Un odieux connard
Flux purgé de certains visuels, peut nuire à la compréhension des contenus.
Publié le 20.02.2026 à 09:12
Vous souvenez-vous du film Troll ? Non ?
Ma foi, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire, et de vous rappeler à quel point Netflix sait nous gâter avec des blockbusters de qualité. Une gorgée de brandy, et… ahem :
Troll : En Norvège, la construction d’un tunnel réveille une gigantesque créature, à savoir un troll. Pour résoudre cette crise, Nora, une paléontologue qui n’a rien à voir avec la choucroute, est appelée à la rescousse. Après avoir passé 90% du film à rappeler qu’elle n’avait rien à faire là, et à remettre en cause l’existence des trolls même quand il y en a un à deux mètres d’elle en train de tuer tout le monde, Nora finit par se rappeler que ah tiens, si ce sont des créatures sorties des légendes, pourquoi ne pas utiliser les solutions des légendes ? Elle découvre ainsi que le troll, tel le parisien roux exilé, n’aime ni le son des clochers, ni la caresse des UV, et en utilisant l’un, puis l’autre, parvient à vaincre la bête. Fin.
Vous avez tout suivi ? Ce n’était pas trop dur ? Fort bien, car dans sa grande cruaut… ahem, bonté, Netflix nous a généreusement proposé un deuxième volet.
Alors, est-ce qu’on se rapproche d’un bon film ou d’un autre troll ?
Spoilons, mes bons !

L’affiche : oui, il y aura deux trolls, ce qui vous spoile la moitié du film. Merci.
Notre film s’ouvre sur une scène touchante : une petite norvégienne écoute son papa lui raconter des histoires. Mais là où nombre d’entre vous se contentent de lire les aventures de la Pat’Patrouille pour tenter d’endormir ce petit rabouin de Jean-Mathéo, le papa du film, lui, préfère la lecture de la Troll’Troupe, où il est essentiellement question de massacres, de gens dévorés et de trolls éventrés. La maman, entendant tout cela, passe une tête dans la chambre.
– Dis donc mon chéri, est-ce bien raisonnable de lui farcir la tête avec ces histoires ? Tu sais très bien ce que je t’ai dit sur ce qu’il arrive aux enfants que l’on obsède avec la violence.
– Je sais : ils finissent chroniqueurs sur CNews.
– Voilà. Donc, hop, dehors. Je prends la relève : je vais plutôt chanter une chanson à notre petite Nora.
Et la maman de s’assoir tendrement près de sa fille, à qui elle caresse la joue, avant d’entonner de sa voix la plus douce : « Baby Troll, døø døø døø døø, Baby Troll…. »
Oui : la mère en assez que son mari ne parle que de trolls à leur fille, aussi la première chose qu’elle fait, c’est de lui chanter une chanson… sur les trolls. Bon. On va dire qu’il n’y a pas d’autre sujet en Norvège. J’espère qu’il y aura une adaptation française de ce film, où tout le monde ne parle que de baguettes et entonne des chansons boulangères. Ou une version allemande où le seul sujet possible est le port de sandales-chaussettes (l’intrigue promet d’être palpitante).
Bref, en attendant, bondissons 30 ans dans le futur, car Nora a bien grandi.
En effet, c’était elle, l’héroïne du précédent film, et maintenant, elle vit recluse dans une cabane dans la pampa enneigée norvégienne, description qui correspond à 95% du pays, certes, mais tout de même. Sauf qu’alors qu’elle pensait être enfin tranquille et pouvoir traîner en crocs en pilou, voilà qu’un autre larron revenu du dernier film vient la déranger : Andreas. Si vous n’en avez aucun souvenir, c’est normal, puisque son charisme n’est pas sans rappeler celui d’un câble USB. Et je parle bien sûr de ce câble défectueux et dépiauté que vous oubliez toujours de jeter. Et Andreas est venu parler de…
– De trolls.
– Mais ? Nora, comment as-tu deviné ? Je n’ai encore rien dit ?
– On est en Norvège, Andreas. Tu serais venu me parler de tango, j’avoue, j’eus été bien étonnée.
Pourtant, Andreas lui suggère de ne pas se décourager, car de l’étonnement, elle pourrait bien en avoir au tournant. En effet, il veut lui montrer quelque chose et lui demande de le suivre. Nora, qui a toute une culture sur les trolls, mais beaucoup moins sur ce que les messieurs montrent généralement après avoir tenu ce genre de propos, accepte naïvement. Et cela tombe bien, car Andreas emmène notre bonne amie jusqu’à une base secrète dans les montagnes norvégiennes.
– Bienvenue à White Mesa, Nora. C’est l’endroit le plus secret du pays. Celui qui cache ce pourquoi les Allemands voulaient vraiment le contrôle de la Norvège durant la deuxième guerre mondiale. Car ce qui les intéressait, ce n’était ni le fer, ni l’eau lourde, non, c’était…
– Un troll ?
– Ah bah putain, comment vous avez encore deviné ?
Voilà pourquoi dans les pays nordiques, les élèves ont des notes aussi excellentes à l’école : qu’importe la question, il n’y a qu’une seule réponse possible. Forcément, ça aide un peu. Toujours est-il que Nora est emmenée dans un gigantesque bunker souterrain, où se trouve un troll, bien vivant, mais en hibernation, entouré de passerelles où s’affairent des scientifiques. Nora fronce alors les sourcils très fort.
– Attendez ! Vous êtes en train de me dire que le pays connait l’existence des trolls depuis un bail, et a même des bunkers secrets pour les cacher ?
– Toutafé.
– Mais alors, dans ce cas, pourquoi dans le précédent film le gouvernement norvégien lui-même n’était pas au courant de cela ?
– Eh bien parce que… euh… le gouvernement… n’avait pas les habilitations de sécurité pour être au courant de l’existence des trolls.
Oui, c’est bien l’excuse officielle du film : le gouvernement norvégien n’était pas assez haut-placé pour savoir ce que faisaient les fonctionnaires norvégiens, comme par exemple, garder des trolls en réserve. Ah, et durant la dernière attaque de trolls, celle qui a ravagé tout le pays dans le dernier opus, les mêmes ont donc « oublié » de se manifester pour dire « Ahah, au fait, on connait ces bestioles, on les étudie depuis des décennies, vous pensez que ça pourrait être utile ?« .

Andreas, Nora, et donc, deux scientifiques norvégiens payés à ne rien faire depuis des décennies.
Personnellement, j’aurais été Nora, j’aurais non seulement souligné ce petit souci, mais j’en aurais profité pour demander « Vous êtes en train de me dire que le gouvernement norvégien ignorait l’existence des trolls gérés par sa propre administration, par contre en 40, les nazis du pays d’à côté savaient tout au point de vouloir s’en emparer ?« . Et donc, visiblement : oui. Mais heureusement, Nora ne pense pas à poser la question. Elle est de toute façon plus occupée à rencontrer la personne en charge de ces lieux mystérieux.
– Nora ? Bonjour, je suis le docteur Sismograf, la directrice de White Mesa. Je vous avoue que je n’avais pas trop envie de vous faire venir ici mais… nous n’avons pas le choix. En effet, le but de notre centre est simple : si les trolls existent… nous devons savoir comment nous défendre face à eux. Or, nous n’avons obtenu aucun résultat probant ici. Raison pour laquelle nous avons besoin d’idées fraîches. Et donc, de vous. Car si nous ne trouvons rien de neuf, le centre fermera.
– Le centre est ouvert depuis des décennies puisqu’il existait déjà durant la deuxième guerre mondiale, et maintenant qu’Oslo a pris un troll sur la gueule, et sait que ça pourrait encore arriver… c’est maintenant qu’ils pensent à fermer le seul site qui pourrait les aider ?
– Ah merde, euh… oui… attendez, le script dit que…
– Je suppose qu’il dit simplement « troll » ?
– Ça alors ! Mais oui ! C’est fou !
Notez que le docteur Sismograf et son équipe sont de sacrés champions, car alors qu’ils ont un troll, un vrai, qui ne bouge pas et à leur entière disposition, ils n’ont aucune donnée sur quoi que ce soit. Ni jamais rien testé pour voir ce qui pourrait lui faire bobo ou non. Tout au plus sont-ils parvenus à lui retirer quelques échardes de peau pour les étudier, et l’ont entouré d’énormes panneaux à UV pour que si jamais il bouge, il soit instantanément changé en pierre puisque ces bestioles n’aiment pas trop ça. Et encore, cette idée… ils la tiennent de ce que Nora a fait dans le précédent film. Voilà voilà. Quant au reste de ce qu’ils auraient pu faire : étudier sa composition, le radiographier… haha, allons ! Pourquoi faire ? D’ailleurs, Nora ne vaut guère mieux, car quand on lui demande de quoi sont constitués ces êtres, elle répond :
« De nature. »
Une matière bien connue, et d’ailleurs, 100% naturelle. Mais sinon, Nora, tu sais que dans la nature, on trouve aussi bien des pâquerettes que de l’uranium ? Ce serait donc bien de savoir si la bête penche plutôt d’un côté ou de l’autre. Mais non, elle est faite « de nature« . Le docteur Sismograf rigole un peu, mais pas pour les raisons que l’on pense, puisqu’elle glisse, moqueuse :
– Ahaha, Nora ! De nature… c’est amusant, car vous citez les vieux livres. Les contes et traditions. Vous croyez sérieusement à ces choses-là ?
Que ? Mais ? Madame, vous vous souvenez d’où vous travaillez ou bien ?!
Surtout que durant le précédent film, 100% de ce qui sortait desdits livres était vrai, donc… comment dire ? Mais c’est intéressant de voir que la directrice du programme sur les trolls ne s’est pas intéressée au sujet, ou alors pour dire « La littérature de mon domaine ? Oui, j’adore me torcher avec !« . Quelle surprise que ce centre n’ait pas de résultats ! Cependant, nous allons voir qu’il y a pire car au concours du plus gros neuneu, Nora ne compte pas laisser la première place si facilement.
Dans un premier temps, elle visite les locaux et s’émerveille devant un vieux manuscrit déchiré de Saint Grossebaf, où le célèbre roi qui a évangélisé la Norvège promet que tous les trolls seront expulsés du royaume. Puis, pendant que ça discute vieux papiers, elle prétexte un soudain mal de bide et un besoin pressant d’aller aux toilettes. Mais avant qu’Andreas ne puisse s’exclamer : « Un instant… vite, rattrapez-la ! Tout le monde sait que les femmes ne font pas caca !« , Nora, elle, est déjà en train de cavalcader jusqu’au bunker principal, où la sécurité est une passoire. Ah, ça, pour ne pas prévenir son gouvernement de sur quoi on bosse, il y a du monde, par contre, pour empêcher une touriste d’approcher du troll endormi, il n’y a plus personne. Car, oui, Nora se faufile sur les plateformes qui mènent jusqu’à la tête du troll… et lui chuchote à l’oreille :
« Baby Troll, døø døø døø døø, Baby Troll…. »
La douce mélodie que lui chantait sa maman.
Pourquoi fait-elle ça ? D’où lui vient cette idée ? Et accessoirement, pourquoi ne pas en parler aux autres, d’abord, si elle pense que ça aura un effet, surtout si c’est pour se retrouver à 5cm du visage d’un troll sortant d’hibernation, et probablement avec des envies de fringales ? Que de questions, et à tout cela, une seule réponse, qui est probablement ce que ce sont dit les scénaristes au moment de soumettre leur copie aux producteurs : trooooll !
Car oui, Nora fait ça, comme ça, pif paf, non, vous ne saurez pas pourquoi, et oui, cette chanson réveille le troll. Aussitôt, des alarmes rugissent, et toute l’équipe du centre scientifique débarque en galopant près de la commande de sécurité permettant d’allumer les lampes à UV. Car le troll a beau être attaché, il a l’air de mauvais poil, commence à secouer ses chaînes, à les arracher, mais au moment d’activer les lampes…

Le troll, comme tout un chacun, n’aime guère qu’on vienne lui chanter des trucs dans l’oreille alors qu’il pionce. Aussi au réveil est-il un peu grognon.
Le docteur Sismograf s’exclame « Oh ben non alors, moi je veux l’étudier vivant ! » et détruit volontairement toute le système de sécurité… en renversant volontairement un café sur les commandes.
Je. Comment dire ? J’ai connu des gens qui buvaient de la Javel et qui étaient pourtant moins neuneus. Je crois qu’il va falloir en proposer un petit verre au docteur Sismograf, voire une tournée en compagnie de Nora. Mais dans l’immédiat, nos deux génies ont d’autres soucis plus immédiats, comme un troll géant qui, puisqu’il n’y a plus rien pour l’arrêter, tente de leur ratiboiser la truffe. Quantité de scientifiques meurent alors que la créature parvient à quitter le bunker (qui était en réalité en pâte à sel, ah, ces problèmes budgétaires !), mais nos héros, hélas, survivent. Et réalisent qu’ils vont devoir se lancer dans une nouvelle chasse au troll.
L’occasion pour Nora d’aller retrouver un vieil ami : le capitaine Bogoss, des forces spéciales, qui commande désormais une unité chargée de décalquer les trolls coquins. Avec, pour ce faire, deux hélicoptères transportant d’énormes panneaux à UV pour griller les bestioles. Ni une, ni deux, tout le monde monte à bord (oui, Nora, le docteur Sismograf, Andreas et tous les gens qui veulent, faut-il croire, c’est journées portes ouvertes), et part à la chasse.
Et cela tombe bien, car le troll est facile à repérer : il vient d’attaquer une station de ski, où de jeunes gens riches et arrogants faisaient la fête. Et que font-ils en voyant un troll géant arriver vers eux, bestiole du même genre que celle qui a causé des centaines de morts quelques mois plus tôt ?
Mais, ils font des selfies, bien sûr !
D’un certain côté, j’ai envie de vous dire que c’est ridicule. De l’autre, Instagram prouve jour après jour que l’humanité mérite un bon gros astéroïde dans la gueule, voire deux histoire d’être sûr. C’est cependant sur ces entrefaites que nos amis les deux hélicoptères à UV arrivent pour tenter d’expliquer à la bête que s’il y a bien un truc que les humains savent foutre en l’air, c’est la nature, et comme le troll en est constitué, il va bientôt se retrouver dans le même état qu’un champ après une rave party, ça va le calmer.
Oui mais voilà : le troll… résiste aux UVs. Oh, ça lui fait un peu mal, mais en fait, ça va.
« Diable ! Mais pourquoi donc, puisque c’est son point faible ? » me demanderez-vous de cette voix où se mêlent peur et excitation. Eh bien la réponse est simple : parce que sinon le film s’arrête au bout de 30mn. Le troll n’est donc pas constitué de nature, mais de scriptonium, la matière dont on fait les Marvel. Non, vous n’aurez aucune explication sur pourquoi ça ne marche pas. Voilà.
Ainsi protégé par son cheat code honteux, le troll en profite pour attraper le premier truc qui lui passe sous la main, à savoir un poteau, et s’en sert pour abattre un des deux hélicoptères (celui piloté par Jean-Jacques, le meilleur ami du capitaine Bogoss depuis au moins deux scènes). L’autre doit donc repartir, avec à son bord, tout son lot de débilets un peu déçus (de l’échec de la mission, ou pour le docteur Sismograf, de ne pas avoir pu renverser du café plein l’hélicoptère pour le neutraliser comme elle aime à le faire).
Une fois à l’abri, la fine équipe réfléchit à un plan B. Et cela tombe bien, puisque Nora en a un.
– Nous avons tenté de l’arrêter par la violence… mais peut-être pourrions-nous déjà trouver ce qu’il veut ?
– Nora, ces créatures sont sauvages et dangereuses. Je vous rappelle que l’une d’entre elles a tué votre père.
– Oui, mais le jour où mon père est mort a été le plus beau de sa vie.
Vous voyez cette dernière ligne de dialogue ? Hmm ? Eh bien elle n’est pas de moi, elle sort bien du film. On va dire que Nora est dépressive pour dire que le plus beau jour de la vie de quelqu’un, c’est celui où il se fait écraser la gueule par un troll géant qui sent le petit sous-bois qui se néglige. Pendant que ses camarades vont lui chercher du Xanax, d’autres continuent à essayer de comprendre ce que Nora veut dire.
– Où voulez-vous en venir, ma petite dame ?
– Nous essayons d’arrêter une créature sans essayer de comprendre ce qu’elle veut. Peut-être pourrions-nous l’aider en lui parlant.
– Ah ouais ? Vous voulez pas lui proposer un atelier-théâtre aussi, sale petite gauchiste ? Et quand bien même, comment ? Il nous est impossible de communiquer avec ces êtres !
– En fait, je crois que je connais justement quelqu’un qui peut communiquer avec ce troll.
Nora guide ainsi les bras cass… ahem, les héros de ce film jusqu’à une grotte perdue dans les montagnes. Et explique :
– Ce n’est pas une simple grotte. C’est un piège ancien. Du temps où Saint Grossebaf a massacré tous les trolls du pays.
– Ah bah tiens d’ailleurs, on pourrait en parler ? Non parce que si des clodos avec des épées ont pu massacrer des milliers de trolls, ce serait sympa de nous dire comment, non ? Vu qu’on n’arrive pas en arrêter un avec tout un arsenal moderne ?
– Non, je propose de ne pas en parler.
– De tout le film ?
– De tout le film : je vous rappelle que déjà dans le précédent, on n’a jamais abordé la question.
C’est vrai que ce serait dommage d’ouvrir un livre quelconque, de lire comment ils ont fait leur coup, et de reprendre la méthode visiblement suffisante pour éradiquer des armées entières de trolls. En lieu et place, donc, nos larrons écoutent Nora leur parler de cette grotte.
– Je disais donc, avant d’être interrompue par vos questions logiques et un peu embêtantes, que cet endroit est un piège. C’est là que Saint Grossebaf avait installé des pieux géants marqués de croix chrétiennes pour tuer le roi des trolls. Et pour l’attirer, il avait un appât : son fils. Et son fils… est toujours ici Mesdames et Messieurs ! Mais oui ! Allez Timétroll, ne fait pas ton timide, sors !
Et de l’ombre sort un immense troll, qui ne se montre pas hostile. Nora explique l’avoir découvert ici, et l’avoir amadoué. Timétroll est ainsi gentil et tout pacifique. Et il n’a pas peur des humains.

Timétroll, qui vit dans une grotte sans aucune explication alors que dès qu’un troll autre se réveille, il se met à courir le pays.
– Il pourra communiquer avec le troll que nous cherchons. Je vais le lui demander.
– Vous voulez dire que vous pouvez communiquer avec un troll ?
– Ben oui.
– Alors pourquoi on a besoin de ce troll si vous pouvez déjà le faire ?
– … haaan, merde. J’avais pô pensé.
C’est beau, tant de travail sur l’écriture d’un film qui a dû coûter quoi ? Quelques millions, au bas mot ?
Timétroll accepte cependant sa mission, qui consiste à aller expliquer à l’un de ses congénères qu’il doit arrêter de tout casser, à commencer par les burnes norvégiennes. Timétroll est donc prestement invité à se mettre sur la route de son camarade, au moment où il traverse un lac gelé. Hélas ! Ce que nos héros ignoraient, c’est que le vilain troll fraîchement réveillé n’est pas du genre à apprécier la diplomatie. Non, lui, ce qu’il aime, c’est savater de beaux quartiers, fumer des sapins et jouer à Fifa avec des Twingos compressées. Et pour mieux faire comprendre son désarroi, il détruit la glace du lac sous les pieds de Timétroll, qui disparait dans les eaux glacées sans avoir pu expliquer son propos. Evidemment, il doit être mort, puisqu’on ne retrouve pas son corps ! Hmm ? HMMM ?
Nos héros doivent en conséquence une fois encore se replier, et se retrouvent à devoir tenter d’anticiper les déplacements du vilain troll. Et en étudiant une carte, ils constatent qu’il se dirige droit vers Trondheim ! Où se trouve, heureux hasard si l’on en croit la légende, la tombe de Saint Grossebaf, qui serait cachée sous la cathédrale. Vite ! Nos héros s’y précipitent, persuadés que le troll compte se venger pour le massacre des siens, probablement en allant profaner la tombe du vieux roi pour y poser une méga-pêche (mais faite de nature, que l’on se rassure). Ces trolls alors ! Ils ne respectent rien. Que le docteur Sismograf se torche avec toute la littérature ancienne qui lui passe sous la main, passe encore. Mais chier sur un vieux roi mort, là, ça va trop loin.
Sitôt arrivés à Trondheim, nos amis vont chercher une experte de l’histoire de la cathédrale, qui est bien embêtée, et pas seulement à l’idée de voir un monstre pondre un gros coprolithe dessus.
– Oui, jeunes gens, oui ! Vous avez bien raison, d’après la légende, la tombe de Saint Grossebaf serait ici… mais personne ne l’a jamais trouvée.
– Vraiment ?
– Non. Je l’ai cherchée des années, et tout ce que j’ai trouvé, c’est au bout de ce souterrain, ce mystérieux mur dédié à Saint Grossebaf où est représenté son enterrement. Mais, ça n’a sûrement aucun rapport !
Si, si. La personne a consacré sa vie à cette quête, est tombée sur ce qui est clairement le mur d’une sépulture, puis s’est dit « Ah ben non, c’est pas exactement une tombe, je vais donc rentrer chez moi et faire des mots fléchés« . Car figurez-vous que rien qu’en TOUCHANT le mur, POUF ! Cela dévoile un trou, qui n’est autre qu’une serrure.
– Ah ben merde alors, si j’avais su qu’il suffisait de toucher le mur…
Marmonne l’experte en se demandant dans quelle daube elle a mis les pieds. Car nos amis ont tôt fait d’ouvrir le mur, qui avait bel et bien une porte vaguement cachée, et derrière, pif paf, voici la tombe de Saint Grossebaf, enterré avec sa fidèle épée en argent, connue pour occire du troll. Nos héros se demandent bien pourquoi puisque bon, l’argent, c’est un peu mou, alors pour taper de gros trucs, c’est pas super pratique, un peu comme combattre Godzilla avec une frite de piscine (ce qui ne veut pas dire que ça n’a pas été essayé, cf le très méconnu Godzilla VS Loana). Cependant, ils trouvent aussi… un demi-parchemin coincé sous le corps.
– Super, je vais pouvoir me torcher avec !
– Non, docteur Sismograf ! Remontez votre jupe sur le champ ! C’est important, écoutez : vous vous souvenez du parchemin déchiré que vous stockiez dans votre bunker secret, docteur Sismograf ? Celui où il était question du roi Saint Grossebaf qui voulait expulser tous les trolls du royaume ?
– Oui ? Un plaisantin l’avait mis sous vitrine pour ne pas que je puisse m’en servir.
– Eh bien c’est l’autre moitié ! Et si on assemble les deux, on obtient qu’il ne voulait PAS les expulser ! Et qu’il voulait leur DONNER un royaume !
– Hmm. Et ça change quoi ?
– Cela veut dire… que ce troll… VIENT TOUS NOUS TUER.
Pardon ? Le rapport avec la choucroute ? Non, aucun. D’ailleurs, je suis aussi curieux de savoir quel rapport ont les trolls avec les textes légaux humains, surtout ceux dont personne n’avait connaissance. Mais à toutes ces questions, comme toujours, une seule réponse : TROOOOLL !
Cela dit, vous avez sûrement vous-même quelques interrogations, comme « Mais nom d’une pipe, que fait le gouvernement pendant ce temps ?« . Eh bien, il n’est pas resté inactif. Ainsi, on retrouve le premier ministre norvégien qui donne une conférence de presse digne des plus grands moments de Jordan Bardella tant la qualité est au rendez-vous à chaque question des journalistes.
– Monsieur le premier ministre, que comptez-vous faire.
– *inspire* TRO-
– Et pas le droit de répondre « troll ».
– Ah, merde. Bon, eh bien nous savons que la créature se dirige vers Trondheim.
– Vous allez donc mettre un barrage de panneaux à UV pour la stopper, puisque vous savez que ça marche ? Enfin, ça marchait ?
– Non. Nous allons abandonner la ville.
– Hein ?! Mais… et après ?
– Après… euh… je sais pas.
C’est vrai que ce serait dommage d’essayer d’arrêter le troll, par exemple avec les méthodes qui ont marché dans le précédent film. Pendant ce temps, nos fiers protagonistes préfèrent disserter sur « Mais pourquoi diable l’autre con de Grossebaf avait une épée en argent ? C’est pas pratique, quand même !« . Et de se souvenir que « Mais attendez… dans les livres, ils disent qu’il avait une épée en argent pour pouvoir la tremper dans l’eau bénite sans rouiller ! Car l’eau bénite détruit les trolls !« . Et comme ils ont réussi à sauver du bunker secret un petit bout de peau de troll, ils versent un peu du bénitier de la cathédrale dessus et… pouf ! Ça tranche le truc sans souci !

Le troll résiste aux missiles, roquettes, grenades, balles… mais un moine en claquettes dans la gueule, et hop, ça fait tout de suite moins le malin !
– Formidable ! Nous avons juste à le bombarder d’eau bénite, et ça tombe bien, la source qui passe sous la cathédrale est sacrée (oui, ça marche comme ça) ! Vite, réunissons tous les volontaires de la ville qui souhaitent la défendre, on va tellement bénir ce troll qu’il finira mort ou pape !
Notons d’ailleurs que comme dans le précédent volet, nos héros ne pensent pas aux conséquences de pareille révélation : si l’eau bénite fonctionne, c’est que le divin existe. Et qu’il est visiblement du côté des chrétiens. Andreas devrait donc commencer à envisager une carrière dans les ordres histoire d’assurer le salut de son âme immortelle, le docteur Sismograf réfléchir à aller à la messe le dimanche, et le capitaine Bogoss se demander s’il va finir en enfer pour avoir repris deux fois des crêpes alors que c’était Carême.
Nora, elle, sue à grosses gouttes en pensant à ses relations hors mariage.
D’ailleurs, pour vous dire à quel point les personnages loupent cet élément quelque peu central, alors que tout le monde prépare de l’eau bénite et la défense de la ville, on a le droit à une scène fabuleuse où Andreas va demander à Nora :
– Crois-tu en Dieu ? Car moi, je ne sais pas, mais je crois en toi.
Alors certes, Andreas, mais comme vous venez d’avoir la preuve que Dieu existe, tu pourrais peut-être avoir une réflexion un peu plus profonde que « Lui, je sais pas, mais toi copine, j’ai grave la foi en tes grosses capacités ». Laissez-moi d’ailleurs en profiter pour évoquer autre chose au sujet d’Andreas : celui-ci va bientôt être papa. Et à CHAQUE scène depuis le début du film, quelqu’un lui dit « Pense bien à ne pas mourir, hein, ce serait trop triste« . Les trois premières fois, c’est déjà gros, à la quinzième, on a l’impression que tout le monde est à deux doigts de le jeter sous un bus.
Toujours est-il que la défense de Trondheim s’organise, qu’on a assez d’eau bénite pour organiser les JMJ en Norvège, et que l’armée a bourré ses grenade et roquettes du précieux liquide. Et lorsqu’à la nuit tombée, le troll se pointe… la ville est prête. On fait donner les cloches pour faire souffrir la vilaine bête, on lui envoie le PIB du Soudan en roquettes dans la mouille, mais une fois de plus, si la créature râle…
Elle ne tombe pas.
Non, vraiment, il faudra m’expliquer comment des pinpins de l’an mil équipés de fourches ont réussi à éradiquer ces trucs. Mais vous l’aurez compris, la seule chose qui protège notre monstre, c’est son cuir en scriptonium pur. Car devant l’échec de la méthode aqueuse, tous les volontaires et l’armée doivent se replier, sauf bien évidemment, nos héros, qui refusent d’abandonner le combat. Vont-ils se faire piétiner par la vilaine bête ? Non, car alors que tout semble perdu voilà…
– Timétroll ! Ça alors ! On t’avait vu disparaître dans le lac gelé plus tôt dans le film, mais on n’avait jamais retrouvé ton corps ! Qui aurait pu deviner que tu n’étais pas mort ?
En effet, houloulou, quelle surprise mes petits amis. Tenez, je suis aussi surpris que la fois où j’ai appris que Nicolas Sarkozy n’était pas un grand innocent. La bagarre reprend ainsi, avec deux trolls qui se mettent sur le nez comme sur l’affiche du film (quelle surprise !), mais hélas, Timétroll et sa bonne éducation ne font pas le poids face à son vil cousin éduqué dans des cavernes de banlieue où la violence fait loi. Pour nos héros, il ne reste donc qu’une solution :
– On pourrait juste utiliser des lampes à UV, puisqu’on sait que ça marche et…
– Nan. Je propose de larguer un baril d’eau bénite droit dans la gorge du monstre. Et je propose comme volontaire pour ce faire… ANDREAS !
Hmmm. Je me demande ce qu’il va se passer.
Et donc, oui, c’est bien ce que vous pensez : Andreas monte dans un hélicoptère avec le capitaine Bogoss, et à bord, ça se résume à :
– Andreas, surtout, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! L’eau bénite ! J’ai perdu le détonateur pour faire sauter le baril qui la contient à distance !
– Andreas, surtout, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! Pour remplacer le détonateur, j’ai trouvé une grenade, mais il faudrait sauter de l’hélico avec pour l’activer !
– Andreas, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! Le monstre ne veut pas ouvrir la bouche, il faudrait qu’il ait une raison de le faire, comme un truc à manger, pour que l’on puisse larguer le baril dans sa gorge !
– Andreas, ne…
Et Andreas se sacrifie. Je sais, personne ne l’avait vu venir : il saute de l’hélico dans la gorge du monstre, et une fois là-dedans, fait sauter sa grenade, son baril d’eau bénite, et pouf pouf, le vilain troll s’effondre, victime d’une indigestion et d’une bénédiction en même temps.
Nos héros ont donc vaincu, mais à quel prix ! Et pour fêter cela, parce que bon, on va pas chialer non plus… tout le monde décide d’aller chez Nora, dans la demeure où elle s’était isolée du monde (super, merci, je veux être tranquille, et hop, v’là les squatteurs), et où Timétroll vit en paix avec eux, à part quand il chie sur le toit parce qu’il n’a pas trouvé sa litière ou la tombe royale la plus proche. Tout est bien qui finit bien, surtout maintenant que ce blaireau d’Andreas est mort et…
… FIN !

« Mais alors dès le début du film, si on avait pris n’importe quel texte médiéval sur les trolls au pif, on aurait su comment les vaincre ? Oh ben flûte alors ! »
Eh bien, comme le disait le prince Charles en regardant Harry au Canada : « Ça valait le coup d’en faire un deuxième. »
Hop ! Vous pensiez vous en tirer si facilement ? Voici un petit contrôle surprise pour vérifier que vous avez bien suivi le film. Voyons si vous répondez comme un vrai Norvégien :
– Pouvez-vous citer une créature du folklore nordique ?
– Qu’est-ce qui hante les réseaux sociaux et est souvent accusé d’être russe ?
– Si je dis que l’éducation nationale est en pleine forme, je suis un… ?
– Qu’est-ce qui vit sous les ponts mais ne boit pas de 8-6 pour se réchauffer ?
– À quoi ressemble Jack Lang ?
Attention, c’est pas facile.
Publié le 05.02.2026 à 13:50
Chapeau melon et bottes au cul
En septembre 1944, les Alliés lancent une grande opération aux Pays-Bas, afin d’ouvrir une route vers l’Allemagne, sous le doux nom de « Market Garden ».
L’affaire ne va pas exactement se dérouler comme prévu, surtout pour une tripotée de Britanniques qui vont se retrouver encerclés, sans ravitaillement, et loin des copains. Heureusement pour eux, ils ont dans leurs rangs un certain Major Digby Tatham-Warter, qui n’est pas le dernier pour la déconne. En effet, celui-ci a décidé de partir au combat armé d’un parapluie, d’un clairon, et parce que ce n’est pas encore assez britannique, il s’équipe d’un splendide chapeau melon.
Le pire ? C’est que ça va marcher.
Voici donc un nouvel épisode du Petit Théâtre des Opérations.
Bon visionnage.
Publié le 19.01.2026 à 11:16
Le cycliste, cet être majestueux
L’homme moderne est privé d’aventure. Le monde est déjà exploré, l’espace aérien conquis, quant aux fonds marins, ne m’en parlez pas, on y retrouve des bouts de sac plastique et de millionnaires dans tous les coins. Or, ni vous ni moi n’avons envie de boire la tasse et de finir avec un goût de riche au fond de la gorge.
Alors, que reste-t-il ? Le safari ? Il faut avouer que celui-ci a perdu de son charme en même temps que ses fusils. Qui n’a pas connu le plaisir simple de poser l’arme à la main et la botte sur un flanc encore chaud ignore ce que le mot « bonheur » signifie. Ni « malheur », lorsque venait le moment de brûler ladite photo parce que les gardes forestiers approchaient avec un air inquisiteur et des questions sur ce que vous aviez fait de votre guide. Je tiens par ailleurs à dire ici que j’ignore ce qui est arrivé au brave Bountou. La seule chose dont je me souviens, c’est qu’il m’avait promis des lions, qu’on n’en vit point, et qu’il fallu bien improviser une cible mobile. Brave, brave Bountou.
Alors, reste le safari urbain. Pas l’urbex, bien sûr, pratiqué par des Jean-Charles et autres Manon qui s’émerveillent devant une seringue usagée, une flaque d’urine de rat (dans le meilleur des cas), ou face à l’art primitif du tagueur, qui malgré des années de pratique, ne parvient toujours pas écrire son nom de manière lisible. Brave, brave tagueur.
Le connaisseur se contente donc d’observer la faune, et en ce jour, permettez-moi de vous parler d’une créature qui est à la ville ce que la hyène est à la savane :
Le cycliste

Un cycliste pratiquant son activité favorite : ignorer la piste cyclable pour rouler partout sauf là où il devrait.
Le cycliste est un mammifère qui, après avoir fait l’acquisition d’un véhicule à deux roues non-motorisé (encore que) par des moyens plus ou moins louables, estime désormais être d’une espèce supérieure à celle qu’il vient de quitter, l’homo sapiens pedibus gradiens. On retrouve les cyclistes aux quatre coins du monde, répartis entre deux espèces distinctes : le cycliste urbain et le cycliste de campagne. Les deux sont généralement classés parmi les nuisibles.
Dénomination
Le cycliste seul est appelé cycliste. Plusieurs cyclistes sont appelés cyclistes. Lorsqu’ils se rassemblent en grand nombre, on parle alors de peloton. Celui-ci se met alors à migrer, mais contrairement à la plupart des animaux qui sont foutus de trouver le sud ou de remonter une rivière, le peloton fait un circuit improbable, prend l’avion de temps à autre, et finit inévitablement à Paris. On parle de Tour de France. Le fait que le cycliste finisse à Paris plutôt qu’à Montargis prouve que le cycliste est a) dénué d’instinct de survie b) plus riche qu’il ne le prétend, mais nous y reviendrons.
Caractéristiques
Le cycliste peut varier en âge, taille et genre, ainsi qu’en monture. Le cycliste des champs porte généralement une tenue chamarrée et on le reconnait à sa manière de se tenir courbé sur son engin du diable. Le cycliste des villes, lui, connait une variété beaucoup plus grande. Je cite ici, pêle-mêle, et pour la culture de mes lecteurs :
- Le cycliste à bicyclette classique (cyclistus classicus)
- Le cycliste à bicyclette électrique (cyclistus embourgeoisus)
- Le cycliste avec vélo cargo (cyclistus couillenorus)
En effet, le vélo est un univers où les règles qui régissent notre monde n’ont plus lieu d’être. Par exemple, pour le cycliste des champs, plus le vélo est léger, plus il est cher, soit l’exact opposé des échelles de valeur classiques, comme l’or, le nickel ou le sumo. Raison pour laquelle le cycliste n’a aucune notion de la valeur des choses (nous y reviendrons) et trouve tout à fait normal d’acheter une merde au prix d’une petite voiture au motif qu’on y a habilement fixé une grosse caisse en bois à l’avant (pour transporter Jean-Matthéo). Le cycliste répond alors que ce n’est pas « une merde » mais « un vélo cargo ». On en concluera que le cycliste ignore non seulement le prix des matières premières mais aussi l’existence du dictionnaire des synonymes.
Comportement
De l’avis général, le comportement du cycliste varie entre l’horripilant et l’imbuvable. Ainsi, alors que vous préparez le repas de dimanche prochain, jamais vous n’entendrez votre femme/mari/esclave sexuel s’exclamer « Tiens, et si on invitait un cycliste ?« . Non, on invite un collègue, un ami, un cousin, mais un cycliste : jamais. Car le cycliste, s’il n’a pas de grands chevaux (il en a pourtant les moyens, cf section sur le vélo cargo), a une monture, et jauge le monde depuis celle-ci, ce qui n’aide pas à le faire aimer, quand bien même il vante les mérites de son mode de transport pour l’environnement et les petits animaux. Il faut toujours se méfier de ces gens-là : il y a quelques années, un célèbre végétarien adorait rappeler son amour de la nature et sa passion des transports. Eh bien, figurez-vous qu’alors que la Pologne ne l’avait pas invité, il est venu quand même. Ces gens ne manquent pas de toupet.
Ecologie
Le cycliste aime à se mettre en avant au motif que son moyen se transport serait « écologique ». C’est faux. En effet, comme chacun sait, lorsque le cycliste sent que son heure vient, et que sa vie de conducteur de deux roues va toucher à sa fin, il va généralement balancer son vélo dans la Seine, l’équivalent cycliste du cimetière des éléphants. Un moment émouvant, où tout comme l’éléphant, le cycliste se cache pour donner des funéralles vikings à son engin. On me dira que c’est à cause de la police, qui en a assez de retrouver des deux roues au fond de l’eau, puisque c’est très sale, et que ça finit par attirer les Anne Hidalgo (qui veulent alors nager dedans). Mais, non. Je pense personnellement que le cycliste est très pudique, et ne veut pas montrer à son peloton (son troupeau, suivez, merde) qu’il ne pourra plus courir les routes avec eux, et qu’il n’y aura plus de rires, de chants, et d’insultes envers les 4×4.
Le lecteur chafouin me rétorquera que si, si, c’est plus écologique qu’un 4×4, justement. Eh bien, écoutez, allez voir les eaux troubles de la Seine,et vous verrez bien qu’on y retrouve beaucoup plus de Vélib’ que de 4×4. Comme le dirait Thomas Guénolé : « C’est factuel », donc hop, j’ai raison, touché, c’est toi le loup et pas le droit de retoucher son père (sauf à Charleroi bien sûr, je ne voudrais pas briser une tradition millénaire).
Signes distinctifs
Les cyclistes disposent d’une crête colorée qui, tout comme chez les oiseaux et les punks, permet de les distinguer (par exemple, d’une armoire normande). Chez le cycliste, cette crête porte pompeusement le nom de « casque » et permet de distinguer le cycliste des champs, sous-espèce routière (casque couvrant le sommet du crâne, effilé, souvent moche) du cycliste des champs sous-espèce motocross (casque couvrant l’ensemble du crâne, étrave avant et visière d’une taille proche de la cuisine moyenne à Paris). Deux cyclistes reconnaitront immédiatement leurs casques respectifs, là où le béotien dira que bon, c’est quand même tout un cirque pour des histoires de vélos qui de toute manière finiront en fond de Seine. C’est vrai, mais ce n’est pas une raison pour le souligner, puisque le cycliste est très susceptible (cf comportement).
Par respect pour ces créatures, permettez-moi d’ailleurs de faire un aparté sur le cas bien spécifique du casque de cycliste urbain, ou « ti casque« .

Cycliste urbain avec son ti casque, qui lui donne l’autorisation de griller absolument tout et tout le monde, pour arriver plus vite aux Enfers.
Le Ti casque
Si l’on connait le fameux titi parisien, il existe aussi le ti casque, comme dans le célèbre cri que pousse la maman du cycliste urbain : « Mets ton ti casque !« . Et le cycliste met son ti casque. Car, c’est important, un casque. La sécurité avant tout !
Voilà en tout cas ce que disent les porteurs de ti casque avant de griller les feux, zig-zaguer entre les voitures, traverser les carrefours au rouge, car pour une raison mystérieuse, le cycliste semble penser que son ti casque peut arrêter une Fiat Punto lancée à 30km. Or, d’après l’ensemble de mes tests, dans 9 cas sur 10, le ti casque est inutile. Dans le dixième cas, mon fidèle Diego demande simplement s’il peut arrêter de rouler sur des gens avec la Punto, ça risque d’attirer l’attention. Diego n’est pas un homme de science. C’est pour ça qu’il tient le plumeau et moi la plume dans cette maison, que diable.
Prédateurs connus
On connait un certains nombre de prédateurs au cycliste : la Fiat Punto, donc, mais aussi les véhicules proches, du moment qu’ils disposent de roues. En effet, les incidents impliquant un cycliste et un Boeing 747 ou un super-pétrolier sont plus rares, voire inexistants. On en conclura que le cycliste est un être lâche, qui s’il n’hésite pas à emmerder toutes les voitures, n’ira pas se frotter à un Rafale en phase de décollage. Le cycliste est prétentieux, certes, mais un peu lâche.
Deux grands ennemis viennent cependant ruiner la vie du cycliste, qui leur voue une haine profonde : le code de la route et le bon sens.
En effet, pour des raisons que l’on ignore, le cycliste est persuadé qu’il n’a pas à respecter les règles de la route, ni à ne pas être complètement con. Avec son air supérieur, il expliquera qu’il a la priorité où qu’il passe : sur un trottoir, un passage piéton, au milieu d’une autoroute… on me dira qu’il y a moult exceptions pour les cyclistes ! Certes, mais on parle d’exceptions, qui ne dispensent pas d’utiliser ce que le casque est supposé protéger. Ainsi, quand votre bon bourg dépense moult deniers pour installer des feux de signalisation en forme de jolis vélos, quel plaisir de voir les cyclistes l’ignorer pour retourner griller tout ce qui fait de la lumière, tels des papillons de nuit (mais laids). Attention tout de même à ne pas confondre le cycliste avec son cousin à trottinette électrique, que l’on reconnait grâce à un truc tout simple : pour des raisons mystérieuses, et tels les seigneurs siths, toujours par deux ils vont. Dans tous les cas, là aussi, on est impatient de voir finir l’ensemble en fond de Seine.
En captivité
Depuis des années, des bonimenteurs et montreurs d’ours désargentés se sont reconvertis dans l’exposition de cyclistes. Paresseux chasseurs, ils vont donc capturer des spécimens malades (il n’y a qu’à voir le nombre de médicaments qu’ils prennent), les regroupent en peloton, puis les emmènent faire le Tour de France (d’où le nom). Comme tout cirque itinérant, le tout comprend une longue caravane bien connue, qui précède l’exposition des bestiaux et jette sur les bas côtés toutes sortes d’objets pouvant servir de projectiles : gourdes plastiques, mini-saucissons ou gros doigts aux couleurs du PMU. Hélas, suite à une grande incompréhension, au lieu de jeter tous ces objets à la gueule du peloton comme on le faisait du temps de processions de lépreux, les gens remplissent les gourdes, avalent les saucissons et enfilent les doigts.

Je vous mets une image car j’ai peur que ma phrase précédente ait été confuse.
Reproduction :
Le cycliste, est, comme le scorbut ou la punaise de lit, non pas un être né de l’amour, mais de la misère galopante. Ainsi, quand il devient trop cher de posséder une voiture, le pauvre, qui n’était déjà guère aimé du bourgeois en SUV, est obligé de grimper sur un vélo. Devenu cycliste, il est donc deux fois plus détesté par une partie de la population. Bien sûr, on me rétorquera « Et le vélo cargo ? Ne disiez-vous pas qu’il était cher, justement ?« . Certes ! Mais là, c’est la misère éducative qui pousse Chantal et Jacqueline à penser que trois roues et une caisse à savon, ça vaut bien 2500€. Notez que Chantal et Jacqueline font les estimations pour le musée d’art contemporain local, ce qui explique bien des choses.
Parfois, le cycliste se reproduit par accident : il lui suffit d’oublier d’attacher son vélo non loin de Châtelet pour qu’il se retrouve soudain à pied, alors qu’il y a un nouveau cycliste en ville. Ce genre d’incident, bien que dramatique, est cependant rassurant dans le fait que certes, un nouveau cycliste est, mais comme un autre est redevenu piéton, le nombre de cyclistes dans le monde n’a pas changé. Ce qui en soi, est une bonne nouvelle.
Que faire en présence d’un cycliste ?
Le cycliste est un être arrogant, mais prévisible (si l’on excepte sa conduite). Voici quelques conseils utiles pour répondre au questions les plus posées.
- J’aimerais qu’un cycliste m’ignore (c’est mon ex et je le hais), que faire ?
Déjà, permettez-moi de ne pas vous féliciter. La seule histoire de fesses que mérite un cycliste se nomme « escarres ». Ensuite, déguisez-vous en feu rouge : instantanément, le cycliste vous ignorera.
- Mais le ti casque, c’est pas important pour la sécurité quand même ?
Si c’est pour vous engager Place de l’Etoile sans regarder, autant mettre un bandeau blanc marqué du soleil levant et hurler « Banzaï ! ». Vous gagnerez temps, cohérence, et une mort qui fera verser une larme à quelqu’un (l’empereur du Japon, mais c’est déjà ça).
- Ecoutez, je suis cycliste et je n’ai rien à voir avec tout ce que vous avez écrit.
Et voilà, vous me prenez de haut. Cycliste, va.
Publié le 05.01.2026 à 10:21
Avatar 3 – Bon pour le cendrier
– Diego, viens par ici.
Le brave serviteur cesse d’épousseter ma collection d’armes à intrus et approche d’un pas timide, voire ouvertement lâche.
– Je vais te faire un petit test. Attention tu es prêt ?
– Euh… oui ?
– Bien. Voici un résumé, dis-moi de quel film il s’agit :
Jake Sully et sa famille vivent sur Pandora, une planète que les humains veulent coloniser. Caché dans un village du clan de l’eau, Jake pense être un peu tranquille, quand voilà que son vieil ennemi, le Colonel Méchant, revient d’entre les morts sous la forme d’un Avatar pour le prendre en chasse. Jake va devoir lui échapper tout en sauvant sa famille. Pendant ce temps, son cadet de fils fait ami-ami avec Billy, une espèce de baleine bannie, et va devoir l’aider à affronter aussi bien les chasseurs humains qu’à convaincre les siens de la justesse de son combat. À la fin, les humains arrivent avec un énorme navire chasseur de baleines, Jake rassemble tous les Na’vis du coin, et la grande bataille finale s’engage, où James Cameron oublie l’armée Na’Vi ce qui est ballot. Jake vainc le Colonel Méchant, les chasseurs sont coulés, et la fille adoptive de Jake découvre qu’elle peut contrôler la faune de Pandora pour l’aider. Fin.
Diego se gratte le menton avant de claquer des doigts, l’air sûr de lui.
– C’est Avatar 2 patron !
– Perdu, c’est Avatar 3.
– Ah non, là vous ne m’aurez pas : c’est exactement le pitch d’Avatar 2. Le clan de l’eau, le Colonel Méchant en antagoniste, Billy la baleine, la bataille finale avec les chasseurs et leur bateau… le pitch d’Avatar 2 à la virgule près.
– Oui. Eh bien non, c’est aussi celui d’Avatar 3.
Les sourcils du domestique se froncent, alors qu’il cherche à comprendre.
– Mais… non, c’est impossible ! C’est un film de plus de 3h ! Il ne peut pas raconter exactement la même chose que le précédent !
Ah, la naïveté, du bas peuple. C’est touchant. Je jette une pièce à Diego, touché par sa simplicité, puis une autre, plus grosse et en plomb, droit sur le coin du crâne afin qu’il déguerpisse. C’est qu’il y a des gens qui travaillent ici. Par exemple, à vous démontrer que tout ceci n’est pas une plaisanterie : Avatar 3, ou Avatar – De feu et de cendres, a exactement la même intrigue que le précédent, avec les mêmes scènes, dans l’ordre. Au besoin, le spoiler est ici.
Vous en doutez ?
Attendez que je récupère ma pièce de plomb et… Diego ? Diego, mon projectile, peux-tu le ramasser ? Il est trop loin du fauteuil ? Bah, tant pis. Laissez-moi m’occuper de votre mauvaise foi :
Spoilons, mes bons !

L’affiche : Quand vous avez du feu et de la cendre jusqu’au titre sur l’affiche, ça sent carrément l’oscar.
Notre film s’ouvre sur une scène où deux jeunes Na’Vi, les habitants bleutés de la planète Pandora, font des acrobaties aériennes. Il s’agit des deux enfants de Jake Sully, le héros, à savoir son fils Ton et son autre fils Tinière. Les deux virevoltent sur leurs poulets locaux, tout en s’interpellant à grands renforts de « BRO », « FRÉROT » et autres, car oui, bien qu’à des milliards de kilomètres de la Terre, ils s’expriment malgré tout comme des margoulins en jogging dans une ruelle sombre de Montreuil. Notez que je n’ai rien contre les langages fleuris de nos riantes cités (en tout cas c’est ce que je prétends aux vernissages mondains), mais disons que si je vous propose un film se déroulant sur une planète paradisiaque à l’autre bout de la galaxie, et que les premiers mots qui sortent de la bouche de Zantrax VIII, membre de l’espèce Zurglux, sont : « Wesh frangin sur le Coran ça fait trop zizir« , l’immersion n’est pas à son meilleur.
Cependant, suivons plutôt nos deux amis qui sitôt leurs cabrioles terminées, se posent. Et voici que Ton, l’aîné, se tourne vers Tinière.
– Wesh frérot trop bien les acrobaties là, faudra recommencer avec un scoot trafiqué.
– Wesh.
– Juste une question négro… comment j’suis dead ?
Et Tinière de baisser les yeux, et de rougir autant que sa peau bleue le lui permet pour avouer en son langage aussi insupportable que chamarré que c’est de sa faute si son frère est mort. Il y a eu bataille, Tinière a merdé, et cela a causé le décès de Ton (pour le plus grand plaisir de votre serviteur, qui espère que Tinière suivra de près). Voilà pourquoi désormais ils ne peuvent plus se voir qu’ici, dans le monde des esprits, où chaque Na’Vi peut se connecter. D’ailleurs, Tinière se déconnecte et retourne au monde réel : le village du clan de l’eau où nos héros vivaient depuis le dernier épisode.
C’est là que Tinière fait un peu le bilan de ce qu’il s’est passé depuis la dernière bataille, celle où Ton est mort face aux humains.
- D’abord, son père Jake n’a de cesse de fouiller les restes du combat pour récupérer armes et munitions. Il sait que les humains finiront bien par revenir.
- Ensuite, sa mère Neytiri, elle, vit très mal le deuil de Ton. Elle passe son temps à pleurer et à prier, et parfois les deux en même temps.
- Enfin, vivent toujours avec eux Spider, l’enfant du colonel Méchant, humain mais qui respire via un masque, Jésute, la Na’Vi née de l’avatar d’une gentille d’un précédent film, et enfin Kisérarien, la fille de Jake, qui ne sert toujours à rien. Vous pouvez déjà l’oublier.
Et justement, il se tr… pardon ? Oui, vous avez une question ?
« Attendez, d’où Neytiri est-elle en deuil et pleure/prie dans un univers où elle peut à tout moment se connecter au monde des esprits pour aller gambader avec son fils décédé, lui parler et lui faire des câlins dès qu’elle en a envie ? »
Eeeh bien, comment dire cela sans jeter des objets sur les murs en hurlant en araméen ? Il se trouve qu’alors que le film s’ouvre justement sur une scène montrant précisément que l’on peut être auprès des morts à volonté… ce ne sera plus jamais abordé du film ou presque. Ça aurait pu être intéressant, de nous montrer comment est vécu le deuil dans un monde où l’on sait avec certitude qu’il y a une vie après la mort, et que l’on peut communiquer avec les siens de l’autre côté : est-ce que Neytiri se serait mise à passer trop de temps dans ce monde, délaissant le monde réel ? Est-ce que le suicide est une option pour rejoindre les siens plus vite ? Comment cela est-il vécu ?
Mais non : Neytiri vit son deuil comme une bonne grosse maman américaine, limite à pleurer sur un drapeau plié avec une photo près de son lit. Ça valait le coup de faire trois films sur une planète exotique au système unique, et à faire toute la scène d’ouverture sur le sujet, pour l’oublier juste après. Ça se passerait en Ardèche que ce serait la même (sauf que Pandora est mieux desservie par les transports).
Et voilà donc comment à la place on se tape des scènes du genre Jake qui tente de remonter le moral de Neytiri avec des dialogues d’une pauvreté telle qu’on dirait un budget gouvernemental français, saveur :
– Neytiri, il ne faut pas pleurer. Regarde ce que j’ai trouvé sous l’eau sur le site de la bataille : un RPG !
– Je ne sais pas ce qu’est un RPG, Jake. Je suis une alien en pagne tellement.
– Ah oui merde. Mais bon, dans ce film, on n’est visiblement pas très regardant sur ce que tu sais ou oublies. Comme le monde des esprits. Regarde ! J’accroche un RPG, c’est-à-dire une roquette, au bout d’une flèche et… hop !
– Mais Jake, ça va être aussi équilibré qu’un repas chez Mac Do !
– Neytiri, je t’ai dit que tu oubliais des choses en fonction des scènes, alors merde ! Prends ma flèche explosive et souris un peu !
D’ailleurs, on a aussi de brèves scènes où l’on voit des humains explorer la même zone remplie d’épaves… mais apparemment eux et Jake ne se croisent jamais. On va dire qu’ils se sont partagés les heures de fouilles. Et en parlant d’humains, allons justement voir l’un d’entre eux : l’insupportable Spider, l’appeau à claques du film, qui donc, je vous le disais, s’avère être le fils du colonel Méchant, mais recueilli par les Na’Vis. Et élevé comme un fils dans la famille de Jake. Oui mais voilà : Spider étant un humain, l’atmosphère de Pandora est toxique pour lui. Il doit donc toujours porter un masque à oxygène, relié à une batterie qui se recharge on ne sait comment où qu’elle soit (on va dire qu’elle est solaire, voyez si je suis généreux). Il lui faut donc en porter un pendant que l’autre charge…
… mais JAMAIS Spider ne pense à garder son masque de secours à proximité. Par exemple, sur lui.
On a donc le droit à des scènes où Spider manque de s’étouffer parce que « Ah merde, j’ai oublié de changer de masque avant de dormir, et l’autre est quelque part dans ma pile de bordel » ou « Attends je sais plus où je l’ai mis et mon masque actuel faiblit dangereusement« . Un con pareil, ça mérite en effet de s’étouffer, tant ça n’apprend jamais, car non, la fois suivante, Spider ne fait pas plus attention. À chaque fois qu’il frôle la mort il se contente de glousser et de jeter son masque de rechange dans un coin de sa hutte.
Personnellement, ma vie dépendrait d’un petit objet, j’aurais tendance à y faire un minimum attention, mais pas Spider : comme tout cela est bien écrit.
Et Neytiri doit elle aussi commencer à le trouver diablement con, car un beau matin, elle déclare qu’elle en a plein le fessier bleu de devoir se réveiller en pleine nuit pour chercher le masque de rechange de l’autre blaireau qui est en train de s’étouffer, surtout pour le découvrir sous une pile de vieux pagnes qui sentent le fromage. Elle propose donc que Spider, ce sale petit peau rose, retourne vivre avec les humains rebelles qui se cachent sur Pandora loin des militaires, et en harmonie avec les Na’Vis. Ça ne le rendra pas plus intelligent, mais à 200 kilomètres d’eux, il sera au moins un peu plus supportable. Et pour l’emmener là-bas, il est décidé de le confier aux Marchands du Vent, des marchands itinérants dont l’arrivée est toujours source de réjouissances pour les jeunes Na’Vis.
Les forains de Pandora, en somme.
Ainsi, l’affaire est vite décidée, et Jake s’en va rencontrer le chef des marchands pour lui expliquer son plan. Tous deux s’installent autour d’une table constituée d’un demi-panneau routier et d’un lavabo à l’origine douteuse.
– Amis marchands, je suis Jake Sully. Je sais que durant vos pérégrinations, vous allez passer par le camp des humains rebelles. Pourriez-vous y déposer ce garçon ?
– hhrrrr… hrrrr… j’étouffe… hrrrr… mon masque…. hrrrr… encore…. hrrrr… oublié…
– Non vraiment, déposez-le avant que je ne l’étouffe-moi-même.
Et les marchands du vent d’approuver. Ce qui n’est pas le cas du reste de la famille Sully, à commencer par Tinière.
– Wesh, daron, tu peux pas abandonner mon cousin lô.
– Si je peux. Regarde.
– …
– Quoi ?
– Quoicoubeh.
Certes, il y a un peu de latence quant aux blagues sur Pandora le temps qu’elles viennent de la Terre, mais après avoir vertement savaté son fils pour avoir utilisé ce langage, Jake admet que bon, pour une famille qui a pour motto « Les Sully se serrent les coudes », abandonner l’un des leurs façon Rémi sans famille, c’est un peu sec. Il est donc proposé d’accompagner les Marchands du Vent, histoire d’au moins faire la route avec Spider, en échange de protéger les Marchands des attaques de pillards. Car oui, il y a des pillards qui font un peu chier dans la région en ce moment : la tribu des cendres, ou Cendars. Qui porte son nom à cause de l’infâme odeur de lendemain de soirée qui la suit partout.
Tout le monde est donc ravi de cette proposition, des marchands en manque d’escorte à la petite Jésute qui kiffe secrètement Spider et ferait bien un peu de porn inter-espèces, là, au débotté. Ce qui peut vous choquer, bande de petits conservateurs, mais dans un monde où chaque habitant a une natte qui sert aussi de zizi qu’on branche sur tout, de sa voisine à l’arbre des ancêtres en passant par un chien errant, mettre son zobinou dans un humain n’est finalement pas le truc le plus coquin qui soit.
Et voilà comment nos héros montent avec les marchands, qui circulent dans des dirigeables faits maison tirés par des raies volantes. Et si le début du voyage se déroule à peu près correctement, un beau matin, c’est l’alerte : 40 Na’Vis couverts de cendres montés sur des poulets peinturlurés de blanc et de rouge foncent vers la petite caravane, le tout dans des émanation de bédo qui ne sont pas sans émoustiller ce petit zadiste de Spider. Vous l’aurez compris : c’est la tribu des cendres.

Chose amusante, « Les marchands de vent » est aussi le nom de l’équipe de scénaristes.
Or, les forbans sont plutôt doués, puisqu’en quelques minutes, ils parviennent à blesser Neytiri qui se mange une vilaine flèche, l’obligeant à fuir le champ de bataille, ainsi qu’à mettre le feu et provoquer le crash de l’embarcation volante de nos héros. On suit donc Tinière, Kisérarien, Jésute et Spider qui se retrouvent à faire un roulé-boulé dans la jungle avant de s’éloigner du site du drame pour ne pas tomber entre les mains des pillards. Qui en effet, bien vite, posent leurs poulets à proximité de l’embarcation endommagée pour en tuer les occupants et voler leurs…
Ah. Ah, attendez, non, on les montre tuer tout le monde (ils sont méchants) mais oublier de piller l’épave (ils sont un peu cons). Des pillards qui oublient de piller : seul Hollywood pouvait nous proposer pareil raffinement.
Les enfants, eux, observent tout cela de loin.
– Dites donc, pour des pillards, ils respectent drôlement la propriété privée.
– Silence, Kisérarien ! Regarde ! Ils sont vils, cruels, et scalpent leurs ennemis en leur coupant la natte magique !
– La… la natte magique ? Tu veux parler de notre natte-kiki ? En fait, ils coupent les kikis de leurs ennemis ?
Oui, il semblerait que la réalisation ait oublié qu’au-delà de la symbolique du scalp, ils venaient de créer des pillards qui à défaut de voler les biens d’autruis, s’enfuient avec leurs zizis.
– Des voleurs de zboubs ! Filons ! suggère Tinière.
Et nos enfants de cavalcader dans la jungle, jusqu’à ce que cet énorme et insupportable boulet de Spider, dont la simple apparition à l’écran me donne envie à moi aussi de voler des zizis mais seulement pour lapider ce personnage avec, ne s’arrête brusquement.
– Spider ! Que se passe-t-il ?
– Hrrr… encore… hrrr… oublié… hrrr… masque…
– Non mais c’est pas possible, ça ! T’as jamais pensé à juste le prendre en bandoulière, bougre de con ?
– Hrrr… pas… hrrr… penser… hrrrr… en… hrrr… général…
– Tu m’étonnes. Et je suppose que ton masque de rechange est dans l’épave entourée de voleurs de zizis ?
– Hrrr… oui…
La situation est embêtante. Plus encore lorsque le masque actuel de Spider se vide entièrement, et que Spider se meure. Alors que personnellement, je décidais d’envoyer Diego rechercher du brandy pour fêter ça, voici que Jésute, elle, se met à prier à voix haute.
– Mère ! Mère nourricière, toi, notre Terre ! Aide notre ami Spider à ne pas mourir comme l’énorme coprolithe à dreads qu’il est !
Et elle est soudain prise d’une vision. À la surprise générale, elle attrape une espèce de petite méduse volante qui parsème la forêt, la fait avaler à Spider (j’espérais que ce soit pour l’achever, mais non), puis prie et voilà que des racines entourent Spider, tissent un cocon autour de lui, et au bout d’un moment… hop ! Spider se réveille, et mieux encore, est désormais capable de respirer l’air de Pandora !
– Jésute ! C’est un miracle ! YOUPI JE VAIS HURLER TRES FORT CAR JE SUIS COMPLETEMENT CON !
– Spider, chut ! Je te rappelle que nous sommes non loin des voleurs de…
– DE QUOI ? HEIN ? QUI ? JE PEUX CONTINUER À ÊTRE INSUPPORTABLE, DIIIITES ?
Et voilà comment soudain, ils sont retrouvés par la tribu des voleurs de zboubs. Qui a tôt fait de les capturer, sans leur couper le zizi pour autant, tant les intrigues amoureuses entre eunuques sont moins populaires au cinéma. L’occasion de découvrir la curieuse prêtresse à la tête de ce détachement de rascals : Cendra. Qui est à la fois fascinée par cet humain qui peut respirer l’air de Pandora, mais aussi par les armes humaines qui « crachent le tonnerre ». Et elle aimerait bien qu’on lui apprenne à s’en servir, tant les gros flingues, c’est quand même plus efficace que les vieux arcs pourris.
Cela tombe bien, car non loin, quelqu’un a justement une grosse pétoire : Jake Sully.
Car après l’attaque du convoi marchand, il a réussi à se poser pour se lancer à la recherche de ses marmots. Et équipé d’un gros flingue, il fouille les bois, quand voilà qu’une voix bien connue l’interrompt. Ainsi qu’un canon sur sa tête.
– Jake Sully… nos satellites t’ont repéré, je suis venu te capturer !
– COLONEL MÉCHANT !VOUS, ICI ! Accompagné de… euh… un seul de vos sbires ?
– Ahem euh… oui, désormais, mon équipe, c’est nous deux. Va savoir pourquoi.
Toujours est-il que le Colonel Méchant va donc encore être le vilain sans intérêt de ce troisième film : youpi ! Un antagoniste générique comme celui-ci, c’eut été dommage de s’en priver. Et le colonel d’expliquer qu’il va ramener Jake à la base militaire humaine, sauf que voilà, Jake a des arguments.
– Attends ! Avant de me ramener… ton fils Spider est ici ! Dans ces bois ! En danger ! Aide-moi à aller le chercher !
– Hmmm… ça explique mon équipe de commandos qui soudain, n’a plus que deux membres : sinon, j’aurais pu t’envoyer au camp avec une partie de mes hommes, pendant que je cherchais Spider avec le reste de ma troupe. Allez, coquinou, va, tu as gagné : allons retrouver mon fils !
Et le trio s’enfonce dans la jungle en commettant une erreur terrible : ils sous-estiment les Cendars. Qui leur tombent sur le roudoudou, ne coupent pas icelui (en fait, ils ne le feront plus du film), et se contentent de les capturer. Cendra, la cheffe des Cendars, est ravie de cette prise.
– Vous avez des armes humaines ! Excellent ! Montrez-moi comment nous en servir !
– Jamais ! Je suis un colonel de l’armée terrienne, je ne trahirais pas les miens !
– Je vais te soumettre par le pouvoir… du KIKI !
Et vraiment : elle connecte sa natte-kiki à celle du colonel, et au lieu que les deux se mettent à gémir d’une manière que la décence ne permet pas de décrire, elle soumet un peu le colonel qui, vaguement excité (comme quoi on en revient à ça) accepte de montrer comment on se sert d’une pétoire humaine. Une fois qu’ils ont vidé un chargeur ou deux (le sujet de ce spoiler devient très confus, j’en conviens), Cendar se lance dans une grande cérémonie au milieu des bois qui fleure bon le sacrifice. Et Jake & co sentent bien qu’ils seront justement lesdits sacrifices. Ils sont donc jetés avec les autres prisonniers, dont Spider & co.
– Nous sommes ligotés, surveillés… foutus ! grogne Jake. Même vous, colonel, elle va vous égorger pour ses sombres rituels de vénération du feu !
– Ce qui m’excite toujours un peu, notez.
– Ah, mais espèce de gros cochon ! Je n’ai pas besoin de remarques salaces, j’ai besoin d’un miracle !
– …
– J’ai dit un MIRAACLE !
– …
– UN MIRAAACLEUUUH !
– Ah pardon, c’est à moi qu’on parle ?
Car Jésute est sur le coup. Elle qui avait des pouvoirs de druide et contrôlait les animaux dans le volume précédent, et qui a déjà réussi à accomplir un miracle précédemment, cette fois, n’a qu’à marmonner une prière pour que les plantes de la forêt s’animent et tuent leurs gardes, permettant à notre fine équipe de prendre la poudre d’escampette. Seul le colonel file à l’anglaise de son côté, tant il n’a pas envie de se retrouver prisonnier de Jake Sully maintenant que ce dernier et sa famille sont libres.

Jésute, qui passe donc le film à se plaindre qu’elle n’a aucun pouvoir alors qu’elle balance des miracles dès qu’elle renifle.
Excellent choix, puisque peu après, Jake, Jésute, Tinière, Kisérarien et Spider sont retrouvés par Neytiri qui arrive en poulet volant.
– Désolé ! Comme j’étais blessée, j’ai dû aller reprendre des forces à la base voisine des humains rebelles. Oui, j’avais une grosse blessure, mais en 5 heures de temps, j’ai bien guéri. C’est marrant : j’ai connu des gens qui mettaient plus de temps à se remettre d’une appendicite. En attendant, grimpez sur les poulets des amis que j’ai ramenés : on va faire un tour là-bas !
Et en effet. Tout le monde se rend à la base humaine rebelle, où Na’Vis du clan de Neytiri et humains ayant quitté l’armée cohabitent. Sur place, des scientifiques jettent un œil à Spider pour comprendre le miracle de sa nouvelle respiration. Et font un bilan à Jake.
– Jake, j’ai plusieurs nouvelles pour vous. Spider… eh bien, c’est incroyable. Miraculeux, presque.
– Son QI dépasse désormais 22 ?
– J’ai dit « miraculeux » mais il y a des limites. Non, une sorte de champignon parasitaire est entré dans ses poumons. Et est en symbiose parfaite avec lui. C’est ce champignon qui lui fait respirer l’air de Pandora. Et c’est Spider qui fait vivre ce champignon. Désormais, ils sont liés.
– Incroyable ! Pensez-vous que ce soit réplicable ?
– Difficile à dire. Mais ce n’est pas l’unique nouvelle. Vous savez la natte-kiki des Na’Vis ?
– Je connais mec, j’ai eu des enfants.
– Eh bien… il en pousse une à Spider.
Et en effet : au milieu des dreads de Spider, une excroissance natte-kiki a commencé à pousser. Jake s’empresse d’aller annoncer la nouvelle à sa famille :
– Neytiri ! C’est incroyable ! Spider ! Devine ce qu’il a ? Un zizi avec des champignons !
– …
– Attends, je crois que je me suis mal exprimé.
Une fois que Jake a mieux expliqué son idée, Neytiri se montre inquiète : et si les vilains humains arrivaient à répliquer ce phénomène ? Ne pourraient-ils pas envahir la planète encore plus aisément ? Par ailleurs, vu comment le mâle humain moyen est lourd avec un kiki… alors avec deux ? Pour elle, ce miracle fait de Spider un danger. Elle bougonne donc dans son coin, pendant que les scientifiques de la base ont eux d’autres choses à annoncer, mais cette fois, à Jésute.
– Jésute, que se passe-t-il quand tu te connectes à la terre, comme les autres Na’Vis ? Pour communier avec celle-ci ou tenter d’accéder au monde des esprits ?
– Eh bien… souvent, je sens une présence, mais rien de plus. Puis, je fais une crise d’épilepsie.
– Hélas, je dois t’annoncer que tu dois arrêter cela. Car la prochaine fois que tu le feras… cela risque de te tuer.
– Oh non !
Et c’est là que la druidesse se lance dans un monologue qui vous donnera envie de manger votre siège, et que l’on peut résumer à :
– Pourquoi ? Pourquoiii ? Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me connecter à notre mère la Terre comme les autres ? Pourquoi NE REPOND-T-ELLE JAMAIS À MES PRIERES ?
Si. Si. Vraiment.
La seule personnage qui à chaque fois qu’elle prie, a immédiatement une réponse miraculeuse type « Des animaux se ruent à son aide », « Des plantes s’animent et tuent ses ennemis », voire « Un véritable miracle arrive pour sauver son ami », est en train de nous expliquer que sa divinité ne fait jamais rien pour elle. Aaaah, on est bien là. Entre Neytiri en deuil parce qu’elle a oublié qu’elle avait accès à son fils dans un monde parallèle 24h/24, et Jésute la faiseuse de miracles qui explique qu’elle n’a jamais aucune aide de l’esprit mère de Pandora, vraiment, on sent qu’il y a eu un gros travail d’écriture sur ce film. Neytiri grimperait soudain dans une Twingo de 1997 pour aller faire ses courses chez Auchan parce que la réalisation a oublié que ça se passait sur Pandora, ce serait peu ou prou le même niveau de « Oups, j’ai zappé un truc ».
Pour vous épargner bien des dialogues inutiles et des scènes qui ne riment à rien, sur Neytiri triste ou Jésute qui parle de son absence totale de connexion, je vous propose de mettre ces deux arcs narratifs dans la poubelle qu’ils auraient dû rejoindre bien avant la production du film. Hop. Et puis on va la sortir la poubelle, mon petit Diego, parce que palsembleu, ça fouette.
Revenons donc à un arc narratif bien plus palpitant : les nouveaux attributs de Spider. Car sitôt la famille Sully rentrée en sa demeure du clan de l’eau, Spider décide d’essayer sa nouvelle natte-kiki sur tout ce qui passe, comme par exemple, les énormes poissons locaux que l’on peut chevaucher en se connectant à eux. Enfin, Spider peut s’adonner en paix aux joies de la zoophilie locale, sous le regard de Jésute, qui parle de sa natte « qui pousse bien » (tu m’étonnes que ça l’intéresse, la gourgandine bleue). Mais dans l’ombre, une autre femme le regarde avec des idées bien moins salaces, à savoir Neytiri. Qui répète à Jake sa sombre prophétie.
– Si les humains reproduisent ce qui est arrivé à Spider, ils envahiront Pandora.
– C’est-à-dire qu’ils le font déjà, mon choubichou.
– Non, mais plus encore.
– Okay, et que proposes-tu, ma mimounette d’amour ?
– De buter Spider.
Alors oui, Neytiri, faut pas trop la chauffer. En même temps, sachant que j’ai déjà envie de tuer Spider après 2mn à l’écran, je n’ose imaginer elle qui vit depuis plus de quinze ans avec. Jake refuse, bien sûr, surtout qu’il y a d’autres arcs narratifs sans aucun intérêt à gérer, comme par exemple, les mystérieuses origines de Jésute. Je vous rappelle celles-ci : Jake avait une amie scientifique humaine qui avait un avatar. Cette amie est morte en aidant les Na’Vis, mais son avatar est resté lui bien au chaud dans sa cuve chez les humains rebelles. Or, un beau matin, paf : on a découvert l’avatar enceinte. Un vrai miracle ! Et Jésute est née de là. Or, il est temps de lui annoncer, car elle ignore ses origines. Jake et les anciens du village décident donc de s’en occuper en prenant Jésute à part.
– Jésute… je dois te parler de quelque chose.
– Oui papa Jake ?
– Neytiri m’a demandé de faire ça subtilement donc euh… voilà. Je t’ai déjà parlé des petites abeilles qui butinent pour faire les bébés ?
– Oui ?
– Eh ben ta mère c’est un clone mort cérébralement.
– HEIN ?
– Oui. Un demi-macchabée dans une cuve glacée qui est tombée enceinte sans explication, donc à mon avis, ton père c’est un scientifique bourré qui a trempé son zboub là-dedans suite à une soirée téquila.
– MAIS ? BOUHOUHOUSNIFSNOUFSNUF !
– Flûte, j’ai peut-être sauté une étape ou deux. On peut revenir aux petites abeilles ?
Jésute connait donc la vérité : elle est née d’un clone par opération du Saint Esprit, d’où son nom. Et d’après les scientifiques, c’est même le clone mort-cérébralement en question qui se serait dupliqué lui-même. Jésute est bouleversée, mais en fait, ça va. Pardon ? Encore un arc narratif nul ? Apapap. On n’a pas fini.
Vous vous souvenez de Tinière qui dans le précédent film, devenait ami avec Billy, une paleine (une créature qui n’a rien à voir avec une baleine et n’en est pas une, d’où son nom de paleine) ? Paleine rejetée par son clan et qui cherchait sa place ? Eh bien vous allez vous taper à nouveau exactement le même arc. Je ne plaisante pas : ils ont oublié qu’il avait déjà eu lieu, et on a donc la même histoire : Billy la paleine est rejetée par les siens, elle pense qu’il faut combattre les humains au lieu de se laisser massacrer, elle est donc bannie. Mais Tinière devient son ami, et youpi.

Oui, vous vous remangerez toutes les scènes du peuple de l’eau qui communie avec les paleines, alors que vous n’aviez rien demandé.
Dans le genre recyclage des épisodes précédents, on a même une mini-scène qui reprend l’intrigue du premier film, sans explication, à savoir Neytiri qui parle à Jake, un soir, pour dire :
– J’aime pas les humains. Je les déteste.
– Pourtant on couche ensemble.
– Ah oui c’est vrai.
Mesdames et Messieurs : c’était Avatar 1 résumé en un dialogue de 3 lignes. Ça valait bien le coup d’en faire un film de 3h.
D’ailleurs, si vous retirez tout ce qui n’apporte rien à l’intrigue de la série, sachez que ce film Avatar 3 passe de 3h17 à 20 minutes.
Car un truc nouveau arrive tout de même ! À savoir que le Colonel Méchant a une idée pour combattre Jake et sa famille. Son plan se trouver de nouveaux alliés. Et c’est donc tout naturellement qu’il se tourne vers les Cendars, à qui il rend une petite visite pour leur proposer des armes humaines en échange d’une alliance. Ce que Cendra accepte bien vite, surtout quand le colonel la séduit avec ses blagues de militaires et son petit cadeau qui fait toujours plaisir aux prêtresses qui vénèrent le feu : un lance-flammes. C’est un peu le Monchéri local. Cendar conquise, le colonel n’est pas peu fier.
– Avec mes nouveaux alliés, nous allons brûler les villages du peuple de l’eau jusqu’à ce qu’ils nous disent où se cache Jake Sully !
– On l’a pas déjà fait dans le précédent film ?
– Si, mais on recommence ! Allez, remettez les mêmes images et scènes !
– Et euh… d’ailleurs… on ne sait pas déjà où il vit ? Vu qu’on l’a affronté non loin de son village dans le précédent film ? Et quand bien même : vous savez comment vous l’avez retrouvé, au début du film, dans la jungle ? Grâce à des images de drones l’ayant repéré sur des vaisseaux de Marchands du Vent. Donc, s’il a embarqué avec eux, c’est probablement qu’ils sont passés par son village. Et comme ils ont d’énoooormes engins visibles par satellite… on a juste à reprendre leur trajet dans nos archives, et paf, on a le bon village.
– Vous vous appelez ?
– Caporal Roudouou.
– Eh bien vous êtes viré, Roudoudou.
Le Colonel Méchant peut ainsi reprendre la destruction de villages du clan de l’eau, et puis finalement, sa nouvelle copine Cendra étant super convaincante grâce sa torture de victimes via natte-kiki, l’un des Na’Vis de l’eau finit par indiquer où se trouve le village de notre héros. Le colonel n’a plus qu’à s’y rendre avec toute une armada, et après avoir commencé à cramer quelques maisons pour l’exemple, force Jake à se rendre, et récupère ce gros blaireau de Spider au passage. Il n’y a donc plus qu’à rentrer à l’immense base militaire humaine, où Jake se retrouve enfermé et condamné à mort pour trahison de l’humanité, alors que Spider va dans un labo subir des tests pour que l’on comprenne comment diable il résiste, et pourquoi il a désormais un zboub alien qui lui pousse sur la tête, ce qui pour un gros gland, n’est pas rien.
C’est alors qu’au même moment, les cupides humains font une grande réunion d’état-major.
– Messieurs, nous avons découvert un phénomène incroyable. Vous savez les paleines, que nous chassons ?
– On pourrait revoir des images où on les tue devant leurs paleineaux, histoire de bien rappeler qu’on est méchants ?
– Bien sûr. Hop. Ahaha, regardez ce qu’elle prend ! Vilaine paleine ! Bien fait pour ton gras ! Bon, bref, revenons à notre plan. Nous avons découvert que les paleines allaient se réunir en nombre incroyable en un seul et même endroit pour une sorte de communion ! Des centaines d’individus rassemblés dans une seule et unique baie, on va pouvoir faire un massacre et le plein de jus de paleine, la Terre sera contente ! Et vous savez ce qui est encore plus fou ? Le rassemblement aura lieu… juste devant le village où se cachait Jake Sully ! Et donc, il… attendez ? Qu’est-ce que j’entends ? Qui a une boîte à « Ça alors ! » avec lui ?
– C’est moi chef, pardon.
– Merci de ne pas souligner à quel point le scénario n’a absolument aucun intérêt ni la moindre once de créativité.
– Pardon.
– Je disais donc : on va donner un assaut massif sur la zone et buter toutes ces saloperies de gentilles paleines et leurs bébés, ahah !
C’est alors qu’un homme s’avance.
– Non.
– Qui êtes-vous ?
– Michel China. Biologiste marin.
– Et donc ?
– Ben je suis pas d’accord.
– Super. Tenez, voici un compte Bluesky pour aller jouer avec vos copains. Maintenant, laissez les grandes personnes travailler en paix.
Retenez bien le nom de ce personnage qui sort de nulle part (on l’avait vaguement entrevu dans une scène du 2), car vous allez voir, il a été écrit avec soin.
Ainsi, peu après, plusieurs événements vont s’enchaîner. D’abord, Spider va parvenir à s’évader du laboratoire où il était retenu (il est si insupportable que même les murs ne veulent pas le retenir). Ensuite, Neytiri, venue sauver Jake, parvient à se faufiler dans la base des méchants. Et surtout… attention… alors que Jake est enfermé, gardé, surveillé, tout ce que vous voulez… Michel China sort de nulle part avec une pelleteuse géante, défonce toutes les défenses autour de la cage de Jake et le libère. Puis, il l’aide à s’enfuir. Jake demande alors :
– Mais bordel, qui êtes-vous ?
– Un biologiste marin. Qui est contre la chasse à la paleine. C’est pour ça que je vous libère.
– Attendez ? On ne s’est jamais parlé, vous n’avez aucune idée de ce que je compte faire, puisque bon, je suis un fugitif donc j’ai peut-être autre chose à foutre qu’aller sauver des animaux, tout ce que vous savez de moi c’est que je suis un traître, et donc, vous sortez de nulle part, on ne vous avait jamais vu avant, et vous venez me libérer sans me connaître ? Vous n’allez pas en plus disparaître et ne plus jamais revenir dès cette scène terminée ?
– Si.
– Mais bon dieu, qui êtes-vous vraiment ?
– Michel China. Epoux Deusexma.
– Je comprends mieux.
Voilà. J’imagine donc bien les scénaristes au moment de l’écriture du film.
* * *
Hollywood, un mardi, 15h17
– Bon, José, on en était à la scène où Jake est prisonnier des méchants humains. Faut qu’on le fasse sortir pour que le film continue.
– Ben on a plusieurs options. Neytiri, par exemple. Elle a infiltré la base et peut donc le libérer.
– Hmmm. Trop logique. Autre chose ?
– Spider ? Après tout, il vient de s’échapper du labo où il était retenu sur la même base. Il est donc lui aussi libre et apte à l’aider.
– Hmmmmmnan. J’ai une meilleure idée.
– Ah ?
– On n’a qu’à dire qu’un type qui n’a rien à voir avec l’intrigue et qu’on n’a jamais vu, on l’appellera Michel, sort de nulle part, libère Jake, puis s’en va. On trouvera bien une vague raison à ça du genre… euh… il aime les paleines.
– Attends, tu peux pas sortir des raccourcis foireux comme ça quand ça t’arrange !
– Si, même que je peux le refaire !
* * *
En effet.
Car bien vite, Neytiri, Jake et Spider parviennent à se regrouper, alors que l’alarme est donnée sur toute la base. Heureusement, ils ne croisent en chemin que des soldats qui ont dû faire un stage chez les Stormtroopers, puisqu’ils ratent absolument tous leurs tirs, même à 10 mètres avec des sulfateuses qui transforment l’air en plomb tout autour d’eux. Mais surtout, le top du top, c’est la situation dans laquelle nos larrons se retrouvent. Car après s’être regroupés pour s’envoler sur le poulet volant avec lequel Neytiri est venu, la situation semble complexe :
- Toutes les défenses antiaériennes de la base sont prêtes à faire feu.
- Des soldats convergent vers eux de toutes les directions, y compris en aéronefs
- Le Colonel Méchant et ses alliés des Cendres arrivent aussi pour les poursuivre, avec leurs propres poulets à disposition
Comment nos héros vont-ils s’en sortir ?

« Jake, à quoi ça sert que je me déguise en membre de la tribu des cendres pour infiltrer la base humaine afin de venir te libérer si au final c’est un personnage qui n’a rien à voir avec la choucroute qui te libère ? »
Vous vous souvenez de Michel le biologiste ? Eh bien là, c’est encore mieux : LA RÉALISATION SE CONTENTE DE CHANGER DE SCENE.
Voilà. Un instant, Neytiri & co sont foutus, la seconde suivante, hop ! Ils volent dans le soleil levant, au-dessus d’une jungle paisible. Quand on ne sait pas comment s’en sortir, autant changer de scène sans explication ! Quel talent.
Enfin. Le petit trio fait une brève halte au bord d’un ruisseau pour se désaltérer. Et Jake prend Neytiri à part.
– Neytiri, il faut que l’on parle de quelque chose de sérieux.
– Ah, tu veux sûrement parler de comment j’ai pu passer toutes les défenses antiaériennes de la base humaine avec mon poulet volant ? C’est assez simple. Les alliés du Colonel Méchant des cendres ont de petits colliers électroniques IFF qui les identifient comme des alliés des humains, empêchant les batteries antiaériennes de leur tirer dessus. J’en ai donc volé un, et hop, j’ai passé les défenses sans souci.
– Bravo c’est… eeh, mais attends ! D’où tu savais ça ? Sachant que tu n’as jamais vu les mecs des cendres employer ce dispositif ?
– Ah oui merde. Jake, je crois que les scénaristes ont encore oublié des scènes. Ou écrit de la merde. Tu penses que c’est fini ?
– Non ! Car ce n’est même pas le sujet que je voulais aborder. Tu sais, Spider ?
– Oui.
– Spider que je ne voulais pas que tu tues au motif que sa capacité à respirer pourrait aider l’envahisseur ?
– Oui.
– Spider qui pendant l’évasion de la scène précédente, m’a même aidé et sauvé la vie à un moment ?
– Oui.
– Spider que je refusais d’abandonner ?
– Oui.
– Ben j’ai changé d’avis : butons-le.
Ce film est cher, long, sans intérêt et carrément insultant : on dirait une séance du sénat (mais en 3d).
Jake emmène donc Spider dans les bois pour l’égorger, et puis en fait… non. Allez, tout est pardonné ! On se fait un câlin mon loulou et on rentre chez nous. Parce qu’un certain biologiste écrit avec l’arrière-train m’a dit qu’un massacre de bal… paleines allait avoir lieu dans nos eaux. Il est donc temps de rassembler toutes les forces disponibles ! Jake va parler à tous ses amis du village de l’eau.
– Compagnons, je vais aller chercher le gropoulet, le poulet géant qui m’a rendu célèbre dans Avatar 1 et qui a fait de moi le héros de la prophétie !
– Formidable ! Et nous, nous allons annoncer que le célèbre chevalier gropoulet convoque toutes les tribus pour se battre contre les humains !
– Parfait. Si en plus on pouvait avoir les paleines avec nous… car elles sont énormes, très fortes, et c’est un peu pour elles que l’on va se battre, ce serait top.
– Plus facile à dire qu’à faire, Jake Sully. Les paleines sont profondément pacifistes. Il faudra les convaincre.
Là encore, le film dure 3h, avec des dizaines de scènes sans aucun intérêt, mais pour aller convaincre les paleines de se battre, on donc un truc torché en vitesse, puisque cela se résume ainsi :
– Nous les paleines, car oui nous parlons, nous refusons de nous battre. Tuer un tueur, ça fait toujours un tueur dans la nature. C’est Batman qui l’a dit.
– Mais ! Les humains vous massacrent ! Vous explosent la gueule ! Veulent vous exterminer le jour de votre communion rituelle où vous emmenez les bébés paleineaux se connecter avec la nature pour la première fois !
– Qu’importe.
C’est alors qu’arrive Billy la paleine rebelle, avec à ses côtés, une paleine mutilée par les chasseurs en guise d’illustration de son propos.
– Mes amis ! Je suis Billy, la paleine ! Voyez ce que les humains nous font : ils nous massacrent !
– COMMENT ? DANS CE CAS, NOUS NOUS BATTRONS !
Je serais Jake, je serais un peu dégoûté, car c’est exactement le même argument que celui qu’il répétait depuis 20 minutes. Mais soudainement, les paleines se disent que ah oui, merde, si on se fait massacrer, faudrait peut-être penser à se défendre. C’est donc parfait : Jake a réuni les tribus de la terre et de l’eau, les paleines, sa famille… il n’y a plus qu’à attendre l’ennemi. Et chaque minute qui passe voit son lot de nouveaux guerriers alliés des tribus voisines arriver en renfort : des centaines, voire des milliers de Na’Vis et leurs poulets sont prêts à se battre !
Arrive donc le grand jour, où alors que toutes, les paleines sont dans la baie, près du village de l’eau, les humains approchent avec un énorme navire et de plus petits. Et, sans aucune explication, au beau milieu de la baie… se trouve une sorte de gigantesque vortex magnétique qui soulève tout ce qui le touche. D’où sort-il ? Pourquoi les Na’Vis ne l’évoquent même pas alors qu’il est à deux mètres d’eux ? Mystère.

Cette image est-elle tirée de la bataille finale d’Avatar 2 ou 3 ? Mystère !
La bataille est prête à commencer, car sitôt que les humains s’élancent pour massacrer les paleines… c’est parti ! Les plus énormes et anciennes d’entre elles bondissent hors de l’eau pour écraser les navires des chasseurs, alors que les Na’Vis sortent de partout pour savater les vaisseaux ennemis. On appréciera particulièrement l’amabilité des humains, qui se contentent de se faire tuer sans tirer durant les premières minutes. Quand ils voient un ennemi arriver sur eux, ils font juste des bruits comme « Oh non ! » voire « Ouhlala ! » avant de mourir.
Mais surtout, James Cameron nous gâte : vous vous souvenez de l’énorme erreur du film précédent ? Le raté historique ? À savoir qu’au moment de la bataille finale, James Cameron oubliait une des deux armées ? Puisqu’on voyait les Na’Vi attaquer… avant de tous disparaître de l’écran, ne laissant que les personnages nommés affronter les humains ?
EH BIEN IL LE REFAIT.
Les paleines géantes méga-balaises ? Hop ! Elles partent aux Seychelles entre deux scènes. Les hordes de Na’Vis de la terre et de l’eau ? Zip ! À la trappe ! Vous en verrez parfois un ou deux en fond, mais sinon, idem : ils étaient des milliers, mais ne restent soudain plus que les personnages nommés. Chez qui c’est un carnage d’ailleurs, puisque quasiment tous les larrons connus de la tribu de l’eau qui héberge nos héros meurent, à commencer par la femme du chef, qui a eu la bonne idée d’attaquer tout en accouchant. Si, si, elle avait des contractions, mais allez, en route ! Elle accouche donc et meurt dans les bras de Neytiri.
– Prends… mon enfant Neytiri… argl.
– Super. Merci. Comme si j’avais pas assez de Jésute et Spider : et allez, encore un gosse pas à moi à torcher ! Merci hein ! C’est pas comme si je voulais du temps pour moi !
Neytiri est donc ravie, vous l’imaginez bien.
Malgré ces pertes, sachez que les Na’Vis ont l’avantage, éclatant les navires humains et leurs aéronefs d’escorte… jusqu’à ce que soudain, de nouveaux ennemis n’apparaissent. C’est la panique chez les gentils. Comment ? Des troupes au sol qui déboulent ? Des appareils volants qui bombardent ou mitraillent le coin ? Ah non, non. Ces renforts, ce sont…
– LES VOLEURS DE ZIZIS !
« La tribu des cendres, bande de petits rabouins ! » s’écrie Cendra, qui vole sur un poulet aux côtés du Colonel Méchant. Alors, personnellement, je n’étais pas trop inquiet, puisque l’on voit débouler à l’écran 40 clodos en pagne sur des poulets, soit pas grand chose en comparaison de l’armada humaine, qui pourtant, s’est fait laminer. Et en face d’eux, on a donc en plus des milliers de Na’Vis qui… qui…
Ah ben non, comme ils ont disparu sans explication, pouf, les 40 clodos retournent la bataille. Mieux encore, et toujours sans aucune explication (on n’a que 3h !), les humains se retrouvent soudain avec tous leurs véhicules prêts, réparés, en formation, et le chef des chasseurs annonce : « Bon, alors, on y va tuer ces paleines ? »
Mais ? MAIS ? Et les scènes précédentes ? La bataille ? Les massacres ? Non ?
Voilà : après le film qui oublie une armée de sa bataille finale, le film qui oublie TOUTE la bataille finale. Quel talent ! Les paleines ne se battent plus sans qu’on ne comprenne bien pourquoi (ça aussi, c’est oublié), et s’apprêtent donc à se faire massacrer, quand soudain, Jésute en a assez.
– Je vais faire appel à Mère Nature !
– Jésute, non ! On t’a prévenue ! Si tu le fais encore, tu risques de mourir !
– M’en fous !
Et elle a bien raison, car lorsqu’elle se connecte à la terre avec sa natte-kiki, elle reçoit le soutien de Tinière et Kisérarien, qui se connectent avec elle, ce qui lui suffit à entrer en contact avec Mère Nature (ce qu’elle faisait sans souci depuis deux films, je le rappelle, parfois sans même se connecter), à qui elle demande de l’aide. Et comme à chaque fois qu’elle le fait depuis deux films… ben ça marche. Mais là, on nous met une musique grandiose comme si c’était nouveau, alors que montant des profondeurs, des poulpes viennent (re)détruire les vaisseaux humains et tuer leurs occupants. Leurs restes finissent dans le vortex magnétique, où ils sont aspirés dans les airs.
Pendant ce temps, Neytiri affronte Cendar et gagne, mais la vilaine parvient à s’enfuir parce que « Non mais on va la laisser partir. Pourquoi, on ne sait pas trop, mais allez« . Alors que le Colonel Méchant affronte lui Jake dans le vortex magique, mais finit à sa merci. Il préfère alors se jeter dans le vide et disparaît dans les flammes des véhicules pris dans le vortex… et on ne le voit pas mourir, sans compter qu’on ne retrouve jamais son corps !
HOLALA JE ME DEMANDE S’IL A SURVECU !
Au hasard : avec l’aide d’une certaine Cendar, que des andouilles ont laissé en vie, et qui devait passer par là en poulet volant au même moment ? Mais auuuu hasard, hein.
Bien : les humains sont vaincus, les Na’Vis triomphent, il n’y a plus qu’à festoyer ! À commencer par la fameuse communion des paleines, qui peut avoir lieu. Elles se rassemblent autour de l’arbre sacré sous-marin du peuple de l’eau et s’y connectent… et Jésute décide que c’est aussi le bon moment pour se connecter avec Spider, afin qu’avec sa natte-kiki, il découvre lui aussi pour la première fois le monde des esprits ! Il se retrouve alors au milieu de tous les amis qu’ils viennent de perdre, ceux morts lors des films précédents, mais il voit aussi les ancêtres Na’Vis… et tous l’accueillent joyeusement comme l’un des leurs, un vrai petit Na’Vi.
– Mais alors, si ce monde des esprits existe… pourquoi Neytiri était en deuil, sachant qu’elle pouvait y venir quand elle voulait ?
Un des anciens lui met une torgnolle derrière les oreilles pour lui apprendre à poser les questions qu’il ne faut pas et…
… FIN !
Diable. La dernière fois que j’ai vu une écriture aussi soignée, j’étais chez le médecin.

Je vous mets une image de Cendra, car vous l’aurez noté, je n’ai mis aucune photo de la tribu des cendres. Pour une raison simple : en fait… ils n’apportent rien à l’histoire. Ce sont juste les nouveaux troufions du Colonel Méchant. Voilà. C’est tout.
Pour rappel, sachez que James Cameron a déjà annoncé qu’il voulait faire Avatar 4 & 5.
C’est vrai que vu comment ces 3h ont été bien utilisées, ce serait dommage de se priver de 6h de plus de non-intrigue.
Publié le 24.12.2025 à 17:00
Voici venir l’heure traditionnelle du petit mot de Noël.
Comme chaque année, ceux d’entre vous qui ont un métier dans la santé, le droit ou l’informatique vont devoir passer le réveillon à esquiver les gens qui demandent leur opinion sur tel ou tel sujet, qui pour son pote qui divorce, qui pour son téléphone qui est lent, qui pour ce curieux bubon aux fesses, tu voudrais pas regarder avant les huîtres, dis ? Non parce que ça suinte. À l’inverse, tous ceux qui ont un ami journaliste devront esquiver les opinions de ces derniers, alors qu’a contrario, personne ne leur demandait rien. De toute façon, sachant que 90% des réponses vont impliquer les nazis, gagnez du temps en posant cette règle simple : « Quiconque parle d’Hitler avant 22h paie son coup« . Logiquement, à 19h03, vous serez dans un tel état que vous n’aurez plus à supporter le reste de la soirée.
Sinon, et si vous préférez rester sobre, contentez-vous d’assoir les invités aux opinions simplistes à la table des enfants. Tout le monde s’y retrouvera.
En attendant, bon courage à tous et toutes pour les heures à venir, en compagnie de Jean-Matthéo (bien évidemment HPI, TDAH, hypersensible) et Manon-Chloé (Zèbre, autiste asperger, dyscalculique, dyslexique, vue dans Biba), les appeaux à claques de la soirée qui vous demanderont tant de zen que le Tibet tout entier ne saurait vous en fournir.

Diego sait comment décorer un sapin pour faire plaisir à son humble maître.
Bon réveillon, et bonne chance.
Publié le 19.12.2025 à 08:35
En juin 1940, et alors que la campagne de France est déjà sur la fin, les Italiens se disent « Eh, et si on se joignait à la bagarre histoire de marquer quelques points faciles ? »
Sauf qu’ils oublient une chose : c’est qu’ils vont devoir passer par les Alpes, habitat naturel du chasseur alpin, qui ne l’entend pas de cette oreille. Comme du côté du Pont-Saint-Louis, où 9 d’entre eux vont tenir tête à tout ce qu’on leur envoie, aidés de tartes, d’huile d’olive, et d’une radio pas fiable. Voici donc un nouvel épisode du Petit Théâtre des Opérations qui sent bon la montagne en cette période de Noël.
Bon visionnage.
Publié le 01.12.2025 à 10:31
– Diego, veux-tu un tour de magie ?
Le brave serviteur se renfrogne quelque peu.
– Quand vous dites ça, après, vous faites disparaître quelqu’un et c’est à moi de l’enterrer. Je ne suis pas sûr, patron.
– Allons allons, ne fais pas ta mauvaise tête. Regarde plutôt : tu vois ce scénario ? Regarde-le bien.
– Oui, il est vide.
– Maintenant, j’agite mon stylo magique et… hop !
Diego s’approche prudemment, et se saisit à nouveau de la pile de papiers blancs. Dessus, pas la moindre rature.
– Le scénario est toujours vide, patron.
– Eh oui ! C’est parce que j’ai utilisé mon stylo magique pour signer un chèque de 90 millions de dollars ! Et maintenant, quelqu’un va transformer ce scénario vide en film !
Un grand soupir, un haussement d’épaules, et Diego s’en retourne, blasé, vers le nettoyage de mes rapières. L’ingrat n’est même pas impressionné. Il est déçu.
– Eh bien Diego ? C’est tout ?
– Vous avez fait semblant patron, et ce n’est pas crédible : personne ne signerait un chèque de 90 millions de dollars pour un scénario vide !
– Tu as raison Diego et… oooh ! Mais qu’est-ce que c’est derrière ton oreille ? Vois : un ticket pour Insaisissables 3 !
Le domestique repose l’arme qu’il astiquait pour se saisir du ticket. Et se méfie quelque peu, ce qu’il faut comprendre : la dernière fois, j’ai joué à « J’ai volé ton nez » à un démarcheur de rue. Ce qui aurait pu être sympathique et puéril, si je n’avais pas revendu ledit nez sur le marché noir mexicain dans la foulée. Depuis, Diego se montre méfiant devant la moindre plaisanterie bon enfant. Quel petit paranoïaque. Il tâtonne son oreille, inquiet, puis inspecte le bout de papier.
– Est-ce que vous seriez en train de me dire qu’Insaisissables 3 est la preuve qu’on peut obtenir 90 millions de dollars juste en présentant du rien ?
L’interrogation est pertinente, et pour répondre à Diego, ainsi qu’à vos esprits de vils curieux, braves lecteurs, il n’y a qu’une seule solution :
Spoilons, mes bons !

L’affiche : la carte à jouer peut-elle être considérée comme des débris ou cendres qui tombent ? Vous avez deux heures.
Notre film s’ouvre sur une folle ambiance dans un bar américain, alors que sur la petite scène de la salle, un magicien apparaît.
– Bonsoir ! Je suis Atlas, l’un des quatre « cavaliers », ces magiciens qui opèrent pour la justice en dehors de toute juridiction parce qu’on est des oufs malades ! Vous le savez, nous avions disparu durant 10 ans, mais hohoho, n’est-ce pas le propre des magiciens de disparaître avant de réapparaître ? Hmm ? Dites ? Hein ? Hé ? Oooh, public difficile ce soir. Bref, laissez-moi vous présenter mes 3 autres amis, et ensemble, nous formons les 4 cavaliers !
Et le rejoignent sur scène Jack, Meritt et Henley, ses camarades qui donnent tellement envie de s’y attacher que j’ai dû aller voir le casting pour retrouver leurs noms. Dans ma tête, ils se nommaient « Cheveux », « Pacheveux », et « La Madame Rouquemoute ». La foule, plus attentive que moi probablement, semble devenir folle à chaque fois que l’on prononce leurs noms véritables (un peu comme à mes soirées invocations)… à l’exception d’un homme. Ce Monsieur, que nous appellerons Richard, est à la fois riche et méchant. Et depuis le bar, il se plaint que bordel, lui était juste venu boire un verre ici, pas de bol qu’il y ait ce spectacle de magie dont il n’a rien à faire le même soir. La prochaine fois, il se dit qu’il ira directement dans un bar à strip-tease : au moins là-bas, quand un foulard disparait, personne ne le fait ressortir de la bouche de son voisin, ou alors les videurs s’en mêlent.
Richard, qui est un peu con, ne prête aucune attention à la jeune femme près de lui qui lui lance avec un sourire malicieux :
– Vous n’aimez pas les magiciens ? Vous devriez vous méfier, vous et votre iPhone avec une coque en or. À un spectacle de magie, il y a des complices dans la salle… autant dire que c’est un nid à pickpockets !
On en conclura que le métro parisien est une sorte de spectacle de prestidigitation quotidien. Ce qui explique le prix du pass Navigo, notez.
Toujours est-il que sur scène, le spectacle continue. Des cartes à jouer ont été distribuées dans la salle, et les « cavaliers » demandent qui a l’as de carreau. Une main se lève : c’est un jeune homme, Bosco, que l’on fait aussitôt monter sur scène. Et les magiciens annoncent alors qu’ils vont faire un incroyable numéro :
– Bosco n’est pas magicien… pas encore ! Et si nous rentrions tous dans son corps ?
– Hein ? Mais enfin ! Arrêtez, moi je suis venu à un spectacle de magie, pas à la fistini-
Bosco ne finit pas sa phrase, car hop, Meritt, le mentaliste de la bande, l’hypnotise et l’endort. Puis, à la stupeur du public, les magiciens disparaissent les uns après les autres, se transformant en couleurs qui volent jusqu’au corps du pauvre assistant endormi.
– Ça alors ! Ils lui sont tous rentrés dans le cul ! s’exclame quelqu’un dans la salle.
– Moi aussi ! Moi aussi ! réclament alors plusieurs personnes avec enthousiasme.
Hélas, Bosco se redresse soudain, et se met à parler comme les 4 cavaliers, tour à tour, comme s’il était possédé. Et lance :
– Y a-t-il dans la salle un certain… Richard ?
– Oh ? Oui ! lance Richard. Quel tour pourri allez-vous me faire, les magiciens ringards ? Je vous préviens, s’il s’agit de rentrer dans mon cul, je suis entrepreneur : l’URSSAF occupe déjà les lieux.
– Rah, mais arrêtez ! Personne n’a dit que les magiciens étaient rentrés dans mon corps via mon… ahem. Bref ! Richard, grâce à mes graaaands pouvoirs, je vois que vous êtes… un richard !
– Quel talent.
– Un entrepreneur en cryptomonnaies qui a ruiné des tonnes de gens à New York !
– Bien fait pour leurs gueules, car oui, je suis très méchant, ce qui n’est pas très gentil.
– Eh bien Richard, regardez ce que j’ai dans les mains… votre iPhone avec une coque en or ! Ainsi que ceux de tous vos amis présents ce soir !
Et en effet, Bosco fait surgir les appareils en question, à la stupeur de Richard et de ses petits camarades. Mais comme le veut la tradition des cavaliers, ils ajoutent aussitôt :
– J’en ai profité pour vider vos comptes plein d’argent volé… et je l’ai redistribué à chacun des présents ce soir dans la salle ! Sur votre carte à jouer, distribuée plus tôt, vous trouverez tous le code d’accès à un portefeuille de cryptomonnaie rempli d’un peu de l’argent repris à Richard !
– Oh ! Il dit vrai ! glapit une femme dans l’assemblée en consultant son téléphone. J’ai 50 000 dollars !
Comme vous l’imaginez, Richard est furieux et prévient aussitôt la police. Le public, qui a donc désormais du pognon volé plein les crypto-poches, s’enfuit, pendant que le vil Richard fonce sur scène pour savater les magiciens et leur rappeler que quand t’es une classe avec 1D4 points de vie, tu ne provoques pas les gens dans la salle. Sauf qu’alors que le bar est déjà vide de tout spectateur sauf les policiers qui arrivent, Richard découvre que sur scène… personne ! Il s’agissait en réalité de simples projecteurs qui diffusaient l’image des magiciens sur du film alimentaire vaguement tendu !
Ah, et non, personne n’a rien remarqué. Sacré film alimentaire les enfants.
Richard ruiné, les cavaliers évaporés, nous retrouvons dehors trois personnages : Bosco, le fameux « type choisi au hasard dans le public », qui est en réalité un magicien spécialiste des imitations (Laurent Gerra, un magicien qui s’ignore). À ses côtés, Charlie, le faux barman de la soirée, qui a monté toute la partie technique. Et enfin, vient Ariana, la fille qui était au bar à avertir Richard pour les pickpockets… et qui est l’experte en acrobaties et vol à la tire de la fine équipe. Ensemble, ils rient, hohoho, hahaha, nous sommes si forts !
– Aha ! On l’a bien eu, ce Richard ! Certes, nous ne sommes pas les vrais cavaliers, et nous nous sommes faits passer pour eux, mais on peut dire qu’on a agi comme ils l’auraient fait ! En attendant, nous voici arrivés à notre appartement. Qui a les clés ?
– Moi, mais elles sont au fond de mon sac.
– Roooh… Ariana, tu ne voudrais pas plutôt nous montrer tes talents d’acrobate en t’infiltrant chez nous avant de nous ouvrir de l’intérieur ?
– J’ai pas trop envie.
– Alleeeeez !
Cette scène est supposée nous montrer à quel point Ariana est une bonne acrobate. Pour ma part, j’ai surtout constaté que ses amis étaient d’énormes connards, puisque plutôt que de prendre 3mn pour chercher des clés, ils préfèrent demander à leur amie d’escalader un immeuble sans aucune sécurité (il y a en plus des passages où elle doit sauter d’un panneau publicitaire à un autre) comme ça, juste pour les faire marrer. J’imagine bien le passage où une prise s’avère être mouillée, qu’Ariana glisse et se tue, avec ses copains qui commentent devant son cadavre brisé encore chaud que « Ouah, oh, pfou, t’es pas si forte en fait… rohlolo, à cause de toi, je vais devoir ouvrir mon sac. »
Le trio des connards finit cependant par rentrer en son logis, à savoir un vaste appartement encombré d’accessoires de magie. Bon, il n’y a pas de lits, mais ça, c’est du détail. Sauf qu’alors qu’ils papotent de leur succès, soudain, un personnage sort de l’ombre : Atlas ! L’un des quatre cavaliers, et cette fois-ci, en chair et en os !
– Bonsoir, bande de petits malins. Alors comme ça, on se fait passer pour les cavaliers, hmmm ? Bosco, ça t’amuse de nous faire rentrer dans ton cul sur scène ?
– MAIS ARRÊTEZ DE DIRE QUE VOUS ÊTES RENTRÉS DANS MON C-
– Je ne suis pas là pour ça. Comme vous le savez, les cavaliers obéissent à l’Œil, une mystérieuse organisation qui veut rendre la justice sur Terre sans passer par la justice, parce que les juges, c’est tous des cocos.
– Pardon ?
– Ahem, je disais : j’ai reçu une carte de tarot de l’Œil, avec un message me demandant de me rendre ici. Apparemment, et ne me demandez pas pourquoi, l’Œil a une mission pour nous… et pense que vous pourriez m’être utiles.
– Nous ? Mais nous ne sommes personne ! Pourquoi ne pas demander aux autres cavaliers ?
– Euh… ahem. Le groupe s’est séparé.

Bosco, Charlie et Ariana se demandent comment Atlas est rentré chez eux. En même temps, dans le même soir, on a vu des magiciens rentrer dans des lieux bien plus épatants.
Et Atlas d’expliquer qu’effectivement, des années plus tôt, une mission a mal tourné et qu’un membre de leur organisation s’est retrouvé en prison en Russie, et que depuis, il fait disparaître des savonnettes devant des Tchétchènes moyennement émerveillés. Les autres magiciens se sont donc dispersés, et vivent chacun leur vie. Mais, qu’importe ! Atlas a une mission et il compte bien l’accomplir. Et cette mission consiste à aller emmerder Emma Diamant, la propriétaire d’une société sud-africaine qui vend des diamants, et qui apparemment, s’en sert pour laver de l’argent sale pour des trafiquants d’armes (et avec Emma Diamant, c’est la magie du blanc). Or, elle va bientôt se rendre à Anvers pour une vente, et emmènera avec elle le Cœur, un énorme diamant habituellement abrité dans une base secrète souterraine impénétrable dans le désert arabique. L’occasion parfaite pour frapper !
Bon, je vous passe les scènes où Emma Diamant est très méchante, et n’hésite pas à menacer de tuer ses propres actionnaires en plein conseil d’administration sans que cela ne choque personne. D’ailleurs, elle a aussi d’autres petits secrets, car lorsqu’elle arrive à Anvers, elle reçoit un mystérieux coup de fil, où une voix déformée la menace :
– Allô, Emma ? Ne raccroche pas. Je dois te parler de quelque chose.
– Si c’est ma facture d’électricité ou la pose de panneaux solaires, vous êtes le douzième aujourd’hui, alors…
– Que ? Non, Emma, concentre-toi. Je connais ton secret. Tu es dangereuse.
– Monsieur, je menace mes propres actionnaires publiquement. Niveau secret, c’est limite l’inverse de Top Secret… comment qu’on dit ? « Bottom Secret » ? Non, ça sonne bizarre.
– SILENCE ! Concentrez-vous un peu, merde, je vous menace ! Je disais donc : je connais votre secret. Votre papa, le fondateur de la compagnie qui vous a rendue riche, se tapait la bonne et a eu un enfant avec. Votre mère s’en est suicidée. Pour vous venger, vous avez coupé les freins de la voiture de la bonne une semaine plus tard. La tuant, ainsi que son fils, qu’elle avait eu avec votre paternel. Vous avez tué votre propre frère ! Dont personne n’a jamais retrouvé le corps !
– Kikicé à l’appareil ?
– Ah ! Tu crois que je vais te le dire ?
– Nan parce que personnellement, je crois que j’ai un peu deviné.
– Oui mais pas certains spectateurs ! Alors voilà le deal : donne-moi le Cœur, le fameux gros diamant… et j’effacerai les preuves de ton crime.
– Mouais. À voir. Allez, bisous.
Et Emma de raccrocher, car elle a un double appel : quelqu’un veut lui proposer des portes-fenêtres.
Pendant ce temps, nos héros préparent leur coup en se promenant dans les rues d’Anvers.
– D’Anvers ? Le dernier dinosaure ?
– Silence, Bosco. Comme vous le savez, l’Œil nous a chargé de révéler la vilainie d’Emma Diamant. Nous allons donc profiter de cette vente de diamants à Anvers pour…
– Montrer qu’elle y a invité plein de trafiquants d’armes ? Inspecter ses comptes et montrer qu’elle bidouille de l’argent sale, puisque l’Œil nous l’a dit ?
– Non. On va voler… le Cœur.
– Mais ?! Atlas ? Quel rapport avec la mission ? Ça va l’emmerder, certes, mais ça fera d’elle une victime au lieu d’une coupable, non ?
– Alors oui mais… attendez, je vais faire un tour de carte. Prenez une page de script. N’importe laquelle. C’est fait ?
– Oui.
– Votre page est tartinée de caca.
– Ooooh ! Comment a-t-il deviné ? Atlas, tu es vraiment le plus grand des magiciens
En attendant, si, si. Nos héros montent un plan qui n’a rien à voir avec la mission. Ah ben c’est pas comme s’il fallait être efficace ! Et donc, ledit plan est une succession de trucs débiles.
- D’abord, Atlas croise Emma « au hasard » alors qu’elle prépare sa vente de diamants. Il se montre incroyablement agressif et arrogant du genre « Vous êtes une menteuse et une voleuse et je vais le prouver », le tout en public, mais Emma se contente de sourire en hochant la tête, pendant que ses gardes du corps se curent le nez. C’est connu : elle est prête à tuer ses propres actionnaires, mais se faire insulter par Jean-Dudule dans la rue, ça passe crème. Quant au garde du corps sud-africain, je l’imaginais, disons, plus proactif comme on dit sur Linkedin. Surtout avec les mains.
- Ensuite, Bosco et ses deux copains se font passer pour un photographe et son équipe qu’Emma attendait. Ils la prennent en photo avec le diamant, et parviennent à échanger la boîte dans laquelle le diamant est rangé, leur permettant de mettre la main sur la vraie.
Je tiens à insister sur un point important : on nous montre que les héros ont réussi leur coup en détournant l’attention de Bibi, le principal garde du corps d’Emma, qui veillait sur le coffret. Le problème ? C’est que durant toute la scène, on voit une armée d’autres gardes partout dans la pièce, qui surveillent tout. Mais comme ce sont des figurants, la réalisation a visiblement oublié qu’eux aussi avaient des yeux, et donc en fait, nos héros échangent une ENORME boite de manière pas subtile, à très exactement 1m de trois types chargés de veiller dessus. Roooh, ça va, c’est juste un oubli ! Qu’est-ce que c’est comme erreur, dans un film de braquage, d’oublier les gardes ? Un détail !
- Aidés du script et de la réalisation aux fraises, nos héros peuvent donc se rendre à la vente elle-même et au moment où Bosco décide de faire une diversion pourrie en grimpant sur une table au nom de Greenpeace et en commençant à tout casser autour de lui. Là encore, vous serez ravis d’apprendre qu’aucun garde n’intervient, et qu’Emma se contente de regarder en bavant.
Non vraiment, je crois que moi aussi je peux réussir de fabuleux tours de magie à partir du moment où tout le monde dans la pièce est à la fois sourd, aveugle, et complètement con.
- Pendant la diversion, il y a encore un passage raté, où les héros se font passer le Cœur de main en main, parfois à 10cm de figurants… qui ne remarquent pas une pierre géante qui brille qui passe en volant devant leurs visages. Non, vraiment, à ce stade, c’est lourd.
Tout se conclut avec Atlas révélant devant tout le monde qu’il a volé le diamant, et, enfin, Emma qui finit par dire à ses gardes « S’il vous plait, pourriez-vous arrêter ces connards ? ».

« Vous avez vu comme je suis balaise ? Aucun figurant n’a remarqué mes petits camarades et moi-même jouant au base-ball à travers toute la salle avec un diamant de cette taille ! Faut le faire ! »
C’est donc là que commence une course-poursuite où 90% des exploits de nos héros reposent sur une moule extraordinaire, ce qui est probablement la vraie source de leur magie. On découvre que les 10% restants sont dus à l’installation de gadgets, comme par exemple une tyrolienne sur le toit, et même UN FAUX HELICOPTERE ET DES FEUX D’ARTIFICE. Hmmm. Comment dire ? Je pense que pour une vente de diamants ultra-sécurisée et remplie de trafiquants d’armes, savoir que nos héros ont eut tout loisir d’installer durant des heures des gadgets débiles sans que personne ne les dérange… comment dire ? C’est pas le Louvre, ici.
En chemin, ils croisent d’ailleurs 3 autres personnes bien connues d’Atlas.
– Cheveux ! Pacheveux ! Madame Rouquemoute !
– Mais ? Atlas, on a des noms, enfin !
– Oui mais personne ne s’en souvient. Alors que ceux-là, si. Mais que faites-vous là ?
– On a reçu un message de l’Œil nous disant d’être ici !
– Vous aussi ? Bon, on en discutera plus tard ! Fuyez avec nous !
Et toute la bande de joyeux voleurs file donc via la tyrolienne sur le toit, et gagne tranquillement un navire sur le fleuve voisin, d’où ils partent à la vitesse d’un truc qui fait pout-pout-pout sans que personne ne les poursuive. Non, il n’y a pas de police en Belgique. Le pays s’auto-régule en envoyant directement les criminels à Charleroi, où ils sont mangés par la population. S’ils sont chanceux, du moins.
À bord, ça discute sec entre les cavaliers réunis.
– L’Œil nous a tous demandé de faire ce coup ? Mais pourquoi ?
– P’têt’ qu’il en a eu marre de nous voir fâchés, Atlas. Il veut qu’on reprenne du service.
– Moui, alors ça clairement puisqu’il nous file du boulot, mais j’ai envie de dire… et maintenant, mes bons amis ?
– Comment ça « et maintenant » ? Atlas, tu es con ou quoi ? On a complètement loupé la mission avec ton plan à la con. On a volé un diamant alors que ça n’était pas du tout ce qui était demandé. Notre boulot était de montrer au monde la corruption d’Emma Diamant. Alors grâce à toi, non seulement on n’est pas plus avancés MAIS maintenant on est en plus recherchés par Interpol.
– Ah oui c’est vrai que… non attends. Vous êtes tous trop cons pour penser à ça, d’après le script. On reprend donc : « Et maintenant ? »
Et c’est Charlie, l’un des petits jeunes, qui s’avance.
– L’Oeil a sûrement voulu vous faire passer un autre message. Regardez, pour vous contacter, il vous a envoyé des cartes de tarot. Et si on les réunit… regardez, le dos forme une image !
– Ah putain, on est tous des méga-magiciens, mais aucun d’entre nous n’avait pensé à regarder au dos de la carte pour voir que ça formait un schéma salement suspect, dis voir.
– Oui, hein ?
– Bon, arrêtons de soulever que le script a le hoquet toutes les minutes, et voyons où ce nouvel indice nous mène…
Et, braves lecteurs, sachez que les dos de cartes réunis forment la photographie d’un château en France : Château Roussillon. Un lieu envahi de hautes herbes où, bien vite, nos héros se rendent. Château pas du tout suspect, puisqu’alors que tout semble tomber en ruines dans le parc, le château a lui une énorme porte toute neuve et dorée avec un gigantesque casse-tête dessus, que nos amis résolvent sans heurt. Puis, ils rentrent dans l’ancienne demeure où ils tombent sur…
– MORGAN FREEMAN ?
– Oui, je suis moi aussi l’un des magiciens de l’Œil et j’ai aussi reçu un message me disant de venir ici. Quoique l’Œil veuille, c’est caché dans ce château, qui contient de nombreuses pièces remplies de vieux trucs de magiciens. Explorez cette demeure et trouvez ce que l’Œil désire.
– L’Œil ne pourrait pas juste nous le dire ? On gagnerait vachement de temps.
– Apapap, on est magiciens, faut bien nous occuper, sinon on va aller faire des tours à des touristes et on finira en cabane avec les joueurs de bonneteau clandestins.
Charlie, qui est un gros nerd de la magie, aide à résoudre plein d’énigmes, mais l’affaire n’avance pas vite, jusqu’à ce que Morgan Freeman ne déclare soudain :
– Ce que nous cherchons est peut-être lié à l’histoire de ce château.
– Laquelle ?
– Eh bien, venez près de moi, et voyez cette énorme boule de cristal qui diffuse un film. Comme vous le savez, les magiciens ont aidé à gagner la Seconde Guerre mondiale. Par exemple, en aidant à tromper les nazis via la construction de chars gonflables en Angleterre, qui servirent de diversion.
– Mais… quel rapport entre Emma Diamant et les nazis ?
– Eh bien regardez !
– Quoi, Charlie ?
– Je viens de passer la main au travers d’un tableau au pif, et paf, derrière, il y avait des documents qui n’avaient rien à faire là prouvant que le père d’Emma Diamant a travaillé avec les nazis ! Et qu’Emma elle-même a repris son réseau ! Des tonnes de preuves historiques !
– Super ! On n’a plus qu’à communiquer tout cela au monde et on a gagné, alors !
Tout le monde hoche la tête, lorsque Morgan Freeman intervient.
– Et non ! Sinon le film s’arrête ici ! Je vous propose donc… de ne plus jamais reparler de ces documents, ni des nazis.
– Mais ? À quoi sert cette scène alors ?
– Nous sommes en 2025. Si un film ne contient pas au moins une référence aux nazis ou à un complot d’extrême-droite, c’est qu’un scénariste a de l’imagination. Et ça, jamais.

Pacheveux est content. S’il y a des nazis, capillairement parlant, il est prêt.
Mais pendant que nos héros dissertent, sachez qu’Emma, elle, n’est pas restée oisive. Car elle a suivi sur internet les déplacements des fuyards, car comme les cavaliers sont des superstars, où qu’ils passent, des gens en parlent. Pardon ? Plus tôt dans la scène à Anvers, personne ne les reconnaissait alors qu’ils étaient à visage découvert ? Hm. Vous ai-je déjà parlé des figurants sourds, aveugles et cons ? Voilàààà. Bref : Emma, apprenant que les gentils avaient fui en France, elle explique qu’elle connait bien le chef de la police française qui va envoyer les « gendarmes ».
Vous me direz que police et gendarmerie, ce n’est pas la même chose. Certes, c’est une subtilité qui peut échapper à un film américain. Mais, gardez cela en tête, et patientez un instant.
Car suite à ce petit appel du pied d’Emma, la police française envoie donc des voitures encercler le château de nos héros, et en descendent… oh, non pas des gendarmes, non. Ni même le GIGN ou le RAID. Non, des hommes de loi descendent des véhicules avec des gilets pare-balles où l’on peut lire en grosses lettres :
POLICE MUNICIPALE
Si, si.
C’est une descente de la police municipale ! Nos héros sont foutus : ils risquent une amende de 35€, voire une remontrance pour ne pas avoir garé correctement leur voiture dans le parc ! Vite, fuyez, pauvres fous ! S’ensuit donc une poursuite à l’intérieur du château où les magiciens échappent aux forces de l’ordre en usant de tous les vieux gadgets qui traînent, mais si plusieurs parviennent à s’en sortir, un certain nombre, dont Pacheveux, sont capturés. Et surtout…
Morgan Freeman se prend une balle en tentant de fuir des policiers qui le braquaient.
Forcément, tout le monde pleure très fort, tout en se disant que c’était prévisible : d’abord on arme la police municipale, et voilà qu’elle abat un homme noir dans la foulée. Mais avant que Mathilde Panot n’arrive sur zone, les forbans ont pris la poudre d’escampette. Et se demandent comment libérer leurs camarades pris par la police. L’occasion d’aller les retrouver en cellule, avec par exemple, Pacheveux qui reçoit la visite d’Emma en personne. Et à qui il explique :
– Tu sais Emma, jusqu’ici, je faisais ça pour l’Œil. Mais maintenant, tu as tué Morgan Freeman. Désormais, c’est personnel.
– Pardon ?
– Oui, tu as tué Morgan Freeman.
– Attends, attends. Je peux te la refaire dans l’ordre, mon bon ami chauve ?
– Fétoipléz’.
– Vous volez un diamant qui m’appartient, chose qui ne vous sert à RIEN. Suite au vol de ce diamant, la police vous poursuit. Comme vous n’êtes pas discrets, elle remonte jusqu’à vous sans problème. Là, vous avez l’idée géniale de dire « Tiens, des types nous braquent avec des armes, si on se mettait à courir ? ». À quel moment je fais autre chose que dire à la police de vous arrêter pour le vol de mon diamant ? J’ai pas envoyé un tueur. Au contraire, je suis passée par le canal légal, canal que je n’ai pu prendre que parce que de gros blaireaux m’ont volé mon diamant.
– … je… alors… attendez… je relis le script… pourquoi c’est personnel déjà ?
Ça ne l’est pas et c’est mal écrit, mon bon. Un peu comme le fait que plus personne ne mentionnera jamais les documents prouvant qu’Emma alimente un réseau d’anciens nazis. Un détail, puisque je le rappelle, c’était le but de la mission. Mais ça arrive à tout le monde d’oublier pourquoi le film a commencé, hein ! Soyons indulgents.
Cependant, croyez bien que nos héros, eux, ne vont pas laisser leurs amis prisonniers de la terrrrible police municipale française. Aussi montent-ils un plan d’évasion assez simple en faisant appel à Lula, une de leurs copines qui trainait dans le coin… parce que. Habilement déguisée en petite vieille (elle a donné le change en faisant croire qu’elle votait Macron), elle s’est infiltrée dans le commissariat, a libéré ses amis, puis tout le monde s’est enfui non sans déclencher un incendie histoire de faire diversion. Nos héros sont donc à nouveau libres et heureux, les cheveux au vent. Sauf un : Pacheveux, mais pas parce qu’il est chauve, simplement parce que lui a loupé son évasion. Et Emma, jouant de son influence, décide de le garder personnellement avec elle, comme une sorte de gros bagage amusant.
Les camarades de magie se réunissent alors pour discuter de la suite.
– Que va-t-on faire ? Emma dispose de Pacheveux !
– Oui mais nous avons son méga-diamant et les documents prouvant qu’elle est crypto-nazie !
– Apapap. On a dit qu’on oubliait les documents.
– Ah oui pardon. Donc : on a son méga-diamant ! On a qu’à s’en servir pour l’échanger contre Pacheveux ! Et si on peut en profiter pour révéler sa méchanceté au monde…
Tout le monde est d’accord pour ce plan, et j’insiste, plus personne ne parle des nazis (si vous voulez des gens qui en parlent tout le temps, allez sur Bluesky). En lieu et place, nos larrons découvrent qu’ils savent où Emma se rend, à savoir, à Abou Dabi. Car l’équipe de Formule 1 de sa société va y présenter sa nouvelle voiture. Nul doute qu’elle viendra assurer le show en personne ! Ni une, ni deux, nos héros sautent dans leur jet privé et…
Oui ? Oui, un jet privé. Non, ne me demandez pas d’où il sort. Il y a dix minutes, ils évoquaient ouvertement leur manque de ressources pour attaquer la police municipale de Roussillon, d’où leur besoin de Lula pour les aider, mais visiblement, entre temps, ils ont trébuché sur un jet privé. Et alors qu’ils sont aussi connus que recherchés, on les a laissés le prendre. Soit, soit. Ca doit être ça, la vraie magie.
Enfin : ils arrivent à Abou Dabi, où en effet, Emma est bien sur place. Et après un petit coup de fil, accepte bel et bien d’échanger Pacheveux contre son diamant préféré. Sauf qu’au moment de l’échange, une fois leur ami récupéré et le diamant donné… une trappe s’ouvre sous leurs pieds ! Une trappe qui fait EXACTEMENT la taille de leur groupe ! Oui, Emma avait deviné combien ils allaient être, où ils allaient se tenir, et en plus, qu’ils allaient rester immobiles et groupés à cet endroit précis assez longtemps pour que ça fonctionne. Elle aussi doit être un peu magicienne. Les malheureux tombent ainsi dans un aquarium en plexiglas, où ils se retrouvent piégés. Avant qu’Emma ne vienne leur rendre visite.
– Mes amis… vous pensiez vraiment pouvoir me manquer de respect et repartir en paix ? Je vais vous tuer ici et maintenant !
– Oh non ! Avec votre pistolet ?
– Non ! En appuyant sur ce bouton, qui va déverser trèèèès lentement du sable dans cet aquarium. Je partirai alors sans même laisser un garde, car qui a déjà vu des magiciens s’échapper d’une prison ?
Et elle le fait. Si, si. Ah non mais on est bien, là.
Je ne vous cache pas qu’environ 0,8s après son départ, les magiciens parviennent à s’échapper en entaillant la paroi avec le diamant de la bague de Madame Rouquemoute, avant de mettre de gros coups de pied dedans. Et hop ! Les voilà dehors !

Atlas, remerciant les scénariste de ne pas avoir fait qu’Emma les bute comme de vulgaires actionnaires en pleine réunion.
Pendant ce temps, Emma, qui est retournée à bord de sa voiture avec chauffeur, reçoit un coup de fil du type qui l’avait menacée à Anvers.
– Emma, avez-vous mon diamant ? Le Coeur ?
– Oui. Où dois-je vous retrouver ?
– Dans votre site super-sécurisé du désert arabique. Celui secret, blindé, gardé en permanence, et où personne ne peut entrer sauf vous. Je vous attendrai dans la chambre forte tout au fond.
– Super, j’arrive.
Diego, brandy, double brandy et re-brandy s’il te plait.
Est-ce que la méchante supposément brillante ne voit rien d’anormal à ce qu’un mec lui donne rendez-vous dans sa PROPRE CHAMBRE FORTE SECRETE ET IMPENETRABLE ? Eh bien non. Sa voiture traverse donc le désert, une tempête, et lorsqu’elle arrive, elle prend l’arme d’un garde et descend via l’unique ascenseur jusqu’à sa chambre forte. Où quand les portes s’ouvrent, elle aperçoit…
– CHARLIE ? MON DEMI-FERE ?
Mais oui. Le jeune magicien qui fait partie de l’équipe de nos héros s’appelle en fait Charlie Diamant. Fils de Papa Diamant et de la bonne. Celui supposément mort dont on n’a jamais retrouvé le corps. Mais quel rebondissement que personne n’avait vu venir ! Depuis quand, dans un film, lorsque quelqu’un meurt sans que l’on ne trouve son corps, il a en fait survécu ? C’est du jamais vu !
– Eh oui, Emma. Je ne suis pas mort dans l’accident qui a tué ma mère. Elle m’a sauvé. Je suis tout autant l’héritier de la boite à papa que toi.
– La boite à papa ? C’est pas une discothèque près de Feuges ?
– Là n’est pas le sujet, gourgandine ! Tu vas me donner ce diamant, et peut-être oublierai-je que tu es vilaine.
– Alors tiens : voilà le diamant.
Et elle le lui donne… mais sitôt que Charlie a le dos tourné, elle sort le pistolet pris au garde à l’entrée de l’ascenseur, et abat son demi-frère ! Qui à sa grande surprise, se relève (elle a beaucoup de mal à tuer des gens, aujourd’hui). Elle découvre alors que son arme est chargée à blanc. Mais ce n’est pas le pire : les murs de la chambre forte se soulèvent, et elle découvre avec stupeur que ce n’était qu’un décor ! Elle est sur scène au milieu d’une grande salle de spectacle en extérieur, et tout le monde vient de la voir tenter de tuer son demi-frère en direct !
– Crotte de bique ! s’exclame-t-elle.
– Te voilà faite ! triomphe Charlie. Comprends-tu ce qu’il vient de se passer ? Quand tu es montée dans ta voiture pour aller à la chambre forte… tu n’as même pas regardé ton chauffeur ! C’était moi ! Ensuite, un camion devant nous a déversé du sable pour faire croire à une tempête. Puis, on t’a emmenée à une réplique de ta chambre forte dans le désert, toujours en t’envoyant du sable dans la gueule pour que tu ne remarques rien en sortant de la voiture. Puis, à l’intérieur, le garde était un complice ! Bosco ! Bon, tu l’avais déjà vu mais on a compté sur le fait que tu sois aussi sourde, aveugle et conne, ça arrangeait le script. Et l’ascenseur, c’était un faux, sur roulettes, que nous avons emmené jusqu’à ce décor, ici ! Et voilà ! Et maintenant, Interp-
– Un instant. J’ai une question.
– Oui, Emma ?
– Comment avez-vous pu reproduire, au détail près, ma chambre forte ultra-secrète que personne n’a jamais vue, puisque justement, ultra-secrète ?
– Ah. Euh. Eh biiiien…
– Et accessoirement, vous m’expliquez où nous sommes ? Une salle de spectacle extérieure ? Vous m’expliquez comment vous avez réussi à y installer tout ça, dans une zone bardée de gens à ma soldes, devant un public avec des téléphones qui prend des photos, sans que personne ne me signale que « Eh, il y a des mecs qui montent un décor géant pour te feinter à 30m de ton hôtel ». Car oui, en plus, c’est littéralement à 30m de mon hôtel. Et comme la salle est en extérieur, je pouvais limite voir les préparatifs depuis ma chambre. Vous m’expliquez comment tout le monde a loupé tout ça ? Laissez-moi deviner : une histoire de sourds, aveugles et c-
– Ahem, je disais, Interpol est ici pour vous arrêter et…
– Attendez, vous êtes débiles ? Vous êtes recherchés par Interpol. Pour vol. Ils vont donc vous arrêter aussi, non ?
– Euh…
Mais Interpol est visiblement super sympa : ils trouvent les voleurs gentils, et décident donc de juste leur donner une tape dans le dos, un clin d’œil, et tout est pardonné ! Mais attendez, ce n’est toujours pas fini ! Car Charlie révèle une autre partie de son plan.
– Oui, ce plan pour me venger de toi Emma était le mien et rien que le mien. Pour parvenir à tout cela, j’ai dû inviter les célèbres cavaliers dans la partie moi-même ! Pour ce faire, je me suis fait passer pour l’Œil. Je les ai cherchés, j’ai déposé une carte de tarot avec un message chez chacun d’eux, et je les ai menés jusqu’à moi et mes amis, en leur faisant croire que c’était l’Œil qui voulait cela ! Et voilà comment nous avons rassemblé nos forces pour te vaincre, Emma !
Et les cavaliers applaudissent avec le public devant tant d’audace.
Alors que bon, logiquement, Pacheveux devrait lui mettre son poing dans la gueule, avant de lui dire en substance :
– Mais ? Espèce de trou du cul ! Tu veux dire que tu nous as manipulés ? Attends, donc je résume : depuis le début, tu savais tout sur Emma ? Et tu avais juste à la piéger, ce qu’on pouvait faire directement ? Mais en lieu et place, tu t’es dit « Tiens, si je me faisais passer pour une organisation secrète afin de donner une instruction floue à des gens sur comment prouver qu’Emma est méchante, en espérant qu’ils vont faire n’importe quoi et voler son plus gros diamant alors que ça n’a aucun rapport, puis je vais aller en France, acheter un château, le remplir de gadgets à la con, y inviter mes nouveaux amis, les perdre là-dedans durant des heures sans raison, tout ça pour trouver des documents nazis avec lesquels on se torchera une minute plus tard. Accessoirement, si quelqu’un meurt à cause de mes bonnes idées, comme au hasard, Morgan Freeman, qui n’avait aucun rôle là-dedans, je n’en ai rien à foutre. Puis, alors que tout ceci n’a servi à rien, puisque le diamant lui-même n’est pas nécessaire, je vais piéger ma sœur avec mes nouveaux alliés, ce par quoi on aurait pu commencer sans difficultés, mensonges, et même un mort dont plus personne ne parle. » C’est ça ?
– Euh… oui. J’avoue que dit comme ça, le passage où j’achète un château sans raison a l’air encore plus con.
– Bien. Que quelqu’un attrape Bosco et le fasse tousser : on va faire rentrer Charlie à sa véritable place.
Mais non, rien de tout cela n’est souligné. Pacheveux se contente d’applaudir en riant parce que « Ahaha, il nous a bien eus ! ». Et tant pis pour Morgan Freeman. Ca ne doit plus être « personnel », je suppose.
La méchante est arrêtée, les gentils sont libres, tout le monde est content… et nous avons le droit à une petite scène juste après où, rentrés chez eux, nos héros discutent de la suite. Et reçoivent un message de leur ami qu’ils avaient perdu en Russie quelques années plus tôt, qui leur dit que hahaha, non, en fait, il va bien, certes il a désormais un ou deux tatouages grossiers à des endroits amusants, mais bon, surtout, c’est super que Charlie et ses amis aient menti car ils peuvent rejoindre la bande et tous ensemble… vont recevoir une nouvelle mission de l’Œil !
Avant que Charlie ne propose d’acheter un château pour y emmerder tout le monde sans raison, l’écran vire au noir et…
… FIN !
Et quelqu’un a financé ça : c’est ça, la vraie magie.

Morgan Freeman, apprenant que non seulement il est mort pour rien, mais que tout le monde s’en fout et qu’on félicite même Charlie pour l’avoir traîné sans raison dans ce traquenard.
Alors que nous sortons du cinéma, je me penche vers Diego pour qu’il allume mon cigare. Je note à ses sourcils froncés qu’il a encore une interrogation.
– Je vous connais patron. Vous n’avez pas tout dit. C’est encore plus idiot que ça, n’est-ce pas ?
– En effet, fier prolétaire.
Je tire lentement sur le cigare, tout en désignant le personnage d’Emma sur l’affiche.
– Tout du long du film, il y a un élément qui revient et que je n’ai même pas mentionné tant il est idiot. Une sorte de ponctuation rappelant que personne ne comprend ce qu’il se passe. En effet, à chaque fois qu’Emma apparaît à l’écran et qu’il y a la presse, elle lance, sans aucune raison puisque ce n’est même pas le sujet : « Ma société est transparente, j’invite tous les journalistes à venir inspecter ses comptes ». Elle le fait lorsque la presse l’interroge à sa vente de diamant, après se l’être fait voler, à Abou Dabi… j’en passe.
– Et donc ?
Je regarde avec mépris mon domestique dont j’attendais plus.
– Je te rappelle pourquoi les gentils veulent arrêter Emma ?
– Parce qu’elle est corrompue et lave de l’argent sale de nazis et de trafiquants d’… oh.
Oui. Tout le film, je dis bien, TOUT le film, Emma invite les journalistes à venir inspecter exactement ce qu’elle est supposée cacher, à savoir la réalité de ses mouvements financiers.
Un méchant qui supplie qu’on vienne chercher les preuves pour le faire tomber…
Finalement, même elle voulait sortir de ce film au plus vite.
Publié le 14.11.2025 à 10:05
Le tome 2 du Petit Théâtre des Opérations sur les guerres napoléoniennes est là
Votre serviteur étant encore en train de courir, ce qui l’empêche de cracher son fiel via son clavier, il est de bon ton d’expliquer pourquoi en ces lieux, puisque ce n’est pas fait : Le Petit Théâtre des Opérations dédié aux guerres napoléoniennes, tome 2, est là ! Et il faut bien qu’armé de mes fidèles tampons, j’aille dédicacer tout cela. D’où la course, tout ça.

Votre libraire l’a, car il a du goût.
Monsieur le chon étant occupé à gémir sous le fouet pendant qu’il produit le tome 6, c’est donc Prieur & Malgras qui se remettent au boulot pour dessiner, tiens, un trois mats, hop, une charge de plusieurs milliers de chevaux, et zou parce que vous m’êtes sympathiques, toute une armée avec des uniformes bien détaillés. Oui, ils souffrent. Mais que voulez-vous : sans cruauté, le brandy a moins de goût.
Et si vous voulez savoir ce qu’il y a dedans, hop :
Voilà.
Que disais-je ? Ah oui : je cavalcade. Plus vite Diego, et cesse de chanceler ou je change de monture pour un serviteur plus jeune et stable ! Yah !