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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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19.06.2026 à 11:00

Un nouveau prédateur arrive en France : le chacal doré prospère là où les loups gris ont disparu

Esteban Grépinet

Texte intégral (1456 mots)
La grande majorité du territoire français est «adaptée» à l’arrivée du chacal doré, selon une étude scientifique. © Martin Steenhaut

Un peu plus grand qu’un renard mais plus ramassé qu’un loup, avec une queue «courte mais très touffue, comme un plumeau». En cette fraîche journée de mars 2018, lorsqu’il aperçoit ce drôle d’animal sur les images capturées par son piège photographique au milieu d’une forêt de Haute-Savoie, le sang de Christophe Gilles ne fait qu’un tour : le chacal doré est passé par là.

Des chasseur·ses du département avaient déjà identifié le canidé pour la première fois en France fin 2017, mais cette observation reste un «gros coup de bol», raconte le naturaliste, qui travaille à France nature environnement (FNE) : «Je suis tombé sur une carcasse toute fraîche de sanglier, j’ai posé le piège photo. Je suis revenu plusieurs semaines de suite et il n’y avait rien, juste un chien, une buse, un renard… Puis, une nuit, alors qu’il ne restait que des os, il est passé.»

Haute-Savoie, 2018. La toute première image en couleur d’un chacal doré en France. © Christophe Gilles

L’arrivée dans l’Hexagone de ce discret prédateur, en pleine expansion partout en Europe, semblait inéluctable. «Il était connu depuis 2015 chez les collègues suisses, ce qui laissait supposer qu’il allait franchir la frontière. Ce n’était qu’une question de temps», retrace Christophe Gilles, qui a suivi l’animal pendant plusieurs années.Depuis 2017, les observations de chacals dorés se multiplient dans tout le pays : Bouches-du-Rhône (2020), Deux-Sèvres (2020), Cher (2022), Finistère (2022) ou, plus récemment, Alpes-de-Haute-Provence.

Une expansion naturelle sur tout le continent européen

L’expansion de ce canidé a toutes les chances de se poursuivre dans les prochaines décennies : plus de 90% du territoire hexagonal est «adapté» à l’installation de ce grand prédateur (et 75% de l’Europe), selon une étude parue le 25 mai dans la revue Nature ecology & evolution.

«La France a un potentiel d’accueil très important dans un futur proche, expose Nathan Ranc, écologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et auteur principal de la publication. Il y a différents niveaux de probabilité : les marais, marais côtiers et zones bocagères ont en général une plus forte capacité d’accueil.» Très adaptable, le chacal doré évite cependant les zones d’altitude enneigées.

Plus la couleur est orange, plus le territoire est adapté à l’installation du chacal doré. © Nature

Le chacal doré peuple depuis plusieurs millénaires une large aire de répartition qui va de l’Asie du Sud-Est aux Balkans en passant par le Moyen-Orient. À partir du 19ème siècle, et plus particulièrement depuis les années 1980, Canis aureus étend son territoire depuis le sud-est de l’Europe : «Nous observons actuellement une colonisation très forte en Europe centrale – en Hongrie, en Slovénie, en Autriche, en Slovaquie… –, avec des individus en dispersion au-delà de ce foyer principal, jusqu’en Norvège et en Espagne», décrit Nathan Ranc. C’est le cas des chacals observés en France, qui sont souvent de jeunes mâles en phase d’émancipation.

«Si le loup tombe sur un chacal, il lui met une raclée.»

Dans leur étude, le scientifique et ses collègues ont analysé près de 9 000 données géographiques collectées dans treize pays européens entre 2001 et 2017. Selon leur modèle, la quasi-éradication du loup gris en Europe au cours du 20ème siècle constitue l’explication majeure de l’expansion du chacal doré, derrière d’autres facteurs comme le changement climatique ou la modification des paysages. «Les chacals sont plus susceptibles d’être présents là où les loups sont absents», résument les auteur·es.

«Si le loup tombe sur un chacal, il lui met une raclée», illustre Christophe Gilles, qui note que le grand prédateur était absent du secteur fréquenté par le chacal doré en Haute-Savoie. «Le loup est la principale contrainte à la présence du chacal doré, mais ce facteur limitant est modulé par les activités humaines, complète Nathan Ranc. Dans les zones de présence importante de loups, les chacals arrivent quand même à occuper le territoire en utilisant un “bouclier humain” [en se rapprochant des zones habitées, NDLR] pour échapper au contrôle des loups.»

Charognes, zones humides et renards

Cette arrivée exceptionnelle en France s’accompagne de nouveaux défis. «L’installation du chacal doré en France pourrait influencer le fonctionnement des écosystèmes concernés», anticipe l’Office français de la biodiversité (OFB), qui suit l’avancée de l’animal sur le territoire. Le canidé pourrait concurrencer le renard roux, avec qui il partage des habitats et des ressources alimentaires similaires.

En France, le chacal doré est pour l’instant considéré comme «gibier non chassable». © Martin Steenhaut

Carnivore opportuniste, le chacal doré se nourrit de proies de petites et moyennes tailles : oiseaux, rongeurs, poissons, reptiles, faons… «A priori, les déprédations sur les animaux d’élevage sont probablement plus faibles que pour le loup, mais il reste une possibilité localement, note Nathan Ranc. Il peut aussi y avoir des questions de prédation sur des espèces d’intérêt cynégétique», qui intéressent le monde de la chasse.

«C’est aussi la manifestation du grand dérèglement de la biodiversité opéré par l’Homme et des persécutions des grands carnivores.»

Le chacal doré est aussi connu pour se nourrir régulièrement de charognes. «C’est un éboueur des écosystèmes, qui permet d’éviter la propagation des maladies des cadavres», salue Christophe Gilles. Une étude menée entre 2004 et 2014 en Serbie a estimé qu’en éliminant ces déchets animaux, les chacals dorés rendent un service équivalent à 500 000 euros par an.

«J’ai du mal à parler de bonne nouvelle, parce que c’est aussi la manifestation du grand dérèglement de la biodiversité et des persécutions des grands carnivores opérés par l’Homme», nuance Nathan Ranc. Protégé dans plusieurs pays européens (Suisse, Italie, Allemagne…), le chacal doré est à ce jour classé en France comme «gibier non chassable». Pour le moment, ses apparitions épisodiques dans les quatre coins du territoire font avant tout le bonheur des passionné·es d’animaux, qui espèrent apercevoir ce «fantôme des bois». De cette découverte de mars 2018, Christophe Gilles garde sa «plus belle émotion naturaliste».

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18.06.2026 à 14:18

Canicules à répétition : sommes-nous condamnés à installer la climatisation partout ?

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (1333 mots)

Moins spectaculaires que les déluges en tout genre, les vagues de chaleur sont pourtant les catastrophes climatiques les plus meurtrières. Quatre des dix événements les plus dramatiques répertoriés dans le monde entre 2004 et 2024 par le World weather attribution (WWA) sont des vagues de chaleur. Dont celles qui se sont abattues sur l’Europe lors des étés 2022 (53 542 morts) et 2023 (37 129 morts). En France hexagonale aussi, «les canicules sont les évènements climatiques extrêmes au fardeau humain le plus élevé», rappelle Santé publique France, qui a comptabilisé quelque 41 700 décès attribuables à la chaleur entre 2014 et 2024.

«Tous les bâtiments étudiés seront inadaptés»

Pourtant, alors que la protection des populations est une question de santé publique, le bâti français se révèle inadapté aux vagues de chaleur toujours plus fréquentes, plus intenses et plus longues. Selon la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre), un logement sur trois est une «bouilloire thermique» : les températures y sont insupportables l’été.

«Le refroidissement de tous les bâtiments deviendra vite indispensable», selon la docteure en énergie Yamina Saheb. © Getty images

Dans une récente étude menée sur différents types de bâtiments à Nîmes (Gard) et à Paris, l’Agence de la transition écologique (Ademe) révèle que «tous les bâtiments étudiés, récents ou anciens, seront inadaptés au changement climatique» qui va s’aggraver. Plus précisément, l’étude «a démontré que, jusqu’à 2050, des mesures d’adaptation (isolation, protections solaires, ventilation, etc.) peuvent assurer un confort satisfaisant pour les climats projetés les moins critiques, retardant le besoin de climatisation. Cependant, à partir de 2050, les évolutions climatiques projetées sont telles que l’action sur l’enveloppe [toits et murs, NDLR] sera insuffisante pour tous les bâtiments étudiés.»

«Généraliser la climatisation individuelle serait un désastre»

«Le refroidissement de tous les bâtiments deviendra vite indispensable. Il faut sortir du déni, on n’y échappera pas», confirme à Vert Yamina Saheb, ingénieure en bâtiment, docteure en énergie et co-autrice du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour autant, «généraliser la climatisation individuelle serait un désastre», prévient-elle.

De nombreuses études citées par le groupe 3 du Giec (sur l’atténuation du changement climatique) confirment que «l’air conditionné peut réduire les risques au niveau individuel, mais est inadapté au niveau sociétal». La raison : «sa forte consommation d’énergie et des rejets de chaleur à l’extérieur, problématique en particulier dans les villes denses».

Sans compter les émissions de gaz à effet de serres associées, qui aggravent encore plus le changement climatique. En France, où 25% des ménages et 40% des surfaces du tertiaire en sont équipés, la climatisation a représenté environ 5% des émissions totales du pays en 2020, selon l’Ademe. Un impact majoritairement lié aux fluides frigorigènes utilisés dans les appareils, dont le pouvoir réchauffant est plusieurs centaines, voire milliers de fois supérieur à celui du CO2.

La clim, un truc de riche ?

En France, 25% des ménages sont équipés d’une climatisation, mais ce taux moyen masque de fortes disparités, rappelle l’Ademe : les habitant·es de maisons individuelles sont 31% à posséder un équipement de climatisation, contre 20% en logement collectif. Et les occupant·es d’appartements utilisent plus souvent des climatiseurs mobiles, nettement moins performants que les autres catégories de climatiseurs. Enfin, 37% des professions libérales, cadres et professions intellectuelles supérieures sont équipées contre seulement 19% des ménages dont la personne de référence est sans emploi ou inactive.

D’abord les solutions «passives»

Pour adapter nos bâtiments au réchauffement climatique, Yamina Saheb rappelle que des solutions dites «passives» (qui ne consomment pas d’énergie) sont amplement mises en avant dans les écrits du Giec.

La renaturation en est une : dans des villes où la climatisation est généralisée, «les maisons ombragées par des arbres en ont une consommation jusqu’à 30% inférieure», pointe une étude citée par le Giec. Grâce à leur ombrage et à l’évapotranspiration, les arbres peuvent faire baisser de six à dix degrés la température environnante. Idem pour les plans d’eau qui captent la chaleur en s’évaporant.

L’adaptation des bâtiments existants en est une autre : outre l’isolation thermique et l’installation systématique de protections solaires (volets, stores, etc.), «les toits végétalisés réduisent significativement la température à la surface des bâtiments», cite le Giec. «Peindre les toits en blanc [pour renvoyer une partie du rayonnement solaire et donc de la chaleur, NDLR] a un impact similaire, sauf qu’ils peuvent rapidement devenir gris avec la poussière et la pollution, perdant ainsi leur efficacité», pointe le rapport.

Des solutions actives, mais performantes

«Ces mesures passives sont indispensables, mais elles ne suffiront pas toujours à abaisser la température à l’intérieur des logements à un niveau confortable pour le corps humain», prévient Yamina Saheb. Elle souligne toutefois qu’il existe des systèmes bien moins problématiques que la climatisation, à l’instar des brasseurs d’air (plafonniers) qui améliorent sensiblement le ressenti des occupant·es pour une consommation d’énergie dérisoire.

L’Ademe liste d’autres systèmes à haute efficacité énergétique et/ou utilisant au maximum les énergies renouvelables : les puits climatiques (puiser l’air froid dans le sol), le rafraîchissement adiabatique (utiliser l’évaporation d’eau pour abaisser la température de l’air ambiant) ou encore les réseaux de froid collectifs (puiser l’eau froide dans un cours d’eau).

Pas n’importe quelle clim

Dans les cas où la climatisation s’impose, l’Ademe invite à la méfiance : «Le risque à se précipiter pour acheter du matériel au moment d’une canicule est d’acquérir un produit peu fiable, peu efficace, gourmand en énergie, qui coûtera cher à l’usage et contribuera à l’effet d’îlot de chaleur urbain.»

Elle alerte notamment sur les climatiseurs mobiles (monoblocs), peu coûteux à l’achat, mais peu puissants, bruyants et très énergivores. «Ces derniers, même bien classés, sont moins performants que des appareils fixes mal notés», souligne l’agence.

Autre point de vigilance, l’étiquette énergie qui permet d’identifier les appareils les plus performants : «La classe A est la moins performante autorisée sur le marché actuellement pour les climatiseurs mobiles. Ce qui induit un biais cognitif, car on pourrait penser a priori qu’un produit classé A possède un bon rendement énergétique.» C’est donc vers un produit classé A+++ qu’il faut se tourner en priorité.

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18.06.2026 à 11:58

«Ils sont pris au piège» : comment aider les sans-abri face à la canicule ?

Zoé Moreau

Texte intégral (1391 mots)
Une personne sans-abri dans Paris lors d’une vague de chaleur en juillet 2025. © Joël Saget/AFP

Ce jeudi marque le début d’un «épisode caniculaire durable» partout sur le territoire métropolitain. Le pic de températures est prévu pour dimanche ou lundi, et «les 40°C pourraient être atteints sur plusieurs régions de l’ouest à la vallée du Rhône, voire en Île-de-France», indique Météo-France. Ces prévisions inquiètent les associations de solidarité, qui appellent à plus de vigilance face aux éventuels malaises. Elles invitent chacun·e à faire don d’objets permettant de protéger les plus vulnérables (voir plus bas).

«On redoute cet épisode, on en a extrêmement peur, même», confie Nathan Lequeux, coordinateur d’Utopia 56, une association française d’aide aux personnes exilées. «36, voire 39 degrés, ce n’est pas du tout la même chose que les 32 degrés atteints au mois de mai», poursuit-il. L’an dernier, 235 décès de personnes sans abri ont été recensés à Paris entre le 23 juin et le 8 juillet, selon l’ONG. «S’il n’y a pas une aide massive dans les jours qui viennent, les plus vulnérables vont mourir», assène-t-il. Jean Stellittano, secrétaire général du Secours populaire des Alpes-Maritimes, abonde : «Cette canicule va nous apporter son lot de morts. Malheureusement, c’est prévisible.»

L’asphalte brûle, le soleil tabasse, la pollution étouffe… Chaque canicule rend un peu plus vulnérables les corps de celles et ceux qui survivent, sur le pavé, sans solution d’hébergement. «Pour les personnes sans abri, il est bien plus difficile de lutter contre le chaud que le froid. En hiver, il y a des distributions de couvertures, de pulls. Mais, en été, on ne peut rien contre la chaleur», rapporte encore Jean Stellittano. 30% des décès de personnes sans domicile surviennent pendant la période estivale, selon Utopia 56 – c’est autant qu’en hiver.

«L’État aura la responsabilité d’absolument chaque mort de la rue»

Déshydratation, hyperthermies, insolations, malaises… Les risques sanitaires sont sévères. «Sans compter l’aggravation des pathologies existantes : ce sont des personnes déjà très fragilisées, qui survivent à la rue», pointe Nathan Lequeux. Jean Stellittano complète : «Certaines personnes ont des maladies incompatibles avec la chaleur – comme le diabète, par exemple.» Et «la conservation de médicaments à température ambiante devient quasi-impossible».

Pour fuir la chaleur, les solutions sont rares. L’été, il y a moins d’accueil de jour pour se réfugier, car les associations interrompent leurs activités. Il y a également «moins de bains-douches», ces douches mises à disposition par l’État mais qui tournent au ralenti pendant l’été, alertent les associations. Rues bétonnées qui retiennent la chaleur, manque de végétation pour s’abriter… «Les personnes sont prises au piège et contraintes d’affronter ces chaleurs», constate Nathan Lequeux.

À Paris, «5 000 personnes n’ont pas d’accès à un espace protégé ni à un accès constant à l’eau», poursuit-il. 262 000 logements libres pourraient servir de refuge, selon un recensement de l’Insee en 2024. «Mais l’État refuse de les réquisitionner, malgré nos alertes», poursuit Nathan Lequeux. Et d’asséner : «L’État aura la responsabilité d’absolument chaque mort de la rue qui se produira.»

Des solutions pour aider les plus vulnérables

Pour aider les personnes sans abri, des solutions existent : donner du matériel à des associations de solidarité, telles qu’Utopia 56. Cette dernière récupère et redistribue casquettes, gourdes, bouteilles d’eau, crème solaire, brumisateurs, sérum physiologique, baumes à lèvres, déodorants, crèmes hydratantes, tongs ou encore gel hydroalcoolique aux personnes qui en ont besoin.

Les points de collecte sont répartis partout en France : Lille, Dunkerque, Calais, Rennes, Tours et Toulouse. Un formulaire à remplir en ligne permet d’avoir plus de détails. Au moment du don, attention toutefois à choisir des objets «adaptés à la survie à la rue», précise l’ONG, ainsi qu’«en bon état» : «propres, secs et utilisables tout de suite».

Donner des vêtements d’été (t-shirts, shorts) est aussi bienvenu. «Avec ces chaleurs, on transpire davantage : nos vêtements sont souillés plus rapidement, on sent mauvais… Ne pas pouvoir se doucher, c’est terrible. C’est l’estime de soi qui se détériore», pointe Jean Stellittano.

Dans la rue, il faut également faire preuve de vigilance. «Il faut que tout le monde essaie de s’autoformer à repérer les malaises et les hyperthermies, insiste Nathan Lequeux. Lorsqu’une personne est couchée par terre, il faut s’assurer qu’elle va bien.» D’autant plus si elle est «allongée en plein soleil. Dans ce cas, il y a de sérieux doutes à avoir», indique-t-il. Ces gestes de prévention «peuvent sauver».

Il est aussi utile de bien connaître les points d’eau à proximité pour orienter une personne qui présente des signes de déshydratation (bouche sèche, vertiges, urines rares). Le site watermap.fr en recense plus de 28 000 partout en France.

Enfin, la meilleure solution reste de rejoindre une association de maraudes, comme le souligne Jean Stellittano : «Les maraudeurs ont de l’expérience, ils connaissent mieux les problématiques des gens sur place.» Et elles et ils sont bien disposé·es à «former les nouveaux !».

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18.06.2026 à 00:01

Urgences saturées, manque de soignants : la chaleur extrême révèle la déroute du système de santé face au changement climatique

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (1699 mots)
Valence (Drôme), le 22 août 2023. Dans les salles de travail et de soins du service oncologie de l’hôpital de Valence, les infirmières ont installé des ventilateurs car leur service n’est pas climatisé. © Nicolas Guyonnet/Hans Lucas via AFP

L’été n’a pas encore débuté que les chaleurs extrêmes sont de retour pour la deuxième fois en moins d’un mois. Ce jeudi, 26 départements de l’Hexagone sont placés par Météo-France en vigilance orange canicule, du bassin parisien à la Franche-Comté en passant par le nord du Massif central. Jusqu’à dimanche au moins, les très fortes chaleurs et les nuits chaudes toucheront une large partie du territoire. «Des pointes à 40°C sont possibles dimanche», prévient l’organisme météorologique. Cette fois-ci l’épisode devrait être encore plus intense qu’en mai et la France n’en sortira pas indemne, prévient l’ONG Oxfam. Elle publie ce jeudi un édifiant rapport qui documente comment «le changement climatique menace notre santé».

Les services d’urgence «très sollicités»

Selon elle, «le changement climatique fait exploser les besoins de soins» et la chaleur est, de loin, le risque le plus impactant : elle n’épargne aucune classe d’âge et fragilise tous les organes, comme l’expliquait à Vert l’épidémiologiste Kévin Jean. Alors que Santé publique France constate d’année en année la hausse de la mortalité liée à la chaleur – plus de 5 700 décès en 2025 –, la Cour des comptes a documenté en 2024 les autres pressions qui pèsent sur le système de santé.

Les services d’urgence sont «très sollicités» dès que la température augmente, juge l’institution. Par exemple, «lorsque la période de canicule est supérieure à trois jours, les passages aux urgences augmentent de 5 à 10% sur toutes les tranches d’âge». Durant l’été 2022 – deuxième plus chaud jamais enregistré en France –, «le nombre de passages aux urgences attribuables aux vagues de chaleur a été estimé à 200 000, ce qui représente 3,4% d’augmentation et un coût supplémentaire pour l’assurance maladie évalué à 54 millions d’euros», chiffre la Cour.

De la même façon, le nombre d’appels téléphoniques au 18 «augmente nettement dès le début des vagues de chaleur (+12% les trois premiers jours, +19% de quatre à six jours). Et le nombre des décès constatés lors des interventions suit la même tendance : +11% les trois premiers jours, +16% entre le quatrième et le sixième, puis +27% au-delà».

Hospitalisations en hausse

En lien avec la surfréquentation des urgences, les hospitalisations sont également en hausse quand le mercure grimpe. La Cour des comptes signale le cas des services de néphrologie et d’urologie (médecine des reins et de l’appareil urinaire), qui enregistrent une flambée des insuffisances rénales aiguës liées à la déshydratation des patient·es. «L’effet de la durée de chaleurs élevées sur le nombre d’admissions est particulièrement fort en néphrologie : +20% entre un et trois jours de vague de chaleur, +40% entre quatre et sept jours, +50% au-delà», écrit la Cour des comptes.

Interrogé par Vert, le pneumologue et allergologue au CHU de Toulouse (Haute-Garonne), Laurent Guillemault, constate lui aussi une hausse de l’activité lors des pics de chaleur. «Ce qui est nouveau, c’est la brutalité de l’asthme, notamment des asthmes d’orage», explique-t-il. Lorsqu’ils arrivent en période de pollinisation, ce qui est de plus en plus souvent le cas avec la hausse des températures, les orages dégradent le pollen en particules minuscules qui pénètrent plus facilement les voies respiratoires. Il mentionne aussi les «feux de forêt aux impacts respiratoires majeurs». En 2022, année des méga-incendies dans les Landes, «les feux de forêt ont émis quatre fois plus de particules fines que tous les poids lourds dans l’Hexagone et en Corse», explique Oxfam, selon qui «les fumées des feux de forêt sont responsables de 2 830 décès par an en France».

L’hôpital en surchauffe

Problème : «Alors que les menaces pour la santé se démultiplient, les capacités de notre système de santé à soigner continuent à reculer», pointe l’ONG. Entre 2000 et 2024, l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), qui définit le budget des hôpitaux publics, a augmenté moins vite que les charges salariales, selon l’Inspection générale des affaires sociales.

Faute de pouvoir investir, l’hôpital se dégrade : en 2024, 59,5% du bâti hospitalier et près de 80% des équipements techniques étaient considérés comme vétustes, selon la Drees (le service statistique ministériel dans les domaines de la santé et du social). Et une immense majorité des établissements ne sont pas climatisés – hors bloc opératoire.

Le résultat, lorsque le mercure grimpe, ne se fait pas attendre : «Quand il fait 35°C dehors, il fait 35°C degrés dedans, témoigne Laurent Guilleminault, du CHU de Toulouse. On consulte dans des conditions qui sont très difficiles. Pour nous c’est compliqué, mais pour les patients c’est pire.» Ces dernières années, la presse s’est fait l’écho de conditions d’accueil insupportables au centre hospitalier de Dax (Landes) ou de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), à l’hôpital de Saint-Genis-Laval (Rhône) ou encore au CHU de Montpellier (Hérault).

À chaque pic de chaleur, le scénario se répète : «On a l’impression de subir les vagues de chaleur plus que de les affronter, témoigne Laurent Guilleminault. Mais vous connaissez la santé financière des hôpitaux, on a appris à faire avec le minimum vital.»

Manque de lits et de soignant·es

En parallèle, le système de santé voit ses capacités d’accueil de plus en plus réduites, alors même que le réchauffement climatique – ainsi que le vieillissement de la population – augmente les besoins. «En 2024, la France avait supprimé un quart des lits d’hôpital qu’elle comptait encore en 2000, pointe Oxfam. Au rythme actuel, elle aura perdu en 2050 un quart des lits d’hôpital qu’elle compte aujourd’hui.»

À rebours de la tendance actuelle, la Cour des comptes estime que 45 000 lits supplémentaires seront nécessaires en 2040 (par rapport à 2019) rien que pour répondre au vieillissement de la population. Elle ne chiffre pas les besoins liés au changement climatique.

Même chose pour les besoins en personnel soignant, qui augmentent bien plus vite que les embauches. «Entre 2013 et 2021, le nombre d’infirmières en emploi a augmenté de 8%. Mais les besoins en soins infirmiers ont augmenté plus rapidement et la couverture des besoins en soins infirmiers a diminué», note ainsi la Drees.

Au rythme actuel, «les besoins en soins infirmiers auront crû de 50% en 2050 par rapport à 2021 rien qu’à cause du vieillissement de la population alors que les effectifs n’auront augmenté que de 37%», calcule le service statistique. Dit autrement, «il faudrait 80 000 infirmières supplémentaires en 2050 par rapport à cette projection pour assurer la même couverture de besoins en soins qu’actuellement».

«On va tout droit dans l’impasse»

En résumé, «les besoins augmentent mais notre capacité à y répondre diminue. Si rien n’est fait, on va tout droit dans l’impasse», prévient Robin Ehl, chargé de plaidoyer à Oxfam et auteur du rapport. Mais «si l’urgence climatique et la crise du système de santé sont liées, leur solution l’est aussi», estime-t-il.

Pour ne pas se contenter de solutions palliatives uniquement centrées sur le système hospitalier, il invite l’État à investir aussi dans les politiques publiques qui bénéficient à la fois à la santé et au climat : c’est le cas notamment des politiques de soutien à la mobilité active (vélo, marche…), de la rénovation des logements ou encore de la lutte contre la pollution de l’air par les transports ou les énergies fossiles.

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