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Francis PISANI
Journaliste

MYRIADES


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20.03.2025 à 17:59

Guerre à « guerre » ≈068

Francis Pisani

Parlons Klash, nouvelle chronique sur la guerre des mots et des idées en collaboration avec le nouveau site Aquarius.news consacré à la défense, à l’Europe et à l’innovation.
Texte intégral (1759 mots)

Bonjour,

Un peu de nouveauté…

J’ajoute, à partir d’aujourd’hui, une rubrique consacrée à la guerre des mots et des idées : « Parlons Klash ».

Outre Myriades, elle apparaît aussi sur le nouveau site Aquarius.news nouveau media dédié à l’innovation civile au service de la défense et de la protection des citoyens. Une entreprise résolument européenne.

Voici comment je l’y présente:

Bonjour et bienvenue sur un champ de bataille où on perd, parfois, la vie et, trop souvent, la tête : la guerre des mots.

Mais attention : « Abandonnez toute certitude, vous qui entrez ici ».

On ne se baigne jamais deux fois dans le même mot. A nous d’en explorer la plexité (j’y reviendrai), les connexions, les réseaux de sens qu’anciens et nouveaux peuvent ouvrir, de s’y balader, d’en titiller les confins.

En bref, il faut se battre avec les mots, contre, pour et sans eux (ça arrive même aux clavitifs).

Parlons Klash!

« Guerre » ne veut plus rien dire

Chez nous, en Ukraine, la guerre est là.

A Varsovie, Berlin, Stockholm ou Chisinau, le mot est sur bien des bouches et dans bien des têtes. Elle guette, elle est proche, présente même.

Mais le mot n’a plus de sens. L’utiliser ne fait qu’augmenter la confusion, le brouillard qui l’accompagne toujours dirait-on en anglais (fog of war).

Le mot - pas sa réalité - ne veut plus rien dire.

Larousse le définit comme une « Lutte armée entre États »… « considérée comme un phénomène historique et social (s'oppose à paix) » précise Le Robert.

Ceux qui la font, Poutine, Netanyahou et plein d'autres, se gardent bien d’utiliser le terme qui les obligerait à respecter les règles du droit international.

Qui la déclare - George Bush contre la terreur et Macron contre la COVID - s’en prend à des problèmes que la guerre ne saurait résoudre et qu’on ne peut considérer comme réglés. « Une guerre peut prendre fin lorsqu'il y a reddition et capitulation de l'État vaincu » explique le site officiel Vie Publique.

L’Ukraine et la Russie sont donc bien « en guerre », même si l’agresseur ne le reconnaît pas. Destructions et victimes sont là pour en porter l’horrible témoignage. Mais l’invasion russe reste, officiellement, une « opération spéciale ».

Interrogez votre IA ou votre moteur de recherche préféré et vous verrez qu’à part trois conflits non conclus par des traités de paix, le monde ne connaît pas de guerre officielle en ce moment. Et pourtant, le nombre de conflits armés en cours s’élève à près de 60 pour le Peace Research Institute d’Oslo, à 110 selon la Geneva Academy.

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Une piste : « conflagration »

Le Figaro nous donne une belle et courte histoire de la vie française du mot « conflagration ».

  • Désignant au départ - en 1690 - un « incendie de ville, le terme s’applique aujourd’hui à un « Conflit international de grande envergure ».

  • L’évolution s’explique par l’origine latine du terme. « Flagrare » veut dire brûler. Accompagné du préfixe con (ensemble) il indique plusieurs éléments brûlant ensemble.

Et c’est là que, pour moi, con-flagration prend toute sa force.

« Guerre » a l’énorme défaut d’être strictement binaire. Il y a, ou il n’y a pas, on est, ou on n’est pas en « guerre ». Or il s’agit toujours de dynamiques complexes dont on espère rendre compte en les disant « hybrides » ce qui ne fait guère avancer le schmilblick (un autre terme sur lequel je pourrais revenir…).

Reste l’adjectif. On peut dire d’une situation et, avec encore plus de pertinence, d’une dynamique, qu’elle est « conflagrationnelle ».

Qui se refuse à dire que l’Europe est déjà en « guerre » aura du mal à nier qu’elle vit une situation « conflagrationnelle ».

Ça suffit pour se préparer, pour se mettre au travail comme Aquarius.news nous y invite.

Maintenant.

Pauvre Tolstoï

Mais, implacable logique, le mot « paix » auquel on aspire dans toute situation « conflagrationnelle » est aussi peu utilisable et, peut-être, encore plus mensonger que « guerre ». Pauvre Tolstoï !

Diplomates et politiciens s’en gargarisent.

Dès qu’ils brandissent le terme nous savons qu’ils se et nous trompent.

Shooté aux réalités alternatives Trump la promet. Moquette.

Je vois mal une figure responsable promettant de « déflagrer » la zone entre la Russie et l’Europe, mais aussi le Moyen Orient, les mers de la Chine du sud, le Myanmar, le Soudan etc.

Peu vraisemblable… mais que ce serait bon d’entendre parler Klash…

Allez vite y faire un tour sur Aquarius.news et... abonnez-vous.

PDF

02.03.2025 à 09:46

Dire NON! comme Zelensky ≈067

Francis Pisani

Il est peut-être tombé dans un piège à la Maison Blanche. Mais sa façon d’en sortir nous offre un exemple de ce qui manque le plus à nos dirigeants : courage, éthique et dignité. Ça nous concerne.
Texte intégral (1110 mots)

Bonjour,

Difficile de s’y retrouver dans cette actualité secouée par une stratégie trumpienne fondée sur la la menace, le chantage, la peur qu’elles suscitent, sa gueule irascible, ses mensonges assassins.

Piégés par la confusion, minés par des années d’impuissance face à ce monde que nous voyons se détruire sans trouver comment l’améliorer, nous avons, à des degrés variables, tendance à nous réfugier dans le déni, la recherche d’un refuge loin de toute hypothèse nucléaire, ou la déprime.

Arrêtons.

Point n’est besoin d’avoir une réponse claire, de savoir quoi faire et avec qui.

Commençons par dire : NON! pour inverser la dynamique.

Comme l’a fait Zelensky dans le bureau ovale, au coeur de la Maison Blanche, à la face de Trump, au nez de Vance l’idéologue provocateur d’un président déstabilisé par la fermeté de son interlocuteur ukrainien qu’il pensait manipuler comme une marionnette.

Quel courage. Quel force. Et quelle intelligence.

Sa marge de manoeuvre étant proche de zéro il a joué la carte de la dignité contre celle du mépris.

En disant simplement NON!.

Position morale qui ne règle pas tout, mais bon début dont nous avions le plus grand besoin.

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Commençons par dire : NON!

NON! est le premier mot de toute rébellion comme de toute innovation.

  • Galilée n’a pas commencé par affirmer : « Et pourtant elle tourne ». Tout a commencé quand il s’est convaincu du fait que, NON! le soleil ne tourne pas autour de la terre.

  • Les colons de Boston on dit NON!, en 1773, aux impôts exigés par le roi d’Angleterre, avant de participer, trois ans plus tard, à la déclaration d’indépendance des États-Unis.

  • De Gaulle a dit NON! au renoncement de Pétain avant d’organiser la participation des Français à leur libération.

  • Steve Jobs a dit NON! aux ordinateurs tristes et compliqués avant de lancer le Mac.

  • C’est en disant haut, fort et publiquement NON! que les femmes ont fait reculer le harcèlement sexuel.

  • etc., etc., etc.

Paradoxalement, dire NON! c’est prendre position contre le nihilisme, au sens où Nietzsche l’entend, c’est affirmer ses valeurs, s’affirmer face à l’impuissance.

Deux précautions malgré tout :

  • Tous les « NON! » n’ont pas le même sens… Le fait de protester, de refuser, de s’opposer m’est généralement sympathique. Mais il faut faire attention à ceux qui dévient le terme, pour protester contre les vaccinations par exemple.

  • Dire NON! ne suffit jamais. Il faut agir après, proposer, dialoguer… Sur de meilleures bases quand on a d’abord fait état de sa capacité et de sa volonté de refuser l’inacceptable.

    Laissez un commentaire.

Le NON! de Zelensky l’a-t-il affaibli ?

Certains analystes estiment que le président ukrainien est tombé dans un piège, qu’il n’a plus d’alternative et qu’il est maintenant condamné. En gros, qu’il a commis une erreur.

Le dialogue entre Trump et Poutine lui avait fermé toutes les portes.

Zelensky a pris des risques pour son pays et pour sa vie.

Mais son NON! a donné une chance aux dirigeants européens de se ressaisir plus vite qu'ils n'auraient souhaités.

Il nous a donné l’exemple.

Que pouvons-nous en apprendre ?

Adopter une position morale dans une situation critique peut sembler inutile.

C’est pourtant ce dont nous avons le plus besoin, ce qu’aucun autre dirigeant ne nous propose.

Tant de choses nous heurtent. Le sentiment d’impuissance nous bride. Qu’il s’agisse de la lutte contre la crise climatique, des attaques au Kärcher contre la biodiversité, de la protection sociale, de la fin du mois, de l’éducation des enfants ou de la réglementation des grandes fortunes ou de la BigTech.

Et nous avons tendance à repousser l’action faute de savoir quoi faire, ou d’y croire.

Commençons par un tout petit mot qui sort des tripes, que nous ne sommes pas seul.e.s à hurler et qui commence à nous engager.

Commençons par dire NON! à tout ce qui nous écoeure, nous dégoûte, nous scandalise, nous menace.

Et mettons nous à l’oeuvre.

Merci Monsieur le Président de l’Ukraine.

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