pour la lutte sociale
BLOG COLLECTIF - L.N Chantereau, Olivier Delbeke, Robert Duguet, Alexis Mayet, Luigi Milo, Vincent Presumey ...
Publié le 13.04.2026 à 00:13
Military policy, the question of power, the fight against the far right and Europe.
aplutsoc
Publié le 12.04.2026 à 17:30
Communiqué intersyndical – Russie : soutien à la rédaction de Novaia Gazeta.
aplutsoc
Publié le 12.04.2026 à 16:39
Hongrie : quelques rappels historiques avant la clôture du scrutin.
aplutsoc
Publié le 14.04.2026 à 18:31
Pour une politique militaire ouvrière, 2. Par LM.
Cet article est la suite du premier article du même titre paru le 25 janvier dernier. Le camarade LM l’a rédigé dans le prolongement de la réunion-débat organisée par Aplutsoc le 7 avril dernier.
Pour lire cet article au format PDF.TéléchargerIl peut sembler parfois que le débat sur la politique militaire qui peine à s’engager dans la gauche révolutionnaire s’arrête à des analyses géopolitiques ou à des réflexions théoriques sur la nature de l’impérialisme du XXIe siècle, celle du néofascisme, sur les nouveaux habits du pacifisme etc. sans pouvoir aborder les questions concrètes, les aspects tactiques, les moyens matériels d’une politique militaire qu’il serait temps, après des décennies d’absence sur ces terrains, de ne plus déléguer aux militaristes, aux alliances impérialistes, aux experts de la dissuasion et autres états-majors du réarmement.
Il est, de fait, difficile d’entrer directement dans des considérations sur la démocratisation de l’armée et l’adaptation de ses équipements à des missions conformes aux besoins des peuples et à leurs exigences de démocratie et de souveraineté, sans situer a minima les enjeux qui déterminent l’orientation d’une politique ouvrière. Pour éviter l’écueil précédemment cité nous indiquerons de manière liminaire que l’objectif consiste à doter les peuples européens (que nous ne confondons pas avec l’Union Européenne- UE) de moyens de défense indépendants qui puissent être déployés contre toute agression.
Enthousiasmes pacifistes
A ce jour la ligne de front déterminante -et pas seulement pour les peuples européens- est celle sur laquelle le peuple ukrainien résiste depuis plus de quatre années à l’invasion de l’impérialisme russe. Libre à Benoit Bréville d’écrire, encore dans le Monde Diplomatique d’avril 2026, que « quatre années de propagande en faveur du réarmement et sur l’imminence du péril russe ont anesthésié des esprits et désarmé les pacifistes (…) » Cela confirme que le pacifisme de ce journalisme s’exerce loin de Kyiv et des villes d’Ukraine où « l’imminence du péril russe » poursuit son œuvre de destruction nuit après nuit. Mais le Monde Diplomatique déplore l’invisibilité du pacifisme d’aujourd’hui qui selon lui ne sait plus organiser, et nous abuse sur sa disparition.
Nous abuse, puisqu’en fait le pacifisme prospère sous de nombreux drapeaux.
Le Mouvement de la Paix récemment ressuscité émet des communiqués à une cadence de tir qui fait douter de l’invisibilité du pacifisme.
Nous avions noté dans une première contribution, comment la CGT était déchirée par le triple choix cornélien de sa fidélité des jours de fête, à sa tradition pacifiste et de sa lutte des jours ouvrés pour la défense de l’emploi dans l’industrie d’armement. Tout en se souvenant parfois de son soutien à la résistance ukrainienne.
Dans les groupes issus du trotskysme (LO, PT, POI, …) le campisme se présente sous les mots d’ordre d’un pacifisme farouche : « pas un sou, pas une vie, pour la guerre » et depuis 1915 l’ennemi principal ne saurait être ailleurs que dans notre propre pays.
Des sectes nostalgiques du stalinisme tressent depuis l’invention de la « coexistence pacifique », les guirlandes de la « Paix » tout en soutenant avec enthousiasme la moindre initiative de Poutine de réunir les BRICS+ présentés comme l’alternative pacifique au seul impérialisme de la planète, les USA.
Pression pacifiste
Ce pacifisme dont le Monde Diplomatique appelle à ce qu’il s’organise, n’est pas sans effets dommageables sur les internationalistes eux-mêmes.
On regrette que les vieux refrains pacifistes viennent conclure une déclaration « Non à l’Europe de la guerre, non au réarmement européen » datée du 25 février 2026 du Comité International de la Quatrième internationale pourtant solidaire par ailleurs du peuple ukrainien : « Nous combattons pour mettre fin au commerce des armes, pour convertir la production d’armes en production sociale. Nous exigeons la dissolution des blocs militaires de l’OTAN et de L’OTSC. Dans cette situation des slogans tels que « guerre à la guerre », « à bas les budgets militaristes » et « contre le service militaire » doivent servir à armer politiquement un mouvement antimilitariste (…) » (Inprecor n°743, résolution du 25 février 2026)
Dans le même numéro d’avril 2026 d’Inprecor, un texte de Worker Democracy, revue animée par des camarades de la IVe internationale, est intitulé « Thèses sur la crise du détroit de Taïwan et l’autodétermination Taïwanaise ». Ilnuance fortement l’objectif proclamé de la fin du commerce des armes en reconnaissant la possibilité d’achat d’armes auprès d’un impérialisme par des « nations plus faibles » dans un besoin d’autodéfense contre un impérialisme rival.
Quant au service militaire une résolution spécifique du Comité international sur l’Ukraine ne préconise évidemment pas de le supprimer mais « d’améliorer les garanties sociales pour les personnes en service militaire en particulier celles qui défendent l’Ukraine depuis 2022 ».
Bien sûr la politique des organisations ouvrières doit être adaptée à la nature des guerres auxquelles elles sont confrontées et les besoins en ressources militaires sont déterminés par les objectifs et les tactiques qui répondent aux situations concrètes du peuple ukrainien ou de celui de Taïwan, pour les exemples cités. Il est périlleux de vouloir faire marcher toute une internationale au même pas sur les mêmes mots d’ordre. Surtout sur ceux de « guerre à la guerre », « à bas le commerce des armes » au moment de la suppression trumpienne des financements de matériel militaire à l’Ukraine. De fait aujourd’hui la résistance ukrainienne a le plus grand besoin que les impérialismes européens lui fournissent l’armement indispensable pour bloquer l’avancée de l’invasion impérialiste de Poutine.
La question militaire au congrès du PCF
Il y a peu de chance pour qu’à 12 mois de l’élection présidentielle un débat sur la question militaire soit au centre des préoccupations des organisations de gauche en France. Le PCF qui tiendra son 40e congrès au mois de juin est déjà plus agité par la question de sa présence dans la course à la multiplication des candidatures que par le débat sur une politique populaire de défense. Cependant le document préparatoire aux discussions d’orientation du 40e congrès intitulé « base commune » contient quelques idées pour la « reconstruction d’une politique et d’un outil de défense nationale et populaire placée sous le contrôle exclusif du Parlement et du peuple » La démarche est explicitement de « créer un nouveau lien entre l’armée et la nation ». Un des moyens de la réappropriation de la chose militaire par le peuple porte sur « un service national modernisé et sur la réserve, répondant aux enjeux contemporains de la sécurité de la France et de la sécurité globale ».
Les formes que pourraient prendre la conscription et la réserve ne sont pas proposées. Et au vu des premières contributions elles ne donnent pas lieu à de riches débats dans les cellules ou les conférences de section préparatoires au congrès. Ce débat est pourtant indispensable si l’on veut constituer une alternative populaire à l’armée de métier dédiée à l’expression des intérêts de l’impérialisme français.
Une nouvelle conscription
Le rôle de l’Education nationale notamment dans la formation des appelés, la durée d’une formation initiale et son contenu, les périodes d’actualisation des compétences militaires, la nature des missions confiées aux femmes et hommes appelés sont autant de pistes de réflexion nécessaires à la construction d’une armée nouvelle, pour reprendre l’expression de Jaurès.
La conscription nouvelle aura besoin d’équipements et d’armements produits de manière indépendante, sous contrôle ouvrier pour éviter la dépendance à toute surenchère militariste, veiller à l’adaptation des productions aux besoins de la défense, exercer la plus grande vigilance sur l’utilisation de l’IA dans le domaine militaire.
La conscription nouvelle aura donc le plus grand besoin de la démocratie à l’intérieur de l’armée. Les mobilisations de la décennie soixante-dix visant à construire dans « la grande muette » des organisations de soldats : Front des soldats, marins et aviateurs (FSMAR) ; comités de soldats, syndicats de soldats, ou une expression collective des besoins des appelés, constituent encore une référence. « Le 17 mai 1974, entre les deux tours de l’élection présidentielle qui devait voir la victoire de Giscard d’Estaing, paraissait dans Rouge et Libération un appel de 100 soldats, appelés du contingent, mettant en avant une liste de revendications à vocation démocratique.
L’Appel revendiquait notamment « le libre choix de la date et du lieu de l’incorporation entre dix-huit et vingt-cinq ans », « une solde égale au SMIC et la gratuité des transports », « la possibilité pour les engagés de résilier leur contrat à tout moment », « la suppression des brimades sous toutes leurs formes et l’obtention de permissions hebdomadaires », « la suppression des incorporations au-delà des frontières nationales », « la liberté totale à l’information et à l’expression politique dans les enceintes militaires », « le libre choix de la tenue civile ou militaire en dehors des heures de service », « la dissolution de la sécurité militaire », « la suppression des tribunaux et sanctions militaires » (revue L’Anticapitaliste n°155, avril 2024) »
Cet appel et l’activité du (FSMAR) animé par des militants de la Ligue Communiste encouragea les manifestations de soldats en uniforme dans les rues de Draguignan, de Karlsruhe, Nancy, Verdun… une organisation syndicale (la CFDT d’Edmond Maire) se montra d’abord favorable à un mouvement de création de sections syndicales de soldats avant de connaître un revirement.
En fait les syndicats ouvriers ne se sont jamais désintéressés complètement du sort de leurs jeunes sous les drapeaux cela se matérialisait le plus souvent par une aide financière du syndicat ou du Comité d’entreprise qui était l’occasion d’échanges pour refuser l’isolement et la manipulation militariste des appelés par un encadrement imprégné de l’expérience des guerres coloniales. Mais une référence plus actuelle est celle des liens maintenus par des syndicats ukrainiens avec les travailleurs qui tiennent le front et sur le front par la capacité d’initiative et d’adaptation des ordres aux réalités du combat qui ne peuvent se développer que dans le cadre d’une réelle liberté de parole.
Base industrielle de défense
L’autre moyen de réappropriation de la défense nationale proposé au 40e Congrès du PCF c’est « la reconstruction d’une base industrielle et technologique de défense sous contrôle de la nation, fondée sur la dualité des activités civiles et militaires, constituée autour d’un pôle public de défense, auxquelles pourront s’adosser les TPE et PME dans des collaborations mutuellement avantageuses. »
On note que cette proposition est proche de celle mise en avant par la CGT de Pole Public de la Défense Nationale (PPND) à cette différence qu’il s’agit ici d’adosser à ce pôle public des TPE et des PME. On ne sait trop ce que cet adossement veut dire. S’agit-il de rachat d’entreprises, de prise de participation minoritaire au capital, d’accords de partenariat, d’autres formes plus souples de mutualisation de moyens ? La seule chose claire c’est que selon le PCF ces collaborations « mutuellement avantageuses » doivent générer davantage de profit pour les actionnaires de cette industrie. Si le PCF, plus nettement que la CGT, ne cherche pas à convertir la production d’armement en production de biens d’équipement collectif, ou de consommation courante, son modèle reste la dominante d’un secteur privé de l’armement. Là aussi le Pôle public et ses PME adossées s’opposent de fait à l’expropriation des profiteurs de guerre et à la nationalisation. de la production sous contrôle ouvrier.
En sortant du périmètre des grands acteurs de l’industrie de défense que sont Dassault, Naval group, Thalès, Airbus, Safran, Nexter, etc., le PCF met pourtant le doigt sur une réalité de l’évolution du secteur. Les TPE, les PME, les ETI, sont devenus des acteurs importants de la numérisation du champ de bataille.
Basculement technologique
La guerre en Ukraine a révélé un basculement du modèle d’armement de haute technologie dont l’impérialisme américain était le champion vers des armes moins sophistiquées, produites en masse, à faible coût. La guerre de Trump en Iran vient de confirmer que ce basculement à une valeur générale. Elizabeth Sheppard Sellam, dans la publication du 21 mars 2026 de The Conversation qualifie la « Guerre des drones de révolution low cost qui défie la puissance américaine ». Elle indique les chiffres de cette nouvelle donne :
« Le coût de l’attaque s’est effondré. Un drone de type Shahed est estimé entre 20 000 et 50 000 dollars (entre 17 000 et 43 000 euros), tandis que certains drones FPV ne coûtent que quelques centaines d’euros. À l’inverse, le coût de la défense reste extrêmement élevé. Intercepter ces menaces mobilise des systèmes avancés comme les batteries Patriot, dont chaque missile peut coûter entre 3 et 5 millions de dollars (entre 2,5 et 4,3 millions d’euros), ou des avions de chasse dont chaque heure de vol se chiffre en dizaines de milliers de dollars. »
A partir de 2023 Sebastien Lecornu, alors ministre des Armées, était amené à tenir compte de cette évolution technologique en passe de devenir une évolution stratégique d’ensemble. La loi de programmation militaire 2024-2030 voudrait relever d’une approche nouvelle des innovations de défense. Une de ses orientations est d’explorer les technologies innovantes très en amont pour déceler les applications qui intéresseraient les armées. Les technologies prioritaires qui ne peuvent plus être ignorées, sous peine de subir une surprise qui romprait l’ancien équilibre stratégique, sont soigneusement listées depuis 2023 dans le Document de référence de l’orientation de l’innovation de défense, publié par le ministère des Armées :
- Hypervélocité qui conjugue l’hypersonique et la manœuvrabilité (planeurs, missiles propulsés…)
- Armes à énergie dirigée (armes électromagnétiques et armes laser)
- Intelligence artificielle (lutte contre la désinformation et les influenceurs numériques par l’analyse d’anomalies, aide au développement informatique,)
- Systèmes autonomes (robotique associée aux capteurs embarqués et à l’IA ; autonomie décisionnelle pour des fonctions élémentaires présentées comme non létales)
- Spectre électromagnétique et guerre électronique (Utilisation de radiofréquences, brouillage, surveillance, renseignement…)
- Nouvelles technologies de l’énergie (drones à grande durée de mission avec batteries à haute densité d’énergie, générateurs thermiques à hydrogène, réseaux électriques intelligents, petits réacteurs…)
- Discrétion et furtivité (vis-à-vis des radars ou sonars, discrétion optique, matériaux absorbants…)
- Technologies quantiques (capteurs inertiels pour la navigation et la géolocalisation ; calcul quantique pour la cryptographie et la sécurisation des communications)
- Communications (voies alternatives pour échapper à la saturation et à la vulnérabilité des communications électromagnétiques)
Cette liste permet de mesurer l’ampleur du travail à accomplir pour identifier les PME qui sont, ou pourraient être, des acteurs français de l’industrie de la défense dans ces spécialités. Une cartographie de ces entreprises pourrait être utilement dressée par les organisations syndicales qui, comme la CGT, peinent à donner un contenu concret à leurs plans d’action « pour une industrie d’avenir correspondant aux besoins des générations futures ». Se pose ensuite la question de la prise de contrôle public de ces entreprises.
Si l’on constate à la lecture du vaste champ des innovations à mettre en œuvre que son périmètre s’étend bien au-delà des quelques grandes entreprises du Pôle public de la défense revendiqué par le PCF ou la CGT, on comprend aussi que la prétendue économie de guerre de Macron ne prévoit rien qui permette une planification du basculement technologique à réaliser. Le Bilan d’activité 2024 de l’Agence innovation défense du ministère des Armées présente un investissement de 117 M€ pour la recherche et la captation de l’innovation et 75 M€ pour l’innovation et les technologies transverses sur un total réalisé de 986,3 M€ qui par ailleurs comprend 330 M€ pour la dissuasion nucléaire dont nous considérons qu’il ne s’agit en rien d’un armement mais d’un moyen de destruction massive dont l’abandon est un objectif prioritaire.
De surcroît ces « investissements » sont le plus souvent des propositions de soutien financier sous différentes formes d’aides et de subventions. Il s’agit en fait de financements accordés à des entreprises privées dont le retour est peu conditionné par des mises en œuvre réelles. Par ailleurs la prise de contrôle par un secteur nationalisé de la défense est d’autant plus nécessaire que l’abandon au secteur privé des questions de sécurité sous-estime les opérations d’intrusion, concurrentes ou hostiles, qui ciblent les industries de la défense.
De l’Ukraine à l’Iran une nouvelle grammaire de la guerre est en train de s’écrire sous nos yeux et ce n’est pas en criant « guerre à la guerre » que nous nous protégerons des unités de robots et de leurs tirs autonomes générés par une IA. La période des guerres et des révolutions se poursuit sous des formes nouvelles. La politique militaire ouvrière, la chose au monde la moins numérisée, ne sera pas conduite par des algorithmes. Elle pose la question du pouvoir en fonction de données nouvelles que l’axe impérialiste incarné aujourd’hui par Trump et Poutine nous oblige à intégrer.
Luigi Milo 13/4/2026
Publié le 13.04.2026 à 07:54
C’est donc fait : Orban a perdu, et largement. Trump, Poutine, Vance, Netanyahou, Meloni, Bardella, Le Pen, Retailleau, Wauquiez, Zemmour, sont les battus de Budapest.
Derrière leur défaite il y a la résistance ukrainienne, le soulèvement de la jeunesse serbe, la défaite du référendum de Meloni, No Kings.
L’ampleur de la défaite, véritable mouvement de dignité nationale contre Poutine, a interdit un coup de force, auquel Vance et Poutine pensaient. Car Orban devenait le relais de la troisième intervention russe contre la Hongrie, après celles de 1848 et de 1956, et c’est bien un sursaut national et démocratique qui l’a battu.
Le système oligarchique d’Orban, forme non fortuite du capitalisme, ne va pas s’évaporer tout seul : ce n’est qu’un début. Les tentatives des Retailleau et autres Wauquiez d’effacer leur connexion avec Orban, et la promotion d’Edouard Philippe, vont ici aller bon train. Peter Magyar, en lui-même, est un autre national-conservateur, qui a voulu rester national alors que la logique du national-conservatisme conduisait à la vassalisation par la Russie. Mais la jeunesse qui déferle dans la rue, la société civile qui se mobilise et s’organise, eux sont l’avenir. Ce n’est qu’un début.
Mais un début qui veut dire que la fatalité fasciste 2.0, la fatalité de la néo réaction, n’existe pas.
En France non plus, où l’affrontement social et démocratique peut, doit, va, reprendre.
Publié le 13.04.2026 à 00:13
Military policy, the question of power, the fight against the far right and Europe.
English version of the introductory report presented by Vincent Presumey during the videoconference on April 7, 2026.
Follow-up to the meeting and discussion of April 7, 2026, on « military issues. »
With around thirty participants, including several activists responsible for or representing the Fourth International, the RESU (ENSU – European Network for Solidarity with Ukraine), trade unionists, anarchists, and comrades located not only in France but also in Belgium, the United States, Ukraine, and Russia, we held a very productive meeting on April 7. Unfortunately, the recording cannot be shared due to a technical glitch with the video conferencing system.
Following the discussion, we proposed organizing a meeting on May 1 to establish a unified « Forum » addressing this topic. We will provide more details shortly.
That said, this meeting and debate on April 7th, which was of great interest, primarily motivated comrades who were trained and informed on these issues. Our local and union contacts seemed hesitant to engage in such discussions, due to the pressure exerted and ingrained habits that simply silence any expression on this subject, despite its central and urgent nature.
For Aplutsoc, the military issue, while requiring specific consideration, is not a separate domain from the political stakes of the class struggle: for us, it arises in relation to the fight against the far right and the union of the rights in Europe, as a direct expression of the Trump/Putin axis, and therefore in relation to the question of power and unity in order to win in France.
We will therefore continue along these lines. To begin, we are publishing below the notes that served as the basis for the introductory report presented on April 7th.
To introduce “military questions” from the current revolutionary perspective.
1) Seize the present moment.
The Trump-Netanyahu war in Iran
a) is not a repeat of the old Gulf Wars of 1991 and 2003,
b) is not directed against the mullahs’ regime but is a continuation of the January 2026 repression, a terrible repression whose scale is comparable to that of the Paris Commune,
c) and falls within the framework of imperialist multipolarity, combining coexistence and rivalry, with the United States extending a hand to Russia, which, along with China, simultaneously stands behind Iran.
However, this Trump-Netanyahu war is failing. These notes were written on the day Trump threatened to “destroy a civilization,” and therefore the day before his retreat, effectively conceding control of the Strait of Hormuz to Iran.
It is failing on all fronts, not in the sense that the Iranian regime or some other “axis of resistance” is gaining a military advantage, but in the sense that, conceived as the epicenter of Trump’s internal/external escalation (ICE, Greenland, etc.), it is bringing the crisis of US presidential power to a fever pitch. This power is immediately confronted with the dilemma of rapid collapse or an authoritarian coup (with J.D. Vance’s provisional solution).
In recent days, we have witnessed Trump’s delusional pronouncements, the leaks, the dismissal of Pam Bondi and Kristi Noem, the purge in the military (affecting the Chief of Staff of the Army, the Chief of Training and Technological Development, and the Chief Chaplain!), and so on.
This fiasco could also lead to a further escalation, dubbed « hellfire »—a nuclear strike?—to reignite the shock. This would be a far worse repeat of the initial « successful blow » (Khamenei’s death), what war historians call a « catastrophic success » of the Pearl Harbor type for Japan. But the catastrophe for Japan came four years later, and here it would be a matter of days, even hours, not to mention minutes… Note: since April 8, this possibility seems to have been temporarily ruled out.
If you want to see what prevents us from truly grasping the present moment, then look at the Porto Alegre conference declaration: generalities conflating imperialism, capitalism, fascism, and neo-liberalism, in a worldview identical to that of the temporary imperialist unipolarity of the first Gulf War (1991), clinging to the almost singular American imperialism, without even grasping the specificity of the Trump moment, and implicitly conflating democracy and capitalism, and therefore fascism.
Such theoretical, moral, and intellectual disarmament leads directly, at best, to defeat, at worst, to rapprochements with certain contemporary forms of fascism!
2) Fascism?
We have generally rejected sociological discourses on “ambient,” or creeping, fascism, or the “fascization of society.” The question of fascism should not be posed in general terms or in relation to all of society, but rather in the context of the global political situation and the present moment.
Therefore, it is now necessary to characterize as “fascism” the orientation of imperialist/oligarchic capital, which, moreover, openly refers to historical fascism and Nazism: see the Nazi salutes of Musk, Bannon, etc., but which are not repetitions! These salutes mean: we embrace this legacy, but we will do it bigger, faster, stronger!
The greatest difficulty for contemporary Fascism 2.0 is to indoctrinate large masses: it is first and foremost oligarchic—Silicon Valley! —and state-based—in this respect, Putin is the model.
Certain religious mass bases (Islamism and Evangelicalism in particular) provide him with his largest reservoirs of popular support, and Trumpism, like Bolsonaroism, carries this danger. However, large-scale mass mobilizations of a national-democratic character in the United States are, by far, the No Kings movement, which is a central factor in the global balance of power between classes.
ICE has recruited the equivalent of fascist militias, but the MAGA crisis, which reflects and amplifies the crisis of the US presidential institution, is seeing the development of a MAGA wing that is at odds with Trump, anti-Semitic, pacifist abroad (isolationist), and increasingly less under control.
If we are dealing with 21st-century fascism in its various forms, primarily those of Trump and Putin, but also Netanyahu, Khamenei and his successors, Milei, and potentially Xi and Modi—that’s quite a lot! – So that means we’re going to have to fight, in the military sense of the term.
Not only does « the left » not realize this, but it also doesn’t realize that it began in Ukraine on a mass scale in 2022 (and had been brewing since 2014)!
The question of an anti-fascist people’s war is an immediate issue and one that will grow.
We have the national-democratic war of the Ukrainians, which also clashes with the pro-bosses policies of their government. The contradiction is that the same person, Zelensky, is both the national leader and the head of this government that is sabotaging the people’s war, and this contradiction is concentrated within the national army.
This was evident in Syria, but the hijacking of the uprising that toppled Bashar al-Assad by HTS has since developed its brutal counter-revolutionary effects.
This certainly applies to Myanmar, which warrants further study, as well as to Sudan, where the two military factions have dispossessed the unarmed masses of their struggle.
The tragedy of the Palestinians, paving the way for their genocidal destruction, is that the national-democratic people’s war should and could be theirs, but it has been confiscated by Hamas and the « axis of resistance, » compounded by the corruption and paralysis of Fatah, and further guaranteed by the slow assassination in prison of Marwan Barghouti. Hamas and the « axis of resistance » are not the representatives, but rather those who prohibit popular self-defense. This is done with the de facto political support of the predominantly pro-Palestinian and anti-Zionist movement » worldwide, a movement that has thus contributed to the deadly defeats of the Palestinian people. Here we have – alas – the antithesis of a true people’s war, the kind of war that the Ukrainian people have begun to design.
3) Inflected by fascism 2.0, the global class struggle makes Europe a central battleground.
The European continent, with Ukraine and Palestine forming its gateways, is targeted by Trump and Putin for two reasons:
a) Capitalism in crisis must destroy the democratic and social achievements of which this continent is historically the heartland (due to its having been the cradle of capitalism),
b) European imperialisms (including Canada, Japan, and Australia) must be brought to heel.
These two objectives are distinct and, for us, must be clearly differentiated: we are not defending the French overseas territories, nor the institutions of the European Union and the Eurozone, but we are indeed defending Europe.
For Trump and Putin, the European question is central, and this is reflected in the « anti-European » rhetoric of many groups, and in the theory that the primary cause of war is European militarism, which is false.
This does not mean that militarism does not exist, particularly among European powers (France, the United Kingdom, and Germany), rather than being purely « European, » but rather that the main threat of war, combined with the threat of the far right and the alliance of right-wing parties, is being waged against Europe and within it by American and Russian imperialism.
It is therefore crucial to understand, when examining the question of « war » in the world today, that while there is certainly no threat of « war » as an abstract and malevolent fetish, in the sense often used by pacifists, there is rather a plurality of concrete wars, each requiring concrete examination and specific stances—but this is not simply an incoherent list of scattered wars. Currently, wars are organized along an axis in which American and Russian imperialism, amplified by the far right, threaten Europe politically, economically, culturally, and militarily.
For social movements in Europe and America, this question is therefore central. Furthermore, if the Trump/Putin axis, whose orientations are best expressed in the speeches of J.D. Vance, were to succeed in crushing Europe, then the risk of world war, undoubtedly between the United States and China, would come to the fore: a global inter-imperialist war, with its terrifying destructive potential, requires certain conditions, which essentially consist of proletarian and democratic defeats. And this again brings us back to Europe, not through Eurocentrism, but through an understanding of real global dynamics. And this has become rapidly clear since the beginning of 2026.
First, the breakup of Greenland has placed the prospect of war between European imperialisms and the United States on the horizon, while Russian imperialism continues its war against Ukraine, its « hybrid » war against the continent, and its threats to the Baltic Sea, combined with those of Trump (with Denmark caught in the middle!).
Secondly, the war against Iran does not reduce the rift between the United States and Europe but widens it: the French government, following the Spanish example, is now quick to claim that this war is not its own.
European capitalist/imperialist governments are bewildered and are not resolutely confronting this situation, even though they are being pressured to do so.
Therefore, NATO, as a US-led alliance, is virtually nonexistent: Macron, Starmer, and Merz know this but refuse to acknowledge it. For them, facing the question of NATO head-on would mean considering expelling the United States (and integrating Ukraine), thus transforming it into something entirely different. They are incapable of doing so and do not want to, but it is worth noting that they are aided in this by the repetition of the old left-wing slogan denouncing their « Atlanticism » and calling only for « leaving NATO, » while refusing to engage with these real contradictions of the present moment.
A valuable point in LM’s article, « For a Workers’ Military Policy« , is that it emphasizes that, contrary to what Macron and the « pacifist left » would have us believe, there is no war economy in France, nor a war budget. There is, however, a capitalist economy and budget to satisfy the industrial and financial arms trusts and their export projects, historically symbolized by the Rafale fighter jet: this is not the same thing. The workers’ military policy we advocate opposes this kind of militarism. Thus, spending is directed not toward popular self-defense and its means, including offensive ones—everyone talks about drones, but only the Ukrainians, the Ukrainian people, manufacture them en masse!—but toward nuclear weapons, which are not weapons, but pure forces of global destruction.
The fight against Macron, Merz, Starmer, as well as against Meloni, and the criticism of Sanchez, cannot therefore consist of accusing them of being European warmongers and Atlanticists pushing for world war. This discourse, echoed in the workers’ movement by Stalinism and its supposedly « Trotskyist » agencies like the POI, and feeding on the peaceful sentiments of the masses, is that of a sacred union directed towards Putin and Trump.
On the contrary, the subjugation of Europe means the far right or the union of the right in power, with France and the French Fifth Republic as the key country.
Blocking the National Rally and the union of the right is a prerequisite for the popular defense of Europe against Trump and Putin. And conversely: this means that pacifist and anti-European rhetoric is a direct obstacle, on the national stage, to achieving unity and victory against the National Rally and the alliance of the right, and against Macron and the Fifth Republic.
Furthermore, the policy of subjugating Europe, shared by Trump and Putin, allows Trump and the United States to pursue their policy of total subjugation of the Americas, which entails bringing Brazil, Mexico, and Canada to heel (the latter being directly threatened with secession by Alberta and military encirclement by Greenland).
The direction of the Porto Alegre conference, which completely ignores the question of Europe—which, in the eyes of the campists, must forever remain an appendage of Washington—is therefore directly counterproductive from a Latin American perspective. This situation inevitably leads to contradictions, particularly in Brazil, within the government and the Workers’ Party (PT): initially oriented towards Putin and the BRICS, Lula is being driven by the intense pressure from Trump, especially since the latter’s intervention in Venezuela, to orient « multipolarity » also, or even primarily, towards Europe (he even places the Mercosur/EU trade agreements within this framework).
To conclude this point: the defense of Europe—not of its governments, nor of EU institutions, but rather of the European peoples and the continent’s social, democratic, and cultural achievements—must be at the heart of any serious internationalist revolutionary movement.
This leads to a large-scale discussion of the means of its military defense, coupled with the imposition of unity to win, to immediately oust Meloni and Orban, and to force unity in France to block the National Rally and the alliance of the right wing from coming to power, thereby initiating the democratic dismantling of the Fifth Republic.
The two aspects—military preparation and unity to win—are linked, and it is through this connection that the military question can be popularized, because, linked to the fight for unity, it addresses the needs of the masses.
4) On purely military matters
Regarding weaponry, we must move beyond the pacifist/“job protection and public sector” dichotomy typical of the [French] CGT (General Confederation of Labour), and demand the expropriation, under social control, of arms trusts to massively redirect their production towards anti-drone drones and portable directional anti-drone jammers, machine guns and mobile anti-drone firing platforms, light personal weapons and body armor, nuclear-biological-chemical (NBC) protective masks and suits, light transport vehicles and infantry fighting vehicles (IFVs)…
Regarding mobilization, neither the pseudo-voluntary conscription launched by Macron, nor the SNU (National Universal Service) conceived in terms of bringing youth to heel, should be supported: we must get rid of them and move towards the massive association of the population, through democratic and trade union structures, with an army that merges with the social body. In public education, this implies, on the one hand, rejecting outdated forms of regimentation and militarism, and on the other hand, organizing, at the end of high school, an open, co-educational military training program, integrated with the teaching and discussion of military history and the humanities, in a pluralistic, democratic, and humanistic manner. What needs to be defined is therefore neither an isolated professional army nor a new, outdated universal military service, but a new army, as Jaurès put it, democratically integrated with the entire social body.
Nuclear “deterrence” is not part of democratic and working-class military policy. Its use would be counterproductive and dangerous for the state employing it. Its cost is enormous and lies at the heart of the imperialist financial economy. These funds must be used for genuine social and popular self-defense. The existence of nuclear stockpiles, which—like nuclear power plants—cannot be instantly eliminated, is neither aid to peoples directly threatened by Trump and Putin, nor an effective means of defense and counterattack; at most, the question of « tactical » nuclear weapons (quotation marks are necessary) is debatable in relation to nuclear bases and missiles identified as such. It is therefore necessary to halt the increase in nuclear spending and to open up the management of existing stockpiles to democratic debate.
Note: the three points above are not a take-it-or-leave-it « program, » but rather open avenues for discussion. This discussion, in itself, and its promotion, are a means of moving forward.
5) In conclusion
Let us be cautiously optimistic. The general public, as seen in the United States with the No Kings movement and with the mobilizations of Gen Z worldwide, grasps the issues discussed here empirically and intuitively far better than the activist groups subjected to an ideological conditioning by which the dead seize the living. They are peaceful in the sense that they prefer peace, and rightly so, but consequently they despise oppressive victors and global dictatorial buffoons. The photo illustrating this article shows the most popular sign in the United States recently: « No Kings, No ICE, No War. » There is no contradiction here: the fight against the oligarchy, the dictatorship, ICE, and Trump’s wars is the foundation of any real preparation for the social and civil wars that are coming and will emerge within, through, from, and against the current wars.
The true tradition of revolutionary socialism regarding war and the military is not pacifist, but entirely pragmatic: the transformation of imperialist war into civil war is the quintessential expression of this pragmatism. Depending on the war, one must be belligerent, defensive, pacifist, or defeatist, but with a common thread: we want power, therefore we want weapons!
The activist who plays the « full-throttle class struggle » card while forbidding war and therefore weapons is, by definition, a revolutionary without a revolution.
There is a global unity of class struggle and the coming war, without precise borders. Preparation for war begins with unity to block the path of the National Rally, even if many activists don’t understand this. Let us hasten, calmly, to foster understanding.
Publié le 12.04.2026 à 23:17
1er Mai : un affront qui ne passe pas !
Ce vendredi 10 avril était organisé près de l’Assemblée nationale un rassemblement intersyndical à l’occasion de l’examen, qui a tourné court, de la mal nommée » proposition de loi visant à permettre aux salariés de certaines établissements et services de travaille le 1er mai « .
Après une première tentative des Républicains en janvier dernier qui a fait pschitt, c’est Gabriel Attal et le groupe Renaissance qui étaient à la manœuvre et qui, pour arriver à leur fin, ont usé à nouveau du même détournement de procédure parlementaire que lors du débat sur la loi Duplomb : faire voter une motion de rejet sur leur propre texte, ce qui a été fait avec 120 voix pour et 105 contre.
L’union des droites pour avoir le scalp du 1er Mai
Le but ? Que la loi s’applique dès le 1er Mai prochain et le plus largement possible : en effet, le projet de décret, soumis aux syndicats, va bien au-delà des seules boulangeries et fleuristes, soi-disant sous le coup d’une insécurité juridique alors que les artisans qui les possèdent peuvent déjà travailler ce jour-là, pour englober les commerces de bouche et la grande distribution.
Une provocation qui ne peut rester sans lendemain
Dépôt d’une motion de censure du groupe communiste à laquelle les autres groupes de gauche se rallient, signature d’une pétition et nouveau courrier intersyndical ce dimanche au Premier Ministre pour lui demander d’ajourner la Commission Mixte Paritaire, prévue mardi prochain, qui ouvrirait la voie à l’adoption rapide du texte, le Sénat lui étant favorable : face à cette levée de boucliers, Lecornu est obligé de temporiser et le Ministre du Travail doit réunir demain soir les syndicats afin de « travailler avec eux à un périmètre très précis des commerces concernés ».
Un peu d’audace d’ici là, Mesdames et Messieurs les dirigeant-es syndicaux ! Il ne manque plus qu’un appel à la grève pour le 1er mai prochain pour les obliger à retirer cette mesure d’autant que c’est le même ministre qui veut serrer la bride sur les arrêts maladie sur fond de propositions démagogiques du patronat lors de la négociation sur les CDD, qui a fort heureusement tourné court.
L’issue de cette bataille politico-sociale, qui montre que l’unité des forces qui représentent notre camp ne peut être négligée, sera scrutée de près.
LD, le 12 avril 2026.
Publié le 12.04.2026 à 17:30
Communiqué intersyndical – Russie : soutien à la rédaction de Novaia Gazeta.
Le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le SGJ-FO, organisations syndicales représentatives des journalistes en France, condamnent avec force les pressions, entraves et arrestations subies par nos consœurs et confrères du média russe Novaia Gazeta.
Ce jeudi 9 avril, à Moscou, les locaux de ce journal indépendant ont été perquisitionnés pendant près de treize heures. Plusieurs reporters se sont vus confisquer leur matériel professionnel. Le même jour, un de leurs collègues, Oleg Roldouguine, a été arrêté chez lui puis emprisonné. Il doit être jugé pour « utilisation et conservation illégale de données à caractère personnel ».
Actif depuis plus de trente ans, Novaia Gazeta est depuis trop longtemps victime d’entraves, d’intimidations et d’agressions. Depuis 2000, plusieurs de ses journalistes, dont la reporter Anna Politkovskaïa, ont été assassinés. D’autres ont été victimes de nombreuses procédures judiciaires infondées et arbitraires. La rédaction, qui a toujours conservé des bureaux en Russie, a vu une grande partie de ses journalistes partir travailler dans d’autres pays européens. En 2021, Dimitri Mouratov, fondateur du journal, a reçu le prix Nobel de la paix.
En 2022, peu après l’attaque de l’Ukraine par la Russie, la licence de publication de Novaia Gazeta été révoquée. Les années suivantes, plusieurs de ses journalistes, dont Mouratov, ont été placés sur la liste des « agents de l’étranger » par le régime de Vladimir Poutine. L’opération policière de jeudi est une nouvelle tentative de faire taire définitivement ce média, un des derniers à tenter d’informer librement dans son pays.
De passage à Paris ce jeudi 9 avril, dans le cadre d’une conférence, Dimitri Mouratov a dénoncé cette attaque contre son journal, estimant que « la presse indépendante est persécutée et en voie de disparition en Russie, et doit compter en grande partie sur le travail remarquable de nombreux journalistes en exil ».
Le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le SGJ-FO réaffirment leur soutien aux travailleurs des médias russes qui tentent, dans leur pays ou ailleurs, d’exercer au mieux leur mission d’information. Nous appelons à la libération immédiate d’Oleg Roldouguine et des journalistes qui sont emprisonnés en Russie pour n’avoir fait que leur métier.
Nos organisations exhortent une nouvelle fois les autorités françaises et européennes à renforcer l’aide à celles et ceux qui risquent leur vie pour défendre la liberté de la presse en Russie.
Paris, le 12 avril 2026.
Source : https://snj.fr/russie-soutien-la-redaction-de-novaia-gazeta/2620
Publié le 12.04.2026 à 16:39
Hongrie : quelques rappels historiques avant la clôture du scrutin.
Comprendre la place de la Hongrie dans la lutte des classes en Europe, et donc dans les relations internationales.
Dans la texture européenne, la Hongrie a d’abord été un important royaume médiéval issu de la christianisation des Magyars, population venue de l’actuelle Russie du Nord, apparentée, plutôt qu’aux turco-mongols comme veut, paraît-il, le faire croire Orban, aux Finnois et aux peuples ouraliens. Ce royaume dit de saint Étienne fut ensuite en partie incorporé dans l’empire Ottoman et en partie associé au Saint Empire via la famille Habsbourg, et finalement placé sous la domination austro-habsbourgeoise. La période révolutionnaire lancée par le 1789 français en fait un nœud des questions nationales européennes, avec d’une part l’aspiration à l’indépendance magyare ou hongroise, d’autre part l’arrivée sur la scène de l’histoire des peuples slaves du Sud et des Roumains, peuples soi-disant « sans histoire » (selon Hegel et aussi selon Engels), bientôt suivis des Ruthènes (Ukrainiens), Slovaques, Juifs et Roms.
Au moment des révolutions de 1848, à part l’impasse faite sur les peuples soi-disant sans histoire (où ils comptaient même les Tchèques), Marx et Engels envisageaient la révolution européenne comme un processus permanent combinant révolution prolétarienne et démocratique en Angleterre et en France, révolutions nationales unitaires en Allemagne et en Italie, et guerres d’indépendances polonaise et hongroise menées par ces « noblesses au grand cœur » qui posaient alors au titre de représentantes nationales-démocratiques des Hongrois et des Polonais contre les Empires, et qui devaient servir de fers de lance et de boucliers européens contre la contre-révolution portée par la Russie des tsars.
Et c’est bien la Russie du tsar Nicolas 1° qui a mené la contre-révolution en Hongrie, première intervention militaire contre-révolutionnaire russe contre la nation magyare, intervention qui fut aidée des Croates, des Slovènes et des Roumains, qui craignaient, eux, une nouvelle domination impériale hongroise.
La noblesse hongroise magyare passa ensuite le compromis austro-hongrois, conséquence de la défaite autrichienne devant la petite Allemagne unifiée par la Prusse (1866). Dès lors, les aspirations nationales magyares ne pouvaient plus être portées ni par cette noblesse, ni par une bourgeoisie en formation largement liée à l’intelligentsia juive de Budapest et de Vienne, si créatrice sur le plan intellectuel et scientifique, bourgeoisie dont le champ d’action était austro-hongrois.
Ce rapide rappel de l’histoire longue était ici nécessaire, car il aide à comprendre l’importance de la révolution prolétarienne en Hongrie durant le premier vingtième siècle, dans l’histoire européenne, puis son effacement dans la seconde partie du siècle.
C’est en effet l’effondrement de l’empire austro-hongrois sous les coups combinés des armées alliées, des mouvements nationaux et des conseils d’ouvriers et de soldats, qui créé en 1919 en Hongrie une situation inédite qui voit l’aile libérale-démocratique de la vieille « noblesse au grand cœur » se suicider, littéralement, lorsque, confronté au dépeçage du pays par le traité de Versailles, qui laissait en dehors de la Hongrie des groupes magyars désormais minoritaires en Roumanie, en Yougoslavie, et en Tchécoslovaquie, le comte Karolyi, premier ministre, démissionne en laissant les pleins pouvoirs à une social-démocratie en pleine crise dont les masses se tournent vers le communisme, portant, de la prison au pouvoir, du 23 mars au 1° août 1919, un gouvernement communistes/social-démocrates dit de « dictature du prolétariat » dirigé par Béla Kun.
Ce court épisode est l’un des plus obscurcis de l’histoire européenne du XX° siècle. Sans développer cela ici, disons clairement qu’il n’y eut pas de « dictature du prolétariat » en Hongrie (alors que la Russie, mais aussi l’Ukraine et la Finlande, sous des formes différentes, en avaient connu fin 1918 début 1919) car l’appareil d’État fut pour l’essentiel laissé en place, sous des phrases gauchisantes qui couvrirent aussi le maintien des grandes propriétés que les paysans auraient voulu partager. L’effondrement du gouvernement ouvrier hongrois devant les troupes franco-roumaines offrit le pouvoir à la dictature militariste et antisémite du régent Horthy, orphelin de la grande Hongrie monarchique et impériale, défunte.
Ce régime à son tour s’effondra en 1943, au profit des vassaux des nazis entreprenant le génocide des Juifs et des Tsiganes, puis dans la conquête-occupation du pays par l’armée rouge en 1944, avec ses viols de masse, étouffant la renaissance nationale et l’auto-organisation populaire qui apparurent pourtant, en 1945.
Mais bien des forces devaient être contenues dans les « organisations de masse » du PC hongrois encadrant toute la société, qui échappèrent à tout contrôle d’en haut, à la faveur de la crise du bloc soviétique consécutive à la mort de Staline, début octobre 1956. C’est alors que la révolution hongroise surgit vraiment comme un grand fait, central, du XX° siècle. Une nouvelle équipe de survivants des purges staliniennes, autour de Imre Nagy, fut portée au pouvoir et tenta de mettre en œuvre un programme démocratique et national visant à sortir du bloc « soviétique ».
Elle agissait sous la pression immense et la surveillance des conseils ouvriers, les soviets hongrois, qui contrôlaient Budapest et les autres villes du pays, et qui, prenant les armes contre l’intervention militaire russe, furent le seul pouvoir effectif pendant quelques semaines.
Ce fut donc une révolution soviétique, au vrai sens du mot, et en même temps et par cela même une révolution radicalement démocratique, qui explosa soudain en Hongrie, ébranlant toute l’Europe centrale, dans laquelle les minorités hongroises pouvaient devenir des foyers de contagion, et menaçant de se combiner au mouvement polonais des conseils ouvriers, qui apparurent aussi dans les entreprises, mais sans prendre ici le pouvoir ni les armes.
La révolution hongroise des conseils ouvriers fut un fait majeur qui suscita d’ailleurs des contributions importantes sur sa nature et la nature de ce que pourrait être une véritable démocratie ou une véritable « dictature du prolétariat », car elle portait, sous la forme des conseils élus par les assemblées générales en armes dans les entreprises, une exigence de libération nationale et d’élections d’assemblées constituante dans toute l’Europe centrale et orientale, voire au-delà.
Les réflexions qu’elle a suscitées méritent donc une étude approfondie : Hanna Arendt, refusant leur dimension économique, a vu dans les conseils ouvriers la forme contemporaine de l’ecclésia athénienne, Cornelius Castoriadis en a été aiguillé sur la question de l’invention des formes démocratiques, Pierre Broué a insisté sur le caractère classiquement prolétarien et soviétique du phénomène, François Fejtö sur sa dimension démocratique et nationale, Peter Fryer et Balasz Nagy dit Michel Varga – fils de cette révolution devenu trotskyste en exil, mais probablement mal à l’aise dans cette enveloppe – en ont esquissé des amorces de synthèses entre ces dimensions prolétariennes et démocratiques, qui dessinaient, on peut le dire maintenant, ce dont nous avons besoin au XXI° siècle …
Mais dans l’immédiat, la seconde intervention contre-révolutionnaire russe contre la Hongrie scella sous la tombe de dizaines de milliers de jeunes prolétaires combattants, et la pendaison d’Imre Nagy, Pal Maleter, Josef Szilagyi, Miklos Gimes, Géza Lozoncsy (ce dernier assassiné dans sa geôle où il menait une grève de la faim), le 27 juin 1958, l’histoire passée des révolutions hongroises.
Avec l’intervention d’août 1968 contre le Printemps de Prague tchécoslovaque, ce fut en effet un tournant majeur, dont les conséquences de long terme sont parvenues à étouffer à ce jour la révolution prolétarienne et démocratique hongroise.
Car le régime « communiste » hongrois, fils de cette répression, put ensuite être surnommé le « communisme du goulash » : il était censé, au fil des années, être le régime d’Europe de l’Est qui était allé, après la Yougoslavie mais mieux qu’elle pour l’ouverture aux capitaux allemands, le plus loin dans la tolérance de formes de propriété privée, de commerce semi-libre, et surtout de circulation des capitaux et de formations de joint-ventures.
Lors de la transformation « gorbatchévienne » de l’URSS et de l’Europe centrale à la fin des années 1980, la Hongrie, pourtant un petit pays, était celui qui attirait la plus grande part de capitaux occidentaux, notamment allemands. En fait, elle était elle-même un relais, entre Europe occidentale et États-Unis d’un côté, URSS puis Russie d’Eltsine, de l’autre côté.
Avec l’onde longue des effets répressifs, dissuasifs et refoulant de la défaite de 1956, qui ne fut pas seulement la défaite de la révolution anti-stalinienne en Europe centrale mais, du point de vue historique magyar, la fin du cycle des révolutions nationales-démocratiques puis aussi prolétariennes inauguré en 1848, nous avons là un ressort essentiel pour comprendre la place prise ensuite par la Hongrie dans le cadre européen, et la place prise par Victor Orban.
Timothy Snyder, l’historien démocratique polonais, a récemment insisté sur le rôle apparemment disproportionné que joue Orban comme parrain de Trump et de Vance, soulignant le rôle de relais du capital oligarchique russe et chinois qui est devenu, au cœur de l’Europe, celui de la Hongrie de Orban.
Ceci est exact, mais incomplet, et du coup partiellement inexpliqué. La Hongrie réprimée après 1956 est devenue le terrain du « communisme réformé » qui fut le relais de l’ouverture de tout le bloc soviétique aux capitaux occidentaux, et le rôle d’interface repris ensuite par Orban avec la Russie puis même la Chine s’inscrit en fait dans cette dynamique initiale là.
Cette place spécifique a fait de la Hongrie, lors de la crise révolutionnaire de l’Europe centrale et orientale en 1989-1991, un foyer de stabilité visant à donner son modèle et à assurer partout une « transition pacifique » préservant l’ancienne bureaucratie et sa reconversion.
L’espoir populaire était alors celui d’une démocratie vivante, intégrée à la construction européenne associant Est et Ouest, avec l’idée d’une concurrence libre et non faussée, comme le dira bientôt le traité de Maastricht instaurant l’Union européenne (UE), avec une société civile dynamique qui ne devait pas être gênée, mais qui, au contraire, devait marcher de pair, avec le libéralisme économique.
Cet espoir allait, il devait inévitablement être déçu : les dynamiques de la démocratie et les dynamiques du capitalisme ne sont pas les mêmes.
Une des forces politiques alors porteuse de cet espoir était l’Alliance des Démocrates Libres, un mouvement important dans la jeunesse, qui prenait alors des contacts avec les partis libéraux, sociaux-démocrates, écologistes, voire de « gauche radicale », à l’Ouest, et qui, en Hongrie, s’était opposé – victorieusement – à l’instauration d’un régime présidentiel au sortir du pouvoir du PC comme parti unique.
L’un des jeunes dirigeants de ce mouvement, Victor Orban, qui fut, comme les autres de la même équipe, d’abord coaché par Georges Soros, le célèbre financier libéral d’origine juive magyare, opéra en quelques années un virage sur la droite de celui-ci, et en prit le contrôle en 1993 : le Fidesz se positionnait alors, définitivement, en adversaire du capitalisme dit libéral, et en partisan du seul capitalisme viable dans ce pays, un capitalisme « national » selon les termes d’Orban, en fait oligarchique, népotique, clanique et mafieux.
Mais la dénonciation populiste de la corruption et, en même temps, des élites post-communistes et des élites européennes, germanisantes, bruxelloises et « mondialiste », résonna avec le mécontentement populaire, y compris le mécontentement démocratique, dès la fin des années 1990 quand Bruxelles et Francfort faisaient attendre les peuples de l’Est désireux d’entrer dans l’UE, tout en profitant des différentiels de salaires de manière éhontée.
Or, le capitalisme oligarchique et mafieux d’Orban, qui va effectivement instituer son petit pays en joint-venture servant d’interface entre finance interlope allemande et américaine, d’une part, russe et chinoise, d’autre part, s’il s’est développé en produisant un discours « anti-européen » pour gagner les masses mécontentes et déçues, ne s’est pas développé en contradiction avec les institutions de l’UE, mais bien en symbiose avec elles, et les subventions européennes ont joué un rôle clef dans le clientélisme oligarchique d’Orban !
A propos d’interfaces et d’agents de liaison : dans la transformation politique d’Orban et d’une partie des jeunes du Fidesz, nous avons dès le début, dans les années 1990, le personnage de Semion Moïesevitch, le « parrain des parrains » parmi les oligarques russes, parrain de la mafia russe qui finance la mafia immobilière de la côte Nord-Est des États-Unis, c’est-à-dire Donald Trump, depuis 1987, et parrain financier des entreprises mafieuses allant des chantiers portuaires à la cocaïne, qui se tissent à partir de Saint-Pétersbourg et de son maire adjoint et véritable homme fort, Vladimir Poutine, dans ces mêmes années 1990.
Or, S. Moïesevitch, recherché par Interpol, est alors, le plus souvent, basé en Hongrie, où il occupe une place dominante dans le secteur des technologies informatiques et des technologies de l’armement. Parions que son parrainage est bien présent derrière le glissement à droite d’Orban et du Fidesz !
La place politico-économique spécifique d’Orban explique à son tour, chez ce cynique dépourvu de tout principe et de toute conviction, son très grand rôle idéologique en tant que concepteur de l’ « illibéralisme » (comme le mot « totalitarisme » est, dit-on, de Mussolini, le mot « illibéralisme » est, dit-on, d’Orban), ou « démocratie illibérale » : le peuple se constitue en soutenant un chef contre les élites (ce qui doit rappeler quelque chose aux « populistes de gauche », non, camarades insoumis ?), et en affirmant son identité, qui est, ici, la soi-disant identité « traditionnelle » raciste et antisémite, à laquelle sont désignées des figures ennemies : les LGBT, les musulmans, et les « mondialistes de Georges Soros » c’est-à-dire les juifs.
La figure du juif détesté, après Soros, est de plus en plus, dans l’imagerie d’Orban, Zelenski. La vassalisation croissante de son régime envers celui de Poutine, depuis 2024, est devenue son talon d’Achille, cause profonde d’une crise de son parti, dont la cause immédiate fut la couverture de crimes sexuels commis dans des foyers religieux d’enfants au bénéfice d’amis du régime. La scission du mouvement Tisza, porté par une vague populaire, provient de cette crise et, dans des élections démocratiques ouvertes, elle conduirait sans aucun doute à la chute d’Orban, qui serait un évènement européen majeur. Si toutefois il y a encore dans la Hongrie d’Orban des élections dont les résultats ne sont pas courus d’avance, alors qu’il n’y en a plus chez Poutine, et que Trump aimerait bien en faire autant…
Orban est donc bien, mais dans le cadre historique large et avec les données économiques indiquées ici, le parrain idéologique des « nouvelles » extrêmes droites européennes et de MAGA aux États-Unis, jouant ainsi un rôle symbolique totalement disproportionné par rapport à sa puissance matérielle réelle, ce qui confère une immense importance aux élections de ce dimanche : se maintiendra-t-il, perdra-t-il, ou prétendra-t-il avoir gagné alors qu’il aura perdu ?
Vincent Présumey, le 11 avril 2026, veille des élections hongroises.