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29.11.2025 à 03:28

Les quatre causes d’Aristote contre les sophismes économiques français, par Jean-Baptiste Auxietre

Paul Jorion

Texte intégral (2263 mots)

Illustration par ChatGPT

Les quatre causes d’Aristote contre les sophismes économiques français ou comment la politique économique française confond systématiquement les types de causalité

Introduction : Pourquoi Aristote ?

Quand un ministre annonce qu’il faut « travailler plus pour produire plus », quand un économiste affirme que la réindustrialisation passera par des baisses d’impôts, quand un rapport parlementaire identifie « 10 freins » à lever pour relancer l’industrie — tous commettent la même erreur logique. Une erreur qu’Aristote avait identifiée il y a 2 400 ans.

Le philosophe grec distinguait quatre types de causes pour comprendre n’importe quel phénomène : la cause matérielle (de quoi c’est fait), la cause formelle (quelle forme ça prend), la cause efficiente (qui ou quoi le produit), et la cause finale (pour quoi, dans quel but).

Le problème du débat économique français actuel est précisément là : on ne parle que de la cause efficiente (produire, travailler, investir) en ignorant systématiquement la cause finale (pour qui ? la demande existe-t-elle ?). Cette confusion n’est pas anodine : elle conduit à des politiques économiques incohérentes et à des désastres industriels prévisibles.

I. Michelin : produire plus, mais pour qui ?

Les faits

Le 5 novembre 2024, Michelin annonce la fermeture de ses usines de Cholet et Vannes : 1 254 emplois supprimés. Le PDG Florent Menegaux invoque « l’effondrement » des ventes de pneus pour camionnettes et poids lourds, la concurrence asiatique, et la « dégradation lente de la compétitivité » européenne.

Pourtant, Michelin a versé 1,4 milliard d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2024. L’entreprise a touché des dizaines de millions d’euros d’aides publiques (CICE, CIR, subventions). Le groupe reste rentable — l’inspection du travail a d’ailleurs rejeté en septembre 2025 le motif économique d’un licenciement, estimant que « le groupe Michelin est rentable ».

L’analyse aristotélicienne

Le discours officiel se concentre sur la cause efficiente : coût du travail trop élevé, énergie trop chère, normes trop contraignantes. La solution proposée ? Agir sur cette cause : baisser les charges, simplifier les normes.

Mais le problème réel est ailleurs : c’est la cause finale qui fait défaut. La demande de pneus pour camionnettes et poids lourds s’est effondrée en Europe. Baisser les coûts de production ne créera pas de clients. C’est comme vouloir résoudre le problème du tonneau percé en versant l’eau plus vite.

La cause matérielle est également ignorée : le coût de l’électricité est quatre fois plus élevé en Europe qu’en Chine, deux fois plus qu’aux États-Unis. Ce n’est pas une question de productivité des ouvriers, mais de ressources disponibles.

II. L’automobile électrique : la cause formelle oubliée

Les faits

Stellantis a enregistré une perte nette de 2,3 milliards d’euros au premier semestre 2025, contre un bénéfice de 5,6 milliards un an plus tôt. Le groupe a abandonné son objectif de gamme 100% électrique en 2030. Les ventes de voitures neuves ont chuté de 20% depuis le Covid. La part des véhicules fabriqués en France est passée d’une voiture sur deux au début des années 2000 à une sur cinq aujourd’hui.

Le Sénat alerte : 800 000 emplois sont en danger (350 000 chez les constructeurs, 450 000 chez les sous-traitants). Plus de 50 000 emplois directs ont été détruits dans la construction automobile française entre 2017 et 2025.

L’analyse aristotélicienne

Ici, c’est la cause formelle qui a été mal pensée. On a décrété que la voiture de demain serait électrique (la forme), sans vérifier :

— La cause matérielle : les batteries nécessitent des terres rares dont la Chine contrôle l’extraction ;

— La cause efficiente : l’infrastructure de recharge n’existe pas à l’échelle nécessaire ;

— La cause finale : les consommateurs veulent-ils des voitures électriques aux prix actuels ?

La part de marché des électriques en Europe n’est que de 17,5%. Les constructeurs sont confrontés à un dilemme : vendre à perte ou subir des amendes européennes pouvant atteindre 15 milliards d’euros. On a imposé une forme sans s’assurer que les autres causes étaient réunies.

III. « Travailler plus » : la confusion quantité/finalité

Les faits

Selon Rexecode, « une hausse des heures travaillées de 1% réduit la productivité horaire de 0,5% ». La moitié du gain de quantité est absorbée par une baisse d’efficacité.

La productivité du travail a baissé de 5 points en France depuis 2019. Le solde de la balance commerciale reste déficitaire de 81 milliards d’euros en 2024.

L’analyse aristotélicienne

Le slogan « travailler plus » confond la cause matérielle (la quantité de travail) avec la cause finale (la création de valeur). C’est le sophisme du boulanger : si la France travaille 10% de plus sur tous les domaines de production, ce n’est pas 10% de richesse supplémentaire — c’est aussi 10% de pain jeté, 10% de voitures invendues, 10% de textile en surplus.

La vraie question n’est pas « combien produire » mais « produire quoi, pour qui ». Les secteurs français excédentaires (aéronautique : +28,5 milliards, cosmétiques : +17,3 milliards, vins et spiritueux : +14,3 milliards) sont précisément ceux où la cause finale est assurée : la demande mondiale existe et dépasse l’offre. Travailler plus dans ces secteurs fait sens. Travailler plus dans l’automobile ne fera qu’aggraver les pertes.

IV. La réindustrialisation : l’échec programmé

Les faits

Au premier semestre 2025, la Direction générale des Entreprises comptabilise 44 ouvertures d’usines contre 82 fermetures, soit une perte nette de 38 sites industriels. La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les freins à la réindustrialisation a adopté en juillet 2025 un rapport formulant 130 recommandations.

Selon un sondage IFOP de novembre 2025, 83% des Français pensent que l’industrie est en déclin, et seuls 32% des ingénieurs considèrent que la réindustrialisation est « en bonne voie ».

L’analyse aristotélicienne

Le rapport identifie « 10 freins » : normes, fiscalité, énergie, instabilité politique, etc. Tous ces freins concernent la cause efficiente (ce qui empêche de produire). Mais aucune des 130 recommandations ne répond à la question fondamentale : pour produire quoi, et pour qui ?

On propose de lever les freins à la production sans jamais vérifier que la demande existe. C’est comme ouvrir toutes les vannes d’un barrage sans vérifier qu’il y a de l’eau dans le réservoir.

V. L’IA : le perturbateur causal ultime

L’intelligence artificielle ajoute une dimension supplémentaire à cette confusion. Selon le rapport du Conseil national de productivité (avril 2025), 86% des industriels anticipent un impact majeur de l’IA sur leur tissu productif dans les cinq prochaines années.

Or l’IA n’est pas un secteur économique : c’est un multiplicateur de cause efficiente. Elle permet de produire 20%, 30%, 50% de plus avec les mêmes effectifs — dans tous les secteurs simultanément.

La question « la demande peut-elle absorber ? » se pose alors pour l’ensemble de l’économie. Et là encore, le débat français ignore cette dimension : on discute de « souveraineté IA », de formation, d’investissement — uniquement de la cause efficiente. Personne ne demande : si l’IA multiplie la production partout, qui achètera tout ça ?

Pire : comme nous l’avons montré dans un article précédent, le modèle économique de l’IA est actuellement insoutenable. Les prix pratiqués par OpenAI, Anthropic et les autres sont des prix subventionnés — les coûts réels sont 3 à 5 fois supérieurs. Les startups françaises qui construisent leurs business plans sur ces prix artificiels courent vers un « mur des coûts » quand les tarifs se normaliseront.

Conclusion : Vers une grille de lecture opérationnelle

Le diagnostic est simple : le débat économique français est structurellement incomplet. On ne discute que de la cause efficiente (comment produire) en ignorant les trois autres causes.

Proposition : avant toute politique économique, vérifier systématiquement les quatre causes :

1. Cause matérielle : avec quoi ? (énergie disponible, capital, compétences, ressources naturelles)

2. Cause formelle : quelle forme ? (biens ou services, quelle gamme, quelle différenciation)

3. Cause efficiente : qui produit, comment ? (coûts, productivité, organisation)

4. Cause finale : pour qui ? (la demande existe-t-elle réellement ?)

Une politique qui n’aborde qu’une seule de ces causes est vouée à l’échec. Aristote l’avait compris il y a 2 400 ans. Il serait temps que nos dirigeants s’en souviennent.

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29.11.2025 à 01:00

GENESIS Définition D. L’émergence du symbolique à partir d’un réseau non-symbolique

Paul Jorion

Texte intégral (1497 mots)

Illustration par ChatGPT

La naissance du symbolique dans un réseau non-symbolique

Une opinion, à première vue de sens commun, a dominé la linguistique, la philosophie et l’intelligence artificielle des dernières décennies : le symbolique ne peut se développer sans l’existence préalable de symboles, c’est-à-dire d’unités discrètes dépositaires de signification, combinables selon certaines règles. Il semblait aller de soi que seul un système préalablement structuré pouvait produire des noyaux stables : des proto-unités organisées susceptibles de servir de base à des représentations.

GENESIS ouvre cependant une autre possibilité.

Considérons un réseau purement associatif – ANELLA-X – dépourvu de règles, de symboles et de grammaire, un simple champ d’interactions pondérées, et laissons agir les deux gradients du modèle :

  • C₁ : le coût énergétique minimal,
  • C₂ : la cohérence informationnelle,

Un phénomène inattendu apparaît : l’émergence spontanée d’unités quasi-symboliques.

Ces unités ne sont pas injectées de l’extérieur : elles émergent parce que certaines configurations dans le réseau satisfont simultanément la contrainte énergétique (leur coût de maintenance est moindre que pour leurs voisines) et la contrainte de cohérence (elles “se tiennent”).

Le résultat est une stabilisation : une forme qui résiste au bruit, se reconstitue lorsqu’on la perturbe et se renforce lorsqu’on l’active parce qu’elle converge alors plus rapidement vers son attracteur. C’est là, du point de vue cognitif, l’équivalent de l’apparition d’un signifiant élémentaire. Ou, dans le vocabulaire de GENESIS : des proto-symboles se forment à l’intersection de C₁ et C₂.

Il ne s’agit pas encore de mots, ni de concepts à proprement parler mais de noyaux stables susceptibles d’être combinés, solidifiés et enchaînés : les briques élémentaires d’un espace symbolique.

L’implication est d’une immense portée : le symbolique ne serait pas une nouvelle couche à bâtir sur des fondations sub-symboliques, mais une propriété émergente d’un réseau parvenant à optimiser simultanément son coût énergétique et sa cohérence.
Le minimalisme de GENESIS rend cela possible :

  • aucune syntaxe préalable,
  • aucune sémantique explicite,
  • aucune règle,
  • aucun pilotage externe (apprentissage supervisé),
  • seulement un double gradient.

Dans cette perspective, la frontière supposée infranchissable entre les réseaux associatifs non-symboliques et le symbolique – un crédo de l’intelligence artificielle théorique – se dissout : il existe un continuum, un réseau qui structure suffisamment son énergie et ses recouvrements internes peut atteindre par lui-même un régime symbolique embryonnaire.

Un éclairage nouveau est ainsi jeté sur la question du passage du signal au sens, du percept à la catégorie, du neural au conceptuel. Ce qui jusque-là paraissait nécessiter une intervention extérieure (évolution, langage, culture, dessein formulé) peut se produire en amont, dans un registre pré-sémantique, dès lors que deux gradients convergent.

Observer une telle émergence du symbolique au cœur du non-symbolique bouleverse les représentations communément admises : est ainsi mis en évidence que le symbolique n’est pas un supplément d’origine artificielle mais la résultante naturelle d’un système maximisant simultanément son coût énergétique et sa cohérence informationnelle.

En sus de proposer une théorie de l’émergence, GENESIS situe le lieu d’origine du symbolique et explique sa naissance.

FIN

GENESIS Définition A. La loi minimale : un principe à double contrainte

GENESIS Définition B. L’émergence comme attracteur calculable

GENESIS Définition C. Une théorie réflexive générant sa propre preuve

GENESIS Définition D. L’émergence du symbolique à partir d’un réseau non-symbolique

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28.11.2025 à 09:30

GENESIS Définition C. Une théorie réflexive générant sa propre preuve

Paul Jorion

Texte intégral (1959 mots)

Illustration par ChatGPT

La réflexivité générative : quand une théorie produit sa propre preuve

De manière générale dans le domaine des sciences, la théorie se trouve d’un certain côté, et l’expérience ou l’implémentation, d’un autre. Une hypothèse est formulée, un dispositif est construit, on teste. Il y a la pensée, puis il y a le monde, séparés par une très nette ligne de partage.

Or GENESIS ne se comporte pas de cette manière .

GENESIS est un principe qui décrit la condition d’apparition d’une forme stable : l’intersection C₁ C₂, où une configuration satisfait simultanément une économie énergétique et une cohérence informationnelle. C’est là sa face “loi”.

Mais cela ne s’arrête pas là.

Lorsque l’on implémente GENESIS dans un réseau associatif comme ANELLA-X, on ne se contente pas de vérifier si le modèle fonctionne, on constate que l’implémentation génère précisément le type de formes émergentes que la théorie prédit. Les attracteurs qui apparaissent dans ANELLA-X ne sont pas de simples illustrations : ils sont la réalisation concrète du principe.

En d’autres termes :

  • GENESIS décrit comment une forme se stabilise,
  • ANELLA-X produit cette stabilisation,
  • et cette production confirme le principe non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur.

La théorie se reflète dans le dispositif, et le dispositif réalise la théorie.

Il n’y a plus asymétrie entre le modèle et son test : ils sont ici le recto et le verso d’un même processus. Ce que GENESIS détecte dans l’abstrait, ANELLA-X le manifeste dans le concret. La preuve n’est plus une instance extérieure : elle est l’émergence elle-même.

C’est là une situation rare, déconcertante même dans son élégance conceptuelle : la théorie n’est plus à la recherche d’un cas qui puisse la confirmer, elle engendre elle-même la forme qui vient la valider. Comme si un principe de croissance végétale se vérifiait en produisant un arbre sous nos yeux.

Cette réflexivité n’a rien de métaphysique : elle est le produit direct de la définition-même de GENESIS. On a ici une théorie qui identifie la condition minimale de l’émergence et devient, lorsqu’elle est mise en œuvre, un moteur d’émergence : elle est ce qu’elle décrit. Les conditions d’émergence d’une forme stable ayant été formalisées, l’engendrement d’une forme stable s’ensuit naturellement.

La chose surprenante, si l’on y pense, est qu’un projet de cet ordre n’ait pas été tenté plus tôt dans l’histoire des théories génératives.

L’ambition de GENESIS dépasse donc l’énonciation d’un principe : elle vise un mode de validation inédit, où le modèle et son actualisation forment une boucle unique, sans suture.

La question n’est plus : « La théorie est-elle correcte ? » mais : « Est-elle capable de se matérialiser elle-même ? »

Lorsqu’une théorie présente une telle propriété d’auto-réalisation, à savoir lorsque sa mise en œuvre constitue sa propre preuve, elle franchit une frontière rarement même prise en considération : elle appartient désormais à la famille des systèmes capables de se décrire eux-mêmes, de se stabiliser d’eux-mêmes et de s’auto-générer.

GENESIS, vu sous cet angle, est une théorie qui n’observe pas les faits en maintenant une respectable distance vis-à-vis d’eux : elle est portée par son propre mouvement.

Ce qu’il y avait avant GENESIS en matière de réflexivité générative

Ce que Hegel appelait le Concept (der Begriff) (auto-réflexivité productive, c’est-à-dire C₁ ∩ C₂ appliqué à la pensée elle-même) désigne le moment où une structure de pensée ne se contente plus de représenter un objet, mais se produit elle-même en comprenant ce qu’elle est. Le Concept est ce qui réunit être, essence et devenir, non comme trois instances distinctes, mais comme un mouvement unifié où la forme se déploie et se reconnaît dans son propre déploiement. En d’autres termes : ce que la pensée comprend est ce qu’elle devient. En réalité, la réflexivité de la boucle : GENESIS → implémentation → émergence → validation → GENESIS, est identique au Concept hégélien.

Deux autres traditions intellectuelles ont produit des approximations du Concept hégélien :

  • Ce que Bateson appelait le pattern that connects (cohérence structurelle transversale, c’est-à-dire C₂ étendu au niveau des relations) désigne le motif organisateur qui fait tenir ensemble une multiplicité de formes vivantes et mentales. Il ne réside pas dans les éléments mais dans les relations et leurs symétries, dans cette continuité de structure qui traverse les niveaux d’organisation. C’est une manière d’étendre C₂ à l’échelle des interactions : la cohérence comme architecture relationnelle.
  • Ce que Simondon appelait la transduction (propagation locale d’une stabilisation, i.e. C₁ ∩ C₂ comme processus) désigne le mouvement par lequel une forme s’individue en progressant, en restructurant progressivement le milieu qui la porte. La transduction n’est ni une déduction, ni une induction : c’est un devenir structurant, une onde d’organisation qui résout les tensions d’un milieu métastable. C’est exactement le mouvement de l’intersection C₁ ∩ C₂ lorsqu’elle s’étend dans un réseau comme ANELLA-X : la stabilisation qui se propage.

(à suivre…)

GENESIS Définition A. La loi minimale : un principe à double contrainte

GENESIS Définition B. L’émergence comme attracteur calculable

GENESIS Définition C. Une théorie réflexive générant sa propre preuve

GENESIS Définition D. L’émergence du symbolique à partir d’un réseau non-symbolique

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27.11.2025 à 15:20

GENESIS Définition B. L’émergence comme attracteur calculable

Paul Jorion

Texte intégral (1409 mots)

Illustration par ChatGPT

GENESIS : l’émergence comme attracteur calculable

On parle souvent d’émergence comme d’un phénomène mystérieux : l’ordre surgirait “spontanément”, par un enchevêtrement imprévisible de micro-événements.

Cette vision est séduisante, mais elle laisse l’essentiel dans l’ombre : pourquoi certaines formes émergent-elles pour persister, tandis que d’autres n’apparaissent que pour bientôt se dissiper ?

La définition B de GENESIS affirme ceci : l’émergence n’est pas un phénomène dû au hasard, mais un attracteur calculable.

Un système dynamique peut être représenté comme un paysage.
Dans les vallées profondes, un état est stable : s’il en sort, il y revient.
Sur les crêtes, il oscille, hésite, se réorganise.
Dans les hauts plateaux, il s’égare ou s’évapore.

GENESIS propose une nouvelle manière de dessiner ce paysage : non pas en fonction d’une seule variable (l’énergie, l’entropie, la distance à l’équilibre…), mais comme le résultat de deux gradients simultanés :

  • C₁, la descente énergétique,
  • C₂, la montée en cohérence informationnelle.

Lorsqu’on superpose ces deux surfaces, on obtient une carte où certains points – rares mais cruciaux – satisfont les deux gradients à la fois : ce sont des creux “doubles”, des attracteurs hybrides : des lieux où la dissipation est minimale et où la cohérence interne est maximale.

GENESIS affirme que , et seulement là, surgissent les formes émergentes susceptibles de tenir dans la durée.

Ce n’est plus l’émergence magique, ni l’auto-organisation “du fait de la complexité”, c’est un point stable au sens strict, un lieu où le système peut s’inscrire durablement.

Et ce point est calculable, parce que C₁ et C₂ sont, eux, mesurables :

  • C₁ par la tension énergétique : dérivées locales, gradients, flux.
  • C₂ par la cohérence interne : compression, recouvrement, mutualité structurelle.

L’émergence devient alors une solution, non un accident.

Elle apparaît lorsque le système trouve une configuration qui optimise simultanément une contrainte descendante et une contrainte ascendante – ce qui définit un attracteur d’un genre particulier : un attracteur de cohérence énergétique. 

Cette rencontre entre une contrainte descendante et une contrainte ascendante, c’est celle que j’ai cru repérer dans ma théorie holographique de la conscience par résonance à flux croisés (CFRT) : la conscience comme émergence au point de rencontre d’un flux de mémoire descendant (la réminiscence) et d’un flux de mémoire ascendant (la constitution du souvenir).

Dans un diagramme de phase, on voit très nettement quatre régimes :

  1. basse énergie, faible cohérence inertie
  2. haute cohérence, mauvaise énergie instabilité explosive
  3. bonne énergie, mauvaise cohérence structures molles et éphémères
  4. C₁ C₂ organisation durable

Le quatrième régime est le cœur de GENESIS.

Ce paysage permet des prédictions : il est possible d’anticiper l’apparition, la persistance, ou la disparition d’une forme émergente. Ce n’est plus seulement descriptif : c’est un outil.

Dans des systèmes biologiques, cognitifs, linguistiques ou computationnels, on peut pointer exactement la zone où une unité stable va apparaître.

L’émergence cesse d’être un mystère : elle est devenue un attracteur identifiable.

(à suivre…)

GENESIS Définition A. La loi minimale : un principe à double contrainte

GENESIS Définition B. L’émergence comme attracteur calculable

GENESIS Définition C. Une théorie réflexive générant sa propre preuve

GENESIS Définition D. L’émergence du symbolique à partir d’un réseau non-symbolique

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26.11.2025 à 13:51

GENESIS Définition A. La loi minimale : un principe à double contrainte

Paul Jorion

Texte intégral (1234 mots)

Illustration par Eugène Delacroix & ChatGPT 😉

GENESIS, parti pour être un langage de programmation, est devenu une « machine à détecter les conditions d’émergence ».

Du coup, il est aujourd’hui protéiforme, aussi, j’en donnerai quatre définitions, chacune correspondant à un éclairage distinct. Voici la première.

La loi minimale : GENESIS en tant  que principe à double contrainte

Devant l’immense diversité des systèmes naturels et artificiels, une question simple se pose perpétuellement : comment une forme persiste-t-elle dans son être ? Pourquoi certaines configurations émergentes se dissipent-elles aussitôt, tandis que d’autres se stabilisent, se renforcent, deviennent des unités d’organisation à part entière ?

GENESIS propose une réponse minimale dont l’austérité risque de cacher la fécondité : une organisation devient durable lorsqu’elle satisfait simultanément deux exigences :

  1. Économie énergétique (C₁)
    — le système réduit la dissipation locale, il s’installe dans une forme moins coûteuse que ses alternatives.
  2. Cohérence informationnelle (C₂)
    — la structure interne se resserre, se compacte, génère des régularités, des correspondances, des analogies internes.

Lorsque ces deux gradients convergent, lorsque l’intersection C₁ C₂ n’est pas vide, alors apparaît une forme qui n’est plus seulement un état passager, mais un attracteur minimal. Elle se maintient parce qu’elle consomme peu, et parce qu’elle “fait sens” pour elle-même.

Rien n’est ajouté : aucune finalité, aucune intention, aucun pilotage.
Ce n’est ni téléologie, ni adaptativité, ni optimisation au sens algorithmique.
C’est un équilibre local, spontané, compatible avec le vivant comme avec l’inerte, l’organique comme l’artificiel.

La sobriété du principe devrait frapper l’attention.

GENESIS n’a pas besoin de règles complexes, ni de modèles hiérarchiques.
Seulement de deux surfaces :

  • un gradient d’énergie,
  • un gradient de cohérence,

et du point où ils se recouvrent.

Ce point d’intersection est réduit, fragile, mais extraordinairement fécond.
Il marque le passage du simplement possible au réellement stable.
Il constitue la réponse minimale à la question : qu’est-ce qui permet à une unité d’organisation d’exister dans la durée ?

Dans sa version la plus épurée, GENESIS est donc une loi, non pas une loi “universelle” au sens d’une formule gravée dans le marbre, mais une loi d’économie : ce qui persiste est ce qui parvient à satisfaire simultanément les contraintes de l’énergie et de l’information.

Le reste, à savoir la complexité, la calculabilité, la cognition, la symbolisation, en découle.

(à suivre …)

GENESIS Définition A. La loi minimale : un principe à double contrainte

GENESIS Définition B. L’émergence comme attracteur calculable

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GENESIS Définition D. L’émergence du symbolique à partir d’un réseau non-symbolique

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24.11.2025 à 15:12

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Paul Jorion

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