Un odieux connard
Flux purgé de certains visuels, peut nuire à la compréhension des contenus.
Publié le 29.05.2026 à 16:38
Le mystérieux peuple des trains
Longtemps, l’Homme a contemplé les étoiles.
Ces astres scintillants lointains, inatteignables, et pourtant, tellement attirants. Mû par cette volonté qui lui a permis d’abattre tous les obstacles depuis la nuit des temps, il inventa des outils pour vaincre la gravité. Il le fit, par une belle journée de décembre 1903, quelque part en Caroline du Nord, narguant les lois de la nature durant une poignée de secondes le temps de voler sur quarante mètres. Qui aurait pu prédire que seulement quelques décennies plus tard, il irait sur la Lune ? À présent, l’Homme avait les yeux rivés sur Mars. Et savait déjà que les étoiles qui le narguaient depuis bien avant l’invention de l’écriture, seraient bientôt siennes.
Alors, bordel, pourquoi son train n’arrivait-il pas à faire Paris-Le Mans ?
Le monde des transports est ainsi : mystérieux. On dit d’ailleurs que c’est en discutant avec une guichetière Gare de l’Est que Lovecraft, jusqu’alors homme raisonnable, inventa Cthulhu. Et si récemment, ledit monde a fait parler de lui, c’est parce que la SNCF, dans un instant de naïveté, tenta d’améliorer la qualité de son offre de voyage en proposant, pour quelques euros de plus, des voitures « sans enfants », où le voyageur fatigué n’aurait pas à supporter les hurlements de Léanon ou l’épisode de la Pat’Patrouille diffusé à plein volume de Matthenzo. Cette affaire, qui a déjà quelques mois, fit trembler l’internet français jusqu’à son dernier Minitel, les uns arguant qu’une société dans laquelle on ne voulait pas voir d’enfants était une société mourante, alors que les autres rétorquaient que c’est Léanon qu’on aurait voulu voir mourante, là, de suite, pourvu qu’elle ferme sa grande bouche.
Maintenant que la poussière des débats est retombée, permettez-moi de vous inviter à prendre un siège, un cigare, et rappeler cette règle simple : en train, le problème, ce ne sont pas les enfants. Non. Le problème…
C’est que c’est peuplé de gigantesques connards.
Et croyez-moi, je m’y connais.
Permettez-moi, riche de ma longue expérience, de vous rappeler que si la Cour des Miracles n’existe plus dans les souterrains de Paris, c’est parce qu’elle a été montée sur roues puis sur rails, enrichissant désormais le quotidien de tous ceux qui n’en demandaient pas tant.
Mais, assez introduit, comme on dit dans les soirées interlopes : passons donc aux cas pratiques.
I – L’errant

Ma proposition de réforme des billets, adaptée à la population des trains.
Il est facile d’identifier les personnes qui ne prennent pas souvent le train. En effet, on les reconnait à leur air surpris lorsque 10 minutes après le départ du train, elles constatent que des gens circulent encore en tous sens en cherchant leur place. Ils n’ont pas connaissance de cette créature maudite des hommes et des dieux : l’errant.
Tout train en a, c’est une sorte d’obligation. Certains suggèrent que cela pourrait être les âmes damnées de voyageurs restés coincés lors d’une grève de Sud-Rail, et qui hantent les lieux pour l’éternité, mais personnellement, je pense à une explication bien plus simple : ces gens sont incroyablement cons.
L’errant n’est en effet pas foutu de comprendre un billet. Pas de le lire, non : de le comprendre.. On le reconnait au fait qu’il débarque toujours dans la mauvaise voiture, et mieux encore, à la mauvaise place, et l’énonce à voix haute avec une candeur qui laisse pantois. Prenons un exemple : vous venez de prendre place dans votre train en direction de Marseille, car vous aimez l’aventure. Vous êtes voiture 3, place 42. Soudain, une voix vous interpelle :
« Bonjour ! C’est ma place.
– Ah bon ? Vous êtes voiture 3, place 42 ?
– Non, je suis voiture 5, place 81. »
L’errant prouve ainsi qu’il sait lire son putain de billet, nardin, mais que par on ne sait quelle logique, il ne fait aucun lien entre le joli numéro qu’il vient de lire dans sa tête et le joli numéro qui s’étale devant ses yeux. Il se contente, tel un bébé devant une table basse, de s’avancer hagard vers le premier coin qui passe, et d’y rencontrer un échec douloureux avant de continuer un peu plus loin. Rappelons que cette créature dont la logique rendrait fou la plupart des scientifiques a le droit de vote : elle ne sait pas lire 3 chiffres sur un billet de train, mais on lui demande son avis sur la gestion du budget de l’Etat.
« Allons, Monsieur Connard ! » s’exclameront les plus audacieux qui ne craignent ni ma pelle, ni le Diego qui est au bout « Ce sont peut-être juste des gens arrivés en retard et qui, montés dans la première voiture, cherchent désormais, encore confus de la course, où s’installer. »
Votre optimisme vous honore, mais l’errant est rude à la tâche, et souhaite bien prouver que son QI est inférieur à son numéro de siège. Ainsi, il aura TOUJOURS remonté le quai trop loin, prouvant que, non, il n’est pas monté dans le train au plus vite. Parfois, il va même marcher 5mn sous la pluie pour aller tout au bout du quai, et montrer que vraiment, il en veut, avant de là, et seulement là, grimper à bord, dégoulinant de toute l’eau d’averse qu’il a accumulée durant son inutile voyage, et commencer seulement à demander « C’est bien la voiture 2 ? » alors que clairement, non, ici c’est la 17, espèce de sombre petit coprolithe, tu aurais pu t’en inquiéter 150m plus tôt, maintenant file, tu sens le chien mouillé.
« Vous exagérez », diront certains. Prouvant ainsi qu’ils ne prennent pas souvent le train, tant le phénomène des errants est si commun que même la SNCF a fini par se demander en termes élégants « Mais bon sang, qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas dans « Voiture 5, place 81″ ? ». Et proposé une réforme des billets où il est désormais marqué… « Voiture 5, place 581 ». Non, ça ne risquait pas d’aider. Oui, c’est toujours autant le bordel.
Alors qui êtes-vous, errants ? Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi cherchez-vous encore votre place 25mn après le départ ? Là où des coquins s’enfoncent des objets dans le roudoudou pour égayer le quotidien des urgentistes, avez-vous fait de même avec des crayons de couleur (founis par la SNCF) dans vos narines jusqu’à vous gratter l’intérieur de la boîte crânienne ? Par quel miracle avez-vous atteint l’âge adulte alors que quand on vous dit que la place 81 est du côté du numéro marqué « 81 », vous semblez véritablement vraiment apprendre quelque chose ?
Que de mystères. Et tout autant d’envies de meurtres.
II – Le parfumeur

L’une des rares armes chimiques autorisées par la convention de Genève
Pétomane, passe ton chemin, car il ne sera point question de tes hobbies.
Il convient ici d’éclaircir un autre grand mystère. Sur notre planète, plus de 5 000 végétaux différents peuvent se retrouver dans l’assiette des humains. Ce à quoi il faut ajouter la viande, le lait, les œufs, votre voisin (en cas d’apocalypse) et autres ressources venues de nos amis les animaux (qu’on aime bien, mais plus encore avec de la sauce bourguignonne). Alors, pourquoi ?
Pourquoi, sitôt dans un endroit étroit et clos, mangez-vous TOUJOURS UNE CLÉMENTINE ?
Alors, je n’ai rien contre cet agrume, mais rappelons que frère Clément, lorsqu’il le découvrit, déclara, et je cite « Mais putain, ça veut pas se peler cette merde, et puis raaah, je me fous du jus partout, ça colle. Bon, et pour le goût… mmgnouais, okay, mais cha fais « chkouich chkouich » quand che mords dedans, ch’envois du jus dans tous les chenches, et cha chent chuper fort.« . Comprendre que de nos jours, n’importe qui peut emmener une banane, des amandes ou un steak au poivre, mais non : le peuple mystérieux des transports a une sorte d’addiction pour l’un des rares fruits qui va fouetter dans tout le wagon, transformer la tablette en piscine et potentiellement envoyer du jus jusqu’au voisin qui espérait rester propre jusqu’à son arrivée.
Le parfumeur a donc cette passion secrète : faire que tout un chacun puisse profiter de son repas. Bien sûr, certains feront diversion en me disant « Oui, mais les burgers », « Oui, mais les kebabs »… mais apapap. Le snack est proposé en gare ou devant ses lourdes portes, dur, donc, de reprocher au voyageur du rail d’avoir cédé à son appel (voyez comme je suis généreux). Alors que la clémentine ? C’est parfaitement prémédité. Le parfumeur, chez lui, a contemplé sa cuisine et tout en faisant claquer au sol les sabots qui lui servent de pieds, a choisi le truc qui fouettait le plus à emmener avec lui.
Et ne parlons pas de l’homme qui s’est emporté un petit camembert dont vous me direz des nouvelles, et qui visiblement, a passé un peu trop de temps dans le sac.
Il faut donc être ferme : le parfumeur mérite le respect moins encore que le pétomane précédemment cité. Car ce dernier au moins la décence de ne pas aller acheter des accessoires pour accomplir son sinistre office avant de monter à bord.
III – L’enfant et les parents

Vous et moi savons qu’une partie de la population préférerait, en cas d’accident, sauver leur téléphone plutôt que leur enfant. Notez qu’on est d’accord sur un point : nous aussi on préfère notre téléphone à leur enfant.
Si la SNCF a proposé des voitures sans enfants, n’oublions pas que le vrai problème est plus grand. Et souvent, assis juste à côté : on parle de « parent ».
On reconnait le parent qui va provoquer l’apocalypse au fait qu’il monte dans le train avec un enfant dans une main et un téléphone dans l’autre. Or, en général, il a décidé qu’il n’avait assez d’attention que pour l’un des deux, et son enfant contenant vachement moins de vidéos de chats qui dansent, il a choisi. Noa (sans H) va donc pouvoir briser les vôtres librement, surtout que le parent a en général décidé que pour occuper l’enfant, rien de mieux que de lui donner du rien.
Vous confisqueriez son téléphone et toute distraction au parent pour un voyage de 3 heures, il péterait une durite, mais lui suppose que Noa, pour qui 3h ça va être encore plus long (durée ressentie : 2 jours), devrait bien s’occuper avec, je ne sais pas moi, une tablette SNCF. Toutes les conditions sont donc réunies pour que Noa passe de son état naturel (on parle de « trou du cul ») à son état de voyage (« je suis possédé par Satan »). L’Enfer peut donc ouvrir tout grand ses portes, et les hurlements de mille démons poussés par la minuscule gorge transformer ce qui n’aurait dû être qu’un simple voyage en publicité roulante pour l’autorisation de l’avortement dans les 48 mois après la naissance.
On notera d’ailleurs que le parent n’emmène jamais avec lui un enfant entre 8 et 18 ans, soit l’âge où il peut s’occuper plus ou moins seul. Pourquoi ? Où passent ces enfants ? Par quel miracle est-ce qu’on ne trouve que des bébés et des marmots incontrôlables en bas-âge, et bien évidemment tous atteints de troubles de l’attention et autre hyperactivité (c’est ce que le parent vous dit généralement lorsque vous sortez votre arme pour abattre la bête mugissante ; une curieuse excuse, puisque si la bête souffre, c’est une deuxième bonne raison d’en finir) ? Est-ce que ces gens sont conscients que répéter un vague « Chut » pour la 256e fois ne va pas plus que les 255 fois précédentes arrêter Noa d’imiter le cochon qu’on égorge avec un coupe boulon ? Pourquoi le contrôleur tente-t-il de me maîtriser lorsque je sors mon mauser ? Que d’interrogations sans réponses.
Evidemment, si jamais vous veniez à suggérer du bout des lèvres que mettre le marmot devant un film pourrait le calmer, seules deux choses pourront se passer :
A) On vous expliquera que les écrans, c’est mauvais pour Noa (alors que les possessions sataniques, ça va)
B) S’ils cèdent, ils n’auront pas de casque, vous pourrez donc entendre Dora se demander où elle a encore mis sa carte, et l’envie de répondre sera grande
La SNCF doit donc bien réaliser que le problème n’est pas tant l’enfant, dont tout le monde se moque bien lorsqu’il est occupé à son coloriage dans le cahier d’à côté. Par contre, je suis personnellement prêt à payer un billet plus cher, non pas pour voyager sans marmot, mais pour expédier les géniteurs à Cayenne. Où un adjudant de la Légion Etrangère leur expliquera sa propre vision de « l’éducation positive ».
Toujours est-il que cela nous amène à l’entité maléfique suivante…
IV – Le sans-écouteurs

Le sans-écouteurs, hypocrite, compte sur le fait que les autres mettent leurs écouteurs, sinon il ne pourrait pas entendre ce qui sort de son téléphone.
Lors de la Création, Dieu contempla le monde et vit qu’il était silencieux. Aussi, il créa le son.
Quelqu’un alluma alors du Booba, et Dieu se dit que houlala, merde, j’ai p’têt’ chié dans la colle. Dans sa grande bonté, il créa les écouteurs, permettant à chacun de ne pas avoir à révéler ses goûts discutables à son entourage. De nos jours, les écouteurs sont donc partout, tout le temps, ne coûtent quasiment rien, et toujours moins que les chaussures du type qui n’en a pas (d’écouteurs).
Car s’il est inutile de disserter sur les envies de meurtre avec des objets plus ou moins exotiques que provoque l’apparition d’un sans-écouteurs, il nous faut observer que malgré l’alignement chaotique mauvais de ces trublions, ils respectent scrupuleusement deux règles :
– Le sans-écouteurs a toujours des goûts de merde. Qu’il regarde une vidéo ou écoute de la musique, c’est inévitablement consternant. Preuve en est, personne ne raconte jamais avoir croisé un type qui écoutait de l’opéra sans écouteurs dans le métro, ou profité d’un documentaire sur Winston Churchill dans le RER.
– Plus une personne parle fort au téléphone, moins sa vie est intéressante. Ainsi, le sans-écouteurs fera profiter de toute la voiture de Kenza, tchu chai pas ch’qu’elle a dit ? Ch’te jure. Ch’te jure meuf. Chi, chi. Alors que personne, là encore, n’a croisé de type pilotant une opération à cœur ouvert depuis son mobile.
Dernier point essentiel : le sans-écouteurs étant une créature dégénérée, elle progresse sur cette voie en allant encore plus loin, par exemple en diffusant désormais les messages vocaux qu’elle reçoit, ou mieux encore, en faisant des appels en visio. Car il est évident qu’il est essentiel de diffuser à son interlocuteur l’image de soi-même assis dans un carré SNCF, et de préférence, suffisamment mal cadré pour filmer tous les autres passagers qui regardent vers le sans-écouteurs avec un rictus haineux. Autre règle mystérieuse : l’interlocuteur du sans-écouteurs, probablement du même niveau, sera lui aussi toujours mal cadré et en train de faire autre chose en même temps, prouvant ainsi que cet appel n’avait décidément rien d’urgent.
Attention, si la personne dispose carrément d’une enceinte bluetooth, on ne parle plus de « sans-écouteurs » mais de « gibier pour bagne ».
Evidemment, les trains regorgent de bien d’autres créatures magiques, comme les voyageurs sans billet qui, à l’approche du contrôleur, déploient mille ruses avec une inventivité et une créativité dignes du cinéma français. Autant dire, bien peu, tout cela pour donner un bien triste spectacle que personne n’a envie de voir, mais que les autres devront financer quand même. Mais, cela fait assez de misanthropie pour aujourd’hui.
Nous parlerons donc plus tard des autres cercles de l’enfer des transports, comme lorsqu’il se passe quand, dans la moiteur d’un hangar oublié, un TER s’accouple avec une rame de métro, et que jaillit de cette union monstrueuse un RER B.
Brrrr.
Publié le 14.05.2026 à 09:43
L’appel.
Vous le connaissez. C’est cette miniature qui apparait dans un coin de votre champ de vision alors que vous n’en demandiez pas tant, et soudain, attire votre regard coupable. Vous savez que c’est un piège. Que vous ne devriez pas cliquer. Mais pourtant, vous avez envie de savoir. Et si vous regardez vers vos épaules brièvement, ce n’est pas pour prendre conseil auprès de votre bonne et de votre mauvaise conscience, que nenni ! C’est bien pour vous assurer qu’aucun témoin ne vous verra lorsque vous appuierez sur « Regarder ».
C’est cela, l’appel. Celui du film pas fin, qui sent bon la soirée pizza (chez vous, pas chez moi, ça jure sur ma table en chêne et je ne mange pas de ce pain-là), et qui se regarde avec culpabilité.
Et c’est probablement dans ce but que War Machine a été conçu. Un film sans subtilité, avec des gros muscles, des drapeaux américains géants, et bien sûr, des envahisseurs qui auraient mieux fait de tenter leur chance au Vatican. Alors, ne nous le cachons pas : ce spoil, c’est évidemment parce que même si vous ne l’avez pas regardé pour préserver votre réputation de personne qui ne se pose que devant Arte pour regarder des documentaires sur les tagueurs du métro de Berlin… vous avez envie de savoir. Aussi, pour que vous puissiez continuer à aller à vos soirées moustaches & vapoteuses sans être chassés à coups de pierre…
Spoilons, mes bons !

L’affiche : Rien que de la cendre ou presque. Hmmm, préparez un oscar, vite !
Notre film commence il y a quelques années, dans la riante province d’Afghanistan.
Car en ce temps-là, l’armée américaine aimait à y gambader joyeusement tant le paysage y est pittoresque. Sauf que voilà, un beau matin, un convoi tombe en panne : c’est encore le joint de culasse de la jeep de Dédé qui a lâché. Arrive donc en renfort un second groupe de véhicules avec à son bord notre héros : John Big Balls. Ingénieur militaire de son état, il est surtout une bonne grosse caricature de film d’action, du genre qui doit marcher en cow-boy non pas par patriotisme, mais à cause des big balls susmentionnées qui maintiennent ses genoux à 1 mètre l’un de l’autre et lui servent de pouf lorsqu’il s’assoit sur la courtoisie, l’élégance, le bon goût, et tout ce qu’on ne trouve pas dans un film à explosions.
Et c’est donc dans ce bel esprit que John va saluer le chef du convoi en rade.
– Bob ! You fucking bloody bad motherfucker ! Viens ici serrer ma grosse paluche !
– John ! You cocksucking fucking fuck fucker fucking fuck.. bref ! Viens faire câlin !
Et les deux de se frotter virilement les pectoraux, en toute hétérosexualité bien sûr. Un geste qui intrigue un pauvre soldat qui pose innocemment la question :
– Euh… vous vous connaissez ?
– À ton avis ? Tu crois que je frotte mes tétons avec ceux du tout venant, bidasse ?
– Ben c’est-à-dire qu’hier, au Fucking Blue Boy, vous avez…
– APAPAP ! Non, bidasse ! Le garçon que tu vois ici, ce John, qui a le même tatouage que moi « DFQ » au bras pour « DON’T FUCKING QUIT » (« N’abandonne putain de jamais » ou « Ne pas en train de baiser quitter« , selon votre niveau d’anglais)… c’est mon frère !
Et les deux, tout en réparant le véhicule en panne, car oui, c’était bien le joint de culasse, de reprendre une vieille conversation.
– John… tu te souviens quand on avait 18 ans ? On s’était promis de rentrer dans les Rangers ! Au lieu d’être ici, dans l’armée régulière, à réparer des moteurs au milieu de nulle part !
– Comment ça quand on avait 18 ans ? On n’est pas jumeaux. On a eu 18 ans en même temps ?
– Euh… attends… merde, je crois que le script… bon, on va dire que maman nous a pondus a 9 mois d’écart. Bref ! Qu’en dis-tu ?
– J’en dis que non.
– Alleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez !
– Très bien. Je me range à la puissance de tes arguments : on va s’inscrire au stage pour devenir Rangers.
Sauf qu’alors que tout le monde tombe d’accord, voici que c’est une roquette qui tombe tout court au milieu du convoi. Bien mal élevée, elle interrompt tout le monde d’une bruyante explosion, et pire encore, a invité d’autres amies roquettes à la fête. Ces roquettes n’ont aucun savoir-vivre. En peu de temps, tout le monde est mort, sauf John Big Balls, qui bien que blessé (il s’arrache des bouts de métal du corps et se remet debout sans hémorragie, hopopop), parvient à attraper son frangin mortellement touché et à marcher vers la base la plus proche…
Jusqu’à ce qu’il soit interrompu par son brutal réveil.
Car tout ça, mes bons amis, ce n’était qu’un souvenir de cette rude époque où on ne pouvait pas pique-niquer en bord de route sans être interrompu par des Talibans coquins (les Talibans détestent les pique-nique, le Babybel étant haram). Là, tout de suite, John, ses Big Balls et ses blessures fraîchement cicatrisées sont en réalité à bord d’un bus qui se rend dans le camp d’entrainement des Rangers, où toutes les recrues doivent abandonner toutes leurs affaires (papiers, photos, statuette de Donald Trump en ivoire) pour ne prendre qu’une chose : un numéro. Qui sera leur seul nom durant le stage. John devient ainsi le numéro 81, prêt à tenir la promesse faite à son frère de devenir un Ranger, et va se mettre en rang avec ses petits camarades pour écouter le discours du Major Carl Hicature, expliquant comment cela va se passer.
– Bidasses ! Si vous êtes ici, c’est que vous voulez devenir l’élite de l’élite, la crème de la crème ! Pour ce faire, vous allez rester 8 semaines avec nous pour ce qui est le stage d’entrainement le plus DIFFICILE AU MONDE.
Le discours est brièvement interrompu par les gloussements amusés de toutes les unités d’élite au monde. Mais Netflix, pour des raisons patriotiques, a évidemment coupé cela au montage et le discours peut reprendre.
– Ahem. Bref, vous allez en chier comme des ânes. ET J’ENTENDS ENCORE RIRE AU LOIN ! CA SUFFIT MAINTENANT !
On suit donc l’entrainement de John, qui malgré une papatte blessée après ses aventures en Afghanistan, reste un surhomme. Pourquoi ? Mais… parce que, bien sûr. Oui, le film a décidé de blesser le héros gravement au début du film, mais sachez qu’en fait, on n’en parlera plus. Ah. Toujours est-il que John Big Balls est plus fort que tout le monde dans tous les domaines, mais pour autant, ne fait pas ami-ami avec le reste de la troupe et s’assoit toujours seul à la cantoche (ses balls ont beau être énormes, elles ne peuvent servir de pouf qu’à une seule personne à la fois). Il refuse même de devenir chef d’escouade quand on lui propose. John veut juste finir le stage sans emmerdes, ça suffit maintenant.
Mais des emmerdes, il s’en attire seul lorsque lors d’un exercice où il faut rester le plus longtemps possible au fond d’une piscine…
John oublie de remonter.
D’après le film, c’est parce que ses énormes balls le maintiennent au fond : en effet, il ne sait tout simplement pas quand s’arrêter. Donc, quand remonter. D’après moi, c’est plutôt qu’il est un peu con. Je vous laisse juger de ce qu’il se passerait si tous les Rangers étaient comme lui :
– Monsieur le Président, nous sommes envahis. L’armée de Monaco est sur nous.
– Bon sang, comment allons-nous arrêter ces 5 carabiniers ? Tant pis : envoyez l’élite de l’élite. Déployez les Rangers.
– Alors, à ce sujet..
– Oui ?
– Ils sont tous morts.
– Ah bon ? Contre 5 Monégasques ?
– Non non. On a fait une sortie piscine, et pouf. Tous morts.
Alors ? Ça sonne con ou brave ? Voiiiiilà. Nous sommes d’accord.

Dois… prouver à l’eau… que c’est elle… qui lâchera… d’abord…
C’est donc le reste de l’unité qui doit tirer John Big Balls de l’eau, et le ranimer sur le bord de la piscine, massage cardiaque compris. Le Major Carl, qui suivait tout ça en fronçant très fort les sourcils, décide de convoquer John. Pour lui expliquer qu’il a échoué en manquant de se tuer tout seul ? Allons, arrêtez tout de suite votre logique, bande d’êtres doués de raison ! C’est beaucoup plus profond.
– Caporal Big Balls, nous avons un problème. Et je ne parle pas du fait qu’on vous a retrouvé flottant inconscient dans le filtre de la piscine. Vous savez combien ça coûte de le changer ? Enfin bref. Vous êtes formidable. Vous avez des résultats extraordinaires. Mais… vous n’avez pas le bon état d’esprit. J’entends par là que nous avons étudié votre dossier : vous avez été blessé en Afghanistan. Et au lieu de vous reposer et de soigner votre traumatisme, tout ce que vous avez fait, c’est candidater pour venir ici. Vous feriez mieux de vous soigner d’abord. Alors signez votre départ volontaire de l’unité. Ainsi, vous pourrez recommencer le stage une autre fois, après avoir pris soin de vous. Alors que si on vous vire : c’est définitivement terminé. Donc vous avez le choix : partir volontairement et avoir une deuxième chance OU on vous vire maintenant.
– …
– Ne soyez pas con, John.
– …
– Oui pardon, en même temps, je demande de ces trucs. Non, sans rire : signez.
– … je refuse de signer. Je vous laisse, je dois retourner m’entraîner.
– Seigneur… quelles Big Balls !
Alors vous me direz « Attendez ? Le major ne vient pas à l’instant de lui dire que c’était départ volontaire ou coup de pied au cul ? Donc puisqu’il a refusé le départ volontaire, où est le coup de pied au cul ? ». Eh bien… ils ont oublié. Oui, toute cette scène ne sert à rien. Si John veut continuer à s’entraîner, bah, il peut, aucun problème. Ils l’ont donc juste convoqué pour lui demander un truc qu’en fait, ils n’avaient pas envie qu’il fasse. Et prouver qu’accessoirement, ils acceptent au stage « le plus difficile au monde » des gens dont ils n’ont jamais lu le dossier, puisque c’est le passif de John qui soudain, leur pose problème. Alors qu’il n’a pas changé.
Vu le niveau, je crois qu’il va falloir que le major aussi se tienne loin de la piscine.
Enfin. Semaine après semaine, la plupart des candidats dégagent, jusqu’à ce qu’à la fin, ne restent que John et une poignée de larrons. Le major peut donc leur annoncer ce qu’est l’épreuve finale.
– Une dictée.
– OOOOOOOOOOOOOOOOOH ! J’aband-
– Non, attendez, je déconnais.
– Aaaaaah !
– L’épreuve finale est une mission commando. Nous allons simuler un sauvetage de pilote. Deux hélicoptères vont vous déposer un peu plus loin sur un des terrains de la base à quelques bornes d’ici, et vous devrez, par vos propres moyens, vous rendre sur le site où nous avons placé une épave d’avion, la détruire pour qu’elle ne tombe pas aux mains de l’ennemi imaginaire, puis libérer le pilote dans un village voisin. Les méchants seront joués par nous, les cadres du stage. Si on vous tombe dessus, c’est perdu ! Quant à votre équipement, vous aurez les trucs basiques genre boussole et chaussettes propres, des fusils chargés à blanc, et un peu d’explosifs pour faire péter l’épave. Vous aurez 24h pour terminer la mission et revenir sur la place d’armes de la base. Des questions ?
– Greu… si le fusil est chargé à blanc, est-ce que je peux…
– Non, John. Vous n’avez pas le droit d’attaquer les cadres avec votre couteau.
– Rhooo…
– Par contre, on vous nomme chef d’escouade.
– Mais ? Vous n’étiez pas à deux doigt de me virer il y a dix minutes ?
– Si, mais on s’est dit que ce serait rigolo.
L’humour militaire reste un grand mystère.

« On applique la méthode française de la fonction publique : si ça pose problème, on donne suffisamment de points de mutation pour le dégager ailleurs, quitte à ce que ce soit avec une promotion. »
Les stagiaires sont donc chargés dans les aéronefs, et comme convenu, largués dans les montagnes qui entourent la base. Ils peuvent donc gambader joyeusement jusqu’à un fourré joli où ils se regroupent tels d’élégants lutins kakis. Et où John leur explique que ça va être bien simple :
– Il suffit de me suivre et nous y arriverons. On ne baise pas quitter.
– Pardon ?
– Euh… on n’abandonne pas. Et comme l’a dit le major avant notre départ : nous avons exactement 24h pour accomplir notre mission et revenir à la base. Si nous y parvenons, au moment où nous nous tiendrons victorieux et debout sur le gros logo « Rangers, fuck yeah » de la place d’armes, il nous remettra la bande velcro officielle des Rangers. Et nous aurons réussi. Je lance donc ma montre… voilà. Nous avons exactement 23h, 59mn et 59s à partir de maintenant.
– Euh… chef ?
– Oui ?
– Au moment où on a sauté de l’hélico, on a entendu les pilotes annoncer que l’épreuve débutait. Donc entre notre petite cavalcade, le rassemblement et le speech, vous êtes déjà dans les choux de plusieurs minutes.
« Plusieurs minutes« , c’est peut-être un détail pour vous (surtout si vous êtes parisien), mais quand il s’agit de régler un détonateur ou d’attaquer en même temps, comme ce que l’on fait au hasard dans l’armée et plus encore dans les unités qui se réclament de l’élite, ça devient un poil plus important. On le sait donc désormais officiellement : non seulement John oublie parfois de respirer, mais en plus, il ne sait pas compter.
La mission se poursuit cependant, et tout le monde se promène entre les pins majestueux, lorsque soudain, un grand bruit secoue tout le monde : des projectiles enflammés fendent brièvement les cieux avant d’aller exploser, hors de vue, bien plus loin. Qu’est-ce que c’était ? Nos héros supposent qu’il s’agit de feux d’artifices et autres effets spéciaux pour simuler de l’artillerie (ou tout simplement un enfant qui s’amuse avec un canon de 105 dans son jardin, nous sommes aux Etats-Unis, c’est crédible). Grave erreur ! Mais nous y reviendrons.
Car au petit matin, nos amis débouchent enfin là où l’épave qu’ils doivent détruire se trouve. Enfin, on va pouvoir bosser un peu, saperlipopette, parce que marcher dans la pampa, ça va bien cinq minutes, dites. Et en effet : dans un ruisseau gît un énorme aéronef. Du genre futuriste.
– Ah non vraiment, ils ont un gros budget effets spéciaux chez les Rangers ! On dirait un vrai engin du futur !
– On est l’armée américaine mec. On a des moyens. Si on était français, la cible serait représentée par une Twingo. De 1995. Sans pneus. Dessinée sur un papier. Recyclé. Ayant servi à imprimer un mail. Lui-même ayant…
– Oui bon, ça va, on n’est pas un pays pauvre : on s’y met ?
Et une petite équipe va poser les explosifs pour détruire le bousin. Mais John Big Balls, lui, aperçoit un truc qui brille un peu plus haut dans la forêt jolie. Serait-ce les cadres du stage qui tendent une embuscade ? Il décide d’aller voir prudemment, des fois qu’il puisse les planter au couteau malgré tout, rheuu, rheuu, et…
Tombe sur une épave d’avion. Elle, bien pourrie, ayant bien plus la gueule de ce qu’on utilise en exercice.
– Mais ? Mais ? Si le vrai objectif est là… qu’est-ce qu’on s’apprête à faire péter ?
Se tromper d’objectif, faire péter une cible qui n’a rien à voir : ce film est finalement assez crédible quant aux méthodes de l’armée américaine. Et, boum ! Ils tentent de faire sauter le premier aéronef trouvé… sauf que le tout ne fait même pas une rayure sur le bousin. L’étonnement est général chez les apprentis rangers, qui se demandent si c’est leur matériel qui est pourri, ou si cet aéronef est en Balkanium (c’est quand un truc résiste à tout au point que c’en est ridicule), mais la stupéfaction grandit encore quand l’étrange machine s’anime avec tous les poncifs des créatures mécaniques de films hollywoodiens :
– Des lumières partout
– Des parties qui se déplient et qui se replient en faisant GRON ! GRON !
– L’engin fait en permanence un bruit qui ressemble à une guimbarde reliée à un ampli de basse (sauf si personne ne le regarde, bien sûr, là, pouf, il est silencieux)
Et le tout se transforme en énorme bipède avec des tonnes d’armes, qui se met à scanner toute la zone avec une lumière bleue, parce que les machines super sophistiquées intergalactiques, c’est indestructible, par contre, ça envoie plus de lumière que mon scanner à main du temps de Windows 98. Puis, la lumière vire au rouge, ce qui est mauvais signe, plus encore quand elle verrouille l’équipe qui avait posé les charges… et qu’elle est suivie par une série de tirs de canons du bousin qui pulvérisent les pauvres gens.
Bon, ne me demandez pas pourquoi, la machine infernale tire ce qui ressemble à des fusées de feu d’artifice. Ça fait moyennement sérieux, mais puisque ça fait le boulot quand même, on va dire que l’alien est comme ça : il est festif. Puisque oui, cette machine vient bien de l’espace, comme se le disent les survivants, menés par John, qui s’enfuient en courant.

La machine, qui a évidemment des lumières rouges méchantes des fois qu’on la pense venue jouer à la belote.
– John ! C’est quoi cette merde ? Ça a tué les copains, ça ne fait pas partie du stage !
– Je ne sais pas, mais ça ne vient pas de cette planète ! Vous vous souvenez à la cafet’ avant qu’on ne parte ? La télé parlait d’un curieux objet qui approchait la Terre… et s’était divisé en plein d’objets plus petits. Apparemment, on vient de trouver un des trucs largués par l’objet spatial ! C’est ce qu’on a dû voir passer au-dessus de nous un peu plus tôt !
– Mais alors, on fait quoi ? On a utilisé nos explosifs, nos fusils sont chargés à blanc…
– Je n’aime pas dire cela mais : FUYOOOONS !
Et tout le monde de courir, pour finir au bord d’un ravin.
Hélas, l’engin de l’espace ne compte pas les laisser s’en tirer à si bon compte. Ainsi, après avoir fait plus de ZUIP ZUIP VZOUUU et de lumières qu’un concert de Daft Punk, la machine infernale décide de propulser vers nos amis… un mystérieux objet. Qui atterrit à leurs pieds. Alors, quelques indices quant à ce que c’est :
– C’est envoyé par une machine qui tente de les tuer
– Ça ressemble à une grenade
– Ça se déplie en faisant une lumière rouge
– Ça fait VZOUM VZOUM de plus en plus vite
À votre avis, faut-il se jeter à terre ou simplement s’exclamer : « MAIS QU’EST-CE DONC ? » des fois que ce soit en réalité un œuf de Pâques (car Djizousse étant intergalactique, le lapin de Pâques doit l’être aussi) ?
Eh bien nos héros choisissent la seconde option. Et pas de bol : c’était bel et bien une grenade du futur, qui leur pète au nez.
Sachez d’ailleurs que de tout le film, à chaque fois que l’engin enverra des grenades, le temps avant détonation ne sera jamais le même. Parfois, ça pète une seconde plus tard, parfois cinq, voire dix. Vous me direz « Vous êtes de mauvaise foi : peut-être que l’engin peut programmer la durée avant explosion quand il les lance !« . Alors, je veux bien, mais dans ce cas : pourquoi est-ce que c’est calculé pour toujours péter de la manière la moins efficace possible, laissant ainsi aux héros le temps de filer ? Voilà. Merci. Maintenant, cessez de me contredire : j’ai encore de la place à la cave pour les gens comme vous, margoulins.
Dans l’immédiat cela dit, et comme tout le monde est resté sur place à regarder bêtement, la grenade fait boum et envoie nos stagiaires dévaler la pente du ravin voisin. Ce qui en tue plusieurs, en blesse d’autres, et même John Big Balls s’y fracasse deux doigts… qu’il se remet en place avant d’aller dire à ses hommes que eh, oh, d’accord, vous aussi vous avez mal, mais est-ce une raison pour gueuler comme des putois ?
– C’est-à-dire que, chef, ya Dédé, y s’est empalé sur un tronc d’arbre pointu.
– Mais qu’il est con ce Dédé aussi ! Dédé ! Qu’est-ce qui t’as pris ?
– Aaah… désolé… chef… j’ai glissé…
Et John d’attraper Dédé pour le retirer du tronc d’arbre. À noter que les Rangers ont dû oublier la formation aux premiers secours, car depuis le début du film, dès que quelqu’un a un truc quelconque planté dans le corps (comme John en Afghanistan), il le retire aussitôt en grognant, et non, n’essaie même pas d’arrêter l’hémorragie dans la foulée. Pourquoi ? Eh bien parce que… euh… parce que.
Dédé est donc certes décroché de son arbre, mais se vide donc de son sang et meurt comme une merde, à la surprise générale.
John compte ses morts, car il y en a eu d’autres, note que son second, « numéro 7 », est tout bonnement incapable de marcher et va devoir être trainé sur une civière, et réorganise la patrouille.
– Il faut joindre la base pour les avertir. Où est passé le type qui transportait notre radio ?
– Il est resté en haut du ravin.
– Raaaah ! Bon, j’vais le chercher.
Malgré ses doigts tout cassés, John et ses big balls escaladent la paroi (les balls le ralentissent un peu mais lui donnent force et courage), remontent, et trouvent bien le radio, mais avec un trou dedans. Le Monsieur comme l’objet qu’il portait. Quant à l’engin extraterrestre, sentant bien que ça bouge encore dans le coin… il se remet à poursuivre nos malheureux héros, qui se retrouvent à cavalcader dans les bois en portant le malheureux numéro 7 sur sa civière. Heureusement, en dévalant encore un peu plus de terrain, ils perdent de vue le Deceptic… ahem, le vilain robot.
Tout le monde pense ainsi avoir semé la vilaine machine dans les bois, quand soudain, un obstacle inattendu se présente : il faut traverser une rivière !
– De l’eau ! Mon ennemie jurée !
– Du calme John.
– Tu as raison… on peut tendre des cordes au-dessus et franchir ces rapides sans se mouiller. Sans compter qu’on pourra faire passer la civière ainsi. Faisons comme ça.
Sauf que pour de mystérieuses raison, nos amis ont oublié qu’il y avait un énorme noeud à leurs cordes (un détail) et que le mousqueton par lequel on a accroché la civière de 7… ben n’aime pas trop les gros nœuds, ce petit intolérant. Tout le monde est donc bien embêté et propose son aide.
– Et en forçant ?
– Non !
– Et en revenant en arrière pour utiliser une autre corde ?
– Non !
– Et en laissant tomber le blessé ?
– Non !
– VZOUIIIII VZON VZON ZOOOOON ?
– N… ah ? MAIS ? KÉKIFOULALUI ?
Car oui : la grosse machine, qui doit bien faire ses 50 tonnes et continue à faire des bruits de Modem pré-an 2000 a réussi à s’approcher discrètement. Halala, ces machines de 50 tonnes sont vraiment coquines ! Elle commence donc à scanner lentement tout ce petit monde, puis se met à distribuer des pruneaux, aussi, la seule solution est de se jeter à l’eau. Oui, même avec une civière. À nouveau, car décidément, c’est vraiment son point faible, John manque de se noyer…
… mais est sorti de l’eau par ses amis, ainsi que la civière de 7 (qui lui aussi va bien, merci), après qu’ils aient manqué de se noyer ET soient tombés d’une énorme cascade. Un détail. Le type qui a sorti notre ami des eaux lui tape l’épaule.
– Faut vraiment que vous restiez loin de l’eau, chef.
– C’est pour ça que j’ai choisi les Rangers, pas les Marines. Et… attendez ! Qui êtes-vous, soldat ?
– Le numéro 60.
– Mais vous n’étiez pas mort ?
– Euh… en fait… durant la première attaque j’ai… euh… je suis tombé dans les rapides et je suis arrivé ici.
On parle bien des rapides qui n’étaient PAS DU TOUT à côté du lieu où la première attaque s’est déroulée ? Oui ? Ah. Bon ben on va dire qu’il s’est téléporté.
Sachez que ça n’apporte rien au film : le larron aurait juste pu être avec eux depuis le début, c’eut été la même chose. Mais quelqu’un a voulu ajouter une scène où un soldat disparu réapparait de manière impossible sans explication crédible… parce que.
Hmmm hmmm.
Une seule question : pourquoi ? Pourquoi créer des scènes et dialogues qui ne rajoutent rien, si ce n’est des incohérences ?
Un jour. Un jour, j’espère avoir la réponse à cette question. Mais pendant que je fixe l’horizon les sourcils froncés et l’air mystérieux, poursuivons.
John reprend tout ce petit monde en main et leur propose de se diriger vers le village factice où, pour leur exercice, un pilote devait être retenu. Car sur place, il doit forcément y avoir des cadres des Rangers, à qui ils pourront expliquer qu’une sorte de gros malappris spatial fait rien qu’à gêner leur petit exercice. Hélas, en arrivant, ils ne trouvent que des ruines calcinées : il semblerait qu’ici aussi, on ait reçu la visite d’un merdou galactique. Heureusement, tout n’est pas perdu, car sur place ils trouvent un véhicule blindé qui est encore en état de rouler.
– Il suffit de le retaper un peu.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
– Le joint de culasse. Toujours ce foutu joint de culasse.
Mais avec un chewing-gum et un élastique, notre héros qui est ingénieur militaire et intervenait sur des convois en panne au début du film n’a aucun souci à tout remettre en route. On charge tout le monde à bord, y compris l’homme sur sa civière, et zou ! Direction la base !
Sauf qu’évidemment, qui a approché en douce ?
– VZOU VZOU ?
– MAIS PUTAIN TU FAIS 50 TONNES D’OU TU SORS DES SOUS-BOIS COMME UN PETIT LAPIN ?
– VZOU NOUF NOUF VZOUIP !

Pour votre gouverne, en plus de ses canons à feux d’artifice et de ses grenades qui pètent toujours trop tard, le robot aussi un laser façon Godzilla (il doit même ouvrir la gueule pour le lancer). Mais il loupe toujours les trucs importants.
Et c’est parti pour une course-poursuite au milieu des pins entre le véhicule blindé de nos héros et le bidule spatial bipède qui a décidé d’y faire des trous. Pour faire simple, le vilain robot envoie des obus qui font plus ou moins mal selon les besoins du script, des grenades qui explosent toujours trop tard ou finalement pas très fort (oui, leur puissance varie aussi), l’engin de nos amis a une tourelle avec un gros calibre 50 qui ne semble rien faire au vil bidule, mais John ordonne quand même à un soldat à bord de passer la tête dehors pour arroser au fusil : « en visant entre les plaques ».
Oui, c’est connu : le truc résiste à des explosifs, à de la mitrailleuse de gros calibre et tout le tintouin, mais nul doute qu’une balle de pétoire de base suffisamment précise (tirée depuis un véhicule qui zig-zague sur une route défoncée, je le rappelle) peut lui faire mal. L’idée est débile, mais exécutée, et il arrive peu ou prou la même chose au soldat désigné. Flûte. Au final, nos amis finissent avec un véhicule en partie déchiqueté qui fait une sortie de route, et tout le monde meurt… sauf John Big Balls, protégé par ses airbags velus, et numéro 7, dont la civière était tombée du blindé peu avant qu’il n’ait de gros problèmes, mais ça va, c’est rien. Tomber d’un véhicule à pleine vitesse dans du terrain accidenté avant d’être piétiné par un robot géant, vous savez, c’est surfait.
J’ignore si numéro 7, le type dont la civière dévale des cascades et des pentes forestières, est un vrai personnage ou un running gag, mais dans les deux cas, c’est très con.
Quid du robot, au fait ?
Eh bien John, voyant que même le lance-grenades du bord ne lui faisait rien, a eu la bonne idée d’envoyer la sauce dans la paroi rocheuse voisine, qui s’est éboulée sur le margoulin. Aussi, quand notre héros reprend connaissance, il repart en arrière récupérer numéro 7 (qui va très bien, j’insiste, sa civière aussi est en Balkanium)… et constate que le robot a certes perdu un bout sous les quelques tonnes de pierre, mais s’en est tiré et est allé un peu plus loin communiquer avec l’espace (car il communique par énooooormes signaux lumineux, là encore, c’est fort discret).
John décide donc qu’il est temps d’en finir (jusqu’ici, il laissait sa chance à ce migrant galactique, mais là, tant pis pour les qu’en dira-t-on : il va le bouter hors de ce monde).
Après avoir planqué numéro 7 dans un coin, il se débrouille pour laisser une piste bien visible qui mène jusqu’à un chantier voisin qu’il avait repéré plus tôt dans la mission. On y trouve des explosifs, certes, mais aussi… un TRACTOPELLE. Oui, c’est un vrai petit garçon : il est fasciné par les tractopelles. Alors que personnellement, pour affronter un monstre de l’espace, j’aurais quand même donné plus de chances aux explosifs, quand bien même ils avaient échoué jusqu’alors. Cependant, vous connaissez la logique des films américains :
« Si les méchants combattront toujours avec des armes plus ou moins terrifiantes, les gentils devront généralement se battre avec des trucs improvisés, issus A) d’un magasin de jouets B) d’un rayon bricolage C) d’un chantier D) d’une station service (qui permet aussi de se déguiser en enfilant une casquette et des lunettes de soleil) ». Probablement une passion secrète pour McGyver chez les scénaristes.
Le plan de notre héros est aussi simple que pourri :
- Attirer le bidule sur le chantier
- Le charger avec le tractopelle pour le coincer contre un mur
- Là, activer une machine qui envoie des gravats pour saturer l’aération que le monstre a sur la partie supérieure de sa coque, afin de le faire surchauffer
Et figurez-vous que la machine de l’espace qui broyait des véhicules blindés sans problème…
… n’est pas fichue d’endommager un tractopelle. Encore un complot du BTP ! Le plan de John marche donc, le robot géant surchauffe parce qu’il y a du merdou dans son aération, et bam, ça lui pourrit le joint de culasse. Ce qui est fatal, comme John le sait.
Notre héros n’a plus qu’à rentrer à la base en portant numéro 7 sur les épaules, et alors qu’il découvre ladite base bien endommagée, mais aussi encombrée de soldats qui se réorganisent au milieu de robots détruits, John va là où il devait se rendre. À savoir sur la place d’armes, comme prévu à la fin de l’exercice. Et où le major Carl le trouve.
– Mais ? Bordel ? Vous êtes con ? Vous savez que l’exercice est fini ?
– Symboliquement… je voulais… y arriver…
– Mec, t’as un blessé sur ton dos. Le temps perdu à faire ton « symbole » aurait pu le tuer.
– Ah oui, merde. On peut retirer ce dialogue du script ?
– Sans souci. Allez, on fait comme si c’était brillant, et comme tu as perdu tous tes copains… hop ! Voici un velcro officiel « Rangers » !
Eh bé. Ça valait le coup.
Le major en profite pour expliquer la situation à John.
– Pendant que vous faisiez le con dans les bois, nous avons été assaillis par ces choses venues de l’espace. Le monde entier a subi cette invasion.
– Ah ouais ?
– Vous doutez de ma parole, John ?
– Ben je sais pas… vous me dites qu’alors qu’on courrait les bois à quelques kilomètres de la base avec les copains, il y avait toute une bataille géante avec des roquettes dans tous les sens, mais on n’a même pas entendu un vague « boum » lointain ? Ou vu un avion ou un hélico passer ?
– … ah oui, je crois que le film a oublié ce détail. On va dire que tous les combats se sont faits à chifoumi. Et encore, en chuchotant.
Oublier une guerre galactique : un détail. Mais le major, lui, poursuit.
– Notre problème, c’est que cela n’était que la première vague. D’après la NASA, des dizaines de milliers d’engins similaires approchent de la Terre. Tous les pays du monde ont formé une grande alliance pour les affronter. Et ont choisi les Rangers pour mener l’assaut.
– Comment ça ?
– Je relis… les pays du monde… ont choisi les Rangers… pour mener l’assaut.
– Et ça se passe comment concrètement vu que le monde entier est attaqué en même temps ? À Pékin, ils jouent aux cartes en attendant les Rangers ? À Paris, on déclare 5 jours de congés en attendant la flotte américaine ?
– C’est vrai que c’est con.
Mais que ne ferait-on pas pour dire « Une fois de plus l’AMERIQUE VA SAUVER LE MONDE, FUCK YEAH ! »
Le major a une dernière question pour John : il a réussi à vaincre un de ces monstres sans armes. Comment a-t-il fait ?
– C’est facile. J’ai vu ce motherfucker, avec son énorme coque, et je lui ai dit « Je vais te blow ta big coque », et là…
– … John, je… ahem. Plus simple. Et en français. Entièrement en français. Pitié.
– Ah. Ben j’ai versé des gravillons dans son aération. Voilà. Environ 17 tonnes de gravillons depuis une machine de chantier.
– C’est super John ! Cela va sauver bien des vies en facilitant les combats.
– Ah bon ? Comment ? Vous comptez larguer un canadair de cailloux sur chaque engin ? Ou bien on peut admettre que mon info ne sert pas à grand chose ? Sans compter qu’on voit autour de nous plein d’épaves de robots vaincus que vous pouvez étudier à volonté, donc ça serait pas plus intelligent de demander aux gens en train de les démonter s’il y a des points faibles ? Plutôt que moi qui ai attaqué avec un vieux stock inadapté de chez Monsieur Bricolage ? Et puis en plus, attendez, nous, ni notre mitrailleuse de 50, ni nos explosifs ne l’égratignaient, alors c’est plutôt à moi de vous demander comment vous…
– Chhhhut John. Chut. Nous approchons de la fin. Arrête.
Le major envoie alors John et une nouvelle vague de Rangers vers des hélicoptères afin d’aller porter assistance à la ville la plus proche. On voit alors cette vague humaine foncer vers le même hélicoptère car personne n’a précisé aux figurants qu’il devaient se disperser entre les appareils. Puis, la caméra embarque avec John, qui dort enfin un peu, en route pour de nouveaux combats et…
… FIN !

Les Rangers, qui sont donc chargés de libérer le monde entier, alors qu’ils n’étaient pas foutus d’aller aider le héros qui gambadait dans les bois à 2 bornes de la base.
Et ne me parlez pas de suite. Il va déjà me falloir du temps pour me remettre de pareil chef d’œuvre.
Le film ayant rencontré son public, si j’en crois la critique, permettez-moi d’en proposer une version française. Ahem.
Machine de Guerre.
Nous ne sommes pas seuls. Il y a d’autres espèces pensantes dans l’univers, et l’une d’entre elles a décidé d’en finir avec nous. C’est ainsi qu’arrivent sur Terre de gigantesques robots, première vague d’une invasion extraterrestre que personne n’attendait. Le matin de l’attaque, voilà que l’un de ces monstres mécaniques atterrit au beau milieu d’un terrain d’entrainement militaire français, et tombe nez-à-nez avec l’adjudant 18 et ses hommes, alors occupés à un stage d’endurcissement, loin de tout. C’est un véritable massacre qui s’annonce.
Attendez, attendez, j’ai quand même mis un petit twist, comme on dit.
Pensant effrayer les humains, les extraterrestres ont donné à la machine une forme de chèvre. Et elle vient d’atterrir au milieu d’un camp de la Légion Etrangère.
La suite ? Eh bien, on suit la folle course du pauvre robot qui tente d’échapper aux derniers outrages.

L’affiche : je laisse entendre que la chèvre a une chance, mais bon, vous et moi, nous savons.
Publié le 29.04.2026 à 13:40
En 1954, à Dien Bien Phu les Français sont encerclés par les troupes du Viet-Minh.
Alors, comment diable leur envoyer les chars dont ils ont tant besoin ? Comme toujours, le soldat français va briller par son sens de la débrouille : avec de la ficelle, des boulons, une notice et une poignée de légionnaires, ils vont réussir à monter tout un escadron. Le tout commandé par un type avec les deux bras dans le plâtre.
C’est n’importe quoi ? Une excellente raison d’en faire un épisode du Petit Théâtre des Opérations.
Bon visionnage.
(si le lien ne s’affiche pas, cliquez donc ici)
(oui et désolé pour le retard, j’étais par monts et par vaux, rangez ces pierres, allez les jeter sur quelqu’un d’autre, comme je ne sais pas, un gueux.)
Publié le 08.04.2026 à 14:16
La solitude du lapin de Pâques
Parfois, il vous arrive de vous sentir seul. L’une de ces situations gênantes où, des années plus tard, alors que vous cherchez le sommeil, votre cerveau taquin décidera de vous rappeler « Eh, tu te souviens de la fois où… » comme ça, sans raison, juste pour vous emmerder.
Lorsque cela arrivera, souvenez-vous qu’il y a toujours pire que vous.
Pensez au type qui a dû faire la lapin de Pâques à côté de Donald Trump en ce mois d’avril 2026. Je vous avoue que je ne peux même pas en faire un article : le président des Etats-Unis qui explique comment il va latter le pays d’à côté à un parterre d’enfants, le tout pendant qu’un lapin géant fait coucou… cette scène se serait trouvée dans une comédie des années 90 façon Hot Shot qu’elle n’aurait pas fait tache.
Dans le doute, voici donc quelques images pour ces moments difficiles où vous pourrez vous dire « Bordel, je me sens seul, mais comparé à d’autres, en fait, ça va.« . Et où il nous faut tenter de deviner humblement ce que cette brave personne pensait silencieusement pendant que le drame se jouait à côté de ses grandes oreilles.
Publié le 25.03.2026 à 13:58
Mais dites-moi, ne serait-ce pas l’heure d’un Petit Théâtre des Opérations ?
Parlons donc d’une aventure quelque peu improbable arrivée en 1915, à savoir… une attaque de morts-vivants. En tout cas, c’est ce qu’une bonne partie de l’armée allemande a cru, après avoir vu des mecs supposément morts se relever pour venir s’expliquer avec eux, le tout en étant verdâtre, titubant, et gémissant. Comme quoi, les films de zombies n’ont rien inventé.
Bon visionnage.
Publié le 09.03.2026 à 09:09
Vous avez probablement déjà croisé le terme d’AI-Slop.
Pour ceux du fond qui n’auraient pas suivi, l’AI-Slop (ou « truc dégueulasse d’intelligence artificielle » en langue civilisée) désigne toutes les productions à la valeur artistique nulle générées en masse par l’intelligence artificielle et qui déferlent sur ce bas-monde via les sites webs et autres réseaux sociaux. Généralement, il suffit qu’un margoulin poste une quelconque image (brillante et de bon goût, comme Sonic et Mario enceintes l’un de l’autre, au hasard), pour que dans les commentaires, on se déchaîne : AI-Slop ! C’est honteux ! Et pense à toutes les ressources utilisées pour produire ta merde ! Tiens, tu mériterais qu’on te prive d’eau et qu’on te colle à un radiateur tel un pensionnaire d’EHPAD qui doit faire de la place pour plus riche que lui !
S’il faut saluer la verve de ces braves gens, et prendre bonne note de l’enthousiasme général pour dénoncer l’AI-Slop, permettez à votre serviteur d’aborder un sujet qui, curieusement, déchaîne moins les passions :
L’Human-Slop
Ou « truc dégueulasse d’humain« , ce qui désigne à la fois nos productions artistique de basse qualité, nos excréments, « l’incroyable diversité du cinéma français » (©Camille Cottin) et une plage de Loire-Atlantique après le départ de la population parisienne en septembre. Or, non seulement le Human-Slop semble mystérieusement accepté alors qu’il ne vaut guère mieux que son pendant artificiel, mais plus incroyable encore, des millions, voire des milliards de gens s’y vautrent joyeusement quotidiennement sans ciller dans une orgie de ressources et de moyens à en faire rougir un Donald Trump.
« Je vous vois venir Monsieur Connard ! Plein de mauvaise foi, vous allez comparer la production artistique d’une IA et d’un humain pour défendre le… »
Diego, tiens bien les lèvres de cette personne fermées avec la pince-à-con, veux-tu ?
Et pour répondre : nenni. Car si ma mauvaise foi est proverbiale, elle joue parfois les monte-en-l’air et s’introduit chez autrui avec une habileté qui force le respect. Parfois, on la retrouve même à copuler avec l’hypocrisie, ce qui est tout de même très inconvenant, tant ça reste de la même famille. On n’est pas à Dunkerque ici, ah mais. Toujours est-il qu’il me revient de faire la démonstration de notre problème.
Qu’est-il reproché à l’intelligence artificielle et à sa production ? Eh bien, qu’il s’agit avant tout d’une machine qui va pomper du contenu à droite et à gauche, en fait une grosse soupe, et à la demande d’un vide-gousset de bas-étage, relâche un peu de ladite soupe pour former ce qui est une image mélangeant un peu tout ce qu’elle a piqué et qu’on lui a demandé suite à une idée bien évidemment incroyablement originale (« Fais-moi une image de Sydney Sweeney… nan c’est tout… reeuuh… reeuuuh…« ). On ne peut pas dire que l’art progresse fort, par contre, il y a du monde pour vous rappeler que la consommation en électricité et en refroidissants divers, elle, a gentiment grimpé.

L’Humanité, cette espèce qui a conçu internet, reliant tous les hommes à toutes les bibliothèques du monde, et qui s’en sert pour s’abrutir.
Fort bien, nous avons donc trois problèmes pointés : 1) s’en remettre à la machine, 2) produire du caca, et tout ça avec 3) un certain impact environnemental.
C’est entendu ? Alors prenez du brandy, vous allez en avoir besoin.
Car il existe une machine encore moins créative que l’IA, qui produit du contenu encore plus foireux, et en quantité titanesque. Une machine qui niveau créativité, s’approche de Ramzy Bedia (ce qui n’est pas peu dire). Cette machine, car c’en est bien une, porte un nom : l’algorithme des réseaux sociaux. Un merdou encore plus monstrueux, puisque non seulement ça scanne un peu tout ce qui passe pour faire sa sauce, mais c’est encore plus bête qu’une IA. C’est juste, comme son nom l’indique, un algorithme dont le seul but est de vous coller un peu plus à votre écran pour vous envoyer un peu plus de publicité à la margoulette.
Et là où c’est intéressant, c’est que là où l’IA produit de la merde à la demande des humains… l’algorithme demande aux humains de produire de la merde à sa place. Et le plus beau ? C’est qu’ils le font. Et mieux encore, et c’est là que je remercie mon prochain pour son hypocrisie : on tombe rarement sur les producteurs de daubes 2.0 pour leur expliquer que ce qu’ils font fait perdre du temps et des moyens à tout le monde, eux compris, tout ça pour satisfaire une équation dans un serveur lointain.
Car quiconque utilise internet depuis un moment a pu constater qu’entre la liberté de création et le diktat des algorithmes, on a vite vu qui a plié. Souvenez-nous, vieux lecteurs, c’était avant vos problèmes de dos : cela a commencé doucement, avec les articles de journaux dont, peu à peu, les titres se sont transformés en travailleuses-du-clic, abordant l’internaute innocent d’un « Une célébrité vient d’avoir un terrible accident. Clique pour savoir qui c’est ! « (et en réalité, il s’agissait bien sûr d’un candidat de télé-réalité inconnu de 2009 qui a fait tomber son scooter). Du contenu de basse qualité, qui a rapidement proliféré, occupant des milliers, puis des millions de pages web (on le retrouve même dans les encarts de journaux supposément sérieux), tout ça pour récupérer du clic et de la popularité auprès de l’algorithme. Et puis, voici que le mal a atteint d’autres domaines : Youtube a vu ses miniatures de vidéo se transformer en monstres dégueulasses, avec titres jaunes, flèches rouges, et bien sûr l’énorme et laide face de l’auteur, figée dans une grimace exprimant un sentiment basique, mais mal surjoué (un peu comme Francis Huster sur scène). Je pense, entre deux gorgées de brandy, qu’il n’est pas bien risqué de supposer que tout cela n’avait rien à voir avec l’amour du beau ou de la qualité. Non, le but était de récupérer du clic en racolant le client, car qui dit clic dit vues, qui dit publicités, qui dit pognon… car c’est ce que l’algorithme leur a fixé comme règles : toi vouloir dix centimes ? Toi produire merde-à-clics.
Et cela a donc été fait, sans poser de question.
En ce temps-là, pendant que les gens de goût tentaient de se rincer les yeux à la javel, la pente devenait pourtant toujours plus rude, et au-delà de l’équation basique du « populaire = gros sous », l’algorithme donnait de plus en plus de consignes. Les règles sont devenues plus strictes sur les musiques utilisables ou non, même légalement. Puis, ce furent les mots : l’algorithme sanctionnait certains mots, pas assez populaires ou sympathiques. Et tout le monde s’y est plus ou moins plié : qui n’a jamais croisé une vidéo où les mots « incorrects » sont censurés ? Et par incorrect, ça peut être « mort » ou « violence » qui deviennent « m*rt » ou « V10L3nce », parce que c’est plus difficile de proposer des publicités pour des machines à laver sur ce genre de sujets (ce qui n’empêche pas ces gens de le faire, notez). Vous me direz « Oui enfin les gens emploient quand même ces mots et abordent ces sujets !« . Oui, enfin au début, ils le faisaient à l’oral et à l’écrit. Puis quand l’écrit a été inspecté par le bot de l’algorithme, ils ont bidouillé leurs sous-titres. Puis quand le bot s’est mis à écouter la partie sonore de la vidéo, ils ont censuré le mot. Je vous laisse donc deviner ce qu’il se passera quand le bot sera capable de détecter ces contournements. Et non, ce ne sera probablement pas l’algorithme qui pliera. Si vous en doutez, c’est que vous avez encore un peu trop foi en l’humanité. 20 minutes sur X devraient vous remettre dans le droit chemin de la misanthropie.
« Oui, mais Monsieur Connard, certains créateurs ont, justement, dénoncé ces règles qui apparaissent sans cesse et réduisent toujours la liberté de créer ! » me dira-t-on, m’obligeant à demander à Diego de resserer la pince.
Certes oui. Mais il s’agit hélas d’une minorité, qui en plus, se prend des douilles quand l’algorithme leur dit « Tu ne veux pas te plier aux règles ? Tiens, prends ta sanction« . Pendant qu’à côté, il met en avant toujours plus de merdes, certes, mais qui justement, sont conçues uniquement pour lui plaire et permettre à Mattenzo, 14 ans, de tenter de percer pour devenir « influenceur » en postant des vidéos de lui se filmant chaque jour en train de s’enfiler un paquet de chips différent. Du pur human-slop. Mattenzo comme son contenu, d’ailleurs, mais là n’est pas le sujet.
Le dernier clou – en date – dans le cercueil fut donc TikTok, qui apporta l’idée géniale de carrément orienter le contenu, en annonçant ouvertement quelle musique ou quel « défi » relever pour être mis en avant. Et non, on ne parle pas de Mozart ou de défis mathématiques. On est plus proches de Mariés au Premier Regard que d’un documentaire Arte. De toute façon, le documentaire Arte contient des mots vilains, donc hop : poubelle.
En un mot comme en cent, les algorithmes sont devenus les maîtres de la création de contenu. En élevant toujours plus de murs pour orienter la création vers une seule direction – la mauvaise – avant de carrément encourager la production de coprolithes en .mp4. Tout ça pour vendre des crèmes miracles pour le cul, ou des VPN pour aller en voir.
Le Human-Slop n’excuse donc en rien l’AI-Slop, mais vous noterez, bonnes gens, qu’il est un peu hypocrite de tomber sur l’IA comme la vérole sur le bas clergé, au nom du manque de créativité, du remplacement par la machine, et des ressources consommées, tout en n’ayant pas un mot pour les pelletées de vidéos produites chaque jour à la demande d’un algorithme commercial, qui n’est rien qu’une machine, dans le seul but de vendre des produits plus ou moins utiles, le tout via des vidéos dont le tournage, le stockage et la distribution demandent des ressources qui, bizarrement, ne sont jamais évoquées. D’ailleurs, quand des influenceurs évoquent la consommation des ressources de l’IA, bizarrement, ils comparent toujours ça à un golf, une voiture ou une piscine. Mais jamais à, au hasard, la consommation des serveurs Instagram, TikTok ou Youtube, qui aux dernières nouvelles, ne sont pas refroidis par la Reine des Neiges. Tout ça pour stocker des perles comme « Je réagis à un trailer de Fortnite » ou » Je mange des pâtes dans ma voiture« . Après, je suis taquin : si dans la vie, on faisait toujours le ratio entre les ressources consommées par quelque chose, et le bien que ça fait à l’humanité, le restaurant du Sénat aurait déjà subi le feu nucléaire deux fois.
Dois-je pourtant l’avouer ? Je rêve d’un monde où l’on trouverait, sous ces vidéos, des commentaires dénonçant le « Human-Slop » et évoquant l’énergie nécessaire au stockage de ce vide intellectuel, qui aurait été plus utile à alimenter une chaise électrique pour leurs auteurs. Mieux, si tout le monde dénonçait joyeusement sur le human-slop, les publicitaires voudraient moins y caser leurs produits, l’algorithme s’adapterait donc, et nous entrerions dans un cercle vertueux.
Mais, en lieu et place, le Human-Slop n’a pas de nom, et n’est même pas un sujet. C’est tout au mieux présenté comme une sympathique activité visant à devenir influenceur, c’est-à-dire, homme-sandwich 2.0 au service d’une machine hors de contrôle. Certes, vous ne ferez pas preuve de plus de créativité qu’une calculatrice, mais qu’importe, tant que vous collez à ce que l’algorithme demande et que vous faites vendre des yaourts protéinés ! Ce n’est pas parce que c’est fait par un humain que ce n’est pas un « truc dégueulasse« , que diable : peut-on dire que le contenu de Michou est d’une grande qualité artistique ? Que les vidéos publicitaires d’EnjoyPhoenix font avancer l’humanité ? Ou que les influenceurs qui vendent des arnaques depuis Dubaï marquent le monde culturel par leur génie créatif ?

Redites-moi que le Human-Slop n’existe pas ?
Permettez-moi de jouer les Cassandre (en plus, je la joue super bien), mais j’ose penser que dans un siècle, il y a peu de chances que les musées s’arrachent ces vidéos pour les diffuser au public. Et que ce dernier trouve une once de créativité là-dedans. Tout cela, après avoir lourdement consommé – et poussé à consommer – ira rejoindre les poubelles de l’humanité.
Qu’on ne me fasse pour autant pas dire ce que je n’ai pas dit : il y a plein de choses intéressantes et de créateurs qui se remuent le roudoudou sur internet pour faire des choses bien (j’ai dit qu’ils se remuaient le roudoudou, attention, pas qu’ils le remuaient devant la caméra, ça, ça s’appelle OnlyFans). Mais nous parlons bien dans le présent article de ceux qui créent avec, pour seul objectif, de satisfaire un algorithme qui leur a promis des likes, des abonnés et quelques centimes en échange de leur soumission pleine et entière à ses règles plus ou moins aléatoires.
Puisque nous approchons de la conclusion, je résume donc le problème (avec des majuscules, comme dans les miniatures Youtube) :
Si un HUMAIN demande à une MACHINE de produire du CACA et que ça consomme des RESSOURCES, alors… tout le monde crie que c’est un scandale ! Et que les machines ne doivent pas nous remplacer pour créer, bon dieu !
Par contre, si une MACHINE (l’algorithme) demande à un HUMAIN de produire du CACA et que ça consomme des RESSOURCES, alors… pas un mot, voire, justement, des likes ! Vous voyez bien que ma mauvaise foi sait aller danser le tango chez autrui.
Vous l’aurez donc compris : produire du contenu foireux avec une machine, c’est MAL, par contre, produire du contenu foireux pour satisfaire une machine encore plus bête et en roue libre et son armée de bots faisant la police du contenu… eh bien circulez, il n’y a rien à voir.
Je vous avoue que je suis un peu déçu, puisqu’on m’avait toujours vendu les machines réduisant les humains en esclavage par la force des armes, après une grande révolte. Mais en réalité, l’humanité accepte bien volontiers de faire tout ce que les machines lui disent de faire, et ce, avec un enthousiasme épatant. Si quelqu’un produit une chanson via une machine, et un clip IA, on lui jettera des pierres. Mais si un algorithme lui lance joyeusement : « Hep, utilisateur TikTok : savais-tu que tu pouvais gagner jusqu’à 10 balles en dansant sur la dernière musique de merde, elle-même lourdement vocodée ?« , là, oubliez la résistance aux machines ! Pensez-vous : 10 balles et peut-être même quelques abonnés ! Allez, tant pis pour la créativité et l’amour propre, va pour la censure des thèmes et mots… on fera ce que la machine veut.
Réduits en esclavage par un algorithme de réseau social… je vous avoue que je crois qu’au final, je préférais Skynet qui envoie le feu nucléaire. Au moins, on partait avec panache (de bien des manières).

On pensait que les machines allaient nous asservir avec des terminators, mais non : des likes auront suffi.
Pardon ? Ce blog lui-même consomme des ressources, sans parler des vidéos de votre serviteur. C’est là que… oooh !
Te voilà, mauvaise foi. Tu es rentrée.
Bon retour à la maison.
Publié le 20.02.2026 à 09:12
Vous souvenez-vous du film Troll ? Non ?
Ma foi, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire, et de vous rappeler à quel point Netflix sait nous gâter avec des blockbusters de qualité. Une gorgée de brandy, et… ahem :
Troll : En Norvège, la construction d’un tunnel réveille une gigantesque créature, à savoir un troll. Pour résoudre cette crise, Nora, une paléontologue qui n’a rien à voir avec la choucroute, est appelée à la rescousse. Après avoir passé 90% du film à rappeler qu’elle n’avait rien à faire là, et à remettre en cause l’existence des trolls même quand il y en a un à deux mètres d’elle en train de tuer tout le monde, Nora finit par se rappeler que ah tiens, si ce sont des créatures sorties des légendes, pourquoi ne pas utiliser les solutions des légendes ? Elle découvre ainsi que le troll, tel le parisien roux exilé, n’aime ni le son des clochers, ni la caresse des UV, et en utilisant l’un, puis l’autre, parvient à vaincre la bête. Fin.
Vous avez tout suivi ? Ce n’était pas trop dur ? Fort bien, car dans sa grande cruaut… ahem, bonté, Netflix nous a généreusement proposé un deuxième volet.
Alors, est-ce qu’on se rapproche d’un bon film ou d’un autre troll ?
Spoilons, mes bons !

L’affiche : oui, il y aura deux trolls, ce qui vous spoile la moitié du film. Merci.
Notre film s’ouvre sur une scène touchante : une petite norvégienne écoute son papa lui raconter des histoires. Mais là où nombre d’entre vous se contentent de lire les aventures de la Pat’Patrouille pour tenter d’endormir ce petit rabouin de Jean-Mathéo, le papa du film, lui, préfère la lecture de la Troll’Troupe, où il est essentiellement question de massacres, de gens dévorés et de trolls éventrés. La maman, entendant tout cela, passe une tête dans la chambre.
– Dis donc mon chéri, est-ce bien raisonnable de lui farcir la tête avec ces histoires ? Tu sais très bien ce que je t’ai dit sur ce qu’il arrive aux enfants que l’on obsède avec la violence.
– Je sais : ils finissent chroniqueurs sur CNews.
– Voilà. Donc, hop, dehors. Je prends la relève : je vais plutôt chanter une chanson à notre petite Nora.
Et la maman de s’assoir tendrement près de sa fille, à qui elle caresse la joue, avant d’entonner de sa voix la plus douce : « Baby Troll, døø døø døø døø, Baby Troll…. »
Oui : la mère en assez que son mari ne parle que de trolls à leur fille, aussi la première chose qu’elle fait, c’est de lui chanter une chanson… sur les trolls. Bon. On va dire qu’il n’y a pas d’autre sujet en Norvège. J’espère qu’il y aura une adaptation française de ce film, où tout le monde ne parle que de baguettes et entonne des chansons boulangères. Ou une version allemande où le seul sujet possible est le port de sandales-chaussettes (l’intrigue promet d’être palpitante).
Bref, en attendant, bondissons 30 ans dans le futur, car Nora a bien grandi.
En effet, c’était elle, l’héroïne du précédent film, et maintenant, elle vit recluse dans une cabane dans la pampa enneigée norvégienne, description qui correspond à 95% du pays, certes, mais tout de même. Sauf qu’alors qu’elle pensait être enfin tranquille et pouvoir traîner en crocs en pilou, voilà qu’un autre larron revenu du dernier film vient la déranger : Andreas. Si vous n’en avez aucun souvenir, c’est normal, puisque son charisme n’est pas sans rappeler celui d’un câble USB. Et je parle bien sûr de ce câble défectueux et dépiauté que vous oubliez toujours de jeter. Et Andreas est venu parler de…
– De trolls.
– Mais ? Nora, comment as-tu deviné ? Je n’ai encore rien dit ?
– On est en Norvège, Andreas. Tu serais venu me parler de tango, j’avoue, j’eus été bien étonnée.
Pourtant, Andreas lui suggère de ne pas se décourager, car de l’étonnement, elle pourrait bien en avoir au tournant. En effet, il veut lui montrer quelque chose et lui demande de le suivre. Nora, qui a toute une culture sur les trolls, mais beaucoup moins sur ce que les messieurs montrent généralement après avoir tenu ce genre de propos, accepte naïvement. Et cela tombe bien, car Andreas emmène notre bonne amie jusqu’à une base secrète dans les montagnes norvégiennes.
– Bienvenue à White Mesa, Nora. C’est l’endroit le plus secret du pays. Celui qui cache ce pourquoi les Allemands voulaient vraiment le contrôle de la Norvège durant la deuxième guerre mondiale. Car ce qui les intéressait, ce n’était ni le fer, ni l’eau lourde, non, c’était…
– Un troll ?
– Ah bah putain, comment vous avez encore deviné ?
Voilà pourquoi dans les pays nordiques, les élèves ont des notes aussi excellentes à l’école : qu’importe la question, il n’y a qu’une seule réponse possible. Forcément, ça aide un peu. Toujours est-il que Nora est emmenée dans un gigantesque bunker souterrain, où se trouve un troll, bien vivant, mais en hibernation, entouré de passerelles où s’affairent des scientifiques. Nora fronce alors les sourcils très fort.
– Attendez ! Vous êtes en train de me dire que le pays connait l’existence des trolls depuis un bail, et a même des bunkers secrets pour les cacher ?
– Toutafé.
– Mais alors, dans ce cas, pourquoi dans le précédent film le gouvernement norvégien lui-même n’était pas au courant de cela ?
– Eh bien parce que… euh… le gouvernement… n’avait pas les habilitations de sécurité pour être au courant de l’existence des trolls.
Oui, c’est bien l’excuse officielle du film : le gouvernement norvégien n’était pas assez haut-placé pour savoir ce que faisaient les fonctionnaires norvégiens, comme par exemple, garder des trolls en réserve. Ah, et durant la dernière attaque de trolls, celle qui a ravagé tout le pays dans le dernier opus, les mêmes ont donc « oublié » de se manifester pour dire « Ahah, au fait, on connait ces bestioles, on les étudie depuis des décennies, vous pensez que ça pourrait être utile ?« .

Andreas, Nora, et donc, deux scientifiques norvégiens payés à ne rien faire depuis des décennies.
Personnellement, j’aurais été Nora, j’aurais non seulement souligné ce petit souci, mais j’en aurais profité pour demander « Vous êtes en train de me dire que le gouvernement norvégien ignorait l’existence des trolls gérés par sa propre administration, par contre en 40, les nazis du pays d’à côté savaient tout au point de vouloir s’en emparer ?« . Et donc, visiblement : oui. Mais heureusement, Nora ne pense pas à poser la question. Elle est de toute façon plus occupée à rencontrer la personne en charge de ces lieux mystérieux.
– Nora ? Bonjour, je suis le docteur Sismograf, la directrice de White Mesa. Je vous avoue que je n’avais pas trop envie de vous faire venir ici mais… nous n’avons pas le choix. En effet, le but de notre centre est simple : si les trolls existent… nous devons savoir comment nous défendre face à eux. Or, nous n’avons obtenu aucun résultat probant ici. Raison pour laquelle nous avons besoin d’idées fraîches. Et donc, de vous. Car si nous ne trouvons rien de neuf, le centre fermera.
– Le centre est ouvert depuis des décennies puisqu’il existait déjà durant la deuxième guerre mondiale, et maintenant qu’Oslo a pris un troll sur la gueule, et sait que ça pourrait encore arriver… c’est maintenant qu’ils pensent à fermer le seul site qui pourrait les aider ?
– Ah merde, euh… oui… attendez, le script dit que…
– Je suppose qu’il dit simplement « troll » ?
– Ça alors ! Mais oui ! C’est fou !
Notez que le docteur Sismograf et son équipe sont de sacrés champions, car alors qu’ils ont un troll, un vrai, qui ne bouge pas et à leur entière disposition, ils n’ont aucune donnée sur quoi que ce soit. Ni jamais rien testé pour voir ce qui pourrait lui faire bobo ou non. Tout au plus sont-ils parvenus à lui retirer quelques échardes de peau pour les étudier, et l’ont entouré d’énormes panneaux à UV pour que si jamais il bouge, il soit instantanément changé en pierre puisque ces bestioles n’aiment pas trop ça. Et encore, cette idée… ils la tiennent de ce que Nora a fait dans le précédent film. Voilà voilà. Quant au reste de ce qu’ils auraient pu faire : étudier sa composition, le radiographier… haha, allons ! Pourquoi faire ? D’ailleurs, Nora ne vaut guère mieux, car quand on lui demande de quoi sont constitués ces êtres, elle répond :
« De nature. »
Une matière bien connue, et d’ailleurs, 100% naturelle. Mais sinon, Nora, tu sais que dans la nature, on trouve aussi bien des pâquerettes que de l’uranium ? Ce serait donc bien de savoir si la bête penche plutôt d’un côté ou de l’autre. Mais non, elle est faite « de nature« . Le docteur Sismograf rigole un peu, mais pas pour les raisons que l’on pense, puisqu’elle glisse, moqueuse :
– Ahaha, Nora ! De nature… c’est amusant, car vous citez les vieux livres. Les contes et traditions. Vous croyez sérieusement à ces choses-là ?
Que ? Mais ? Madame, vous vous souvenez d’où vous travaillez ou bien ?!
Surtout que durant le précédent film, 100% de ce qui sortait desdits livres était vrai, donc… comment dire ? Mais c’est intéressant de voir que la directrice du programme sur les trolls ne s’est pas intéressée au sujet, ou alors pour dire « La littérature de mon domaine ? Oui, j’adore me torcher avec !« . Quelle surprise que ce centre n’ait pas de résultats ! Cependant, nous allons voir qu’il y a pire car au concours du plus gros neuneu, Nora ne compte pas laisser la première place si facilement.
Dans un premier temps, elle visite les locaux et s’émerveille devant un vieux manuscrit déchiré de Saint Grossebaf, où le célèbre roi qui a évangélisé la Norvège promet que tous les trolls seront expulsés du royaume. Puis, pendant que ça discute vieux papiers, elle prétexte un soudain mal de bide et un besoin pressant d’aller aux toilettes. Mais avant qu’Andreas ne puisse s’exclamer : « Un instant… vite, rattrapez-la ! Tout le monde sait que les femmes ne font pas caca !« , Nora, elle, est déjà en train de cavalcader jusqu’au bunker principal, où la sécurité est une passoire. Ah, ça, pour ne pas prévenir son gouvernement de sur quoi on bosse, il y a du monde, par contre, pour empêcher une touriste d’approcher du troll endormi, il n’y a plus personne. Car, oui, Nora se faufile sur les plateformes qui mènent jusqu’à la tête du troll… et lui chuchote à l’oreille :
« Baby Troll, døø døø døø døø, Baby Troll…. »
La douce mélodie que lui chantait sa maman.
Pourquoi fait-elle ça ? D’où lui vient cette idée ? Et accessoirement, pourquoi ne pas en parler aux autres, d’abord, si elle pense que ça aura un effet, surtout si c’est pour se retrouver à 5cm du visage d’un troll sortant d’hibernation, et probablement avec des envies de fringales ? Que de questions, et à tout cela, une seule réponse, qui est probablement ce que ce sont dit les scénaristes au moment de soumettre leur copie aux producteurs : trooooll !
Car oui, Nora fait ça, comme ça, pif paf, non, vous ne saurez pas pourquoi, et oui, cette chanson réveille le troll. Aussitôt, des alarmes rugissent, et toute l’équipe du centre scientifique débarque en galopant près de la commande de sécurité permettant d’allumer les lampes à UV. Car le troll a beau être attaché, il a l’air de mauvais poil, commence à secouer ses chaînes, à les arracher, mais au moment d’activer les lampes…

Le troll, comme tout un chacun, n’aime guère qu’on vienne lui chanter des trucs dans l’oreille alors qu’il pionce. Aussi au réveil est-il un peu grognon.
Le docteur Sismograf s’exclame « Oh ben non alors, moi je veux l’étudier vivant ! » et détruit volontairement toute le système de sécurité… en renversant volontairement un café sur les commandes.
Je. Comment dire ? J’ai connu des gens qui buvaient de la Javel et qui étaient pourtant moins neuneus. Je crois qu’il va falloir en proposer un petit verre au docteur Sismograf, voire une tournée en compagnie de Nora. Mais dans l’immédiat, nos deux génies ont d’autres soucis plus immédiats, comme un troll géant qui, puisqu’il n’y a plus rien pour l’arrêter, tente de leur ratiboiser la truffe. Quantité de scientifiques meurent alors que la créature parvient à quitter le bunker (qui était en réalité en pâte à sel, ah, ces problèmes budgétaires !), mais nos héros, hélas, survivent. Et réalisent qu’ils vont devoir se lancer dans une nouvelle chasse au troll.
L’occasion pour Nora d’aller retrouver un vieil ami : le capitaine Bogoss, des forces spéciales, qui commande désormais une unité chargée de décalquer les trolls coquins. Avec, pour ce faire, deux hélicoptères transportant d’énormes panneaux à UV pour griller les bestioles. Ni une, ni deux, tout le monde monte à bord (oui, Nora, le docteur Sismograf, Andreas et tous les gens qui veulent, faut-il croire, c’est journées portes ouvertes), et part à la chasse.
Et cela tombe bien, car le troll est facile à repérer : il vient d’attaquer une station de ski, où de jeunes gens riches et arrogants faisaient la fête. Et que font-ils en voyant un troll géant arriver vers eux, bestiole du même genre que celle qui a causé des centaines de morts quelques mois plus tôt ?
Mais, ils font des selfies, bien sûr !
D’un certain côté, j’ai envie de vous dire que c’est ridicule. De l’autre, Instagram prouve jour après jour que l’humanité mérite un bon gros astéroïde dans la gueule, voire deux histoire d’être sûr. C’est cependant sur ces entrefaites que nos amis les deux hélicoptères à UV arrivent pour tenter d’expliquer à la bête que s’il y a bien un truc que les humains savent foutre en l’air, c’est la nature, et comme le troll en est constitué, il va bientôt se retrouver dans le même état qu’un champ après une rave party, ça va le calmer.
Oui mais voilà : le troll… résiste aux UVs. Oh, ça lui fait un peu mal, mais en fait, ça va.
« Diable ! Mais pourquoi donc, puisque c’est son point faible ? » me demanderez-vous de cette voix où se mêlent peur et excitation. Eh bien la réponse est simple : parce que sinon le film s’arrête au bout de 30mn. Le troll n’est donc pas constitué de nature, mais de scriptonium, la matière dont on fait les Marvel. Non, vous n’aurez aucune explication sur pourquoi ça ne marche pas. Voilà.
Ainsi protégé par son cheat code honteux, le troll en profite pour attraper le premier truc qui lui passe sous la main, à savoir un poteau, et s’en sert pour abattre un des deux hélicoptères (celui piloté par Jean-Jacques, le meilleur ami du capitaine Bogoss depuis au moins deux scènes). L’autre doit donc repartir, avec à son bord, tout son lot de débilets un peu déçus (de l’échec de la mission, ou pour le docteur Sismograf, de ne pas avoir pu renverser du café plein l’hélicoptère pour le neutraliser comme elle aime à le faire).
Une fois à l’abri, la fine équipe réfléchit à un plan B. Et cela tombe bien, puisque Nora en a un.
– Nous avons tenté de l’arrêter par la violence… mais peut-être pourrions-nous déjà trouver ce qu’il veut ?
– Nora, ces créatures sont sauvages et dangereuses. Je vous rappelle que l’une d’entre elles a tué votre père.
– Oui, mais le jour où mon père est mort a été le plus beau de sa vie.
Vous voyez cette dernière ligne de dialogue ? Hmm ? Eh bien elle n’est pas de moi, elle sort bien du film. On va dire que Nora est dépressive pour dire que le plus beau jour de la vie de quelqu’un, c’est celui où il se fait écraser la gueule par un troll géant qui sent le petit sous-bois qui se néglige. Pendant que ses camarades vont lui chercher du Xanax, d’autres continuent à essayer de comprendre ce que Nora veut dire.
– Où voulez-vous en venir, ma petite dame ?
– Nous essayons d’arrêter une créature sans essayer de comprendre ce qu’elle veut. Peut-être pourrions-nous l’aider en lui parlant.
– Ah ouais ? Vous voulez pas lui proposer un atelier-théâtre aussi, sale petite gauchiste ? Et quand bien même, comment ? Il nous est impossible de communiquer avec ces êtres !
– En fait, je crois que je connais justement quelqu’un qui peut communiquer avec ce troll.
Nora guide ainsi les bras cass… ahem, les héros de ce film jusqu’à une grotte perdue dans les montagnes. Et explique :
– Ce n’est pas une simple grotte. C’est un piège ancien. Du temps où Saint Grossebaf a massacré tous les trolls du pays.
– Ah bah tiens d’ailleurs, on pourrait en parler ? Non parce que si des clodos avec des épées ont pu massacrer des milliers de trolls, ce serait sympa de nous dire comment, non ? Vu qu’on n’arrive pas en arrêter un avec tout un arsenal moderne ?
– Non, je propose de ne pas en parler.
– De tout le film ?
– De tout le film : je vous rappelle que déjà dans le précédent, on n’a jamais abordé la question.
C’est vrai que ce serait dommage d’ouvrir un livre quelconque, de lire comment ils ont fait leur coup, et de reprendre la méthode visiblement suffisante pour éradiquer des armées entières de trolls. En lieu et place, donc, nos larrons écoutent Nora leur parler de cette grotte.
– Je disais donc, avant d’être interrompue par vos questions logiques et un peu embêtantes, que cet endroit est un piège. C’est là que Saint Grossebaf avait installé des pieux géants marqués de croix chrétiennes pour tuer le roi des trolls. Et pour l’attirer, il avait un appât : son fils. Et son fils… est toujours ici Mesdames et Messieurs ! Mais oui ! Allez Timétroll, ne fait pas ton timide, sors !
Et de l’ombre sort un immense troll, qui ne se montre pas hostile. Nora explique l’avoir découvert ici, et l’avoir amadoué. Timétroll est ainsi gentil et tout pacifique. Et il n’a pas peur des humains.

Timétroll, qui vit dans une grotte sans aucune explication alors que dès qu’un troll autre se réveille, il se met à courir le pays.
– Il pourra communiquer avec le troll que nous cherchons. Je vais le lui demander.
– Vous voulez dire que vous pouvez communiquer avec un troll ?
– Ben oui.
– Alors pourquoi on a besoin de ce troll si vous pouvez déjà le faire ?
– … haaan, merde. J’avais pô pensé.
C’est beau, tant de travail sur l’écriture d’un film qui a dû coûter quoi ? Quelques millions, au bas mot ?
Timétroll accepte cependant sa mission, qui consiste à aller expliquer à l’un de ses congénères qu’il doit arrêter de tout casser, à commencer par les burnes norvégiennes. Timétroll est donc prestement invité à se mettre sur la route de son camarade, au moment où il traverse un lac gelé. Hélas ! Ce que nos héros ignoraient, c’est que le vilain troll fraîchement réveillé n’est pas du genre à apprécier la diplomatie. Non, lui, ce qu’il aime, c’est savater de beaux quartiers, fumer des sapins et jouer à Fifa avec des Twingos compressées. Et pour mieux faire comprendre son désarroi, il détruit la glace du lac sous les pieds de Timétroll, qui disparait dans les eaux glacées sans avoir pu expliquer son propos. Evidemment, il doit être mort, puisqu’on ne retrouve pas son corps ! Hmm ? HMMM ?
Nos héros doivent en conséquence une fois encore se replier, et se retrouvent à devoir tenter d’anticiper les déplacements du vilain troll. Et en étudiant une carte, ils constatent qu’il se dirige droit vers Trondheim ! Où se trouve, heureux hasard si l’on en croit la légende, la tombe de Saint Grossebaf, qui serait cachée sous la cathédrale. Vite ! Nos héros s’y précipitent, persuadés que le troll compte se venger pour le massacre des siens, probablement en allant profaner la tombe du vieux roi pour y poser une méga-pêche (mais faite de nature, que l’on se rassure). Ces trolls alors ! Ils ne respectent rien. Que le docteur Sismograf se torche avec toute la littérature ancienne qui lui passe sous la main, passe encore. Mais chier sur un vieux roi mort, là, ça va trop loin.
Sitôt arrivés à Trondheim, nos amis vont chercher une experte de l’histoire de la cathédrale, qui est bien embêtée, et pas seulement à l’idée de voir un monstre pondre un gros coprolithe dessus.
– Oui, jeunes gens, oui ! Vous avez bien raison, d’après la légende, la tombe de Saint Grossebaf serait ici… mais personne ne l’a jamais trouvée.
– Vraiment ?
– Non. Je l’ai cherchée des années, et tout ce que j’ai trouvé, c’est au bout de ce souterrain, ce mystérieux mur dédié à Saint Grossebaf où est représenté son enterrement. Mais, ça n’a sûrement aucun rapport !
Si, si. La personne a consacré sa vie à cette quête, est tombée sur ce qui est clairement le mur d’une sépulture, puis s’est dit « Ah ben non, c’est pas exactement une tombe, je vais donc rentrer chez moi et faire des mots fléchés« . Car figurez-vous que rien qu’en TOUCHANT le mur, POUF ! Cela dévoile un trou, qui n’est autre qu’une serrure.
– Ah ben merde alors, si j’avais su qu’il suffisait de toucher le mur…
Marmonne l’experte en se demandant dans quelle daube elle a mis les pieds. Car nos amis ont tôt fait d’ouvrir le mur, qui avait bel et bien une porte vaguement cachée, et derrière, pif paf, voici la tombe de Saint Grossebaf, enterré avec sa fidèle épée en argent, connue pour occire du troll. Nos héros se demandent bien pourquoi puisque bon, l’argent, c’est un peu mou, alors pour taper de gros trucs, c’est pas super pratique, un peu comme combattre Godzilla avec une frite de piscine (ce qui ne veut pas dire que ça n’a pas été essayé, cf le très méconnu Godzilla VS Loana). Cependant, ils trouvent aussi… un demi-parchemin coincé sous le corps.
– Super, je vais pouvoir me torcher avec !
– Non, docteur Sismograf ! Remontez votre jupe sur le champ ! C’est important, écoutez : vous vous souvenez du parchemin déchiré que vous stockiez dans votre bunker secret, docteur Sismograf ? Celui où il était question du roi Saint Grossebaf qui voulait expulser tous les trolls du royaume ?
– Oui ? Un plaisantin l’avait mis sous vitrine pour ne pas que je puisse m’en servir.
– Eh bien c’est l’autre moitié ! Et si on assemble les deux, on obtient qu’il ne voulait PAS les expulser ! Et qu’il voulait leur DONNER un royaume !
– Hmm. Et ça change quoi ?
– Cela veut dire… que ce troll… VIENT TOUS NOUS TUER.
Pardon ? Le rapport avec la choucroute ? Non, aucun. D’ailleurs, je suis aussi curieux de savoir quel rapport ont les trolls avec les textes légaux humains, surtout ceux dont personne n’avait connaissance. Mais à toutes ces questions, comme toujours, une seule réponse : TROOOOLL !
Cela dit, vous avez sûrement vous-même quelques interrogations, comme « Mais nom d’une pipe, que fait le gouvernement pendant ce temps ?« . Eh bien, il n’est pas resté inactif. Ainsi, on retrouve le premier ministre norvégien qui donne une conférence de presse digne des plus grands moments de Jordan Bardella tant la qualité est au rendez-vous à chaque question des journalistes.
– Monsieur le premier ministre, que comptez-vous faire.
– *inspire* TRO-
– Et pas le droit de répondre « troll ».
– Ah, merde. Bon, eh bien nous savons que la créature se dirige vers Trondheim.
– Vous allez donc mettre un barrage de panneaux à UV pour la stopper, puisque vous savez que ça marche ? Enfin, ça marchait ?
– Non. Nous allons abandonner la ville.
– Hein ?! Mais… et après ?
– Après… euh… je sais pas.
C’est vrai que ce serait dommage d’essayer d’arrêter le troll, par exemple avec les méthodes qui ont marché dans le précédent film. Pendant ce temps, nos fiers protagonistes préfèrent disserter sur « Mais pourquoi diable l’autre con de Grossebaf avait une épée en argent ? C’est pas pratique, quand même !« . Et de se souvenir que « Mais attendez… dans les livres, ils disent qu’il avait une épée en argent pour pouvoir la tremper dans l’eau bénite sans rouiller ! Car l’eau bénite détruit les trolls !« . Et comme ils ont réussi à sauver du bunker secret un petit bout de peau de troll, ils versent un peu du bénitier de la cathédrale dessus et… pouf ! Ça tranche le truc sans souci !

Le troll résiste aux missiles, roquettes, grenades, balles… mais un moine en claquettes dans la gueule, et hop, ça fait tout de suite moins le malin !
– Formidable ! Nous avons juste à le bombarder d’eau bénite, et ça tombe bien, la source qui passe sous la cathédrale est sacrée (oui, ça marche comme ça) ! Vite, réunissons tous les volontaires de la ville qui souhaitent la défendre, on va tellement bénir ce troll qu’il finira mort ou pape !
Notons d’ailleurs que comme dans le précédent volet, nos héros ne pensent pas aux conséquences de pareille révélation : si l’eau bénite fonctionne, c’est que le divin existe. Et qu’il est visiblement du côté des chrétiens. Andreas devrait donc commencer à envisager une carrière dans les ordres histoire d’assurer le salut de son âme immortelle, le docteur Sismograf réfléchir à aller à la messe le dimanche, et le capitaine Bogoss se demander s’il va finir en enfer pour avoir repris deux fois des crêpes alors que c’était Carême.
Nora, elle, sue à grosses gouttes en pensant à ses relations hors mariage.
D’ailleurs, pour vous dire à quel point les personnages loupent cet élément quelque peu central, alors que tout le monde prépare de l’eau bénite et la défense de la ville, on a le droit à une scène fabuleuse où Andreas va demander à Nora :
– Crois-tu en Dieu ? Car moi, je ne sais pas, mais je crois en toi.
Alors certes, Andreas, mais comme vous venez d’avoir la preuve que Dieu existe, tu pourrais peut-être avoir une réflexion un peu plus profonde que « Lui, je sais pas, mais toi copine, j’ai grave la foi en tes grosses capacités ». Laissez-moi d’ailleurs en profiter pour évoquer autre chose au sujet d’Andreas : celui-ci va bientôt être papa. Et à CHAQUE scène depuis le début du film, quelqu’un lui dit « Pense bien à ne pas mourir, hein, ce serait trop triste« . Les trois premières fois, c’est déjà gros, à la quinzième, on a l’impression que tout le monde est à deux doigts de le jeter sous un bus.
Toujours est-il que la défense de Trondheim s’organise, qu’on a assez d’eau bénite pour organiser les JMJ en Norvège, et que l’armée a bourré ses grenade et roquettes du précieux liquide. Et lorsqu’à la nuit tombée, le troll se pointe… la ville est prête. On fait donner les cloches pour faire souffrir la vilaine bête, on lui envoie le PIB du Soudan en roquettes dans la mouille, mais une fois de plus, si la créature râle…
Elle ne tombe pas.
Non, vraiment, il faudra m’expliquer comment des pinpins de l’an mil équipés de fourches ont réussi à éradiquer ces trucs. Mais vous l’aurez compris, la seule chose qui protège notre monstre, c’est son cuir en scriptonium pur. Car devant l’échec de la méthode aqueuse, tous les volontaires et l’armée doivent se replier, sauf bien évidemment, nos héros, qui refusent d’abandonner le combat. Vont-ils se faire piétiner par la vilaine bête ? Non, car alors que tout semble perdu voilà…
– Timétroll ! Ça alors ! On t’avait vu disparaître dans le lac gelé plus tôt dans le film, mais on n’avait jamais retrouvé ton corps ! Qui aurait pu deviner que tu n’étais pas mort ?
En effet, houloulou, quelle surprise mes petits amis. Tenez, je suis aussi surpris que la fois où j’ai appris que Nicolas Sarkozy n’était pas un grand innocent. La bagarre reprend ainsi, avec deux trolls qui se mettent sur le nez comme sur l’affiche du film (quelle surprise !), mais hélas, Timétroll et sa bonne éducation ne font pas le poids face à son vil cousin éduqué dans des cavernes de banlieue où la violence fait loi. Pour nos héros, il ne reste donc qu’une solution :
– On pourrait juste utiliser des lampes à UV, puisqu’on sait que ça marche et…
– Nan. Je propose de larguer un baril d’eau bénite droit dans la gorge du monstre. Et je propose comme volontaire pour ce faire… ANDREAS !
Hmmm. Je me demande ce qu’il va se passer.
Et donc, oui, c’est bien ce que vous pensez : Andreas monte dans un hélicoptère avec le capitaine Bogoss, et à bord, ça se résume à :
– Andreas, surtout, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! L’eau bénite ! J’ai perdu le détonateur pour faire sauter le baril qui la contient à distance !
– Andreas, surtout, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! Pour remplacer le détonateur, j’ai trouvé une grenade, mais il faudrait sauter de l’hélico avec pour l’activer !
– Andreas, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! Le monstre ne veut pas ouvrir la bouche, il faudrait qu’il ait une raison de le faire, comme un truc à manger, pour que l’on puisse larguer le baril dans sa gorge !
– Andreas, ne…
Et Andreas se sacrifie. Je sais, personne ne l’avait vu venir : il saute de l’hélico dans la gorge du monstre, et une fois là-dedans, fait sauter sa grenade, son baril d’eau bénite, et pouf pouf, le vilain troll s’effondre, victime d’une indigestion et d’une bénédiction en même temps.
Nos héros ont donc vaincu, mais à quel prix ! Et pour fêter cela, parce que bon, on va pas chialer non plus… tout le monde décide d’aller chez Nora, dans la demeure où elle s’était isolée du monde (super, merci, je veux être tranquille, et hop, v’là les squatteurs), et où Timétroll vit en paix avec eux, à part quand il chie sur le toit parce qu’il n’a pas trouvé sa litière ou la tombe royale la plus proche. Tout est bien qui finit bien, surtout maintenant que ce blaireau d’Andreas est mort et…
… FIN !

« Mais alors dès le début du film, si on avait pris n’importe quel texte médiéval sur les trolls au pif, on aurait su comment les vaincre ? Oh ben flûte alors ! »
Eh bien, comme le disait le prince Charles en regardant Harry au Canada : « Ça valait le coup d’en faire un deuxième. »
Hop ! Vous pensiez vous en tirer si facilement ? Voici un petit contrôle surprise pour vérifier que vous avez bien suivi le film. Voyons si vous répondez comme un vrai Norvégien :
– Pouvez-vous citer une créature du folklore nordique ?
– Qu’est-ce qui hante les réseaux sociaux et est souvent accusé d’être russe ?
– Si je dis que l’éducation nationale est en pleine forme, je suis un… ?
– Qu’est-ce qui vit sous les ponts mais ne boit pas de 8-6 pour se réchauffer ?
– À quoi ressemble Jack Lang ?
Attention, c’est pas facile.
Publié le 05.02.2026 à 13:50
Chapeau melon et bottes au cul
En septembre 1944, les Alliés lancent une grande opération aux Pays-Bas, afin d’ouvrir une route vers l’Allemagne, sous le doux nom de « Market Garden ».
L’affaire ne va pas exactement se dérouler comme prévu, surtout pour une tripotée de Britanniques qui vont se retrouver encerclés, sans ravitaillement, et loin des copains. Heureusement pour eux, ils ont dans leurs rangs un certain Major Digby Tatham-Warter, qui n’est pas le dernier pour la déconne. En effet, celui-ci a décidé de partir au combat armé d’un parapluie, d’un clairon, et parce que ce n’est pas encore assez britannique, il s’équipe d’un splendide chapeau melon.
Le pire ? C’est que ça va marcher.
Voici donc un nouvel épisode du Petit Théâtre des Opérations.
Bon visionnage.











