pour la lutte sociale
BLOG COLLECTIF - L.N Chantereau, Olivier Delbeke, Robert Duguet, Alexis Mayet, Luigi Milo, Vincent Presumey ...
Publié le 01.03.2026 à 19:56
aplutsoc
Publié le 28.02.2026 à 11:56
aplutsoc
Publié le 01.03.2026 à 19:56
L’assassinat d’Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs hauts responsables des Gardiens de la révolution et du régime, constitue un événement exceptionnel dans la trajectoire actuelle de l’Iran. C’est un coup fatal porté au cœur de la machine répressive et à l’épine dorsale de la République islamique. Pour des millions d’Iraniens, la mort d’un homme qui, pendant des décennies, a symbolisé le massacre, l’oppression, la pauvreté, le militarisme et la loi du plus fort a provoqué un soulagement immense, mêlant une rage longtemps contenue à une immense libération. La présence populaire dans les rues et la réaction sociale générale témoignent de la profondeur de la haine accumulée au sein de la société par des années de crimes et de massacres.
Il ne s’agit pas de se réjouir de la guerre. Il ne s’agit pas de se réjouir des bombardements ni du meurtre d’enfants. Il ne s’agit pas de se réjouir d’une intervention étrangère. Il s’agit du soulagement amer de voir apparaître des fissures dans un monstre qui, il y a à peine deux mois, à Dey, a plongé le pays dans un bain de sang, abattant et massacrant des dizaines de milliers de personnes et plongeant la société dans un océan de chagrin et de colère. Les personnes qui respirent aujourd’hui sont les mêmes qui, hier, étaient battues, abattues et jetées en prison.
Pourtant, nous devons affirmer clairement la réalité : ce coup porté au sommet de l’État s’inscrit dans le cadre d’une guerre lancée d’en haut et contre la volonté du peuple. Une guerre qui menace des vies, transforme les villes en zones de mort et cherche à paralyser la société par la peur et la ruine. Les États-Unis et Israël ont joué un rôle direct par leurs attaques militaires et doivent être condamnés sans réserve. Aucun récit de « sauvetage » ni aucune justification « défensive » ne saurait blanchir le massacre de civils.
Parallèlement, il faut l’affirmer clairement : la République islamique et les Gardiens de la révolution ne sont pas les victimes de cette guerre, mais bien parmi ses principaux instigateurs. Un État qui, pendant des années, a instrumentalisé la société pour ses projets militaires et nucléaires en paie aujourd’hui le prix par un effondrement interne. La mort de Khamenei ne signifie pas la fin de la crise, mais elle démontre sans équivoque que ce système est désormais incapable de reproduire son autorité d’antan. Une structure dont le chef a été destitué, qui est maintenant en guerre et qui fait face à une société saturée de colère et de haine, est entrée dans une phase d’instabilité irréversible.
Il est crucial de garder à l’esprit un fait fondamental : une rupture au sommet de l’État ne signifie pas automatiquement que la volonté du peuple est respectée. C’est précisément dans des moments comme celui-ci que se mettent en œuvre des projets de contrôle de la société : « transition contrôlée », remaniement des élites et promotion d’alternatives imposées d’en haut, destinées à détourner la révolution et à soustraire le peuple à son pouvoir. Les tractations secrètes, la reproduction de la même structure sous un nouveau visage ou l’imposition de gouvernements fantoches sous couvert de « stabilité » et de « transition » sont autant de tentatives pour neutraliser l’élan révolutionnaire et bloquer le pouvoir populaire direct. Ces scénarios ne signifient pas la fin de la République islamique ; ils signifient la continuation du même ordre répressif sous une forme nouvelle.
Seule une organisation indépendante, nationale et ascendante peut empêcher ce dénouement.
En ces temps difficiles, la question centrale n’est pas simplement « l’opposition à la guerre ». La véritable question est de savoir si la société peut consciemment exploiter l’opportunité créée par la rupture au sommet de l’État pour faire progresser le renversement révolutionnaire. La guerre vise à terroriser la société et à suspendre la révolution ; la réponse du peuple doit être de reconstruire et d’organiser son pouvoir social en plein cœur de cette crise.
Travailleurs, salariés, jeunes, femmes et toutes les forces sociales doivent comprendre une vérité fondamentale : aucune puissance étrangère n’apportera la liberté. Seule une société organisée peut renverser définitivement ce système. Rejoindre les organisations sociales existantes, renforcer les organisations syndicales indépendantes et mettre en place des conseils, des comités locaux et des réseaux d’entraide ne sont pas un « choix » aujourd’hui, mais une nécessité urgente, à la fois pour protéger des vies humaines en temps de guerre et pour prendre collectivement en main l’avenir de la société.
La République islamique est blessée et instable. Ce n’est pas le moment de rester spectateur ou d’hésiter ; c’est le moment d’agir. La véritable fin de cette guerre ne viendra pas d’accords entre États, mais du renversement révolutionnaire d’un ordre qui a transformé la vie elle-même en un champ de bataille.
Nous appelons les peuples du monde entier, les mouvements ouvriers et les forces éprises de liberté à se ranger du côté du peuple iranien – et non du côté des États et des machines de guerre. La véritable solidarité implique de soutenir le droit du peuple à renverser la République islamique et à bâtir un ordre humain, libre et égalitaire.
La lutte entre dans une nouvelle phase. La répression s’est effondrée, la peur a été ébranlée et la possibilité d’avancer s’est ouverte. Une société qui a tant payé de sang a le droit – et le devoir – de bâtir son propre avenir.
Confédération iranienne du travail – Délégation à l’étranger
1er mars 2026
Source : https://iranlc.org/en/12023
Publié le 01.03.2026 à 16:33
Elections municipales : alerte à Marseille.
Nous reproduisons ce texte du député de Marseille Hendryk Davi, de l’APRES, et des élus municipaux de l’APRES. La situation marseillaise est grave, mais pas exceptionnelle : elle illustre, pour le dire schématiquement, la tenaille Mélenchon/Hollande, tenaille qui roule efficacement pour porter le RN au pouvoir, tenaille qui est la condition nécessaire de son arrivée au pouvoir, tenaille que l’affrontement social avant 2027 doit vaincre ! Aplutsoc.
Tribune initialement parue dans Mediapart.
Et si l’extrême droite remportait la seconde ville de France le 22 mars prochain ?
Un sondage Opinionway donne Allisio, le candidat RN, vainqueur dans l’hypothèse d’une quadrangulaire au second tour.
Marseille est une des dernières grandes métropoles populaires. Mais notre ville est aussi celle où la ségrégation entre les plus riches et les plus pauvres est la plus forte. Une victoire du RN dans cette ville serait un cataclysme. D’abord, elle serait une insulte à la mémoire d’Ibrahim Ali tué par des colleurs d’affiche du FN, il y a tout juste 31 ans. Elle constituerait une menace concrète pour des milliers de marseillais et de marseillaises issus de l’immigration. Elle aggraverait les inégalités sociales, car partout où le RN gouverne, les droits des plus démunis sont attaqués. En outre, elle serait un véritable tremplin pour une victoire de l’extrême droite aux élections présidentielles et législatives de 2027.
Pourquoi le risque est grand ? D’abord, le potentiel de l’ensemble de l’extrême droite est très élevé. Il atteint à Marseille 35% aux élections législatives de 2024 et 37% aux européennes. Et pour la première fois, un sondage met le RN en tête des intentions de vote en cas de quadrangulaire avec 37% des voix contre 36% pour Benoît Payan. Martine Vassal la présidente de la métropole soutenue par la droite et le parti présidentiel, chute à 14%. La stratégie de la droite de reprendre les thèmes et les valeurs de l’extrême droite est une stratégie perdante. Dans un contexte de normalisation, le RN devient le vote utile à droite pour battre la gauche et il peut faire un score encore plus élevé, que ce que les sondages indiquent aujourd’hui.
Mais surtout rien n’indique que la gauche et les écologistes soient en mesure de se rassembler au second tour. Sébastien Delogu, le candidat LFI a expliqué à plusieurs reprises que sa candidature visait à dégager un même système qui allait de Payan à Allisio en passant par Vassal. Mettre au même niveau le PS, la droite et l’extrême droite est irresponsable.
Mais de l’autre côté, Benoit Payan semble écarter d’un revers de main l’hypothèse d’une fusion avec la liste LFI au second tour. Seule ouverture depuis le début de la campagne, un vague « parlons-nous » lors du débat sur BFM TV.
Sans fusion, sans recherche du rassemblement, LFI pourrait se maintenir. Nous aurions alors une quadrangulaire à haut risque. Le RN peut être devant, et le candidat arrivé en tête bénéficie d’une prime 25% des élus. Par contre, s’il y a fusion, la gauche et les écologistes peuvent l’emporter de 10 à 15%.
Dans tous les cas, c’est une erreur de croire que l’on peut rassembler toute la gauche et les écologistes en méprisant le vote de ceux et celles qui auront porté leur voix sur la liste LFI-Vaï.
Ce scénario catastrophique pour les habitants et habitantes de Marseille peut être évité. Sébastien Delogu et Benoît Payan ne souhaitent pas la victoire du RN dans notre ville. Une fusion programmatique serait envisageable, car il existe de nombreux points communs entre les deux programmes. Mais une fusion technique est tout aussi possible. LFI ne s’engagerait pas à participer à l’exécutif de la ville et le maire actuel pourrait ainsi arguer qu’il ne fait aucun accord politique avec LFI, mais un accord technique pour faire barrage au RN.
Les deux candidats doivent engager ces discussions rapidement. C’est l’aspiration des collectifs qui œuvrent à l’unité comme « Faisons Front Commun », qui organise une mobilisation le 1er mars, mais aussi d’une très grande partie des électeurs et électrices.
Signataires :
Hendrik Davi, Député de Marseille, membre de l’APRES
Alexandra d’Agostino, Adjointe à la mairie 6/8 de Marseille, membre de l’APRES
Pauline Delage, Adjointe à la mairie 6/8 de Marseille, membre de l’APRES
Norig Neveu, Adjointe à la mairie 4/5 de Marseille, membre de l’APRES
Publié le 01.03.2026 à 16:14
Elections municipales : Cosne d’Allier.
Sur la photo illustrant .cet article, lors d’un rassemblement de défense de l’école publique contre les fermetures de classes, Manu est tout à gauche de la photo
Bonjour Emmanuel Torregrosa, « Manu », peut-tu en quelques mots te présenter politiquement ?
Bonjour je suis un militant socialiste, adhérent du PS entre 2002 et 2017, date à laquelle j’en ai été exclu. En 2008 j’ai été élu sur une liste d’union de la gauche menée par Daniel Roussat (maire communiste de 1977 à 2012). j’ai été adjoint à la vie associative et aux commerces. J’ai mis en place un forum des associations et participé à l’achat et à la réhabilitation de locaux commerciaux qui accueillent aujourd’hui encore des commerces.
Tu es aussi militant syndical ?
Je suis également militant syndical (FSU) et associatif (notamment MJC). Je crois que l’engagement passe par le militantisme dans des structures, y compris lorsqu’on ne se retrouve pas complètement dans leur position : il vaut mieux être à l’intérieur et essayer de faire bouger les structures quelles qu’elles soient.
Nous sommes en vieille terre de gauche dit-on, mais depuis deux mandats ce n’est plus le cas à Cosne. Comment les choses sont-elles ressenties ?
Cosne est un « bourg centre » : une commune de taille intermédiaire (environ 2000 habitants) qui doit proposer des services pour une population de 6000 à 12000 habitants, à cause de l’éloignement des villes de l’Allier (30km de Montluçon et 40 de Moulins). Elle était dans la circonscription historique de Pierre Villon (représentant du PCF au Conseil National de la Résistance) puis d’André Lajoinie (candidat PCF aux présidentielles de 1988 et directeur de publication de la Terre, journal agricole du PCF). Elle était la commune où se déroulaient les fêtes du Bourbonnais Rural (journal agricole local de la gauche paysanne) avec des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes qui se retrouvaient dans une sorte de « fête de l’Huma » rurale. C’est encore dans les mémoires de nombreux cosnois-e-s. Je n’ai pas connu ces manifestations car je suis arrivé à Cosne d’allier en 2002. Que ce soit dans l’équipe municipale ou dans la vie associative, la gauche cosnoise est à la fois une gauche fondée sur les valeurs fortes du communisme rural, du travail, de la justice sociale, et sur un pragmatisme « terrien ».
Comment les choses se sont-elles combinées pour que se forme cette liste à Cosne d’Allier ?
L’équipe municipale sortante qui nous a battus en 2014 avait beaucoup promis (parfois avec raison) sur l’association de la population aux décisions et sur la création d’une dynamique à Cosne d’Allier. Au-delà des orientations politiques les citoyen-ne-s de Cosne constatent que ces promesses n’ont pas été tenues.
A partir de ce constat, des individus se sont réunis depuis un an pour élaborer un projet municipal qui soit en phase avec les attentes de la population. Les partis politiques (PCF et PS) se sont associés à cette démarche et l’ont relancée lorsqu’elle s’est essoufflée après l’été dernier.
Le PCF et le PS m’ont demandé d’animer ce travail. Ils sont (malheureusement) très affaiblis d’un point de vue partisan aujourd’hui, mais continuent à entretenir des réseaux de militants ou de sympathisants. Ils ont participé à ce travail avec une ouverture d’esprit remarquable et sans arrières pensées ; je les en remercie, mais c’est symptomatique de ce pragmatisme dont j’ai parlé. Lorsque ce collectif a commencé à faire une liste pour la présenter, j’ai été désigné tête de liste, ce qui est une grande responsabilité pour moi.
Peut-tu en quelques mots résumer les principaux problèmes humains et sociaux de cette localité ?
Cosne connaît les problèmes classiques des bourgs centre de cette taille dans la « diagonale du vide » : disparition des services publics, vieillissement de la population, crispation par rapport aux pertes d’emploi et d’identité. En même temps vu sa situation Cosne a des équipements digne d’une commune de 3 ou 4 fois sa taille (piscine, théâtre,…..). Mais il est très difficile de les faire vivre. Il faut un volontarisme et un soutien pour que ces équipements fonctionnent au service de la population.
Notre projet basé sur des demandes des habitant-e-s, est de faire vivre ces équipements et de les valoriser – mais personne durant la constitution du projet ne nous a demandé d’équipements nouveaux.
La crise démocratique est aussi un sujet qui est formalisé par un reproche sur l’absence des élus, notamment de Mme le Maire.
Nous avons donc élaboré un corpus de décisions sur le fonctionnement municipal afin de refaire vivre la démocratie. L’engagement, que j’ai demandé aux colistiers de prendre, est d’accorder du temps pour ces actions démocratiques (écoutes, permanences, visite de quartiers, réunions participatives,….)
Quelle a été, à ce qu’il paraît, la surprise de la dame de la préfecture recevant la liste ?
Une fois la liste élaborée, la recherche d’un titre était nécessaire et le mot gauche a été immédiatement mis en avant afin de clarifier les valeurs qui nous animent. J’aurais tendance à dire que nos valeurs sont de gauche et que notre projet est pragmatique au vu des échanges avec les Cosnois-e-s. La liste se nomme donc la Gauche Unie pour une Commune ambitieuse et Dynamique. A la préfecture la dame qui a enregistrée la liste nous a dit sur le ton de la surprise « vous êtes sûrs » ? car nous sommes les seuls, avec la liste d’extrême gauche de Vichy, à avoir utilisé ce mot, ce qui en dit long sur la dépolitisation et la crise politique actuelle.
Et donc, comment cela se présente-t-il ?
Clairement, au début de cette aventure humaine (car les rencontres faites sont très enrichissantes), nous avions pour objectif de faire une liste et d’avoir des élus pour pouvoir faire un travail d’opposants constructifs. Aujourd’hui, au regard du travail programmatique, de notre capacité à avoir un projet à la fois local et qui réponde aux enjeux démocratiques et environnementaux actuels, nous avons l’ambition de gagner, et les critiques de l’équipe en place semblent plus fortes que ce que l’on pensait. En tout cas, nous aurons fait tout ce que nous pouvions, en un an, pour proposer le meilleur projet possible.
D’autre part, nous avons pris un engagement entre nous qui est de continuer à faire vivre ce collectif pour « parler politique » et lutter contre l’extrême droite.
Et en cas de victoire, quel sujet faudra-t-il traiter rapidement ?
Le premier sujet est celui du tarif de la cantine. Suite à des péripéties, le collège doit proposer à partir de septembre des tarifs de repas à 8 € contre 4,20 aujourd’hui. L’équipe sortante dit « on n’a pas de sous , ca coûte 75000 euros on ne peut pas assumer la différence ». Nous disons : les tarifs pour les familles n’augmenteront pas.
Nous essaierons d’améliorer la qualité des repas et si possible de descendre le prix en dessous du prix actuel. Là nous ne nous engageons pas car il faut vérifier l’état des finances municipales.
Mais ce sujet est crucial pour les familles et il est symptomatique du débat gauche droite classique : la où la gauche dit solidarité et collectif, la droite répond responsabilité et individu.
Je crois qu’avoir un débat apaisé mais clivé est la seule manière de réintéresser les gens à la politique et je suis fier de porter ce débat. Aux Cosnois-e-s de le trancher.
Ensuite, la deuxième priorité est de mettre en place les outils de la démocratie réelle – je préfère ce terme à « participative » ou autre.
Publié le 28.02.2026 à 23:40
Khamenei liquidé. 28/02/26, 23 h.
La population iranienne se réjouit de la très probable mort de Khamenei.
Cela ne change rien au fait que les modalités de cette liquidation (outre son caractère extra-judiciaire qui semble ne pas gêner les officiels “Etats de droit”) reviennent à exproprier le peuple qui l’a véritablement affronté.
Ce fait ne modifie pas non plus l’absence de cohérence de l’enfilage trumpien des guerres. Entre l’option minima (retour aux accords nucléaires d’Obama) et maxima (renversement de la tête du régime), le basculement s’est opéré vers la seconde pour deux raisons :
– la reprise de la vague révolutionnaire en Iran,
– l’affaiblissement de Trump aux EU le conduisant à tenter d’être “le” vainqueur de la grande guerre contre l’Iran, annoncée depuis 2001.
C’est une fuite en avant dont ses propres auteurs ne maîtrisent pas eux-mêmes les conséquences.
Les peuples d’Iran ont raison de danser.
Publié le 28.02.2026 à 13:13
Enfilades de guerres, nouvelle étape. VP.
Quels sont les mobiles de la guerre engagée contre l’Iran par Trump et Netanyahou ?
Trois conditions sont nécessaires pour y comprendre quelque chose.
Premièrement, il ne s’agit en aucun cas d’aider les peuples d’Iran à renverser le régime des mollahs. Toutes les agressions étrangères contre l’Iran ont été contre-productives en la matière, et plus que jamais l’avant-dernière (la guerre des 12 jours en juin 2025), les menaces d’interventions alors qu’une explosion révolutionnaire se produisait début 2026, qui ont directement aidé à sa répression, et les opérations d’aujourd’hui qui viennent directement faucher les manifestations qui, malgré des dizaines de milliers de morts, reprenaient.
Il n’y a pas un gramme de vrai, ni de sincère, dans les rodomontades de Trump osant appeler les Iraniens, qui jamais ne l’ont attendu, à se soulever.
Deuxièmement, comme voici quelques semaines au Venezuela, cette agression a pour effet de relancer les réflexes conditionnés d’une grande partie de la « gauche » dans le monde, ne voyant que la répétition éternelle des « guerres impérialistes et sionistes » sur le modèle des deux guerres du golfe contre l’Irak en 1991 et en 2003. Or, ce n’est pas dans cette séquence que s’inscrit l’actuelle agression.
Elle s’inscrit dans les impulsions désordonnées de l’administration Trump lancée dans une fuite en avant d’agressions extérieures se voulant toutes ponctuelles (sans installation de troupes au sol). En voici la liste sur les 6 dernières semaines, mesurons tout de même cet emballement spectaculaire :
– au Nigéria fin décembre, ne l’oublions pas, avec des bombardements de villages au motif (bidon) de répression anti-islamiste,
– au Venezuela ensuite, avec le kidnapping de Maduro et de son épouse, qui a pu relancer le story telling « anti-impérialiste » mais qui, en fait, n’a procédé à AUCUN « Regime change » et a installé le régime maduro-trumpiste de Delcy Rodriguez,
– envers le Groenland, et donc envers le Danemark et l’Europe, et envers le Canada, par des menaces militaires, moment particulièrement « délirant » eu égard aux relations internationales dans leurs formes préhistoriques d’avant janvier 2025, et qui a coïncidé avec l’affrontement de Minneapolis entre le peuple américain et ICE,
– les menaces envers Cuba, qui dessinent la recherche d’une combinaison à la vénézuélienne, donc de secteurs du PC cubain disposés à se faire compradores des Etats-Unis (ça doit exister …),
– et donc maintenant l’Iran.
La troisième condition nécessaire pour comprendre quelque chose à tout cela est que, dans le cas de Trump, il n’y a justement aucun objectif de guerre clairement défini, et que la dynamique des interventions extérieures est en connexion avec la dynamique de la crise constitutionnelle et sociale aux Etats-Unis – plus Trump est affaibli, plus il déclenche des « guerres ponctuelles » partout.
Et Minneapolis plus Epstein plus les droits de douanes l’ont à nouveau sérieusement affaibli, renforçant le besoin de guerres pour pouvoir truquer les prochaines élections législatives américaines.
Trump peut en outre s’imaginer que s’il était « le » président américain ayant mené « la » guerre avec l’Iran, annoncée par Bush depuis 2001 et jamais engagée, il pourrait peut-être sauver définitivement son pouvoir …
L’explosion révolutionnaire en Iran, de plus, affole Trump et Netanyahou qui seraient privés de leur ennemi d’élection, et craignent de ne pas maitriser une situation où le régime serait renversé par le peuple.
D’où les oscillations entre un objectif maxi – un changement de régime avec le roi, squeezant la population et les forces révolutionnaires intérieures, féministes, syndicats indépendants, étudiants, kurdes, baloutches …- et un objectif mini – revenir aux accords sur le nucléaire passés par Obama.
Dans l’immédiat, le régime iranien réagit fortement en lançant des missiles sur les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Qatar, l’Arabie saoudite, le Koweït, l’Irak et Israël, ce qui témoigne à la fois d’une fuite en avant affolée et d’une capacité de réagir certaine.
Aucun Etat de la région et aucun pays européen ne soutient l’offensive des Etats-Unis et, secondairement, d’Israël, de Trump et de Netanyahou.
D’un côté, la dimension « août 1914 » des évènements ne doit jamais être cachée sous la moquette : les processus dans lesquels s’engagent les dirigeants des Etats capitalistes ne sont pas sous leur contrôle.
D’un autre côté, toute installation dans la durée – et l’installation dans la durée commence ici au troisième jour …- conduit à des négociations globales entre Washington, Beijing et Moscou, dont aucun peuple au monde n’a rien à attendre de bon.
VP.
Publié le 28.02.2026 à 11:56
Mise à jour : Plusieurs heures se sont écoulées depuis la publication initiale de cet article. CNN diffuse l’information suivante : les États-Unis et Israël mènent des frappes contre l’Iran. Cela fera parfaitement le jeu du fasciste Tucker Carlson, comme nous l’avons expliqué ci-dessous. Cela ne change rien à nos arguments.
Une frappe américaine contre l’Iran est probable très prochainement. Revenons sur l’historique de ses attaques et menaces contre l’Iran :
- Le 22 juin 2025, Trump a ordonné le bombardement des installations nucléaires iraniennes.
- Trois jours plus tard, il affirmait que ces installations avaient été « anéanties ». Il a ensuite porté son attention sur d’autres sujets.
- Puis, le 2 janvier 2026, il a menacé de bombarder à nouveau l’Iran, soi-disant pour soutenir les manifestants.
- Il a réitéré cette menace le 23 janvier. « L’aide arrive », a-t-il déclaré.
- Ce n’est qu’à la mi-avril 2025 qu’il a recommencé à évoquer la question de la recherche nucléaire iranienne. Que s’est-il passé entre-temps ?
C’est la révolution iranienne qui a retenu l’attention de Trump. Voilà la véritable menace pour le triumvirat Trump/Vance/Miller. Nous insistons sur le terme « triumvirat » car l’instinct de Trump est trop limité pour voir plus loin que le bout de son nez, mais il perçoit instinctivement cette menace ; les deux autres membres du triumvirat, eux, voient plus loin. Ils comprennent que le renversement de la théocratie iranienne par une révolution de gauche, non influencée par Poutine ni par le fondamentalisme religieux, constitue une menace réelle pour le programme international ethno-nationaliste d’extrême droite du triumvirat. Les stratèges du triumvirat ont une alternative : installer Pahlavi au pouvoir.
Tucker Carlson le confirme, et bien plus encore. Avant de le citer, rappelons-nous son influence ; l’analyse d’AI Overview (voir la capture d’écran ci dessus) indique : « Tucker Carlson s’est imposé comme l’une des figures les plus influentes de la droite américaine contemporaine, jouant un rôle médiatique clé dans la diffusion du “trumpisme”, allant même jusqu’à surpasser, à certains moments, l’ancien président [nous soulignons] dans la construction de l’idéologie du mouvement MAGA. »
Lorsque Carlson s’exprime sur la politique de Trump, il ne se contente pas de spéculer. L’analyse d’AI Overview révèle clairement que Carlson est directement lié à l’un des deux principaux « stratèges » du triumvirat Trump : JD Vance. (L’autre « stratège » est Stephen Miller.) Carlson est également en contact avec la directrice de la sécurité nationale, Tulsi Gabbard. (Voir la capture d’écran à droite.) Par conséquent, lorsqu’il parle de la politique étrangère du triumvirat Trump, il est parfaitement au courant des intentions du triumvirat ; il sait de quoi il parle lorsqu’il affirme que le triumvirat envisage une guerre contre l’Iran et lorsqu’il explique les objectifs qui la motivent.
Il déclare ensuite : « Éliminer les dirigeants du pays. Que se passera-t-il ensuite ? Vous allez installer le fils de l’ancien roi ou quelque chose du genre ?… Le pays restera-t-il uni avec Pahlavi sur le trône ? Allons donc ! Personne ne réfléchit aux conséquences, car ceux qui sont à l’origine de ce projet se moquent bien de ce qui se passera ensuite. » En d’autres termes, tel est le plan du Triumvirat : remplacer les mollahs par Pahlavi. Carlson reconnaît que ce plan est totalement irréaliste. Il laisse ensuite entendre qu’Israël est le véritable instigateur : « Israël n’a aucun plan pour ce qui se passera le lendemain de la destitution de l’ayatollah », écrit-il avant de conclure : « L’objectif est d’éliminer l’Iran en tant que pays cohérent, non pas pour protéger Israël, mais pour écarter l’Iran de la scène régionale. Une fois l’Iran disparu, il n’y aura plus aucun doute sur qui contrôle le Moyen-Orient. Ce sera, bien sûr, la seule puissance nucléaire de la région : Israël, point final. Voilà la raison. »
Carlson a raison sur 95 % de ce qu’il affirme ici. Cela inclut les perspectives d’un régime Pahlavi. Les informations en provenance d’Iran indiquent à quel point Pahlavi est extrêmement impopulaire et réactionnaire. Si la théocratie est renversée, les révolutionnaires iraniens – persans et kurdes – ne toléreront pas un nouveau régime répressif de droite.
Tout socialiste proche de la classe ouvrière s’opposera non seulement à toute frappe américaine contre l’Iran, mais aussi à la politique américaine de restauration de la dynastie Pahlavi, ainsi qu’à tout soutien à Israël. C’est précisément ce qui rend Carlson si dangereux. Son approche semble avoir beaucoup en commun avec celle de la gauche. Cette dernière a, dans l’ensemble, présenté ses excuses pour Poutine, lié au fascisme, et l’a même défendu dans une certaine mesure.
La majorité de la gauche « socialiste » s’en est ensuite prise principalement aux démocrates et a laissé le champ libre à l’allié de Poutine, Trump, lors des élections de l’année dernière. À tout le moins, la gauche « socialiste » a fait semblant de croire qu’il n’y avait aucune différence entre Trump, lié au fascisme, et Kamala Harris.
Aujourd’hui, cette même gauche est prête à tolérer le soutien de certains « progressistes » aux fascistes et antisémites américains. Medea Benjamin et Code Pink en sont un exemple flagrant. Depuis des années, ils soutiennent la théocratie iranienne fasciste. En 2023, Benjamin a collaboré avec le rassemblement « Rage Against the War Machine », d’inspiration fasciste. Il en a été de même pour une grande partie du Green Party et du Peace and Freedom Party, un parti « de gauche » californien. (Voir ce reportage d’Oaklandsocialist.)
Medea Benjamin et l’équipe de Code Pink font la connaissance de la nationaliste blanche chrétienne fasciste Marjorie Taylor Greene
Plus récemment, Benjamin a fait cause commune avec l’antisémite fasciste Marjorie Taylor Greene. (Voir photo) Greene a d’ailleurs déclaré : « Je suis amie avec Medea depuis quelques années… » Comme le montre cette photo, Benjamin n’est pas la seule concernée ; c’est toute la clique de Code Pink, qui conserve une certaine crédibilité à gauche, y compris chez les socialistes.
L’immense majorité des personnes de gauche, socialistes ou non, ignorent tout de ce qui s’est passé et se passe actuellement pour des dizaines de millions de travailleurs, principalement, mais pas exclusivement, blancs. Comme l’expliquait Oaklandsocialist dans son article « L’antisémitisme est un danger croissant », ce n’est pas parce que des dizaines de millions de travailleurs américains perçoivent les Juifs comme un ennemi mortel qu’ils le pensent. « Ce sont les Juifs qui contrôlent les politiciens ; ce sont les Juifs qui ont tué le Christ ; ils étaient alliés à Satan à l’époque et ils le sont toujours. » En partie ou en totalité, c’est ce que pensent des dizaines de millions de travailleurs et de membres de la classe moyenne américains (et même certains capitalistes !).
L’opposition de la droite fasciste à Israël n’a rien à voir avec le soutien au peuple palestinien. La droite fasciste les considère – ainsi que tous les Arabes – comme des « bouseux ». Carlson et le reste de la droite se réjouissent de voir les Arabes massacrés ; simplement, Carlson et ses semblables considèrent « les Juifs » (censés être représentés par Israël) comme le danger le plus clair et le plus présent à l’heure actuelle. Ironiquement, en affirmant qu’Israël représente le peuple juif dans son ensemble, le sionisme et ses partisans contribuent à renforcer la base des antisémites fascistes !
L’antisémitisme transparaît également dans une grande partie des réactions au scandale Epstein. C’est ce qui explique les affirmations selon lesquelles Epstein n’était qu’un agent du Mossad, comme nous l’avons démontré dans cet article. Dans un article suivant consacré à Epstein, nous avons montré qu’il était en réalité un point de convergence pour la bourgeoisie mondiale. Pourtant, aujourd’hui encore, des milliers de personnes – peut-être la majorité – à gauche persistent à croire au mythe selon lequel Epstein n’était qu’un simple agent du Mossad. Pour rappel : oui, Epstein avait des liens avec le régime israélien génocidaire, tout comme avec la famille royale britannique, Bill Gates, Donald Trump, Naom Chomsky et des centaines d’autres. Cependant, l’idée qu’Epstein n’était qu’un agent du Mossad est un mythe propagé avant tout par des antisémites fascistes. L’adopter, c’est s’allier à ces forces fascistes et para-fascistes.
La prochaine étape de cette confusion désastreuse se présente à la gauche. La franchir signifierait son effondrement moral et politique total. Si elle est franchie, elle resserrera encore davantage les liens entre la gauche et les Tucker Carlson de la politique américaine. Réfléchissez aux conséquences :
- De l’affirmation selon laquelle Israël (comprenez « les Juifs ») contrôle la politique étrangère américaine à :
- Israël, par le biais de l’AIPAC (comprenez « les Juifs »), contrôle la politique américaine en général. De là on passe à :
- « Les Juifs » contrôlent le secteur bancaire (Remarque : ils ne le diront pas ouvertement. Ils se contenteront de citer des noms de banquiers et de financiers juifs). De là on passe à :
- « Les Juifs » sont une force étrangère dans le monde, et contrôlent même le mouvement communiste mondial. Ils doivent être anéantis.
- Cela mènera à une offensive – légale, via le ministère de la Justice de Trump, mais aussi à des agressions physiques extra-légales contre les « Antifa », les socialistes déclarés, ainsi que contre les personnes LGBTQ+, les immigrés, les personnes de couleur, les féministes (et les femmes en général), et ainsi de suite.
Ces attaques sont directement liées aux suprématistes blancs. Elles s’inscrivent dans la continuité des propos de Trump, qui a diabolisé les Obama en les comparant à des singes, de ses affirmations répétées selon lesquelles les immigrants haïtiens mangeraient des chats et des chiens, et de ses insultes envers les pays africains, qu’il qualifie de « pays de merde ».
Toutes les forces pro-ouvrières, et en premier lieu les socialistes proches de la classe ouvrière, doivent s’opposer à la prochaine attaque de Trump contre l’Iran, tout comme nous devons nous opposer à sa récente attaque contre le Venezuela et à son offensive économique en cours, ainsi qu’à son offensive militaire imminente contre Cuba. Même si le projet de bombarder l’Iran n’avait pas pour but de court-circuiter la révolution iranienne en installant Pahlavi au pouvoir, il vise néanmoins à étendre le pouvoir des grandes entreprises américaines et à promouvoir l’agenda politique ethno-nationaliste d’extrême droite de Trump. Quant au Venezuela et à Cuba : cela n’a rien à voir avec un manque de critique envers ces régimes ; il s’agit bien des mêmes objectifs du triumvirat Trump, tant à l’étranger qu’aux États-Unis (où il prévoit de « nationaliser » les prochaines élections).
Des dizaines de milliers d’Iraniens ont bravé les balles, les gaz lacrymogènes, les pendaisons et la brutalité générale du régime. Ces manifestants ne se soumettront pas à Pahlavi.
Travailleurs du monde entier, prenez garde : le triumvirat Trump-Vance-Miller et ses critiques fascistes et antisémites, comme Tucker Carlson, veulent s’en prendre à nous. Les socialistes doivent les dénoncer et les combattre !
Source : As Trump plans to bomb Iran multiple dangers loom large – Oakland Socialist