mal, au prix d’un dévouement, d’un professionnalisme et d’un attachement viscéral au bien commun, à la santé de toutes et tous. « L’été meurtrier ». Ainsi pourrait-on titrer le récit climatique estival qui vient d’écraser l’Europe, la France et le pourtour méditerranéen. Mais ici, point d’intrigue criminelle, ni de sensualité torride d’une héroïne en quête de vengeance contre la barbarie des hommes… C’est le climat qui a déchaîné sa fureur. Et le bilan des épisodes caniculaires, de la sécheresse, des incendies et des événements climatiques de l’été 2026 est sans commune mesure. Les chiffres assommants donnent la mesure de la gravité d’une situation pourtant prévisible, car annoncée scientifiquement. « J’avais fait le pari dans les années 1980 que le réchauffement climatique deviendrait perceptible vers 2030, que chacun le sentirait. En fait, c’est un peu plus rapide à cause des événements extrêmes qui deviennent vraiment très marqués ». Interrogé, jeudi 6 août, sur Franceinfo, Jean Jouzel, ancien vice-président du conseil scientifique du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), a appelé une nouvelle fois à ce que les scientifiques soient désormais écoutés. Vagues de chaleur, sécheresses, incendies… « C’est ce que nous avions prévu au cours des dernières décennies », a insisté le paléoclimatologue, regrettant, notamment, que les recommandations de la convention citoyenne pour le climat de 2019 n’aient pas été suffisamment prises en compte. Très réactifs, les scientifiques de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL) ont publié dès juillet des analyses quasiment en temps réel de la vague de chaleur de juin. Leur rapport propose une lecture d’ensemble d’un événement emblématique d’un climat qui change rapidement en réponse aux perturbations dues aux activités humaines tout en mettant en lumière les défis scientifiques et sociétaux qu’il soulève. Pour Myriam Khodri et Valérie Masson-Delmotte, responsables du Centre « Climat-Société » de l’IPSL et Sophie Godin-Beekmann, directrice de l’IPSL, le message est très clair : « Les émissions passées de gaz à effet de serre conduisant au réchauffement de 1,4°C d’aujourd’hui ont rendu possible l’intensité de l’événement de juin 2026, qui aurait été quasi impossible en climat préindustriel. Un tel événement devient 3 fois plus probable dans un monde 2°C plus chaud, et 10 fois plus probable dans un monde 3°C plus chaud. L’évolution future du climat dépend des émissions de gaz à effet de serre à venir. Ces connaissances soulignent à quel point réduire les émissions de gaz à effet de serre est essentiel pour éviter des risques intolérables, compromettant la capacité à préserver les écosystèmes et protéger les conditions de vie décentes des populations, qui fait partie des droits humains fondamentaux. » Le message est en effet bien clair ! Et les conséquences de l’inaction et de la soumission toute macroniste aux intérêts des marchés et des grands groupes industriels sont catastrophiques. Elles se sont enchaînées tout l’été sans répit. Les deux premières vagues de chaleur, du 17 juin au 2 juillet, particulièrement intenses, ont entraîné 5 764 décès supplémentaires selon Santé publique France. Puis, entre le 3 et le 22 juillet, selon de premières estimations, 1243 décès en excès étaient également recensés. En prenant en compte la vague de chaleur pré-estivale de mai, un total de 7 300 morts en excès est à déplorer, alors que les chiffres de la canicule d’août ne sont pas comptabilisés. En Allemagne, selon des estimations publiées jeudi 20 août par l’Institut Robert Koch (RKI), l’autorité sanitaire allemande, environ 14 000 personnes sont mortes cet été en Allemagne à cause des épisodes de canicule. En Espagne, selon les données de l’agence météorologique espagnole 4 458 morts sont attribuables à la chaleur depuis le 1er juin de cette année. Mais ce n’était qu’un début… Alors que la seconde vague de chaleur du 4 juillet avait duré 16 jours, la troisième, débutée le 28 juillet, atteignait les 23 jours le 20 août, atteignant le record de la plus longue enregistrée depuis 1947, comme celle de 1983. Ainsi, la France métropolitaine a connu 52 jours de vagues de chaleur depuis mi-juin, un record alors même que l’été n’est pas terminé, devant les 33 jours de 2022 ou les 22 jours de l’été meurtrier de 2003. En fait de vagues de chaleur, c’est un véritable tsunami caniculaire qui s’est abattu. La nature, les humains, la faune, la flore, le vivant en sortent épuisés quand ils ont survécu. Moins visibles, sous l’effet du réchauffement climatique, les vagues de chaleur marines se sont également étendues. En 2026, elles touchent 90 % de la zone du golfe de Gascogne et de la côte ibérique, et 80 % de la Méditerranée occidentale. En Méditerranée orientale, les conséquences sont encore plus spectaculaires : près de 70% de la zone est actuellement touchée par des canicules marines. Et l’image à la Une d’un président tout sourire en jet-ski sur la Méditerranée en surchauffe confirme le mépris de classe de cette caste politico-financière aux manettes d’un monde qui court à sa perte. Sur terre, les forêts ont affronté sécheresse intense et flammes de l’enfer. En Gironde, le feu hors norme, fixé le 1ᵉʳ août, aura parcouru 42 000 hectares, jusqu’à lécher les abords de Bordeaux. Au Porge, il aura détruit 183 maisons, laissant les habitants de la commune détruite dans le plus grand désespoir. Dans les Landes voisines, 3700 hectares de forêt sont également partis en fumée. Au total, près de 450 maisons, bâtiments et commerces ont été détruits dans ces deux incendies. Dans le Var, l’incendie de Pontevès qui a parcouru 6300 hectares s’est éteint mi-août après un mois d’un combat qui a mobilisé 11000 pompiers et environ 3800 largages aériens. Les incendies se sont multipliés en Europe et sur le pourtour méditerranéen. De Fontainebleau à l’Irlande, de la Tunisie aux Ardennes, de la Grèce au Portugal, de l’Algérie à l’Espagne qui affronte une crise sans précédent avec plus de 173 000 hectares partis en fumée depuis le début 2026 avec pas moins de trente-cinq grands incendies recensés sur le territoire espagnol. Près de Madrid, l’incendie d’Ávila est le plus important feu de forêt de l’histoire récente du pays avec près de 50 000 hectares consumés. En France, l’inadaptation du pays s’est révélée au grand jour dans tous les secteurs… Trains à quai, réacteurs nucléaires à l’arrêt… Au 14 août, la quasi-totalité des départements de France métropolitaine étaient concernés par un arrêté sécheresse et des appels à des restrictions d’eau potable ou de forage. On est abasourdi par l’ampleur de la sécheresse. 43 % des cours d’eau suivis étaient en rupture d’écoulement ou à sec. Dans l’Est, le transport de marchandises est quasiment à l’arrêt sur le Rhin. Le fleuve, qui sépare la France et l’Allemagne, a atteint un niveau historiquement si bas que les navires ne peuvent plus naviguer s’ils sont trop chargés. En Roumanie, les particuliers et les entreprises sont appelés à économiser l’électricité, après l’arrêt de la centrale nucléaire du pays faute d’eau dans le Danube. « L’intensité de la sécheresse de 2026 continue de creuser l’écart avec 1976, 2003 et 2022… alerte l’agroclimatologue Serge Zaka sur ses réseaux sociaux… C’est une hécatombe. » En première ligne, l’agriculture, les agricultrices et les agriculteurs font face à une crise existentielle d’une ampleur inédite. Dès la première vague de chaleur, les dégâts seront considérables. On se souvient des dizaines de milliers d’animaux d’élevage morts étouffés par la chaleur, estimés à la tonne par une ministre de l’Agriculture moins soucieuse du vivant que de sécuriser les profits des firmes de l’agro-industrie et de l’agrochimie. Dans les Pyrénées, les éleveurs d’estive ont décidé de faire redescendre les troupeaux à cause de la sécheresse en montagne. Pour l’ensemble des cultures, selon les statistiques publiques de l’agriculture, de l’alimentation, de la forêt et de la pêche (Agreste), les pertes sont considérables. Pour les seuls légumes, selon les premières estimations, les pertes pourraient atteindre −30 à −70 % pour certaines productions et certains bassins. Interrogé par l’Humanité, Serge Zaka dresse un réquisitoire accablant : « Aujourd’hui, on paye les inactions des vingt dernières années et, dans dix ou quinze ans, on paiera celles d’aujourd’hui. Il faut soutenir les exploitations maintenant, mais investir également dans leur transformation avec un cap sur vingt ou trente ans : un véritable plan Marshall de l’agriculture pour 2050. » Le meurtrier ce n’est donc pas l’été. Ce n’est pas cette saison que l’on rêve alanguie. Les coupables sont identifiés. Ce sont des choix politiques qui favorisent depuis des décennies un système économique, productiviste, extractiviste, financier et guerrier qui exploite tout jusqu’à plus soif, les femmes et les hommes, le travail, les ressources naturelles, les sols, les forêts, l’eau, le vivant. Il faut désormais dépasser cet ère sans issue, le capitalocène*. C’est une question de vie ou de mort. Les 82 recommandations formulées le 9 juillet par le Haut Conseil pour le climat ouvrent la voie. Les alternatives agroécologiques existent. Elles fonctionnent déjà. Elles sont l’espoir concret. Pour que l’été demeure le temps des vacances, du temps libre et libéré. Le temps de l’insouciance et du repos. Le temps du bonheur partagé, ensemble. En commun. Fabrice Savel *Le Capitalocène dresse le même constat que l’Anthropocène, à Texte intégral (1991 mots)
savoir l’altération généralisée de la surface planétaire d’origine
humaine, mais en faisant du capitalisme (capitalo-) plutôt que de
l’humanité dans son ensemble (anthropo-) la cause principale de la
catastrophe environnementale globale.
Fabrice Savel
Environ 98.000 hectares ont été brûlés depuis cet été par les 21.000 départs de feu qu’a connus la France hexagonale, un niveau cinq fois supérieur à la moyenne de ces 20 dernières années et un record depuis 1976, a révélé jeudi l’Office national des forêts. C’est « exceptionnel », selon Juliette Faivre, directrice de l’agence ONF Île-de-France Est, précisant toutefois que 97% des départs de feu sont éteints avant d’avoir parcouru 10 hectares. Ce bilan, qui devrait être affiné dans quelques semaines, comprend les feux de forêt, mais également les surfaces agricoles et les espaces naturels. Pour la seule surface forestière, avec 76.000 hectares effectivement brûlés cette année, a précisé à Christophe Chantepy, expert à l’ONF dans la défense des forêts contre les incendies. La moyenne annuelle sur les 20 dernières années est de 12.700 hectares. Les données collectées de manière précise depuis 1973 1976 reste pour le moment un record pour le total des « surfaces végétales » brûlées (forêts, milieux naturels et zones agricoles), a précisé l’expert, avec un peu plus de 100.000 hectares brûlés. Les quelque 115.000, voire 120.000 hectares brulés (forêts, milieux naturels, zones agricoles), annoncés précédemment par d’autres sources que l’ONF, correspondent aux surfaces parcourues par les feux. Ils correspondent à « tout le périmètre de l’incendie traité par les pompiers », explique Christophe Chantepy. « Mais à l’intérieur de ce périmètre, des zones n’ont pas brûlé, par exemple des vignes, les cœurs de villages. Ces surfaces sont donc retirées de la comptabilisation des hectares effectivement brûlés », soit la plupart du temps 20% du total, un taux variable selon les incendies. Dans les zones sinistrées de la forêt de Fontainebleau, les stigmates restent bien visibles, avec dans certains endroits un décor en noir et vert: des pousses d’herbes et des fougères commencent à surgir du sol noirci, entourées par des troncs en partie recouverts de suie. « Ce sont les pluies du mois d’août qui ont redonné de la vie », explique Alexandre Butin, responsable à l’ONF, tandis qu’une abatteuse couche au sol les arbres condamnés et qui peuvent encore avoir une valeur commerciale. Après les incendies, les forêts touchées restent très sensibles aux pathogènes, d’autant plus pour celles fragilisées par la sécheresse. Et il faudra 50 à 60 ans pour retrouver des arbres à la hauteur de ceux qui ont été brûlés. Fabrice Savel (484 mots)
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