01.04.2026 à 06:45
Michel Lepesant
Sur le site de La vie des idées, un excellent dossier constitué depuis plusieurs années sur ce que l’extrême-droite fait au monde.
En particulier, vient de paraître une recension sur « la russification des esprits » que devraient lire et relire tous nos « amis » décroissants qui se prétendent pacifistes. Je serais d’ailleurs curieux de les écouter aujourd’hui à propos de l’agression israélo-américaine contre l’Iran. En sont-ils à refuser à l’Iran le droit (international) de se défendre comme ils accordaient à la Russie le droit d’attaquer l’Ukraine sous le prétexte de se défendre ?
Car de 2 choses l’une : soit refuser et à l’Ukraine et à l’Iran le droit de se défendre et valider les agressions israélo-américaines et russes, soit condamner sans ambigüité toutes les agressions et admettre que le véritable pacifisme est un refus inconditionnel d’un soi-disant droit d’attaquer (souvent au nom d’une fallacieuse « guerre préventive ») mais aussi la défense d’un droit inconditionnel de… se défendre.

05.02.2026 à 07:04
Michel Lepesant
Voici un bref retour sur ma participation, dimanche dernier, à une conférence consacrée à l’IA, lors des journées de l’Écologie au quotidien, à Die (Drôme). Conférence partagée avec Juliette Duquesne et animée par Goni Zonon, conférence réussie pendant laquelle grâce à Juliette et Goni nous avons pu développer une critique robuste de l’IA, en sachant combiner informations et analyses, à destination d’une salle comble (et pourtant, c’était un dimanche matin).
Pour l’essentiel, mon intervention s’appuyait sur le gros travail de recherche que j’avais effectué à l’été 2025 (et que l’on peut lire ici).
« Faut-il craindre l’intelligence artificielle ? » était le titre de la conférence. J’ai d’emblée fourni ma réponse : l’IA est aujourd’hui, avec la dédiabolisation de l’extrême-droite et la montée d’une xénophobie affichée (racisme, homophobie, antiwokisme primaire), l’une des 3 raisons d’être politiquement terrorisé. Et j’ai aussitôt ajouté qu’il fallait faire l’hypothèse que ces 3 terreurs étaient les 3 facettes d’un même déferlement politique antidémocratique dont il fallait terriblement s’inquiéter.
D’où l’intérêt de faire un rapprochement direct entre ce que l’IA fait à la technologie et ce que Trump fait au capitalisme : dans les deux cas, les masques et les apparences de démocratie tombent. Certes, on n’a pas attendu l’IA et Trump pour défendre résolument des positions technocritiques et anticapitalistes, mais leurs partisans pouvaient toujours se dissimuler derrière les apparences d’un bon usage (la commodité) et du droit. Aujourd’hui, L’IA comme Trump se montrent dans leur brutalité : la force sans le droit, l’utilité sans la socialité.
J’avais préparé un diaporama pour cette intervention mais je ne l’ai pas utilisé. Le voici néanmoins, avec sa présentation en vidéo (enregistrée à la maison en décembre 2025).
Voici le résumé que l’IA de PDF Creator m’a proposé : l’inquiétant, c’est que c’est assez bien fait.
L’auteur conclut que l’intelligence artificielle (IA) représente un danger majeur pour la société, tant sur le plan technologique, économique, écologique, social que politique. Il met en avant plusieurs points clés :
En somme, l’auteur appelle à une prise de conscience collective et à une résistance volontaire face à l’emprise croissante de l’IA, en mettant en avant des valeurs de décroissance, de précaution et de démocratie.
Juliette Duquesne a bien insisté sur les limites de l’IA : sociales (sur l’emploi, sur les relations, sur les modes de vie), écologiques (énergie, réchauffement, eau), et démocratiques (une IA plus imposée que choisie, une liquidation des modes de décision et de contrôle).
Je rajoute juste que, quand on aborde la question des limites d’un point de vue décroissant, il est souvent pertinent de le faire en apportant 2 cadres analytiques :
Attention à ne pas se tromper de critique adressée à la technologie ; attention à ne pas se laisser embarquer dans un débat tronqué.
Si on distingue grossièrement entre la technique (système des moyens en vue de leur utilité) et la technologie (système des pratiques, les médiations et leurs usages, accompagnées de leur justification théorique, c’est le discours qui accompagne la technique : en tant que mode d’emploi, la technologie fournit aussi un mode de vie. « Si ça marche, c’est que c’est bien »), alors il faut faire attention à ne pas réduire la discussion sur telle ou telle technique aux questions de l’usage de l’utilité :
Il y a quelques années, lors de nos (f)estives 2018 (rencontres organisées par la MCD), nous avions invité Philippe Gruca qui avait parfaitement posé l’équation : quand la société n’est plus de taille humaine, quand il y a disproportion entre la société et l’humain, alors il ne reste que deux directions, totalement opposées et divergentes : soit on augmente l’homme, soit en diminue la société.
D’un côté, le transhumanisme, de l’autre, la décroissance.
J’ai précisé que l’on pouvait se représenter les rapports entre la technologie et la société avec une image de vases communicants : tout gain de technicité se paie au prix d’une perte de socialité ; et inversement. Il ne faut pas se laisser leurrer : les fameux « réseaux sociaux » sont d’abord des réseaux techniques et ils ne peuvent prétendre relier des gens qu’à condition que les modes de production et de consommation les aient, au préalable, isolés et séparés.
L’une des dernières questions a critiqué la facilité avec laquelle nos interventions avaient dressé un tableau hypercritique de l’IA, en affirmant qu’il serait plus réaliste de se demander comment réguler l’IA : bref, qu’il fallait passer des discours aux actes, de l’idéalisme au réalisme.
Je tiens à exprimer, in fine, l’absence lors de ces rencontres de plusieurs interventions qui auraient porté explicitement sur la décroissance.
Car les échanges lors de cette conférence ont, encore une fois, montré que c’est bien d’un paradigme général dont nous avons besoin si on veut faire converger les analyses et les initiatives.
A condition d’assumer cette portée générale d’une décroissance comme opposition politique à la croissance, il me semble que c’est bien aujourd’hui la décroissance qui peut assumer une telle ambition : et c’est le sens de mon engagement dans la Maison commune de la décroissance : https://ladecroissance.xyz/.
26.01.2026 à 05:51
Michel Lepesant
Des amis m’ont récemment placé dans une situation bien inconfortable : ils m’ont invité à venir parler de décroissance (et d’IA), mais, en même temps, je me suis vu imposer un cadre si horizontaliste d’intervention que le hiatus entre le fond et la forme de ce que j’avais prévu de faire devenait un gouffre.
Car tout l’apport de mon « travail » sur la décroissance depuis des années consiste à refuser cette disjonction du fond et de la forme, car elle revient toujours au final à neutraliser le fond (radical) au seul profit d’une forme (horizontaliste) où le brouillard du régime de croissance continue se diffuser. Cet horizontalisme peut prendre le prétexte de donner la parole aux citoyens, mais en réalité il revient à mettre à plat toute différence entre des recherches approfondies et la moindre opinion d’un auditeur présent, aux dépens de la radicalité dont la critique a pourtant impérativement besoin.Pour prendre en considération une réelle radicalité, il faut précisément sortir de ce que j’appelle la « décroissance mainstream« , c’est-à-dire une décroissance qui en reste à la surface des phénomènes et qui ne voit dans la croissance que ses dimensions économiques et écologiques, mais jamais sa dimension politique. C’est l’objet de la courte présentation de la décroissance qui suit.
Un autre ami, enseignant à la fac de Montpellier me signalait que le jeudi 25 septembre avait lieu une conférence sur décroissance et IA. Il ne pouvait y aller ; moi non plus. Dommage. Mais je sais exactement à partir de quel cadre je serais allé écouter cette conférence : de quelle décroissance va-t-il s’agir ? Ou plus exactement, va-t-il s’agir de s’opposer à l’économie de la croissance, au monde de la croissance ou aussi au régime politique de croissance ?
Car si l’on oublie de radicaliser la critique contre la croissance jusqu’à se baigner dans le « milieu » politique du régime de croissance, alors on peut en venir à une IA décroissante-compatible ; soit parce qu’elle serait sobre ; soit, parce que la balance utilité sociale / coût écologique pourrait se révéler profitable. Mais dans cette balance, a-t-on tenu compte des enjeux démocratiques ? Ou pour le dire autrement : quand on jauge l’IA sur ces impacts, de quels impacts s’agit-il ? Économiques, écologiques, sociaux, politiques ?
Comment poursuivre ? Comme d’habitude (business as usual) ? Non, parce que les plafonds de soutenabilité écologique sont dépassés. Mais alors comment atteindre le projet de post-croissance ? Pas de façon subie (l’effondrement, la collapsologie) mais en faisant le choix politique de la décroissance = qui est un faisceau de trajectoires de rupture. Le « hic », c’est qu’aujourd’hui ces trajectoires ne forment qu’un agrégat apolitique. D’où le défi de construire politiquement de la cohérence : c’est la décroissance comme opposition politique à la croissance. Et comme la croissance, c’est une économie, un monde et un régime politique, alors la décroissance c’est une décrue économique, une décolonisation des imaginaires et un renversement politique.
12.01.2026 à 05:20
Michel Lepesant
Il serait incohérent de se prétendre décroissant sans, de temps en temps, pratiquer l’autolimitation. Voici donc la dernière « lettre du 12 » (qui aura existé depuis le 12 janvier 2020, 55 fois).
Je maintiens (pour le moment) l’existence de mon blog, sur lequel je continuerai de publier des retours d’intervention et des lectures. Je vais aussi le réorganiser pour ranger ses quelques 300 articles dans des catégories telles que « la nature existe », « réhabiter la politique », « effets du régime de croissance »…
La lecture en résonance que je propose du livre d’entretiens de Bernard Lahire me semble une bonne occasion de finir sur une note forte. Car, quand je répète que c’est de théorie (et d’histoire) qu’a besoin la décroissance politique, on peut entendre une attention particulière dirigée vers la définition de concepts (des distinctions conceptuelles). Mais il n’y a pas de théorie sans méthodologie. Autrement dit, une théorie, ce sont des concepts (des conceptions) et des méthodes.
Or aujourd’hui, le régime politique de croissance se décline, méthodologiquement, en régime épistémique de croissance : son horizontalisme se manifeste dans le relativisme, dans une fiction neutraliste, et tout particulièrement dans une épistémologie constructiviste qui combine « profusion lexicale, délayage argumentatif, noyade sémantique » (page 194, du livre de B. Lahire) et évitement du potentiel falsificatoire du réel.
Voilà donc pour l’occasion d’arrêter.
Et si je dois proposer une raison, c’est le refus de participer au spectacle des followers, des influenceurs, de la com’, tout ce monde virtuel où chacun.e abuse de sa liberté pour vomir sa moindre opinion. Je n’ai pas retenu son nom, mais j’entendais, il y a quelques semaines, un influenceur suivi par plus d’1 million de personnes, qui annonçait qu’il arrêtait du jour au lendemain ses publications parce qu’il s’était rendu compte de la vanité et de l’abstraction de telles pseudo « relations ».
Ce qui m’a remis en mémoire une « brève » lue en octobre 1998 sur un dénommé Robert Shields qui avait arrêté, lui aussi du jour au lendemain, le récit minutieux de sa vie, dans une sorte de révélation sur une certaine vacuité propre à toute réflexivité :
« Robert Shields, de Dayton aux Etats-Unis, qui depuis vingt ans confiait à son journal intime les moindres détails de sa vie : « A 12 h 20, j’ai fait pipi ; à 12 h 25 j’ai lu le journal qui pesait une livre et 12,5 onces, etc. », ayant, un soir, noté : « A 11 heures, j’ai recopié les observations », puis ajouté : « A 11 h 01, j’ai écrit que j’étais en train de recopier les observations », vient de mettre un point final à l’exercice. »
24.12.2025 à 07:41
Michel Lepesant
Bernard Lahire (2025), Vers une science sociale du vivant, La Découverte 1.

La lecture de ce livre d’entretiens (questions et avant-propos de Laure Flandrin et Francis Sanseigne) me semble indispensable pour plusieurs raisons préalables.
Quand Bernard Lahire affirme que les sciences sociales ont besoin d’un « cadre paradigmatique partagé » (p.30), d’une « théorie-cadre » (p.31), je ne peux m’empêcher de penser que c’est aussi ce dont la décroissance a besoin si elle veut assumer tous ses enjeux politiques, et ne pas se contenter – comme c’est le cas aujourd’hui – d’une diversité désorganisée.
Des années de pratique dans les alternatives, la lecture roborative du livre de l’Atelier Paysan et celle d’un article Fitzpatrick, Cosme et Parrique (2022, « Exploring degrowth policy proposals, A systematic mapping with thematic synthesis », Journal of Cleaner Production, n° 365) qui faisait l’inventaire de toutes les propositions décroissantes m’ont convaincu que la question de la politisation de la décroissance reposée du point de vue de sa zone radicale était aujourd’hui l’étape incontournable si l’on veut conserver quelques espérances dans un renversement du régime de croissance au lieu de placer sous le terme de décroissance un agrégat de propositions dont la faisabilité, la désirabilité et l’acceptabilité sont très discutables. Car aujourd’hui, on doit reprendre le jugement très sévère porté par ce remarquable article qui tire un bilan hypercritique de leur inventaire : s’il y a bien profusion des propositions, il faut juger qu’elles sont « imprécises » (allusives, mal conçues), peu « pertinentes » (les propositions les plus impactantes sont repoussées à la périphérie de l’agenda au profit de propositions populaires mais accessoires), « négligentes » (des conditions de possibilité de leur faisabilité), diverses plus par « agglutination » que par vue d’ensemble, et surtout « le programme actuel de décroissance est plus proche d’une liste disparate d’ingrédients que d’une recette bien organisée ». Autrement dit, il y a actuellement un brouillard — qui est causé par une mauvaise priorité accordée au faire nombre sur le faire sens — et il constitue un obstacle à la visibilité et à la crédibilité de la décroissance. Le tragique c’est qu’une « décroissance mainstream », souvent anglophone et un peu médiatisée, n’affronte pas réellement ce péril de la dépolitisation, n’en voit pas vraiment l’urgence et peut même prétendre l’affronter alors qu’elle ne fait que céder – et quelquefois elle le renforce – au régime neutralitaire de la croissance.
https://decroissances.ouvaton.org/2025/07/30/la-decroissance-solution-politique/#42_Decroissance_radicale_et_decroissance_mainstream
Autrement dit, je lis toutes les proclamations épistémologiques de B. Lahire en résonance avec cette image de la décroissance politique comme d’un arbre : où les propositions hétérogènes des activistes comme celles des chercheurs décroissants en sont les branches. Mais chacun sait qu’un arbre ne peut pas se réduire à ses branches, aussi fécondes soient-elles. C’est pourquoi je vois le Commun politique comme le tronc de cet arbre. Quant aux racines, j’y trouve les fondations théoriques (distinctions conceptuelles et méthodologies).
Pourquoi, en tant que décroissant, un tel intérêt pour cette dimension épistémologique ? Parce que, si je me réfère à cette image d’un arbre, il me semble décisif – et urgent – d’enraciner nos analyses et nos propositions politiques dans une rationalité qui hérite plus du réalisme que du nominalisme. Je ne me contente pas de faire un parallèle entre sciences sociales et décroissance, j’affirme que ces 2 domaines procèdent d’un même type de rationalité : celle dans laquelle la déclaration « j’ai raison » ne signifie pas « fin de la discussion » mais, tout au contraire, « discutons-en ». Dans une telle rationalité dialogique, le dernier mot est donné à la réalité : sinon, c’est la chute dans le nominalisme et le relativisme.
De la même façon qu’il faut s’attaquer au régime politique de croissance, il faut aussi s’attaquer au régime épistémique de croissance 3 : car les 2 reposent sur un même relativisme, sur le même « refus d’un cadre théorique partagé pour appréhender la réalité » (p.29), qu’elle soit sociale ou politique.
Ce refus du refus de la théorie est à l’origine de ce blog : « C’est de théorie et d’histoire, c’est-à-dire d’un corpus idéologique animé non pas par l’intransigeance mais par la cohérence conceptuelle, dont manque terriblement la politique ». On trouve sur Palim-Psao, le site consacré à la critique de la valeur-dissociation, de quoi nourrir politiquement ce refus du refus de la théorie. Par exemple, dans la dénonciation de celui que Robert Kurz nomme « le petit connard de gauche » : « Tous les petits connards de gauche ont en commun le fait d’honnir d’une certaine manière toute élaboration théorique originale et cohérente. Certes, ils veulent en profiter comme d’une marchandise, mais en aucun cas payer pour cela, pas même au prix d’un effort conceptuel. Leur sport favori consiste à mépriser mesquinement les théoricien∙ne∙s en tant que producteur∙rice∙s individuel∙le∙s, et à les taxer d’« entrepreneurs de la théorie », tout en voulant ériger leur propre raisonnement incontinent en standard général de la réflexion critique »4.
« C’est surtout la méthode qui compte » (page 184) ose écrire B. Lahire.
Je voudrais finir ce survol méthodologique basé sur la lecture de B. Lahire en résonance par 2 exemples de ce que peut donner, quand il s’agit de décroissance, la négligence théorique : ceux de la récession et du pluriversalisme.
Bref, toute récession n’est pas de la décroissance (et surtout pas une « décroissance naturelle » comme vient de l’affirmer Ph. Aghion) mais la décroissance est bien une espèce de récession (et sa différence spécifique, c’est qu’elle est choisie en vue d’un projet, celui de sortir de la croissance pour atteindre un état stationnaire, celui de la post-croissance ; alors que l’on peut nommer « dépression » une récession subie qui se prolongerait au-delà de 2 trimestres consécutifs).
Bref, le pluriversalisme n’est pas un relativisme mais une pluralité d’universalismes.
_____________________19.11.2025 à 07:52
Michel Lepesant
Que penser quand l’argument principal aujourd’hui encore répété par la décroissance mainstream n’est en fait qu’un slogan ? Qu’il résonne dans le vide, ou bien qu’il est la preuve affichée d’une victoire culturelle ?
A moins de vivre dans les nanocosmes de l’entre-soi, comment ne pas pencher plutôt – et malheureusement – pour la première option, et constater que, dans le débat grand public, la décroissance est aux abonnés absents.
Alors, si tel est le cas, il n’y a pas grand risque à oser s’en prendre au plus fameux slogan de la décroissance mainstream : « une croissance infinie dans un monde fini est impossible ».
Soyons logique : si la croissance sans fin est impossible, alors cela revient à penser, à croire et à dire que la « décroissance est nécessaire ».
Et voilà le hic :
Les modalités du « nécessaire » et de l’impossible » ne sont donc pas les bonnes pour penser et fonder nos critiques contre « la croissance pour la croissance ». Dans la même « famille » de modalités se trouvent aussi le « possible » et le « contingent »… Ah oui, « d’autres mondes sont possibles »…
Mais alors, quelles modalités permettraient d’assumer l’enjeu fondamentalement politique de la décroissance ?
L’objectif de cette lettre est de rediriger la critique de la croissance vers ce qu’on appelle (savamment) les modalités « déontiques » : l’obligation, l’interdiction, la permission et l’option. Ce sont des façons de faire, ou de ne pas faire. Ainsi, l’interdiction est l’obligation de ne pas faire ; l’option est la permission de ne pas faire…
S’ouvrent alors deux grands chantiers conceptuels :
Pour participer à ce deuxième chantier, je ferais juste remarquer que ce n’est pas l’interdiction qui est la plus liberticide mais la permission :
Alors qu’allons-nous défendre ? Une écologie punitive ou permissive ? Une démocratie « militante » ou « libérale » ? Quelle responsabilité assumer sans un sens des devoirs vis-à-vis des autres, humains comme non-humains ? De la liberté sociale ou de la liberté individuelle, laquelle est la condition politique de l’autre ?
Bref, si la politique se discute avec les modalités déontiques, c’est parce qu’elle est affaire de volonté… et de volontarisme ?