Think-tank citoyen et média indépendant
Publié le 02.03.2026 à 05:00
Indonésie : l’association Kalaweit transforme les dons en forêts communales
Mr Mondialisation
Publié le 27.02.2026 à 09:23
Sécu, climat et contre-loi : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mauricette Baelen
Publié le 27.02.2026 à 09:03
Ynsect, LFI et crues : les 10 infos de la semaine
Mauricette Baelen
Publié le 27.02.2026 à 05:00
Comment se construisent les trajectoires néofascistes
Elena Meilune
Publié le 26.02.2026 à 05:00
En finir avec les caricatures sur le Venezuela – Volet 3 : Maduro, le deuxième mandat
Simon Verdiere
Publié le 25.02.2026 à 05:00
Loi Yadan : la critique d’Israël bientôt pénalisée en France ?
Mr Mondialisation
Publié le 24.02.2026 à 11:58
Quentin Deranque : le guet-apens néofasciste derrière la minute de silence
Elena Meilune
Publié le 23.02.2026 à 17:07
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Mr Mondialisation
Publié le 20.02.2026 à 13:00
Crues, chatgpt et épicerie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mauricette Baelen
Publié le 20.02.2026 à 12:48
Riches, LFI et Tchétchénie : les 10 infos de la semaine
Mauricette Baelen
Publié le 02.03.2026 à 05:00
Indonésie : l’association Kalaweit transforme les dons en forêts communales
Mauricette Baelen
Kalaweit, fondée en 1997, est une association qui se bat pour préserver la biodiversité en Indonésie. Outre son combat pour les gibbons et autres animaux sauvages, Kalaweit s’est lancée dans la protection des forêts. Elle a aujourd’hui pour ambition d’agrandir l’une de ses réserves sur l’île de Bornéo.
Temps indicatif de lecture : environ 5 minutes
Depuis bientôt trente ans l’association Kalaweit, menée par le français Chanee, œuvre à protéger la faune et la flore des forêts indonésiennes. Un combat qui a commencé par la sauvegarde des gibbons, puis des animaux sauvages en général. Face à la destruction de leur habitat et au braconnage, Kalaweit a construit des sanctuaires. Puis, l’association a étendu ses actions à la protection des écosystèmes abritant ces espèces endémiques.
Face au développement effréné de la production d’huile de palme et à l’extraction croissante de nickel, d’or et de charbon, la forêt indonésienne suffoque. C’est pourquoi, depuis treize ans, Kalaweit aide les populations locales à la protéger en créant des réserves.

Un objectif : la création du Grand Dulan
Située sur l’île de Bornéo, la réserve de Dulan a été créée en 2019 dans une forêt alors menacée de destruction. Les 2 144 hectares du site ont alors été sécurisés en indemnisant les propriétaires fonciers locaux, évitant ainsi que les entreprises ne s’en emparent.
« L’achat de terres correspond à un dédommagement, explique Constance Cluset, responsable Kalaweit en France. En échange, nous en assurons la protection et la préservation de sa biodiversité. Les zones sécurisées par Kalaweit deviennent ensuite des forêts communales appartenant aux communautés locales. Déclarées au niveau du cadastre, elles ne peuvent alors plus être revendues. Il est interdit d’y chasser ou d’y couper du bois. Kalaweit s’engage de son côté à en assurer la gestion. »
Aujourd’hui, Kalaweit souhaite connecter la réserve Dulan à plusieurs poches de forêts reliées entre elles par un corridor écologique et créer ainsi le Grand Dulan. Les plantations de palmiers à huile et des concessions minières de charbon menacent en effet les lieux. Constance Cluset précise :
« Il y a urgence. D’ici 2 ans, 3 à 4 000 hectares de forêt pourraient être détruits… Notre objectif pour 2026 est d’acquérir 1 000 hectares supplémentaires. Et dans les années qui suivent, doubler la surface actuelle pour atteindre 6 à 7 000 hectares. »
Ces terres, si prisées par les entreprises, abritent en effet une faune incroyable : une centaine d’orangs-outans, mais également des gibbons à barbe blanche, macaques à longue queue et à queue de cochon, nasiques, tarsiers, langurs, ours malais, panthères nébuleuses, chats sauvages, cerfs sambars, civettes, aigles, etc.
En faisant l’acquisition de ces poches de forêts connectées les unes aux autres, Kalaweit participerait à la préservation d’espèces endémiques parfois en « danger critique d’extinction », comme c’est le cas de l’orang-outan. L’association assurerait plus globalement le maintien d’une biodiversité riche, ainsi que l’identité culturelle des six villages installés sur ces terres.
L’orang outan, menacé d’extinction, est victime de la destruction de son habitat en Indonésie ©Kalaweit
Une protection qui a un coût…
Pour Constance Cluset, le nerf de la guerre reste l’argent : « Sur place, nous avons rencontré les villages concernés. Tous sont intéressés pour qu’on sauve leur forêt. Il n’y a pas de résistance de ce côté-là et nous sommes tous prêts à travailler ensemble. Mais pour cela… nous devons trouver l’argent ! »
Or, sauver des forêts est un investissement. Le seul objectif de l’année 2026, à savoir l’achat de mille hectares, représente un coût de 1,2 millions d’euros. L’association démarche donc la sphère privée comme publique, multipliant les appels aux dons.
Le forêt de Dulan se situe sur l’île de Bornéo ©Kalaweit
Constance Cluset plébiscite la reconnaissance et le soutien dont bénéficie Kalaweit sur place : « Nous sommes en contact direct avec le Ministre des forêts de Jakarta, qui est proche des associations locales et est même venu à Kalaweit. Localement, cela nous apporte force et crédibilité auprès des villages. Depuis treize ans que nous protégeons les forêts, nous connaissons le terrain et les conditions, tout comme les habitants nous connaissent. Ils ont également compris l’importance protection des forêts, notamment face à des catastrophes climatiques comme les inondations à Sumatra en décembre dernier. »
« Les habitants comme le gouvernement constatent que la déforestation a un coût, humain comme financier… »
Depuis sa mise en place, le programme d’achat de poches de forêt est un succès. L’association n’a pas vu pointer de volonté de retour en arrière, ou de problème avec les villageois. « Notre seule limite, ce sont les fonds ! », regrette-t-elle.
Comment aider ?
Malgré l’ampleur de la tache, il n’y a pas de petit don. Sur le site officiel de Kalaweit, il est possible de choisir la destination de son don, comme par exemple celui de protéger la forêt. Alors, l’intégralité de la somme versée ira à l’achat d’hectares en Indonésie.
Il y a urgence pour tenter de préserver des poches de forêt de la destruction ©Kalaweit
Deux types de dons sont disponibles : le don mensuel, à partir de 5€, qui permet de recevoir régulièrement par mail des vidéos d’animaux de la forêt indonésienne, réalisés à partir de caméra cachées. Devenir donateur mensuel chez Kalaweit fait du donateur un officiel « Gardien de la forêt » !
Le don unique est également possible et offre un certificat. Dans les deux cas, les sommes versées sont défiscalisées. Pour sauver les êtres humains, les animaux et la forêt d’Indonésie… chaque geste compte !
Vous pouvez retrouver association Kalaweit sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, YouTube et son site internet.
– Marie Waclaw
Photo de couverture : ©Kalaweit
The post Indonésie : l’association Kalaweit transforme les dons en forêts communales first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 27.02.2026 à 09:23
Sécu, climat et contre-loi : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Bruxelles adopte une résolution sur la Sécurité sociale de l’alimentation
Le Parlement bruxellois a adopté à 60 % une résolution, non contraignante, en faveur d’une Sécurité sociale de l’alimentation, demandant une étude nationale et un soutien public aux projets existants. (La Relève et la Peste)
2. Climat : des communes misent sur l’adaptation locale
Un rapport d’Oxfam recense 24 mesures déjà mises en œuvre par des villes françaises pour faire face au dérèglement climatique (végétalisation, rénovation thermique, désimperméabilisation, ORE). Malgré ces initiatives, les communes manquent de financements face à des besoins estimés à 1,5 milliard d’euros par an. (La Relève et la Peste)
3. Agriculture : le collectif Nourrir propose sa contre-loi
Au Salon de l’agriculture, le collectif Nourrir a présenté une proposition de loi pour protéger les revenus paysans (interdiction des ventes à perte), développer le bio en grande distribution, renforcer la protection de l’eau et interdire certains additifs nocifs. (Vert)
4. Parlement européen : une résolution reconnaît les femmes trans
Le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante reconnaissant les femmes trans comme des femmes et affirmant leur inclusion dans les politiques d’égalité de genre. Les conservateurs et l’extrême droite ont voté contre. (Politis)
5. Yangtsé : la biodiversité repart après l’interdiction de pêche
Depuis l’interdiction totale de pêche en 2021, la biodiversité du fleuve Yangtsé se rétablit : la biomasse de poissons a plus que doublé en trois ans et des espèces rares, comme le marsouin aptère, réapparaissent, selon une étude publiée dans Science.(CNRS)
6. États-Unis : des ONG attaquent l’abrogation d’un texte climatique
Une coalition d’associations environnementales poursuit l’administration Trump après l’abrogation du « constat de mise en danger » de 2009, fondement juridique des régulations fédérales sur les gaz à effet de serre. Elles jugent la décision illégale et annoncent une bataille judiciaire pouvant aller jusqu’à la Cour suprême. (Le Monde)
7. PFAS : 1 400 riverains poursuivent 3M en Belgique
Quelque 1 400 habitants près de l’usine 3M de Zwijndrecht accusent le groupe de les avoir exposés aux PFAS et réclament 20 000 euros chacun. L’affaire fait suite à la découverte, en 2021, de fortes contaminations des sols, de l’eau et du sang des riverains. (Reporterre)
8. Afrique du Sud : des cornes de rhinocéros rendues radioactives contre le braconnage
Une université sud-africaine injecte des isotopes radioactifs inoffensifs dans les cornes de rhinocéros pour les rendre détectables aux frontières. L’objectif est de lutter contre le trafic, alors qu’environ 500 rhinocéros sont braconnés chaque année dans le pays.(L’actualité)
9. Norvège : fin des poulets à croissance rapide d’ici 2027
L’industrie avicole norvégienne abandonnera d’ici 2027 les races de poulets à croissance rapide, accusées de graves problèmes de bien-être, au profit de souches plus lentes. Le pays élève environ 70 millions de poulets par an et deviendrait le premier à généraliser ces races dites « à meilleur bien-être ». (The Canary)
10. Canicules : la végétalisation réduit la mortalité à Paris
Une étude de l’Inserm montre que les arrondissements parisiens les plus végétalisés enregistrent moins de décès lors des fortes chaleurs. L’effet des espaces verts apparaît plus déterminant que le niveau socio-économique, avec un rôle clé de l’âge des habitants et du bâti ancien. (ID, l’Info Durable)
Image de couverture – Adrian Siaril – Unsplash
– Mauricette Baelen
The post Sécu, climat et contre-loi : les 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 27.02.2026 à 09:03
Ynsect, LFI et crues : les 10 infos de la semaine
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Un cordon sanitaire contre LFI après la mort de Quentin Deranque
Après la mort de Quentin Deranque, tué par des militants antifascistes liés à la Jeune Garde, droite, RN et macronistes appellent à un cordon sanitaire contre LFI. Aurore Bergé parle de parti « anti-France » ; le RN veut retourner le front républicain avant les municipales de 2026. (L’Humanité)
2. Ynsect : un ex-salarié réclame la transparence sur la faillite
À Amiens, Hadrien Godard, ancien salarié d’Ynsect, demande en justice la transmission de documents comptables pour comprendre la faillite de la start-up, qui aurait levé plus de 600 millions d’euros depuis 2011, dont des fonds publics. Avec d’autres ex-employés, il veut vérifier si leur licenciement est lié à une faute de gestion. (L’Humanité)
3. Municipales à Paris : Knafo éclipse le RN et crispe l’extrême droite
À Paris, pour les municipales, Sarah Knafo (Reconquête) domine largement l’espace médiatique face au candidat RN Thierry Mariani, grâce à une campagne très financée, axée sur les réseaux et les polémiques, ce qui agace l’état-major lepéniste qui ne fait pas de la capitale une priorité stratégique. (StreetPress)
4. États-Unis : la Cour suprême annule une partie des droits de douane de Trump
La Cour suprême a invalidé les hausses décidées via l’IEEPA, jugeant son usage abusif. Les droits moyens passent de 16,9 % à 9,1 %, mais d’autres taxes restent en vigueur ; Trump annonce déjà une nouvelle taxe mondiale de 15 %. (Alternatives Économiques)
5. Nouvelle-Calédonie : le Sénat adopte une révision contestée
Le Sénat a adopté le projet de révision constitutionnelle issu de l’accord Bougival-Élysée-Oudinot, malgré l’opposition d’élus calédoniens indépendantistes et non indépendantistes. Le texte est attendu à l’Assemblée nationale, où son rejet est envisagé.(Mediapart)
6. Crues : un manque d’adaptation face aux événements extrêmes
Après 40 jours de pluie consécutifs, d’importantes inondations ont touché l’ouest de la France. Une partie des dégâts aurait pu être évitée avec une meilleure anticipation et adaptation aux risques climatiques. (Mediapart)
7. Pesticides : une loi sur l’eau potable bloquée à l’Assemblée
Une proposition des Écologistes visant à interdire d’ici 2030 les pesticides autour des captages d’eau les plus sensibles a été retirée après l’obstruction du RN et de LR, qui ont déposé plus de 600 amendements. Le texte intervenait alors que 17 millions de Français ont consommé en 2023 une eau non conforme. (La Relève et la Peste)
8. Loups : le quota d’abattage relevé à 21%
Un arrêté autorise en 2026 l’abattage de 227 loups (21% de l’effectif estimé), avec des règles assouplies pour les tirs. Les ONG dénoncent un risque de déclin de l’espèce, tandis que les syndicats agricoles jugent la mesure insuffisante face à la hausse des attaques. (Vert)
9. Gironde : feu vert pour une raffinerie Seveso en zone inondable
La commission d’enquête publique a donné un avis favorable au projet Emme, raffinerie de cobalt et nickel classée Seveso seuil haut, malgré 85 % d’avis défavorables. L’usine doit être implantée en zone inondable près de l’estuaire de la Gironde, rendue constructible après son classement en « intérêt national majeur ». (Reporterre)
10. Fin de vie : l’Assemblée adopte l’aide à mourir
Les députés ont adopté par 299 voix contre 226 une proposition de loi instaurant une aide à mourir, réservée aux majeurs atteints d’une maladie grave et incurable en phase avancée, capables d’exprimer leur volonté. Un texte sur le développement des soins palliatifs a aussi été voté à l’unanimité ; le Sénat doit examiner la loi en avril. (franceinfo)
Image de couverture – Chris Gallagher – Unsplash
– Mauricette Baelen
The post Ynsect, LFI et crues : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 27.02.2026 à 05:00
Comment se construisent les trajectoires néofascistes
Mauricette Baelen
Après notre analyse des coulisses qui entourent la mort de Quentin Deranque, nous examinons les mécanismes qui rendent possibles ces trajectoires néofascistes. Car son décès ne peut être compris sans interroger le système qui a conduit à ce drame. Les engagements néofascistes émergent dans des cadres sociaux, médiatiques et politiques précis, qui orientent les colères et structurent les appartenances. Comprendre ces dynamiques, c’est refuser que d’autres suivent le même chemin. Édito.
[Temps de lecture : ~ 12 min]
Toute la vie nous sommes façonné·es par ce qui nous entoure, et encore plus à 23 ans. Les mouvements d’extrême droite le savent : ils exploitent la peur, la colère et le besoin d’appartenance, recrutent méthodiquement et transforment des jeunes en instruments d’une cause qui les dépasse.
Personne ne naît fasciste. On le devient lorsque des environnements sociaux orientent des colères diffuses en hostilité dirigée contre des boucs émissaires plutôt que vers les mécanismes qui produisent les crises sociales. Ce basculement s’inscrit dans un contexte marqué par des décennies de politiques néolibérales, par un paysage politico-médiatique où la hiérarchisation des êtres humains se banalise, et par un espace numérique qui amplifie les affects plus vite que l’analyse.
Décennies néolibérales : une société fracturée
Depuis les années 1980, les politiques économiques dominantes ont réorganisé la société au bénéfice des détenteurs de capital : dérégulation, privatisations, flexibilisation du travail, affaiblissement des protections collectives. Présentées comme techniques ou inévitables, ces décisions ont en réalité surtout permis une accumulation toujours plus forte des richesses entre les mains d’une minorité.
En France, les 5 % les plus riches détiennent environ un tiers du patrimoine total, tandis que les 10 % les plus aisés en concentrent près de la moitié. Dans le même temps, des territoires entiers ont vu disparaître services publics, soins, transports et commerces, au nom de la rationalisation budgétaire et de la rentabilité.
La jeunesse en paie le prix fort : précarité, chômage, accès au logement entravé… L’horizon se rétrécit. Quand l’État social recule et que les protections s’effritent, la colère — réelle et légitime — cherche un responsable. C’est alors qu’on lui fournit des boucs émissaires pour détourner l’attention des causes structurelles.
Historiquement, du colonialisme à la division racialisée du travail, le développement capitaliste s’est largement appuyé sur des hiérarchies raciales pour justifier l’exploitation et diviser les classes populaires.
Boucs émissaires et mensonges efficaces
Si l’extrême droite progresse, c’est en grande partie parce qu’elle capte cette frustration sociale. Elle substitue à la complexité des crises un récit unifié : celui d’une menace identitaire omniprésente, formulée tour à tour comme « immigration », « islamisation » ou « grand remplacement ». Ces récits ne résistent pas à l’examen des faits, mais leur force politique tient précisément à leur capacité à transformer des crises multifactorielles en récits simplistes.
Ils réduisent des phénomènes complexes et structurels — mondialisation, concentration des richesses, rapports de domination, mutations économiques, crises géopolitiques — en conflits identitaires, en désignant des groupes minoritaires (migrants, musulmans, minorités, militants de gauche) comme responsables de crises dont les causes sont d’abord économiques et politiques.
Et c’est un mécanisme qui fonctionne. Le slogan émotionnel circule plus vite qu’une analyse systémique. Démonter une intox demande du temps et des données ; la produire exige peu d’effort. La loi de Brandolini l’illustre : réfuter un mensonge coûte bien plus d’énergie que le diffuser.
Ce déséquilibre favorise des récits simplificateurs qui offrent une cohérence apparente et un ennemi identifiable, donnant l’illusion d’une maîtrise dans un monde instable.
Sortir de la haine : 5 préjugés infondés sur l’immigration
La normalisation médiatique
Ce terreau ne prospérerait pas sans un écosystème médiatique favorable. Depuis une décennie, des figures issues ou proches de l’extrême droite occupent un espace croissant dans l’audiovisuel. Immigration, insécurité, identité nationale structurent l’agenda public.
Comme nous en parlions dans un autre article, la « fenêtre d’Overton » — l’éventail des idées jugées acceptables — se déplace : des positions autrefois marginales deviennent discutables, puis banalisées. Un glissement s’opère lorsqu’on place sur le même plan des propositions fondées sur l’égalité des droits et des discours qui essentialisent ou stigmatisent des populations entières. Au nom du pluralisme, la discrimination est parfois traitée comme une opinion.
Or, en droit français, l’incitation à la haine, à la violence où à la discrimination constituent des infractions. Confondre pluralisme et diffusion de propos illégaux brouille les repères « démocratiques ». La répétition engendre l’habitude ; l’habitude prépare la banalisation. En Belgique francophone, il existe un cordon sanitaire médiatique qui consiste à ne pas offrir la parole en direct à l’extrême droite.
Voir cette publication sur Instagram
Une publication partagée par Mr Mondialisation (@mr_mondialisation)
Les réseaux sociaux : accélérateur idéologique
Toutes ces dynamiques se propagent à grande vitesse sur les plateformes numériques, où les contenus émotionnels et polarisants se diffusent bien plus vite que les analyses nuancées. Les algorithmes privilégient l’engagement (colère, indignation, peur) et favorisent mécaniquement les messages clivants.
Le rôle des réseaux sociaux dans l’amplification des contenus haineux lorsqu’ils génèrent de fortes interactions est central. Dans cet environnement, les discours identitaires ou complotistes bénéficient d’un avantage net : ils simplifient, désignent un ennemi, offrent un récit mobilisateur. L’algorithme amplifie ce qui divise. Le résultat est une polarisation accrue et la formation de bulles où les croyances se renforcent sans contradiction.
Recrutement ciblé et culture numérique
L’extrême droite contemporaine a intégré les codes de la culture numérique. Le recrutement s’appuie notamment sur des mèmes viraux, des vidéos courtes et des canaux privés sur Discord ou Telegram, en complément des réunions physiques. Certains forums et serveurs liés aux jeux en ligne peuvent devenir des espaces de socialisation politique diffuse, où circulent des récits simplistes.
Des influenceurs identitaires – comme Papacito, Thaïs d’Escufon ou Alice Cordier – diffusent une vision réactionnaire du monde à travers des contenus adaptés aux 18-25 ans. Et dans certains espaces de la « manosphere », notamment les milieux dits « incels », des frustrations affectives peuvent être réinterprétées à travers des discours misogynes, parfois articulés à des imaginaires nationalistes et racistes. L’isolement devient alors un facteur de vulnérabilité propice à ces dynamiques de radicalisation violentes et organisées.
Jeunesse, virilisme et illusion d’appartenance
La vulnérabilité de certains jeunes tient moins à une simple précarité matérielle qu’à une quête de sens et d’identité, particulièrement forte dans les périodes de transition ou de fragilisation personnelle. L’isolement et le manque de reconnaissance rendent attractif le cadre structurant offert par les groupes extrémistes : appartenance, discipline, sentiment d’utilité et cohérence idéologique.
L’adhérence aux idées radicales d’extrême droite apparaît ainsi comme un processus social, nourri par les dynamiques de groupe, la loyauté et l’alignement progressif sur une vision du monde simplifiée.
À cela s’ajoute une dimension viriliste : sports de combat, mise en scène du corps, valorisation de la force et déni de sa vulnérabilité. La violence devient rite d’initiation et preuve d’appartenance. Dans ce cadre, refuser des soins, minimiser une blessure ou vouloir « remettre ça » après une altercation violente relèvent d’une démonstration de toute puissance et d’inconscience. Le corps devient infaillible, support d’adhésion idéologique.
Classe politique : calcul et lâcheté
La progression de l’extrême droite ne relève pas seulement de dynamiques de rue ou de bulles numériques. Elle s’inscrit aussi dans des choix politiques opérés au sommet de l’État comme dans les exécutifs locaux.
La « dédiabolisation » du RN
Depuis plus d’une décennie, le Rassemblement national poursuit une stratégie de normalisation : discours lissé, références les plus explicites gommées, mise en scène d’une respectabilité institutionnelle. Cette stratégie a été facilitée par l’évolution du reste du champ politique. Des alliances ou soutiens indirects prennent place entre élus Les Républicains et RN, tandis que des thèmes auparavant marginaux portés par l’extrême droite ont progressivement envahi le débat parlementaire et gouvernemental. En parallèle, on assiste à la diabolisation graduelle et calculée du principal parti d’opposition. Dominique de Villepin, figure pourtant de la droite républicaine, écrivait ainsi le 19 février :
« À FORCE DE CONCENTRER LES COUPS SUR LFI (…) ON CRÉE UN CORRIDOR DE RESPECTABILITÉ POUR LE RN. ON LUI OFFRE CE DONT IL A TOUJOURS RÊVÉ : L’APPARENCE DE LA NORMALITÉ, LE PRIVILÈGE D’ÊTRE LA RÉPONSE AU DÉSORDRE QU’IL PROSPÈRE À ENTRETENIR. »
Lois sécuritaires, durcissement des politiques migratoires, centralité des enjeux identitaires : le centre de gravité politique s’est déplacé. On note une porosité croissante entre électorats LR et RN. Et ce n’est pas surprenant. Plus des thèmes d’extrême droite sont repris par des partis de gouvernement, plus ils apparaissent légitimes. La frontière autrefois nette devient zone grise grâce à une dédiabolisation qui repose sur des calculs stratégiques et une banalisation progressive.
Depuis 2017, la Macronie a progressivement déroulé le tapis rouge au RN avec l’installation durable de cadres sécuritaires et identitaires dans le débat public. La loi « sécurité globale », la loi « contre le séparatisme » ou encore le durcissement successif des politiques migratoires ont entériné une centralité de l’ordre, du contrôle et de la suspicion comme réponse aux crises sociales.
En adoptant une stratégie consistant à se présenter comme unique rempart face aux « extrêmes », tout en concentrant l’offensive politique contre la gauche radicale, le pouvoir a participé à structurer un face-à-face qui a renforcé la position du Rassemblement national comme opposition légitime et institutionnelle.
D’autre part, la violence institutionnelle – mère de toutes les autres, selon Helder Câmara – produit une justice complaisante envers les violences néofascistes, qui ciblent souvent des personnes, organisant notamment des guet-apens. Contrairement aux actes matériels antifascistes sévèrement punis, les agressions d’extrême droite bénéficient souvent d’une impunité structurelle.
Une vague brune mondiale
La situation française s’inscrit dans une dynamique internationale. En Italie, Giorgia Meloni incarne l’arrivée au pouvoir d’une droite issue d’une tradition post-fasciste. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland progresse de manière inquiétante.
Aux États-Unis, l’administration Trump a servi de vecteur à une répression migratoire extrêmement dure incarnée par l’ICE, dont l’expansion des détentions, les milliers de déportations et des décès en centres de rétention ont illustré jusqu’où un État peut instrumentaliser la violence bureaucratique pour stigmatiser et exclure des populations entières, au point que des personnes qui ne sont même pas concernées par ces politiques migratoires en paient le prix de leur vie.
Malgré des contextes différents, un schéma commun se dessine : désignation de minorités comme menace existentielle, amplification médiatique au nom de l’audience, puis banalisation progressive d’idées autrefois marginales. À cela s’ajoute une stratégie d’érosion institutionnelle graduelle : remise en cause de contre-pouvoirs, instrumentalisation du droit, durcissement sécuritaire présenté comme réponse à un chaos qu’on contribue soi-même à alimenter.
L’illusion du « vote protestataire »
Le vote d’extrême droite est souvent réduit à un simple réflexe protestataire des classes populaires frappées par la précarité. Cette lecture est partielle. En réalité, l’électorat est socialement composite : aux côtés des employés et ouvriers figurent les indépendants, les catégories intermédiaires et les retraités. Il ne s’agit pas d’un vote exclusivement « des perdants », mais d’une coalition hétérogène structurée par des logiques identitaires autant que sociales.
Par ailleurs, l’examen des votes parlementaires met en évidence un décalage entre discours et actions : les positions adoptées convergent rarement avec la défense des catégories les plus précaires, malgré un récit centré sur le pouvoir d’achat et la protection. Loin d’être un vote protestataire, le vote RN est ainsi avant tout un vote raciste.
L’antifascisme aujourd’hui
L’antifascisme désigne historiquement une posture de défense des principes démocratiques face à des mouvements qui les contestent. Les groupes antifascistes ne sont pas apparus par goût de l’affrontement. Ils se sont constitués face à des violences réelles pour protéger minorités, militants et syndicats. Les réduire à une posture agressive tout en minimisant les violences d’extrême droite revient à inverser causes et conséquences.
Être antifasciste relève d’un principe politique élémentaire : défendre l’égalité des droits et refuser la hiérarchisation des êtres humains selon leur origine, leur religion, leur genre ou leur orientation sexuelle. Dans cette perspective, l’antifascisme ne vise pas à interdire le débat, mais à tracer une limite claire là où commencent les appels à la haine et la légitimation de la violence politique.
L’histoire rappelle une évidence : la Résistance française s’est constituée face à un régime fasciste ; aux États-Unis, des mouvements antifascistes et antiracistes ont affronté le Ku Klux Klan et la ségrégation. Ces luttes répondaient à des violences concrètes.
L’antifascisme s’inscrit dans une tradition de défense des libertés. Qualifier les antifascistes de « nouveaux fascistes » relève d’une inversion des rôles qui en dit long sur brouillage actuel des repères. Selon Naomi Shulman :
« Les gens gentils ont fait les meilleurs nazis. Ma mère a grandi à leurs côtés. Ils s’entendaient bien, refusaient de faire des vagues, détournaient le regard quand les choses tournaient mal et se concentraient sur des choses plus heureuses que la « politique ». Des gens adorables qui tournaient la tête lorsque leurs voisins étaient emmenés. Vous savez qui n’étaient pas des gens gentils ? Les résistants. »
Résister
Si la normalisation est progressive, la réponse ne peut être seulement émotionnelle : elle doit être organisée. Le paysage médiatique joue un rôle central dans la banalisation. Soutenir des médias indépendants, capables d’enquêter sans dépendre de logiques d’audience ou d’intérêts propriétaires, constitue un acte concret. À l’inverse, refuser les mises en scène médiatiques qui placent sur le même plan l’égalité des droits et des discours discriminatoires.
La lutte contre les idéologies de haine ne se joue pas uniquement sur les plateaux. Elle passe par l’éducation populaire, la compréhension des mécanismes de désinformation et la formation à l’esprit critique. Des guides pédagogiques, comme celui d’Amnesty International destiné notamment aux adolescent·es, offrent des outils concrets pour comprendre et contrer les discours toxiques en ligne. Le contre-discours en ligne est décisif : signaler les contenus haineux, produire des analyses accessibles, occuper l’espace numérique laissé aux récits simplificateurs.
Aussi, soutenir les associations qui défendent les victimes de racisme, de violences sexistes ou de discriminations transforme l’indignation en action.
Enfin, préserver la mémoire. Elle empêche la réécriture des faits et l’inversion des responsabilités. Résister ne signifie pas vivre dans l’affrontement permanent ; cela signifie refuser que l’habituation à l’inacceptable devienne la norme. Car ce que Hannah Arendt appelait la « banalité du mal » commence lorsque l’inacceptable cesse d’être interrogé et s’installe dans l’ordinaire.
– Elena Meilune
Photo de couverture : défilé néonazi du 9 mai 2025 – capture d’écran vidéo CLPRESS
The post Comment se construisent les trajectoires néofascistes first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 26.02.2026 à 05:00
En finir avec les caricatures sur le Venezuela – Volet 3 : Maduro, le deuxième mandat
Mauricette Baelen
Après une remise à plat de la période Chavez, puis la description d’un premier mandat de Nicolàs Maduro pour le moins troublé, nous poursuivons l’enquête dans ce troisième volet où Maduro voit le Venezuela plongé dans le chaos aussi bien économique que social, à l’aube de nouvelles présidentielles.
De plus en plus bousculé par les États-Unis et ses mesures coercitives, ainsi que par une opposition putschiste, la nation a été forcée de se réinventer dans son rapport à l’autonomie et dans son approche démocratique. Récit d’une période de bouleversements intenses.
Nouvelle victoire présidentielle
Après cinq ans de chaos, Nicolàs Maduro se présente à nouveau aux présidentielles en 2018 dans un contexte économique désastreux mêlant récession et inflation incontrôlable. Effondrement du cours du pétrole, mesures étasuniennes et climat insurrectionnel rendent la situation pratiquement ingérable.
Beaucoup se disent alors que l’opposition a toutes ses chances de remporter la mise tant la crise est profonde. Pour autant, les observateurs les plus avisés avaient noté qu’en 2017, quelques mois avant le vote, le peuple avait déjà redonné toute sa confiance aux Chavistes.
Les urnes avaient, en effet, désigné 18 gouverneurs sur 23 aux élections locales avec un taux de participation passé de 54 % en 2012 à 61 % cette fois-ci. Sans doute due à « l’incohérence des dirigeants de droite », analyse Maurice Lemoine. Mêmes résultats aux municipales de 2017, où le PSUV remporte « 305 des 355 » scrutins.
Chapeaux aux couleurs du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, le parti Chaviste – Luis Carlos Diaz
Focalisation médiatique sur l’opposition d’extrême droite
Le MUD (Mesa de la Unidad Democrática), principale alliance d’opposition qui regroupe des mouvements allant du centre à l’extrême droite et moteur essentiel de l’insurrection permanente, a bien conscience qu’une deuxième déconvenue aux présidentielles pourrait être très préjudiciable. Interdite de participer à l’élection en tant que coalition après avoir violé les règles institutionnelles, elle voit alors trois de ses composantes majeures appeler au boycott du scrutin.
Évidemment, en Occident, tous les médias affirment que Nicolàs Maduro n’a plus aucun concurrent. De quoi susciter des regrets pour Maurice Lemoine, qui note que, quand ils s’attardent sur les adversaires du chavisme au Venezuela, la presse occidentale « ne s’intéressent qu’à l’extrême droite ». Il observe même que tous les autres ne sont presque « pas légitime à leurs yeux », souvent décrit comme des soutiens voilés de Maduro, ce qui est « absolument faux ».
« il n’y a pas une opposition au Venezuela, il y en a plusieurs, de la droite modérée à la droite radicale »
Cette droite extrême appelle en outre à un « bombardement du pays et aux sanctions économiques contre son propre peuple. » Ce courant-là « pose un vrai problème » et « n’est pas dans un rapport démocratique normal », déplore l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique. Pourtant, « il n’y a pas une opposition au Venezuela, il y en a plusieurs, de la droite modérée à la droite radicale ».
Maduro réélu après un boycott partiel
De fait, certains partis d’opposition se sont bien présentés au scrutin. Mais l’appel au boycott de nombreux politiciens de droite et d’extrême droite entraîne une large chute de la participation qui passe de près de 80 % en 2013 à seulement 45 %. De nouvelles billes pour les médias internationaux pour dépeindre le Venezuela comme un régime autoritaire.
Et dans ce contexte où la récession économique est permanente, en raison d’un effondrement des cours du pétrole et des mesures étasuniennes, Nicolàs Maduro l’emporte pourtant avec 68 % des voix, loin devant son principal adversaire de centre droit, Henri Falcon. Malgré les cris de protestation de Washington et de l’opposition la plus radicalisée, le même Henri Falcon déclare bien à l’époque que « la victoire du chef de l’État le 20 mai 2018 constitue un fait politique et, en conséquence, Maduro est un président légitime ».
Des affiches pour Henri Falcon, principal rival de Maduro, lors de la campagne présidentielle de 2018 – Noonlcarus
Qui veut la peau de Maduro ?
La pilule ne passe décidément pas au sein des extrêmes droites vénézuélienne et étasunienne (incarnée par Donald Trump). Avant et après l’élection, Nicolàs Maduro déjoue plusieurs tentatives de coups d’État et d’assassinats (dont une attaque au drone). Trump garantit alors que « toutes les options sont sur la table, y compris les plus fortes. Et vous savez ce que j’entends par fortes », prémisses de l’enlèvement qui aura finalement lieu huit ans plus tard.
Dans ce contexte, les violences se multiplient entre une opposition aux méthodes guerrières et une police submergée, sous tension. Et dans cette période, de terribles accusations de répression vont s’abattre sur le gouvernement Maduro au sein des médias occidentaux. Certaines ONG évoqueront même des crimes contre l’humanité. Pour autant, Mr Mondialisation démontrera dans le quatrième volet de cette enquête que la situation était beaucoup plus complexe et nuancée que rapportée par la presse.
Juan Guaido, le soldat américain
Toujours est-il, que face à cette situation, la scène internationale, et notamment les États-Unis, s’est trouvé une égérie. Élevé en véritable icône de « la résistance contre l’oppression » en occident, le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, fait les gros titres. Début 2019, il s’autoproclame président du Venezuela en lieu et place de Nicolàs Maduro, sur aucune base légale.
Unes de journaux espagnol au moment de l’autoproclamation de Juan Guaido
Sans grande surprise, les États-Unis et une bonne partie de leurs vassaux — dont la France — reconnaissent pourtant cette mascarade qui durera des années. Juan Guaido sera même reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron en 2020. La « communauté internationale » (en réalité seulement 34 pays sur 197) réclame alors de nouvelles élections. À mesure des années, on comprend très vite que les scrutins vénézuéliens n’auront de valeur pour l’occident que lorsque les chavistes les auront perdues.
Pour autant, comme l’explique Maurice Lemoine, Juan Guaido reste « impuissant en interne, privé de tout pouvoir effectif, en l’absence de soutien de l’armée et des corps constitués ». Il ajoute : « dans les faits, il a été “nommé” par la Maison-Blanche pour servir de pivot dans la poursuite de la déstabilisation du Venezuela ». Pour asseoir cette communication, les USA annoncent même livrer une « aide humanitaire » au peuple vénézuélien alors qu’ils étaient eux-mêmes responsables d’un blocus économique contre le pays.
Des millions d’exilés
Reste que dans ce contexte effroyable, entre violences et étouffement commercial, la qualité de vie au Venezuela s’est inévitablement effondrée. Et près de cinq millions de citoyens ont fini par quitter le pays pendant cette période. « 99 % de ces migrants sont partis pour des raisons économiques, et non pas politiques », assure Romain Migus, journaliste et fondateur du site les 2 rives.
« il ne s’agit pas d’un qualificatif adéquat »
Pourtant, il n’est pas rare de voir des témoignages d’immigrés vénézuéliens sur les réseaux sociaux dénoncer « une dictature » ou un « régime autoritaire ». Pour Romain Migus, qui a longtemps vécu sur place et qui s’y rend encore régulièrement, « il ne s’agit pas d’un qualificatif adéquat ».
Des critiques légitimes à nuancer
Il concède cependant que le pouvoir a pu « se raidir », après avoir été confronté pendant des années à « une insurrection permanente, y compris armée ». Pour lui, « après avoir appelé au dialogue très longtemps, le gouvernement a arrêté d’accepter des choses qui pouvaient l’être dans le passé ». Et pourtant, on parle ici, selon lui de « graves insubordinations qui seraient punies dans n’importe quel autre pays. »
Maurice Lemoine confirme qu’il y a « des critiques légitimes à faire sur le Venezuela. Et les opposants de droite sont en droit de critiquer Maduro ». Selon lui, il convient cependant de « donner une image un peu plus nuancée que la propagande ahurissante que l’on a sur les chaînes prétendument d’informations ».
« Le Venezuela n’est pas une dictature »
Pour Romain Migus, il n’y a même aucun doute « le Venezuela n’est pas une dictature ». Il ajoute « si vous ne faites pas partie de cette insurrection armée, il n’y a aucun problème pour participer au jeu démocratique ». Il rappelle par ailleurs que « le Venezuela a des médias d’opposition, un grand secteur du patronat d’opposition, des députés, des gouverneurs, et des maires d’opposition. »
Il certifie également qu’il n’y a « pas de prisonniers politiques au Venezuela », même si certains individus impliqués en politique sont aujourd’hui détenus. « Mais tous ont commis des délits », explique-t-il. Ce fut par exemple le cas de Leopoldo Lopez, l’un des leaders de l’opposition, qui avait déjà participé au coup d’État de 2002, et qui fut incarcéré pour avoir déclenché les « guarimbas » de 2014, à l’origine de plusieurs morts.
Et si les organisations internationales se sont émues du sort de celui qui a finalement été libéré (avant de s’exiler à Miami), moins se sont en revanche recueillies sur le destin funeste du juge assassiné qui l’avait fait condamner.
De nouveaux dispositifs démocratiques
Pour un pays décrit comme une dictature par beaucoup, le Venezuela pourrait réserver bien des surprises, puisqu’il dispose d’une démocratie participative majeure. C’est notamment le cas dans les conseils communaux, avec des communes autogérées qui concernent 14 millions de Vénézuéliens.
Avant de mourir, Hugo Chávez insistait, énormément sur l’importance des communes. « Maduro va mettre en œuvre ce modèle de développement », explique Maurice Lemoine, auteur d’un reportage sur le sujet. « C’est le fondement de la philosophie chaviste, où, à l’échelle locale, on ne délègue pas sa souveraineté à un représentant qui peut trahir. »
« Il y a au Venezuela 49 000 communes et conseils communaux, c’est-à-dire des autogouvernements populaires dans les quartiers, dans les campagnes avec un système horizontal », poursuit-il. « Une fois que la population a décidé quatre fois par an, le projet prioritaire pour le quartier, ou pour la ville, le gouvernement le finance. »
Maurice Lemoine ironise : « c’est le référendum d’initiative populaire que l’on n’est pas fichu de faire en France ! » Dans la même veine, le référendum révocatoire qui permet au peuple de renvoyer n’importe quel élu à mi-mandat, mis en place dès 2000, a aussi été un dispositif vanté par de nombreux observateurs mondiaux. Le journaliste note toutefois que le contexte du pays représente « un boulet » pour tout processus démocratique tant il a une influence sur l’opinion.
Le Venezuela face au Covid-19
En 2020, ainsi que le reste de la planète, le Venezuela est frappé par l’épidémie de Covid-19, mais il parvient à plutôt bien gérer cette crise avec « seulement » 5820 morts, surtout en comparaison d’autres états sud-américains qui se retrouvent décimés, comme le Brésil, deuxième pays le plus touché au monde.
C’est dans cette période qu’ont lieu de nouvelles élections législatives, à nouveau boycottées par une partie de l’opposition, dont les suiveurs de Juan Guaido, qui le considèrent toujours comme président légitime alors que celui-ci n’a pourtant aucun pouvoir réel. La pandémie et cet appel entraînent près de 70 % d’abstention, ce qui permet aux Chavistes de reprendre très largement le contrôle de l’Assemblée. Il faut aussi ajouter qu’en 2021, le socialisme vénézuélien remporte encore les régionales et les municipales, bien que ses adversaires avaient cette fois-ci accepté de participer.
Pourtant, dans une situation ubuesque, les députés d’opposition sortant de la précédente Assemblée continuent à siéger en parallèle, toujours sans pouvoir effectif et réélisant Juan Guaido président par intérim, avant de finir par le renverser en 2023. Face à cet échec cuisant, et ayant perdu la confiance des siens, celui-ci s’exilera d’ailleurs aux États-Unis quelques mois plus tard.
Reconstruction
Toujours étouffé par les mesures américaines, le Venezuela va néanmoins profiter de cette période pour se réinventer. À la fin de cette crise, la nation commence à « se reconstruire progressivement, et notamment son agriculture. Depuis près d’un siècle, le pays ne produisait plus sa propre nourriture ; désormais, il produit 90 % de ce que les gens mangent », assure Romain Migus.
« le Venezuela a recommencé à se bâtir sur les fondations de son agriculture abandonnée il y a plus de cent ans ».
Et même si « l’économie dépend encore beaucoup du pétrole », le reporter souligne qu’il y a cependant un « cercle vertueux qui s’est créé ». Il ajoute : « le Venezuela a recommencé à se bâtir sur les fondations de son agriculture abandonnée il y a plus de cent ans ». À l’aube de ce renouveau, se profilent alors de nouvelles élections présidentielles en 2024, où Nicolàs Maduro sera candidat pour la troisième fois.
→ Enquête à suivre dans le troisième volet, à partir du jeudi 5 mars 2026.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Donald Trump, Nicolàs Maduro et Juan Guaido – Montage Mr Mondialisation
The post En finir avec les caricatures sur le Venezuela – Volet 3 : Maduro, le deuxième mandat first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 25.02.2026 à 05:00
Loi Yadan : la critique d’Israël bientôt pénalisée en France ?
Mauricette Baelen
Déposée par Caroline Yadan, députée Renaissance et secrétaire du groupe d’amitié France–Israël, la proposition de loi visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme », suscite une vive controverse. Si son objectif affiché — et légitime — de lutte contre la haine antisémite ne fait guère débat, plusieurs juristes et organisations juives alertent sur ses effets potentiels.
Le texte pourrait-il restreindre la critique politique, notamment lorsqu’elle vise l’État d’Israël ? Le débat, désormais porté à l’Assemblée nationale, pose une question simple : où se situe la frontière entre lutte contre l’antisémitisme et pénalisation de certaines formes d’antisionisme ?
Loi Yadan : Un texte aux limites floues
La proposition de loi entend renforcer la répression de certaines expressions considérées antisémites. Elle s’appuie notamment sur la définition de l’IHRA. Il s’agit d’une alliance intergouvernementale dédiée à la mémoire et à l’éducation sur la Shoah. Or, certains spécialistes s’inquiètent des dérives potentielles auxquelles pourrait conduire le texte.
Un collectif d’universitaires et de juristes a publié une tribune dans Le Monde dénonçant le texte de loi : selon eux, il confond volontairement antisionisme et antisémitisme. Ce qui risque de censurer les discours critiques envers l’État d’Israël et d’introduire un flou juridique dangereux pour la liberté de débat.
Parallèlement, Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des Droits de l’homme, dénonce une potentielle censure pure et simple de la critique de l’État d’Israël. Et le collectif juif décolonial Tsedek ! et l’Union juive française pour la paix (UJFP) demandent, dans un communiqué, le rejete de ce texte.
La liberté d’expression protégée par le droit européen
La liberté d’expression bénéficie d’une forte protection en droit européen. La Cour européenne des droits de l’homme indique, selon, l’arrêt Handyside c. Royaume-Uni, 1976, que :
« La liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent. »
Autrement dit, la critique politique — même virulente — est protégée tant qu’elle ne constitue pas une incitation à la haine ou à la violence. C’est ici que se situe la ligne de fracture : Si la loi introduit une confusion entre critique d’un État et haine d’un peuple, elle pourrait créer un effet dissuasif majeur sur le débat public.
Dans un communiqué critique, le Syndicat des Avocats de France estime que la proposition de loi brouille la frontière de la légalité et porte atteinte à la liberté d’expression.
La Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. Wikimedia.
Quid de la liberté académique ?
La proposition de loi s’inscrit également dans un contexte plus large : l’adoption récente au Sénat d’un texte relatif à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, appelé à être examiné à l’Assemblée nationale. Cette initiative prévoit notamment la mise en place de formations obligatoires sur l’antisémitisme tout au long du parcours universitaire, un renforcement des dispositifs de signalement et un durcissement des procédures disciplinaires.
La question soulevée dépasse ainsi la seule liberté d’expression au sens classique pour toucher à la liberté académique. Les universités bénéficient en droit français et européen d’une protection particulière garantissant la libre discussion scientifique et politique. Un cadre juridique jugé imprécis pourrait entraîner une forme d’autocensure : conférences, séminaires ou travaux portant sur le sionisme, le colonialisme ou la politique israélienne pourraient être évités par crainte de poursuites ou de sanctions disciplinaires.
Gaza : crimes et liberté d’expression
Le contexte est central. Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté et qualifié certaines actions israéliennes à Gaza de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ces ONG dénoncent un déchaînement de violence commis en toute impunité en réponse aux attaques du 7 octobre 2023.
Une procédure pour génocide est d’ailleurs actuellement examinée par la Cour internationale de Justice. Elle a déjà ordonné des mesures provisoires, sans toutefois statuer sur le fond.
Dans ce cadre, rendre juridiquement risquée la critique d’un État accusé de violations graves du droit international soulèverait une question démocratique fondamentale : Peut-on pénaliser le débat sur des accusations examinées par des juridictions internationales ? La lutte contre l’antisémitisme peut-elle justifier une restriction du pluralisme politique ?
Le Palais de la Paix, siège de la Cour internationale de Justice à La Haye (Pays-Bas). Wikimedia.
Faut-il craindre la loi Yadan ?
La proposition de loi portée par Caroline Yadan s’inscrit dans la volonté de répondre à une recrudescence bien réelle des actes antisémites. Toutefois, une démocratie se doit de protéger ses citoyennes et citoyens contre la haine sans pour autant restreindre la liberté de débattre de politiques étatiques qui font l’objet d’accusations internationales relatives à des pratiques assimilées à des crimes de guerre, à des crimes contre l’humanité ou à des situations d’apartheid. Cela pourrait, de facto, contribuer à réduire au silence la dénonciation de ces faits allégués et, partant, entraver les efforts visant à les faire cesser.
Enfin, dans leur communiqué, Tsedek ! et l’UJFP critiquent la centralité accordée à la définition opérationnelle de l’antisémitisme adoptée par l’IHRA. Pour ces organisations, l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme pourrait entretenir une confusion dangereuse : en identifiant le sionisme — projet politique — à la judéité — identité religieuse ou culturelle plurielle — elle risquerait de renforcer l’assignation des Juifs à l’État d’Israël, contribuant ainsi à une forme d’essentialisation que la lutte contre l’antisémitisme devrait précisément déconstruire.
En arrière-plan du débat se trouve donc une question plus large : celle de la redéfinition contemporaine de l’antisémitisme. Certains chercheurs évoquent l’émergence d’un « nouvel antisémitisme » qui se manifesterait notamment à travers certaines formes d’hostilité à l’État d’Israël. D’autres contestent cette grille d’analyse, estimant qu’elle tend à déplacer l’attention des formes historiquement structurantes de l’antisémitisme — issues notamment de l’extrême-droite et des nationalismes — vers les mouvements anticolonialistes ou pro-palestiniens. Ce désaccord intellectuel nourrit aujourd’hui une controverse juridique et politique majeure.
Par ailleurs, la polémique entourant le texte s’est inscrite dans un climat de tensions accrues autour des prises de position relatives au conflit israélo-palestinien. En 2024, Caroline Yadan avait notamment mis en cause publiquement Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, l’accusant de complaisance envers le terrorisme — des accusations contestées par l’intéressée et par plusieurs observateurs, qui dénonçaient une présentation déformée de ses propos.
Cet épisode illustre la forte polarisation du débat public sur la qualification juridique des actions israéliennes à Gaza et sur la légitimité des critiques formulées à l’encontre du gouvernement israélien. Il met également en lumière la sensibilité extrême du sujet, où les accusations d’antisémitisme, d’apologie du terrorisme ou de désinformation circulent dans un climat de défiance généralisée.
– Florian Doare
Photo de couverture : Caroline Yadan. Wikimedia.
The post Loi Yadan : la critique d’Israël bientôt pénalisée en France ? first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 24.02.2026 à 11:58
Quentin Deranque : le guet-apens néofasciste derrière la minute de silence
Mauricette Baelen
Après un reportage sur la résistance bretonne qui fait masse face au fascisme, retour à l’origine de l’onde de choc. Le 12 février 2026, à Lyon, un affrontement entre militants d’extrême droite et antifascistes conduit à la mort de Quentin Deranque. Très vite, un récit s’impose : celui d’un « jeune catholique » qui serait victime de la violence politique. Mais les révélations successives dessinent un tableau bien différent – et profondément inquiétant. Édito.
Les images brutes d’un jeune homme roué de coups, au sol, ont légitimement suscité l’indignation. Rien ne peut justifier qu’une personne déjà neutralisée soit frappée collectivement. Toute violence de cette nature doit être condamnée sans ambiguïté. Mais réduire cet événement à un « lynchage politique » occulte des éléments essentiels.
Ce qui s’est joué à Lyon dépasse largement une « rixe » tragique. C’est la mise au jour d’un dispositif : préparation d’embuscades par des militants néofascistes, coordination entre groupuscules, stratégie de communication, puis, dans un second temps, processus rapide de légitimation politique et médiatique. Comment en sommes nous arrivés là ?
Une milice organisée : les révélations de l’Humanité
Les éléments révélés par le journal L’Humanité changent radicalement la lecture des événements. Des échanges internes entre le collectif Némésis et des militants néonazis lyonnais, évoquant la préparation d’un guet-apens contre des antifascistes à l’automne 2025, ont été récemment publiés. On y voit une stratégie précise : attirer des opposants, mobiliser une équipe d’hommes pour leur tendre un piège, filmer l’action et éviter toute mise en cause de Némésis [une pétition est en ligne pour réclamer sa dissolution]. Si l’une de leurs actions a échoué, le mode opératoire est posé noir sur blanc.
« On peut être deux, trois filles à tracter, là où vous voulez les choper. »
Les fémonationalistes de Némésis, groupe dirigé par Alice Cordier, échangent notamment avec Calixte Guy, fils d’une ex-candidate du RN et dirigeant du groupuscule néofasciste Audace Lyon (dont Quentin Deranque était un sympathisant).
La famille Guy-Mathon presque au complet : Aliénor Charbonnier, Paul-Eloi Guy, Lionel Guy, Blandine Guy, Calixte Guy. / Crédits : Captures d’écran Instagram / Street Press.
« Nous on monte une équipe sur place pour choper les gauches […] Il ne vous arrivera rien en tant que meufs »
Ces propos peuvent être reliées à des violences concrètes : le 16 février 2025 à Paris, lors d’une action des Hussards, Calixte Guy participe à un passage à tabac collectif (20 contre 1) visant un militant CGT (coups de casque, de pieds dans la tête et tessons de verre.).
Suite à cette attaque, les perquisitions mettent en lumière tout un arsenal : couteaux, hachettes, matraque télescopique, lacrymogènes, réplique d’arme… Il est aussi question de relations financières entre groupes, de propos antisémites explicites et d’une revendication idéologique néonazie assumée.
Après quelques années à l’Action française Lille, Calixte Guy a rejoint les néofascistes de Lyon populaire. / Crédits : Captures d’écran Instagram / Street Press.
Les données retrouvées dans le téléphone de Calixte Guy incluent une conversation intitulée « Dossier gauche » qui recense des militants de la Jeune Garde avec des informations sur leurs domiciles et leurs véhicules. Calixte Guy y revendique des actions contre eux, tandis que la communication du groupe promet ouvertement des représailles physiques contre les antifascistes :
« Antifa, te casse pas la tête, Audace s’en chargera. »
Quentin Deranque, sacrifié sur l’autel du néofascisme ?
Les faits du 12 février 2026 s’inscrivent dans ce contexte. Bien loin du récit victimaire largement repris par les médias à la solde de milliardaires d’extrême droite, une première enquête du média Contre Attaque montre notamment des images d’un groupe d’individus vêtus de noir et masqués charger un autre groupe.
Les témoignages relayés par Contre Attaque et Mediapart concordent. Il en ressort que des hommes armés et cagoulés auraient tendu une embuscade à des militants de gauche se rendant à la conférence de Rima Hassan à Sciences Po. Une torche ou un fumigène aurait été lancé en leur direction, touchant le visage de l’un des antifascistes.
« Un groupe d’énervés d’extrême droite qui semble attendre les autres à la sortie du pont ferroviaire »
Des images révélées ensuite par Le Canard Enchaîné montrent effectivement un groupe d’hommes cagoulés, équipés de torche, béquille métallique, gazeuse et casques de moto, en train d’attaquer autre groupe, en sous nombre et désarmé. La vidéo montre des coups portés avec une béquille et l’usage de gaz lacrymogène. En fin de compte, vidéos et témoignages d’habitants locaux et de militants de gauche concordent tandis que ceux des militants d’extrême droite se contredisent.
Une fois l’offensive perdue, les militants néofascistes s’enfuient, abandonnant leurs camarades. C’est à ce moment-là que le déchaînement – encore une fois, injustifiable – sur Quentin Deranque a lieu. Un voisin témoigne toutefois avoir vu ce dernier se relever et refuser d’aller à l’hôpital avant d’être pris en charge plus tard en raison de son état critique.
Alors que les premiers jours médiatiques ont livré un récit présentant Quentin Deranque comme un martyr, « mort pour ses idées », un narratif repris par de nombreux responsables politiques, la réalité est tout autre : Selon Luminis, groupe néofasciste en cause, les derniers mots de Quentin Deranque auraient été : « On remet ça, les gars. ».
Tweet du groupe néofasciste Luminis
La minute de silence de la honte et une marche néonazie
Le 17 février 2026, l’Assemblée nationale observe une minute de silence en hommage à Quentin Deranque. Or, à cette date, les premières révélations sur le contexte des faits circulent déjà. Il y avait déjà de nombreux éléments montrant que Quentin Deranque était un militant néofasciste, qui a probablement participé à une embuscade organisée, une présence de groupes néonazis armés, une coordination préalable.
Quentin Deranque était un militant de l’Action Française, groupe nationaliste, royaliste et antisémite violent, héritier des ligues fascistes des années 1930. Il était aussi proche d’Audace Lyon, émanation du Bastion social, dissous pour violences et appels à la haine. Malgré cela, l’Assemblée choisit d’inscrire ce nom dans son rituel le plus symbolique.
Dans le même temps, une marche d’extrême droite est organisée à Lyon en hommage à Quentin Deranque. La manifestation est autorisée. Sur place, des saluts nazis, des slogans racistes et des symboles explicitement néonazis sont observés.
En quelques jours, un militant issu d’une mouvance néofasciste bénéficie ainsi d’un double processus de légitimation : un hommage parlementaire et une démonstration de rue encadrée par les autorités, organisée par des réseaux déjà identifiés pour violences.
Le bruit des bottes… Et le silence des pantoufles
Une minute de silence dans l’hémicycle n’est pas un hommage privé, elle constitue un acte institutionnel qui suspend le débat. Elle rassemble les représentants de la nation dans un recueillement commun et inscrit un nom dans la mémoire officielle. De même, autoriser et encadrer une marche d’hommage participe d’une reconnaissance implicite de l’État.
Une démocratie choisit ses symboles. Alors la question s’impose : pourquoi cette reconnaissance officielle pour Quentin Deranque et pas pour les victimes des violences massives d’extrême droite ? Une extrême droite qui, comme nous le montrions dans « Patriotisme » : la droite fidèle à ses propres valeurs ?, piétine les principes même de son pays : Liberté, Égalité, Fraternité.
Les chiffres contredisent le récit victimaire
Sur BFMTV, le 17 février 2026, Marion Maréchal a affirmé que « la violence d’extrême droite est dérisoire par rapport à celle d’extrême gauche » et qu’elle « n’existe pas statistiquement ».
Pourtant, selon les données d’ACLED, organisme indépendant et impartial qui recense les violences politiques en Europe, environ 85 % des violences commises par des groupes radicaux ces dernières années sont attribuées à l’extrême droite.
D’après l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite, depuis 1986, en France, on dénombre 59 morts attribués à l’ultra-droite, contre 6 à l’ultragauche. Selon le média Contre Attaque, rien que depuis 2022, 11 morts et 19 blessures graves par balles ou armes blanches ont eu lieu lors « d’agressions racistes ou fascistes ».
Si l’on prend le cas de Lyon, l’impunité des violences de l’extrême droite y est légion. Selon le recensement effectué par le média indépendant Rue89Lyon, depuis le début des années 2000, sur 102 actions violentes recensées « 70% restent impunies, sans réponse pénale ou policière ».
Une minute de silence pour ceux qui n’y ont pas eu droit
Si une minute de silence a été observée à l’Assemblée en hommage à un militant néofasciste, de nombreuses victimes de son idéologie n’ont pas eu cet honneur. Des exemples de meurtres liés à l’extrême droite depuis les années 2000 (liste non exhaustive) :
– 2001 : Mohamed Madsini, père de famille de 46 ans tué d’une balle dans la nuque par un néonazi
– 2002 : François Chenu, battu à mort parce qu’il était homosexuel
– 2010 : Saïd Bourarach, poursuivi puis noyé par des membres de la LDJ mouvement néosioniste d’extrême droite
– 2013 : Clément Méric, militant antifasciste, frappé à mort par des skinheads
– 2022 : Federico Martín Aramburú, assassiné par un ancien militant du GUD
– 2022 : Emine Kara, Mîr Perwer, Abdurrahman Kızıl, assassinés dans la tuerie raciste rue d’Enghien
– 2022 : Mahamadou Cissé, 21 ans, abattu à bout portant par son voisin raciste
– 2024 : Rochdi Lakhsassi, abattu de deux balles dans le dos alors qu’il faisait du démarchage
– 2024 : Djamel Bendjaballah, père de famille assassiné par un membre de la « Brigade Française Patriote », une milice d’extrême droite survivaliste
– 2024 : Angela Rostas, 40 ans, tuée chez elle le 22 février 2024 alors qu’elle attendait un enfant, dans une attaque visant sa communauté rom.
– 2025 : Aboubakar Cissé, 22 ans, a été poignardé dans une mosquée à La Grand‑Combe, alors qu’il préparait la salle pour la prière.
– 2025 : Hichem Miraoui, assassiné par son voisin raciste radicalisé
– 2026 : Ismaël Aali, 20 ans retrouvé mort dans un étang. Le mobile raciste est au cœur de l’enquête.
Qu’en est-il de toutes les autres victimes ? Pourquoi une minute de silence n’a pas été observée pour chacune des plus de cent femmes tuées chaque année par leur compagnon ou ex-compagnon, mortes sous le poids de la domination masculine que l’extrême droite glorifie ? Chaque personne assassinée par la haine raciale, homophobe, transphobe, validiste ? Les sans-abri morts de froid dans les rues d’un pays qui se targue d’être une des plus grandes puissances mondiales ? Les dizaines de milliers d’enfants morts sous les bombes à Gaza, victimes d’un État génocidaire et d’un Occident complice ? Toutes les victimes de l’impérialisme meurtrier, pour qui les vies ne sont que des pions sur l’échiquier des puissants ? Les personnes migrantes noyées dans la mer et dans l’indifférence collective ? Les travailleurs morts à la tâche, sacrifiés sur l’autel du profit, d’un système dont l’extrême droite est la plus fervente défenseure ? Les minorités LGBT traquées, ces cibles éternelles d’une haine que l’on cultive et que l’on excuse ?
LFI classée à « l’extrême gauche » : un cadrage lourd de sens
Le 10 février 2026, soit deux jours avant la mort de Quentin Deranque, le ministère de l’Intérieur classe La France Insoumise dans le bloc « extrême gauche ». Or, qu’est-ce que l’extrême gauche au sens historique et politologique ? Traditionnellement, on désigne par « extrême gauche » les courants refusant la démocratie parlementaire comme cadre stratégique : organisations prônant la rupture insurrectionnelle, groupes autonomes anti-institutionnels, formations refusant la participation aux institutions républicaines comme horizon central. LFI en est de facto très éloignée.
Après la mort de Quentin Deranque, ce reclassement a nourri un cadrage médiatique insistant sur la « responsabilité » de La France Insoumise. Dans le même temps, Les Républicains ont appelé à un « cordon sanitaire » autour de LFI.
Le cordon sanitaire politique vise à refuser toute alliance avec un parti à tous les niveaux de pouvoir, et le cordon sanitaire médiatique consiste quant à lui, à ne pas laisser la parole en direct à ce parti. Une pratique auparavant réservée à l’extrême droite au vu de l’idéologie nazie dont elle a fait le lit.
Transposer ce mécanisme à un parti parlementaire de gauche engagé dans le jeu institutionnel installerait une équivalence entre des forces dont la nature, l’histoire et les objectifs ne sont absolument pas comparables. Cette inversion du réel, nous l’avions d’ailleurs explorée dans ce précédent article Confusionnisme : non, le fascisme n’est pas de gauche.
Ce glissement installe en effet une symétrie entre l’extrême droite et l’extrême gauche, un glissement également exploré dans l’article L’extrême gauche et l’extrême droite ne sont pas comparables.
Or, les données sur la violence politique montrent qu’aucune équivalence n’est possible. Assimiler systématiquement LFI à un pôle comparable à l’extrême droite contribue à banaliser cette dernière en la présentant comme une radicalité parmi d’autres.
La responsabilité
Rien de tout cela ne surgit par hasard. Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large : des décennies de politiques néolibérales, une explosion des inégalités, la désignation méthodique de boucs émissaires, la banalisation médiatique des discours de haine, des algorithmes qui amplifient les radicalités, une culture viriliste qui fait de la violence un marqueur identitaire, et une stratégie progressive de normalisation institutionnelle de l’extrême droite.
Un second article élargira l’analyse pour examiner ce terreau de la haine et comprendre comment il se construit – car ce qui est fabriqué politiquement peut aussi être défait politiquement. Encore faut-il cesser les euphémismes, et avoir la lucidité d’appeler les choses par leur nom.
– Elena Meilune
Photo d’en-tête : Minute de silence pour Quentin Deranque à l’Assemblée nationale – Capture d’écran de la vidéo de HuffPost
The post Quentin Deranque : le guet-apens néofasciste derrière la minute de silence first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 23.02.2026 à 17:07
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Mauricette Baelen
Alors qu’une assemblée générale antifasciste s’est vue refuser l’accès à la maison des associations de Lorient par la mairie, celle de Quimperlé, elle, a autorisé, ce samedi 21 février 2026, un rassemblement en hommage à Quentin Deranque, militant néo-nazi. Cet hommage a déclenché la mobilisation des habitant·es de Quimperlé. Reportage sur ce « tapis rouge » offert au fascisme et la résistance massive qui s’y oppose.
Quentin Deranque, 23 ans, est mort à Lyon le 12 février 2026, après avoir été gravement blessé lors d’une violente altercation survenue en marge d’une conférence à Sciences Po Lyon. Cette altercation a eu lieu en parallèle d’un rassemblement impliquant le collectif fémonationaliste Némésis, qui protestait contre la participation de l’eurodéputée Rima Hassan à la dite conférence portant sur « les relations entre l’Union européenne et les gouvernements européens dans le cadre du conflit au Proche-Orient ».
Le 22 février 2026, L’Humanité a dévoilé que les fémonationalistes et d’autres groupuscules d’extrême droite planifiaient, de véritables traquenards visant à attirer les militants antifascistes dans des guet-apens. Ces manœuvres pourraient avoir conduit à l’altercation violente dans laquelle Quentin Deranque a trouvé la mort.
Mais qui était Quentin Deranque ? Un militant néofasciste ayant fréquenté l’Action française, mouvement national‑royaliste d’extrême droite. Il a aussi été cofondateur en 2025 d’un groupuscule néofasciste nommé Allobroges Bourgoin, implanté en région iséroise. Il a participé à des rassemblements liés à des mouvements identitaires ou nationalistes, associés au néofascisme, comme le Comité du 9 Mai (C9M).
L’antifascisme quimperlois mobilisé pour des « valeurs de solidarité, d’égalité et de respect »
Lorsque les habitant·es du pays de Quimperlé ont appris qu’un hommage à un militant néofasciste, programmé le samedi 21 février 2026 et porté par un ancien candidat de Reconquête, avait été autorisé, la réaction ne s’est pas faite attendre. En quelques heures à peine, l’indignation a laissé place à l’action… Très vite, une mobilisation citoyenne s’est organisée, déterminée à faire entendre une autre voix et à affirmer les valeurs de la ville.
C’est par ce communiqué, diffusé dans l’urgence, que les habitant·es ont appelé au rassemblement : « Ce samedi 21 février à 14h30, au prétexte d’un hommage à Quentin Deranque, l’extrême droite se rassemblera place Charles de Gaulle à Quimperlé. Face à cette initiative, nous appelons à une mobilisation citoyenne, pacifique et déterminée, pour affirmer haut et fort nos valeurs de solidarité, d’égalité et de respect. Face au déferlement réactionnaire en cours, nous, habitant·es du pays de Quimperlé, appelons celles et ceux qui ne se reconnaissent ni dans l’exclusion ni dans la nostalgie autoritaire la plus rance à s’opposer fermement à ce qu’un tel rassemblement puisse se tenir dans notre ville. Ils voudraient que le silence fasse loi, que l’habitude de la peur l’emporte, que la résignation devienne paysage. Que notre présence dise simplement ceci : ici, la peur ne gouverne pas. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Marie*, habitante de Quimperlé qui a rejoint ce rassemblement antifasciste, nous raconte : « Je dirais qu’on était environ 200 personnes, donc beaucoup plus que le rassemblement en hommage à Quentin Deranque qui comptait une cinquantaine de personnes au maximum. Le rassemblement était très pacifique, nous nous sommes retrouvé·es à partir de 14 heures sur la place Hervo, autour des Halles de Quimperlé, et nous sommes resté·es pendant 1h30 environ. »
« Des gens ont convergé de différentes villes du Finistère pour soutenir l’antifascisme. Des slogans ont été scandés dont « pas de facho ni en ville ni en campagne » ET « siamo tutti anti fascisti » (ndlr : slogan italien signifiant « Nous sommes toustes antifascistes »). En parallèle, le rassemblement pour quentin Deranque a été très bref, les gens sont parti·es tôt, vers 15 heures. »
Juliette*, également habitante de Quimperlé se réjouit : « Ça a fait beaucoup de bien à toustes de voir qu’on était si nombreuxses, que tant de monde a répondu à l’appel ! C’était très intergénérationnel, représentatif de la population de la ville. On a vu un Quimperlé deter’ et bienveillant ! Et les prises de paroles et les chants de chorale ont donné beaucoup d’énergie pour les combats à mener ! »
Le rassemblement en hommage à Quentin Deranque comptait une cinquantaine de personnes au maximum.
Une forte présence policière, armée de lance-grenades et de lanceurs de balles de défense (LBD), se trouvait entre la place Charles de Gaulle, lieu de l’hommage fasciste, et la place Hervo, lieu du rassemblement antifasciste. Marie témoigne : « Il y a eu la proposition que le rassemblement antifasciste rejoigne la place Charles de Gaulle, une fois que l’hommage à Quentin Deranque était terminé et que la place était libre, mais la police a refusé, indiquant qu’elle avait l’ordre de ne pas laisser passer les habitant·es de Quimperlé opposé·es à cet hommage. » Elle ajoute que « les forces de l’ordre ont fouillé les sacs des personnes venu·es place Hervo ».
Pour cette habitante quimperloise, ce dispositif répressif fait écho à celui qui avait été déployé pour la mobilisation du 10 septembre 2025 : « Certains policiers ont annoncé venir d’ailleurs, les forces de l’ordre n’étaient pas que de Quimperlé »
Le fascisme protégé, l’antifascisme réprimé
Cette protection, par les forces de l’ordre, des militant·es promouvant une idéologie fasciste, va de paire avec la répression de l’antifascisme. Cette mécanique a déjà été vue à l’œuvre à Saint-Brévin-les-Pins. Le samedi 25 février 2023, des militants d’extrême droite (Reconquête, Civitas, Riposte Laïque et autres collectifs fascistes) avaient manifesté contre un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Les saluts nazis ont été couverts par un important dispositif policier. En parallèle, les 1 200 personnes venues soutenir les exilé·es et dénoncer la manifestation fasciste ont été nassées, filmées et contrôlées par 300 policiers. Quelques semaines plus tard, la maison du maire Yannick Morez, soutien du projet de CADA, avait été incendiée.
Cette normalisation du fascisme – alors même que les mobilisations de soutien à la Palestine, dont le peuple subit un génocide, sont régulièrement interdites – s’illustre de manière flagrante par l’hommage à Quentin Deranque qui a eu lieu à Lyon ce samedi 21 février 2026.
Cet hommage a été organisé par Aliette Espieux, porte-parole de la Marche pour la Vie, un mouvement catholique contre l’avortement et l’euthanasie, depuis 2019. Elle côtoie Academia Christiana, un mouvement catholique traditionaliste. Elle est également mariée à un néonazi, Eliot Bertin, qui était à la tête du groupuscule violent Lyon Populaire, dissous en 2025 pour apologie de la collaboration avec le nazisme et incitation à la haine contre les étrangers.
Ce samedi 21 février 2026 à Lyon, dans le cortège, des salut nazis ont été perpétuées parmi les premiers rangs. Des insultes homophobes et racistes ont fusé, notamment « À bas les bougnoles, à bas les PD », filmées malgré les tentatives de dissimulation du service d’ordre.
Cette décomplexion fasciste est corroborée par Dav Shariaty qui sonne l’alerte : « À Rennes, un des manifestants porte une veste Helly Hansen aux initiales HH. Ils se défendront du dogwhistle en disant que ce sont de très bonnes vestes, mais un néo-nazi ne saurait ignorer le sens des lettres HH ou du nombre 88, alors nous n’ignorons pourquoi ils les portent. Veste qu’avait portée le député RN, Julien Odoul. »
Story Instagram de Dav Shariaty.
Une terreur fasciste en pleine expansion
La déferlante fasciste à travers l’hommage à Quentin Deranque s’est aussi manifestée le 17 février 2026. Des hooligans néonazis ont attaqué un bar à Toulouse, frappant plusieurs personnes. Les victimes racontent que les assaillants cagoulés étaient armés d’une chaîne de vélo, d’une matraque télescopique et d’un couteau, scandant « Justice pour Quentin ».
Cette escalade de la violence s’inscrit dans un climat déjà bien installé. Il y a un an, le 16 février 2025, à Paris, la section locale de Young Struggle organisait la projection du film antifasciste Z de Costa-Gavras. Derrière deux portes blindées, un groupe cagoulé et armé de tessons de bouteilles, de casques de moto et d’au moins une arme blanche a tenté de forcer l’entrée. Plusieurs dizaines de néofascistes ont attaqué la projection ; une personne a été poignardée. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour tentative d’homicide volontaire, et six militants d’extrême droite ont été interpellés.
Le phénomène s’étend également aux campus universitaires. Rien qu’entre le 30 janvier 2025 et mars 2025, le Monde rapportait que cinq faits antisémites dans les campus avaient été signalés, incluant des saluts nazis, avec plusieurs auteurs présumés liés au syndicat étudiant UNI, illustrant la porosité entre certains milieux universitaires et l’extrême droite identitaire.
Quand l’État honore un néonazi et ignore ses victimes
Le 17 février 2026, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence en hommage à Quentin Deranque. Cette initiative, demandée par Éric Ciotti, président du groupe Union des droites Républicaines, a été approuvée en conférence des présidents, avec le soutien de la présidente Yaël Braun‑Pivet. La plupart des groupes parlementaires y ont participé, malgré l’absence de plusieurs députés de La France Insoumise.
Or d’autres vies humaines ont été fauchées, celles-ci victimes directes de l’idéologie dont se réclamait Quentin Deranque, mais sans qu’aucune minute de silence ni hommage officiel ne soit organisée. En voici quelques noms :
-
Ismaël Aali, 20 ans, a été retrouvé noyé dans un étang glacé près de Lyon le 6 janvier 2026. Le crime a été qualifié de raciste par la justice.
-
Aboubakar Cissé, 22 ans, a été poignardé dans une mosquée à La Grand‑Combe dans le Gard le 25 avril 2025, alors qu’il préparait la salle pour la prière. L’attaque, accompagnée d’insultes islamophobes, est largement considérée comme un crime raciste et religieux.
-
Hichem Miraoui, 45 ans, coiffeur tunisien, a été abattu devant son salon à Puget‑sur‑Argens dans le Var le 31 mai 2025, dans un contexte xénophobe clairement identifié.
-
Angela Rostas, 40 ans, tuée chez elle le 22 février 2024 alors qu’elle attendait un enfant, dans une attaque visant sa communauté rom.
Angela Rostas, 40 ans, tuée chez elle le 22 février 2024 alors qu’elle attendait un enfant, dans une attaque visant sa communauté rom.
Comme le montre le meurtre d’Ibrahim Ali à Marseille le 21 février 1995 par un militant du Front national, ces crimes visent des personnes clairement désignées par la propagande d’extrême droite.
Le contraste est alors saisissant : un hommage officiel est rendu à celui qui incarnait cette idéologie de haine, tandis que les victimes sont ignorées par les institutions. Dans ce contexte, le Pacte Lyon respirable a exprimé dans un communiqué que le registre n’est plus celui de la simple inquiétude mais qu’« un seuil a été franchi » :
« Aujourd’hui, à Lyon, une manifestation d’extrême droite a été autorisée et s’est tenue. Dans le même temps, la photo d’un militant d’extrême droite a été déployée sur un bâtiment institutionnel, l’hôtel de Région. […] Dans un contexte marqué par des actes racistes, des attaques contre des lieux de culte et une restriction répétée des mobilisations écologistes, antiracistes ou de solidarité internationale, ces choix envoient un signal politique extrêmement grave : celui d’une banalisation de l’extrême droite dans l’espace public et institutionnel.
L’État de droit ne se mesure pas seulement aux textes, mais aux symboles qu’il accepte, aux peurs qu’il reconnaît et à celles qu’il ignore. Aujourd’hui, beaucoup de citoyennes et de citoyens, en particulier racisés et musulmans, se sentent moins protégés qu’hier. Cette hiérarchisation implicite des causes, des émotions et des vie met en danger le contrat social. Le Pacte Lyon respirable réaffirme avec force que l’antiracisme, l’écologie et la justice sociale ne sont pas des. variables d’ajustement de l’ordre public. Il y a urgence à faire front contre la normalisation de l’extrême droite et à reconstruire un contrat social fondé sur la l’égalité réelle, la dignité et la sécurité de toutes et tous. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
La résistance bretonne fait masse
Depuis Quimperlé, Émile*, habitant présent lors du rassemblement opposé à l’hommage à Quentin Deranque, appuie le constat du Pacte Lyon respirable et la nécessité d’un front antifasciste : « C’est comme si tout était inversé : on diabolise la solidarité, tandis qu’on laisse proliférer les discours haineux, racistes. À Quimperlé, on se disait qu’on était épargné·es : on est une ville de gauche, une ville vraiment vivante, tout le monde s’entend bien. Alors quand j’ai appris que même ici, un ex-candidat Reconquête essayait d’importer ses idées nauséabondes, ça m’a mis un coup.
« On pouvait pas rester sans réagir ! Et c’est ce qu’on a fait : aujourd’hui on est 200 à dire que l’extrême-droite n’a pas sa place à Quimperlé. J’ai reconnu des voisin·es, des commerçant·es, et ça fait vraiment du bien. On sait qu’ici, on va résister. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Ce front antifasciste breton ne date pas d’hier. À l’automne 2023, le Collectif antifasciste du Morbihan (CAM) avait publié une lettre d’information dénonçant An Tour‑Tan comme un mouvement d’extrême droite implanté à Vannes et appelant à se mobiliser contre la diffusion de ses idées racistes.
À Lorient, des groupes antifascistes luttent contre le groupuscule fasciste La Digue, dénonçant ses attaques ciblées, notamment ses messages homophobes, transphobes et misogynes, ses tentatives de diffusion d’une idéologie nationaliste, ainsi que ses agressions répétées contre le bar Le Concept qui ont mené à sa fermeture. En février 2025, le député Damien Girard a demandé sa dissolution, toujours sans effet.
À Rennes, l’escalier de l’université Rennes 2 peint aux couleurs LGBTQIA+ avait été vandalisé dans la nuit du 23 au 24 janvier 2025 par des inscriptions homophobes. En réaction, des collectifs antifascistes et étudiants se sont mobilisés pour repeindre l’escalier, affirmant leur solidarité avec la communauté LGBTQIA+ et leur opposition à l’extrême droite.
Des collectifs antifascistes et étudiants se sont mobilisés pour repeindre l’escalier dans ses couleurs originales, affirmant leur solidarité avec la communauté LGBTQIA+ et leur opposition à l’extrême droite.
Ce front s’illustre également par le positionnement de la CGT qui a annoncé que le syndicat prône « zéro tolérance pour l’extrême droite » et « ne transigera jamais sur ses valeurs ». Daniela Tiris a ainsi été invitée à quitter la CGT, suite à sa présence aux côtés du candidat Rassemblement national pour les élections municipales 2026 à Lorient.
« L’AG antifasciste régionale sera bien maintenue ! N’en déplaise à Théo Thomas du RN et au maire Fabrice Loher plus prompt à obéir à un parti héritier des fascistes qu’à donner des moyens au milieu associatif. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Quelle suite pour l’antifascisme breton ? Marie rapporte qu’une prise de parole spontanée a annoncé « la proposition de l’organisation d’un carnaval antifasciste à Quimperlé dans les prochaines semaines ». Une perspective joyeuse qui permet de tenir le front des solidarités.
– Mr Mondialisation
*Les prénoms des personnes interviewées ont été modifiés pour préserver leur sécurité.
Photo de couverture : Mr Mondialisation
The post Face au fascisme, la résistance bretonne est massive first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 20.02.2026 à 13:00
Crues, chatgpt et épicerie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Dans l’Aude, redonner de l’espace aux rivières pour prévenir les crues
Le département a choisi de désartificialiser et recréer zones humides et champs d’expansion pour absorber et ralentir les crues, avec des effets jugés efficaces notamment à Trèbes. En élargissant les cours d’eau, les débordements deviennent anticipables et moins destructeurs. (La Relève et la Peste)
2. « QuitGPT » : un boycott contre ChatGPT après un don à Trump
Une campagne de boycott de « QuitGPT » a été lancée après un don de 25 millions de dollars de Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, à Donald Trump. Le collectif appelle à résilier les abonnements et à se tourner vers d’autres chatbots. (Vert)
3. À Clermont-Ferrand, une épicerie remplace l’hypermarché fermé
Après la fermeture d’Auchan, laissant 200 salariés sans emploi, Hélène Nguyen a ouvert Wassana, une épicerie multiculturelle pour recréer un commerce de proximité et un lieu de sociabilité. Fragilisée par des soucis de trésorerie, la boutique tente de répondre aux besoins d’un quartier populaire privé de grande surface. (Reporterre)
4. EDF condamnée pour le licenciement d’un lanceur d’alerte
Le conseil de prud’hommes de Paris a condamné EDF à verser 250 000 euros à Arnaud Begin, ex-cadre nucléaire mis à la retraite d’office après avoir dénoncé harcèlement et écarts de sûreté. La justice a requalifié cette mise à la retraite en licenciement nul, pour violation de sa liberté d’expression.(Reporterre)
5. Braconnage des rhinocéros : baisse de 16 % en Afrique du Sud en 2025
Le braconnage de rhinocéros a reculé de 16 % en 2025 en Afrique du Sud, selon les autorités, grâce au renforcement des mesures de protection et des poursuites judiciaires. Les défenseurs de la faune alertent toutefois : le trafic reste actif et la lutte est loin d’être terminée. (World Animal News)
6.Près de 9 000 amphibiens sauvés grâce à des filets en Drôme
À Moras-en-Valloire, la LPO et des étudiants ont installé 250 mètres de filets le long d’une route pour protéger les amphibiens durant leur migration prénuptiale. Depuis 16 ans, l’opération a permis de sauver 8 584 grenouilles et tritons menacés d’écrasement. (ICI Drôme Ardèche)
7. Record historique de ponte pour un papillon rare au Royaume-Uni
Le thécla du bouleau (Thecla betulae), papillon rare britannique, a atteint en 2025 son plus haut nombre d’œufs jamais recensé. Cette hausse est liée à des haies laissées en croissance libre, favorables à sa reproduction. (Butterfly Conservation)
8. Capri limitera les groupes touristiques à 25 personnes
Dès l’été 2026, l’île italienne de Capri interdira les groupes de plus de 25 personnes et imposera l’usage d’écouteurs pour les guides afin de réduire les nuisances liées au surtourisme. La mesure vise à fluidifier la circulation dans les ruelles étroites et à préserver la tranquillité des habitants. (La Libre)
9. SNCF : préavis de grève des contrôleurs pour les vacances parisiennes
Les contrôleurs SNCF ont déposé un préavis de grève pour le week-end des vacances scolaires de la région parisienne, faisant planer un risque de perturbations sur les départs. Le mouvement porte sur des revendications liées aux conditions de travail et à l’organisation interne.(Le Monde)
10. Un escargot des Bermudes officiellement sauvé de l’extinction
Un petit escargot terrestre endémique des Bermudes a été officiellement retiré de la liste des espèces menacées, après avoir frôlé l’extinction. Sa sauvegarde est le résultat d’un programme de reproduction et de réintroduction mené sur plusieurs années.(Le Monde)
Photo de couverture – Sarah Cottle – Unsplash
– Mauricette Baelen
The post Crues, chatgpt et épicerie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 20.02.2026 à 12:48
Riches, LFI et Tchétchénie : les 10 infos de la semaine
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.
1.13 335 millionnaires sans impôt sur le revenu : Bercy contredit la ministre
Une note de Bercy révèle que 13 335 contribuables assujettis à l’IFI (patrimoine immobilier d’au moins 1,3 million d’euros) ne paient aucun impôt sur le revenu, contredisant les déclarations d’Amélie de Montchalin devant les députés. (L’Humanité)
2. Menace à la bombe contre LFI : le siège évacué
Le siège de La France insoumise a été évacué après une menace à la bombe, dans un climat d’intimidations et de menaces racistes visant le mouvement depuis la mort de Quentin Deranque. (L’Humanité)
3.Tchétchénie : la succession de Kadyrov en toile de fond
Gravement malade, Ramzan Kadyrov serait en fin de règne, ouvrant une bataille feutrée entre ambitions familiales, intérêts oligarchiques et enjeux sécuritaires autour de la succession en Tchétchénie. (Mediapart)
4. Liberté de la presse : 91 entraves recensées en 2024
L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse a comptabilisé au moins 91 atteintes au droit d’informer en 2024, pour son premier rapport annuel. Les forces de l’ordre et des acteurs liés à l’extrême droite sont désignés comme principaux responsables. (Mediapart)
5. Procès de l’addiction aux réseaux : Zuckerberg face au jury
Suite à de nombreuses plaintes pour dépressions et suicides, Mark Zuckerberg doit témoigner à Los Angeles dans un procès accusant Meta et Google d’avoir conçu leurs plateformes pour rendre les jeunes dépendants, au détriment de leur santé mentale. (20 minutes)
6.Voitures de fonction : un privilège masculin et coûteux
En France, 1,5 million de voitures de fonction profitent surtout aux hommes cadres supérieurs : 75 % des bénéficiaires sont des hommes et 50 % sont cadres, pour un usage majoritairement personnel. Cela coûte 1,8 milliard à l’État. (Reporterre)
7. Roundup : Monsanto propose 7 milliards de dollars pour solder les poursuites
Monsanto a annoncé un accord pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars pour régler aux États-Unis les plaintes liées au Roundup, herbicide au glyphosate classé « cancérogène probable » par le Circ. (Reporterre)
8. Grand Est : deux puits de pétrole vers une réouverture
La SPPE veut relancer deux puits de pétrole dans l’Aube et la Marne, avec une exploitation prévue fin 2027-début 2028 pour 74 000 tonnes d’ici 2039. L’Autorité environnementale n’identifie pas de « risque majeur », mais pointe des émissions « notables » estimées à 244 000 tonnes de CO₂. (Reporterre)
9. Jeff Bezos, propriétaire du Washington post, détruit la démocratie
Le Washington Post supprime 300 postes après 400 en trois ans, sur fond de pertes, tandis que son propriétaire, Jeff Bezos est accusé d’influencer sa ligne éditoriale et d’en réduire l’indépendance. Amazon finance en parallèle un film sur Melania Trump pour 75 millions de dollars, relançant les critiques sur l’usage politique de sa fortune. (Vert)
10. Violences au tribunal : la lanceuse d’alerte condamnée
Une policière a été reconnue coupable pour avoir filmé des images de vidéosurveillance montrant des coups portés par une collègue sur un déféré au tribunal de Paris, mais a été dispensée de peine. Les violences révélées ont été classées sans suite, tandis que l’agente mise en cause n’a pas été condamnée pénalement. (StreetPress)
Photo de couverture Mika Baumeister – Unsplash
– Mauricette Baelen
The post Riches, LFI et Tchétchénie : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.