30.05.2026 à 20:49
Michel Lepesant
La MCD, dont j’ai enrichi les fondations politiques depuis sa création (c’est en ce sens que j’en suis le « fondateur »), organisait les 19, 20 et 21 mai, à Paris, un cycle de 3 conférences dont l’objectif premier était de présenter ce que la MCD appelle sa « saison 2 ».
Les 3 conférences ont été saisies par Sofian et elles seront bientôt mises en lignes sur la chaîne You Tube de la MCD.
Il ne s’agit donc pas maintenant d’en reprendre le contenu mais plutôt d’en proposer un retour réflexif, pour en tirer quelques leçons stratégiques.
En synthèse, je dirais que la principale leçon que l’on peut tirer de ce cycle de conférences, c’est que le commun est l’esprit de la décroissance.
Au point de se demander si la MCD, à partir de sa saison 2, ne devrait pas se renommer la Maison de la décroissance commune
.
Ce qui nécessite 2 précisions :
Comme me l’a ensuite écrit un auditeur de ce cycle, n’est-il pas capital, en nos temps d’urgence, « que le mouvement de la décroissance commence à s’interroger sur son cercle, à défaut de pinailler sur les rayons » ?
Et, à cette participante qui trouvait que ce que je proposais était un peu « mou », je lui ai juste répondu qu’il était important que la constellation décroissante devienne assez mûre pour cesser le jeu des divisions internes – le « chacun dans son couloir » – si elle voulait fonder sa visibilité politique sur une crédibilité idéologique qui ne peut pas se résumer à juxtaposer les luttes et les résistances, qui ne peut pas se contenter d’en dresser une énumération, mais qui doit chercher à coconstruire le cadre à l’intérieur duquel ces luttes et ces résistances pourront trouver la force de leur convergence.
Voilà pourquoi les 4 images et les chantiers que la MCD propose satisfont toujours 2 buts parfaitement compatibles : permettre à tou.t.es celles et ceux qui assument le terme de décroissance d’identifier tous les accords, sur ce qui nous identifient comme sur ce qui alimente nos controverses.
Comme toujours, la mise en discussion d’idées apporte son lot de modifications et d’approfondissements. En particulier sur le sens et la portée de ce que nous appelons la « saison 2 » de la MCD :

20.04.2026 à 12:37
Michel Lepesant
En quoi la décroissance défendue par Serge Latouche permet de répondre à la question « de quoi l’écosophie est-elle la sagesse ? »
Mise à l’écrit de mon intervention du mercredi 15 avril 2026, dans le cadre d’un projet de recherche de deux ans, soutenu par la MSH Maison des Sciences Humaines et Sociales Paris Nord et dirigé par Antonella Corsani : « le projet porte sur l’articulation éthico-politique des trois registres écologiques : celui de l’environnement, celui des rapports sociaux, celui de la subjectivité humaine et s’inscrit dans une double perspective : celle de Félix Guattari et celle d’André Gorz. Pour Félix Guattari l’écologie politique ne doit pas se cantonner aux questions environnementales, car elle serait non seulement inefficace mais aussi dangereuse. Félix Guattari percevait deux dérives possibles d’une écologie purement environnementale : une écologie droitière et conservatrice, voire réactionnaire, et l’écobusiness. Dans cette même perspective, André Gorz a toujours insisté sur un point : il faut partir de la critique du capitalisme, qui conduit nécessairement à l’écologie politique et pas l’inverse ».
Ma participation consistait à faire une introduction à Serge Latouche. Introduction de 30′ pour laquelle il me semblait que le bon fil conducteur était : En quoi la décroissance défendue par Serge Latouche permet de répondre à la question « de quoi l’écosophie est-elle la sagesse ? ». Introduction suivie par la lecture de 2 extraits de Serge Latouche, avant un échange entre les participant.e.s.
Pourquoi accepter de tenter ce croisement entre la décroissance de Serge Latouche et le projet écosophique ? Parce que, avec 18 ans de décal-âge, c’est par un trajet analogue à celui de Serge Latouche que j’en suis venu à défendre la décroissance :
Note générale sur l’écosophie
Dans Les trois écologies (1989, Galilée) Félix Guattari reprend la notion d’écosophie que le philosophe Arne Næss avait forgé au début des années 60, dans le cadre de la deep ecology.
Ce que Félix Guattari nomme « écosophie » concerne l’analyse des relations entre l’écologie, le social, le politique et le mental, la mise au jour de ces relations, les modalités par lesquelles il devient possible d’agir sur celles-ci en vue de sortir de « l’impasse planétaire« .
Reconnaissons d’emblée que la dimension relationnelle qui est au cœur de l’écosophie chez Guattari ne se retrouve pas vraiment dans la décroissance chez Serge Latouche, peut-être à cause de son nominalisme affiché.
Le défi d’une politique de la relation capable d’affronter le potentiel individualisant du relativisme reste posé à la décroissance…
*
D’autant que les lignes directrices du projet proposé me semblaient pouvoir se croiser facilement avec celui de la décroissance :
1. D’abord parce qu’il s’agissait d’un « hommage à André Gorz ». Lors des (f)estives de la décroissance de cet été (du 11 au 17 juillet), nous aurons l’occasion de discuter de tout ce que les travaux de Gorz peuvent apporter à une décroissance radicale. Mais sans attendre, on peut relever deux rencontres fortes. 1/ En effet, ce n’est pas en partant de l’écologie que l’on peut espérer arriver à une critique du capitalisme ; 2/ Dans l’Éloge du suffisant (2019), Gorz écrit explicitement qu’on ne peut pas fonder la politique sur la nécessité. Nous retrouverons ces 2 points dans la présentation de Latouche qui suit : la décroissance n’est une variante ni de l’écologie ni de la collapsologie.
2. Félix Guattari nous met sur la piste de l’oïkos quand il évoque, au carrefour des 3 écologies, un « art de l’éco » :
« Le principe commun aux trois écologies consiste donc en ceci que les Territoires existentiels auxquels elles nous confrontent ne se donnent pas comme en-soi, fermé sur lui-même, mais comme pour-soi précaire, fini, finitisé, singulier, singularisé, capable de bifurquer en réitérations stratifiées et mortifères ou en ouverture processuelle à partir de praxis permettant de le rendre « habitable » par un projet humain. C’est cette ouverture praxique qui constitue l’essence de cet art de l’ «éco » subsumant toutes les manières de domestiquer les Territoires existentiels, qu’ils concernent d’intimes façons d’être, le corps, l’environnement ou de grands ensembles contextuels relatifs à l’ethnie, la nation ou même les droits généraux de l’humanité. »
Félix Guattari, Les trois écologies (1989), Galilée. (p.49). Note 1 : « La racine eco est entendue ici dans son acception grecque originaire : oïkos, c’est-à-dire : maison, bien domestique, habitat, milieu naturel. »
L’écosophie est donc la sagesse de l’oïkos – l’art de l’éco – mais de quel oïkos s’agit-il ? Car, aujourd’hui, cet oïkos nous le retrouvons aussi bien dans l’éco-logie que dans l’éco-nomie.
3. Serge Latouche est précisément cet économiste qui n’a cessé de défendre « la sortie de l’économie ».

Dans ses livres, Serge Latouche parle de « sortie de l’économie » avant même de parler de décroissance. Et c’est dans le prolongement de sa critique antimondialiste du « développement », qu’il en arrive à la décroissance. Parce que, (a) sortir de l’économie, c’est entrer dans la décroissance ; (b) par où ?
« Pour concevoir la société de décroissance sereine et y accéder, il faut littéralement sortir de l’économie. Cela signifie remettre en cause la domination de l’économie sur le reste de la vie en théorie et en pratique, mais surtout dans nos têtes ».
Serge Latouche, Survivre au développement, 2004, p.96
Pour S. Latouche, nous ne sommes pas dans une société avec une économie de croissance, nous sommes dans une société de croissance. Mais pourquoi, pour concevoir une telle société, faut-il « sortir de l’économie » et non pas seulement sortir de l’économie de croissance ? Parce que, quand une économie devient une économie de croissance, alors l’économie phagocyte la société ; ce que seule une économie de croissance peut provoquer. Si l’on veut libérer la société de l’emprise de la croissance, alors il faut sortir de l’économie (parce que seule une économie de croissance peut exercer une telle emprise).
« Concevoir et vouloir une société dans laquelle les valeurs économiques ont cessé d’être centrales (ou uniques), où l’économie est remise à sa place comme simple moyen de la vie humaine et non comme fin ultime… Cela n’est pas seulement nécessaire pour éviter la destruction définitive de l’environnement terrestre, mais aussi et surtout pour sortir de la misère psychique et morale des humains contemporains. Il s’agit là d’une véritable décolonisation de notre imaginaire et d’une déséconomisation des esprits nécessaires pour changer vraiment de monde avant que le changement du monde ne nous y condamne dans la douleur ».
Serge Latouche, Survivre au développement, 2004, p.115
Sortir de l’économie, c’est donc remettre l’économie à sa place : la réduire à n’être qu’un moyen et non pas une fin ultime.
NB 1 : Les 2 buts (réactifs) de cette décolonisation : « éviter la destruction définitive de l’environnement terrestre, mais aussi et surtout pour sortir de la misère psychique et morale ». Ce que je retiens, c’est le « et surtout ».
NB 2 : En termes de scénario, soit la décolonisation (volontaire) soit le changement subi « dans la douleur ».
Autrement dit, quels sont les entrées, les sources, de la décroissance ?
Dans son Petit traité de la décroissance sereine (2007) (second volet de Survivre au développement), il explicite ces 2 sources : l’« histoire ancienne » du terme de « décroissance » est « liée à la critique culturaliste de l’économie d’une part, et à sa critique écologiste » (p.28).
Mais quand il énumère les éléments de ces 2 critiques :
On remarque que cet inventaire se concentre sur la critique culturaliste et pas sur la critique écologiste (NB1) :
Il n’y a donc pas seulement 2 sources (écologiste et culturaliste), mais il y a un hiatus entre ces 2 sources : qui révèle une tension entre déterminisme et volontarisme (NB2), tension qui existait déjà au sein du marxisme et de sa vulgate et qui existe dès qu’il s’agit de penser une transition (un trajet) d’un monde critiqué, rejeté, à un monde désiré, projeté.
Ce hiatus se résout par une préséance de la critique culturaliste sur la critique écologiste (NB1).
→ Autrement dit, cette préséance d’une critique culturaliste sur la critique écologiste (NB1) devrait impliquer une priorité politique accordée à la volonté sur la nécessité (NB2).
« Le projet de la décroissance passe nécessairement par la refondation du politique. »
Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine (2007), p.52
Bilan d’étape :
Si l’entrée dans la décroissance, c’est la sortie de l’économie c-à-d de son emprise sur la société, alors il faut aller chercher la source de cette emprise dans ce que Serge Latouche analyse comme une colonisation : par analogie avec la colonisation des colonisés des colonies, certes, mais avant tout en tant que colonisation directe de l’imaginaire des colonisateurs.
C’est cet imaginaire qu’il faut décoloniser puisqu’il est à la source de l’emprise culturale de l’économie sur nos sociétés modernes. C’est ainsi que Serge Latouche envisage la « refondation du politique », et il le fait à partir de ce qu’il appelle les 8 « R » 1.

Serge Latouche propose explicitement de remplacer la fable des cercles vertueux de la croissance par celui des 8 « R » : réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler parce qu’ils sont « susceptibles d’enclencher un processus de décroissance sereine, conviviale et soutenable » (Petit traité de la décroissance sereine, 2007, p.57).
Dans la liste, les deux premiers « R » ressortent bien de l’écologie mentale : réévaluer, reconceptualiser. Dans le Le pari de la décroissance (2006), c’est le chapitre 6 : Réévaluer, reconceptualiser qui introduit l’exposé des 8 « R ». Comment sortir de l’imaginaire dominant ?
« Une révolution culturelle au vrai sens du terme est donc requise. Mais, comme le dit fort bien Castoriadis, pour qu’il y ait une telle révolution, il faut que des changements profonds aient lieu dans l’organisation psychosociale de l’homme occidental, dans son attitude à l’égard de la vie, bref dans son imaginaire ».
« Pour tenter de penser une sortie de l’imaginaire dominant, il faut d’abord revenir sur la façon dont on y est entré… C’est l’idéologie de la croissance, du développement, du consumérisme, de la pensée unique. Reste à comprendre comment on en est arrivé là et comment on pourrait s’en sortir… ».
« Il me semble que la colonisation des esprits prend trois formes principales : l’éducation, la manipulation médiatique, la consommation du quotidien ou le mode de vie concret. »
Serge Latouche, Le pari de la décroissance (2006), Pluriel, p.158-159.
Pour chaque forme de colonisation, Serge Latouche évoque une piste de sortie :
Mais Serge Latouche peut-il tenir l’enjeu politique de ce cercle des 8 « R », à savoir entrer en décroissance, sortir de l’économie, désencastrer la société de l’économie, décoloniser les imaginaires des colonisateurs et des colonisés ? Dans le lexique guattarien de cet atelier, la décroissance peut-elle réussir à enclencher la sagesse de l’oïkos, et à penser un agencement des 3 écologies qui permette l’avènement d’une écologie politique ?
On peut en douter quand on en arrive au dernier paragraphe de ce chapitre consacré à « réévaluer, reconceptualiser » :
« La société de la décroissance décolonise l’imaginaire mais la décolonisation qu’elle engendre est requise au préalable pour la construire ».
Serge Latouche, Le pari de la décroissance (2006), Pluriel, p.180.
La décolonisation de l’imaginaire s’inscrit dans un cercle que Serge Latouche prétend vertueux ; autrement dit, chaque « R » peut être un point de départ comme un point d’arrivée. Et comme il s’agit de fonder une critique de l’absurdité de la croissance économique (NB1), alors ce cercle est un cercle « herméneutique » – chacun de ses éléments peut être compris à partir de la compréhension du tout et réciproquement-, duquel il ne s’agit pas de sortir mais de bien y entrer.
En termes psychosociaux, cela revient à s’interroger sur la capacité mobilisatrice, et pas simplement motivante, des 8 « R » : comment passer du désirable au volontaire ?
Il ne s’agit pas de refuser la dimension circulaire de toute transition ; il ne faut donc pas s’étonner de trouver chaque « R » à la fois comme « préalable » et comme « engendré ». Cela est vrai de toute transition mais encore plus quand la transition décroissante est précisément celle qui se mène au nom d’un objectif de stabilité, de soutenabilité, de repos, de tranquillité. Politiquement : l’objectif doit être la protection, la conservation et l’entretien des conditions de possibilités de la vie sociale 2. Cette vie sociale est la branche sur laquelle nous sommes assis ; non seulement la société de croissance la scie – elle est sociocidaire – mais le projet qui porte la décroissance est révolutionnaire au sens où, contre l’hégémonie de la croissance, il défend ce que Serge Latouche nomme « a-croissance »
Pour autant, comment ne pas formuler des doutes sur la capacité mobilisatrice de ces 8 « R » ?
Serge Latouche n’ignore pas ces interrogations et c’est pourquoi il ajoute, toujours dans le même dernier paragraphe du chapitre 6 :
« Toutefois, il y a toutes les chances pour que nous y soyons incités par le choc salutaire de la nécessité… Seul un échec historique de la civilisation fondée sur l’utilité et le progrès peut probablement faire redécouvrir que le bonheur de l’homme n’est pas de vivre beaucoup, mais de vivre mieux. »
Serge Latouche, Le pari de la décroissance (2006), Pluriel, p.180.
Et c’est ainsi que nous voilà de retour à la question politique entre déterminisme et volontarisme (NB2).
Sauf que tout semblait indiquer que Serge Latouche, dans son exigence de fondation politique, validait l’injonction gorzienne à refuser de le faire à partir de la nécessité.
En exergue de ce chapitre 6, Serge Latouche place d’ailleurs un extrait de Paul Ariès qui va explicitement dans le sens de ce que j’appelle l’argument du « quand bien même », du « même si » :
« Nous ne sommes pas des objecteurs de croissance faute de mieux ou par dépit, parce qu’il ne serait plus possible de continuer comme avant. Même et surtout si une croissance infinie était possible, ce serait à nos yeux une raison de plus pour la refuser pour rester humain. […] Notre combat est avant tout un combat de valeurs. Nous refusons cette société du travail et de consommation dans la monstruosité de son ordinaire et pas seulement dans ses excès. »
Paul Ariès, Décroissance ou barbarie (2005), Golias, p.31.
Cette référence à Paul Ariès mérite quelques commentaires :
Revenons à Serge Latouche :
« On a identifié les changements nécessaires. Toutefois, ceux-ci ne peuvent intervenir qu’à la suite d’une décision volontaire… Cela se fait par l’autotransformation. »
Serge Latouche, Le pari de la décroissance (2006), Pluriel, p.167-168.
« J’adhère totalement à sa [C. Castoriadis] conception de la révolution : “Révolution ne signifie ni guerre civile ni effusion de sang. La révolution est un changement de certaines institutions centrales de la société par l’activité de la société elle-même : l’autotransformation explicite de la société concentrée dans un temps bref. […] La révolution signifie l’entrée de l’essentiel de la communauté dans une phase d’activité politique, c’est-à-dire instituante. L’imaginaire social se met au travail et s’attaque explicitement à la transformation des institutions existantes“ (C. Castoriadis, Une société à la dérive (2005), Points Seuil, p.229). Le projet de la société décroissante, en ce sens, est éminemment révolutionnaire. »
Serge Latouche, Le pari de la décroissance (2006), Pluriel, p.190.
Après le hiatus entre les 2 sources de la décroissance – que Serge Latouche tranche par la préséance de la critique culturaliste sur la critique écologiste – nous voilà devant un problème politique plus difficile à résoudre. Ce problème n’est pas circonscrit à l’œuvre de Latouche, car beaucoup (trop) de décroissants adhèrent à une conception contrainte de la décroissance, donc apolitique.
Pourquoi faut-il le résoudre ? Si la colonisation de l’imaginaire peut expliquer l’emprise de l’économie sur la société, elle ne peut pas expliquer les raisons de cette volonté d’emprise et surtout pourquoi cette emprise a réussi. C’est pourquoi, si la décroissance doit être un renversement – et le livre d’entretien de Latouche de 2014 est bien intitulé « Renverser »-, ce renversement doit être fondamentalement politique.
Dit autrement, en termes théologiques : si la décroissance veut échapper à la dégringolade apocalyptique (celle des catastrophologues et collapsologues), et si elle veut plutôt pencher du côté du miracle (la révolution dans un temps bref) sans pour autant tomber dans les illusions de la transition comme « claquement de doigts » (Alexandre Monnin) ou comme « saut » (Albert Camus »), comment sortir du piège du cercle vicieux de l’entre-soi et proposer une alternative politiquement acceptable (plus précisément, tolérable pour celles et ceux qui ne la jugent ni faisable ni désirable) ?
Et nous voilà revenu au centre de gravité des 3 écologies : à la politique !
Bilan d’étape
Mais alors comment poursuivre sur la piste décroissante d’une sagesse de l’oïkos ?
Si la voie n’est pas explicitement thématisée dans tous les livres de Serge Latouche, elle est néanmoins régulièrement rencontrée au fil de ses publications.
« La plupart des sagesses considéraient que le bonheur se réalisait dans la satisfaction d’un nombre judicieusement limité de besoins ».
Serge Latouche, Survivre au développement, 2004, p.94.
Et nous pouvons revenir sur le passage de Paul Ariès : « Même et surtout si une croissance infinie était possible, ce serait à nos yeux une raison de plus pour la refuser pour rester humain ». Ce qui est refusé « pour rester humain », c’est la « croissance infinie » : non pas tant la croissance que son infinité.
Nous trouvons dans L’Âge des limites (2012), qui est une critique de l’illimitation, deux apports majeurs : un inventaire des limites et un problème ontique.
C’est cette piste de l’autolimitation qui, de Serge Latouche à la décroissance politique aujourd’hui défendue par la MCD, peut mener à la maison (oïkos) de l’écosophie.
Voilà donc en quoi consiste « l’art de l’éco », c’est l’art de limiter l’illimité.
« Dès lors, tout le monde le sait ou le sent bien, la question centrale qui se pose désormais à l'humanité, est de savoir si elle saura maîtriser sa maîtrise. Limiter l'illimitation[1]. »
On ne saurait mieux résumer la problématique que nous avons esquissée dans cet ouvrage. L'humanité actuelle se trouve dans une situation tragique. Pour gagner leur vie, les individus et les groupes n'ont le plus souvent guère d'autre choix, chacun pour son compte, que de contribuer à la « banalité du mal ». Ils ne trouvent de travail qu'en s'engageant comme rouage de la mégamachine techno-économique et par là participent à la démesure.
Toutefois, pour survivre, le monde dans son ensemble est condamné à réinventer la justice. Cette situation est nouvelle. La finitude de la planète nous contraint à nous limiter tant sur le plan écologique que sur le plan des conflits. Les guerres anciennes provoquaient des morts et des désastres de toute nature, mais ne mettaient pas en cause la perpétuation de la vie sur la Terre. Il n'en est plus ainsi avec l'arsenal nucléaire actuel qui dépasse plusieurs fois ce qui est requis pour faire sauter la planète. De leur côté, les pollutions et les atteintes à l'environnement, aussi anciennes que l'homme, étaient, jusqu'à une période récente, aisément digérées et recyclées par la biosphère. Les prédateurs de la nature pouvaient nuire tranquillement à leurs voisins ou infliger des blessures à la nature sans mettre véritablement en danger l'habitacle humain dans son ensemble. Ce n'est plus le cas depuis que nous sommes entrés dans l'anthropocène. Avec les pollutions globales, un seuil a été franchi, la biosphère toute entière est en danger. L'équité sociale et environnementale, ou tout au moins un minimum de souci de justice, est devenue une condition pour prolonger notre présence au monde et, sous cet angle, une urgence. Une autolimitation, afin de rompre avec la démesure des modes de production et de consommation dominants, qui sont surtout ceux des dominants, serait nécessaire pour éviter l'implosion du système. Il y a là un défi nouveau dans l'odyssée humaine dont il est impossible de dire s'il sera relevé. D'autre part, la tentative de rompre le cercle de fer de la finitude technoscientifique, soit par une migration dans le cosmos, soit par une modification de l'espèce, ne contribuera en rien à résoudre les problèmes sociaux et anthropologiques engendrés par l'illimitation. En admettant qu'elle réussisse, une telle aventure est-elle souhaitable ?
Conjurer l'illimitation ou retrouver le sens des limites nous paraît un impératif pour la survie de l'humanité, mais aussi un défi. On l'a vu, en effet, dans tous les champs — géographique, politique, écologique, économique ou moral —, la limite se heurte au paradoxe de son arbitraire et à son conflit avec la raison. La raison raisonnante peut nous inciter à entrer dans la voie du déraisonnable. L'antinomie de la raison rationnelle et de la raison raisonnable ne peut être tranchée par la raison elle-même. La limite doit être décidée et assumée librement. Mais quelle instance sera habilitée à le faire ? Au terme de l'aventure de la destruction de toute norme imposée par la transcendance, la révélation ou la tradition, la seule autorité raisonnable reste sans doute le demos, c'est-à-dire les humains émancipés qui assument leur autonomie et se donnent les frontières entre eux et pour eux, constitutives d'un monde commun contenant plusieurs mondes communs. Paradoxalement, en effet, recréer des limites et des frontières est nécessaire non seulement pour conjurer l'effondrement, mais aussi pour retrouver un monde commun. Les hommes ne font vraiment communauté que dans la proximité et en percevant leur différence avec les autres. Le sans-frontière, à la mode chez les bobos, détruit et le commun et le monde. La « concurrence loyale et non faussée », chère aux technocrates de Bruxelles, est une ineptie non seulement au niveau économique, mais aussi au niveau anthropologique. Les hommes, comme les collectivités, sont inéluctablement différents. Il faut faire de ces différences une richesse et s'organiser en conséquence pour le bien de tous et non s'obstiner dans la voie sans issue d'une homogénéisation totale. Les frontières nécessaires, entre les cultures, entre les peuples, entre les économies, entre les hommes, peuvent néanmoins être déplacées dans le temps par des générations successives qui auraient éprouvé les imperfections et les injustices de normes arbitrairement approuvées par leurs ancêtres.
Le projet de la décroissance, à l'origine, se propose plus modestement de s'attaquer à la seule démesure économique, mais on sent bien que, de proche en proche, celle-ci met en branle toutes les autres et c'est bien vers cette reconstruction ambitieuse que l'on se trouve entraîné. L'autolimitation, retrouver le sens de la limite et de la mesure, se pose pour l'individu, mais plus encore pour l'être collectif : humanité ou société. « Le sens fondamental d'une politique écosociale, disait déjà André Gorz, [...] est de rétablir la corrélation entre moins de travail et moins de consommation d'une part, plus d’autonomie et plus de sécurité existentielles, d’autre part, pour chacun et pour chacune. [...] Une vie plus libre, plus détendue et plus riche. L'autolimitation se déplace ainsi du niveau du choix individuel au niveau du projet social. La norme du suffisant, faute d'ancrage traditionnel, est à définir politiquement.[2] » C'est bien là, en effet, la vision de la décroissance[3].
[1] Alain Caillé, Pour un manifeste du convivialisme, Lormont, Le Bord de l'eau, 2011, pp. 64-65.
[2] André Gorz, « L'écologie politique entre expertocratie et auto-limitation », Actuel Marx, n° 12, 1992, pp. 26-27.
[3] Ce n'est donc pas sans raison qu'une publication des partisans de la décroissance, les cahiers francophones de l'objection de croissance, a choisi pour titre Limites (Romans-sur-Isère).
Serge Latouche – L'homo sapiens n'est pas un homo oeconomicus. Nous ne naissons pas individus – au mieux, nous le devenons – dans le sens où nous ne sommes pas des êtres isolés. Le bonheur n'est pas une dimension individuelle. La consommation matérielle ne satisfait que les besoins biologiques et physiologiques de l'homme. Il est désormais vérifié que l'homme a besoin avant tout de liens sociaux et que la destruction de ceux-ci peut conduire au désespoir ou au suicide.
Il existe une autre forme de richesse que l'argent et la marchandise, évoquée par certains théoriciens qui font référence aux « biens relationnels », dont il faut tenir compte, bien souvent plus importants que les biens matériels. L'abondance, la prétendue « société d'opulence » dont parlait John Kenneth Galbraith[1], n'a représenté une certaine réalité que pendant la période des Trente Glorieuses, Pendant cette période très particulière, arrivant après les privations dues à la Seconde Guerre mondiale, grâce au pétrole bon marché, on a vu exploser la production marchande, avec tous les mirages de l'abondance... Mais très rapidement la vraie nature du système est devenue manifeste : créer toujours plus de frustration, nous rendre, à travers la publicité, toujours plus insatisfaits de ce que nous avons pour nous faire désirer et consommer toujours plus.
Nous vivons dans des sociétés de gaspillage, pas d'abondance. L'abondance véritable ne peut au contraire exister que si les besoins à satisfaire connaissent des limites. C'est cela le sens profond, très important, de la thèse de Marshall Salins selon laquelle la seule société humaine ayant connu l'abondance est celle des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique. Ceux-ci avaient peu de besoins et pouvaient dès lors les satisfaire à profusion, avec une activité – on ne peut pas et on ne doit pas à son sujet parler de travail au sens où on l'entend aujourd'hui – de deux à trois heures par jour. Il s'agissait de chasse, de pêche ou de la cueillette de plantes sauvages. Tout le reste du temps était consacré au jeu, à la danse, à faire de la musique, à l'amour, au farniente, au rêve. Avec de temps en temps, une petite guerre pour maintenir la forme...
Daniele Pepino – Dans cette idée d'abondance, non pas marchande mais relationnelle, et surtout dans l'idée du don, dans ce désir de fonder une société sur le don, y a-t-il quelque chose de sacré ? En quoi consiste ce don ? Pour les défenseurs de la « modernité à tout prix », le fait de tendre vers des relations qui reposeraient sur le don, sur la « frugalité », rejoignant l'idée de communion avec la nature et avec l'autre, peut paraître une bizarrerie romantique. En réalité, ces idées représentent un continuum dans l'histoire de l'humanité ; une transversalité absolument surprenante entre les cultures, les époques et les latitudes : de Gandhi à Thomas Müntzer, de Thoreau à saint François, des Indiens quechua d'Amérique latine aux Ādivāsī de l'Inde, des mystiques de toutes les religions aux paysans de la Russie préindustrielle, pour ne donner que quelques exemples. Ne peut-on pas dire que l'utopie de la décroissance procède du sillon creusé par ce courant souterrain de l'histoire? N'est-elle pas, d'une certaine façon, l'héritière de cette « tradition » ?
[1] John K. Galbraith, L'Ère de l'opulence, Calmann-Lévy, 1961.
Si je reprends la question du départ : En quoi la décroissance défendue par Serge Latouche permet de répondre à la question « de quoi l’écosophie est-elle la sagesse ? », je crois que nous avons pu voir que l’écosophie évoquée par F. Guattari peut facilement s’intégrer dans cette sagesse de l’oïkos dans laquelle la décroissance défendue par Serge Latouche s’insère intrinsèquement, à une double condition. 1/ Que l’agencement des 3 écologies ne renvoie pas benoîtement à un équilibre qui serait préjugé mais accepte de les ranger derrière l’écologie sociale puisque une préséance accordée à l’écologie environnementale serait grosse de dégringolade politique, puisque la décolonisation de l’imaginaire est psychosociale avant d’être individuelle. 2/ Que le centre de gravité politique des trois écologies réside dans une sagesse de l’autolimitation : c’est dans ce dernier point que doit venir se loger le plus grand désaccord politique dans la critique générale du système dominant, entre la critique anticapitaliste (qui a si souvent cédé aux sirènes de l’illimitisme) et la critique décroissante (qui fait de la critique de l’illimitisme un fondement de sa détermination politique).
Un grand merci donc à Antonella Corsani pour avoir provoqué cette rencontre entre les pensées de Guattari et Gorz et les analyses politiques de la décroissance dont Serge Latouche a été le précurseur et dont la Maison commune de la décroissance (MCD) assume l’héritage.
01.04.2026 à 06:45
Michel Lepesant
Sur le site de La vie des idées, un excellent dossier constitué depuis plusieurs années sur ce que l’extrême-droite fait au monde.
En particulier, vient de paraître une recension sur « la russification des esprits » que devraient lire et relire tous nos « amis » décroissants qui se prétendent pacifistes. Je serais d’ailleurs curieux de les écouter aujourd’hui à propos de l’agression israélo-américaine contre l’Iran. En sont-ils à refuser à l’Iran le droit (international) de se défendre comme ils accordaient à la Russie le droit d’attaquer l’Ukraine sous le prétexte de se défendre ?
Car de 2 choses l’une : soit refuser et à l’Ukraine et à l’Iran le droit de se défendre et valider les agressions israélo-américaines et russes, soit condamner sans ambigüité toutes les agressions et admettre que le véritable pacifisme est un refus inconditionnel d’un soi-disant droit d’attaquer (souvent au nom d’une fallacieuse « guerre préventive ») mais aussi la défense d’un droit inconditionnel de… se défendre.

05.02.2026 à 07:04
Michel Lepesant
Voici un bref retour sur ma participation, dimanche dernier, à une conférence consacrée à l’IA, lors des journées de l’Écologie au quotidien, à Die (Drôme). Conférence partagée avec Juliette Duquesne et animée par Goni Zonon, conférence réussie pendant laquelle grâce à Juliette et Goni nous avons pu développer une critique robuste de l’IA, en sachant combiner informations et analyses, à destination d’une salle comble (et pourtant, c’était un dimanche matin).
Pour l’essentiel, mon intervention s’appuyait sur le gros travail de recherche que j’avais effectué à l’été 2025 (et que l’on peut lire ici).
« Faut-il craindre l’intelligence artificielle ? » était le titre de la conférence. J’ai d’emblée fourni ma réponse : l’IA est aujourd’hui, avec la dédiabolisation de l’extrême-droite et la montée d’une xénophobie affichée (racisme, homophobie, antiwokisme primaire), l’une des 3 raisons d’être politiquement terrorisé. Et j’ai aussitôt ajouté qu’il fallait faire l’hypothèse que ces 3 terreurs étaient les 3 facettes d’un même déferlement politique antidémocratique dont il fallait terriblement s’inquiéter.
D’où l’intérêt de faire un rapprochement direct entre ce que l’IA fait à la technologie et ce que Trump fait au capitalisme : dans les deux cas, les masques et les apparences de démocratie tombent. Certes, on n’a pas attendu l’IA et Trump pour défendre résolument des positions technocritiques et anticapitalistes, mais leurs partisans pouvaient toujours se dissimuler derrière les apparences d’un bon usage (la commodité) et du droit. Aujourd’hui, L’IA comme Trump se montrent dans leur brutalité : la force sans le droit, l’utilité sans la socialité.
J’avais préparé un diaporama pour cette intervention mais je ne l’ai pas utilisé. Le voici néanmoins, avec sa présentation en vidéo (enregistrée à la maison en décembre 2025).
Voici le résumé que l’IA de PDF Creator m’a proposé : l’inquiétant, c’est que c’est assez bien fait.
L’auteur conclut que l’intelligence artificielle (IA) représente un danger majeur pour la société, tant sur le plan technologique, économique, écologique, social que politique. Il met en avant plusieurs points clés :
En somme, l’auteur appelle à une prise de conscience collective et à une résistance volontaire face à l’emprise croissante de l’IA, en mettant en avant des valeurs de décroissance, de précaution et de démocratie.
Juliette Duquesne a bien insisté sur les limites de l’IA : sociales (sur l’emploi, sur les relations, sur les modes de vie), écologiques (énergie, réchauffement, eau), et démocratiques (une IA plus imposée que choisie, une liquidation des modes de décision et de contrôle).
Je rajoute juste que, quand on aborde la question des limites d’un point de vue décroissant, il est souvent pertinent de le faire en apportant 2 cadres analytiques :
Attention à ne pas se tromper de critique adressée à la technologie ; attention à ne pas se laisser embarquer dans un débat tronqué.
Si on distingue grossièrement entre la technique (système des moyens en vue de leur utilité) et la technologie (système des pratiques, les médiations et leurs usages, accompagnées de leur justification théorique, c’est le discours qui accompagne la technique : en tant que mode d’emploi, la technologie fournit aussi un mode de vie. « Si ça marche, c’est que c’est bien »), alors il faut faire attention à ne pas réduire la discussion sur telle ou telle technique aux questions de l’usage de l’utilité :
Il y a quelques années, lors de nos (f)estives 2018 (rencontres organisées par la MCD), nous avions invité Philippe Gruca qui avait parfaitement posé l’équation : quand la société n’est plus de taille humaine, quand il y a disproportion entre la société et l’humain, alors il ne reste que deux directions, totalement opposées et divergentes : soit on augmente l’homme, soit en diminue la société.
D’un côté, le transhumanisme, de l’autre, la décroissance.
J’ai précisé que l’on pouvait se représenter les rapports entre la technologie et la société avec une image de vases communicants : tout gain de technicité se paie au prix d’une perte de socialité ; et inversement. Il ne faut pas se laisser leurrer : les fameux « réseaux sociaux » sont d’abord des réseaux techniques et ils ne peuvent prétendre relier des gens qu’à condition que les modes de production et de consommation les aient, au préalable, isolés et séparés.
L’une des dernières questions a critiqué la facilité avec laquelle nos interventions avaient dressé un tableau hypercritique de l’IA, en affirmant qu’il serait plus réaliste de se demander comment réguler l’IA : bref, qu’il fallait passer des discours aux actes, de l’idéalisme au réalisme.
Je tiens à exprimer, in fine, l’absence lors de ces rencontres de plusieurs interventions qui auraient porté explicitement sur la décroissance.
Car les échanges lors de cette conférence ont, encore une fois, montré que c’est bien d’un paradigme général dont nous avons besoin si on veut faire converger les analyses et les initiatives.
A condition d’assumer cette portée générale d’une décroissance comme opposition politique à la croissance, il me semble que c’est bien aujourd’hui la décroissance qui peut assumer une telle ambition : et c’est le sens de mon engagement dans la Maison commune de la décroissance : https://ladecroissance.xyz/.
26.01.2026 à 05:51
Michel Lepesant
Des amis m’ont récemment placé dans une situation bien inconfortable : ils m’ont invité à venir parler de décroissance (et d’IA), mais, en même temps, je me suis vu imposer un cadre si horizontaliste d’intervention que le hiatus entre le fond et la forme de ce que j’avais prévu de faire devenait un gouffre.
Car tout l’apport de mon « travail » sur la décroissance depuis des années consiste à refuser cette disjonction du fond et de la forme, car elle revient toujours au final à neutraliser le fond (radical) au seul profit d’une forme (horizontaliste) où le brouillard du régime de croissance continue se diffuser. Cet horizontalisme peut prendre le prétexte de donner la parole aux citoyens, mais en réalité il revient à mettre à plat toute différence entre des recherches approfondies et la moindre opinion d’un auditeur présent, aux dépens de la radicalité dont la critique a pourtant impérativement besoin.Pour prendre en considération une réelle radicalité, il faut précisément sortir de ce que j’appelle la « décroissance mainstream« , c’est-à-dire une décroissance qui en reste à la surface des phénomènes et qui ne voit dans la croissance que ses dimensions économiques et écologiques, mais jamais sa dimension politique. C’est l’objet de la courte présentation de la décroissance qui suit.
Un autre ami, enseignant à la fac de Montpellier me signalait que le jeudi 25 septembre avait lieu une conférence sur décroissance et IA. Il ne pouvait y aller ; moi non plus. Dommage. Mais je sais exactement à partir de quel cadre je serais allé écouter cette conférence : de quelle décroissance va-t-il s’agir ? Ou plus exactement, va-t-il s’agir de s’opposer à l’économie de la croissance, au monde de la croissance ou aussi au régime politique de croissance ?
Car si l’on oublie de radicaliser la critique contre la croissance jusqu’à se baigner dans le « milieu » politique du régime de croissance, alors on peut en venir à une IA décroissante-compatible ; soit parce qu’elle serait sobre ; soit, parce que la balance utilité sociale / coût écologique pourrait se révéler profitable. Mais dans cette balance, a-t-on tenu compte des enjeux démocratiques ? Ou pour le dire autrement : quand on jauge l’IA sur ces impacts, de quels impacts s’agit-il ? Économiques, écologiques, sociaux, politiques ?
Comment poursuivre ? Comme d’habitude (business as usual) ? Non, parce que les plafonds de soutenabilité écologique sont dépassés. Mais alors comment atteindre le projet de post-croissance ? Pas de façon subie (l’effondrement, la collapsologie) mais en faisant le choix politique de la décroissance = qui est un faisceau de trajectoires de rupture. Le « hic », c’est qu’aujourd’hui ces trajectoires ne forment qu’un agrégat apolitique. D’où le défi de construire politiquement de la cohérence : c’est la décroissance comme opposition politique à la croissance. Et comme la croissance, c’est une économie, un monde et un régime politique, alors la décroissance c’est une décrue économique, une décolonisation des imaginaires et un renversement politique.
12.01.2026 à 05:20
Michel Lepesant
Il serait incohérent de se prétendre décroissant sans, de temps en temps, pratiquer l’autolimitation. Voici donc la dernière « lettre du 12 » (qui aura existé depuis le 12 janvier 2020, 55 fois).
Je maintiens (pour le moment) l’existence de mon blog, sur lequel je continuerai de publier des retours d’intervention et des lectures. Je vais aussi le réorganiser pour ranger ses quelques 300 articles dans des catégories telles que « la nature existe », « réhabiter la politique », « effets du régime de croissance »…
La lecture en résonance que je propose du livre d’entretiens de Bernard Lahire me semble une bonne occasion de finir sur une note forte. Car, quand je répète que c’est de théorie (et d’histoire) qu’a besoin la décroissance politique, on peut entendre une attention particulière dirigée vers la définition de concepts (des distinctions conceptuelles). Mais il n’y a pas de théorie sans méthodologie. Autrement dit, une théorie, ce sont des concepts (des conceptions) et des méthodes.
Or aujourd’hui, le régime politique de croissance se décline, méthodologiquement, en régime épistémique de croissance : son horizontalisme se manifeste dans le relativisme, dans une fiction neutraliste, et tout particulièrement dans une épistémologie constructiviste qui combine « profusion lexicale, délayage argumentatif, noyade sémantique » (page 194, du livre de B. Lahire) et évitement du potentiel falsificatoire du réel.
Voilà donc pour l’occasion d’arrêter.
Et si je dois proposer une raison, c’est le refus de participer au spectacle des followers, des influenceurs, de la com’, tout ce monde virtuel où chacun.e abuse de sa liberté pour vomir sa moindre opinion. Je n’ai pas retenu son nom, mais j’entendais, il y a quelques semaines, un influenceur suivi par plus d’1 million de personnes, qui annonçait qu’il arrêtait du jour au lendemain ses publications parce qu’il s’était rendu compte de la vanité et de l’abstraction de telles pseudo « relations ».
Ce qui m’a remis en mémoire une « brève » lue en octobre 1998 sur un dénommé Robert Shields qui avait arrêté, lui aussi du jour au lendemain, le récit minutieux de sa vie, dans une sorte de révélation sur une certaine vacuité propre à toute réflexivité :
« Robert Shields, de Dayton aux Etats-Unis, qui depuis vingt ans confiait à son journal intime les moindres détails de sa vie : « A 12 h 20, j’ai fait pipi ; à 12 h 25 j’ai lu le journal qui pesait une livre et 12,5 onces, etc. », ayant, un soir, noté : « A 11 heures, j’ai recopié les observations », puis ajouté : « A 11 h 01, j’ai écrit que j’étais en train de recopier les observations », vient de mettre un point final à l’exercice. »
24.12.2025 à 07:41
Michel Lepesant
Bernard Lahire (2025), Vers une science sociale du vivant, La Découverte 1.

La lecture de ce livre d’entretiens (questions et avant-propos de Laure Flandrin et Francis Sanseigne) me semble indispensable pour plusieurs raisons préalables.
Quand Bernard Lahire affirme que les sciences sociales ont besoin d’un « cadre paradigmatique partagé » (p.30), d’une « théorie-cadre » (p.31), je ne peux m’empêcher de penser que c’est aussi ce dont la décroissance a besoin si elle veut assumer tous ses enjeux politiques, et ne pas se contenter – comme c’est le cas aujourd’hui – d’une diversité désorganisée.
Des années de pratique dans les alternatives, la lecture roborative du livre de l’Atelier Paysan et celle d’un article Fitzpatrick, Cosme et Parrique (2022, « Exploring degrowth policy proposals, A systematic mapping with thematic synthesis », Journal of Cleaner Production, n° 365) qui faisait l’inventaire de toutes les propositions décroissantes m’ont convaincu que la question de la politisation de la décroissance reposée du point de vue de sa zone radicale était aujourd’hui l’étape incontournable si l’on veut conserver quelques espérances dans un renversement du régime de croissance au lieu de placer sous le terme de décroissance un agrégat de propositions dont la faisabilité, la désirabilité et l’acceptabilité sont très discutables. Car aujourd’hui, on doit reprendre le jugement très sévère porté par ce remarquable article qui tire un bilan hypercritique de leur inventaire : s’il y a bien profusion des propositions, il faut juger qu’elles sont « imprécises » (allusives, mal conçues), peu « pertinentes » (les propositions les plus impactantes sont repoussées à la périphérie de l’agenda au profit de propositions populaires mais accessoires), « négligentes » (des conditions de possibilité de leur faisabilité), diverses plus par « agglutination » que par vue d’ensemble, et surtout « le programme actuel de décroissance est plus proche d’une liste disparate d’ingrédients que d’une recette bien organisée ». Autrement dit, il y a actuellement un brouillard — qui est causé par une mauvaise priorité accordée au faire nombre sur le faire sens — et il constitue un obstacle à la visibilité et à la crédibilité de la décroissance. Le tragique c’est qu’une « décroissance mainstream », souvent anglophone et un peu médiatisée, n’affronte pas réellement ce péril de la dépolitisation, n’en voit pas vraiment l’urgence et peut même prétendre l’affronter alors qu’elle ne fait que céder – et quelquefois elle le renforce – au régime neutralitaire de la croissance.
https://decroissances.ouvaton.org/2025/07/30/la-decroissance-solution-politique/#42_Decroissance_radicale_et_decroissance_mainstream
Autrement dit, je lis toutes les proclamations épistémologiques de B. Lahire en résonance avec cette image de la décroissance politique comme d’un arbre : où les propositions hétérogènes des activistes comme celles des chercheurs décroissants en sont les branches. Mais chacun sait qu’un arbre ne peut pas se réduire à ses branches, aussi fécondes soient-elles. C’est pourquoi je vois le Commun politique comme le tronc de cet arbre. Quant aux racines, j’y trouve les fondations théoriques (distinctions conceptuelles et méthodologies).
Pourquoi, en tant que décroissant, un tel intérêt pour cette dimension épistémologique ? Parce que, si je me réfère à cette image d’un arbre, il me semble décisif – et urgent – d’enraciner nos analyses et nos propositions politiques dans une rationalité qui hérite plus du réalisme que du nominalisme. Je ne me contente pas de faire un parallèle entre sciences sociales et décroissance, j’affirme que ces 2 domaines procèdent d’un même type de rationalité : celle dans laquelle la déclaration « j’ai raison » ne signifie pas « fin de la discussion » mais, tout au contraire, « discutons-en ». Dans une telle rationalité dialogique, le dernier mot est donné à la réalité : sinon, c’est la chute dans le nominalisme et le relativisme.
De la même façon qu’il faut s’attaquer au régime politique de croissance, il faut aussi s’attaquer au régime épistémique de croissance 3 : car les 2 reposent sur un même relativisme, sur le même « refus d’un cadre théorique partagé pour appréhender la réalité » (p.29), qu’elle soit sociale ou politique.
Ce refus du refus de la théorie est à l’origine de ce blog : « C’est de théorie et d’histoire, c’est-à-dire d’un corpus idéologique animé non pas par l’intransigeance mais par la cohérence conceptuelle, dont manque terriblement la politique ». On trouve sur Palim-Psao, le site consacré à la critique de la valeur-dissociation, de quoi nourrir politiquement ce refus du refus de la théorie. Par exemple, dans la dénonciation de celui que Robert Kurz nomme « le petit connard de gauche » : « Tous les petits connards de gauche ont en commun le fait d’honnir d’une certaine manière toute élaboration théorique originale et cohérente. Certes, ils veulent en profiter comme d’une marchandise, mais en aucun cas payer pour cela, pas même au prix d’un effort conceptuel. Leur sport favori consiste à mépriser mesquinement les théoricien∙ne∙s en tant que producteur∙rice∙s individuel∙le∙s, et à les taxer d’« entrepreneurs de la théorie », tout en voulant ériger leur propre raisonnement incontinent en standard général de la réflexion critique »4.
« C’est surtout la méthode qui compte » (page 184) ose écrire B. Lahire.
Je voudrais finir ce survol méthodologique basé sur la lecture de B. Lahire en résonance par 2 exemples de ce que peut donner, quand il s’agit de décroissance, la négligence théorique : ceux de la récession et du pluriversalisme.
Bref, toute récession n’est pas de la décroissance (et surtout pas une « décroissance naturelle » comme vient de l’affirmer Ph. Aghion) mais la décroissance est bien une espèce de récession (et sa différence spécifique, c’est qu’elle est choisie en vue d’un projet, celui de sortir de la croissance pour atteindre un état stationnaire, celui de la post-croissance ; alors que l’on peut nommer « dépression » une récession subie qui se prolongerait au-delà de 2 trimestres consécutifs).
Bref, le pluriversalisme n’est pas un relativisme mais une pluralité d’universalismes.
_____________________19.11.2025 à 07:52
Michel Lepesant
Que penser quand l’argument principal aujourd’hui encore répété par la décroissance mainstream n’est en fait qu’un slogan ? Qu’il résonne dans le vide, ou bien qu’il est la preuve affichée d’une victoire culturelle ?
A moins de vivre dans les nanocosmes de l’entre-soi, comment ne pas pencher plutôt – et malheureusement – pour la première option, et constater que, dans le débat grand public, la décroissance est aux abonnés absents.
Alors, si tel est le cas, il n’y a pas grand risque à oser s’en prendre au plus fameux slogan de la décroissance mainstream : « une croissance infinie dans un monde fini est impossible ».
Soyons logique : si la croissance sans fin est impossible, alors cela revient à penser, à croire et à dire que la « décroissance est nécessaire ».
Et voilà le hic :
Les modalités du « nécessaire » et de l’impossible » ne sont donc pas les bonnes pour penser et fonder nos critiques contre « la croissance pour la croissance ». Dans la même « famille » de modalités se trouvent aussi le « possible » et le « contingent »… Ah oui, « d’autres mondes sont possibles »…
Mais alors, quelles modalités permettraient d’assumer l’enjeu fondamentalement politique de la décroissance ?
L’objectif de cette lettre est de rediriger la critique de la croissance vers ce qu’on appelle (savamment) les modalités « déontiques » : l’obligation, l’interdiction, la permission et l’option. Ce sont des façons de faire, ou de ne pas faire. Ainsi, l’interdiction est l’obligation de ne pas faire ; l’option est la permission de ne pas faire…
S’ouvrent alors deux grands chantiers conceptuels :
Pour participer à ce deuxième chantier, je ferais juste remarquer que ce n’est pas l’interdiction qui est la plus liberticide mais la permission :
Alors qu’allons-nous défendre ? Une écologie punitive ou permissive ? Une démocratie « militante » ou « libérale » ? Quelle responsabilité assumer sans un sens des devoirs vis-à-vis des autres, humains comme non-humains ? De la liberté sociale ou de la liberté individuelle, laquelle est la condition politique de l’autre ?
Bref, si la politique se discute avec les modalités déontiques, c’est parce qu’elle est affaire de volonté… et de volontarisme ?
15.11.2025 à 06:49
Michel Lepesant
Dans L’ordre du discours (1970, NRF) Michel Foucault commençait cette leçon inaugurale au Collège de France par un inventaire des procédures de contrôle et de délimitation du discours 1 : des systèmes d’exclusion (la parole interdite, le partage de la folie et la volonté de vérité) mais aussi des procédures internes par lesquels « ce sont les discours eux-mêmes qui exercent leur propre contrôle… Au premier rang, le commentaire » (p.23).
Ce sera mon seul commentaire sur les commentaires qui vont suivre ; commentaires que je poste régulièrement à la lecture des articles du journal Le Monde (auquel je suis abonné, et que ne pourront lire que ceux qui le sont également) : le sujet du commentaire se trouve dans l’intitulé du lien.
Cette politique internationale de Trump doit être rapprochée de celle de Netanyahou telle que l’excellent Bertrand Badie l’explique : il s’agit de créer le désordre pour mieux imposer sa force brutale. Trump ne veut pas que les USA redevienne le « gendarme du monde », il veut juste devenir le « maître du monde », exactement comme dans la cour de récréation de la maternelle, le plus fort impose sa force aux plus faibles.
C’est donc bien un terrible rapport de forces qui est en train de s’installer et Trump et ses courtisans savent parfaitement qui est l’ennemi : c’est le droit. En face, nous aurions bien tort de lâcher l’affaire et de ne pas nous ranger ostensiblement du côté du droit. Car il y a une force du Droit et les « méchants », eux, le savent bien et le reconnaissent « à l’insu de leur plein gré » dès qu’ils s’attaquent ostensiblement au Droit.
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Voilà une loi qui permet aux riches de continuer à hériter d’une richesse à laquelle ils n’ont pas contribué. Les riches héritent de la richesse de leurs parents, et les pauvres se contentent de la pauvreté de leur parent. Et en avant pour continuer une société où les inégalités se transmettent sous le couvert de « valeurs » comme le travail et le mérite : alors que, les enfants n’ont aucun mérite à être les enfants de leurs parents, et qu’ils n’ont pas travaillé. Mais pour les défenseurs de ce « privilège », ils doivent se dire que les pauvres méritent de transmettre leur pauvreté, et qu’ils n’ont qu’à continuer à travailler.
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Défendre la capitalisation, c’est défendre le pari d’une croissance continue sans avoir à payer le coût de la solidarité. Défendre la répartition, c’est faire passer la solidarité quand bien même il n’y aurait pas de croissance.
Ah, au fait, on est dans un monde fini dans lequel les perspectives de croissance sont sapées par l’épuisement des ressources matérielles (parce qu’il n’y a pas que les « terres rares » qui deviennent rares).
C’est pourquoi, pour défendre la capitalisation, il faut soit s’aveugler sur les limites planétaires soit, en connaissance de cause, jouer sur la croissance des inégalités. C’est ce qu’explique Arnaud Orain dans son dernier livre où il montre que les capitalistes ont bien intégré qu’il n’y en aurait plus pour tout le monde et qui en déduisent qu’ils doivent s’accaparer les ressources.
Bref, la capitalisation, c’est une idée de… capitaliste !
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Jean Pisani-Ferry semble ne pas savoir que la décroissance n’est pas une théorie macroéconomqiue mais une idéologie politique et que si la décroissance s’oppose à la croissance c’est d’abord parce que cette fameuse « croissance » est un régime politique de domination (sur les humains, sur la nature…), régime politique qui exerce son emprise sur un « monde » fait de valeurs, de normes, de récits, de représentations et que c’est ce « monde » qui fournit un cadre d’explication qui aujourd’hui se réduisent à des explications économiques ; autrement dit qui ne cherchent que des solutions économiques à des problèmes qui sont prioritairement politiques.
Mais, cela Jean Pisani-Ferry fait semblant de ne pas le savoir et le passe sous silence, en réduisant son analyse au seul bout économique de la lorgnette.
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Trump ne cesse de répéter qu’il fait des « deals ». Combien de temps va-t-il encore falloir attendre pour proclamer que sa logique est celle d’un dealer (et non pas d’un leader), autrement dit d’un commerçant sans foi ni loi → sa logique est celle du commerce et il n’est que l’aboutissement actuel d’un capitalisme de marchands, et de marchandisation généralisée (→ Il faut lire le livre d’Arnaud Orain sur le « capitalisme de la finitude »).
Tous les adorateurs du libre commerce, de la concurrence libre et non faussée, sont aujourd’hui bien embêtés car ils voient bien qu’un monde où seuls les intérêts comptent n’est qu’un monde de « guerre de chacun contre chacun » : car il s’agit de défendre la « libre entreprise », ils adorent cette compétition mais quand cela tourne au cynisme sans aucune morale, ils prétendent s’en détacher.
Sortir de cette dissonance cognitive, ce serait rompre avec le modèle américain du self made man → les européens en sont-ils capables ?
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Que le balancier du wokisme aille trop loin, c’est certainement le cas. Mais il faut beaucoup d’aveuglement pour en demander aussitôt l’arrêt. Parce que, en matière de balancier patriarcal, raciste et classiste qui est allé trop loin, il y a là des siècles d’antécédents. On aurait aimé que la même indignation précipitée qui aujourd’hui est dirigée contre le wokisme ait préalablement fait ses preuves dans les luttes contre les discriminations !
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L’esprit de sérieux, c’est d’abord de rappeler qu’en comptabilité, il y a 2 colonnes, une pour les dépenses et l’autre pour les recettes. Et que depuis des années, la colonne recettes décroit au profit des plus riches (particuliers, entreprises).
L’esprit de sérieux, c’est aussi de rappeler qu’en France, si les prélèvements sont élevés, c’est parce que nous avons un niveau de service public quasi inégalé dans le monde. Dans le même esprit (de sérieux), rappeler que les prélèvements sont en réalité des revenus différés : la cotisation que je paie aujourd’hui sert à financer l’éducation, l’hôpital…
Il n’est pas sérieux quand on compare le niveau de prélèvements de la France avec d’autres pays de ne pas mettre en regards que nous en retirons.
Bref, aujourd’hui en France, quand j’arrive à l’hôpital, c’est ma carte vitale dont j’ai besoin, pas de ma carte bleu (et quand ce n’est pas le cas, c’est parce que le privé empiète sur le service public).
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Ces prix sont une folie.
Rappel historique : à sa sortie, en 1972, une R5 4 cv dans sa finition de base L était facturée 9 740 francs, environ 9 584 €. Il fallait compter 1 220 francs de plus pour disposer de la 5 cv dans une finition plus huppée dite TL (environ 1 234 € de plus, 10 818 € au total) ← références sur le site de l’Argus)
Soit 13 smic en 1972 (745 F brut, soit 754€ en euro courant) et 18 aujourd’hui (pour les versions de base).
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Un soutien inconditionnel à Israël implique une vision asymétrique de la paix. Or il ne peut y avoir qu’une seule sorte de paix asymétrique = la victoire totale d’un camp sur l’autre. Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?
Pour le régime iranien : sa disparition.
Pour les Hezbollah et le Hamas : leur neutralisation militaire.
Mais pour les palestiniens : leur disparition ? Cela n’a pas de sens. Pas plus que la « solution finale » n’avait de sens. Pas plus que la disparition de l’État d’Israël n’a de sens.
Pas plus que le refus d’un État palestinien n’a de sens. Pas plus que la colonisation israélienne en Cisjordanie n’a de sens. Pas plus que les massacres et les crimes de guerre à Gaza n’ont de sens.
En fait, cela a du sens uniquement pour ceux qui veulent une paix asymétrique. Qui n’existera pas dans la région du Moyen-Orient.
Alors il n’y aura qu’une guerre asymétrique. Nous l’avons déjà ! C’est une catastrophe humanitaire, et un effondrement moral.
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Tout le monde demande la paix. Mais pour les uns c’est en faisant des concessions à la Russie et pour d’autres c’est à la condition de sa défaite.
La question n’est pas alors : qu’est-ce que la paix, mais : qu’est-ce que la Russie ?
Si la Russie est un État agressé, alors lui faire des concessions ne sera que justice. Si la Russie est un État agresseur, alors lui faire des concessions serait une ineptie.
Comment trancher ?
Le tribunal de l’histoire est incontournable : hier, Géorgie, Crimée, Syrie… La Russie de Poutine est un État agresseur qui franchit les lignes rouges.
Faire la paix aujourd’hui en faisant des concessions territoriales sur l’Ukraine ce n’est pas du tout assurer la paix de demain : en Moldavie, en Géorgie, dans les pays baltes…
Autrement dit, ceux qui au nom de la paix refusent d’aider aujourd’hui l’Ukraine sont les mêmes qui justifieront demain – au nom de la paix – les guerres d’agression russe contre ses voisins. Bref, avec eux, la paix, c’est la guerre.
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Il n’y a aucune hésitation à qualifier les atrocités du 7 octobre de « terroristes ». Il n’y a donc aucune hésitation à les condamner. Mais il n’y a aucune hésitation non plus à refuser de réduire l’histoire d’Israël à ce 7 octobre. Il n’y a donc aucune hésitation à condamner Israël pour ce que subissent aujourd’hui les gazaouis.
Mais ce n’est pas parce que toutes ces condamnations sont sans hésitation qu’elles se valent. D’abord parce que le rapport de force est asymétrique ; ensuite parce qu’il y a d’un côté une organisation terroriste et de l’autre un État qui prétend ne pas l’être.
La question n’est pas : qui défend le Hamas aujourd’hui ?
Mais la question est : qui aujourd’hui en tant que démocrate et humaniste peut défendre Israël ?
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Que la violence sociale, la violence exercée par un groupe de la société contre le reste de la société, soit toujours dans les faits exercée par des individus n’en fait pas pour autant une violence individuelle.
C’est exactement comme pour la violence policière : bien sûr qu’elle est exercée par un policier, mais pour autant elle est la résultante d’une doctrine policière. Autrement dit, si on veut l’éviter, il ne faut pas s’attaquer à l’individu, mais changer de doctrine du maintien de l’ordre.
Tout cela n’excuse pas les individus violents, qu’il faut punir : que ce soit les agresseurs de l’un ou les policiers violents, mais si on veut apporter une « réponse » – c’est cela « être responsable » – la cause qu’il faut changer, ce ne sont les « les individus » mais la doctrine dans un cas, l’exercice de la démocratie dans l’autre cas.
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Deux raisons « politiques » peuvent expliquer que les violences subies par les militants et activistes écologistes soient minorées.
Pour la première, il s’agit de faire diversion : en faisant des écolos des agresseurs, on empêche de les montrer comme des agressés. Il suffit pourtant d’avoir participé une fois dans sa vie à une action au nom de « l’intérêt général écologique » pour avoir subi les violences des intérêts privées (champ ogm, bassine, chasse à courre, nucléaire…).
La deuxième est plus stratégique : en mettant en avant la « violence » des « éco-terroristes » et plus largement de « l’écologie punitive », on dissimule la violence généralisée de l’économie punitive : violence contre les humains, les animaux, la nature…
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Beaucoup de perplexités. Je ne comprends comment on déconstruit la notion de genre si en même temps on s’identifie à l’autre genre. Si la société construit des « assignations de genre », ce à quoi il faut s’attaquer c’est à ces constructions. En même temps, si une société ne construit plus rien, si chaque individu peut s’inventer, alors « la société n’existe pas ».
Qu’il faille critiquer une société qui traite « le corps comme un objet », certes ; mais est-ce réellement combattre ces discriminations que de mener une lutte qui repose sur le sentiment de « n’être pas né dans le bon corps », comme si l’esprit que je suis n’était pas en même temps le corps que je suis, et non pas le corps que j’ai. Finalement, qui traite le corps comme un objet ? Bref, beaucoup de perplexités suscitées par le parcours d’un être certainement sincère…
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Ce qui est injuste, ce n’est pas l’héritage ni la transmission. Ce qui est injuste, ce sont les inégalités.
Dans une société (plus) juste où l’écart entre les patrimoines (les richesses) serait encadré (de 1 à 4, disait déjà Platon), alors l’héritage ne poserait aucun problème supplémentaire. Les enfants de parents au patrimoine modeste hériteraient modestement ; et si le montant de l’héritage fait dépasser le plafond des patrimoines, alors l’excédent retourne à la communauté.
Sur la question des inégalités, rappelons à l’intention des partisans les plus farouches du « mérite » que, jusqu’à maintenant aucun self made man n’a encore existé sans avoir profité – oui, profité – des propriétés communes. Le jour où un self-made man roule sur une route qu’il a lui-même goudronné, après avoir lui-même éduqué ses anciens professeurs… je change d’avis.
Qui peut (encore) croire qu’il pourrait exister sans les autres ?
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Mais comment cet argent a-t-il été « gagné » ? Car s’il a été « gagné » par les uns alors c’est qu’il a été « perdu » par d’autres. Et il se trouve que ces « perdants » sont précisément ceux qui ont produit cet argent : ils ont été « volés » (les « riches » savent-ils que les « pauvres » travaillent ??? Si, si).
L’héritage des riches, c’est juste l’héritage d’un vol : ce qui est injuste.
On répond alors que les « gagnants » ont « mérité » leur fortune : mais alors cet argument se retourne contre les héritiers qui n’ont rien « fait » pour « mériter ».
Bref : d’un côté des producteurs de la richesse qui la perdent et qui ne transmettent à leurs enfants que cette injustice. De l’autre, des « héritiers » qui disposent de ce que par provocation on appelle des « actions » alors que ces gens n’ont rien fait !
Cela promet de beaux jours !
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Ce dont manque notre société, ce n’est pas de parents mais c’est d’adultes. Des parents y’en a, et ils doivent éduquer leurs enfants dans une société qui n’accorde plus aux adultes l’autorité qu’ils portent.
Être adulte n’est pas d’abord une question d’âge mais de capacité à se décentrer pour défendre un intérêt général. Beaucoup de ceux qui ont l’âge pour être adulte continuent de se comporter comme des enfants capricieux et arrogants : et on peut penser au plus haut sommet de l’État comme à des footballeurs vedettes… Sans oublier ces ados attardés et asociaux qui sont devenus des milliardaires…
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Le macronisme est juste le nom d’une politique libérale, c’est-à-dire d’une politique privée du sens du politique : la politique sans le politique, mais avec la pression de l’économique.
En ce sens, Macron est la marionnette du macronisme, et sa personne aussi intelligente soit-elle est bien incapable d’apporter le moindre souffle politique au pays dont il a la charge.
In fine, en ce début de 21ème siècle, qui peut encore croire que la croissance (économique) puisse être au service de l’émancipation ? A l’heure du réalisme écologique, que peut bien apporter la fable du progrès ?
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Dans cette affaire, ce qui est en jeu n’est pas politicien et donc on s’en moque de savoir si l’analyse est de gauche (LFI) ou d’extrême-droite (et donc favorable aux syndicats et partis proches de cette idéologie).
Ce qui est en jeu, c’est l’État de droit comme garantie d’un fonctionnement républicain de son administration. Et c’est là que ça coince : la séparation des pouvoirs est bafouée, l’indépendance de la justice est attaquée, l’égalité entre citoyens est méprisée.
Au final, une attaque en règle contre la démocratie par ceux qui tentent de nous convaincre que l’on va lutter efficacement contre les « hors-la-loi » à l’aide de gens qui se croient « au-dessus de la loi ».
Entre ceux qui s’écartent de la loi et ceux qui veulent un régime d’exception, c’est la loi, le droit, la justice qui sont écartés. Dans ce cas, ce qui reste, ce sont juste des rapports de force : entre les institutions, entre les syndicats séditieux et leur ministre, entre force des gangs et forces de l’ordre.
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Le rapprochement avec le statut juridique d’une entreprise comme personne morale est imparable. Un fleuve devrait pouvoir être traité juridiquement comme une entreprise. Mais c’est là qu’il peut y avoir un carrefour et un choix politique à faire, car rien n’oblige à conserver le statut de personne morale aux entreprises. Autrement dit, il faut se demander quelle pourrait être l’autre possibilité : c’est celle des communs (plutôt que celle du sujet de droit).
La différence essentielle entre la piste de la « personne morale » et celle des « communs », c’est que leur gestion/gouvernance ne sont pas du tout la même : dans un cas le « marché » peut encore apparaître comme un modèle efficace, dans l’autre cas plutôt non (voir les travaux d’Elinor Ostrom).
Plutôt que d’étendre le modèle de l’entreprise à des entités du vivant, ne faudrait-il pas plutôt faire revenir l’économie dans les limites de la vie commune ?
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Ah oui, une sacrée « démocratie ». Qui à l’intérieur pratique un apartheid vis à vis des palestiniens israéliens ; qui à l’intérieur a installé depuis des années un régime d’extrême-droite sous la coupe des religieux extrémistes ; qui pratique la colonisation et l’annexion.
Certes, on nous parle toujours de Tel-Aviv et de sa « vie normale » : mais que signifie jouir d’une vie normale quand on sait qu’elle se paie du sang et des souffrances du peuple cousin ?
Faut-il rajouter qu’à l’exportation, Israël ce sont des techniques d’espionnage… Etc.
Ce n’est donc que par ironie qu’Israël peut être présentée comme une démocratie ; car une démocratie doit être un « modèle » ← qui veut d’Israël comme « modèle » ?
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Enfin un article qui rappelle que le « statu quo », c’est la colonisation, l’annexion, l’apartheid, le blocus, le coup de force antidémocratique que les gouvernements israéliens sous la coupe de l’extrême-droite et des religieux exercent depuis des années contre le peuple voisin…
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La défense de la BBC est maladroite, ce qui ne veut pas dire qu’elle est une « honte ».
Il est maladroit d’abord de se retrancher derrière la « neutralité » : parce qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est qu’une chimère (« Seul le néant est neutre », disait Jean Jaurès).
L’important c’est d’être « impartial », de ne pas « prendre parti ».
Est-il alors « impartial » d’utiliser le terme de « terrorisme » ?
Cela dépend de l’usage qu’on en fait.
Si on en fait un usage « politique » – au sens de classer le Hamas en tant qu’organisation terroriste – alors cela relève d’un choix « politique » que la BBC ne doit pas faire.
Mais si l’on prend le terme de « terrorisme » dans son usage courant – qui produit volontairement des effets de « terreur » – alors les massacres commis par le Hamas sont des actes « terroristes ».
Seul problème : c’est qu’avec cette définition courante de « terrorisme » alors il faut aussi dire, par impartialité, que les gouvernements successifs israéliens ont eux aussi commis de tels types d’actes…
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LFI n’est ni révolutionnaire, ni d’extrême-gauche. C’est un parti social-démocrate : dont le programme est même un cran en dessous de celui du PS de 1981, ce qui ne l’avait pas empêché d’arriver au pouvoir.
Le problème, c’est qu’une grande partie de la force électorale de LFI lui vient de la faiblesse et de la trahison des « socialistes de gouvernement » : c’est le quinquennat Hollande, ce sont ces « macronistes de gauche » qui viennent de soutenir une réforme infâme.
La force de LFI est donc une force par défaut. Les militants qui restent – mais où aller – ne sont que les moutons d’un troupeau dont JLM prétend être le berger, entourés de ses « chiens de garde ».
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La décroissance, c’est la proposition d’1 million de paysans d’ici 5 ans pour viser un équilibre à 5 millions de paysans.
Ah, au fait, un « paysan » c’est un agriculteur mais pas un productiviste, pas un industriel de l’élevage ou de la culture.
Bref c’est le contraire de l’agriculture financée depuis des années par la PAC, avec le soutien des gouvernements de droite et des syndicats FNSEA et CNJA.
C’est une production saine rémunérée au prix juste. C’est une production qui ne vise pas l’exportation (avec ses dégâts sur les agricultures locales qui donnent pourtant encore des leçons d’une paysannerie productive sans être productiviste) mais à la sécurité alimentaire.
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Israël va finir par croire à son plus gros mensonge, selon lequel son histoire aurait commencé le 7 octobre de l’an dernier…
Impasse militaire, naufrage moral, révisionnisme historique, autoritarisme politique, extrémisme religieux : où va Israël ???
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Puisque Marx est cité, il eût été pertinent de rappeler que pour Marx, le profit est déjà une exploitation et par conséquent, les surprofits ne sont que de la surexploitation.
Surtout : que les profits ne sont normaux (« retour à la normale ») que dans le monde capitaliste. Que cette normalité n’est que la distribution inique de la valeur ajoutée par le travail au profit essentiellement des.. profiteurs.
Les profiteurs profitent, les surprofiteurs surprofitent : tout cela n’a rien de normal. Tout cela est au contraire surréel. Mais c’est sans surprise dans un monde (je ne sais pas si je parle de l’entité d’ensemble ou si je cite le nom d’un quotidien français du soir) est au service du bloc élitaire/méritocratique, ce bloc qui privatise les profits et qui mutualise les pertes, ce bloc qui surprivatise les surprofits et qui surmutualise les surpertes.
Ce bloc élitaire qui est si… sûr de lui, qu’il se dispense de toute considération de justice sociale. Ne parlons même plus de morale…
_____________________29.09.2025 à 16:58
Michel Lepesant
Une différence est-elle toujours une inégalité ? Une dépendance est-elle toujours une domination ? Une contrainte est-elle toujours une privation de liberté ? Une controverse est-elle toujours une polémique ?
Quand on est dans une recherche de cohérence, que faire de toutes ces oppositions ?
Voilà exactement l’étau dans lequel je me suis retrouvé coincé lors de quelques épisodes récents, concernant tant la réflexion la plus théorique que l’organisation concrète de la Maison commune de la décroissance.
Et pourtant, à chaque fois, un même recadrage permet de s’en sortir (par le haut).
[Si j’étais resté hégélien ou marxiste, mais je ne l’ai jamais été, j’aurais pu m’en sortir par une habileté dialectique : expliquer qu’une opposition n’est qu’une apparence et qu’en réalité il faut dépasser l’opposition de la thèse et de l’antithèse par la fameuse synthèse. Dans la vulgate, cette synthèse donne en général la plus affreuse des contradictions, affirmer en même temps une thèse et son contraire, A et non A.]
Une opposition est-elle toujours un dualisme ? Non à condition de s’apercevoir que très souvent les 2 termes de l’opposition présupposent en commun un troisième terme qui n’est pas leur synthèse mais leur condition de possibilité. Cela peut paraître abstrait mais c’est plutôt simple :
Dans ces 3 cas, ce que j’appelle « condition de possibilité » est juste le rappel de ce qu’il est « normal » de respecter pour qu’une vie sociale soit possible.
Dans toutes ces façons de faire, chacun aura pu repérer les stratégies pratiquées par les actuels destructeurs libertariens de tout lien social.