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05.11.2026 à 17:12

Une COP31 à deux têtes,Turquie et Australie

lsamuel

Texte intégral (1740 mots)

Pour la première fois, le grand rendez-vous international climat de l’ONU de novembre 2026 sera piloté par  non pas un mais deux Etats, la Turquie et l’Australie, volontaires dans la transition écologique, mais encore très dépendants des énergies fossiles. Illustration d’une diplomatie écologique fragilisée par la dépendance économique.

par Anne Henry

La Turquie, pays hôte représenté à la COP par Murat Kurum, ministre de l’Environnement, va piloter les 400 initiatives de l’Agenda de l’Action (concept né en 2014 pour soutenir les initiatives publiques et privées, hors négociations diplomatiques). Il se présente comme le médiateur entre les pays du Nord et ceux du Sud global (pays émergents en Afrique, Amérique latine et en Asie). Quant à l’Australie, représentée par Chris Bowen, ministre du Changement climatique, elle sera en charge des négociations. « Le pays se veut être aussi le porte-voix des Etats insulaires du Pacifique, déjà très touchés par la montée des eaux et l’acidification des océans. Nous avons piloté en octobre une rencontre aux îles Fidji, regroupant plus de 3000 personnes, pour arriver avec des propositions fortes à Antalya », a expliqué Lynette Wood, ambassadrice d’Australie en France le 21 octobre dernier devant le Sénat.

Discours paradoxal

Mais le discours de ces deux leaders est fragilisé par leurs propres projets d’extraction fossile : l’Australie reste le troisième exportateur mondial d’énergies fossiles et la Turquie prévoit 30 % de capacités supplémentaires en charbon et gaz d’ici 2à 035, et ce même s’ils se disent engagés dans la transition écologique. Un paradoxe que l’on retrouve chez de nombreux pays, comme la France et ses récentes attaques contre la directive européenne méthane et son soutien indéfectible à TotalEnergies qui continue d’investir dans le pétrole et le gaz. Dans l’UE, 50 reculs législatifs écologiques ont été ou pourraient être votés au Parlement européen dans les mois qui viennent, selon l’ONG Réseau Action Climat (RAC).

La position de l’UE

L’UE devrait pourtant se mobiliser durant la COP pour inciter les pays à publier leur Taff (feuille de route de sortie des énergies fossiles), pour élargir la base des pays contributeurs à l’aide financière auprès des pays vulnérables et pour remettre la science au coeur des négociations dans un contexte de tensions au sein du GIEC. En effet, alors que le Groupement intergouvernemental des experts climat prépare son septième rapport pour 2028 (AR7), une enquête menée par un consortium de médias (l’Humanité, le Guardian …) dénonçait le 21 septembre dernier des conflits d’intérêts au son sein, avec certaines recherches financées et orientées par des pays producteurs d’énergies fossiles comme l’Arabie Saoudite.

Evénement à deux vitesses
La première semaine accueillera le Sommet des leaders (11 et 12 novembre) et les négociations des experts sur différents sujets (électrification, sortie des énergies fossiles, justice climatique, agriculture, désinformation climatique, aide financière, lutte contre la déforestation …), avant de passer le relais aux ministres lors de la deuxième semaine. La coprésidence turque et australienne fera le maximum pour aboutir le vendredi 20 novembre à une Covert Decision (résolution finale) recueillant le consensus des pays, même s’il n’y a rien d’obligatoire. Nombreux sont ceux qui espèrent que l’objectif d’électrification (35 % de la consommation d’énergie finale provenant de l’électricité d’ici à 2035) soit inscrit à l’Agenda de l’action et dans la résolution finale.

La richesse du off

En off, comme d’habitude, il faut s’attendre à des accords bilatéraux entre pays ou groupes de pays. Pour Sébastien Treyer, directeur de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), « l’autre intérêt des COP est de rappeler que l’on a besoin du multilatéralisme pour éviter la fragmentation des normes, renforcer la coopération et donner la voix aux pays plus vulnérables comme ceux du Pacifique ». Et de rappeler la chance que durant quinze jours, le climat soit en haut de l’agenda politique, quand il a disparu des discussions dans d’autres institutions ou rencontres mondiales comme la Banque mondiale ou le G7. Alors que l’ONU vient d’annoncer que nous sommes sur une trajectoire de réchauffement climatique de + 2,6 degrés. Et durant cette quinzaine, les acteurs de la société civile – ONG, entreprises, élus, religieux, syndicats, universitaires, peuples autochtones, associations – se rencontreront pour du partage d’expériences et tenter d’influencer les négociations.

Anna Biausque, étudiante en Master II à Sciences Po Lille, membre des Jeunes délégués climat présents à la COP31 d’Antalya

Place aux jeunes

La France, de son côté, envoie une délégation interministérielle (issue des ministères de la Transition écologique, des Affaires étrangères, de l’Economie et de l’agriculture), sous la houlette de l’ambassadeur Climat Benoît Faraco, accompagné par des Jeunes délégués climat (étudiants et chercheurs). Anna Biausque, étudiante en Master II à Science Po Lille, qui fait partie de cette délégation, va notamment participer aux négociations sur la finance et la désinformation climatique (ACE Action for Climat Empowerment) : « On souhaite mettre les jeunes au centre des négociations car on sera les plus concernés par les problématiques climat à l’avenir. » La COP est-elle utile ? « C’est une question légitime que tout le monde se pose, répond Anna Biausque. Pour autant, c’est le seul espace de multilatéralisme qui fonctionne encore un peu sur les questions du climat. Certes, ce modèle n’est pas parfait : problème d’inclusion de la société civile, fonctionnement par consensus difficile … Mais c’est le seul moment où l’on peut mettre tous les pays autour de la table. Si on n’a pas plus les COP, ce serait une catastrophe ».

 

Conférence de presse en Turquie (septembre 2026) pour annoncer le Sommet des Peuples devant se dérouler pendant la COP31 d’Antalya © DR

Quelle écologie en Turquie ?
Le pays hôte a multiplié les conférences dans tout le pays sur les enjeux de la transition écologique durant les mois qui ont précédé le rendez-vous onusien, et ce même si l’écologie doit encore convaincre, comme le souligne Hélène Olympe, enseignante franco-turque à Antalya et coordinatrice de la Fresque du Climat en Turquie : «C’est une société paradoxale, qui a toujours eu un rapport fort à la nature, de par son héritage historique et culturel liés aux peuples nomades turcs. Et parallèlement, comme partout, la population a basculé dans le consumérisme et la bétonisation du pays est galopante. » Pour un jésuite français en poste à Ankara au plus près des populations locales et dont la communauté sera présente dans l’enceinte de la COP sur les questions de justice climatique, l’écologie n’est pas un sujet du quotidien pour tout le monde : « Il n’y a toujours pas de tri des ordures chez les habitants et ils sont davantage concernés par les problèmes économiques, inflationnistes et politiques. »
Le RAC s’inquiète des conditions de participation de la société civile durant la COP31 ; une manière d’évoquer notamment les atteintes à la liberté d’expression et de manifestation en Turquie, particulièrement des défenseurs des droits humains et de l’environnement et des journalistes. Le pays hôte a en tout cas déjà annoncé qu’aucune entorse aux lois turques ne sera faite. Mais soulignons tout de même l’organisation autorisée d’un Sommet des Peuples, comme l’explique Hélène Olympe : « Il n’y a pas tous les ans un Sommet des Peuples aux COP. Mais cette année, nous sommes fiers d’accueillir 130 organisations de 32 pays du 14 au 18 novembre, en marge de la zone des négociations de la COP, avec des présentations d’initiatives et des revendications écologiques diverses. »

Liens :
– auditions des ambassadeurs australien et turc devant le Sénat du 21 octobre : https://www.senat.fr/actualite/cop-31-quelles-ambitions-pour-le-climat-8458.html
– enquête sur le GIEC : https://www.humanite.fr/environnement/arabie-saoudite/le-giec-sous-influence-de-larabie-saoudite-enquete
– Sommet des Peuples https://hiz2026.org/en/join-us-for-climate-justice/

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05.11.2026 à 16:41

COP31 d’Antalya : la Turquie veut électrifier la planète

lsamuel

Texte intégral (1473 mots)

Du 9 au 20 novembre 2026, 198 pays et membres de l’ONU se retrouvent en Turquie, pour la 31e COP Climat afin de tenter le limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. L’électrification, mais aussi la sortie des énergies fossiles, devraient concentrer les négociations.

par Anne Henry-Castelbou

Si certains doutent de l’intérêt de ce rendez-vous annuel, d’autres confirment le rôle des COP. « Dans un contexte particulier de concurrence exacerbée et de recherche de sécurité économique, les COP sont là pour envoyer des signaux politiques et économiques, qui vont bien au-delà du climat », souligne Sebastien Dreyer, directeur de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). Ces messages concernent notamment la marche forcée vers l’électrification, une des solutions pour accompagner la fin de l’utilisation des énergies fossiles. Objectif proposé par la Turquie avec sa « Promesse 35 » : atteindre les 35 % de la consommation d’énergie finale (transports, bâtiments, industries) provenant de l’électricité au niveau mondial en 2035 (contre 20 % actuellement, 32 % en Chine, 22 % en UE). Certes, tous les pays ne sont pas convaincus. Les Etats-Unis et la Russie ont encore signé en octobre dernier un accord pour l’exportation de diesel vers les USA. Mais selon Laurence Tubiana, l’une des architectes de l’Accord de Paris, le résultat des midterms devrait à terme diminuer la pression environnementale américaine. « On peut en tout cas s’attendre à un rôle important de la Chine durant la COP pour défendre cette vision de l’électrification, tout comme l’UE », explique Marta Torres Gunfaus, directrice du programme climat à l’Iddri.

L’enjeu de l’électrification

On avait déjà entendu la petite musique de l’électrification lors de la COP28 de Dubaï en 2023. Un consensus des pays avait été trouvé pour annoncer la nécessité de tripler la part du renouvelable dans le mix énergétique. Depuis, certains pays ont accéléré la démarche. Ainsi, la France vient d’annoncer le volet 2 de son plan d’électrification. Et de nombreux pays émergents (Ghana, Kenya …) y voient des opportunités pour accompagner l’industrialisation de leurs territoires et attirer des capitaux privés, et ce dans une période de baisse des aides financières au développement. Sébastien Treyer indique en quoi le consensus de Dubaï a peut-être accéléré le déploiement des énergies renouvelables : « C’est difficilement quantifiable. Mais cela a donné un signe aux investisseurs et aux Etats. C’est un point de référence mais est-ce suffisamment rapide en terme d’efficacité énergétique ? Difficile à dire. »

Mais tout l’enjeu de l’électrification, souligne l’Iddri, sera d’accompagner la demande en électricité venant des industriels et usagers finaux (en Chine et en Inde, l’offre d’électricité est déjà supérieure à la demande) et de produire de l’électricité verte, issues des énergies renouvelables (en Chine, 55 % de l’électricité provient encore du charbon). D’ailleurs, selon l’IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis), la production d’électricité à partir du gaz est maintenant trois à quatre fois plus chère que celle provenant du solaire ou de l’éolien. Un argument économique qui pourrait convaincre certains à faire la bascule.

Sortie des énergies fossiles

Autre mesure d’atténuation qui sera au centre des discussions de la COP31 : la sortie des énergies fossiles. Juste avant l’ouverture des négociations, mardi 3 novembre, le Brésil, ancien président de la COP30, a présenté une feuille de route de sortie des énergies fossiles (ce qui n’avait pas été possible l’année dernière). Promesse tenue avec 182 pages qui se veulent une boîte à outils pour aider les pays à réussir ce désengagement fossile et un calendrier dès 2028. Nombreux sont ceux qui espèrent que la COP31 s’emparera de ce document pour inciter les pays à faire leur feuille de route nationale.

La Conférence internationale sur la transition hors des énergies fossiles, ou TAFF (Transitioning Away from Fossil Fuels), a eu lieu en avril 2026 à Santa Marta (Colombie)

Une direction déjà prise par 57 pays qui se sont retrouvés en avril dernier en Colombie à Santa Marta, lors de la première édition de la Conférence internationale sur la transition hors des énergies fossiles, le TAFF (Transitioning Away from Fossil Fuels). Depuis, on peut se désoler qu’en Europe, seuls trois pays aient présenté leur Taff (France, Allemagne et Pays-Bas), aux côtés du Brésil et de la Colombie. Et ce même si certaines ONG comme le RAC (Réseau Action Climat) estiment que les objectifs fixés par la France dans son TAFF restent trop faibles pour limiter le réchauffement climatique à +1,5 degré. Mais rappelons que 150 pays poussés par les COP précédentes ont déjà présenté leur Nationally Determined Contributions (NDC ou plans climats nationaux), couvrant 76 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Durant la COP31, certains espèrent en tout cas une mobilisation des 57 pays de Santa Marta, pour appuyer l’initiative brésilienne.

Pression d’El Niño
On s’attend à des conséquences dommageables du phénomène El Niño à venir, avec une intensité inédite selon Météo-France. D’après le Programme alimentaire mondial de l’ONU, 49 millions de personnes supplémentaires seront touchées par une insécurité alimentaire aigüe en 2027 en raison de ce phénomène. Malheureusement, sur la délicate question de l’aide financière à la COP31 pour faire face à ce genre de phénomène (l’article 9.1 de l’Accord de Paris établit l’obligation pour les pays développés de fournir des ressources financières aux pays en développement), selon l’Iddri, on ne devrait pas s’attendre à de grandes décisions. Les attentes restent pourtant importantes pour financer « l’adaptation » et « les pertes & dommages » liés au changement climatique. Le Nouvel objectif collectif quantifié (NCQG) est d’atteindre 300 milliards de dollars par an, contre 136 milliards de dollars par an aujourd’hui, financés à 50 % par l’UE. Certains travaillent pour diversifier les sources de financement comme Laurence Tubiana : « Je milite avec beaucoup d’autres sur la création de nouvelles taxes de solidarité qui permettent de taxer les secteurs qui ne payent pas la pollution qu’ils émettent. »

D’autres négociations auront lieu durant la COP31 :
– lancement du deuxième Global Stocktate GST2 (Bilan mondial pour évaluer les progrès par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris);
– mise en place du Mécanisme d’action de Belem pour une transition juste adopté à la COP30 (MAB ou Belem Action Mechanism qui doit accompagner les Etats dans les transformations économiques et sociale induites par la lutte contre le changement climatique);
– déploiement de la Feuille de route forêts 2030, pour mettre fin à la déforestation;
– application de l’Accélérateur mondial (Global Accelerator) pour mieux mettre en oeuvre les 400 initiatives de l’Agenda de l’Action (hors négociations diplomatiques);
– mobilisations en matière d’agriculture, sécurité alimentaire, soutien aux petits producteurs;
– travail sur la réduction du méthane (autre gaz à effet de serre), « une diminution qui pourrait aller plus vite que celle du CO2 et qui pourrait être plus efficace », souligne le RAC.

Liens vers :
– le site officiel COP31 de l’ONU https://unfccc.int/
– la Conférence Santa Marta : https://transitionawayconference.com/
– le site du RAC : https://reseauactionclimat.org/cop31-face-aux-crises-la-cooperation-climatique-est-une-necessite-strategique/

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02.11.2026 à 16:40

Le festival de Ménigoute : festival des bisounours ? par Pierre Grillet

lsamuel

Texte intégral (1792 mots)

Lors de l’inauguration du festival de Ménigoute (FIFO) 2026, le maire de la commune, Didier Gaillard, déclarait : « Ici, c’est un festival Zen de rencontres et d’amitiés, on y tient. Les éléments perturbateurs n’ont pas leur place à Ménigoute ». Un maire de droite, ancien pilier local de la FNSEA, soutien de Madame Coralie Dénoues, présidente du département, soutien de la loi Duplomb, etc. Le journaliste de la Nouvelle République qui rapporte ces propos se pose cette question : « le festival serait-il devenu le monde des bisounours où le débat a tiédi au fil des ans alors que la terre se réchauffait ? »

par Pierre Grillet *

Qui sont donc ces perturbateurs qui dérangeraient tant ce si tranquille festival ? Seraient-ils ces militants qui venaient depuis plusieurs années à ce rendez-vous annuel pour exprimer leurs craintes autour de la gestion de l’eau, n’hésitant pas à interpeller directement les élus présents sur le sujet au risque de « perturber » légèrement et très pacifiquement le bel ordonnancement du rituel de l’inauguration ? Certainement pas ces associations naturalistes présentes chaque année à ce FIFO et notamment les associations locales et régionales de protection de la nature très satisfaites, semble-t-il, de reproduire des stands quasi identiques chaque année sans se soucier des actualités fortes autour de l’environnement…

En 2024, nous avions déjà alerté sur ce « tiédissement » associatif lors de cette manifestation. En 2026, alors que les enjeux se révèlent de plus en plus concrètement, alors que nous avons vécu un été particulièrement éprouvant tant pour les humains que pour l’ensemble de la biodiversité, nous aurions pu espérer de la part de ces organismes une information conséquente autour de ces aspects. Pourtant, ces quelques associations de protection de la nature (APN) encore présentes (il y en a de moins en moins) ont déjà oublié ce qui vient de se passer en se contentant de quelques généralités habituelles et comme toujours en exposant de très jolies photos. Un vrai hymne à la beauté, dirait une candidate à l’élection présidentielle, mais pour quels messages derrière ?

L’Outarde canepetière, une espèce emblématique du Poitou-Charentes encore présente en petit nombre dans certains milieux agricoles de la région. Les mégabassines comme celles de Sainte-Soline où cet oiseau est encore présent dans les terres environnantes, ne feront qu’encourager le développement d’une agriculture industrielle fortement préjudiciable pour cette espèce et l’ensemble des oiseaux dépendants de milieux agricoles, sous réserve qu’ils restent diversifiés. © Mathieu Latour, extraite de son ouvrage : « Regards d’extinction » publié en 2026 aux Éditions de La Salamandre. Remerciements chaleureux à l’auteur pour son autorisation.

Le comble ! La fameuse et très controversée méga-bassine de Sainte-Soline pourrait être mise en eau dans quelques jours (1) suite à un avis positif concernant une dérogation sur les espèces protégées de la très « efficace » ministre Monique Barbut, alors même que l’avis du CNPN avait été défavorable quelques jours avant. Parmi les espèces concernées, l’outarde canepetière, un oiseau rare et emblématique en Poitou-Charentes. Aucune information sur le sujet au forum des associations à Ménigoute. Encore pire, alors qu’une consultation sur ce sujet était ouverte au public jusqu’au 2 novembre (donc une date de fermeture juste après le FIFO) sur le site de la DREAL et permettait à chaque citoyen de donner son avis sur cette dérogation honteuse, aucune affiche, aucune annonce n’a été présentée ou exprimée sur ces stands afin d’encourager le public à participer (2).

Le seul stand militant du forum des associations du FIFO 2026… à l’extérieur ! C’est le stand de « la Presse pas pareille » qui publie régulièrement des articles sur le site des JNE, un stand associé à Reporterre © Pierre Grillet

Et voilà comment nous, les écologistes et/ou protecteurs de la nature, naturalistes, n’avons pas su enrayer ce processus délétère avec ces perturbations que nous subissons aujourd’hui – les changements climatiques, l’érosion de la biodiversité et les problèmes sociaux – à un niveau encore jamais atteint malgré, a minima, plus de 60 années de prise de conscience. Sans doute, avons-nous été trop « zen » et pas assez « perturbateurs ». Comment nos enfants et petits-enfants, neveux et petits neveux ou nièces qui se prennent en pleine figure un tel saccage peuvent-ils accepter ça ? Comment ne pas se révolter ? Nous les anciens, les soi-disant « écolos historiques », n’avons plus qu’une seule chose à faire avant de disparaître : soutenir les jeunes en révolte, partager leurs angoisses et leurs revendications et les protéger ! Jamais, une personne, un-e jeune en colère ne devrait rentrer chez lui-elle avec un œil en moins ou une main arrachée. Dans un tel contexte, l’attitude du maire de Ménigoute est inacceptable, dangereuse et provocatrice. De plus, son souhait ne fut que très partiellement exécuté : la « veillée – bal » du festival, le 31 octobre, a rassemblé de nombreuses personnes ayant manifesté dans différentes villes de la région ce même jour et la tension sociale et écologique du moment s’en est fortement ressentie. Un stand, le seul mais à l’extérieur du chapiteau, rassemblant la « Presse pas pareille », Reporterre et des collectifs divers, bien qu’isolé du reste du forum, y exprimait fort heureusement aussi des engagements forts… Et nombre de discours de réalisateurs de films dans la salle de spectacle ont évoqué la situation sociétale actuelle, les déboires de la, ou plutôt, des cultures et leur soutien aux manifestants.

De notre côté, nous agirons toujours pour que ce festival redevienne un lieu de contestations, de conflits verbaux, de controverses et de débats, même et sans doute surtout, si ça doit déranger un peu le quotidien de certains élus ! Non, Monsieur Gaillard, malgré vos vœux et la complicité passive des APN, ce FIFO 2026 ne fut pas si tranquille et sans quelques « perturbateurs ». Le ras le bol généralisé dans la société s’est fait ressentir jusque dans ce que vous pensiez être « votre territoire ».

Une dernière mise au point : la conflictualité verbale n’a jamais étouffé la volonté de débat, au contraire, elle nourrit la rencontre et la discussion. Le philosophe Miguel Benasayag le dit clairement : « la multiplicité conflictuelle est la base d’un socle social, d’un socle commun dynamique. Aujourd’hui, on a peur du conflit. Or une société qui se prive du conflit est une société qui se condamne à l’affrontement. Plus on veut éviter le conflit, plus on va vers l’affrontement, soit pour unifier tout le monde sur le même format, le formatage, soit l’affrontement de la différence entre nous. Un manouche, un métèque, un français de souche, qui que ce soit, ils ont quelque chose en commun qui est le fait que nous habitons un territoire dont personne n’est le propriétaire. Réenchanter la société signifie assumer joyeusement ces conflits et on a tout à fait intérêt d’assumer les conflits pour éviter ces petits affrontements merdiques des guerres entre cultures, guerres de religion, qu’on tente de nous imposer pour mieux nous discipliner ».

* Avec Marie-Do Couturier qui a travaillé plus de 20 années pour le FIFO

(1) Au moment d’écrire ces lignes, nous apprenons que les bassines en Deux-Sèvres ne pourront pas être remplies à partir du 1er novembre comme c’était prévu, en raison du manque d’eau (niveau trop faible des nappes) et de la priorité donnée à l’eau potable. Jusqu’à quand ?
(2) Même si on ne se fait pas trop d’illusions sur les conclusions de cette consultation réalisée dans des conditions particulièrement honteuses pour la démocratie (délais très courts et surtout très mauvais fonctionnement du site de la DREAL, en maintenance une fois sur deux), il était important d’encourager la participation citoyenne dans le refus d’une dérogation délivrée par un ministère au mépris des avis des scientifiques, une fois de plus.

Photo du haut : le Forum de la nature du Festival international du film ornithologique de Ménigoute 2026 : une vingtaine d’associations de protection de la nature et aucune information directe concernant le changement climatique et ses impacts …  © Pierre Grillet

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27.10.2026 à 21:08

La Décroissance – De l’utopie sociétale à la [re]construction d’un monde commun par Serge Latouche

dboone

(388 mots)

On ne dira jamais assez l’apport essentiel de Serge Latouche en tant que critique radicale, contre vents et marées, dès les années soixante, de la notion de développement économique. Ce faisant, ce professeur émérite d’économie a donné au mouvement de la décroissance une solide assise, sinon ses lettres de noblesse. Dans cet opus, il fait valoir que le projet métapolitique de la marche vers une société «.d’abondance frugale.» ne peut être que du ressort de la société civile, et non de la politique politicienne. Non sans (re)insister sur la nécessité préalable d’une décolonisation de nos imaginaires et d’un renversement des valeurs qui structurent la société de consommation.

Toujours au prisme de la sortie du productivisme, il s’attarde sur les points de rencontre et les divergences entre l’économie sociale et solidaire et la décroissance conviviale. Explore le concept de bien(s) commun(s). Et, fort de son expérience personnelle de l’Afrique et de l’Asie où il a travaillé, propose de repenser l’articulation entre la laïcité et la pluralité des cultures pleinement prise en compte, dans une perspective non plus occidentalo-centrée (ou coloniale), mais «.pluriversaliste.».

Loin de lister des modes d’action clés en main, cet «.objecteur de croissance.» en appelle à des solutions circonstanciées portées par les militants et acteurs de terrain. Sans rien ignorer de la puissance de la mégamachine à la main des entrepreneurs du chaos.

Un essai revigorant.

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Edisens, 160 pages, 19,90 € – www.edisens.fr
Contact presse : Charles-Henry Dubail. Tél. : 01 43 54 41 18 – ch.dubail@edisens.fr
(Jean-Claude Noyé)
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