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🖋 Marc ENDEWELD
Journaliste et écrivain

The Big Picture


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24.11.2025 à 23:15

Contre-enquête sur le fiasco du Louvre

Marc Endeweld

Texte intégral (980 mots)

La scène se déroule le 22 octobre 2025 au Sénat, trois jours à peine après le vol spectaculaire des joyaux de la Couronne – d’une valeur de 88 millions d’euros – exposés dans la galerie Apollon du Louvre. Face aux parlementaires de la commission de la culture, la patronne du musée, Laurence Des Cars, tente de s’expliquer sur ce « vol brutal » qui « a profondément choqué les agents du musée du Louvre » et qui « a profondément choqué nos concitoyens (…) et toutes celles et tous ceux qui aiment Le Louvre et admirent nos collections bien au-delà de nos frontières ».

Lors de cette audition, Laurence Des Cars souligne qu’elle prend la parole pour la première fois depuis le « drame ». Et visiblement, l’urgence en ce moment dramatique est de commencer par parler d’elle-même: « depuis lors, j’ai fait face à toutes mes responsabilités, j’ai vu mon nom jeté en pâture, j’ai vu des articles de presse malveillants se diffuser et de fausses informations prospérer. Je tiens à souligner que ces attaques ont aussi visé Dominique Buffin, directrice de l’accueil du public et de la surveillance présente ici à mes côtés. À travers nous, c’est bien évidemment Le Louvre et ses agents que l’on dénigre. Rien de cela ne m’a étonné, mais rien de cela ne m’a détourné de ma mission ». Cette sorte de victimisation de la présidente du Louvre a profondément choqué nombre de ses agents. « Les agents du Louvre s’en prennent plein la figure, mais tant qu’elle est là, rien n’est réparable », se désespère l’un d’eux.

« Tout le monde savait, personne n’a arbitré à temps »

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16.11.2025 à 11:51

Azerbaïdjan : La lourde condamnation d'un Français qui épargne Benalla

Marc Endeweld

Texte intégral (2586 mots)
Anass Derraz, cadre de la Saur, multinationale française de l’eau, pris en photo en compagnie d’Edouard Philippe

À l’Élysée, on est « stupéfait ». « On n’avait pas du tout envisagé un tel scénario », ajoute une source française. Quand ce jeudi 13 novembre la sentence tombe au tribunal de Bakou à l’encontre d’Anass Derraz, c’est un coup de tonnerre : la justice azerbaïdjanaise a finalement décidé de condamner le Français – un cadre de la Saur, une des multinationales françaises de l’eau ancienne filiale de Bouygues – à 12 ans de prison pour corruption, avec incarcération immédiate dans les geôles du pays. Jusqu’au bout, l’Élysée a pourtant souhaité temporiser sur cet épineux dossier dans lequel on trouve principalement Alexandre Benalla comme je l’avais relaté en juin dernier.

Officiellement, la surprise est totale du côté du château. Car depuis cet été, les relations entre le président Macron et son homologue Aliyev, l’homme fort de Bakou, se sont réchauffées (du moins en apparence) après avoir connu des mois de tensions et de déstabilisations en tout genre.

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Dégradation des relations entre Bakou et Moscou

Début octobre, les deux dirigeants sont ainsi apparus tous sourires au sommet de la Communauté politique européenne (CPE) dont le sujet principal était l’Ukraine. Comme à son habitude Macron multiplie alors les signes d’affection et de bonne entente devant les caméras. Quelques jours plus tard, à Bakou, la nouvelle ambassadrice française, Sophie Lagoutte, présente ses lettres de créance au président Ilham Aliyev en saluant une « nouvelle phase dans les relations entre la France et l’Azerbaïdjan ». Ce réchauffement intervient alors que cet été, la guerre entre l’Arménie, soutenue par la France, et l’Azerbaïdjan, a pris fin suite à l’action diplomatique de Donald Trump. Et que dans le même temps, les relations entre Bakou et Moscou se sont considérablement dégradées.

C’est dans ce contexte que le conseiller élyséen Bertrand Buchwalter, chargé de l’Europe continentale et de la Turquie à la cellule diplomatique, s’est envolé la semaine dernière pour Bakou. Au programme : rétablissement d’un dialogue stratégique, nouvelles coopérations bilatérales et situation des Français arrêtés en Azerbaïdjan, notamment Martin Ryan, accusé devant les tribunaux d’avoir travaillé pour la DGSE (Selon IOL, une nouvelle audience est attendue le 24 novembre).

La famille Derraz s’inquiète du comportement de l’Élysée

Résultat, l’Élysée et le Quai d'Orsay ont tenu ces derniers jours à rassurer la famille d’Anass Derraz sur l’issue du dossier judiciaire de ce dernier à Bakou. Sur place, l’ambassadrice Lagoutte a fait de même : pas la peine de s’inquiéter, tout est sous contrôle. Comme je l’avais dévoilé en juin, c’est le conseiller élyséen Paul Soler qui, dans l’ombre, essaye de négocier la libération des Français arrêtés à Bakou ainsi que le retour d’Anass Derraz en France. Aujourd’hui, la famille de ce dernier, qui n’a jamais été reçue par le président français, est particulièrement inquiète face à l’inefficacité des initiatives françaises et ne cache plus son incompréhension quant au comportement de l’Élysée dans ce dossier si sensible.

Ainsi, ces derniers jours, suite à l’annonce la semaine dernière d’un réquisitoire du parquet de Bakou particulièrement sévère – 13 ans de prison requis –, Anass Derraz s’est vu refusé la protection de l’ambassade française, selon une source diplomatique, comme lors d’une première demande à l’été 2024. Or, après seize mois d’assignation à résidence en Azerbaïdjan, le Français est particulièrement affaibli : « Anass est à bout, il fait de l’hypertension, il redoutait plus que tout la prison », m’explique un proche.

Dans le viseur de la justice à Bakou : un contrat de consultance qu’Alexandre Benalla et Anass Derraz ont signé le 15 novembre 2018 avec le milliardaire russo-azerbaïdjanais Farkhad Akhmedov, longtemps investi en Russie dans le secteur du pétrole et du gaz (sa fortune personnelle est estimée à 1,6 milliard de dollars par Forbes). Ce contrat d’un montant de 6,14 millions de dollars avait pour objectif d’obtenir la levée de l’immobilisation du Luna, un magnifique yacht appartenant à Farkhad Akhmedov qui s’était retrouvé placé sous séquestre aux Émirats arabes unis dans le cadre d’une procédure de divorce aux multiples rebondissements entre le milliardaire russo-azerbaïdjanais et son ex-femme.

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L’oligarque Akhmedov n’est pas poursuivi par Bakou

Initialement, l’existence de ce contrat a été découverte par les policiers français chargés d’enquêter sur l’affaire dite des contrats russes concernant Alexandre Benalla. Et si dans leur rapport de synthèse, ils émettent des doutes quant au rôle de l’ancien chargé de mission de l’Élysée dans ce dossier, ils ont reçu plusieurs éléments accréditant un travail effectif de la part d’Anass Derraz.

Selon mes informations, le PNF a ainsi reçu une attestation de Farkhad Akhmedov reconnaissant le travail de celui qui est désormais incarcéré à Bakou. Après l’interruption du contrat suite aux révélations de presse en France en 2018, les deux hommes ont conservé de bonnes relations : en juillet 2024, l’oligarque sollicite le Français à propos d’éventuels contrats de traitement d’eau à Bakou, et c’est lui qui le fait venir à Bakou pour rencontrer un ministre azerbaïdjanais. Autre détail qui a son importance : intervenant comme témoin dans le procès, l’oligarque n’a, lui, pas été poursuivi par la justice azerbaïdjanaise. Aujourd’hui, la multinationale française de l’eau, ancienne filiale du groupe Bouygues, très présent en Azerbaïdjan, réagit avec une grande prudence : « Le groupe Saur a pris connaissance de la décision de condamnation rendue par la justice azerbaïdjanaise concernant M. Anass Derraz, collaborateur de sa filiale Saur International. M. Derraz se trouvait en Azerbaïdjan à titre personnel. Dès qu’il a eu connaissance de la situation, le groupe Saur en a informé les autorités françaises compétentes. Le groupe prend cette affaire très au sérieux et poursuit son travail en étroite coordination avec le Quai d’Orsay et les services concernés, qui suivent le dossier de près ».

Les Azerbaïdjanais font monter les enchères

En attendant, Alexandre Benalla, qui a été menacé au printemps dernier par l’Azerbaïdjan d’une notice rouge d’Interpol, ne semble plus inquiété par Bakou. Autre sujet de satisfaction pour l’ex-chargé de mission de l’Élysée : l’enquête préliminaire ouverte en France sur le dossier dit des contrats russes se retrouve pour l’instant en stand-by. Et pour cause : quel procureur oserait boucler une telle enquête alors qu’un de ses protagonistes est condamné à l’étranger – manifestement, d’une manière arbitraire – et se retrouve au cœur d’un imbroglio diplomatique qui ne semble pas prêt de s’arrêter ? « Les Azerbaïdjanais n’ont jamais digéré le soutien de Macron à l’Arménie, et font monter les enchères, d’autant qu’ils sont persuadés qu’Anass est proche du président français », assure, effaré, un initié du dossier.

De son côté, la presse française se satisfait de relayer la dépêche AFP diffusée dès l’annonce du verdict, dépêche qui reste très discrète quant à l’implication d’Alexandre Benalla dans ce dossier, et oublie de rappeler les enquêtes initiales de Mediapart qui ont amené la justice française à s’intéresser aux relations d’affaires entre l’ancien chargé de mission et Akhmedov. Dans les articles publiés depuis jeudi, on apprend à peine que le nom de Benalla est « cité », qu’il « apparaît », ou que son « ombre plane ».

Dans ce contexte miné, les diplomates français ont du pain sur la planche : Bakou ne cache pas sa volonté d’imposer ses desiderata au sujet des opposants azerbaïdjanais réfugiés en France, notamment le journaliste blogueur Mahammad Mirzali, qui vit à Nantes, victime de plusieurs agressions depuis son arrivée, et ayant même subi une tentative d’assassinat de la part de dirigeants azerbaïdjanais du secteur pétrolier et gazier comme l’a reconnu la justice française.

Sur ce dossier, mes précédents articles :

Quand l’Azerbaïdjan envoie une “carte postale” à Emmanuel Macron (22 mars 2025)

L’Azerbaïdjan à l’assaut de Benalla (23 juin 2025)

Les derniers secrets des contrats russes de Benalla (9 novembre 2025)

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