25.05.2026 à 20:08
Marc Endeweld
Traditionnellement, le Quai d’Orsay procède à deux grands mouvements d’ambassadeurs chaque année, l’été et l’hiver. Les annonces des nominations se font au printemps et à l’automne. Mercredi dernier, justement, aurait dû être annoncée une série de mouvements, concernant une vingtaine de postes, selon mes informations. Si aucune grande ambassade (Washington, Londres, Berlin, UE) n’était concernée, plusieurs nouvelles nominations portaient sur des pays sensibles dans le contexte géopolitique actuel : le Canada, les Émirats Arabes Unis, l’Ukraine, et enfin Israël.
Selon mes informations, auraient dû être nommées les personnes suivantes :
28.04.2026 à 22:57
Marc Endeweld
Il est encore jeune, Daniel Křetínský (50 ans), et pourtant, en quelques années à peine, ce milliardaire tchèque francophone est devenu un pilier de la place de Paris. Celui qu’on décrit comme un amoureux de la France (il a fait des études de droit à Dijon), n’est pas qu’un financier froid et opportuniste, qui serait surtout avide de bons coups. Pourtant ses investissements tous azimuts dans les médias (Marianne, Franc-Tireur, Loopsider, la chaîne T18, et une participation dans TF1), dans l’édition (Éditis), la grande distribution (Casino, Fnac Darty), et dans l’énergie (Uniper, et bientôt TotalEnergies dont son groupe sera l’un des principaux actionnaires), rendent sa stratégie illisible aux yeux de bon nombre d’acteurs français. Pour y voir plus clair, il faut revenir en arrière…
15.04.2026 à 18:29
Marc Endeweld
Depuis février, la nouvelle se répand dans les états-majors des médias français : le groupe M6, qui compte plusieurs chaînes de télévision (principalement M6, W9 et Paris Première) et plusieurs radios (RTL, RTL2, Fun Radio), pourrait bientôt être de nouveau à vendre. Son propriétaire, le groupe allemand Bertelsmann (qui le détient depuis la fin des années 1990), avait déjà tenté la vente en 2022, mais avait alors échoué devant de multiples contraintes réglementaires.
02.04.2026 à 21:30
Marc Endeweld
On a assisté à un bien étrange chassé-croisé ce mardi 31 mars : d’un côté, l’AFP annonçait que l’État avait finalisé pour 404 millions d’euros le rachat auprès d’Atos de son entité de supercalculateurs, de nouveau dénommée Bull, nom historique de cette activité. De l’autre, on apprenait dans Le Monde, que le groupe Atos, déjà objet d’une enquête pour corruption et abus de bien social, était la cible d’une nouvelle enquête du Parquet National Financier (PNF), pour diffusion d’informations trompeuses sur sa situation financière, suite à un signalement de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). « La communication du closing entre l’État et Atos sur les supercalculateurs a fait réagir le PNF qui a souhaité communiquer lui aussi », croit savoir un acteur important du dossier Atos.
La justice s’intéresse en particulier à la communication d’Atos lors du dévoilement aux marchés financiers, à l’été 2023, d’un projet de scission du groupe informatique en deux entités, et la reprise de l’une d’elles par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský. Comme je l’avais révélé à l’époque dans plusieurs articles, le plan annoncé par la direction d’Atos comportait de nombreuses incohérences dans sa présentation financière, et beaucoup d’observateurs – tant les salariés que certains actionnaires ou acteurs du marché – dénonçaient l’opacité et l’invraisemblance d’une telle communication. Suite à de nombreux signalements auprès de l’AMF, le gendarme de la Bourse a donc considéré, après de premières investigations, que les faits reprochés – une éventuelle communication intentionnellement trompeuse – pourraient relever du pénal. L’institution de contrôle a donc décidé d’alerter le PNF. Contactés, ni l’AMF ni le PNF n’ont souhaité faire de commentaires.
Pour Atos, l’ouverture de cette enquête supplémentaire est bien sûr une très mauvaise nouvelle. Depuis 2023, les signalements se multiplient sur l’insincérité de la communication financière du groupe, malgré les changements de direction. « Il y a une connexité des faits. L’enquête ne va pas se limiter à l’été 2023 », m’assure l’un des auteurs de ces signalements.
À l’automne 2023, le banquier d’affaires René Proglio, jusqu’alors administrateur indépendant d’Atos, avait lui-même produit un signalement auprès de l’AMF. Peu de temps après, il avait également été auditionné longuement par la gendarmerie dans le cadre de la première enquête du PNF. Maintenant que la seconde enquête sur la diffusion d’informations trompeuses est ouverte, c’est toute la communication financière du groupe depuis bientôt trois ans qui risque d’être mise en doute par les marchés. Contacté dès hier, la direction de communication d’Atos m’assure en cette fin d’après midi vouloir répondre à mes questions demain en fin de journée.
En effet, plusieurs actionnaires d’Atos et acteurs de la place que j’ai interrogés émettent déjà des doutes sur la dernière communication datant du 6 mars sur l’exercice financier 2025 d’Atos. Dès la fin mars, le blog Atos a mis les pieds dans le plat dans un article tonitruant dont il a l’habitude : « EXCLU Blog : nous lançons une alerte sur une possible communication trompeuse d’Atos ». L’auteur du blog, Marc Prily, qui suit le dossier Atos depuis de nombreuses années a récemment gagné en justice contre l’entreprise qui avait décidé d’engager des poursuites judiciaires à son encontre.
Et Marc Prily de pointer une première évidence : Atos dans sa communication financière du 6 mars se réjouit de signes de reprise du commerce B2B (Business-to-Business) en se fondant sur le quatrième trimestre 2025. Or, sur cette période, le groupe a bénéficié de la signature d’un marché de 354,8 millions d’euros avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) pour la construction d’un futur supercalculateur (dénommé Alice Recoque)… Dans les prochains mois, cet argent ne tombera donc pas dans les poches d’Atos mais dans celles de Bull désormais étatisé.
De mon côté, des critiques que je recueille à l’encontre de la situation financière d’Atos, ressortent principalement trois grands axes :
le groupe affiche une perte nette de 1,404 milliard d’euros, soit une baisse organique de 13,8 %, avec une variation nette de cash de –326 millions d’euros, et la consommation de 88 % du plan d’économies triennal Genesis en moins d’un an.
l’amélioration de marge s’est faite dans un contexte de baisse de revenus, de réduction des coûts, de sortie de pays, de revue de portefeuille de contrats et d’incurrence accélérée d’une large part de l’enveloppe de restructuration de 700 millions d’euros. Enfin, le book-to-bill1 annuel de 89 % reste, par définition, inférieur à 100 %, donc inférieur à ce qu’exigerait une véritable logique de reconquête sur une base consolidée.
selon des données internes collectées pour janvier et février 2026, le book-to-bill d’Atos France tomberait à 54 % en janvier et en février. Les contrats “red & black” qui désignent, en pratique, des contrats internes classés comme sous-rentables ou destructeurs de valeur suscitent également des interrogations.
Ces données n’empêchent pourtant pas Philippe Salle, PDG d’Atos, de se réjouir de la situation de son groupe : « Nous avons atteint ou dépassé nos objectifs financiers et amélioré la rentabilité du Groupe et la génération de trésorerie, assure le dirigeant dans son communiqué officiel. Nous avons renforcé les fondamentaux de notre modèle opérationnel le rendant plus résilient et axé sur la performance. D’importants succès commerciaux, une reconnaissance sectorielle et des positions de marché solides témoignent d’un regain de confiance croissant de nos clients dans l’ensemble de nos activités. »
Or, malgré quelques signes encourageants à la fin d’année, dès l’été et l’automne 2025, les indicateurs virent au rouge écarlate. Aucun d’entre eux ne confirme alors un redressement : malgré les différentes opérations de communication de la direction, le cours de bourse ne remonte pas suffisamment, il végète à un niveau résiduel, sans rapport avec les valorisations de 2020 ; les prévisions de chiffre d’affaires 2025 sont une nouvelle fois revues à la baisse de plus de 700 millions d’euros ; la marge opérationnelle visée tourne alors autour de 3 %, là où elle dépassait 6 % il y a quelques années ; surtout, le book-to-bill s’affaisse alors autour de 66 %, révélant l’assèchement du pipe de commandes ; le PSE (Plan de Sauvegarde l’Emploi) est retoqué par l’auditeur social pour ses ciblages ad hominem et ses catégories artificielles (ce PSE est contesté par la CGT) ; l’omerta sur le cash persiste : les communications financières de l’entreprise sont « nettes de » – grâce notamment à l’affacturage, cette opération qui permet à une entreprise de céder ses créances clients (factures) à un organisme spécialisé pour obtenir un financement immédiat, améliorant sa trésorerie, ou grâce aussi aux effets de change entre les différents pays où Atos est présent –, sans vue claire au final de la trésorerie disponible ni du BFR (Besoin de fonds de roulement2).

Le tableau est donc celui d’une entreprise en déliquescence accélérée, pas d’un groupe en voie de stabilisation. Pour maintenir financièrement à flot le bateau Atos, la direction joue en fait sur les coûts, et non sur l’activité qui se retrouve en forte baisse. Lors de la communication financière du groupe sur le troisième trimestre 2025, la baisse du chiffre d’affaires est particulièrement marquée sur les marchés de l’Amérique du Nord (– 28,8 % sur un an) et du Royaume-Uni/Irlande (– 30,5 %). C’est une chute significative, car la plupart des contrats d’Atos sont des contrats de long terme auprès d’entreprises dans lesquelles le groupe informatique envoie des équipes d’informaticiens détachés. Il est donc très rare qu’Atos soit confronté à des fortes variations de ce genre. « C’est simple, c’est du jamais vu ! », s’exclame l’ancien haut cadre que j’ai interrogé. Et cette situation s’est maintenue en fin d’année :

Pour contourner ces chiffres et ces faits, les communicants d’Atos affichent un optimisme déroutant, comme lorsqu’ils doivent justifier cette baisse soudaine du chiffre d’affaires pour l’Amérique du Nord dans le rapport financier de l’automne : « Cette baisse s’explique principalement par les sorties de contrats intervenues en 2024 et par une nette réduction de périmètre de certains clients existants. L’activité ne bénéficie pas encore de l’amélioration de la dynamique commerciale, même si des signes de reprise sont perceptibles, avec une hausse des prises de commandes d’une année sur l’autre ».
Dans ce contexte particulièrement incertain pour l’avenir d’Atos, le comportement de l’État interroge. Pourquoi l’Agence des Participations de l’État (APE), en charge du rachat des activités supercalculateurs n’a pas souhaité négocier de nouvelles conditions auprès de la direction d’Atos, alors que les hauts fonctionnaires de Bercy ont reçu de nombreuses alertes concernant la situation économique du groupe ? Pourquoi ce rachat a-t-il été décalé d’un mois (6 avril au final) ? L’État, en continuant d’avancer sur l’achat des activités supercalculateurs d’Atos sans exiger de vérification indépendante, ne s’est-il pas placé lui-même en situation de manquement majeur ?
À toutes ces questions, l’APE et le service de presse de Bercy m’ont répondu : « pas de commentaire ». Absence de réponse également de la part du ministre de l’Économie, Roland Lescure, que j’ai interrogé via sa messagerie whatsapp (pour être précis, il m’a répondu tôt ce matin à 5h59 avant d’effacer son message que je n’ai donc pu lire). Selon mes informations, la commission d’enquête parlementaire sur les « fonds spéculatifs dans la production nationale » compte bien obtenir des réponses à ces questions en s’emparant dans les prochains mois du dossier Atos.
L’État a donc décidé d’engager 404 millions d’euros d’argent public et sa signature sans être certain de la base informationnelle du dossier. L’absence de toute réévaluation complète de l’opération par Bercy et l’opacité autour de la doctrine exacte qui a conduit l’APE à poursuivre ce calendrier après le 6 mars 2026 ne peuvent que susciter les interrogations. L’État ne serait pas seulement un acheteur mal informé ; il serait l’autorité qui a décidé de ne pas savoir.
À relire :
Novasco, Atos : l’Etat plutôt complique qu’otage, The Big Picture, 10 janvier 2026.
Atos : « la bombe », le banquier et la justice, The Big Picture, 12 juin 2025.
« Qui veut la peau du groupe ? » : Atos, une liquidation qui ne dit pas son nom, Marianne, 30 janvier 2025.
Le géant informatique Atos bientôt liquidé aux frais de la princesse ? Marianne, 25 mai 2024.
Atos : la fuite en avant de Meunier et le bal des prédateurs, The Big Picture, 26 septembre 2023.
Atos / Eviden, les doutes de « la place de Paris », The Big Picture, 2 août 2023.
Rien ne va plus chez Atos : vers un démantèlement ? The Big Picture, 31 juillet 2023.
Le fiasco du projet de découpage d’Atos, The Big Picture, 15 avril 2023.
À écouter :
Atos, comment échouer dans un domaine à succès, France Culture, 7 mai 2023.
Le Book-to-bill désigne un ratio couramment utilisé dans le secteur industriel, en particulier dans le domaine des semi-conducteurs et de la haute technologie. Le ratio book-to-bill correspond au rapport entre les nouvelles commandes signées par l’entreprise (Bookings) et les facturations enregistrées au cours d’une période donnée (Billings), indiquant la dynamique commerciale. Un ratio > 1 signifie plus de commandes que de ventes (expansion), < 1 l’inverse (ralentissement), et peut correspondre à un risque d’épuisement du carnet de commandes.
En finance, le BFR est l'argent nécessaire pour financer le cycle d'exploitation (stocks, créances clients) avant que les ventes ne rapportent. Autrement dit, le BFR est la mesure des ressources financières qu'une entreprise doit mettre en œuvre pour couvrir le besoin financier résultant des décalages des flux de trésorerie correspondant aux décaissements (dépenses d'exploitation nécessaires à la production) et aux encaissements (commercialisation des biens et services) liés à son activité.
21.03.2026 à 11:50
Marc Endeweld

Dans une récente dépêche, la très officielle AFP croit savoir qu’Emmanuel Macron a toujours été séduit par l’aspect « transgressif » de Rachida Dati. Pourtant, ce jugement est loin d’expliquer le poids que la candidate à la mairie de Paris continue à avoir auprès de l’Élysée. Pour quelles raisons Dati semble intouchable en Macronie ?
Dans son article, l’AFP assure également que la mise en avant de Rachida Dati par le « Château » serait l’un des signes principaux de la « droitisation » du président de la République. Passons sur le fait qu’Emmanuel Macron a, dès 2017, toujours plus regardé sur sa droite que sur sa gauche. Surtout, les relations sont anciennes entre la Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy et le président Macron… Il faut pour le comprendre, revenir à la campagne présidentielle de 2017.
14.03.2026 à 19:19
Marc Endeweld

L’opération est (et se voulait) spectaculaire. Nom de guerre: Octopus… En début de semaine, les gendarmes de la section de recherches de Marseille ont procédé à un vaste coup de filet à l’encontre de la DZ Mafia, organisation aux méthodes particulièrement violentes présente un peu partout en France. 42 personnes ont été interpellées dans la France entière, dont trois chefs présumés de cette organisation criminelle : Amine Oualane, Gabriel Ory et Madhi Zardoum. Ces trois hommes, qui étaient déjà emprisonnés puisque mis en examen pour de nombreux faits criminels, sont suspectés par les enquêteurs de continuer, derrière les barreaux, à diriger la DZ Mafia.
Cela n’empêche pas depuis des semaines, les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin de multiplier les discours guerriers contre la DZ Mafia comme on mobiliserait la pensée magique. Dans le cadre de cette offensive de communication, le garde des Sceaux a été jusqu’à échanger sur la problématique du narcotrafic avec le journaliste italien Robert Saviano – tout un symbole – lui qui est poursuivi par la mafia italienne :
Ce coup de filet des gendarmes donne donc l’occasion aux deux ministres régaliens de s’auto-congratuler dans les médias. Voilà pour la communication. Ce n’est d’ailleurs pas la première opération d’envergure : fin 2024, une quarantaine de membres supposés de la DZ Mafia avaient déjà été interpellés.
L’opération de cette semaine s’est soldée par 26 mises en examen (dont quinze placements en détention provisoire) a annoncé samedi le procureur de Marseille. Neuf des mis en examen sont des femmes, ce qui témoigne, pour les autorités, d’une « véritable féminisation du narcobanditisme ». Deux rappeurs sont également mis en cause : Dika, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, et KITKVT, lui placé en détention provisoire. Issu de la place marseillaise, Dika apparaît dans les années 2010 et compte quelques millions de vues sur YouTube. Au final, ceux que les autorités présentent comme les têtes de la DZ étaient déjà derrière les barreaux. Je vais vous le relater dans cet article mais bien d’autres figures du groupe criminel restent en liberté.
L’enquête initialement dans les mains de la police judiciaire, et finalement confiée aux gendarmes en novembre 2024, ambitionnait de démanteler la structure même de la DZ Mafia, d’en attaquer « le cœur », selon les mots de Nicolas Bessone, le procureur de Marseille, en ciblant notamment la « direction d’un groupement criminel ayant pour activité le trafic de drogue », infraction qui peut valoir la prison à perpétuité. Pourtant, la DZ Mafia n’est pas une organisation à la hiérarchie claire et fonctionne avant tout par les réseaux sociaux et messageries sécurisées. Face à cette dématérialisation des échanges et organisation en ligne du crime, les services de l’État semblent démunis.
N’en déplaise aux ministres, la situation reste alarmante. C’est ce que concluait déjà un rapport édifiant de trente-cinq pages sur « les influences nationales du crime organisé marseillais », que j’ai pu consulter en janvier dernier. Rédigé le 21 juillet 2025, ce rapport a été produit par les policiers du SIRASCO (Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée), qui dépend de la direction nationale de la Police Judiciaire (PJ). Dans ce rapport, on trouve beaucoup éléments sur les récents interpellés mais également sur les nombreuses figures de la DZ qui restent en fuite, et poursuivent leur contrôle du narcotrafic en France depuis l’étranger. Les policiers ont ainsi listé toutes les zones où la DZ Mafia continue de développer ses activités…