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Motus & Langue Pendue - Un journal intime de la société, avec des contenus situés quelque part entre l’art, la discussion entre potes et le journalisme.

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11.09.2026 à 10:25

[Édito de rentrée] Année présidentielle : il se trame quelque chose, nous en serons

La rédac

Texte intégral (1761 mots)

LE RETOUR DU PARATONNERRE

PAR CHARLOTTE GIORGI

Après deux mois de traditionnel silence estival, il est temps pour ce média de reprendre la plume.

En ce qui me concerne, cela s’annonce particulièrement difficile. Et je sais qu’il ne faut pas se forcer, mais vous savez quoi, il y a des exceptions. Des années pendant lesquelles disparaître n’est pas une bonne idée. 

La dernière fois qu’une année présidentielle s’est présentée à moi, j’étais étudiante, seule face à mon petit blog, avec une pensée politique encore en chantier. J’étais frustrée de ruminer seule ce moment qui me semblait être un big-bang, et c’est d’ailleurs à la rentrée suivante que le premier appel à rejoindre le média a été lancé. Depuis, 5 ans d’engagement, de militantisme, de Motus, ont passé. Nous avons écrit, enregistré, filmé, organisé des évènements, et parcouru des milliers de choses qui nous animent. 

Nous sommes devenus solides à mesure que le monde devenait mou. 

Aujourd’hui, je crois qu’on peut dire que nous sommes prêts. 

Nous nous sommes trouvés, formés. Nous avons vécu un peu plus que la dernière fois. Nous savons. Ce que nous devons faire, pouvons faire. 

Beaucoup de choses ont changé depuis, et nous aurions bien sûr préféré qu’elles ne nous donnent pas autant raison, sur l’écologie, l’extrême-droite, Macron, et la berezina de nos vies intimes (allez, je vous mets dans le même sac que moi pardon). Une chose est devenue plus solide qu’avant : la conviction profonde, ultime, indéboulonnable, que la justice n’est pas juste, que la vie doit changer, que la gauche doit gagner. Cette conviction n’est pas légère et facile. Parfois, on perd même de vue pourquoi elle était si enthousiasmante quand on a commencé à se battre. Cette conviction me pèse, comme beaucoup d’entre nous. Elle est parfois et même souvent la raison d’un immense mal-être. 

Mais elle ne bouge pas. Et en cette rentrée 2026, ma force politique est à peu près la seule chose qui ne vacille pas, pour tout vous dire. Mon prénom, Charlotte, vient de karl, “fort” en germanique. Ma force est ce qui m’a toujours jetée sur le chemin quand je n’avais plus envie de marcher. Cette force vient de l’étymologie, de ma nature corse (ben oui), mais aussi de la dignité qu’un engagement politique nous donne. 

Et puis autour de moi, tout a changé : j’ai déménagé, changé plus ou moins de travail, de lieu de travail, d’horaires de travail. Ma vie personnelle est au moins aussi chaotique. J’ai aussi appris que mon cerveau est malade d’une maladie que j’essaye encore d’apprivoiser. Bref, en cette rentrée, je suis proche de l’effondrement – les plaques tectoniques sont en 2008 sous mes pieds (l’époque de ça). J’ai du mal à retrouver mes appuis, et à savoir dans quelle direction avancer. J’ai du mal à aller bien comme à aller mal, et l’impression de ne rien faire correctement. Je ne vous dis pas tout ça pour plomber vos déterminations ou vos bonheurs que je suis tellement heureuse de croiser. Mais pour vous dire que même dans cela, nos combats sont des refuges. Des certitudes. Des manières d’être vivants qu’on ne peut pas nous retirer. Et c’est bien pour cela que nous avons construit ce média. 

Pour faire paratonnerre. 

Les premiers déplacements présidentiels me donnent à peu près autant envie de les commenter que de manger une cuillère d’essence, mais je sais au fond de moi qu’il y a des choses qui ont toujours fait sens : celles de défendre nos idées, la dignité des gens, une société solidaire, qui protège les communs, qui donne envie de rester là, sur cette terre, à l’époque que nous vivons. Pour notre monde, mais aussi, si je suis très franche et brutale, parce que j’ai besoin de ça. D’une raison pour rester. 

Je sais que toutes ces envies sont là, quelque part, enfouies sous les décombres. Qu’il suffit de leur laisser le temps et de leur donner l’espace nécessaire pour remonter à la surface. Or ce média a toujours été l’endroit des questionnements, mais aussi un lieu où tout exprimer en vrac, à tendre des perches et prendre des claques, pour s’effondrer dans le grand Internet avant de retrouver la lumière : j’écris pour me rappeler ce qui a du sens, et pour inscrire ici que cette année n’a pas le droit de faire perdre le sens à des milliers de gens.  

Parce que cette année pourrait tout changer, même si on y croit et en même temps plus vraiment. Je le sais mieux que quiconque : on est en bout de course, à bout de force, tous. De tous les côtés, il n’y a plus d’argent, plus de temps, plus de gens. 

C’est une rentrée exsangue, l’été était trop chaud, les riches trop riches, la gauche trop molle. 

Et pourtant, c’est précisément pour cela qu’il faut se secouer. Se laisser couler juste assez pour donner un grand coup de pied en atteignant le fond, et émerger de l’eau comme des météorites inversées. 

Pour ne rien vous cacher mes chers, je suis moi-même partagée entre l’envie de vous planter là et celle de vivre le temps historique de la victoire. 

La victoire doit se dépêcher si elle arrive, même si bien sûr ces choses-là prennent du temps. Et il va bien falloir rester dans les parages, en cette année 2027 où l’espoir est encore permis, où la chaussure est encore dans la porte, où porter des idées profondes n’est pas encore complètement idiot et absurde. 

Il arrive un temps (aujourd’hui) où un été de pause ne peut plus suffire à nous reposer, nous régénérer quand on fait ce que nous faisons. Mais après tout nous revenons donc comme vous nous connaissez : sur les nerfs, indomptables et féroces. La fatigue n’a rien à voir avec ce que nos ventres nous dictent, impérieux, sûrs. Solides. 

Depuis 6 saisons sur ce média, la gauche n’a jamais été aussi proche du pouvoir institutionnel. Je sais, l’extrême-droite non plus, mais à vrai dire ces gens m’intéressent peu. Ils ont une route facile et médiocre, et je ne crois pas qu’il faille en faire le centre de gravité de nos discussions politiques. 

Depuis 6 ans sur ce média, nous préparons le terrain. Nous parlons, nous écrivons, nous construisons des liens et des pensées à la hauteur de l’époque. Nous mijotons. Nous savons que la victoire n’est pas que présidentielle, elle se trouve aussi dans les interstices de nos vies, dans les luttes sur le terrain, et là où nous la faisons exister malgré le vent qui souffle. Mais cette année sera présidentielle, et nous aussi, aussi irrévérencieux sommes-nous, nous aussi, bien sûr, nous mettrons nos forces dans la bataille. 

Cette année est sans doute l’une des rares où la cocotte-minute est à point. Et au moment de soulever son couvercle et de nous prendre en pleine face toute la vapeur bouillante qu’elle renferme, nous savons que le plus gros du travail est derrière nous. Chaque personne convaincue, chaque argumentaire abattu, chaque moment organisé avec vous. Autant de munitions pour partir à l’assaut de cette année. Nous sommes nombreux·ses à être fatigués. À avoir creusé dans nos réserves psychiques, matérielles, physiques, pendant des années. Mais il nous faut nous rappeler que ce qui est construit n’est plus à faire. Que le vent souffle déjà et qu’il faut nous laisser souffler, avec lucidité et sans dévier des sillons que nous traçons depuis des années. 

Cette année n’est pas un début ni une fin, elle n’est pas un projet, un devoir, une ligne sur une liste de choses à vivre, poussiéreuse. Cette année est un aboutissement logique, un moment où être pleinement qui nous avons bataillé pour être ces dernières années. 

Sur le média, nous prenons l’engagement de vous accompagner tout au long de cette campagne et des narratifs qu’elle va ouvrir, parce que nos épuisements et nos tristesses n’auraient pas de sens si nous passions à côté de ce moment que nous avons tant préparé. Ça ne veut pas dire que ce sera évident, facile. Nous allons sans doute vivre une année ardue, chaotique et qui pousse notre engagement et ce média dans leurs retranchements. Mais nous voulons la vivre ensemble, et à près tout c’est pour ça que nous avons ouvert cet espace, depuis toujours. En rangs serrés. En ouvrant des moments de pensée, de discussions, de vie. En partageant comme nous l’avons toujours fait, nos états d’âmes, les plus petits séismes de nos vies jusqu’aux grands bouleversements politiques et comment tout ça s’entrechoque. 

Il se trame quelque chose : nous en serons. 

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04.09.2026 à 18:28

Le média cherche son équipe 2026/2027 !

La rédac

(279 mots)

ON RECRUTE !! Qui pour nous accompagner en cette année présidentielle ?

Si vous aimez nos contenus et que vous avez envie de passer de l’autre côté de l’écran en rejoignant un média indépendant porté par de supers personnes (en toute objectivité) alors c’est le moment ! Pour cette année lourde de sens politique, nous avons besoin de bras, de cerveaux et de liens en plus pour être à la hauteur de ce que l’on porte sur le média, c’est-à-dire une parole antifasciste audible, accessible, et irréverencieuse.

Monteur·se vidéo, rédacteur·ice de newsletters, petites mains,… le média cherche donc son équipe (bénévole ☝🏻) pour l’année présidentielle.

Pour nous rejoindre, il suffit de remplir le formulaire juste ici et on vous recontactera. Pour l’aspect purement « rédaction » et écrire sur le média, pas la peine de passer par le formulaire, vous pouvez directement nous écrire à motusetlanguependue@gmail.com :))

N’hésitez pas à faire tourner, on a besoin de bras, cette année plus que toutes les autres !

On a hâte de vous rencontrer !

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26.06.2026 à 21:33

[ÉDITO DE CLÔTURE] Canicule record : passer à l’offensive

La rédac

Texte intégral (3122 mots)

PASSER À L’OFFENSIVE

PAR CHARLOTTE GIORGI

 

Difficile de ne pas parler d’elle. 

Non pas parce qu’elle est sur toutes les lèvres, non pas qu’elle illustre les défis politiques que nous documentons depuis 6 ans désormais sur ce média. Mais simplement parce qu’un corps humain ne lui résiste pas. On a beau lui opposer nos pitoyables petites techniques humaines, vouloir la décrire, la prendre de surplomb pour en faire notre rat de laboratoire, se retrancher du monde en s’espérant suffisamment privilégié·e pour lui échapper, une canicule de cette ampleur et de cette durée rattrape le moindre de nos pas, l’alourdit, le poinçonne. Le plus petit bout d’espace resté au frais est aujourd’hui, lui aussi, colonisé par ce souffle brûlant qui ne laisse aucun organisme se reposer. Je l’ai fait tant de fois, vous connaissez mes colères : tant pis, je vais encore écrire de cet espace étouffant dans lequel je suis si féroce que je me fais peur. 

 

De toute façon je ne suis capable de rien, je me traîne avec cet édito. Mon cerveau, comme nos corps en surchauffe, est passé en mode survie. 

C’est particulièrement cruel, lorsqu’on vient comme moi d’une banlieue bétonnée et bouillante dont on ne peut jamais vraiment s’extraire, et qu’on a fait ses armes politiques dans ce qu’on appelle “le mouvement climat”. Depuis une semaine, je sens la colère m’envahir et me paralyser. Apparemment la chaleur met à rude épreuve notre système nerveux et nous rend, de toute façon, plus irritable. C’est marrant. Comme si la rationalisation de cette colère par de la biologie la neutralisait un peu. Nous sommes si peu énervés, au contraire. 

Mes mécanismes de défense et de mise à distance cela dit, et peut-être les vôtres aussi, ont cessé de fonctionner, c’est vrai. Je pleure plusieurs fois par jour, je dors n’importe quand et suis hors de moi la plupart du temps. Le mix avec une maladie psychiatrique et ses médocs déshydratants ne fait sans doute pas bon ménage, mais vous savez quoi, je crois qu’on peut s’autoriser à être un peu monstrueux à notre tour, les choquer un peu. Vous me pardonnerez cette monstruosité-là que j’essaye tant bien que mal de transbahuter depuis des années, et qui m’enjoint régulièrement de tout faire péter (remarquez comme je me contiens admirablement, avec ma tête d’enfant sage). Elle me vient du fond des tripes et emmerde pas mal de choses et de gens. Vous la connaissez sans doute, c’est celle des militants écolos qui ont arrêté d’être mignons depuis un paquet d’années et à qui on continue de tapoter sur la tête. Qui tressaillent et ne savent plus si c’est de honte ou de colère. Qui montent en pression, continuellement, avec des à-coups. À qui on a toujours dit, au fond, qu’ils avaient raison, et qui attendent d’en faire l’expérience matérielle. Avec un changement. Un virage. Une sortie de route. Et au bout peut-être, la vie. 

 

La chaleur ne s’évacue pas juste avec de la clim’. Car alors là, elle aurait peut-être été supportable. Ce qui ne s’évacue pas, ce sont ces choses pour lesquelles on se bat chaque jour que Dieu fait, et que l’on doit regarder s’effondrer les unes après les autres comme des dominos, pendant que les plus privilégiés (tel Yann Barthès apparemment) ne les remarquent peut-être même pas. Ce sentiment d’être le dindon de la farce, le bouffon du roi et le clown du village, alors qu’en nous tout est consumé par la colère. La conscience qu’il n’y a rien à sauver souvent, chez ceux qui s’en foutent et qui en profitent. Que la discussion est illusoire sans doute, qu’elle masque un rapport de classe plus déterminant que les bons sentiments. La conscience qu’il va falloir faire quand même, engager une grande conflictualité, cesser d’avoir ce réflexe enfantin qui consisterait à tout demander au gouvernement, et surtout se débrouiller pour contourner l’immense mur qui s’étale devant nous. 

À la colère s’ajoute aujourd’hui une tristesse sans nom mais peuplée de visages : chaque pas en dehors de chez moi me rappelle ainsi que les gens meurent. Littéralement, ils meurent. Je veux dire, les gens meurent chaque jour, je le sais bien. Mais vous comprenez, je les vois mourir : près de chez moi sur le périph’ parisien, ils titubent pieds nus et hagards, sans nulle part où aller. Je passe devant eux avec des bouteilles d’eau, et la certitude affreuse qu’ils ne tiendront jamais. Je regarde des gens qui meurent. Je les vois mourir le soir, lorsque je rentre d’une tentative infructueuse de prendre la clim avec les copines dans petit restaurant de République, et que je lève la tête silencieusement vers les appartements sous les toits des barres d’immeubles, dans lesquels les études montrent que le risque de mourir de chaud est 4 fois plus grand qu’ailleurs. Je vois ces gens, piégés, étouffés, à ouvrir les fenêtres en grand car quitte à ce qu’il fasse 40 degrés, autant voir le ciel. Dans ces appartements jamais rénovés, s’entassent des vieux, des enfants, des animaux, et toutes sortes de populations vulnérables, qui au moment de choisir un logement, sont tellement prises à la gorge qu’elles n’ont pas le moyen de penser à l’isolation thermique. Ici en Seine Saint Denis, la surmortalité pendant la canicule de 2003 avait été la plus élevée à l’échelle nationale, avec +117% de décès. Le 93 est aussi le département le plus pauvre de France métropolitaine : les logements y sont peu climatisés, les moyens pour se rafraîchir presque inexistants malgré les efforts, et les travailleurs souvent plus exposés à des métiers pénibles. Le travail d’ailleurs, contrairement aux Solidays ou à la Pride, n’a pas été annulé. Il faut croire que lorsqu’on produit de la valeur pour le PIB rien ne peut nous atteindre (et pourtant, les morts au travail se multiplient). Sur les fermes du réseau paysan pour lequel je travaille également, les animaux sont en souffrance, les rendements en chute libres, quand ce ne sont pas tout simplement des champs entiers qui sont ravagés par les incendies, comme sur la ferme du Mont d’Or. Dans mes stories Instagram, plusieurs femmes expliquent chercher des chambres d’hôtel climatisés pour leurs enfants, quitte à casser la tirelire pour une ou deux nuits à pouvoir dormir. Évidemment, les prix de ces enfoirés d’hôtels explosent. Mais les gens payent : ils n’ont pas le choix.

 

C’est bien simple, lorsqu’on laisse les hôpitaux se surcharger ou qu’on ferme des écoles inadaptées, lorsqu’on refuse de taxer les riches et leur mode de vie climaticide, lorsqu’on efface progressivement la capacité des individus à tisser de la solidarité, lorsqu’on criminalise les “éco-terroristes”, lorsqu’on retire les subventions aux associations de protection des personnes sans-abri ou que l’on veut dissoudre les Soulèvements de la Terre qui s’opposent à des mal-adaptations qui nous font croire que la solution est trouvée lorsqu’elle empire le problème, lorsque l’on fait tout ça en sachant que des canicules de masse ou des méga feux nous attendent chaque été, alors on décide sciemment de trier ceux qui auront la possibilité de vivre et ceux dont la mort nous est indifférente. 

Nous décidons que les plus chanceux auront la possibilité de climatiser, de déléguer le travail pénible, de se réfugier dans leurs maisons de vacances etc, ou ceux qui plongeront dans l’enfer de l’étuve. C’est cela, plus qu’un phénomène climatique, qui est en train de se passer. Et cette petite musique s’entend déjà tout au long de l’année. C’est celle qui justifie le fascisme : le tri des êtres humains. Prendre certains pour des meubles, ou des ressources humaines. Ou juste, des gens dispensables. C’est ce contre quoi, au fond, nous nous battons tout le temps.

Et s’il est extrêmement douloureux pour tous les militants que nous sommes, de voir l’état de détresse dans lequel nous sommes plongés, l’urgence climatique et sociale sur laquelle nous avions pourtant alerté, il faut aussi se rappeler que c’est notre solidité qui fera la différence. Nous qui avons la force du collectif et la profondeur des idées, mais aussi et souvent le relatif privilège de s’organiser politiquement, nous nous devons d’être particulièrement robustes. De tout miser sur notre solidarité, nos organisations consciencieusement et lentement constituées, notre intelligence politique. C’est maintenant, et c’est avec les moyens du bord. Pas le choix. 

 

Il y a quelques années, en pleine canicule, j’écrivais une lettre à Gérald Darmanin qui venait de demander la dissolution des Soulèvements de la Terre depuis un studio d’à peine 9m2 sous les toits, écrabouillée par la chaleur. 

Aujourd’hui, trois ans après, la canicule est déjà significativement plus longue, plus étouffante. J’ai quitté mon 9m2, pour vous parler de moi, mais je dois bouger à nouveau, jamais tranquille dans ce marché du logement francilien impitoyable, à qui j’offrirai désormais la moitié de ce que je gagne dans mon nouveau loyer, le tout pour espérer pouvoir vivre là où j’ai toujours vécu, où j’ai grandi, appris, aimé et désiré qu’il en soit autrement. 

Depuis toujours, ce média a été le seul endroit où j’ai ressenti une certaine puissance, le pouvoir de ma grande gueule et d’Internet, des liens avec les gens et de l’expérimentation d’une organisation collective. Le seul endroit où j’ai pu me dire parfois, avec un peu d’orgueil j’avoue, que nous pouvions peser dans la transformation de notre société. Et malgré tout ce qui nous accable particulièrement aujourd’hui, nous avons pesé, c’est sur ça, plus que jamais, que je voudrais clôturer cette saison sur le média.

 

En quelques années, beaucoup de choses ont changé. L’étau s’est resserré. Rien n’a sauvé l’école ou l’hôpital, et c’est l’idée même de Sécurité Sociale qui est désormais remise en question. Non seulement l’extrême-droite dispose de plus de 80 députés, mais elle a réussi le tour de force de faire renier à une grande partie des représentants politiques leur attachement à l’antifascisme, y compris ceux qui se présentent aujourd’hui devant nous en se revendiquant de gauche, ou qui assistent sans grincer des dents à la panthéonisation de Marc Bloch. Les habitudes coloniales et génocidaires d’Israël et de l’Occident en Palestine ne se sont bien sûr pas arrêtées. Elles ont continué en Iran (où paraît-il on bombarde au nom de la liberté des femmes) et au Liban (où l’on rase tout pour nous protéger du Hezbollah paraît-il). Quant aux canicules, ce sont toujours les mêmes qui s’époumonent sans grand impact, bloqués dans le paradigme de la sensibilisation et de la dénonciation impuissante que l’on se raconte être déjà de l’action. 

 

On dirait donc que rien n’a changé, mais je vous dis que l’on a pesé. Regardez : les rapports de force politiques se reconfigurent. Les loups sortent des bois et l’on peut choisir de laisser ces loups-là derrière. On dirait que même si les effets sont déjà là à nous prendre en étau, que la catastrophe écologique et sociale nous écrase bien de tout son poids, on dirait que malgré ça, les discours de gauche radicale sont montés en puissance. Sur Internet, si libre et contestataire malgré ce que l’on peut en dire, les gens se connectent, se répondent, s’insultent aussi, mais que la pensée est encore possible. Internet nous offre tellement d’échappatoires et de défis. Espérons qu’il soit longtemps le refuge qui nous a permis d’éclore. Pour nous. 

Nous, la jeunesse fatiguée des discours des plus vieux (avec tout le respect pour les vieux cool qui nous suivent ici), hors sol avec ce que nous vivons. Fatiguée de leurs médias insipides et bêtes, fatiguée de la valeur travail et sa foutue productivité, fatiguée des effarouchés qui ne savent plus où se foutre face aux racines coloniales qui sous-tendent notre univers entier, fatiguée de lutter pour mettre à la page ceux qui ont encore l’argent et la respectabilité pour eux. Fatiguée d’une époque, peut-être même de ce qu’on appelle “le monde d’avant” et auquel on est en train de mettre une petite vitesse. 

 

Et c’est logique : nous avions 18-19 ans quand nous avons commencé à militer. Plus de voix et de naïveté peut-être, des slogans un peu fades que nous avions récupéré d’années de gauches molles et de tracts indigestes. Mais si les années ont passé, alors notre impact aussi. Mine de rien, personne par personne, combat par combat, moment politique par moment politique, nous avons commencé à faire masse. Nos discours se sont solidifiés, nos modes d’actions se sont rendus plus efficaces. La puissance de feu de ce que certains appellent “la gauche internet” n’est pas négligeable. Elle arrive juste à retardement. Et à retardement, c’est parfaitement à l’heure maintenant. 

 

Je suis fière de regarder le chemin parcouru sur le média tous ensemble : à n’en pas douter ce chemin a compté, même de manière minime, dans la recomposition d’une gauche solide et qui n’entend pas faire de compromis sur les rares combats que nous avons encore l’espace de mener. Nous ne sommes pas des “wokes fragiles” comme ils l’ont cru à un moment : non, nous sommes inusables, ancrés dans notre époque, cyniques et acharnés, et le sol que nous avons construit ne se dérobe pas sous nos pieds à chaque montée de polémique ou d’expérience difficile – c’est d’ailleurs ce qui les énerve. Nous avons fait feu de tout bois et nous sommes des rocs. La canicule nous met en rogne, elle n’effrite rien. Elle ne fait que renforcer notre conscience du moment historique, notre lucidité sur le courage qu’il faudra pour repousser les murs d’une société étuve, bien au-delà de la canicule. 

 

Nous sommes passés à une nouvelle ère dans ce monde en feu : celle des reprises, après les dénonciations, les constats et les colères argumentées. L’année prochaine, nous sortirons aussi d’Internet pour reprendre des espaces nouveaux. 

Reprises : reprises des communs que nous avions délégués, reprises en main politique à nos échelles, tout de suite et avec les moyens du bord, reprises des moyens de communication sous le nez des GAFAM dont nous nous foutons pas mal car nous maîtrisons mieux que personne les dédales du numérique. 

Reprendre les choses en main veut dire cesser d’attendre et mettre en pratique, dès maintenant, des tactiques de survie à l’étouffement politique. Organiser la solidarité entre nous, en se lançant dans des initiatives qui feront peut-être pschit, avoir le courage d’être à l’initiative, de récupérer un peu d’agentivité. À partir de toutes les ressources produites collectivement depuis des années, refuser la passivité et la normalisation d’un mode de vie lunaire sur la planète catastrophe. Tester la solidité de nos réseaux. Et affûter nos stratégies.

 

Le média se prépare activement à l’année présidentielle. Cette année ne nous fait pas plus peur que ce que nous sommes en train de vivre. Nous ferons campagne. Pour porter nos idées, celles qui nous rassemblent mais aussi pour revendiquer des espaces où l’on se fritte et où ça gratte. Pour élever collectivement le niveau de l’argumentaire politique, fruit de nos discussions communes, de nos apprentissages en réseau, de nos moments de choc et de colère. Pour passer à l’offensive, enfin. Attaquer ceux qui nous rongent et nous abandonnent. Attaquer ceux qui prétendent nous défendre en utilisant nos colères et nos deuils sans nous connaître. Attaquer ceux qui écrivent l’histoire à notre place. Les mordre avec les dents, de toutes nos forces. 

 

Cher·es ami·es d’ici là, on prend les dernières forces dont nous avons besoin. Le média sera, comme vous en avez l’habitude, silencieux en juillet et en août. 

Mais je vous en fais la promesse : dans le noir, vous pourrez voir briller nos canines. 

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17.06.2026 à 10:47

[VIDÉO] 2027 : la primaire, pourquoi ça ne marche pas ?

La rédac

(203 mots)

Pour le dernier épisode sérieux de l’année sur VDJ, avant la saison (et les #elections ) 2026/2027 qui promet d’être riche en #politique , on s’est dit qu’on allait parler des primaires. Parce que la petite musique de l’union, tube de l’été l’année dernière, commence un peu à saouler tout le monde : ça patine, ça n’avance pas, on ne comprend rien à qui est pour ou contre… Et surtout, même dans un monde où ça marchait, on n’est pas sûr du tout que ce soit le plus efficace politiquement. On vous explique en vidéo!

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03.06.2026 à 11:06

[VIDÉO] Marine Tondelier : la grossesse la moins politique de l’année ?

La rédac

(183 mots)

Cette semaine dans notre émission d’actu, on parle de l’annonce du « bébé miracle » de Marine Tondelier. Parce que nous l’intime, le politique, les deux ensemble, tout ça, ça nous parle. On l’a même fait avant que ça soit hype, par ici.  Bref, cette semaine on juge, on commente, on bitch, on DECRYPTE mais surtout on POLITISE la grossesse de la Marine à veste verte. #elections #ecologie #maternité

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14.05.2026 à 10:56

[VIDÉO] Les pétitions servent-elles à quelque chose ?

La rédac

(136 mots)

Ces dernières semaines on a pas mal entendu parler de la pétition contre la loi Yadan. L’année dernière on avait pas mal entendu parler de la pétition contre la loi Duplomb. Et là on entend pas mal parler de la pétition pour suspendre l’accord commercial entre l’Union Européenne et Israël. Alors, est-ce qu’il se passe concrètement des trucs où est-ce qu’on est condamnés à juste en entendre parler ? On a enquêté dans le dernier épisode de notre émission Vacarme des Jours sur YouTube.

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07.05.2026 à 19:02

[ÉMISSION] Faire la guerre à la guerre en 2026

La rédac

(350 mots)

Ça y est, notre podcast Oïkos reprend du service !

Et en ce mois de mai sur Oïkos, désormais l’émission de grands entretiens du média, nous recevons la coalition antimilitariste Guerre à la Guerre pour une grande conversation autour de ce mot que tout le monde redoute de prononcer et qui fait pourtant partie, sans que nous en ayons forcément conscience, de notre quotidien : la guerre. 

Dans la rue, lors des traditionnelles manifestations du 1er mai, beaucoup de slogans anti-guerre ont rejailli, dans le contexte que l’on connaît : les puissances historiques aux abois, le colonialisme qui s’entête, le f@scisme qui avance. L’antimilitarisme n’est plus une notion désuète, nos luttes intègrent de plus en plus les argumentaires anti-guerres à leurs revendications. Les guerres sont violentes, coûtent cher, détruisent vies et habitats, perpétuent des narratifs dangereux. 

Mais les gens qui refusent la guerre sont-ils des idéalistes déconnectés ? 

Peut-on se battre contre l’industrie de l’armement ? 

À quoi servent vraiment es guerres et sommes-nous jamais vraiment en paix ? 

Ce sont de toutes ces questions, adossées à la situation en Iran, à la vente d’armes par la France, au contexte militant de nos territoires, aux inégalités face aux armes de la répression, que nous avons discuté avec Camille et Loïc, représentants de la Coalition Guerre à la Guerre. 

Une longue conversation, ancrée dans le présent, sans tabou et nécessaire, à retrouver sur YouTube ET sur toutes les plateformes d’écoute.

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13.04.2026 à 11:55

[ÉVÈNEMENT] Comment protéger nos enfants de l’extrême-droite ?

La rédac

(419 mots)

⚠ ATTENTION : suite à un problème de santé, cette discussion publique est reportée à une date ultérieure. Nous vous tiendrons informés. ⚠

Le 22 avril prochain à Paris, le média vous convie à une discussion publique avec le Front de Mères, organisation de parents fondée par Fatima Ouassak.

🎤 « Comment protéger nos enfants du monde que construit l’extrême-droite ? »

📍 Librairie La Régulière, 43 rue Myrha, Paris 18

🗓 Mercredi 22 avril 2026, 19h

Depuis plusieurs années déjà mais particulièrement ces dernières semaines, les narratifs de l’extrême-droite sont à l’oeuvre dans la société. Petit à petit, ils configurent notre monde et celui dans lequel doivent se construire des millions d’enfants. Comment lutter au mieux pour qu’ils aient tous la possibilité de vivre une vie digne ? Comment s’organiser pour échapper aux récits de l’extrême-droite et montrer la voie ? Comment protéger les petits des dangers que ce monde politique fait naître et renaître ? 

Motus et Langue Pendue, média indépendant et antifasciste, invite le front de Mères, qui lutte contre les discriminations et les violences que subissent les enfants, pour en discuter. 

La discussion aura lieu à la superbe librairie La Régulière, dans le 18e. 

Ce moment d’échange est ouvert à tous et entièrement gratuit, on espère qu’il sera une ressource en plus pour la riposte populaire contre l’avancée de l’extrême-droite dans notre pays. 

 

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25.03.2026 à 12:53

Municipales, présidentielle : préparer la suite

La rédac

Texte intégral (2156 mots)
🏴‍☠ Alors que la campagne des élections municipales vient de se clôturer, l’équipe du média réfléchit déjà, à partir de ces résultats et des nombreux débats qu’ils suscitent, aux manières de vous outiller le mieux possible dans l’année qui va venir, et qui sera politiquement charnière avec l’élection présidentielle et les narratifs qu’elle va faire appaître. Pour cela, nous avons besoin de renforcer notre trésorerie pour nous lancer dans la bataille.

Pour la première fois, nous lançons donc une campagne de dons !

UNE MISSION À MENER À BIEN : OUTILLER LES GENS EN CE MOMENT POLITIQUE CHARNIÈRE

Via nos travaux sur le média, nos vidéos, nos billets et décryptages, nos prises de positions, événements et interviews, nous avons eu l’occasion, ces derniers temps, d’éclairer beaucoup de combats et d’enjeux qui sont au coeur politique de notre média : la volonté de vivre une vie digne, faites de liens et de solidarités, de promesses écologiques tenues, de mesures sociales, féministes, antiracistes intelligentes et enfin d’une lutte acérée contre le fascisme.
✊🏻 Notre média se donne pour mission d’outiller le pouvoir populaire et d’éclairer de la manière la plus juste possible les défis que nos génération ont à affronter. Durant les prochains mois, nous voulons être à la fois un collectif refuge pour celles et ceux qui veulent continuer à penser l’actualité avec exigence et éthique, et un média qui vous outille pour mener vos propres combats.

POURQUOI UNE CAMPAGNE DE DONS ?

Nous avons besoin de vous pour faire vivre ce projet associatif unique et exigent, en toute indépendance, et surtout face aux enjeux qui s’avancent.
👉🏻Faire un don à Motus c’est nous permettre de créer des contenus plus qualitatifs et plus ambitieux, nous donner la possibilité d’investir dans du matériel qui soit à la hauteur des enjeux que nous traitons, et surtout valoriser notre travail pour qu’on puisse le rendre accessible et visible auprès de plus de monde.

Car en filigrane et au loin, derrière ce scrutin municipal se profilent des élections nationales, la présidentielle.
📈 Et si l’échelle change, Motus voudrait se doter d’un dispositif conséquent pour continuer à outiller le vote populaire, avec des contenus toujours plus approfondis et utiles, avec irrévérence et pertinence, toujours. Ces derniers mois ont été une période charnière politiquement, et ils nous ont poussé à solidifier nos contenus et notre équipe. 
On ne peut rien prédire de l’avenir (comme dirait l’autre), mais ce qui s’annonce promet de secouer.
 
Alors… vous nous aidez ?

Motus est un média associatif composé d’une trentaine de bénévoles, qui ne font pas ça pour l’argent… mais qui ont besoin d’argent pour mener ce projet associatif et médiatique qui requiert un professionnalisme coûteux en temps et en sous. 

Le don sur Motus est à partir de 1 euro. Si vous êtes du genre relation sérieuse, vous pouvez vous engager sur un don régulier, soit à partir de 12 euros par an. C’est un peu comme si vous nous offriez un café tous les mois, et pour nous c’est beaucoup. 

Et puis, si vous êtes plutôt team coeur d’artichaut, que vous fonctionnez au coup de coeur, à l’envie, qu’un article vous touche, qu’un évènement vous marque et que voilà, ce jour-là vous avez envie d’être un grand donateur, vous pouvez aussi faire un don ponctuel plus conséquent 😉 

 

Plus vous êtes nombreux.ses et fidèles au projet Motus, plus le média sera sécurisé et plus nous pourrons continuer à creuser notre sillon, porter notre voix, publier nos articles et relancer les projets qui ont dû être mis de côté, faute d’énergie et de moyens. Un média sans actionnaires ni pub oui, mais sans moyens ni thunes, et puis quoi encore ? Faites un don !

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13.03.2026 à 15:57

LFI, gentrification, ruralité… Les enjeux des élections municipales 2026

La rédac

(186 mots)

🗳 Les élections municipales, dont le premier tour a lieu ce dimanche, sont loin d’être un scrutin anecdotique. Mais pourquoi, en fait ? Concrètement qu’est-ce que ces élections vont changer dans nos vies et pourquoi? On en discute dans cette vidéo, dans laquelle on parle aussi de St Ouen, de rupture entre les gauches, de politique sans étiquette ou de gentrification.

 

👉🏻 Et si vous voulez, sur le média on a aussi recensé 6 initiatives pour vous outiller dans le vote ce dimanche : >> PAR ICI << 

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