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13.07.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 13 juillet 2026

Khrys

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Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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    Dix ans après MeToo, alors que les violences continuent et que les réactionnaires s’arc-boutent sur leurs privilèges, ce texte appelle à refonder le féminisme comme force collective, décoloniale, transféministe et profondément démocratique.

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    A Grand Canyon river rafting guide who aimed to become the first American woman to row across the mid-Pacific solo has completed a record-breaking journey from California to Hawaii.[…]Pfendler appears to have broken both the previous women’s speed record as well as the men’s speed record, according to records maintained by Ocean Rowing Society International

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    Une équipe mobile du service départemental de protection maternelle et infantile sillonne les bidonvilles de Seine-Saint-Denis pour accompagner des femmes et des enfants roms particulièrement exclus du soin.

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  • Linux gaming works without touching the terminal, and that matters more than any benchmark (xda-developers.com)

    even in situations where Linux performs slightly worse or equal to Windows, there’s one big factor that tends to be underappreciated : Linux gaming works, and it doesn’t take a genius anymore. I can install Bazzite on a gaming handheld that shipped with Windows and just play my games without ever touching the terminal. And that alone is an achievement for Linux.

  • Listen to Wikipedia (listen.hatnote.com)

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Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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12.07.2026 à 10:00

IA et éducation (2/2) : du dilemme moral au malaise social

Framasoft

Encourager les élèves à un usage responsable de l’IA semble plus facile à dire qu’à faire. Notamment parce que l’IA place la déqualification au coeur même de l’apprentissage. Derrière la question morale de la triche, il faut surtout observer le malaise social à l’oeuvre. L’IA n’est certainement pas le grand égalisateur qu’on pense.
Texte intégral (9999 mots)

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 01 juillet 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.

Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.


Encourager les élèves à un usage responsable de l’IA semble plus facile à dire qu’à faire. Notamment parce que l’IA place la déqualification au coeur même de l’apprentissage. Derrière la question morale de la triche, il faut surtout observer le malaise social à l’oeuvre. L’IA n’est certainement pas le grand égalisateur qu’on pense.

 

 

 

 

 

 

Suite de notre dossier sur IA et éducation (voir la première partie).

La bataille éducative est-elle perdue ?

Une grande enquête de 404 media montre qu’à l’arrivée de ChatGPT, les écoles publiques américaines étaient totalement démunies face à l’adoption généralisée de ChatGPT par les élèves. Le problème est d’ailleurs loin d’être résolu. Le New York Mag a récemment publié un article qui se désole de la triche généralisée qu’ont introduit les IA génératives à l’école. De partout, les élèves utilisent les chatbots pour prendre des notes pendant les cours, pour concevoir des tests, résumer des livres ou des articles, planifier et rédiger leurs essais, résoudre les exercices qui leur sont demandés. Le plafond de la triche a été pulvérisé, explique un étudiant. “Un nombre considérable d’étudiants sortiront diplômés de l’université et entreront sur le marché du travail en étant essentiellement analphabètes”, se désole un professeur qui constate le court-circuitage du processus même d’apprentissage. La triche semblait pourtant déjà avoir atteint son apogée, avant l’arrivée de ChatGPT, notamment avec les plateformes d’aides au devoir en ligne comme Chegg et Course Hero. “Pour 15,95 $ par mois, Chegg promettait des réponses à toutes les questions de devoirs en seulement 30 minutes, 24h/24 et 7j/7, grâce aux 150 000 experts diplômés de l’enseignement supérieur qu’elle employait, principalement en Inde”.

Chaque école a proposé sa politique face à ces nouveaux outils, certains prônant l’interdiction, d’autres non. Depuis, les politiques se sont plus souvent assouplies, qu’endurcies. Nombre de profs autorisent l’IA, à condition de la citer, ou ne l’autorisent que pour aide conceptuelle et en demandant aux élèves de détailler la manière dont ils l’ont utilisé. Mais cela ne dessine pas nécessairement de limites claires à leurs usages. L’article souligne que si les professeurs se croient doués pour détecter les écrits générés par l’IA, des études ont démontré qu’ils ne le sont pas. L’une d’elles, publiée en juin 2024, utilisait de faux profils d’étudiants pour glisser des travaux entièrement générés par l’IA dans les piles de correction des professeurs d’une université britannique. Les professeurs n’ont pas signalé 97 % des essais génératifs. En fait, souligne l’article, les professeurs ont plutôt abandonné l’idée de pouvoir détecter le fait que les devoirs soient rédigés par des IA. “De nombreux enseignants semblent désormais désespérés”. “Ce n’est pas ce pour quoi nous nous sommes engagés”, explique l’un d’entre eux. La prise de contrôle de l’enseignement par l’IA tient d’une crise existentielle de l’éducation. Désormais, les élèves ne tentent même plus de se battre contre eux-mêmes. Ils se replient sur la facilité. “Toute tentative de responsabilisation reste vaine”, constatent les professeurs.

L’IA a mis à jour les défaillances du système éducatif. Bien sûr, l’idéal de l’université et de l’école comme lieu de développement intellectuel, où les étudiants abordent des idées profondes a disparu depuis longtemps. La perspective que les IA des professeurs évaluent désormais les travaux produits par les IA des élèves, finit de réduire l’absurdité de la situation, en laissant chacun sans plus rien à apprendre. Plusieurs études (comme celle de chercheurs de Microsoft) ont établi un lien entre l’utilisation de l’IA et une détérioration de l’esprit critique. Pour le psychologue, Robert Sternberg, l’IA générative compromet déjà la créativité et l’intelligence. “La bataille est perdue”, se désole un autre professeur.

Reste à savoir si l’usage “raisonnable” de l’IA est possible. Dans une longue enquête pour le New Yorker, le journaliste Hua Hsu constate que tous les étudiants qu’il a interrogés pour comprendre leur usage de l’IA ont commencé par l’utiliser pour se donner des idées, en promettant de veiller à un usage responsable et ont très vite basculé vers des usages peu modérés, au détriment de leur réflexion. L’utilisation judicieuse de l’IA ne tient pas longtemps. Dans un rapport sur l’usage de Claude par des étudiants, Anthropic a montré que la moitié des interactions des étudiants avec son outil serait extractive, c’est-à-dire servent à produire des contenus. 404 media est allé discuter avec les participants de groupes de soutien en ligne de gens qui se déclarent comme “dépendants à l’IA”. Rien n’est plus simple que de devenir accro à un chatbot, confient des utilisateurs de tout âge. OpenAI en est conscient, comme le pointait une étude du MIT sur les utilisateurs les plus assidus, sans proposer pourtant de remèdes.

Comment apprendre aux enfants à faire des choses difficiles ? Le journaliste Clay Shirky, devenu responsable de l’IA en éducation à la New York University, dans le Chronicle of Higher Education, s’interroge : l’IA améliore-t-elle l’éducation ou la remplace-t-elle ? “Chaque année, environ 15 millions d’étudiants de premier cycle aux États-Unis produisent des travaux et des examens de plusieurs milliards de mots. Si le résultat d’un cours est constitué de travaux d’étudiants (travaux, examens, projets de recherche, etc.), le produit de ce cours est l’expérience étudiante. Un devoir n’a de valeur que « pour stimuler l’effort et la réflexion de l’élève ». “L’utilité des devoirs écrits repose sur deux hypothèses : la première est que pour écrire sur un sujet, l’élève doit comprendre le sujet et organiser ses pensées. La seconde est que noter les écrits d’un élève revient à évaluer l’effort et la réflexion qui y ont été consacrés”. Avec l’IA générative, la logique de cette proposition, qui semblait pourtant à jamais inébranlable, s’est complètement effondrée.

Pour Shirky, il ne fait pas de doute que l’IA générative peut être utile à l’apprentissage. “Ces outils sont efficaces pour expliquer des concepts complexes, proposer des quiz pratiques, des guides d’étude, etc. Les étudiants peuvent rédiger un devoir et demander des commentaires, voir à quoi ressemble une réécriture à différents niveaux de lecture, ou encore demander un résumé pour vérifier la clart锓Mais le fait que l’IA puisse aider les étudiants à apprendre ne garantit pas qu’elle le fera. Pour le grand théoricien de l’éducation, Herbert Simon, “l’enseignant ne peut faire progresser l’apprentissage qu’en incitant l’étudiant à apprendre”. “Face à l’IA générative dans nos salles de classe, la réponse évidente est d’inciter les étudiants à adopter les utilisations utiles de l’IA tout en les persuadant d’éviter les utilisations néfastes. Notre problème est que nous ne savons pas comment y parvenir”, souligne pertinemment Shirky. Pour lui aussi, aujourd’hui, les professeurs sont en passe d’abandonner. Mettre l’accent sur le lien entre effort et apprentissage ne fonctionne pas, se désole-t-il. Les étudiants eux aussi sont déboussolés et finissent par se demander où l’utilisation de l’IA les mène. Shirky fait son mea culpa. L’utilisation engagée de l’IA conduit à son utilisation paresseuse. Nous ne savons pas composer avec les difficultés. Mais c’était déjà le cas avant ChatGPT. Les étudiants déclarent régulièrement apprendre davantage grâce à des cours magistraux bien présentés qu’avec un apprentissage plus actif, alors que de nombreuses études démontrent l’inverse. “Un outil qui améliore le rendement mais dégrade l’expérience est un mauvais compromis”.

C’est le sens même de l’éducation qui est en train d’être perdu. Le New York Times revenait récemment sur le fait que certaines écoles interdisent aux élèves d’utiliser ces outils, alors que les professeurs, eux, les sur-utilisent. Selon une étude auprès de 1800 enseignants de l’enseignement supérieur, 18 % déclaraient utiliser fréquemment ces outils pour faire leur cours, l’année dernière – un chiffre qui aurait doublé depuis. Les étudiants ne lisent plus ce qu’ils écrivent et les professeurs non plus. Si les profs sont prompts à critiquer l’usage de l’IA par leurs élèves, nombre d’entre eux l’apprécient pour eux-mêmes, remarque un autre article du New York Times. A PhotoMath ou Google Lens qui viennent aider les élèves, répondent MagicSchool et Brisk Teaching qui proposent déjà des produits d’IA qui fournissent un retour instantané sur les écrits des élèves. L’État du Texas a signé un contrat de 5 ans avec l’entreprise Cambium Assessment pour fournir aux professeurs un outil de notation automatisée des écrits des élèves.

Pour Jason Koebler de 404 media : “la société dans son ensemble n’a pas très bien résisté à l’IA générative, car les grandes entreprises technologiques s’obstinent à nous l’imposer. Il est donc très difficile pour un système scolaire public sous-financé de contrôler son utilisation”. Pourtant, peu après le lancement public de ChatGPT, certains districts scolaires locaux et d’État ont fait appel à des consultants pro-IA pour produire des formations et des présentations “encourageant largement les enseignants à utiliser l’IA générative en classe”, mais “aucun n’anticipait des situations aussi extrêmes que celles décrites dans l’article du New York Mag, ni aussi problématiques que celles que j’ai entendues de mes amis enseignants, qui affirment que certains élèves désormais sont totalement dépendants de ChatGPT”. Les documents rassemblés par 404media montrent surtout que les services d’éducation américains ont tardé à réagir et à proposer des perspectives aux enseignants sur le terrain.

Dans un autre article de 404 media, Koebler a demandé à des professeurs américains d’expliquer ce que l’IA a changé à leur travail. Les innombrables témoignages recueillis montrent que les professeurs ne sont pas restés les bras ballants, même s’ils se sentent très dépourvus face à l’intrusion d’une technologie qu’ils n’ont pas voulue. Tous expliquent qu’ils passent des heures à corriger des devoirs que les élèves mettent quelques secondes à produire. Tous dressent un constat similaire fait d’incohérences, de confusions, de démoralisations, entre préoccupations et exaspérations. Quelles limites mettre en place ? Comment s’assurer qu’elles soient respectées ? “Je ne veux pas que les étudiants qui n’utilisent pas de LLM soient désavantagés. Et je ne veux pas donner de bonnes notes à des étudiants qui ne font pratiquement rien”, témoigne un prof. Beaucoup ont désormais recours à l’écriture en classe, au papier. Quelques-uns disent qu’ils sont passés de la curiosité au rejet catégorique de ces outils. Beaucoup pointent que leur métier est plus difficile que jamais. “ChatGPT n’est pas un problème isolé. C’est le symptôme d’un paradigme culturel totalitaire où la consommation passive et la régurgitation de contenu deviennent le statu quo.”

L’IA place la déqualification au coeur de l’apprentissage

Nicholas Carr, qui vient de faire paraître Superbloom : How Technologies of Connection Tear Us Apart (Norton, 2025, non traduit) rappelle dans sa newsletter que “la véritable menace que représente l’IA pour l’éducation n’est pas qu’elle encourage la triche, mais qu’elle décourage l’apprentissage. Pour Carr, lorsque les gens utilisent une machine pour réaliser une tâche, soit leurs compétences augmentent, soit elles s’atrophient, soit elles ne se développent jamais. C’est la piste qu’il avait d’ailleurs explorée dans Remplacer l’humain (L’échappée, 2017, traduction de The Glass Cage) en montrant comment les logiciels transforment concrètement les métiers, des architectes aux pilotes d’avions). Si un travailleur maîtrise déjà l’activité à automatiser, la machine peut l’aider à développer ses compétences” et relever des défis plus complexes. Dans les mains d’un mathématicien, une calculatrice devient un “amplificateur d’intelligence”. À l’inverse, si le maintien d’une compétence exige une pratique fréquente, combinant dextérité manuelle et mentale, alors l’automatisation peut menacer le talent même de l’expert. C’est le cas des pilotes d’avion confrontés aux systèmes de pilotage automatique qui connaissent un “affaissement des compétences” face aux situations difficiles. Mais l’automatisation est plus pernicieuse encore lorsqu’une machine prend les commandes d’une tâche avant que la personne qui l’utilise n’ait acquis l’expérience de la tâche en question. “C’est l’histoire du phénomène de « déqualification » du début de la révolution industrielle. Les artisans qualifiés ont été remplacés par des opérateurs de machines non qualifiés. Le travail s’est accéléré, mais la seule compétence acquise par ces opérateurs était celle de faire fonctionner la machine, ce qui, dans la plupart des cas, n’était quasiment pas une compétence. Supprimez la machine, et le travail s’arrête”.

Bien évidemment que les élèves qui utilisent des chatbots pour faire leurs devoirs font moins d’effort mental que ceux qui ne les utilisent pas, comme le pointait une très épaisse étude du MIT (synthétisée par Le Grand Continent), tout comme ceux qui utilisent une calculatrice plutôt que le calcul mental vont moins se souvenir des opérations qu’ils ont effectuées. Mais le problème est surtout que ceux qui les utilisent sont moins méfiants de leurs résultats (comme le pointait l’étude des chercheurs de Microsoft), alors que contrairement à ceux d’une calculatrice, ils sont beaucoup moins fiables. Le problème de l’usage des LLM à l’école, c’est à la fois qu’il empêche d’apprendre à faire, mais plus encore que leur usage nécessite des compétences pour les évaluer. 

L’IA générative étant une technologie polyvalente permettant d’automatiser toutes sortes de tâches et d’emplois, nous verrons probablement de nombreux exemples de chacun des trois scénarios de compétences dans les années à venir, estime Carr. Mais l’utilisation de l’IA par les lycéens et les étudiants pour réaliser des travaux écrits, pour faciliter ou éviter le travail de lecture et d’écriture, constitue un cas particulier. “Elle place le processus de déqualification au cœur de l’éducation. Automatiser l’apprentissage revient à le subvertir”.

En éducation, plus vous effectuez de recherches, plus vous vous améliorez en recherche, et plus vous rédigez d’articles, plus vous améliorez votre rédaction. “Cependant, la valeur pédagogique d’un devoir d’écriture ne réside pas dans le produit tangible du travail – le devoir rendu à la fin du devoir. Elle réside dans le travail lui-même : la lecture critique des sources, la synthèse des preuves et des idées, la formulation d’une thèse et d’un argument, et l’expression de la pensée dans un texte cohérent. Le devoir est un indicateur que l’enseignant utilise pour évaluer la réussite du travail de l’étudiant – le travail d’apprentissage. Une fois noté et rendu à l’étudiant, le devoir peut être jeté”.

L’IA générative permet aux étudiants de produire le produit sans effectuer le travail. Le travail remis par un étudiant ne témoigne plus du travail d’apprentissage qu’il a nécessité. “Il s’y substitue ». Le travail d’apprentissage est ardu par nature : sans remise en question, l’esprit n’apprend rien. Les étudiants ont toujours cherché des raccourcis bien sûr, mais l’IA générative est différente, pas son ampleur, par sa nature. “Sa rapidité, sa simplicité d’utilisation, sa flexibilité et, surtout, sa large adoption dans la société rendent normal, voire nécessaire, l’automatisation de la lecture et de l’écriture, et l’évitement du travail d’apprentissage”. Grâce à l’IA générative, un élève médiocre peut produire un travail remarquable tout en se retrouvant en situation de faiblesse. Or, pointe très justement Carr, “la conséquence ironique de cette perte d’apprentissage est qu’elle empêche les élèves d’utiliser l’IA avec habileté. Rédiger une bonne consigne, un prompt efficace, nécessite une compréhension du sujet abordé. Le dispensateur doit connaître le contexte de la consigne. Le développement de cette compréhension est précisément ce que la dépendance à l’IA entrave”. “L’effet de déqualification de l’outil s’étend à son utilisation”. Pour Carr, “nous sommes obnubilés par la façon dont les étudiants utilisent l’IA pour tricher. Alors que ce qui devrait nous préoccuper davantage, c’est la façon dont l’IA trompe les étudiants”.

Nous sommes d’accord. Mais cette conclusion n’aide pas pour autant à avancer !

Passer du malaise moral au malaise social !

Utiliser ou non l’IA semble surtout relever d’un malaise moral (qui en rappelle un autre), révélateur, comme le souligne l’obsession sur la « triche » des élèves. Mais plus qu’un dilemme moral, peut-être faut-il inverser notre regard, et le poser autrement : comme un malaise social. C’est la proposition que fait le sociologue Bilel Benbouzid dans un remarquable article pour AOC (première et seconde partie).

Pour Benbouzid, l’IA générative à l’université ébranle les fondements de « l’auctorialité », c’est-à-dire qu’elle modifie la position d’auteur et ses repères normatifs et déontologiques. Dans le monde de l’enseignement supérieur, depuis le lancement de ChatGPT, tout le monde s’interroge pour savoir que faire de ces outils, souvent dans un choix un peu binaire, entre leur autorisation et leur interdiction. Or, pointe justement Benbouzid, l’usage de l’IA a été « perçu » très tôt comme une transgression morale. Très tôt, les utiliser a été associé à de la triche, d’autant qu’on ne peut pas les citer, contrairement à tout autre matériel écrit.

Face à leur statut ambigu, Benbouzid pose une question de fond : quelle est la nature de l’effort intellectuel légitime à fournir pour ses études ? Comment distinguer un usage « passif » de l’IA d’un usage « actif », comme l’évoquait Ethan Mollick dans la première partie de ce dossier ? Comment contrôler et s’assurer d’une utilisation active et éthique et non pas passive et moralement condamnable ? 

Pour Benbouzid, il se joue une réflexion éthique sur le rapport à soi qui nécessite d’être authentique. Mais peut-on être authentique lorsqu’on se construit, interroge le sociologue, en évoquant le fait que les étudiants doivent d’abord acquérir des compétences avant de s’individualiser. Or l’outil n’est pas qu’une machine pour résumer ou copier. Pour Benbouzid, comme pour Mollick, bien employée, elle peut-être un vecteur de stimulation intellectuelle, tout en exerçant une influence diffuse mais réelle. « Face aux influences tacites des IAG, il est difficile de discerner les lignes de partage entre l’expression authentique de soi et les effets normatifs induits par la machine. » L’enjeu ici est bien celui de la capacité de persuasion de ces machines sur ceux qui les utilisent.

Pour les professeurs de philosophie et d’éthique Mark Coeckelbergh et David Gunkel, comme ils l’expliquent dans un article (qui a depuis donné lieu à un livre, Communicative AI, Polity, 2025), l’enjeu n’est pourtant plus de savoir qui est l’auteur d’un texte (même si, comme le remarque Antoine Compagnon, sans cette figure, la lecture devient indéchiffrable, puisque nul ne sait plus qui parle, ni depuis quels savoirs), mais bien plus de comprendre les effets que les textes produisent. Pourtant, ce déplacement, s’il est intéressant (et peut-être peu adapté à l’IA générative, tant les textes produits sont rarement pertinents), il ne permet pas de cadrer les usages des IA génératives qui bousculent le cadre ancien de régulation des textes académiques. Reste que l’auteur d’un texte doit toujours en répondre, rappelle Benbouzid, et c’est désormais bien plus le cas des étudiants qui utilisent l’IA que de ceux qui déploient ces systèmes d’IA. L’autonomie qu’on attend d’eux est à la fois un idéal éducatif et une obligation morale envers soi-même, permettant de développer ses propres capacités de réflexion. « L’acte d’écriture n’est pas un simple exercice technique ou une compétence instrumentale. Il devient un acte de formation éthique ». Le problème, estiment les professeurs de philosophie Timothy Aylsworth et Clinton Castro, dans un article qui s’interroge sur l’usage de ChatGPT, c’est que l’autonomie comme finalité morale de l’éducation n’est pas la même que celle qui permet à un étudiant de décider des moyens qu’il souhaite mobiliser pour atteindre son but. Pour Aylsworth et Castro, les étudiants ont donc obligation morale de ne pas utiliser ChatGPT, car écrire soi-même ses textes est essentiel à la construction de son autonomie. Pour eux, l’école doit imposer une morale de la responsabilité envers soi-même où écrire par soi-même n’est pas seulement une tâche scolaire, mais également un moyen d’assurer sa dignité morale. « Écrire, c’est penser. Penser, c’est se construire. Et se construire, c’est honorer l’humanité en soi. »

Pour Benbouzid, les contradictions de ces deux dilemmes résument bien le choix cornélien des étudiants et des enseignants. Elle leur impose une liberté de ne pas utiliser. Mais cette liberté de ne pas utiliser, elle, ne relève-t-elle pas d’abord et avant tout d’un jugement social ?

L’IA générative ne sera pas le grand égalisateur social !

C’est la piste fructueuse qu’explore Bilel Benbouzid dans la seconde partie de son article. En explorant qui à recours à l’IA et pourquoi, le sociologue permet d’entrouvrir une autre réponse que la réponse morale. Ceux qui promeuvent l’usage de l’IA pour les étudiants, comme Ethan Mollick, estiment que l’IA pourrait agir comme une égaliseuse de chances, permettant de réduire les différences cognitives entre les élèves. C’est là une référence aux travaux d’Erik Brynjolfsson, Generative AI at work, qui souligne que l’IA diminue le besoin d’expérience, permet la montée en compétence accélérée des travailleurs et réduit les écarts de compétence des travailleurs (une théorie qui a été en partie critiquée, notamment parce que ces avantages sont compensés par l’uniformisation des pratiques et leur surveillance – voir ce que nous en disions en mobilisant les travaux de David Autor). Mais sommes-nous confrontés à une homogénéisation des performances d’écritures ? N’assiste-t-on pas plutôt à un renforcement des inégalités entre les meilleurs qui sauront mieux que d’autres tirer parti de l’IA générative et les moins pourvus socialement ? 

Pour John Danaher, l’IA générative pourrait redéfinir pas moins que l’égalité, puisque les compétences traditionnelles (rédaction, programmation, analyses…) permettraient aux moins dotés d’égaler les meilleurs. Pour Danaher, le risque, c’est que l’égalité soit alors reléguée au second plan : « d’autres valeurs comme l’efficacité économique ou la liberté individuelle prendraient le dessus, entraînant une acceptation accrue des inégalités. L’efficacité économique pourrait être mise en avant si l’IA permet une forte augmentation de la productivité et de la richesse globale, même si cette richesse est inégalement répartie. Dans ce scénario, plutôt que de chercher à garantir une répartition équitable des ressources, la société pourrait accepter des écarts grandissants de richesse et de statut, tant que l’ensemble progresse. Ce serait une forme d’acceptation de l’inégalité sous prétexte que la technologie génère globalement des bénéfices pour tous, même si ces bénéfices ne sont pas partagés de manière égale. De la même manière, la liberté individuelle pourrait être privilégiée si l’IA permet à chacun d’accéder à des outils puissants qui augmentent ses capacités, mais sans garantir que tout le monde en bénéficie de manière équivalente. Certains pourraient considérer qu’il est plus important de laisser les individus utiliser ces technologies comme ils le souhaitent, même si cela crée de nouvelles hiérarchies basées sur l’usage différencié de l’IA ». Pour Danaher comme pour Benbouzid, l’intégration de l’IA dans l’enseignement doit poser la question de ses conséquences sociales !

Les LLM ne produisent pas un langage neutre mais tendent à reproduire les « les normes linguistiques dominantes des groupes sociaux les plus favorisés », rappelle Bilel Benbouzid. Une étude comparant les lettres de motivation d’étudiants avec des textes produits par des IA génératives montre que ces dernières correspondent surtout à des productions de CSP+. Pour Benbouzid, le risque est que la délégation de l’écriture à ces machines renforce les hiérarchies existantes plus qu’elle ne les distribue. D’où l’enjeu d’une enquête en cours pour comprendre l’usage de l’IA générative des étudiants et leur rapport social au langage.

Les premiers résultats de cette enquête montrent par exemple que les étudiants rechignent à copier-coller directement le texte créé par les IA, non seulement par peur de sanctions, mais plus encore parce qu’ils comprennent que le ton et le style ne leur correspondent pas. «  Les étudiants comparent souvent ChatGPT à l’aide parentale. On comprend que la légitimité ne réside pas tant dans la nature de l’assistance que dans la relation sociale qui la sous-tend. Une aide humaine, surtout familiale, est investie d’une proximité culturelle qui la rend acceptable, voire valorisante, là où l’assistance algorithmique est perçue comme une rupture avec le niveau académique et leur propre maîtrise de la langue ». Et effectivement, la perception de l’apport des LLM dépend du capital culturel des étudiants. Pour les plus dotés, ChatGPT est un outil utilitaire, limité voire vulgaire, qui standardise le langage. Pour les moins dotés, il leur permet d’accéder à des éléments de langages valorisés et valorisants, tout en l’adaptant pour qu’elle leur corresponde socialement.

Dans ce rapport aux outils de génération, pointe un rapport social à la langue, à l’écriture, à l’éducation. Pour Benbouzid, l’utilisation de l’IA devient alors moins un problème moral qu’un dilemme social. « Ces pratiques, loin d’être homogènes, traduisent une appropriation différenciée de l’outil en fonction des trajectoires sociales et des attentes symboliques qui structurent le rapport social à l’éducation. Ce qui est en jeu, finalement, c’est une remise en question de la manière dont les étudiants se positionnent socialement, lorsqu’ils utilisent les robots conversationnels, dans les hiérarchies culturelles et sociales de l’université. » En fait, les étudiants utilisent les outils non pas pour se dépasser, comme l’estime Mollick, mais pour produire un contenu socialement légitime. « En déléguant systématiquement leurs compétences de lecture, d’analyse et d’écriture à ces modèles, les étudiants peuvent contourner les processus essentiels d’intériorisation et d’adaptation aux normes discursives et épistémologiques propres à chaque domaine. En d’autres termes, l’étudiant pourrait perdre l’occasion de développer authentiquement son propre capital culturel académique, substitué par un habitus dominant produit artificiellement par l’IA. »

L’apparence d’égalité instrumentale que permettent les LLM pourrait donc paradoxalement renforcer une inégalité structurelle accrue. Les outils creusant l’écart entre des étudiants qui ont déjà internalisé les normes dominantes et ceux qui les singent. Le fait que les textes générés manquent d’originalité et de profondeur critique, que les IA produisent des textes superficiels, ne rend pas tous les étudiants égaux face à ces outils. D’un côté, les grandes écoles renforcent les compétences orales et renforcent leurs exigences d’originalité face à ces outils. De l’autre, d’autres devront y avoir recours par nécessité. « Pour les mieux établis, l’IA représentera un outil optionnel d’optimisation ; pour les plus précaires, elle deviendra une condition de survie dans un univers concurrentiel. Par ailleurs, même si l’IA profitera relativement davantage aux moins qualifiés, cette amélioration pourrait simultanément accentuer une forme de dépendance technologique parmi les populations les plus défavorisées, creusant encore le fossé avec les élites, mieux armées pour exercer un discernement critique face aux contenus générés par les machines ».

Bref, loin de l’égalisation culturelle que les outils permettraient, le risque est fort que tous n’en profitent pas d’une manière égale. On le constate très bien ailleurs. Le fait d’être capable de rédiger un courrier administratif est loin d’être partagé. Si ces outils améliorent les courriers des moins dotés socialement, ils ne renversent en rien les différences sociales. C’est le même constat qu’on peut faire entre ceux qui subliment ces outils parce qu’ils les maîtrisent finement, et tous les autres qui ne font que les utiliser, comme l’évoquait Gregory Chatonsky, en distinguant les utilisateurs mémétiques et les utilisateurs productifs. Ces outils, qui se présentent comme des outils qui seraient capables de dépasser les inégalités sociales, risquent avant tout de mieux les amplifier. Plus que de permettre de personnaliser l’apprentissage, pour s’adapter à chacun, il semble que l’IA donne des superpouvoirs d’apprentissage à ceux qui maîtrisent leurs apprentissages, plus qu’aux autres.

L’IApocalypse scolaire, coincée dans le droit

Les questions de l’usage de l’IA à l’école que nous avons tenté de dérouler dans ce dossier montrent l’enjeu à débattre d’une politique publique d’usage de l’IA générative à l’école, du primaire au supérieur. Mais, comme le montre notre enquête, toute la communauté éducative est en attente d’un cadre. En France, on attend les recommandations de la mission confiée à François Taddéi et Sarah Cohen-Boulakia sur les pratiques pédagogiques de l’IA dans l’enseignement supérieur, rapportait le Monde.

Un premier cadre d’usage de l’IA à l’école vient pourtant d’être publié par le ministère de l’Education nationale. Autant dire que ce cadrage processuel n’est pas du tout à la hauteur des enjeux. Le document consiste surtout en un rappel des règles et, pour l’essentiel, elles expliquent d’abord que l’usage de l’IA générative est contraint si ce n’est impossible, de fait. « Aucun membre du personnel ne doit demander aux élèves d’utiliser des services d’IA grand public impliquant la création d’un compte personnel » rappelle le document. La note recommande également de ne pas utiliser l’IA générative avec les élèves avant la 4e et souligne que « l’utilisation d’une intelligence artificielle générative pour réaliser tout ou partie d’un devoir scolaire, sans autorisation explicite de l’enseignant et sans qu’elle soit suivie d’un travail personnel d’appropriation à partir des contenus produits, constitue une fraude ». Autant dire que ce cadre d’usage ne permet rien, sinon l’interdiction. Loin d’être un cadre de développement ouvert à l’envahissement de l’IA, comme s’en plaint le SNES-FSU, le document semble surtout continuer à produire du déni, tentant de rappeler des règles sur des usages qui les débordent déjà très largement.

Sur Linked-in, Yann Houry, prof dans un Institut privé suisse, était très heureux de partager sa recette pour permettre aux profs de corriger des copies avec une IA en local, rappelant que pour des questions de légalité et de confidentialité, les professeurs ne devraient pas utiliser les services d’IA génératives en ligne pour corriger les copies. Dans les commentaires, nombreux sont pourtant venus lui signaler que cela ne suffit pas, rappelant qu’utiliser l’IA pour corriger les copies, donner des notes et classer les élèves peut être classée comme un usage à haut-risque selon l’IA Act, ou encore qu’un formateur qui utiliserait l’IA en ce sens devrait en informer les apprenants afin qu’ils exercent un droit de recours en cas de désaccord sur une évaluation, sans compter que le professeur doit également être transparent sur ce qu’il utilise pour rester en conformité et l’inscrire au registre des traitements. Bref, d’un côté comme de l’autre, tant du côté des élèves qui sont renvoyés à la fraude quel que soit la façon dont ils l’utilisent, que des professeurs, qui ne doivent l’utiliser qu’en pleine transparence, on se rend vite compte que l’usage de l’IA dans l’éducation reste, formellement, très contraint, pour ne pas dire impossible.

D’autres cadres et rapports ont été publiés. Comme celui de l’inspection générale, du Sénat ou de la Commission européenne et de l’OCDE, mais qui se concentrent surtout sur ce qu’un enseignement à l’IA devrait être, plus que de donner un cadre aux débordements des usages actuels. Bref, pour l’instant, le cadrage de l’IApocalypse scolaire reste à construire, avec les professeurs… et avec les élèves.

Hubert Guillaud

MAJ du 02/09/2025 : Le rapport de François Taddei sur l’IA dans l’Enseignement supérieur a été publié. Et, contrairement à ce qu’on aurait pu en attendre, il ne répond pas à la question des limites de l’usage de l’IA dans l’enseignement supérieur.

Le rapport est pourtant disert. Il recommande de mutualiser les capacités de calculs, les contenus et les bonnes pratiques, notamment via une plateforme de mutualisation. Il recommande de développer la formation des étudiants comme des personnels et bien sûr de repenser les modalités d’évaluation, mais sans proposer de pistes concrètes. « L’IA doit notamment contribuer à rendre les établissements plus inclusifs, renforcer la démocratie universitaire, et développer un nouveau modèle d’enseignement qui redéfinisse le rôle de l’enseignant et des étudiants », rappelle l’auteur dApprendre au XXIe siècle (Calmann-Levy, 2018) qui militait déjà pour transformer l’institution. Il recommande enfin de développer des data centers dédiés, orientés enseignement et des solutions techniques souveraines et invite le ministère de l’enseignement supérieur à se doter d’une politique nationale d’adoption de l’IA autour d’un Institut national IA, éducation et société.

Le rapport embarque une enquête quantitative sur l’usage de l’IA par les étudiants, les professeurs et les personnels administratifs. Si le rapport estime que l’usage de l’IA doit être encouragé, il souligne néanmoins que son développement « doit être accompagné de réflexions collectives sur les usages et ses effets sur l’organisation du travail, les processus et l’évolution des compétences », mais sans vraiment faire de propositions spécifiques autres que citer certaines déjà mises en place nombre de professeurs. Ainsi, sur l’évolution des pratiques, le rapport recense les évolutions, notamment le développement d’examens oraux, mais en pointe les limites en termes de coûts et d’organisation, sans compter, bien sûr, qu’ils ne permettent pas d’évaluer les capacités d’écriture des élèves. « La mission considère que l’IA pourrait donner l’opportunité de redéfinir les modèles d’enseignement, en réinterrogeant le rôle de chacun. Plusieurs pistes sont possibles : associer les étudiants à la définition des objectifs des enseignements, responsabiliser les étudiants sur les apprentissages, mettre en situation professionnelle, développer davantage les modes projet, développer la résolution de problèmes complexes, associer les étudiants à l’organisation d’événements ou de travaux de recherche, etc. Le principal avantage de cette évolution est qu’elle peut permettre de renforcer l’engagement des étudiants dans les apprentissages, car ils sont plus impliqués quand ils peuvent contribuer aux choix des sujets abordés. Ils prendront aussi conscience des enjeux pour leur vie professionnelle des matières enseignées. Une telle évolution pourrait renforcer de ce fait la qualité des apprentissages. Elle permettrait aussi de proposer davantage d’horizontalité dans les échanges, ce qui est attendu par les étudiants et qui reflète aussi davantage le fonctionnement par projet, mode d’organisation auquel ils seront fréquemment confrontés ». Pour répondre au défi de l’IA, la mission Taddeï propose donc de « sortir d’une transmission descendante » au profit d’un apprentissage plus collaboratif, comme François Taddéi l’a toujours proposé, mais sans proposer de norme pour structurer les rapports à l’IA.

Le rapport recommande d’ailleurs de favoriser l’usage de l’IA dans l’administration scolaire et d’utiliser le « broad listening » , l’écoute et la consultation des jeunes pour améliorer la démocratie universitaire… Une proposition qui pourrait être stimulante si nous n’étions pas plutôt confrontés à son exact inverse : le broad listening semble plutôt mobilisé pour réprimer les propos étudiants que le contraire… Enfin, le rapport insiste particulièrement sur l’usage de l’IA pour personnaliser l’orientation et être un tuteur d’études. La dernière partie du rapport constate les besoins de formation et les besoins d’outils mutualisés, libres et ouverts : deux aspects qui nécessiteront des financements et projets adaptés.

Ce rapport très pro-IA ne répond pas vraiment à la difficulté de l’évaluation et de l’enseignement à l’heure où les élèves peuvent utiliser l’IA pour leurs écrits.

Signalons qu’un autre rapport a été publié concomitamment, celui de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGERS) qui insiste également sur le besoin de coordination et de mutualisation.

Pour l’instant, l’une des propositions la plus pratico-pratique que l’on a vu passer sont assurément  les résultats de la convention « citoyenne » de Sciences-Po Aix sur l’usage de l’IA générative, formulant 7 propositions. La convention recommande que les étudiants déclarent l’usage de l’IA, pour préciser le niveau d’intervention qui a été fait, le modèle utilisé et les instructions données, sur le modèle de celles utilisées par l’université de Sherbrooke. L’avis recommande aussi la coordination des équipes pédagogiques afin d’harmoniser les pratiques, pour donner un cadre cohérent aux étudiants et bâtir une réflexion collective. La 3e proposition consiste à améliorer l’enquête sur les pratiques via des formulaires réguliers pour mieux saisir les niveaux d’usages des élèves. La 4e proposition propose de ne pas autoriser l’IA générative pour les étudiants en première et seconde année, afin de leur permettre d’acquérir un socle de connaissances. La 5e proposition propose que les enseignants indiquent clairement si l’usage est autorisé ou non et selon quelles modalités, sur le modèle que propose, là encore, l’université de Sherbrooke. La 6e proposition propose d’améliorer la formation aux outils d’IA. La 7e propose d’organiser des ateliers de sensibilisation aux dimensions environnementales et sociales des IA génératives, intégrés à la formation. Comme le montrent nombre de chartes de l’IA dans l’éducation, celle-ci propose surtout un plus fort cadrage des usages que le contraire.

En tout cas, le sujet agite la réflexion. Dans une tribune pour le Monde, le sociologue Manuel Cervera-Marzal estime que plutôt que d’ériger des interdits inapplicables en matière d’intelligence artificielle, les enseignants doivent réinventer les manières d’enseigner et d’évaluer, explique-t-il en explicitant ses propres pratiques. Même constat dans une autre tribune pour le professeur et écrivain Maxime Abolgassemi.

Dans une tribune pour le Club de Mediapart, Céline Cael et Laurent Reynaud, auteurs de Et si on imaginait l’école de demain ? (Retz, 2025) reviennent sur les annonces toutes récentes de la ministre de l’Éducation, Elisabeth Borne, de mettre en place une IA pour les professeurs “pour les accompagner dans leurs métiers et les aider à préparer leurs cours” (un appel d’offres a d’ailleurs été publié en janvier 2025 pour sélectionner un candidat). Des modules de formation seront proposés aux élèves du secondaire et un chatbot sera mis en place pour répondre aux questions administratives et réglementaires des personnels de l’Éducation nationale, a-t-elle également annoncé. Pour les deux enseignants, “l’introduction massive du numérique, et de l’IA par extension, dans le quotidien du métier d’enseignant semble bien plus souvent conduire à un appauvrissement du métier d’enseignant plutôt qu’à son optimisation”. “L’IA ne saurait être la solution miracle à tous les défis de l’éducation”, rappellent-ils. Les urgences ne sont pas là.

Selon le bulletin officiel de l’éducation nationale qui a publié en juillet un cadre pour un usage raisonné du numérique à l’école, la question de l’IA « doit être conduite au sein des instances de démocratie scolaire », afin de nourrir le projet d’établissement. Bref, la question du cadrage des pratiques est pour l’instant renvoyée à un nécessaire débat de société à mener.

MAJ du 01/10/2025 : A la suite d’Anthropic, OpenAI vient de publier une version de son chatbot pour étudiants. Ce “mode étude” consiste à doter ChatGPT “d’un nouveau filtre de conversation qui régule simplement la manière dont il répond aux élèves, encourageant moins de réponses et plus d’explications”. Plutôt que de donner des réponses, le robot tente d’expliquer le sujet et de renvoyer les étudiants à leurs propres efforts. Pourtant, rappelle la Technology Review, cela ne signifie pas que le système ne produise pas d’erreurs, au contraire. Il peut finalement apprendre à aborder des problèmes de manière erronée et produire des explications totalement fausses. Enfin, il n’empêchera pas les étudiants d’exiger du moteur de produire des réponses plutôt que de simplement les accompagner dans leur compréhension. Le mode tutorat lancé par les grandes entreprises de l’IA vise surtout à décrocher des marchés avec le secteur éducatif et fait la promesse que le tutorat personnalisé serait finalement un secteur où l’on pourrait considérablement réduire le coût humain.

MAJ du 13/10/2025 : Lundi matin revient sur l’injonction à déployer l’IA à l’école… et rappelle, fort à propos, les échecs du numérique à l’école. Déjà en 2015, un rapport de l’OCDE concluait à « l’absence d’effets – voir même à des effets négatifs –, des investissements consacrés à l’équipement des établissements scolaires en technologies numériques, sur les résultats aux épreuves PISA », souligne une méta-analyse. Le rapport de synthèse de 2020 du CNESCO parle de « révolution manquée » et reconnaît que « s’il n’y a pas eu de révolution numérique à l’école, c’est parce que les outils numériques n’améliorent pas les apprentissages ».

« Les promesses des prophètes de l’IA ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles des années 2000 et 2010, au prix d’une petite mise à jour, un peu comme les publicités pour les aspirateurs robots ressemblent à s’y méprendre à celles pour les aspirateurs classiques, l’autotune en plus. Votre enfant a du mal à mettre un « s » au pluriel ? Pas de souci ! Il suffit de demander à l’IA de faire une petite chanson, du genre : « t’as pas mis de S… SOS » ! « Le résultat est bluffant ». […] Comme l’écrivait le rapport du Sénat, il importe de « faire la démonstration scientifique de la capacité de l’IA (…) à favoriser la montée en compétence des apprenants et de transformer efficacement les façons d’enseigner ». Même s’il est parfois difficile de distinguer la démonstration scientifique du publireportage. »

MAJ du 24/11/2025 : Sur Gizmodo, AJ Dellinger ironise sur l’annonce par OpenAI du lancement d’un chatGPT pour les profs. « Les enseignants pourront faire noter le travail des chatbots de leurs élèves par leurs propres chatbots ». Le problème de l’abrutissement des jeunes est en passe d’être résolu !, grince-t-il. « Les établissements scolaires sont devenus un champ de bataille pour les entreprises d’IA qui cherchent désespérément à implanter leurs produits dans un maximum d’institutions ». « On ignore pour l’instant si la présence de ces chatbots dans ces espaces profite réellement à qui que ce soit d’autre qu’à l’entreprise qui les conçoit », raille le journaliste. À défaut de s’inquiéter en amont des risques possibles, il est probable que nous puissions bientôt en voir les résultats.

MAJ du 25/11/2025 : Dans une tribune pour le New York Times, le professeur d’anglais, Carlo Rotella, explique comment, confrontée à l’IA, il a humanisé ses cours. “Un cours d’anglais résistant à l’IA repose sur trois piliers : l’évaluation écrite et orale, l’enseignement du processus d’écriture plutôt que la simple attribution de dissertations, et une plus grande importance accordée aux interactions en classe.“ Quizz pointilleux, tests pour observer le processus d’écriture plutôt que le résultat final, des entretiens pour que les étudiants expliquent comment ils ont conçu et rédigé leur travail, rendre les travaux écrits plus personnels (« êtes-vous proustien ? ») plutôt que de demander une dissertation factuelle. ”Je perçois la voix individuelle des étudiants dans leurs travaux, qui se développent de manière crédible à partir d’exercices et de brouillons, la plupart du temps sans dérive robotique”. Et surtout développer des discussions en classe et y participer, en interdisant les ordinateurs pour améliorer les interactions… Autant d’éléments qui demandent de s’extraire soi-même du cours magistral. “Ne perdez pas votre temps à vous entraîner à être remplaçables par une IA. Utilisez vos facultés ou vous les perdrez.” Mais tout cela n’est possible que parce que le professeur a peu d’élèves, concède-t-il. “Je ne peux pas être sûr que ce qui fonctionne aujourd’hui continuera de fonctionner face aux progrès inexorables de l’IA”, prévient-il.

MAJ du 05/01/2026 : Pour le New York Times, la journaliste Natasha Singer fait le point sur le déploiement de l’IA dans les écoles au niveau mondial, via des partenariats entre les grandes entreprises de la tech et le secteur scolaire. Sur les campus, les cours et spécialisations en IA se multiplient, alors que les cours en informatique sont désertés du fait des difficultés d’employabilité.

MAJ du 15/01/2026 :   « À ce stade de son développement, les risques liés à l’utilisation de l’IA générative dans l’éducation des enfants l’emportent sur ses avantages », estime un rapport de Brookings. Qui recommande notamment de créer des outils d’IA éducatifs avec les enseignants, les élèves, les parents et la communauté.

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06.07.2026 à 09:03

UPLOAD dans un recueil de nouvelles solarpunk

Framasoft

Cela fait plusieurs années que Framasoft participe à des ateliers d’écriture solarpunk dans le cadre d’une Activité Pédagogique d’Intersemestre à l’Université de Technologie de Compiègne (voir l’annonce originelle publiée en 2024). À chaque fin de session, les étudiantes et étudiants … Lire la suite­­
Texte intégral (556 mots)

Cela fait plusieurs années que Framasoft participe à des ateliers d’écriture solarpunk dans le cadre d’une Activité Pédagogique d’Intersemestre à l’Université de Technologie de Compiègne (voir l’annonce originelle publiée en 2024).

À chaque fin de session, les étudiantes et étudiants rendent public leur travail en ligne et en lisent un extrait en direct à la radio (sur Graf’Hit : captures en ligne ). Et comme les textes sont généralement publiés sous licence libre (CC BY-SA le plus souvent), il a été possible de se baser sur certaines propositions pour les unifier en un recueil sous le nom collectif Camilles Picard.

Une nouvelle étape est franchie désormais, car les éditions C&F ont accepté d’en faire un livre papier, disponible en librairie et sur leur site : cfeditions.com/upload/

Couverture du recueil de nouvelles UPLOAD, une photographie d'un scultpure de Valem ( https://valem.fr) : un visage d'enfant

Le recueil UPLOAD, par Camilles Picard chez C&F éditions

 

Vous pourrez y retrouver huit textes conçus à l’origine par un étudiant ou une étudiante, ainsi qu’un complément écrit par Stéphane Crozat, l’enseignant-chercheur initiateur du projet à l’UTC (également auteur de romans et… membre de Framasoft).

Les participants et participantes à la conférence Archipel auront la chance de découvrir l’ouvrage lors de la semaine du colloque.

Souhaitons que diffuser ces textes sous ce nouveau format donnera lieu à d’autres récits solarpunk à l’avenir, bien évidemment sous licence libre…

Le déroulé du cours qui a permis la création de ces textes : librecours.net/courses/api0075/

Crédits de l’image de fond : https://storyseedlibrary.org/art/the-lemonaut/hackerspace/  · A prosthesis maintenance day at the hackerspace, 2024, CC BY SA The Lemonaut

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06.07.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 6 juillet 2026

Khrys

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière. Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer … Lire la suite­­
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Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

Brave New World

Spécial IA

Spécial guerre(s) au Moyen-Orient

Spécial femmes dans le monde

Spécial France

Spécial femmes en France

Spécial médias et pouvoir

Soutenir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

Spécial outils de résistance

Spécial MAGAM et cie

  • Google’s New reCAPTCHA Wants Your Camera Access and 21 Points of Your Hand (reclaimthenet.org)

    The same company that monetizes everything you do online would like to switch on your camera.

  • European digital ID wallets are a gift to Google and Apple (osnews.com)

    European governments are rolling out digital identity wallets, which are to be used by citizens to access services, and to verify their age online. As reported by Follow the Money and Android Authority, there is a serious problem with this : these wallets rely on safety services of Google and Apple. These are known as Google Play Integrity API, and Apple’s Managed Device Attestation. Such safety services (known as “remote attestation”) are used to ensure that wallet apps run on hardware that is not tampered with […] by embedding these safety services in public infrastructure, Europe risks making society dependent on private companies while serving their corporate interests.

  • Google va lancer ses résumés par IA en France (france24.com)

    Faire une recherche sur Google et avoir en réponse un résumé grâce à l’intelligence artificielle : le géant américain s’apprête à lancer en France cette fonctionnalité, qui fait planer sur les médias une lourde menace de baisse de trafic.

  • Google perd son recours européen, amende record de plus de 4 milliards d’euros confirmée (france24.com)

    La Cour de Justice de l’Union européenne a confirmé, jeudi, l’amende de 4,1 milliards d’euros à l’encontre de Google pour abus de position dominante dans l’écosystème des téléphones mobile. Bruxelles avait infligé cette amende à l’entreprise américaine en 2018, la plus lourde qui ait été imposée par l’UE à ce jour.

  • Amazon has enough satellites to launch its Starlink competitor (theverge.com)

    Amazon says it now has enough satellites operating in low-Earth orbit to light up its Starlink internet competitor. With last night’s launch, Amazon Leo has 396 satellites deployed, which is “enough to support continuous service across initial latitudes,” according to Chris Weber, VP heading up business and product for Amazon Leo.

  • Microsoft worker emails thousands of colleagues about company’s support for genocidal Israel (thecanary.co)

    On his final day at the company, a Microsoft worker in Italy has sent out an email to thousands of colleagues informing them of how the corporation operates as the technological backbone of the Gaza holocaust perpetrated by Israel.

Les autres lectures de la semaine

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Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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05.07.2026 à 10:00

IA et éducation (1/2) : plongée dans l’IApocalypse éducative

Framasoft

L’IA générative est en train de transformer en profondeur le monde de l’éducation, où les élèves l’utilisent massivement pour faire leurs devoirs. Entre dénis et illusions, comment s’adapter ? Faut-il s’adapter ?
Texte intégral (3964 mots)

Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 24 juin 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.

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L’IA générative est en train de transformer en profondeur le monde de l’éducation, où les élèves l’utilisent massivement pour faire leurs devoirs. Entre dénis et illusions, comment s’adapter ? Faut-il s’adapter ?

 

 

 

 

 

 

À l’été 2023, Ethan Mollick, professeur de management à Wharton, codirecteur du Generative AI Labs et auteur de Co-intelligence : vivre et travailler avec l’IA (qui vient de paraître en français chez First), décrivait dans son excellente newsletter, One useful thing, l’apocalypse des devoirs. Cette apocalypse qu’il annonçait était qu’il ne serait plus possible pour les enseignants de donner des devoirs à leurs élèves à cause de l’IA, redoutant une triche généralisée.

Pourtant, rappelait-il, la triche est là depuis longtemps. Une étude longitudinale de 2020 montrait déjà que de moins en moins d’élèves bénéficiaient des devoirs qu’ils avaient à faire. L’étude, menée par le professeur de psychologie cognitive, Arnold Glass du Learning and memory laboratory de Rutgers, montrait que lorsque les élèves faisaient leurs devoirs en 2008, cela améliorait leurs notes aux examens pour 86 % d’entre eux, alors qu’en 2017, les devoirs ne permettaient plus d’améliorer les notes que de 45 % des élèves. Pourquoi ? Parce que plus de la moitié des élèves copiaient-collaient les réponses à leurs devoirs sur internet en 2017, et n’en tiraient donc pas profit. Une autre étude soulignait même que 15 % des élèves avaient payé quelqu’un pour faire leur devoir, généralement via des sites d’aides scolaires en ligne. Si tricher s’annonce plus facile avec l’IA, il faut se rappeler que c’était déjà facile avant sa généralisation.

Les calculatrices n’ont pas tué les mathématiques

Mais la triche n’est pas la seule raison pour laquelle l’IA remet en question la notion même de devoirs. Mollick rappelle que l’introduction de la calculatrice a radicalement transformé l’enseignement des mathématiques. Dans un précédent article, il revenait d’ailleurs sur cette histoire. Lorsque la calculatrice a été introduite dans les écoles, les réactions ont été étonnamment proches des inquiétudes initiales que Mollick entend aujourd’hui concernant l’utilisation de l’IA par les élèves. En s’appuyant sur une thèse signée Sarah Banks, Mollick rappelle que dès les années 70, certains professeurs étaient impatients d’intégrer l’usage des calculatrices dans leurs classes, mais c’était loin d’être le cas de tous. La majorité regardait l’introduction de la calculatrice avec suspicion et les parents partageaient l’inquiétude que leurs enfants n’oublient les bases des maths. Au début des années 80, les craintes des enseignants s’étaient inversées, mais très peu d’écoles fournissaient de calculatrices à leurs élèves. Il faut attendre le milieu des années 1990, pour que les calculatrices intègrent les programmes scolaires. En fait, un consensus pratique sur leur usage a été atteint. Et l’enseignement des mathématiques ne s’est pas effondré (même si les tests Pisa montrent une baisse de performance, notamment dans les pays de l’OCDE, mais pour bien d’autres raisons que la généralisation des calculatrices).

Pour Mollick, l’intégration de l’IA à l’école suivra certainement un chemin similaire. « Certains devoirs nécessiteront l’assistance de l’IA, d’autres l’interdiront. Les devoirs d’écriture en classe sur des ordinateurs sans connexion Internet, combinés à des examens écrits, permettront aux élèves d’acquérir les compétences rédactionnelles de base. Nous trouverons un consensus pratique qui permettra d’intégrer l’IA au processus d’apprentissage sans compromettre le développement des compétences essentielles. Tout comme les calculatrices n’ont pas remplacé l’apprentissage des mathématiques, l’IA ne remplacera pas l’apprentissage de l’écriture et de la pensée critique. Cela prendra peut-être du temps, mais nous y parviendrons », explique Mollick, toujours optimiste.

Pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

Mais l’impact de l’IA ne se limite pas à l’écriture, estime Mollick. Elle peut aussi être un vulgarisateur très efficace et ChatGPT peut répondre à bien des questions. L’arrivée de l’IA remet en cause les méthodes d’enseignements traditionnelles que sont les cours magistraux, qui ne sont pas si efficaces et dont les alternatives, pour l’instant, n’ont pas connu le succès escompté. « Les cours magistraux ont tendance à reposer sur un apprentissage passif, où les étudiants se contentent d’écouter et de prendre des notes sans s’engager activement dans la résolution de problèmes ni la pensée critique. Dans ce format, les étudiants peuvent avoir du mal à retenir l’information, car leur attention peut facilement faiblir lors de longues présentations. De plus, l’approche universelle des cours magistraux ne tient pas compte des différences et des capacités individuelles, ce qui conduit certains étudiants à prendre du retard tandis que d’autres se désintéressent, faute de stimulation ». Mollick est plutôt partisan de l’apprentissage actif, qui supprime les cours magistraux et invite les étudiants à participer au processus d’apprentissage par le biais d’activités telles que la résolution de problèmes, le travail de groupe et les exercices pratiques. Dans cette approche, les étudiants collaborent entre eux et avec l’enseignant pour mettre en pratique leurs apprentissages. Une méthode que plusieurs études valorisent comme plus efficaces, même si les étudiants ont aussi besoin d’enseignements initiaux appropriés.

La solution pour intégrer davantage d’apprentissage actif passe par les classes inversées, où les étudiants doivent apprendre de nouveaux concepts à la maison (via des vidéos ou des ressources numériques) pour les appliquer ensuite en classe par le biais d’activités, de discussions ou d’exercices. Afin de maximiser le temps consacré à l’apprentissage actif et à la pensée critique, tout en utilisant l’apprentissage à domicile pour la transmission du contenu.

Pourtant, reconnaît Mollick, l’apprentissage actif peine à s’imposer, notamment parce que les professeurs manquent de ressources de qualité et de matériel pédagogique inversé de qualité. Des lacunes que l’IA pourrait bien combler. Mollick imagine alors une classe où des tuteurs IA personnalisés viendraient accompagner les élèves, adaptant leur enseignement aux besoins des élèves tout en ajustant les contenus en fonction des performances des élèves, à la manière du manuel électronique décrit dans L’âge de diamant de Neal Stephenson, emblème du rêve de l’apprentissage personnalisé. Face aux difficultés, Mollick à tendance à toujours se concentrer « sur une vision positive pour nous aider à traverser les temps incertains à venir ». Pas sûr que cela suffise.

Dans son article d’août 2023, Mollick estime que les élèves vont bien sûr utiliser l’IA pour tricher et vont l’intégrer dans tout ce qu’ils font. Mais surtout, ils vont nous renvoyer une question à laquelle nous allons devoir répondre : ils vont vouloir comprendre pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

Perturbation de l’écriture et de la lecture

Mollick rappelle que la dissertation est omniprésente dans l’enseignement. L’écriture remplit de nombreuses fonctions notamment en permettant d’évaluer la capacité à raisonner et à structurer son raisonnement. Le problème, c’est que les dissertations sont très faciles à générer avec l’IA générative. Les détecteurs de leur utilisation fonctionnent très mal et il est de plus en plus facile de les contourner. A moins de faire tout travail scolaire en classe et sans écrans, nous n’avons plus de moyens pour détecter si un travail est réalisé par l’homme ou la machine. Le retour des dissertations sur table se profile, quitte à grignoter beaucoup de temps d’apprentissage.

Mais pour Mollick, les écoles et les enseignants vont devoir réfléchir sérieusement à l’utilisation acceptable de l’IA. Est-ce de la triche de lui demander un plan ? De lui demander de réécrire ses phrases ? De lui demander des références ou des explications ? Qu’est-ce qui peut-être autorisé et comment les utiliser ? 

Pour les étudiants du supérieur auxquels il donne cours, Mollick a fait le choix de rendre l’usage de l’IA obligatoire dans ses cours et pour les devoirs, à condition que les modalités d’utilisation et les consignes données soient précisées. Pour lui, cela lui a permis d’exiger des devoirs plus ambitieux, mais a rendu la notation plus complexe.

Mollick rappelle qu’une autre activité éducative primordiale reste la lecture. « Qu’il s’agisse de rédiger des comptes rendus de lecture, de résumer des chapitres ou de réagir à des articles, toutes ces tâches reposent sur l’attente que les élèves assimilent la lecture et engagent un dialogue avec elle ». Or, l’IA est là encore très performante pour lire et résumer. Mollick suggère de l’utiliser comme partenaire de lecture, en favorisant l’interaction avec l’IA, pour approfondir les synthèses… Pas sûr que la perspective apaise la panique morale qui se déverse dans la presse sur le fait que les étudiants ne lisent plus. Du New Yorker (« Les humanités survivront-elles à ChatGPT ? » ou « Est-ce que l’IA encourage vraiment les élèves à tricher ? ») à The Atlantic (« Les étudiants ne lisent plus de livres » ou « La génération Z voit la lecture comme une perte de temps ») en passant par les pages opinions du New York Times (qui explique par exemple que si les étudiants ne lisent plus c’est parce que les compétences ne sont plus valorisées nulles part), la perturbation que produit l’arrivée de ChatGPT dans les études se double d’une profonde chute de la lecture, qui semble être devenue d’autant plus inutile que les machines les rendent disponibles. Mêmes inquiétudes dans la presse de ce côté-ci de l’Atlantique, du Monde à Médiapart en passant par France Info

Mais l’IA ne menace pas que la lecture ou l’écriture. Elle sait aussi très bien résoudre les problèmes et exercices de math comme de science.

Pour Mollick, comme pour bien des thuriféraires de l’IA, c’est à l’école et à l’enseignement de s’adapter aux perturbations générées par l’IA, qu’importe si la société n’a pas demandé le déploiement de ces outils. D’ailleurs, soulignait-il très récemment, nous sommes déjà dans une éducation post-apocalyptique. Selon une enquête de mai 2024, aux Etats-Unis 82 % des étudiants de premier cycle universitaire et 72 % des élèves de la maternelle à la terminale ont déjà utilisé l’IA. Une adoption extrêmement rapide. Même si les élèves ont beau dos de ne pas considérer son utilisation comme de la triche. Pour Mollick, « la triche se produit parce que le travail scolaire est difficile et comporte des enjeux importants ». L’être humain est doué pour trouver comment se soustraire ce qu’il ne souhaite pas faire et éviter l’effort mental. Et plus les tâches mentales sont difficiles, plus nous avons tendance à les éviter. Le problème, reconnaît Mollick, c’est que dans l’éducation, faire un effort reste primordial.

Dénis et illusions

Pourtant, tout le monde semble être dans le déni et l’illusion. Les enseignants croient pouvoir détecter facilement l’utilisation de l’IA et donc être en mesure de fixer les barrières. Ils se trompent très largement. Une écriture d’IA bien stimulée est même jugée plus humaine que l’écriture humaine par les lecteurs. Pour les professeurs, la seule option consiste à revenir à l’écriture en classe, ce qui nécessite du temps qu’ils n’ont pas nécessairement et de transformer leur façon de faire cours, ce qui n’est pas si simple.

Mais les élèves aussi sont dans l’illusion. « Ils ne réalisent pas réellement que demander de l’aide pour leurs devoirs compromet leur apprentissage ». Après tout, ils reçoivent des conseils et des réponses de l’IA qui les aident à résoudre des problèmes, qui semble rendre l’apprentissage plus fluide. Comme l’écrivent les auteurs de l’étude de Rutgers : « Rien ne permet de croire que les étudiants sont conscients que leur stratégie de devoirs diminue leur note à l’examen… ils en déduisent, de manière logique, que toute stratégie d’étude augmentant leur note à un devoir augmente également leur note à l’examen ». En fait, comme le montre une autre étude, en utilisant ChatGPT, les notes aux devoirs progressent, mais les notes aux examens ont tendance à baisser de 17 % en moyenne quand les élèves sont laissés seuls avec l’outil. Par contre, quand ils sont accompagnés pour comprendre comment l’utiliser comme coach plutôt qu’outil de réponse, alors l’outil les aide à la fois à améliorer leurs notes aux devoirs comme à l’examen. Une autre étude, dans un cours de programmation intensif à Stanford, a montré que l’usage des chatbots améliorait plus que ne diminuaient les notes aux examens.

Une majorité de professeurs estiment que l’usage de ChatGPT est un outil positif pour l’apprentissage. Pour Mollick, l’IA est une aide pour comprendre des sujets complexes, réfléchir à des idées, rafraîchir ses connaissances, obtenir un retour, des conseils… Mais c’est peut-être oublier de sa part, d’où il parle et combien son expertise lui permet d’avoir un usage très évolué de ces outils. Ce qui n’est pas le cas des élèves.

Encourager la réflexion et non la remplacer

Pour que les étudiants utilisent l’IA pour stimuler leur réflexion plutôt que la remplacer, il va falloir les accompagner, estime Mollick. Mais pour cela, peut-être va-t-il falloir nous intéresser aux professeurs, pour l’instant laissés bien dépourvus face à ces nouveaux outils.

Enfin, pas tant que cela. Car eux aussi utilisent l’IA. Selon certains sondages américains, trois quarts des enseignants utiliseraient désormais l’IA dans leur travail, mais nous connaissons encore trop peu les méthodes efficaces qu’ils doivent mobiliser. Une étude qualitative menée auprès d’eux a montré que ceux qui utilisaient l’IA pour aider leurs élèves à réfléchir, pour améliorer les explications obtenaient de meilleurs résultats. Pour Mollick, la force de l’IA est de pouvoir créer des expériences d’apprentissage personnalisées, adaptées aux élèves et largement accessibles, plus que les technologies éducatives précédentes ne l’ont jamais été. Cela n’empêche pas Mollick de conclure par le discours lénifiant habituel : l’éducation quoi qu’il en soit doit s’adapter !

Cela ne veut pas dire que cette adaptation sera très facile ou accessible, pour les professeurs, comme pour les élèves. Dans l’éducation, rappellent les psychologues Andrew Wilson et Sabrina Golonka sur leur blog, « le processus compte bien plus que le résultat  ». Or, l’IA fait à tous la promesse inverse. En matière d’éducation, cela risque d’être dramatique, surtout si nous continuons à valoriser le résultat (les notes donc) sur le processus. David Brooks ne nous disait pas autre chose quand il constatait les limites de notre méritocratie actuelle. C’est peut-être par là qu’il faudrait d’ailleurs commencer, pour résoudre l’IApocalypse éducative…

Pour Mollick cette évolution « exige plus qu’une acceptation passive ou une résistance futile ». « Elle exige une refonte fondamentale de notre façon d’enseigner, d’apprendre et d’évaluer les connaissances. À mesure que l’IA devient partie intégrante du paysage éducatif, nos priorités doivent évoluer. L’objectif n’est pas de déjouer l’IA ou de faire comme si elle n’existait pas, mais d’exploiter son potentiel pour améliorer l’éducation tout en atténuant ses inconvénients. La question n’est plus de savoir si l’IA transformera l’éducation, mais comment nous allons façonner ce changement pour créer un environnement d’apprentissage plus efficace, plus équitable et plus stimulant pour tous ». Plus facile à dire qu’à faire. Expérimenter prend du temps, trouver de bons exercices, changer ses pratiques… pour nombre de professeurs, ce n’est pas si évident, d’autant qu’ils ont peu de temps disponible pour se faire ou se former.  La proposition d’Anthropic de produire une IA dédiée à l’accompagnement des élèves (Claude for Education) qui ne cherche pas à fournir des réponses, mais produit des modalités pour accompagner les élèves à saisir les raisonnements qu’ils doivent échafauder, est certes stimulante, mais il n’est pas sûr qu’elle ne soit pas contournable.

Dans les commentaires des billets de Mollick, tout le monde se dispute, entre ceux qui pensent plutôt comme Mollick et qui ont du temps pour s’occuper de leurs élèves, qui vont pouvoir faire des évaluations orales et individuelles, par exemple (ce que l’on constate aussi dans les cursus du supérieur en France, rapportait le Monde). Et les autres, plus circonspects sur les évolutions en cours, où de plus en plus souvent des élèves produisent des contenus avec de l’IA que leurs professeurs font juger par des IA… On voit bien en tout cas, que la question de l’IA générative et ses usages, ne pourra pas longtemps rester une question qu’on laisse dans les seules mains des professeurs et des élèves, à charge à eux de s’en débrouiller.

Hubert Guillaud

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29.06.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 29 juin 2026

Khrys

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Spécial IA

Spécial guerre(s) au Moyen-Orient

  • ‘End It Now’ : Senate Passes War Powers Resolution Rebuking Trump’s Iran War (commondreams.org)

    “The House and the Senate have both stood up,” Democratic Washington Rep. Pramila Jayapal said. “It’s time to stop this deadly and costly conflict.”

  • États-Unis-Israël : brouille ou tournant historique ? (politis.fr)

    La grosse colère de J.D. Vance contre le gouvernement Netanyahou annonce-t-elle une réorientation stratégique profonde ?[…]« Si j’étais le gouvernement israélien, peut-être que je n’attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète », s’est emporté le vice-président américain, avant de passer aux menaces à peine voilées : « Ces derniers mois, deux tiers des armes défensives utilisées par Israël ont été fabriquées par des mains américaines et payées par le contribuable américain » […] On ne saurait être plus clair. Et plus cynique. Car ce qui met en colère Vance et Trump, ce n’est évidemment pas le massacre de 73 000 Gazaouis, et pas même la promesse du ministre israélien Itamar Ben Gvir de « brûler le Liban », mais le fait que les bombes israéliennes menacent l’accord irano-américain.

  • Israeli attack kills famed turtle sanctuary ecologist in Lebanon (theguardian.com)

    The Lebanese marine activist Mona Khalil, who became a beloved figure in the country for a decades-long effort to protect a nesting site for turtles near her home, has died from injuries sustained in an Israeli strike.

  • Archiving Genocide in Real Time : Who Has the Right to Narrate Death ? (daraj.media)

    Amid the systematic and widespread destruction of southern Lebanese villages, extending even to cemeteries, Lebanon is witnessing a genuine and growing concern with preserving what remains of personal and collective archives. Individuals, groups, and institutions are racing to salvage photographs, documents, and memories at risk of being lost forever.

Spécial femmes dans le monde

Spécial France

Spécial femmes en France

RIP

  • Mort de Guesch Patti, interprète du sulfureux tube “Étienne” (telerama.fr)

    En 2001, alors qu’elle était à l’affiche à Paris d’un spectacle de danse contemporaine, sa véritable passion, elle avait confié à l’AFP combien le succès d’Étienne avait phagocyté sa carrière même s’il lui avait permis de décrocher une Victoire de la musique.

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

Spécial outils de résistance

  • Fight Chat Control ! (fightchatcontrol.eu)

    A shocking backroom deal is underway to revive Chat Control 1.0 this Friday — and on Monday 29 June, the final trilogue for permanent mass scanning takes place. We face a double-attack on private communication. Take two minutes now : e-mail your MEPs and Permanent Representation to stop this !

  • Keep Android open ! (keepandroidopen.org)

    Votre téléphone est sur le point de ne plus vous appartenir

Spécial MAGAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les trucs chouettes de la semaine

  • RN privé de ses financements occulte : l’Iforel, bras financier caché du parti, perd son agrément (politique-france.info)

    Le RN privé de sa manne financière cachée : l’Iforel, institut de formation des élus locaux, perd son agrément après un revers juridique. Une décision qui prive le parti d’une source de revenus majeure et révèle les dérives d’un système de financement occulte.

  • Banned Book Library (richardosgood.com)

    A long while back I had an idea to hack a WiFi smart light bulb to do something more useful to me. Actually, I had a few different ideas of things to do with them. One of these ideas was to modify the device to have an open WiFi access point and a web server hosting banned books.

  • FDN souffle son quatrième chiffre pour sa 34ᵉ bougie ! (fdn.fr)

    Le cap des 1 000 membres vient d’être franchi chez FDN ! Lorsque l’idée de la Fédération FDN a émergé vers 2009-2010, c’était parce qu’on trouvait à l’époque que 300, c’était déjà trop gros. L’idée en effet n’a jamais été de grossir démesurément mais au contraire de favoriser l’essaimage, la création de tout plein d’autres FAI associatifs partageant nos valeurs, de faire tache d’huile. Depuis, une trentaine de FAI ont vu le jour, certains ont ensuite décidé d’arrêter l’aventure, d’autres ont continué à se développer. C’est ainsi que FDN a fini par dépasser sa 1000ᵉ personne membre, tout en continuant à prioriser l’Internet à échelle humaine et une informatique émancipatrice aux côtés des autres membres de la Fédération.

  • Autogestion : un autre travail à l’horizon (mob-media.info)

    Des boulangeries aux pompes funèbres, des entreprises font le pari de l’autogestion, partout en France, et redessinent l’organisation du travail au quotidien. L’objectif : fonctionner de manière plus horizontale et plus collective, en misant sur la coopération et la responsabilité partagée.

  • La ville de Lille enlève le bitume de ses écoles pour créer des îlots de fraîcheur (lareleveetlapeste.fr)

    Lille protège ses écoliers avec trois principes : débitumisation, isolation et végétalisation. Pour un coût annuel qui oscille entre 1 et 1,2 million d’euros, 3 nouvelles cours d’école sont débitumisées chaque année pour supporter les vagues de canicule toujours plus intenses. […] « On a traité en priorité les cours d’école les moins végétalisées, les plus bitumées, celles qui n’avaient pas d’arbres du tout. On a veillé à s’occuper des quartiers où il y a davantage de personnes sous le seuil de pauvreté qui n’ont pas forcément de jardin. »

  • “Il fait 24 degrés dans mon école, on est trop bien !” Ce village s’est battu pendant des années pour construire son nouveau groupe scolaire en pierre locale, un pari gagnant contre la chaleur (france3-regions.franceinfo.fr)
  • ‘Everything has its own order and purpose’ : The rainforest ‘farms’ defying modern agriculture (bbc.com)

    This unique indigenous way to produce food uses no pesticides and returns plots to the rainforest after five years. What can we learn from this 4,500-year-old practice ?

  • Les femelles dauphins se transmettent une liste des mâles relous à éviter (slate.fr)

    Des chercheureuses ont observé que certaines dauphines réagissent immédiatement aux vocalisations de mâles réputés agressifs. Cette capacité à associer une identité sonore à une réputation comportementale pourrait constituer une stratégie d’évitement.

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22.06.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 22 juin 2026

Khrys

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18.06.2026 à 18:20

Table ronde « Logiciels libres », avec Framasoft, à l’Assemblée Nationale

Framasoft

Depuis février 2026, la commission d’enquête « sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France » est conduite, à l’Assemblée nationale par Cyrielle Chatelain (rapporteure) et Philippe Latombe (président). … Lire la suite­­
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Depuis février 2026, la commission d’enquête « sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France » est conduite, à l’Assemblée nationale par Cyrielle Chatelain (rapporteure) et Philippe Latombe (président). De nombreuses auditions ont été tenues, le logiciel libre y étant souvent évoqué comme alternative aux situations de dépendance. Framasoft a été auditionnée mercredi 6 mai 2026 dans le cadre d’une table ronde sur le logiciel libre.

Pierre-Yves Gosset, coordinateur des services numériques de l’association Framasoft, est intervenu au côté d’Étienne Gonnu et Loïc Dayot, respectivement chargé de plaidoyer et administrateur de l’association April, de Renaud Chaput, directeur technique de Mastodon, et de Nicolas Vivant, fondateur de France Numérique Libre, directeur de la stratégie et de la culture numériques de la commune d’Échirolles.

 


Vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique : Table ronde sur le logiciel libre – Mercredi 6 mai 2026
 

 

Les auditions se sont achevées courant mai et le rapport devrait être publié en juillet 2026.

 

 

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16.06.2026 à 15:20

LaSuite.coop : interview d’une coopérative qui veut (elle aussi !) dégoogliser internet

Framasoft

Ce n’est pas tous les jours qu’on a de belles perspectives à partager. Alors ne boudons pas notre plaisir ! En mars dernier, nous vous partagions un (long) article sur La suite numérique de l’État, les critiques qui en étaient faites, … Lire la suite­­
Texte intégral (3363 mots)

Ce n’est pas tous les jours qu’on a de belles perspectives à partager. Alors ne boudons pas notre plaisir !

En mars dernier, nous vous partagions un (long) article sur La suite numérique de l’État, les critiques qui en étaient faites, et plus généralement la stratégie « Make or Buy » de l’État.

Nous évoquions alors une interview de l’équipe de LaSuite.coop, une coopérative dont l’objectif est de proposer des outils numériques libres et éthiques (en partie basés sur les outils de LaSuite de l’État).

Nous avons enfin trouvé le temps de les interroger sur leur projet, et ça tombe bien, puisqu’elles et ils ouvrent leur sociétariat à toute personne souhaitant participer à l’aventure. 

Hello l’équipe de LaSuite.coop ! On est ravi⋅es de vous accueillir pour cette nouvelle interview sur le Framablog. Commençons par le début : qui êtes-vous ?

Bonjour à toute la communauté Framasoft ! Ici LaSuite.coop, une coopérative née de la rencontre entre plusieurs structures qui avaient chacune la même conviction : les organisations qui défendent des valeurs progressistes méritent des outils numériques qui leur ressemblent.

Derrière le projet, on trouve cinq structures fondatrices : IndieHosters, coopérative qui héberge des services libres depuis plus de dix ans ; Open Source Politics, spécialiste des plateformes de démocratie participative pour les collectivités ; Yaal Coop, coopérative de développement logiciel ; Algoo, éditeur de Galaé, notre solution de messagerie email libre et Le Bureau.coop coopérative qui accompagne dans la gestion de noms de domaine.. Ensemble, nous avons constitué une SCIC, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, pour porter collectivement ce projet.

Ce qui nous rassemble, ce n’est pas simplement le logiciel libre. C’est l’idée que la manière dont on produit et gouverne les outils numériques a des conséquences politiques concrètes. On se doute que vous le savez déjà, mais utiliser Google Workspace ou Microsoft 365, ce n’est pas un choix neutre : c’est confier ses données, ses communications et son autonomie à des entreprises dont le modèle économique repose sur l’extraction et la centralisation. Nous pensons qu’il existe une autre voie, et nous essayons de la rendre accessible.

Alors, dites nous en plus maintenant sur le projet « LaSuite.coop ». Quelle est son histoire ?

L’idée vient d’IndieHosters. Depuis 2015, Timothée, Pierre et leur collectif expérimentent des outils libres avec une conviction simple : il devrait être possible de s’émanciper des GAFAM sans sacrifier le confort ni la fiabilité. En 2020, pendant le confinement, ils lancent Liiibre, une suite collaborative complète, avec un modèle économique basé sur les communs, sans clients ni prestataires, mais avec des contributeurs et contributrices d’une ressource partagée. L’utopie concrète, comme ils disaient.

C’est à cette même période qu’IndieHosters et Open Source Politics commencent à travailler ensemble sur des projets de civic tech comme la mise en place d’outils de documentation pour Numérique En Commun(s) et la migration de la pétition du Sénat sur Decidim. En parallèle, IndieHosters est sollicité pour contribuer à l’infrastructure de La Suite numérique de l’État portée par la DINUM. Deux chemins qui s’alimentent mutuellement : d’un côté des expertises techniques qui se renforcent au contact de déploiements à grande échelle, de l’autre des relations de confiance qui se construisent avec des personnes d’horizons différents venant de l’État, de l’ESS et de la civic tech.

C’est là qu’IndieHosters propose à OSP de commercialiser Liiibre. IndieHosters (« IH ») avait les outils et l’infrastructure, Open Source Politics (« OSP ») avait les clients et les relations commerciales. Une complémentarité évidente. Et du côté d’OSP, le contexte accélère la décision : quand Musk rachète Twitter pour en faire une machine à désinformation, quand Trump récompense les Big Tech qui l’ont soutenu, quand Meta supprime ses équipes de fact-checking, on réalise que proposer seulement des outils de participation citoyenne à nos clients n’est plus suffisant. La souveraineté numérique ne peut pas s’arrêter à la plateforme de consultation. On embrasse donc la vision d’IndieHosters.

C’est de là que naît l’idée de LaSuite.coop. Ensemble, on a regardé de près les outils de La Suite numérique de l’État et ils nous ont grandement séduit. Comme ils étaient réservés aux agents publics nous y avons vu une opportunité d’en faire profiter le plus grand nombre. Mais pour aller plus loin, il fallait s’entourer.

Pour le développement IndieHosters a pensé à Yaal Coop qu’ils connaissent via le réseau Libre Entreprise, un réseau d’entreprise du numérique libre qui applique les valeurs du libre à sa gouvernance (horizontalité, transparence, égalité salariale, …), ainsi que par le collectif CHATONS.

Et suite au rachat de Gandi on a vu émerger deux initiatives qui nous on plu, Galae un service email professionnel commercialisé par Algoo et LeBureau.coop pour les noms de domaines. On leur a alors présenté notre projet et proposé de nous rejoindre.

OK. Alors maintenant, creusons un peu votre offre de services : vous proposez quoi ? Et à qui ?

À qui s’adresse-t-on ? À toute organisation qui cherche une alternative crédible aux suites de Google ou Microsoft : associations, syndicats, coopératives, mutuelles, structures de l’ESS, collectivités, communes de plus de 1 500 habitants, établissements d’enseignement supérieur, médias indépendants, partis politiques… Si vous partagez nos valeurs et avez besoin d’outils fiables sans sacrifier votre indépendance numérique, LaSuite.coop s’adresse à vous.

Un mot sur notre modèle : on parle de cotisation, pas d’abonnement, et ce n’est pas qu’une question de sémantique. En cotisant, une organisation ne paie pas simplement un prestataire pour un service, elle contribue à un commun, elle participe à le faire vivre et à le développer. C’est une relation fondamentalement différente de celle qu’on entretient avec un éditeur SaaS classique. Le montant est calculé en fonction de la taille de l’organisation et des outils déployés il nous paraît logique de ne pas faire payer une petite asso au même tarif qu’une fédération nationale.

Concrètement, on propose aujourd’hui une suite complète accessible via un portail de connexion unique : visio, chat, mail, agenda, prise de notes collaborative, stockage et partage de fichiers (avec la suite Collabora intégrée pour créer vos documents textes, tableurs et présentations), un gestionnaire de mots de passe et Grist, un outil no-code super puissant pour gérer vos données. Notre offre actuelle s’adresse aux organisations d’au moins dix personnes, mais on travaille à ouvrir le service aux particuliers et aux petits collectifs d’ici la fin de l’année. La souveraineté numérique ne devrait pas être réservée aux structures déjà bien installées.

 

Capture du site LaSuite.coop

Capture du site LaSuite.coop

 

Votre offre propose essentiellement les logiciels portés par La Suite Numérique de l’État, pourquoi ? Quel est votre rapport avec les équipes de la Dinum ?

Notre offre comporte en partie des logiciels portés par la DINUM parce que ce sont de très bons outils, tout simplement. Docs, Fichiers, Grist, Visio, ces logiciels ont été développés (ou amélioré pour le cas de Grist) pour répondre aux exigences d’une administration qui gère des données sensibles et des millions d’utilisatrices et d’utilisateurs. Ils sont robustes, open source, maintenus par des communautés actives. Quand on a regardé ce qui existait pour construire LaSuite.coop, la réponse s’est imposée assez naturellement.

D’autant plus que les membres d’IndieHosters ont contribué en partie à l’infrastructure de La Suite numérique de l’État. Cette relation de travail a créé une vraie proximité. Aujourd’hui on remonte des bugs, on participe aux discussions sur la feuille de route, et on s’implique dans les réflexions pour pérenniser le code de ces outils dans la durée. Il n’y a pas de contrat qui nous lie, juste une communauté qui s’articule dans le même sens. On avance ensemble, chacun de son côté, vers le même horizon.

C’est d’ailleurs ce que Timothée est allé défendre plus tôt cette année au FOSDEM : un modèle public-coopératif pour les communs numériques. L’idée est simple et puissante, la DINUM crée et garantit les communs, LaSuite.coop les maintient, les déploie et les rend accessibles au-delà de l’administration, et la communauté en oriente l’évolution. Chacun son rôle, dans le même sens. Un modèle qui n’a pas besoin de capital-risque ni de logique extractive pour tenir, juste des acteurs alignés sur l’intérêt général.

 

Avez-vous d’autres envies d’ouverture de services en perspective ?

Oui en effet ! D’abord ouvrir le service aux structures de moins de dix personnes et aux particuliers, ensuite, développer un outil de migration pour faciliter la transition vers LaSuite.coop pour le plus grand nombre. Parce qu’on sait que le frein principal ce n’est pas la volonté, c’est la complexité perçue du passage d’un outil à un autre. Un bon outil de migration, c’est ce qui transforme une bonne intention en vrai changement.

Nous avons également des liens étroits avec d’autres éditeurs d’applications qu’on prévoit de faire rentrer dans la gouvernance et dans l’offre prochainement : Biru (avec l’app Tenzu), tiBillet, kaihuri (pour Mobilizon) et peut être vous Framasoft (pour PeerTube).

 

Super ! Vous êtes actuellement en période de pré-ouverture de levée de fonds, car vous ouvrez votre sociétariat. Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ?

Devenir sociétaire de LaSuite.coop, c’est acquérir au moins une part sociale à 100 euros et avec elle, une voix dans la coopérative. Droit de vote, accès aux assemblées générales, possibilité de peser sur les futurs développements des outils. On ne devient pas client, on devient copropriétaire d’une infrastructure numérique souveraine.

C’est rare, et c’est ce qui nous tient à cœur, que les personnes qui utilisent ces outils puissent aussi décider de leur direction. Une coopérative sans sociétaires, c’est une coquille vide. Avec eux, c’est un projet qui s’ancre dans le temps.

Pour l’instant, vous pouvez manifester votre intérêt sur notre site, la campagne ouvrira très prochainement. Ces pré-inscriptions comptent beaucoup pour nous car c’est une façon concrète de mesurer l’intérêt pour le projet et de nous donner la confiance nécessaire pour avancer sereinement vers nos objectifs. Inscrivez-vous dès maintenant sur https://societariat.lasuite.coop/ pour être averti·e en avant-première.

Capture écran site LaSuite.coop

Capture écran site LaSuite.coop

 

Vous êtes-vous fixé des objectifs financiers à atteindre ? Lesquels et pourquoi ?

Nous nous sommes fixé un objectif minimum de 200 000 € pour avoir les reins solides et franchir un premier cap : augmenter significativement le nombre d’organisations auxquelles nous proposons nos services, en commençant par les coopératives.

Au-delà, nous espérons rencontrer un écho le plus large possible, pour avoir les moyens d’outiller rapidement les petites entreprises et le grand public.

Enfin, à partir d’un seuil de quelques millions d’euros, nous considérons qu’il sera préférable de créer un fonds de dotation pour accompagner l’essaimage de structures comme la nôtre sur le territoire, plutôt que de devenir une méga-structure. Nous avons à cœur de privilégier la mise en réseau de structures à taille humaine comme le font des coopératives telles que Biocoop ou Enercoop, plutôt que de former un monolithe. Sur ce point aussi, on pense différemment des GAFAM !

Les tarifs de LaSuite.coop (au 11/06/2026)

Les tarifs de LaSuite.coop (au 11/06/2026)

Allongez-vous sur le divan, fermez les yeux… Pour vous, dans 5 ans, LaSuite.coop, c’est quoi ?

Dans cinq ans, on aimerait avoir prouvé qu’un modèle coopératif peut tenir face aux géants, pas en les imitant, mais en faisant mieux sur ce qui compte vraiment. Des outils aussi fluides que Google Workspace, avec un contact humain en plus et des données qui restent les vôtres.

Concrètement, on veut avoir ouvert le service au grand public, développé un outil de migration en un clic depuis Microsoft et Google et commencé à reverser une part de notre chiffre d’affaires aux communs numériques que nous faisons vivre.

On veut aussi avoir les moyens de financer deux postes qui nous tiennent particulièrement à cœur. Le premier : une personne dédiée à la qualité du code que l’on repartage à la communauté open source avec documentation rigoureuse, code lisible, pour que n’importe qui puisse venir étudier ce qu’on fait et s’en emparer. Le deuxième, une personne à temps complet sur l’animation de l’écosystème des communs numériques, en interne ou via une structure partenaire. Parce qu’un commun sans communauté active, ça ne dure pas.

Il y a aussi l’ambition plus large de contribuer à faire migrer une partie significative de la population française vers des outils libres (on a le droit de rêver) et de porter un plaidoyer au niveau européen pour que ce modèle public-coopératif essaime au-delà de nos frontières. Nous sommes convaincus que la souveraineté numérique ne se construira pas pays par pays, chacun dans son coin. En cinq ans, on veut avoir démontré que l’utopie concrète, ça fonctionne.

On espère aussi que dans 5 ans (et même bien avant) on fasse parti des membres bien identifiés des Licoornes et qu’on participe avec eux à promouvoir le modèle coopératif, comme ils le font avec leur campagne ALT au capitalisme en cours.

Capture écran site LaSuite.coop

Question relativement récurrente dans les interviews du Framablog : y a-t-il une question que vous auriez aimé qu’on vous pose ?

La question qu’on redoute un peu mais qu’il faut poser : « Qu’est-ce qui pourrait faire échouer LaSuite.coop ? »

L’indifférence. Pas l’hostilité, ça, ça mobilise, mais l’indifférence… Le sentiment que le problème n’est pas si urgent, qu’on verra ça plus tard. On peut construire les meilleurs outils du monde, porter le modèle le plus juste qui soit, si personne ne se sent concerné, ça ne suffit pas. C’est pour ça que le sociétariat compte autant pour nous. Chaque personne qui rejoint la coopérative, c’est une personne de plus qui a décidé que plus tard c’est maintenant.

 

Lien pour vous soutenir :

societariat.lasuite.coop

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15.06.2026 à 08:45

Quand est-ce qu’on interdit les lunettes connectées ?

Gee

Bon. On pensait être débarrassés de ces saletés suite au flop des Google Glass, mais visiblement, ça revient à la mode. Alors faisons le point… Quand est-ce qu’on interdit les lunettes connectées ? 💡 Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau : … Lire la suite­­
Texte intégral (1808 mots)

Bon. On pensait être débarrassés de ces saletés suite au flop des Google Glass, mais visiblement, ça revient à la mode. Alors faisons le point…

Quand est-ce qu’on interdit les lunettes connectées ?

💡 Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau : les lunettes connectées. Bon, le terme officiel, c’est « lunettes intelligentes », de l’anglais « smartglasses » calqué sur « smartphone »…

Gee dit : « Mais moi, j'en ai marre qu'on nous colle de “l'intelligence” à tout-va dans un monde numérique qui me semble de plus en plus stupide. Alors j'vais appeler ça des “lunettes connectées”. » On voit un homme avec des lunettes connectées. Une flèche indique « lunettes connectées », une autre « air con ».

⚠️ Il y a 15 ans déjà, en 2011, Google lance les hostilités avec les Google Glass.

Un type avec des lunettes dit : « Je peux filmer et enregistrer tout le monde d'un simple regard ! » La Geekette dit : « Mais c'est horrible ! » Le type répond : « Oui, mais c'est seulement 1500 $ et la batterie tient une heure en me cramant la tempe au passage ! Ceci est une révolution ! »

▶️ Lorsque Google met fin à l’expérimentation en 2015, après un nombre de ventes ridicule, on croit le projet enterré dans la décharge du numérique où viendront vite le rejoindre les NFT et le Métavers.

Mais c’est sans compter sur…

Facebook en 2021.

Zuckerberg dit : « On lance les Ray-Ban Meta ! De la surveillance généralisée, oui, mais avec la classe ! En partenariat avec Ray-Ban – bah oui – et EssilorLuxottica* ! » La Geekette, faussement enthousiaste : « Euuh… ouaaais… yoopy… »

La multinationale franco-italienne de la lunette. Ce qui nous permet de classer ce projet dans la catégorie « cacarico » : c’est caca, oui, mais c’est un peu français aussi !

💡 Au niveau technique, on reste sur du classique : caméras et microphones intégrés, connexion au téléphone par Bluetooth, et évidemment, stockage sur les serveurs de Facebook, dont on rappellera à toutes fins utiles qu’ils sont soumis aux lois étatsuniennes comme le Patriot Act.

Résumé du Patriot Act en termes juridiques simples. Cas 1 : vous êtes citoyen des États-Unis, on se torche avec votre vie privée. Cas 2 : vous n'êtes pas citoyen des États-Unis : pareil, mais on y va à deux mains.

Une question se pose donc assez rapidement :

Quand est-ce qu’on interdit ces merdes ?

Un politicien répond : « Mais non, les interdictions, c'est pour les pauvres qui font des rave parties ! Pour les multinationales, je propose plutôt des pactes de responsabilité et des incitations fiscales à n'être des pourritures que de manière plus occasionnelle. » Une flèche indique : résumé des politiques actuelles en termes juridiques simples.

⚠️ Il n’y a AUCUN univers où filer des lunettes connectées à tout le monde, ça se passe bien.

Un type filme avec un smartphone en disant : « Aaah, les smartphones… Avoir toujours une caméra dans la poche, quel plaisir pour filmer n'importe qui n'importe quand sans son consentement ! Dommage que ce soit si voyant. » Une femme passe en le remarquant : « Héé ! »

Même image, mais le type a des lunettes, les mains dans les poches. Il dit : « C'est mieux. » La femme passe sans s'en rendre compte.

⚠️ Là, si on commence à avoir des lunettes connectées un peu partout, on se lance sur un chemin dystopique à un niveau hallucinant.

(Surtout si, comme pour les fameuses enceintes connectées, les lunettes filment et enregistrent un peu quand Facebook le veut, sans qu’on ait des masses de contrôle sur les données et ce qui en est fait).

C’est la certitude, ou plutôt l’incertitude – ce qui est presque pire – d’être filmé, enregistré et analysé en permanence.

Un type en cravate regarde une foule avec plein de lunettes et pense : « Un panoptique généralisé et participatif… quel pied ! »

D’ailleurs, le public ne s’y trompe pas : dans une étude de la CNIL, on apprend que deux tiers des sondés trouvent que c’est un risque pour la vie privée.

Le smiley commente : « Moi j'pense que le dernier tiers avait pas compris la question. »

▶️ Pour les lunettes connectées comme pour l’IA générative, on aimerait voir les mêmes précautions que pour le clonage humain, rapidement interdit après la naissance de Dolly, la première brebis clonée en 1997.

1997. On voit la brebis taguée « Dolly », un homme réagit : « Quelle horreur ! Ça pose trop de problèmes éthiques, on va légiférer ! » 2022. Deux brebis taguées « ChatGPT qui pousse les gens au suicide », « Grok qui génère de la pédopornographie et des deep fakes », avec des lunettes connectées sur leurs visages. L'homme, extatique : « Quelle révolution ! Cramons nos dernières chances d'atténuer le dérèglement climatique pour encourager ça ! »

⚠️ Rappelons que le mantra de Facebook a longtemps été « move fast and break things », ce qui signifie donc « bouger vite et casser des trucs ». En général, quand quelqu’un annonce ses intentions aussi clairement, on ne lui déroule pas le tapis rouge.

Un loubard avec une barre-à-mine dit : « Bonjour, je viens tout péter. Votre vie privée, vos capacités cognitives, votre équilibre social et vos rythmes de vie. » En face, un politicien répond : « Euuh… » Le loubard dit : « Mais c'est pour le progrès technologique. » L'autre : « Ah ! Ça va alors. »

Ceci dit, ne soyons pas totalement négatifs, il reste un peu d’espoir, notamment du côté de l’Union européenne :

le Règlement sur l’intelligence artificielle, par exemple, enquiquine pas mal Meta et compagnie sur la question de l’exploitation des données des lunettes par IA.

Zuckerberg dit : « Rooh, du coup on n'a pas pu sortir la version avec écran intégré ! On n'aime pas l'innovation, chez ces arriérés d'européens ! » Gee précise : « Y'a aussi la présence de batteries amovibles et remplaçables sur les appareils technologiques que l'UE va bientôt commencer à imposer, et que les Ray-Ban Meta n'ont pas. » Zuckerberg : « Boarf, on va plancher sur une batterie amovible, si y'a que ça pour vous amadouer… »

💡 Ces rares freins sont un début, mais restent timides par rapport à l’ampleur du problème. Connaissant l’historique des GAFAM, est-ce que ce sera vraiment suffisant ?

Les GAFAM disent : « Contourner des législations… »  « … par des détails techniques ? » « Tout en payant des millions en lobbying intensif… » « … pour orienter les législations suivantes ? » « C'est vraiment pas notre genre ! »

⚠️ Ce serait donc pas mal de ne pas trainer pour légiférer sur les objets de surveillance généralisées que sont ces lunettes connectées : pour une fois, on pourrait avoir un cadre légal contraignant et protecteur (pour nous) en amont du bazar.

Le loubard arrive et dit : « Bonjour, je viens tout péter. Je… HÉÉÉÉ ! où est ma barre-à-mine ?! » Un type avec une casquette UE la tient derrière lui en disant : « Confisquée ! » Note : BD sous licence CC BY SA (grisebouille.net), dessinée le 8 juin 2026 par Gee.

Sources :

Crédit : Gee (Creative Commons By-Sa)

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15.06.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 15 juin 2026

Khrys

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08.06.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 8 juin 2026

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04.06.2026 à 15:08

Archipellisation solarpunk

Framasoft

Framasoft, UPLOAD et solarpunk Depuis 2024, Framasoft participe à l’animation d’ateliers d’écriture solarpunk à l’Université de Technologie de Compiègne pour imaginer un monde low-tech en 2042 autour de la future UPLOAD de Compiègne. L’action se déroule sur le territoire de … Lire la suite­­
Texte intégral (943 mots)

Framasoft, UPLOAD et solarpunk

Depuis 2024, Framasoft participe à l’animation d’ateliers d’écriture solarpunk à l’Université de Technologie de Compiègne pour imaginer un monde low-tech en 2042 autour de la future UPLOAD de Compiègne.

"Ancom or Ansyndie Solarpunk flag" by @Starwall@radical.town is licensed under CC BY-SA 4.0.

L’action se déroule sur le territoire de la Commune Libre de Compiègne, et plus précisément dans le cadre de l’Upload, l’Université Populaire Libre Ouverte Accessible et Décentralisée, une fédération internationale de lieux autonomes, destinés à la formation et à la recherche, confrontés aux défis d’un monde en effondrement économique et technologique, soumis à des crises écologiques et des conflits internationaux, mais ouverts à l’invention de nouveaux modes de vivre ensemble et de nouveaux rapports aux autres vivants et non-vivants. (voir notre annonce en 2024).

Pendant une semaine, des élèves ingénieurs s’adonnent à l’écriture de fiction pour penser un autre rapport à la technologie, avec des pratiques pédagogiques originales pour elleux dans leur formation, issues de l’éducation populaire, comme le débat mouvant ou l’arpentage (proposé autour de pizzas ou de lasagnes pour les appâter). Ils finissent par faire lecture d’un extrait de leur travail en direct à la radio Graf’hit.

Contenu de la semaine de cours sous licence libre CC BY SA sur librecours.net

Une partie des textes est retravaillé chemin faisant / a posteriori et est publié sur https://punkardie.fr/upload/ également sous licence CC BY SA.

Un premier recueil de textes basé sur ces productions (placées sous licence libre) est d’ailleurs en préparation en partenariat avec C&F édition, nous vous en reparlerons prochainement.

Et Archipel dans tout ça ?

Vue satellite de l’archipel de la mer Égée, avec le logo de la conférence Archipel en haut à gauche

Aller écouter l’annonce enregistrée et diffusée sur la radio Graf’Hitt

Et ce mois de juillet, toujours dans le cadre du partenariat avec l’UTC, Framasoft participera à la conférence Archipel à Compiègne, à l’UTC, du 6 au 9 juillet.

Archipel est une communauté de recherche francophone transdisciplinaire sur les enjeux de l’Anthropocène (limites planétaires, risques systémiques, leviers d’action) au sein de laquelle des rencontres et conférences sont organisées accueillant symposiums de recherche et ateliers. SI le programme vous semble impressionnant, il s’agit néanmoins d’un événement ouvert à toutes et tous, absolument pas réservé aux universitaires, chercheurs ou chercheuses.

Dans ce cadre, Framasoft, participera à un atelier autour de l’économie sociale et solidaire le mercredi 8 et co-animera un atelier d’écriture solarpunk le jeudi 9 juillet, qui présentera le genre solarpunk et l’univers UPLOAD. Comme les étudiants et étudiantes, les participants seront invité·es à plancher à leur tour sur des contributions afin d’imaginer un futur désirable, autour de thématiques proposées.

Le programme de la conférence Archipel : https://archipel.scenari-community.org/programme/co/0_programme.html

 

Pour pouvoir participer :

Il est obligatoire de s’inscrire en tant que participant·e à la conférence :

https://archipel.scenari-community.org/organisation/

(au plus tard le 12 juin ! )

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01.06.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 1er juin 2026

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25.05.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 25 mai 2026

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  • “Manara Man” : A Self-Appointed Moral Guardian With a Hand Ready to Strike (daraj.media)

    It is easy for the “Manara man” to play the hero when the target is a lone, exposed, and vulnerable woman. Suddenly, his sense of “honor” awakens, his moral muscles begin to flex, and he appoints himself protector of society against the danger of a woman standing by the sea. A naked woman ? That is when the moral watchdog instantly comes alive. […] The man who hit the woman was not defending morality, but his own sense of power. What he did was closer to a declaration of ownership : this space belongs to us, and these bodies must submit to our rules. […] In the Manara video, there was not only a man assaulting a woman, but an entire audience participating in the construction of the scene. Some shouted. Others continued filming even during the assault itself. This is not neutrality. Filming here was not separate from the violence ; it was part of it. When a camera is raised in the face of a vulnerable person instead of being used to protect them, it becomes a tool of dehumanization.

  • ‘Protect our women’ crowd surprisingly comfortable publicly abusing women who make decisions they don’t like (newsthump.com)

    Britain’s self-appointed “protect our women” brigade has confirmed that women absolutely deserve protection and respect, right up until the precise moment they do something mildly inconvenient or make a decision they don’t like.

  • Le chanteur marocain Saad Lamjarred condamné à nouveau pour viol (orientxxi.info)

    Reconnue à deux reprises coupable de viol et condamnée par la justice française, la star de la pop arabe Saad Lamjarred ne change rien à son agenda et continue de bénéficier du soutien de ses pairs et de l’industrie musicale. Un système qui pourrait se fissurer sous les coups de boutoir de la contestation qui enfle.

  • Affaire Jeffrey Epstein : quand un ami et conseiller de Jack Lang tirait la sonnette d’alarme (slate.fr)

    Fascination pour l’argent, phénomène de cour, fréquentation du père de Ghislaine Maxwell… Jean-Pierre Colin, ancien proche de l’ex-ministre de la Culture, n’a pas attendu l’affaire Epstein pour dénoncer, dès 1994, les dérives du couple Lang.

  • Stéréotypes pour enfants (laviedesidees.fr)

    À propos de : Julie Fette, Gender by the Book. 21st-Century French Children’s Literature. Malgré la diversité des textes du corpus et les différences entre les institutions prises en considération, les résultats de l’analyse sont dans l’ensemble assez consternants […] De nombreux stéréotypes persistent, dans la plupart des cas défavorables aux femmes et aux filles

  • Au Festival de Cannes 2026, le discours féministe d’Isabelle Huppert pour Barbra Streisand (huffingtonpost.fr)

    « Vous avez été à l’avant-garde du combat des femmes et de leur place dans le cinéma, vous avez été une fervente défense des droits des personnes LGTBTQ +, vous avez aussi manifesté une solidarité constante envers les minorités religieuses, ethniques, sexuelles »

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18.05.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 18 mai 2026

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Pétitions

  • AXA, don’t take orders from Trump ! (action.eko.org)

    A French judge is being treated like a terrorist. Nicolas Guillou’s “crime” ? He upheld international law and signed an arrest warrant for Netanyahu. Trump’s retaliation was vicious : he blacklisted the judge alongside drug lords and Al-Qaeda. But the real betrayal is at home : the insurer AXA has frozen the judge’s health reimbursements. This is a European judge, getting care in Europe, from a French company. No U.S. dollars. No U.S. laws broken. AXA is simply bowing to Trump’s bullying —leaving a man’s health in the crossfire.

  • Projet de loi visant à renforcer l’État local : le gouvernement s’attaque à l’ADEME (soutien-ademe.agirpourlenvironnement.org)

    À bas bruit, le gouvernement français met en œuvre une politique qu’Elon Musk et son « département de l’Efficacité gouvernementale » ne désapprouveraient pas. Après avoir réduit fortement le budget de l’Agence Bio et licencié sa directrice, diminué l’indépendance de l’ANSES, supprimé l’Institut national de la consommation qui édite le journal « 60 millions de consommateurs » et tenté de déstabiliser l’Office Français de la Biodiversité en remettant en cause certaines nominations jugées trop « militantes », c’est au tour de l’agence de la transition écologique (ADEME) d’être soumise à un « choc de simplification ».

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11.05.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 11 mai 2026

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  • Meta cuts contractors who reported seeing Ray-Ban Meta users have sex (arstechnica.com)

    In February, numerous workers from a company that Meta contracted to perform data annotation for Ray-Ban Meta reported viewing sensitive, embarrassing, and seemingly private footage recorded by the smart glasses. About two months later, Meta ended its contract with the firm.

  • Inside Microsoft’s wave of executive departures (theverge.com)

    The departures have impacted every part of Microsoft, including CoreAI, Windows, Office, and GitHub. With previously unreported changes at Amazon weighing on employees’ minds, and GitHub growing increasingly less independent, Microsoft is now changing up its annual rewards and performance programs to respond to the departures.

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27.04.2026 à 07:42

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20.04.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 20 avril 2026

Khrys

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Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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