LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
Yannis YOULOUNTAS

« La seule façon de te sauver toi-même est de lutter pour sauver tous les autres. » Nikos Kazantzakis

Le blog de Yannis Youlountas


▸ les 10 dernières parutions

11.01.2026 à 19:13

Dernière projection du film dans le Tarn ce mardi soir !

Yannis Youlountas

Dernière projection du film dans le Tarn, ce mardi soir, dans sa version actualisée. . L’occasion d’échanger sur les circonstances actuelles en Grèce (je viens de rentrer), en France et ailleurs, et d’évoquer les perspectives. Salle des fêtes de Lagrave (entre Gaillac et Albi, accès et stationnement très facile, 30mn de Toulouse et de Castres). . Participation libre. Buvette, café, tisanes grecques, gâteaux grecs et surprises !
Lire la suite (336 mots)
Dernière projection du film dans le Tarn, ce mardi soir, dans sa version actualisée.
.
L’occasion d’échanger sur les circonstances actuelles en Grèce (je viens de rentrer), en France et ailleurs, et d’évoquer les perspectives. Salle des fêtes de Lagrave (entre Gaillac et Albi, accès et stationnement très facile, 30mn de Toulouse et de Castres).
.
Participation libre. Buvette, café, tisanes grecques, gâteaux grecs et surprises !
PDF

06.01.2026 à 08:58

Bonnes nouvelles de Grèce, actions en cours, infos 2026

Yannis Youlountas

Bonjour à toutes et à tous. Dans cette première lettre d’infos de 2026, vous trouverez : quelques bonnes nouvelles en ce début d’année, un point sur les actions en cours et les livraisons de l’hiver aux lieux solidaires autogérés, ainsi que l’agenda des prochaines occasions de nous retrouver en France et en Belgique, à partir du 10 janvier 2026. UNE FIN D’ANNÉE AGITÉE Concernant cette fin d’année, les principales nouvelles sont bonnes en matière de luttes. Les mobilisations sont puissantes, les manifestations souvent nombreuses et le mouvement social fait beaucoup de choses intéressantes. En premier lieu, les mobilisations antifascistes se...
Texte intégral (15516 mots)

Bonjour à toutes et à tous.

Dans cette première lettre d’infos de 2026, vous trouverez : quelques bonnes nouvelles en ce début d’année, un point sur les actions en cours et les livraisons de l’hiver aux lieux solidaires autogérés, ainsi que l’agenda des prochaines occasions de nous retrouver en France et en Belgique, à partir du 10 janvier 2026.

UNE FIN D’ANNÉE AGITÉE

Concernant cette fin d’année, les principales nouvelles sont bonnes en matière de luttes. Les mobilisations sont puissantes, les manifestations souvent nombreuses et le mouvement social fait beaucoup de choses intéressantes.

En premier lieu, les mobilisations antifascistes se succèdent ces temps-ci. La principale, bien sûr, a été celle du 17 novembre « contre le fascisme d’hier et d’aujourd’hui ». La mobilisation a été immense : nous avons été très nombreux dans les rues, à Athènes et ailleurs. Un record depuis la période du covid. Au fil des années, nous remontons la pente.

C’est aussi l’occasion de rappeler que le 17 novembre 1973, c’est un soulèvement de la base sociale qui a réussi à déstabiliser la dictature des Colonels, en se rassemblant à l’Ecole polytechnique, sur le flanc ouest du quartier d’Exarcheia. Une mobilisation étudiante et ouvrière qui a ouvert la voie à la chute de la junte, quelques mois plus tard.

UNE VIDÉO À FAIRE TOURNER POUR METTRE EN GARDE

SUR L’EXTRÊME-DROITE

Vu le contexte actuel en France et ailleurs, c’est peut-être le bon moment pour faire tourner cette vidéo sur notre expérience de l’extrême-droite au pouvoir en Grèce (10mn) :

Censure, répression, torture, disparition d’opposants politiques : c’était ça l’extrême-droite au pouvoir en Grèce, de 1967 à 1974. Il serait bon que ça se sache un peu plus.

Dimitris Papachristos, la voix de la radio pirate du soulèvement de Polytechnique (qui intervient dans l’extrait de Je lutte donc je suis) me demande de vous transmettre son message qui vous met en garde sur le risque de laisser l’extrême-droite arriver au pouvoir en France : « Les fascistes, on ne sait jamais jusqu’où ils sont capables d’aller ! »

 

SOLIDARITÉ FACE AUX PROCÈS

Plusieurs procès ont provoqué des mobilisations dans les tribunaux et tout autour. Par exemple, une douzaine de membres de Rouvikonas ont été condamnés à 9 mois de prison avec sursis pour une simple banderole déployée devant la tombe du soldat inconnu, le 17 novembre. La sanction paraît tellement disproportionnée et même infondée que de nombreuses organisations et associations ont manifesté leur soutien à Rouvikonas, à commencer par la Ligue des Droits de l’Homme en Grèce et d’autres organisations de gauche et humanistes. Cette convergence des luttes est, là aussi, une promesse d’avenir pour prolonger et diversifier la riposte.

Parmi les autres compagnons de lutte qui sont en procès également : les membres du squat Koukaki sont exagérément accusés d’avoir voulu tuer des policiers. Tout ça parce qu’ils ont jeté des choses de leur balcon durant l’évacuation de leur squat en 2020. Là encore, le pouvoir veut frapper fort, criminaliser le mouvement en utilisant tous les prétextes possibles, mais beaucoup de monde se mobilise pour ne pas laisser faire. Dans ce contexte tendu, l’audience prévue ces jours-ci a finalement été reportée au 30 avril 2026. À suivre…

BLOCAGE DES AUTOROUTES, DES PORTS
ET DES AÉROPORTS GRECS PAR LES PAYSANS

Durant toute la fin de l’année, la mobilisation s’est étendue aux paysans, en particulier aux éleveurs qui se heurtent, comme en France, à des abattages systématiques des troupeaux quand un seul et unique animal est malade. Les éleveurs sont également exaspérés par les difficultés à être remboursés. Les aéroports d’Héraklion, Chania, Thessalonique et Athènes ont donc été bloqués à plusieurs reprises, donnant lieu à des scènes épiques, surtout en Crète, comme le montrent certaines photos d’Héraklion et Chania :

Rappelons que cet automne 2025 a commencé avec plusieurs grands blocages et grèves générales, principalement à cause des dysfonctionnements de la justice bourgeoise qui continue de protéger les responsables politiques de la catastrophe ferroviaire de Tempi et qui ménage aussi des policiens proches du pouvoir qui trempent dans d’autres scandales. La tension reste forte à ce sujet en Grèce.

Durant l’année 2025, nous avons battu les records absolus de mobilisations sur ce motif : nous avons vu encore plus de monde descendre dans les rues que dans les années 2008-2015. Du jamais vu à Héraklion, à Chania, à Patras, à Larissa, à Ioannina, à Thessalonique, à Athènes ! Historique ! Des places et des avenues noires de monde, des centre-villes complètement bloqués, une colère qui gronde…

Mais qui sait ce que peut provoquer ce cocktail de révoltes dans les mois à venir, conjugué à certaines informations choquantes ? La défiance toujours plus forte à l’égard d’un système politique archaïque et clientéliste va-t-elle finir par profiter aux forces progressistes ou bien, à l’inverse, comme dans d’autres pays, à une nouvelle extrême-droite qui n’est pourtant que le jocker des mêmes dirigeants économiques et médiatiques ? Tout le monde n’a pas encore compris que le fascisme n’est que le prolongement du capitalisme en temps de crise, quand le pouvoir n’arrive plus à bercer la population d’illusion et, dès lors, pointe du doigt des boucs-émissaires pour faire oublier les vrais responsables.

L’Histoire l’a souvent montré : l’extrême-droite n’est qu’un renforcement du pouvoir, toujours plus autoritaire et injuste. Elle avance dans le cheval de Troie de la patrie à défendre. Elle appelle à une union nationale totalement amnésique des inégalités. Elle réduit la liberté aux choix illusoires du consommateur qui ne sait plus comment s’en sortir et invente toutes les raisons possibles au lieu de traiter le problème à sa source. Choisir l’extrême-droite, c’est sortir par le bas de la crise, au lieu de sortir par le haut : par le progrès social et la remise en question d’un système politique complètement dépassé, verrouillé, malade.

CHOC : LA GRÈCE REMBOURSE
1,1 MILLIARDS D’EUROS À LA FRANCE !

Alors que l’état grec traine les pieds pour rembourser les éleveurs, que des milliers de fonctionnaires ont parfois trois mois de retard de salaires, que de nouvelles coupes frappent actuellement les chômeurs et les précaires, que les hôpitaux n’ont plus les moyens de fonctionner, le premier ministre Mitsotakis n’a pas trouvé mieux que de donner de l’argent non demandé à l’état français, en payant plusieurs années en avance une échéance de 1,1 milliards d’euros ! C’est l’incompréhension et le tollé en Grèce !

Pire encore, l’état grec a décidé d’acheter une quatrième frégate française pour 982 millions d’euros ! Elle sera baptisée « Thémistocle ». Un collectif de précaires a aussitôt répliqué que cette frégate devrait plutôt s’appeler : « Famine » ! Sur sa lancée, le gouvernement grec a également annoncé l’achat de 24 Rafale français ! Budget du programme d’armement supplémentaire prévu sur douze ans : 25 milliards d’euros ! Pendant ce temps, les inégalités continuent de se creuser dans le pays, comme le confirment les chiffres de la pauvreté qui place la Grèce à la queue du classement européen avec la Bulgarie. « La pseudo croissance économique ne concerne que quelques riches investisseurs et il n’y a absolument aucun ruissellement » répondent les syndicats au récit officiel des médias pro-gouvernement.

DES ENFANTS GRECS CONTRE
LE « GRAND REMPLACEMENT » ?

Une partie de la population s’étant fait bourrer le crâne avec la théorie fumeuse du « grand remplacement », le gouvernement grec essaie maintenant de jouer le rôle de « sauveur de la race grecque ». En effet, cette expression nauséabonde vient d’être employée par plusieurs militants de l’alliance de droite, provoquant des réactions indignées. Par contre, on ne compte plus les félicitations d’anciens sympathisants d’Aube dorée qui se rapprochent du parti Nouvelle Démocratie. De quoi s’agit-il exactement ? Le Premier ministre grec a annoncé la possibilité d’allègements fiscaux dès ce début d’année 2026 pour encourager les Grecs à faire des enfants. En résumé, plus le nombre d’enfants augmente, plus les impôts diminuent. Un enfant donne droit à un taux de 18% sur la première tranche d’impôt au lieu de 22% (jusqu’à 20.000 euros). Avec deux enfants ça descend à 16%. Et ainsi de suite jusqu’à 4 enfants et plus, avec un taux qui passe alors à 0%.

La Grèce a l’un des trois plus faibles taux de natalité en Europe, avec l’Espagne et l’Italie. Mais quel rapport avec les migrants ? La Grèce n’accorde que très peu le droit d’asile aux exilés. C’est aujourd’hui l’un des pays d’Europe les plus sévères à l’égard des migrants, aux antipodes de l’élan de solidarité formidable développé par le mouvement autogestionnaire en Grèce. Pour le dire autrement : le mouvement social est d’une solidarité exemplaire depuis dix ans pendant que son gouvernement est l’un des pires en Europe. Le premier est soutenu dans ses initiatives solidaires autogérées par d’autres mouvements sociaux en Europe, alors que le second est financé par des fonds européens dans toutes ses horribles décisions, à commencer par la transformation des hot-spots d’enregistrement en camps de plus en invivables et fermés, sur les îles grecques orientales puis sur le continent également.

 

DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE : LA GRÈCE S’INQUIÈTE DU MANQUE D’EAU

Au fil des années, le pays devient confronté à un manque d’eau dramatique dans plusieurs régions, La situation devient particulièrement urgente en Attique (région d’Athènes) et dans plusieurs îles desséchées, à commencer par Leros et Patmos. Les réserves diminuent chaque année et des mesures urgentes sont en cours de discussion : la redirection partielle de plusieurs fleuves, la modernisation des réseaux de distribution d’eau existants, la construction de nouvelles unités de dessalement ou encore deux tunnels de 14km et 6km de longueur, avec un diamètre de 4m, conçus pour acheminer jusqu’à 200 millions de mètres cubes d’eau par an. Sauf que s’il ne pleut pas suffisamment, cela ne servira à rien. Le vrai problème, c’est la cause profonde : l’impact désastreux du capitalisme et du productivisme sur le cycle de l’eau, en Grèce comme ailleurs. Encore une bonne raison de s’insurger, avant qu’il ne soit trop tard.

 

SUCCÈS DES MANIFESTATIONS
ANTI-RÉPRESSION

Le 6 décembre, nous avons également observé une participation à la hausse dans les habituelles manifs anti-répression. Preuve que les mobilisations reprennent force et vigueur, d’année en année, après une période très difficile pour nous qui a débuté en 2019, avec le retour au pouvoir de la droite, avec plusieurs ministres issus de l’extrême-droite dans ses bagages (Mitsotakis leur a confié des postes clés, notamment à l’Intérieur et à l’Immigration).

C’est le sujet principal du film Nous n’avons pas peur des ruines qui a plusieurs fois été actualisé et qui sera à nouveau présenté en France et en Belgique dans quelques jours. Les villes et dates sont ici :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique15

 

LES HAUTS ET LES BAS D’EXARCHEIA
NE DATENT PAS D’AUJOURD’HUI

Ce retour en force des mobilisations est aussi l’occasion de rappeler que l’histoire d’Exarcheia n’a pas commencé avec l’assassinat d’Alexis Grigoropoulos fin 2008, contrairement à ce que vient de raconter un journal allemand durant les fêtes. C’est une erreur très fréquente au sujet d’Exarcheia et un méconnaissance profonde de son évolution depuis un demi siècle. Dès la fin des années 70, le quartier était dans le collimateur du pouvoir et se voyait accusé d’être… « une zone de non-droit » ! En 1984, les descentes policières se sont multipliées (avec plus de 10 fourgons de police et 200 policiers autour de la place, durant plusieurs mois) et les médias titraient déjà « la forteresse Exarcheia » (to avato).

 

JEAN-MARIE LE PEN EST VENU EN GRÈCE TOMBER LE MASQUE…

AVANT DE VITE REMONTER DANS SON AVION

C’est l’époque où Jean-Marie Le Pen est venu rendre visite au célèbre dictateur emprisonné : son grand ami, le sinistre colonel Papadopoulos, responsable de nombreuses tortures et disparitions d’opposants politiques durant la junte. Finalement, en raison d’intenses mobilisations antifascistes à Athènes, le gouvernement a interdit cette rencontre et Le Pen s’est contenté d’une conférence en catimini pour soutenir le parti fasciste grec EPEN, nostalgique de la dictature, avant de repartir au plus vite vers la France.

L’un des jeunes porte-parole d’EPEN à l’époque était Makis Voridis, grand soutien du dictateur déchu. Plus tard, en 1994, Voridis a fondé le Front hellénique (sur le modèle du Front national), puis l’Alerte populaire orthodoxe (LAOS), puis il est finalement devenu ministre de Mitsotakis au poste de… ministre de l’immigration !

 

L’ASSASSINAT RETENTISSANT DE MICHALIS,
23 ANS AVANT CELUI D’ALEXIS

Le 17 novembre 1985, un jeune anarchiste de 15 ans est assassiné dans Exarcheia, sous les coups de feu d’un policier. Oui, vous avez bien lu : exactement la même description que le 6 décembre 2008. Des émeutes vont suivre, des banques vont brûler, des occupations vont s’organiser, notamment l’occupation retentissante de l’École de Chimie qui va conduire à un véritable siège par de nombreuses forces de police durant 5 jours, devant les caméras de télévision et de nombreux journalistes déjà impressionnés par la vigueur du mouvement anarchiste (c’est la deuxième occupation de l’École de Chimie cette année-là, après des premières émeutes au printemps). L’École Polytechnique toute entière sera également occupée par la suite et plusieurs lieux et projets vont naître dans la foulée. Bref, beaucoup de gens ne savent pas que, 23 ans avant Alexis Grigoropoulos, nous avons connu la même chose avec Michalis Kaltezas.

En 1985, dans les manifs, on scande déjà « Flics, porcs, assassins ! » (et oui, ça aussi, ça ne date pas de 2008). Aujourd’hui, le mot porcs, en deuxième position du slogan, est souvent remplacé par un autre quolibet qui ne fait plus la confusion avec des animaux. Les porcs ne méritent pas une telle insulte.

Dans les années 80, les médias titrent déjà sur les « nuits d’anarchie », les « émeutes anarchistes » en caricaturant Exarcheia et le mouvement antiautoritaire.

À mes côtés ces derniers jours, Vangelis vous conseille, par exemple, de lire cet article historique sur « la gigantesque opération policière » contre la « forteresse Exarcheia » en avril 1985, pour comprendre à quel point « notre histoire est ancienne et a déjà connu des hauts et des bas à plusieurs reprises » :
https://www.mixanitouxronou.gr/i-epicheirisi-areti-kai-avato-anomias-ta-exarcheia/

Si le sujet vous intéresse, j’y reviendrai et vous traduirai un petit éventail de documents et d’articles des années 70, 80 et 90. J’ai même d’autres belles surprises qui pourraient vous intéresser. On en reparlera bientôt 😉

EXARCHEIA, TEL LE PHÉNIX

Quelques temps plus tard, dans les années 90, plusieurs médias annoncent la mort d’Exarcheia (oui, déjà !), étouffé par les descentes policières et le trafic d’héroïne qui bénéficie d’une convergence d’intérêts entre la mafia et le pouvoir qui veut semer la zizanie dans le quartier et alentours. Ces magouilles sont dénoncés sur des affiches restées célèbres : « c’est la police qui vent l’héroïne » et par des artistes célèbres du quartier, notamment Katerina Gogou, poétesse fétiche d’Exarcheia, actrice, chanteuse et militante anarchiste réputée pour son franc-parler (disparue en 1993, à l’âge de 52 ans).

Mais comme souvent, le mouvement social finit par rebondir, diversifie ses activités, puis se renforce durant les années 2000.

Comme le disent les anciens à Exarcheia, pour savoir comment va le quartier, il suffit de regarder ses murs. Si les affiches sont fraîches et les tags continuent à être omniprésents, cela veut dire que le mouvement est toujours là, quels que soient les problèmes de lieux et de répression. L’un des principaux slogans du quartier réapparait régulièrement depuis plusieurs dizaines d’années et à nouveau depuis 2019 : « On n’évacue pas un mouvement » (par exemple, sur une banderole longtemps accrochée sur l’immeuble du squat Notara et sous forme de tags et d’affiches dans le quartier, à de multiples reprises).

Un autre slogan, né en mai 1968 en France et repris dans les années 70 en Grèce, disait : « Murs blancs, peuple muet ». C’est tout le contraire à Exarcheia, encore aujourd’hui. Les nouvelles affiches se superposent : anarchistes, autonomes, communistes, de gauche, antifascistes, écologistes, révolutionnaires de toutes les provenances, au sujet d’ici et d’ailleurs, le plus souvent le Rojava, car les Kurdes révolutionnaires sont très actifs ici. Toutes les semaines, tous les jours, du matin au soir et du soir au matin. Idem pour les tags et parfois les graffitis, petits ou grands. Les murs d’Exarcheia n’ont pas changé : 1973, 1984, 1990, 2000, 2008, 2019, 2026…

Le mouvement est là et bien là, comme dit Vangelis. Tous les autres ne disent pas autre chose. « Perdre des lieux est une chose, perdre le quartier en est une autre » résume Elena, une solidaire du quartier originaire de Thessalonique. « On peut nous expulser, on peut nous matraquer, on peut essayer de nous intimider, mais on est toujours là » ajoute-t-elle en riant. « Ça fait un demi-siècle que ça dure » conclut Vangelis avec son petit sourire habituel et ses yeux brillants d’ironie. Sous la botte qui la piétine, « la fourmilière se réorganise comme elle peut », qu’importe les pertes.

Ci-dessous dans le premier dessin, Exarcheia est entouré d’autres quartiers moins actifs, puis dans le deuxième dessin, Exarcheia a été affaibli par l’État mais est épaulé par ces mêmes quartiers qui ont gagné en vigueur au fil des années.

 

ROUVIKONAS : QUAND EXARCHEIA ESSAIME

DANS TOUTE LA GRÈCE

Au centre du quartier, le KVox vient de fêter ses 13 ans, toujours là lui aussi, avec toujours plus de succès, énormément de visiteurs et de soutiens, une bibliothèque sociale très dynamique et une cuisine sociale très sollicitée par les sans-abris et les autres personnes précaires de toutes les couleurs. Lors de plusieurs événements récents, nous avons vu une véritable marée humaine arriver dans le KVox et tout autour, avec énormément de jeunes. Un record là aussi, en 2025 ! Une vraie promesse d’avenir pour le mouvement social, ici.

Solidement ancré dans le quartier, le KVox a essaimé dans plusieurs quartiers voisins et a créé plusieurs autres lieux, à commencer par le centre social autogéré Skopeftirio à Kesariani (autre quartier historique des luttes en Grèce), sur le modèle du KVox. Né à Exarcheia, le groupe anarchiste Rouvikonas a fait de même. Sa base principale reste le KVox, au centre d’Exarcheia, mais il a créé de multiples sections dans d’autres quartiers d’Athènes et dans d’autres villes de Grèce : depuis début 2025, il y a même des sections de Rouvikonas à Thessalonique, à Ioannina, à Patras, à Kalamata et à Héraklion !

Au fil des années, le groupe Rouvikonas a également créé une section de pompiers pour lutter contre les incendies autour d’Athènes, en suppléant à la faiblesse des moyens étatiques, et parfois pour organiser des secours dans l’autogestion face à d’autres catastrophes naturelles. On se rappelle, par exemple, de la colonne de véhicules anarchistes partis d’Athènes pour la Thessalie afin d’aider une population complètement abandonnée par l’État durant de terribles inondations (septembre 2023).

À ce propos, sachez que la section autogérée de lutte contre les incendies recherche certains équipements qui lui manque cruellement. Peut-être que vous pouvez trouver et nous transmettre certaines choses. La liste spécifique des besoins des pompiers anarchistes est ici en grand format :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38
(c’est la deuxième liste sur cette page, car la première liste concerne les besoins plus généraux des autres types d’actions)

La section féministe de Rouvikonas intervient, elle aussi, bien au-delà des limites du quartier, dans toute la capitale et parfois au-delà. En 2019, le nouveau premier ministre avait promis d’en finir avec Exarcheia « en un mois » et avait fait de Rouvikonas et du KVox ses cibles principales : « ils n’existeront bientôt plus ! » C’est tout le contraire qui s’est passé : jamais Rouvikonas n’a été aussi actif, malgré les procès à répétition, et jamais le KVox n’a été aussi rayonnant !

Comme les autres militants anarchistes grecs, les membres fondateurs de Rouvikonas n’ont pas attendu 2013 ni même 2008 pour participer à des luttes très puissantes. Prenons l’exemple du membre le plus célèbre du groupe, Giorgos Kalaïzidis : dans les années 2000, il était déjà très présent dans des rapports de force incessants avec le pouvoir et sa police.

Voyez, par exemple, cette vidéo de Giorgos à l’âge de 27 ans, en mars 2007, c’est-à-dire presque deux ans avant les émeutes de décembre 2008. Même si vous ne comprenez pas ce que dit notre ami et camarade, regardez les images de nos luttes, l’intensité de la résistance à Exarcheia et déjà les difficultés de la police grecque face aux anarchistes du quartier :

Ou encore, douze ans plus tôt, l’ambiance à Exarcheia en 1995 :

Rien de nouveau dans le quartier : l’histoire d’Exarcheia ne s’est jamais vraiment arrêtée, ni avant 2008, ni après 2019, malgré tous les efforts des gouvernements successifs et de leur police déployée massivement durant des années. De « l’opération vertu » en 1984-1985 au « nettoyage en un mois » en 2019, le pouvoir n’a jamais totalement réussi à éteindre les braises 😉

Et maintenant ? Tiens, jetons un petit coup d’œil à trois vidéos pour voir si tout est calme en ce moment à Exarcheia 😉

Petit tour dans les rues du quartier, le soir du 1er novembre 2025 :

Puis sur la place, autour du chantier du métro, ce 20 décembre 2025 :

Une dernière vidéo, cette fois pour voir, pendant ce temps, ce que font les enfants d’Exarcheia. Ils ont manifesté dans le quartier à la mémoire de l’insurrection du 17 novembre 1973, après un cours d’Histoire :

D’AUTRES LIEUX QUI ONT TENU BON

Le Steki Metanaston et la cuisine sociale El Chef (dont le logo est la tête de Che Gevara surmontée d’une toque et dont les jours d’ouverture alternent avec ceux de la cuisine sociale anarchiste du KVox) continuent de fonctionner solidement, toujours dans le même squat, à une centaine de mètres de la place. Rien n’a changé. Le petit parc en face sert de cour pour les repas et les événements. Les cuisines sociales sont toujours gratuites et autogérées, grâce au soutien local et international. Les films et les convois solidaires continuent de participer au financement et aux livraisons. À intervalles réguliers, nous livrons aussi de l’huile, des fruits, des légumes et des compléments urgents depuis la Crète, en soutenant simultanément des paysans crétois en lutte contre l’agriculture intensive et les grands projets inutiles et nuisibles.

Dans la même rue Tsamadou, il y a toujours le local de l’Asteras Exarchion qui propose une autre façon de pratiquer le sport (cf. film L’Amour et la Révolution). Et au croisement de la place, le kafeneion reste le lieu de rendez-vous historique de beaucoup d’anarchistes du quartier.

De l’autre côté d’Exarcheia, au bout de la rue Kalidromiou, un autre bistrot reste le point de rendez-vous des vieux militants de l’insurrection de l’École Polytechnique contre la dictature des Colonels. Dans le vieux café Mouria, ouvert en 1915, on retrouve souvent Dimitris Papachristos, la voix de la radio pirate de l’époque, et le chanteur Dimitris Poulikakos (qui interviennent tous deux dans le film Je lutte donc je suis), ainsi que d’autres figures de la résistance, aujourd’hui chenues et affaiblies, mais toujours debout.

 

L’HÉCATOMBE DES SQUATS DE MIGRANTS

Par contre, c’est beaucoup plus compliqué depuis six ans en ce qui concerne l’accueil des migrants. C’est dans ce domaine que les évacuations de l’État ont été les plus nombreuses (d’où l’importance des maraudes, grâce aux cuisines sociales, encore plus importantes qu’autrefois). Par exemple, nous avons perdu notre squat Spirou Trikoupi 17 (ouvert en septembre 2016), mais le squat Notara 26 (ouvert en septembre 2015) existe encore et continue de loger de nombreuses familles. En bordure du quartier, il existe d’autres endroits, petits ou grands, où des migrants continuent d’être hébergés visiblement ou discrètement.

Le plus grand squat à côté d’Exarcheia est sans aucun doute Prosfygika, un ensemble d’immeubles vétustes squattés du côté d’Ambelokipi (nord-est d’Exarcheia) où vivent plus de 300 migrants actuellement. Ces bâtiments très vétustes ont fait l’objet de travaux récemment, avec l’aide de fourgons solidaires venus de France. En Crète également, trois fourgons solidaires venus d’Allemagne nous ont récemment aidé pour faire face aux urgences de nombreux migrants en provenance de Tobrouk via la petite île de Gavdos, dont certains n’avaient même plus de chaussures. Rappelons également que, malgré les menaces de l’État, les squats crétois sont systématiquement repris à la moindre évacuation, et ça s’est produit encore récemment. À Chania, le magnifique squat Rosa Nera fonctionne toujours, malgré deux évacuations et deux réoccupations. Idem à Héraklion pour le squat Evaggelismo, qui a été évacué puis repris par trois fois, avec l’aide du mouvement social en Crète. La dernière fois, c’était en novembre, suite à une pluie d’œufs balancée sur la tête du ministre de l’immigration dans un restaurant d’Héraklion 😉

 

LA STRUCTURE AUTOGÉRÉE DE SANTÉ D’EXARCHEIA CONTINUE DE 

SOIGNER LES PRÉCAIRES

Au centre d’Exarcheia, la structure autogérée de santé du quartier (ADYE) tient bon, elle aussi, et continue ses activités dans son squat qui jouxte le KVox. Certains soins font l’objet de permanences hebdomadaires avec des horaires fixes et d’autres soins sont sur rendez-vous, selon les spécialités. Tout est gratuit. Là aussi, avec du soutien local et international.

En bordure d’Exarcheia, du côté de Kipselli, se trouve le plus vieux squat d’Athènes encore en activité. Lelas Karagianni est un squat anarchiste quifonctionne depuis 1988 et une des composantes majeures du mouvement libertaire au centre d’Athènes.

À 200 mètres de la place, le Parc Navarino est toujours occupé par le mouvement social, lui aussi. C’est le plus grand parc d’Exarcheia et il est entièrement autogéré depuis 2009. ll devait devenir un parking et a rapidement été occupé par une foule déterminée pour devenir à la fois un lieu de réunions, d’assemblées, de projections gratuites de films, de jeux pour les enfants et de jardins partagés. Notre précédent convoi a fêté les 17 ans d’existence du Parc Navarino en plantant un arbre de la liberté avec des enfants du quartier et une jeune fille membre du convoi (et en apportant un soutien financier pour les activités proposées, comme toujours lors des convois ou livraisons).

L’AUTRE EXARCHEIA :
CONNU DES SEULS MILITANTS

Il existe d’autres squats à Exarcheia, notamment plus bas dans la rue Themistocle, en direction d’Omonia et dans des ruelles autour de la colline, mais certains ne souhaitent pas être connus. Ce sont des squats d’hébergement qui ont une vocation politique indirecte. Ils n’accueillent pas de public et n’organisent rien en tant que lieux. Ils occupent simplement une ruine, un appartement abandonné, une ancienne antenne de l’État, un petit immeuble vétuste dont l’entrée semble murée et dont l’accès est, par exemple, un obscur labyrinthe par lequel on rejoint une grande salle commune chaleureusement décorée 😉

C’est l’autre Exarcheia. Underground et discret. Celui dans les recoins duquel dorment certains membres de Rouvikonas et d’autres collectifs. Des lieux dont on ne peut connaitre l’existence que si on est membre de ces collectifs. Il y a un Exarcheia visible et un autre moins visible. Idem dans plusieurs quartiers aux alentours. Ces solutions discrètes existent encore plus sur l’axe en direction du Pirée, autour de la veille rue « odos Pireos », longée de ruines et de bidonvilles. Mais nous n’avons pas peur des ruines, n’est-ce pas ?

LA GENTRIFICATION, FLÉAU EN
GRÈCE ET AILLEURS

Depuis une dizaine d’années, la gentrification fait des ravages dans le quartier comme dans tout le centre ville d’Athènes. C’est la même chose dans la plupart des grandes villes du sud de l’Europe : Barcelone, Marseille, Rome… Encore une conséquence du capitalisme qui tente de transformer le monde entier en marchandise, y compris les logements, problème qu’on connait aussi beaucoup dans l’hexagone, à Bruxelles et à la frontière suisse.

L’une des solutions est-elle de renforcer notre présence dans les campagnes et les villes moyennes désertées, en relançant des cultures vivrières et des projets collectifs fondés sur la démocratie directe ? En tout cas, c’est une des idées qui circulent et commencent à se mettre en place (très lentement). En Thessalie, par exemple, se loger et trouver un bout de terrain à cultiver est beaucoup moins un problème que dans le Sud. Peut-être faut-il riposter par la mobilité géographique, l’autonomie et la capacité d’adaptation aux situations nouvelles ?

TRAVAUX DU MÉTRO ARRÊTÉS :
L’HERBE REPOUSSE SUR LA PLACE !

Concernant les espaces principaux d’Exarcheia, vous avez récemment demandé des nouvelles de la lutte sur la colline de Strefi et de celle contre le métro sur la place. Tout d’abord, ce sont deux collectifs différents qui mènent ces luttes distinctes. Ensuite, nous connaissons des hauts et des bas, au fil des mois et des années, mais globalement, nous pouvons dire ceci : le projet immobilier à Strefi a été repoussé vivement par les habitants du quartier et la police a longtemps cessé d’occuper la colline. Depuis quelques temps, la situation est à nouveau compliquée et la police nous harcèle à nouveau, mais rien ne s’est encore construit sur la colline.

Idem plus bas, sur la place d’Exarcheia. Le projet de la station de métro s’est heurté à une forte opposition et a connu de nombreux échecs. Parmi les derniers en date : l’obligation de réduire son installation et certaines de ses palissades autour du chantier. Jusqu’alors, on pouvait à peine circuler. Maintenant, on organise des débats et des projections de films contre les palissades et, plus récemment, des petits tournois de foot pour les enfants du quartier encore privés de leur place où se trouvait autrefois un jardin d’enfants dans un coin.

Autre exemple : une énorme erreur dans les calculs de la direction de la ligne 4 (forage sous la terre) l’a conduite où ce n’était pas du tout prévu (encore loin du quartier), et a provoqué la risée générale, des suspicions de sabotage et de nouvelles interrogations sur l’avenir du chantier. Concrètement, il n’y a plus de travaux sur la place depuis plus d’un an maintenant ! Les plantes recommencent à pousser sur le chantier abandonné : tout un symbole !

LE NOSOTROS EST DEVENU ALTAÏ

Des spectateurs de nos films nous ont également demandé des nouvelles d’un autre lieu, autrefois bien connu à Exarcheia : le Nosotros. C’était un grand bâtiment surmonté d’un drapeau rouge et noir, tout en haut de la rue Themistocle, à 30 mètres de la place. Ce lieu, nous l’avions présenté dans Ne vivons plus comme des esclaves, en 2013. Ce n’était pas un squat, contrairement au KVox par exemple, mais un immeuble loué dont le loyer était financé par le bar autogéré et les concerts (et les films et les convois durant ses dix dernières années d’existence), en parallèle des activités plus politiques.

Le Nosotros a tenu bon jusqu’en 2021 et a beaucoup aidé le mouvement social durant les évacuations de 2019, en relogeant provisoirement des dizaines de migrants dans ses étages. Puis en 2021, le loyer a beaucoup augmenté, du fait de la gentrification du quartier, et le mouvement antiautoritaire pour la démocratie directe (AK) a préféré quitter ce lieu et se déplacer… à 100 mètres !

C’est ainsi qu’en 2022 a été créé Altaï, un nouveau lieu aussi grand que le Nosotros, avec à peu près la même équipe, notamment notre vieil ami Vangelis, intervenant majeur de Ne vivons plus comme des esclaves et présent dans tous les films pour expliquer l’origine, l’histoire et l’évolution du quartier. Comme le Nosotros autrefois, l’espace social libre Altaï se trouve dans la rue Themistocle, mais de l’autre côté de la place, en montant vers la colline, après le KVox (sur la gauche).

De l’autre côté d’Altaï, dans la rue parallèle (Economou), ce grand lieu a également ouvert une librairie autogérée, à but non lucratif, qui sert à financer les luttes et s’appelle Lucio. D’autres librairies amies viennent simultanément de se créer à Exarcheia et aux environs, ces dernières années. Nous en reparlerons bientôt pour évoquer l’importance historique de l’édition et de la diffusion des livres dans ce secteur d’Athènes. À savoir que le nombre de librairies a augmenté dans le quartier et aux alentours, depuis quelques années, à l’inverse de la tendance globale : encore un signe qui montre que le mouvement social ne se porte pas si mal, car ce ne sont pas les romans à l’eau de rose et les tartufferies néolibérales qui se vendent le mieux dans leurs rayons.

Sur cette photo, dans la librairie Lucio en novembre dernier, un homme est à mes côtés : c’est Nikos Koufopoulos, l’un des meilleurs historiens du quartier, reconnu pour son sérieux et ses écrits passionnants sur la longue histoire d’Exarcheia (disponibles uniquement en grec et anglais, pour l’instant, mais une traduction devrait être disponible dans quelques mois).

Nikos est aussi musicien et a participé à la bande originale du film Ne vivons plus comme des esclaves. Un vieil ami et un homme passionnant.

LES LIVRAISONS ONT COMMENCÉ
À ATHÈNES, AU PIRÉE ET DANS LE NORD

Depuis le mois de novembre, nous avons commencé à fournir nos lieux autogérés en huile d’olive crétoise et en fruits et légumes achetés à des paysans en lutte sur l’île, comme nous le faisons depuis une douzaine d’années. Parmi les nombreuses personnes présentes pour nous accueillir au centre d’Exarcheia : Dimitris, Vangelis et Yannis que vous avez vu intervenir tous les trois dans le film Nous n’avons pas peur des ruines.

Des retrouvailles également avec la cuisine sociale du KVox qui fait un énorme travail en entrant dans la saison froide, avec une forte augmentation des demandes. De l’argent a également été transmis à la plupart des structures livrées, ainsi que d’autres choses demandées : lait infantile, hygiène bébé, protections féminines (prises en charge par la section féministe de Rouvikonas) et d’autres aliments qui se conservent plus longtemps que les produits frais et que nous avons commencé à acheter en gros.

Une partie des denrées ont été transmises au centre social autogéré Bloc15 pour servir à sa cuisine sociale et aux maraudes dans le port du Pirée : les besoins sont énormes là-bas. Pour l’instant, nous avons rempli la moitié de l’objectif (merci à toutes celles et ceux qui ont déjà participé). Si, vous aussi, vous voulez aider, c’est le moment. Si nous le pouvons, les autres livraisons auront lieu dans les prochains jours, sous réserve des moyens nécessaires. Si vous le souhaitez et si vous pouvez participer (ne vous mettez pas en difficultés), les coordonnées sont à la fin de cette lettre. Faites-vite.

DISPARITION

Hassan, un compagnon afghan que certains d’entre vous ont bien connu, est décédé la semaine passée. C’était un militant discret qui avait traversé énormément d’épreuves, en Afghanistan, en Iran, en Turquie et en Grèce, avant de s’impliquer à nos côtés. Nous sommes toutes et tous fiers de l’avoir connu. Un exemple que nous n’oublierons pas.

 

MARATHON CONTRE LA RÉSIGNATION

Entre deux livraisons et actions solidaires, Maud a couru le Marathon d’Athènes, une fois de plus accompagnée par plusieurs de nos compagnons de lutte. Et comme à chaque fois, un slogan a été choisi collectivement et repris en chœur par tout le monde : « N’abandonnez jamais la lutte ! » (Don’t give up the fight!). Les slogans choisis dans les courses précédentes était « Animal liberation », « Refugees welcome » (plusieurs fois) et « Always antifascist ». Rappelons que nous ne participons pas dans un esprit de compétition, bien sûr, mais pour le plaisir et pour propager nos idées. Le soutien à l’arrivée dans le stade antique, au bout des 42 kilomètres, a été mémorable. Le slogan contre la résignation était parfait dans les circonstances actuelles.

RÉSISTANTS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

Nous avons également appris la mort de notre amie Françoise Verdier alias Mounette. Elle était la fille de Jeanne et François Verdier, résistants antinazis du Midi-Toulousain (en haut à droite, Mounette et son papa, juste avant la guerre).

En ces circonstances, nous avons également appris la disparition de Anne Beaumanoir quelques mois auparavant. Une femme qui nous avait énormément impressionnée au Rassemblement des Glières en 2015 et dans d’autres circonstances. Anne n’avait pas seulement résisté contre les nazis, elle avait ensuite pris fait et cause pour la décolonisation et avait soutenu de toutes ses forces le FLN au point d’être arrêtée, malgré son passé reconnu de résistante sous l’occupation nazie.

L’occasion de rappeler que nos luttes et nos résistances ne sont pas à géométrie variable : les opprimés sont les opprimés, quelles que soient leur origine, leur religion ou leur couleur de peau. Juifs déportés, Palestiniens massacrés, Algériens torturés, etc. Et quelle que soit l’époque : tout déni de solidarité est un parjure (ci-dessous, Anne Beaumanoir en 2015).

JUMELAGE EXARCHEIA-ST-ROUSTAN

Nous avons également appris depuis Athènes que Laurent Nuñez, le ministre de l’intérieur français, a porté plainte contre Pierre-Emmanuel Barré suite à son sketch au sujet des violences commises par la police française, pendant nos livraisons et nos assemblées à Exarcheia. Nous avons donc échangé au sujet de la liberté d’expression, en particulier à propos des violences policières. S’il est un endroit en Europe où « ACAB » et « 1312 » sont tagués sur tous les murs, c’est bien à Exarcheia ! Nos compagnons de lutte ont donc spontanément transmis leur soutien à Pierre-Emmanuel et au collectif de l’émission « La dernière ». En découvrant l’existence d’un village imaginaire créé par l’humoriste, nous avons proposé en riant que St-Roustan soit jumelé avec Exarcheia. « Puisqu’on nous dit qu’on n’existe plus, a lancé Elena, autant se jumeler avec un village lui aussi imaginaire ! » Bref, on a beaucoup rit à ce sujet et on tire notre chapeau à toutes celles et ceux qui osent bafouer le pouvoir et ses valets dans l’hexagone.

CRASH TÉLÉPHONIQUE

J’ai une petite confidence à vous faire : il y a quelques temps, j’ai perdu énormément de numéros et de messages dans le blocage de mon ancien téléphone. Pour l’instant, je n’ai pas réussi à les récupérer (pas sûr que j’y arrive un jour, malheureusement, malgré l’aide d’amis compétents). Bref, si vous avez l’impression désagréable que je ne vous ai pas répondu à un message, n’hésitez pas à me le renvoyer. D’autant que je n’ai peut-être plus vos coordonnées. Un petit texto ou signal me permettra de retrouver votre numéro.

QUELQUES OCCASIONS DE
NOUS RENCONTRER DÉBUT 2026

De retour en France dans quelques jours, j’aurais plaisir à vous retrouver à ces rendez-vous publics ci-dessous.

Bon à savoir également : si vous voulez, vous pouvez apporter de la collecte pour nos lieux solidaires autogérés en Grèce à n’importe lequel de ces rendez-vous. Il y aura au moins un ou deux fourgons solidaires sur place. La nouvelle liste des besoins actualisée est ici en grand format:
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38

SAMEDI 10 JANVIER 2026 À BLAGNAC (31)
14h30 : Goûter-philo pour les petits et les grands (gratuit et ouvert à tous, de
7 à 107 ans)
« Comment vivre ensemble avec nos différences ? »
J’animerai le goûter-philo avec la participation de la comédienne Aline Ladeira et de la Cie Diffractions (accompagné d’un goûter offert)
Médialudo, Odyssud, 4 avenue du Parc, 31700 Blagnac

MARDI 13 JANVIER 2026 À LAGRAVE (81, proche 12, 31 et 32)
20h00 : Accueil du public, infokiosque, buvette
20h30 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines puis débat :
« Comment reprendre la marche vers l’utopie ? »
Salle des fêtes, 10 rue de Contet 81150 Lagrave
Org. Philobulle

SAMEDI 17 JANVIER 2026 À BRIANÇON (05, proche 38 et 73)
19h30 : Accueil du public, infokiosque
20h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
21h30 : Discussion en présence du réalisateur
Les Croquignards, Les Queyras, 05310 La Roche-de-Rame (à côté de
Briançon)

DIMANCHE 18 JANVIER 2026 À ST-PAUL-LE-JEUNE (30, proche 07)
Nous n’avons pas peur, journée festive contre la résignation
14h00 : Table-ronde : « Comment agir dans des temps de plus en plus
difficiles ? »
16h00 : Goûter-philo pour les petits et les grands (ouvert à tous, de 7 à 107
ans) « Avons-nous besoin de héros ? » (précédé de quelques extraits de films et de dessins-animés)
Buvette et stand de crêpes garanties sans roi ni maître !
Stand d’organisations et de collectifs en luttes (Gard, Ardèche, Grèce)
17h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
18h30 : Discussion avec le réalisateur, actualité des luttes en Grèce et en
France
20h00 : Cantine et karaoke guinguette de chants révolutionnaires avec
Lynette Horner suivi de chansons libertaires à taire avec Fred’o
Espace culturel La Bête du Champval
Org. CNT 30, CNT 07, Confédération paysanne 30, Confédération paysanne
07, Assemblée populaire Cèze-Cévennes, Contes éclatés

SAMEDI 24 JANVIER 2026 À BLAGNAC (31)
14h30 : Goûter-philo pour les petits et les grands (gratuit et ouvert à tous de 7
à 107 ans)
« De quoi devons-nous avoir peur ? »
J’animerai le goûter-philo avec la participation du dessinateur Antoine
Guilloppé (accompagné d’un goûter offert)
Médialudo, Odyssud, 4 avenue du Parc, 31700 Blagnac

DIMANCHE 25 JANVIER 2026 À SAUCATS (33)
16h00 : Accueil, infokiosque
17h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines puis discussion avec le réalisateur, actualité des luttes en Grèce et en France
Coop’café Recyclerie, ZA des pins verts, 21 allée de Migelane 33650 Saucats

MERCREDI 28 JANVIER 2026 À LA RÉOLE (33, proche du 47 et du 24)
20h00 : Accueil, infokiosque
20h30 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
puis actualité des luttes en Grèce et en France
et débat : « Comment reprendre la marche vers l’utopie ? »
Café de la Gare, 8 avenue la Victoire 33190 La Réole

SAMEDI 31 JANVIER 2026 À NÎMES (30)
16h30 : Accueil du public, infokiosque, surprises
17h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
18h30 : Actualité des luttes en Grèce et en France, échanges avec le réalisateur
Bar du Midi (grande salle à l’arrière), 51 boulevard Gambetta 30000 Nîmes

SAMEDI 07 FÉVRIER 2026 À REILLANNE (04, proche 84, 13 et 83)
18h30 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
20h00 : Échanges avec le réalisateur, actualité des luttes en Grèce et en France
21h00 : Soupe préparée par les bénévoles de La Strada et repas partagé tiré du sac (amenez vos couverts)
Salle des fêtes, à côté de l’école

MARDI 10 FÉVRIER 2026 À LAGRAVE (81, proche 12, 31 et 82)
20h00 : Café-philo « Pourquoi y a-t-il un retour en force du cléricalisme et comment y faire face ? »
Mes amis de Philobulle m’ont confié ce débat et, par avance, je souhaite apporter une petite précision pour éviter tout confusion :
« Le problème ici posé n’est pas celui de la foi ou de la religion, mais du cléricalisme. Le cléricalisme est l’idéologie qui prône la prédominance des idées religieuses et du clergé dans la vie publique et politique. Le cléricalisme refuse la séparation des églises et de l’État, et peut conduire dans certains pays à la théocratie. »
Salle des fêtes, 10 Rue de Contet 81150 Lagrave
Org. Philobulle

JEUDI 19 FÉVRIER 2026 À TARARE (69, proche 42 et 71)
19h30 : accueil du public, infokiosque
20h00 : projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
Actualité des luttes en Grèce et en France, échanges avec le réalisateur
Cinéma Jacques Perrin, 19 rue Bataillon Berthier 69170 Tarare
Org. Les gaulois jardiniers

Puis, un très beau festival dans le sud de la France, fin février (infos bientôt dans l’agenda sur le site, nous aurons l’occasion d’en reparler).

Puis en mars, des ciné-rencontres dans deux villes de Belgique (idem, plus d’infos bientôt dans l’agenda sur le site).

Ainsi que d’autres surprises 😉

L’agenda continuant à se remplir au fil des jours, vous pouvez aussi vous tenir au courant en allant voir directement sa mise à jour sur cette page :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique15

SI VOUS VOULEZ ET POUVEZ AIDER,
C’EST LE MOMENT

Comme expliqué plus haut, les besoins sont énormes en ce moment et les moyens ont diminué. Pour l’instant, nous n’avons rempli que la moitié de l’objectif (merci à celles et ceux qui ont déjà participé). Si nous le pouvons, les autres livraisons auront lieu dans les prochains jours, sous réserve des moyens nécessaires. Si vous le souhaitez et si vous pouvez participer (ne vous mettez pas en difficultés), les coordonnées sont ici, par virement, paypal ou chèque :

– par virement à ANEPOS
IBAN : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU (La Banque Postale)
Objet : « Livraisons urgentes »

– ou par Paypal en suivant sur ce lien : https://www.paypal.com/donate/?cmd=_sxclick&hosted_button_id=LMQPCV4FHXUGY&fbclid=IwAR2GlpO4fe9mZIvL4Uvcj3Tn4-JIEqXpFl4fgtBN_y7qYZ-C_FjK8pVWoDI

– ou par chèque à l’ordre d’ANEPOS :
 Adresse postale : ANEPOS – Livraisons urgentes – 6 allée Hernando – 13500 Martigues (France)

Contact, suggestions, propositions : solidarite@anepos.net
Tél. France 06 24 06 67 98 / Tél. Grèce (0030) 694 593 90 80

Si vous le pouvez, faites plutôt un virement, ça va plus vite et il n’y a aucune commission.

Un compte-rendu sera fait par la suite, comme chaque année.

Important : si vous choisissez d’envoyer un chèque à l’ordre d’ANEPOS, merci de nous prévenir du montant par mail (solidarite@anepos.net) ou par sms (06 24 06 67 98) pour qu’on puisse comptabiliser votre participation dans la préparation actuelle des livraisons.

Si vous préférez virer la somme sur le compte de l’un de nos paysans fournisseurs, dites-nous quel montant vous pouvez assurer, nous vous transmettons immédiatement leur RIB/IBAN (camarades oléiculteurs, maraîchers, arboriculteurs…).

LE POISON DU PESSIMISME

L’un des traits qui caractérise notre époque est bien le pessimisme, la simplification à outrance et un rapport déformé à la réalité. En France comme ailleurs, des médias comme CNews fabriquent quotidiennement une post-vérité qui empoisonne l’imaginaire social et altère la conscience politique. Rien ne serait plus possible. Le monde serait définitivement devenu invivable et condamné à la guerre totale. Désespoir, résignation, peur, paranoïa, sentiment d’impuissance et colère contre des bouc-émissaires : voilà le poison qui consterne les zappeurs, excite les scrolleurs, saisit les esprits, immobilise les corps et pétrifie les cœurs.

À les entendre, tout est fini. La lutte, c’est terminé, inutile de descendre dans la rue. La révolution sociale et libertaire, c’est fini, inutile de s’y préparer. La victoire de la gauche, c’est fini, car l’extrême-droite a déjà gagné comme le répètent chaque jour les sondages et les animateurs télé. Les ZAD ? C’est fini également, puisqu’on nous affirme que les grands projets inutiles et nuisibles finiront toujours par s’imposer, d’un façon ou d’une autre.

Et vous ? Franchement, vous y croyez à tout ça ? Vous pensez vraiment que l’Histoire est déjà écrite ? Vous avez facilement tendance à baisser la tête quand on vous dit que rien n’est possible ? Vous prenez le chemin qu’on vous montre du doigt, en suivant la foule, comme les « moutons de Panurge » de l’ironique Rabelais ?

Mais non, vous ne tombez pas dans le panneau. Vous savez bien que les choses ne se passent pas comme ça, que l’Histoire est faite de surprises et de rebondissements, et qu’un seul domino peut parfois faire basculer une série d’événements, n’est-ce pas ?

 

NOUS SOMMES DES GRAINS DE SABLE

Vous savez que l’esclavage moderne relève de l’imaginaire social et de la résignation, de notre façon de voir le monde et du pessimisme distillé qui nous fait jouer petits bras et renoncer à agir selon nos convictions. Parfois, nous n’osons même pas essayer, alors que la victoire est à portée de main, à portée de poing. L’Histoire ne s’écrit pas devant nous, c’est nous qui participons à l’écrire.

Nous ne sommes chacun qu’un minuscule grain de sable, mais ensemble, en participant à la prise de conscience et en étendant la mobilisation, il est encore possible de bloquer les rouages et d’enrayer la machine.

Nous sommes les grains de sable qu’une tempête pourrait subitement projeter au visage de ceux qui prétendent nous gouverner et nous diriger. Nous sommes des grains de sable en mesure d’aveugler ceux qui veulent tout contrôler, tout régenter, tout organiser à notre place.

Ils font de notre monde un désert, mais nous, grains de sable, nous savons qu’il y a quelque part un rivage. Un rivage baigné d’écume et d’aurores éblouissantes. Un rivage depuis lequel on voit loin à l’horizon. Le rivage de l’utopie.

Tenez bon !

Anarmicalement,

Yannis Youlountas, avec la participation d’Elena, Vangelis, Nikos, Nathalie, Cyril, Giorgos et d’autres solidaires et compagnons de lutte.

Les années passent, les visages vieillissent, des proches ont disparu, mais nous sommes toujours là, bien décidés à continuer tant qu’il le faudra. Ici, avec Vangelis, lors de l’arrivée d’un convoi solidaire il y a neuf ans, et avec Giorgos, lors de la dernière livraison au KVox, il y a quelques jours (oui, j’étais un peu malade, mais je suis rétabli, comptez sur moi, sur vous, sur nous).

PDF

25.12.2025 à 16:42

L’entraide contre la haine

Yannis Youlountas

Retour en Grèce depuis quelques jours, avec d’autres solidaires qui donnent des coups de mains dans plusieurs lieux. De mon côté, je travaille surtout sur un projet dont je vous parlerai bientôt.L’ENTRAIDE CONTRE LA HAINE Jour de Noël. Qu’importe les religions des uns et des autres : orthodoxes, catholiques, protestants, juifs, musulmans… Qu’importe aussi l’athéisme ou les doutes. Qu’importe nos différences. Hier et aujourd’hui, des humains ont choisi de manger ensemble, une fois encore, dans des lieux autogérés, dans des salles, dans des squats, dans des maraudes à même la rue, parfois dans la nuit froide autour d’un brasero plus...
Texte intégral (1400 mots)

Retour en Grèce depuis quelques jours, avec d’autres solidaires qui donnent des coups de mains dans plusieurs lieux. De mon côté, je travaille surtout sur un projet dont je vous parlerai bientôt.

L’ENTRAIDE CONTRE LA HAINE ✊❤

Jour de Noël. Qu’importe les religions des uns et des autres : orthodoxes, catholiques, protestants, juifs, musulmans… Qu’importe aussi l’athéisme ou les doutes. Qu’importe nos différences. Hier et aujourd’hui, des humains ont choisi de manger ensemble, une fois encore, dans des lieux autogérés, dans des salles, dans des squats, dans des maraudes à même la rue, parfois dans la nuit froide autour d’un brasero plus au nord, en Thessalie. Sans se soucier des croyances des uns et des autres. Sans étaler notre foi ou notre incroyance. Dans un espace neutre, accueillant, respectueux. Juste pour le plaisir d’être ensemble, entre solidaires et précaires grecs et migrants, parfois originaires de pays en guerre (Congo, Palestine, Soudan…) ou tout comme (Afghanistan, Iran…).

Dans une époque où la haine est devenue la norme, nous avons choisi la fraternité, ou plutôt l’adelphité (mot grec qui concerne tous les sexes). Nous avons choisi la paix. Nous avons choisi l’entraide.

Nous sommes fatigués de ces discours de haine qui appellent partout à l’exclusion, à la violence et à la guerre. Ces discours qui cherchent des bouc-émissaires à la moindre occasion au lieu d’examiner les vrais causes des problèmes. Ces discours qui mettent de l’huile sur le feu. Ces discours qui divisent pour mieux régner.

De notre côté, nous posons des actes : nous refusons de nous détester parce que nous ne sommes pas originaires du même pays. Nous refusons d’avoir peur d’une couleur de peau différente de la nôtre. Nous refusons de nous inquiéter d’un accent ou d’une langue qui n’est pas la nôtre.

Ces craintes sont ridicules, parodiques, détestables. Le repli sur soi est un repli dans la tombe. Ce n’est pas cultiver ses racines, c’est manger les pissenlits par la racine. Être déjà mort et enterré avant même de s’être ouvert au monde.

CHANGER CETTE SOCIÉTÉ ABSURDE

Nos différences font notre richesse, notre force, notre beauté. Ce sont elles qui nous aident à trouver des solutions à la plupart des problèmes. C’est dans la diversité que s’écroulent les préjugés, que se construit la pensée, que se planifient les grands projets.

C’est seulement dans la diversité et la force du nombre que nous parviendrons à arrêter les guerres, à chasser les tyrans et les semeurs de haine, à réfléchir ensemble à ce que nous désirons vraiment faire de nos vies et à changer cette société absurde.

L’entraide est le premier pas vers l’utopie. L’entraide donne à voir l’utopie. L’entraide prouve que l’utopie est à portée de main. Elle suscite la rencontre. Elle stimule l’imagination. Elle inspire une autre façon de vivre ensemble.

L’entraide contre la haine.

Yannis Youlountas, avec Maria, Akinita, Touria, Nathalie, Cyril, Lefteris, Giorgos, Eric et Nikos.

Photo : contenu de la récente livraison à la cuisine sociale du KVox et de Bloc15, ainsi que pour la maraude du Pirée (attendue par de nombreux sans-abris près du port). À chaque fois, nous avons livré de l’huile d’olive, des légumes et des fruits de Crète, ainsi que des achats groupés de produits de première nécessité correspondant à la liste des besoins (+ de l’argent pour d’autres achats à prévoir). Merci à celles et ceux qui ont soutenu ces premières livraisons, sachez que nous ne sommes malheureusement qu’à 25% de l’objectif, les temps sont durs. Toute aide est la bienvenue : solidarite@anepos.net

 

Voici le rappel des coordonnées si vous voulez participer. C’est possible par virement, paypal ou chèque :

– par virement à ANEPOS
IBAN : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU (La Banque Postale)
Objet : « Livraisons urgentes »

– ou par Paypal en suivant sur ce lien :
https://www.paypal.com/donate/?cmd=_s-xclick&hosted_button_id=LMQPCV4FHXUGY&fbclid=IwAR2GlpO4fe9mZIvL4Uvcj3Tn4-JIEqXpFl4fgtBN_y7qYZ-C_FjK8pVWoDI

– ou par chèque à l’ordre d’ANEPOS :
Adresse postale : ANEPOS – Livraisons urgentes – 6 allée Hernando – 13500 Martigues

Contact, suggestions, propositions : solidarite@anepos.net
Tél. France 06 24 06 67 98 / Tél. Grèce (0030) 694 593 90 80

Important : si vous choisissez d’envoyer un chèque à l’ordre d’ANEPOS, merci de nous prévenir du montant par mail (solidarite@anepos.net) ou par sms (06 24 06 67 98) pour qu’on puisse comptabiliser votre participation dans la préparation actuelle des livraisons.

Si vous préférez virer la somme sur le compte de l’un de nos paysans fournisseurs, dites-nous quel montant vous pouvez assurer, nous vous transmettons immédiatement leur RIB/IBAN (camarades oléiculteurs, maraîchers, arboriculteurs…).

PDF

12.12.2025 à 14:43

Goûter ciné philo sur la notion de héros

Yannis Youlountas

J’ai le plaisir de vous inviter, demain à la médiathèque de Blagnac, à côté de Toulouse. Il est rare que mes ateliers philo soient ouverts au public et à tous les âges. C’est même une occasion unique en ce moment.GOÛTER CINÉ PHILO SUR LA NOTION DE HÉROSReprise de mes ateliers philo dans l’hexagone, après une série d’animations en Grèce. Je serais très heureux de votre présence. Dans le public, il y aura des jeunes et des anciens, des passionnés de philosophie et de simples curieux, des personnes engagées et d’autres pas. On parlera d’Histoire et surtout de pensée et d’action....
Texte intégral (587 mots)

J’ai le plaisir de vous inviter, demain à la médiathèque de Blagnac, à côté de Toulouse. Il est rare que mes ateliers philo soient ouverts au public et à tous les âges. C’est même une occasion unique en ce moment.

GOÛTER CINÉ PHILO SUR LA NOTION DE HÉROS

Reprise de mes ateliers philo dans l’hexagone, après une série d’animations en Grèce. Je serais très heureux de votre présence. Dans le public, il y aura des jeunes et des anciens, des passionnés de philosophie et de simples curieux, des personnes engagées et d’autres pas. On parlera d’Histoire et surtout de pensée et d’action. Héros célèbres, anonymes, secrets ou simplement héros du quotidien. Depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. Ou encore : « A-t-on vraiment besoin de héros ? »

Venez, c’est gratuit et un goûter sera même proposé par la Médialudo de Blagnac, dans sa grande salle, à Odyssud.

Au plaisir de vous retrouver demain, dès 14h00 ou 14h15, si vous pouvez.

Yannis Youlountas

– – –

En résumé :

Ce samedi 13 décembre 2025 à 14h30 à la Médialudo de Blagnac (grande salle, Odyssud)

GOÛTER CINÉ PHILO

À partir d’extraits de dessins-animés et de films, explorons ensemble la question : « C’est quoi être un héros ? »
Yannis Youlountas projettera une compilation préparée par ses soins, puis animera une discussion intergénérationnelle autour de l’engagement, du masque et de l’anonymat du héros.
On y parlera humanisme, valeurs et altruisme.

Entrée gratuite, petite collation offerte.

Ouvert à tous de 7 à 107 ans, inscription conseillée au 05 61 71 75 20

 

PDF

03.11.2025 à 16:49

15 ans de « crise grecque », 200 ans d’entraide révolutionnaire France-Grèce…

Yannis Youlountas

15 ANS DE « CRISE GRECQUE » 200 ANS D’ENTRAIDE RÉVOLUTIONNAIRE FRANCE-GRÈCE   Nouvelles de Grèce, réflexion sur nos luttes et livraison semestrielle aux lieux autogérés (novembre 2025)   Bonjour à toutes et à tous.Au sommaire de cette lettre d’info : — Quelques nouvelles de Grèce et une réflexion sur nos luttes, 15 ans après le début de ce qu’on a appelé la « crise grecque », alors que les nouveaux chiffres d’Eurostat et d’Elstat sont désastreux et font encore de la Grèce le pays de l’Union Européenne où frappe le plus la pauvreté, proportionnellement au coût de la vie. Une misère face...
Texte intégral (8477 mots)

15 ANS DE « CRISE GRECQUE »

200 ANS D’ENTRAIDE RÉVOLUTIONNAIRE FRANCE-GRÈCE

 

Nouvelles de Grèce, réflexion sur nos luttes
et livraison semestrielle aux lieux autogérés

(novembre 2025)

 

Bonjour à toutes et à tous.
Au sommaire de cette lettre d’info :

Quelques nouvelles de Grèce et une réflexion sur nos luttes, 15 ans après le début de ce qu’on a appelé la « crise grecque », alors que les nouveaux chiffres d’Eurostat et d’Elstat sont désastreux et font encore de la Grèce le pays de l’Union Européenne où frappe le plus la pauvreté, proportionnellement au coût de la vie. Une misère face à laquelle le mouvement social s’organise dans l’entraide et l’autogestion, tout en lançant de nouvelles réflexions sur nos succès et nos échecs dans les luttes.
À l’occasion de cet anniversaire, je vous propose de remonter encore plus loin le fil des liens étroits entre nos luttes, il y a 200 ans, depuis le soutien populaire français à la Révolution grecque, surtout à partir de l’automne 1825, en évoquant certains points peu connus.
— Ensuite, nous lançons un appel à soutien, six mois après notre convoi solidaire de mars-avril, alors que se prépare actuellement la livraison automnale à nos initiatives solidaires autogérées (que nous effectuons chaque année, depuis douze ans, en alternance avec les grands convois printaniers au départ de la France, de la Suisse et de la Belgique). Notamment des livraisons de légumes, fruits et huile d’olive en provenance de Crète, mais aussi d’achats groupés de produits essentiels à prix réduit, ainsi qu’un soutien financier à certains collectifs et lieux autogérés en grandes difficultés, en fonction de nos moyens (à savoir que les moyens apportés par notre quatrième film documentaire étant presque épuisés, votre soutien est à nouveau crucial, même très modeste, si vous le pouvez).

QUELQUES NOUVELLES DE GRÈCE

ET RÉFLEXION SUR NOS LUTTES

Depuis début septembre, la Grèce et la France sont les deux pays qui ont connu les plus fortes mobilisations sociales en Europe, sous de multiples formes. En Grèce, plusieurs grèves générales, blocages des voies de communication, rassemblements massifs et manifestations déterminées ont ponctué l’agenda, une fois de plus, mais sans pour autant obtenir le moindre résultat. Un exemple : la loi sur les 13 heures de travail par jour a été adoptée (oui, vous avez bien lu : jusqu’à 13h dans une même journée) malgré le refus de 80% des Grecs.

 

Comme en France et dans la plupart des pays du monde, ceux qui prétendent nous gouverner ne font même plus semblant de tenir compte de l’avis de la population. Les parlements eux-mêmes sont devenus les chambres d’enregistrement des décisions prises par les nouveaux monarques et leurs conseillers. Ces soit-disant experts sont en réalité le trait d’union entre les dirigeants politiques et économiques. Certes, on se chamaille sur des virgules, mais on est d’accord sur l’essentiel : préserver les intérêts des puissants. Et ce, de façon de plus en plus autoritaire. Le retour à l’Ancien Régime est un fait, un glissement, une descente aux enfers déjà mis en pratique dans l’exercice du pouvoir qu’on constate un peu partout. Il ne manque plus que sa traduction politique formelle et constitutionnelle : que les masques tombent, que le projet soit clairement affiché et que les textes fondateurs soient modifiés pour confirmer l’évolution régressive et liberticide du modèle politique.

En Grèce, depuis six ans, nous expérimentons l’alliance de la droite et de l’extrême-droite au pouvoir. Nous vérifions chaque jour que cela n’améliore évidemment rien à la misère, bien au contraire des promesses de rupture auxquelles ont cru, encore une fois, quelques millions de naïfs abrutis par les médias dominants. Cette alliance droite-extrême-droite n’a fait que renforcer un pouvoir toujours plus autoritaire et une politique sociale toujours plus inégalitaire : casse des retraites, du code du travail, de la santé, des hôpitaux, privatisation progressive de l’école, toute puissance des banques, militarisme à outrance, surveillance tous azimuts…

Nouvelle étape, ce vendredi 31 octobre, avec l’annonce de la fermeture de 45% des bureaux de Poste en Grèce (oui, presque la moitié !) à partir de… ce lundi 3 novembre 2025 ! Une annonce trois jours à l’avance ! Dans le collimateur : 204 des 456 agences publiques, jugées pas assez rentables un peu partout en Grèce. Plus précisément : 40 fermetures en Attique (région d’Athènes) et 164 ailleurs, notamment dans les îles et les montagnes déjà enclavées. En Grèce, les retraités ont l’habitude de recevoir leur toute petite retraite en espèces, chaque début de mois. Une difficulté de plus, à l’heure où le pouvoir veut, entre autres, réduire l’usage des espèces pour mieux contrôler les échanges.

Parmi les conséquences de ce ce désastre social et sanitaire : le retour de certaines maladies, l’augmentation vertigineuse du nombre de sans-abris, de gros problèmes de malnutrition en particulier chez les enfants, sans oublier une nouvelle hausse des suicides dans un pays qui, il y a quinze ans, connaissait dans ce domaine les chiffres les plus bas en Europe. Les statistiques officielles (Elstat et Eurostat) reconnaissent une augmentation constante de la pauvreté en Grèce, en contradiction totale avec le mythe de la croissance qui n’est, en réalité, que la croissance du portefeuille des hommes d’affaires au dépens de la base sociale. Le schéma d’Eurostat est le plus éloquent, lié à la misère, aux taxes, à la hausse du coût de la vie et au sentiment de détresse :
https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/w/ddn-20251023-1

 

Dans son rapport « Pauvreté en Grèce en 2025 », le Réseau hellénique de lutte contre la pauvreté évoque la misère qui frappe la jeunesse et les petits retraités, ainsi que les injustices fiscales qui frappent lourdement la consommation et les petits boulots des pauvres tout en ménageant les intérêts des plus riches. Pendant ce temps, le gouvernement se targue d’une hausse de la croissance qui ne profite qu’aux riches en réalité et qui saccage l’environnement.

Au sein du mouvement social, lors d’une assemblée récente à ce sujet, on a évoqué une société non plus de classes, mais « de castes ». Les riches ne sont plus seulement une classe sociale, mais une caste, une aristocratie, qui dispose du privilège de payer très peu d’impôts, pendant que les plus pauvres sont taxés sur tout et n’importe quoi, à commencer par les produits de première nécessité. Cela rappelle à certains les privilèges de l’Ancien Régime. Ils évoquent donc la nuit du 4 août 1789 en France : celle de l’abolition des privilèges, comme source d’inspiration, mais, en réalité, cette déclaration n’a pas beaucoup été suivie d’effets, malheureusement, même si l’idée reste intéressante.

Depuis quelques années, nous observons également un retour en force du religieux dans la sphère politique en Grèce. 24 ans après la suppression de la mention obligatoire de la religion à l’état civil, en 2001, le cléricalisme est de retour (jusqu’en 2001, l’opinion religieuse était imposée sur la carte nationale d’identité, ce qui suscitait des problèmes pour les athées, les « sans religion », et les croyants de religions minoritaires). Nous assistons maintenant à un véritable « retour identitaire » (Grec = Chrétien orthodoxe) relayé par des influenceurs financés par de puissants armateurs.

 

C’est un retour réactionnaire également, puisqu’une partie de ces dévots appellent, par exemple, à lutter contre le chômage en demandant aux femmes de redevenir des épouses et des mamans au foyer, pour laisser la place aux hommes et, surtout, « repeupler la Grèce » afin d’éviter « le grand remplacement » et « l’africanisation du pays » (sic). Les théories les plus invraisemblables pullulent, détournant l’attention vers des sujets d’inquiétude chimériques, au lieu de se concentrer sur la réalité sociale et les luttes qu’elle devrait logiquement susciter.

Les grands médias grecs (qui sont, comme ailleurs, aux mains des milliardaires) propagent un imaginaire social de plus en plus raciste et paranoïaque, tout en caressant la mégalomanie nationaliste dans le sens du poil. Comme souvent, ils ne sont pas à une contradiction près. Ceux-là même qui prônent le renforcement des liens entre l’Église orthodoxe et l’État (qui n’ont jamais été séparés en Grèce) revendiquent simultanément l’héritage antique qu’ils ont pourtant piétiné.

 

Même chose concernant l’ère moderne. Au début du XIXe siècle, la Grèce s’est enfin libérée de 400 ans de colonisation ottomane en s’inspirant directement des Lumières et de la Révolution française, avec le soutien de beaucoup de libres-penseurs, révolutionnaires et auteurs occidentaux renommés, ainsi que l’appui de dizaines de collectifs dans des villes françaises et alentours.

 

Mais le cléricalisme et le monarchisme ont rapidement pris le dessus, au terme de l’indépendance, imposés par les dirigeants occidentaux qui craignaient une nouvelle révolution en Europe. Un assassinat au sens propre et au sens figuré de tout ce qui pouvait participer à la libération des consciences et des corps. L’Europe de la Restauration et du Congrès de Vienne ne voulait surtout pas de la Révolution grecque, à l’inverse des penseurs et militants occidentaux censurés. Durant les premières années du soulèvement, les chefs d’états occidentaux ne voulaient pas intervenir. Puis, ils sont intervenus tardivement (au bout de six ans) dans le seul but d’affaiblir l’Empire ottoman, notamment en détruisant la flotte turco-égyptienne à la bataille de Navarin (20 octobre 1827). Se permettant dès lors de décider de l’avenir de la Grèce, les dirigeants anglais, russes et français empêchèrent résolument une nouvelle expérience révolutionnaire en Europe, comme convenu au Congrès de Vienne.

La parenthèse se referma pour de longues années. Pour les révolutionnaires de toute l’Europe, la Grèce fut un espoir déçu. Un de plus. Au terme de dix années enthousiastes, au fil des témoignages, des articles, des livres, des chansons et des tableaux signés par les plus grands noms de l’époque. On les appelaient les Philhellènes : « amis des Grecs ».

200 ans ont passé. Aujourd’hui encore, le lien construit entre nos bases sociales et nos réseaux s’oppose solidairement à la répression, d’un bout à l’autre du continent, et soutient mutuellement les initiatives concrètes et les utopies en actes. Un lien fort, source d’inspiration, qui a traversé le temps : en Grèce, on parle encore très souvent de la Révolution française, de ses lignes de force, de son rayonnement, de ses limites et de ses échecs, et encore plus de la Commune de Paris, bien sûr.

Du côté de la France, l’hellénisme s’est imposé comme l’une des lignes de force du siècle des Lumières face au cléricalisme tourné vers Rome et parlant latin. On se rappelle, par exemple, la célèbre réplique du Figaro de Beaumarchais dans Le mariage de Figaro : « Qu’il s’avise de parler Latin, je lui réponds en Grec, je l’extermine ! » (allusion à la science et à la raison des Encyclopédistes contre l’obscurantisme et la crédulité). C’était encore plus le cas chez les Lumières radicales, les auteurs les plus révolutionnaires, qui furent injustement rangés au second plan de l’Histoire du XVIIIe siècle, loin derrière les auteurs modérés favorables à la victoire de la bourgeoisie.

Après la Restauration et le Congrès de Vienne, en 1815, les idées révolutionnaires étaient bannies et réprimées dans toute l’Europe. Dans ce contexte, le soutien populaire à la cause grecque permettaient de contourner la censure, en débattant publiquement des perspectives d’une révolution en Grèce, non sans songer, en réalité, à ses rebondissements possibles ailleurs. Autrement dit, sous l’apparence d’une révolution nationale, d’un mouvement indépendantiste, se dissimulait aussi, chez beaucoup de ses soutiens, un profond désir de reprendre le flambeau de la marche en avant vers l’utopie : émancipation sociale, liberté de conscience, nouveau modèle politique. Le sujet de la Révolution grecque permettait de libérer la parole et de rediscuter d’idées devenues taboues. L’organisation de collectifs de soutien visait à la fois la réussite du projet en Grèce, face à un colonisateur puissant et violent, mais aussi la stimulation révolutionnaire de l’opinion publique dans plusieurs pays occidentaux, dont la France.

Une partie des médias cléricaux et monarchistes n’y ont vu que du feu, croyant qu’il s’agissait simplement d’une opposition religieuse entre chrétiens et musulmans au bout du continent européen, sans se rendre compte qu’il s’agissait aussi et surtout d’une prise de conscience du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Une prise de conscience contre le colonialisme d’où qu’il vienne. Une prise de conscience contre le despotisme, quel que soit son récit identitaire, national et religieux. Un récit qui tente de faire oublier les classes sociales et tous les autres rapports de domination qui traversent la société.

Depuis quinze ans, la Grèce est redevenue une source d’inspiration, en France et ailleurs, à la fois pour comprendre ce qui nous arrive, mais aussi pour observer les diverses façons de résister et de construire des alternatives concrètes. Ce qu’on a abusivement appelé « la crise grecque » (qui s’est résumée en réalité à un renforcement opportuniste de l’exploitation capitaliste en Grèce au prétexte de la dette) a été le premier laboratoire du durcissement du capitalisme en Europe. Ce qui avait été appliqué jusque-là dans les pays dit « du Tiers-Monde » devenait un mode de gouvernance en Europe : la pression de la dette devenait le moteur de la mutation de la société, de l’effacement progressif des conquêtes sociales et du creusement des inégalités. Un outil de chantage doublé d’un trafic juteux : gagner des milliards sur la dette des pays tout en dictant leur politique.

Face à ce piège, la réponse du mouvement social en Grèce s’est principalement située sur le terrain de l’horizontalité et de l’autogestion : puisque le pouvoir politique est aux mains du pouvoir économique du fait de son monopole des médias dominants pour fabriquer l’opinion, nous essayons résolument de développer une forme d’organisation sociale pour devenir ingouvernables. Nous désobéissons avec des objectifs précis : ne pas nourrir le Léviathan (monstre politique en trois parties, constitué de la classe dirigeante, des gardiens armés à son service et de ses producteurs soumis), saboter la machine ou gêner son fonctionnement et construire à côté, de façon libre, autonome et solidaire, partout où c’est possible.

En effet, face à l’imaginaire social institué par le pouvoir et ses valets, il était pour nous essentiel de proposer un imaginaire social radicalement instituant, c’est-à-dire créateur de nouvelles perspectives (pour reprendre les termes de Cornélius Castoriadis). Sans décolonisation de l’imaginaire, aucun projet ne peut vraiment voir le jour pour ouvrir une brèche. Et sans projet, sans désir, sans capacité à se projeter, il n’y a pas de volonté. Tout est lié.

 

La lutte sur le terrain de l’imaginaire est la base de toute résistance et de toute création en vue d’un changement profond de la société. Changer d’imaginaire pour changer de paradigme. Changer d’imaginaire pour rouvrir le débat sur le sens de la vie. Changer d’imaginaire pour enfin vivre autrement, librement, solidairement. C’est ce que nous avons essayé de vous montrer dans nos films, depuis Ne vivons plus comme des esclaves, tourné par nous-mêmes au fil de discussions passionnantes de 2011 à 2013, jusqu’à Nous n’avons pas peur des ruines, l’année passée.

Mais voilà : comme vous, nous partageons parfois un sentiment d’impuissance, de déception, voire de fatigue. Certains de nos compagnons sont épuisés. Parfois à genoux. Heureusement, des renforts arrivent : beaucoup de jeunes, mais aussi des nouveaux qui ont vécu une prise de conscience et, également, des migrants qui ont parfois lutté, eux aussi, dans leur pays d’origine, dans des conditions encore plus dures, avant de nous rejoindre.

Et puis, il y a ces liens par-delà les frontières qui nous font le plus grand bien. De part et d’autre. En Grèce, dimanche dernier, des compagnons de lutte ont rappelé l’aide morale qu’apporte aussi le soutien politique et matériel en provenance des mouvements sociaux d’Europe occidentale. Nous voyons que nous ne sommes pas seuls, isolés, éphémères, au bout du continent. D’autres rêvent aussi ailleurs, s’organisent et luttent. Nous nous inspirons les uns des autres. Nous nous envoyons des messages de soutien. Nous nous visitons parfois. Tout cela nous donne de la force. De la « bonne force » (kali dynami) comme ont dit ici, dans nos réseaux en Grèce.

Certaines nouvelles récentes ne sont pas bonnes :
–  encore deux migrantes sont mortes noyées en essayant de traverser au large de Chios, s’ajoutant à la longue liste macabre des victimes de l’Europe forteresse.
–  d’innombrables sans-abri grecs et migrants agonisent actuellement dans des cartons ou dans des cabanes en palettes, parmi lesquels des nouvelles personnes déclassées qui ont été projetées dans la misère la plus totale.
–  pendant ce temps, une vague de caméras de surveillance se propage un peu partout dans un pays auparavant épargné par ce que certains appellent une « avancée technologique », mais qui nous étouffe en réalité et menace nos libertés. Pendant ce temps, l’État grec achète du matériel made in France pour mieux surveiller ses opposants, jusque dans la sphère électorale (affaire Mitsotakis, un scandale d’État de plus).
–  Exxon-Mobil revient à la charge pour obtenir des forages pétroliers à l’ouest de la Crète et du Péloponnèse, encouragé par les objectifs délirants de Trump dans ce domaine, pendant que la résistance s’organise, en particulier en Crète.

Mais sur le fond, dans la durée, nous tenons bon et les mobilisations continuent, tant bien que mal. « Sous la cendre, la braise brûle encore ». La plupart de nos lieux autogérés sont encore debout, malgré ce qu’on nous avait annoncé, et d’autres sont nés dans des villes moyennes et dans les campagnes. Parfois, dans des tout petits villages.

Rouvikonas est plus rayonnant que jamais, avec une popularité inespérée et des nouvelles antennes dans plusieurs villes de Grèce, malgré quelques malveillances qui ont fait flop. Le groupe anarchiste promis à disparaître par Mitsotakis a même obtenu plusieurs acquittements récemment, au terme de procès retentissants. Ce qui a fait dire à l’extrême-droite que ces juges étaient des vendus, des « gauchistes », des « droits-de-l’hommistes » (à peu près la même chose que ce que vous entendez en France au sujet de la condamnation récente de Nicolas Sarkozy en première instance et de son incarcération rocambolesque).

La santé de Rouvikonas est le meilleur thermomètre de la santé du mouvement social en Grèce, vu que ce groupe anarchiste est, depuis douze ans, en première ligne de beaucoup de luttes et qu’il est devenu un véritable réseau qui traverse toute la société. Rouvikonas est aussi intéressant parce qu’il inclut des membres qui ne sont pas tous anarchistes, dans un esprit de convergence des luttes, avec beaucoup d’intelligence et d’ouverture à la diversité. Les discussions y sont réfléchies, posées, argumentées, dans l’horizontalité et l’écoute, même si certains membres historiques sont évidemment très observés quand ils interviennent, avec parcimonie et humilité.

De passage à Athènes le vendredi 24 octobre, plusieurs d’entre nous ont vu son principal centre social autogéré, le K*Vox, noir de monde jusque dans les rues tout autour (cf. photos). Une foule immense, à l’angle de la place Exarcheia, qui a fait renoncer les forces de police qui espérait intimider et disperser tout ce monde.

Même chose au niveau de la multiplication des sections de Rouvikonas dans la capitale et dans toute la Grèce, y compris des petites villes, du nord au sud du pays. Un phénomène en plein essor qui appelle à l’insoumission, à la désobéissance civile et à l’autogestion.

Au sein de Rouvikonas, ces sections mènent beaucoup d’actions concrètes. Par exemple, la section du Pirée est confrontée à une très grande misère et organise régulièrement des cuisines sociales gratuites et des maraudes, avec de la nourriture, des vêtements et des premiers secours.

Dans tous les quartiers d’Athènes, la section féministe de Rouvikonas mène des actions contre le patriarcat, notamment dans des entreprises, et distribue, par exemple, des protections féminines que nous lui apportons de France lors des convois.

À la fin de l’été, la section pompiers s’est encore renforcée, avec un troisième véhicule équipé et de nombreuses initiatives solidaires, grâce à un soutien international, cette fois en provenance de Suisse et de France.

La section pompiers a également mis en place une aide d’urgence aux animaux dans les zones incendiées, sauvages ou pas. Parfois, il s’agit de chiens « adespotes » (c’est ainsi qu’on appelle les chiens ou chats qui n’ont pas de maître en Grèce).

Rouvikonas s’associe souvent à d’autres groupes pour mener des actions antifascistes conjointes. C’est ainsi que les néonazis ont perdu le centre-ville d’Athènes, il y a dix ans, en particulier leur quartier fétiche à Agios Pantelemonas (riposte antifasciste décrite dans le film L’Amour et la Révolution). La semaine dernière, Rouvikonas et le collectif antifasciste de Kalamata ont réussi à saboter le rassemblement du « Front National » grec dans cette petite ville du Péloponnèse.

D’autres collectifs en Grèce ne sont pas en reste et font également beaucoup de choses, à Athènes comme ailleurs.

En Crète, par exemple, une action a visé le ministre de l’immigration de passage à Héraklion, il y a une semaine. Cette fois, nous avons utilisé une stratégie similaire à l’entartage pour ridiculiser Makis Voridis, figure de l’extrême-droite grecque, nostalgique de la dictature des colonels et partisan du retour en force du cléricalisme (notamment de l’équation Grec = orthodoxe). Sauf qu’en Grèce, on ne gâche pas les pâtisseries dans la figure des « pompeux cornichons », malgré notre affection pour Noël Godin (que nous avons fait venir en tournée en Grèce il y a douze ans et qui vient de fêter ses 80 ans) et pour Jean-Pierre Bouyxou qui vient de nous quitter début septembre :
http://blogyy.net/2025/09/04/salut-compagnon/

Quelques souvenirs d’entartages mémorables :
https://www.youtube.com/watch?v=Sf1Jxm2M2zI

Non, en Grèce, on utilise plutôt du yaourt ou des œufs. Voilà comment on ridiculise les hommes politiques, ici. Mais le but est le même : destituer symboliquement le pouvoir pour se préparer à le destituer politiquement. Le pouvoir repose sur du vent. Il n’est que symbole. C’est notre consentement, notre reconnaissance, notre soumission qui le portent sur un piédestal, sans quoi il n’est rien. Voilà pourquoi 25 rebelles crétois ont participé à cette action et ont arrosé d’œufs le ministre de l’immigration dans le restaurant d’Héraklion où il croyait pouvoir faire une pause.

Sa colère a été si forte qu’il a obtenu de son premier ministre l’évacuation brutale du grand squat d’Héraklion, 4 jours plus tard. Mais, comme les années précédentes (voir dans le film Nous n’avons pas peur des ruines), le mouvement social a réussi à reprendre son squat deux jours après ! Une fois de plus !

 

ÉTAT   03   ANARCHISTES CRÉTOIS

Du nord au sud de la Grèce, des résistances continuent et s’organisent, construisent des projets, même modestes, pour ne pas baisser les bras et faire comprendre que rien n’est terminé dans notre lutte légitime pour l’émancipation sociale.

Tout n’est pas perdu parce que nous avons des amis partout : des gens avec lesquels nous ne partageons pas tout, mais qui luttent également pour certaines choses en commun. Cela, nous le vérifions dans bien des domaines, notamment autour de nos initiatives solidaires autogérées. Beaucoup gens sont de plus en plus convaincus que nous devons prendre nous-mêmes nos affaires en mains. Dans la conquête de nos libertés comme dans la mise en place de l’entraide pour soulager la misère sans attendre et pour donner à voir la société que nous désirons.

Merci de nous aider également à cela.

APPEL À SOUTIEN

Six mois après notre convoi solidaire de mars-avril 2025, se prépare actuellement la livraison automnale à nos initiatives solidaires autogérées. Une livraison intermédiaire que nous effectuons chaque année, depuis douze ans, en alternance avec les grands convois printaniers. Il s’agit notamment de livraisons de légumes, de fruits et d’huile d’olive en provenance de Crète (achetés à des camarades paysans en lutte), mais aussi d’achats groupés de produits essentiels à prix réduit (produits d’hygiène et de nettoyage, autres aliments de base, parfois certains médicaments, diverses urgences pour les bébés ou encore du matériel collectif pour l’organisation des activités). Nous apportons aussi un soutien financier à certains collectifs et lieux autogérés en grandes difficultés, en fonction de nos moyens.

Il faut savoir que, six mois après, les moyens apportés par notre quatrième film documentaire sont presque épuisés. Votre soutien est donc à nouveau crucial, aussi modeste soit-il, si vous le pouvez.

Voici le rappel des coordonnées si vous voulez participer. C’est possible par virement, paypal ou chèque :

– par virement à ANEPOS
IBAN : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU (La Banque Postale)
Objet : « Livraisons novembre »

– ou par Paypal en suivant sur ce lien :
https://www.paypal.com/donate/?cmd=_s-xclick&hosted_button_id=LMQPCV4FHXUGY&fbclid=IwAR2GlpO4fe9mZIvL4Uvcj3Tn4-JIEqXpFl4fgtBN_y7qYZ-C_FjK8pVWoDI

– ou par chèque à l’ordre d’ANEPOS :
Adresse postale : ANEPOS – Livraisons novembre – 6 allée Hernando – 13500 Martigues

Contact, suggestions, propositions : solidarite@anepos.net
Tél. France 06 24 06 67 98 / Tél. Grèce (0030) 694 593 90 80

Important : si vous choisissez d’envoyer un chèque à l’ordre d’ANEPOS, merci de nous prévenir du montant par mail (solidarite@anepos.net) ou par sms (06 24 06 67 98) pour qu’on puisse comptabiliser votre participation dans la préparation actuelle des livraisons.

Si vous préférez virer la somme sur le compte de l’un de nos paysans fournisseurs, dites-nous quel montant vous pouvez assurer, nous vous transmettons immédiatement leur RIB/IBAN (camarades oléiculteurs, maraîchers, arboriculteurs…).

Pour en savoir plus à ce sujet, voici quelques comptes-rendus de livraisons de Crète vers Athènes (cliquez sur les photos pour les voir en grand format) :

http://blogyy.net/2022/05/23/soutenir-les-paysans-en-lutte-tout-en-nourrissant-les-precaires/

http://blogyy.net/2022/05/25/la-cuisine-solidaire-de-chania-et-le-reseau-sodaa-dans-lattique/

http://blogyy.net/2022/05/26/un-convoi-solidaire-cest-aussi-du-bricolage-et-des-travaux-dans-les-lieux/

http://blogyy.net/2021/11/30/nouvelles-livraisons-a-athenes/

http://blogyy.net/2021/11/30/oui-le-notara-26-a-ete-livre-aussi/

http://blogyy.net/2021/06/29/les-livraisons-a-exarcheia-ont-commence/

http://blogyy.net/2023/10/22/les-livraisons-a-athenes-en-crete-et-en-thessalie-ont-commence/

Voici également le compte-rendu en 100 photos du convoi solidaire du printemps 2025 :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique52

Un grand merci de votre participation passée à nos actions, que vous puissiez ou pas cette fois.

Surtout, ne participez pas si vous êtes, vous aussi, en difficultés. Votre solidarité ne se compte pas aux moyens transmis, au gré des circonstances, mais d’abord à travers le relais, le soutien politique, l’appui révolutionnaire impulsé par-delà les frontières. C’est une sensation extraordinaire que de sentir ce soutien d’un bout à l’autre de l’Europe et au-delà, beaucoup de camarades et compagnons grecs et migrants nous le disent souvent.

Vu le contexte, si vous connaissez des individus ou des collectifs qui peuvent épauler nos initiatives solidaires autogérées en Grèce, merci de nous le faire savoir. Cette aide peut également être ciblée sur une lutte en particulier (cuisines sociales gratuites, structure autogérée de santé, groupe de résistance, aide aux migrants, section contre les incendies…) ou même sur un seul lieu (ou groupe) qui vous tient à cœur. Pas de problème. Nous pouvons aussi payer directement un fournisseur sur place par votre intermédiaire, si vous le souhaitez et si le montant le permet (livraisons alimentaires, urgences sanitaires, puériculture, premiers secours, travaux dans les lieux, aide aux frais de Justice, etc.). Si vous avez d’autres suggestions, n’hésitez pas à nous contacter.

Toutes ces actions ne sont peut-être pas grand-chose face à l’ampleur du désastre, mais elles encouragent à poursuivre nos luttes qui convergent toutes vers un même but : prendre nos vies en mains et montrer ce dont nous sommes capables ensemble, par-delà nos différences.

Nous vivons à une époque si complexe et confuse que les mots ne suffisent plus. Des mots que nous vole souvent le pouvoir. Des paroles qui s’envolent. Des discussions qui s’éternisent. Des débats insignifiants qui éloignent de l’action et de sa capacité à créer du lien, à se rassembler contre ce qui nous frappe à tour de rôles, à s’unir dans des projets. Pourtant, c’est dans l’action qu’on se rencontre vraiment, qu’on apprend à se connaître, à se comprendre, à s’aimer. La lutte est une histoire d’amour. L’amour de l’utopie en chemin. L’amour de tout ce que nous voulons sauver et libérer. L’amour de la vie.

Il est crucial de montrer concrètement la société qu’on désire. Une société basée sur l’entraide. Une société où la devise « liberté, égalité, fraternité » deviendra enfin une réalité. D’ailleurs, petite remarque : nous, on préfère le mot adelphité, c’est un mot neutre d’origine grecque pour parler à la fois de fraternité et de sororité.

Encore merci à toutes celles et ceux qui ont participé, en début d’année, à la préparation du convoi, d’une façon ou d’une autre. Et d’avance, un grand merci de votre soutien pour tenir bon jusqu’à la prochaine fois.

Une autre info qui peut vous intéresser : en raison de la diminution brutale des moyens ces derniers mois, des camarades et compagnons de luttes m’ont demandé de faire quelques projections-débats supplémentaires en France, Suisse et en Belgique, pour continuer à diffuser nos idées, présenter le dernier film (ou l’un des précédents) faire un point sur la situation actuelle, échanger sur nos pratiques, nos réussites, nos échecs, nos perspectives, et ramasser de la collecte pour le convoi qui suivra. Si vous souhaitez qu’on fasse une étape dans votre région, faites-nous signe rapidement à : maud@paspeurdesruines.net en mentionnant vos coordonnées téléphoniques pour échanger de vive voix. Des dates se préparent déjà en France et Suisse en janvier et février 2026 et en Belgique en mars 2026. Plusieurs surprises, notamment musicales, accompagneront ces rencontres. On en reparle dans quelques temps.

Bon courage dans vos luttes et créations. De tout cœur avec vous.

Anarmicalement,

Yannis, aux côtés de Maud, Maria, Nathalie, Anna, Giorgos, Vangelis, Cyril et Nikos, parmi les membres de l’action

Pour toute info supplémentaire : solidarite@anepos.net ou tél. 06 24 06 67 98.

PS : un compte-rendu des actions suivra, en décembre, accompagné de photos.

PDF

02.11.2025 à 00:29

Crète, terre de résistance !

Yannis Youlountas

État 0-3 Mouvement social :CRÈTE, TERRE DE RÉSISTANCE ! Ça y est ! Ce soir, le squat d’Héraklion vient d’être repris ! Deux jours après son évacuation par l’État ! C’est la troisième fois qu’on réussit à le reprendre, ces dernières années : État 0-3 Mouvement socialBravo à toutes et à tous ! Quelle joie !PS : le squat Evangelismo avait été évacué en représailles d’une action contre le ministre de l’immigration en visite en Crète, arrosé par une pluie d’œufs à la manière des entartages en Belgique (une pensée pour notre ami Noël Godin qui vient de fêter ses...
Texte intégral (551 mots)

État 0-3 Mouvement social :

CRÈTE, TERRE DE RÉSISTANCE ! ✊❤

Ça y est ! Ce soir, le squat d’Héraklion vient d’être repris ! Deux jours après son évacuation par l’État ! C’est la troisième fois qu’on réussit à le reprendre, ces dernières années :
État 0-3 Mouvement social
Bravo à toutes et à tous ! Quelle joie !

PS : le squat Evangelismo avait été évacué en représailles d’une action contre le ministre de l’immigration en visite en Crète, arrosé par une pluie d’œufs à la manière des entartages en Belgique (une pensée pour notre ami Noël Godin qui vient de fêter ses 80 ans). Plus de détails ici : http://blogyy.net/2025/10/31/bras-de-fer-en-crete-contre-un-ministre-dextreme-droite/

 

PDF

31.10.2025 à 11:12

Bras de fer en Crète contre un ministre d’extrême-droite

Yannis Youlountas

BRAS DE FER EN CRÈTE CONTRE UN MINISTRE D’EXTRÊME-DROITE Ce matin, les forces spéciales de l’État sont venues évacuer violemment le squat Evangelismo à Héraklion, l’un des plus grands de Grèce. C’est la troisième fois que cela se produit ces dernières années (l’évacuation précédente et la réoccupation du squat sont présentés vers la fin du film Nous n’avons pas peur des ruines).Le motif de cette évacuation brutale est, cette fois, une vengeance, suite à l’humiliation de Makis Voridis, figure de l’extrême-droite grecque et actuel ministre de l’immigration de Kyriakos Mitsotakis. En effet, il y a 4 jours, Makis Voridis a...
Texte intégral (762 mots)

BRAS DE FER EN CRÈTE CONTRE UN MINISTRE D’EXTRÊME-DROITE ✊‍☠

Ce matin, les forces spéciales de l’État sont venues évacuer violemment le squat Evangelismo à Héraklion, l’un des plus grands de Grèce. C’est la troisième fois que cela se produit ces dernières années (l’évacuation précédente et la réoccupation du squat sont présentés vers la fin du film Nous n’avons pas peur des ruines).

Le motif de cette évacuation brutale est, cette fois, une vengeance, suite à l’humiliation de Makis Voridis, figure de l’extrême-droite grecque et actuel ministre de l’immigration de Kyriakos Mitsotakis. En effet, il y a 4 jours, Makis Voridis a reçu une pluie d’œufs sur le crâne (variante des tartes à la crème belges et des yaourts athéniens) de la part d’un groupe antifasciste, lors de sa visite en Crète, alors qu’il venait de s’installer dans un restaurant d’Héraklion. Ses gardes du corps n’ont rien pu faire face au 25 militants cagoulés qui ont jeté les œufs sur le ministre avant de s’enfuir avant l’arrivée des renforts policiers.

Ridiculisé, le nostalgique de la dictature des Colonels et intégriste religieux orthodoxe voulait absolument se venger au plus vite. Les premiers éléments de l’enquête suspectait des membres du squat Evangelismo à Héraklion, ainsi que d’autres membres du mouvement antifasciste antifasciste. D’où l’attaque de ce matin.

Sauf que ce n’est pas fini. Une fois de plus, le squat sera repris. Une fois de plus, l’État devra céder devant les nombreuses actions qui vont se déployer dans la ville d’Héraklion et ailleurs en Crète. Une fois de plus, les commerçants de la ville et, bien sûr, les organisations pour les droits humains vont intervenir, diversement, pour demander à ce qu’on laisse tranquille le mouvement social. Les commerçants pour avoir la paix en ville. Les organisations pour les droits humains pour rappeler la liberté d’expression et le devoir de laisser les personnes désireuses d’expérimenter des alternatives sociales, dans l’horizontalité et l’autogestion, de pouvoir le faire.

Parallèlement, la politique du ministre de l’immigration ne cesse de se durcir et le fait que le premier ministre Mitsotakis confie systématiquement ce ministère à un membre de l’extrême-droite est particulièrement choquant aux yeux de beaucoup de Grecs. Les conditions de vie des migrants en Grèce sont de plus en plus difficiles et, la semaine dernière, deux femmes sont mortes noyées en essayant d’accoster à Chios.

Le bras de fer continue, en Crète comme ailleurs. À suivre…

PDF

22.09.2025 à 16:35

Jusqu’au dernier souffle

Yannis Youlountas

JUSQU’AU DERNIER SOUFFLE(mise au point et pensée amicale)Bonsoir à toutes et à tous.Durant la journée d’hier, dimanche 21 septembre, j’ai reçu de nombreux messages affectueux à l’occasion de mes 55 ans, via tous sortes de moyens. Cela m’a beaucoup touché. Sur le moment, je n’ai pas su quoi répondre, et encore moins répondre à chacun, du fait du nombre, mais aussi de ma situation personnelle.Puis, dans la soirée d’hier, j’ai remarqué que certains s’interrogeaient sur ma santé, suite à une rumeur persistante. Au point que plusieurs d’entre vous se sont demandés si je respirais encore. Je ne m’imaginais pas que...
Texte intégral (1396 mots)

JUSQU’AU DERNIER SOUFFLE
(mise au point et pensée amicale)

Bonsoir à toutes et à tous.

Durant la journée d’hier, dimanche 21 septembre, j’ai reçu de nombreux messages affectueux à l’occasion de mes 55 ans, via tous sortes de moyens. Cela m’a beaucoup touché. Sur le moment, je n’ai pas su quoi répondre, et encore moins répondre à chacun, du fait du nombre, mais aussi de ma situation personnelle.

Puis, dans la soirée d’hier, j’ai remarqué que certains s’interrogeaient sur ma santé, suite à une rumeur persistante. Au point que plusieurs d’entre vous se sont demandés si je respirais encore. Je ne m’imaginais pas que ce genre de rumeur pouvait aller si vite ! Surtout pour quelqu’un qui n’est pas du médiatique !

Aujourd’hui, je prends mon clavier, tout d’abord pour préciser que je suis bien vivant, même si ça me fait sourire d’avoir à l’écrire, et pour répondre à d’autres questions, sans trop m’étaler.

Oui, c’est vrai, depuis quelques temps, j’ai eu des petits soucis de santé, à plusieurs reprises, mais non, par contre, ce n’est pas « très grave », contrairement à ce que j’ai pu lire.

Des soucis de santé, j’en ai depuis longtemps, très longtemps. Ceux qui me connaissent depuis des lustres le savent bien. Par exemple, bien que n’ayant jamais fumé, j’ai les poumons en mauvais état après des pneumonies à répétition, au point d’avoir failli y passer plusieurs fois, par exemple à 33 ans. Ou encore, plusieurs accidents graves, dont un carambolage mortel sur la route auquel j’ai survécu, à 35 ans, avec des greffes dans les cervicales et dans une jambe, parmi plusieurs souvenirs que je porte encore à l’intérieur de mon corps. Autres exemples, dans cette liste hétéroclite à la Prévert : les charges policières (surtout durant les tournages) et des guets-apens fascistes, en France et en Grèce, qui ont également laissé des traces : une ribambelle de cicatrices. Mais je suis un dur à cuire : il en faut plus que ça pour me faire jeter l’éponge ! Cette année encore, je tiens bon le choc, malgré mes nouveaux déboires.

Je suppose que mon absence à certains rendez-vous récents ont du en inquiéter certains. Par exemple, il y a dix jours, j’ai du renoncer à mon voyage en Belgique avec Maud, in extremis, suite à un nouvel incident de santé. Nous n’avons pas pu participer aux 80 ans de notre ami Noël Godin, parmi nos rendez-vous dans le plat pays (et nous avons perdu la totalité du prix de nos billets non remboursables). Ceci étant dit, il est rare que je sois absent aux rendez-vous. Très rare. Vous pouvez compter sur moi : je suis très respectueux de mes engagements.

Autre malentendu : je ne souhaite pas, depuis quelques mois, répondre à des entretiens ou participer à des documentaires. Mais ce n’est pas pour des raisons de santé. Pas du tout. C’est juste parce que j’ai besoin de prendre du recul, d’être plus silencieux et discret, moins exposé, après une longue tournée d’interventions avec notre 4ème film. Stop, pas plus loin ! Comme disait Élisée Reclus, « travaillons à nous rendre inutiles » et évitons d’être trop souvent sous les projecteurs, car c’est en contradiction avec nos idées. Si le pouvoir corrompt bien souvent, il arrive aussi que la médiatisation fasse de même : elle peut faire perdre le nord, le cap, la gnaque, à coup de flatteries répétées et de discours répétitifs.

Voilà pourquoi, depuis la fin de la tournée, je suis retourné à l’action, au terrain — mais aussi au calme, parfois, chose que, dans les milieux militants, on ne sait pas assez faire, il me semble. Nous sommes tellement révoltés par cette société injuste et insensée que nous ne nous accordons pas de répit, ou pas suffisamment. Résultat : beaucoup de nos compagnons de luttes frôlent le burn-out, un jour ou l’autre. L’épuisement physique et mental nous guette. Il est donc vraiment important que nous écoutions nos proches et que nous sachions lever le pied quand c’est nécessaire. J’ai eu, moi aussi, à le faire, comme beaucoup d’entre vous. Plusieurs fois. D’autres, dans notre entourage, ne l’ont pas fait et ne sont plus là, malheureusement. Je pense à plusieurs de mes amis, militants âgés ou plus jeunes, qu’importe les années, qui ont fini carbonisés, physiquement ou mentalement ou les deux. Je regrette de n’avoir pas su les freiner à temps, les convaincre de ralentir pour mieux retrouver la pêche et remonter ensemble sur nos barricades de toutes sortes.

Lutter, c’est vivre. Certes ! Mais lutter, c’est aussi, parfois, se consumer, s’autodétruire en voulant tout donner, se fracasser seul contre des murs au lieu de s’organiser collectivement.

Voilà pourquoi, en écrivant ces lignes, j’ai une pensée pour certains d’entre nous qui sont à la limite et ne s’en rendent pas toujours compte. Des proches qui sont aveuglés par la colère ou exaspérés par la répression. Essayons de rester lucides et de bien mesurer nos actes et nos paroles. Sachons prendre un peu de recul quand c’est nécessaire, voire vital. Et surtout, soyons solidaires, bienveillants, attentionnés. Ne soyons pas trop exigeants les uns des autres, pas trop durs avec celles et ceux qui diffèrent un peu de nous dans leurs engagements, pas trop cinglants et définitifs. Rappelons-nous que nous sommes une seule et même famille. Une famille choisie, du fait de notre conscience et de nos actes tournés vers un même horizon. Une famille qui porte en elle tout un monde à venir, sur d’autres bases.

Merci de vous être inquiétés pour moi, mais vraiment, je vais bien, aux côtés de Maud et de certains de mes proches. J’écris, je travaille, je lutte, je prépare de nouveaux projets, je prends le temps de lire aussi, chose qui me manquait beaucoup, tout en participant à d’anciens et nouveaux projets solidaires autogérés.

Merci pour vos messages, images et musiques pour mes 55 ans. Et comptez sur moi, sur nous, pour continuer. À vos côtés jusqu’au dernier souffle.

Anarmicalement,

Yannis Youlountas, 22 septembre 2025

PDF

10.09.2025 à 10:30

Message de soutien en provenance de Grèce

Yannis Youlountas

Message de soutien en provenance de Grèce http://paspeurdesruines.net/spip.php?article62
Texte intégral (817 mots)
Message de soutien en provenance de Grèce ✊❤
PDF

04.09.2025 à 09:36

Salut compagnon !

Yannis Youlountas

On avait rendez-vous dans dix jours à Bruxelles, chez Sylvie et Noël Godin. J’étais tellement content de le revoir bientôt ! Maud m’avait dit : « t’es sûr qu’il y aura Jean-Pierre ? » Comme un pressentiment… C’était trop beau ces retrouvailles ! Jean-Pierre Bouyxou vient de partir brûler en enfer ce 2 septembre. Il est donc excusé pour force majeure, comme le doigt qu’il s’amusait à lever à la moindre déconnade. Salut compagnon ! Douces pensées également à mes vieux amis de Siné Mensuel et de Groland qui ressentent sans doute le même vide. J’espère qu’il y aura une belle pagaille...
Texte intégral (635 mots)

On avait rendez-vous dans dix jours à Bruxelles, chez Sylvie et Noël Godin.

J’étais tellement content de le revoir bientôt ! Maud m’avait dit : « t’es sûr qu’il y aura Jean-Pierre ? » Comme un pressentiment… C’était trop beau ces retrouvailles !

Jean-Pierre Bouyxou vient de partir brûler en enfer ce 2 septembre. Il est donc excusé pour force majeure, comme le doigt qu’il s’amusait à lever à la moindre déconnade.

Salut compagnon !

Douces pensées également à mes vieux amis de Siné Mensuel et de Groland qui ressentent sans doute le même vide.

J’espère qu’il y aura une belle pagaille dans l’hexagone le 10, et plus si affinités, à la mémoire de ce vieux soixante-huitard qui n’a jamais retourné sa veste.

PDF
10 / 10
 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
ROJAVA Info
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓