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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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13.01.2026 à 16:23

Iran : entre massacre et révolution sociale.

aplutsoc2

Deux sortes de nouvelles sur la révolution en Iran. L’une, c’est que le black-out, combiné, à l’étranger, au centrage médiatique sur l’héritier Pahlavi et sur les rodomontades interventionnistes de Trump (avec lequel les mollahs disent discuter), une répression démentielle se déchaine. De sources crédibles sur les réseaux sociaux, on envisage 12 000 morts à ce […]
Texte intégral (575 mots)

Deux sortes de nouvelles sur la révolution en Iran.

L’une, c’est que le black-out, combiné, à l’étranger, au centrage médiatique sur l’héritier Pahlavi et sur les rodomontades interventionnistes de Trump (avec lequel les mollahs disent discuter), une répression démentielle se déchaine. De sources crédibles sur les réseaux sociaux, on envisage 12 000 morts à ce jour et l’équivalent d’un coup de force contre le peuple dans tout le pays.

La défaite provisoire de l’insurrection est une possibilité. Elle ne réconciliera pas le peuple qui est opposé à mort à tout l’appareil religieux-policier.

Mais l’autre élément est la libération de fait de plusieurs villes, dans le Kuzistan et le Kurdistan, et, dans le centre industriel d’Arak, l’élection d’un conseil par les ouvriers en grève qui a pris le contrôle de la ville, et dont le communiqué ci-dessous, diffusé par le PC et par d’autres courants, semble tout à fait authentique.

Cela c’est la révolution au niveau de 1979, avec le relais des conseils ouvriers temporairement formés au Nord de l’Irak en 1991, qui revient.

Ces deux aspects – massacre partout, conseils ouvriers et zones libérées – sont contradictoires, mais bien simultanés.

Pourrait faire pencher la balance une vraie mobilisation internationaliste à la base. C’est trop demander ?

— Déclaration des Conseils ouvriers d’Arak

« Aux travailleurs de la province de Markazi, à nos camarades du Khuzestan et à tout le peuple iranien. »

Pendant des décennies, nos revendications de pain ont été accueillies par les balles, et nos revendications de dignité par l’emprisonnement. Mais aujourd’hui, le silence est rompu. Nous, les travailleurs des usines d’Arak, déclarons ce qui suit :

Contrôle des lieux de travail : Désormais, la gestion des usines de fabrication de machines, d’AzarAb et de wagons Pars sera entre les mains de conseils ouvriers élus par les travailleurs. Nous ne reconnaissons plus les dirigeants nommés par le gouvernement ni les syndicats contrôlés par le régime.

Lien avec la terre : Notre grève ne porte plus sur les salaires. Nous appelons les citoyens d’Arak à former des conseils de quartier pour gérer la sécurité et la logistique. Nos usines sont vos protectrices.

Défense des soldats : Nous demandons à nos frères d’armes : ne devenez pas les assassins de vos propres pères. Si vous nous soutenez, nos conseils garantiront votre sécurité et celle de vos familles.

Ultimatum au Régime : Toute tentative d’entrée par la force dans les complexes industriels ou d’arrestation de nos représentants sera considérée comme une déclaration de guerre contre la ville entière. Si une seule goutte de sang ouvrier est versée, les flammes de la rébellion scelleront le pouvoir.

Nous ne sommes pas ici uniquement pour des salaires impayés. Nous sommes ici pour décider de la gestion de cette usine et de ce pays. L’ère des patrons et des mollahs est révolue. Tout le pouvoir aux conseils !

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13.01.2026 à 00:02

Pour des jours heureux, par Ghislaine.

aplutsoc

Sébastien Lecornu a demandé au ministère de l’Intérieur de préparer d’éventuelles élections législatives aux mêmes dates que les municipales, en cas de dissolution. Ce couplage possible des élections municipales et législatives serait une catastrophe pour la démocratie au vu du délai, s’il se réalisait.  Il prendrait de court la gauche et favoriserait un petit chelem du RN […]
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Sébastien Lecornu a demandé au ministère de l’Intérieur de préparer d’éventuelles élections législatives aux mêmes dates que les municipales, en cas de dissolution. Ce couplage possible des élections municipales et législatives serait une catastrophe pour la démocratie au vu du délai, s’il se réalisait. 

Il prendrait de court la gauche et favoriserait un petit chelem du RN dans un premier temps,  municipales et législatives. En attendant le grand chelem avec la présidentielle. 

Dans cet imbroglio électoral prévisible, puisque que la dissolution est possible à tout moment, que  dire de cette gauche qui n’a pas su tirer les leçons de la victoire relative aux législatives anticipées de 2024 et qui ne cesse de mettre en spectacle ses chamailleries et autres pinaillages comme ses divergences. 

Le RN, quant à lui, déjà fortement intégré aux institutions politiques, finalise sa stratégie d’accession au pouvoir, tant local que national. La récupération/absorption d’une grosse partie de la droite et de son électorat nous instruit sur la pertinence, pour le RN, de cette stratégie d’union des droites, menée de longue date, tambour battant. 

Mais que propose en réponse à cette stratégie de conquête du pouvoir par l’extrême droite, la gauche ? Pour l’instant, elle est dans l’incapacité d’avancer une stratégie efficace contre la montée du fascisme 2.0, alors qu’il lui appartient de bien évaluer le moment historique. 

Pourtant, nous ne sommes pas sans bille à gauche et, logiquement, une stratégie de front unique face à la fascisation tant sur le plan national, européen et international devrait être acquise depuis belle lurette. 

Au-delà des éternels anathèmes et des crises passionnelles, la gauche se doit d’œuvrer rapidement à l’unité et prendre conscience que la ligne de démarcation première est l’antifascisme.  Cette ligne transcende largement le clivage traditionnel gauche /droite.

La gauche doit œuvrer à un nouveau programme de la résistance qui ouvre l’espérance de jours heureux aux côtés de toutes les forces républicaines vaillantes. Un nouveau Conseil National de la Résistance 2.0 pour faire face. 

Ghislaine, le 12/01/2026.

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10.01.2026 à 18:56

France : pour une vraie censure, démocratique et sociale !

aplutsoc2

Le chantage gouvernemental et ce qui serait possible contre lui. Vendredi 9 janvier, les services du premier ministre Lecornu et du ministre de l’Intérieur Nunez ont fait savoir à la presse qu’ils examinent l’organisation d’élections législatives en même temps que les élections municipales, prévues les 15 et 22 mars prochains. Il s’agit très ouvertement d’une […]
Texte intégral (2298 mots)

Le chantage gouvernemental et ce qui serait possible contre lui.

Vendredi 9 janvier, les services du premier ministre Lecornu et du ministre de l’Intérieur Nunez ont fait savoir à la presse qu’ils examinent l’organisation d’élections législatives en même temps que les élections municipales, prévues les 15 et 22 mars prochains. Il s’agit très ouvertement d’une menace adressée aux députés à propos du budget 2026, toujours inabouti, et des motions de censure annoncées par le RN d’une part et LFI d’autre part.

Dans la V° République, c’est l’exécutif, même minoritaire et illégitime, qui menace le pouvoir théoriquement législatif. Les députés élus au titre du NFP en 2024 pour empêcher la formation d’un exécutif Macron/Bardella devraient, s’ils agissaient conformément à la démocratie, et pourraient, s’ils en avaient la volonté politique, censurer la poursuite, avec ou sans budget 2026, d’une politique antisociale qui atteint le droit à la santé et prévoit des milliers de suppressions de postes d’enseignants que préfets, ministres et recteurs sont en train de préparer alors qu’elles n’ont pas été votées par l’Assemblée nationale !

Une telle censure, appuyée sur les mouvements sociaux, viserait à renverser l’exécutif en place non pour avoir de nouvelles élections présidentielles, mais pour engager un processus constituant de changement de régime, seule issue démocratique à la crise politique française.

Tenez, d’ailleurs, une occasion de combiner censure et mouvements sociaux serait, par exemple, le 22 janvier prochain, jour de la niche parlementaire de LR qui va proposer que le 1° mai (voir aussi ici) ne soit plus par principe un jour chômé !

Mais en fait, si les directions des formations du NFP s’étaient réparties les rôles pour boucher l’issue, le résultat serait le même : le PS protège le gouvernement Lecornu en grignotant des reculs partiels qui résultent en fait de la poussée sociale de septembre 2025 (décalage/suspension de la réforme des retraites, dislocation du « choc des savoirs » au collège, reculs sur certaines des ponctions visant retraités et malades …), et LFI protège le régime de la V° République en refusant toute autre issue qu’une élection présidentielle pour faire élire Mélenchon et qui aura toutes les chances de faire élire Le Pen ou Bardella. Entre les deux, Ecologistes et PCF font un peu de la politique du PS et un peu de celle de LFI.

C’est uniquement pour cela, en combinaison avec l’attentisme syndical délibéré sur le plan national, que les coups antisociaux se poursuivent, que l’exécutif peut faire chanter l’Assemblée nationale par la menace de dissolution alors que c’est lui que la censure devrait faire partir, et que le RN peut espérer tirer le bénéfice électoral de la crise.

Dans ces conditions, les motions de censure auxquelles Lecornu réagit par le chantage à la dissolution ne sont ni l’une ni l’autre des motions visant à grouper les exploités et les victimes des politiques gouvernementales. Ce sont des motions-diversions, mais la crise politique est telle qu’une diversion peut accidentellement … marcher !

La motion-diversion du RN poussée par Trump et par Steve Bannon.

La première a été annoncée par Jordan Bardella pour le RN, jeudi soir. Ce serait une motion de censure portant sur l’accord de libre-échange UE/Mercosur, auquel Macron a finalement dit s’opposer mais qui, la France étant minoritaire dans les instances de l’UE et Meloni s’étant ralliée au traité pour l’Italie, a été adopté vendredi 9 janvier à la majorité des pays de l’UE e²t pourrait entrer en vigueur sans même attendre sa ratification par le Parlement européen

Nous allons revenir sur le traité UE/Mercosur, mais il faut bien comprendre auparavant dans quel cadre global se place la manœuvre du RN.

Début janvier, le journal allemand Der Spiegel a fait état de fuites américaines selon lesquelles, si l’inéligibilité de Marine Le Pen était confirmée par le tribunal dans le procès en appel qui commence le 13 janvier, les juges français pourraient être sanctionnés par les Etats-Unis.

Et Steve Bannon, principale figure de l’aile du fascisme MAGA de plus en plus réservée sur la politique de Trump, a déclaré le 6 janvier que Marine Le Pen présidente est une nécessité pour tuer l’UE, après le Brexit et la réélection de Trump, alors que Bardella, « le gamin », « le poids plume », n’en serait pas capable (il lui en veut depuis que Bardella s’est enfui d’un rassemblement où Bannon faisait des saluts nazis, et pas pour la première fois, mais il y a là une appréciation intéressante sur les potentiels bonapartistes respectifs de Le Pen et de Bardella).

La motion de censure du RN, prétendant représenter « les agriculteurs », ne vise en rien à défendre la paysannerie, mais vise à relayer l’axe Trump/Poutine contre les Etats européens et contre l’UE, en exploitant l’affaiblissement de Macron et de l’impérialisme français qui, pour la première fois, est humilié dans le cadre de l’UE sur la question de sa politique agricole (la PAC), dont il fut historiquement l’initiateur.

Et LFI, pour ne pas être en reste …

Le lendemain matin, vendredi 9, Mathilde Panot, pour ne pas être en reste, annonçait que LFI allait déposer aussi une motion de censure, similaire à celle du RN en ce qui concerne l’accord UE/Mercosur, renchérissant sur l’ « affaiblissement de la France dans le monde » et, semble-t-il (le texte exact n’est pas encore connu), rajoutant l’exigence de libération de Nicolas Maduro, point sur lequel, après que les représentants LFI n’aient rien dit dans la réunion unitaire tenue sur le Venezuela à Paris le 6 janvier, J.L. Mélenchon a décidé de mener une offensive de division visant notamment Sophie Binet, dirigeante CGT. Parallèlement, et ceci sera peut-être aussi dans la motion, la sortie de la France de l’OTAN est exigée.

A propos du traité UE/Mercosur.

Le traité UE/Mercosur, dans lequel tous les gouvernements français depuis que sa négociation a commencé, c’est-à-dire depuis … l’an 2000 (!!!), sont effectivement impliqués, et que Macron dit rejeter en sachant qu’il n’y peut plus rien, formerait une zone de libre-échange entre l’UE et, en Amérique du Sud, le Brésil et les pays du cône Sud du continent.

Parmi les « agriculteurs », cette catégorie sociologique confuse qui mêle différentes branches, des capitalistes, des petits producteurs, et les ouvriers agricoles que l’on oublie toujours, viticulture et fromagerie en seraient avantagés, céréaliers et vendeurs de viandes bovines et de volaille seraient submergés par la concurrence brésilienne et argentine, et l’industrie allemande en tirerait bénéfice.

Mais les petits producteurs sont menacés aussi bien par le protectionnisme que par le libre-échange, ces deux visages du marché capitaliste : en cas de non-accord les gros céréaliers et gros éleveurs auraient toute facilité pour les écraser, la différence étant qu’en cas d’accord ils y seront plus impérativement obligés !

De plus, le protectionnisme à la Trump n’est pas l’alternative à la « mondialisation », mais sa forme contemporaine : les barrières se diffusent de manière mondialisée. Lula, président du Brésil, présente le traité comme une forme de la « multipolarité » censée unir Amérique du Sud et Europe contre les Etats-Unis de Trump, union qui pourrait d’ailleurs s’étendre à la Russie (et sacrifier l’Ukraine, cette redoutable exportatrice de blé !). Au Brésil aussi, les intérêts des petits, des sans terre et des ouvriers agricoles, ne sont pas ceux des gros, des propriétaires fonciers et des agro-capitalistes.

Les intérêts du prolétariat et des petits producteurs agricoles brésiliens ou français se rejoindraient dans une agriculture visant à nourrir les gens et non à faire des profits par tous les moyens, respectueuse des milieux, organisée de manière à la fois individuelle-familiale et coopérative-collective, telle que la dessinent les programmes de la Confédération paysanne en France ou du Mouvement des Sans Terre au Brésil – base électorale de Lula qui n’en défend pas les intérêts une fois revenu au pouvoir.

Si l’alternative protectionnisme/libre-échange est une fausse alternative et si c’est bien d’ailleurs aux deux en même temps que sont confrontés aujourd’hui les vrais producteurs de nourriture, la revendication de non-ratification de l’accord UE/Mercosur, comme mesure d’urgence, est dans l’immédiat totalement légitime.

Mais ce sont des forces sociales et politiques différentes qui, sous le nom trompeur d’ « agriculteurs », cette catégorie imaginaire, se mobilisent, et il est significatif que, malgré les confusions, les gros tracteurs de quelques 200 patrons petits et moyens de la Coordination rurale – 200 tracteurs c’est voyant mais ce n’est absolument pas un mouvement de masse- aient pu, par la bienveillance du ministre (récemment préfet de Paris) Nunez, aller jusqu’à la tour Eiffel, alors que, deux jours plus tard, ses services ont brutalement arrêtés les porte-paroles de la Confédération paysanne, Thomas Gibert et Stéphane Galais, qui manifestaient aux côtés de l’UD CGT de Paris, de Solidaires, des Soulèvements de la Terre et des étudiants d’Agri-Tech – ils ont depuis été relâchés.

Quand la défense de « la France » conduit à l’alignement sur Poutine et Trump.

La motion de censure annoncée par LFI, ajoutant à une opposition au Mercosur tout aussi confuse que celle du RN et de la Coordination rurale, une protestation contre le déclassement mondial de l’impérialisme français et une défense du régime de Maduro alors que celui-ci cherche à continuer sous forme maduro-trumpiste, fait donc, par son contenu, tout autant le jeu de l’axe Trump/Poutine que la motion de censure du RN !

L’une et l’autre prétendent défendre « la France », c’est-à-dire l’impérialisme français. En opposant sa grandeur perdue à l’UE, et, dans le cas de LFI, aussi à l’OTAN, elles ne font que relayer la pression de Trump et Poutine contre l’Europe. Une politique anti-impérialiste et démocratique, outre qu’elle réclamerait comme première urgence au Venezuela la libération de tous les prisonniers politiques, et non pas le retour au pouvoir de Maduro mais son retour au Venezuela, préparerait surtout l’affrontement avec Trump et les Etats-Unis dans l’Atlantique et sur le Groenland, tout en aidant l’Ukraine. Une mesure anti-impérialiste efficace dans ce cadre serait la reconnaissance immédiate par la France du droit à l’autodétermination de la Kanaky et de tout l’ « outremer » et l’abandon de l’incroyable, couteuse et irréalisable prétention à « posséder » d’immenses Zones Economiques Exclusives dans les océans Pacifique, Indien et Atlantique !

Concernant l’OTAN, le vieux slogan de la « sortie de l’OTAN » fait aujourd’hui le jeu de l’axe impérialiste Trump-Poutine et des secteurs les plus archéo gaulliens de l’impérialisme français. Ce  sont le remplacement de l’OTAN par une alliance défensive des peuples d’Europe, incluant l’Ukraine, ou l’expulsion des Etats-Unis d’une OTAN réformée, qui devraient être à l’ordre-du-jour si l’on veut sérieusement combattre Trump et Poutine.

L’issue.

S’il n’y avait dans la situation politique française que le chantage antidémocratique de Lecornu à la dissolution et ce genre de prétendues « motions de censure », nous irions à un shitstorm (tempête de merde) opposant un bloc bourgeois-bienpensant faisant passer la casse des services publics et de la protection sociale, à une convergence inavouée mais visible entre le RN et LFI au nom de la lutte contre l’UE et Washington.

Mais ces lignes sont écrites alors que les manifestations déferlent aux Etats-Unis et que toute la population iranienne est héroïquement dressée pour renverser la République islamique. Et alors que l’aggravation actuelle de la crise politique française a pour cause profonde, ne l’oublions jamais, la poussée sociale qui a mis en suspension le budget et cassé le totem-tabou de la réforme des retraites.

C’est là qu’est l’issue. Shitstorm il n’y aura pas, tempête sociale et démocratique il y aura !

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10.01.2026 à 17:58

Venezuela : un document syndical.

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Le texte que nous reproduisons, qui date d’aujourd’hui même, provient du Venezuela, et ne provient pas de milieux partageant les analyses que nous produisons par ailleurs sur la situation mondiale et contre le campisme, loin s’en faut, puisqu’il s’agit de la CTUV (Centrale Unitaire des Travailleurs du Venezuela), dont la direction est liée au PC […]
Texte intégral (597 mots)

Le texte que nous reproduisons, qui date d’aujourd’hui même, provient du Venezuela, et ne provient pas de milieux partageant les analyses que nous produisons par ailleurs sur la situation mondiale et contre le campisme, loin s’en faut, puisqu’il s’agit de la CTUV (Centrale Unitaire des Travailleurs du Venezuela), dont la direction est liée au PC vénézuélien et qui est affiliée à la FSM, Fédération Syndicale Mondiale soit-disant « lutte de classe », groupant plusieurs faux syndicats tels que la Chambre du travail des mollahs iraniens ou la centrale officielle biélorusse dont le « camarade syndiqué n°1 » est le premier patron du pays, Loukashenko.

Or, cette centrale vénezuelienne proteste contre le soutien à Maduro de la FSM, parce que, comme un certain nombre d’organisations encore membres de la FSM, il s’agit d’un vrai syndicat. S’ils écrivent ce qu’ils écrivent, c’est qu’ils savent ce dont ils parlent !

En France il est important de faire connaître cette prise de position au moment où, à partir de J.L. Mélenchon d’une part, et de la FSM dans la CGT d’autre part, se déroule une tentative de division des mobilisations déclenchées par le coup de force de Trump – et de division dans la CGT – au motif qu’il faudrait mettre en avant à tout prix la « libération de Maduro » et ne pas critiquer son régime, alors même que ce régime collabore maintenant avec Trump.

Les internationalistes, eux, soutiennent le peuple vénézuélien. Mélenchon soutient, lui « le peuple vénézuelien et ses institutions », c’est-à-dire l’Etat maduriste en train de se rallier à Trump.

Nous exigeons la libération de tous les prisonniers politiques, et non pas le retour de Maduro à la présidence, mais le retour de Maduro au Venezuela : ce n’est pas la même chose !

Et ce que nous préparons dans la mobilisation actuelle pour le Venezuela, c’est la suite, à propos de Cuba, du Groenland, de l’Ukraine et des pays européens que Poutine pourrait attaquer, ainsi que de Taïwan ; nous, nous ferons la guerre des peuples aux impérialismes, et pas la guerre des Poutine et des Maduro contre les peuples, laquelle conduit ces « anti-impérialistes », au final, à rallier … à rallier qui ? Trump et les Etats-Unis !

Dans ce combat pour l’affrontement avec tous les impérialismes, l’explosion d’une organisation menant à bien l’intégration des syndicats à l’Etat et à la police, avec la dissociation des syndicats de classe qui en font encore partie comme au Venezuela, en Inde, en Grèce, et parfois dans la CGT en France, serait une excellente chose pour la classe ouvrière !

Soyons inconditionnellement avec les syndicalistes vénézuéliens, que leur idéologie soit marquée par le stalinisme et le campisme ou non, du moment qu’ils tentent de défendre leur classe envers et contre tout. Salut aux efforts de la CTUV !

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08.01.2026 à 22:32

Venezuela : un appel unitaire en France.

aplutsoc2

Appel des organisations Arguments pour la Lutte Sociale – ATTAC – Collectif Haiti France – Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua – CGT – Confédération Paysanne – CEDETIM/IPAM – CRID- Les Ecologistes – Pour une Ecologie Solidaire et Sociale -Emancipation Tendance Intersyndicale – France Amérique Latine – Fondation Copernic – FSU – L’Après […]
Texte intégral (1285 mots)

Appel des organisations

Arguments pour la Lutte Sociale – ATTAC – Collectif Haiti France – Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua – CGT – Confédération Paysanne – CEDETIM/IPAM – CRID- Les Ecologistes – Pour une Ecologie Solidaire et Sociale -Emancipation Tendance Intersyndicale – France Amérique Latine – Fondation Copernic – FSU – L’Après – LDH – Le mouvement de la Paix – NPA Anticapitaliste – Nos Révolutions – PCF- PS – Réseau Bastille – Le Réseau Coopératif de Gauche Alternative – Solidaires – Solidaires Etudiant.es


Non à l’impérialisme ! Solidarité avec la population du Venezuela !


Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier, les États-Unis d’Amérique ont lancé une opération militaire de grande ampleur sur la capitale du Venezuela, Caracas. Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et sa femme, Cilia Flores, ont été enlevé.es et placé.es en prison à New York. Selon les premières estimations, 78 personnes seraient mortes au cours de l’opération, parmi lesquelles au moins une civile.

Cette agression impérialiste et coloniale ordonnée par Donald Trump viole ouvertement la Charte des Nations unies et la Constitution des USA.

Cette attaque signe le retour du pire de l’impérialisme étatsunien en Amérique latine, s’inscrivant dans
l’inflexion globale vers l’extrême droite.

Les justifications à géométrie variable de « lutte contre le narcoterrorisme » sont contredites par les affirmations de Trump lui-même, qui assume pleinement sa volonté de domination coloniale et d’accaparement des ressources du pays, notamment pétrolières.

Les violations des droits humains et démocratiques perpétrées par le régime de Maduro sont bien réelles, tout comme les effets sur la population des sanctions imposées par les administrations américaines. En revanche, ni le peuple vénézuélien ni les Nations Unies n’ont donné mandat aux États Unis pour intervenir et s’accaparer des ressources du pays. C’est aux populations du Venezuela de décider librement, sans interférences, de leur avenir.

Les évènements du Venezuela, et les nouvelles menaces que fait peser Donald Trump sur la Colombie, Cuba, le Mexique et le Groenland illustrent l’affirmation de la loi du plus fort comme seule norme des relations internationales, dans la pure tradition de l’extrême droite. La réaction d’Emmanuel Macron, ne nommant pas l’agresseur et ne condamnant pas clairement cette violation évidente des principes fondamentaux du droit international, est une faute politique historique et un blanc-seing donné à Donald Trump pour la suite.

De la Palestine à l’Ukraine, en passant par le Soudan et maintenant le Venezuela, les peuples agressés
sont en première ligne de l’autoritarisme et de la fascisation accélérée ayant cours actuellement partout
dans le monde. Face à tous les prédateurs, et à ceux qui laissent faire, le respect du droit des peuples à
l’autodétermination doit être au cœur de nos mobilisations.
Nous appelons à se rassembler partout dans le pays ce samedi 10 janvier pour exiger :

  • l’arrêt immédiat de l’agression militaire des États-Unis, la fin de ses menaces sur les pays de la région
    et le retrait du déploiement de force US dans la Caraïbe ;
  • le respect du droit du peuple vénézuélien à disposer de lui-même. Toute solution politique et
    diplomatique doit se baser sur la souveraineté populaire, la garantie de ses libertés et sur le droit
    international ;
  • la levée des sanctions économiques et la satisfaction des besoins humanitaires des populations ;
  • des sanctions contre les USA et Donald Trump : la fin de l’achat d’armes au complexe militaro
    industriel US.
    Seul le peuple vénézuélien peut et doit décider, en toute souveraineté et sans ingérences, de son propre avenir. Non à l’impérialisme ! Les peuples ne sont pas à vendre !

Commentaire de la rédaction : l’existence de cette position commune est importante. Aplutsoc (Arguments Pour la Lutte Sociale) a pris part aux rencontres qui l’ont permis, dans lesquelles des discussions sont intervenues pour savoir s’il fallait mettre au centre le mot d’ordre de « libération de Nicolas Maduro ». Nous avons dit pour notre part que dans ce cas il fallait mettre au même niveau le mot d’ordre de libération immédiate de tous les prisonniers politiques au Venezuela, dont la vie est menacé, que le régime maduriste sans Maduro maintient, dans l’opacité la plus totale, en détention, et dont Trump ne demande aucunement la libération. Finalement, ni la libération de Maduro, toutefois implicite car son kidnapping est dénoncé, ni celle des prisonniers au Venezuela, n’apparaissent dans le texte.

Il se trouve que suite à sa publication, J.L. Mélenchon, expliquant du même coup par là sa non-signature par LFI, a cité ce texte en l’appelant « déclaration de Sophie Binet » parce qu’il aurait, et donc Sophie Binet aurait, « abandonné l’exigence de libération immédiate du président vénézuelien ». J.L. Mélenchon en l’appelant « président vénézuelien », dénie la réalité, à savoir qu’il a perdu les élections. Il prétend de manière inexacte que le texte unitaire s’opposerait à sa libération (revendication légitime : il n’a pas à être jugé à New York, mais à Caracas si les prisonniers politiques sont libérés et le peuple est réellement libre !). Ne serait-ce pas plutôt parce que lui voudrait que l’on appelle à son RETOUR AU POUVOIR, totalement opposé à la souveraineté du peuple vénézuélien ? Et, pour des raisons qui sont les siennes, celles de LFI et celles du POI, il fait de cette position qu’il interprète de façon inexacte une position non pas unitaire, à l’exception de LFI et de quelques autres, mais de la seule CGT ou, pire, de la seule Sophie Binet !

Qui donc voudrait que la CGT ne puisse dénoncer « De la Palestine à l’Ukraine en passant par le Soudan et maintenant le Venezuela », « la fascisation actuellement partout dans le monde » -c’est-à-dire l’Axe Trump/Poutine ! – et être aux cotés de TOUS les peuples, condition de l’efficacité pour être aux côtés du peuple vénézuélien ?

Manifestons le samedi 10, dans toute la France, non pas pour le retour au pouvoir de Maduro, mais contre TOUTES les agressions impérialistes !

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08.01.2026 à 16:25

La signification mondiale des manifestations démocratiques aux Etats-Unis suite au dernier crime de ICE. VP.

aplutsoc2

Hier, mercredi 7 janvier, le DHS, (Department of Home Security, Département de la Sureté Intérieure des Etats-Unis), a organisé la « plus grande opération » de ICE (Immigration and Customs Enforcement), consistant à lâcher 2000 agents armés et masqués sur les villes de Minneapolis et Saint-Paul. Les nervis de l’armée raciste et trumpiste qu’est ICE ont assassiné […]
Texte intégral (2053 mots)

Hier, mercredi 7 janvier, le DHS, (Department of Home Security, Département de la Sureté Intérieure des Etats-Unis), a organisé la « plus grande opération » de ICE (Immigration and Customs Enforcement), consistant à lâcher 2000 agents armés et masqués sur les villes de Minneapolis et Saint-Paul. Les nervis de l’armée raciste et trumpiste qu’est ICE ont assassiné une femme au volant de sa voiture, qui tentait de faire demi-tour quand ils ont surgi, en lui tirant dessus à travers le pare-brise.

Comme lors de l’assassinat raciste de Georges Floyd, en 2020, à Minneapolis aussi, qui avait déclenché la vague de manifestations à l’origine de la défaite électorale de Trump cette année-là, tout est filmé et la vidéo circule partout. On sait maintenant que la victime, Renée Nicole Good, était une femme – blanche- de 37 ans, maman d’un petit garçon de 6 ans qu’elle allait chercher à l’école, dont le papa était décédé, qui vivait avec une compagne qui a assisté au meurtre, et qu’elle était active dans la « community » du quartier et à ce titre effectuait une surveillance sur les opérations de ICE dans sa rue. Elle publiait également des poèmes.

Tout est filmé, y compris les cris de sa compagne et les insultes des nervis de ICE empêchant par la force un médecin d’intervenir.

Ce n’est pas le premier meurtre de ICE, mais probablement le 9° en quatre mois. Mais la publicité totale de celui-ci et le contexte politique local – Minneapolis est une ville « démocrate », avec un syndicalisme présent – ainsi que la situation générale, 4 jours après le coup de force sur le Venezuela, donnent à cet odieux assassinat un relief particulier.

Immédiatement, des manifestations spontanées, massives, ont éclaté dans tous les Etats-Unis, et les réseaux No Kings se sont mobilisés.

Mais immédiatement aussi, le DHS, sa cheffe Christie Noem depuis le Texas en arborant un costume de cow-boy, et, avec sa vulgarité habituelle, Donald Trump lui-même, ont présenté un récit mensonger doublé d’une innovation langagière : Renée Nicole Good était selon eux une « terroriste domestique ». Ainsi aux « terroristes étrangers » et aux « gauchistes radicaux », s’ajoute cette catégorie universelle : les « terroristes domestiques ». C’est très simple : vous êtes chez vous, ou devant chez vous, et ICE vient vous tuer, et ce meurtre est la preuve que vous étiez une ou un « terroriste domestique ».

Le maire de Saint-Paul (le meurtre a eu lieu à la limite de Minneapolis et Saint-Paul, côté Saint-Paul), Jacob Frey, a exigé que ICE « foute le camp de notre ville ». Mais attention : dès le tout premier communiqué local du DHS, qualifiant leur victime de terroriste, les nervis ont écrit que ce « terrorisme » est « la conséquence de la diabolisation de nos agents par les politiciens des villes sanctuaires » (une « ville sanctuaire » accueille des migrants). Ainsi, ils désignent non seulement n’importe qui comme « terroriste domestique », mais ils accusent les élus démocrates de terrorisme.

A l’aune des discours et des actes de guerre civile et de terreur du pouvoir trumpien, les réactions démocrates sont du pipi de chat car aucun de ces élus, au-delà des discours, n’a entrepris de mettre en œuvre ce dont des millions de femmes et d’hommes ont besoin : l’autodéfense organisée armée, qui, sans aucun doute, serait victorieuse, car c’est la majorité qui ainsi se défendrait.

Ces évènements sont, d’un point de vue mondial, nous disons bien mondial, centraux. L’affrontement principal se déroule aux Etats-Unis mais la résistance ukrainienne, le soulèvement iranien, et la solidarité internationale, vont dans le même sens : celui de la lutte pour résister et pour renverser les tyrans.

Que quelques jours à peine après le coup de force au Venezuela cette nouvelle étape de l’affrontement social et démocratique aux Etats-Unis s’engage est le fait central.

Précisons bien une chose par rapport aux réflexes et commentaires gauchistes habituels, pour qui toute l’opposition à Trump serait marquée par la trouille et la tendance à capituler des chefs Démocrates, et pour qui ce mouvement ne serait pas « révolutionnaire » : il l’est. Il est révolutionnaire, précisément parce qu’il n’a pas de rhétorique « révolutionnaire » héritée du XX° siècle et de ses mensonges staliniens et caudillistes, mais qu’il est pleinement démocratique et même constitutionnel. Là réside son contenu politique et donc social révolutionnaire. La démocratie est la ligne de classe, la ligne de cassure et de bascule sociale autour de laquelle se nouent les affrontements, de l’Ukraine et de la Cisjordanie à Minneapolis en passant par l’Iran.

Les trumpiens l’ont compris à leur façon qui ne prétendent plus du tout restaurer la démocratie dans leurs interventions militaires, et qui se préparent des lendemains difficiles au Venezuela en misant tout sur Delcy Rodriguez et le chavo-madurisme dictatorial et corrompu dont ils veulent faire leur pantin. Pour l’instant, la mainmise simple et directe sur le pétrole n’a pas eu lieu, et encore moins l’élimination du narcotrafic dont tout indique qu’en fait Trump entend non pas l’éradiquer, mais prendre part à ses bénéfices. Car les tyrans fascistes 2.0 sont aussi, bien entendu, des bandits.

L’explosion de protestations démocratiques aux Etats-Unis est aussi le facteur n°1 qui rend difficile la mainmise sur le Groenland, bien avant les réactions apeurées des chefs d’Etat européens. Au Groenland, se construit un sentiment national intégrant la conscience Inuit et y associant les habitants d’origine européenne. L’appel de la chanteuse islandaise Björk à l’indépendance, contre Trump, se situe dans ce cadre et indique quelles évolutions se déroulent dans la conscience collective des pays scandinaves, menacés en même temps par la Russie.

Les arraisonnements par l’armée US de deux bateaux des « flottes fantômes » pétrolières russes en provenance du Venezuela, ainsi que les menaces d’intervention en Iran, peuvent sembler périlleuses pour la Russie. Mais sur l’essentiel – l’Ukraine – Trump aide Poutine. La pression sur la Russie vise à la détacher de la Chine, qui n’a pu réagir à la mise en cause de ses intérêts au Venezuela et qui les voit menacés en Iran.

En Iran, c’est le soulèvement populaire qui est le moteur, et c’est la crainte de la révolution qui suscite les menaces d’intervention US visant à prendre les devants. Des dizaines de manifestants tués n’ont pas stoppé la montée du mouvement marqué ce jour par la libération de plusieurs villes du Sud-Ouest (Nord du Khûzistân) et par la grève générale kurde. L’effondrement de la République islamique ébranlerait tous les tyrans et les hégémons, Trump compris.

Nous avons donc, depuis quelques jours, une combinaison entre l’accentuation de l’affrontement aux Etats-Unis et la fuite en avant de la bande de Mar-a-Lago dans des interventions extérieures : Nigéria, Venezuela, menaces sur Cuba, la Colombie, le Groenland, l’Iran, pression pour que l’Ukraine capitule (ça, ce n’est pas nouveau) et pour séparer la Russie de la Chine (qui ont peu de chances d’aboutir).

Répétons-le, c’est le climat intérieur aux Etats-Unis qui constitue le principal facteur rendant difficile une OPA armée sur le Groenland, rejetée massivement aux Etats-Unis comme au Canada. Le sens de la pression contre le Groenland, c’est l’asservissement de l’Europe. Comme la première ministre social-démocrate du Danemark l’a déclaré, une agression du Groenland serait la mort de l’OTAN. Mais la bande trumpiste mise sur le désarroi, les divisions et les complicités européennes. OTAN et UE seraient cassés en tant qu’institutions ayant tant soi peu de sens et d’efficacité, et Poutine pourrait intervenir en Arctique et en Baltique. Si l’on prend en considération ces paramètres-là, de nouvelles provocations armées visant l’Europe sont logiques et vraisemblables.

Une « anecdote » de réseaux sociaux montre d’ailleurs comment le régime russe, pourtant sans doute brusqué par certaines opérations US, entend en profiter. Un « même » circule depuis des jours, censé représenter le partage du monde selon Trump. Il y a trois zones : « Me » (moi) en Amérique, Poutine en Russie, Europe et Afrique occidentale, Xi en Asie-Pacifique. Exit l’Europe (et le Canada), exit l’Inde, exit le Japon, exit l’Amérique latine. Mais il s’avère que cette carte, censée se moquer de Trump et exhiber l’impuissance européenne, a pour auteur Kyrill Dmitriev, proche de Poutine, président du principal fond souverain russe, partenaire de Musk dans le projet invraisemblable de pont-tunnel dans le détroit de Behring, actif en politique étrangère. Il a fait un découpage « à la hache » sur la mappemonde, mais pas n’importe comment : toute l’Europe est dans la zone russe, y compris l’Europe nord-atlantique (Royaume-Uni, Scandinavie sauf l’Islande en toute limite). Cette carte revendique l’Europe si la Russie doit perdre Caracas, la Havane et quelques autres points d’ancrage !

Mais la mobilisation démocratique du peuple américain, la perspective de la révolution iranienne , la résistance ukrainienne, sont au moment présent les trois points chauds qui ont l’entière capacité de faire entièrement trébucher les plans concurrents d’asservissement du monde, et qui triompheront si les peuples de toute l’Europe, à l’image de la résistance ukrainienne et de la jeunesse serbe, entrent dans la danse. Soyons clairs : ils y seront, de toute façon, contraints.

VP, le 08/01/26.

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07.01.2026 à 15:18

Venezuela : l’analyse concrète des situations concrètes, c’est dire ce qui est. Et ce qui est, c’est le maduro-trupisme sous le nom de Delcy Rodriguez !

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Le coup de force impérialo-trumpiste avec le kidnapping de Maduro et son épouse ont évidemment activé, de manière pavlovienne, les réflexes conditionnés par le XX° siècle, le stalinisme et le campisme : « c’est pour le pétrole ! c’est comme en Irak ! c’est l’impérialisme (US, forcément toujours et rien, qu’US) et c’est le sionisme », etc. […]
Texte intégral (5289 mots)

Le coup de force impérialo-trumpiste avec le kidnapping de Maduro et son épouse ont évidemment activé, de manière pavlovienne, les réflexes conditionnés par le XX° siècle, le stalinisme et le campisme : « c’est pour le pétrole ! c’est comme en Irak ! c’est l’impérialisme (US, forcément toujours et rien, qu’US) et c’est le sionisme », etc.

Nulle compréhension dans ce concert, qui a pour fonction de désarmer la résistance et la contre-attaque des prolétariats, de cette réalité concrète évidente qui se fait jour : Trump a maintenu le régime maduriste sans Maduro, avec des complicités dans l’Etat et dans l’armée, et l’aile dirigeante du parti au pouvoir, de la boli-bourgeoisie rentière et de l’armée, entend garder le contrôle du pays et réprimer en coopérant avec lui. C’est avant tout un enjeu de pouvoir visant à partager le monde avec Poutine et Xi – et, dans ce cas précis, l’accord du premier, qui a sauvé ses mercenaires russes et permis le sacrifice de la garde cubaine censée protéger Maduro, annonçant ce qu’il fera si Cuba est attaqué – , une attaque contre-révolutionnaire et anti-démocratique contre les peuples du monde entier, dont le peuple étatsunien. Le pétrole n’est pas au centre de cette affaire : Chevron l’achetait déjà et sa cotation se faisait déjà à Wall Street, tout au plus les firmes copines de Trump, sa propre mafia immobilière incluse, iront moderniser les installations si toutefois Delcy Rodriguez parvient à « stabiliser » et réprimer.

On ne peut pas soutenir le peuple vénézuélien en défendant le vieil ordre impérialiste contre le nouveau, celui du partage et de la guerre contre les peuples.

Dans cet esprit, Aplutsoc diffuse ci-dessous trois textes qui nous sont parvenus, qui peuvent comporter des nuances et des appréciations différentes entre eux et avec notre préambule, mais qui ont en commun de réfléchir sérieusement : l’analyse concrète des situations concrètes (comme disait Lénine … ), c’est d’abord dire ce qui est, et l’on ne saurait dire ce qui est si l’on ne saisi par le nouveau et si l’on ne fait que chercher dans ce qui se passe la répétition d’un bréviaire.

Le premier texte est une contribution de Paolo Stefanoni, journaliste connu sur l’Amérique indo-afro-latine, largement diffusée sur les réseaux sociaux, traduite ici du castillan par Marx Saint-Upéry. Il rapproche la chute de Maduro et la fin du chavisme, dernière tentative de révolution sous l’égide d’un Chef, de la chute du Mur de Berlin pour la gauche latino-américaine. Nous faisons précéder le second texte de sa présentation par Marc Saint-Upéry. Ces deux premiers textes nous ont été communiqué par notre camarade Fabrice Andréani.

Le troisième texte, qui circule sur les réseaux sociaux, est d’un militant libertaire vénézuelien, défenseur des droits humains, Rafael Leonardo Uzcátegui, qui permet d’approfondir le caractère non seulement de coup de force de Trump, mais aussi de coup d’Etat interne au pouvoir « bolivarien », de ce qui vient de se passer.

Un mur de Berlin pour la gauche latino-américaine ?

Le discrédit de Maduro est tel qu’il paralyse partout les actions contre la plus grave intervention impérialiste de ces derniers temps

En août 2024, après les élections vénézuéliennes, je concluais ainsi un article publié dans ce même journal : « Les images de la répression au Venezuela – et d’un gouvernement qui se barricade sans même vouloir montrer les procès-verbaux de sa prétendue victoire – constituent un cadeau inestimable pour les réactionnaires de tous bords. Un « socialisme » associé à la répression, aux pénuries quotidiennes et au cynisme idéologique ne semble pas être la meilleure base pour « make progressism great again», si l’on peut dire. J’y soulignais que « si, par le passé, le chavisme était un atout – matériel et symbolique – pour les gauches régionales, depuis le milieu des années 2010, il est devenu de plus en plus un fardeau ».

Pour une gauche qui croyait devoir affronter encore bien des années de désarroi politique, le chavisme est tombé du ciel comme un miracle. Après la chute du mur de Berlin, et en plein règne de la « pensée unique » néolibérale, qu’un président latino-américain parle de socialisme était quelque chose d’inattendu. Chávez était capable de citer le livre Bolchevisme : le chemin vers la révolution, du marxiste britannique Alan Woods – sur l’importance du « parti révolutionnaire » – et d’en lire des extraits à la télévision. Ou bien d’inviter des penseurs de gauche à discuter de leurs visions du changement social à Caracas. En bref, Chávez rouvrait le débat sur le socialisme alors que celui-ci semblait clos.

Diverses initiatives de « pouvoir populaire » semblaient donner corps à cette révolution – Fidel Castro avait enfin trouvé à qui passer le flambeau. L’Amérique latine était à nouveau le territoire de l’utopie, et un tourisme révolutionnaire bigarré débarqua à Caracas et dans ses quartiers les plus combatifs, comme l’emblématique 23 de Enero.

Mais sous ce manteau de radicalité, une élite s’est rapidement formée, qui s’est servie de l’État comme source d’enrichissement personnel et de pillage des ressources nationales, y compris pétrolières. Les services publics que la révolution bolivarienne était censée garantir se sont rapidement dégradés ou ont donné lieu dès le départ à des expériences faillies. Le « pouvoir populaire » dissimulait une caste bureaucratique et autoritaire qui contrôlait le pouvoir réel et un État qui rendait inutilisable tout ce qu’il nationalisait.

Les célèbres « missions » de santé organisées par Cuba, aujourd’hui exsangues ou évaporées, étaient en réalité des opérations de commandos de médecine primaire dont l’essor fut parallèle à la destruction du système de santé publique. Paradoxe d’un « socialisme » qui a démantelé les formes d’État-providence, modestes mais bien réelles, qui existaient avant Chávez au Venezuela et les a remplacées par des initiatives erratiques financées par les ressources pétrolières [NdMSU : et rongées par la corruption et les détournements de fonds].

Tout cela s’est aggravé après la mort de Chávez. Une partie de la gauche – à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela – a alors cherché des excuses en attribuant tous les maux au « madurisme », qui s’était écarté de la voie tracée par Chávez : le « chavisme non maduriste ». Avec l’aggravation des crises successives, après la période de prospérité pétrolière, l’énergie de la population s’est concentrée sur la recherche de solutions de fortune aux problèmes du quotidien. Cette quête de réponses individuelles à une vie quotidienne devenue impossible a trouvé son expression la plus dramatique dans l’un des plus grands — voire le plus grand — exode migratoire d’Amérique latine. [NdMSU : plus ou moins à égalité avec la migration des Syriens, qui eux fuyaient un état de guerre]

Pendant ce temps, le régime s’éloignait de plus en plus de sa base de légitimité électorale, qui avait pourtant été l’un des moteurs du chavisme. Un populisme sans peuple remplaçait le « peuple de Chávez ». On pouvait voir partout sur les murs des villes vénézuéliennes le dessein stylisée des « yeux de Chávez » – en tant que commandant éternel –, mais ce regard vigilant était de plus en plus invisibles pour l’homme de la rue. Comme cela s’était jadis passé avec le « socialisme réel », les mots avaient perdu leur sens.

Une fois de plus, comme hier à Cuba, la source de la légitimité politique n’était plus les conquêtes sociales, mais la résistance à l’« encerclement impérialiste » (qui avait certes une part de réalité). Le fait que le Venezuela soit une puissance pétrolière a également alimenté la suspicion que l’Empire cherchait à « voler » son pétrole – une idée quelque peu simpliste que Donald Trump cherche aujourd’hui à relancer, même si les entreprises pétrolières étatsuniennes semblent faire preuve d’une certain scepticisme à cet égard.

L’épopée de la résistance a remplacé celle de la construction d’un modèle politiquement démocratique et économiquement viable. Comme l’écrit le philosophe cubain Wilder Pérez Varona à propos de son propre pays, le lexique de la Révolution – souveraineté, peuple, égalité, justice sociale – a cessé de fonctionner comme une grammaire commune et comme un horizon de sens capable d’organiser l’expérience sociale. Le revers de la médaille , c’est une répression croissante, avec la participation active du redoutable et redouté Service bolivarien de renseignement national (SEBIN), qui jouit du pouvoir d’incarcérer quiconque sans le moindre respect des droits humains. [NdMSU : et Caracas est aujourd’hui la capitale de la torture politique en Amérique latine]

Le Venezuela s’est alors transformé en puissant outil de propagande pour la droite. Les médias internationaux en sont venus à se focaliser sur ce pays des Caraïbes par rapport à d’autres régimes autoritaires : le Venezuela faisait vendre. Puis, l’émigration massive a fait du débat sur le chavisme un sujet d’actualité nationale dans divers pays. L’énorme quantité de Vénézuéliens répandus à travers le monde incarnaient un témoignage militant beaucoup plus puissant que celui de Corina Machado ou de ses prédécesseurs dans les forums de la droite – et de l’extrême droite – mondiale. Chaque émigrant vénézuélien était un témoignage de l’échec du système.

En général – et avec bien sûr quelques exceptions –, la gauche latino-américaine n’a su trouver ni le langage ni le cadre théorique lui permettant de mettre en question les dérives du régime bolivarien, pas plus qu’elle n’a su se forger une place dans le débat public à ce sujet, même si elle a souvent pris silencieusement ses distances du Venezuela. Dans les débats domestiques des divers pays, critiquer le chavisme semblait revenir à se rallier à la droite, ce qui n’aidait pas à définir un « lieu d’énonciation » adéquat. (Il en va pour bonne part de même pour ce qui est de l’invasion russe de l’Ukraine).

Au jour d’aujourd’hui, le résultat est catastrophique. On assiste à une espèce de chute du mur de Berlin pour les gauches latino-américaines – et aussi pour celles de certains pays d’Europe. Le discrédit de Maduro est tel qu’il paralyse partout les actions contre la plus grave intervention impérialiste de ces derniers temps, qui reste impunie.    

La Maison Blanche a clairement indiqué qu’elle mettait en œuvre le « corollaire Trump » de la doctrine Monroe, pourtant déclarée caduque par le secrétaire d’État John Kerry en 2013. Cette doctrine, conçue contre l’intervention des puissances extra-continentales à la fin des luttes pour l’indépendance, allait finir par justifier, comme l’explique le politiste brésilien Reginaldo Nasser, l’ingérence pure et simple de Washington dans les affaires intérieures de ses voisins face à toute menace ou prétendue menace contre la sécurité des États-Unis.

Le « corollaire Trump » sert aujourd’hui à défendre de manière éhontée les intérêts étatsuniens et à renforcer les forces d’extrême droite dans la région. Contrairement aux néoconservateurs de l’ère Bush, Trump ne parle plus de démocratie et de droits de l’homme pour justifier ses interventions. Il n’y a aucune hypocrisie dans ses discours, c’est un impérialisme à l’état pur qui se permet de kidnapper Maduro, d’aspirer à voler le Groenland au Danemark, ou de dire que les États-Unis géreront le Venezuela jusqu’à ce qu’il y ait une transition acceptable pour Washington, faisant place libre aux compagnies pétrolières gringas.

De fait, pourquoi un « lumpencapitaliste » aux velléités autocratiques dans son propre pays, qui méprise et sabote l’ordre multilatéral, prétendrait-il instaurer la démocratie au-delà de ses frontières ? Sa politique bénéficient du soutien de la galaxie des extrêmes droites régionales, qui considèrent Trump, à bien des égards, comme « leur » président. La voix la plus audible de ce chœur est celle de l’Argentin Javier Milei, qui s’émeut presque jusqu’aux larmes chaque fois qu’il narre ses rencontres avec le magnat new-yorkais.

L’héritage toxique de Maduro disqualifie aujourd’hui les actions anti-impérialistes et, tout comme lors de la chute du mur de Berlin, les débris de cet effondrement tombent aussi bien sur ceux qui ont critiqué Maduro que sur ceux qui l’ont soutenu. Les crises de type catastrophique ne tiennent pas compte des nuances : elles font basculer le pendule à l’extrême opposé. Aujourd’hui, cet extrême est la vague réactionnaire qui déferle sur la région et qui définit le difficile nouveau champ de bataille politique sur lequel doivent agir les forces démocratiques de gauche, affaiblies mais toutefois pas vaincues.

Pablo Stefanoni.

Présentation d’Andrès Izarra par Marc Saint-Upéry.

Voilà comment se présente l’auteur de ce texte, Andrés Izarra:
« Opérateur de médias et de canaux d’influence. Ancien ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela. Fondateur et président de Telesur sous le gouvernement d’Hugo Chávez. Exilé par Maduro. Il connaît le système de l’intérieur : ses opérateurs, ses motivations, ses limites. Cette expérience éclaire son analyse, mais ne la détermine pas. Il n’y a pas chez lui de loyauté résiduelle ni de 
wishful thinking.”
Ayant été ministre de Chavez et de Maduro et ayant abandonné cette barque militaro-mafieuse à la dérive (comme des dizaines d’autres anciens ministres et hauts-fonctionnaires), Izarra n’est certainement pas un petit saint, mais je sais qu’il est très bien informé, et son analyse vaut largement le détour et tranche avec les approximations vaseuses et les imprécations analphabètes de la plupart des philochavistes et antichavistes.

J’ai quelques micro-désaccords secondaires avec certaines affirmation de son texte, et il est sans doute par ailleurs un peu elliptique et allusif pour qui ne connait pas bien le Venezuela et l’Amérique latine, mais il y a aussi des formules synthétiques extrêmement fortes et éclairantes qui résument avec vigueur la situation.
J’essaierai de revenir avec des documents ad hoc, sur ce que veut dire exactement Izarra lorsqu’il parle de “négociation » et de “trahison » parfaitement exécutées.
(Encore une fois, faites amplement circuler, surtout si vous avez encore des lou ravis méluchocompatibles et des néo-bolcheviks en peau de lapin parmi vos connaissances)

Le changement de régime parfait : quand capturer vaut mieux que détruire.

5 janvier 2026

Au petit matin du 3 janvier, Donald Trump a fait ce que beaucoup d’entre nous pensaient impossible de faire sans payer le prix fort : un changement de régime au Venezuela.

Des hélicoptères Chinook transportant des forces Delta ont pénétré dans Caracas, ont enlevé Maduro et l’ont déposé quelques heures plus tard dans une cellule à Brooklyn. Le 5 janvier, il a été présenté devant un juge fédéral sous l’accusation de narcoterrorisme.

Une perfection plus que suspicieuse

Pour capturer Noriega en 1989, les États-Unis ont dû raser El Chorrillo et tuer des milliers de personnes. L’opération a duré près d’un mois.

Où était l’armée « chaviste » ? Les collectifs armés ? La milice bolivarienne ? Les roquettes russes ? La « guerre populaire prolongée » qu’ils promettaient ?

« Le plus facile [pour les Yankees] ne se ra pas d’entrer mais de sortir », se vantaient les chaises. Ils sont entrés, ils sont sortis et ils ont emporté leur proie sans la moindre résistance.

L’histoire devra résoudre les détails de la négociation qui a ouvert à Maduro et à sa femme les portes d’une prison fédérale de haute sécurité aux États-Unis .

Le succès tactique n’est pas seulement celui des forces spéciales américaines. Il est aussi celui d’une trahison parfaitement exécutée.

La victoire stratégique

Cette opération redéfinit le « changement de régime » pour le XXIe siècle, à la lumière des bourbiers irakiens et afghans.

Son triomphe stratégique est d’avoir réussi à prendre le contrôle effectif du Venezuela sans payer le prix de la « reconstruction nationale ». Il n’y a pas de reconstruction institutionnelle, pas de désarmement des milices, pas de création de nouvelles forces de sécurité. Il n’y a pas d’occupation avec cent mille soldats pendant une décennie. Il n’y a pas d’insurrection, pas de vide du pouvoir, pas de chaos à gérer.

Trump l’a dit sans détour : il s’agit de s’emparer des ressources, à commencer par le pétrole. La démocratie peut attendre.

Ce que Trump met en œuvre aujourd’hui, avec la collaboration enthousiaste des Rodríguez [frère et soeur], n’est pas une libération : c’est une appropriation néocoloniale. Il s’arroge, par la force pure, le droit de gouverner le pays. De décider qui commande et qui ne commande pas. D’ouvrir le sous-sol vénézuélien à ses compagnies pétrolières. De gérer un pays de 31 millions d’habitants comme s’il s’agissait d’une concession.

S’il s’agissait d’une transition démocratique, si Delcy était le pont temporaire que certains imaginent, il y aurait des élections dans quelques mois, et non une période d’adaptation à l’occupation pétrolière étatsunienne.

Le changement de régime n’avait pas pour but la démocratie vénézuélienne.

Son but est le contrôle étatsunien.

Ce n’est pas Balaguer

On dit que Delcy serait une Balaguer [successeur du dictateur dominicain Trujillo en 1966] : la continuatrice qui prépare la transition démocratique.

Ce n’est pas le cas.

Trujillo avait construit un régime personnalisé, il incarnait l’État. Quand il a été assassiné, le vide était inévitable. Balaguer a servi de tampon pendant que la transition s’organisait.

Le madurisme est autre chose. Ce n’est pas un régime personnalisé, mais patrimonial : un réseau de militaires, de bureaucrates et d’hommes d’affaires qui s’est emparé de l’État pour le gérer comme un butin.

Un régime ne se définit pas par les noms de ceux qui le composent, ni par sa rhétorique. Il se définit par le fonctionnement du pouvoir : à qui il doit allégeance, sous quelle pression il opère, quelles sont les limites de ce qu’il peut faire ou dire.

Pendant des années, le madurisme s’est légitimé, du moins dans son discours, par sa « résistance » aux États-Unis. Les gouvernants bolivariens pouvaient être corrompus, autoritaires ou incompétents, mais ils étaient « anti-impérialistes ». Cette fiction leur conférait une cohésion interne et un soutien politique.

Cette fiction a pris fin.

Aujourd’hui, Delcy Rodríguez est là où elle est parce que Trump l’y a mise. Elle doit son poste à Washington. Elle peut répéter des slogans, maintenir le cabinet, invoquer Chávez, voire mener la campagne « Free Maduro ». Mais la substance du régime a changé. De facto, c’est un pouvoir subordonné au diktat américain.

La victoire de Trump a été d’arracher le volant à Maduro sans envoyer la voiture dans le décor et de s’asseoir lui-même à la place du chauffeur.

Lorsque le leader d’un régime personnalisé tombe, le système s’effondre. Il n’y a pas d’État sans lui.

Lorsque le chef d’une mafia tombe, la structure ne s’effondre pas : elle s’adapte. Elle cherche un nouveau patron. Elle négocie sa survie.

Les loyautés ne sont ni idéologiques ni morales. Elles sont contractuelles. Ce qui importe, c’est que le business continue.

C’est pourquoi Trump a pu évincer le parrain sans démanteler la structure. Il n’a pas détruit l’appareil chaviste pour construire quelque chose de nouveau. Il l’a capturé et mis à son service.

C’est le changement de régime parfait. Non pas parce qu’il est moralement acceptable ou juridiquement justifiable, mais parce qu’il atteint son objectif, le contrôle d’un pays, sans avoir a payer les coûts qui ont coulé les États-Unis en Irak et en Afghanistan.

Il ne sera pas nécessaire d’expliquer pourquoi des soldats étasuniens meurent à Caracas dans cinq ans. Ni de justifier des milliards de dollars de reconstruction. Le pétrole coulera, les contrats seront signés et le gouvernement local obéira sans que Washington ait à gouverner directement.

C’est pourquoi cet événement est historique. Non pas à cause de l’opération militaire, mais à cause du modèle qu’il inaugure :

On ne détruit plus un État, on le capture.

On n’occupe pas un territoire, on contrôle ses élites.

On ne fait pas du nation-building. On réoriente la nation existante .

Et tout a fonctionné parce que le régime de Maduro n’était pas révolutionnaire, mais mafieux.

Et les États mafieux, de par leur nature même, sont transférables.

Andres Izarra.

« Ne pas être idiots utiles des oligarchies (de gauche).

L’attaque américaine contre le Venezuela est condamnable sous de nombreux angles. Pour la première fois, le pays est bombardé sur son propre territoire par un gouvernement étranger. Mais en politique, les apparences sont souvent trompeuses. Avec le peu d’informations disponibles – et en regardant les faits et le comportement des acteurs – l’intrigue du conflit vénézuélien semble avoir pris un tournant inattendu : un coup d’État interne au chavisme, facilité par « l’impérialisme ».

Les événements sont toujours en cours, mais jusqu’à ce que cette note rédige quatre faits permettent de soutenir une hypothèse préliminaire : l’attaque elle-même, les déclarations de Donald Trump, les déclarations de Delcy Rodriguez et la décision de la Cour suprême de justice.

1) L’attaque : force écrasante, défense inexistante

Après des mois de siège et de pression, et après des attaques contre des bateaux qui ont fait plus de 100 victimes, l’armée américaine a attaqué le Venezuela au petit matin samedi 2 janvier. Il n’y a pas de partie officielle des dégâts. Selon des rapports, au moins plusieurs points de nature militaire ont été bombardés à Caracas, La Guaira, Aragua et Miranda, avec un accent particulier sur Fuerte Tiuna, où se trouvait Nicolas Maduro.

Jusqu’à présent, le gouvernement n’a publié aucun nombre de morts et de blessés. Le New York Times parle d’au moins 40 morts parmi les militaires et les civils. La plupart des pertes se sont produites pendant la capture de Maduro.

Le plus frappant n’est pas seulement l’attaque, mais l’absence de réponse militaire vénézuélienne. Bien que la possibilité d’une opération d’extraction ait été annoncée, la réaction a été nulle – pour ne pas dire inexistante – : il n’y a pas d’images de tirs défensifs ni de signes de résistance soutenue. Certains analystes ont ironisé que « les hélicoptères gringos se sont baladés comme Pedro dans leur maison ». La journaliste spécialisée Sebastiana Barráez a affirmé qu’à ce moment-là, la moitié du personnel militaire était en congé de Noël. Trump, pour sa part, a affirmé qu’il n’y avait pas eu de perte d’équipement ni d’incident avec le personnel américain pendant l’opération.

2) Trump : la confession implicite d’un nouveau scénario

Le deuxième acte a été la conférence de presse de Donald Trump, où il a confirmé la capture de Nicolas Maduro et de Cilia Flores. Là, il a lancé des phrases qui, ensemble, ressemblent moins à de la propagande et plus à des signes d’accord : il a dit qu’il avait « longuement parlé à Delcy Rodriguez », que « Rodriguez ferait tout ce qu’ils disent », qu’il « gouvernerait le Venezuela pendant un certain temps », et a terminé en rejetant María Corina Machado avec une phrase délibérément humiliant : « une jolie femme mais sans soutien au Venezuela ».

Au-delà du ton, le message central était clair : Trump a placé Delcy en tant qu’interlocutrice et en tant que pièce de transition.

3) Delcy : anti-impérialisme de procédure, omissions cruciales

Puis Delcy Rodriguez a parlé. Elle a utilisé, oui, le jargon anti-impérialiste typique du chavisme et a déclaré que le Venezuela « ne serait pas une colonie ». Mais son discours avait un centre différent : exiger une preuve que Maduro était en vie et présenter un dossier contenant le soi-disant décret d’« état de choc extérieur » – un article dont personne ne connaît le texte – pour demander au TSJ une interprétation.

Et surtout, sa première allocution était pleine d’omissions et de rebondissements difficiles à ignorer :

– Elle a annulé les mobilisations que d’autres porte-parole chavistes avaient encouragées contre l’attaque et a appelé à « calme » et à « rester chez soi ».

– Elle n’a pas donné de chiffres de morts et de blessés, ni parlé de l’ampleur des dégâts.

– Elle s’est écartée du récit d’« attaque contre la population » et, malgré quelques phrases dures, il a semblé inhabituellement condescendant envers les États-Unis après une agression de cette ampleur.

Dans une telle situation, ce qui n’est pas dit en dit souvent plus que ce qui se prononce.

4) Le TSJ : le raccourci pour ne pas appeler les élections

Enfin, la décision de la Cour suprême de justice. Des mois plus tôt, Nicolas Maduro avait parlé d’activer un « décret d’état de choc extérieur » en cas d’agression. Son contenu, jusqu’à présent, reste secret. Ce n’est pas le mystère qui compte, c’est l’utilité politique. Ce décret comporterait une formule permettant de définir qui exerce des fonctions présidentielles en cas d’absence.

Delcy a demandé une « interprétation » au TSJ et le tribunal a répondu rapidement : il l’a nommée « président en charge ».

Le problème est que la Constitution ne prévoit pas de « présidence chargée », « provisoire » ou « intérimaire » en cas d’absence du président. L’article 233 stipule que s’il y a faute absolue avant quatre ans du mandat, le Vice-Président exécutif prend en charge la convocation de nouvelles élections dans 30 jours (et prêter serment à l’élu selon la procédure). En simulant le « décret de choc », Delcy évite le point décisif : elle ne déclare pas l’absence absolue et ne convoque pas d’élection.

Pour dire simplement : le TSJ a fabriqué une issue pour conserver le pouvoir sans passer par la voie constitutionnelle.

Le fond : une faction prête à gérer la continuité

Delcy Rodriguez et son frère Jorge Rodriguez ont été les pièces centrales du dôme chaviste depuis des années. Jorge se voit attribuer une intelligence froide, une capacité de manœuvre et un talent de négociation : il a dirigé la partie officielle dans différents processus, notamment l’Accord de Barbade. Il a également tissé des ponts avec des hommes d’affaires, des partis « opposants » et des secteurs de la société civile qui ont été qualifiés de « normalisateurs ».

Ces derniers mois, en outre, une opération de positionnement – y compris des interviews médiatiques – aurait été promue aux États-Unis pour présenter Delcy comme une personnalité « fiable » et « modérée ». Si tel est le cas, alors ce qui s’est passé ne serait pas un accident : ce serait la phase opérationnelle d’un plan.

Conclusion : ce n’est pas une « invasion classique » ; c’est quelque chose de plus trouble

Nous aurons plus de données dans les prochaines heures, mais jusqu’à présent tout indique une situation surprenante : une faction du chavisme aurait livré Maduro pour garder le contrôle du pouvoir, avec le soutien ou l’aval des États-Unis.

Si en ce moment vous êtes véritablement indigné par l’incursion américaine – et à juste titre : le précédent est terrible –, ne devenez pas un idiot utile des oligarchies de gauche. Cela ne ressemble pas à la carte postale simple d’une « invasion impérialiste » traditionnelle. Ça sent plutôt le réaménagement interne, le remplacement contrôlé et la continuité maquillée. Trahison négociée.

Ne me crois pas. Cherche, contraste, connecte les points, pose-toi des questions. Et surtout, pense par toi-même. »

Rafael Leonardo Uzcátegu

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05.01.2026 à 23:23

Départ – Jenny Plocki (11/12/1925 – 03/01/2026).

aplutsoc

Jenny (Eugénie) Plocki est décédée la nuit dernière à l’âge de 100 ans. Survivante de la Rafle du Vel d’Hiv, avec son petit frère, le futur écrivain anti-fasciste Maurice Rajsfus (1928-2020), elle le fut grâce à la lucidité de ses parents ; ceux-ci ne se faisant aucune illusion sur le sort funeste qui les attendaient, se […]
Texte intégral (552 mots)

Jenny (Eugénie) Plocki est décédée la nuit dernière à l’âge de 100 ans. Survivante de la Rafle du Vel d’Hiv, avec son petit frère, le futur écrivain anti-fasciste Maurice Rajsfus (1928-2020), elle le fut grâce à la lucidité de ses parents ; ceux-ci ne se faisant aucune illusion sur le sort funeste qui les attendaient, se décidèrent à laisser partir leurs enfants lorsque la police française, cette grande ordonnatrice et exécutante de cette ignoble rafle, offrit la possibilité de laisser les enfants sur place. Ainsi, Jenny et Maurice réussirent à survivre à Vincennes jusqu’à la Libération avec la complicité de leur entourage.

Après la guerre, elle fit un bref passage au PCI, l’organisation trotskyste officielle après 1945, puis un compagnonnage avec le groupe Socialisme ou Barbarie. Jenny devint institutrice, et milita en syndicaliste à la FEN au sein de la tendance École Émancipée. Elle milita activement contre la guerre d’Algérie, participa à la fondation et à l’action du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception) durant les années 70. Elle se plongea pleinement dans le mouvement de Mai 68 avec son compagnon de toute sa vie adulte, Jean-René Chauvin. Ils étaient bien placés pour cela : ils résidaient dans le quartier Monge à côté du quartier Latin. Elle entra dans la grève en tant qu’enseignante, avec l’Ecole Emancipée, dès le vendredi 17 mai alors que la FEN ne lança la consigne de grève qu’au lundi 20 mai.

Elle fut une enseignante exceptionnelle dotée d’un contact extraordinaire avec les enfants. Spécialisée dans les classes de CP, Jenny avait adapté plusieurs méthodes anglaises d’apprentissage de la lecture. C’était une personne merveilleuse, d’une formidable sagacité, d’une curiosité insatiable. Passionnée par la littérature anglaise, Jenny Plocki était également traductrice. On lui doit notamment la co-traduction du terrible témoignage de Rudolf Vrba « Je me suis évadé d’Auschwitz » (Ramsay, 1988). Mais c’est comme témoin de la Shoah que le grand public l’a découverte. D’abord comme narratrice du beau récit-roman de Geneviève Brisac « Vie de ma voisine » (Grasset, 2017, « Points », 2018). Puis, surtout, comme intervenante dans plusieurs documentaires. Dans « La Rafle du Vel d’Hiv, la honte et les larmes » de David Korn-Brzoza (France 3, 2022), elle crevait l’écran. Le film se finissait sur elle, traduisant le mot en yiddish que son père avait écrit sur un bout de papier et jeté du train en partance pour Auschwitz le 27 juillet 1942 : « Soyez tranquilles les enfants, Maman et moi nous partons Ensemble. Vivez et espérez. »

Jusqu’au bout, Jenny, devenue physiquement affaiblie, a gardé toute son intelligence, lisait des livres (en anglais), recevait son quotidien du soir en papier, se tenait au courant de l’actualité et pestait contre l’évolution folle du monde, elle qui, accompagnant son père, avait vécu les manifestations antifascistes des années 1930 et la liesse populaire de 1936…

Rédigé à partir d’un post Facebook de Laurent Joly et de la page Wikipedia de Jenny Plocki

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05.01.2026 à 21:52

Quelle est la guerre qui vient ? Éditorial du 05 janvier 2026 soirée.

aplutsoc

Trump a déclaré : « On va parler du Groenland dans les 20 jours”. Après quoi il a menacé Cuba, la Colombie et le Mexique. Si cette fuite en avant se confirme, soit Xi et Poutine acceptent tacitement comme pour le coup de force au Venezuela, mais dans ce cas l’impérialisme US est temporairement très renforcé (et à court […]
Texte intégral (906 mots)

Trump a déclaré : « On va parler du Groenland dans les 20 jours”. Après quoi il a menacé Cuba, la Colombie et le Mexique.

Si cette fuite en avant se confirme, soit Xi et Poutine acceptent tacitement comme pour le coup de force au Venezuela, mais dans ce cas l’impérialisme US est temporairement très renforcé (et à court terme encore plus déséquilibré et en crise).

Soit Xi et Poutine optent pour prendre leurs « parts », en attaquant Taïwan pour le premier, ce qui induira la guerre avec le Japon, en attaquant l’aire Baltique et l’aire Arctique pour le second, et/ou en tentant d’écraser l’Ukraine si, ce qui pourrait se produire, les États-Unis sabotent ouvertement et militairement la résistance.

La guerre arrive. Mais laquelle ? 

Pas celle « de l’impérialisme américain et de l’OTAN contre les forces progressistes et anti-impérialistes », discours qui désarme les peuples en leur mentant. Notons qu’au Venezuela, c’est pour l’instant un régime maduro-trumpiste que cherche Trump !

Pas celle des impérialismes hégémoniques entre eux, pas la guerre entre Chine et États-Unis annoncée par bien des commentateurs, pas tout de suite. Car d’abord, il leur faut, à tous les trois, s’en prendre aux peuples, et s’en prendre à l’Europe.

En Europe, les impérialismes européens déclassés et désemparés ne sont bons qu’à saboter la nécessaire résistance et la contre-attaque des peuples. Ils ne veulent pas froisser Trump qui les méprise, ils ont peur de la chute de Poutine s’il perd en Ukraine, ils ont cautionné le massacre génocidaire de Gaza.

Les déclarations successives de l’exécutif français le montrent bien  :

  • Acte 1, du ministre Barrot samedi 3, contre le coup de force impérialo-trumpiste,
  • Acte 2, du président Macron deux heures plus tard, pour le coup de force impérialo-trumpiste,
  • Acte 3, aujourd’hui lundi 5, de la porte-parole du gouvernement disant répéter les propos de Macron, pour ce coup de force, à condition qu’il ne menace pas d’autres pays de la région et mette au pouvoir les vainqueurs des dernières élections, deux points déjà rejetés par Trump !

L’attaque du Groenland, l’asphyxie de Cuba, les opérations « spéciales » au Mexique et les provocations contre la Colombie sont imminentes. Poutine est logiquement en mesure d’attaquer au Svalbard (Arctique) et/ou en Lettonie en cas d’attaque US au Groenland.

Il faut sortir des fantasmes du passé, ce n’est ni pour ni contre l’OTAN, c’est la guerre européenne sur deux fronts qui se dessine. La guerre des hégémons impérialistes contre les peuples est la guerre qui vient rapidement.

La résistance armée des peuples peut et doit y répondre, comme en Ukraine !

Comprenons que c’est l’affrontement politique dans chaque pays qui est le début de la guerre. Il y a continuité : en France, Trump menace de « punir » les juges qui rendraient Marine Le Pen définitivement inéligible, et Macron sabote la défense nationale et démocratique contre Trump et Poutine, lui qui a dissous l’Assemblée nationale pour installer un gouvernement Bardella et a échoué.

Ce n’est pas seulement l’Europe, avec l’Ukraine, qui doit s’engager dans le combat, c’est l’Amérique, c’est l’Afrique, c’est le monde, et c’est le peuple américain déjà en situation d’affrontement montant contre Trump.

Cette guerre, la guerre sociale, écologique et démocratique, constitue le vrai combat pour la paix, car si nous battons les tyrans et les hégémons, nous empêcherons la guerre finale, inter-impérialiste et nucléaire. Mais ne racontons pas d’histoire : la guerre sociale, écologique et démocratique, avec ses méthodes de masse, ses méthodes démocratiques, sera vaincue si elle écarte les moyens militaires. Elle aura une dimension militaire. C’est une nécessité pour la gagner et ainsi sauver le monde humain en empêchant la guerre finale, inter-impérialiste et nucléaire.

Il est temps, il est plus que temps, que le mouvement ouvrier et syndical rompe avec les phrases campistes et pseudo-pacifistes et, comme les syndicats baltes, bélarusses en exil, et scandinaves, ont commencé à le faire, et comme la gauche ukrainienne nous y appelle, prendre à bras-le-corps les questions :

 – de la production militaire sous contrôle social et non sous celui des trusts de l’armement,

 – de l’organisation militaire démocratique combinée à la mobilisation sociale, avec droit syndical et large féminisation.

La défense des sociétés humaines contre le fascisme 2.0 et contre les hégémons est une affaire trop sérieuse pour être laissée à Macron, Starmer, Merz ou Kallas qui ne feront que l’handicaper et la trahir. L’Europe avec les peuples du monde, du Brésil à la Chine, doit être et peut être le tombeau des tyrans et le terrain de la contre-attaque.

05/01/2026 soirée.

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04.01.2026 à 21:04

Trump au Venezuela : quelques faits, premières leçons.

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Contre Maduro, c’était d’une facilité déconcertante. Les matamores corrompus sont de bonnes cibles. Là dessus Trump a écarté toute « restauration de la démocratie » : il a écarté d’un revers de main Maria Corina Machado, dont le représentant E. Gonzales Urrutia était le vrai vainqueur de la dernière élection présidentielle. La faction qui se proposait à […]
Texte intégral (1192 mots)

Contre Maduro, c’était d’une facilité déconcertante. Les matamores corrompus sont de bonnes cibles. Là dessus Trump a écarté toute « restauration de la démocratie » : il a écarté d’un revers de main Maria Corina Machado, dont le représentant E. Gonzales Urrutia était le vrai vainqueur de la dernière élection présidentielle. La faction qui se proposait à gouverner pour lui est, pour l’heure, récusée : il ne veut ni élections, ni respect des dernières élections, il mise sur l’appareil d’Etat et l’armée.

L’appareil d’Etat et l’armée bolivariens : tels sont les faits. Trump désigne la vice-présidente de Maduro, et ministre des Hydrocarbures, Delcy Rodriguez, comme étant la mieux placée pour lui servir de fantoche !

Dans le pays, celle-ci, tout en affirmant que « la révolution bolivarienne continue », a exclue expressément toute mobilisation. Ceci s’ajoutant à la peur des bombardements, aux coupures électriques et d’internet, créé une situation réelle de choc et de confinement. Les patrouilles du régime ci-devant maduristes circulent. Et l’on doit s’inquiéter pour les prisonniers politiques : sont-ils nourris ? que risque-t-il de leur arriver ? – notons bien que ni Trump, ni Rubio, ni Hedsegh, n’ont eu un mot pour elles et pour eux !

Première leçon donc : les anti-impérialistes dictateurs sont des bons à rien devant l’impérialisme et celui-ci ne demande qu’à recycler leur appareil d’Etat, leurs rentiers et leurs nervis en les mettant directement à leur service. C’est ce à quoi Poutine n’est jamais arrivé envers Zelensky et l’Ukraine, car là il y a pu y avoir résistance populaire dans et en dehors de l’armée !

Leçon complémentaire probable : le narcotrafic alibi a encore de belles heures devant lui. Trump a gracié l’ex-président narco du Honduras, Juan Orlando Hernandez : il ne s’agit sans doute pas de mettre fin au narcotrafic, mais de le contrôler et d’en saisir les bénéfices, exactement comme pour le fameux pétrole !

Les réactions internationales doivent s’analyser à l’aune du document de sécurité nationale sorti à Washington début décembre, qui édicte : les Amériques sous contrôle total des Etats-Unis, politique de la porte ouverte en Asie-Pacifique, et l’Europe est l’ennemie. Hedsegh a depuis confirmé que les Etats-Unis veulent l’extrême droite au pouvoir en Europe, comme le veut Poutine, et Vance a dénoncé les armes nucléaires françaises et même britanniques comme potentiellement dangereuses pour les Etats-Unis (parce que noirs et musulmans pourraient s’en emparer !). Washington a préconisé, pour gouverner le monde, un « G5 » : Etats-Unis/Russie/Chine/Japon/Inde. Ils y mettent la Chine en l’encadrant, mais en excluent les impérialismes européens (dont la France et le Royaume-Uni, toujours membres du Conseil de Sécurité de l’ONU), ainsi que les puissances latino-américaines, Brésil et Mexique, tout en menaçant directement la Colombie.

Moscou a approuvé expressément le document US dit de sécurité nationale. Bien sûr, Poutine et Xi y vont de leurs petites invocations contrites sur le « droit international », mais leur accord sur la prise de contrôle du Vénézuéla est patent. Leur présence économique et leurs liens commerciaux, dans l’immédiat, demeurent. Les livraisons pétrolières vénézuéliennes à Cuba, par contre, devraient cesser, ouvrant la voie à l’attaque US contre Cuba, laquelle, si elle se produit, misera elle aussi sur l’accord tacite (et les protestations verbales) de Poutine.

Cela dit, presqu’aucun gouvernement ne manifeste une satisfaction réelle devant le brigandage trumpiste. Les seules exceptions sont accablantes : Netanyahou, Meloni, Milei, Bukele, ainsi que … le président français Macron et le politicien belge, dirigeant du MR (Mouvement Réformateur) Bouchez.

Macron a pris le contrepied du communiqué publié deux heures auparavant par son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot :

La manière dont le président ayant perdu sa légitimité qu’est Macron court-circuite la réaction première du Ministère des Affaires Etrangères pourrait annoncer ce que ferait Macron quand se produira l’attaque contre le Groenland annoncée par la carte diffusée par ses services juste après le coup de force sur Caracas …

Tout converge vers une menace liguée des hégémons mondiaux contre l’Europe, avec l’extrême droite comme cheval de Troie de Trump et de Poutine. Les questions militaires, politiques et sociales vont fusionner. Là se situe l’angle le plus aigüe et le plus urgent d’intervention, d’interpellation et de discussion d’Aplusoc !

Enfin, ce que tous les commentaires sous-estiment ou ignorent : l’arène principale de ce qui se passe au Venezuela, ce sont les Etats-Unis. Le coup de force est aussi la reprise du coup d’Etat en difficulté de Trump, bâillonnant les prérogatives constitutionnelles du Congrès. Rien n’indique à cette heure que Trump ait élargi sa base ces deux derniers jours : ni l’opposition populaire No Kings, ni les divisions dans MAGA dont le non-interventionnisme isolationniste et protectionniste annoncé est un facteur clef, ne semblent surmontés à ce jour, et bien au contraire la ligne de la défense de la démocratie et des éléments démocratiques de la constitution reste le centre du regroupement populaire possible et nécessaire pour battre et chasser Trump, Vance, Thiel and co.

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04.01.2026 à 14:12

Déclaration du Syndicat libre des travailleurs iraniens concernant les soulèvements nationaux pour la liberté dans les villes du pays.

aplutsoc

Ce qui se déroule aujourd’hui dans les rues des villes iraniennes est le cri d’un peuple acculé par la pauvreté et la misère, l’inflation et la flambée des prix, la répression et l’oppression, la misogynie, l’effondrement économique et la destruction des fondements mêmes de la vie sociale. C’est la conséquence directe de la forme la […]
Texte intégral (1397 mots)

Ce qui se déroule aujourd’hui dans les rues des villes iraniennes est le cri d’un peuple acculé par la pauvreté et la misère, l’inflation et la flambée des prix, la répression et l’oppression, la misogynie, l’effondrement économique et la destruction des fondements mêmes de la vie sociale. C’est la conséquence directe de la forme la plus brutale et répressive de privation de droits imposée au peuple iranien.

Ce soulèvement s’inscrit dans la continuité des soulèvements populaires des années précédentes, impitoyablement réprimés et noyés dans le sang par la République islamique. Il constitue un nouveau chapitre de la lutte courageuse du peuple iranien pour mettre fin à cet enfer et bâtir une société démocratique, libre, prospère et affranchie de toute discrimination, oppression et exploitation. Pourtant, pendant ce temps, la République islamique – désormais incapable de fournir les besoins les plus élémentaires à la survie d’une société humaine, tels que l’eau, l’électricité, l’énergie et un air pur – continue de clamer sa propre survie honteuse et la destruction continue du pays. En envoyant les forces de répression dans les rues et en transformant les manifestations pacifiques en bains de sang, elle tente une fois de plus de surfer sur la vague puissante et transformatrice de la demande de changement fondamental du peuple iranien.

Mais la dure réalité est la suivante : le peuple iranien, épuisé et dépossédé, n’a plus rien à perdre. Il n’est plus disposé à tolérer les conditions misérables actuelles, même pour un court instant. Parallèlement, le gouvernement est totalement incapable d’apporter la moindre amélioration à cette situation catastrophique.

Ce qui se passe aujourd’hui dans les rues et les villes d’Iran n’est plus une simple protestation, c’est une révolution. Une révolution qui connaîtra peut-être des hauts et des bas, des avancées et des reculs, mais qui ne cessera jamais d’avancer. Un chapitre de l’histoire s’écrit en Iran, une histoire que le peuple iranien, de la Révolution constitutionnelle [1905-1911] à la Révolution de 1979, n’avait pu pleinement réécrire. Aujourd’hui, dans un monde radicalement différent, le pays traverse une importante révolution sociale et politique, puisant ses racines dans de grands mouvements sociaux modernes tels que le mouvement ouvrier, le mouvement enseignant, le mouvement contre les exécutions et pour les droits humains, le mouvement des retraités et le mouvement féministe.

Nous, membres du Syndicat libre des travailleurs iraniens – organisation née du cœur du mouvement ouvrier et de décennies de lutte acharnée – mettons en garde les dirigeants de la République islamique contre la poursuite des politiques de répression, des violences et des effusions de sang en réponse aux revendications légitimes du peuple. Nous affirmons que, tout comme nous avons été aux côtés du peuple iranien dès les premiers jours des soulèvements récents, nous poursuivrons notre lutte responsable jusqu’à ce que le pays soit libéré de l’emprise de l’oppression et de la dictature. En tant que travailleurs et en tant que peuple iranien, nous avons le droit d’exiger un changement fondamental dans ce pays.

En appelant les travailleurs de tout le pays – et plus particulièrement ceux des secteurs clés comme le pétrole, la sidérurgie et l’automobile – à jouer un rôle actif dans l’évolution politique du pays, nous déclarons, avec responsabilité et un profond engagement envers la cause de la libération de la classe ouvrière et du peuple iranien, que nous nous opposerons fermement à toute tentative du gouvernement d’opprimer le peuple, ainsi qu’à toute ingérence orchestrée par des puissances régionales ou mondiales.

Syndicat libre des travailleurs iraniens – 3 janvier 2026

Version originale en anglais de cette déclaration

Statement by the Free Union of #Iranian Workers on the Nationwide, Freedom-Seeking Uprisings in Cities Across the Country

What is unfolding today on the streets of cities across Iran is the cry of people pushed to the edge by poverty and misery; inflation and soaring prices; repression and suffocation; misogyny; economic collapse; and the breakdown and destruction of the very foundations of social life. It is the direct result of the most brutal and repressive form of rightlessness imposed on the people of #Iran.

This uprising is a continuation of the popular uprisings of previous years, which were mercilessly crushed and drowned in blood by the Islamic Republic. It is another chapter in the people of Iran’s self-sacrificing struggle to put an end to the existing hell and to build a society that is democratic, free, prosperous, and free from discrimination, oppression, and exploitation.

Yet in the meantime, the Islamic Republic—now incapable of providing even the most basic requirements for the survival of a human society, such as water, electricity, energy, and clean air—continues to beat the drum of its own disgraceful survival and the ongoing destruction of the country. By sending repression forces into the streets and turning peaceful protests into bloodshed, it is once again trying to ride out the powerful and transformative wave of the Iranian people’s demand for fundamental change.

But the hard reality is this: the exhausted and dispossessed people of Iran have nothing left to lose. They are no longer willing to tolerate the current miserable conditions, even for a short time. At the same time, the government is completely incapable of bringing even the slightest improvement to these deeply catastrophic conditions.

What is happening today in the streets and cities of Iran is no longer just a protest—it is a revolution. A revolution that may experience ups and downs, advances and setbacks, but will not stop moving forward.

A chapter of history is being turned in this country—a history that, from the Constitutional Revolution to the 1979 Revolution, the people of Iran were unable to fully reshape. Now, in a world very different from the past, the country is going through a major social and political revolution, rooted in large modern social movements such as the workers’ movement, the teachers’ movement, the movement against executions and for human rights, the retirees’ movement, and the women’s movement.

We, in the Free Union of Iranian Workers—as an organization born out of the heart of the workers’ movement and decades of relentless struggle by workers—warn the leaders of the Islamic Republic against continuing policies of repression, violent crackdowns, and bloodshed in response to the people’s rightful demands. We declare that just as we stood shoulder to shoulder with the people of Iran from the very first days of the recent uprisings, we will continue our responsible struggle until the country is freed from the grip of oppression and dictatorship.

It is our right, as workers and as the people of Iran, to demand fundamental change in this country.

By calling on workers across the country—especially workers in key industries such as oil, steel, and automobile manufacturing—to play an effective role in the country’s political developments, we declare that, responsibly and with deep commitment to the cause of liberation for the working class and the people of Iran, we will stand firm against any attempt by the government to suppress the people, as well as against any top-down, engineered intervention over the heads of the Iranian people by regional or global powers.

Free Union of Iranian Workers – 3 January 2026

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03.01.2026 à 13:07

Contre les brigands de Mar-a-Lago au Valdaï, droit, liberté, union des peuples !

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Samedi 3 janvier, 12h. Quelques jours après avoir donné crédit aux affabulations russes selon lesquelles l’Ukraine aurait bombardé l’un des palais de Poutine, Trump a opéré un coup d’Etat et un coup de force. Le coup d’Etat, il faut le souligner, vise le Congrès des Etats-Unis, à nouveau non consulté ni prévenu pour une opération […]
Texte intégral (1138 mots)

Samedi 3 janvier, 12h.

Quelques jours après avoir donné crédit aux affabulations russes selon lesquelles l’Ukraine aurait bombardé l’un des palais de Poutine, Trump a opéré un coup d’Etat et un coup de force. Le coup d’Etat, il faut le souligner, vise le Congrès des Etats-Unis, à nouveau non consulté ni prévenu pour une opération de guerre. Le coup de force vise le Venezuela.

A l’heure où sont écrites ces lignes, Maduro aurait été embarqué par les forces spéciales US.

Les sommets de l’Etat vénézuélien, après avoir proclamé la « fusion parfaite entre le peuple, l’armée et la police » (sic), implorent Washington – ou plutôt Mar-a-Lago, car la capitale des Etats-Unis dans cette affaire se trouve là – de leur donner des nouvelles de leur président.

C’est au peuple vénézuélien qu’il appartenait de renverser et de juger Maduro, qui serait, si c’est confirmé, désormais prisonnier personnel de Trump. L’opération de brigandage, appelée comme celle de Poutine en Ukraine « opération militaire spéciale », est dirigée contre les peuples de l’Amérique indo-afro-latine, dans le cadre du « corollaire Trump à la doctrine Monroe », c’est-à-dire de la brutalité impérialiste réaffirmée sur tout un continent.

Maduro et son régime n’auront en rien servi à la défense de la souveraineté nationale et à la lutte anti-impérialiste, bien au contraire. Quel contraste avec Chavez, qui, lui, car malgré les contradictions de sa politique le peuple le soutenait, a déjoué deux coups de force victorieusement ; et quel contraste aussi, bien sûr, avec Zelensky, choisissant de se faire leader national en refusant l’exfiltration le 24 février 2022, échappant à la mort ou à l’humiliation par le soutien du peuple malgré les contradictions de sa politique, lui aussi !

Nul doute que cette agression de bandits va soulever la révolte populaire dans tout le continent à commencer par la région caraïbe. Mais la défense du peuple vénézuélien requiert la rupture avec les fétiches de la gauche campiste qui en ayant un fil à la patte avec Poutine, l’a du coup aussi avec Trump, particulièrement en Amérique latine.

Les régimes autoritaires « anti-impérialistes » ne sont bons qu’à réprimer les peuples. La défense du Vénézuela requiert l’indépendance envers les pouvoirs cubain ou nicaraguayen, mais aussi envers le programme de Lula au Brésil d’une multipolarité impérialiste intégrant Brésil et Mexique aux côtés de la Russie, la Chine, l’Inde et les Etats-Unis, alors que l’administration Trump a choisi, comme l’explique son document de « sécurité nationale » de début décembre, une multipolarité à 5 – Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Japon- excluant l’Europe continentale, qui doit être soumise et prise en tenaille depuis l’Ukraine et le Groenland, et excluant toute l’Amérique qui doit être soumise, conformément au « corollaire Trump à la doctrine Monroe » actuellement mis en œuvre. Du point de vue des exploités et de la démocratie, il n’y a pas à choisir entre ces deux multipolarités impérialistes.

Les deux choses les plus urgentes dans l’immédiat sont les suivantes.

D’abord le soutien au peuple vénézuélien. Les chances de succès de la mobilisation sont fonction de leur degré d’indépendance envers les régimes en place, et de leur convergence avec la mobilisation du peuple nord-américain, les migrants latinos formant la large masse de contact entre les uns et les autres. La mobilisation contre Trump aux Etats-Unis, qui est aussi la cible du coup d’Etat/coup de force de Mar-a-Lago, est la toute première aide aux peuples du continent.

Ensuite, d’expliquer, expliquer et encore expliquer, clarifier, clarifier et encore clarifier, la nature réelle de ce qui se passe : l’agression étatusienne contre le Venezuela prépare d’autres agressions, contre l’Europe en particulier, des Etats-Unis et de la Russie. Elle n’est pas une « invasion de l’OTAN » et s’il y a bien une institution qui n’y est pour rien, quoi que l’on pense d’elle, c’est l’Union Européenne. Elle fournit en outre le contexte à Xi Jinping pour une éventuelle agression directe, ou blocus total, de Taiwan, et, s’ajoutant aux bombardements absurdes du Sokoto au Nigéria, elle renforce indirectement les dictatures néocoloniales prorusses du Sahel.

Cela veut dire que la prochaine cible est l’Europe, à la suite de l’Ukraine, l’Europe, que ses gouvernants comme Macron ont désarmés en refusant d’aider l’Ukraine au niveau nécessaire pour qu’elle ne fasse pas que résister, et en couvrant la destruction génocidaire de Gaza et l’épuration ethnique engagée en Cisjordanie. Ce que Trump propose à Xi et à Poutine, c’est, avant une éventuelle guerre contre la Chine, de se partager le monde et de s’entendre contre l’Europe.

A cette heure, la Russie et la Chine ont très faiblement réagi à l’agression au Venezuela. Si la Russie parle bien sûr de « violation du droit international », elle a surtout souligné que son ambassade et ses ressortissants n’ont subi aucun dommage !

Très clairement, Trump leur propose un deal, et la victime du deal doit être l’Ukraine tout de suite et, dans l’année qui vient, l’Europe. Les dirigeants européens sont bouche bée et n’ont toujours rien dit à cette heure, sauf une pathétique offre espagnole de « médiation ». Et remarquons qu’à cette heure, malgré la demande colombienne, aucune réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU n’est annoncée !

Or, c’est bien l’Europe qui est menacée par les prochaines « opérations militaires spéciales » soit directes, soit visant indirectement à imposer, par l’extrême droite au pouvoir, des régimes à la botte de Moscou et de Washington.

De ce point de vue, l’ingérence consistant à menacer les juges qui condamneraient Marine Le Pen, sans avoir la même échelle, est bien de même nature que le coup de force contre le Venezuela et l’Amérique, et que les interventions russes en Ukraine et en Géorgie. La question d’un régime et d’un gouvernement démocratique en France, capable de mener la lutte européenne contre Trump et Poutine, devient brûlante.

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02.01.2026 à 15:54

Contre les menaces fascistes, une mise en garde des responsables départementaux CGT et FSU de l’Allier.

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En tant que responsables syndicaux départementaux, mais aussi pour nous protéger et nous défendre, nous, nos proches et nos amis et camarades, nous mettons en garde les citoyens et tous les démocrates envers les menaces de l’extrême droite nous concernant, lesquelles ont introduit depuis quelques mois un climat visant à la violence politique, sans précédent […]
Texte intégral (1474 mots)

En tant que responsables syndicaux départementaux, mais aussi pour nous protéger et nous défendre, nous, nos proches et nos amis et camarades, nous mettons en garde les citoyens et tous les démocrates envers les menaces de l’extrême droite nous concernant, lesquelles ont introduit depuis quelques mois un climat visant à la violence politique, sans précédent dans l’Allier – nous pesons nos mots – depuis la veille de la Libération.

Le 24 décembre 2025, dans un éditorial signé « Cyrano », le site fasciste et raciste « Riposte Laïque », appelle à ce que « nos deux chouchous de l’Allier, l’enseignant Vincent Présumey, surnommé le Mongolo de l’Educ Naze, et le cégétiste Laurent Indrusiak, alias le syndicaliste racaille », reçoivent, « le soir de Noël, un magistral coup de fer à repasser, eux aussi, en pleine tête. »

Cet appel au meurtre mal enrobé sous un humour douteux n’est pas le premier : on ne les compte plus.

Quelques jours plus tard, au rythme d’un article par jour, nos photos sont en Une sous l’accusation de « refuser l’histoire nationale », vouloir « jouir sans entraves », oser « parler de Descartes, Spinoza, Leibniz, Locke » aux lycéens, et d’appartenir, tenez vous bien, aux « fausses élites aristocratiques, mondialistes, cosmopolites, sataniques, pour beaucoup issues du judaïsme », contre lesquelles « le peuple » va se révolter en même temps que contre « les musulmans », ce qui aura des « effets horribles et terribles » : appel raciste et antisémite à la guerre civile.

Depuis que le Collectif Laïque et Républicain de Moulins, dont font partie la CGT et la FSU, s’est opposé aux subventions publiques accordées par plusieurs collectivités locales à « Murmures de la Cité », une campagne est orchestrée combinant des mensonges dans la presse Bolloré accusant « la gauche » de préparer des violences contre « Murmures de la Cité », et un déferlement de diffamations et de calomnies grotesques, assorties de menaces de mort à mots à peine voilés dans les articles des sites internet « Riposte Laïque » et des sites apparentés, ou formulées ouvertement dans le « courrier des lecteurs »comme par exemple : « Les responsables CGT vont devoir se protéger et protéger leur famille. Ils veulent la guerre, dans une guerre il y a toujours des morts. A bon entendeur !! ».

Cette campagne a démarré en juin, nous prenant tous deux pour cible et, selon une méthode typique des fascistes voulant inspirer la peur, appelant également à harceler une employée de l’Office du Tourisme de Moulins, accusée d’avoir « censuré » Murmures de la Cité. À la suite de cela, la responsable du site jumeau de « Riposte Laïque », « Résistance républicaine », est assignée à comparaître à Moulins le 7 janvier prochain. « Riposte Laïque », cherchant la provocation, prétend déjà que nous allons manifester ce jour-là, ce qui n’est en rien notre intention.

Guillaume Senet et « Riposte Laïque », le soi-disant organisateur de « spectacles immersifs » et le torchon fasciste, agissent en étroite collaboration. Le 22 décembre, c’est par un article signé de Guillaume Senet que « Riposte Laïque » annonce la comparution du 7 janvier et appelle en fait ses partisans à se mobiliser, ce qu’il avait déjà fait sur « Radio Courtoisie » le 19 décembre.

Guillaume Senet, président de « Murmures de la Cité », ayant obtenu de la Ville de Moulins, de la communauté d’agglomération, du Conseil départemental, du Conseil Régional, et des fonds européens, près de 170 000 euros d’argent public venant de nos impôts, ainsi que le parvis du CNCS de Moulins, veut récidiver en 2026 et devient de plus en plus menaçant dans ses méthodes.

La « cité » qui « murmure » est en réalité « Sophia-Polis », l’autre association présidée par le même Senet, club de rencontre entre « cathos tradis et néo-païens » ainsi qu’il le présente lui-même. L’identité des deux associations ne se cache pas : c’est « Sophia-Polis » qui a ouvert une cagnotte en ligne pour « Murmures de la Cité » afin de payer les procès qu’annonce G. Senet en vue de faire taire toute critique si l’extrême droite parvient au pouvoir, ainsi qu’il l’espère.

S’exprimant longuement, le 13 novembre dernier, sur le site facho-complotiste Géopolitique profonde, Guillaume Senet, questionné sur les « censeurs » qui auraient fait remarquer que son « spectacle » ne comporte « ni musulmans, ni juifs, ni protestants », s’écrit : « Ben non, puisque mon sujet c’est la France ».

Il s’exprime sur ce site aux côtés du vieux théoricien racialiste de l’union des droites qui fut un proche de J.M. Le Pen, Jean-Yves Le Gallou, présenté comme son parrain, et de F. Layré-Cassou, cadre du RN se définissant comme « païen ». Le site sur lequel il vante longuement son spectacle est lié au régime russe et à l’aile la plus radicale du mouvement MAGA aux Etats-Unis.

C’est donc dans l’Allier qu’une antenne de l’extrême droite mondiale la plus extrémiste s’est mise en place, s’est donné, avec l’aide de Pierre-Edouard Stérin, la couverture d’un spectacle soi-disant historique, et organise menaces contre les syndicalistes et la presse, et compromission croissante de secteurs de la droite jusque-là républicaine.

Mais ce groupuscule marginal, nullement enraciné dans nos territoires, n’aurait aucun impact si des élus locaux n’avaient pas, de façon irresponsable, engagé la dérive de sa promotion.

Nous les appelons à constater leur erreur et à ne pas récidiver, pour préserver le cadre républicain et sa condition la sécurité de tous les citoyens, car c’est cela même qui est en danger immédiat.

Nous procédons et procéderons bien entendu à toutes les démarches judiciaires qu’exige la situation. Chacun aura compris d’où viendrait le coup s’il était porté atteinte à nos personnes ou à celles de nos proches et amis et camarades.

Nous ne manifesterons pas le 7 janvier où l’audience à Moulins doit se dérouler dans le respect de la loi et le plus grand calme, et nous condamnons les tentatives de provocations de M.M. Senet et consorts. En tant que syndicalistes pour qui l’Etat de droit et la laïcité sont les conditions de toute confrontation sociale constructive, nous appelons les démocrates à assister au meeting que nous organisons, avec d’autres, à Saint-Pourçain le mercredi 14 janvier à 18h, Salle Mirendense.

Laurent Indrusiak, secrétaire départemental de l’UD CGT.

Vincent Présumey, secrétaire départemental de la FSU.

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02.01.2026 à 13:50

Rudy Demotte, socialiste belge, à propos de Trump, du droit à l’intimité et de Pallantir.

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Avec son accord, et en vue de l’alliance des défenseurs des droits démocratiques pour toutes et tous, nous publions ce billet de Rudy Demotte, ancien dirigeant du Parti Socialiste wallon (Belgique), dont l’intérêt se passe de commentaires – nous signalons tout particulièrement l’information sur la DGSI française se fournissant et passant contrat auprès de Palantir, […]
Texte intégral (2577 mots)

Avec son accord, et en vue de l’alliance des défenseurs des droits démocratiques pour toutes et tous, nous publions ce billet de Rudy Demotte, ancien dirigeant du Parti Socialiste wallon (Belgique), dont l’intérêt se passe de commentaires – nous signalons tout particulièrement l’information sur la DGSI française se fournissant et passant contrat auprès de Palantir, la forme « Big Brother » de Peter Thiel le milliardaire fasciste apocalyticomane !

États Unis : MISE À NU – VOTRE INTIMITÉ COMME PRIX DU PASSAGE

Quand le « bon sens » numérique fait le lit du fascisme naissant.

Ou comment les USA deviennent détestables.

Ce qui se met en place aujourd’hui aux frontières étasuniennes n’est ni une innovation technique parmi d’autres, ni un simple durcissement des contrôles que l’on pourrait attribuer aux inquiétudes d’un monde instable. C’est une mise à nu, au sens le plus littéral, mais déplacée : non plus exercée sur le corps visible, mais sur ce qui, désormais, tient lieu d’identité réelle – nos données, nos relations, notre mémoire numérique, parfois accumulée sur une décennie entière comme on empile des archives en se persuadant qu’elles ne serviront jamais qu’à soi.

Ces derniers mois, des ressortissants canadiens, français et européens ont été refoulés à l’entrée des États-Unis après la fouille de leurs appareils numériques, leurs téléphones et ordinateurs devenant soudain des pièces à conviction.

Et ce n’était là que le début. Le dispositif se met en place. Le pire, plus systématique et plus intrusif, est encore à venir.

Je préfère le dire clairement, sans détour inutile : nous ne sommes pas face à une mesure exceptionnelle appelée à disparaître avec un changement d’administration. Les textes publiés fin 2025 par les autorités américaines, notamment au Federal Register, décrivent au contraire l’installation patiente d’un nouveau mode de gouvernement des individus, dans lequel l’entrée sur un territoire ne dépend plus seulement du respect des règles, mais de l’acceptation préalable d’être rendu lisible, interprétable, exploitable.

On me dira que ce type de contrôles existait déjà, parfois depuis des années. C’est vrai, en partie. Mais ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas l’existence du contrôle, c’est son changement de nature: il ne s’agit plus d’un regard ponctuel, mais d’une agrégation systématique, automatisée, cumulative, qui transforme des fragments de vie en profil durable.

La frontière ne contrôle plus, elle dissèque.

Pendant longtemps, franchir une frontière consistait à prouver que l’on existait juridiquement : un passeport, parfois un visa, et cette fiction commode selon laquelle l’État se contentait de vérifier une identité sans prétendre comprendre une vie. Cette époque, avec son illusion de neutralité administrative, appartient désormais à l’histoire.

Ce que les autorités américaines assument aujourd’hui, et que Reuters, l’Associated Press ou le Washington Post ont documenté sans complaisance, relève d’une logique bien plus intrusive : il ne s’agit plus d’identifier une personne, mais de la qualifier, d’anticiper ses comportements, d’évaluer ses affinités, de mesurer sa compatibilité avec un ordre sécuritaire donné. La frontière cesse d’être une ligne géographique ; elle devient un processus étiré dans le temps, qui commence parfois dix ans avant le départ et se prolonge bien après l’arrivée, dans des systèmes auxquels l’individu n’aura jamais accès.

La parole, première dépouille.

La première couche que l’on retire est celle de l’expression.

Les voyageurs sont désormais tenus de déclarer les réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années, exigence confirmée par la Customs and Border Protection et commentée avec inquiétude dans la presse américaine.

Cinq années de paroles écrites, souvent à la hâte, parfois avec ironie, parfois sous le coup de l’émotion, produites dans l’illusion de la spontanéité, deviennent ainsi des éléments d’appréciation frontalière. Ce qui était encouragé hier – s’exprimer, participer, réagir – se transforme en matière à suspicion. La frontière ne s’intéresse plus à ce que vous êtes, mais à ce que vous avez laissé apparaître, à ce que vous avez cru pouvoir dire sans conséquence.

Dix ans d’e-mails : l’archéologie d’une existence.

Viennent ensuite les adresses e-mail, toutes celles utilisées au cours des dix dernières années, comme le précisent les documents réglementaires analysés par Reuters. Il ne s’agit pas de lire des correspondances, assure-t-on, mais de disposer des points d’accès d’une vie entière. Une adresse e-mail est un pivot : elle relie des services, des affiliations, des engagements professionnels, intellectuels ou militants. En livrer la liste, c’est permettre la reconstitution d’un parcours avec une précision parfois plus implacable que la mémoire humaine.

Les numéros de téléphone, exigés sur cinq ans, complètent ce dispositif avec une efficacité presque chirurgicale. Ici, ce n’est plus le contenu qui importe, mais la relation : qui appelle qui, à quelle fréquence, dans quels cercles. Le lien social devient une structure exploitable. L’intime, un graphe.

La famille aspirée dans la procédure.

Le basculement véritable intervient lorsque la fouille cesse d’être individuelle. Les textes prévoient la collecte d’informations détaillées sur les parents, les enfants, les frères et sœurs : noms, dates et lieux de naissance, adresses, parfois coordonnées. Comme l’a relevé Le Monde, l’individu devient ainsi le dépositaire administratif de la vie privée de ses proches, lesquels n’ont pourtant rien sollicité et rien consenti.

La frontière devient relationnelle.

Elle ne juge plus des personnes isolées, mais ausculte des constellations entières.

Le corps comme dernier verrou

Lorsque les données ne suffisent plus, le corps est convoqué : photographie du visage, empreintes digitales, reconnaissance de l’iris, et désormais l’ADN à l’horizon des données mobilisables, comme l’indiquent les documents stratégiques du Department of Homeland Security. L’identité juridique est jugée insuffisante ; le corps devient le dernier mot de passe, la preuve qui ne se discute pas.

Je note, non sans une ironie sombre, que ce corps autrefois sanctuarisé par le droit devient ici un simple identifiant technique. On ne vous touche pas. On vous scanne.

Le téléphone, frontière que l’on porte sur soi.

Tout cela s’opère sans cris, sans uniformes, sans violence apparente. Le téléphone devient le poste-frontière que l’on transporte dans sa poche : application officielle, selfie, géolocalisation ponctuelle, preuve numérique de sortie du territoire. La mise à nu devient fluide, presque aimable.

Ce n’est pas une hypothèse. Wired, l’Associated Press et Le Monde ont documenté l’augmentation continue des fouilles de téléphones et d’ordinateurs portables par la CBP, rappelant que, pour les non-citoyens, le refus de coopérer peut entraîner rétention prolongée ou refoulement. J’avais moi-même consacré un billet à ces voyageurs bloqués à la frontière, confrontés à une fouille silencieuse de leur vie numérique. Ce n’était pas une anomalie. C’était un signal.

Certains imaginent qu’il suffirait d’entrer sans téléphone, ou avec un appareil vierge. C’est une illusion rassurante. La frontière contemporaine ne commence pas dans la poche, mais bien avant, dans l’ensemble des traces déjà produites, recoupées, stockées, souvent à notre insu.

Une puissance qui se rend détestable.

Il faut le dire sans détour : à force de transformer l’entrée sur son territoire en épreuve intrusive, les États-Unis sont en train de se rendre détestables. Non pas au sens idéologique- quoique …- , mais au sens sensible, presque corporel. Voyager vers l’Amérique devient pour beaucoup une expérience anxiogène, soupçonneuse, dissuasive, comme l’ont relevé Reuters et l’Associated Press à propos des effets sur le tourisme, les universités et les échanges intellectuels.

La situation est encore plus délicate pour celles et ceux qui n’ont pas le luxe du choix: chercheurs, salariés, artistes, cadres, contraints de se déplacer pour travailler. Leur “consentement” à l’exposition de leur vie numérique est souvent moins un choix qu’une condition implicite de l’emploi.

Des établissements académiques américains conseillent désormais à leurs invités étrangers de voyager avec des téléphones dédiés, presque vides, comme on le ferait pour entrer dans un régime dont on connaît trop bien les excès. Ce simple fait dit beaucoup. Une puissance qui oblige ceux qu’elle accueille à se dépouiller de leur intimité entame ce que l’on appelait autrefois son soft power. Elle n’attire plus. Elle inquiète. Elle ne fascine plus. Elle dissuade.

Palantir, ou l’industrie de la transparence forcée.

Cette mise à nu ne devient politiquement opérante que parce qu’existent des outils capables de l’agréger, de la croiser, de la transformer en décisions. Palantir est l’un des acteurs centraux de cette architecture, comme l’ont rappelé à de nombreuses reprises le New York Times et Le Monde.

J’ai déjà écrit sur Palantir, sur son idéologie foncièrement antidémocratique, sur ses connexions politiques, sur sa manière de transformer le réel en profils, en risques, en scénarios prédictifs. Palantir ne se contente pas d’assister la décision ; elle façonne la manière même dont les États regardent les individus, en substituant au citoyen une entité calculable, anticipable, classable.

Les frontières ne sont jamais des dispositifs isolés. Ailleurs, ces mêmes architectures de données ont déjà été utilisées dans des contextes militaires ou sécuritaires extrêmes, où la classification algorithmique a servi non plus à filtrer des entrées, mais à désigner des cibles. Ce sont des laboratoires du pire, qu’il serait dangereux de considérer comme des exceptions lointaines.

Son directeur général, Alex Karp, l’a affirmé publiquement : rendre les États plus efficaces que leurs adversaires implique parfois de faire peur aux ennemis et de les tuer à l’aide des technologies développées. Dans cette vision du monde, la mort n’est ni un scandale ni une rupture morale ; elle devient une variable admissible.

L’Europe, et la France comme symptôme.

Il serait confortable de croire que cette logique ne concerne que les États-Unis. L’Europe, pourtant, s’y inscrit déjà, à pas feutrés. La France en offre un exemple limpide : en reconduisant récemment un contrat liant la DGSI à Palantir, comme l’ont confirmé Le Monde et Challenges, elle a accepté de déléguer une part décisive de son intelligence sécuritaire à une entreprise américaine dont les dirigeants revendiquent une vision du monde où la démocratie apparaît comme une contrainte, parfois tolérée, jamais centrale.

La circulation transatlantique des données, y compris parmi les plus sensibles, a déjà été acceptée dans d’autres contextes récents, au nom de l’urgence ou de l’efficacité. Il serait naïf de croire que les frontières numériques respectent davantage la souveraineté que les frontières physiques.

Ce choix n’est pas un accident. Il révèle une fragilité intellectuelle profonde, cette croyance persistante que l’on peut importer des outils sans importer la vision du monde qui les a produits, comme si la technologie était neutre, comme si les algorithmes ne portaient pas en eux une manière de trier le vivant.

Quand le « bon sens » numérique fait le lit du fascisme naissant.

Employer le mot fascisme n’est pas ici une description de régime, mais un signal d’alarme. Ce qui se joue n’est pas encore une idéologie assumée, mais une fascisation lente, procédurale, portée par des outils présentés comme raisonnables, efficaces, presque neutres.

C’est ici que se dévoile la mécanique la plus inquiétante de notre époque. On nous répète que la sécurité exige des données, que la technologie est neutre, que ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont rien à cacher. Ces phrases paraissent raisonnables. Elles sont même devenues familières. Mais c’est précisément parce qu’elles semblent évidentes qu’elles sont dangereuses.

À force d’être martelé, le « bon sens » cesse d’être discuté ; il devient une injonction. Il fabrique une docilité nouvelle, fondée non sur la peur immédiate, mais sur l’acceptation progressive de l’inacceptable. Ce n’est plus la contrainte qui domine, mais le consentement organisé.

Le fascisme qui naît de ce terrain n’a rien de spectaculaire. Il ne réclame ni cris ni uniformes. Il avance à bas bruit, porté par des procédures, des tableaux de bord, des algorithmes. Il ne dit pas obéis. Il dit optimise. Il ne dit pas soumets-toi. Il dit sois transparent.

Ce qui vient.

Ce qui se dessine n’est pas un État brutal à l’ancienne. C’est plus propre. Plus silencieux. Plus redoutable. Un État qui n’interdit pas, mais qui observe ; qui ne censure pas, mais qui classe ; qui ne contraint pas, mais qui exige l’exposition totale.

La frontière ne sépare plus des territoires. Elle trie des existences. Elle n’est plus un seuil, mais une table d’examen où l’on ausculte des vies entières, où l’on soupèse des relations, où l’on interprète des silences.

Il n’y aura pas de scène finale. Pas de moment spectaculaire.

Seulement cette habitude qui s’installe, presque poliment : se mettre à nu pour passer, livrer sa vie pour circuler, offrir ses données pour être toléré.

Et lorsque l’on cherchera à comprendre comment les libertés ont cessé de tenir, on constatera sans doute ceci : elles n’ont pas été arrachées.

Elles ont été rendues, puis dissoutes dans la transparence devenue norme, dans l’acide sournois de l’indifférence coupable.

Rudy Demotte., 24/12/25.

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02.01.2026 à 09:36

Mohammed Harbi, 1933-2026.

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Ce 1° janvier 2026 partait Mohammed Harbi. Sa disparition à l’aube d’une année d’affrontement dans un siècle de chaleur, de guerres et révolutions, est chargée de sens. On ne fera pas ici une biographie de Mohammed Harbi, qui demanderait un ouvrage. Mohammed Harbi fut d’abord un combattant nationaliste algérien, militant du MTLD (Mouvement pour le […]
Texte intégral (729 mots)

Ce 1° janvier 2026 partait Mohammed Harbi. Sa disparition à l’aube d’une année d’affrontement dans un siècle de chaleur, de guerres et révolutions, est chargée de sens.

On ne fera pas ici une biographie de Mohammed Harbi, qui demanderait un ouvrage.

Mohammed Harbi fut d’abord un combattant nationaliste algérien, militant du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, de 1948 à 1954, et organisateur des étudiants et lycéens algériens et maghrébins à Paris à la veille de la Toussaint 54), puis du FLN (Front de Libération Nationale, de 1954 à 1965, principal « agent de liaison » avec le mouvement ouvrier européen et en particulier avec la IV° Internationale et Michel Pablo, puis « expert » auprès de différents ministères, et principal rédacteur du programme de Tripoli, d’orientation socialiste, adopté par le FLN pour être immédiatement enterré), et, brièvement, de l’ORP (Organisation de la Résistance Populaire, quelques mois entre le coup d’Etat de Boumediene et son arrestation le plongeant dans les caves et bagnes du régime).

Mohammed Harbi, évadé en 1973, fut ensuite un grand historien de ce qu’il avait lui-même vécu, à l’instar d’un Thucydide, et un chercheur théorique sur les luttes de factions, la bureaucratisation, les relations de pouvoir, leurs liens avec la culture masculine et religieuse. Abondante est sa bibliographie, nourrie de ses réflexions théoriques qui avaient en fait commencé dès sa jeunesse, quand il eut comme enseignant en Algérie Pierre Souyri, et nourrie aussi de la vaste tradition arabo-musulmane léguée par ses origines paternelles et maternelles. Citons ses Mémoires filmées, son autobiographie liée au récit historique et faite après celui-ci, son petit livre sur les origines et le déclenchement de l’insurrection armée de la Toussaint 54, son récit analytique de la réalité du FLN, son rappel de ce que la guerre d’Algérie a en fait commencé le 8 mai 1945, son étude de la période révolutionnaire 1962-1965 sur l’autogestion, ses travaux réalisés avec Benjamin Stora dont on peut sans doute dire qu’il fut le grand inspirateur et formateur, ainsi que du défunt Gilbert Meynier

Mohammed Harbi fut donc l’un des derniers, peut-être le dernier, des grands témoins, et acteurs, et témoin parce qu’acteur, le « témoignage » historique étant d’ailleurs lui-même une forme d’action par la conscience, y compris la conscience de soi, du XX° siècle et de ses tragédies, révolutions converties en contre-révolution qui nous ont légué le monde accéléré d’aujourd’hui en marche vers la dévastation, mais où l’espoir demeure. Et c’est par la froide conscience réaliste de notre propre histoire qu’elle demeure. Un Mohammed Harbi représente hautement cette conscience, de portée mondiale, de portée humaine.

Et Mohammed Harbi était, le disent tous les amis qui l’ont côtoyé, attentif et sympathique.

Nous ne dirons pas « paix à son âme » parce que l’esprit qu’il a mis en action, associant lutte et conscience, recul sur soi en plein engagement, est celui-là même dont nous avons besoin.

VP, 02/01/2026.

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01.01.2026 à 08:35

Manifestations insurrectionnelles en Iran. Ainsi commence 2026.

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Est-ce que cette fois-ci sera la bonne ? Franchement nous n’en savons rien, mais on doit saluer le courage et l’énergie des centaines de milliers de manifestants, et de manifestantes, qui, à nouveau défient la République islamique d’Iran, un régime aux abois qui, pour l’instant, tient par une répression effroyable et l’appui que constituent en […]
Texte intégral (624 mots)

Est-ce que cette fois-ci sera la bonne ? Franchement nous n’en savons rien, mais on doit saluer le courage et l’énergie des centaines de milliers de manifestants, et de manifestantes, qui, à nouveau défient la République islamique d’Iran, un régime aux abois qui, pour l’instant, tient par une répression effroyable et l’appui que constituent en réalité les interventions, grandes et petites, des États-Unis et d’Israël, utilisées par le régime pour réprimer et pour mentir.

La vague de manifestations est partie d’un lieu névralgique de la société iranienne : le bazar de Téhéran, sous forme de protestations contre la vie chère, la misère et la corruption des chaines d’approvisionnement. Cette explosion avait été préparée par des grèves ouvrières et une activité syndicale indépendante, clandestine et réprimée, mais vivante, contre l’ordre corporatiste des mollahs, dont il est bon de rappeler que leur Chambre du travail à la Pétain, « syndicat » officiel censé abolir la lutte des classes, est affiliée à la FSM, la Fédération Syndicale Mondiale stalinienne !

Les manifestations se sont propagées dans les principales villes et sans doute partout dans le pays. La jeunesse étudiante et lycéenne les a rejointes. Les mots d’ordre furent immédiatement politiques et démocratiques : A bas la dictature, Le peuple veut la chute du régime, Mort aux oppresseurs du peuple, et Ni Guide ni Shah – ce dernier mot d’ordre répondant aux allégations selon lesquelles la restauration de la monarchie serait l’alternative aux mollahs – Nota Bene : les vidéos de manifestants appelant au retour du shah sont des fakes, partagés aussi bien par les mollahs que par les sources liées aux États-Unis et à Israël !

Le gouvernement est aux abois, il a « présenté ses excuses au peuple pour l’inflation », promet des réformes économiques, annule les mesures perturbant les finances des petites entreprises commerciales, et la répression portant sur le port du voile par les femmes faiblit visiblement, mais attention, plusieurs vagues d’arrestations – on devrait dire de kidnappings – ont visé des étudiantes en cités universitaires.

Les revendications des petits vendeurs, de la petite bourgeoisie commerçante dont le régime a donc totalement perdu le soutien, s’ajoutent aux revendications salariales des ouvriers et employés, et l’exigence d’égalité des femmes se combine fortement aux revendications économiques (elles ne forment, théoriquement, que 14% de la force de travail employée !), le tout conduisant directement à la destruction politique de l’État en place.

Telle est l’équation iranienne réelle. Une gauche internationaliste digne de ce nom inaugurerait l’année 2026 en appelant à aider les peuples d’Iran, les travailleurs, la jeunesse et les femmes, à renverser le régime des mollahs, portant ainsi un coup mondial terrible aux Trump, aux Poutine, aux Xi, aux Modi, aux Milei et aux Maduro du monde entier !

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31.12.2025 à 19:43

Une année de progrès social. Les activités du « Mouvement social » en 2025.

aplutsoc

Présentation Les camarades du Sotsialnyi Rukh (Mouvement Social) viennent de publier ce jour un article rétrospectif de leurs activités en 2025 en guise de vœux. Nous le publions au titre de la solidarité internationaliste. Pour ce nouvel An, la rédaction d’Aplutsoc souhaite en 2026 la victoire du peuple ukrainien contre l’impérialisme de Poutine soutenu par […]
Texte intégral (1903 mots)

Présentation

Les camarades du Sotsialnyi Rukh (Mouvement Social) viennent de publier ce jour un article rétrospectif de leurs activités en 2025 en guise de vœux. Nous le publions au titre de la solidarité internationaliste. Pour ce nouvel An, la rédaction d’Aplutsoc souhaite en 2026 la victoire du peuple ukrainien contre l’impérialisme de Poutine soutenu par Trump, et l’avancement de la mobilisation et de l’organisation des travailleurs pour leurs revendications sociales, économiques et politiques contre l’exploitation et l’oligarchie capitaliste.

Document

L’année 2025 s’achève, après avoir mis notre endurance à rude épreuve. Elle a démontré que le Mouvement social [Sotsialnyi Rukh – SR] est resté une organisation qui, dans les moments difficiles pour l’Ukraine, a défendu avec constance les intérêts des travailleurs, des anciens combattants et des personnes déplacées, tout en soutenant le personnel militaire. Nous n’avons pas simplement réagi aux défis de la guerre et de la crise économique, mais avons mis l’accent sur les possibilités d’une voie alternative pour le développement de l’Ukraine, où le peuple, sa sécurité, ses droits et sa dignité priment sur les profits des entreprises et des structures bureaucratiques. En poursuivant notre action à Kyiv, Lviv et Kryvyi Rih, nous avons atteint un niveau de mobilisation sans précédent. La confiance des classes laborieuses et le soutien indéfectible de nos partenaires de l’Institut danois des partis et de la démocratie, de l’Alliance rouge-verte et des partis alternatifs nous ont permis de surmonter tous les obstacles.

En défense des héros des infrastructures et des victimes de guerre

Cette année, un conflit qui durait depuis plusieurs années s’est soldé par une victoire pour les employés d’Ukrzaliznytsia : la Cour suprême a déclaré illégale la suspension des paiements prévus par les conventions collectives pendant la période de la loi martiale. Nos avocats ont contribué à l’élaboration de ce précédent, qui a déjà permis de recouvrer environ 8,2 millions de hryvnias pour d’autres employés dans des litiges relatifs à l’aide matérielle due. Nos publications dénonçant les manipulations de la direction d’Ukrzaliznytsia JSC en matière de paiements ont suscité un vif intérêt .

Nous avons concentré nos efforts sur la protection des droits des travailleurs des infrastructures critiques afin d’attirer l’attention sur les difficultés rencontrées par celles et ceux qui, au péril de leur vie, garantissent la stabilité de l’Ukraine. En avril, le Forum social « Protection des travailleurs des infrastructures critiques en temps de guerre » s’est tenu à Kyiv. Comme chacun sait, une politique incohérente a engendré une situation paradoxale : les familles des travailleurs victimes d’attaques racistes ne perçoivent pas les prestations du Fonds de pension prévues par la loi n° 2980, leurs entreprises n’étant pas reconnues comme infrastructures critiques. Cet événement a intensifié le dialogue avec les autorités, aboutissant à l’élaboration du projet de loi n° 14303. S’il est adopté, ce texte étendra l’indemnisation des victimes aux entreprises d’infrastructures critiques, qu’elles soient ou non inscrites au registre spécial.

Des démarches ont été entreprises pour contester les refus injustes de la PFU : des dizaines de requêtes ont été déposées auprès des tribunaux et du Médiateur au nom des travailleurs des chemins de fer, des secteurs de l’énergie, de la défense et des services publics concernés.

Le 31 mai 2025, à Kryvyi Rih, le « Mouvement social », en collaboration avec la fondation caritative « YaMariupol », a organisé un forum social intitulé « Soutien aux personnes déplacées ». Cet événement a rassemblé une soixantaine de personnes, soulignant la gravité de la situation sociale des personnes déplacées.

Une aide qui ne s’arrête jamais

Nos bureaux de Lviv, Kyiv et Kryvyi Rih ont fonctionné comme des centres d’écoute ouverts, où chacun pouvait bénéficier de conseils juridiques et d’un soutien psychologique. La priorité était d’aider les personnes les plus vulnérables : les travailleurs et les syndicalistes victimes d’oppression, les étudiants, les personnes déplacées, les femmes victimes de violences conjugales et les familles de militaires. Nous agissons ainsi car nous savons que la lutte pour la justice commence par la force intérieure. Après tout, une personne épuisée, déprimée et désorientée ne peut se battre.

De plus, nous continuons d’aider nos amis, camarades et syndicalistes des Forces armées ukrainiennes, en leur fournissant munitions, médicaments, véhicules et tout le nécessaire. Malheureusement, la guerre déclenchée par les envahisseurs russes se poursuit ; soutenir la résistance ukrainienne demeure donc essentiel à la préservation de la démocratie en Ukraine.

Partager les connaissances et développer les formats

Nous poursuivons notre mission d’éduquer une nouvelle génération de citoyens engagés. SR est une organisation qui permet aux jeunes et aux classes populaires, auparavant exclus de la vie publique et politique, d’acquérir une première expérience militante. C’est pourquoi, parallèlement à l’éducation civique, nous attachons une grande importance au développement de compétences pratiques, allant de l’utilisation des garanties syndicales à la mise en œuvre d’un suivi environnemental public.

Des études ont été menées sur les conditions de travail des éducateurs : une étude sociologique dans la ville de Kryvyi Rih sur l’identification des pertes d’éducation chez les enfants âgés de 11 à 16 ans ; sur le respect de la législation relative aux paiements supplémentaires dus aux médecins en première ligne ; sur les moyens de renforcer l’influence des travailleurs au sein des conseils de surveillance.

De nombreuses formations variées ont été organisées à Kryvyi Rih : elles portaient sur la sécurité, les soins médicaux à domicile, et des ateliers pour femmes ont permis de mieux comprendre la réparation d’appareils ménagers et l’entretien automobile. L’organisation des activités de l’ONG s’est également enrichie de tournois de football, qui se sont déroulés régulièrement tout au long de l’été.

Approfondir les liens internationaux pour tirer des enseignements des meilleures pratiques

Dans le cadre de ce partenariat, une délégation du « Mouvement Social » a été invitée au Danemark en janvier 2025 pour étudier l’expérience des partis progressistes amis, ainsi que des syndicats locaux.

Nous avons également participé à la conférence historique « Solidarité avec l’Ukraine – Soutien aux droits nationaux et sociaux du peuple ukrainien », qui s’est tenue les 26 et 27 mars 2025 à Bruxelles (Belgique). Nos militants de Kryvyi Rih ont eu l’opportunité de prendre part activement au congrès du parti Alliance de la gauche finlandaise (Vasemmistoliitto), qui a eu lieu du 21 au 23 novembre 2025.

En octobre, une rencontre entre des militants SR et une délégation de représentants du Parlement européen, des députés du Bundestag, ainsi que nos amis de Finlande, de Suède, de France et d’Allemagne a eu lieu à Lviv.

Un réseau de solidarité qui construit une nouvelle Ukraine

Notre organisation a également évolué cette année, s’efforçant d’être encore plus inclusive. Par exemple, en août, la retraite [séminaire] féministe « Reconstruction, Force, Solidarité » a permis de rassembler des dizaines de militantes de toute l’Ukraine et de définir les priorités dans la lutte pour l’égalité des genres. Cette année, la section jeunesse du SR à Kryvyi Rih a commencé ses activités. Les jeunes de cette initiative se sont réunis pour une session stratégique, qui a abouti à un véritable manifeste intitulé « La jeunesse, moteur de la société ».

L’année 2025 a démontré que le Mouvement social n’est pas qu’une simple ONG, mais un réseau vivant de solidarité. Nous avons prouvé que, même en temps de guerre, les droits des travailleurs ne sont pas une question secondaire, mais le fondement de la stabilité nationale. Il est essentiel pour nous que la voix des classes laborieuses soit davantage entendue quant aux réformes nécessaires et aux moyens de parvenir à la paix.

Sous la pression de l’agresseur et face à la faiblesse du capitalisme corrompu, la guerre risque de se prolonger. Dans ces conditions, les possibilités de participation démocratique resteront donc limitées. Le Mouvement social n’est pas resté inactif face aux tournants de l’histoire politique et les a analysés : cet été, nous avons rejoint les manifestations qui ont rassemblé des milliers de personnes , rappelant que le système oligarchique est voué à la corruption. Nos slogans « Sauvez le pays, pas les oligarques »  et « Travailleurs, vous êtes essentiels à l’avenir de l’Ukraine » ont suscité un vif intérêt en Ukraine et ont été traduits dans plusieurs langues.

La justice sociale n’est pas un luxe pour temps de paix, c’est une condition de survie en temps de guerre. Nous avons prouvé que derrière chaque travailleur licencié, derrière chaque facture de santé impayée, derrière chaque loi corrompue, se cache une force capable de riposter.

Notre objectif pour 2026 : encore plus d’antennes locales, des liens internationaux encore plus forts et une juste punition pour ceux qui exploitent notre peuple.

Nous remercions tous ceux qui se sont joints à nous et ont partagé cette responsabilité. Nos actions communes créent les conditions nécessaires à la renaissance du mouvement de gauche en Ukraine, et sans cela, notre société est condamnée à souffrir d’égoïsme et d’inégalité. Il n’y a qu’un seul moyen de renforcer le lien entre les autorités et les travailleurs : donner le pouvoir aux travailleurs. Et nous sommes déterminés à le faire savoir plus fort.

Construisons ensemble l’Ukraine dont rêvent les travailleurs !

Le 31/12/2025.

Source : https://rev.org.ua/rik-socialnogo-postupu-diyalnist-socialnogo-ruxu-za-2025-rik/

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31.12.2025 à 11:55

L’Ukraine et le pacifisme de la gauche française. Lutte pour la paix ou lâcheté myope ? par Maria Bikbulatova.

aplutsoc

En France, la résistance ukrainienne à l’invasion russe est souvent appréhendée de manière (géo)politicienne. Faut-il armer Kiev et se faire suppôts l’impérialisme de l’OTAN ou bien laisser les ukrainiens se dépatouiller avec un Poutine qui tente maladroitement de ramener la paix et la prospérité dans la région ? Par-delà toute caricature, la guerre est traversée de […]
Texte intégral (6014 mots)

En France, la résistance ukrainienne à l’invasion russe est souvent appréhendée de manière (géo)politicienne. Faut-il armer Kiev et se faire suppôts l’impérialisme de l’OTAN ou bien laisser les ukrainiens se dépatouiller avec un Poutine qui tente maladroitement de ramener la paix et la prospérité dans la région ? Par-delà toute caricature, la guerre est traversée de contradictions qui apparaissent inextricables, autant à l’échelle de ceux qui nous gouvernent qu’à celles de ceux qui s’y engagent sur place (ou derrière leur écran). Dans ce texte, Maria Bikbulatova, philosophe anarcho-communiste russe, revient sur les appels à la paix repris par La France Insoumise et propose des les inscrire dans la lutte en cours tant sur le front Ukrainien que dans les petites poches de subversion qui persistent en Russie. Partir du réel donc, plutôt que du ciel spéculatif des géopoliticiens de comptoir (ou de l’assemblée).

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Le 5 octobre 2025, un congrès anti-guerre (International Meeting against the War / Contre la Guerre) s’est tenu à Paris, organisé par La France Insoumise (LFI), lePOI, la Stop the War CoalitionCodepink et d’autres. Des représentant·es de l’organisation « Union des gauches postsoviétiques » (PSL) et de la coalition « Paix par le bas », créée sur la plateforme du PSL, y ont également pris la parole. Ils ont appelé à la solidarité avec les déserteurs d’Ukraine et de Russie, tout en critiquant les livraisons d’armes à l’Ukraine. Ces interventions ont suscité de vifs débats parmi les militant·es de sensibilité de gauche et anarchiste.

Peu après, l’activiste et poétesse Galyna Rymbu, vivant en Ukraine, a publié un article et une lettre ouverte dans lesquelles elle critique les positions des figures publiques du PSL et de « Paix par le bas ». Elle y souligne le caractère problématique de la promotion de ces positions en collaboration avec des militant·es issus des mouvements masculinistes radicaux. Elle rappelle également que plusieurs dirigeant·es de ces initiatives avaient, depuis la Révolution de la Dignité en Ukraine et le début de la guerre en 2014, participé à des mouvements séparatistes prorusses soutenus par le Kremlin, contribuant ainsi à la diffusion de discours prorusses au sein des partis et organisations de gauche européens.

Au cours de l’année écoulée (depuis l’arrivée de Trump au pouvoir), le discours sur la paix à tout prix s’est intensifié dans des segments très variés du spectre politique. Pour l’Ukraine, cela signifie avant tout une paix imposée et aux conditions de la Russie. En ce moment même, nous assistons à un nouveau tournant dans les événements, alors que Trump contraint une fois de plus l’Ukraine à accepter les conditions humiliantes d’un accord dont le projet a été rédigé au Kremlin.

Dans ce contexte, il me semble important d’aborder la question de savoir pourquoi des forces de gauche aussi visibles que La France Insoumise (LFI) et le POI soutiennent de tels discours, comment l’agenda et les stratégies impérialistes s’infiltrent dans les mouvements de gauche en France, et quelles pourraient en être les conséquences.*

Je m’appelle Maria Bikbulatova, je suis anarcho-communiste, philosophe politique, traductrice, éditrice et militante originaire de la fédération de russie. Avant le début de l’invasion à grande échelle, je vivais à Saint-Pétersbourg et j’étais affiliée à l’Université européenne, où j’étudiais les phénomènes de culpabilité et de responsabilité. J’étais également l’une des éditrices d’un célèbre journal activiste queer-féministe, sur la base duquel nous tentions de créer des narratifs de résistance à la politique patriarcale et impériale de l’État russe.

En 2022, j’ai déménagé en France et j’ai commencé à tisser des liens avec des militants de gauche européens, avec lesquels nous pouvions réfléchir ensemble à la manière dont les mouvements de base pourraient influencer le cours de la guerre. En particulier, j’ai participé au travail d’un groupe activiste qui cherchait à rendre visible le problème des entreprises européennes (et françaises) qui continuaient à travailler avec l’État russe et le secteur militaire après le début de la guerre à grande échelle. En France, l’un des exemples les plus frappants était l’entreprise Eutelsat, qui pendant deux ans a continué à fournir ses satellites pour la diffusion de chaînes de propagande russes (y compris sur les territoires occupés d’Ukraine). Le fait que « Auchan » aidait l’armée russe avec des produits alimentaires, beaucoup de gens le savent probablement aussi.

Mon mari (également militant de gauche) et moi acceptions toutes les invitations à des événements publics des mouvements de gauche français, où il était possible de discuter de la nature et des conséquences de l’agression militaire russe. Mais souvent, lorsque je parlais des entreprises européennes travaillant avec l’État russe, de la russification forcée, du nationalisme, du sexisme et du racisme comme éléments de la politique d’État en Fédération de Russie, on me répondait : « Oui, mais l’OTAN a provoqué… Oui, mais en Ukraine il y a des nationalistes… ». Peu à peu, j’ai commencé à éviter de telles discussions, car je comprenais que pour les organisations de gauche en Europe, le focus principal était la critique de l’OTAN, et qu’il serait trop difficile de les convaincre que soutenir un impérialisme étranger n’est pas une très bonne manière de lutter contre celui au sein duquel nous vivons.*

Au cours de la dernière année, beaucoup de choses ont changé. Trump est arrivé au pouvoir aux États-Unis, et depuis, il tente de pousser l’Ukraine vers des accords de paix humiliants par un chantage que la Fédération de Russie utilise à son tour pour s’emparer de davantage de territoires ukrainiens. S’y ajoutent les problèmes internes des pays européens – en premier lieu, la mise à mal des acquis sociaux. Beaucoup d’Européen·ne·s sont également effrayé·e·s par les plans d’augmentation des budgets de défense de leurs pays et par la perspective d’une guerre avec la Fédération de Russie. Sur ce fond, dans toutes les parties du spectre politique, s’intensifient les tentatives de normaliser le discours prorusse et d’orienter l’opinion publique vers une « paix à tout prix », même si cette soi-disant paix est dévastatrice pour l’Ukraine.

C’est pourquoi j’ai été plus qu’inquiète lorsque, le 6 octobre, dans la chaîne Telegram « Allo, Macron » (qui relaie les nouvelles du mouvement ouvrier en France pour le public russophone), j’ai visionné l’enregistrement des interventions des dirigeant·e·s du PSL et de « Paix par le bas » (la Russe Elizaveta Smirnova et l’Ukrainien Andriy Konovalov) au congrès anti-guerre au Dôme de Paris.

Au début, Elizaveta Smirnova y parle de solidarité avec les soldats de l’armée russe qui signent des contrats militaires par pauvreté, et sont fatigués de la guerre, ainsi que du fait que Trump ne peut pas aider à ce que la guerre s’arrête. Elle déclare ensuite avec émotion : « De plus en plus de gens meurent ! L’OTAN envoie de plus en plus d’armes ! » et propose de passer à des mesures, selon elle, plus efficaces pour atteindre la paix comme faire du 19 janvier une journée de solidarité avec les déserteurs russes.

Le 19 janvier n’est pas une date choisie au hasard, c’est le Jour du souvenir pour les antifascistes russes Markelov et Baburova, assassinés en 2009. Le public français et européen ne verra probablement rien d’étrange dans cette initiative. Mais pour beaucoup de russophones connaissant le contexte, la proposition de faire de ce jour de mémoire antifasciste, un jour de solidarité avec les déserteurs russes, est profondément problématique. Nous avons de bonnes raisons de craindre que dans ce cas, les noms de Markelov et Baburova puissent être manipulés.

Il existe de nombreuses organisations activistes anti-autoritaires et personnes venant de Russie qui s’identifient comme antifascistes et ne se retrouvent pas dans la rhétorique des dirigeants du PSL et de « Mir Snizu », qui tentent de présenter l’Ukraine comme un pays « fasciste/nazi » et le peuple ukrainien comme dépourvu d’autonomie politique. Parmi ces antifascistes russes, il y a Dmitri Petrov (Leshiy), mort en combattant aux côtés de l’Ukraine.

Ce n’est pas la première fois que les dirigeants du PSL et de « Paix par le bas » tentent d’effacer ou même d’insulter la mémoire des antifascistes russes qui ne partagent pas leurs opinions. Récemment, un des dirigeants de « Mir Snizu » et de la section allemande du PSL, Alexandre Voronkov, a qualifié Dmitri Petrov ainsi qu’un autre antifasciste internationaliste, Cooper (lui aussi mort en combattant l’agression russe), de « mutilés moraux ». Lors de la même discussion, le dirigeant de la section française du PSL, Andréï Demidov, décrivait les militant·es de gauche ukrainiens défendant leur droit à la résistance armée contre l’agression russe, comme des « apologistes du suicide collectif ».*

Mais revenons à l’intervention de Smirnova. Cela m’a fait mal d’entendre la salle, où se trouvaient 4000 militant·e·s de gauche venus·es de différents pays du monde, exploser en applaudissements en réponse à la proposition d’arrêter l’agression russe par une journée de solidarité avec les déserteurs. Je me suis dit : les gens ne voient donc pas la démagogie évidente dans ce discours ? « Les soldats russes souffrent – Trump n’aide pas – Les livraisons d’armes à l’Ukraine n’aident pas – Le 19 janvier comme journée de solidarité avec les déserteurs russes aidera ». Il m’est difficile de me rappeler un exemple historique où une journée de solidarité ait protégé des bombes et des missiles de l’agresseur.

Bien sûr, il faut soutenir les personnes qui esquivent le service dans l’armée de l’agresseur ou qui en désertent les rangs (et pour cela existent des initiatives comme « Idite lesom »).

Mais il n’est pas évident de comprendre pourquoi la réduction des effectifs de l’armée de l’agresseur devrait nécessairement passer par une diminution des livraisons d’armes à l’Ukraine. De même, on ne voit pas clairement en quoi le désarmement de l’Ukraine pourrait aider les déserteurs russes.

Aussi, le discours de Smirnova laisse l’impression que les vies des militaires russes sont, pour elle, politiquement prioritaires sur celle des Ukrainiens. Elle ne répond d’ailleurs pas à la question de qui assurera la sécurité de la population civile en Ukraine pendant que nous priorisons l’amélioration des conditions d’existence des soldats du camp agresseur ? Plus tard, Elizaveta Smirnova, alors qu’elle commente son intervention du 5 octobre, affirme également que les armes actuellement fournies à l’Ukraine ne servent ni le bien ni la protection du peuple ukrainien.

De son côté, Konovalov parle des violations des droits humains en Ukraine, du fait que des hommes sont enrôlés de force dans l’armée et qu’on ne leur permet pas de quitter le pays. Il propose d’arrêter l’aide militaire à l’Ukraine et de consacrer les mêmes ressources à contraindre l’Ukraine à respecter les droits humains. Ce n’est pas la première fois que Konovalov suggère aux forces politiques d’opposition de gauche européennes et russes de faire du chantage aux livraisons d’armes pour exiger de l’Ukraine le respect des droits de l’homme. Les droits de l’homme sont évidemment très importants, mais il est aussi évident que, dans cette déclaration, cette notion est instrumentalisée.

Dans ce contexte, il est important de poser des questions à ceux qui offrent une tribune à des personnes comme Konovalov. LFI et le POI critiquent régulièrement l’OTAN, mais de quelle manière le chantage et l’ingérence dans les affaires d’un pays souverain comme l’Ukraine ne sont-ils pas des manifestations de l’impérialisme occidental ? Comment des méthodes semblables à celles de Trump s’inscrivent-elles dans l’agenda de gauche ? Ou bien, peut-être que du fait que la pression sur la Russie n’a pas produit l’effet escompté par les pays de l’UE, les forces de gauche considèrent-elles désormais acceptable de faire pression sur les victimes d’une agression impérialiste et d’exiger d’elles le respect des droits humains (alors que les pays de l’UE eux-mêmes ne s’en acquittent que médiocrement) ? Pourquoi les problèmes de l’État ukrainien justifient-ils de mettre en danger la sécurité de tout le peuple ukrainien ?*

Lors de son intervention, Konovalov a également prononcé la phrase suivante : «  Tout à fait semblables à Israël, alors qu’ils condamnent la Russie pour son mépris des droits humains, les gouvernements acceptent et légitiment la pratique systémique de la torture en Ukraine ». Il convient d’examiner cela plus en détail. Cette phrase n’a pas été prononcée par hasard dans cette assemblée, car de nombreux militant·e·s présents au congrès manifestaient avant tout leur solidarité avec la Palestine. L’utilisation rhétorique d’un argumentaire pro-palestinien contre l’Ukraine est évidemment ici une stratégie politique.

Dès le début de la guerre à grande échelle, nous avons observé des tensions entre des personnes non-blanches de diverses origines demandant l’asile en Europe et les personnes déplacées temporairement venant d’Ukraine. Plusieurs facteurs se sont superposés. D’un côté, les États européens ont, en moyenne, mieux traité les Ukrainiens déplacés par la guerre que les réfugiés non blancs. Cependant, la situation évolue lentement dans un sens moins favorable aux Ukrainiens, à mesure qu’il devient clair que l’aide nécessaire n’est pas temporaire mais durable. Il reste néanmoins compréhensible que des sentiments douloureux puissent naître chez les réfugiés moins favorisés venant de Syrie, d’Afghanistan ou des pays subsahariens.

Les tensions ont été alimentées par les déclarations de politiciens qui affirmaient à la télévision et dans les grands médias que l’immigration en provenance d’Ukraine était « de qualité », car les Ukrainiens sont des Européens et des chrétiens. Macron en premier lieu a joué la carte de l’aide à l’Ukraine dans ses discours publics, bien que – si l’on examine les données officielles – la France ait accueilli bien moins de personnes déplacées temporairement en raison de la guerre par rapport à la Pologne, l’Allemagne ou d’autres pays de l’UE géographiquement plus proches de l’Ukraine. De même, la France a fourni un volume relativement modeste d’armes par rapport à l’Allemagne. Néanmoins, français ou personnes migrantes ont en général connaissance des politiques publiques via les discours politiques dans les médias mainstream, et connaissent souvent mal la réalité des faits. Aussi, le sentiment que la France soutien très fortement l’Ukraine, ne correspond pas tout à fait à la réalité.

À cela s’ajoute le fait que de nombreux Ukrainiens s’identifient comme Européens et souhaitent que l’Ukraine rejoigne l’Union européenne. Pour les Ukrainiens, il s’agit d’aspirations à la démocratie, à la protection des droits humains et, surtout, à la libération définitive du colonialisme séculaire exercé par l’Empire russe puis l’Union soviétique et aujourd’hui par la fédération de russie. Pour de nombreuses personnes non blanches, qui ne sont pas considérées comme européennes (même si elles sont nées et ont grandi en Europe depuis plusieurs générations), les Ukrainiens apparaissent privilégiés. Pour les gauches européennes, leur aspiration à rejoindre l’OTAN pour se protéger de l’agresseur semble douteuse.

Nous observons une réalité complètement différente en ce qui concerne le soutien à la Palestine. De nombreux États européens (y compris la France) répriment massivement les actions de solidarité avec la Palestine, soit reconnaissent nominalement l’existence de l’État palestinien, mais sans que cela ne s’accompagne ni d’une aide militaire ni d’une solidarité politique effective.

La succession de ces faits, finit alors pas se résumer dans les discours de PSL et Mir Snizu en une formule politique simpliste et malhonnête : « L’Europe aide l’Ukraine avec des armes, elle aide aussi Israël avec des armes. Les États européens accueillent les Ukrainiens mais pas les Palestiniens », Les mots prononcés par Konovalov ont alors pour effet de focaliser sur l’Ukraine le sentiment d’injustice et la colère générale face à l’incapacité des États européens à agir fermement pour mettre un terme au génocide des Palestiniens.*

Comment se fait-il que la colère légitime face au racisme structurel des États européens soit dirigée contre l’Ukraine ? Cela ressemble à un mécanisme psychologique éculé : Ne pouvant rien faire contre un agresseur, on canalise son agressivité vers quelqu’un de plus atteignable. Mais, l’Ukraine doit-elle recevoir depuis la gauche ces coups qui ne lui sont pas destinés ? Des coups qui, cumulés à d’autres, pourraient lui être fatals.

Les pays européens soutiennent l’Ukraine du fait que la guerre en Europe les préoccupe évidemment davantage que les guerres sur d’autres continents.

Mais il me semble que les personnes de gauche doivent être conscientes du fait que les Ukrainiens ne sont responsables ni du racisme structurel des pays européens, ni de la manière dont ces pays se comportent à l’égard de la Palestine. Il est bien entendu essentiel de rappeler sans cesse les nécessités d’un soutien sans faille des personnes venant d’Afrique et du Moyen-Orient, ainsi que d’une lutte active contre le racisme et les inégalités qu’il engendre et pour un accueil inconditionnel des personnes migrant.e.s

Cependant, opposer les victimes de différents impérialismes et les pousser à se disputer l’attention et la solidarité de la gauche européenne ne sert en rien ces luttes, mais aggrave la situation en Ukraine en entravant la solidarité internationale.

Dans ce contexte, le discours très médiatisé de Mélenchon lors du meeting LFI en août 2025 suscite bien plus que de l’inquiétude. Mélenchon y prononçait un vibrant plaidoyer en faveur de la Palestine, dénonçant l’impérialisme. Puis il affirmait qu’il n’aurait jamais fallu blesser la Russie, et que le simple fait que l’UE ait cherché à se rapprocher de la Géorgie et de l’Ukraine dès 2008 a conduit la Russie à se défendre. Le sens de son discours était qu’il ne faut pas toucher aux espaces post-soviétiques (c’est-à-dire ces États historiquement liés aux intérêts coloniaux de la Russie), car cela n’a aucun intérêt pour la France.

Ces derniers temps, en France, de nombreuses discussions internes portent sur la militarisation et les déclarations selon lesquelles la France doit se préparer à une guerre avec la Russie dans quelques années. Et bien sûr, certaines forces politiques sont intéressées à gonfler excessivement le budget militaire français en exploitant la peur des gens. Cependant, il est difficile de comprendre en quoi le projet de loi de finances (PLF 2026) a un rapport avec la situation actuelle en Ukraine puisque celui-ci se concentre sur le renforcement de la défense européenne, sans ventilation détaillée pour l’Ukraine ni d’indication d’un montant fixe alloué à Kiev, contrairement aux mêmes documents des années 2024-2025.

Pour beaucoup, les déclarations de Mélenchon (« Nous ne voulons pas de guerre ! »), prononcées dans ce contexte, sont une tentative de résister à l’hystérie militariste. Mais ce n’est qu’une manière d’aborder le problème. Il existe un potentiel agresseur sous la forme de la Fédération de Russie, avec lequel une guerre est possible. Certains disent qu’il faut se préparer à la guerre, accepter des sacrifices dès maintenant et être prêt à des sacrifices encore plus grands à l’avenir tandis que d’autres affirment qu’il suffit de ne pas provoquer l’agresseur – lui donner ce qu’il veut (l’Ukraine ou une partie de son territoire), et qu’alors il n’aura pas d’intérêt à s’en prendre à nous.

Le problème ne réside pas seulement dans le fait que cette dernière position va à l’encontre de toute forme de solidarité internationaliste (sauf avec l’impérialisme russe). mais aussi qu’elle est aveugle au fait que lorsque l’agresseur obtient ce qu’il veut, il s’arrête rarement.

La guerre est l’instrument principal de Poutine depuis le début de son règne. Pour maintenir son pouvoir et assurer l’accès aux ressources pour les oligarques qui lui sont loyaux, le poutinisme se construit constamment de nouveaux ennemis. L’idéologie d’État séduit une partie de la population rêvant d’un retour à la grandeur passée, d’opposition à « l’Occident » et aux prétendues valeurs individualistes imposées par celui-ci. Une autre partie de la population se trouve effrayée et convaincue que ce n’est pas le moment de réclamer des changements, alors qu’un ennemi se trouve aux portes de la Fédération de Russie (ou à l’intérieur d’elle). Cette stratégie profite à la Russie, il est donc probable qu’une pause, lui permette de reprendre des forces et de lancer une nouvelle guerre. De plus, tant que Poutine ou ses successeurs seront au pouvoir, les répressions politiques à l’intérieur de la Russie ne cesseront pas et seront encore plus brutales sur les territoires d’Ukraine occupée.*

Comment les forces de gauche françaises réagissent-elles à ces défis ?

À l’heure actuelle, les livraisons d’armes à l’Ukraine sont soutenues par certaines communautés anarchistes et antifascistes. Le NPA (R) déclare que le peuple ukrainien a le droit à l’autodéfense.

LFI s’oppose globalement aux livraisons d’armes. Les dirigeants du PSL et de « Mir Snizu » (Konovalov, Sakhnin) affirment dans les médias de gauche russes qu’ils conseillent personnellement Mélenchon et LFI sur la guerre de la Russie contre l’Ukraine, la subjectivité politique du peuple ukrainien et la situation politique intérieure en Ukraine. Pourtant, ils n’entretiennent aucune relation avec les réels grands mouvements et organisations de gauche en Ukraine et ne divulguent pas les sources sur lesquelles repose leur analyse politique.

Comment se fait-il que des personnes n’ayant aucun lien avec les mouvements de gauche en Ukraine représentent en France les positions des gauches ukrainiennes ? Qui portera la responsabilité des erreurs et des manipulations dans leur « analyse politique » ? Qui portera la responsabilité si les groupes d’extrême droite avec lesquels ils collaborent passent à des actes de provocation et de violence, en utilisant les plateformes politiques des organisations de gauche dans l’UE ?

Jean-Luc Mélenchon soutient les activistes de « Mir Snizu » et du PSL non seulement médiatiquement, mais aussi matériellement. Pourquoi, parmi toutes les forces de gauche dont la position aurait pu être mise en lumière, choisit-il précisément celles-ci ? Dans quelle mesure la position du PSL/« Mir Snizu », représentée par exemple dans leur « Résolution sur le régime ukrainien » ou dans les interventions de l’un de leurs leaders, Viktor Sidorchenko (où celui-ci appelle à intégrer totalement l’Ukraine à la Fédération de Russie dans le but de restaurer une nouvelle Union soviétique), s’inscrit-elle dans la stratégie politique de Jean-Luc Mélenchon et de LFI ?

L’arrêt de l’aide à l’Ukraine, déguisé en pacifisme et en une parodie de solidarité internationale, semble être une solution simple et compréhensible à un problème complexe. La complexité réside dans le fait qu’il faut analyser dans quelle mesure la réduction des garanties sociales est liée à l’aide militaire à l’Ukraine car il est en effet possible que, cette carte (l’aide à l’Ukraine) puisse être jouée par des politiciens libéraux simplement comme justification pour mener des réformes impopulaires.

Pour le moment, nous observons, de la part de l’Europe une réduction de l’aide militaire à l’Ukraine. Aide qui, rappelons-le, n’est pas fournie gratuitement. Le budget de défense français augmente, mais comment compte-t-on le dépenser ? Pour l’achat de matériel aux États-Unis, alors que l’usine de confection d’uniformes militaires du nord de la France a récemment fermé, entraînant du chômage et – par conséquent – une montée des sentiments d’extrême droite dans la région… En effet, la militarisation est un sujet complexe, voire douloureux pour les personnes de gauche. D’un côté, les politiciens de droite cherchent réellement à réduire les garanties sociales au profit du budget militaire, ce qui permet au passage à de nombreux acteurs d’en tirer un profit considérable. De l’autre, il existe une menace bien réelle de la part de la Fédération de Russie, qui, à travers des cyberattaques et des drones, teste régulièrement la capacité des pays de l’UE à réagir. Ignorer cette menace et se bercer de l’illusion que la Russie se calmera si elle obtient ce qu’elle revendique en Ukraine pourrait avoir de graves conséquences.

Dans une analyse récente, Hanna Perekhoda écrit :

« Au niveau national, pour la plupart des pays d’Europe centrale et occidentale, il n’y a aucun risque d’invasion militaire directe. Et de nombreux populistes de gauche et de droite ne s’expriment qu’en termes nationaux : “Il n’y a pas de menace militaire pour notre nation, alors pourquoi dépenser de l’argent pour la défense ?”

Mais cette position est contre-productive. En attisant les sentiments isolationnistes, la gauche fait le jeu de l’extrême droite. L’extrême droite est plus cohérente car elle promeut l’égoïsme dans tous les domaines, de sorte que la gauche est toujours perdante à ce jeu.

Si nous adoptons plutôt une perspective européenne, nous devons admettre que oui, l’Europe en tant qu’entité est menacée. […]

Un scénario plausible serait une provocation dans les pays baltes, destinée à tester la crédibilité de la dissuasion européenne. Ce qui constitue une invasion et ce qui n’en est pas une est toujours une question d’interprétation. N’oubliez pas que les avions de combat russes violent déjà l’espace aérien d’autres pays. Pas à pas, ils testent jusqu’où ils peuvent aller.

[…]

En Europe occidentale, la menace est différente. Il s’agit moins d’une invasion que de la montée de l’extrême droite. Pour Poutine, pour Trump, pour J. D. Vance, le scénario idéal est clair : une Europe de l’Est sous domination russe, une Europe occidentale dirigée par des gouvernements d’extrême droite qui acceptent leur vision d’un monde divisé en zones d’influence autoritaires.

Ici, la défense a donc une autre signification : lutter contre la désinformation, protéger les infrastructures, bloquer l’argent étranger dans la politique, se défendre contre les cyberattaques, le sabotage et le chantage énergétique. Et aider ceux qui ont immédiatement besoin d’armes pour survivre. »

Hannah Perekhoda établit également une distinction entre militarisation et défense :

« Le militarisme, c’est la guerre comme opportunité commerciale, motivée par le profit capitaliste. C’est aussi placer la guerre au centre et y subordonner toute la société. La défense, c’est la capacité de la société à se protéger contre les agressions. […]

Le problème n’est pas la production en soi. Le problème est de laisser le marché décider ce qui est produit, pour qui et selon quelles règles. C’est là que se trouve le véritable champ de bataille. Qui décide ? Dans quel but ? Dans quelles conditions ? Et c’est là que la gauche a un rôle crucial à jouer s’agissant des armes : imposer des règles strictes en matière d’exportation, la transparence des contrats, le contrôle démocratique sur leur destination. »

Bien sûr, face à toutes ces nuances possibles, il est bien plus confortable de promouvoir l’idée que les soldats fatigués de l’armée russe se soulèveront bientôt contre le régime de Poutine, si seulement l’Europe les y aide par son inaction. Je ne crois guère à ce scénario pour plusieurs raisons. Premièrement, les discours sur la faiblesse du régime poutinien, qui craque de toutes parts et va s’effondrer parce que les gens sont fatigués et mécontents, durent depuis 15 ans. Deuxièmement, l’idée que l’histoire (la révolution en Russie d’il y a un siècle) va se répéter très bientôt – que ce soit une illusion ou une fable délibérément construite pour les Européens – n’a que peu de fondements dans la réalité.

Malgré la croissance du nombre de déserteurs russes, rien n’indique qu’ils s’auto-organisent en mouvements prêts à défier le pouvoir et dotés d’une agenda politique clair. En 2025, en Fédération de Russie, des protestations ont eu lieu contre le blocage de WhatsApp et Telegram, les gens résistent à l’installation forcée du messager Maxils soutiennent les musiciens de Stoptime arrêtés pour avoir interprété des chansons d’« agents étrangers ». Tout cela inspire du respect pour ceux qui continuent de protester malgré les risques extrêmement élevés que fait planer la répression. Néanmoins, qualifier cela de situation révolutionnaire serait irresponsable.

En fin de compte, que se passera-t-il si l’aide française à l’Ukraine est arrêtée, sans que les garanties sociales promises ne soient préservées ? Que se passera-t-il si les forces politiques françaises qui adhèrent à cette rhétorique, laissant l’Ukraine sans soutien et la livrant ainsi à Poutine, échouent à réaliser leurs projets fantaisistes ?

Maria Bikbulatova.

Publié initialement dans lundimatin#502, le 30 décembre 2025

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31.12.2025 à 11:32

2025 : Bilan d’une infirmière ukrainienne.

aplutsoc

2025 : Bilan d’une infirmière L’année 2025, qui a été difficile, touche à sa fin. Si l’on dresse le bilan dans le domaine médical, les conclusions ne sont pas réjouissantes. Je ne parlerai pas au nom de tous et toutes, mais seulement en mon nom propre et au nom de mon établissement médical. Voici donc les […]
Texte intégral (552 mots)

2025 : Bilan d’une infirmière

L’année 2025, qui a été difficile, touche à sa fin. Si l’on dresse le bilan dans le domaine médical, les conclusions ne sont pas réjouissantes. Je ne parlerai pas au nom de tous et toutes, mais seulement en mon nom propre et au nom de mon établissement médical.

Voici donc les avantages et les inconvénients de cette année.

Inconvénients :

Je n’ai pas obtenu d’augmentation (je n’avais aucune illusion à ce sujet). Il n’y a pas eu d’augmentation de salaire, mais une diminution.

Je n’ai pas reçu de primes. Je n’ai pas reçu de lettre de félicitations. (Je n’en ai jamais reçu, mais cette stabilité est aussi un indicateur).

Je n’ai pas reçu de réprimande. (Un avantage appréciable).

Je n’ai pas reçu d’aide. (nous avons travaillé seules pendant cinq mois, sans assistance)

Je suis presque entièrement déçue par le système médical ukrainien, où la corruption, le mensonge et la mesquinerie sont trop souvent présents

Stress constant et faible soutien psychologique du personnel. Sentiment que le travail est souvent sous-estimé par la société et les autorités

Dans ce contexte, les « avantages » pour l’établissement :

installation d’un système de vidéosurveillance, achat de plusieurs voitures et d’une nouvelle « ambulance »,rénovation complète sous la nouvelle direction avec du mobilier neuf et élégant, rénovation des chambres, rénovation de la cuisine.

Avantages :

Je suis devenue militante de Soyez comme nous sommes. J’ai assisté aux conférences à Khmelnytsky et à Lviv. J’ai cessé d’avoir peur et de me taire (mais sur le plan financier, cela n’a pas aidé, car seule, on ne fait pas le poids). J’ai une équipe formidable et amicale (ce qui est très précieux, car tout le monde n’a pas cette chance) J’ai reçu une aide concrète de Soyez comme nous sommes. J’ai bénéficié d’un élan puissant de la part de mes collègues du syndicat médical : ensemble, nous pouvons accomplir de grandes choses. J’ai compris qu’à l’étranger, ce n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît.

Lorsque nous sommes unies, nous sommes entendues. Le silence ne change rien, l’action, même modeste, change les choses.

Je nous souhaite la paix et la victoire, mais avant tout la santé, car sans elle, rien n’a de sens. Puissions-nous avoir l’espoir d’un avenir meilleur dans le domaine médical et la foi en le changement. À tous ceux qui attendent, puissiez-vous obtenir satisfaction. À tous ceux qui, malheureusement, ont perdu des proches, je souhaite de trouver la force de continuer à vivre et de retrouver la paix intérieure.

30 décembre 2025

Larissa Prindilas, infirmière, membre de Soyez comme nous sommes.

Source : RESU/PLT.

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31.12.2025 à 10:57

Syndicats aux coté des soldats à Pokrovsk.

aplutsoc

Le syndicat des travailleurs de l’atome et du syndicat d’entreprise de la société NAEK Energoatom ont acquis du matériel de bureau et des kits de survie pour les soldats qui repoussent actuellement les assauts russes près de Pokrovsk. La 155e brigade mécanisée distincte nommée d’Anne de Kyiv, formée au début de l’année dernière, a suivi […]
Lire la suite (305 mots)

Le syndicat des travailleurs de l’atome et du syndicat d’entreprise de la société NAEK Energoatom ont acquis du matériel de bureau et des kits de survie pour les soldats qui repoussent actuellement les assauts russes près de Pokrovsk.

La 155e brigade mécanisée distincte nommée d’Anne de Kyiv, formée au début de l’année dernière, a suivi une formation sur des terrains d’entraînement en France et en Pologne, puis a été envoyée dans la zone de conflit de Donetsk, où elle combat sous le commandement de Taras Maksimov. Cependant, même le commandant le plus talentueux ne dispose pas d’une baguette magique qui permettrait de répondre instantanément à tous les besoins d’une unité militaire. Afin d’aider la brigade à accélérer la résolution des questions organisationnelles et à assurer une meilleure connaissance du champ de bataille, le syndicat des travailleurs de l’atome et du syndicat d’entreprise de la société NAEK Energoatom ont acheté 4 ordinateurs portables, 4 imprimantes et 2 Starlinks.

Ce matériel a déjà été envoyé aux soldats du front et constituera une contribution importante au soutien de l’unité militaire. Actuellement, la 155e brigade mécanisée près de Pokrovsk repousse les assauts des forces ennemies, qui disposent d’une supériorité numérique considérable. Bien que la propagande russe ait déjà annoncé à plusieurs reprises la prise de la ville, nos soldats continuent de repousser les assauts des forces ennemies et de les empêcher de pénétrer plus profondément dans nos territoires.

30 décembre 2025

Le syndicat des travailleurs de l’atome – FPU.

Source : RESU/PLT

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