25.12.2025 à 20:00
Marc Endeweld

Pour la famille de Christophe Gleizes, le 3 décembre, c’est une cruelle désillusion. Ce jour-là, la cour d’appel de Tizi Ouzou confirme la condamnation du journaliste français, collaborateur de So Foot et Society, à sept ans de prison ferme. Sept ans. Depuis, Sylvie Godard, la mère du journaliste a adressé une lettre de demande de grâce au président algérien Abdelmadjid Tebboune, invoquant un « geste d’humanité ».
Cela fait presque six mois que le journaliste Christophe Gleizes est incarcéré en Algérie. Ce n’est pourtant que tout récemment que le monde du foot se mobilise. Les autorités françaises, de l’Élysée au Quai d’Orsay, ont conseillé à la famille de faire « profil bas » depuis l’arrestation du journaliste en mai 2024. Un conseil de realpolitik puisque depuis 2023, les bras de fer se multiplient entre la France et l’Algérie, et les diplomates du Quai et de l’Élysée cherchent surtout à calmer le jeu.
La liste est longue : désaccords sur les visas, divergences au Sahel, tensions mémorielles… Mais c’est l’alignement de la France le 30 juillet 2024 sur les positions du Maroc concernant le Sahara occidental – « le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine », affirme Emmanuel Macron dans une lettre adressée au roi Mohammed VI – qui aboutit à la rupture entre Alger et Paris.
Depuis cet été-là, les tenants d’une ligne dure tant à Paris qu’à Alger ont fait entendre leurs voix et souvent pris le dessus, contournant même à plusieurs reprises les canaux diplomatiques officiels. Si cela ne suffisait pas, dans chaque pays, le jeu des entourages présidentiels comme celui des oppositions internes au sein des appareils étatiques ont rendu particulièrement complexe l’analyse de la situation : « Le fait qu’on fasse gaffe n’a rien changé à la situation. On en est au point où l’on ne sait plus ce qui sert Christophe et ce qui ne le sert pas. On aimerait surtout comprendre les rapports de force, d’une opacité totale, qui se jouent en Algérie autour du pouvoir », confiait début décembre Maxime Marchon, directeur du développement de So Foot. Je vous propose dans cet article de décrypter davantage tous ces réseaux de pouvoir – parfois proches d’intérêts étrangers – tant en France qu’en Algérie qui embrument souvent les relations entre les deux pays.
30.11.2025 à 23:58
Marc Endeweld

En janvier 2019, alors que le feuilleton Benalla avait commencé six mois plus tôt, et continuait à bousculer les plus hautes instances de l’État, le quotidien Libération publiait une enquête exclusive sur « le sulfureux bienfaiteur de Benalla », Mohamad Izzat Khatab. Un étrange syrien d’une cinquantaine d’années, réfugié en France depuis dix ans environ selon Libération, et menant la grande vie dans les arrondissements chics de la capitale, écumant brasseries bourgeoises et clubs privés, et côtoyant jet setters et hommes d’affaires, toujours accompagné de gardes du corps comme s’il était un chef d’État.
Selon plusieurs sources (judiciaires et policières), Izzat Khatab et des policiers assurant sa protection privée entre 2017 et 2018 vont bientôt être renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris, suite à une enquête de l’IGPN (L’inspection générale de la police nationale) qui a établi que plusieurs fonctionnaires de police avaient bien travaillé pour lui, sans autorisation.
Contacté, le parquet de Paris est resté silencieux. De son côté, l’avocate d’Izzat Khatab, Martine Malimbaum, m’explique ne pas être au courant pour l’instant d’un tel renvoi en procès pour son client : « À ce stade, je n’ai aucune info, et ça serait à quel titre ? » Selon mes informations, ces quatre à cinq policiers qui ont assuré la protection privée d’Izzat Khatab durant un an et demi ont été payés au black et n’étaient pas autorisés à travailler dans le domaine de la sécurité. Khatab serait poursuivi comme bénéficiaire de l’infraction.
J’ai contacté le service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) au sujet de l’existence de tels « ménages » de policiers. La réponse que j’ai reçue est très claire : « Un officier de sécurité comme tout fonctionnaire y compris de la police nationale doit consacrer son temps à son activité professionnelle (principe déontologique). Néanmoins il existe quelques exceptions, mais dans tous les cas un policier ne peut pas exercer une activité de protection dans le privé ». Et d’ajouter : « En outre, pour pouvoir exercer le policier doit obtenir une autorisation du CNAPS [Conseil national des activités privées de sécurité, ndlr] et doit aussi en informer la hiérarchie qui peut accepter, mais en règle général c’est non. Le fait d’exercer une activité de sécurité dans le privé sans autorisation constitue un manquement, selon l’art. R434-13 du code de sécurité intérieure.»
Au cours de l’enquête, les policiers auditionnés ont assuré à l’IGPN qu’ils avaient rencontré Izzat Khatab « par le bouche-à-oreille ». Selon mes informations, ils ont rencontré ce dernier par un certain Adel, un franco-tunisien cousin du dirigeant d’une société de sécurité privée qui a travaillé à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle du temps du préfet Alain Gardère, condamné depuis pour corruption et trafic d’influence. Les policiers qui ont assuré la protection d’Izzat Khatab proviennent ainsi de la PAF (police aux frontières) et de la Bac 93 (Brigade anti-criminalité). Selon plusieurs témoignages, les fonctionnaires de police assurant cette protection privée ont utilisé leurs armes de service ainsi que des véhicules équipés de gyrophares. Cette collaboration s’est mal terminée : pour le paiement de leurs heures de travail, les policiers ont réclamé plusieurs milliers d’euros à Izzat Khatab, en vain.
En septembre 2021, j’avais enquêté sur Khatab et j’avais découvert qu’Alexandre Benalla avait bien travaillé pour lui entre la fin 2015 et la mi 2016 (lire mon article publié désormais sur “The Big Picture”), avant de se mettre au service du candidat Macron. Selon plusieurs témoignages, le futur chargé de mission de l’Élysée se serait occupé durant cette période de gérer une équipe de gardes du corps chargée de la sécurité de l’homme d’affaires syrien.
Dans le grand appartement qu’il occupait 5 place de l’Alma avant 2020, dont le propriétaire était un russe fortuné, Izzat Khatab a ensuite pris l’habitude de recevoir Alexandre Benalla et ses acolytes Vincent Crase et Chokrim Wakrim pour fumer la chicha. Durant cette période, l’homme côtoyait aussi Marek Halter (qui connaît bien la Syrie pour avoir fréquenté la famille Ojjeh), ou encore l’imam Hassen Chalghoumi.