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🖋 Marc ENDEWELD
Journaliste et écrivain

The Big Picture


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13.07.2026 à 11:08

Les années géorgiennes de Raphaël Glucksmann : un avant-goût de guerre

Marc Endeweld

Texte intégral (3938 mots)
Enquête sur les années géorgiennes de Raphaël Glucksmann publiée en avril 2024 dans Marianne.

Le 13 juin dernier, lors du meeting de Raphaël Glucksmann à Aubervilliers, des drapeaux géorgiens flottaient en nombre dans le public, sans que les commentateurs politiques ne le remarquent. C’est pourtant une référence aux années géorgiennes du jeune Glucksmann entre 2009 et 2013, qu’on peut voir en action dans ce reportage de France 24. Ce week-end, Le Monde a publié un long papier sur cette période : « Raphaël Glucksmann, une éducation politique passée par la Géorgie ».

Pour le candidat à la présidentielle, c’était une autre époque : entre ces deux dates, il s’est mis au service de Mikhaïl Saakachvili, alors président de la Géorgie, « à la fois stratège et diplomate, plume et communiquant de luxe », assure d’abord Le Monde dans son article avant d’expliquer que le jeune Glucskmann se retrouve « sous contrat avec le Conseil national de sécurité, qui coordonne, sous l’autorité de la présidence, le travail des affaires étrangères, de la défense et des services de renseignement ».

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Et pour cause : comme je l’avais découvert lors d’une précédente enquête, le rôle de Raphaël Glucksmann durant presque quatre ans auprès de Mikhaïl Saakachvili va bien au-delà d’une simple fonction de relations publiques, et se rapproche davantage d’un « consultant en révolution », comme il se présente alors lui-même. Car sur cette période, Raphaël Glucksmann se retrouve au cœur de discussions sur l’importation d’armes par la Géorgie, des éléments qui ont été oubliés par Le Monde. Au printemps 2024, j’avais bien évidemment demandé à plusieurs reprises des réactions à mes informations aux équipes de campagne de Raphaël Glucksmann : malgré mes relances – y compris sur son propre téléphone –, le candidat aux européennes avait alors choisi de ne pas commenter. Voici les éléments :

Ses années géorgiennes, un avant-goût de guerre

Reportage en 2009 de France 24, disponible ici.

Leur première rencontre date de 2004, à Kiev. En pleine révolution orange ukrainienne, Raphaël Glucksmann tourne un documentaire sur les mobilisations contre Moscou. De son côté, Mikhaïl Saakachvili, alias « Micha », a été élu président de Géorgie quelques mois plus tôt. Entre les deux hommes, c’est un coup de foudre. Et un même vœu : que les anciennes républiques soviétiques se rapprochent de l’Occident.

Les années suivantes, le jeune Glucksmann multiplie les voyages à Tbilissi, la capitale géorgienne, séjournant souvent à l’hôtel Ambassadori, à deux pas de la présidence. L’ambiance du tout nouveau régime le happe.

En août 2008, alors que les troupes russes envahissent la Géorgie après que Saakachvili a décidé de récupérer l’Ossétie du Sud par la force, Raphaël Glucksmann soutient le pays dans Libération : « Certes Saakachvili n’est pas Gandhi, mais sous son impulsion, la Géorgie a changé de visage. La corruption a été presque réduite à néant, les journalistes étrangers y jouissent d’une liberté totale, les élections s’y déroulent sous le contrôle des organisations internationales, l’économie décolle sans rente pétrolière, le gouvernement est formé de jeunes gens dont la double nationalité américaine, anglaise ou israélienne fait ressembler Tbilissi à une Babel occidentale plantée au cœur du Caucase. »

Avec son père, André Glucksmann, le jeune Raphaël avait soutenu l’atlantiste Nicolas Sarkozy à la présidentielle 2007. Mais, en août 2008, si le président français sauve le régime de Saakachvili en négociant un cessez-le-feu, il confie de fait à Vladimir Poutine l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Insupportable pour Raphaël Glucksmann, qui milite alors auprès des néoconservateurs parisiens, ceux de la revue Le Meilleur des mondes et du cercle dit de l’Oratoire, comme le philosophe Pascal Bruckner ou le cinéaste Romain Goupil, qui ont soutenu l’intervention américaine en Irak.

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Opérations de lobbying

Du jour au lendemain, Glucksmann débarque en Géorgie. « Raphaël était là par conviction antirusse, mais il n’était pas un agent américain », tient à préciser un Français qui l’a côtoyé en Géorgie et qui connaît les fantasmes suscités par son parcours : « Il a de vraies convictions, il aime être dans le fond de l’action. » Reste que les Américains sont alors omniprésents en Géorgie et que le jeune conseiller de « Micha » a forcément dû composer avec eux.

Modeste conseiller technique, simple plume, ou conseiller du soir ? Non, « conseiller spécial » du président, assure un habitué du palais présidentiel géorgien. Raphaël Glucksmann « passait entre dix-sept et dix-huit heures par jour avec Saakachvili, il était en permanence avec lui, c’était son ombre ». Il lui est arrivé de rencontrer en personne Madeleine Albright, chargée de représenter Barack Obama. À l’ambassade française, cette omniprésence n’échappe à personne. À la fin de ses années 2000, Glucksmann est comme chez lui en Géorgie. Il connaît tous les ministres, responsables politiques, haut gradés et chefs d’état-major.

Un tropisme militaire car les Russes menacent, et le président Saakachvili veut augmenter ses capacités militaires et renouveler son armement dans le cadre de l’Otan. Les premières discussions en ce sens commencent un an avant la guerre de l’été 2008, notamment avec des acteurs français de la défense, et se prolongent ensuite tant bien que mal.

Après les accords obtenus par Sarkozy entre Russes et Géorgiens, un embargo sur les armes, certes officieux mais bien réel, est instauré contre Tbilissi : Moscou veille à interdire toute importation d’armes dans la petite république du Caucase. Si les alliés occidentaux n’ont pas officiellement apporté leur soutien à cet embargo, dans les faits, ils le respectent, de peur de mécontenter Poutine.

Au cœur des discussions, la modernisation des avions soviétiques Sukhoï Su-25 ou d’hélicoptères.

La Géorgie doit donc mobiliser des canaux parallèles pour récupérer des armes, anticipant une nouvelle offensive russe. Devenu conseiller du président Saakachvili en janvier 2009, Glucksmann organise de nombreuses réunions entre des généraux et des financiers géorgiens ainsi que des marchands d’armes à la présidence et permet aux mêmes de visiter une base militaire. Lors de ces rencontres, Glucksmann reste discret : il est d’abord les yeux et les oreilles du président, lui transmettant des comptes rendus détaillés. Au cœur des discussions, la modernisation des avions soviétiques Sukhoï Su-25 ou d’hélicoptères.

Pour contourner l’embargo russe, Glucksmann et ses amis géorgiens entament des discussions avec ATE, une discrète entreprise d’armement proche du groupe Dassault et des milieux de défense israéliens, cofondée par deux Français en Afrique du Sud au beau milieu de l’apartheid dans les années 1980, et qui s’est fait une spécialité de contourner les embargos.

Les Sud-Africains se sont spécialisés dans la modernisation de matériels russes. Dans les années 1990, ils en ont fourni à l’Algérie pour combattre le GIA. Raphaël Glucksmann le savait, lui qui avait fait un stage de journalisme au Soir d’Algérie et dont le père était proche des généraux du régime algérien.

À cette époque, Glucksmann se rend régulièrement à Paris. Il côtoie les réseaux franco-géorgiens et multiplie les rendez-vous dans les palaces, parfois au Plaza Athénée, pour faire avancer les dossiers d’armement de la Géorgie. Il rencontre Alexandre Vulic, conseiller de Pierre Lellouche, secrétaire d’État aux Affaires européennes, au cœur des réseaux franco-américains, et assure le lien avec Mamuka Kudava, ambassadeur géorgien en France, tout en mettant en œuvre un lobbying intense auprès des pouvoirs publics et des médias. Un activisme présenté, aujourd’hui, par son entourage comme une « résistance à Poutine ».

Des connexions à… Washington

Pour cette dernière mission, il s’aide de son ami Félix Marquardt, rencontré chez ses parents. Cet Austro-Américain, lobbyiste et communicant, grand mondain à Paris, conseillait aussi Saakachvili et organisait des voyages en Géorgie à l’époque. En octobre 2010, les deux compères publient dans Le Figaro une tribune s’interrogeant sur l’émergence de la Chine. Le même mois, Félix Marquardt organisait à Paris un grand dîner en l’honneur de Noursoultan Nazarbaïev, président autocrate du Kazakhstan, en présence d’une partie de l’élite politico-industrielle française.

La « Géorgie connexion » de Glucksmann serait incomplète si l’on oubliait la lobbyiste Zoé Reyners, qui l’aide actuellement pour sa communication politique : il y a quinze ans, cette dernière travaillait déjà pour sa société Noé Conseil afin de faire connaître la Géorgie à l’opinion publique occidentale. Elle aussi a eu un coup de foudre : naturalisée géorgienne, Zoé Reyners s’envole un temps à Washington pour travailler à l’ambassade de la petite république, avant de devenir l’assistante de Saakachvili.

Mais quand « Micha » perd les législatives de 2012, Glucksmann retourne à Kiev, participant aux manifestations d’Euromaïdan, en compagnie de son épouse de l’époque, Eka Zgouladze, vice-ministre de l’Intérieur de Géorgie entre 2005 et 2012, devenue vice-ministre en Ukraine, elle qui avait bénéficié d’une bourse américaine pour faire ses études aux États-Unis. Si l’on en croit Le Monde, Raphaël Glucksmann se décrit alors comme « consultant en révolution ».

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27.06.2026 à 16:30

Le fantôme de Benalla à LVMH inquiète jusqu’à l’Élysée

Marc Endeweld

Texte intégral (3149 mots)
Inauguration au Havre en septembre 2024 d’une « école de la deuxième chance » financée par LVMH, en présence de Bernard Arnault et Brigitte Macron. Reportage France 3.

Cela fait bientôt trois ans que le géant du luxe LVMH vit au gré des articles de presse sur la famille Arnault. La succession du patriarche, Bernard Arnault, 77 ans, est dans toutes les têtes, excitant les convoitises et suscitant la curiosité des journalistes. Au point que l’épouse du milliardaire, Hélène Mercier-Arnault, pianiste concertiste, a profité de la sortie de son dernier album pour multiplier ces derniers mois les interviews dans les médias, histoire de faire valoir son point de vue. Et pour elle, pas de doutes, c’est bien Xavier Niel, compagnon de Delphine Arnault, qu’elle surnomme « El Diablo », selon un article de Sophie des Déserts dans Libération, qui est derrière toutes ces publications de presse ciblant sa famille. Xavier préfère s’amuser de telles accusations, comme L’Obs l’a écrit au printemps. Une vraie telenovela.

Depuis des mois, tout Paris glose sur l’affrontement qui opposerait les fils d’Hélène Mercier-Arnault – Alexandre, Frédéric et Jean – et leurs aînés issus d’un premier mariage, Delphine et Antoine. Mais pour la matriarche, comme elle n’a cessé de l’affirmer dans ses interviews, cette présentation est inexacte, la fratrie reste unie coûte que coûte. Tous les enfants Arnault ont des fonctions dans le groupe. Tous ont pris la parole lors de la dernière assemblée générale fin avril 2026 où leur père a ironisé devant les actionnaires : « Est-ce qu’ils ont l’air très ambitieux ? ».

La guerre de l’ombre des communicants

Dans l’ombre, le groupe est surtout le théâtre d’une guerre féroce de communicants où tous les coups sont permis. Depuis l’automne, et jusqu’à il y a encore quelques jours, Hélène Mercier-Arnault, qui est par ailleurs une amie de Brigitte Macron, était conseillée dans son offensive médiatique par Louis Jublin, l’ancien conseiller com’ de Gabriel Attal à Matignon. Et comme le souligne Politico début mai, « entre Jublin et Jean-Charles Tréhan, directeur des relations extérieures au groupe, qui ont longtemps été proches, allant jusqu’à se dire amis, la rupture est déjà consommée ».

Dans cette même suite de « confidentiels », Politico écrit : « Jublin en est persuadé : les communicants de LVMH feraient carrément circuler à nouveau l’histoire, vieille d’il y a quelques années, de photos de lui prenant de la cocaïne lors de fêtes, dont il reconnaît l’authenticité. Un épisode passager, assure-t-il, lié à un épisode personnel douloureux et désormais loin derrière lui ». On se pince. Ces confidentiels Politico sont alors alimentés par un « conseiller de LVMH » anonyme, comme il est écrit.

Une véritable guerre d’influence entre « amis », car d’autres noms dans le « dossier » apparaissent, avec pour point commun de s’être fréquentés dans un récent passé. Les joies du microcosme parisien… Ainsi, en avril, dans l’article que L’Obs consacré à LVMH peu de temps avant l’assemblée générale du groupe, on apprend également qu’Anastasia Colosimo, l’ex-conseillère presse internationale à l’Élysée, connaissance commune des deux communicants, a essayé de jouer les médiatrices entre eux…

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Dans ce contexte, les nerfs sont donc à vif, et c’est un article de La Lettre, du 1er décembre 2025, qui va finir par enflammer tout ce beau monde. La feuille confidentielle y affirme qu’Alexandre Benalla, l’ex-chargé de mission de l’Élysée, a travaillé par le passé pour Frédéric Arnault, quand ce dernier dirigeait le fabricant de montre Tag Heuer, sur des « missions de renseignement d’affaires » à l’international mais aussi pour « protéger au mieux sa propre image ». Forcément, l’article fait le tour des rédactions et du petit Paris des affaires. Et chez LVMH, les ennemis de Frédéric Arnault , qui dirige maintenant Loro Piana à Milan, se délectent et tentent d’utiliser cet article auprès de son père pour décrédibiliser le potentiel héritier.

Il est vrai que dans le monde si feutré du luxe, la seule évocation du nom d’Alexandre Benalla semble incongrue. Dans l’article, on apprend que les journalistes de La Lettre ont réussi à joindre l’ex-chargé de mission de l’Élysée et que ce dernier a confirmé en partie leurs infos. Il « affirme en revanche avoir toujours refusé d’effectuer les missions franco-françaises que lui a soumises Frédéric Arnault », écrit alors La Lettre.

Le démenti écrit d’Alexandre Benalla

Et pourtant, les choses ne se sont peut-être pas passées ainsi. Avec un certain empressement, et non sans crainte, Alexandre Benalla, dans les jours qui suivent la publication de l’article, va écrire de sa propre plume un assez long mail à Bernard Arnault dans lequel il explique que les propos qui lui sont attribués par les journalistes sont inexacts et qu’il n’a jamais travaillé « ni directement ni indirectement pour le groupe LVMH, ni pour aucune de ses entités, ni pour M. Frédéric Arnault ». Ajoutant : « C’est précisément la réponse que j’ai apportée aux journalistes qui m’ont interrogé ».

Alexandre Benalla écrit donc à l’homme le plus puissant de France l’exact inverse de ce qu’il a manifestement dit aux journalistes de La Lettre. Pourquoi prendre une telle initiative si les faits relatés dans l’article étaient rigoureusement exacts ? Dans toute cette histoire, qui manipule qui ? Qui « ambiance » ? Aujourd’hui, l’un des deux auteurs de l’article me confirme qu’Alexandre Benalla a bien été appelé en personne et que ce dernier a confirmé leurs informations issues de « deux sources ». Alexandre Benalla avait-il un intérêt à mener en bateau ces journalistes de bonne foi ? A priori aucun, sinon, pourquoi se rétracter quelques jours plus tard ?

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Pour tâcher d’y voir plus clair, je contacte l’ancien chargé de mission de l’Élysée, mais ce dernier ne me répond pas quand je lui dis avoir connaissance de son démenti auprès de Bernard Arnault. Pour rajouter dans la bizarrerie, lorsqu’en février dernier, j’ai moi-même contacté par mail Frédéric Arnault au sujet de l’article de La Lettre en lui expliquant que j’avais recueilli des éléments contradictoires sur ce sujet, le jeune dirigeant me répond simplement, comme il l’avait fait auprès des journalistes de La Lettre, n’avoir « jamais rencontré M. Alexandre Benalla et ne lui ai donc jamais confié de mission de renseignement d’affaires ». Frédéric Arnault ne fait alors pas mention du démenti d’Alexandre Benalla, et me renvoie vers le service de presse de LVMH.

Enfin, lorsque je questionne Jean-Charles Tréhan, le directeur des relations extérieures de LVMH – lequel travaille avec Antoine Arnault chargé de l’image du groupe –, celui-ci ne me parle pas non plus de l’existence d’un courriel de Benalla envoyé quelques semaines plus tôt à son patron. Encore plus étrange, le communicant du groupe de luxe me demande alors : « Alexandre Benalla a-t-il fait un démenti après cet article ? » Je constate, comme lui, que l’ex-chargé de mission n’a jamais fait de démenti public après la publication de l’article du 1er décembre.

Les gardes du corps de Xavier Niel

Ce silence chez LVMH s’explique sûrement par d’autres éléments, extérieurs au groupe. Car l’article du 1er décembre de La Lettre dans lequel est évoqué Alexandre Benalla et le fils Arnault, a suscité l’inquiétude à un très haut niveau selon mes informations. Quelques jours avant la publication de l’article, la nouvelle vient aux oreilles de Xavier Niel qui ne prend pas le dossier à la légère. Car à l’époque, ses propres gardes du corps, Djamel et Issam, ont été mis à sa disposition par Alexandre Benalla. C’est du moins ce que m’affirme ce dernier, six mois avant la publication de l’article de La Lettre alors que j’enquête sur un tout autre dossier.

Travaillant aujourd’hui entre la France et la Suisse, Alexandre Benalla a monté sa propre société de conseil, Comya Group, et il travaille avec plusieurs prestataires de sécurité et de cybersécurité. Sur son site internet, Alexandre Benalla explique que son « cabinet de conseil stratégique (…) compte d’anciens officiers de la DGSE, du SAS britannique et du Special Boat Service », et qu’il propose notamment un « conseil en protection rapprochée pour chefs d’État, dirigeants d’entreprise et personnes fortunées. Sûreté des déplacements et devoir de protection ».

Aujourd’hui, l’ancien homme de confiance d’Emmanuel Macron est beaucoup moins catégorique sur le fait qu’il ait pu travailler pour le milliardaire des télécoms et affirme, auprès de proches, ne connaître les deux gardes du corps que du temps de la campagne présidentielle de 2017. Tous deux faisaient partie de l’équipe de sécurité du candidat Macron, que Benalla dirigeait alors. En attendant, selon mes informations, Xavier Niel a fait appeler ce dernier par ses gardes du corps pour savoir si « l’info » propagée par les questions des journalistes de La Lettre était vraie. Contacté sur ces éléments, Xavier Niel n’a pas réagi.

Quand Emmanuel Macron s’en mêle

Mais l’histoire n’est pas finie, car peu de temps avant la publication de l’article de La Lettre, Alexandre Benalla reçoit également deux coups de fil d’Emmanuel Macron qui s’inquiète de voir son ancien collaborateur travailler pour LVMH, et lui demande de se tenir loin de tout cela. À chaque fois, l’ex-chargé de mission explique qu’il ne travaille pas avec Frédéric Arnault, qu’il ne le fréquente pas, et que tout cela n’est qu’une fake news. En attendant, l’intéressé n’a pas fait de démenti public.

Il est utile de rappeler que la société de renseignement économique Forward Global qui travaille pour LVMH, mais aussi Louis Jublin, ex-chargé de com’ à Matignon d’Attal, ou Anastasia Colosimo, ex-conseillère d’Emmanuel Macron, ont tous pu travailler par le passé avec certains des soutiens historiques d’Alexandre Benalla. A Genève et Paris, dans les beaux quartiers les folles rumeurs vont bon train. Mais cet intérêt du président de la République pour son ancien chargé de mission, et le fait qu’il prenne du temps pour intervenir dans un dossier privé et y démêler le vrai du faux, est une nouvelle preuve de l’implication des Arnault et de Niel dans le pouvoir.

Je profite de cet article pour annoncer la publication à la rentrée de mon livre « La Place de Paris.» aux éditions du Seuil. Dans ce nouveau livre d’enquête, j’évoque notamment les grandes familles, la dérégulation de la finance par Mitterrand, l’histoire de certains des milliardaires français, leurs envies de politique (très à droite) à quelques mois de la présidentielle, mais aussi la French Tech et la BPI, les grands patrons, le fonctionnement actuel et passé de la place économique et financière de Paris, et enfin le « monde de la finance » cher à François Hollande, notamment le private equity, ou certaines des grandes batailles récentes comme Atos. Pour cet ouvrage, sur lequel j’ai travaillé pendant trois ans, j’ai rencontré de nombreuses figures de la place qui ont accepté d’être citées et plus d’une centaine d’interlocuteurs m’ont aidé.

Et pour soutenir mon travail d’enquête, vous pouvez vous abonnez à ma newsletter en version payante (ou y contribuer en optant pour un abonnement de soutien).

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11.06.2026 à 18:03

Entre Trump et Starmer, fritures sur la ligne

Marc Endeweld

Texte intégral (968 mots)

« No alliance lasts forever » (« Aucune alliance n’est éternelle »). Ce banc-titre apparaît dans le générique de la troisième saison de « La Diplomate », qui a pour héroïne une ambassadrice américaine à Londres, diffusée à l’automne dernier sur Netflix. Depuis trois ans, le succès de cette série confirme la fascination d’Hollywood pour le pouvoir américain. À moins que ça ne soit l’inverse : dès 2023, les rues de Washington étaient couvertes d’affiches promouvant la première saison, un marketing bien ciblé vers les milliers de fonctionnaires au cœur de la machine de la première puissance du monde. Aux manettes, la scénariste Debora Cahn a travaillé pour les séries fameuses « À la maison Blanche » et « Homeland » et a l’habitude de multiplier les interviews « off » auprès de diplomates, d’espions, de hauts fonctionnaires, pour préparer ses scénarios.

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Aucune alliance n’est éternelle ? L’effet dramatique est évident, mais il n’est pas si farfelu : depuis le Brexit – cela fera dix ans ce 23 juin – la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a cessé de se disjoindre : derrière l’alliance sécuritaire – notamment dans le nucléaire militaire et le renseignement électronique – les divergences stratégiques se multiplient entre les deux pays depuis une dizaine d’années. Le révélateur Trump de ces dernières semaines dévoile comme souvent un état de fait plus profond.

Le sacro-saint point de vue français

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25.05.2026 à 20:08

Au Quai, la valse des ambassadeurs différée par l'Élysée : dispute autour du poste en Israël

Marc Endeweld

Texte intégral (778 mots)
Le ministère des Affaires Étrangères, au 37 du Quai d’Orsay, dans le 7e arrondissement de Paris.

Traditionnellement, le Quai d’Orsay procède à deux grands mouvements d’ambassadeurs chaque année, l’été et l’hiver. Les annonces des nominations se font au printemps et à l’automne. Mercredi dernier, justement, aurait dû être annoncée une série de mouvements, concernant une vingtaine de postes, selon mes informations. Si aucune grande ambassade (Washington, Londres, Berlin, UE) n’était concernée, plusieurs nouvelles nominations portaient sur des pays sensibles dans le contexte géopolitique actuel : le Canada, les Émirats Arabes Unis, l’Ukraine, et enfin Israël.

Selon mes informations, auraient dû être nommées les personnes suivantes :

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28.04.2026 à 22:57

Aux origines de la stratégie Křetínský

Marc Endeweld

Texte intégral (848 mots)
Première interview filmée en France de Daniel Křetínský en Novembre 2018.

Il est encore jeune, Daniel Křetínský (50 ans), et pourtant, en quelques années à peine, ce milliardaire tchèque francophone est devenu un pilier de la place de Paris. Celui qu’on décrit comme un amoureux de la France (il a fait des études de droit à Dijon), n’est pas qu’un financier froid et opportuniste, qui serait surtout avide de bons coups. Pourtant ses investissements tous azimuts dans les médias (Marianne, Franc-Tireur, Loopsider, la chaîne T18, et une participation dans TF1), dans l’édition (Éditis), la grande distribution (Casino, Fnac Darty), et dans l’énergie (Uniper, et bientôt TotalEnergies dont son groupe sera l’un des principaux actionnaires), rendent sa stratégie illisible aux yeux de bon nombre d’acteurs français. Pour y voir plus clair, il faut revenir en arrière…

À la table des Macron, apprécié des Arnault

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15.04.2026 à 18:29

Comment CMA-CGM compte racheter le groupe M6 plus vite que prévu

Marc Endeweld

Texte intégral (723 mots)

Depuis février, la nouvelle se répand dans les états-majors des médias français : le groupe M6, qui compte plusieurs chaînes de télévision (principalement M6, W9 et Paris Première) et plusieurs radios (RTL, RTL2, Fun Radio), pourrait bientôt être de nouveau à vendre. Son propriétaire, le groupe allemand Bertelsmann (qui le détient depuis la fin des années 1990), avait déjà tenté la vente en 2022, mais avait alors échoué devant de multiples contraintes réglementaires.

Multiples verrous dans les prochaines années ?

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