Zoé Moreau
«En trente-deux ans de cycles menstruels, je n’ai jamais eu une telle hémorragie» ; «J’ai des douleurs à l’utérus en dehors de mes règles et ça ne m’est jamais arrivé» ; «Je suis au fond de mon lit parce que j’ai trop mal au ventre depuis samedi.» Depuis quelques jours, des témoignages de femmes souffrant de douleurs intenses de règles et de saignements inexpliqués en dehors de leur période de menstruation se multiplient sur les réseaux sociaux. Ces femmes ont un point commun : toutes ont été exposées à des gaz lacrymogènes le 17 octobre, journée de mobilisation pour le pouvoir d’achat et la justice sociale. Simple coïncidence ou lien de cause à effet ? Pour le collectif composé de scientifiques et de militant·es Lacrymos de sang, cela ne fait pas de doute. «Il y a urgence à sécuriser les populations, réagit sa fondatrice Eva-Luna Tholance auprès de Vert. Le gaz lacrymogène provoque des effets immédiats réels sur la santé des femmes.» Le 8 octobre, le collectif a largement diffusé un questionnaire sur ses réseaux pour recenser les cas de femmes présentant des effets gynécologiques indésirables susceptibles d’être en lien avec une exposition aux gaz lacrymogènes pendant les mobilisations. Ce vendredi 23 octobre, plus de 5000 femmes y avaient répondu, décrivant contractions utérines, saignements inexpliqués, douleurs ovariennes et utérines, voire même des arrêts naturels de grossesse. Parmi elles, Emma*, qui a manifesté à Clermont-Ferrand samedi, témoigne auprès de Vert : «Je ne peux pas affirmer que mes symptômes sont liés au gaz que j’ai respiré, mais ce que j’ai vécu, ce n’est pas normal. Cela faisait déjà une semaine que mes règles étaient terminées et, le lendemain de la manifestation, j’ai eu des douleurs de règles qui m’ont couchée. J’ai dû rester allongée quatre jours tellement je souffrais. C’était la première fois de ma vie que j’étais exposée au gaz lacrymogène.» Son témoignage résonne avec celui de Maliga, 27 ans, qui s’est mobilisée à Paris : «Le 17 octobre, j’ai manifesté près de la gare du Nord vers 14 heures, dans une zone qui avait été massivement gazée dès 11 heures du matin. Dans la nuit de samedi, j’ai été réveillée par des douleurs utérines comme je n’en ai jamais eues. Je suis atteinte d’endométriose, diagnostiquée il y a sept ans, et je prends la pilule en continu précisément pour ne pas avoir mes règles et éviter les douleurs. Cela va bientôt faire cinq jours que j’ai été exposée. Les douleurs sont toujours là.» Avant de fonder le collectif Lacrymos de Sang, Eva-Luna Tholance a exercé en tant que journaliste. Pour Streetpress, en 2020, elle avait recueilli plusieurs dizaines de témoignages similaires de femmes exposées lors du mouvement des gilets jaunes. Six ans plus tard, les potentiels effets de ces substances sur le système hormonal et la fertilité restent largement méconnus, tandis que les gaz lacrymogènes continuent d’occuper une place centrale dans l’arsenal des forces de l’ordre. «Il y a urgence à faire des recherches poussées sur les effets perturbateurs endocriniens du gaz lacrymogène, plaide-t-elle. Car on n’a toujours aucune idée des effets à moyen terme sur la santé et la fertilité.» L’une des seules études sur le sujet remonte à août 2023. Menée aux États-Unis après les manifestations du mouvement Black Lives Matter, elle reposait sur un questionnaire rempli par 1 276 personnes «possédant un utérus» et exposées à des agents chimiques utilisés par la police. Résultat, 83% d’entre elles avaient déclaré des troubles menstruels ou reproductifs, notamment des crampes utérines (69%) et des saignements menstruels précoces (55%). Les troubles étaient d’autant plus fréquents que l’exposition avait duré longtemps. Les chercheur·es avaient conclu à l’existence d’un «lien évident entre l’exposition aux agents chimiques utilisés par la police et les effets néfastes signalés sur la santé reproductive». Mais l’étude pose plusieurs problèmes. Les participantes avaient été recrutées via un appel à témoignages, ce qui a pu favoriser la participation des personnes les plus touchées. Il n’y avait pas de panel de personnes témoins. Et enfin les scientifiques n’avaient pas pu distinguer complètement les effets des différents produits chimiques entre eux. D’autres travaux et articles de presse plus anciens suggèrent eux aussi un lien potentiel entre l’exposition aux gaz lacrymogènes et une hausse des arrêts naturels de grossesse, notamment au Bahreïn en 2012, en Palestine dans les années 1990 et au Chili en 2011. Mais aucune recherche robuste, qui comparerait des populations exposées à des groupes témoins n’a été conduite. Et pour cause : «Dans les zones de conflit intense, l’utilisation réactive et incontrôlée de ces agents rend difficile la conduite d’études épidémiologiques méthodiques et l’établissement de conclusions solides», soulignaient les chercheur·es de l’étude américaine en 2023. À l’époque de la publication de son enquête, en 2020, Eva-Luna Tholance avait interpelé le ministère de l’intérieur français sur ce manque de connaissance. «Je voulais savoir comment on pouvait continuer à utiliser un produit dont on ignore les effets sur les populations à risque, à savoir les femmes, les enfants, les personnes asthmatiques. Je n’ai jamais eu de réponse et on n’en sait pas plus aujourd’hui», déplore-t-elle auprès de Vert. Contactée par Vert, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a confirmé que «malheureusement, nous n’avons pas de travaux d’expertise sur les gaz lacrymogènes». Le manque de données ne concerne pas uniquement la santé reproductive. «Personne ne se penche sur les effets sanitaires du gaz lacrymogène. C’est un problème international», abonde le biologiste et spécialiste français de la substance, Alexander Samuel. Vert l’a constaté en examinant la littérature consacrée au gaz CS, ou o-chlorobenzylidène malononitrile, la substance active utilisée dans les grenades lacrymogènes en France. Sur les effets globaux de la molécule – oculaires, respiratoires et cutanés notamment –, les deux dernières méta-analyses (qui compilent les études existantes) remontent respectivement à 2015 et 2000. Et elles n’intègrent pas, par exemple, cette étude turque de 2014 qui démontre qu’être exposé·e régulièrement à un panache de gaz lacrymogène peut affaiblir durablement le système respiratoire. D’autres effets graves liés au gaz mériteraient d’être expertisés, en France comme à l’international, notamment quant au risque d’intoxication au cyanure. Il a été mis en évidence en 2020 par Alexander Samuel. Sur la base de prélèvements sanguins réalisés en manifestation lors du mouvement des gilets jaunes, le chercheur avait découvert que le gaz lacrymogène se métabolisait en ce poison mortel bien connu des romans d’Agatha Christie, et à des niveaux susceptibles d’être toxiques pour l’humain (son étude, qui n’a toutefois pas été validé par les pairs selon une procédure classique). La méthodologie de cette sorte de «pré-étude» exploratoire, ainsi que ses conclusions, avaient été validées à l’époque par le toxicologue et ancien chercheur au CNRS André Picot. Mais ni le gouvernement, ni l’Anses (qui pourrait s’auto-saisir) n’ont, sur ce sujet non plus, engagé d’étude sérieuse. Pire, le biologiste a été poursuivi par l’État français pour «violation du Code de santé publique» suite à ces travaux, avant de finalement gagner son procès. Interrogés au sujet du manque de preuve sur l’innocuité du gaz lacrymogène, les ministères de la santé et de l’intérieur n’ont, pour l’heure, pas répondu à Vert. Ils n’ont pas non plus indiqué si des études relatives aux effets endocriniens et de métabolisation du gaz en cyanure étaient en cours ou prévues. *Le prénom a été modifié. Texte intégral (1716 mots)

«Il y a urgence à sécuriser les populations»
Mais que fait le gouvernement français ?
Poison mortel connu des romans d’Agatha Christie
Louise Deshautels
Olivier Bouygues a été condamné ce vendredi à deux ans de prison avec sursis pour la destruction d’espèces d’oiseaux protégées sur son domaine de chasse de La Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Le tribunal correctionnel d’Orléans a reconnu la culpabilité du milliardaire français, qui a également écopé d’une amende de 750 000 euros, le maximum encouru pour une telle infraction. Enfin, son permis de chasse lui est retiré pour trois ans. Olivier Bouygues était jugé pour «atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’une espèce animale protégée ou à son habitat» et «destruction, transport et détention illicites d’une espèce animale non domestique». Lors de l’audience du 8 septembre dernier, le tribunal correctionnel d’Orléans avait requis cinq ans de prison avec sursis contre Olivier Bouygues. Décrivant des méthodes «barbares», la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, avait également demandé une interdiction d’exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans. Cinq employés du milliardaire, le régisseur de sa propriété et quatre gardes forestiers, étaient jugés à ses côtés. Ils ont aussi été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis. Là encore, des amendes de 3 000 à 10 000 euros ont été prononcées. Tout au long de son procès, le propriétaire a nié toute responsabilité, affirmant à la barre avoir «d’autre chats à fouetter que de gérer au quotidien» les affaires de sa propriété. Les cinq autres prévenus ont reconnu les faits. L’affaire avait été ébruitée par l’intermédiaire d’une source anonyme, qui assurait avoir vu des cadavres d’espèces protégées sur la propriété du fils de François Bouygues, le fondateur du groupe de BTP, de télécoms et de médias du même nom. Par la suite, des perquisitions avaient été menées et avaient permis de découvrir de nombreux cadavres d’animaux tels que des chats… mais aussi des oiseaux : buses, grands cormorans, grandes aigrettes et faucons crécerelles. Tous protégés par une interdiction de chasse. Du matériel de chasse prohibé et une pelleteuse, utilisée pour enterrer des animaux, avaient également été retrouvés sur la propriété. De même que des documents listant les espèces protégées comme «nuisibles» à éliminer. Il était aussi question d’un «système de prime» pour ceux qui parviendraient à éliminer les oiseaux ciblés, une preuve qu’Olivier Bouygues souhaitait garder confidentielle, selon le régisseur du domaine. Une quinzaine d’associations de protection de l’environnement s’étaient constituées parties civiles. Parmi elles, One Voice, qui a salué ce vendredi la décision du tribunal correctionnel. «Pendant des années, des oiseaux ont été piégés, tués et enfouis sous la chaux parce qu’ils gênaient un loisir. Aujourd’hui, la justice dit que ni la fortune ni les grillages ne placent personne au-dessus des lois. Les enclos de chasse ne peuvent plus rester des zones de non-droit», a réagi Muriel Arnal, présidente de l’association. La Fédération départementale des chasseurs du Loiret avait évoqué de son côté un «préjudice d’image» pour la chasse. Texte intégral (677 mots)

Tuerie d’oiseaux protégés
Louise Deshautels
La quasi-totalité des écosystèmes coralliens pourraient s’effondrer d’ici à 2075. Selon une évaluation mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publiée jeudi, 96% sont désormais «en danger critique». La catégorie la plus élevée avant l’«extinction» sur la liste rouge de l’UICN, l’inventaire mondial de l’état de conservation des espèces végétales et animales. L’analyse internationale, la première de ce type, porte sur l’ensemble des récifs situés dans les eaux chaudes et peu profondes. Parmi eux, les plus vastes et les plus riches en biodiversité de la planète, tels que la Grande Barrière de corail en Australie ou encore le triangle de corail dans l’océan Pacifique occidental. Parallèlement, l’UICN a récemment réévalué le statut de 892 espèces de coraux et a constaté que 44% d’entre elles sont menacées d’extinction. La menace principale à laquelle doivent faire face ces organismes est le changement climatique. À mesure que les températures en surface augmentent, les océans du globe se réchauffent et provoquent des vagues de chaleur marines. L’institution rappelle que le scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui prévoit un réchauffement atmosphérique de 2,7 degrés Celsius (°C) d’ici 2100, «se traduira par un réchauffement continu des températures de surface des océans». Or lorsque la température de l’eau devient trop chaude, les coraux expulsent les microalgues qui vivent à l’intérieur de leurs tissus, ce qui provoque leur blanchissement. Ces mêmes algues fournissent jusqu’à 90% de l’énergie des coraux. Ainsi, ils deviennent plus fragiles et peuvent mourir. Les écosystèmes de récifs coralliens s’effondrent dès que les coraux durs – ceux qui constituent la base vivante et en croissance – disparaissent pour laisser place à des algues, des débris et des éponges. D’autres pressions, directement liées aux activités humaines, dégradent les coraux. En particulier celles qui endommagent la qualité des eaux côtières, où ils sont implantés.
Plusieurs effets se cumulent : le rejet d’eaux usées, les pollutions agricoles ou l’urbanisation des côtes. Enfin, la surexploitation de certains poissons dans plusieurs régions – Asie de l’Est, Caraïbes et Brésil – affaiblit les coraux. Par exemple : les poissons-perroquets, herbivores, permettent de réguler la proportion d’algues concurrentes des coraux. Les coraux sont pourtant essentiels à la santé des écosystèmes marins. «On dit souvent que les récifs coralliens sont les nurseries des océans, là où de nombreuses espèces donnent naissance, vivent ou viennent se réfugier», explique à Vert Florian Kirchner, responsable du programme Espèces du comité français de l’UICN. À l’échelle de la planète, 25% des espèces marines en profitent. L’effondrement des récifs engendre l’incapacité des fonds marins à régénérer les populations piscicoles. «Le déclin [des coraux] prive d’innombrables espèces de la nourriture, des abris et des frayères [les lieux où se reproduisent les organismes marins, NDLR] dont elles dépendent, tout en menaçant la sécurité et les moyens d’existence des communautés côtières, et en compromettant des secteurs économiques clés tels que la pêche, l’aquaculture et le tourisme», expose Grethel Aguilar, directrice générale de l’UICN. Plus largement, les coraux contribuent à fixer l’azote et le carbone au fond des océans et réduisent l’énergie des vagues, protégeant les côtes des tempêtes. L’étude tient tout de même à rappeler qu’«il n’est pas trop tard pour donner aux récifs coralliens une chance de se rétablir». L’UICN encourage la mise en place d’actions décisives pour «lutter contre les changements climatiques et enrayer le réchauffement des océans». Parmi elles, la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Pour Florian Kirchner, «chaque dixième de degré compte». À chaque nouvelle hausse de température, de nouvelles espèces sont affectées. S’il est évident, selon le chercheur, que des récifs vont disparaitre, «tout ce qu’on fait aujourd’hui aura des bénéfices et permettra de limiter les pertes, de préserver la diversité biologique et les fonctions que les coraux nous rendent». En plus de ces objectifs mondiaux, des actions plus locales peuvent être mises en place, telles que la création d’aires marines strictement protégées, la lutte contre les pollutions terrestres et la réduction de la surpêche. Texte intégral (1044 mots)

Avant la mortalité, le blanchissement

Un refuge pour 25% des espèces marines
Un signal d’alarme plutôt qu’une source de désespoir
Anaïs Richard
Tel père, tel fils. Lors du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 4 octobre, le sénateur Flávio Bolsonaro a créé la surprise en arrivant en tête avec 47,03% des voix. Il a devancé le président de gauche sortant, Lula da Silva (45,16%). Dimanche, ils se feront face dans un duel final qui promet d’être disputé. Depuis le début de sa campagne, Flávio marche dans les pas de son père, Jair Bolsonaro, ancien président d’extrême droite condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État, et inéligible. Dans son programme, point de mention du changement climatique. Dans une interview à la chaîne Globo le 28 août, il privilégie la formulation «événements climatiques extrêmes». «Il y a des périodes cycliques où il fait plus chaud, des périodes où il fait plus froid. Et je ne pense pas que cela soit directement lié uniquement à l’influence de l’être humain», développe-t-il. De son enfance passée à écumer les plages de Barra da Tijuca, la banlieue chic de Rio de Janeiro, Flávio Bolsonaro a conservé un goût pour le surf. Ces vagues, où il a construit ses souvenirs de jeunesse, il ne les conçoit pas comme une ressource à protéger, mais plutôt… «comme un actif financier exploitable à des fins touristiques», d’après Cristiana Losekann, coordinatrice du Laboratoire de recherche en politique environnementale et justice de l’université fédérale d’Espírito Santo. Élu à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro à seulement 21 ans, Flávio Bolsonaro y enchaîne quatre mandats consécutifs. En 2018, il profite de la percée de l’extrême droite qui propulse son père à la présidence et obtient un siège au Sénat. Quatre ans plus tard, il devient rapporteur de la controversée «PEC das Praias», un texte prévoyant de transférer certains terrains du littoral appartenant à l’État fédéral à des collectivités ou à des particuliers. En août 2026, en campagne à Angra dos Reis, à quelques heures de Rio de Janeiro, Bolsonaro fils défend la relance de la centrale nucléaire locale et l’accélération des autorisations environnementales pour de grands projets immobiliers. Son rêve le plus fou ? Faire de ce petit paradis naturel «un nouveau Cancún». Le candidat climatosceptique souhaite permettre aux Brésilien·nes de s’enrichir… sur le dos de la planète. «Il présente l’installation de data centers et la vente de terres rares – notamment à l’Amérique de Trump – comme une source d’emploi», analyse Sofia Vizcarra Castillo, coordinatrice du Laboratoire d’études politiques sur l’action climatique de l’université fédérale du Rio Grande do Sul. En parallèle, Flávio Bolsonaro soutient la fracturation hydraulique pour extraire du gaz de schiste, malgré les risques de contamination des eaux. Dans son projet, «il considère que les règles environnementales sont un frein à l’activité économique et aux investissements, une vision partagée par de nombreux dirigeants d’extrême droite en Amérique latine», détaille la chercheuse. En août dernier, pendant un déplacement de campagne, le candidat promet de «mettre fin à ces entraves», y compris pour les peuples autochtones. «Ils ne veulent plus être des animaux de zoo que les touristes paient pour les regarder danser et faire du feu avec du bois», lâche-t-il lors d’une interview au podcast Market Makers. En avril, le sénateur avait promis qu’aucun territoire autochtone ne serait reconnu et homologué en cas d’accession au pouvoir, s’inscrivant dans la continuité de la politique menée par son père entre 2019 et 2022. «Les invasions illégales de nos terres avaient alors augmenté et le territoire yanomami était devenu le symbole d’une tragédie humanitaire», se remémore Sônia Guajajara. Selon une enquête du journal Folha de S.Paulo, 286 procédures de reconnaissance de territoires autochtones actuellement en cours pourraient être bloquées en cas de retour du bolsonarisme au sommet de l’État. «Cela signifierait un retour à un scénario de violence, de destruction et de violations massives des droits humains et environnementaux», met en garde Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB). Une des seules mesures dédiées au climat dans le programme de Flávio Bolsonaro est la fin de la déforestation d’ici 2029… mais seulement si elle est illégale. Il instrumentalise l’Amazonie pour mettre en avant l’un des principaux axes de sa campagne : combattre la criminalité. Depuis 2002, Flávio Bolsonaro bâtit sa carrière sur les questions de sécurité publique. Pour lui, l’État doit être garant de l’ordre, y compris environnemental. «Distinguer le déboisement illégal et celui du petit producteur lui permet d’adopter un discours sécuritaire fort et un discours populiste qui plaît à ses potentiels électeurs», décrypte la politiste Sofia Vizcarra Castillo. Pour lutter contre les crimes environnementaux, il prétend miser sur la surveillance par satellites et l’intelligence artificielle. «Tout ce qu’il a voté jusqu’à présent va dans le sens d’une augmentation de la déforestation», nuance Márcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat brésilien. Flávio Bolsonaro compte aussi remanier plusieurs instances environnementales : l’Ibama, chargée des contrôles, la Funai, responsable des politiques autochtones, et l’ICMBio, qui gère les unités de conservation. Leurs budgets avaient déjà fondu sous Jair Bolsonaro. «La déforestation avait alors augmenté de plus de 60% en Amazonie», rappelle Márcio Astrini. L’aîné de la fratrie Bolsonaro, surnommé «01» par son père, fait de son héritage familial son premier argument électoral : «J’ai l’air plus pacifique et modéré, mais ici coule le sang Bolsonaro», s’exclame-t-il en se frappant le torse le 25 juillet, lors de l’officialisation de sa candidature, à São Paulo. C’est depuis sa détention à domicile que Jair Bolsonaro l’a choisi comme dauphin. «01» est le fils qui dispose de la plus longue expérience politique. C’est aussi celui qui traîne le plus de casseroles. Il est impliqué dans plusieurs scandales financiers et fait l’objet d’enquêtes pour des soupçons de corruption, de blanchiment d’argent et de trafic d’influence. Il est également critiqué pour ses liens supposés avec les milices, ces groupes criminels composés d’anciens policiers qui contrôlent des pans entiers de Rio de Janeiro. En cas de victoire, Flávio Bolsonaro a promis d’amnistier son père, o mito, «le mythe», comme l’appellent ses partisan·es. «Le retour de cette famille au pouvoir représente un risque très important, à la fois pour la nature et pour la démocratie», s’alarme Márcio Astrini. Lors des élections parlementaires d’octobre 2026, quatre membres du clan Bolsonaro ont été élu·es : Michelle, belle-mère de Flávio, et son frère cadet Carlos ont fait leur entrée au Sénat, tandis que Renan, le plus jeune des fils Bolsonaro, a obtenu un siège à la Chambre des députés, aux côtés de son oncle Renato. Ces dernier·es ont été adoubé·es par le Parti libéral (PL), qui a renforcé sa position de première force politique du Parlement. «Le bolsonarisme n’a pas disparu avec la défaite de 2022. Son idéologie reste profondément enracinée dans une partie du Congrès et de la société», déplore Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’APIB. L’Observatoire du climat brésilien classe le PL comme le parti présentant le bilan environnemental le plus faible parmi les grandes formations étudiées. Après le premier tour, le nombre d’incendies détectés par satellite en Amazonie légale – région administrative composée de neuf États brésiliens – a presque doublé, passant de 1 854 à 3 695 en une semaine. Une flambée soudaine qui fait craindre aux communautés autochtones que les soutiens du bolsonarisme, galvanisés par la perspective d’un retour de l’extrême droite au pouvoir, se sentent autorisés à envahir leurs territoires et à y mettre le feu. Texte intégral (1774 mots)

Monétiser la nature

Data centers et fracturation hydraulique
Les autochtones en danger
Ordre et progrès ?
Affaires de famille
Esteban Grépinet
C’est une grande première dans le monde de la pêche. La ministre de la mer, Catherine Chabaud, a annoncé ce jeudi engager une procédure pour exclure les navires de plus de 25 mètres de la bande côtière (les eaux territoriales, qui correspondent aux 22 premiers kilomètres depuis la côte), dans l’est de la Manche, du mont Saint-Michel à la frontière belge. Dans le détail, la France engage une consultation de deux mois auprès de la Commission européenne et des États membres de l’Union européenne concernés – comme le prévoit le droit européen. Selon les retours apportés par ces derniers, l’entrée en vigueur de cette mesure d’interdiction est prévue pour «début 2027», selon l’entourage de la ministre. L’exclusion des bateaux de pêche de plus de 25 mètres de la bande côtière est une demande récurrente de la profession. Début septembre, la commission Manche-mer du Nord du Comité national des pêches – l’organisme représentatif du secteur – avait voté par dix voix contre six (et cinq abstentions) en faveur de cette mesure. «Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux», expliquait à Vert Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches (CRPMEM) de Normandie. Pour le monde de la pêche comme pour les associations de défense de l’environnement, l’exclusion des plus gros chalutiers de la bande côtière soulagerait les ressources tout en préservant la pêche artisanale. Dans les Hauts-de-France, ces grands navires représentaient près de la moitié du total des captures remontées dans les eaux territoriales entre 2022 et 2024, d’après une étude conduite par l’Institut agro. Une exclusion de la bande côtière aurait «a priori un impact économique faible sur ces flottilles industrielles», concluaient notamment les auteur·es. «C’est une immense victoire pour la pêche artisanale, salue Fabien Randrianarisoa, chargé de campagnes Pêches industrielles pour l’association de défense des océans Bloom. Cette décision aurait pu arriver plus tôt pour éviter que les petits pêcheurs ne subissent encore la concurrence des navires industriels cet hiver, mais c’est un message fort que la France envoie au reste de l’Union européenne.» L’ONG espère désormais que cette décision pionnière s’étendra à l’avenir sur l’ensemble du littoral français, notamment en Nouvelle-Aquitaine, et qu’elle inspirera d’autres pays. Les navires de plus de 25 mètres visés par cette exclusion de la bande côtière dans la Manche-Est sont principalement sous pavillon néerlandais et belge. Quatre à cinq bateaux français sont également concernés. Texte intégral (655 mots)

«Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux»
Mathilde Picard
«Nous sommes absolument scandalisés par cette façon si partiale de faire de l’information», s’indigne George Pinol, délégué syndical central du SNJ-CGT France Télévisions. Dimanche, au journal de 20 heures de France 2, une séquence de presque douze minutes, sans commentaire, a montré à l’écran un enchaînement de scènes violentes des manifestations du 17 octobre. Ce cadrage qui se focalise sur les incendies, scènes de pillages et dégradations a éclipsé les manifestations pacifiques et joyeuses, les occupations de ronds-points ou opérations escargot. Pourtant, plus de 1 000 mobilisations avaient rassemblé entre 550 000 et 800 000 personnes dans toute la France ce jour-là, pour lutter contre la vie chère et exiger davantage de justice sociale. Le syndicat CFDT du groupe France Télévisions a calculé que sur les 48 minutes d’émission spéciale dimanche (hors allocution présidentielle), moins de deux avaient été consacrées aux revendications des manifestant·es. Le président de la Société des journalistes (SDJ) de France Télévisions, Valéry Lerouge, explique à Vert que ce journal déséquilibré est le fruit d’«un enchaînement de fausses bonnes idées et d’une erreur d’appréciation, sans intention de montrer seulement de la casse gratuite. Le résultat est catastrophique, mais il n’y a pas de volonté politique derrière.» Alors qu’un entretien avec la chanteuse Angèle était prévu en seconde partie d’émission, la direction de l’information a décidé de le déprogrammer pour proposer un sujet davantage lié à l’actualité sociale du week-end. Le résultat : des images brutes, sans commentaire ni mise en contexte, montées en quelques heures seulement. «Espérer un sujet de douze minutes de qualité, monté en quatre heures, c’est mission impossible», souligne Valéry Lerouge. Alors que nombre de télespectateur·ices ont écrit au médiateur de France Télévisions, Philippe Corbé, le directeur de la rédaction, reconnaît que «nous aurions dû être plus précis dans le montage, la contextualisation et le commentaire pour qu’il n’y ait pas de confusion». Pour le syndicat SNJ-CGT du groupe, il ne s’agit pas d’un accident mais d’«une propagande» pour l’exécutif. Selon son communiqué publié mardi, le cadrage du journal a donné à voir «un mouvement social d’ampleur nationale réduit à un message de haine». L’organisation syndicale a même demandé la démission de l’équipe du journal de 20 heures. Selon le reporter d’images George Pinol, il y a eu «une dérive éditoriale qui met l’accent sur les violences plutôt que sur les revendications et l’ampleur de la mobilisation pacifique». «J’ai un peu honte de ce qu’on a mis à l’antenne, en tant que défenseur de l’audiovisuel public, car j’étais sur le terrain et, à l’écran, je n’ai pas vu de mention de la blessure très grave d’une manifestante dont la main a été arrachée, ni des jeunes qui chantaient», pointe le journaliste. Ce malaise au sein de la rédaction de France Télévisions n’est pas nouveau, même si le journal de dimanche a été son catalyseur. Le délégué syndical SNJ, Antoine Chuzeville, rappelle que «cela fait presque un mois que la couverture médiatique du mouvement lycéen illustre une fascination pour les images de violence, alors que notre travail consiste à décrypter ces évènements et à les mettre en perspective ; dimanche, c’est devenu trop visible.» Selon lui, rien ne sert de blâmer l’équipe qui a réalisé le reportage de douze minutes, ce serait plutôt l’occasion de créer une réflexion sur la hiérarchisation des informations sur les chaînes. «Nous manquons de débats collectifs sur l’éditorial, détaille-t-il. Il y a une forme de dépolitisation du journalisme, alors que ces évènements sont incompréhensibles sans être reliés aux motivations politiques qu’il y a derrière.» Selon l’observatoire des médias Acrimed, 75% du temps d’antenne de France 2 a été dédié aux dégradations lors des journaux télévisés du 28 septembre au 1er octobre, en plein mouvement lycéen. Au-delà du 17 octobre, «la couverture [des mobilisations sociales] nous pose question, confirme Valéry Lerouge. Nous avons rencontré la direction mercredi dernier pour déplorer le démarrage tardif du traitement des revendications sociales, et le fait qu’on parlait trop de casses. On a noté un début de rééquilibrage sur la fin de la semaine dernière.» Ce mercredi après-midi, la SDJ a organisé une réunion pour faire le point sur la situation. France Télévisions n’est pas le seul média dont les choix éditoriaux dans la couverture des mobilisations dérangent. Dès le 3 octobre, la SDJ du Parisien soulignait dans un communiqué transmis en interne «le manque d’analyse factuelle» dans les angles choisis et «la lecture idéologique des faits» dans un éditorial du vendredi 2 octobre dernier. Plusieurs journalistes qui ont couvert la manifestation du 17 octobre pour des chaînes d’information en continu ou pour la presse nationale déplorent aussi les cadrages de leur direction. Arielle (le prénom a été modifié) travaille dans un quotidien et regrette que ses propositions de sujets visant à questionner le maintien de l’ordre aient été refusées. «Jusqu’au dernier moment, mes chefs ont sous-estimé l’ampleur de la mobilisation, abonde-t-elle. J’ai été sidérée par l’ampleur de leur déconnexion avec le terrain. Ensuite, ils ont préféré faire un angle sur les émeutiers, en interrogeant des interlocuteurs controversés.» Sacha (il a souhaité rester anonyme), quant à lui, est reporter d’images pour une chaîne d’information en continu et a été mobilisé samedi dernier. «J’aurais bien aimé filmer les cortèges de manifestants et les interroger sur leurs revendications, plutôt que de montrer seulement les voitures brûlées, car je sais que ce sont ces images qui seront commentées en boucle toute la journée», confie-t-il à Vert. Dans les écoles de journalisme aussi, le traitement des mobilisations, depuis le début du mouvement lycéen, choque nombre d’étudiant·es. À l’initiative des élèves de l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (Celsa), 780 jeunes de quinze établissements différents ont signé une tribune parue dans L’Humanité, la veille du 17 octobre. «Nous allons être amenés à évoluer dans un paysage médiatique détérioré, déplore Orso, l’un des cosignataires. Nous allons intégrer un jour ou l’autre ces rédactions et refusons de couvrir des mouvements sociaux avec ce manque de déontologie.» Parmi les reproches des étudiant·es visant cette couverture médiatique : le peu de place accordée aux revendications lycéennes, l’invisibilisation des violences policières, les lignes éditoriales sensationnalistes ou encore le déséquilibre politique parmi les commentateur·ices des évènements. Lundi, les Gilets jaunes à l’origine des mobilisations ont annoncé un «acte II» pour ce samedi 24 octobre. Un évènement dont la couverture médiatique sera scrutée par toute la profession. Texte intégral (1664 mots)

La direction de France Télévisions admet des erreurs
«Il y a une forme de dépolitisation du journalisme»

Un cadrage médiatique contesté dans de nombreuses rédactions
Les étudiants en journalisme interpellent leurs aînés
Louise Deshautels
Après la mobilisation du 17 octobre, les images de pillages et de destructions matérielles ont tourné en boucle à la télévision, éclipsant les revendications lycéennes. La réponse gouvernementale s’est voulue sécuritaire, avec des centaines de personnes interpellées et des couvre-feux ciblés dans plusieurs villes : Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux et Nice. Une situation qui rappelle certaines mobilisations emblématiques, retrace l’historienne spécialiste des mouvements sociaux et des révolutions, Ludivine Bantigny. Dans cet entretien à Vert, elle revient sur l’utilisation de la violence comme outil de contestation et de revendication. De nombreuses pancartes revendiquent l’héritage de Mai 68, avec une génération qui écrit : «On te remet 68». Les points de comparaison entre les deux mouvements sont nombreux. En 1968, la mobilisation avait aussi commencé par une jeunesse scolarisée qui voulait étudier autrement, qui revendiquait des conditions non seulement matérielles mais également plus de dignité. Puis il y avait eu une répression policière. Des jeunes matraqués par la police et que l’on avait vus ensuite à la Une de certains magazines, le visage maculé de sang. Après ça, une solidarité s’était manifestée avec le monde du travail. Des organisations syndicales avaient appelé à une grève générale de 24 heures. On peut aussi souligner la similarité de certaines revendications actuelles avec le mouvement lycéen et étudiant de 1986 contre la loi Devaquet, qui prévoyait notamment d’instaurer une sélection à l’entrée des universités. Avec, à ce moment-là aussi, l’idée de lutter contre les inégalités. Ou encore avec celui de 2006 contre le contrat de première embauche (CPE), qui avait aussi commencé dans la jeunesse scolarisée pour s’étendre au monde salarié. Dans toutes ces grandes mobilisations, les étudiants et étudiantes ont revendiqué l’auto-organisation, avec la volonté de ne pas se laisser déposséder du mouvement. C’est quelque chose que je relève beaucoup en ce moment, face au discours de certains médias et politiques qui vise à dire qu’il y aurait une manipulation, que les jeunes seraient complètement instrumentalisés. C’est très grave, parce que c’est une infantilisation, une sorte de mépris à l’égard de cette jeunesse. Comme si elle était incapable d’autonomie, d’intelligence et de liberté de penser. Les grandes grèves générales avec occupation, comme celles de 1936 ou 1968, n’étaient pas forcément accompagnées de dégradations matérielles. C’était plutôt l’inverse d’ailleurs, avec la volonté d’occuper les lieux de travail en faisant attention à ne rien abîmer, à bien préserver les machines. Mais la casse comme forme d’action contestataire n’est pas nouvelle. On l’a beaucoup vu pendant le mouvement des Gilets jaunes. Globalement, elle apparait à chaque moment de révolte urbaine : en 2005, après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, décédés dans un transformateur électrique en essayant d’échapper à la police [à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, NDLR] ; ou lors de la mort de Nahel Merzouk à Nanterre [dans les Hauts-de-Seine]. «Il y a deux poids, deux mesures dans le regard que l’on porte aux violences.» Il est même possible de remonter bien plus loin. En 1947 et 1948, de grandes grèves ouvrières avaient éclaté chez les mineurs, les métallurgistes… Eux aussi utilisaient des moyens de dégradation matérielle et la confrontation avec les forces de l’ordre. À cette époque était même apparu le slogan «CRS SS». On venait juste de sortir de la guerre et les grévistes avaient l’impression que la répression gouvernementale dont ils faisaient l’objet était similaire à celle des SS qui venaient d’occuper le pays. Dès la fin du 19ème siècle, on parlait des briseurs de réverbères et de vitrines. Rien de ce que l’on voit aujourd’hui en termes de violence urbaine n’est totalement nouveau. La particularité, c’est que ces actes sont concentrés autour de jeunes issus surtout des quartiers populaires, qui souffrent de discrimination et considèrent qu’il y a une violence sociale, à laquelle ils répondent par une autre forme de brutalité. C’est toujours à double tranchant. En 1968, pendant la nuit du 10 au 11 mai, les étudiants et étudiantes ont décidé d’exclure les forces de l’ordre du Quartier latin, à Paris, avec l’érection de barricades. La répression qui s’en est suivie a engendré une mobilisation encore plus vaste, la grève généralisée, et finalement les occupations. «Certains sont choqués par les magasins dévalisés, d’autres affirment que la vraie violence est ailleurs.» Si le mouvement des Gilets jaunes a remporté un certain nombre d’acquis, notamment concernant la taxe instaurée sur les carburants, c’est aussi parce qu’il y avait un engagement extrême, qui pouvait passer par des attaques de magasins et des formes de résistance physique aux forces de l’ordre. Un autre exemple, c’est celui des suffragettes britanniques. Après plusieurs années de mobilisation pacifique, certaines avaient voulu passer à la vitesse supérieure et s’étaient attaquées au mobilier urbain en incendiant des monuments. Cela leur avait permis de conquérir l’égalité entre les femmes et les hommes sur le plan des droits civiques. Il y a deux poids, deux mesures dans le regard que l’on porte aux violences. Il suffit de comparer le mouvement lycéen et les actions de certains grévistes, lors de fermetures d’usines, ou même de certains agriculteurs. Ils brûlent des pneus, saccagent des bâtiments publics ou s’en prennent physiquement à des personnes. Cela a été le cas en 2015, lorsque des salariés d’Air France avaient arraché les chemises de deux cadres lors d’une manifestation à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, contre un projet de restructuration qui menaçait plusieurs milliers d’emplois. Ces prises à partie et actions directes divisent l’opinion, mais une partie les comprend. «C’est révoltant aux yeux de certains que l’on puisse être à ce point scandalisé par les violences matérielles, et pas sociales.» L’opinion publique n’est jamais unanime et, surtout, elle est en partie construite, notamment par les grands médias. Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, le débat est très divisé. Certains sont choqués par les magasins dévalisés, d’autres affirment que la vraie violence est ailleurs. Elle se trouve parmi les gens qui meurent dans la rue à cause de la pauvreté ; dans le fait que certains sont amenés à fouiller dans les poubelles, y compris des personnes qui ne sont pas sans abri mais qui n’arrivent plus à finir leur mois ; dans les féminicides et les violences sexistes et sexuelles, face auxquelles le pouvoir ne réagit pas avec la fermeté que beaucoup désirent ; dans la répression policière, qui fait que des personnes sont mutilées à vie. C’est révoltant aux yeux de certains que l’on puisse être à ce point scandalisé par les violences matérielles, et pas sociales. D’autres encore estiment que l’on a plus entendu parler des vitrines brisées dans Paris ou à Marseille que de Gaza sous les bombes. Texte intégral (1587 mots)

Cette révolte étudiante et sociale s’inscrit-elle dans la lignée des mouvements sociaux historiques en France ?

Quelle place prennent la violence et les dégradations matérielles dans l’histoire des mouvements contestataires ?
L’usage de la violence a-t-il un impact sur la réussite des mobilisations ?
Comment évolue, aux yeux de l’opinion publique, la légitimité de l’usage de la violence au sein des mouvements sociaux ?
Josué Toubin-Perre
Des tags critiquant TotalEnergies à l’intérieur et à l’extérieur des murs. Un immense dessin à la craie représentant Patrick Pouyanné, président-directeur général de la multinationale, en poulpe étendant ses tentacules et son pétrole sur l’université de Montpellier (Hérault). Quand on arrive à la faculté des sciences, occupée par des étudiant·es depuis le 6 octobre, on assiste à un mouvement de révolte sans précédent dans l’histoire de l’institution. La faculté des sciences de Montpellier n’a pas une réputation contestataire, contrairement à la faculté de lettres voisine. Mais depuis le 10 juin, c’est elle qui est en ébullition. La cause ? Un accord académique passé entre l’université de Montpellier et l’association TotalEnergies Professeurs associés. À travers cette dernière, TotalEnergies, première compagnie pétrolière française et cinquième mondiale, propose aux universités de mettre à disposition «gracieusement» des professeur·es, en échange de certains avantages. «Bienvenue dans notre espace d’autogestion», présente Ratus*, étudiante en troisième année de licence de biologie. Sur les trois étages du bâtiment 36 occupé, se sont construits en deux semaines une cantine solidaire, des dortoirs, des espaces de révision et de cours participatifs, un espace médical et un roulement bien ficelé pour le ménage. «Cette occupation n’est pas juste là pour faire joli, elle nous coûte aussi. Que l’université soit fermée m’empêche de faire un stage dans un laboratoire, obligatoire pour pouvoir passer en master. Mais on sait qu’on se bat pour des enjeux qui sont plus hauts que nous», souligne l’étudiante. «Vous imaginez vouloir travailler sur les questions écologiques et être diplômé d’une fac qui a un accord avec une telle entreprise, responsable de l’extraction de pétrole et de gaz mais aussi visée par des plaintes de “complicité de crimes de guerre” notamment pour ses actions au Mozambique ?», déplore Pierre*, étudiant en première année de licence Sciences de la vie, santé, environnement (SVSE). L’accord avec TotalEnergies a répandu l’essence de la contestation, mais ce sont les mobilisations lycéennes de septembre qui ont été l’allumette de l’occupation. «On a senti un mouvement national. D’un coup, on s’est retrouvé à 500 en assemblée générale. Et l’enjeu local de Total a soudé le mouvement», se souvient Pierre. Autre mouvement de contestation interne, mais cette fois du côté des laboratoires, quinze «correspondants transition écologique» (CTE) se sont mis en grève début septembre. Ce sont des personnes volontaires pour faire un lien entre les différentes composantes de l’université, un statut créé en 2024 par la faculté des sciences pour «ancrer les pratiques durables dans l’ensemble des structures de l’établissement». Elles et ils expliquent que «puisque cette convention remet en cause les missions, le sens et le rôle des CTE, nous nous mettons en grève de notre fonction […] tant que cette convention ne sera pas abrogée.» Nombre de chercheur·ses manifestent aussi publiquement leur désaccord. «Au-delà du symbole de l’entreprise, certaines contreparties sont inacceptables», juge Matthieu Romagny, mathématicien dans un institut de l’université et élu d’opposition au conseil de la faculté des sciences. Parmi les passages les plus décriés de la convention, dont nous avons pu consulter une copie, l’université de Montpellier décrit TotalEnergies comme un «acteur majeur de la transition énergétique». Pourtant, le 25 octobre 2025, le tribunal administratif de Paris a condamné la firme pour «pratiques commerciales trompeuses», en particulier pour s’être présentée en ces termes sur son site internet. En échange de 62,5 heures d’équivalent travaux dirigés (TD) assurées dans l’année par des professeur·es de TotalEnergies, le partenariat permet à ces employés de la multinationale de co-construire certaines unités d’enseignement (UE) du master Énergies et d’évaluer les élèves. Une autre clause a fait bondir nombre de scientifiques : «L’université de Montpellier s’engage à ne pas reproduire ni utiliser la marque et le logo qui pourraient porter préjudice à TotalEnergies.» «Pour moi, TotalEnergies utilise la même stratégie de marchands du doute que les industries du tabac, déplore Matthieu Romagny. Elles font mine de vouloir financer la recherche, elles mettent un pied dans les universités pour mieux contrôler ce qui est dit… mais elles ne veulent pas que ça se sache.» Pour le chercheur, ce n’est pas un hasard si la major pétrolière a visé l’université de Montpellier, très réputée pour ses travaux autour de l’écologie. En 2025, selon le classement de Shanghai, elle se classait première université française sur ces questions, et quatorzième mondiale. Dès juin, la pilule avait du mal à passer. La première version de la convention de partenariat avait failli être rejetée au conseil de la faculté des sciences. Lors de ce premier vote, elle avait récolté 14 voix pour et 14 contre, égalité parfaite. C’est donc le doyen de la faculté, Jean-Michel Marin, qui a tranché, en décidant d’accepter l’accord avec TotalEnergies. Mais la montée des contestations pourrait entrainer une annulation du partenariat. Selon des sources concordantes, lundi 19 octobre, Jean-Michel Marin a rencontré une délégation des étudiant·es occupant·es. Il leur a promis de soumettre au vote lors de la prochaine réunion du conseil de la faculté des sciences une nouvelle mouture du partenariat. Impossible de savoir toutes les modifications, mais selon ses propos rapportés, confirmés par plusieurs sources, la mention polémique de Total Energies comme «acteur majeur de la transition énergétique» n’y figurerait plus. Le conseil de la faculté des sciences se réunira le 4 novembre. Même si elle n’est pas encore à l’ordre du jour, c’est vraisemblablement à cette date que la nouvelle version de convention sera proposée. Si elle est rejetée par le conseil, l’ancienne sera de nouveau soumise au vote. Et si cette dernière est également refusée, alors le partenariat entre l’université de Montpellier et TotalEnergies sera sans doute annulé. Contacté par Vert, le doyen Jean-Michel Marin n’a pour l’heure pas répondu à nos sollicitations. Les étudiant·es occupant·es disent célébrer cette première victoire, «même si nous savons que c’est le moment où il ne faut rien lâcher», assume Ratus. L’occupation de la faculté des sciences de Montpellier a d’ailleurs été prolongée pour une semaine supplémentaire. «Personnellement, je suis assez confiant pour ce vote, et je pense que l’accord sera annulé, confie le mathématicien Matthieu Romagny. En juin, c’était déjà très serré et, depuis, nous avons eu le temps d’en parler entre collègues : il y a eu de nombreuses prises de parole qui ont éclairé certains aspects qu’un tel accord impose aux universités.» *Les prénoms ont été modifiés. Texte intégral (1626 mots)


Un campus sous tension

Des mouvements de contestation à tous les niveaux

Montpellier, université numéro 1 en écologie

Le doyen de la faculté promet un deuxième vote
Une première victoire
Eva Thiébaud
«Ce qui se passe ici, c’est grâce à vous ! Votre mobilisation vous rend impossibles à ignorer !» En jean et veste coupe-vent noire, à la tribune, Russett Perry, sénatrice démocrate de l’État de Virginie, défend un projet de loi de moratoire qu’elle vient de déposer. Il fait beau et frais en ce samedi 17 octobre, le soleil fait jouer ses rayons dans les feuilles des arbres du parc où applaudissent une petite centaine de militant·es. Car au-delà de ce sage rassemblement, au-delà des alignements de maisons propres et colorées qui l’accueillent, Leesburg, située en grande banlieue de Washington D.C., est le théâtre d’un envahissement qui inquiète ses habitant·es. Celui de centres de données gigantesques aux consommations électriques massives, suivis de leur cortège d’infrastructures d’alimentation géantes. Ces data centers pullulent avec le développement de l’intelligence artificielle (IA) générative, particulièrement énergivore. Pour mieux évaluer les impacts sanitaires et environnementaux de ces constructions, Russett Perry et les associations organisatrices de l’événement demandent une pause dans l’État de Virginie. Un moratoire, à l’image de ceux décidés en juillet dans l’État de New York, ou en août au Texas. Sauf que la Virginie est bien plus concernée par le développement débridé de centres de données qu’aucun autre État américain. Dans le comté de Loudoun, dont l’idyllique Leesburg est le chef-lieu, le long de larges routes rectilignes reliant entre elles les banlieues cossues de la capitale, se situe l’allée des centres de données (Data center alley), le hub historique de la donnée. Là où, attirés par la proximité de Washington D.C., des incitations fiscales, une électricité abondante et l’accès à des câbles internet sous-marins reliant l’Amérique du Nord à l’Europe, les data centers se sont développés dès les années 1990. Et là où, après la mise en ligne fin 2022 de l’agent conversationnel ChatGPT, ces infrastructures se sont mises à bourgeonner à une cadence inégalée. Au premier semestre 2026, la Virginie concentrait environ 400 de ces bâtiments pour une puissance cumulée ayant doublé au cours de la seule année 2025, atteignant 12,3 gigawatts (GW) – pour mémoire, un réacteur nucléaire dispose d’une puissance de l’ordre d’un GW. «C’est totalement inédit et ça menace toutes nos ressources.» Julie Bolthouse, directrice de l’aménagement du territoire au sein du Conseil environnemental du Piedmont (Piedmont environmental council), une association régionale, a pris le relais à la tribune. Figure de proue du mouvement, la jeune femme, en polaire grise et lunettes sur le nez, énumère les sujets mis à mal par la construction extensive de centres de données : qualité de l’air, fiabilité du réseau électrique, coût de l’énergie, eau… «Tout cela pour quoi ?, reprend-elle. Soi-disant pour nos téléphones, soi-disant pour la sécurité nationale. Pourquoi faisons-nous tout cela ? Pour que quelques-uns puissent gagner de l’argent à court terme.» La manifestation fait partie d’une série de «marches pour un moratoire» organisées à travers toute la Virginie en ce mois d’octobre. Elle rassemble ce jour-là des militant·es du Projet climat Loudoun (Loudoun Climate project), de la Fondation foncière de Virginie (Land trust of Virginia) et de Bloquons la liaison nord de la vallée (Block Valley Link North), une toute récente association de voisin·es inquiet·es de la construction d’une immense ligne à haute tension. «En mai, je ne savais rien des data centers. J’ai dû m’informer, ça se passe littéralement dans mon jardin», confie Ashley Warmeling, co-présidente de ce nouveau collectif. Dans l’assistance, un jeune homme avec une casquette verte porte une pancarte «Pas de centres de données, pas de rois» («No data centers, no kings»), en référence aux rassemblements anti-Donald Trump qui ont lieu partout aux États-Unis le même jour. Si les manifestant·es de Leesburg semblent tous pencher côté démocrate, l’opposition aux centres de données transcende en réalité les lignes partisanes et peut impliquer des républicains. «On attend une délégation du Tea Party [un mouvement contestataire d’extrême droite, NDLR] lors de l’une des prochaines marches», confirme, au-dessus de sa table pleine de tracts et d’affiches, Ting Waymouth, la coordinatrice du Réseau d’action climatique de Chesapeake (Chesapeake climate action network). La convergence tient à plusieurs facteurs qui vont du coût de l’électricité aux risques que font peser les centres de données sur la santé des riverain·es. «Mais les questions de propriété privée parlent aussi beaucoup aux électeurs républicains», nous confie Julie Bolthouse après l’événement. Les destructions massives d’emploi, voire la fin de l’humanité, promises par l’intelligence artificielle (IA), n’enthousiasment pas non plus les administré·es virginien·nes, quel que soit leur bord politique. Ces craintes ont ainsi propulsé les data centers dans le jeu des élections législatives de mi-mandat – en août, 40% des campagnes électorales embrassaient sérieusement le sujet, selon le Washington Post. Le 3 novembre prochain, les électeur·ices voteront essentiellement pour renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat : une élection test pour la politique du président Donald Trump, dont la popularité est au plus bas – la guerre qu’il a initiée en Iran ayant provoqué une hausse inégalée des prix du carburant. Mais si les démocrates se prêtent à rêver de remporter les deux chambres, les décisions de suspension de data centers ne se joueront de toute façon pas au niveau fédéral, mais bel et bien au niveau local ou au niveau des États. Où les projets de moratoires ne rencontrent pas toujours l’approbation générale. «Il y a un conflit au sein même des démocrates sur la question des data centers, analyse Julie Bolthouse. Mais celles et ceux qui sont élus au niveau local ne peuvent pas ignorer leurs administrés.» Le dynamisme de certains mouvements citoyens a ainsi permis d’empêcher l’implantation de projets, comme celui de la «Prince William Digital Gateway», une zone technologique de 850 hectares qui devait voir le jour en Virginie. Ces blocages restent toutefois ponctuels face à la tendance générale. «Les obstacles au développement s’accroissent, mais la valeur d’une implantation en Virginie augmente également, notent les analystes de Cushman & Wakefield dans une note. La trajectoire du marché n’a pas changé, pointant vers une expansion continue mais plus cadrée.» Le soleil baisse sur le parc et les militant·es commencent à ranger leurs tracts. «Ce qui est aussi important, c’est que ces centres de données s’accompagnent d’infrastructures secondaires, comme des centrales à gaz, des pipelines, des lignes haute tension», insiste Ting Waymouth. Des infrastructures massives et polluantes, qui, si la bulle de l’IA venait à se dégonfler, pourraient se révéler superflues. «Nous laissant autour du cou, ici, en Virginie, un fardeau d’actifs inutilisables», soupire Julie Bolthouse. Les militant·es se dispersent. Rendez-vous demain, à la prochaine marche. Texte intégral (1877 mots)

Une concentration inédite

«Ça se passe littéralement dans mon jardin»

Un sujet au centre des débats des élections de mi-mandat
Centrales à gaz, pipelines et lignes à haute tension
Esteban Grépinet
Voilà une nouvelle qui ne manque pas de piquant. La commune de Castellar, au nord de Menton (Alpes-Maritimes), a annoncé samedi la découverte d’un porc-épic à crête. L’observation de cette espèce – filmée fin septembre grâce à un piège photographique – est une «première absolue en France», vante la mairie sur ses réseaux sociaux. Présent dans le sud de l’Italie depuis des siècles, ce gros mammifère – une vingtaine de kilogrammes ! – s’est progressivement rapproché de la frontière française ces dernières décennies. «Il s’agit de la première observation certaine en France, confirme Lucas Benaiche, naturaliste indépendant basé dans le sud du pays. On se doutait qu’il arriverait dans ce secteur, car c’est la zone de passage géographique la plus simple pour l’espèce ; mais on ne savait pas où ni quand.» Reconnaissable à ses longs piquants blancs, le porc-épic à crête est un rongeur originaire d’Afrique du Nord et subsaharienne. Sa présence sur le continent européen ne date pas d’hier : «Si les sources bibliographiques mentionnent depuis plusieurs décennies une introduction ancienne par les Romains durant l’Antiquité, certaines sources évoquaient une introduction plus tardive au Moyen-Âge», expliquait Lucas Benaiche le 12 octobre, dans un post publié sur LinkedIn. Longtemps confiné au sud de l’Italie, Hystrix cristata a passé la chaîne de montagne des Apennins à partir des années 1970, s’étendant dans toute la plaine du Pô, de Venise à Milan. La population la plus proche de la frontière française proviendrait cependant d’une deuxième introduction humaine de l’espèce, effectuée depuis la région de Rome. De manière anecdotique, un piquant de l’animal avait été retrouvé échoué sur une plage corse ce printemps. Faute d’études sur le sujet, la dynamique de l’espèce demeure difficile à expliquer. L’effet de la hausse globale des températures sur son expansion reste forcément une hypothèse, souligne Lucas Benaiche : «Son passage des Apennins concorde avec le moment où l’on commence à observer les effets du changement climatique, avec des hivers moins rudes et des ressources alimentaires qui évoluent.» L’établissement d’une véritable population dans le sud-est de la France pourrait prendre plusieurs années – l’animal observé à Castellar étant probablement un individu isolé. «Principalement nocturne, ce mammifère se réfugie en journée dans des terriers ou des cavités. Son régime alimentaire est essentiellement végétarien : il consomme des racines, des tubercules, des écorces et des fruits tombés au sol», documente le site spécialisé Faune France. «À une époque où les nouvelles concernant l’érosion de la biodiversité sont souvent alarmantes, cette arrivée spontanée constitue une excellente nouvelle», salue la mairie de Castellar. Si l’espèce n’est pas connue pour être invasive, les conséquences de son arrivée en France sur les écosystèmes restent encore à étudier. Texte intégral (705 mots)

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