03.07.2026 à 17:48
Tagrawla Ineqqiqi
Pendant des siècles, dans mon village, comme dans tous les villages, le cimetière était dans l’enclos paroissial, autour de l’église. Seulement le temps passant, dans la deuxième moitié du vingtième siècle est apparu la nécessité de le déplacer. Déjà : il était plein comme un œuf et les gens ne cessaient pas de mourir pour autant. Ensuite, il est probable qu’on ait réalisé que mettre les cadavres au milieu des vivants n’étaient quand même pas la mesure de salubrité publique la plus pertinente dont on soit capable. Enfin, l’époque avait changé, il mourait maintenant des gens qui ne souhaitaient en aucun cas passer leur mort au pied d’une église et il fallait bien les mettre quelque part.
Un jour, donc, décision fut prise de créer un nouveau cimetière à l’écart de la ville et de transformer l’enclos paroissial en une sorte de petit parc. Les défunts qui avaient encore des familles furent déménagés avec leur sépulture. Seulement, il y avait aussi là des tombes que personnes ne réclamaient. Les restes furent réunis et rassemblés dans une fosse commune, restait la question des lourdes pièces de marbre qui les recouvraient. C’est alors qu’un membre du conseil municipal par ailleurs agriculteur décréta qu’on n’allait pas jeter de si belles pierres de taille et il les transporta toutes, avec le bénitier du cimetière, sur sa ferme.
Le temps passa, tout le monde a oublié les stèles et le bénitiers. Le fils repris la ferme sans rien trouver à faire de ce granit et plus tard encore la ferme fut vendue à un nouvel agriculteur. Et cette ferme, c’est celle tout à côté de chez moi.
J’avais repéré de longue date un bénitier abandonné, à demi enterré, au milieu de plaques funéraires. On m’en avait expliqué l’histoire, et je trouvais triste que personne n’en fasse rien. Et puis aujourd’hui, avec l’accord de l’agriculteur voisin soulagé d’être débarrassé d’au moins un de ces bidules, j’ai entrepris de sortir le bénitier du sol.
Ça n’a pas été une mince affaire : je ne pensais pas qu’il était si gros dans sa partie sous terre. Il a fallu une pelle, une pioche, un pied de biche, des sangles, un diable, beaucoup de fibres musculaires et encore plus d’imagination, mais voilà, ça y est, le visiteur sera bientôt accueilli à l’entrée de chez moi par le bénitier de l’ancien cimetière du village, et je trouve ça super-classe.

28.06.2026 à 15:07
Tagrawla Ineqqiqi

Il y a quelque chose de désespéramment fascinant à observer les réactions des gens des réseaux de gauche à la canicule.
Il y a bien sûr ceux qui ont les moyens d’envisager l’installation rapide de leur climatisation individuelle. Que ça réchauffe l’extérieur on s’en fout : un cul de petit-bourgeois au frais vaut bien un clochard grillé. Ils feront sans doute plus tard un quelconque don pour soulager leur conscience et leur déclaration d’impôt.
Il y a ceux, assez nombreux, qui expliquent que la canicule les a radicalisés. Quelque chose me dit que ça n’implique pas de potentiellement mettre leur vie en jeu dans la lutte ni d’attenter de quelque manière que ce soit à celle des responsables les plus directs de cette fin du monde en cours d’installation. Sans doute mettront-ils désormais des smileys qui montrent les dents à la fin de leurs messages, allez savoir.
Il y a ceux qui ont menacé de faire grève, même si ceux qui l’ont vraiment faite étaient peu nombreux en réalité. Peut-être bien que la grève est déjà trop radicale. Ou alors menacer de la faire est leur ultime radicalité.
Et puis, inévitablement, ceux qui demandent à leur psy de régler leur problème d’éco-anxiété. Une thérapie, un cacheton et c’est reparti pour un tour de production-consommation.
Mais il apparaît bien peu de gens questionnant leurs propres modes de vie, leurs propres consommations, leurs usages du monde. Pire, si on a l’outrecuidance de relever la chose, on nous renvoie à l’idée que c’est aux puissants sociaux de montrer l’exemple – nul doute qu’ils le feront si on le leur demande radicalement poliment, n’est-ce pas ?
Que l’on parle énergie, alimentation, transports, chacun a sa raison personnelle d’attendre qu’un autre change quelque chose. Parce que ceux si prompts à dénoncer la génération de consommateurs que sont les « boomers » fonctionnent très exactement de la même manière : on ne va pas faire maintenant un effort de sobriété pour laisser une chance à la génération suivante – on m’a même répliqué sans rire que c’était de l’autoflagellation que de l’envisager. Les boomers avaient au moins l’excuse, pour la plupart, de ne pas avoir alors accès aux connaissances permettant de mesurer l’impact de leurs consommations. Les générations actuelles se cachent derrière leurs pancartes de manif’ mais pour rien au monde n’accepteront d’en revenir à des niveaux raisonnables de confort et de consommation. La sobriété s’arrête aux portes de l’aéroport, des garde-robes trop pleines, des dix paires de godasses, des 22°C intérieurs non négociables – hiver comme été désormais – et autres consommations selon les goûts, perçues comme normales.
A la lecture écœurante de tout ces messages énervés d’avoir trop chaud mais quand même pas au point d’envisager ni de remettre en cause l’ultra-confort de l’époque, ni de renverser la table politique, on est bien obligé d’admettre que l’idée même de gauche est de longue date calcinée. Il reste bien des bribes de défense des minorités, de vagues idées de libertés individuelles, mais c’est en fait presque une part du problème : il n’y a plus de place pour la pensée au-delà du nombril de chacun. Penser collectif n’est plus une option. Je veux ma clim’ à moi tout seul. Le problème n’étant pas la climatisation en elle-même, mais cette incapacité absolue d’encore penser le collectif avant son individualité. Oh il reste bien sûr les trois illuminés du fond pour y penser : des marginaux qu’on aime bien, pour le folklore de gauche, mais qu’on ne prend pas vraiment au sérieux.
Je me demandais ces jours-ci pourquoi tous les réseaux de gauche finissent systématiquement par me mettre les nerfs en pelote, surtout quand surgit une crise, alors que je supporte en général pas si mal mes connaissances de droite, mais c’est en fait assez évident : parce que les seconds assument leur individualisme sans hypocrisie aucune alors que les autres sont quoi qu’il arrive le camp du bien.
Je ne sais plus comment être membre d’une espèce de grands singes biologiquement sociaux mais culturellement individualistes. Et quand je ne sais plus, je m’éloigne.
12.12.2025 à 10:07
Tagrawla Ineqqiqi
J’ai découvert Vassili Golovanov par son excellent Éloge des voyages insensés qui mériterait tant d’être plus connu. Son second ouvrage traduit en français, Espace et labyrinthes, plus court, plus facile d’accès sans doute, n’est pas moins bon, et rarement titre d’ouvrage aura été aussi bien choisi.
Dans ce livre, Golovanov se perd en voyageur dans l’immensité des espaces russes. Ouvrez la parenthèse, c’est là qu’est toute la différence entre un voyageur et un touriste : le voyageur prend plaisir à se perdre, le touriste fait tout pour l’éviter, fermez la parenthèse. Mais n’allez pas croire que l’auteur ne parlera que de son expérience propre en décrivant des paysages : ça n’est absolument pas cela. Des sources de la Volga à son embouchure en passant par les steppes et la taïga, on rencontrera, loin des vitrines moscovites et pétersbourgeoises, la Russie rurale désenchantée, mais aussi le poète ornithologue Velimir Klebnikov, ce qui nous fera approcher la langue des oiseaux dans la poésie persane, on campera avec de jeunes anarchistes dans la maison semi-effondrée et la biographie de Bakounine, on croisera des Américains végétariens en quête de chamanisme touvain – et si vous avez une petite idée d’à quoi ressemblent les grands espaces de Touva, vous sentez le potentiel comique de la situation – il y aura aussi sur la route une très belle et toute simple déclaration d’amour et, enfin, on partira en quête de Tchevengour. Si vous n’avez pas lu l’incroyable roman de Platonov, certes c’est mieux de le faire avant de se lancer dans l’espace et les labyrinthes de Golovanov, mais sinon ça n’est pas grave : il vous donnera envie de le faire de toute façon.
C’est peu dire que Golovanov écrivait bien, il est à mon sens l’un des dignes héritiers de la tradition littéraire russe, quand bien même ses ouvrages ne sont pas des romans. Il est malheureusement mort peu de temps avant la guerre en Ukraine, il nous présente donc cette Russie d’avant, par petites touches au milieu d’une érudition pas du tout pompeuse. On sent chez Vassili Golovanov le passionné forcément passionnant.
La multiplicité de ses thèmes fait d’Espace et labyrinthes un livre difficile à conseiller. C’est un voyage, un long voyage plein de sentiers de traverse dont on sort, comme de tout voyage plein d’égarements, grandit. Quiconque a ne serait-ce qu’un peu d’appétence pour à la fois la géographie, la littérature et l’histoire ne pourra qu’y prendre un plaisir immense.
11.09.2025 à 10:22
Tagrawla Ineqqiqi
Le premier effet secondaire de la lecture intensive de long terme, c’est que le lecteur devient de plus en plus exigeant, donc de plus en plus frustré dans sa quête de livres a minima bouleversants : pour découvrir une grande œuvre, on doit en lire de plus mineures, parfois même de très mauvaises. Mais tout lecteur exigeant trouvera des alliés chez ses semblables, et c’est ainsi que l’on me conseilla – merci, mille fois merci – Diadorim de João Guimarães Rosa, dont je ne parviens pas à comprendre qu’il ait pu m’échapper jusqu’ici.
Avant même de commencer à le lire, on peut être interloqué voire un peu inquiet : les plus de neuf cents pages du récit ne sont pas chapitrées. Pas de page laissée blanche, même pas de saut de ligne : tout le récit est d’un seul tenant, avec tout de même quelques retours à la ligne. J’ai eu peur d’être tombée sur un nouveau Eden, Eden, Eden, qui est sans doute un bon livre, je ne sais pas : l’absence de point entre les phrases a été trop épuisante pour aller jusqu’au bout. Mais rien de tel ici : le récit est d’un seul tenant parce que le narrateur raconte son existence sans prendre de pause et que le récit a beau se donner l’apparence de partir dans tous les sens, il est en réalité tellement bien structuré que ça rend le chapitrage inutile. La forme dit aussi le fond.
Quant à ce fond… Comment expliquer sans trahir ? Car voilà : l’histoire en elle-même tient dans ce que j’ai déjà dit : un narrateur vieillissant déballe sa vie de jagunço. Je n’ai pas trouvé de traduction satisfaisante pour ce terme, mais avec une photo, vous aurez l’idée.

Diadorim est la rencontre improbable d’une tragédie shakespearienne et d’un western de Sergio Leone saupoudrés du Faust de Goethe et projetés dans l’univers des romans d’aventure populaires du Brésil du début du XXe siècle*. Une histoire d’amour toute en finesse au milieu de l’odeur de la sueur des chevaux et de la poudre, les questions existentielles d’un homme dont le métier implique la guerre et la mort, la hiérarchie, la cruauté, la sensualité, la beauté de la nature et un peu de fantastique, ou pas d’ailleurs, tout y est pour une grande épopée.
Je ne vois pas quel lecteur pourrait ne pas trouver ici au moins un peu de ce qu’il aime.
La langue est riche sans jamais être pompeuse, l’érudition de l’auteur est perceptible sans jamais rien écraser. Je ne sais pas comment le dire autrement sans avoir l’air d’exagérer, mais c’est très sincèrement rien de moins qu’un roman parfait, de ceux qu’on voudrait que le monde entier le lise sans douter que le dit monde s’en porterait mieux.
* Si vous n’avez jamais lu de littérature populaire brésilienne, je ne peux que vous recommander – encore – de jeter un œil au catalogue des Editions Anacaona qui proposent des traductions de petits livres vraiment très biens.
20.07.2025 à 14:02
Tagrawla Ineqqiqi
Tous les êtres sont singuliers, mais certains le sont tout de même plus que d’autres.
Prenez Gérard, dit Gégé, par exemple. Gérard est un jeune octogénaire dynamique, et c’est peu dire. Bûcheronnage et élagage, débroussaillage, petits et gros bricolages : on le verra souvent effectuer bien des choses qui relèvent des travaux de force. Il faut dire, ça n’est sans doute pas anodin, que Gégé a pratiqué assidûment la musculation une grande partie de sa vie, et n’a jamais bu d’alcool. Sous son blouson en cuir trop grand, on ne peine nullement à deviner de larges épaules, et ses débardeurs noirs donnent à voir des bras dont on devine aisément ce qu’ils furent.
Gégé a du style. En tout cas, il a son style. Tout de noir vêtu, il arbore des boucles de ceinture en métal finement gravées par ses soins. Autour du cou, il a toujours un pendentif argenté tenu par un lacet évidemment noir, mais, c’est sa coquetterie, le pendentif n’est pas toujours le même. Marteau de Thor ou tête de loup hurlant stylisé, ça dépend sans doute de l’humeur du jour. Les détenteurs autoproclamés de la classe et du bon goût, le leur, auraient tôt fait de lancer un regard condescendant au bonhomme, mais nul se comportant de la sorte ne pourrait étaler la même quantité de talents que lui.
Gégé sculpte et incroyablement bien tout ce qu’il trouve : bois de toutes duretés, métal, cornes… mais ça n’est qu’une petite occupation parmi d’autres. Il forge des reproductions d’armes blanches de toutes tailles, origines culturelles et époques avant évidemment d’en confectionner et d’en sculpter les manches. Du peu de ses créations qu’il m’ait été données de voir, son chef d’œuvre est un drakkar, son équipage et ses runes sculptés dans plusieurs types de bois, entièrement poli. Ça pourrait sonner kitsch, mais la réalité est de toute beauté.
Un autre de ses talents qui repousserait sans doute plus encore les détenteurs du bon goût de tout à l’heure, c’est sa connaissance technique encyclopédique des armes à feu. Car Gégé pratique assidûment le tir sportif. C’est à dire qu’il va plusieurs fois par semaine dans son club avec sa voiturette et une de ses armes, il entre dans le local, pose son arme dans un coin et passe quelques heures à déconner avec les copains et à se tenir à la disposition de quiconque aurait besoin d’un conseil. Un problème technique avec une arme ? Besoin d’en évaluer l’état ? Une explication sur le fonctionnement du mécanisme, l’entretien, l’année de fabrication du bidule, ses forces, ses faiblesses, la meilleure marque de munitions à utiliser, le type de bois dont est fait la crosse ? Il sait. Vous n’avez jamais tiré, vous ne savez pas quelle position prendre, comment viser ? Il vous l’expliquera avec plaisir et respect si vous le lui demandez. Mais si vous ne demandez rien, il n’est pas du genre à étaler ostensiblement sa science. Gégé vous dira plutôt qu’avec sa mauvaise vue, il ne tire plus comme avant, et vous le croirez jusqu’au jour où, pour une fois, il sortira sa carabine et mettra toutes ses ogives dans le même trou.
A ses heures perdues, car après tout ça il lui en reste, Gégé recharge et décharge des munitions. Il lui est arrivé à l’occasion de désamorcer un obus qu’on lui avait apporté. Cascade réalisée par un non-professionnel à qui il manque quelques bouts de doigts, qui est couvert de cicatrices et dont je ne jurerai pas qu’il passerait facilement un portique d’aéroport toutes poches vides.
Cette activité intense ne l’a pas empêché d’élever seul ses nombreux enfants, ni d’avoir le temps d’apprendre à éduquer les chevaux. D’ailleurs, si vous voulez le voir avoir une poussière dans l’œil, entraînez-le sur le souvenir des amis chevaux qu’il a eus dans sa jeunesse.
Mais ce qui marque le plus chez Gégé, ça n’est rien de tout ça, c’est sa grande naïveté généreuse et mélancolique et de ça, il fait de la musique. Il s’est relevé de tout sans se perdre lui-même. On rencontre peu de gens qui forcent à ce point le respect et c’est fort dommage : ça rend infiniment plus humble.
18.07.2025 à 12:05
Tagrawla Ineqqiqi

Depuis quelques temps, je n’arrive plus à suivre l’actualité mondiale quotidienne comme je l’ai fait avec souvent beaucoup d’intensité ces vingt-cinq dernières années. Je n’y arrive plus intellectuellement ni même physiquement.
Les « grands » médias n’ont jamais été aussi bourgeois, ils n’ont plus d’utilité que de jeter en pâture la petite phrase qui fâche de tel ou tel à des excités du clavier qui s’y laisseront irrémédiablement prendre tandis que dans leur dos passent des ignominies à peine dicibles. Ils taisent les génocides quand ils ne les approuvent pas à demi-mots et font un service après-vente docile de la destruction systématique de tout ce qui permet aux plus humbles de vivre et de plus en plus, ou plutôt de moins en moins, de survivre.
Si j’ouvre un réseau social, c’est pour voir se superposer sur un plan égal les images des enfants morts ou mourants de Palestine, un appel au don pour permettre à un mauvais dessinateur de survivre, les déportations forcées des États-Unis, une multitude de pétitions qui, si je suis de bonne humeur, me font éprouver de la pitié pour leurs créateurs et signataires qui n’ont pas encore compris l’état du monde, l’industrie de l’armement en marche forcée, une polémique au sujet d’un youtubeur qui un jour n’a pas été gentil et c’est mal, des émeutes racistes mondialisées, une polémique quelconque sur les questions de genre, l’effondrement complet du système Terre par tous les bouts. Un maelstrom révélateur d’un monde où tout se vaut, où même l’horreur absolue est devenue une sorte de divertissement. Et voyez-vous, j’ai l’estomac fragile : quand ça tourne comme ça, je vomi. Je n’y arrive plus intellectuellement ni même physiquement, disais-je.
Parce que non, tout ne se vaut pas. J’ai pris de longue date cette habitude d’ajouter mentalement « dans un monde à +4°C » à toute information que je lis pour jauger de sa pertinence. J’ai plus récemment pris celle d’ajouter, compte tenu de l’évolution politique mondiale , « dans un monde fasciste » à tout sujet d’indignation qu’on me tend, mais aussi à toute proposition de lutte façon XXe siècle. Méthode simple pour ne pas courir en tous sens comme un poulet sans tête et accessoirement aussi pour éviter de tendre le bâton avec lequel on fait monter les opposants dans un train.
Je comprends presque ce qui poussent les gens à faire semblant de croire qu’on pourra encore s’en sortir par le haut, qui signent des pétitions en fantasmant une grève générale. C’est leur droit le plus complet, et vu la gueule de la réalité, je me demande parfois si je ne préférerais pas avoir cette capacité de détourner le regard, d’occulter la réalité tangible. Malheureusement, je n’ai jamais cru à cette sorte d’espoir hors sol, quasi religieuse. Je regarde la réalité dans les yeux : on ira à +4°C, on est déjà en route, et on ne fera pas l’économie d’un fascisme mondial débridé parce qu’il a déjà bien posé son gros cul sur nos vies.
Pour autant, je ne suis pas non plus une grande fanatique du désespoir et de la résignation qui portent en eux les germes de la lâcheté.
Alors ? Qu’est-ce qu’on fait ?
On commence, c’est la base, par revoir ses priorités pour s’assurer de manger sur le long terme. Le prix d’un quelconque gadget sera sans doute mieux utilisé à stocker des nouilles, des fois qu’on perde son taf ou qu’une administration quelconque aura décidé qu’on est un mauvais citoyen qui mérite bien sa famine. En outre, on se bagarre moins bien le ventre vide. Pour le reste, quoi qu’on prévoit de faire, ça ne se fera pas en ligne. Outre le fait que c’est un puissant outil de flicage, et même si le numérique a ses avantages en terme de liens humains, il est bien plus souvent un outil de divisions profondes qui n’existent pas quand nous sommes face à face. On ne construit rien au milieu du chaos.
On ne peut juste pas faire comme les destructeurs de nos vies : ne rien anticiper. Ne serait-ce que moralement, c’est inenvisageable. On ne peut pas non plus nous bercer des illusions qui nous font perdre du temps et de l’énergie dans des combats certes important mais pas littéralement vitaux, et pas seulement pour nous-mêmes. Le mur : on est déjà en train de se le prendre. Chacun fera bien comme il pourra. Mais il est plus que temps de collectivement se décoller le nez des futilités et de voir avec les gens de bonne volonté alentours comment on va bien pouvoir encaisser.