10.08.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
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As countries around the world look to follow Australia’s lead in restricting young people’s access to social media, a new report by the eSafety Commissioner might give them reason to pause, at least temporarily.
Des records absolus de température sur terre et en mer, des forêts en feu, des fleuves à sec, une surmortalité importante, et un seuil de + 2 °C qui pourrait être franchi pour la première fois dès le début de l’année 2027.

Eight of the biggest oil companies amassed profits of more than $90bn (£67bn) in just three months as the Iran conflict sent energy prices soaring and the emissions-fuelled climate crisis caused deadly heatwaves.
Starting last week, the German automaker started blasting a promotion for the new Spider-Man movie into its customers’ cars without warning — because nothing says riding in luxury like a full-vehicle pop-up ad. BMW, showing that it was about as in-touch as its drivers are familiar with turn signals, teased the promotion as a “special surprise.”
Voir aussi “C’est du délire” : tollé mondial pour BMW qui affiche une pub Spider-Man au démarrage de ses voitures (lesnumeriques.com)
Selon une nouvelle étude publiée dans Nature Sustainability et relayée par Live Science, environ un cinquième des réservoirs dans le monde sont déjà à haut risque de remplissage par les sédiments, et d’ici 2060, la moitié pourraient devenir inopérants.
Authorities issue alert saying indoor spaces without airconditioning are ‘dangerous’ as temperatures pass 40C for fifth straight day
Le village indonésien de Somang, dans l’ouest de l’île de Java, était englouti sous les eaux d’un réservoir créé en 2023 pour approvisionner Jakarta. Mais la baisse du niveau de l’eau due à la sécheresse fait réapparaître les ruines de bâtiments.
Six expéditions archéologiques sont en cours en Crimée, sous l’égide de Moscou. Des agents russes sont accusés de fermer les yeux sur le pillage de sites antiques en échange de pots-de-vin, laissant disparaître de précieux vestiges.
Des mois de vagues de chaleur et de sécheresse ont fait chuter le niveau du Danube à des niveaux critiques dans toute l’Europe.
En quelques jours, la Hongrie s’est improvisée laboratoire grandeur nature de la sobriété électrique. Pas par amour soudain de la décroissance, mais parce que le Danube, épuisé par la sécheresse, ne fournit presque plus assez d’eau pour refroidir Paks, l’unique centrale nucléaire du pays.
Voir aussi Hungary faces energy crunch as drought shuts down Paks nuclear plant, PM says (politico.eu)
Budapest loses 40 percent of the country’s electricity generation as water levels continue to drop.
Un projet financé par l’UE et publié en open source peut-il vraiment rester ouvert s’il exige des puces propriétaires ? Le système de vérification de l’âge européen impose l’attestation matérielle, excluant de fait les ROM personnalisées et les environnements Linux indépendants.
Un incident de sécurité impliquant au moins un drone a entraîné la suspension temporaire du trafic à l’aéroport de Leipzig, hub militaire utilisé par l’Otan et pour l’Ukraine, près duquel un avion a heurté un objet volant. Les enquêteurs confirment que le drone portait une charge explosive.
German singer-songwriter Danger Dan and pianist Igor Levit were invited to perform a song titled “Keine Angst” (No Fear) for the 100th episode of a political satire TV show called “Die Anstalt” (The Institution). But shortly before the recording of the program, public broadcaster ZDF withdrew the invitation.
Une enquête OSINT retrace la diffusion des appels au passage et décrit un réseau horizontal, sans commandement apparent, capable de se reconstituer rapidement.
En réponse aux mesures similaires imposées par Rome après l’afflux massif de migrants à Ceuta, l’Espagne va instaurer des contrôles temporaires aux frontières à ses ports et aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie.
Inoffensifs pour l’humain, ces reptiles, qui peuvent dépasser les 2 m de long et sont capables de nager sur de longues distances, représentent toutefois une grande menace pour le lézard des Pityuses (Podarcis pityusensis). Une espèce endémique d’Ibiza et véritable emblème de l’île, qui se retrouve aujourd’hui menacée d’extinction.
Les villes d’Agadir et de Marrakech testent un nouveau revêtement poreux à la place du bitume conventionnel. La surface perméable pourrait refroidir les routes jusqu’à 9°C, notamment grâce à l’évaporation de l’eau.[…] Petit bémol, cependant : une étude de l’université Rutgers a montré que si le béton perméable dégage 25 % à 30 % de chaleur en moins les jours de pluie, il peut en dégager légèrement plus que l’asphalte conventionnel par temps sec et ensoleillé.
Island’s government says no approval given after Greenland Energy brings kit ashore for exploratory drilling
Fire experts warn such markets could incentivize arson.
So far, there’s been no widespread disruptions to water supplies or treatment.
Trump’s DOJ says citizens should no longer be able to enforce environmental laws.
A federal docket shows the Foundation retained Littler Mendelson, the firm Starbucks used against its baristas, to face its employees’ union.
Face à la pire épidémie de rougeole depuis trente-cinq ans, Robert F. Kennedy Jr. a fait un choix radical : ne rien faire, sans le dire.
As Abelardo de la Espriella takes office as president vowing a new military offensive, the country’s last leftwing rebels are getting ready to fight back
the $2,000 figure covers the successful runs rather than every attempt the model made […] Outside researchers have also noted that OpenAI staff helped prepare the papers and formalize the arguments, with the company saying the mathematical content came from Astra. And nobody outside the company can run the model that did the work, so the result cannot be reproduced independently, only checked.
Studies show, over and over, that when we engage in AI-assisted learning we give up sooner. One found that after just “10 minutes of AI-assisted problem-solving, people who lost access to the AI performed worse and gave up more frequently than those who never used it”. An MIT study showed that test groups who used ChatGPT had the lowest brain activity and “consistently underperformed at neural, linguistic, and behavioural levels”. We undergo not just cognitive offloading, but cognitive surrender : we forget what was possible.

The next time you ask Claude about where to bank, its answer may have been influenced by this bot-targeted content.
Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, le premier ministre israélien a affirmé que Tel-Aviv rejetait le plan de Donald Trump pour Gaza, malgré des garanties sur le désarmement du Hamas. A l’approche des élections législatives, Benyamin Netanyahou ménage ses alliés d’extrême droite qui restent opposés à tout accord de paix dans l’enclave.

Dans la foulée de la décision de l’Unesco, le gouvernement israélien a annoncé, ce 30 juillet, une allocation de 112 millions de shekels (31,8 millions d’euros environ) à l’Administration civile israélienne pour restaurer et développer des sites archéologiques, y compris dans des secteurs relevant théoriquement de l’Autorité palestinienne.
Alors qu’Israël occupe de larges pans du Sud-Liban, des villages se retrouvent coupés du monde, d’autres rasés, leurs champs et vergers brûlés.
In country after country, more women are dying from the heat than men. But researchers say biology isn’t the main reason. Age, working conditions, and unequal access to rest may drive the gap.
De nombreuses normes de conception reposent encore sur le modèle du « corps masculin par défaut », qui suppose une utilisation rapide des toilettes, en position debout et avec un temps de passage minimal. Lorsque les espaces sont aménagés en fonction du corps et des habitudes des hommes, les retards sont facilement imputés au comportement des femmes
With less than a third of cycling journeys taken by women, Colombia’s capital, Bogotá, is installing bike lanes, teaching cycling and making sure ‘stereotypes are left behind’
« Chaque postier sera intégralement rémunéré malgré la suspension temporaire de son activité », écrivait la direction de la Nouvelle-Aquitaine dans un courrier du 26 juillet […] mais « les heures non réalisées seront reportées ».
Dans les Pyrénées-Orientales, des habitants ont reçu l’ordre d’évacuer des jardins communaux afin que soit créée une « ceinture de protection » contre les incendies. Ils dénoncent la violence de cette décision et l’hypocrisie des autorités locales.

En raison des changements climatiques en cours, la manière de gérer l’eau en France sera déterminante au cours de ce XXIème siècle. Le temps ayant passé, il convient de rappeler la manière dont fut géré le bassin versant de la Seine au XXème siècle. Comparé à la non gestion du cours de la Loire, il donne à voir les bons choix en la matière.
De premières vendanges ont débuté ce 6 août en Champagne. Jamais elles n’avaient eu lieu aussi tôt dans l’année, le signe d’un été record en chaleur et en sécheresse.
30 000 personnes ont été appelées à se confiner pendant plusieurs heures, dimanche 2 août, en raison de l’incendie d’un entrepôt classé Seveso, à Gandrange (Moselle). Un nouvel épisode révélateur de la vulnérabilité des industries à la sécheresse et aux canicules ?
Le jeune homme de 17 ans est le seul homme sélectionné dans l’équipe de France aux Championnats d’Europe qui se déroulent actuellement à Paris. […] Longtemps exclusivement féminine, la natation artistique s’est ouverte récemment aux participants masculins.
Le portrait des deux acteurs a été remplacé par celui de Géraldine Nakache et Mélanie Laurent.
45 membres d’un canal Telegram masculiniste ont été interpellés après une enquête du parquet de Paris. 34 seront jugés notamment pour provocation à la haine envers les femmes.
Selon le quotidien « La Provence », le quinquagénaire, déjà connu pour des faits de violence sur son ex-compagne, était colistier du candidat Rassemblement national dans la commune de Bollène, lors des élections municipales de mars.
Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont été récemment visés par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Sans grande visibilité directe pour certaines au moins, elles arrivent quand même à se faire une place dans l’actualité via leur dénonciation par les autorités, les candidats et les médias.
D’abord en pause puis remis à l’ordre du jour cet été, le projet lancé par la présidente de l’Assemblée et chiffré à 52,8 millions d’euros cristallise les critiques.

La France subit, en matière de mortalité des nouveau-nés, « une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans ».

Voir aussi Publié discrètement, un rapport interroge les causes de la forte mortalité infantile en France, avec les chiffres les plus préoccupants Outre-mer (la1ere.franceinfo.fr) et le rapport : Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique (igas.gouv.fr)
Saisie par les députés « insoumis », écologistes et communistes, notamment au sujet de la création d’un « état d’alerte de sécurité nationale », l’instance n’a censuré aucune mesure de ce texte
Par un mécanisme d’inversion du blâme, les politiques environnementales et les écologistes sont accusé·es d’entraver la prévention des risques et d’accroître la vulnérabilité des populations.
Le DJ a connu un « torrent de harcèlement » après son tweet en réponse à l’hommage de Jordan Bardella à Kavinsky : « Merci de vous abstenir de cet hommage : la musique électronique vous déteste » […] il est devenu la cible de nombreux messages d’insultes et de menaces, dont il cite des exemples : « On s’en souviendra et tu seras le premier qu’on viendra chercher. »
À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de 1000 personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique.
À l’AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique, des archives géologiques héritées du Congo belge attisent les convoitises de KoBold Metals, une start-up minière étasunienne dopée à l’IA et soutenue par des milliardaires de la tech.
Meta was paying out-and-out neo-Nazis to post on Facebook, an investigation from Australia’s ABC News found. These pages and individual creators posted content that appeared to be in clear violation of Facebook’s own hate speech policies. Nonetheless, they were able to earn money on their posts through the platform’s “Content Monetization” program — which is invitation-only.

« J’exige qu’elle soit “shut down” [qu’on peut ici traduire par “réduite au silence”] pour trahison envers la France », a écrit le milliardaire au sujet de Marine Tondelier, dans un message vu plus de 400 000 fois.
Suggested Grokipedia edits haven’t been addressed since April, according to a report.
How Silicon Valley tech firms remade US defense contracting. And then opened the Pentagon’s checkbook—wide.
Jack Dorsey’s Bluetooth messaging app surged during India’s internet blackout — and the government’s response suggests a new tech battleground.
Longtemps restée dans l’ombre de son mari, Suzanne Césaire a pourtant, dans sa courte carrière littéraire, tracé les lignes d’une identité martiniquaise singulière, ancrée dans son rapport à la terre.
Ces canicules vous les avez voulues, vous les avez cherchées, et c’est aussi un peu pour ça qu’on les a eues, ah ah !
Une méduse de la taille d’un dé à coudre est capable de vivre éternellement, du moins en laboratoire.[…] Dans leur environnement naturel, en revanche, leur prétendue immortalité se heurte à une limite beaucoup plus terre à terre : les prédateurs peuvent tout simplement les dévorer.
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
09.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 30 septembre 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.
L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique.
« Le discours selon lequel l’intelligence artificielle révolutionne la science est désormais quasiment incontournable », rappelle William Burns, consultant en politique scientifique, pour Tech Policy Press. « L’histoire raconte déjà que l’IA n’est pas seulement l’avenir : elle révolutionne les découvertes scientifiques ». Même des gens assez critiques de l’IA et de ses développements disent qu’elle possède des « capacités prometteuses » pour la recherche scientifique, justifiant son développement. Pourtant, l’IA, telle qu’elle est actuellement déployée en science, occulte plus qu’elle ne révèle, exacerbant les problèmes qu’elle prétend résoudre.
Les chercheuses Lisa Messeri et Molly J. Crockett affirmaient l’année dernière dans Nature que « la prolifération des outils d’IA en science risque d’introduire une phase de recherche scientifique où nous produisons davantage, mais comprenons moins ». Mais surtout, l’usage de l’IA pourrait compromettre la capacité à produire des connaissances fiables, sur lesquelles repose tout l’édifice scientifique. Cette crise annoncée prolonge celle que traverse la recherche depuis le début du XXIe siècle, notamment liée à la stagnation des découvertes pharmaceutiques. Burns rappelle par exemple que le Projet Génome Humain dans les années 90 a été lancé en promettant une prolifération de nouveaux médicaments qui n’est jamais advenue. Un chercheur d’une grande entreprise scientifique expliquait en 2008 que « rien de ce que les entreprises ont fait pour accroître la production de nouveaux médicaments n’a fonctionné, y compris les fusions, les acquisitions, les réorganisations et l’amélioration des processus ».
Le microbiologiste américain, Carl Woese, opposant à l’ingénierie biologique, estimait, en 2004, que la crise de l’innovation était liée à la généralisation de l’ingénierie du vivant. En 2011, l’économiste Philip Mirowski estimait que le néolibéralisme, obsédé par la technologie, avait tué la rigueur scientifique. La promesse de renouveau scientifique par l’IA s’inscrit pleinement en prolongement de cette crise. En 2023, l’OCDE expliquait que l’IA pourrait venir aider une science devenue « plus difficile ». À l’image d’AlphaFold, le système de pliage des protéines de Google DeepMind, pour lequel Demis Hassabis et John Jumper ont reçu le prix Nobel de chimie en 2024.
AlphaFold a permis de prédire la structure de 200 millions de protéines, mais il serait expérimentalement impossible d’en vérifier n’en serait-ce qu’une fraction. Pour ce faire, « il faudrait généralement isoler des protéines des cellules en quantités importantes – un processus capricieux – puis les soumettre à des techniques telles que la diffraction des rayons X et la résonance magnétique nucléaire. Ces étapes pourraient prendre des années, même pour une seule protéine ». Néanmoins, la philosophe Daria Zakharova a affirmé dans un pré-print que si les prédictions d’AlphaFold sont considérées comme fiables et sont utilisées par les scientifiques, cette « connaissance » est bien imparfaite. « D’un point de vue strictement matériel, AlphaFold n’est pas une représentation du comportement des protéines, mais plutôt du comportement des puces de silicium (sur lesquelles repose le calcul). En ce sens, les inventeurs d’AlphaFold ont avancé l’hypothèse que des puces de silicium pourraient imiter les protéines. Cela soulève la question de savoir comment des matériaux sans lien entre eux, tant chimiquement que spatialement et temporellement, pourraient s’imiter. Au minimum, des preuves substantielles seraient nécessaires pour le prouver. Pourtant, lorsque des efforts ont été déployés pour le vérifier, les résultats ont été mitigés », rappelle Burns. Une étude récente de Garrido-Rodríguez et ses collègues a par exemple soutenu que le calcul d’AlphaFold ne « correspondait pas aux modèles déterminés expérimentalement », faisant référence à une classe de protéines omniprésentes et biologiquement vitales appelées serpines. « De toute évidence, des recherches plus approfondies pourraient être nécessaires sur la fiabilité de l’IA en tant qu’outil prédictif ». Pour Burns, les preuves ne sont pas suffisamment solides à ce stade. Bien sûr, le repliement des protéines est complexe. Leur modélisation est ancienne et repose sur des hypothèses manifestement différentes de leur réalité. Longtemps, ces modèles servaient à interpréter des données d’observation issues de la diffraction des rayons X, et non à créer un modèle informatique, comme avec AlphaFold. Le problème, estime le chercheur en cancérologie et lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine 2019, William G. Kaelin Jr., c’est que la publication doit construire son savoir sur des briques plutôt que sur de la paille.
Au Royaume-Uni, la UK Biobank, une entreprise publique qui détient des données génétiques sur un sous-ensemble de la population britannique, aurait conclu en mars dernier un partenariat avec des sociétés pharmaceutiques et Calico, filiale d’Alphabet, qui auront accès à ces données pour des études menées avec l’IA. Le projet a été décrit par le Financial Times comme « un exemple emblématique de la manière dont les ordinateurs avancés et les modèles d’intelligence artificielle peuvent exploiter de vastes ensembles de données biologiques pour étudier en profondeur le fonctionnement du corps humain et ses dysfonctionnements potentiels ». Une question se pose cependant : l’exploitation de ces ensembles de données est-elle susceptible de produire des connaissances fiables, même en théorie ? En 2017, ces données ont été décrites comme « non représentatives de la population générale… Les participants à la UK Biobank vivent généralement dans des zones socio-économiquement moins défavorisées ; sont moins susceptibles d’être obèses, de fumer et de consommer de l’alcool quotidiennement ; et présentent moins de problèmes de santé auto-déclarés ». La structure de ces ensembles de données de santé, et d’autres similaires, qui ne sont certainement pas secrets, suscite des doutes. Même les observateurs optimistes doivent l’admettre : si les données sont inadéquates et l’IA opaque, quelle est la valeur épistémique réelle de ces projets ? Le prix Nobel Kaelin Jr. a conseillé : « La question… devrait être de savoir si… les conclusions sont susceptibles d’être correctes, et non de savoir s’il serait important qu’elles soient vraies. »
Si l’on veut sauver la science de son malaise actuel, des solutions sont déjà possibles, conclut Burns. « Des propositions comme la « slow science » d’Isabelle Stenger semblent valoir la peine d’être tentées, car elles pourraient élargir la charge de la preuve aux affirmations scientifiques et encourager un esprit de service public parmi les scientifiques. Pourtant, si une rénovation épistémique a eu lieu jusqu’à présent dans le domaine scientifique, elle est restée extrêmement timide et n’a pas produit d’effets escomptés.
Il faut dire que pour les investisseurs, l’idée que l’IA puisse nous sortir de l’impasse actuelle et donner naissance à toutes sortes d’inventions rentables est doublement séduisante. L’IA est une méthode qui ne nécessite que des capitaux pour sa mise en œuvre et qui peut être réalisée à grande échelle, contrairement à la recherche empirique, centrée sur l’humain et fastidieuse, où l’ingéniosité et la chance (qui ne s’achètent pas si facilement) semblent prédominer. Mais investir dans l’IA est aussi un moyen efficace de maintenir le statu quo, tout en semblant le bouleverser, car il pose l’hypothèse d’un avenir technologique sans les changements systémiques qu’impliquent d’autres réformes.
Dans cette optique, nous devons résister au spectacle. L’IA fait vendre une vision du progrès où les algorithmes peuvent révéler les secrets plus rapidement, mieux et à moindre coût ; pourtant, les secrets de la nature ne sont pas si facilement révélés, et la connaissance sans compréhension n’est pas une connaissance du tout. »
S’il y avait besoin d’une explication supplémentaire, Alberto Romero dans sa newsletter algorithmic Bridge, revient sur une étude du MIT et de Harvard, où les chercheurs se sont demandé si les modèles d’IA pouvaient passer de la simple prédiction au « développement de modèles fiables », en les faisant travailler sur un problème de physique assez classique ? Mais au lieu de tester avec le langage, qui est assez complexe et difficile à analyser, ils se sont concentrés sur la physique classique. Ils voulaient voir si le modèle utiliserait les lois de Newton pour prédire les vecteurs de force à l’origine du mouvement de révolution de la terre autour du soleil ou s’il inventerait simplement ses prédictions sans comprendre la physique réelle. Ils ont conclu que les modèles d’IA font des prédictions précises, mais ne parviennent pas à encoder le modèle universel de Newton et recourent plutôt à des heuristiques spécifiques à chaque cas, non généralisables et fortement incohérents. L’étude montre que « les modèles d’IA sont tout simplement incapables de coder un ensemble de lois robustes pour régir leurs prédictions : ils sont non seulement incapables de retrouver des modèles du monde, mais intrinsèquement mal équipés pour le faire ». Un modèle d’IA d’apprentissage profond est peut-être architecturalement incapable de développer des modèles du monde corrects estiment-ils. Même le rêve que l’IA puisse être utilisée pour améliorer la prédictibilité des modèles climatiques est battue en brèche. Dans leur livre, AI Snake Oil (voir notre recension), les chercheurs Arvind Narayanan et Sayash Kapoor montraient que son amélioration était assez limitée et qu’elle pourrait même atteindre un palier indépassable, à mesure que les phénomènes deviennent plus extrêmes. La croyance dans un progrès scientifique exponentiel porté par l’IA ne sert qu’à raviver les promesses des technosciences comme le disaient déjà Marc Audétat et les chercheurs invités dans Sciences et technologies émergentes : pourquoi tant de promesses ? (Hermann, 2015, voir notre recension). L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique.
MAJ du 25/01/2026 : L’IA va-t-elle tuer la science ou, au contraire, engendrer une révolution scientifique ? C’est la question que pose l’astrobiologiste Sara Imari Walker dans un article pour Noema. Si l’IA peut résoudre le problème du pliage des protéines comme le promettent beaucoup de recherches, que pourrait-elle accomplir d’autre ? Mais si « AlphaFold prédit les structures 3D, il n’explique ni la physique sous-jacente, ni les mécanismes de repliement, ni les ensembles conformationnels dynamiques. Il fonctionne bien pour les protéines composées de la vingtaine d’acides aminés présents dans la biologie terrestre. Pour étudier les protéines issues des centaines d’acides aminés contenus dans les matériaux météoriques, ou pour concevoir de nouvelles protéines thérapeutiques, ce modèle a besoin de données supplémentaires. La limitation ne réside ni dans l’algorithme ni dans sa capacité de mise à l’échelle : les données nécessaires n’existent pas. »
Si l’on considère la science uniquement comme la méthode scientifique (observation, hypothèse, vérification, analyse), alors l’automatisation semble inévitable, avance-t-elle. Les algorithmes d’IA réalisent de manière démontrée bon nombre, voire la totalité, de ces étapes, et leurs performances s’améliorent lorsqu’ils sont guidés par des scientifiques.
Pourtant, si la mise à l’échelle était notre seul besoin, l’IA actuelle offrirait une solution banale à la science : nous pourrions faire plus grâce à des modèles à plus grande échelle. Cependant, l’optimisme autour de l’IA ne se limite pas à l’automatisation et à la mise à l’échelle ; il concerne aussi la théorie de l’esprit. La science diffère radicalement de l’expérience : elle est fondamentalement intersubjective. Si une chose n’existe que dans un seul esprit et ne peut être partagée, elle ne peut devenir une connaissance scientifique. La science exige la vérification mutuelle des observations, la construction d’un héritage de découvertes passées et l’élaboration d’un consensus intergénérationnel sur la réalité. Les modèles scientifiques doivent donc être exprimables par des symboles, des mathématiques et le langage, car ils doivent être reproductibles et interprétables d’un esprit à l’autre. La science est par définition instable car elle n’est pas une caractéristique objective de la réalité : elle se comprend plus justement comme un système culturel évolutif, nourri par la représentation consensuelle et adaptable aux nouvelles connaissances que nous produisons. Notre principal mode de communication des idées scientifiques est la représentation symbolique. Nous communiquons des modèles du monde, et non le monde lui-même.
Plus fondamentalement, le discours actuel, optimiste, voire arrogant, autour de l’IA et de l’intelligence artificielle générale laisse entendre que ces algorithmes seront « plus qu’humains » dans leur capacité à comprendre et à expliquer le monde, dépassant ainsi ce que certains perçoivent comme les limites de l’intelligence imposées par la biologie humaine. Or, cela est impossible, de par les fondements mêmes de la théorie du calcul et l’héritage de l’abstraction humaine dont ces technologies sont directement issues. Comme l’écrit le physicien David Deutsch, si l’univers est effectivement explicable, les humains sont déjà des « explicateurs universels », car nous sommes capables de comprendre tout ce qu’un système informatique peut comprendre : en termes de capacités de calcul, ordinateurs et cerveaux sont tout aussi universels.
Les changements de paradigme révèlent que la puissance de la pensée scientifique ne réside pas dans la vérité littérale des théories, mais dans notre capacité à identifier de nouvelles façons de décrire le monde et dans la persistance des structures que nous décrivons à travers différents schémas de représentation.
Ceci nous amène à comprendre pourquoi l’IA ne peut remplacer les scientifiques. Les controverses et les débats sur le langage et la représentation en science ne sont pas des anomalies ; ils sont inhérents à un système sociétal qui détermine les modèles qu’il privilégie. Les milliards de paramètres d’AlphaFold 3 suggèrent que la parcimonie et la simplicité ne sont peut-être pas les seules voies possibles pour la science. Si nous voulons des modèles qui cartographient le monde avec la plus grande précision possible, la complexité est peut-être nécessaire.
C’est cette profondeur de sens, inhérente à nos théories, que la science découvre en construisant de nouvelles perceptions sociétales. Une vision superficielle, où la science se contente de créer des modèles prédictifs dépourvus de profondeur et de signification, ne peut la saisir. Lorsqu’un scientifique élabore une théorie, même avant l’évaluation par les pairs, il y a un acte intentionnel d’explication et un travail intérieur de confrontation avec l’intuition et sa représentation. Les modèles d’IA, en revanche, génèrent des prédictions par reconnaissance statistique de formes, un processus très différent.
« La question fondamentale n’est pas de savoir si l’IA peut faire de la science, mais si les sociétés peuvent construire des représentations partagées et des significations consensuelles avec des algorithmes dépourvus de la création intentionnelle de sens qui a toujours été au cœur de l’explication scientifique. » L’IA transformera-t-elle la science ? Certainement. Remplacera-t-elle les scientifiques ? Certainement pas, clame Sara Imari Walker. Si nous nous méprenons sur la nature de la science, en confondant l’automatisation des méthodes avec le projet humain de construction, de débat et d’affinage collectifs des représentations symboliques qui nous permettent de comprendre la réalité, l’IA risque d’annoncer la mort de la science : nous manquerons alors l’occasion de l’intégrer pleinement aux systèmes culturels de la science.
« La science ne se résume pas à la prédiction et à l’automatisation ; l’histoire nous enseigne qu’elle est bien plus que cela. Elle repose sur un consensus explicatif et une négociation humaine permanente quant aux descriptions du monde que nous adopterons collectivement. Cette négociation, cette articulation intersubjective des observations en une signification partagée, est fondamentalement sociale et, pour l’instant, fondamentalement humaine. »
MAJ du 26/01/2026 : L’IA peut-elle générer de nouvelles idées en science ?, interroge Cade Metz pour le New York Times, en revenant sur une polémique récente où une startup, Harmonic, affirmait que son IA aurait résolu un problème de math resté insoluble (voir les explications de Numerama). En fait, des mathématiciens et des chercheurs en IA ont rapidement souligné que le système avait identifié des solutions existantes, enfouies dans des décennies d’articles de recherche et de manuels, par exemple en trouvant une solution enfouie dans un article en allemand. “Un chercheur expérimenté est toujours nécessaire pour interroger le système, lui expliquer ce qu’il doit rechercher et, finalement, extraire les informations pertinentes du reste des données produites”.
03.08.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)
Le rythme d’avancée de Moscou en Ukraine s’est ainsi effondré de près de 95 % en glissement annuel.
Le régime iranien qui fabrique des drones utilisés par la Russie pour ses frappes en Ukraine accuse Kiev d’avoir attaqué un navire iranien en mer Caspienne et menace de représailles.
La Protection civile grecque a ordonné vendredi l’évacuation préventive d’une partie d’une banlieue à l’ouest d’Athènes en raison d’un incendie de forêt, selon un message d’alerte envoyé sur les téléphones portables. Par ailleurs, l’île touristique de Crète était toujours la proie des flammes, poussées par des vents violents malgré une certaine amélioration, selon les pompiers.
Changement de Constitution, partisans de l’ancien régime traqués, manifestations réprimées, corruption… La gouvernance de Félix Tshisekedi est de plus en plus soumise aux critiques tandis que la situation dans l’Est ne progresse pas, au contraire de l’épidémie d’Ebola, devenue incontrôlable.
Les grandes surfaces commerciales en Tunisie font face à une tension sur l’approvisionnement en eau minérale conditionnée, dans un contexte marqué par une forte hausse de la consommation liée aux températures élevées enregistrées ces dernières semaines.
L’Italie a formulé cette proposition, soutenue par le Danemark et la Finlande, après l’afflux massif de migrants ces derniers jours dans l’enclave espagnole au Maroc.
Voir aussi Pourquoi Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente (theconversation.com) et Comment la crise à la frontière de Ceuta a immédiatement servi les intérêts de l’extrême droite espagnole (theconversation.com)
Le dirigeant socialiste espagnol a adressé une lettre offensive aux dirigeant·es de l’UE. Il déplore notamment une attitude « contraire » au principe de solidarité dans l’Union.
Un bilan provisoire fait état de 67 personnes décédées en essayant d’entrer à Ceuta.
C’est par voie de presse que les dessinateurs de presse Cristina et André Carrilho, membres de Cartooning for Peace, ont découvert leurs noms sur une liste d’individus et d’entités désignés comme des « cibles » et « menaces » pour le pays, établie par le Movimento Armilar Lusitano (MAL), un mouvement armé portugais d’extrême droite.

The U.K.’s Labour government seems afraid to talk about the climate emergency.
I reported this on January 3rd, 2026. It is now July 24th. Six months later. The vulnerability is still live. Nobody has ever responded. I guess my email wasn’t in their prayers.
Flock cameras have been in St. Pete since 2022, and while police say they help solve crimes, civil liberties advocates say they create an unprecedented mass surveillance network.
Had the case been properly investigated, the court says now, evidence “would have identified an individual whose first name is Jay whose IP address appears to be in California.”
Le président américain a crié sur tous les toits que du « vandalisme » expliquait le fiasco de la rénovation de l’étendue d’eau, mais la justice a conclu que l’« installation bâclée » est en cause.
The finding appears to be a setback to Kennedy’s Make America Healthy Again agenda, which has typically focused on overhauling nutrition guidance while neglecting food safety and infectious diseases.
Jusqu’à récemment, la vaccination contre la rougeole semblait si efficace que le développement de traitements contre la maladie n’avait aucun intérêt, médicalement comme financièrement […] alors que les taux de vaccination déclinent, des entreprises biotechnologiques et des instituts universitaires se penchent sur des traitements spécifiques
Dans l’imaginaire collectif, la silicose, grave maladie incurable qui détruit la fonction pulmonaire, est associée au travail des mineurs. Mais d’autres ouvriers y sont exposés. C’est notamment le cas de ceux qui travaillent la pierre synthétique, ou quartz aggloméré, qui voient également leur risque de cancer du poumon augmenter.
« C’est presque exclusivement des séquences tout public, montrant des marmottes en train de jouer, de se comporter de manière adorable, de creuser ou de rapporter des plantes dans leur terrier… bref, leur routine quotidienne »
Le 24 juin à 22h, deux tremblements de terre de magnitude 7,2 et 7,5 ont violemment secoué le Venezuela. Il s’agit du plus puissant séisme à avoir frappé le pays depuis au moins l’année 1900. Au moins 5500 morts et 16700 blessés et entre 10 000 et 50 000 personnes sont encore portées disparues. 16 000 personnes sont sans logement et 856 bâtiments sont sinistrés.
Chaque technique qui accélère remplit davantage les minutes qu’elle promettait de libérer.
Microsoft is on a mad dash behind the scenes to patch exploits before hackers find them.
Anthropic’s Project Glasswing may have uncovered tens of thousands of potential security flaws, but new research suggests AI-assisted vulnerability discovery has yet to produce the wave of real-world attacks many expected.
Le projet Debian débat de quatre propositions allant de l’interdiction des contributions directes assistées par IA à leur autorisation sous conditions. Derrière la qualité du code se joue surtout la protection des mainteneureuses bénévoles.
What it will come down to is whether the anti-AI groups in FOSS can work together and help each other to hold off the vast and commercially backed pressure from LLM-assisted and LLM-generated code, even though they may find themselves bitterly opposed in terms of politics and ethics.
Claude is exposing a wealth of users’ chats and creations in Google search results, meaning anyone can dig through conversations or other material that people used Claude to make but may not have realized were publicly available for strangers to see. The exposed data includes an AI-powered therapy app that someone appears to have vibe-coded, notes on meetings, and a dashboard someone made apparently to analyze medical billing data. Exposed chats reportedly include private cryptocurrency wallet keys and personal information like peoples’ addresses
Google’s aborted attempt to incorporate its Nano Banana 2 AI image generator as a Google Earth feature made it even easier for anyone to create modified versions of authentic imagery depicting real locations—something that Google boasted about when initially promoting the new feature.

the image of the map included in the presentation contained an artificial intelligence watermark that signals it was made with OpenAI tools.
New platforms are paying people to license their likeness for AI-generated dramas and ads, creating a new marketplace for biometric identity.
Gaps in laws may help Pennsylvania high school escape AI nudes scandal.One of the first schools to shut down after students were found making AI nudes of female classmates is now asking a court to toss a lawsuit filed by victims who claimed that the school stayed silent for months while the emboldened boys targeted many more girls.
Our investigation found that Hugging Face, the top platform for sharing open-source AI models, isn’t just hosting tools that generate non-consensual intimate imagery. It’s helping users compare, benchmark and optimize them, making image-based sexual abuse easier to scale.
A senior judge has accused the Home Office of relying on “AI hallucinated” information to refuse an asylum claim. The case relates to a Moroccan woman and her child who fled her country after experiencing forced underage marriage and extreme violence, including rape. The woman claimed asylum on the basis of fears that she would be killed by her husband : a powerful, previously convicted criminal. The Home Office refused her case, citing evidence from a supposedly independent and authoritative document known as a country policy information note (CPIN), which they said confirmed that Morocco would be safe for her. But the document could not be found, although its existence was relied upon by a judge who rejected her appeal against the Home Office’s refusal decision in an immigration court known as the first-tier tribunal.
It makes it easy to trick them into doing things they shouldn’t, such as telling you how to sabotage an aircraft’s navigation system.
Dans la Silicon Valley, les fleurons de l’intelligence artificielle font face à des menaces grandissantes, numériques, mais aussi physiques dans les bureaux ou au domicile des dirigeants.
L’InP, c’est un symbole de notre foi aveugle dans l’innovation : on croit résoudre un problème (l’efficacité énergétique de l’IA) en en créant un autre (la dépendance aux matériaux critiques)
The US and European stock markets might be numb to the enormity of the AI bubble at this point, but in East Asia it’s a different story.
D’après la BBC, il est interdit d’afficher en public des emblèmes nationaux étrangers, tels que des drapeaux, sans autorisation. Les personnes qui ne respectent pas cette règle s’exposent à une amende pouvant aller jusqu’à 500 dollars singapouriens (soit environ 338 euros) et une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à six mois.
My lawyer faces jail over a speech to jurors – a first in English history – as state seeks to silence Palestine solidarity
Mme Albanese est la cible d’attaques incessantes de la part d’organisations motivées politiquement, telles que UN Watch, qui mènent des campagnes de diffamation virulentes pour la réduire au silence et saper son mandat en matière de droits humains. Ces organisations n’ont qu’un seul objectif : protéger le gouvernement israélien de toute critique internationale et de toute responsabilité juridique. Malheureusement, des représentants de certains gouvernements occidentaux ont apporté un soutien indéfectible à ces campagnes de diffamation, accusant Mme Albanese d’antisémitisme. Nous rejetons ces accusations, qui sont infondées et incitent de manière irresponsable à des attaques contre Mme Albanese, mettant potentiellement sa sécurité personnelle en danger.
Le Britannique était visé par une procédure disciplinaire pour faute grave, liée à des accusations d’une collaboratrice. Cette décision survient au moment où la juridiction fait face à une pression croissante des Etats-Unis et d’Israël contre ses enquêtes sur les crimes commis dans les territoires palestiniens.
La périménopause, […] est par exemple peu documentée. Elle n’a fait son entrée dans le Larousse que cette année. La ménopause a, elle aussi, longtemps été traitée avec un mépris manifeste. Dans les années 1960, un médecin réputé de l’époque, Roger Wilson, allait jusqu’à qualifier de « vaches écervelées » les femmes ménopausées.
Le pareur lituanien à l’origine du sabotage a été suspendu de ses fonctions à vie, après qu’il a revendiqué son acte raciste et proféré de nouvelles insultes.
L’acteur américain se voit reprocher des « comportements sexuels délictueux » par quatre femmes. D’autres témoignages font état de comportements inappropriés vis-à-vis d’adolescentes.
Comment choisir une plateforme parmi 140 payantes ? La réforme de la facturation électronique concerne plus de dix millions d’entreprises, mais les craintes sont fortes chez beaucoup de petites structures paysannes ou artisanes, comme pour les auto-entreprises.
La Société Générale affiche, jeudi 30 juillet, un bénéfice net de 1,79 milliard d’euros pour son deuxième trimestre, du jamais-vu. La banque signe également un bénéfice record à l’échelle du semestre, à près de 3,5 milliards d’euros. En janvier dernier, le groupe annonçant la suppression de 1 800 postes en France.
Le Conseil constitutionnel a estimé, vendredi 31 juillet, que le code des collectivités qui a valu des amendes à Airbnb, pour un total de 8,6 millions d’euros, est conforme à la Constitution.
Devant le bâtiment du Samusocial, dans le 13e arrondissement de Paris, quelque 200 personnes, dont plus de 100 enfants, occupent le parvis.
Pour trouver l’aire d’accueil des gens du voyage d’Hellemmes-Ronchin, en périphérie de Lille, il ne faut pas suivre les panneaux routiers — inexistants — mais plutôt les camions toupie en route vers l’usine à béton. Là, coincée entre une concasserie de gravats et un grand champ de blé, se dresse un parking poussiéreux, sans un seul point ombragé.
Bilan de cette résurgence des flammes : « 6 hectares brûlés »
Voir aussi Incendies à Fontainebleau : sous terre, la forêt brûle toujours (reporterre.net)
Enterrés dans un champ calciné, à quelques mètres des habitations [du Porge], ils ont explosé sous l’effet de la chaleur au deuxième soir de l’incendie, dans la nuit du 23 au 24 juillet. L’un d’eux a même perforé le mur d’une maison évacuée.[…] Depuis, 75 obus ont été retrouvés, venus d’un dépôt de munitions oublié datant de la Seconde Guerre mondiale, selon la municipalité.
Ces habitant·es soutiennent que la commune a été abandonnée face au feu, avec un résultat catastrophique puisque près de 200 maisons ont été détruites.
Voir aussi “On n’y voit rien, c’est l’apocalypse” : on vous raconte les 48 heures qui ont ravagé la commune du Porge, anéantie par l’incendie en Gironde (franceinfo.fr)
Au Cap-Ferret, menacé par les violents incendies en Gironde, l’homme d’affaires Benoît Bartherotte et des ostréiculteurs ont refusé d’évacuer pour protéger la presqu’île. Pendant que le premier érige un pare-feu controversé, les seconds se battent pour sauver leurs huîtres et leur outil de travail.

La préfecture a annoncé l’évacuation de près de 2 500 personnes de plusieurs communes du département ce vendredi.
Aux yeux des assureurs, un feu de forêt ne coche pas les cases de la garantie Cat-Nat, le régime d’indemnisation des dommages majeurs causés par un événement naturel.
Connu pour ses tubes Nightcall, Roadgame, Testarossa Autodrive ou Rampage, Kavinsky a marqué toute une génération d’artistes, notamment ceux de la French Touch avec qui il collaborait régulièrement. L’annonce de sa disparition soudaine, trois jours avant son 51e anniversaire, a donc été vécue comme un choc dans le monde de la musique électro, mais pas uniquement.
C’était il y a maintenant 20 ans dans « Steak », une comédie loufoque avec Éric et Ramzy signée Quentin Dupieux, l’un de ses meilleurs amis.
L’ouverture de l’assistance médicale à la procréation pour les couples de femmes et les femmes seules fête ses cinq ans. Entre les délais d’attente, les inégalités d’accès et les discriminations persistantes, associations et professionnels de santé dressent un bilan très critique.
Sur sa page Facebook privée, le président du syndicat agricole de l’Oise Régis Desrumaux a violemment attaqué Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Ecologie les Verts, suite au vote de la loi d’urgence agricole.
Voir aussi « Force à toutes les ‘’grosses salopes’’ et à toutes les ‘’sales connes’’ » : Marine Tondelier riposte après l’insulte sexiste d’un membre de la FNSEA (humanite.fr)
Marine Tondelier exige « des excuses publiques » de la part d’un responsable de la FDSEA de l’Oise qui a fini par s’exécuter après l’avoir insulté de « grosse salope » sur Facebook. Si la patronne des Écologistes a reçu le soutien unanime des élus de gauche, cet événement met de nouveau en lumière le sexisme en politique.
Le chanteur de 67 ans est visé par deux nouvelles plaintes, l’une pour viol, l’autre pour agression sexuelle. Les faits dénoncés remontent à 1994 et 2005.
Derrière les promesses de « sororité » et de « reconstruction », se cachent parfois des structures qui s’apparentent à des organisations pyramidales. Dans le sud-ouest de la France ou en région parisienne, des réseaux de coaching attirent les victimes de violences conjugales via des stratégies dignes des plus agressives écoles de commerce.
La journaliste russe, accusée d’être en France une « propagandiste » du Kremlin, est visée par un arrêté d’expulsion.
« L’islamo-gauchisme et le wokisme ont gagné » […] « Je défends l’idée qu’Israël est une démocratie. Je constate que les preuves d’un génocide à Gaza restent introuvables. Je pense qu’on peut parler sans détour d’un antisémitisme musulman. »

Les deux séquences remontent à 2025. Les propos d’Erik Tegnér, fondateur du média identitaire « Frontières », sont notamment pointés du doigt.

Les pompiers ont rappelé le danger et la perte de temps engendrés par l’absence de respect des consignes de sécurité.

« La seule solution qu’on nous offre, ce sont des masques FFP2, en quantité limitée, et qui ne sont pas résistants au feu » […] Pourtant, il existe bien de nouvelles cagoules, filtrantes celles-ci, qui ont été intégrées depuis 2019 dans le référentiel technique de la Direction générale de la sécurité civile

Pour nombre d’observateurs, [la FNSEA] a perdu une partie de sa capacité d’influence politique. Mais c’est justement dans ce contexte qu’il devient essentiel pour le syndicat de l’agro-industrie de renforcer ses appuis politiques, en particulier issus de la droite traditionnelle, son alliée historique.
La promulgation de cette loi est désormais suspendue, depuis le 24 juillet 2026, à la saisine du Conseil constitutionnel entreprise par plusieurs député·es « insoumis » et écologistes.
Ces derniers jours, environ 40 000 migrants ont traversé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta.Ils n’auraient pas pu réagir plus vite. Pour servir leur discours, de nombreux dirigeants politiques français, à droite, à l’extrême droite, mais également chez les macronistes, sautent sur les vidéos en provenance de Ceuta
Jardins, écoquartiers, ferme municipale… Une fois élus, les maires d’extrême droite ne s’attaquent pas qu’à la culture et aux syndicats. Ils sabotent aussi des projets écologiques.
Un homme de 28 ans a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir fait ce geste en marge de la manifestation du 8 mars pour le droit des femmes. Il était jugé pour apologie de crime ou de délit. […] cet homme avait été candidat aux élections municipales à Mulhouse sur la liste du parti d’extrême-droite Reconquête
« Le dernier jour du festival, une fête tolérée a été organisée par le collectif [La Méandre] dans leurs locaux. On y était nombreux.ses et c’était super. Jusqu’à ce que la police puis 15 camions de CRS nous rejoignent et là c’était carrément moins festif »
les associations Data for Good, Humanité et Nature et France Nature Environnement Bouches-du-Rhône déposent des recours contre l’autorisation environnementale accordée par la préfecture au projet de centres de données de Pennes-Mirabeau.
Deux semaines après son lancement, la plateforme de recensement de victimes directes du changement climatique rassemble 105 000 personnes et plus de 30 000 témoignages. Son objectif : que « l’État regarde leurs réalités et agisse ».
Le tribunal administratif de Poitiers a ordonné le démantèlement de quatre réserves d’eau illégales à la lisière des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime. Une décision qualifiée d’historique par BNM.
Après une semaine de blocage, de nuits passées dans la canopée et de vives tensions, la mobilisation a payé. Ce mercredi 22 juillet, le maire de Jouy a officiellement signé un arrêté municipal garantissant la conservation et la protection des six tilleuls centenaires. Au pied des arbres, l’heure est à la fête et au bilan d’une lutte exemplaire.

Le géant Amazon profite de sa position dominante pour peser de tout son poids sur chaque maillon de la chaîne du livre. Ou comment la vente en ligne peut mettre en péril la « bibliodiversité ».
Alors que Tchap est devenue la messagerie sécurisée de référence de l’État, la France cherche désormais à étendre sa stratégie de souveraineté numérique à l’échelle européenne en promouvant le protocole Matrix auprès d’autres pays.
Alors que la justice a retenu la circonstance aggravante de racisme dans le meurtre de Thomas à Crépol, le racisme anti-Blanc s’invite à nouveau dans le débat public.
Au milieu des flammes, les écologistes sont mis en accusation. Stratégie de déni qui rappelle l’antiféminisme. Écologie et féminisme contestent l’actuel modèle économique : il valorise la destruction du vivant bien plus que sa préservation
la police de Delhi a déployé autour du site de protestation une infrastructure de surveillance […] Tours de surveillance, reconnaissance faciale assistée par l’IA, caméras à 360 degrés, caméras-piétons, unités mobiles et même lunettes intelligentes Meta ont créé un environnement dans lequel presque chaque déplacement des manifestants pouvait être enregistré, analysé et archivé.
En Argentine, la dictature n’a pas seulement imposé la terreur et le néolibéralisme : elle a également laissé une empreinte durable sur la façon dont le camp populaire pense la démocratie
Unlike some of Nolan’s other films, The Odyssey is not boring, thanks to the source material, which is impossible to mess up entirely. It’s a family-friendly audiovisual spectacle, like an elaborate Fourth of July fireworks display – and with about the same level of narrative and emotional depth.

Depuis plus d’un siècle, la France et l’Espagne se partagent l’administration de l’île des Faisans, un petit bout de terre posé au milieu de la Bidassoa. Du 1er août au 31 janvier, le plus petit condominium au monde est français, et le reste du temps, il est espagnol
Face à l’annonce irresponsable de Microsoft de ne plus mettre à jour son système d’exploitation Windows 10, qui va rendre obsolète plus de 400 millions d’ordinateurs dans le monde, la Ville a décidé de convertir progressivement les ordinateurs qu’elle fournit aux écoles sous Linux, le système d’exploitation libre et gratuit. Une expérimentation est ainsi menée dans trois écoles élémentaires. Une opportunité éducative mais aussi environnementale qui prolongera la durée de vie des ordinateurs.
« Le castor est un véritable ingénieur de son écosystème. S’il constate que le niveau du cours d’eau baisse, notamment lors des sécheresses, il construit des barrages, qui retiennent l’eau. Il participe aussi à la stabilisation des berges en faisant tomber les grands arbres tout en conservant leurs systèmes racinaires »
La coiffeuse Janet Stephens a corrigé une erreur de longue date dans l’interprétation des sculptures romaines. Pour faire tenir les cheveux, il fallait en fait une aiguille et du fil.
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
02.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 04 septembre 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.
Emily Bender et Alex Hanna publient The AI con, « L’escroquerie de l’IA ». Une synthèse très documentée qui nous invite à lutter contre le monde que nous proposent les géants de l’IA. Lecture.
L’arnaque de l’IA est le titre d’un essai que signent la linguiste Emily Bender et la sociologue Alex Hanna : The AI con : how to fight big tech’s hype and create the future we want (HarperCollins, 2025, non traduit). Emily Bender est professeure de linguistique à l’université de Washington. Elle fait partie des 100 personnalités de l’IA distinguées par le Time en 2023. Elle est surtout connue pour être l’une des co-auteure avec Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Margaret Mitchell du fameux article sur les Perroquets stochastiques, critique du développement des grands modèles de langage (voir l’interview du Monde avec Emily Bender). Alex Hanna, elle, est sociologue. Elle est la directrice de la recherche de DAIR, Distributed AI Research Institut. Les deux chercheuses publient également une newsletter commune et un podcast éponyme, « Mystery AI Hype Theater 3000 », où elles discutent avec nombre de chercheurs du domaine.
AI con pourrait paraître comme un brûlot technocritique, mais il est plutôt une synthèse très documentée de ce qu’est l’IA et de ce qu’elle n’est pas. L’IA est une escroquerie, expliquent les autrices, un moyen que certains acteurs ont trouvé “pour faire les poches de tous les autres”. « Quelques acteurs majeurs bien placés se sont positionnés pour accumuler des richesses importantes en extrayant de la valeur du travail créatif, des données personnelles ou du travail d’autres personnes et en remplaçant des services de qualité par des fac-similés ». Pour elles, l’IA tient bien plus d’une pseudo-technologie qu’autre chose.
L’escroquerie tient surtout dans le discours que ces acteurs tiennent, le battage médiatique, la hype qu’ils entretiennent, les propos qu’ils disséminent pour entretenir la frénésie autour de leurs outils et services. Le cadrage que les promoteurs de l’IA proposent leur permet de faire croire en leur puissance tout en invisibilisant ce que l’IA fait vraiment : « menacer les carrières stables et les remplacer par du travail à la tâche, réduire le personnel, déprécier les services sociaux et dégrader la créativité humaine ».
Bender et Hanna nous le rappellent avec force. « L’intelligence artificielle est un terme marketing ». L’IA ne se réfère pas à un ensemble cohérent de technologies. « L’IA permet de faire croire à ceux à qui on la vend que la technologie que l’on vend est similaire à l’humain, qu’elle serait capable de faire ce qui en fait, nécessite intrinsèquement le jugement, la perception ou la créativité humaine ». Les calculatrices sont bien meilleures que les humains pour l’arithmétique, on ne les vend pas pour autant comme de l’IA.
L’IA sert à automatiser les décisions, à classifier, à recommander, à traduire et transcrire et à générer des textes ou des images. Toutes ces différentes fonctions assemblées sous le terme d’IA créent l’illusion d’une technologie intelligente, magique, qui permet de produire de l’acceptation autour de l’automatisation quelles que soient ses conséquences, par exemple dans le domaine de l’aide sociale. Le battage médiatique, la hype, est également un élément important, car c’est elle qui conduit l’investissement dans ces technologies, qui explique l’engouement pour cet ensemble de méthodes statistiques appelé à changer le monde. « La fonction commerciale de la hype technologique est de booster la vente de produits ». Altman et ses confrères ne sont que des publicitaires qui connectent leurs objectifs commerciaux avec les imaginaires machiniques. Et la hype de l’IA nous promet une vie facile où les machines prendront notre place, feront le travail difficile et répétitif à notre place.
En 1956, quand John McCarthy et Marvin Minsky organisent un atelier au Dartmouth College pour discuter de méthodes pour créer des machines pensantes, le terme d’IA s’impose, notamment pour exclure Norbert Wiener, le pionnier, qui parle lui de cybernétique, estiment les chercheuses. Le terme d’intelligence artificielle va servir pour désigner des outils pour le guidage de systèmes militaires, afin d’attirer des investissements dans le contexte de la guerre froide. Dès le début, la « discipline » repose donc sur de grandes prétentions sans grande caution scientifique, de mauvaises pratiques de citation scientifiques et des objectifs fluctuants pour justifier les projets et attirer les investissements, expliquent Bender et Hanna. Des pratiques qui ont toujours cours aujourd’hui. Dès le début, les promoteurs de l’IA vont soutenir que les ordinateurs peuvent égaler les capacités humaines, notamment en estimant que les capacités humaines ne sont pas si complexes.
L’une des premières grande réalisation du domaine est le chatbot Eliza de Joseph Weizenbaum, nommée ainsi en référence à Eliza Doolittle, l’héroïne de Pygmalion, la pièce de George Bernard Shaw. Eliza Doolittle est la petite fleuriste prolétaire qui apprend à imiter le discours de la classe supérieure. Derrière ce nom très symbolique, le chatbot est conçu comme un psychothérapeute capable de soutenir une conversation avec son interlocuteur en lui renvoyant sans cesse des questions depuis les termes que son interlocuteur emploie. Weizenbaum était convaincu qu’en montrant le fonctionnement très basique et très trompeur d’Eliza, il permettrait aux utilisateurs de comprendre qu’on ne pouvait pas compatir à ses réponses. C’est l’inverse qui se produisit pourtant. Tout mécanique qu’était Eliza, Weizenbaum a été surpris de l’empathie générée par son tour de passe-passe, comme l’expliquait Ben Tarnoff. Eliza n’en sonne pas moins l’entrée dans l’âge de l’IA. Son créateur, lui, passera le reste de sa vie à être très critique de l’IA, d’abord en s’inquiétant de ses effets sur les gens. Eliza montrait que le principe d’imitation de l’humain se révélait particulièrement délétère, notamment en trompant émotionnellement ses interlocuteurs, ceux-ci interprétant les réponses comme s’ils étaient écoutés par cette machine. Dès l’origine, donc, rappellent Bender et Hanna, l’IA est une discipline de manipulation sans entrave biberonnée aux investissements publics et à la spéculation privée.
Bien sûr, il y a des applications de l’IA bien testées et utiles, conviennent-elles. Les correcteurs orthographiques par exemple ou les systèmes d’aide à la détection d’anomalies d’images médicales. Mais, en quelques années, l’IA est devenue la solution à toutes les activités humaines. Pourtant, toutes, mêmes les plus accomplies, comme les correcteurs orthographiques ou les systèmes d’images médicales ont des défaillances. Et leurs défaillances sont encore plus vives quand les outils sont imbriqués à d’autres et quand leurs applications vont au-delà des limites de leurs champs d’application pour lesquels elles fonctionnent bien. Dans leur livre, Bender et Hanna multiplient les exemples de défaillances, comme celles que nous évoquons en continu ici, Dans les algorithmes.
Ces défaillances dont la presse et la recherche se font souvent les échos ont des points communs. Toutes reposent sur des gens qui nous survendent les systèmes d’automatisation comme les très versatiles « machines à extruder du texte » – c’est ainsi que Bender et Hanna parlent des chatbots, les comparant implicitement à des imprimantes 3D censées imprimer, plus ou moins fidèlement, du texte depuis tous les textes, censées extruder du sens ou plutôt nous le faire croire, comme Eliza nous faisait croire en sa conscience, alors qu’elle ne faisait que berner ses utilisateurs. C’est bien plus nous que ces outils qui sommes capables de mettre du sens là où il n’y en a pas. Comme si ces outils n’étaient finalement que des moteurs à produire des paréidolies, des apophénies, c’est-à-dire du sens, des causalités, là où il n’y en a aucune. « L’IA n’est pas consciente : elle ne va pas rendre votre travail plus facile et les médecins IA ne soigneront aucun de vos maux ». Mais proclamer que l’IA est ou sera consciente produit surtout des effets sur le corps social, comme Eliza produit des effets sur ses utilisateurs. Malgré ce que promet la hype, l’IA risque bien plus de rendre votre travail plus difficile et de réduire la qualité des soins. « La hype n’arrive pas par accident. Elle remplit une fonction : nous effrayer et promettre aux décideurs et aux entrepreneurs de continuer à se remplir les poches ».
Dans leur livre, Bender et Hanna déconstruisent l’emballement. En rappelant d’abord que ces machines ne sont ni conscientes ni intelligentes. L’IA n’est que le résultat d’un traitement statistique à très grande échelle, comme l’expliquait Kate Crawford dans son Contre-Atlas de l’intelligence artificielle. Pourtant, dès les années 50, Minsky promettait déjà la simulation de la conscience. Mais cette promesse, cette fiction, ne sert que ceux qui ont quelque chose à vendre. Cette fiction de la conscience ne sert qu’à dévaluer la nôtre. Les « réseaux neuronaux » sont un terme fallacieux, qui vient du fait que ces premières machines s’inspiraient de ce qu’on croyait savoir du fonctionnement des neurones du cerveau humain dans les années 40. Or, ces systèmes ne font que prédire statistiquement le mot suivant dans leurs données de références. ChatGPT n’est rien d’autre qu’une « saisie automatique améliorée ». Or, comme le rappelle l’effet Eliza, quand nous sommes confrontés à du texte ou à des signes, nous l’interprétons automatiquement. Les bébés n’apprennent pas le langage par une exposition passive et isolée, rappelle la linguiste. Nous apprenons le langage par l’attention partagée avec autrui, par l’intersubjectivité. C’est seulement après avoir appris un langage en face à face que nous pouvons l’utiliser pour comprendre les autres artefacts linguistiques, comme l’écriture. Mais nous continuons d’appliquer la même technique de compréhension : « nous imaginons l’esprit derrière le texte ». Les LLM n’ont ni subjectivité ni intersubjectivité. Le fait qu’ils soient modélisés pour produire et distribuer des mots dans du texte ne signifie pas qu’ils aient accès au sens ou à une quelconque intention. Ils ne produisent que du texte synthétique plausible. ChatGPT n’est qu’une machine à extruder du texte, « comme un processus industriel extrude du plastique ». Leur fonction est une fonction de production… voire de surproduction.
Les promoteurs de l’IA ne cessent de répéter que leurs machines approchent de la conscience ou que les êtres humains, eux aussi, ne seraient que des perroquets stochastiques. Nous ne serions que des versions organiques des machines et nous devrions échanger avec elles comme si elles étaient des compagnons ou des amis. Dans cet argumentaire, les humains sont réduits à des machines. Weizenbaum estimait pourtant que les machines resserrent plutôt qu’élargissent notre humanité en nous conduisant à croire que nous serions comme elles. « En confiant tant de décisions aux ordinateurs, pensait-il, nous avions créé un monde plus inégal et moins rationnel, dans lequel la richesse de la raison humaine avait été réduite à des routines insensées de code », rappelle Tarnoff. L’informatique réduit les gens et leur expérience à des données. Les promoteurs de l’IA passent leur temps à dévaluer ce que signifie être humain, comme l’ont montré les critiques de celles qui, parce que femmes, personnes trans ou de couleurs, ne sont pas toujours considérées comme des humains, comme celles de Joy Buolamnwini, Timnit Gebru, Sasha Costanza-Chock ou Ruha Benjamin. Cette manière de dévaluer l’humain par la machine, d’évaluer la machine selon sa capacité à résoudre les problèmes n’est pas sans rappeler les dérives de la mesure de l’intelligence et ses délires racistes. La mesure de l’intelligence a toujours été utilisée pour justifier les inégalités de classe, de genre, de race. Et le délire sur l’intelligence des machines ne fait que les renouveler. D’autant que ce mouvement vers l’IA comme industrie est instrumenté par des millionnaires tous problématiques, de Musk à Thiel en passant par Altman ou Andreessen… tous promoteurs de l’eugénisme, tous ultraconservateurs quand ce n’est pas ouvertement fascistes. Bender et Hanna égrènent à leur tour nombre d’exemples des propos problématiques des entrepreneurs et financiers de l’IA. L’IA est un projet politique porté par des gens qui n’ont rien à faire de la démocratie parce qu’elle dessert leurs intérêts et qui tentent de nous convaincre que la rationalité qu’ils portent serait celle dont nous aurions besoin, oubliant de nous rappeler que leur vision du monde est profondément orientée par leurs intérêts – je vous renvoie au livre de Thibault Prévost, Les prophètes de l’IA, qui dit de manière plus politique encore que Bender et Hanna, les dérives idéologiques des grands acteurs de la tech.
L’IA se déploie partout avec la même promesse, celle qu’elle va améliorer la productivité, quand elle propose d’abord « de remplacer le travail par la technologie ». « L’IA ne va pas prendre votre job. Mais elle va rendre votre travail plus merdique », expliquent les chercheuses. « L’IA est déployée pour dévaluer le travail en menaçant les travailleurs par la technologie qui est supposée faire leur travail à une fraction de son coût ».
En vérité, aucun de ces outils ne fonctionnerait s’ils ne tiraient pas profits de contenus produits par d’autres et s’ils n’exploitaient pas une force de travail massive et sous payée à l’autre bout du monde. L’IA ne propose que de remplacer les emplois et les carrières que nous pouvons bâtir, par du travail à la tâche. L’IA ne propose que de remplacer les travailleurs de la création par des « babysitters de machines synthétiques ».
L’automatisation et la lutte contre l’automatisation par les travailleurs n’est pas nouvelle, rappellent les chercheuses. L’innovation technologique a toujours promis de rendre le travail plus facile et plus simple en augmentant la productivité. Mais ces promesses ne sont que « des fictions dont la fonction ne consiste qu’à vendre de la technologie. L’automatisation a toujours fait partie d’une stratégie plus vaste visant à transférer les coûts sur les travailleurs et à accumuler des richesses pour ceux qui contrôlent les machines. »
Ceux qui s’opposent à l’automatisation ne sont pas de simples Luddites qui refuseraient le progrès (ceux-ci d’ailleurs n’étaient pas opposés à la technologie et à l’innovation, comme on les présente trop souvent, mais bien plus opposés à la façon dont les propriétaires d’usines utilisaient la technologie pour les transformer, d’artisans en ouvriers, avec des salaires de misères, pour produire des produits de moins bonnes qualités et imposer des conditions de travail punitives, comme l’expliquent Brian Merchant dans son livre, Blood in the Machine ou Gavin Mueller dans Breaking things at work. L’introduction des machines dans le secteur de la confection au début du XIXe siècle au Royaume-Uni a réduit le besoin de travailleurs de 75 %. Ceux qui sont entrés dans l’industrie ont été confrontés à des conditions de travail épouvantables où les blessures étaient monnaies courantes. Les Luddites étaient bien plus opposés aux conditions de travail de contrôle et de coercition qui se mettaient en place qu’opposés au déploiement des machines), mais d’abord des gens concernés par la dégradation de leur santé, de leur travail et de leur mode de vie.
L’automatisation pourtant va surtout exploser avec le 20e siècle, notamment dans l’industrie automobile. Chez Ford, elle devient très tôt une stratégie. Si l’on se souvient de Ford pour avoir offert de bonnes conditions de rémunération à ses employés (afin qu’ils puissent s’acheter les voitures qu’ils produisaient), il faut rappeler que les conditions de travail étaient tout autant épouvantables et punitives que dans les usines de la confection du début du XIXe siècle. L’automatisation a toujours été associée à la fois au chômage et au surtravail, rappellent les chercheuses. Les machines de minage, introduites dès les années 50 dans les mines, permettaient d’employer 3 fois moins de personnes et étaient particulièrement meurtrières. Aujourd’hui, la surveillance qu’Amazon produit dans ses entrepôts vise à contrôler la vitesse d’exécution et cause elle aussi blessures et stress. L’IA n’est que la poursuite de cette longue tradition de l’industrie à chercher des moyens pour remplacer le travail par des machines, renforcer les contraintes et dégrader les conditions de travail au nom de la productivité.
D’ailleurs, rappellent les chercheuses, quatre mois après la sortie de ChatGPT, les chercheurs d’OpenAI ont publié un rapport assez peu fiable sur l’impact du chatbot sur le marché du travail. Mais OpenAI, comme tous les grands automatiseurs, a vu très tôt son intérêt à promouvoir l’automatisation comme un job killer. C’est le cas également des cabinets de conseils qui vendent aux entreprises des modalités pour réaliser des économies et améliorer les profits, et qui ont également produit des rapports en ce sens. Le remplacement par la technologie est un mythe persistant qui n’a pas besoin d’être réel pour avoir des impacts.
Plus qu’un remplacement par l’IA, cette technologie propose d’abord de dégrader nos conditions de travail. Les scénaristes sont payés moins cher pour réécrire un script que pour en écrire un, tout comme les traducteurs sont payés moins cher pour traduire ce qui a été prémâché par l’IA. Pas étonnant alors que de nombreux collectifs s’opposent à leurs déploiements, à l’image des actions du collectif Safe Street Rebel de San Francisco contre les robots taxis et des attaques (récurrentes) contre les voitures autonomes. Les frustrations se nourrissent des « choses dont nous n’avons pas besoin qui remplissent nos rues, comme des contenus que nous ne voulons pas qui remplissent le web, comme des outils de travail qui s’imposent à nous alors qu’ils ne fonctionnent pas ». Les exemples sont nombreux, à l’image des travailleurs de l’association américaine de lutte contre les désordres alimentaires qui ont été remplacés, un temps, par un chatbot, deux semaines après s’être syndiqués. Un chatbot qui a dû être rapidement retiré, puisqu’il conseillait n’importe quoi à ceux qui tentaient de trouver de l’aide. « Tenter de remplacer le travail par des systèmes d’IA ne consiste pas à faire plus avec moins, mais juste moins pour plus de préjudices » – et plus de bénéfices pour leurs promoteurs. Dans la mode, les mannequins virtuels permettent de créer un semblant de diversité, alors qu’en réalité, ils réduisent les opportunités des mannequins issus de la diversité.
Dans cette perspective, le travail avec l’IA consiste de plus en plus à corriger leurs erreurs, à nettoyer, à être les babysitters de l’IA. Des babysitters de plus en plus invisibilisés. Les robotaxis autonomes de Cruise sont monitorés et contrôlés à distance. Tous les outils d’IA ont recours à un travail caché, invisible, externalisé. Et ce dès l’origine, puisqu’ImageNet, le projet fondateur de l’IA qui consistait à labelliser des images pour servir à l’entraînement des machines n’aurait pas été possible sans l’usage du service Mechanical Turk d’Amazon. 50 000 travailleurs depuis 167 pays ont été mobilisés pour créer le dataset qui a permis à l’IA de décoller. « Le modèle d’ImageNet consistant à exploiter des travailleurs à la tâche tout autour du monde est devenue une norme industrielle du secteur« . Aujourd’hui encore, le recours aux travailleurs du clic est persistant, notamment pour la correction des IA. Et les industries de l’IA profitent d’abord et avant tout l’absence de protection des travailleurs qu’ils exploitent.
Pas étonnant donc que les travailleurs tentent de répondre et de s’organiser, à l’image des scénaristes et des acteurs d’Hollywood et de leur 148 jours de grève. Mais toutes les professions ne sont pas aussi bien organisées. D’autres tentent d’autres méthodes, comme les outils des artistes visuels, Glaze et Nightshade, pour protéger leurs créations. Les travailleurs du clic eux aussi s’organisent, par exemple via l’African Content Moderators Union.
L’escroquerie de l’IA se développe également dans les services sociaux. Sous prétexte d’austérité, les solutions automatisées sont partout envisagées comme « la seule voie à suivre pour les services gouvernementaux à court d’argent ». L’accès aux services sociaux est remplacé par des « contrefaçons bon marchés » pour ceux qui ne peuvent pas se payer les services de vrais professionnels. Ce qui est surtout un moyen d’élargir les inégalités au détriment de ceux qui sont déjà marginalisés. Bien sûr, les auteurs font référence ici à des sources que nous avons déjà mobilisés, notamment Virginia Eubanks. « L’automatisation dans le domaine du social au nom de l’efficacité ne rend les autorités efficaces que pour nuire aux plus démunis » . C’est par exemple le cas de la détention préventive. En 2024, 500 000 américains sont en prison parce qu’ils ne peuvent pas payer leurs cautions. Pour remédier à cela, plusieurs États ont recours à des solutions algorithmiques pour évaluer le risque de récidive sans résoudre le problème, au contraire, puisque ces calculs ont surtout servi à accabler les plus démunis. À nouveau, « l’automatisation partout vise bien plus à abdiquer la gouvernance qu’à l’améliorer ».
“De partout, quand les services publics se tournent vers des solutions automatisées, c’est bien plus pour se décharger de leurs responsabilités que pour améliorer leurs réponses”, constatent, désabusées, Bender et Hanna. Et ce n’est pas qu’une caractéristique des autorités républicaines, se lamentent les chercheuses. Gavin Newsom, le gouverneur démocrate de la Californie démultiplie les projets d’IA générative, par exemple pour adresser le problème des populations sans domiciles afin de mieux identifier la disponibilité des refuges… « Les machines à extruder du texte pourtant, ne savent que faire cela, pas extruder des abris ». De partout d’ailleurs, toutes les autorités publiques ont des projets de développement de chatbots et des projets de systèmes d’IA pour résoudre les problèmes de société. Les autorités oublient que ce qui affecte la santé, la vie et la liberté des gens nécessite des réponses politiques, pas des artifices artificiels.
Les deux chercheuses multiplient les exemples d’outils défaillants… dans un inventaire sans fin. Pourtant, rappellent-elles, la confiance dans ces outils reposent sur la qualité de leur évaluation. Celle-ci est pourtant de plus en plus le parent pauvre de ces outils, comme le regrettaient Sayash Kapoor et Arvind Narayanan dans leur livre. En fait, l’évaluation elle-même est restée déficiente, rappellent Hanna et Bender. Les tests sont partiels, biaisés par les données d’entraînements qui sont rarement représentatives. Les outils d’évaluation de la transcription automatique par exemple reposent sur le taux de mots erronés, mais comptent tout mots comme étant équivalent, alors que certains peuvent être bien plus importants que d’autres en contexte, par exemple, l’adresse est une donnée très importante quand on appelle un service d’urgence, or, c’est là que les erreurs sont les plus fortes.
Depuis l’arrivée de l’IA générative, l’évaluation semble même avoir déraillé (voir notre article « De la difficulté à évaluer l’IA »). Désormais, ils deviennent des concours (par exemple en tentant de les classer selon leurs réponses à des tests de QI) et des outils de classements pour eux-mêmes, comme s’en inquiétaient déjà les chercheuses dans un article de recherche. La capacité des modèles d’IA générative à performer aux évaluations tient d’un effet Hans le malin, du nom du cheval qui avait appris à décoder les signes de son maître pour faire croire qu’il était capable de compter. On fait passer des tests qu’on propose aux professionnels pour évaluer ces systèmes d’IA, alors qu’ils ne sont pas faits pour eux et qu’ils n’évaluent pas tout ce qu’on regarde au-delà des tests pour ces professions, comme la créativité, le soin aux autres. Malgré les innombrables défaillances d’outils dans le domaine de la santé (on se souvient des algorithmes défaillants de l’assureur UnitedHealth qui produisait des refus de soins deux fois plus élevés que ses concurrents ou ceux d’Epic Systems ou d’autres encore pour allouer des soins, dénoncés par l’association nationale des infirmières…), cela n’empêche pas les outils de proliférer. Amazon avec One Medical explore le triage de patients en utilisant des chatbots, Hippocratic AI lève des centaines de millions de dollars pour produire d’épouvantables chatbots spécialisés. Et ne parlons pas des chatbots utilisés comme psy et coach personnels, aussi inappropriés que l’était Eliza il y a 55 ans… Le fait de pousser l’IA dans la santé n’a pas d’autres buts que de dégrader les conditions de travail des professionnels et d’élargir le fossé entre ceux qui seront capables de payer pour obtenir des soins et les autres qui seront laissés aux « contrefaçons électroniques bon marchés ». Les chercheuses font le même constat dans le développement de l’IA dans le domaine scolaire, où, pour contrer la généralisation de l’usage des outils par les élèves, les institutions investissent dans des outils de détection défaillants qui visent à surveiller et punir les élèves plutôt que les aider, et qui punissent plus fortement les étudiants en difficultés. D’un côté, les outils promettent aux élèves d’étendre leur créativité, de l’autre, ils sont surtout utilisés pour renforcer la surveillance. « Les étudiants n’ont pourtant pas besoin de plus de technologie. Ils ont besoin de plus de professeurs, de meilleurs équipements et de plus d’équipes supports ». Confrontés à l’IA générative, le secteur a du mal à s’adapter expliquait Taylor Swaak pour le Chronicle of Higher Education (voir notre récent dossier sur le sujet). Dans ce secteur comme dans tous les autres, l’IA est surtout vue comme un moyen de réduire les coûts. C’est oublier que l’école est là pour accompagner les élèves, pour apprendre à travailler et que c’est un apprentissage qui prend du temps. L’IA est finalement bien plus le symptôme des problèmes de l’école qu’une solution. Elle n’aidera pas à mieux payer les enseignants ou à convaincre les élèves de travailler…
Dans le social, la santé ou l’éducation, le développement de l’IA est obnubilé par l’efficacité organisationnelle : tout l’enjeu est de faire plus avec moins. L’IA est la solution de remplacement bon marché. « L’IA n’est qu’un pauvre facsimilé de l’État providence ». « Elle propose à tous ce que les techs barons ne voudraient pas pour eux-mêmes ». « Les machines qui produisent du texte synthétique ne combleront pas les lacunes de la fabrique du social ».
On pourrait généraliser le constat que nous faisions avec Clearview : l’investissement dans ces outils est un levier d’investissement idéologique qui vise à créer des outils pour contourner et réduire l’État providence, modifier les modèles économiques et politiques.
« Nous habitons un écosystème d’information qui consiste à établir des relations de confiance entre des publications et leurs lecteurs. Quand les textes synthétiques se déversent dans cet écosystème, c’est une forme de pollution qui endommage les relations comme la confiance ». Or l’IA promet de faire de l’art bon marché. Ce sont des outils de démocratisation de la créativité, explique par exemple le fondateur de Stability AI, Emad Mostaque. La vérité n’est pourtant pas celle-ci. L’artiste Karla Ortiz, qui a travaillé pour Marvel ou Industrial Light and Magic, expliquait qu’elle a très tôt perdu des revenus du fait de la concurrence initiée par l’IA. Là encore, les systèmes de génération d’image sont déployés pour perturber le modèle économique existant permettant à des gens de faire carrière de leur art. Tous les domaines de la création sont en train d’être déstabilisés. Les “livres extrudés” se démultiplient pour tenter de concurrencer ceux d’auteurs existants ou tromper les acheteurs. Dire que l’IA peut faire de l’art, c’est pourtant mal comprendre que l’art porte toujours une intention que les générateurs ne peuvent apporter. L’art sous IA est asocial, explique la sociologue Jennifer Lena. Quand la pratique artistique est une activité sociale, forte de ses pratiques éthiques comme la citation scientifique. La génération d’images, elle, est surtout une génération de travail dérivé qui copie et plagie l’existant. L’argument génératif semble surtout sonner creux, tant les productions sont souvent identiques aux données depuis lesquelles les textes et images sont formés, soulignent Bender et Hanna. Le projet Galactica de Meta, soutenu par Yann Le Cun lui-même, qui promettait de synthétiser la littérature scientifique et d’en produire, a rapidement été dé-publié. « Avec les LLM, la situation est pire que le garbage in/garbage out que l’on connaît” (c’est-à-dire, le fait que si les données d’entrées sont mauvaises, les résultats de sortie le seront aussi). Les LLM produisent du « papier-mâché des données d’entraînement, les écrasant et remixant dans de nouvelles formes qui ne savent pas préserver l’intention des données originelles”. Les promesses de l’IA pour la science répètent qu’elle va pouvoir accélérer la science. C’était l’objectif du grand défi, lancé en 2016 par le chercheur de chez Sony, Hiroaki Kitano : concevoir un système d’IA pour faire des découvertes majeures dans les sciences biomédicales (le grand challenge a été renommé, en 2021, le Nobel Turing Challenge). Là encore, le défi a fait long feu. « Nous ne pouvons déléguer la science, car la science n’est pas seulement une collection de réponses. C’est d’abord un ensemble de processus et de savoirs ». Or, pour les thuriféraires de l’IA, la connaissance scientifique ne serait qu’un empilement, qu’une collection de faits empiriques qui seraient découverts uniquement via des procédés techniques à raffiner. Cette fausse compréhension de la science ne la voit jamais comme l’activité humaine et sociale qu’elle est avant tout. Comme dans l’art, les promoteurs de l’IA ne voient la science que comme des idées, jamais comme une communauté de pratique.
Cette vision de la science explique qu’elle devienne une source de solutions pour résoudre les problèmes sociaux et politiques, dominée par la science informatique, en passe de devenir l’autorité scientifique ultime, le principe organisateur de la science. La surutilisation de l’IA en science risque pourtant bien plus de rendre la science moins innovante et plus vulnérable aux erreurs, estiment les chercheuses. « La prolifération des outils d’IA en science risque d’introduire une phase de recherche scientifique où nous produisons plus, mais comprenons moins » , expliquaient dans Nature Lisa Messeri et M. J. Crockett (sans compter le risque de voir les compétences diminuer, comme le soulignait une récente étude sur la difficulté des spécialistes de l’imagerie médicale à détecter des problèmes sans assistance). L’IA propose surtout un point de vue non situé, une vue depuis nulle part, comme le dénonçait Donna Haraway : elle repose sur l’idée qu’il y aurait une connaissance objective indépendante de l’expérience. « L’IA pour la science nous fait croire que l’on peut trouver des solutions en limitant nos regards à ce qui est éclairé par la lumière des centres de données ». Or, ce qui explique le développement de l’IA scientifique n’est pas la science, mais le capital-risque et les big-tech. L’IA rend surtout les publications scientifiques moins fiables. Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il faut rejeter en bloc l’automatisation des instruments scientifiques, mais l’usage généralisé de l’IA risque d’amener plus de risques que de bienfaits.
Mêmes constats dans le monde de la presse, où les chercheuses dénoncent la prolifération de « moulins à contenus”, où l’automatisation fait des ravages dans un secteur déjà en grande difficulté économique. L’introduction de l’IA dans les domaines des arts, de la science ou du journalisme constitue une même cible de choix qui permet aux promoteurs de l’IA de faire croire en l’intelligence de leurs services. Pourtant, leurs productions ne sont pas des preuves de la créativité de ces machines. Sans la créativité des travailleurs qui produisent l’art, la science et le journalisme qui alimentent ces machines, ces machines ne sauraient rien produire. Les contenus synthétiques sont tous basés sur le vol de données et l’exploitation du travail d’autrui. Et l’utilisation de l’IA générative produit d’abord des dommages sociaux dans ces secteurs.
Le dernier chapitre du livre revient sur les doomers et les boosters, en renvoyant dos à dos ceux qui pensent que le développement de l’IA est dangereux et les accélérationnistes qui pensent que le développement de l’IA permettra de sauver l’humanité. Pour les uns comme pour les autres, les machines sont la prochaine étape de l’évolution. Ces visions apocalyptiques ont produit un champ de recherche dédié, appelé l’AI Safety. Mais, contrairement à ce qu’il laisse entendre, ce champ disciplinaire ne vient pas de l’ingénierie de la sécurité et ne s’intéresse pas vraiment aux dommages que l’IA engendre depuis ses biais et défaillances. C’est un domaine de recherche centré sur les risques existentiels de l’IA qui dispose déjà d’innombrables centres de recherches dédiés.
Pour éviter que l’IA ne devienne immaîtrisable, beaucoup estiment qu’elle devrait être alignée avec les normes et valeurs humaines. Cette question de l’alignement est considérée comme le Graal de la sécurité pour ceux qui œuvrent au développement d’une IA superintelligente (OpenAI avait annoncé travailler en 2023 à une super-intelligence avec une équipe dédiée au « super-alignement », mais l’entreprise a dissous son équipe moins d’un an après son annonce. Ilya Sutskever, qui pilotait l’équipe, a lancé depuis Safe Superintelligence Inc). Derrière l’idée de l’alignement, repose d’abord l’idée que le développement de l’IA serait inévitable. Rien n’est moins sûr, rappellent les chercheuses. La plupart des gens sur la planète n’ont pas besoin d’IA. Et le développement d’outils d’automatisation de masse n’est pas socialement désirable. « Ces technologies servent d’abord à centraliser le pouvoir, à amasser des données, à générer du profit, plutôt qu’à fournir des technologies qui soient socialement bénéfiques à tous ». L’autre problème, c’est que l’alignement de l’IA sur les « valeurs humaines » peine à les définir. Les droits et libertés ne sont des concepts qui ne sont ni universels ni homogènes dans le temps et l’espace. La déclaration des droits de l’homme elle-même s’est longtemps accommodé de l’esclavage. Avec quelles valeurs humaines les outils d’IA s’alignent-ils quand ils sont utilisés pour armer des robots tueurs, pour la militarisation des frontières ou la traque des migrants ?, ironisent avec pertinence Bender et Hanna.
Pour les tenants du risque existentiel de l’IA, les risques existentiels dont il faudrait se prémunir sont avant tout ceux qui menacent la prospérité des riches occidentaux qui déploient l’IA, ironisent-elles encore. Enfin, rappellent les chercheuses, les scientifiques qui travaillent à pointer les risques réels et actuels de l’IA et ceux qui œuvrent à prévenir les risques existentiels ne travaillent pas à la même chose. Les premiers sont entièrement concernés par les enjeux sociaux, raciaux, dénoncent les violences et les inégalités, quand les seconds ne dénoncent que des risques hypothétiques. Les deux champs scientifiques ne se recoupent ni ne se citent entre eux.
Derrière la fausse guerre entre doomers et boomers, les uns se cachent avec les autres. Pour les uns comme pour les autres, le capitalisme est la seule solution aux maux de la société. Les uns comme les autres voient l’IA comme inévitable et désirable parce qu’elle leur promet des marchés sans entraves. Pourtant, rappellent les chercheuses, le danger n’est pas celui d’une IA qui nous exterminerait. Le danger, bien présent, est celui d’une spéculation financière sans limite, d’une dégradation de la confiance dans les médias à laquelle l’IA participe activement, la normalisation du vol de données et de leur exploitation et le renforcement de systèmes imaginés pour punir les plus démunis. Doomers et boosters devraient surtout être ignorés, s’ils n’étaient pas si riches et si influents. L’emphase sur les risques existentiels détournent les autorités des régulations qu’elles devraient produire.
Pour répondre aux défis de la modernité, nous n’avons pas besoin de générateur de textes, mais de gens, de volonté politique et de ressources, concluent les chercheuses. Nous devons collectivement façonner l’innovation pour qu’elle bénéficie à tous plutôt qu’elle n’enrichisse certains. Pour résister à la hype de l’IA, nous devons poser de meilleures questions sur les systèmes qui se déploient. D’où viennent les données ? Qu’est-ce qui est vraiment automatisé ? Nous devrions refuser de les anthropomorphiser : il ne peut y avoir d’infirmière ou de prof IA. Nous devrions exiger de bien meilleures évaluations des systèmes. ShotSpotter, le système vendu aux municipalités américaines pour détecter automatiquement le son des coups de feux, était annoncé avec un taux de performance de 97 % (et un taux de faux positif de 0,5 % – et c’est encore le cas dans sa FAQ). En réalité, les audits réalisés à Chicago et New York ont montré que 87 à 91 % des alertes du système étaient de fausses alertes ! Nous devons savoir qui bénéficie de ces technologies, qui en souffre. Quels recours sont disponibles et est-ce que le service de plainte est fonctionnel pour y répondre ?
Pour les deux chercheuses, la résistance à l’IA passe d’abord et avant tout par luttes collectives. C’est à chacun et à tous de boycotter ces produits, de nous moquer de ceux qui les utilisent. C’est à nous de rendre l’usage des médias synthétiques pour ce qu’ils sont : inutiles et ringards. Pour les deux chercheuses, la résistance à ces déploiements est essentielle, tant les géants de l’IA sont en train de l’imposer, par exemple dans notre rapport à l’information, mais également dans tous leurs outils. C’est à nous de refuser « l’apparente commodité des réponses des chatbots ». C’est à nous d’œuvrer pour renforcer la régulation de l’IA, comme les lois qui protègent les droits des travailleurs, qui limitent la surveillance.
Emily Bender et Alex Hanna plaident pour une confiance zéro à l’encontre de ceux qui déploient des outils d’IA. Ces principes établis par l’AI Now Institute, Accountable Tech et l’Electronic Privacy Information Center, reposent sur 3 leviers : renforcer les lois existantes, établir des lignes rouges sur les usages inacceptables de l’IA et exiger des entreprises d’IA qu’elles produisent les preuves que leurs produits sont sans dangers.
Mais la régulation n’est hélas pas à l’ordre du jour. Les thuriféraires de l’IA défendent une innovation sans plus aucune entrave afin que rien n’empêche leur capacité à accumuler puissance et fortune. Pour améliorer la régulation, nous avons besoin d’une plus grande transparence, car il n’y aura pas de responsabilité sans elle, soulignent les chercheuses. Nous devons avoir également une transparence sur l’automatisation à l’œuvre, c’est-à-dire que nous devons savoir quand nous interagissons avec un système, quand un texte a été traduit automatiquement. Nous avons le droit de savoir quand nous sommes les sujets soumis aux résultats de l’automatisation. Enfin, nous devons déplacer la responsabilité sur les systèmes eux-mêmes et tout le long de la chaîne de production de l’IA. Les entreprises de l’IA doivent être responsables des données, du travail qu’elles réalisent sur celles-ci, des modèles qu’elles développent et des évaluations. Enfin, il faut améliorer les recours, le droit des données et la minimisation. En entraînant leurs modèles sur toutes les données disponibles, les entreprises de l’IA ont renforcé la nécessité d’augmenter les droits des gens sur leurs données. Enfin, elles plaident pour renforcer les protections du travail en donnant plus de contrôle aux travailleurs sur les outils qui sont déployés et renforcer le droit syndical. Nous devons œuvrer à des « technologies socialement situées », des outils spécifiques plutôt que des outils qui sauraient tout faire. Les applications devraient bien plus respecter les droits des usagers et par exemple ne pas autoriser la collecte de leurs données. Nous devrions enfin défendre un droit à ne pas être évalué par les machines. Comme le dit Ruha Benjamin, en défendant la Justice virale (Princeton University Press, 2022), nous devrions œuvrer à “un monde où la justice est irrésistible”, où rien ne devrait pouvoir se faire pour les gens sans les gens. Nous avons le pouvoir de dire non. Nous devrions refuser la reconnaissance faciale et émotionnelle, car, comme le dit Sarah Hamid du réseau de résistance aux technologies carcérales, au-delà des biais, les technologies sont racistes parce qu’on le leur demande. Nous devons les refuser, comme l’Algorithmic Justice League recommande aux voyageurs de refuser de passer les scanneurs de la reconnaissance faciale.
Bender et Hanna nous invitent à activement résister à la hype. À réaffirmer notre valeur, nos compétences et nos expertises sur celles des machines. Les deux chercheuses ne tiennent pas un propos révolutionnaire pourtant. Elles ne livrent qu’une synthèse, riche, informée. Elles ne nous invitent qu’à activer la résistance que nous devrions naturellement activer, mais qui semble être devenue étrangement radicale ou audacieuse face aux déploiements omnipotents de l’IA.
Hubert Guillaud
31.07.2026 à 10:15
Framatophe
Résultat d’une écriture collective, Transiscope : Cartographier pour coopérer est un livre issu du projet Des Livres en Commun et dont la sortie est prévue le 8 septembre 2026. Il retrace une décennie d’expérimentations techniques et humaines visant à rendre visibles les alternatives sociales et écologiques, rôle que s’est donné Transiscope depuis sa création. Ce récit d’exploration analyse la construction d’un commun numérique conçu pour résister à la logique des plateformes prédatrices. Loin de se limiter à une présentation fonctionnelle d’un outil d’agrégation de données, ce livre documente les processus de coopération, les arbitrages éthiques face aux infrastructures matérielles et les défis organisationnels d’un collectif. Cet ouvrage dépasse la simple rétrospective pour devenir une ressource opérationnelle et politique, offerte en partage à celles et ceux qui aspirent à structurer leurs propres solidarités.
Dans cet entretien qui tient lieu de teasing 😜, les auteurs reviennent sur les fondements politiques de leur démarche et sur la nécessité de structurer des solidarités techniques. Ils montrent comment la technique ne sert plus à capturer l’attention, mais à soutenir un archipel de résistances concrètes.
Cet ouvrage est issu de l’appel à publication 2024. Pour rappel, Des Livres en Communs (DLeC) est un projet éditorial qui vise à soutenir l’écriture même d’un livre, son processus de création autant que sa structuration, afin d’un faire un commun. Transiscope : Cartographier pour coopérer s’inscrit dans la logique éditoriale de DLeC : transformer un retour d’expérience singulier en un outil de transmission capable d’irriguer d’autres luttes. En documentant dix ans de trajectoire du collectif Transiscope, ce livre répond à l’exigence de DLeC de produire des écrits qui servent de communs à d’autres communautés. Il dépasse la simple logique d’auteur pour devenir un outil de transmission de savoir-faire organisationnels et politiques.
Framasoft – Au début de l’ouvrage, vous situez l’émergence de Transiscope dans le sillage des mouvements horizontaux des années 2010 (Nuit Debout, Occupy). En quoi ce projet technique d’agrégation de données est-il une réponse politique à ce que vous appelez la « brutalisation » des rapports sociaux et la marchandisation du monde associatif ?
Jean-Baptiste – Oui tout à fait, avant d’être un projet techniquement très ingénieux basé sur des outils numériques « libres », le Transiscope est d’abord un projet politique à contre-courant. Il se fonde sur des logiques de coopérations, de réciprocités et de solidarités là où le système économique dominant est basé, lui, sur la rivalité et une compétition sans fin avec une concurrence de tous contre chacun induisant des logiques de prédation.
En tant que fondateur de l’OCMA (Observatoire Citoyen de la Marchandisation des Associations), nous sommes évidemment très sensibles à tout cela au Collectif des Associations Citoyennes (CAC). Pour deux raisons. La première est que nous cherchons à documenter ce processus qui dénature les associations en les poussant vers la recherche de productivité, de performance, de rentabilité, bref de lucrativité bien éloignée, théoriquement, de leur ADN fondateur fait de non-lucrativité et de désintéressement… La seconde raison, c’est que nous tâchons d’expliquer que cette tendance n’est pas une fatalité ! En effet, tous les jours, partout en France, des actions très pragmatiques, qui produisent beaucoup d’effets dans la vie de nos co-citoyens, se basent sur des valeurs différentes de celles de la rentabilité, de l’extractivisme et du productivisme, bref en marge du système dominant de l’économie de marché… mais quelle marge considérable ! D’une certaine manière, cela prouve que, décidément oui, « un autre monde est possible » puisqu’il y a un foisonnement de « déjà-là » d’alternatives. Grâce à cette carte du Transiscope, il apparaît sous nos yeux à travers ce maillage qu’on voit se développer sur les territoires. Et, au passage, quel plaisir de donner tort à la chantre du néo-libéralisme Margaret Thatcher et de tout ceux qui, à sa suite, reprennent son emblématique TINA (pour There Is No Alternative).
Le drame étant bien sûr que tout cela passe très largement sous les radars (il suffit de voir les problèmes posés par les indicateurs qui sont censés mesurés la « richesse » du pays ou tout simplement la façon dont la comptabilité est conçue de telle manière qu’on ne parvient pas à rendre compte de ce qui compte vraiment…) et c’est là qu’on apprécie l’apport d’un outil comme le Transiscope : dans sa capacité à documenter, cartographier, rendre visible et évident, faire connaître et mettre en avant et en lumière un formidable tissu d’actions collectives sans lesquelles notre société serait tout simplement invivable ! Ce n’est pas rien tout de même, ça compte et ça conte (au sens où ça raconte beaucoup de choses sur les initiatives sur lesquelles s’appuyer pour ne pas sombrer dans le pessimisme et la désespérance qui peuvent nous guetter parfois). Ça doit nous donner de l’allant et de l’élan, de l’ardeur à la tâche et du cœur à l’ouvrage !
Julien – Le projet Transiscope s’inscrit en opposition à la logique de concurrence qui régit l’ensemble de la société jusqu’au secteur associatif, il propose d’organiser matériellement (et donc techniquement) la solidarité entre des assos et des collectifs de luttes en partageant de l’information, des enjeux et des ressources. Très concrètement cela signifie que la logique organisationnelle du Transiscope est celle des communs, il s’agit de mettre en commun nos moyens (argent, temps de travail, locaux, réseaux etc.), de régir collectivement ces ressources et de les mettre au service de celleux qui luttent partout pour construire des alternatives à cette société brutale.
Framasoft – Vous évoquez avec une pointe d’humour l’idée d’une « tragédie du LSD », Libristes, Solidaristes, Durabilistes, pour désigner le travail en silo de ces mouvements. Comment Transiscope a-t-il réussi — ou tente-t-il encore — à faire de la technique un terrain de convergence plutôt qu’un facteur supplémentaire de fragmentation ?
Pierre-Alain – Transiscope est né du travail de nombreux milieux autour des enjeux de la coopération ouverte autour d’un concept ni trop fumeux, ni trop sérieux : le LSD.
À la fin d’une soirée sans doute arrosée (de pluie) à Brest en 2012, entre Laurent Marseault et Jean-Michel Cornu est née la tragédie du LSD. Ces drogués de la coopération ont su rendre accessible et léger un impensé de nos milieux militants pourtant féru de vivre ensemble et de coopération. Le LSD pour Libre, Solidaire et Durable. Nous sommes tous issus de parcours, d’histoires, de tempéraments différents. Nous utilisons du vocabulaire spécifique, et nous baignons dans des cultures différentes. Ce sont les premiers freins de notre impuissance !
Transiscope est né de cette nécessité d’une coopération plus ouverte pour dépasser les silos et les réflexes « identitaires ». Pour concevoir et agréger d’autres cartos, il a fallu concrètement se mettre à travailler ensemble. Transiscope a été un des plus puissants terrains d’expérience commune entre le monde du libre, celui des solidaires et celui des durables. Bien sûr, ces trois « familles » peuvent se croiser et se préciser. Nous avons tous en nous quelque chose de libre, de solidaire et de durable ! Mais un archétype permet aussi de cartographier les acteurs, les réseaux et de se concentrer sur l’essentiel : leurs liens et les énergies qu’il faut mettre en œuvre pour les initier et les nourrir.
Les libristes ont permis de concevoir l’architecture de la carte et de la faire évoluer sur un temps long. Leurs qualités sont essentielles : expertise technique, force d’une communauté capable de travailler à distance sans se connaître, réflexe de tout documenter et de protéger les ressources en Commun. Certes, nous avons eu la chance de travailler avec des libristes qui pouvaient parler sans code html ou markdown !
Les durables, ou durabilistes, ou bien encore les écolos, et même des écolos-bobos dans certaines grandes agglomérations ! Ce monde se croise dans des « bases », dans des jardins, à vélo ou dans les colloques sur l’énergie. Ils apportent la nécessité de la relation au vivant et au temps long. Ils nourrissent nos échanges par leur capacité d’incarner et de rendre accessible les savoirs experts des scientifiques. Et puis, depuis quelques années, ils commencent à croiser des habitants des quartiers populaires organisés autour de la reconnaissance d’une écologie populaire, trop souvent invisibilisée. Solidaires et durables ont permis de rendre puissante l’alliance entre écologie et social.
Les solidaires sont les plus anciens militants, souvent acteurs de luttes historiques et dans des champs très différents. Ils ont permis de rendre lisible sur Transiscope des milliers de points d’intérêts, lieux d’actions concrètes ancrées dans des territoires. Ils ont pu amener aussi une vision nourrie par l’histoire et la pensée politique. Ils portent les enjeux d’une société civile engagée dans la transformation politique.
Nous le savons toutes et tous, notre enjeu est dépasser le LSD pour retrouver les espaces naturelles de la relation. Avancer, chacun à une place qu’il lui semble utile, vers des d’alliances qui construisent notre puissance collective. C’est pourquoi coopérer est d’abord une question de posture. Savoir travailler avec d’autres personnes commence par savoir accueillir leurs qualités et complémentarités pour faire avancer le projet. C’est aussi avoir la curiosité de mieux connaître ce qui peut être un frein et un levier. C’est enfin la nécessité de lâcher prise, lâcher et faire confiance et donc accepter de se planter ! Planter des graines est aussi une posture modeste qui nous permet de rester sur Terre et essaimer est notre grande ambition.
Transiscope, en ce sens, a été un projet exemplaire et il l’est encore. Bien plus qu’un outil, il est un espace, un tiers espace, qui nous permet d’avancer, pas à pas, lors des rencontres en présentiel comme à distance vers des transformations utiles à toutes nos communautés.
Framasoft – Vous affirmez qu’au sein de Transiscope, « la technique est politique ». Comment cette posture se traduit-elle concrètement dans le choix de soutenir le développement d’outils (comme le Bus sémantique ou Gogocarto) plutôt que de s’appuyer sur des solutions existantes. Une simple question de performance ?
Julie – Dès les prémices de Transiscope, les questions techniques ont été l’objet de délibérations politiques. En effet, il y avait dans le collectif des organisations comme l’Assemblée Virtuelle ou le mouvement des Colibris et des individu·es qui développaient un argumentaire solide autour de l’importance d’utiliser des outils libres et décentralisés, afin de ne pas dépendre des outils numériques capitalistes, alors même que nous nous battions pour proposer un autre chemin que celui des modèles économiques dominants. Nous faisons attention à ce que ces sujets soient discutés dans les instances stratégiques, afin d’éviter une répartition inégalitaire du pouvoir, où une sorte d’élite éclairée, possédant les compétences techniques, décide pour le reste du collectif.
Les arguments qui étaient alors mis en avant relevaient soit de la cohérence éthique (avoir des outils conformes à nos valeurs), soit du pragmatisme (avoir des outils dont nous avons la maîtrise). Parfois, il est arrivé que les outils existants ne suffisent pas à répondre à nos besoins : cela a été le cas pour le Bus Sémantique et pour GoGocarto. Le travail des deux développeurs en lien avec des organisations de la Transition ont permis de développer des outils correspondant aux besoins de terrain. Alors que le comité de pilotage de la Plateforme Web des Alternatives (qui deviendra par la suite Transiscope) devait décider des outils sur lesquels s’appuyer pour la cartographie, il est apparu que ces deux outils pouvaient couvrir les besoins mais qu’il était nécessaire que les deux développeurs s’entendent pour adopter des choix technologiques compatibles, ce qui a été permis par une discussion entre les deux.
Ces choix, même s’ils s’appuient sur un argumentaire partagé par l’ensemble du collectif, ne sauraient cacher qu’elles s’appuient avant tout sur le travail gratuit d’un nombre très réduit de personnes. Le jour où cette personne ou ces quelques individus partent ou s’épuisent, que se passe-t-il ?
Framasoft – Vous nous invitez à sortir du « mythe de l’immatérialité » du numérique pour affronter la réalité extractiviste de ce monde numérique. Comment Transiscope, pourtant intrinsèquement lié au Web, négocie-t-il cette contradiction entre l’ambition de transition écologique et la matérialité parfois insoutenable des infrastructures numériques ?
Florine – Nous nous invitons aussi nous-mêmes à sortir du mythe de l’immatérialité. Tout l’enjeu est de regarder cette contradiction en face : on veut montrer que le monde que nous projetons s’incarne déjà, et pour cela nous ne nous appuyons pas sur les outils des GAFAMS mais sur des outils libres. En cela, nous essayons de lever une contradiction : l’usage d’outils capitalistes accaparants des données personnelles par des acteurices en résistance contre le capitalisme. Reste que nos outils libres s’inscrivent dans ce que José Halloy appelle des technologies zombies, c’est à dire mortes à l’aune de la durabilité – puisqu’elles épuisent les ressources matérielles nécessaires et reposent sur l’utilisation d’énergie non renouvelable – mais envahissant le monde au détriment des humain·es et de la biosphère. En outre, ces technologies « numériques » reposent sur l’exploitation d’humain·es, en particulier du Sud global. Dans ce contexte, parler de « commun numérique » peut paraître aberrant, puisque sa matérialité repose sur l’exploitation des Autres.
Nous avons donc fait un bout du chemin en dégafamisant nos usages numériques et en construisant des outils libres, mais du chemin reste à faire pour construire un autre numérique au moment où l’IA vient peser encore davantage sur sa matérialité.
Julien – Comme beaucoup, nous n’échappons pas aux paradoxes des luttes écologistes, car nos moyens d’action et de coordination reposent sur des infrastructures matérielles qui accélèrent les dérèglements climatiques et l’exploitation Nord-Sud. Le projet Transiscope s’est construit sur un paradoxe central, avec d’un côté l’idée d’outiller efficacement les alternatives et de l’autre l’ambition de faire réellement advenir ces alternatives et donc de construire un autre rapport au monde (y compris numérique). Si pendant longtemps la première dimension a pu dominer la réalisation du projet, après tout ce chemin parcouru, il nous semble aujourd’hui nécessaire d’affronter plus directement cette contradiction en faisant davantage de place à la seconde ambition qui implique de penser et d’appliquer concrètement la décroissance minérale, la solidarité internationale et la dénumérisation.
Négocier nos contradictions ça ne veut pas dire nécessairement les dépasser grâce à une solution magique (numérique éthique) mais d’y faire face, en s’attelant à ce que le syndicalisme révolutionnaire appelait la « double besogne » (Charte d’Amiens, 1906). Stratégie qui vise autant à grappiller des améliorations concrètes pour les travailleurs (réduction du temps de travail et augmentation des salaires) qu’à préparer l’émancipation intégrale qui ne pourra se réaliser qu’avec l’expropriation capitaliste. Pour nous, cette double besogne, s’incarnerait donc autant par la contribution à des infrastructures numériques libres, adaptées spécifiquement aux contextes et aux besoins de leurs utilisateurices et contrôler directement par elleux, que par l’implication dans une politisation collective de la technique et la mise sous contrôle démocratique du développement numérique, y compris jusqu’à l’expropriation des BigTech et le démantèlement de leurs infrastructures.
Framasoft – Vous empruntez à Édouard Glissant la notion d’archipel pour définir votre mode d’organisation. Comment ce modèle permet-il de maintenir un « centre vide » au service des relations, sans tomber dans les pièges de la hiérarchie ou, à l’inverse, de l’inefficacité organisationnelle ?
Bruno – Une organisation et une gouvernance en « Archipel » est une communauté de partage. Elle implique donc un changement de posture tant individuel que collectif afin de passer de la concurrence et de la subordination à la coopération, du « pouvoir sur » au « pouvoir d’agir ». Le respect de chacun, l’entraide, la qualité d’écoute et la recherche du consentement sont les déterminants fondamentaux des relations dans toutes les différentes instances de l’Archipel.
L’objet de Transiscope était de créer un commun en reliant des organisations et des groupes de personnes (les îles) pour faire vivre ensemble un projet commun en coopération. Chaque organisation participe à ce projet commun en coopération tout en cultivant son identité-racine, en pleine autonomie. Dés l’origine du projet nous avons confié à une instance communautaire (le copil) le pouvoir d’agir au service du projet commun. Chaque île de l’Archipel est représentée au sein de cette instance communautaire qui acte la politique de l’Archipel, sa stratégie et la feuille de route de ses actions. Le copil est un espace d’animation et de coordination, les actions, elles sont menés en constituant des groupes-projet validés par l’instance communautaire. Ces groupes-projets ont un objet défini qui détermine une durée limitée. Ils décident de leur mode de fonctionnement et la manière de réaliser leurs actions, et rendent compte de leur action aux autres instances de l’Archipel à travers le copil.
« Le pouvoir de son centre est vide » : ce pouvoir d’agir, de service et de création, est non appropriable ; au sein du copil il n’y a pas de hiérarchisation de pouvoir, les décisions sont prises ensemble et par consentement. Des le démarrage du projet nous avons décidé de faire appel a un facilitateur pour animer le copil, ce facilitateur n’est pas membre du copil, il ne représente pas une organisation et n’est pas impliqué dans les actions, son unique rôle et de faciliter le fonctionnement et l’animation du Copil, il n’a donc pas d’enjeu de pouvoir personnel ou organisationnelle. Nous avons également décidé de ne pas créer de statut juridique afin de ne pas institutionnaliser le projet et de le maintenir dans une démarche de coopération. Pour permettre de développer et de gérer les aspects juridiques et financiers de l’Archipel nous avons fait le choix de créer une entité-support ayant une personnalité légale : l’association de soutien au Transiscope, qui n’avait vis-à-vis de l’Archipel qu’une fonction de gestion de moyens au service de celui-ci.
Ce mode d’organisation a démontré au fil du temps sa pertinence et ses limites. Sa pertinence c’est qu’il n’y a jamais eu de conflit de pouvoir au sein de Transiscope, le projet a su se développer dans une véritable culture de coopération de démocratie et de respect mutuel. Par contre la limite de ce système repose sur la capacité de mobilisation des îles au sein de l’archipel, pour avancer le projet a besoin d’une mobilisation permanente des membres dans les différentes instances (groupe projet, copil, …) et de temps d’animation régulier pour assurer une bonne coordination et une intelligence collective.
Framasoft – Le lecteur peut être parfois surpris par votre récit car vous ne cachez pas les frictions et les doutes au sein du collectif. Pourquoi était-il essentiel pour vous de livrer un récit sincère du cheminement humain, loin d’un storytelling lissé qu’on rencontre souvent ?
Audrey – Un collectif traverse de nombreuses phases, souvent peu visibles aux membres qui en sont parties prenantes. Un des rôles de la personne qui facilite le projet est de rendre visible ce qui se joue entre les membres et les organisations, de créer des espaces de discussion, d’analyse, de prise de décisions et de faire en sorte que le groupe trouve des solutions par lui-même. La neutralité de la facilitation n’existe pas réellement car le choix même des outils utilisés implique déjà une vision du monde et de la coopération. Mais la fonction du tiers extérieur est précieuse.
Dans le milieu de l’Économie Sociale et Solidaire, il me semble qu’on fantasme souvent des collectifs assez lisses, où tout le monde s’entend bien, sans friction. Or, non seulement c’est illusoire, mais c’est aussi contre productif. Le collectif avance parce qu’il y a débats, dissensus, et parfois conflits. Un groupe devient mature en apprenant à se connaître et en surmontant les blocages. Par contre, cela demande de la confiance entre les membres, et dans le cadre commun, le pacte construit ensemble. Nous avons toutes et tous évolués dans notre manière de faire collectif avec Transiscope, car nous avons appris de la vision du monde, des imaginaires et des façons de faire. Cela est passé par le fait de « baisser les masques » et de se raconter réellement qui était autour de la table. Ce qui ne peut se faire que sur du temps long.
Julien – Pour nous il était clair que ce livre ne pourrait avoir un intérêt que si nous parvenions à ne pas édulcorer notre histoire, en proposant une version lisse d’une « belle aventure/réussite ». Trop souvent nous sommes amenés à raconter nos histoires collectives comme on pitch un projet pour espérer décrocher un financement, or de cela il ne peut émerger qu’un pur discours de communication décorrélé de la complexité de nos réalités. Pour offrir une ressource opérationnelle et politique à celles et ceux qui aspirent à structurer leurs propres solidarités, cela impliquait d’aborder le plus honnêtement possible les difficultés, les impasses et les échecs rencontrés, parce que nous sommes bien conscients que si celles-ci disent quelque chose de nous, elles disent surtout beaucoup de notre époque et des changements du secteur associatif en général.
Ce que nous avons construit ensemble c’est un drôle d’attelage qui a fonctionné dans la durée parce que nous avons appris à faire de la place à chacun.e d’entre nous et par conséquent, accepter d’osciller constamment entre l’avancée d’un projet et sa remise en cause. Pour nous l’expérimentation n’est pas un horizon lointain mais une pratique concrète qui implique de renoncer à liquider le « putain de facteur humain » au nom d’une efficacité fantasmée. Chaque projet, qu’il soit technique ou non, repose sur celleux qui le font vivre et c’est cette vie collective qu’il faut apprendre à voir comme une dimension intrinsèquement politique et en perpétuelle construction. Ce que nous espérons livrer dans cette contribution collective, ce n’est ni une recette pratique pour coopérer, ni une ligne à suivre, mais une histoire particulière faite de tentatives pour construire un commun, en espérant que celle-ci résonnera avec d’autres.
Framasoft – Transiscope agrège des données qu’il ne possède pas. Dans un monde où la donnée est le nouvel or noir des « Ogres » numériques, vous prenez soin des sources et tentez de protéger ce commun. Les licences sont-elles libres ? pourquoi ces choix ?
Simon – Les licences sont libres mais nous avons tenté d’acculturer les sources au concept des licences et au caractère politique que revêt le choix d’une licence. Nous avons présenté dans un document et en webinaire le choix politique que nous privilégions, à savoir l’autorisation de l’usage commercial et la non-viralité, car c’est ce que nous estimons être le meilleur choix pour créer des communs. Les sources des données que nous agrégeons sont libres d’avoir une lecture différente du monde et des communs et Transiscope accueille cette pluralité comme elle accueille la diversité des technologies des sources. Comme pour les alternatives qui doivent respecter une charte, la licence doit cependant respecter une « ligne rouge » : elle doit être copyleft. C’est le plus petit dénominateur commun nécessaire à construire ce commun numérique et cela a permis d’annoncer rapidement à toutes les potentielles sources cette condition et d’en écarter certaines, et a permis de clarifier le périmètre idéologique du projet et de le construire avec les sources qui le partagent.
Framasoft – Il faut bien en parler puisque c’est le grand sujet du moment. Le livre relate un débat au sein du comité de pilotage sur l’usage de l’intelligence artificielle pour la catégorisation des événements. Comment avez-vous arbitré entre le gain de temps (facteur de survie pour les bénévoles) et les problèmes éthiques posés par ces outils ?
Julie – Comme nous l’avons expliqué ci-dessus, pour politiser les choix techniques, il est indispensables qu’ils soient discutés dans une instance stratégique et pas réservés à des personnes ayant des pré-requis techniques. Cela implique donc un travail collectif d’acculturation à la technique, pour permettre à chacun·e de participer en ayant un avis éclairé.
Un des membres de Transiscope a proposé d’avoir recours à l’intelligence artificielle pour automatiser la catégorisation des événements et ainsi gagner du temps, alors même que l’énergie bénévole est extrêmement rare au sein de Transiscope. Cette discussion, qui a eu lieu en comité de pilotage, a débuté par une explication technique de ce qu’il y avait derrière l’intelligence artificielle proposée et une discussion sur les données, le choix du modèle et son impact. Au final, nous avons décidé de tester cette automatisation à titre expérimental, mais la discussion n’est pas si évidente car elle est tiraillée entre d’une part le soin de l’énergie bénévole et d’autre part des enjeux éthiques : personne n’a envie de choisir entre les deux !
Framasoft – Citons une phrase du livre : « Transiscope est moins un produit à finir qu’un processus à habiter ». Est-ce à dire que l’utilité finale de la carte est secondaire par rapport à la culture de coopération qu’elle a générée entre vos organisations ?
Julien – L’ambition de Transiscope était de fournir un outil qui facilite la coopération entre alternatives. Cartographier des alternatives c’est montrer qu’il existe plusieurs mondes dans le monde, que d’autres horizons se dessinent et qu’ils méritent que l’on se batte pour eux. Si nous continuons à croire dans l’intérêt de ce projet, nous avons constaté que la construction d’un outil n’a que peu à voir avec le travail politique de coopération inter-collectif. Obtenir de l’information et la mette en visibilité ne présage aucunement de la façon dont celle-ci servira de prétexte à des rencontres concrètes et à des échanges organisationnels. Pour faciliter cette étape, nous avons choisis d’organiser régulièrement des rencontres avec d’autres acteurices sur différents territoires pour faire se rencontrer des alternatives, mais là encore ces tentatives se sont avérées limitées parce que la construction d’une coopération implique d’abord du temps pour faire naître de la confiance et une culture partagée. C’est précisément cet aspect que nous avons réussi à construire au sein du collectif Transiscope mais pas à sa marge avec celleux que nous mettions en visibilité sur notre cartographie. Peut-être qu’après tout ce travail est de toute façon démesuré pour un petit collectif comme le nôtre, mais il nous semble toujours primordial parce que si nous souhaitons construire des solidarités fortes, ce patient travail de fédération est indispensable.
Aujourd’hui la question de la visibilité se pose autrement : est-ce que ce dont nous avons besoin c’est d’être visibles sur Internet ou d’être en lien les un.es avec les autres concrètement à travers des réseaux de solidarité matériels et politiques ? Cette question est décisive et vertigineuse parce que la réponse que nous déciderons de lui donner implique de repenser une grande partie de notre stratégie d’action et de nos moyens d’organisation. Apprendre à collaborer c’est faire de la place à une autre logique que celle qui consiste à mener à bien un projet, sans dire que ces deux logiques sont irréductibles l’une à l’autre, elles sont bien souvent contradictoires et c’est bien dans cette contradiction que réside à la fois la richesse et l’immense complexité des communs.
Florine – Dans le contexte politique actuel, une question se pose : faut-il continuer à rendre visibles les alternatives ? Autrement dit, comment s’identifier et se renforcer entre alliés, tout en ne facilitant pas, par cette visibilisation, l’attaque de nos collectifs par des adversaires politiques, voire par un régime autoritaire ?
Framasoft – Face à l’épuisement de la « stratégie du colibri », vous plaidez pour une « stratégie de pompiers », coordonnée et robuste. Pour le mot de la fin : c’est quoi le message ?
Bruno – Face à une société de plus en plus organisée autour d’un pouvoir financier prédateur qui nous individualise pour mieux nous contraindre, le développement des alternatives citoyennes, bien que nécessaire, n’est plus suffisant. Nous devons relier toutes ces initiatives pour faire système et, plus encore, nous devons travailler à la convergence de tous ceux qui luttent pour qu’un autre monde soit possible.
La stratégie de pompiers devient une nécessité face à l’urgence, il ne s’agit plus de laisser à chacun le soin d’inventer ses solutions mais de construire ensemble une alternative crédible et désirable pour la majorité qui subi. Cela nous oblige à nous compter, à nous relier, à nous écouter pour trouver nos points de convergence, à changer nos méthodes pour être capable de coopérer au service d’un projet commun. Transiscope est un commun coopératif et numérique qui, tant par sa nature coopérative que par ses développements numériques, contribue à ce paradigme, nous ne pouvons que souhaiter que les acteurs de la transformation sociétale s’en saisissent.
27.07.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)
« On voyait d’immenses pans de glacier s’effondrer dans la mer, et on avait juste envie de pleurer. Mais tous les touristes applaudissaient. Et vous vous disiez… “Vous ne voyez vraiment pas le lien ?” »
La Tara Polar Station a quitté Lorient pour sa première expédition au pôle Nord.
La GenZ indienne est dans la rue pour demander la démission du ministre de l’Éducation après qu’un compte satirique « le parti des cafards » a été créé sur Instagram.[…]Tout est parti d’une déclaration du président de la cour suprême indienne qui aurait qualifié les jeunes qui critiquent le gouvernement de « cafards ».
Le ministre de l’Éducation indien a finalement annoncé sa démission, après six jours de mobilisation des étudiant·es pour dénoncer les fraudes aux examens universitaires.

Washington va permettre à Riyad d’enrichir de l’uranium pour son programme d’énergie nucléaire. Une annonce qui survient alors que les hostilités ont repris entre les États-Unis et l’Iran et que les Houthis du Yémen ont annoncé vouloir mettre en place un blocus maritime contre la pétromonarchie.
Un homme au volant de son véhicule a foncé dans la foule à la fin de la marche des fiertés, samedi 25 juillet. La police allemande recherche toujours le suspect.
L’Union européenne s’est lancée dans un vaste programme de démantèlement de ses régulations écologiques, sociales, financières ou encore numériques… sous les applaudissements des lobbys industriels et financiers.
the EU governments re-enacted the suspicionless mass scanning of private communications […] without the approval of the European Parliament (a majority of voting MEPs had voted against the regulation). As a result, US providers like Meta or Google are once again permitted to conduct the controversial, warrantless mass scans of private chats and messages until 3 April 2028.
The European Commission is currently finalising negotiations with the Trump administration to conclude an “Enhanced Border Security Partnership” (EBSP) Framework Agreement allowing border control authorities to screen travellers against biometric databases and profile them for security concerns. The leaked draft text suggests that the Commission significantly caved in to US’s excessive demands for unfettered information access, exacerbating travel surveillance and putting our fundamental rights at risk.
A mass demonstration in central Bologna, Italy led to riots late on Monday, following the death of a man at the hands of police.

Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées en raison des flammes. La forêt touchée abrite des espèces menacées d’aigles, de loups et de papillons.
Au mercredi 22 juillet, 275 000 hectares ont brûlé en Europe depuis le début de l’année, dont plus de la moitié en Espagne et en France.
Confrontée à une importante crise de l’eau, l’Angleterre a renforcé les restrictions concernant la consommation d’eau. Résultats : le nombre de conflits de voisinage a explosé, pour se transformer en une véritable bataille politique.
À partir d’août 2028, les États-Unis imposeront des droits de douane de 100 % sur les médicaments génériques, a annoncé le président Donald Trump mardi. Objectif : relocaliser la production des produits pharmaceutiques sur le territoire américain.
There’s already lots of research showing that gas stoves fill our homes with nasty air pollution, including cancer-causing chemicals and toxins that increase the risk of kids getting asthma.
Meurtres policiers, détention de masse, surveillance généralisée : guidé par la discrimination raciale, Trump redessine jour après jour les contours de l’appareil policier états-unien. Une politique qui bénéficie de puissants relais publics comme privés.

Concern over US effort to prosecute Sam Tunick, accused by authorities of wiping his phone using GrapheneOS
An EV charger’s charging port is a network port. We found SSH and Telnet services exposed on XCharge C6 chargers with default root:root credentials. A threat actor with a malicious EV can gain immediate full control access on the charger and perform energy theft or potentially cause physical damage.
Despite building an increasingly screen-focused world, billionaire tech leaders are keeping their own children away from the tech they helped create.
MSG’s sprawling surveillance system can monitor guests down to the second. Its owners made an exception for the pop star’s rehearsal dinner.
Les scientifiques avertissent que l’intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes à l’échelle du globe augmenteront à mesure que la planète continue de se réchauffer en raison des émissions de combustibles fossiles.
The party, which is holding its annual general meeting in Auckland on Sunday, announced a policy of pausing any data centre consents for a year. It comes after the Labor-led Government in Australia tightened the rules for these developments. “Right now, AI data centres can be consented behind closed doors, with no community input”
the bill would let the Trump administration and future administrations decide when an AI company must block user access, disable or restrict a particular capability, or shut an entire AI system down completely. The bill would require AI makers to deploy technical capabilities allowing them to throttle or shut down the systems when ordered to do so
major AI systems, including those built in the U.S., are more likely to refuse to criticize restrictive leaders or governments. It raises concerns that the large language models powering chatbots and AI agents could be regurgitating and spreading government influence over online speech as the technology is increasingly adopted worldwide.
ISBNdb advertises that it can keep the identity of AI companies secret. […] ISBNdb notes that AI companies may not want to be caught destroying printed books during the scanning process. “The optics problem is real,” ISBNdb’s site says. “‘AI company destroys two million books’ is not a headline that generates sympathy.”
Alors que les médias français s s’inquiètent des conséquence du lancement récent des Aperçus IA sur leur audience, plusieurs grands éditeurs états-uniens envisagent très sérieusement de couper les ponts avec Google, ce qui signerait symboliquement la fin du Web ouvert tel qu’on le connait depuis plus de vingt ans.

Microsoft a accepté d’investir des milliards de dollars dans l’infrastructure informatique de Mistral en Europe
Sunday-to-Monday onslaught fuels speculation over AI-assisted bug reportsIf you’re responsible for Linux security, someone just dumped a pile of work onto your desk : 432 Linux kernel CVEs were published across Sunday and Monday this week. Linux watchers at nixCraft pointed out the volume on Monday morning, and it didn’t take long for seasoned sysadmins to start expressing concerns.
Two motions regarding “artificial intelligence” and Large Language Models (LLMs) were voted on among Codeberg e. V. members and passed. We are promising to not use any of your data to train LLM and explain what the planned Terms of Use change mean for ‘vibe-coded’ projects. We believe that LLMs endanger the free/libre software ecosystem as a whole.
Voir aussi L’anti-GitHub européen dit non au code écrit par Claude et Codex (clubic.com)
Pendant que GitHub continue d’intégrer Copilot à chaque recoin de sa plateforme, son concurrent européen a pris la direction exactement inverse. Le 22 juillet 2026, la communauté de Codeberg a voté à 71 % l’interdiction des dépôts majoritairement générés par IA, avec Claude et OpenAI Codex nommément dans le viseur. Une prise de position qui traduit autant un choix éthique qu’une contrainte économique très concrète.

Extinction Rebellion claims responsibility for chemical-filled balloon attack targeting concrete and steel
A protester was violently removed from the United Nations AI for Good Global Summit in Geneva on Wednesday after Palestine defenders disrupted a presentation by a senior Amazon executive to denounce Big Tech’s complicity in Israel’s genocidal war on Gaza.
Bill Williamson, 74, who lives in Ardentinny, said he had been at a weekly Palestine vigil outside Dunoon Burgh Hall on July 4 when he was approached by a pair of police officers while he was reading out Don’t Mention The Children by the Jewish writer Michael Rosen through a megaphone.[…] “Initially I thought, just let this die a death. But then I thought, people are not hearing about this gradual erosion of our civil liberties.“I thought, this is intimidation. The more people that know about it, I think the better.”
In sea pools built with sandbags and rubble, Amjed Tantesh gives traumatised children brief respite from their daily lives
Onze personnes ont été tuées samedi 18 juillet par l’armée israélienne, après un bombardement sur un immeuble. 1 144 Palestinien·nes ont été tué·es à Gaza depuis l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu ».

Amid an alleged ceasefire, Israel continues massacring Palestinians and stealing land in Gaza. The ongoing violence is not accidental : it is a political necessity for any Israeli government in power.
L’invasion israélienne du Liban-Sud ne détruit pas seulement des vies, des champs et des vergers : elle annihile les habitats et fait tout pour rendre le retour impossible. Parmi celles et ceux qui ont choisi de rester malgré le danger, des femmes s’attachent à cultiver la terre.
« Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine. »

Voir aussi La DJ Barbara Butch va porter plainte contre LFI pour provocation à la haine et à la violence (huffingtonpost.fr)
Plusieurs plaintes vont être déposées « ce jour » et viser notamment le mouvement de La France Insoumise, certains de ses élus et représentants locaux, ainsi que le média d’extrême droite OMERTA et l’essayiste Alain Soral
After the United States slashed its foreign aid funding last year, more than 280,000 aid workers worldwide lost their jobs
The Women’s Tennis Association (WTA) Tour has aligned itself with the International Olympic Committee, World Athletics and World Boxing and has made it mandatory for its players to undergo a “one-time screening process for the SRY gene” to secure their eligibility in the women’s category.
La bassiste, figure de la scène underground de Los Angeles, a succombé à un cancer du cerveau. Sa formation a marqué le rock alternatif des années 1990 par son énergie punk et son engagement féministe.
La première phase des travaux comprend le désamiantage et le retrait du bas de la façade de l’édifice. Mais l’envolée des coûts, désormais estimés à 800 millions d’euros, partage les copropriétaires sur l’ampleur de la restructuration.
Hier au Conseil de Paris, s’est tenue une délibération relative à l’achat par la Ville de Paris d’un terrain dans le quartier des Ardoines à Vitry-sur-Seine. Cet achat est la première étape du projet contesté « Thermo-sur-Seine », construction d’une usine d’incinération de déchets industriels dans le 94, destinée à produire du chauffage pour… Paris.

« L’idée de regrimper là-bas, c’est juste impensable. Ça n’a plus de sens »
L’incendie qui a ravagé 4 400 ha de forêt dans la Drôme a mis près d’un mois à être fixé. Faute de moyens, les pompiers ont priorisé les personnes et les biens et laissé brûler la forêt, avec des dommages encore inconnus sur les espèces locales.
Lundi 20 juillet, un incendie a ravagé près de 10 hectares au chemin du Moulin-des-Marais à l’est de Nantes. 20 à 30 caravanes ont brûlé. Une soixantaine de familles ont tout perdu : leurs habitations, leurs affaires, leurs médicaments, leurs souvenirs de famille… Ce sont des familles roms, installées depuis des années dans cette agglomération.
Confrontés à une violente saison des feux, les volontaires comme les professionnels sont poussés dans leurs retranchements. Les syndicats réclament plus de moyens.
Voir aussi Incendies : les pompiers alertent sur leur épuisement après trois décès en deux semaines (sudouest.fr)
“À chaque fois qu’il y a un feu, il faut diviser nos forces par le nombre de feux” […] ce manque d’avions rend “pratiquement totalement inefficace” l’action des Canadair. Sur un feu, il faudrait au moins quatre Canadair, quand ils se sont que deux actuellement.
L’ampleur des feux dans le Sud-Ouest renvoie Laurent Nuñez à la promesse d’un projet de loi dédié à la sécurité civile et jamais concrétisé. Sans oublier le « nerf de la guerre » : le financement.
Le changement de direction du vent a plongé Bordeaux sous un dôme de fumée vendredi soir
L’appareil en question est un A400M d’Airbus, utilisé d’ordinaire par l’armée pour le transport militaire. Il sert à véhiculer des soldats, du matériel, de gros équipements comme des hélicoptères et des véhicules blindés.
Voir aussi Face aux incendies en Gironde, l’A400M va être déployé pour la première fois dès ce samedi (huffingtonpost.fr)

Plusieurs communes voisines de Bordeaux ont été évacuées dans la nuit de vendredi après l’apparition d’un pyrocumulonimbus, phénomène jamais observé en France.
Outre TotalEnergies et ses gains glanés sur le dos de la guerre au Moyen-Orient, BNP Paribas a dévoilé, jeudi 23 juillet, un bénéfice net au deuxième trimestre de 4,3 milliards d’euros, soit une hausse de 33,4 % sur un an. Malgré cela, aucune taxation de ces bénéfices n’est à ce jour prévue. […] le « modèle diversifié » de la BNP Paribas à tout l’air d’une formule pour adoucir le réel : des profits en partie générés sur des crimes de guerre. Cinq ONG, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont déposé, mercredi, un recours en excès de pouvoir assorti de demandes d’injonction auprès du Conseil d’État afin que la France stoppe les activités de ses entreprises en Cisjordanie.
Le gouvernement avait réclamé un nouveau vote sur cette disposition du projet de loi, après un premier rejet dû à l’opposition des groupes de gauche.
Le principal mis en cause, Christophe B., est accusé d’avoir recruté des hommes afin de violer collectivement et face caméra plusieurs de ses compagnes successives.[…]Dix-neuf hommes sont désormais mis en examen, pour viols collectifs filmés, accompagnés d’« actes de barbarie » et de « crimes sexuels avec torture »
Si « Vakita », le média du journaliste Hugo Clément, s’affiche comme « 100 % indépendant », il a en réalité été financé par plusieurs milliardaires. Il bénéficie aussi des retombées de partenariats avec des marques, quitte à brouiller son activité journalistique.
Chaque semaine charrie son lot de violences à l’encontre de celles et ceux qui, d’une façon ou d’une autre, se définissent comme « écologistes » ou sont identifié·es comme tel·les.
Alors que le gouvernement compte pratiquer une nouvelle ponction dans les comptes de l’Unedic, plaçant l’organisme dans le rouge, les sénateurs de droite comme de gauche dénoncent la pratique, qui dure depuis trois ans. « C’est scandaleux, ce qu’il s’est passé entre 2023 et 2026 de façon insidieuse », pointe la sénatrice LR Frédérique Puissat.

Clivant jusqu’au sein du bloc central, le projet de loi agricole a été voté par l’Assemblée nationale, avant un dernier passage au Sénat dans quelques heures.
Voir aussi Adoption de la loi d’urgence agricole : quels députés ont voté pour réintroduire des pesticides dangereux (basta.media)
Le gouvernement et les député·es du « bloc central », de droite et de l’extrême-droite viennent de voter en faveur de la loi d’urgence agricole qui réintroduit des pesticides interdits et fragilise les ressources en eau. Voici le détail des votes.
Et Loi d’urgence agricole adoptée à l’Assemblée : le gouvernement divise jusque dans ses rangs et couronne l’agrobusiness (humanite.fr)

« Démissionnez déjà, ça diminuera un peu notre éco-anxiété »
Cet algorithme, encore en phase de test, manifeste la volonté de France Travail de massifier les contrôles via l’utilisation d’outils numériques. Nous appelons à la mobilisation contre cet algorithme illégal et à son abandon par la direction de France Travail.

Contrôlés et verbalisés à répétition, de nombreux jeunes racisés subissent dès l’enfance un harcèlement policier dans l’espace public
Sur proposition d’Emmanuel Macron, le sénateur LR François-Noël Buffet est devenu, ce 21 juillet, le nouveau Défenseur des droits, après un avis favorable rendu par les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat. Un nouveau cadeau fait par le président de la République aux droites les plus réactionnaires.

Léguevin près de Toulouse (Haute-Garonne) a décidé d’interdire le port du burkini dans sa piscine municipale. La Ligue des Droits de l’Homme a déposé un recours devant le tribunal administratif pour discrimination. Le juge des référés lui a donné raison.
Alternatiba, SUD-Rail, le SNJ-CGT, Greenpeace, la Ligue des auteurs professionnels, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et une vingtaine d’organisations demandent à la SNCF de revoir son partenariat avec Relay pour la vente de livres et de journaux en gare. Leur mobilisation s’appuie sur une enquête accusant l’enseigne de favoriser certains titres conservateurs ou d’extrême droite.
Cette mobilisation pose une question simple : l’argent public doit-il servir à économiser une commande ou à faire vivre les créateurs d’un territoire ? Les systèmes d’IA générative sont entraînés sur d’immenses corpus pouvant contenir des œuvres protégées. Le ministère de la Culture reconnaît lui-même que les mécanismes actuels ne garantissent pas suffisamment l’autorisation et la rémunération des auteurices.
This is a practical, hands-on brochure for movements and parties on the Left as they refine their approaches to organising and technology and take the next steps in their work.
Airbus has named French cloud services provider Scaleway as the destination for some 900 applications, with an initial 70 getting priority onboarding, as it seeks to put critical systems and data under European control.
Dix ans après sa promesse d’utiliser des énergies propres pour ses activités, le géant Meta vient d’y renoncer ce vendredi. Le groupe investit notamment dans des centrales au gaz pour alimenter ses data centers.
Apple a contesté tomber sous le coup du Digital Market Act (DMA) en faisant valoir que sa boutique d’application n’en était pas une, mais cinq plus petites dédiées à leurs différents produits. Cet argument n’a pas convaincu le Tribunal de l’Union européenne. Quant à son iOS, il ne connaît pas un meilleur sort et est aussi désigné comme tombant sous la régulation du DMA.
Des propriétaires de moniteurs LG ont constaté qu’après un simple branchement de l’écran, Windows installe silencieusement une application nommée LG Monitor App Installer. Sa seule mission semble être de proposer un essai de l’antivirus McAfee.
Researchers say TikTok, X, and Meta aren’t providing data they’re legally required to.
On a longtemps pensé que les pesticides évaporés après l’épandage ne restaient que peu de temps dans l’atmosphère. On sait désormais qu’ils peuvent voyager sur des milliers de kilomètres. Une étude inédite nous permet d’en savoir plus sur la façon dont ces substances se déplacent dans l’air.
The Trump administration hates academic science funding, full stop. They hate where that money goes, and they hate who it goes to. They want to keep all that money for themselves, to hand out to favored cronies who can help them get elected and to steer yet more money and more power back into their hands.
l’Alliance française est une institution fondée dans les colonies, entretenue par la Françafrique, et dont le modèle social repose aujourd’hui sur la précarité de ceux qu’elle prétend servir. Petite rétrospective sur 140 ans de “mission civilisatrice” dont on se serait bien passés.
To save our movements, we need to come to terms with the connections between gender violence, male privilege, and the strategies that informants (and people who just act like them) use to destabilize radical movements. Time and again heterosexual men in radical movements have been allowed to assert their privilege and subordinate others. […] Misogyny and homophobia are central to the reproduction of violence in radical activist communities. Scratch a misogynist and you’ll find a homophobe. Scratch a little deeper and you might find the makings of a future informant (or someone who just destabilizes movements like informants do).
Réduire notre consommation de viande est l’un des leviers les plus efficaces pour limiter l’impact environnemental de notre alimentation. Pourtant, les hommes restent nettement plus réticents que les femmes à adopter des régimes végétariens ou végétaliens – et même à consommer des substituts de viande. Une résistance qui a peut-être moins à voir avec le goût qu’avec la masculinité.
Les idées antisémites sont aujourd’hui présentes au sein des courants masculinistes. Or l’histoire nous montre que masculinité dominante et antisémitisme sont associés depuis des siècles. Les hommes juifs ont souvent été décrits comme féminins et fragiles, et fondamentalement différents.
Après le naufrage du « Titanic » en avril 1912, la fille du capitaine du navire hérite d’une identité publique raccourcie qu’elle n’a pas choisie. Pionnière de l’aviation et passionnée d’automobile, elle montre par son parcours comment les récits historiques peuvent enfermer des vies complexes dans des histoires de fatalité.
320 000, c’est le nombre d’étudiant·es laissé·es sur le carreau en 2025 par la plateforme parcoursup. Une sélection à l’entrée de l’université voulue par les macronistes et appliquée avec zèle par certaines universités.
“You realize this is the first accessible guitar ever made in the world ? This is amazing. I can feel where I’m at on the fretboard without having to look for the harmonics.”
Arbuscular mycorrhizal fungi have shaped life on land for over 450 million years by forming symbiotic networks that move carbon and nutrients between plants and soils. These networks are made of tubular cells called hyphae, through which carbon can flow from plants into the soil. We were motivated by a simple question : what would it look like if we could see the hidden fungal networks beneath our feet ?
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