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28.11.2025 à 19:42

Liberté d’expression, OTAN et salle de sports : les 10 actus de la semaine

Maureen Damman

Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? Voici les 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Liberté d’expression ? Non.  Le Collège de France annule un colloque sur la Palestine, invoquant sa “neutralité”, des risques pour la sécurité et le supposé aspect militant du colloque. La polémique sur l’indépendance […]

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Texte intégral (1266 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? Voici les 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Liberté d’expression ? Non. 

Le Collège de France annule un colloque sur la Palestine, invoquant sa “neutralité”, des risques pour la sécurité et le supposé aspect militant du colloque. La polémique sur l’indépendance de la recherche se réveille dans les milieux universitaires. (Alternatives Économiques

2. Corruption autour de l’OTAN 

Une enquête menée par les médias La Lettre, Le Soir, Knack et Follow the Money révèle et dénonce des méga-contrats de munitions et de carburant passés par l’agence achats de l’OTAN, marqués par des rétrocommissions clandestines et un très gros manque de transparence. (LaLettre)

3. Une niche fiscale en pleine politique d’austérité ? Oui. 

La Cour des comptes estime que le Pacte Dutreil, créé en 2000 pour faciliter la transmission d’entreprises familiales, coûte aujourd’hui très cher à l’État. Son rapport, qui avait fuité, montre que la dépense liée à ce dispositif a fortement augmenté pour atteindre 5,5 milliards d’euros en 2024. (Alternatives Économiques)

4. Impunité des employeurs ? Oui. 

La France est le pays d’Europe où l’on compte le plus d’accidents du travail mortels. Ce triste record pourrait être lié au fait que la justice reste souvent indulgente lorsque des employeurs sont mis en cause. La CGT observe qu’en Seine-Saint-Denis, entre 2014 et 2020, seuls 1/3 des procès-verbaux rédigés par les inspecteurs du travail ont réellement donné lieu à des poursuites. Un autre tiers a été classé sans suite, et le dernier tiers est encore en cours d’enquête. (Le Monde diplomatique)

5. Réforme des retraites imposée ? Oui. 

Surprise surprise ! Le Sénat s’est opposé à la suspension de la réforme des retraites. Un compromis budgétaire reste ainsi impossible à entrevoir au Parlement. (Mediapart)

6. L’écologie et la lutte des classes 

En Haïti, le dérèglement climatique aggrave l’érosion côtière, occasionnant la perte de terres agricoles qui deviennent improductives. Des familles fragilisées quittent leurs fermes pour migrer vers la capitale et deviennent les cibles de gangs.(Mediapart)

7. Le Soudan en proie aux pétromonarchies

Soudan : Les États-Unis et leurs copains pétromonarches – les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite – s’accordent au moins sur une chose : en finir avec la révolution en cours. Au grand mépris des civils et des besoins humanitaires de cette crise sans précédent. (L’Humanité)

8.  Des « scientifiques en rébellion » condamnés

Pour la première fois, cinq scientifiques français condamnés pour “rébellions” écopent d’une amende de 11 000 € par le tribunal de district de Munich pour avoir mené des actions non-violentes ciblant les multinationales BMW et BlackRock.  » Que l’on soit scientifique ou non n’a fait aucune différence lors du procès« .  (La Relève et La Peste)

9.  Des PFAS rejetés dans la Seine en toute impunité 

L’usine de pesticides BASF, située à Saint-Aubin-lès-Elbeuf en Normandie, est accusée de contaminer la Seine aux PFAS depuis 25 ans. On retrouve notamment du fipronil, un insecticide dont l’usage est interdit depuis 2013, car extrêmement toxique. (La Relève et La Peste)

10. Tu es pauvre ? Tu paies ! 

Dans l’écoquartier de la Cartoucherie, à Toulouse, des habitantes de HLM doivent payer la salle de sport en bas de chez eux dans la plus grande des injustices : elle est gratuite pour les locataires et propriétaires du parc privé, payante pour les habitants des logements du parc social.(StreetPress)

11. Kiev sous les bombes russes 

La Russie a de nouveau frappé l’Ukraine, causant la mort de sept personnes lors d’une nouvelle vague de drones dans la nuit de lundi à mardi. À Kiev, la population doit apprendre à vivre dans l’obscurité et le froid, faute d’électricité et de chauffage.(FranceInfo)

–  Mauricette Baelen 

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28.11.2025 à 19:09

Rémunération, insectivores et habitat participatif : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Maureen Damman

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Rémunérer au travail et non à la quantité  Au Pays basque, un groupe de 28 vignerons en AOC propose de rémunérer les vendanges de raisin non pas selon la quantité, mais sur le […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Rémunérer au travail et non à la quantité 

Au Pays basque, un groupe de 28 vignerons en AOC propose de rémunérer les vendanges de raisin non pas selon la quantité, mais sur le travail fourni, dans le but de rendre le métier plus juste et durable. (Alternatives Économiques)

2. Les oiseaux insectivores en légère augmentation

D’après une étude de Environmental pollution, depuis l’interdiction des néonicotinoïdes en 2018, on observe une légère reprise des populations d’oiseaux insectivores en France. Un signe encourageant, mais jugé trop timide pour parler de retour à la normale. (La Relève & La Peste) 

3. Des plantes pour votre santé mentale

Plusieurs études confirment que le contact avec les plantes améliore le bien-être psychique, apportant un réel bénéfice pour la santé mentale. « Si les villes augmentaient leur végétation de 10 %, certaines régions pourraient éviter 1 000 hospitalisations pour 100 000 habitants chaque année.« (La Relève & La Peste)

4. Habitat social participatif à Marseille

Après 15 ans de gestation, les Habeilles devient le premier habitat participatif à Marseille. Un logement partagé pensé comme un modèle de solidarité et de vie communautaire alternative dans un quartier populaire. (Basta!)

5. Un spectacle drag en ruralité ? Oui. 

En Bretagne, dans les Monts d’Arrée, un spectacle de drag queens proposé par les Joyaux de l’Arrée sera diffusé en milieu rural, illustrant la récente vitalité d’une scène LGBTQ+ hors des métropoles. (StreetPress)

6. DOGE (enfin) dissoute 

Accusée d’avoir ciblé en priorité les politiques sociales et environnementales, l’agence américaine censée faire des économies sur le dos des services publics DOGE a été dissoute, alors que l’administration. (Vert)

7. La filière caoutchouc en plein développement

Au Brésil, la filière artisanale du latex se développe en Amazonie, seul endroit au monde où poussent des hévéas natifs. Le caoutchouc est récolté directement sur les arbres vivants, sans déforestation. Un modèle plus durable et respectueux de l’environnement, mais qui reste fragile. (Vert)

8. Seattle gagné par les démocrates ? 

À Seattle, l’aile gauche du parti démocrate gagne du terrain, grâce à Katie Wilson, une activiste démocrate « à tendance socialiste« , qui l’a emporté face au maire sortant, un démocrate centriste. L’homme orange n’est pas content. (France 24)

9. Guadeloupe et Martinique optent pour le bio

Suite aux scandales du chlordécone, la Guadeloupe et la Martinique comptent de plus en plus d’agriculteurs qui se tournent vers le bio, séduits par des pratiques plus respectueuses de l’environnement, qui plus adaptées aux contraintes locales. Elles demeurent pourtant entravées par un cadre réglementaire non adapté aux territoires tropicaux. (Reporterre)

10. Pollueur = payeur

Les producteurs d’emballages professionnels, utilisés par les entreprises à destination d’autres entreprises, devront contribuer financièrement à la gestion des déchets qu’ils génèrent, à compter du 1ᵉʳ janvier.  (Info Durable)

– Mauricette Baelen

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28.11.2025 à 05:00

Désinformation : Non, la Russie n’a pas « libéré l’Europe » (1/2)

Elena Meilune

Alors que les récits forgés par Moscou gagnent du terrain en Occident, une dangereuse amnésie historique s’installe. Ces discours érigent la Russie en puissance « libératrice », balayant d’un revers de la main des décennies d’occupation et de violences imposées par l’URSS. Éclairage d’Elena Meilune, journaliste d’origine lituanienne dont la famille a vécu ce que […]

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Alors que les récits forgés par Moscou gagnent du terrain en Occident, une dangereuse amnésie historique s’installe. Ces discours érigent la Russie en puissance « libératrice », balayant d’un revers de la main des décennies d’occupation et de violences imposées par l’URSS. Éclairage d’Elena Meilune, journaliste d’origine lituanienne dont la famille a vécu ce que certain·es persistent à appeler une « libération ».

Dans ce contexte où les récits trompeurs prolifèrent, la propagande russe continue de travestir les faits, brouillant la compréhension de l’histoire et légitimant les ambitions impérialistes du Kremlin. Pour comprendre la guerre menée contre l’Ukraine aujourd’hui, il est indispensable de revenir sur les falsifications qui entourent encore l’héritage soviétique et les violences infligées aux peuples de l’Est.

La mécanique du mensonge : comment Moscou transforme l’occupation en « libération »

Avant toute chose, il faut rappeler un fait historique élémentaire : la Russie n’existait pas en tant qu’État pendant la Seconde Guerre mondiale. L’entité politique qui a combattu l’Allemagne nazie était l’Union soviétique, un empire multinational sous la domination de Mouscou, où la Russie n’était qu’une république parmi quinze. En proportion de la population, les pertes les plus lourdes ont été subies par les Ukrainiens, Biélorusses, Baltes, Caucasiens et peuples d’Asie centrale.

L’Ukraine a perdu 5-7 millions de personnes durant la Seconde guerre mondiale. La Biélorussie, quant à elle, a perdu un quart de sa populationRéduire ces pertes immenses à « la Russie » relève déjà d’une manipulation : cela efface les peuples qui ont réellement porté la violence des combats, de l’occupation et des massacres, et sert aujourd’hui les desseins impérialistes du Kremlin.

Loin de la propagande qui circule aujourd’hui en Europe occidentale, la réalité vécue sous le régime soviétique par les pays baltes, par l’Ukraine et par tant d’autres était celle d’une oppression systématique : déportations, interdictions linguistiques, tortures, violences sexuelles, occupations militaires, destructions culturelles. Assimiler cette histoire à une prétendue « libération » revient non seulement à falsifier le passé, mais aussi à piétiner la mémoire de celles et ceux qui ont résisté – souvent au prix de leur vie.

Et aujourd’hui, les mêmes mécanismes narratifs se répètent concernant la guerre en Ukraine : « dénazification », « protection des russophones », « libération du Donbass », comme si l’invasion, les massacres, les bombardements et les déportations de dizaines de milliers d’enfants n’étaient que de simples opérations humanitaires.

Face à cette résurgence de récits impérialistes, il est essentiel de rappeler ce que furent réellement les décennies de domination soviétique, ce que fut le courage des peuples qui ont combattu pacifiquement pour leur indépendance, et ce que révèle aujourd’hui encore la propagande d’un régime autoritaire – des récits mensongers qu’il faut déconstruire, un à un, pour en montrer la réalité.

Je viens d’un pays que l’on a voulu faire taire

Je suis Elena Meilune, journaliste chez Mr Mondialisation. J’ai grandi en Lituanie, un pays qui a passé cinquante ans sous domination soviétique. Personne, dans ma famille, n’y a échappé : mes parents, mes grands-parents – dont la mémoire m’accompagne – et toutes les personnes qui me sont ou m’ont été chères dans mon pays natal ont vécu dans un État où la peur, la surveillance et la violence structuraient chaque recoin du quotidien. La culture était contrôlée, le russe imposé partout : à l’école, dans l’administration, dans la vie publique, tandis que le lituanien, l’une des plus anciennes langues vivantes d’Europe, était rabaissé, moqué, dénigré, qualifié par les Soviétiques de « langue de chiens ».

Une prison à ciel ouvert où l’on apprenait à se taire pour survivre. Où l’horizon se refermait à des frontières gardées par des soldats prêts à tirer à vue.

Aujourd’hui, voir la propagande russe contaminer les esprits en Europe de l’Ouest – notamment ce récit qui présente la Russie comme ayant « sauvé l’Europe du nazisme » et aurait donc la légitimité à se poser en puissance libératrice – provoque en moi un choc profond. Un choc pas seulement intellectuel : un choc intime, viscéral. Car ce récit efface les décennies de violences infligées à des peuples entiers, dont le nôtre. C’est comme entendre quelqu’un réécrire notre propre histoire sous nos yeux – et en piétiner la mémoire.

Malgré la peur, malgré la répression, la Lituanie a choisi la dignité. La résistance balte avait pris mille formes au fil des décennies – clandestine, culturelle, politique – mais c’est un moment précis qui a tout fait basculer. Le 11 mars 1990, la Lituanie proclame son indépendance à main levée, devenant le premier État de l’ex-URSS à oser ce geste. 

Une mobilisation pacifique sans précédent, bientôt suivie par les autres pays baltes et par l’Ukraine. Pas d’armes. Pas de milices. Aucune violence. Juste des voix humaines, fragiles mais unies. Et une solidarité internationale, certes tardive, mais déterminante, qui finit par reconnaître ces indépendances naissantes. Cette résistance pacifique a porté ses fruits : elle a ouvert la brèche qui mènerait à l’effondrement de l’URSS, même si Moscou s’accrochait encore de toutes ses forces.

Je pense à mes parents. À ce qu’ils ont vu. À la nuit du 12 au 13 janvier 1991, quand les chars soviétiques sont entrés dans Vilnius pour tenter d’écraser cette liberté fragile. Comme des dizaines de milliers d’autres, ils ont marché jusqu’au Parlement, déterminé·es à protéger leur pays, sans armes. Vers trois heures du matin, le président du Parlement leur demande de se disperser : l’assaut est imminent, leur vie est en danger. Ils refusent. Tout le monde refuse. Alors ils s’enlacent, respirent profondément, peut-être pour la dernière fois, et restent debout.

Citoyen lituanien désarmé face à un tank soviétique, Vilnius, 13 janvier 1991 – @WikimediaCommons

Plusieurs bâtiments stratégiques de la ville sont protégés par des chaînes humaines. Des civils désarmés, face aux blindés. Cette nuit-là, quatorze personnes sont tuées, près d’un millier blessées. Je pense à Loreta Asanavičiūtė, 23 ans, écrasée par un char soviétique. Ce n’était pas une guerre : c’était la violence nue d’un empire qui s’accrochait avec une brutalité inouïe à des territoires qui n’avaient jamais été et ne seront jamais les siens.

Si je n’ai pas grandi dans une dictature autoritaire, si je n’ai pas été forcée de parler russe, si j’ai pu apprendre l’histoire de mon pays dans des livres non censurés, c’est uniquement grâce au courage immense de celles et ceux qui se sont dressé·es, sans armes, face à l’armée soviétique. Des êtres humains qui ont eu la force inimaginable de résister pacifiquement, parfois au prix de leur vie, libérant un pays qui demeure à ce jour marqué par une mémoire traumatique collective bien ancrée, largement documentée.

Alors quand je lis ou j’entends aujourd’hui des discours qui glorifient la Russie car elle aurait « libéré l’Europe », je ressens une douleur que j’ai du mal à décrire. Pas une douleur tournée vers le passé, mais celle de voir l’oubli gagner, de voir des récits mensongers remplacer des faits, de voir des vies entières reléguées à des notes de bas de page. C’est assister à un déni total des déportations, humiliations, tortures, violences sexuelles massives, qui faisaient partie intégrante de la domination soviétique.

J’y vois une méconnaissance abyssale de la réalité historique, teintée de mépris pour ces vies brisées, pour notre culture que l’on a tenté d’effacer, pour les corps meurtris, pour nos livres brûlés. Cette propagande qui circule aujourd’hui n’est pas seulement fausse : elle est une insulte à la mémoire des peuples qui ont survécu à l’occupation soviétique et qui luttent encore pour préserver leur liberté.

Et si une part de moi aurait envie de laisser éclater une colère brute face à celles et ceux qui reprennent ces discours, je refuse de tomber dans le piège de l’accusation individuelle envers des personnes mal informées, mais nullement mal intentionnées. Car le problème ne réside pas en ces individus : il réside dans un système qui les égare. Un puissant système de propagande qui recycle l’héritage colonial soviétique pour continuer à légitimer la domination. Mais la vérité historique n’est pas un territoire que l’on peut annexer. Elle résiste. Elle survit. Comme nous.

Tombe de Loreta Asanavičiūtė, victime de l’intervention soviétique en Lituanie en 1991, une des défenseures de la tour de télévision de Vilnius. Wikimedia.

Propagande et manichéisme : des armes impérialistes

Le mythe d’une « Russie libératrice » n’a rien de nouveau : c’est le même discours utilisé chaque fois que l’État russe – tsariste, soviétique ou actuel – tente d’occuper un pays. Depuis des siècles, les invasions sont justifiées au nom de la « protection », de la « libération » ou de la « défense » de populations prétendument menacées. Une rhétorique impériale classique et systématiquement recyclée, qui sert à travestir des conquêtes territoriales en actes humanitaires.

Présenter l’URSS comme un sauveur revient ainsi à effacer les crimes commis dans les pays qu’elle a occupés : l’annexion de territoires entiers, le massacre de millions de personnes, l’écrasement des mouvements démocratiques, la suppression violente des cultures. Cela transforme un empire autoritaire en héros et réduit les victimes au silence.

Citoyens désarmés défendant la Maison de la presse lituanienne face à des soldats de l’armée soviétique, Janvier 1991, Vilnius, Lithuanie – @WikimediaCommons

À cela s’ajoute un manichéisme toxique : bien des personnes qui portent un regard critique – légitime – sur l’OTAN, pensent que cela implique ipso facto de soutenir Vladimir Poutine, notamment dans sa guerre contre l’Ukraine. Comme si refuser un impérialisme obligeait à en applaudir un autre. Comme si on ne pouvait avoir une histoire indépendante de ces jeux de blocs. Cette vision simpliste empêche de comprendre les dynamiques impériales réelles – et alimente exactement la propagande que la Russie cherche à imposer.

Ce n’est pas seulement l’histoire qui révèle la dimension impérialiste du pouvoir russe : la pensée stratégique qui a nourri ses élites l’indique tout autant. En 1997, paraît à Moscou les Fondamentaux de la Géopolitique, premier grand manuel de géopolitique en langue russe et rapidement devenu un ouvrage de référence. Utilisé dans plusieurs institutions militaires, c’est un classique de la géopolitique russe. Tout y est déjà : la volonté de dominer l’Ukraine, de fragmenter les États voisins, d’affaiblir l’Europe, d’utiliser la désinformation et le soutien à l’extrême droite pour miner les sociétés démocratiques. Rien n’a été improvisé : dès la fin des années 1990, la stratégie impériale était écrite noir sur blanc.

Première de couverture de l’édition russe du livre « Fondamentaux de géopolitique –
L’avenir géopolitique de la Russie »

Cet ouvrage n’est pas une analyse académique, mais un programme politique où l’Ukraine est décrite comme, une « anomalie absolue », un non-État qui doit être conquis et annexé, où le Royaume-Uni devrait être séparé de l’Europe pour affaiblir celle-ci, où les États baltes doivent être neutralisés et où l’Occident doit globalement être divisé de l’intérieur. Vingt-huit ans plus tard, la Russie applique exactement ce qui y est décrit.

Le grand mensonge : « La Russie a sauvé l’Europe du nazisme »

Au-delà de la confusion entretenue aujourd’hui entre URSS et Russie, si la propagande russe contemporaine trouve un écho dans certains milieux occidentaux, c’est parce qu’elle repose sur une vérité partielle, soigneusement déformée : oui, l’URSS a combattu l’Allemagne nazie – mais non, elle n’a jamais « sauvé l’Europe ». L’histoire réelle est infiniment plus complexe et surtout, beaucoup plus sombre.

@Vicktor Temin – Mil.ru. / Wikipedia

L’Union soviétique n’entre en guerre contre Hitler qu’en 1941, lorsque celui-ci envahit son ancien partenaire. Car avant d’être ennemis, l’URSS et l’Allemagne nazie ont été liées par le Pacte Molotov-Ribbentrop, signé en août 1939, qui incluait un protocole secret prévoyant le partage de l’Europe de l’Est entre les deux régimes totalitaires. Dans ce cadre, l’Armée rouge envahit la Pologne orientale en septembre 1939, puis annexe de force les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), la Bessarabie et attaque la Finlande. En 1940, le NKVD massacre plus de 20 000 officiers polonais à Katyn – un des nombreux crimes soviétiques longtemps niés par Moscou.

Un documentaire letton, The Soviet Story (2008), s’appuie sur des archives pour montrer cette réalité : loin d’avoir « sauvé l’Europe », l’URSS a d’abord collaboré avec l’Allemagne nazie, participé au partage de l’Europe de l’Est et commis des crimes de masse parallèles. Ce film illustre de manière accessible ce que démontrent les historiens : la terreur stalinienne n’a jamais été une entreprise de libération, mais l’imposition d’un empire autoritaire.

Lorsque l’Allemagne attaque l’URSS en 1941, Staline mobilise non seulement les citoyens russes mais aussi des millions de personnes issues des territoires annexés, parfois à peine soviétisées : Baltes, Ukrainiens, Moldaves, Caucasiens, Asiatiques. Beaucoup sont enrôlées de force, envoyées au front sans formation, parfois même utilisées comme « troupes pénales » ou comme lignes sacrifiables pour épuiser les munitions allemandes. Ces morts, aujourd’hui récupérés par la propagande russe, n’étaient pas « l’armée russe » : ils étaient les victimes d’un empire qui les a exploités puis effacés de la mémoire officielle.

Lorsque l’URSS avance vers Berlin après 1941, elle n’apporte pas la liberté aux pays qu’elle traverse : elle impose sa propre domination. Ce qui suit n’a rien d’une libération : arrestations massives, exécutions politiques, déportations, viols de masse, russification forcée, destruction des élites locales, installation de gouvernements fantoches. L’Europe de l’Est passe simplement d’une occupation à une autre.

Dire que « la Russie a sauvé l’Europe » revient aussi à réécrire le rôle de toutes les autres nations sous le joug des soviétiques: Ukrainiens, Baltes, Biélorusses, Géorgiens, Arméniens, Kazakhs, Ouzbeks,… Ce sont eux qui ont payé le prix du sang. L’URSS n’était pas la Russie.

Minsk, 2.7.41
Gefangene russische Soldaten @Wikimedia Commons

S’ajoute à cela un autre fait volontairement occulté : sans l’aide matérielle massive des États-Unis et du Royaume-Uni (via le programme Lend-Lease), Staline n’aurait très probablement jamais résisté à la Wehrmacht.

Précisons-aussi que la majorité des villes de l’Europe de l’Ouest n’ont jamais vu un seul soldat soviétique. La libération à l’Ouest est principalement le résultat de l’action combinée des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, des résistances locales et des forces françaises libres. Confondre ces réalités, c’est réécrire l’histoire au profit d’un récit impérialiste forgé après-guerre.

La « Russie » n’a donc pas « libéré l’Europe » : elle a participé à la défaite du nazisme tout en construisant son propre empire autoritaire sur les ruines des peuples qu’elle prétend aujourd’hui avoir sauvés.

La « libération » version Staline : des millions de personnes massacrées

Le récit officiel soviétique, aujourd’hui repris par la Russie, présente l’URSS comme un « libérateur » des peuples de l’Est. La réalité est exactement inverse : avant 1939, la plupart de ces pays étaient indépendants, et c’est l’URSS qui les a envahis, annexés, soviétisés de force.

Il faut rappeler l’ampleur vertigineuse des crimes commis sous Staline dans les pays occupés : famines organisées (dont l’Holodomor, qualifié de génocide par plusieurs États), système concentrationnaire du Goulag, purges, exécutions, déportations massives, élimination des élites locales, réquisitions agricoles, torture, violences sexuelles systématisées, russification de la langue et des institutions. La terreur d’État était une méthode de gouvernement.

Le bilan humain du stalinisme se compte en millions, voire dizaines de millions de morts selon les estimations des historiens. Plusieurs travaux universitaires situent le total des victimes – famine, répression politique, déportations, exécutions, mortalité carcérale – à un niveau comparable, voire supérieur, à celui du régime nazi. Rappeler ces chiffres ne relativise en rien les crimes d’Hitler : cela montre simplement que présenter l’URSS comme un « libérateur » est historiquement absurde et moralement obscène.

La domination soviétique après 1945

La logique impériale de l’Union soviétique ne se limite ni aux pays baltes et à l’Ukraine, ni à la période stalinienne (1922-1953 mais dont le spectre continue à ce jour à hanter la Russie). Après 1945, l’URSS transforme l’Europe centrale en zone d’occupation permanente : Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Allemagne de l’Est, Roumanie, Bulgarie… Dans toutes ces sociétés, les troupes soviétiques demeurent stationnées pendant des décennies, et chaque tentative d’émancipation est écrasée dans le sang.

En Hongrie, la révolution de 1956 est écrasée par les chars soviétiques : des milliers de civils sont tués, 200 000 personnes fuient vers l’Autriche, et le pays reste sous tutelle de Moscou jusqu’en 1991. En 1968, la Tchécoslovaquie est envahie par le Pacte de Varsovie, pour mettre fin au Printemps de Prague et empêcher toute démocratisation.

En Allemagne de l’Est, l’armée soviétique ne quitte le territoire qu’en 1994, soit cinq ans après la chute du mur de Berlin (1989) – un évènement vécu par la majorité de la population allemande comme la fin d’un système autoritaire imposé par l’URSS.

Dans tous les cas, la rhétorique reste la même : le pouvoir soviétique invoque la « protection » pour écraser toute volonté d’émancipation. Aujourd’hui, même stratégie utilisée pour légitimer l’invasion de l’Ukraine : « Nous libérons le Donbass. », «  Nous protégeons les russophones. », « Nous menons une opération spéciale pour dénazifier l’Ukraine. ». Ces slogans sont la continuité logique d’un schéma impérial éprouvé, où la violence la plus brutale se déguise en mission humanitaire. Chaque fois, la « libération » n’est qu’un paravent pour légitimer la conquête de territoires qui ne lui ont jamais appartenu.

Ce que les peuples brisés portent encore debout

L’histoire des pays baltes, comme celle de l’Ukraine, de la Géorgie, de la Tchétchénie et de tant d’autres peuples que la Russie a tenté d’écraser, est une histoire de résistance et de résilience. C’est une histoire portée par des voix humaines qui refusent de se taire, même quand tout autour d’elles s’effondre. Une histoire tissée d’insurrections silencieuses, d’êtres humains debout face aux tanks, de langues réprimées qui survivent dans les chuchotements, de livres brûlés dont la mémoire continue pourtant de vibrer dans les générations suivantes.

Ce sont des peuples qui ont traversé la déportation, la famine, la guerre, la torture, l’effacement programmé – et qui continuent malgré tout de se tenir debout. Des peuples qui ont construit leur liberté non pas dans la violence, mais dans la dignité, le courage et la solidarité.

Et si les empires s’effondrent, si les dictateurs passent, si les mensonges se fissurent, c’est parce que ces femmes et ces hommes ont choisi la résistance plutôt que la résignation. C’est parce qu’ils ont refusé que leur histoire soit confisquée. Ils sont la preuve que la liberté, même piétinée, même assiégée, finit toujours par respirer à nouveau.

Elena Meilune


Source image d’en-tête : Unarmed Lithuanian citizen standing against Soviet tank, Vilnius, January 13, 1991 – @WikimediaCommons

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27.11.2025 à 05:00

Grain de Sail : du chocolat et du café par voilier cargo !

Mr Mondialisation

Et si l’on pouvait transporter chocolat et café sans pétrole ? C’est le pari de Grain de Sail, une PME bretonne qui a choisi de décarboner la filière en utilisant… des voiliers cargos modernes. Face à un transport maritime responsable de 3 % des émissions mondiales de CO₂, l’entreprise veut prouver qu’un autre modèle est […]

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Et si l’on pouvait transporter chocolat et café sans pétrole ? C’est le pari de Grain de Sail, une PME bretonne qui a choisi de décarboner la filière en utilisant… des voiliers cargos modernes. Face à un transport maritime responsable de 3 % des émissions mondiales de CO₂, l’entreprise veut prouver qu’un autre modèle est possible. Interview avec Stefan Gallard, directeur marketing de l’entreprise.

90 % du commerce mondial passe par la mer, tandis que 3 % des émissions mondiales de CO₂ viennent du transport maritime — un pourcentage équivalent à la pollution générée par le numérique à l’échelle mondiale. Derrière ces chiffres : une industrie hors de contrôle, dopée à la mondialisation, gavée au fioul, et protégée par un vide juridique international.

Face à ce modèle, certains ont décidé de résister. À contre-courant du business as usual, une PME bretonne s’est lancée un défi qui semblait d’abord utopique : transporter du chocolat et du café à la voile.

Son nom ? Grain de Sail. Son ambition ? Démontrer qu’un autre modèle est possible. Stefan Gallard, directeur marketing de l’entreprise, raconte. 

Mr Mondialisation : Qui êtes-vous Stefan Gallard ? 

Stefan Gallard : « Je suis Stefan Gallard, directeur marketing de l’entreprise. Je suis un repenti des grands groupes, j’ai travaillé pour des marques comme Coca Cola pire aux États-Unis. 

Pour ma part, c’était de la pure naïveté. En début de carrière, par exemple, j’étais à des années lumières de penser au dérèglement climatique ou à l’idée d’avoir un certain alignement. Je voulais avant tout gagner de l’argent. 

De retour en France, lors d’une formation, j’ai découvert les responsabilités sociales et environnementales qu’avaient les entreprises envers la société et ses citoyens. Le déclic ne s’est pas fait de manière radicale.

« J’ai réfléchi à ma contribution à ces systèmes destructeurs et j’ai cherché à être aligné par petits pas. »

Désormais, je suis fier de dire qu’à 41 ans, même si je gagne moins qu’à 26, j’ai fait les bons choix. » 

Avec toutes autorisations - Grain de sail
Avec toutes autorisations – Grain de Sail

Mr Mondialisation : Concrètement, Grain de Sail, c’est quoi ?

Stefan Gallard : « On vend du chocolat et du café qu’on importe par voilier cargo depuis la côte sud américaine. 

Plus spécifiquement, nous sommes chocolatier, torréfacteur et aussi armateur maritime. Cela signifie que nous possédons et exploitons des navires marchands et par conséquent, nous gérons les équipages, les escales, la maintenance, etc… »

Avec toutes autorisations - Ewen Andrieux
Avec toutes autorisations – Ewen Andrieux

Mr Mondialisation : pourquoi s’attaquer au transport maritime pour les denrées alimentaires ?  

Stefan Gallard : « Le problème vient des volumes trop importants, qui occasionnent une sur fréquentation des voies maritimes. Cela crée de nombreux problèmes, que ce soit en termes de pollution globale, de particules ou de nuisances sonores, par exemple.

Pour s’approvisionner en chocolat et en café deux produits dont nous avons tout de même du mal à nous passer à l’heure actuelle nous avons pensé qu’il était juste de s’adapter à l’urgence climatique en utilisant l’énergie du vent, qui est gratuite et entièrement renouvelable. 

« Nous avons pensé qu’il était juste de s’adapter à l’urgence climatique en utilisant l’énergie du vent, qui est gratuite et entièrement renouvelable. »

Concrètement, cela permettait une réduction de l’impact carbone de 90 %, avec un minimum de technologies pour faciliter l’utilisation de ces moyens de transports : forte isolation du navire, chaudière à granulés pour chauffer le bord, matériaux comme l’aluminium pour la coque, ou le carbone pour les mâts. À bord, on a tout de même des ordinateurs, la communication satellitaire, des panneaux photovoltaïques, etc.

Cela nous permet d’atteindre moins de 2 g de CO₂ par tonne transportée et par kilomètre parcouru. À titre de comparaison, c’est entre 10 et 20 g pour un porte-conteneur, autour de 100 g pour une voiture individuelle, 300 g pour un camion et 1000 g pour un avion. »

Mr Mondialisation : Comment est née l’idée de Grain de Sail ? 

Stefan Gallard : « Derrière Grain de Sail, il y a les frères jumeaux Olivier et Jacques Barreau, tous deux issus du secteur des énergies renouvelables, à savoir l’éolien terrestre et off shore [ndlr : en mer].

Avec cette expertise, ils ont pensé à utiliser l’énergie du vent pour décarboner les transports maritimes.

[ndlr : Le transport de marchandises et de passagers joue un rôle significatif dans le réchauffement climatique, étant le second secteur le plus émissif en CO₂ derrière la production d’énergie, et représentant environ un quart des émissions mondiales de l’énergie en 2019.(Carbon4)]

L’entreprise a eu un fonctionnement atypique à ses débuts.

« On a fait une promesse à nos clients : en achetant nos produits, vous financerez bientôt notre projet maritime et un transport plus vertueux. »

À cette époque, il n’y avait pas beaucoup d’acteurs bretons dans le chocolat, et seulement quelques-uns dans le café. Dès 2020, nous avons lancé notre premier navire, Grain de Sail 1 : un premier voilier cargo moderne, qui pouvait être normé aux standards de la marine marchande internationale. Nous sommes alors devenus le premier voilier de charge construit au standard moderne qui s’applique aux porte-conteneurs.

Nous ne sommes pas seuls sur ce créneau et c’est une très bonne chose. La France est d’ailleurs leader mondial sur le sujet. L’enjeu désormais est de passer à plus grande échelle pour décarboner réellement le transport maritime. »

Mr Mondialisation :  quels défis avez-vous rencontrés d’emblée ? 

Stefan Gallard : « La première difficulté a été d’ordre légal : il a fallu travailler avec des bureaux de classification sur le droit maritime, car rien n’était adapté à ce que l’on souhaitait faire. Nous avons donc créé notre propre alternative au commerce international, finalement. »

Mr Mondialisation : Selon vous, en quoi votre produit est responsable ou durable ?

Stefan Gallard : « Toute notre production est certifiée bio, avec une gestion en agroforesterie, et des rémunérations justes pour les producteurs, qui fonctionnent pour la plupart en coopératives. 

En Bretagne, nous avons des grilles de salaires respectant un différentiel de 1 à 3,5 du plus petit salaire supérieur au SMIC aux postes de direction inclus. Nous faisons aussi en sorte d’être les plus inclusifs possible, en intégrant une quinzaine de personnes en ESAT.

[NDLR : Si ce modèle est présenté par Grain de Sail comme un choix d’inclusion sociale, il fait également l’objet de débats plus larges en France concernant les conditions de travail et les niveaux de rémunération propres au statut ESAT/IME, différents du droit commun.]

Enfin, même s’il ne l’est pas strictement, notre bâtiment breton est construit sur le principe des bâtiments passifs, et nous avons 1200 panneaux photovoltaïques sur le toit. 

« Le kilowattheure le plus économique, c’est celui qui n’est pas consommé.»

Nous limitons l’apport en ressources grâce à une forte isolation et à de nombreux systèmes fermés à récupération d’énergie ou d’eau. Par exemple : la chaleur dégagée par les concheuses [ndlr : les mélangeurs pour fabriquer le chocolat], est récupérée pour chauffer l’eau du bâtiment. »

Avec toutes autorisations - Grain de Sail
Avec toutes autorisations – Grain de Sail

Mr Mondialisation : Comment choisissez-vous vos producteurs et vos matières premières ?

Stefan Gallard : « Nous respectons un cahier des charges qui intègre des critères comme le respect d’une agriculture biologique, l’interdiction du travail infantile et des pratiques d’esclavage. 

Contrairement à l’Afrique, l’esclavage n’est pas très répandu en Amérique Latine du moins pas dans les filières café ou cacao mais nous avons préféré nous en prémunir d’emblée. 

En termes de rémunération, nous avons estimé un temps que les cours du cacao étaient trop faibles. Nous avons alors revu les tarifs à la hausse pour qu’ils soient plus justes pour les producteurs. Maintenant, à cause du réchauffement climatique, les cours ont explosé, donc nous estimons que les prix sont désormais plus équitables. »

[ndlr : comprendre l’impact du réchauffement climatique sur la filière cacao]

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Avec toutes autorisations – Grain de Sail

Mr Mondialisation : Pourquoi vos navires sont-ils plus respectueux du vivant que les autres ?

Stefan Gallard : « Vu leur taille, leur vitesse et l’absence de moteur pour la propulsion, nos navires génèrent beaucoup moins de pollution sonore que la majorité des autres, qui a des conséquences désastreuses sur les cétacés

Malheureusement, il n’existe à ce jour aucune règlementation internationale contraignante sur l’émission de bruit dans les océans. À noter que le bruit des navires marchands provient principalement de la cavitation et de la propulsion des hélices et peut atteindre jusqu’à 170 DB, un bruit proche d’un avion au décollage. 

Par ailleurs, nos navires sont plus lents, ce qui réduit le risque de collision. En moyenne, ils voguent à une allure de 9 à 11 nœuds, et réalisent une transatlantique entre 18 et 20 jours, contre 10 à 12 jours pour un navire classique. Ils mesurent environ 52 mètres, contre 250-399 mètres pour les cargos conventionnels. »

Mr Mondialisation : Comment ne pas verser dans le néocolonialisme dans ce genre de projets ? 

Stefan Gallard : « On travaille sur des matières premières qui sont issues de pays tropicaux et on ne peut pas nier l’historique colonial associé à ce commerce, avec des pouvoirs d’achats très asymétriques.

Nous nous sentons responsables et avons à cœur d’éviter cela, d’abord par une rémunération juste, mais aussi à travers une part qu’on leur laisse dans la transformation, à savoir qu’on transporte la masse de cacao et pas la fève. Par ailleurs sans tomber dans une dynamique de « sauveurs blancs » on fait du transport humanitaire gratuit vers la Guadeloupe pour l’ONG L’Arche, qui a créé un village pour les femmes en situation précaire (victimes de violences, sans domicile, etc.) et qui organise des maraudes de distribution pour les plus démunis de l’île. »

[ndlr : comprendre le néocolonialisme dans la filière cacao]

Mr Mondialisation : Qu’est-ce qui vous rend le plus fier aujourd’hui chez Grain de Sail ?

Stefan Gallard : « Nous avons 90 salariés, à la fois terrestres et marins, avec une exposition qui dépasse nos humbles origines du Finistère. C’est une entreprise au projet ambitieux et qui est aussi vertueuse que viable, avec un potentiel de développement important qui peut réellement changer la donne du commerce international. »  

Controverses et limites du secteur

Si Grain de Sail défend un modèle maritime bas-carbone et affirme vouloir allier performance économique et engagements sociaux, son approche s’inscrit dans un contexte où les filières du chocolat et du café sont régulièrement analysées au prisme de plusieurs enjeux sensibles : rémunération réelle des producteurs dans les pays d’origine, dépendance aux labels bio ou équitables, impact environnemental de la transformation et du transport, ou encore conditions de travail dans les structures d’inclusion comme les ESAT/IME en France.

Plusieurs travaux académiques, enquêtes journalistiques et rapports associatifs soulignent notamment les limites des démarches dites “responsables”, parfois jugées insuffisantes face aux déséquilibres structurels de ces chaînes d’approvisionnement. Dans ce cadre, Grain de Sail n’échappe pas aux questions qui traversent aujourd’hui l’ensemble du secteur : comment garantir une justice sociale tout au long de la filière, assurer une réelle transparence, et concilier communication verte et complexité des pratiques sur le terrain ?

Sur la filière cacao / café 

Sur les entreprises « responsables » 

Sur les ESAT / IME 

Sur le transport maritime « bas-carbone »

 

Maureen Damman


Source image d’en-tête : avec toutes autorisations ©Grain de Sail 

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26.11.2025 à 05:00

Debunk : 4 intox climatiques qui ont fait le buzz

Mr Mondialisation

À chaque vague de froid, les climatosceptiques y voient une nouvelle « preuve » que le climat ne change pas. Pourtant, ces épisodes s’inscrivent dans la perturbation globale du climat. Dans un contexte où fausses informations et rumeurs circulent plus vite que les données scientifiques, démêler le vrai du faux devient essentiel. Debunk. Plus de six […]

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Texte intégral (2501 mots)

À chaque vague de froid, les climatosceptiques y voient une nouvelle « preuve » que le climat ne change pas. Pourtant, ces épisodes s’inscrivent dans la perturbation globale du climat. Dans un contexte où fausses informations et rumeurs circulent plus vite que les données scientifiques, démêler le vrai du faux devient essentiel. Debunk.

Plus de six ans après, on se rappelle de la séquence lunaire du 6 mai 2019 sur le plateau « L’heure des pros » de Pascal Praud où Claire Nouvian avait du faire face au sexisme et au climatoscepticisme. En 2025, on s’attaque à 4 intox qui avaient à l’époque fait le buzz et qui continuent aujourd’hui d’alimenter le scepticisme climatique. 

FAKE #1 : « Les vagues de froid montrent que le climat ne change pas »

À écouter les climatosceptiques, il suffirait de regarder par la fenêtre pour se faire une idée de l’état du climat… Pourtant, les vagues de froid intensif sont également une conséquence de la perturbation globale du climat.

Exemple de sophisme populaire

En Europe et aux États-Unis, certaines vagues de froid ont pour cause l’augmentation rapide des températures au niveau du pôle nord (augmentation deux fois plus rapide qu’au niveau mondial). Pendant que l’Arctique se réchauffe, les vents de haute altitude (courant-jet), qui dépendent de la différence entre l’air froid de l’Arctique et l’air tropical chaud ralentissent et deviennent plus sinueux. Alors que le vortex polaire se déstabilise, le phénomène favorise des descentes froides sur les continents de l’hémisphère nord, mais également des anomalies de températures positives.

Quelques journées particulièrement froides n’empêchent d’ailleurs pas que les hivers, tout comme les étés, aient tendance à se réchauffe. Ainsi, la France connaît de moins en moins de jours de gel. Sur la période 1951-2000, on note « une diminution du nombre de jours de gel en hiver […] de l’ordre de 3 à 4 jours tous les 10 ans à Toulouse et de 4 à 5 jours à Nancy[…] »,  selon Météo FranceLes vagues de froid ne sont donc absolument pas incompatibles avec une hausse globale des températures moyennes. Toutes les études scientifiques sur ces questions ne laissent d’ailleurs aucun doute là-dessus.

Lorsque le courant-jet s’affaiblit, il forme des ondulations favorables aux épisodes hivernaux froids. Source : NASA

FAKE #2 : « L’activité solaire est la principale cause des variations des températures »

Selon cet « argument » très courant chez les sceptiques, le soleil serait la principale cause des variations des températures. L’argument est utilisé pour déresponsabiliser les êtres humains et mettre en doute le rôle qu’ils jouent dans le changement climatique en cours. Certains prédisent même des années froides dans les prochaines années en raison de l’affaiblissement de l’activité solaire…

Or, si les cycles du soleil jouent un rôle indéniable dans les variations de température, ces cycles n’ont qu’un rôle secondaire et minime dans le réchauffement en cours. Selon la NASA, les radiations solaires seraient tout au plus à l’origine d’une hausse des températures de l’ordre de 10 % au cours du 20e siècle.

Si le hoax continue à faire le bonheur des forums, c’est que, dans les années 1990, plusieurs études font le lien entre variations des rayonnements solaires et variations des températures terrestres. Mais depuis, de nouvelles études ont largement battu en brèche ces premières conclusions. Aujourd’hui, il n’existe pas de modèle climatique qui puisse expliquer la hausse des températures actuelle sans y inclure l’effet de serre qui se renforce avec les activités humaines.

FAKE #3 : « Il n’y a pas de hausse des températures »

Capture d’écran sur le site Wikistrike.

Autre rumeur souvent partagée, la supposée absence d’évidence en ce qui concerne la hausse des températures. Des sites – plus ou moins connus – publient régulièrement des articles allant en ce sens, au mépris de toutes les évidences scientifiques accumulées toutes ces années et alimentant ainsi diverses théories du complot.

Par exemple, en 2018, c’est une étude réalisée par Frank Lansner et Jens Olaf Pepke Pedersen et publiée dans la Revue Energy & Environment qui était reprise pour alimenter cette idée. La revue en question est critiquée pour la très faible évaluation par des pairs avant publication. En effet, la valeur d’une publication scientifique dépend grandement de l’observation par une série d’autres scientifiques qui peuvent confirmer (ou pas) la méthodologie et le sérieux de l’étude. Par ailleurs, la revue est connue pour multiplier les études mettant en cause le changement climatique. Mais comment pourrait le savoir un lecteur d’une telle étude si personne ne l’en informe ?

Autre exemple, en 2015, une enquête a révélé que le chercheur américain Willie Soon, principal scientifique animant le scepticisme climatique aux USA, a reçu des fonds importants – plus d’un million de dollars – de l’industrie pétrolière durant toute sa carrière. Ses travaux sont pourtant toujours brandis en exemple par les sceptiques du monde entier, notamment sur de nombreuses vidéos publiées sur Youtube. Vincent Courtillot, référence du climatoscepticisme à la française, reconnaît recevoir des fonds du pétrolier Total, mais estime que ceci n’influence pas ses travaux…

Quoi qu’on en dise, il existe aujourd’hui un consensus scientifique écrasant en ce qui concerne la question. Les quelques études qui n’établissent pas de hausse des températures sont minoritaires et sur nombre d’entre elles, il existe des doutes importants d’influence par l’industrie pétrolière. Par ailleurs, des résultats différents peuvent s’expliquer pour des raisons de méthodologie ou des erreurs.

Une enquête (2021) a analysé 88 125 articles sur le climat publiés entre 2012 et novembre 2020, et conclut que « le consensus scientifique exprimé en proportion du total des publications évaluées par des pairs dépasse 99 % ».

Selon le GIEC, la hausse des températures actuelle est d’ores et déjà de l’ordre +1°C par rapport à l’ère préindustrielle et augmente de 0,2°C par décennie.

FAKE #4 : « Selon la NASA, il n’y a pas de changement climatique »

Dans une tribune publiée sur le média belge La libre, le polémiste Ludovic Delory, co-auteur de Climat : 15 vérités qui dérangent (Éd. Texquis, 2013) et rédacteur en chef de Contrepoints – site d’information en ligne d’inspiration libérale et qui s’est fait une spécialité de publier des articles qui remettent en cause le changement climatique – affirme que la NASA serait bien plus nuancée quant à la réalité du changement climatique. Il écrit : « Lisez les données brutes de la Nasa et ne vous contentez pas des « rapports pour décideurs » du Giec. Vous y trouverez une réalité bien plus nuancée ».

Son allégation, basée sur une interprétation toute personnelle et non scientifique, cherche à créer le doute en ayant recours à un procédé simple : renvoyer à une autorité scientifique reconnue, qu’importe si l’autorité en question a réellement tenu de tels propos. La méthode est particulièrement malhonnête, car rares sont ceux qui vérifieront ce que dit réellement l’autorité en question.

Ce que dit vraiment la NASA. Source : climate.nasa.gov

Mais que dit vraiment la NASA ? L’agence américaine reprend les principales conclusions du GIEC et indique que :

« La tendance de réchauffement actuelle est particulièrement significative, puisqu’elle est essentiellement (à une probabilité de 95 %) le résultat des activités humaines depuis la moitié du 20e siècle et a lieu à un rythme sans précédent depuis des décennies voire des millénaires ».

Les recherches menées par la NASA concluent également à la fonte spectaculaire de l’Antarctique et suggèrent que le réchauffement des océans pourrait augmenter la fréquence de tempêtes extrêmes. Les données brutes de la NASA sont tout aussi claires : la température moyenne globale a augmenté de 1 °C entre 1880 et aujourd’hui.

Autrement dit, la NASA ne met à aucun moment en doute la réalité du changement climatique.

Une guerre de l’information

Vérifier les informations qui circulent concernant le réchauffement climatique (comme de nombreux sujets faisant polémique) est une démarche longue et laborieuse. Ici, nous venons de vérifier 4 intox qui circulent sur les réseaux sociaux dans l’intérêt de préserver le modèle social actuel.

Manifestation du 1er mai 2024. Paris. Flickr.

Quatre intox seulement, et pourtant, ceci représentante plusieurs heures de travail, de recherches, de vérifications. Comme nous l’expliquions dans un récent article, la loi de Brandolini : démentir une intox prend 10 fois plus d’énergie que de la diffuser. Puisqu’il est largement plus facile de distiller une contre-vérité séduisante, nos précédents dossiers sur les Boomer Traps, la désinformation et les procédés rhétoriques le confirment : vigilance et esprit critique sont indispensables.

Mr Mondialisation


Photo de couverture : Ivan Rioufol. Climatosceptique notoire. Wikimedia.

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25.11.2025 à 05:00

Chiens hypertypés : l’alerte des vétérinaires sur la souffrance programmée

Mr Mondialisation

Nez écrasé, peau pliée, arrière-train abaissé… Au fil des décennies, l’être humain a créé des races de chiens au gré de ses désirs. La santé de ses compagnons de route est, elle, passée à la trappe. Au point de leur réserver sciemment une vie de souffrance. Qui n’a jamais craqué devant la bouille d’un Bouledogue […]

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Texte intégral (2576 mots)

Nez écrasé, peau pliée, arrière-train abaissé… Au fil des décennies, l’être humain a créé des races de chiens au gré de ses désirs. La santé de ses compagnons de route est, elle, passée à la trappe. Au point de leur réserver sciemment une vie de souffrance.

Qui n’a jamais craqué devant la bouille d’un Bouledogue Français ou les beaux yeux bleus d’un Berger Australien ? Pourtant, face à l’esthétique de ces chiens très en vogue se cache une autre tendance nocive, consistant à faire se reproduire entre eux des animaux aux caractères morphologiques exagérés. Quitte à ce que ces derniers accumulent les tares…

Boston Terrier et autres chiens de la famille des brachycéphales sont les premières victimes de l’hypertype ©Unsplash

L’hypertype du chien, qu’est-ce que c’est ?

Oui, le Chihuahua descend bel et bien du loup, une évolution qui n’aurait très probablement pas eu lieu sans intervention humaine. La diversité génétique observée aujourd’hui chez les chiens donne l’illusion d’une grande variété, mais cette richesse est en réalité trompeuse. Pour préserver les morphologies patiemment façonnées au fil des décennies, les apports génétiques extérieurs ont été limités, au point de recourir parfois à la consanguinité. Avec, pour conséquence, des lignées de chiens toujours plus vulnérables.

Un chien de race est dit « typé » s’il correspond aux standards exigés par le LOF (Livre des Origines Français). Cela se joue sur de nombreux critères, allant de la taille au garrot à la forme des oreilles, en passant par l’allongement du museau ou la couleur de la robe. Quand ces détails sont poussés à l’excès, on parle alors d’hypertype : un museau complètement écrasé, des plis de peaux à n’en plus voir l’animal en-dessous, des yeux bleus chez une race qui a normalement les yeux foncés…

Plus un Shar Pei possède de plis, plus il se vend cher… et plus il souffre ! ©Pixabay

Le problème ? C’est qu’au lieu de stopper ces hypertypes en évitant de faire se reproduire des chiens qui y sont sujets, nombre d’éleveurs peu scrupuleux les ont au contraire développés. La loi de l’offre et la demande… appliquée à la santé des animaux.

Parce que c’est mignon, parce que c’est tendance, les Bouledogues peinent à respirer, les Cavalier King Charles accumulent les problèmes cardiaques, les Shar-Pei souffrent de problèmes de peaux très douloureux sous leurs nombreux plis, les Shih Tzu ont des globes oculaires si disproportionnés que leurs paupières ne peuvent plus les recouvrir ni les hydrater, les Bergers Allemands finissent paralysés par l’arthrose tant leur bassin s’est vu s’affaisser…

Au fil des décennies, l’arrière-train des Bergers Allemands s’est nettement abaissé, quitte à ce que les chiens souffrent d’arthrose et de dysplasie de la hanche ©Pixabay

« Il y a eu quelques améliorations sur le Berger Allemand et son cousin le Berger Blanc Suisse ces dernières années, avec le retour à un côté un peu plus rustique, mais les magouilles génétiques restent terribles pour les animaux qui en souffrent », assure auprès de Mr Mondialisation, la docteure Marion Arribart, vétérinaire généraliste et comportementaliste en région rennaise :

« C’est un crève-cœur de voir des chiens qui ne peuvent vivre sans intervention chirurgicale et que le moment où ils respirent le mieux, c’est quand ils sont intubés pendant l’anesthésie ! »

Le mythe des chiens qui « remplissent les poches des vétos »

Contrairement aux idées reçues, les vétérinaires se battent contre le phénomène des hypertypes. L’AFVAC (Association Française des Vétérinaires pour Animaux de Compagnie) a d’ailleurs lancé une campagne de sensibilisation à ce sujet :

« il serait urgent que tous acteurs de la filière définissent les recommandations et règles auxquelles devra se conformer une sélection digne de ce nom, dans le respect du bien-être animal »

Une tendance que confirme Marion Arribart interviewée pour cet article : « Je ne peux évidemment pas parler au nom de tous les vétérinaires, mais dans ma carrière, je n’en ai jamais croisé qui se réjouisse de devoir opérer un bouledogue. Nous travaillons autant que possible sur la prévention, car pour nous, ce problème est un vrai casse-tête ! Les traitements qui peuvent fonctionner sont inabordables, nous opérons les mêmes chiens à répétition faute de trouver des solutions, et nous faisons face au désarroi, à l’incompréhension ou à la colère des propriétaires… »

Le Berger Australien, l’un des chiens les plus en vogue depuis plusieurs années, est notamment du phénomène « double merle », un croisement génétique qui peut les rendre aveugles ©Pixabay

Car être vétérinaire, ce n’est pas uniquement soigner les animaux. C’est aussi prendre soin de l’humain, et accompagner les propriétaires dans des étapes compliquées, allant de l’opération jusqu’à l’euthanasie. Une « charge mentale » souvent très lourde, qui engendre un taux de suicide chez les vétérinaires 3 à 4 fois plus élevé que la population générale.

Pour Marion Arribart qui exerce à son compte, « il existe des métiers bien moins complexes qui rapportent beaucoup plus. Je tiens à soigner les animaux, et à prendre soin des humains. Or, les chiens hypertypés nous mettent dans des situations où le manque de moyens médicaux ou financiers les condamnent – à l’instar des problèmes de comportements, qui reposent aussi sur une tendance à faire entrer les races dans des cases. »

« Nous n’avons pas besoin des chiens hypertypés pour gagner notre vie. La nature est suffisamment injuste pour que nous ayons assez à faire avec les autres pathologies… »

Maîtres ou éleveurs… À qui la faute ?

Qui de l’œuf ou la poule ?… Faut-il en vouloir aux éleveurs de perpétuer des hypertypes pour des maîtres toujours en demande, ou aux maîtres de créer la demande et d’ainsi pousser les éleveurs à continuer sur leur lancée ? Au-delà de savoir sur qui rejeter le blâme, la question qui se pose aujourd’hui est plutôt de trouver comment stopper l’hémorragie.

L’association Animal Cross, qui a récemment mis le sujet en lumière, propose de signer une pétition pour lutter contre ce fléau. Mais elle en demande davantage : dossier très complet et documenté de 62 pages à l’appui, Animal Cross souhaite mettre en place 13 mesures pour mettre fin à la souffrance des animaux, en s’inspirant notamment de nos voisins européens.

Le Cavalier King Charles est l’une des premières victimes des hypertypes ©Unsplash

Parmi elles : interdire la reproduction des races « médicalement dans une impasse », comme le Cavalier King Charles (interdiction actée en Norvège), stériliser les chiens malades ou porteurs de maladies, ou renforcer les contrôles vétérinaires dans les élevages de chiens à risques.

« Je suis peut-être naïve, mais je pense qu’informer et éduquer sont les clés pour essayer d’enrayer le problème, s’enquiert Marion Arribart. Il suffit de voir le nombre de chiots toujours en vente sur leboncoin alors que c’est censé être interdit… À très court terme, l’interdiction peut en effet devenir nécessaire si les choses ne vont pas assez vite – un peu comme avec l’écologie !

Mais je pense que nous devons vraiment insister sur le volet informatif. Aux personnes qui disent « Je veux un chien », nous devons expliquer tous les tenants et les aboutissants, incluant les soucis de santé. Car je ne crois pas en la mauvaise foi des gens qui achètent un Bouledogue ou un Shar-Pei : je pense simplement qu’ils ne savent pas. »

Bâtards, corniauds… Tout aussi beaux, ils sont également bien plus robustes que les chiens de race ! ©Pixabay

La diffusion large et rigoureuse de l’information apparaît aujourd’hui comme l’un des leviers essentiels pour enrayer un phénomène qui menace directement la santé et le bien-être de nombreux chiens. Vétérinaires, associations de protection animale, éleveurs, mais aussi particuliers sensibilisés à la cause animale : l’enjeu consiste à promouvoir la responsabilité.

Alors que les chiens croisés se révèlent souvent plus robustes que certaines lignées de race, l’heure semble venue de questionner l’emprise de critères purement esthétiques et de favoriser un retour à une diversité génétique bénéfique. Qu’il soit adopté ou acheté, un chien demeure avant tout un compagnon de vie d’une valeur inestimable, bien au-delà de la couleur de ses yeux.

Marie Waclaw


Source image d’en-tête : ©Pixabay

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