flux Ecologie

L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

▸ les 10 dernières parutions

21.06.2026 à 07:00

Substances toxiques, labels abusifs… Quelle crème solaire choisir pour se protéger sans détruire sa santé ni l’océan ?

Mathilde Picard

Texte intégral (1729 mots)
Photo d’illustration. Octocrylène, benzophénone 3, ethylhexyl methoxycinnamate : trois filtres UV à éviter absolument. © Charlie Crowhurst/Getty images via AFP

L’été arrive, et avec lui le réflexe de tartiner notre peau d’une épaisse couche de crème solaire. Chaque année, en moyenne 25 000 tonnes de lotion se retrouvent dans l’océan : un déferlement de filtres UV parfois nocifs pour notre santé et la vie marine.

Présents dans tous les flacons, ces filtres servent à nous protéger des rayons ultraviolets (UV) du soleil qui peuvent entraîner des cancers de la peau. Ils stoppent les rayons UVB, à l’origine des coups de soleil, et UVA, responsables du vieillissement prématuré de la peau.

Mais plusieurs d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens, ces substances qui dérèglent le cycle hormonal des humains et des organismes aquatiques. Ils sont associés à des troubles de la croissance, à des problèmes de reproduction ou encore à certains cancers (sein, prostate, thyroïde).

Perturbateurs endocriniens : la crème de la crème des filtres UV à éviter

Premier réflexe quand on choisit sa crème solaire : lire la liste des ingrédients et vérifier l’absence de trois filtres UV. «L’octocrylène, la benzophénone 3 et l’ethylhexyl methoxycinnamate sont les trois filtres UV à éviter absolument», alerte Zoé Kerlo, toxicologue pour Yuka, une application qui évalue les risques sanitaires et écologiques des produits.

L’octocrylène est le plus connu des scientifiques. Avec le temps, il se dégrade et génère de la benzophénone, un composé cancérigène et perturbateur endocrinien. Mieux vaut donc se débarrasser des vieilles crèmes solaires qui en contiennent. Les deux autres sont également suspectés par les expert·es de dérégler le système hormonal.

D’autres filtres UV sont aussi à éviter. L’homosalate, par exemple, est considéré comme «sûr» par le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC), seulement en quantité inférieure à 7,34% de la lotion. Il présente, selon le CSSC, un risque «moyen» d’être un perturbateur endocrinien. Or de nombreux produits autres que les crèmes solaires en contiennent (des crèmes de jour, anti-âge…). «Utiliser plusieurs cosmétiques peut donc créer un effet d’accumulation dans notre corps au-delà du seuil recommandé, s’agace Laurence Coiffard, enseignante-chercheuse en cosmétologie à l’université de Nantes (Loire-Atlantique). On en retrouve par exemple dans plusieurs produits Nivea, y compris dans des crèmes solaires pour enfants.»

Tous ces filtres sont présents dans de nombreuses crèmes solaires : dans certains produits Uriage, La Roche-Posay ou Cien (Lidl). Si des groupes reformulent chaque année la composition de leurs lotions, les stocks en magasins qui renferment encore des ingrédients à risques continuent de s’écouler plusieurs mois après le changement de recette. La crème solaire Clinique FPS 50 contient par exemple de l’octocrylène et de l’homosalate. De même pour l’ambre solaire de Garnier FPS 15, composée d’octocrylène, ou encore le spray Florida SPF 50.

Pour les poissons, la dose fait le poison

Dangereux pour notre santé, ces filtres UV le sont aussi pour les environnements aquatiques. Crustacés, mollusques, dauphins : ils affectent la biodiversité à grande échelle. «Ils tuent les algues qui permettent aux coraux de se nourrir et de respirer, provoquant leur blanchiment», explique Zoé Kerlo. Ces mêmes coraux sont à la base de la chaîne alimentaire et le milieu de vie d’un écosystème aquatique très riche. Ces substances altèrent aussi la fertilité des poissons et perturbent le bon fonctionnement de leurs organes (cerveau, foie, cœur…).

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a déposé l’année dernière un dossier auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) pour réduire drastiquement l’utilisation de l’octocrylène par les industriels des cosmétiques. Si cette demande était acceptée, les crèmes solaires contenant ce filtre UV seraient interdites à la vente.

L’agence française relève que «la dispersion de l’octocrylène dans l’environnement entraîne des risques inacceptables pour les organismes aquatiques. Cette substance contamine les écosystèmes aquatiques directement lors des activités récréatives de baignade et indirectement via les eaux usées en sortie des stations d’épuration.»

Les filtres minéraux surfent sur la vague

Les crèmes solaires biologiques se démarquent-elles ? Contrairement aux compositions chimiques, elles sont fabriquées à partir de filtres UV minéraux. Ces derniers bloquent les rayons du soleil, non en les absorbant mais en les renvoyant. Parmi les plus courants : l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane. Les études scientifiques sur leur impact sanitaire et environnemental n’en sont encore qu’à leurs débuts.

Pour l’instant, leurs impacts sur l’environnement sont considérés comme limités par rapport aux filtres UV chimiques. Toutefois, l’oxyde de zinc en grande quantité peut se révéler également toxique pour la biodiversité aquatique.

Selon le SCCS, les produits qui contiennent du dioxyde de titane comportent parfois plus de 50% de nanoparticules. Celles-ci permettent de réduire l’effet de pellicule blanche sur la peau, jugé inesthétique par nombre de consommateur·ices, mais leurs conséquences sur la santé sont encore mal connues des scientifiques, qui préconisent le principe de précaution. Selon plusieurs expert·es, ils se révèlent en moyenne moins efficaces pour protéger la peau du soleil.

Les crèmes solaires vendues en pharmacie restent généralement les plus sûres pour la santé. Parmi celles-ci, les enseignantes en cosmétologie Laurence Coiffard et Céline Couteau recommandent, après les avoir analysés, les produits A-derma protect kids SPF 50+ et Avène protect kids. Du côté de Que Choisir ensemble, les analyses mettent en avant la crème solaire Hema ou celle de Mustela.

Choisir la crème SPF 50+ pour ne pas brûler

Qu’en est-il des huiles, des brumes et des drops (gouttes) vendues dans les rayons ? «Sous cette forme, on met très peu de protection sur le corps ; plus la formule est fluide, moins c’est protecteur», insiste Laurence Coiffard. Même chose pour les sticks, largement emballés dans du plastique, qui ne couvrent que de petites surfaces.

Afin de choisir la meilleure protection contre le soleil, il faut toujours préférer les produits avec un indice de protection SPF 50+. Et il est inutile d’insister pour faire pénétrer la crème dans la peau. Contrairement à un baume hydratant, l’efficacité réside au contraire dans l’effet de film protecteur. Masser facilite le passage des substances toxiques comme les perturbateurs endocriniens dans l’organisme. Il vaut mieux appliquer la crème 15 à 30 minutes avant l’exposition, et renouveler l’opération toutes les deux heures ou après une baignade prolongée.

Sans oublier que la meilleure protection reste d’éviter les heures les plus ensoleillées (de 12h à 16h), de couvrir sa peau avec des textiles et de ne mettre de la crème solaire que lorsque c’est nécessaire, à partir d’un indice UV3. «Il faut résister au discours ambiant qui incite à en appliquer tous les jours», encourage Laurence Coiffard. L’exposition quotidienne aux perturbateurs endocriniens renforce les risques sur la santé.

Les labels prennent l’eau

«Reef friendly», «Ocean conservancy» ou encore «Ocean friendly». «Quand les industriels décident de mettre ces indications, il faut avoir en tête qu’elles ne sont pas encadrées, explique à Vert Alice Mateus, éco-toxicologue de l’équipe cosmétiques de l’Anses. Actuellement, il n’existe pas de méthode normée pour déterminer les effets ou non des filtres UV sur les coraux.» L’Anses recommande aux industriels d’éviter toute allégation et logo apposés sur les emballages. Selon l’agence, si les filtres UV minéraux tels que l’oxyde de zinc venaient à être recommandés comme alternative aux autres filtres, ceux-ci pourraient atteindre des concentrations dans le milieu marin qui menaceraient les organismes aquatiques, dont les récifs coralliens.

Pour que les consommateur·ices s’y retrouvent, la Commission européenne a lancé, en 2024, une révision de ses recommandations sur ces affichages. L’agence française y voit l’occasion d’imposer un cadre plus contraignant aux fabricants. Meilleur moyen d’éviter les mauvaises surprises : vérifier soi-même les composants et l’absence des plus dangereux pour les écosystèmes marins.

PDF
20.06.2026 à 16:00

«Dénonçons l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat et le négationnisme climatique» : l’appel à la résistance du mouvement climat

Collectif

Texte intégral (1349 mots)
«Les menaces pesant sur la résilience des structures associatives et militantes elles-mêmes s’accentuent», pointent les organisations signataires. © Li-An Lim/Unsplash

Note aux lecteur·ices
Cet article est une tribune, rédigée par des personnes extérieures à la rédaction de Vert.

Records de chaleur meurtriers et cyclones dévastateurs, conflits pour l’accès à l’eau, reculs des politiques publiques de transition écologique et juste, montée de régimes autoritaires et multiples violations du droit international, attaques contre les défenseurs et défenseuses de l’environnement et renforcement des inégalités environnementales que subissent les populations les plus vulnérables, l’heure est grave pour les mouvements climat.

C’est face à ce contexte que nous, actrices et acteurs de la société civile de la transition écologique et sociale, réunis les 19 et 20 juin 2026 lors des Rencontres des mouvements climat à Paris, lançons cet appel à la résistance.

La situation politique nationale et internationale, instable et préoccupante, est marquée par une détérioration des équilibres démocratiques, le dénigrement de la science, une concentration des médias menaçant leur indépendance et la montée de discours de repli. Dans le même temps, notre système économique favorise toujours plus les profits à court terme pour un petit nombre de personnes au détriment des conditions de vie dignes de la majorité de la population.

«Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?»

Ce contexte dégrade les capacités d’actions de la société civile pour lutter contre le réchauffement climatique et permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des conditions de vie dignes et des moyens convenables d’existence et d’accéder aux solutions de transition écologique.

Les menaces pesant sur la résilience des structures associatives et militantes elles-mêmes s’accentuent également (menaces sur les libertés associatives, coupes budgétaires, instauration d’un climat de peur et d’intimidations, etc.), renforçant les inégalités environnementales subies par les personnes racisées, en situation de pauvreté, les femmes et les minorités de genre. Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte, déjà délétère, s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?

Paris, le 19 juin 2026. Actrices et acteurs de la société civile de la transition écologique et sociale sont réuni·es lors des Rencontres des mouvements climat. © DR

Pour toutes ces raisons, les actrices et les acteurs des mouvements climat ne doivent pas faiblir. Nous pouvons faire de l’espoir une puissance d’action, faire de la transition écologique une source d’émancipation, de justice et de protection, et nous renforcer collectivement pour affronter les défis et saisir les opportunités des mois et années à venir. Nous avons les moyens d’être forts aujourd’hui et résilients pour demain.

C’est pourquoi l’ensemble des organisations des mouvements climat est en ordre de marche pour résister :

Faisons preuve de solidarité, plus que jamais, vis-à-vis de la population dans toutes ses composantes, et notamment les minorités oppressées (personnes racisées, en situation de pauvreté, femmes et minorités de genre) : la solidarité doit rester un pan central de notre action.

Dénonçons, chaque fois que cela est possible, l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat, le négationnisme climatique ou encore la corruption, dont la montée est une menace pour les droits de tous, mais aussi pour les médias, les lieux de représentation démocratique et les plus hauts niveaux de décision de l’État.

Opposons-nous, encore, à ce système économique d’accumulation des profits, de court terme, privilégiant une minorité.

Renforçons nos liens et les actes d’entraide avec les acteurs essentiels d’une société démocratique et juste : les chercheurs et chercheuses, les syndicats de travailleurs et travailleuses, ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile œuvrant pour une société plus solidaire et un monde préservé. Notre force réside dans cette diversité.

Augmentons notre puissance d’action en demandant une meilleure reconnaissance du rôle des actrices et des acteurs de la justice sociale et climatique dans le fonctionnement de notre société et le respect de leurs droits et la protection de leurs ressources financières.

Ne laissons aucune force mettre en péril les droits humains fondamentaux, les acquis sociaux gagnés de haute lutte, et les équilibres environnementaux dont notre survie dépend directement. Nous devons lutter de concert contre les montées de l’obscurantisme, de la désinformation, des discriminations et des attaques contre les actes de solidarité. Nous sommes fiers, combatifs et plus nombreux que jamais, dans notre diversité et dans nos alliances. On ne lâche rien.

Liste des structures signataires

ESS France, Alofa Tuvalu, Greenpeace France, Reses (Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire), France Nature Environnement, Zero Waste France, 350.org, EKO!, Manifestation Alternatif France, ONAV (Observatoire national des alimentations végétales, Réseau Action Climat France, WECF (Women engage for a common future), Action Santé Mondiale, Fédération Artisans du Monde, Générations Futures, Emmaüs France, Fédération française des usagères et usagers de la bicyclette, ActionAid France, Déclic collectif, Bio Consom’acteurs, CCFD-Terre Solidaire, Gret, Union syndicale Solidaires, Oxfam France, Seastemik, Enercoop, Rester sur Terre, Les Petits Débrouillards, Alternatiba, Action non-violente COP21, Pour un réveil écologique, Emmaüs International, CIWF France, Mouvement pour l’Économie Solidaire, Fridays for future France, ATD Quart-Monde, La Communauté Ecotable, Maison régionale de l’environnement et des solidarités Hauts-de-France, Foodwatch France, Bloom, SOL, Notre Affaire à tous, AVF (Association Végétarienne de France), Commerce Equitable France, Les Amis de la Terre France, Mouvement pour une alternative non-violente (MAN), Reclaim Finance, Amnesty International France, Terre de Liens, Les Désobéissants / La Boutique militante, Énergie Partagée, Attac France, Action Justice Climat Paris, Résistance à l’agression publicitaire, LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains), L’Heureux Cyclage – Réseau des ateliers participatifs et solidaires, Actes et Cités, Action contre la faim, Agir pour l’environnement, Alda, Citoyen pour le climat, Frugalité heureuse et créative, Institution pour la conception écoresponsable du bâti, JAC (Jeunesse ambassadrice pour le climat et la biodiversité), Lutte et contemplation, Réseau Cler, Réseau «Sortir du nucléaire».

PDF
20.06.2026 à 07:00

Comment aider la faune sauvage pendant les fortes chaleurs ? Notre guide pratique

Esteban Grépinet

Texte intégral (1056 mots)
Par ces temps caniculaires, un récipient avec un peu d’eau fera le bonheur des oiseaux (ici une jeune mésange charbonnière). © Pixabay

Plus de 30 degrés Celsius (°C) dans la plupart des régions françaises, avec des pointes à 36-37°C possibles dans le Sud-Ouest, le Centre-Ouest ou encore le Centre-Est… Les fortes températures s’étendent et s’intensifient depuis mercredi dans toute la France hexagonale, et ce n’est pas prêt de s’arrêter (notre article). Cette vague de chaleur menace la santé des populations, humaines… comme non humaines.

«La chaleur a un impact sur tout ce qui est vivant, alerte Anne-Laure Dugué, en charge du programme Faune en détresse à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Les animaux domestiques et sauvages, et même la biodiversité dans sa globalité, avec les végétaux.» Voici quelques conseils pour aider la faune sauvage en ces temps caniculaires.

💧 La base : de l’eau, de l’eau et encore de l’eau

Quand le mercure grimpe, le premier des gestes à adopter est de proposer de l’eau. Les associations de protection de la nature conseillent généralement d’installer un ou plusieurs abreuvoirs (coupelle, bac, bol…) remplis avec quelques centimètres d’eau fraiche, à changer chaque matin pour éviter la propagation des maladies (et les moustiques !).

«Il faut les disposer dans un endroit à l’ombre et dégagé pour que, si des animaux viennent s’abreuver, un chat ne puisse pas les attraper dans un coin où ils seraient acculés», précise Anne-Laure Dugué. Pour les gros récipients, la spécialiste conseille aussi de placer une pierre dans l’eau pour éviter les risques de noyades (notamment pour les hérissons).

À plus long terme, si vous avez le temps et l’espace, vous pouvez aussi creuser une mare dans votre jardin. En respectant quelques règles importantes, cette mini-zone humide saura combler la biodiversité (notre tuto).

🌳 Multiplier les îlots de fraicheur

Pour aider la faune dans son jardin ou même sur son balcon, il faut aussi lui proposer des zones d’ombre. «Il faut réintroduire de la végétation, des îlots de fraicheur, avec des arbres pour faire de l’ombre aux humains comme aux animaux», explique Anne-Laure Dugué.

Une solution à plus long terme, donc. Mais, dès maintenant, vous pouvez disposer des tas de bois et de branchages pour fournir des abris ombragés aux insectes, hérissons et autres petites bêtes en quête de fraicheur.

À éviter également : la tonte de la pelouse et les tailles de haies, précieux refuges pour la biodiversité. À cette époque, les coupes peuvent aussi menacer la nidification de nombreuses espèces.

📞 SOS faune en détresse

Si malgré toutes ces précautions vous trouvez un petit animal en difficulté à cause de la chaleur, il faut respecter plusieurs règles. D’abord, ne pas le mouiller (au risque d’un choc thermique), ni lui verser de l’eau dans la bouche. Pour un oiseau, «on peut l’aider en mettant un peu d’eau sur ses commissures, mais surtout pas le forcer car cela pourrait le noyer», avertit Anne-Laure Dugué.

Il faut ensuite contacter une association de protection de la nature ou l’un des centres de soin de la faune sauvage de votre secteur – ces derniers sont souvent débordés en période de canicule.

Si un oiseau ne présente pas de blessure apparente (sang, patte qui traîne…) et se laisse attraper, vous pouvez précautionneusement le placer à l’ombre d’une haie – à condition qu’aucun chat ne traîne dans les parages ! Sinon, vous pouvez le mettre pendant quelques heures dans un carton fermé et troué à l’intérieur d’une pièce tempérée à 27-30°C (un garage, par exemple). Le temps de le laisser reprendre des forces au frais, avant de le relâcher.

PDF
19.06.2026 à 12:01

Piscine gratuite, refuges urbains, collectifs de locataires de «bouilloires thermiques»… à Aubervilliers, mairie et habitants combattent la canicule

Mathilde Picard

Texte intégral (1667 mots)
La Ville d’Aubervilliers a rendu la piscine gratuite pour ses habitant·es. © Mathilde Picard/Vert

Il est bientôt 17 heures, en ce jeudi 18 juin, et le centre aquatique Camille-Muffat d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) est sur le point d’ouvrir. Familles, enfants et adolescent·es font la queue devant la piscine, malgré le soleil de plomb qui tape sur la dalle de béton. «Au moins, c’est gratuit !», lance Rayan, neuf ans, à ses copains.

Depuis mercredi et le début de l’exceptionnelle vague de chaleur de ce mois de juin, la nouvelle municipalité a rendu le lieu accessible sans frais pour les Albertvillarien·nes. «Une mesure qui s’applique dès que les températures grimpent trop haut», explique à Vert Carolina Faye, adjointe au maire (divers gauche) à la transition écologique. La Seine-Saint-Denis, comme 52 autres départements, est placée en vigilance orange canicule depuis ce vendredi. «Dimanche et lundi pourraient être parmi les journées les plus chaudes jamais mesurées à l’échelle de la France», avertissait jeudi Météo-France.

Pendant la canicule, la piscine permet de sortir la tête de l’eau

Abdelaali Boughazi accompagne ses deux enfants, Anas et Dania, au centre aquatique. «Il fait trop chaud à la maison, on est obligé de sortir ; alors on est venu à la piscine directement après la sortie de l’école», raconte-t-il. Dania est en CM2, elle venait régulièrement ici avec sa classe et sait nager la brasse et le crawl. Pour son père et son frère, c’est la première fois dans l’établissement. Durant les quatre premiers jours de chaleur du mois de juin, 4 000 visiteur·ses se sont rendu·es au centre aquatique.

Un peu plus loin, Géraldine* est bien occupée par sa petite de quatre ans, Emlys Mya, et son bébé. «Je suis venue depuis Pantin [une commune voisine, NDLR] pour qu’ils puissent se rafraichir ; je paye, contrairement aux autres, car je n’habite pas Aubervilliers, mais il fait trop chaud, donc ce n’est pas grave», raconte la jeune mère.

Géraldine a amené sa fille Emlys Mya et son bébé à la piscine pendant la canicule. © Mathilde Picard/Vert

Nombre d’habitant·es cherchent un refuge hors de leur logement. À raison : dans le parc public comme privé, les bailleurs tardent à effectuer les rénovations énergétiques pour mieux isoler les appartements de la chaleur. À Aubervilliers, Michelle Audrin, 67 ans, vit dans la cité Cochennec. Chez elle, il fait 26,7 degrés Celsius (°C) en début d’après-midi et, dans le salon exposé plein ouest, le mercure grimpe à 32°C en fin de journée. Pourtant, la sexagénaire a multiplié les techniques pour rafraîchir son logement. Elle aère dès qu’elle peut, ferme lorsque la température grimpe et a installé des rideaux réflecteurs sur sa fenêtre, en plus d’un revêtement blanc sur la vitre.

Chez moi, c’est un four»

Elle sait bien que ces petits gestes sont secondaires à côté des travaux nécessaires à l’isolation thermique de son bâtiment en béton armé. Et de souligner la nécessité de s’organiser collectivement pour demander des travaux d’isolation thermique au bailleur. En tant que présidente du syndicat Locataires ensemble, avec lequel elle avait interpellé l’Office public de l’habitat (OPH) l’été dernier, elle a lancé une pétition et déposé des lettres de mise en demeure pour exiger un plan d’actions contre les «bouilloires thermiques» (installations de volets et de VMC, par exemple). «Mon credo, c’est : seul, on subit ; ensemble, on est plus forts», s’enthousiasme-t-elle.

Un constat partagé par Malika Melki. La jeune femme vit dans une «bouilloire thermique» depuis cinq ans, à quelques rues de chez Michelle Audrin. «Ça fait des années que j’essaye de faire bouger les choses, car chez moi c’est un four. J’ai proposé à mes voisins qu’on se rassemble en collectif, mais beaucoup de monde avait peur», témoigne-t-elle. Depuis, les choses ont changé : un groupe intercommunal de locataires du bailleur privé Immobilière 3F s’est monté pour réclamer des travaux de rénovation thermique. Il prépare une manifestation à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), lundi, pour se faire entendre. «Les bailleurs ne comprennent pas l’ampleur du problème, on ne peut même pas installer de tringles pour mettre des rideaux, car les murs sont imbibés d’eau à cause des dégâts qui s’accumulent», s’agace-t-elle.

En Seine-Saint-Denis, la canicule ne fait pas de quartier

Les plus pauvres sont deux fois plus touché·es par la précarité énergétique, et les quartiers populaires sont surexposés aux vagues de chaleur, rappelle la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation l’Abbé Pierre) dans un rapport paru cette semaine. Les habitant·es des quartiers prioritaires de la ville (QPV) souffrent de la densité du bâti et des matériaux qui absorbent la chaleur (béton, asphalte…). À cela s’ajoute «l’assignation à résidence» pendant l’été, faute de pouvoir partir en vacances dans des endroits plus frais, ainsi que le manque de moyens pour acheter des brasseurs d’air ou des climatiseurs.

Selon une autre étude de la Fondation, dépendre d’appareils de climatisation augmente les factures d’électricité de 15 à 25% en été. Un coût que tout le monde ne peut pas se permettre. En Seine-Saint-Denis, le taux de précarité énergétique s’élève à 48%, contre 10,8% dans le reste de la France, selon les associations Ghett’up et Oxfam.

Dans son appartement exposé plein ouest, Michelle Adurin subit les températures qui grimpent jusqu’en fin de journée. © Mathilde Picard/Vert

Et ces territoires cumulent les difficultés : mal adaptés au réchauffement climatique, ils sont souvent des déserts médicaux. «Nous rencontrons beaucoup de femmes et d’hommes avec des problèmes de santé qui s’aggravent avec la canicule. Leur appartement, qui se transforme en étuve, ne les protège pas et peut même aggraver la situation», relève Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le logement des défavorisés.

Une pluie de mesures pour rafraîchir la ville et ses habitants

Pour tenter de rendre la ville plus habitable en période de fortes chaleurs, l’équipe du maire Sofienne Karroumi (divers gauche) a annoncé une série de mesures. Elle a notamment débloqué un budget pour acheter des brumisateurs et des fontaines à installer dans l’espace public et, outre la gratuité de la piscine, a allongé les horaires d’ouverture des parcs et jardins jusqu’à 22 heures. «L’accès à des jeux d’eau et à la piscine vise, entre autres, à éviter l’ouverture de bornes à incendies, détaille Carolina Faye, l’adjointe à la transition écologique. On veut apporter des réponses aux fortes chaleurs dans ces quartiers pendant que d’autres se lancent dans des débats stériles qui stigmatisent les jeunes de banlieue.»

La Ville a rendu un espace vert accessible aux habitant·es après l’avoir débarrassé de nombreuses carcasses de voitures. © Mathilde Picard/Vert

«À Aubervilliers, il y a moins de deux mètres carrés d’espace vert par habitant», insiste-t-elle. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise dix mètres carrés de parcs et jardins par personne. La nouvelle municipalité souhaite donc végétaliser les cours d’école et les ouvrir au public pendant les périodes de fortes chaleurs.

À partir du 1er juillet, des bâtiments climatisés serviront de lieux refuges pour les habitant·es, comme la salle de spectacle L’Embarcadère. Au début de l’été, les douches du gymnase Robespierre seront également mises à disposition du public, de midi à 14 heures. Au foyer Édouard-Finck, dans le quartier de la Maladrerie, les personnes âgées peuvent déjà s’abriter au frais et prendre un repas pour cinq euros. Des interstices de fraîcheur appréciables mais encore rares, alors que le mercure grimpera jusqu’à 38°C dimanche.

*Les personnes interrogées n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

PDF
19.06.2026 à 11:00

Un nouveau prédateur arrive en France : le chacal doré prospère là où les loups gris ont disparu

Esteban Grépinet

Texte intégral (1456 mots)
La grande majorité du territoire français est «adaptée» à l’arrivée du chacal doré, selon une étude scientifique. © Martin Steenhaut

Un peu plus grand qu’un renard mais plus ramassé qu’un loup, avec une queue «courte mais très touffue, comme un plumeau». En cette fraîche journée de mars 2018, lorsqu’il aperçoit ce drôle d’animal sur les images capturées par son piège photographique au milieu d’une forêt de Haute-Savoie, le sang de Christophe Gilles ne fait qu’un tour : le chacal doré est passé par là.

Des chasseur·ses du département avaient déjà identifié le canidé pour la première fois en France fin 2017, mais cette observation reste un «gros coup de bol», raconte le naturaliste, qui travaille à France nature environnement (FNE) : «Je suis tombé sur une carcasse toute fraîche de sanglier, j’ai posé le piège photo. Je suis revenu plusieurs semaines de suite et il n’y avait rien, juste un chien, une buse, un renard… Puis, une nuit, alors qu’il ne restait que des os, il est passé.»

Haute-Savoie, 2018. La toute première image en couleur d’un chacal doré en France. © Christophe Gilles

L’arrivée dans l’Hexagone de ce discret prédateur, en pleine expansion partout en Europe, semblait inéluctable. «Il était connu depuis 2015 chez les collègues suisses, ce qui laissait supposer qu’il allait franchir la frontière. Ce n’était qu’une question de temps», retrace Christophe Gilles, qui a suivi l’animal pendant plusieurs années.Depuis 2017, les observations de chacals dorés se multiplient dans tout le pays : Bouches-du-Rhône (2020), Deux-Sèvres (2020), Cher (2022), Finistère (2022) ou, plus récemment, Alpes-de-Haute-Provence.

Une expansion naturelle sur tout le continent européen

L’expansion de ce canidé a toutes les chances de se poursuivre dans les prochaines décennies : plus de 90% du territoire hexagonal est «adapté» à l’installation de ce grand prédateur (et 75% de l’Europe), selon une étude parue le 25 mai dans la revue Nature ecology & evolution.

«La France a un potentiel d’accueil très important dans un futur proche, expose Nathan Ranc, écologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et auteur principal de la publication. Il y a différents niveaux de probabilité : les marais, marais côtiers et zones bocagères ont en général une plus forte capacité d’accueil.» Très adaptable, le chacal doré évite cependant les zones d’altitude enneigées.

Plus la couleur est orange, plus le territoire est adapté à l’installation du chacal doré. © Nature

Le chacal doré peuple depuis plusieurs millénaires une large aire de répartition qui va de l’Asie du Sud-Est aux Balkans en passant par le Moyen-Orient. À partir du 19ème siècle, et plus particulièrement depuis les années 1980, Canis aureus étend son territoire depuis le sud-est de l’Europe : «Nous observons actuellement une colonisation très forte en Europe centrale – en Hongrie, en Slovénie, en Autriche, en Slovaquie… –, avec des individus en dispersion au-delà de ce foyer principal, jusqu’en Norvège et en Espagne», décrit Nathan Ranc. C’est le cas des chacals observés en France, qui sont souvent de jeunes mâles en phase d’émancipation.

«Si le loup tombe sur un chacal, il lui met une raclée.»

Dans leur étude, le scientifique et ses collègues ont analysé près de 9 000 données géographiques collectées dans treize pays européens entre 2001 et 2017. Selon leur modèle, la quasi-éradication du loup gris en Europe au cours du 20ème siècle constitue l’explication majeure de l’expansion du chacal doré, derrière d’autres facteurs comme le changement climatique ou la modification des paysages. «Les chacals sont plus susceptibles d’être présents là où les loups sont absents», résument les auteur·es.

«Si le loup tombe sur un chacal, il lui met une raclée», illustre Christophe Gilles, qui note que le grand prédateur était absent du secteur fréquenté par le chacal doré en Haute-Savoie. «Le loup est la principale contrainte à la présence du chacal doré, mais ce facteur limitant est modulé par les activités humaines, complète Nathan Ranc. Dans les zones de présence importante de loups, les chacals arrivent quand même à occuper le territoire en utilisant un “bouclier humain” [en se rapprochant des zones habitées, NDLR] pour échapper au contrôle des loups.»

Charognes, zones humides et renards

Cette arrivée exceptionnelle en France s’accompagne de nouveaux défis. «L’installation du chacal doré en France pourrait influencer le fonctionnement des écosystèmes concernés», anticipe l’Office français de la biodiversité (OFB), qui suit l’avancée de l’animal sur le territoire. Le canidé pourrait concurrencer le renard roux, avec qui il partage des habitats et des ressources alimentaires similaires.

En France, le chacal doré est pour l’instant considéré comme «gibier non chassable». © Martin Steenhaut

Carnivore opportuniste, le chacal doré se nourrit de proies de petites et moyennes tailles : oiseaux, rongeurs, poissons, reptiles, faons… «A priori, les déprédations sur les animaux d’élevage sont probablement plus faibles que pour le loup, mais il reste une possibilité localement, note Nathan Ranc. Il peut aussi y avoir des questions de prédation sur des espèces d’intérêt cynégétique», qui intéressent le monde de la chasse.

«C’est aussi la manifestation du grand dérèglement de la biodiversité opéré par l’Homme et des persécutions des grands carnivores.»

Le chacal doré est aussi connu pour se nourrir régulièrement de charognes. «C’est un éboueur des écosystèmes, qui permet d’éviter la propagation des maladies des cadavres», salue Christophe Gilles. Une étude menée entre 2004 et 2014 en Serbie a estimé qu’en éliminant ces déchets animaux, les chacals dorés rendent un service équivalent à 500 000 euros par an.

«J’ai du mal à parler de bonne nouvelle, parce que c’est aussi la manifestation du grand dérèglement de la biodiversité et des persécutions des grands carnivores opérés par l’Homme», nuance Nathan Ranc. Protégé dans plusieurs pays européens (Suisse, Italie, Allemagne…), le chacal doré est à ce jour classé en France comme «gibier non chassable». Pour le moment, ses apparitions épisodiques dans les quatre coins du territoire font avant tout le bonheur des passionné·es d’animaux, qui espèrent apercevoir ce «fantôme des bois». De cette découverte de mars 2018, Christophe Gilles garde sa «plus belle émotion naturaliste».

PDF
18.06.2026 à 14:18

Canicules à répétition : sommes-nous condamnés à installer la climatisation partout ?

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (1333 mots)

Moins spectaculaires que les déluges en tout genre, les vagues de chaleur sont pourtant les catastrophes climatiques les plus meurtrières. Quatre des dix événements les plus dramatiques répertoriés dans le monde entre 2004 et 2024 par le World weather attribution (WWA) sont des vagues de chaleur. Dont celles qui se sont abattues sur l’Europe lors des étés 2022 (53 542 morts) et 2023 (37 129 morts). En France hexagonale aussi, «les canicules sont les évènements climatiques extrêmes au fardeau humain le plus élevé», rappelle Santé publique France, qui a comptabilisé quelque 41 700 décès attribuables à la chaleur entre 2014 et 2024.

«Tous les bâtiments étudiés seront inadaptés»

Pourtant, alors que la protection des populations est une question de santé publique, le bâti français se révèle inadapté aux vagues de chaleur toujours plus fréquentes, plus intenses et plus longues. Selon la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre), un logement sur trois est une «bouilloire thermique» : les températures y sont insupportables l’été.

«Le refroidissement de tous les bâtiments deviendra vite indispensable», selon la docteure en énergie Yamina Saheb. © Getty images

Dans une récente étude menée sur différents types de bâtiments à Nîmes (Gard) et à Paris, l’Agence de la transition écologique (Ademe) révèle que «tous les bâtiments étudiés, récents ou anciens, seront inadaptés au changement climatique» qui va s’aggraver. Plus précisément, l’étude «a démontré que, jusqu’à 2050, des mesures d’adaptation (isolation, protections solaires, ventilation, etc.) peuvent assurer un confort satisfaisant pour les climats projetés les moins critiques, retardant le besoin de climatisation. Cependant, à partir de 2050, les évolutions climatiques projetées sont telles que l’action sur l’enveloppe [toits et murs, NDLR] sera insuffisante pour tous les bâtiments étudiés.»

«Généraliser la climatisation individuelle serait un désastre»

«Le refroidissement de tous les bâtiments deviendra vite indispensable. Il faut sortir du déni, on n’y échappera pas», confirme à Vert Yamina Saheb, ingénieure en bâtiment, docteure en énergie et co-autrice du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour autant, «généraliser la climatisation individuelle serait un désastre», prévient-elle.

De nombreuses études citées par le groupe 3 du Giec (sur l’atténuation du changement climatique) confirment que «l’air conditionné peut réduire les risques au niveau individuel, mais est inadapté au niveau sociétal». La raison : «sa forte consommation d’énergie et des rejets de chaleur à l’extérieur, problématique en particulier dans les villes denses».

Sans compter les émissions de gaz à effet de serres associées, qui aggravent encore plus le changement climatique. En France, où 25% des ménages et 40% des surfaces du tertiaire en sont équipés, la climatisation a représenté environ 5% des émissions totales du pays en 2020, selon l’Ademe. Un impact majoritairement lié aux fluides frigorigènes utilisés dans les appareils, dont le pouvoir réchauffant est plusieurs centaines, voire milliers de fois supérieur à celui du CO2.

La clim, un truc de riche ?

En France, 25% des ménages sont équipés d’une climatisation, mais ce taux moyen masque de fortes disparités, rappelle l’Ademe : les habitant·es de maisons individuelles sont 31% à posséder un équipement de climatisation, contre 20% en logement collectif. Et les occupant·es d’appartements utilisent plus souvent des climatiseurs mobiles, nettement moins performants que les autres catégories de climatiseurs. Enfin, 37% des professions libérales, cadres et professions intellectuelles supérieures sont équipées contre seulement 19% des ménages dont la personne de référence est sans emploi ou inactive.

D’abord les solutions «passives»

Pour adapter nos bâtiments au réchauffement climatique, Yamina Saheb rappelle que des solutions dites «passives» (qui ne consomment pas d’énergie) sont amplement mises en avant dans les écrits du Giec.

La renaturation en est une : dans des villes où la climatisation est généralisée, «les maisons ombragées par des arbres en ont une consommation jusqu’à 30% inférieure», pointe une étude citée par le Giec. Grâce à leur ombrage et à l’évapotranspiration, les arbres peuvent faire baisser de six à dix degrés la température environnante. Idem pour les plans d’eau qui captent la chaleur en s’évaporant.

L’adaptation des bâtiments existants en est une autre : outre l’isolation thermique et l’installation systématique de protections solaires (volets, stores, etc.), «les toits végétalisés réduisent significativement la température à la surface des bâtiments», cite le Giec. «Peindre les toits en blanc [pour renvoyer une partie du rayonnement solaire et donc de la chaleur, NDLR] a un impact similaire, sauf qu’ils peuvent rapidement devenir gris avec la poussière et la pollution, perdant ainsi leur efficacité», pointe le rapport.

Des solutions actives, mais performantes

«Ces mesures passives sont indispensables, mais elles ne suffiront pas toujours à abaisser la température à l’intérieur des logements à un niveau confortable pour le corps humain», prévient Yamina Saheb. Elle souligne toutefois qu’il existe des systèmes bien moins problématiques que la climatisation, à l’instar des brasseurs d’air (plafonniers) qui améliorent sensiblement le ressenti des occupant·es pour une consommation d’énergie dérisoire.

L’Ademe liste d’autres systèmes à haute efficacité énergétique et/ou utilisant au maximum les énergies renouvelables : les puits climatiques (puiser l’air froid dans le sol), le rafraîchissement adiabatique (utiliser l’évaporation d’eau pour abaisser la température de l’air ambiant) ou encore les réseaux de froid collectifs (puiser l’eau froide dans un cours d’eau).

Pas n’importe quelle clim

Dans les cas où la climatisation s’impose, l’Ademe invite à la méfiance : «Le risque à se précipiter pour acheter du matériel au moment d’une canicule est d’acquérir un produit peu fiable, peu efficace, gourmand en énergie, qui coûtera cher à l’usage et contribuera à l’effet d’îlot de chaleur urbain.»

Elle alerte notamment sur les climatiseurs mobiles (monoblocs), peu coûteux à l’achat, mais peu puissants, bruyants et très énergivores. «Ces derniers, même bien classés, sont moins performants que des appareils fixes mal notés», souligne l’agence.

Autre point de vigilance, l’étiquette énergie qui permet d’identifier les appareils les plus performants : «La classe A est la moins performante autorisée sur le marché actuellement pour les climatiseurs mobiles. Ce qui induit un biais cognitif, car on pourrait penser a priori qu’un produit classé A possède un bon rendement énergétique.» C’est donc vers un produit classé A+++ qu’il faut se tourner en priorité.

PDF
18.06.2026 à 11:58

«Ils sont pris au piège» : comment aider les sans-abri face à la canicule ?

Zoé Moreau

Texte intégral (1391 mots)
Une personne sans-abri dans Paris lors d’une vague de chaleur en juillet 2025. © Joël Saget/AFP

Ce jeudi marque le début d’un «épisode caniculaire durable» partout sur le territoire métropolitain. Le pic de températures est prévu pour dimanche ou lundi, et «les 40°C pourraient être atteints sur plusieurs régions de l’ouest à la vallée du Rhône, voire en Île-de-France», indique Météo-France. Ces prévisions inquiètent les associations de solidarité, qui appellent à plus de vigilance face aux éventuels malaises. Elles invitent chacun·e à faire don d’objets permettant de protéger les plus vulnérables (voir plus bas).

«On redoute cet épisode, on en a extrêmement peur, même», confie Nathan Lequeux, coordinateur d’Utopia 56, une association française d’aide aux personnes exilées. «36, voire 39 degrés, ce n’est pas du tout la même chose que les 32 degrés atteints au mois de mai», poursuit-il. L’an dernier, 235 décès de personnes sans abri ont été recensés à Paris entre le 23 juin et le 8 juillet, selon l’ONG. «S’il n’y a pas une aide massive dans les jours qui viennent, les plus vulnérables vont mourir», assène-t-il. Jean Stellittano, secrétaire général du Secours populaire des Alpes-Maritimes, abonde : «Cette canicule va nous apporter son lot de morts. Malheureusement, c’est prévisible.»

L’asphalte brûle, le soleil tabasse, la pollution étouffe… Chaque canicule rend un peu plus vulnérables les corps de celles et ceux qui survivent, sur le pavé, sans solution d’hébergement. «Pour les personnes sans abri, il est bien plus difficile de lutter contre le chaud que le froid. En hiver, il y a des distributions de couvertures, de pulls. Mais, en été, on ne peut rien contre la chaleur», rapporte encore Jean Stellittano. 30% des décès de personnes sans domicile surviennent pendant la période estivale, selon Utopia 56 – c’est autant qu’en hiver.

«L’État aura la responsabilité d’absolument chaque mort de la rue»

Déshydratation, hyperthermies, insolations, malaises… Les risques sanitaires sont sévères. «Sans compter l’aggravation des pathologies existantes : ce sont des personnes déjà très fragilisées, qui survivent à la rue», pointe Nathan Lequeux. Jean Stellittano complète : «Certaines personnes ont des maladies incompatibles avec la chaleur – comme le diabète, par exemple.» Et «la conservation de médicaments à température ambiante devient quasi-impossible».

Pour fuir la chaleur, les solutions sont rares. L’été, il y a moins d’accueil de jour pour se réfugier, car les associations interrompent leurs activités. Il y a également «moins de bains-douches», ces douches mises à disposition par l’État mais qui tournent au ralenti pendant l’été, alertent les associations. Rues bétonnées qui retiennent la chaleur, manque de végétation pour s’abriter… «Les personnes sont prises au piège et contraintes d’affronter ces chaleurs», constate Nathan Lequeux.

À Paris, «5 000 personnes n’ont pas d’accès à un espace protégé ni à un accès constant à l’eau», poursuit-il. 262 000 logements libres pourraient servir de refuge, selon un recensement de l’Insee en 2024. «Mais l’État refuse de les réquisitionner, malgré nos alertes», poursuit Nathan Lequeux. Et d’asséner : «L’État aura la responsabilité d’absolument chaque mort de la rue qui se produira.»

Des solutions pour aider les plus vulnérables

Pour aider les personnes sans abri, des solutions existent : donner du matériel à des associations de solidarité, telles qu’Utopia 56. Cette dernière récupère et redistribue casquettes, gourdes, bouteilles d’eau, crème solaire, brumisateurs, sérum physiologique, baumes à lèvres, déodorants, crèmes hydratantes, tongs ou encore gel hydroalcoolique aux personnes qui en ont besoin.

Les points de collecte sont répartis partout en France : Lille, Dunkerque, Calais, Rennes, Tours et Toulouse. Un formulaire à remplir en ligne permet d’avoir plus de détails. Au moment du don, attention toutefois à choisir des objets «adaptés à la survie à la rue», précise l’ONG, ainsi qu’«en bon état» : «propres, secs et utilisables tout de suite».

Donner des vêtements d’été (t-shirts, shorts) est aussi bienvenu. «Avec ces chaleurs, on transpire davantage : nos vêtements sont souillés plus rapidement, on sent mauvais… Ne pas pouvoir se doucher, c’est terrible. C’est l’estime de soi qui se détériore», pointe Jean Stellittano.

Dans la rue, il faut également faire preuve de vigilance. «Il faut que tout le monde essaie de s’autoformer à repérer les malaises et les hyperthermies, insiste Nathan Lequeux. Lorsqu’une personne est couchée par terre, il faut s’assurer qu’elle va bien.» D’autant plus si elle est «allongée en plein soleil. Dans ce cas, il y a de sérieux doutes à avoir», indique-t-il. Ces gestes de prévention «peuvent sauver».

Il est aussi utile de bien connaître les points d’eau à proximité pour orienter une personne qui présente des signes de déshydratation (bouche sèche, vertiges, urines rares). Le site watermap.fr en recense plus de 28 000 partout en France.

Enfin, la meilleure solution reste de rejoindre une association de maraudes, comme le souligne Jean Stellittano : «Les maraudeurs ont de l’expérience, ils connaissent mieux les problématiques des gens sur place.» Et elles et ils sont bien disposé·es à «former les nouveaux !».

PDF
18.06.2026 à 00:01

Urgences saturées, manque de soignants : la chaleur extrême révèle la déroute du système de santé face au changement climatique

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (1699 mots)
Valence (Drôme), le 22 août 2023. Dans les salles de travail et de soins du service oncologie de l’hôpital de Valence, les infirmières ont installé des ventilateurs car leur service n’est pas climatisé. © Nicolas Guyonnet/Hans Lucas via AFP

L’été n’a pas encore débuté que les chaleurs extrêmes sont de retour pour la deuxième fois en moins d’un mois. Ce jeudi, 26 départements de l’Hexagone sont placés par Météo-France en vigilance orange canicule, du bassin parisien à la Franche-Comté en passant par le nord du Massif central. Jusqu’à dimanche au moins, les très fortes chaleurs et les nuits chaudes toucheront une large partie du territoire. «Des pointes à 40°C sont possibles dimanche», prévient l’organisme météorologique. Cette fois-ci l’épisode devrait être encore plus intense qu’en mai et la France n’en sortira pas indemne, prévient l’ONG Oxfam. Elle publie ce jeudi un édifiant rapport qui documente comment «le changement climatique menace notre santé».

Les services d’urgence «très sollicités»

Selon elle, «le changement climatique fait exploser les besoins de soins» et la chaleur est, de loin, le risque le plus impactant : elle n’épargne aucune classe d’âge et fragilise tous les organes, comme l’expliquait à Vert l’épidémiologiste Kévin Jean. Alors que Santé publique France constate d’année en année la hausse de la mortalité liée à la chaleur – plus de 5 700 décès en 2025 –, la Cour des comptes a documenté en 2024 les autres pressions qui pèsent sur le système de santé.

Les services d’urgence sont «très sollicités» dès que la température augmente, juge l’institution. Par exemple, «lorsque la période de canicule est supérieure à trois jours, les passages aux urgences augmentent de 5 à 10% sur toutes les tranches d’âge». Durant l’été 2022 – deuxième plus chaud jamais enregistré en France –, «le nombre de passages aux urgences attribuables aux vagues de chaleur a été estimé à 200 000, ce qui représente 3,4% d’augmentation et un coût supplémentaire pour l’assurance maladie évalué à 54 millions d’euros», chiffre la Cour.

De la même façon, le nombre d’appels téléphoniques au 18 «augmente nettement dès le début des vagues de chaleur (+12% les trois premiers jours, +19% de quatre à six jours). Et le nombre des décès constatés lors des interventions suit la même tendance : +11% les trois premiers jours, +16% entre le quatrième et le sixième, puis +27% au-delà».

Hospitalisations en hausse

En lien avec la surfréquentation des urgences, les hospitalisations sont également en hausse quand le mercure grimpe. La Cour des comptes signale le cas des services de néphrologie et d’urologie (médecine des reins et de l’appareil urinaire), qui enregistrent une flambée des insuffisances rénales aiguës liées à la déshydratation des patient·es. «L’effet de la durée de chaleurs élevées sur le nombre d’admissions est particulièrement fort en néphrologie : +20% entre un et trois jours de vague de chaleur, +40% entre quatre et sept jours, +50% au-delà», écrit la Cour des comptes.

Interrogé par Vert, le pneumologue et allergologue au CHU de Toulouse (Haute-Garonne), Laurent Guillemault, constate lui aussi une hausse de l’activité lors des pics de chaleur. «Ce qui est nouveau, c’est la brutalité de l’asthme, notamment des asthmes d’orage», explique-t-il. Lorsqu’ils arrivent en période de pollinisation, ce qui est de plus en plus souvent le cas avec la hausse des températures, les orages dégradent le pollen en particules minuscules qui pénètrent plus facilement les voies respiratoires. Il mentionne aussi les «feux de forêt aux impacts respiratoires majeurs». En 2022, année des méga-incendies dans les Landes, «les feux de forêt ont émis quatre fois plus de particules fines que tous les poids lourds dans l’Hexagone et en Corse», explique Oxfam, selon qui «les fumées des feux de forêt sont responsables de 2 830 décès par an en France».

L’hôpital en surchauffe

Problème : «Alors que les menaces pour la santé se démultiplient, les capacités de notre système de santé à soigner continuent à reculer», pointe l’ONG. Entre 2000 et 2024, l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), qui définit le budget des hôpitaux publics, a augmenté moins vite que les charges salariales, selon l’Inspection générale des affaires sociales.

Faute de pouvoir investir, l’hôpital se dégrade : en 2024, 59,5% du bâti hospitalier et près de 80% des équipements techniques étaient considérés comme vétustes, selon la Drees (le service statistique ministériel dans les domaines de la santé et du social). Et une immense majorité des établissements ne sont pas climatisés – hors bloc opératoire.

Le résultat, lorsque le mercure grimpe, ne se fait pas attendre : «Quand il fait 35°C dehors, il fait 35°C degrés dedans, témoigne Laurent Guilleminault, du CHU de Toulouse. On consulte dans des conditions qui sont très difficiles. Pour nous c’est compliqué, mais pour les patients c’est pire.» Ces dernières années, la presse s’est fait l’écho de conditions d’accueil insupportables au centre hospitalier de Dax (Landes) ou de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), à l’hôpital de Saint-Genis-Laval (Rhône) ou encore au CHU de Montpellier (Hérault).

À chaque pic de chaleur, le scénario se répète : «On a l’impression de subir les vagues de chaleur plus que de les affronter, témoigne Laurent Guilleminault. Mais vous connaissez la santé financière des hôpitaux, on a appris à faire avec le minimum vital.»

Manque de lits et de soignant·es

En parallèle, le système de santé voit ses capacités d’accueil de plus en plus réduites, alors même que le réchauffement climatique – ainsi que le vieillissement de la population – augmente les besoins. «En 2024, la France avait supprimé un quart des lits d’hôpital qu’elle comptait encore en 2000, pointe Oxfam. Au rythme actuel, elle aura perdu en 2050 un quart des lits d’hôpital qu’elle compte aujourd’hui.»

À rebours de la tendance actuelle, la Cour des comptes estime que 45 000 lits supplémentaires seront nécessaires en 2040 (par rapport à 2019) rien que pour répondre au vieillissement de la population. Elle ne chiffre pas les besoins liés au changement climatique.

Même chose pour les besoins en personnel soignant, qui augmentent bien plus vite que les embauches. «Entre 2013 et 2021, le nombre d’infirmières en emploi a augmenté de 8%. Mais les besoins en soins infirmiers ont augmenté plus rapidement et la couverture des besoins en soins infirmiers a diminué», note ainsi la Drees.

Au rythme actuel, «les besoins en soins infirmiers auront crû de 50% en 2050 par rapport à 2021 rien qu’à cause du vieillissement de la population alors que les effectifs n’auront augmenté que de 37%», calcule le service statistique. Dit autrement, «il faudrait 80 000 infirmières supplémentaires en 2050 par rapport à cette projection pour assurer la même couverture de besoins en soins qu’actuellement».

«On va tout droit dans l’impasse»

En résumé, «les besoins augmentent mais notre capacité à y répondre diminue. Si rien n’est fait, on va tout droit dans l’impasse», prévient Robin Ehl, chargé de plaidoyer à Oxfam et auteur du rapport. Mais «si l’urgence climatique et la crise du système de santé sont liées, leur solution l’est aussi», estime-t-il.

Pour ne pas se contenter de solutions palliatives uniquement centrées sur le système hospitalier, il invite l’État à investir aussi dans les politiques publiques qui bénéficient à la fois à la santé et au climat : c’est le cas notamment des politiques de soutien à la mobilité active (vélo, marche…), de la rénovation des logements ou encore de la lutte contre la pollution de l’air par les transports ou les énergies fossiles.

PDF
17.06.2026 à 14:34

«Nous jetons par la fenêtre le principe de précaution» : le Parlement européen autorise définitivement les «nouveaux OGM»

Esteban Grépinet

Texte intégral (910 mots)
Strasbourg (Bas-Rhin), le 17 juin 2026. Les eurodéputé·es ont voté l’autorisation des NTG pour les plantes dans l’UE. © Sébastien Bozon/AFP

Des plantes génétiquement modifiées pourront être cultivées et vendues plus facilement dans l’Union européenne. Les eurodéputé·es ont approuvé ce mercredi un texte qui autorise les nouvelles techniques génomiques (NTG) pour les végétaux. Cette mouture avait déjà été validée par les États membres en avril dernier, ouvrant la voie à son application dans l’Union européenne.

Pour leurs soutiens, ces technologies de laboratoire permettront de modifier une partie précise de l’ADN des plantes pour leur donner plus de rendement et de résistance aux aléas climatiques. Mais nombre de scientifiques, syndicats paysans et associations écologistes pointent des risques importants pour l’environnement, la viabilité de l’agriculture biologique (qui interdit les organismes génétiquement modifiés – OGM) ou encore l’information des consommateur·ices (notre article).

Tous les amendements ont été rejetés

«Le Parlement européen, la droite et l’extrême droite se sont couchés face aux lobbys agrochimiques américains et chinois, c’est une véritable capitulation», réagit auprès de Vert Christophe Clergeau (socialiste) à l’issue du scrutin. L’eurodéputé avait déposé une quinzaine d’amendements – tous rejetés – visant à rouvrir les négociations sur la question de la traçabilité des plantes génétiquement modifiées ou encore sur les brevets.

Ces derniers sont des droits de propriété intellectuelle qui s’appliquent sur les technologies et les plantes «améliorées» qui en découlent. Les brevets doivent «permettre le décollage du marché, car pour la plupart des start-ups, il n’y a pas de modèle économique sans brevet, et donc pas de développement des NTG», soutient auprès de Vert l’eurodéputé Pascal Canfin (centriste), qui a voté pour le texte.

«Nous refusons une innovation sans règles, sans traçabilité et sans protections contre la privatisation du vivant.»

Mais de nombreux acteurs craignent une appropriation de ces brevets – et donc des semences – par les géants du secteur agrochimique. «Nous ne rejetons ni la science ni l’innovation, mais nous refusons une innovation sans règles, sans traçabilité et sans protections contre la privatisation du vivant, défend Christophe Clergeau.

«En rejetant des amendements pourtant pragmatiques, elles [la droite et l’extrême droite, NDLR] ouvrent la voie à une mise sous dépendance des agriculteurs et à l’étouffement des petits semenciers, au bénéfice de Bayer-Monsanto, Syngenta ou Corteva», complète-t-il. «Nous jetons par la fenêtre le principe de précaution, il n’y a pas de traçabilité, pas d’évaluation des risques, ce n’est pas quelque chose que nous pouvons accepter», a aussi dénoncé lors des débats Martin Häusling (Les Verts, Allemagne).

«Talibans de l’environnement»

«Nous avons aujourd’hui la possibilité de donner aux agriculteurs européens les outils dont ils ont besoin pour relever les défis de l’avenir : changements climatiques, maladies, instabilité mondiale…, a listé la rapporteuse du texte, Jessica Polfjärd (droite, Suède), devant un hémicycle rempli. Les NTG sont un élément de solution, nous pouvons de cette manière développer des cultures plus résilientes, réduire l’impact environnemental et renforcer la sécurité alimentaire européenne.»

«Il est important d’aller de l’avant dans le cadre de ces nouvelles techniques génomiques, qui représentent une solution pour les citoyens européens et pour les productions agricoles en réduisant l’utilisation de pesticides et d’autres produits», l’a rejoint Pietro Fiocchi (extrême droite, Italie). «Il s’agit de mettre un terme à cette campagne de manipulation de l’information qui provient des talibans de l’environnement habituels», a même attaqué l’eurodéputée Silvia Sardone (extrême droite, Italie), arguant que les plantes issues des NTG sont «tout à fait différentes» des OGM.

L’accord voté par le Parlement européen sépare les NTG en deux catégories : la première, où les végétaux modifiés sont autorisés au même titre que toute plante conventionnelle ; la deuxième, pour les mutations complexes (plus de 20 opérations), où les plantes sont considérées comme des OGM «classiques», avec un processus de surveillance, de traçabilité et d’étiquetage. Le temps de sa mise en place, cette nouvelle génération d’OGM, censée être plus fiable, devrait arriver d’ici quelques années dans les assiettes des Européen·nes.

PDF
17.06.2026 à 11:42

«On se mobilise contre le colonialisme chimique» : devant la Cour de cassation, un espoir pour les victimes de l’agent orange

Valentin Wender

Texte intégral (1317 mots)
Tran To Nga interrogée à la sortie de l’audience en cassation, mardi. © Valentin Wender/Vert

Au palais de justice de Paris, la Cour de cassation décidera prochainement si le long combat judiciaire de Tran To Nga contre l’agent orange pourra se poursuivre. L’avis de l’avocat général rendu mardi matin sur l’île de la Cité donne de l’espoir à ses soutiens.

À la sortie de l’audience, ces dernier·es s’autorisent quelques sourires avant d’être vite encerclé·es par les micros et les caméras. Interrogée sur son état d’esprit, Tran To Nga, 84 ans, répond : «Je suis heureuse aujourd’hui, car c’est une noble cause.»

Son combat, c’est celui des millions de victimes de l’épandage d’un produit défoliant hautement toxique : l’agent orange. Entre 1961 et 1971, l’armée des États-Unis, enlisée dans sa guerre contre le Front national de libération (FNL) vietnamien, a largué 80 millions de litres de ce produit désherbant sur les forêts du pays. Une étude étasunienne de 2003 estime que 2 à 5 millions de Vietnamien·nes ont été directement en contact avec l’agent orange. C’est le cas de Tran To Nga, agente de liaison pour le FLN pendant la guerre du Vietnam.

Le composant le plus dangereux de l’agent orange, la dioxine, a contaminé durablement les terres et les corps vietnamiens. C’est la raison pour laquelle on parle du premier écocide de l’Histoire, délit reconnu depuis 2021 en France et qui caractérise des dégâts volontaires, importants et durables sur les écosystèmes. Aujourd’hui, plus de 3 millions de Vietnamien·nes souffrent encore de pathologies et de malformations liées à ces épandages. C’est la quatrième génération contaminée.

Tran To Nga, aux côtés de son avocat Bertrand Repolt et de ses soutiens, sur le perron du palais de justice de Paris, mardi. © Valentin Wender/Vert

Après douze ans de procédure judiciaire contre 14 firmes étasuniennes qui ont produit l’agent orange, dont Hercules, Uniroyal, Dow Chemical et Monsanto-Bayer, Tran To Nga n’a pas dit son dernier mot : «Votre soutien, la présence d’amis me donnent la force, le courage. Pendant toutes les années qui me restent, je continue le combat.»

Celui-ci commence en 2014 au tribunal d’Évry (Essonne). Mais ce dernier se déclare incompétent pour juger l’affaire, en 2021. Tran To Nga et ses avocat·es portent alors l’affaire devant la cour d’appel de Paris, mais le résultat est le même : la plainte est jugée «irrecevable» en 2024. Il reste alors une solution pour continuer ce combat judiciaire : porter un recours devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction française.

Immunité contre responsabilité

Sous les dorures et les grandes peintures qui symbolisent la justice, l’enjeu est simple : les sociétés étasuniennes poursuivies peuvent-elles être jugées par la justice française ?

Mardi, devant la Cour de cassation, les chimistes se sont défaussés – comme depuis douze ans – de toute responsabilité. Ils étaient cinq avocats à représenter à l’audience les sociétés Hercules, Uniroyal ou encore Bayer-Monsanto. Les firmes ont dit avoir agi sous l’ordre et pour le compte d’un État souverain – les États-Unis. S’appuyant sur le principe qu’un État ne peut en juger un autre, la cour d’appel avait débouté Tran To Nga et reconnu une immunité, dite de juridiction, à ces entreprises.

Au prétoire, l’avocat de Tran To Nga, Paul Mathonnet, a défendu que l’accord qui liait les firmes et les États-Unis était «un contrat civil». Il a dénoncé une immunité de juridiction «transformée en écran» qui permet de «trouver refuge derrière les commanditaires et d‘échapper à ses responsabilités».

Tran To Nga, à la sortie de l’audience en cassation, mardi. © Valentin Wender/Vert

Ce qui est cependant rassurant pour Tran To Nga et ses soutiens, ce sont les conclusions de l’avocat général. S’il reconnait «la configuration inédite du litige», sa position est claire : la production de l’agent orange par les chimistes ne peut être considérée comme un acte souverain. En d’autres termes, «les sociétés mises en cause ne peuvent bénéficier de l’immunité de juridiction». Le magistrat demande à la Cour la cassation du précédent jugement, soit le retour de l’affaire devant les tribunaux.

«C’est évidemment encourageant», réagit Bertrand Repolt, autre avocat de Tran To Nga, auprès de Vert. Il tempère en précisant que la Cour n’est pas tenue de suivre l’avis de l’avocat général.

Vers une décision historique ?

La Cour de cassation rendra son arrêt le 16 septembre prochain. Paul Mathonnet espère que cette décision permettra «d’ouvrir enfin le procès porté par madame Tran, avec tout le courage qu’on lui connaît, et avec tout le cortège des vivants et des morts qui la suivent».

Dans le cas où la Cour de cassation jugerait elle aussi la plainte irrecevable, Tran To Nga ne baisserait pas les bras pour autant et saisirait la Cour européenne des droits de l’Homme. Dans le cas contraire, l’arrêt renverrait l’affaire devant les tribunaux et créerait un précédent dans l’histoire des luttes environnementales et décoloniales. «C’est une décision qui fera jurisprudence dans d’autres dossiers dans lesquels se pose la question de la responsabilité de sociétés privées qui fournissent un produit dangereux, toxique, à un État», complète Bertrand Repolt.

Tom Nico, membre du collectif Vietnam Dioxine et du comité de soutien à Tran To Nga, déjà interrogé par Vert, situe son engagement dans un cadre plus large que celui de l’agent orange : «On se mobilise contre le colonialisme chimique», appuie-t-il. Et de mentionner «ce qui se passe au Liban, à Gaza», notamment l’utilisation de phosphore blanc par l’armée israélienne.

Pour continuer à mobiliser et à médiatiser la question de l’agent orange et du colonialisme chimique, le collectif Vietnam Dioxine donne rendez-vous à Paris, sur la place de la Bastille, le 20 juin prochain. Les militant·es côtoieront des organisations engagées pour faire reconnaitre la pollution au chlordécone en Martinique et en Guadeloupe. Une convergence logique, selon Tom Nico : «On souhaite organiser un temps commun pour lutter contre le même système agrochimique, capitaliste, qui détruit les corps, les terres et qui empoisonne sur de longues durées.»

PDF
10 / 10

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds

🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène

🌱 Reporterre
Présages
Reclaim Finance
Réseau Action Climat
Résilience Montagne
SOS Forêt France
Stop Croisières

🌱 Terrestres

🌱 350.org
Vert.eco
Vous n'êtes pas seuls