Un odieux connard
Flux purgé de certains visuels, peut nuire à la compréhension des contenus.
Publié le 26.08.2026 à 09:57
Les scénaristes seront-ils remplacés par l’Intelligence Artificielle ?
Une question que nous posons régulièrement en ces lieux, entre deux gorgées de brandy et une bouffée de cigare. Mais curieusement, à chaque fois qu’un film sort, c’est comme si tous les scénaristes d’Amérique hurlaient d’une même voix « Ne me remplacez pas : je peux faire pire qu’elle !« . Je pense que c’est lors d’un concours sur le sujet qu’un studio où l’on ne s’était pas arrêté à deux gorgées de bourbon et une bouffée de bédo a décidé de tout miser sur Supergirl.
C’est pourtant facile : c’est un personnage qui ne réside pas sur Terre. Vous pouvez donc inventer n’importe quelle planète, espèce, enjeu, aventure, méchant… sans aucun problème, car la galaxie est vaste et limitée uniquement par l’imagination. Alors, qu’ont choisi nos héros ? Supergirl a-t-il redéfini les codes de la science fiction comme ça, entre deux portes, pendant que vous ne faisiez pas attention ? Une seule manière de vérifier :
Spoilons, mes bons !

L’affiche. Point de flammes, mais est-ce que le soleil, ça ne compterait pas un peu ?
Notre film s’ouvre sur le chaos. Pas le chaos originel des poètes grecs, non, mais plutôt un chaos de lendemain de soirée, avec son plancher couvert de bouteilles, de restes de nourriture, et d’objets qui sentent l’arrière-train pour des raisons que personne ne sait – ou ne veut – expliquer. C’est au milieu de tout cela que Krypto, un sympathique chien blanc et relou, s’ébat, renverse ce qui est encore debout et pisse sur le reste. Dommage qu’on n’accepte pas les chiens en politique : il avait toutes les qualités requises.
Nous voilà donc au sein d’une espèce de van d’étudiante teufeuse, et justement, ladite propriétaire grogne sous ses draps dans son lit sale un peu plus loin : il s’agit de Kara, notre héroïne, qui est encore défoncée au whisky premier prix de chez Super U. On comprend, via un message sur son répondeur de son cousin Superman, que Kara fête son anniversaire pendant une bonne semaine, et va donc de planète en planète pour se torcher dans les bars les plus foireux, mais surtout les moins chers, de la galaxie. Diable ! Quelle héroïne ! Vite, qu’on lui donne un diabolo et un Monoprix : elle a déjà le chien !
Vous me direz « Un instant, Monsieur Connard. Vous parlez de van d’étudiante et de bars galactiques : son van vole ? »
Et c’est d’ores et déjà ici que je tiens à vous prévenir. Imaginez : on vous nomme scénariste d’un film qui se déroule dans l’espace infini. Vous avez le droit de caser n’importe quoi, car vous avez un budget derrière qui se compte en centaines de millions de dollars. Alors ? Trous noirs ? Vaisseaux gigantesques ? Planètes extraordinaires ? Palais aux angles improbables, nés de civilisations qui n’ont rien de commun avec la nôtre ?
Eh bien pour Supergirl, sachez que tous les scénaristes ont juste dit « Vas-y, on prend une aventure basique au fin fond du Midwest, mais on colle des réacteurs aux véhicules et on colle l’espace par la fenêtre, et pouf, ça fait une aventure galactique« .
Je n’exagère pas : Supergirl vit dans un vaisseau qui n’est qu’un van à réacteurs, l’intérieur étant équipé de trucs que l’on retrouve chez votre concessionnaire de camping-cars favori. Je ne sais pas, on aurait pu imaginer un lit un peu étonnant, compatible avec plusieurs espèces, ou un lavabo qui ne ressemble pas à un truc piqué dans une station-service, mais non : l’imagination des scénaristes s’est vraiment arrêtée là. Et ce sera comme ça TOUT le film. Un bar ? C’est un bar du Midwest, mais il y a un alien. De la musique ? Celle que vous pouvez entendre dans une station-service du Missouri, sauf que le ciel est rouge dehors. Un transport intergalactique ? C’est un bus avec un réacteur, mais avec le même aménagement peu confortable à l’intérieur. Enfin, je spoile (et c’est mal) : nous y reviendrons.
Car pour l’instant, allons ailleurs dans la galaxie, sur Planète-Générique-VIII. Où nous découvrons une lande triste, au milieu de laquelle se trouve une vieille bicoque pourrie, car oui, dans toute la galaxie, on retrouve des baraques pourries dignes du far-west, mais là encore, c’est un hasard. C’est là qu’une petite famille de forgerons tremble, car ils ont entendu un vaisseau se poser juste à côté de leur palais de planches. Et savent que ce sont les Brigands.
Oui, avec une majuscule, car là encore, sachez que les scénaristes se sont dit :
– Dis-donc José, je dois mettre des méchants dans le film, mais là, j’ai pas trop d’idées.
– Ben mets des brigands.
– Oooh ! Bonne idée ! Et je vais intelligemment les appeler « Les Brigands ».
C’est donc avec nom digne d’un groupe français que cette troupe d’affreux jojos débarque. Et là encore, ils ont été écrits avec soin. Si je vous dis « Armures noires, crânes rasés, dents pointues et piercings », vous visualisez ? Oui ? Précisément parce que vous l’avez vu 30 000 fois ? Eh bien voilà. Mais attendez, attendez ! Car on va encore plus loin dans l’originalité ! Le chef de la bande pourrait tout avoir : parler via un hologramme, ne s’exprimer que par les odeurs car il est d’une espèce différente, être incapable de respirer la même atmosphère que ses interlocuteurs… mais non. De TOUTES les choses possibles, ce que l’équipe du film a choisi de lui donner c’est… c’eeeest…
Un accent russe.

« Moi méchant original, da. Trrrès inoubliable. Vodka, traban, Lénine, da. »
Vraiment, la galaxie est bien faite.
Maintenant que vous voyez le niveau, et que je continue à me demander où on recrute à Hollywood pour avoir des daubes pareilles, revenons à ce fameux chef de bande, Krem (oui, oui) qui débarque dans la chaumière en claquant la porte, puis ses fesses sur la chaise la plus proche. Pas à un zeugma près, il roule des mécaniques puis ses R, et lance à la petite famille tremblante face à lui :
– Vous. Vous êtes du clan des forgerons. Et très réputés.
– C’est vrai.
– Alors puisque votre métier, c’est commerçants, pourquoi habitez-vous au milieu de nulle part, sans personne à qui vendre vos biens ou même acheter des matières premières ?
– … écoutez, n’en demandez pas trop aux gens derrière ce film. De toute façon, on ne veut pas d’emmerdes : vous voulez nos épées ? Prenez-les et partez.
Tout le monde semble d’accord pour ce plan, sauf que voilà, le fils de la maison est un peu con. Lui était dans sa chambre avec ses écouteurs (c’est vraiment bien, dans la galaxie, tout le monde vit comme nous), et n’a pas entendu ce qu’il se passait. Voyant par sa porte entrouverte sa famille qui a l’air terrifiée, il décide, plutôt que de chercher à comprendre, de bondir en hurlant « OUUUUAAAAHOUAAAARGH ! » pour faire peur. Quel petit rigolo !
Sauf que Krem, qui n’aime pas les gens, rigolos ou non, qui sortent de nulle part en hurlant, lui met sa hache dans la gueule. L’ado relou meurt (comme quoi tout n’est pas à jeter), les parents s’énervent parce que certes, il était un peu con mais ils s’y étaient attachés, et meurent donc à leur tour en voulant le venger. Krem crame tout, grogne un peu quand une défense automatique de la maisonnée détruit le vaisseau avec lequel il est venu, mais se passe les nerfs sur la maison des forgerons en cramant. Et, ah, ça va mieux !
Seule survit la fille des forgerons, qui parvient à s’échapper en… en…
Attendez ? Non elle ne fait rien. Elle reste là, juste devant Krem, sans rien faire, les bras ballants, mais le méchant décide de l’ignorer. Alors que comme nous le verrons par la suite : ça n’a aucun sens, puisqu’il fait partie d’un clan… dont la spécialité est de s’en prendre aux filles. On va dire qu’il avait oublié, ou qu’il avait son cours de poney (mais avec des réacteurs) qui allait commencer. Et pas du tout que le film s’est dit « Merde, s’il la bute, tout s’arrête ici. ». Nooon.
Revenons donc à Kara la spatiopunk à chien, qui est dans un nouveau bar galactique à se bourrer la gueule et à s’amuser avec le juke box, qui joue des musiques de bar américain (décidément !) le tout avec une bonne vieille prise de courant bien de chez nous (je dois acheter un adaptateur pour changer de pays, mais vous pouvez changer de planète, aucun souci). Mais attention, ooooh, on est dans l’espace et c’est vachement original : dans un coin, un client a les oreilles POINTUES ! Pendant que Kara se recommande une Bud, voici que la porte du bar s’ouvre en grand et que la fille des forgerons apparait, une épée dans le dos. Elle fait son possible pour attirer l’attention et lance :
– Je suis Forgeronne ! La fille du clan des forgerons ! Ma famille a été tuée par l’infâme Krem ! Son vaisseau a été détruit, aussi il est bloqué ici, sur Planète-Générique-VIII. Je demande votre aide pour le retrouver et me venger. Quiconque me guidera jusqu’à lui et me laissera le tuer recevra la précieuse épée que je porte, après qu’elle ait goûté le sang de ce vilain !
Évidemment, le fait que Forgeronne ait 14 ans n’aide pas spécialement à la prendre au sérieux. La clientèle se fout un peu d’elle, et finalement, un énorme extraterrestre avec une tête de cake aux prunes décide de lui prendre l’épée directement. Car celle-ci vaut en effet du pognon. Kara, qui refusait de s’en mêler jusqu’alors, soupire, peste, et décide de sortir expliquer au cake aux prunes de quoi il retourne.
– Écoutez Monsieur, je sais que vous n’avez pas une tête de porte-bonheur, mais ce n’est pas une raison pour voler l’épée d’une jeune fille qui vient de perdre sa famille. Alors rendez-là. Sivouplé.
Hélas, les gâteaux, même aux fruits, sont peu portés sur la diplomatie, et Kara est obligé de savater la gueule du margoulin. Elle rend alors son épée à Forgeronne, puis s’en retourne à son spatio-van pour cuver son mauvais alcool et faire subir à la porcelaine de ses toilettes les derniers outrages. Hélas, voilà que de bon matin, on frappe à sa porte : c’est Forgeronne qui explique que puisque Kara est gentille, elle ne pourrait pas l’aider ?
– Ecoute ma p’tite, les histoires de vengeance, moi, je m’en fous. Tout ce qui m’intéresse dans la vie, c’est me pinter la gueule, car comme tous les héros supposés briser les codes, au lieu d’être gentille et serviable, je suis grognonne et alcoolo.
– Mais enfin ! N’y aura-t-il pas une idée originale dans le film ?
– Non. Maintenant, laisse moi, je dois aller faire pisser mon chien.
Et Kara de s’éloigner de son vaisseau, avec Forgeronne sur ses talons qui n’arrête pas d’insister. Seulement, pendant que les deux dames se sont éloignées, voici qu’approche en douce… Krem ! Et ses Brigands à majuscules. Car ayant perdu leur vaisseau quand ils ont attaqué les forgerons, ils en cherchent un nouveau, et ont décidé de prendre celui de Kara, comme ça, au pif. C’est vraiment pas de bol ! À noter que l’équipe en charge des décors a placé le vaisseau dans une plaine d’herbes rases, où l’on peut voir un mec arriver à 10km, mais ni Kara, ni Forgeronne n’ont donc remarqué une bande de mecs en armures et aux piercings qui font bling-bling approchant droit vers leur appareil.
Pendant que Kara ne pose pas de questions intéressantes comme « Mais au fait, on est dans la galaxie, on a des vaisseaux avec canons à neutrons et des mitrailleuses laser, qui utilise encore des épées, bordel ? », les vilains montent à bord de son spatio-van, sûrement attirés par l’odeur de la bière, et s’en emparent. Krypto, qui a flairé les coquins, file à toute allure vers le vaisseau pour tenter de leur mordiller les chevilles, mais Krem sort alors un curieux pistolet, et tire une aiguille qui paralyse le fidèle canin. Après avoir rigolé (Krem, pas Krypto qui lui se marre moins), les méchants ferment les écoutilles et s’envolent. On ne sait pas s’ils réalisent alors qu’ils ont volé la navette la plus cradingue du quartier. N’allez pas aux toilettes, c’est tout ce que je dois vous dire, Messieurs.

Alors que tout le monde sait qu’au lieu de la fléchette, il suffisait d’allumer un aspirateur pour repousser Krypto.
Kara ramasse son toutou tout paralysé et vite, l’emmène à une guérisseuse alien vivant sur la planète sous une tente.
– Guérisseuse ! Mon chien ne bouge plus. Chose qu’il fait très peu, car d’habitude il fait chier tout et tout le monde. Mais c’est parce qu’il est hyperactif-hypersensible-autiste asperger, bien sûr.
– Comme tout l’monde. Mais ma pauvre amie, si ton chien ne bouge plus, c’est parce que l’aiguille de Krem contenait un poison pour le paralyser. Poison qui le tuera dans trois jours, dans d’atroces souffrances.
– Et vous ne pouvez rien faire ?
– Je vis sous une putain de tente. On est dans la GALAXIE. On a des réacteurs turbo-magiques, des scanners qui font bzioup bzioup, et donc, des hôpitaux. Mais toi tu as amené Kiki le chien sous la première tente de clodo venue. Tu crois que je vais le guérir avec une infusion à la beuh ?
– Etant moi-même clodo : oui.
Allez, on va dire que c’est parce que Kara a perdu son vaisseau qu’elle n’a pas pu l’emmener à l’hôpital. Et qu’il n’y en a aucun sur cette planète. Oui, voilà : c’est une planète ou il n’y a que des bars ou des forgerons. Rien d’autre. Ça doit être la planète des nains.
Mais la guérisseuse redonne espoir à notre héroïne :
– Ce poison… les Brigands s’en servent pour le chantage. Ils empoisonnent quelqu’un, puis ne donnent l’antidote qu’en échange de quelque chose.
– Alors oui, mais alors pourquoi avoir tiré sur mon chien sachant qu’ils ne comptaient pas me faire chanter, juste me voler mon vaisseau ?
– … euh…
– Pourquoi ils ne lui ont juste pas collé une bonne grosse balle à l’ancienne au lieu de s’emmerder avec ce venin mystérieux qui doit coûter un peu, juste pour shooter Kiki ?
– … alors…
– Et accessoirement, en supposant juste que c’est parce qu’ils ont le réflexe d’utiliser cette arme, pourquoi ne la verra-t-on plus du film ?
Vous l’aurez deviné : la seule réponse est « PARCE QU’ON NE SAVAIT PAS COMMENT FAIRE POUR QUE L’HEROINE PARTE EN QUÊTE, DONC ON A DIT QUE LES MECHANTS AVAIENT EMPOISONNÉ SON CHIEN JUSTE POUR RIGOLER ET SEULS EUX ONT L’ANTIDOTE ! »
Quelle écriture. C’est fabuleux.
Cela dit, Kara refuse de faire équipe avec Forgeronne pour autant. Elle lui explique lourdement que les histoires de vengeance, c’est nul, ça n’apporte rien de bon. Elle, elle va juste récupérer l’antidote sur Krem, et basta. Raison pour laquelle elle va à l’arrêt de bus galactique (si, si), où arrive ledit bus qui est exactement ce que vous imaginez… mais avec des réacteurs. Quelle créativité, vraiment ! À bord, des passagers ronflent sur des sièges foireux, et alors que Kara aspire à un peu de repos elle aussi, voilà qu’elle découvre que Forgeronne est montée aussi !
– Mais ? Forgeronne, comment es-tu arrivée là ?
– Je t’ai suivie !
– Non mais c’est pas la question : l’arrêt de bus était AUSSI au milieu de nulle part, sans aucune explication d’ailleurs, avec une plaine tout autour. Je t’aurais vue arriver à des kilomètres. Et ensuite, monter dans un bus et ne pas se faire repérer durant des heures… je veux dire : c’est pas grand, un bus. Le film aurait mis un vaisseau plus grand, d’accord, mais…
– Nan mais je suis montée entre deux scènes. Comme ça, zéro explication.
Et hop.

Je tiens à prouver mon propos : l’arrêt du bus galactique.
Seulement, on ne peut jamais être tranquille. Car soudain, le bus est attaqué… par des pirates de l’espace ! Qui ont un gros vaisseau, une armée de drones araignées, des téléporteurs, bref, du matériel et ils abordent le malheureux bus pour… exiger que chaque passager donne ses richesses. Une montre, un portefeuille, un bracelet…
Attendez, laissez-moi reformuler : des mecs avec UN VAISSEAU INTERGALACTIQUE ET UNE ARMÉE DE DRONES SUPER ÉVOLUÉS essaient de faire fortune en piquant des bracelets à 50 balles au mieux de voyageurs qui prennent les bus publics ? C’est un peu comme si Elon Musk vous faisait les poches pendant que vous preniez un café. On va dire que les pirates de l’espace sont assez mauvais en gestion d’entreprise. De toute façon ils ne sont pas là pour ça, mais bien pour se faire casser la gueule par Kara. Qui pour l’instant, ne bouge pas, à la surprise de Forgeronne.
– Kara ? Mais toi qui es super forte, pourquoi ne les lattes-tu pas ?
– Parce que là, je suis normale. Je viens de Krypton, ma force dépend du soleil. Un soleil jaune ? Je suis super balaise, comme Superman. Un soleil rouge, comme la planète qu’on vient de quitter ? Je suis normale. C’est même pour ça que je vais là : pour perdre ma résistance et pouvoir me bourrer la gueule. Et enfin, le soleil vert m’empoisonne.
– Holala, mais comment va-t-on faire ?
Eh bien c’est assez simple. Kara décide d’attaquer les pirates quand même, sans ses pouvoirs, ils la maitrisent et après quelques péripéties… l’éjectent du bus. Où, incroyable coup de bol, devinez quel soleil se lève derrière la planète voisine ? Un jaune, mais oui ! Kara devient donc super balaise, revient à toute berzingue vers le bus pourri, et explique à coups de phalanges dans les gencives ce qu’elle pense des margoulins.
Je vous avoue… que ce n’est pas super intéressant ni héroïque, cette affaire. C’est vraiment du : « Je n’ai rien à faire, les méchants m’envoient tout seuls vers le truc qui me rend invincible, et une fois invincible… bah je ne peux plus perdre, ce qui limite l’intérêt du combat ».
Combat que je vous passe : bang les drones, paf les bandits, boum leur vaisseau. Le bus est sauvé, tout le monde est content ! Et ne pose donc pas de questions sur comment, entre deux plans, Kara a changé de tenue, puisqu’elle était en combi spatiale au moment de se faire éjecter, puis soudain, elle a ses vêtements de ville. Qui doivent aussi être invincibles puisqu’ils résistent même aux tirs du vaisseau des méchants.
Si son slip est si résistant, je comprends mieux pourquoi Superman le porte par-dessus ses vêtements.
Bref. Le bus et ses passagers heureux font étape à une station spatiale galactique qui est donc… mais oui ! Une station EXACTEMENT comme n’importe où sur Terre, sauf qu’on a mis une bestiole qui fait caca du pop-corn pour dire « Regardez, c’est pas sur Terre ! ». Ah. Kara prend à manger, à boire, et va causer aux pirates qu’elle a capturés.
– Oukison les Brigands ?
– La galaxie est vaste. Des brigands, il y en a partout : tenez, nous-mêmes…
– Non mais le SEUL groupe qui a eu l’idée géniale de s’appeler les Brigands.
– Ah oui, eux. Eh bien ils sont sur la planète Toupourri.
Direction Toupourri, donc, où Kara et Forgeronne débarquent pour trouver… un bidonville du Midwest ? Peuplé d’humains, avec des bâtiments humains, etc. Là encore, gros travail. La fine équipe se rend ainsi au bar (du Midwest) le plus proche, où Kara cherche des informations sur l’endroit exact de la planète où s’abritent Krem et ses amis. Alors certes, la faune locale n’est pas aimable, et Kara doit casser moult gueules, mais elle se calme quand arrive…
– AQUAMAN !
– Euh… non. Pas du tout. Je suis Lobo, le mercenaire de l’espace.
– Mais pourtant tu es joué par…
– Shhh. Lobo. LOBO. Le chasseur de primes qui a tué toute une planète à lui seul et est immortel.
– Bon, d’accord.
Car il se trouve que Lobo aussi cherche les Brigands. Mais lui c’est pour arrêter… Jean-Jacques. Non, pas Krem, le chef. Juste un Jean-Jacques quelconque de la bande. Mais quels enjeux mes petits amis ! Et Kara refuse aussi de faire équipe avec lui, car il est très fort, certes, même elle en a peur, mais il est surtout très violent. Kara préfère se rencarder auprès du barman, car comme dans toutes les parties de jeu de rôles, l’aubergiste a toujours plein d’infos. Et là, la sienne est : « Vous et la fille avec laquelle vous voyagez… allez dans une chambre à l’étage. Nous allons faire venir un ami qui sait où se cachent les Brigands. »
Elles y vont et prennent un peu de repos. L’occasion pour Forgeronne de causer avec Kara qui lui raconte son passé à l’aide d’un flashback, que nous passerons ici en dialogue.
– Mais attends, tu n’es pas terrienne, Kara ? Tu es de Krypton ?
– Eh oui.
– La planète qui a implosé ?
– Ah, oui… et non. Krypton n’est pas morte en un jour, hélas ! Figure-toi que mon papounet faisait partie du grand conseil de Krypton, tentant d’avertir la population que ça allait péter. Mais personne ne l’a écouté.
– Zut ! Mais attends Kara, Krypton, c’était une société super évoluée, non ? Avec des vaisseaux spatiaux, toute une civilisation qui volait vers les étoiles… donc 100% de la population n’a pas pu péter avec Krypton, non ?
– Euh… si. On va dire que c’est arrivé un jour où il y avait kermesse, et on adore les kermesses. Bref, lorsque la planète a pété, les parents de Superman ont envoyé leur fils vers la Terre pour le sauver.
– Donc ils savaient construire une navette dans leur garage, mais en ont juste fait une pour leur fils ? En sachant ce qui allait arriver ? Et attends, si eux pouvaient en faire une à la main, c’est qu’il devait y avoir de vraies navettes sur Krypton, non ? Pour sauver plus de monde ?
– Forgeronne ?
– Oui ?
– Ta gueule.
Forgeronne tente bien de se taire, mais c’est de pire en pire car Kara poursuit son navrant récit.
– Je disais : Superman a ainsi été évacué. Mais moi, mon père avait un autre plan : il a enclenché un champ de force de sa conception qui a sauvé toute une partie de la ville où nous étions. Qui s’est retrouvée à dériver dans l’espace sur son bout de planète détaché du reste. Nous l’appelions Argos, c’était le dernier morceau de Krypton.
– Attends, donc toujours pas de navette pour sauver un pinpin, par contre on en est au stade où les mecs avaient prévu de faire FLOTTER UN BOUT DE LA PLANETE DANS L’ESPACE ?
– Ahem je… bon. Je suis née sur Argos. Sauf que pas de bol, le bout de planète où nous étions avait décroché avec lui des bouts du cœur de Krypton, la kryptonite. Et il n’y avait plus le reste de la planète pour nous protéger de ses radiations. Les gens ont commencé à mourir. Heureusement, mon père a retrouvé dans son garage – là encore – les plans de la navette qui avait servi à évacuer Superman. Il l’a donc construite à son tour et…
– Ton père pouvait construire un champ de force pour faire s’envoler un putain de bout de planète, mais construire une navette pourrie, il lui fallait les plans exacts de quelqu’un d’autre ?
– TA. GUEULE.
– Okay, okay.
– Donc… on m’a glissée dans le bousin, évacuée avec mon chien – PAS DE COMMENTAIRE – et je suis arrivée sur Terre, où mon cousin Superman a pris soin de moi et m’a appris l’Anglais car je ne parlais que le kryptonien.
– C’est marrant, en sachant que dans nos aventures, dans toute la galaxie, tout le monde parle l’anglais qui est appelé « le commun » et…
– J’AVAIS PREVENU. JE ME CASSE, PETITE LANGUE DE PUTE. AH JE SAIS PAS SI C’EST EN FORGEANT QU’ON DEVIENT FORGERON, MAIS DANS TON CAS, C’EST EN FORGEANT QU’ON DEVIENT FORT CONNE.

Voilà voilà : les mecs savaient fabriquer un système pour faire voler tout un bout de planète, par contre une navette pour deux, pfou, c’est au-delà de nos compétences.
Oui, elle boude. Lassée par Forgeronne qui souligne que le scénario tangue plus que notre héroïne les soirs de cuite, Kara décide de quitter la chambre pour retourner voir les aubergistes et leur demander quand, bordel, leur ami va venir les rejoindre pour filer des infos sur les Brigands, parce que là, Forgeronne commence à lui courir sur le krypto-hariko. Les aubergistes, qui suent à grosses gouttes et ne sont pas du tout suspects, lui servent un petit thé pour patienter… et soudain, Kara ne se sent pas bien.
– Vous m’avez servi du… du…
– Du poison, oui, c’est vrai.
– Non, du thé ! Mon corps n’est pas habitué à l’eau ! Je vais mourir !
Heureusement, non. Un petit verre de lait (car oui, ils ont évidemment du lait dans un frigo bien américain – mais sûrement avec un réacteur derrière), et ça va mieux. Et ça tombe bien car si les aubergistes ont voulu empoisonner notre héroïne, c’est parce qu’ils comptaient la livrer aux Brigands, avec Forgeronne ! Comme ils lui expliquent : les Brigands ont leur fille, et sont prêts à l’échanger contre deux autres filles… car le truc des Brigands, c’est que c’est un groupe constitué d’hommes, qui kidnappent de jeunes femmes pour qu’elles produisent plus de garçon !
Les méchants sont de la brigade du patriarcat : c’est là aussi original. J’imagine que si on creusait encore, on trouverait un sticker « Trump Président » sur le pare-chocs de leur grosse navette.
Navette qui justement, se matérialise soudain au-dessus du quartier pourri où se trouve l’auberge ! Et en descendent Krem et ses Brigands, qui se mettent à terroriser tout le secteur. Mais lorsqu’ils tombent sur Kara, évidemment, même si affaiblie par le poison, elle commence à se battre, et c’est parti : pif, paf bang, ça se distribue des mandales dans tout le secteur. Le fameux Lobo arrive sur sa moto se joindre à la baston, et on va le dire : son personnage ne sert à rien. Il passe, met des mandales, revient, repart, mais s’il n’était pas dans le film, ce serait la même.
Parlons cependant d’un élément assez fabuleux : les figurants des Brigands.
J’imagine que quelqu’un était chargé de leur donner des consignes, mais qu’il a eu un rhume le jour des scènes d’actions, car si vous regardez celles-ci, je vous recommande d’observer les figurants : c’est fabuleux. Aucun ne fait quoi que ce soit d’utile. On les voit courir maladroitement, s’agiter en regardant vers les héros, mais ils ne font rien. À part attendre leur tour pour attaquer Kara ou Lobo par groupes de un. Bien sûr, ils ont des flingues, mais ils ne s’en servent pas non plus, ce serait con de ne pas se faire massacrer. C’est assez touchant : ils ont cette allure maladroite d’élèves de cinquième à leur première boom qui bougent un peu des épaules sur le bord de la piste de danse sans savoir s’ils doivent y aller ou pas. Ils sont mignons, ces Brigands. Un peu cons, mais mignons.
De la même manière, Krem, qui est protégé par le script, se promène dans tout le coin en râlant de son petit accent russe, à la recherche de jeunes filles à violenter. Oui, les héros le voient. Non, ils ne font rien car sinon, le film s’arrête là. Ah, et non, Krem n’utilise pas son pistolet à seringues qui paralysent et empoisonnent : comme déjà dit, ça a servi une fois sur un chien, et pouf, plus du film. Toujours est-il qu’alors qu’il va dans un coin isolé, Forgeronne le suit et tente de le pourfendre, mais Kara vole pour l’en empêcher. Forgeronne est furieuse :
– Pourquoi tu ne m’as pas laissée le tuer ?
– Car la vengeance n’apporte rien, à part plus de colère. Et puis, qui te dit que tu allais y arriver ? Krem est doué, il attendait ton attaque, il…
– Ah ben tiens, pendant que tu causais, il a tué les aubergistes, et leur fille aussi, qu’il avait amenée.
– Zut.
Mais Kara insiste : l’important, c’est quand même de ne pas se venger. Elle est très, très lourde sur le sujet, et le répète tellement entre deux scènes que je ne le précise pas à chaque fois. Mais retenez bien que c’est vraiment son fil rouge.
Enfin. Après cette grosse baston, Kara en a quand même marre, et décide d’en finir avec les Brigands, qui sont parvenus à s’enfuir avec leur navette. Elle demande donc à un larron du cru si on peut l’emmener à leur base secrète et… oui. Aucun souci, m’dame. Suffisait de demander d’un air un peu menaçant. On la colle donc au fond d’une navette de filous, et on la largue au milieu de nulle part, dans une plaine déserte (encore une), où elle peut voir au loin, dans le ciel, la navette des méchants gentiment amarrée. À nous deux, Brigands ! Préparez vos figurants à attendre leur tour !
Sauf qu’à peine a-t-elle fait quelques pas… qu’un soleil vert se lève ! Kara grogne, et tombe au sol, abandonnée car ceux qui l’ont amenée sont déjà repartis. Kara avait connement oublié de se renseigner sur le soleil local : quand c’est ton seul point faible, et que tu y penses pourtant à chaque fois pour te bourrer la gueule, c’est ballot ! Heureusement pour elle, une petite main vient attraper la sienne.
– Kara, je vais te trainer jusqu’à un abri !
– For… Forgeronne ? Mais comment es-tu arrivée jusqu’ici ? Par la navette des filous ? Mais elle…
– Comme pour le bus : je suis montée dedans entre deux scènes. Et descendue pareil, même s’il y a eu un plan où on a bien vu la navette partir, avec toi seule au milieu de nulle part sans personne à des centaines de mètres à la ronde.
C’est bien de faire des plans montrant qu’elle est isolée, mais à la scène suivante, non. Un peu comme un film où vous faites un plan aérien d’un type marchant seul dans le désert, mais soudain on découvre qu’il est suivi par un vendeur de chouchous et de boissons fraîches. Passons et revenons à nos héroïnes, qui donnent envie d’en prendre par le pif pour tenir jusqu’au bout.
– M… merci, Forgeronne.
– Oh. Et j’ai apporté ta tenue bleue et rouge avec le « S » dessus. Au cas où.
– Celle dont tu ignorais toute la signification pour moi ? Que c’est une relique de ma planète ?
– Voilà.
– Celle que tu ne peux pas avoir avec toi puisqu’on l’a vue dans un coin de ma navette volée précisément par les Brigands ?
– Ah euh… oui, merde. Bon, je vais faire diversion en essayant de me rendre utile.
Forgeronne traine donc notre andouillette favorite jusqu’à une grotte voisine, qui la protège un peu des rayons du soleil vert. Kara, entre deux râles, explique que les méchants, se sachant poursuivis par une kryptonienne, ont évidemment installé leur QG dans une zone au soleil vert. Malin ! Enfin quand je dis malin… mais nous y reviendrons. Car en attendant, Forgeronne va chercher de l’eau pour aider Kara, mais hélas, se fait attraper par les méchants en maraude, qui s’empressent de l’enfermer dans leur vaisseau. Où elle se retrouve en cage avec… Lobo !

Le vrai nom de Lobo étant Jean-François Caméo. La seule raison de sa présence.
– Monsieur Lobo ? Mais comment êtes-vous arrivé là ? Vous éclatiez les méchants dans la précédente scène d’action ? Et puis vous n’êtes pas super fort, capable d’éradiquer une planète entière ?
– Euh… je…
– Allez-vous me dire « Ta gueule » ?
– J’y venais.
– Alors que de temps gagné ! Je me tais !
Non, vous n’aurez aucune réponse à ces questions. À la place, dans le vaisseau ultra-générique des méchants (sombre, humide, pointes partout), les méchants interrogent Forgeronne dans le plus pur style des méchants (« Oh, je vais te tuer si tu continues, mais je ne le ferai pas sinon le film s’arrête, même si tu me craches dessus et m’insulte alors que d’habitude, je tue pour un regard de travers ! »), avant que Forgeronne ne parvienne à filer en passant là aussi, par une trouvaille incroyable : LES CONDUITS D’AERATION.
Vous savez pourquoi les scénaristes sont menacés par l’IA ? Parce que même l’IA est plus créative que ça. Et, oui, les conduits sont évidemment assez grands pour qu’elle passe sans souci. Hélas pour elle, après quelques aventures que je vous passe, elle se retrouve… avec Krem qui lui dit que aha, bon, on a bien rigolé, mais il est temps de mourir maintenant.
« Mais que fait Kara ? » vous exclamez-vous, apeurés à l’idée que Krem tue la petite héroïne, holala oui, quel suspens.
Eh bien rappelez-vous : Kara était dans une grotte, empoisonnée par le soleil vert, et donc, sans Forgeronne pour lui ramener de l’eau. Alors, a-t-elle dû improviser ? Trouver la volonté de se relever ? Tenter quelque chose avant l’issue inévitable de l’empoisonnement ? Eh bien…
Non.
En fait, elle ne fait rien, et paf, un soleil jaune se lève. Oui, les méchants s’étaient cachés dans une zone où il y a un soleil vert, qui tue les Kryptoniens ET un soleil jaune qui les rend invincibles. Voilà voilà. On appréciera la bêtise des méchants, et comment, pour la deuxième fois (la précédente, c’était l’attaque du bus) les méchants se sont débrouillés pour que Kara se retrouve avec un soleil jaune. Elle va donc aussitôt mieux, s’envole après avoir enfilé sa tenue de Supergirl parce que… parce que, et va au vaisseau des méchants, où elle défonce tout le monde et sauve Forgeronne. À nouveau les figurants se surpassent en nullité, s’agitant sans queue ni tête, alors qu’ils sont 50, et ne font rien à part agiter les bras. Lobo aide un peu Kara – mais là encore, il ne serait pas là, ce serait la même – et bien vite, le vaisseau se crashe, les méchants tentent de fuir et de s’en reprendre à Forgeronne, mais Kara les re-latte, libère aussi les filles kidnappées par la bande depuis des plombes, et finalement, Forgeronne se retrouve seule, avec Krem à sa merci.
Kara vole jusqu’à eux.
– Non, ne le tue pas.
– Mais enfin ! Il a tué ma famille ! En plus c’est un méchant complètement générique, avec son armure noire, ses piercings, son accent russe !
– Oui, mais le tuer souillerait ton âme. Montre-lui que tu es bonne. Que tu vaux mieux que ça.
Forgeronne se met alors à pleurer, jette son épée, et vient faire un câlin à Kara avant de s’éloigner.
C’est alors que… Kara prend l’épée et tue Krem.
Mais ? Que ? Et tout le discours depuis 1h40 sur la vengeance ? Ce que tu viens de dire sur tuer qui est mal (même si tu as dû tuer des tas de gens depuis le début du film avec tes yeux lasers et autres explosions ou mecs jetés dans les airs) ? Non ? Eh bien oui : le film défèque lourdement sur son propre fil rouge et voilà. Kara bute les gens de sang froid. Bon, coup de bol, l’antidote pour son chien n’était pas planqué dans le vaisseau qu’elle a détruit mais était autour du cou du méchant (quelle chance que le mec se trimballe partout avec une fiole fragile autour du cou mais qui résiste à tous les combats, et qui ne sert qu’à soigner un chien qu’il ne connait pas !). Kara retourne donc voir Krypto chez la guérisseuse-sous-tente, hop, l’antidote et la bête se remet en 0,3s (alors que votre grippe, même avec les médocs, c’est pas la même). Et non, pas de soleil jaune en vue, pourtant.
Tout le monde est content.
Kara décide d’aller finir de fêter son anniversaire, et de manière moins arrosée, avec Forgeronne puisqu’elle n’a même pas le droit à un panaché, puis ayant récupéré sa navette, se rend sur Terre, à Métropolis, pour annoncer à Superman que se bourrer la gueule, c’était super, mais qu’elle va p’têtre rester un peu par ici finalement, et essayer de faire un peu de bien.
Comme quoi, exécuter de sang froid, ça vous rend meilleur. J’imagine que ça doit être la morale du film en tout cas puisque l’écran vire au noir, un grand « S » apparait et…
… FIN !

« Tuer c’est mal, sauf si c’est moi qui tue. »
Je résumé : une héroïne qui se bourre la gueule voit un type empoisonner son chien sans raison. Elle décide de le retrouver, mais échoue face à des pirates. Heureusement, ils la balancent sur un soleil qui la rend invincible, elle n’a rien à faire. Elle continue mais échoue face à des Brigands. Heureusement, ils se sont cachés dans une zone où il y a un soleil qui la rend invincible, elle n’a rien à faire. Après 1h30 à expliquer que tuer et se venger, c’est mal, elle tue le méchant et se venge. Fin.
Sacrée écriture les enfants.
Juste pour rire, voici ce que me sort une IA quand je lui demande un pitch de Supergirl qui profite du fait qu’elle est loin de la Terre :
Kara Zor-El n’a pas le luxe de l’amnésie. Contrairement à son cousin, elle a vu son monde mourir, et cette douleur la pousse à fuir la Terre pour arpenter les territoires interdits du cosmos, là où la physique s’effondre.
Au-delà des frontières cartographiées s’étend le Suaire d’Ambre, une nébuleuse vivante faite de plasma conscient et d’ossements de divinités stellaires pétrifiées. C’est ici que Kara découvre une anomalie terrifiante : le Grand Silence, une déchirure gravitationnelle qui ne dévore pas seulement la matière, mais la mémoire même de l’univers. Chaque système englouti est effacé de la causalité, comme s’il n’avait jamais existé. Au cœur de cette tempête de vide flotte une merveille impossible : l’Arche de Verre, une cité-sanctuaire kryptonienne intacte, piégée dans une stase temporelle par une caste de navigateurs astraux oubliés.
Pour sauver ce fragment vivant de son peuple, Kara doit naviguer à travers des écosystèmes spatiaux inédits : des forêts de comètes bioluminescentes abritant des parasites solaires, des anneaux planétaires forgés dans le métal psychique, et les Chuchoteurs, des entités nées de naines blanches mourantes qui se nourrissent des regrets des voyageurs. Privée de son soleil jaune au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans les ténèbres du vide, Kara ne peut plus compter sur sa seule invulnérabilité. Ses pouvoirs faiblissent, laissant place à une lutte brute pour la survie où chaque battement de cœur sous radiation étrangère devient une torture.
L’enjeu n’est plus seulement physique, il devient existentiel. Le cœur de l’Arche alimente l’expansion du Grand Silence. Pour stopper l’effacement définitif de milliers de mondes vivants, Kara doit faire un choix dévastateur : condamner elle-même ce dernier vestige de Krypton à l’oubli éternel, ou laisser l’univers disparaître pour préserver son passé.
Un voyage cosmique viscéral où la fille de l’acier apprend que la véritable force n’est pas d’empêcher un monde de s’éteindre, mais d’avoir le courage de porter son deuil pour éclairer les autres.
Le plus triste, c’est que ce n’est pas l’IA qui monte.
C’est notre niveau qui descend.
Oui, encore.
Publié le 13.08.2026 à 19:08
Le cinéma français rayonne dans le monde entier.
« Comme Tchernobyl », répondront les esprits taquins, après avoir pleuré des larmes de sang devant la dernière comédie nationale d’une telle originalité qu’on aurait pu sobrement l’appeler Titre jaune sur fond bleu. Et si pour des raisons qui m’échappent, il n’est pas permis de couler une chape de béton sur certaines de nos, ahem, vedettes, tout comme cela fut fait sur le réacteur précédemment évoqué, contentons-nous de rêver.
Et si la France produisait vraiment des blockbusters ? À quoi ressembleraient-ils ?
C’est l’été, et m’étant honteusement amusé avec ma machine personnelle et un peu d’IA locale (point de datacenter dans l’affaire), je vous propose donc la bête suivante : Iron-Man made in France. Il y a bien des années, je l’avais évoqué par écrit, alors maintenant que j’ai les moyens de lui donner vie…
Voici donc.
Et si ça ne marche pas, cliquez ici.
Évidemment, je vous laisse le soin de hurler à l’utilisation d’IA en commentaires, ou sinon, à me glisser si un autre film mériterait une bande-annonce. Avatar, Spider-Man, Top Gun… que de possibilités
Publié le 27.07.2026 à 08:57
Le sous-marin coulé par ses toilettes
Les blagues de caca font rire.
Oh, ne faites pas les prudes qui ne mangent pas de ce pain-là. Nous savons tous très bien quels gloussements vous retenez à la mention du sujet. Et pourtant, celui-ci est bien sérieux : tenez, saviez-vous qu’en avril 1945, les Allemands avaient perdu un sous-marin flambant neuf à cause d’une sombre histoire de capitaine qui a besoin d’aller vider ses flancs, d’une chasse d’eau surpuissante, et d’un petit pépin ?
Voici l’histoire du U-1206. Peu subtile, et pourtant : vraie.
Et si ça ne s’affiche pas, cliquez ici.
En attendant, restez au frais, comme on dit dans les morgues à sa clientèle.
Publié le 11.07.2026 à 14:02
Le candidat, cette créature mystérieuse
Pour l’amateur de zoologie, l’approche des élections est toujours un grand moment.
Il suffit d’enfiler ses bottes, sa veste, d’aller chercher ses jumelles et de s’installer au petit jour dans un endroit où l’on a une vue dégagée sur un plateau télé, et, oh ! Regardez, les voici ! Les candidats ! Ces êtres mystérieux qui se multiplient plus vite que des lapins sitôt que quelqu’un prononce le mot « urne » (ce qui pose souvent des soucis dans les crématoriums, mais c’est un autre sujet). D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi a-t-on le droit de chasser le sanglier parce qu’il piétine nos champs, mais pas le candidat alors qu’il piétine nos neurones ?
Penchons-nous donc sur cet être mystérieux.
Le candidat

L’objectif du candidat est cette jolie maison, qui permet de frimer devant les copains.
Le candidat est une espèce de primate qui, bien que similaire à l’homo sapiens en apparence, en est avant tout le parasite. L’espèce est répartie de manière assez uniforme dans le monde, et on la retrouve en général rôdant à proximité des micros et autres caméras pour raconter peu ou prou n’importe quoi. Raison pour laquelle les zoologistes amateurs confondent souvent le candidat avec le journaliste. La différence est pourtant facile : le journaliste pose les questions, le candidat n’y répond pas (mais nous y reviendrons).
Dénomination
Un candidat est appelé candidat ou candidate. Si l’on trouve plusieurs candidats au même endroit, on parle alors de débat. Si l’ensemble des présents dans la pièce sont candidats, sans exception, on parle alors de parti de gauche. Si ladite pièce est une prison, on parle alors de parti de droite. Si tous les candidats ont mystérieusement disparu et qu’il n’en reste qu’un dans la pièce qui vous assure qu’il ne sait pas ce qui est arrivé aux autres, on parle de Jean-Luc Mélenchon. Enfin, si le candidat vous assure que la démocratie c’est super, mais appelle le candidat précédent « papa« , on parle de Marine Le Pen.
Histoire
L’histoire des hommes est riche en expériences démocratiques. La plupart des historiens s’accordent pourtant à dire que les grandes bases de la démocratie furent posées à Athènes, autour du Vème siècle avant Djizousse. On y retrouve par exemple la Boulè, assemblée de citoyens tirés au sort qui viennent voter les lois. Et comme ce faisant, ils ne pouvaient pas être à la fois présents aux débats et au travail, il fut décidé de les rémunérer. De nos jours encore, lorsque l’on parle d’un membre de l’assemblée payé pour y être et qu’on ne voit pas beaucoup au travail, le terme Boulè revient souvent.
C’est à peu près à cette époque qu’apparait le candidat, en même temps que les premiers postes à pourvoir en tant qu’élu. Certes, on n’a alors inventé ni le micro, ni la caméra, et le candidat se contente donc de parler très fort en place publique pour expliquer qu’avec lui attention, ça va changer, si vous m’élisez, vous allez voir, le merdier actuel va se transformer en véritable utopie, promis juré. À noter que puisque nous attendons toujours ladite utopie, on en conclura que cela fait pas moins de 2 500 ans que les candidats pipeautent. Une constante impressionnante, certes, mais pas aussi épatante que la crédulité de mon prochain qui se dit que cette fois, c’est la bonne.
À noter que dès le début, les Grecs eurent une illumination : si on limitait par exemple la participation à la Boulè à deux mandats ? Une grande idée, que les candidats, sitôt élus, ont rapidement attaquée au fil du temps. Raison pour laquelle, de nos jours, le candidat moyen a souvent derrière lui 30 ans de mandats divers et variés, et pour seule expérience professionnelle un stage de troisième en 1998, mais si, si, c’était ‘achement dur, je sais ce que c’est que le travail, je vous jure. Tenez : pas plus tard qu’hier, j’en parlais encore à mon chauffeur.
À noter que le candidat n’a pas la même notion de l’histoire que nous : par exemple, il n’est souvent même pas au courant de la sienne. Si vous en doutez, je vous propose l’expérience suivante : mettez un candidat en présence d’un juge. Vous verrez : soudainement, le candidat ne se souvient plus de rien, et n’a aucune idée de qui est ce Monsieur sur la photo avec lui. Comment ? On l’y voit pourtant qui se baigne dans la piscine dudit Monsieur, avec lui, un cocktail à la main ? Non, aucun souvenir. Un marchand d’armes vous dites ? Ah ! Si j’avais su Monsieur le juge…
Mais nous parlerons des juges plus loin, lorsque nous évoquerons les prédateurs du candidat.
Comportement
Le candidat a un comportement qui varie de l’amical (en période pré-électorale) à l’hostile (le lendemain de l’élection). Tel l’oiseau des îles, lorsque vient la saison des urnes, on le voit se promener sur les marchés, distribuant des tracts comme autant de plumes chamarrées. Alors certes, qui se fait encore un avis politique en lisant un tract récupéré entre deux pomme de terres sur un marché en 2026 ? Personne, mais le candidat a ses traditions, et le tractage fait partie de sa parade amoureuse pour tenter de séduire l’électeur.
Au lendemain de l’élection, lorsque l’électeur demande pourquoi on n’applique pas ce qui était écrit sur le tract, le candidat se met alors à froncer les sourcils très fort pour expliquer qu’en fait, c’est pas si simple, il voudrait bien, mais vous voyez, en peu de mots : non. Ahlala, c’est pas de chance ! Bon par contre je vais quand même rester en poste, hein.
La perception du temps n’est pas la même chez le candidat que chez vous et moi. Pour le candidat, il n’existe que deux repères temporels :
- L’élection précédente
- L’élection suivante
Tel le serpent, à chaque élection, le candidat fait sa mue et laisse derrière lui son image et ses promesses de la dernière échéance, et se présente comme un candidat nouveau. Oui, même s’il était ministre trois mois avant et qu’on lui demande pourquoi il n’a pas appliqué toutes ses promesses quand il le pouvait. On en revient alors au point précédent : froncement de sourcils, c’est pas si simple, il voulait bien, mais vraiment, pas de chance !
De manière générale, le candidat est le second appeau à claques le plus connu de la planète, juste après l’enfant de film américain avec une coupe à la con.

Ici, un exemple de la rencontre entre les deux éléments précédemment cités. On parle de « Cumul des mandales ».
Démographie
Le candidat est, avec la punaise de lit, l’un des parasites les plus communs que l’on retrouve à Paris. Il dispose de la même capacité à se démultiplier alors qu’on souhaiterait l’exact contraire, et contrairement à la puce, et pour des raisons mystérieuses, il est interdit de l’asperger de Baygon. Pire, alors que la puce peut être évacuée en envoyant le matelas contaminé loin de chez soi, le candidat, lui, revient toujours. Même si vous l’expédiez hors de vos frontières en lui expliquant que vraiment, ça va pas être possible, il revient : c’est ce qu’on appelle faire une Manuel Valls.
De manière intéressante, le candidat déteste voir un nombre de candidats supérieur à 1. Il appelle régulièrement tous les autres candidats à se « rassembler », ce qui signifie foutre le camp manu militari pour se ranger derrière lui et fermer sa gueule. Ce qui confirme une chose : le candidat est un être tellement méprisable qu’il méprise lui-même les candidats. CQFD.
Alimentation
Le candidat est omnivore. Il mange de tout, et bien souvent, à tous les râteliers. Sous ses apparences de tribun, le candidat reste cependant un être profondément timide, voire carrément cachotier, qui sait se montrer très discret sur les notes de frais de ses repas.
Cri
Si l’alouette grisolle et la grive babille, le candidat, lui, discoure. Son cri – le discours, donc – a une durée allant de 30mn à 2 heures, et consiste à se poser devant un micro pour étaler, devant un public de gens d’accord avec lui, à quel point il est d’accord avec eux. La longueur du propos est l’une des caractéristiques typiques du candidat. Ainsi, si vous posez une question fermée à un enfant de 5 ans, il arrivera à répondre par oui ou par non. Pas le candidat, qui qu’importe le sujet, se sent dans l’obligation de broder longuement pour mieux montrer qu’il est la caricature qu’il assure ne pas être. Le tout en répétant les prénoms et nom complet de la personne avec qui il parle pour rallonger la sauce.
Si vous appliquez la logique d’un candidat à n’importe quelle situation de la vie, on comprend mieux à quel point l’interdiction d’un permis de chasse pour ces bestioles est criminelle. Par exemple :
« Dis candidat, tu peux me passer le sel ?
– Ecoutez, Jean-Jacques Pipounet, avant de vous répondre, je tiens à rappeler aux gens qui nous écoutent que c’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. En effet, comme tout un chacun, j’ai lu beaucoup d’ouvrages sur le sel, et j’ai été particulièrement touché par les conditions de travail des employés des mines de sel. Saviez-vous par exemple…
– Non mais candidat : je veux juste le sel. Tu me le passes oui ou non ?
– Un instant, Jean-Jacques Pipounet. C’est une question complexe, et je vais y répondre, mais je tiens à vous dire deux choses. D’abord – et je pense que les Françaises et Français qui nous écoutent en sont conscients…
– Mais bordel candidat on est SEULS à une FUCKING TABLE d’aire d’autoroute !
– Mais, Jean-Jacques Pipounet, je vois que mon propos vous dérange, n’est-ce pas ? Eh bien oui. Car je n’ai pas peur d’être politiquement incorrect. Je me suis déjà positionné, vous le savez, sur des sujets courageux comme « la guerre, c’est mal » ou « la pauvreté, c’est pas gentil », et je continuerai à… »
Le procès de M. Pipounet, pour strangulation et introduction d’une salière dans un rectum, est toujours en cours, raison pour laquelle je ne commenterai pas plus cet échange.
Depuis quelques années, en France, le candidat a aussi un cri curieux : « L’extrême-droite« . Il en parle le matin pour dire qu’il est contre, le midi pour dire qu’il est le meilleur pour la vaincre, et le soir pour expliquer que jamais il ne s’alliera avec. Pour une raison mystérieuse, depuis plus de 20 ans, absolument tous les candidats de tous les partis se sentent obligés d’en parler, laissant chez l’électeur assoupi une impression de « Vous avez le choix entre n’importe quel parti OU l’extrême-droite« . Curieusement, après deux décennies de ce régime, l’extrême-droite se rapproche de plus en plus des 50% voire les dépasse dans certains coins, mais ça n’alerte pas les candidats. Ah, si le candidat trouvait qui est le con qui fait la pub de l’extrême-droite matin midi et soir, et transforme tout en choix binaire !
À noter que le candidat d’extrême-droite, lui, a tendance a faire du rien et à attendre. Tant qu’il ne dit rien, il a moins de chances de dire une connerie : c’est ce que l’on appelle « La méthode Chirac « . Les plus anciens savent.

La méthode Chirac se définit comme suit : « Ne rien dire, ne rien faire, laisser les autres parler de vous. Comme ça, vous ne dites pas de conneries, eux, si, et en plus comme on parle de vous toute la journée, vous avez juste à regarder votre score monter ».
Instinct
Contrairement à une rumeur bien établie qui voudrait que le candidat soit totalement dénué d’instinct de survie, au point de se présenter à des élections où tout le monde sait qu’il peinera à faire 0,3%, il s’agit là d’une méthode, bien au contraire, qui vise à assurer la continuité de sa misérable existence. En effet, le candidat étant un parasite (cf plus haut), il ne peut s’empêcher de pourrir les autres candidats. L’objectif étant de faire un score absolument nullissime, certes, mais qui pourrait faire la différence au second tour d’une élection. Frottant ses mains tordues par des années de complots et de trahisons, le candidat roule alors sa bosse jusqu’à l’antre du Gros Candidat (celui au second tour) et lui offre son ralliement en échange de, disons, un p’tit ministère ? Hmm ?
Sitôt en poste, le petit candidat se mettra alors à pomper tout ce qu’il peut pour grossir, espérant, un jour, devenir un gros candidat, qui sera à son tour parasité par plus petit que lui.
Et comme en plus tout cela lui permet de passer à la télé, vous pensez bien qu’il ne se prive pas.
Dégénérescence de l’espèce
C’est à ce stade de notre récit que les plus observateurs d’entre vous poseront cette question :
« Certes, Monsieur Connard, mais pour une espèce envahissante que vous semblez présenter comme rusée, pourquoi diable a-t-on l’impression que la plupart des candidats sont cons comme des branches de houx ? »
Une observation bien légitime, même s’il faut toujours préférer la branche de houx au candidat : en effet, un seul des deux peut être pendu à Noël dans une ambiance festive. Pour autant, concentrons-nous sur la réponse : cela a trait à l’instinct du candidat que nous venons d’évoquer. Le candidat sait qu’il est d’une espèce vile et pernicieuse, et que ses semblables n’attendent qu’une occasion pour le parasiter. Aussi, de manière générale, le candidat s’entoure toujours de gens qu’il estime plus cons que lui. En effet, s’ils sont moins malins, ils ne pourront pas la lui faire à l’envers et le trahir dans les grandes largeurs. En plus, un con, c’est toujours utile : mettons que vous soyez maire et que vous parveniez à décrocher un plus gros mandat. Allez-vous vraiment abandonner votre premier poste ? Nenni ! Vous y mettrez quelqu’un d’un peu plus con que vous, mais avant tout fidèle, afin de le dégager si les choses tournent mal et que vous devez vous replier.
Là où dans la nature, la loi est souvent celle du plus fort ou du plus adapté, le monde politique répond bien souvent à la loi du plus con. Et diable, certains sont incroyablement fidèles à la règle.
Si vous en doutez, il vous suffit d’observer les baronnies du royaume de France, où tel ou tel parti est si bien installé qu’on hérite des postes de génération en génération. Vous verrez qu’en général, tout a commencé par un type intelligent, qui à son départ, a nommé son fidèle lieutenant un peu moins malin, qui lui-même, a nommé son fidèle sergent qui n’était pas bien fin, qui lui-même.. bref. Quelques décennies de ce régime, et dans certains coins, le candidat est plus proche du teckel que de l’homo sapiens.
Si vous voulez une preuve que le candidat est par nature incroyablement con tant l’espèce va mal, je vous rappelle qu’à chaque élection, on pose les deux mêmes questions au candidat :
- Quel est le prix d’un ticket de métro ?
- Quel est le prix d’un pain au chocolat ?
Et à chaque élection, alors que les ces questions sont attendues, ils ne sont pas foutus de répondre, alors que vous, si. Et vous, vous n’avez pas en plus une armée de conseillers pour vous faire vos fiches. À ce stade, je crois que même le teckel s’en tire un peu mieux finalement.
Heureusement, il reste des prédateurs pour s’occuper de ces créatures du démon.
Prédateurs
On note deux grands prédateurs naturels au candidat : le journaliste et le juge.
Le journaliste
Longtemps, le journaliste a été le principal prédateur de l’homme politique, n’hésitant pas à placarder en Une des scandales aptes à ruiner une carrière entière. Hélas, tout comme le chat domestique n’en a plus rien à branler des souris depuis qu’on lui donne du Whiskas tasty mix, le journaliste a perdu ses instincts de prédateur le jour où on lui a donné internet. Car voilà : il a découvert que ce qui faisait le buzz, et donc vendre sa soupe, c’était plus la dernière petite phrase de l’idiot du village que l’analyse géopolitique brillante de 2 heures d’un génie du droit international. Aussi, lorsque le journaliste a le choix entre faire un long travail d’investigation et de préparation pour tenter de cuisiner un homme politique, ou tendre un micro à Sandrine Rousseau, il a choisi.
La grande dégringolade du journalisme est visible en France tous les 5 ans, au moment du débat de l’entre-deux tours, puisque l’on peut y observer des journalistes sur un plateau en présence de deux candidats à l’élection présidentielle et… ils ne font rien. Non, ils ne vérifieront aucune information. Oui, vous pouvez les remplacer par votre nièce de 8 ans qui se contente de dire « Sujet suivant, la parole est à vous », et c’est la même. Quand on peut se faire remplacer par une IA, c’est déjà sale. Mais quand un enfant de 8 ans peut faire votre boulot sans formation, il faut vraiment s’inquiéter.
Attention cependant : il reste tout de même des journalistes qui enquêtent, même si l’espèce est en danger. Ce sont eux qui, en général, finissent par attirer l’autre prédateur…
Le juge
Le juge est un être au goût vestimentaire douteux, et aux calembours qui le sont plus encore : on peut l’apercevoir gloussant en marmonnant « Vous devriez devenir avocat« , ce qui dans sa langue, signifie d’aller vous faire Maître. Ses meilleures blagues provenant en effet du Dalloz, son humour n’est pas des plus populaires, d’où l’absence totale de juges dans les soirées stand up. Mais tout comme on n’adopte pas un pitbull pour son amour des câlins, on ne recrute pas les juges pour leurs contrepèteries, mais bien pour chasser les candidats. Car si maman canard promène régulièrement ses canetons, dans la nature, le candidat promène plutôt ses casseroles.
Attention : le candidat n’est pas sans défense. À vrai dire, la sienne est toujours la même : « Evidemment, comme par hasard, on me fait un procès pile en période électorale ! »
Des paroles reprises en chœur par ses soutiens, sans jamais que qui que ce soit ne relève :
– Qu’en France, on est toujours en période électorale
– Qu’en France, on est tellement habitués à la corruption qu’au lieu de regarder le crime ou délit, on regarde le calendrier
Oui, pour le candidat, le problème n’est pas de taper dans la caisse : c’est qu’on lui dise que ce n’est pas bien juste avant un rendez-vous important, et ça, c’est vraiment dégueulasse !
Alors certes, on me dira « Oui, mais notez que certains dossiers ressortent à des moments un peu taquins« . Oui-da, mais notez que le problème est plus le dossier que le moment. Vraiment. Si vous me piquez mon portefeuille, et que vous hurlez au complot parce que je vous ai demandé de me le rendre pendant que vous faisiez un discours sur votre formidable probité, tenter de m’accuser d’être le vilain de l’histoire, c’est quand même… ma foi, non,, c’est vrai : c’est suffisamment bas et bête pour être un truc de candidat.
Comme tous les bons chasseurs, le juge reste cependant un ami de la nature : lorsqu’il prélève un candidat, il le bague. On appelle cela un bracelet électronique.

La tenue traditionnelle du juge est en fourrure blanche, faite à partir de cheveux de candidats condamnés. Oui, les candidats se font généralement avoir en fin de carrière, donc le poil est blanc.
En captivité
Le candidat a une fâcheuse tendance à finir en captivité. Cependant, contrairement au zoo où les passants peuvent venir observer la bête tournant dans sa cage pour se distraire, ici, ce qui fait rire les enfants et pouffer les adultes, c’est le livre que le candidat fera écri… ahem, écrira durant son toujours trop bref temps passé derrière les barreaux. Permettez-moi de vous citer quelques extraits de l’ouvrage d’un candidat qui, afin de préserver son anonymat, sera nommé Le Comte de Monte-Tabouret.
Un téléphone était installé dans ma cellule comme dans celle des autres détenus. Il s’agissait d’un poste fixe. Je devais me tenir debout pour l’utiliser car il était fixé au mur à hauteur d’homme. Son utilisation n’était guère aisée.
Il est vrai que pour certains candidats, ce qui est à hauteur d’homme est hors de portée. Que ce soit un téléphone ou une carrière honnête.
Il convenait ensuite de composer pas moins de dix chiffres qui constituaient autant de codes nécessaires pour obtenir la ligne permettant enfin d’atteindre le correspondant désiré. Un véritable parcours du combattant.
Un triste rappel : si le candidat ignore le prix d’un ticket de métro ou d’un pain au chocolat, c’est parce qu’il vit dans un monde si différent du nôtre que même l’utilisation normale d’un téléphone lui semble incroyablement compliquée.
Même une simple enveloppe devenait un objet de convoitise. Pour en obtenir une, il fallait remplir un formulaire, attendre l’autorisation, puis espérer que le surveillant ait le temps de vous la remettre. Tout était compliqué, même l’acte le plus banal.
Le vrai drame du candidat en prison est que lorsqu’il reçoit l’enveloppe, elle ne contient pas d’argent. C’est une première : on comprend que ça surprenne un peu.
Mort
Tout comme les éléphants, lorsque les candidats sentent que la fin de l’un des leurs est proche, ils le guident vers un endroit secret où il pourra s’éteindre en paix, loin des prédateurs. On parle de Conseil Constitutionnel ou d’Académie Française (je vous rappelle que le candidat a écrit un livre, dites donc). Si jamais trop de candidats y sont déjà entassés à attendre que la grande faucheuse vienne les prendre comme une vulgaire valise derrière la Banque de France, on crée alors une commission. Un endroit où même les candidats qu’on n’ose plus envoyer à Bruxelles peuvent enfin s’endormir paisiblement sur un tapis fait d’épais fauteuils et de notes de frais. Attention cependant ; lorsque beaucoup de candidats sont dans la même commission, on parle de grande commission, et non de grosse commission, la seconde étant l’autre nom donné aux participants à la première.
Foire aux questions
Devient-on candidat à partir du moment où l’on dit « Je suis candidat » ?
Pas forcément, malheureux. Vous pouvez vous déclarer astronaute et ne pas l’être pour autant. Candidat, c’est pareil : des années d’emplois plus ou moins fictifs, de parachutisme sur des circonscriptions acquises à la cause, de pantouflage dans des cabinets d’élus copains… c’est un métier, tout de même. Je trouve que vous méprisez un peu les candidats. C’est mal.
Si un candidat est en captivité, n’est-ce pas dangereux de le relâcher dans la nature ?
Non. Le candidat n’a jamais vraiment connu la nature, ni le monde réel de manière générale. Comme expliqué plus haut, sitôt libéré, le candidat saura aller trouver auprès des siens le havre de paix dont il a besoin pour se tenir loin des prédateurs. Une commission, donc, ou un poste d’ambassadeur « contre la faim dans le monde » ou autre portefeuille flou, payé plus cher que vous, malandrin, et en plus pour assister à moins de réunions.
Je suis harcelée par un candidat, comment me débarrasser de ce gros lourd ?
Demandez-lui le prix d’une baguette. Il reculera en feulant.
Et si un candidat est honnête ?
Il perd.
Dites-donc Monsieur Connard, espèce de vil petit poujadiste, ne seriez-vous pas en train de nous faire le coup du monde politique où ils seraient « tous pourris » ?
Alors tous pourris, pas forcément. Mais tout pourri, certainement.
Publié le 26.06.2026 à 09:01
Ce 26 juin, ce blog fête ses 17 ans.
Souvenez-vous, mes bons : c’était en 2009. En ce temps-là, les smartphones étaient encore une nouveauté, l’intelligence artificielle un terme utilisé principalement dans les films ou vos folles parties de Halo, et si on évoquait « Donald Trump », les gens bien informés vous répondaient « Ah, l’animateur télé ? ». Notez qu’il est resté dans le domaine de l’animation et des diffusions de messages idiots, mais à une autre échelle. Comme quoi, tout le monde progresse dans la vie.
Cependant, comme chaque année, cet anniversaire est l’occasion de faire le point et de papoter un peu.

Dans ma cave aussi, c’est la fête.
Comme depuis quelques années, point de changement sur le rythme de publication : sur ce blog, nous avons toujours un article toutes les deux semaines, et la chaîne Youtube a une nouvelle vidéo toutes les 6 semaines. Quant aux bandes dessinées, saperlipopette ! Le Petit Théâtre des Opérations en est au tome 5, le tome 6 sortira en fin d’année, sa série dédiée à Napoléon a deux tomes et le troisième se prépare gentiment, et c’est sans compter sur les autres ouvrages chez Fluide Glacial, Grand Angle et ailleurs. La série du PTdO (ça fait sérieux) a décroché le prix des Galons de la BD, ce qui m’a permis de partir avec l’argent, et monsieur le chon, avec un paquet de Granolas (entamé). Mais il y a aussi du neuf puisque depuis ce mois de juin 2026, il y a désormais le spectacle !
C’est un bien grand mot, puisqu’il n’y a pas d’explosions ni un ballet de 300 danseuses, mais juste un type sur scène qui raconte les anecdotes improbables de l’histoire militaire. Ce sont les fameuses conférences que je faisais ailleurs, mais cette fois, avec un peu plus de moyens (comprendre : des vrais sièges et un vrai son), des inédits, tout ça tout ça. On aura l’occasion d’en reparler, mais merci aux Lyonnais chez qui je suis allé me roder. Et oui, c’est officiellement un « seul en scène », mais promis, pas de « Eh, toi, au premier rang, tu t’appelles comment ? Han han ! Et c’est ta meuf à côté ? Haaaan ! La tête ! Tu fais quoi dans la viiiie ?« . Nous savons tous que c’est l’équivalent du « Eh, ya des filles dans la salle ? » des années 2000, mais version 2020. On va donc tenter de prouver qu’il est possible de monter sur scène pour parler d’autre chose que de soi, sa vie, son cul, sa commode (qui est pourtant très jolie, s’entend).
Passons aux réseaux sociaux : oui, le blog a bien une page Instagram, mais comme pour la plupart de mes réseaux, je me contente principalement d’y annoncer les nouvelles, comme je le fais sur Facebook et X. Quant à TikTok, puisqu’il a bien fallu s’y mettre (c’est une longue histoire), on y retrouve Le Petit Théâtre des Opérations, sous un format vaguement différent, et surtout, avec moins d’images et de musique qui rend fou. Pas besoin d’installer l’application du démon, donc. Oui, je suis très mauvais vendeur. Mais déjà que j’ai poussé trop de gens ici à voir de mauvais films, je ne vais pas en plus vous faire installer ce truc.
Bref !
Pour reprendre la tradition annuelle, si vous voulez papoter, comme toujours, je descendrai dans les commentaires du présent article pour répondre à tout le monde. Patience cependant : votre serviteur étant par monts et par vaux, pas sûr qu’il le fasse dans la minute. Mais il le fera !
En attendant, et pour rappel pour suivre ce blog une année de plus : la page Facebook est ICI, le compte X, LÀ, la page Instagram est ICI, la page TikTok, LÀ (seigneur)) la FAQ qui vous fera gagner du temps, est PAR ICI, quant à vos communications diverses, questions particulières et autres, c’est toujours PAR LÀ. Enfin, la chaîne Youtube est ici : Le Petit théâtre des opérations.
Pendant que vous faites chauffer vos claviers, je vous dis donc à l’année prochaine, si vous n’êtes pas tous morts sous la canicule d’ici là. Et on se retrouve dans deux semaines pour le prochain article.
Publié le 15.06.2026 à 09:15
Boire ou conduire, il faut choisir.
Mais skier et se défoncer, ça peut se combiner, comme le prouva un jeune Finlandais en 1944, quand alors qu’il s’apprêtait à prendre sa ration de drogue de combat, il se planta et avala l’équivalent de ce qui était prévu pour 30 personnes. La suite ? Probablement la plus grosse soirée de l’histoire, au milieu de Russes qui n’ont pas tout compris.
Voici donc un nouvel épisode du Petit Théâtre des Opérations, hop.
Si ça ne s’affiche pas dans votre newsletter préférée, cliquez donc ici.
Et pour ceux qui auraient loupé l’info : votre serviteur sera ce 19 juin à Chambéry avec monsieur le chon, à la librairie Momie (15h30 – 18h30), et le 20 juin à Lyon au Comédie Odéon. De 14h30 à 17, ça dédicacera avec le chon et Eric Stalner, et à 17h, on me laisse monter sur scène avec un micro pour raconter des anecdotes historiques improbables (par contre il faut réserver ici). On s’y retrouve.
Publié le 29.05.2026 à 16:38
Le mystérieux peuple des trains
Longtemps, l’Homme a contemplé les étoiles.
Ces astres scintillants lointains, inatteignables, et pourtant, tellement attirants. Mû par cette volonté qui lui a permis d’abattre tous les obstacles depuis la nuit des temps, il inventa des outils pour vaincre la gravité. Il le fit, par une belle journée de décembre 1903, quelque part en Caroline du Nord, narguant les lois de la nature durant une poignée de secondes le temps de voler sur quarante mètres. Qui aurait pu prédire que seulement quelques décennies plus tard, il irait sur la Lune ? À présent, l’Homme avait les yeux rivés sur Mars. Et savait déjà que les étoiles qui le narguaient depuis bien avant l’invention de l’écriture, seraient bientôt siennes.
Alors, bordel, pourquoi son train n’arrivait-il pas à faire Paris-Le Mans ?
Le monde des transports est ainsi : mystérieux. On dit d’ailleurs que c’est en discutant avec une guichetière Gare de l’Est que Lovecraft, jusqu’alors homme raisonnable, inventa Cthulhu. Et si récemment, ledit monde a fait parler de lui, c’est parce que la SNCF, dans un instant de naïveté, tenta d’améliorer la qualité de son offre de voyage en proposant, pour quelques euros de plus, des voitures « sans enfants », où le voyageur fatigué n’aurait pas à supporter les hurlements de Léanon ou l’épisode de la Pat’Patrouille diffusé à plein volume de Matthenzo. Cette affaire, qui a déjà quelques mois, fit trembler l’internet français jusqu’à son dernier Minitel, les uns arguant qu’une société dans laquelle on ne voulait pas voir d’enfants était une société mourante, alors que les autres rétorquaient que c’est Léanon qu’on aurait voulu voir mourante, là, de suite, pourvu qu’elle ferme sa grande bouche.
Maintenant que la poussière des débats est retombée, permettez-moi de vous inviter à prendre un siège, un cigare, et rappeler cette règle simple : en train, le problème, ce ne sont pas les enfants. Non. Le problème…
C’est que c’est peuplé de gigantesques connards.
Et croyez-moi, je m’y connais.
Permettez-moi, riche de ma longue expérience, de vous rappeler que si la Cour des Miracles n’existe plus dans les souterrains de Paris, c’est parce qu’elle a été montée sur roues puis sur rails, enrichissant désormais le quotidien de tous ceux qui n’en demandaient pas tant.
Mais, assez introduit, comme on dit dans les soirées interlopes : passons donc aux cas pratiques.
I – L’errant

Ma proposition de réforme des billets, adaptée à la population des trains.
Il est facile d’identifier les personnes qui ne prennent pas souvent le train. En effet, on les reconnait à leur air surpris lorsque 10 minutes après le départ du train, elles constatent que des gens circulent encore en tous sens en cherchant leur place. Ils n’ont pas connaissance de cette créature maudite des hommes et des dieux : l’errant.
Tout train en a, c’est une sorte d’obligation. Certains suggèrent que cela pourrait être les âmes damnées de voyageurs restés coincés lors d’une grève de Sud-Rail, et qui hantent les lieux pour l’éternité, mais personnellement, je pense à une explication bien plus simple : ces gens sont incroyablement cons.
L’errant n’est en effet pas foutu de comprendre un billet. Pas de le lire, non : de le comprendre.. On le reconnait au fait qu’il débarque toujours dans la mauvaise voiture, et mieux encore, à la mauvaise place, et l’énonce à voix haute avec une candeur qui laisse pantois. Prenons un exemple : vous venez de prendre place dans votre train en direction de Marseille, car vous aimez l’aventure. Vous êtes voiture 3, place 42. Soudain, une voix vous interpelle :
« Bonjour ! C’est ma place.
– Ah bon ? Vous êtes voiture 3, place 42 ?
– Non, je suis voiture 5, place 81. »
L’errant prouve ainsi qu’il sait lire son putain de billet, nardin, mais que par on ne sait quelle logique, il ne fait aucun lien entre le joli numéro qu’il vient de lire dans sa tête et le joli numéro qui s’étale devant ses yeux. Il se contente, tel un bébé devant une table basse, de s’avancer hagard vers le premier coin qui passe, et d’y rencontrer un échec douloureux avant de continuer un peu plus loin. Rappelons que cette créature dont la logique rendrait fou la plupart des scientifiques a le droit de vote : elle ne sait pas lire 3 chiffres sur un billet de train, mais on lui demande son avis sur la gestion du budget de l’Etat.
« Allons, Monsieur Connard ! » s’exclameront les plus audacieux qui ne craignent ni ma pelle, ni le Diego qui est au bout « Ce sont peut-être juste des gens arrivés en retard et qui, montés dans la première voiture, cherchent désormais, encore confus de la course, où s’installer. »
Votre optimisme vous honore, mais l’errant est rude à la tâche, et souhaite bien prouver que son QI est inférieur à son numéro de siège. Ainsi, il aura TOUJOURS remonté le quai trop loin, prouvant que, non, il n’est pas monté dans le train au plus vite. Parfois, il va même marcher 5mn sous la pluie pour aller tout au bout du quai, et montrer que vraiment, il en veut, avant de là, et seulement là, grimper à bord, dégoulinant de toute l’eau d’averse qu’il a accumulée durant son inutile voyage, et commencer seulement à demander « C’est bien la voiture 2 ? » alors que clairement, non, ici c’est la 17, espèce de sombre petit coprolithe, tu aurais pu t’en inquiéter 150m plus tôt, maintenant file, tu sens le chien mouillé.
« Vous exagérez », diront certains. Prouvant ainsi qu’ils ne prennent pas souvent le train, tant le phénomène des errants est si commun que même la SNCF a fini par se demander en termes élégants « Mais bon sang, qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas dans « Voiture 5, place 81″ ? ». Et proposé une réforme des billets où il est désormais marqué… « Voiture 5, place 581 ». Non, ça ne risquait pas d’aider. Oui, c’est toujours autant le bordel.
Alors qui êtes-vous, errants ? Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi cherchez-vous encore votre place 25mn après le départ ? Là où des coquins s’enfoncent des objets dans le roudoudou pour égayer le quotidien des urgentistes, avez-vous fait de même avec des crayons de couleur (founis par la SNCF) dans vos narines jusqu’à vous gratter l’intérieur de la boîte crânienne ? Par quel miracle avez-vous atteint l’âge adulte alors que quand on vous dit que la place 81 est du côté du numéro marqué « 81 », vous semblez véritablement vraiment apprendre quelque chose ?
Que de mystères. Et tout autant d’envies de meurtres.
II – Le parfumeur

L’une des rares armes chimiques autorisées par la convention de Genève
Pétomane, passe ton chemin, car il ne sera point question de tes hobbies.
Il convient ici d’éclaircir un autre grand mystère. Sur notre planète, plus de 5 000 végétaux différents peuvent se retrouver dans l’assiette des humains. Ce à quoi il faut ajouter la viande, le lait, les œufs, votre voisin (en cas d’apocalypse) et autres ressources venues de nos amis les animaux (qu’on aime bien, mais plus encore avec de la sauce bourguignonne). Alors, pourquoi ?
Pourquoi, sitôt dans un endroit étroit et clos, mangez-vous TOUJOURS UNE CLÉMENTINE ?
Alors, je n’ai rien contre cet agrume, mais rappelons que frère Clément, lorsqu’il le découvrit, déclara, et je cite « Mais putain, ça veut pas se peler cette merde, et puis raaah, je me fous du jus partout, ça colle. Bon, et pour le goût… mmgnouais, okay, mais cha fais « chkouich chkouich » quand che mords dedans, ch’envois du jus dans tous les chenches, et cha chent chuper fort.« . Comprendre que de nos jours, n’importe qui peut emmener une banane, des amandes ou un steak au poivre, mais non : le peuple mystérieux des transports a une sorte d’addiction pour l’un des rares fruits qui va fouetter dans tout le wagon, transformer la tablette en piscine et potentiellement envoyer du jus jusqu’au voisin qui espérait rester propre jusqu’à son arrivée.
Le parfumeur a donc cette passion secrète : faire que tout un chacun puisse profiter de son repas. Bien sûr, certains feront diversion en me disant « Oui, mais les burgers », « Oui, mais les kebabs »… mais apapap. Le snack est proposé en gare ou devant ses lourdes portes, dur, donc, de reprocher au voyageur du rail d’avoir cédé à son appel (voyez comme je suis généreux). Alors que la clémentine ? C’est parfaitement prémédité. Le parfumeur, chez lui, a contemplé sa cuisine et tout en faisant claquer au sol les sabots qui lui servent de pieds, a choisi le truc qui fouettait le plus à emmener avec lui.
Et ne parlons pas de l’homme qui s’est emporté un petit camembert dont vous me direz des nouvelles, et qui visiblement, a passé un peu trop de temps dans le sac.
Il faut donc être ferme : le parfumeur mérite le respect moins encore que le pétomane précédemment cité. Car ce dernier au moins la décence de ne pas aller acheter des accessoires pour accomplir son sinistre office avant de monter à bord.
III – L’enfant et les parents

Vous et moi savons qu’une partie de la population préférerait, en cas d’accident, sauver leur téléphone plutôt que leur enfant. Notez qu’on est d’accord sur un point : nous aussi on préfère notre téléphone à leur enfant.
Si la SNCF a proposé des voitures sans enfants, n’oublions pas que le vrai problème est plus grand. Et souvent, assis juste à côté : on parle de « parent ».
On reconnait le parent qui va provoquer l’apocalypse au fait qu’il monte dans le train avec un enfant dans une main et un téléphone dans l’autre. Or, en général, il a décidé qu’il n’avait assez d’attention que pour l’un des deux, et son enfant contenant vachement moins de vidéos de chats qui dansent, il a choisi. Noa (sans H) va donc pouvoir briser les vôtres librement, surtout que le parent a en général décidé que pour occuper l’enfant, rien de mieux que de lui donner du rien.
Vous confisqueriez son téléphone et toute distraction au parent pour un voyage de 3 heures, il péterait une durite, mais lui suppose que Noa, pour qui 3h ça va être encore plus long (durée ressentie : 2 jours), devrait bien s’occuper avec, je ne sais pas moi, une tablette SNCF. Toutes les conditions sont donc réunies pour que Noa passe de son état naturel (on parle de « trou du cul ») à son état de voyage (« je suis possédé par Satan »). L’Enfer peut donc ouvrir tout grand ses portes, et les hurlements de mille démons poussés par la minuscule gorge transformer ce qui n’aurait dû être qu’un simple voyage en publicité roulante pour l’autorisation de l’avortement dans les 48 mois après la naissance.
On notera d’ailleurs que le parent n’emmène jamais avec lui un enfant entre 8 et 18 ans, soit l’âge où il peut s’occuper plus ou moins seul. Pourquoi ? Où passent ces enfants ? Par quel miracle est-ce qu’on ne trouve que des bébés et des marmots incontrôlables en bas-âge, et bien évidemment tous atteints de troubles de l’attention et autre hyperactivité (c’est ce que le parent vous dit généralement lorsque vous sortez votre arme pour abattre la bête mugissante ; une curieuse excuse, puisque si la bête souffre, c’est une deuxième bonne raison d’en finir) ? Est-ce que ces gens sont conscients que répéter un vague « Chut » pour la 256e fois ne va pas plus que les 255 fois précédentes arrêter Noa d’imiter le cochon qu’on égorge avec un coupe boulon ? Pourquoi le contrôleur tente-t-il de me maîtriser lorsque je sors mon mauser ? Que d’interrogations sans réponses.
Evidemment, si jamais vous veniez à suggérer du bout des lèvres que mettre le marmot devant un film pourrait le calmer, seules deux choses pourront se passer :
A) On vous expliquera que les écrans, c’est mauvais pour Noa (alors que les possessions sataniques, ça va)
B) S’ils cèdent, ils n’auront pas de casque, vous pourrez donc entendre Dora se demander où elle a encore mis sa carte, et l’envie de répondre sera grande
La SNCF doit donc bien réaliser que le problème n’est pas tant l’enfant, dont tout le monde se moque bien lorsqu’il est occupé à son coloriage dans le cahier d’à côté. Par contre, je suis personnellement prêt à payer un billet plus cher, non pas pour voyager sans marmot, mais pour expédier les géniteurs à Cayenne. Où un adjudant de la Légion Etrangère leur expliquera sa propre vision de « l’éducation positive ».
Toujours est-il que cela nous amène à l’entité maléfique suivante…
IV – Le sans-écouteurs

Le sans-écouteurs, hypocrite, compte sur le fait que les autres mettent leurs écouteurs, sinon il ne pourrait pas entendre ce qui sort de son téléphone.
Lors de la Création, Dieu contempla le monde et vit qu’il était silencieux. Aussi, il créa le son.
Quelqu’un alluma alors du Booba, et Dieu se dit que houlala, merde, j’ai p’têt’ chié dans la colle. Dans sa grande bonté, il créa les écouteurs, permettant à chacun de ne pas avoir à révéler ses goûts discutables à son entourage. De nos jours, les écouteurs sont donc partout, tout le temps, ne coûtent quasiment rien, et toujours moins que les chaussures du type qui n’en a pas (d’écouteurs).
Car s’il est inutile de disserter sur les envies de meurtre avec des objets plus ou moins exotiques que provoque l’apparition d’un sans-écouteurs, il nous faut observer que malgré l’alignement chaotique mauvais de ces trublions, ils respectent scrupuleusement deux règles :
– Le sans-écouteurs a toujours des goûts de merde. Qu’il regarde une vidéo ou écoute de la musique, c’est inévitablement consternant. Preuve en est, personne ne raconte jamais avoir croisé un type qui écoutait de l’opéra sans écouteurs dans le métro, ou profité d’un documentaire sur Winston Churchill dans le RER.
– Plus une personne parle fort au téléphone, moins sa vie est intéressante. Ainsi, le sans-écouteurs fera profiter de toute la voiture de Kenza, tchu chai pas ch’qu’elle a dit ? Ch’te jure. Ch’te jure meuf. Chi, chi. Alors que personne, là encore, n’a croisé de type pilotant une opération à cœur ouvert depuis son mobile.
Dernier point essentiel : le sans-écouteurs étant une créature dégénérée, elle progresse sur cette voie en allant encore plus loin, par exemple en diffusant désormais les messages vocaux qu’elle reçoit, ou mieux encore, en faisant des appels en visio. Car il est évident qu’il est essentiel de diffuser à son interlocuteur l’image de soi-même assis dans un carré SNCF, et de préférence, suffisamment mal cadré pour filmer tous les autres passagers qui regardent vers le sans-écouteurs avec un rictus haineux. Autre règle mystérieuse : l’interlocuteur du sans-écouteurs, probablement du même niveau, sera lui aussi toujours mal cadré et en train de faire autre chose en même temps, prouvant ainsi que cet appel n’avait décidément rien d’urgent.
Attention, si la personne dispose carrément d’une enceinte bluetooth, on ne parle plus de « sans-écouteurs » mais de « gibier pour bagne ».
Evidemment, les trains regorgent de bien d’autres créatures magiques, comme les voyageurs sans billet qui, à l’approche du contrôleur, déploient mille ruses avec une inventivité et une créativité dignes du cinéma français. Autant dire, bien peu, tout cela pour donner un bien triste spectacle que personne n’a envie de voir, mais que les autres devront financer quand même. Mais, cela fait assez de misanthropie pour aujourd’hui.
Nous parlerons donc plus tard des autres cercles de l’enfer des transports, comme lorsqu’il se passe quand, dans la moiteur d’un hangar oublié, un TER s’accouple avec une rame de métro, et que jaillit de cette union monstrueuse un RER B.
Brrrr.
Publié le 14.05.2026 à 09:43
L’appel.
Vous le connaissez. C’est cette miniature qui apparait dans un coin de votre champ de vision alors que vous n’en demandiez pas tant, et soudain, attire votre regard coupable. Vous savez que c’est un piège. Que vous ne devriez pas cliquer. Mais pourtant, vous avez envie de savoir. Et si vous regardez vers vos épaules brièvement, ce n’est pas pour prendre conseil auprès de votre bonne et de votre mauvaise conscience, que nenni ! C’est bien pour vous assurer qu’aucun témoin ne vous verra lorsque vous appuierez sur « Regarder ».
C’est cela, l’appel. Celui du film pas fin, qui sent bon la soirée pizza (chez vous, pas chez moi, ça jure sur ma table en chêne et je ne mange pas de ce pain-là), et qui se regarde avec culpabilité.
Et c’est probablement dans ce but que War Machine a été conçu. Un film sans subtilité, avec des gros muscles, des drapeaux américains géants, et bien sûr, des envahisseurs qui auraient mieux fait de tenter leur chance au Vatican. Alors, ne nous le cachons pas : ce spoil, c’est évidemment parce que même si vous ne l’avez pas regardé pour préserver votre réputation de personne qui ne se pose que devant Arte pour regarder des documentaires sur les tagueurs du métro de Berlin… vous avez envie de savoir. Aussi, pour que vous puissiez continuer à aller à vos soirées moustaches & vapoteuses sans être chassés à coups de pierre…
Spoilons, mes bons !

L’affiche : Rien que de la cendre ou presque. Hmmm, préparez un oscar, vite !
Notre film commence il y a quelques années, dans la riante province d’Afghanistan.
Car en ce temps-là, l’armée américaine aimait à y gambader joyeusement tant le paysage y est pittoresque. Sauf que voilà, un beau matin, un convoi tombe en panne : c’est encore le joint de culasse de la jeep de Dédé qui a lâché. Arrive donc en renfort un second groupe de véhicules avec à son bord notre héros : John Big Balls. Ingénieur militaire de son état, il est surtout une bonne grosse caricature de film d’action, du genre qui doit marcher en cow-boy non pas par patriotisme, mais à cause des big balls susmentionnées qui maintiennent ses genoux à 1 mètre l’un de l’autre et lui servent de pouf lorsqu’il s’assoit sur la courtoisie, l’élégance, le bon goût, et tout ce qu’on ne trouve pas dans un film à explosions.
Et c’est donc dans ce bel esprit que John va saluer le chef du convoi en rade.
– Bob ! You fucking bloody bad motherfucker ! Viens ici serrer ma grosse paluche !
– John ! You cocksucking fucking fuck fucker fucking fuck.. bref ! Viens faire câlin !
Et les deux de se frotter virilement les pectoraux, en toute hétérosexualité bien sûr. Un geste qui intrigue un pauvre soldat qui pose innocemment la question :
– Euh… vous vous connaissez ?
– À ton avis ? Tu crois que je frotte mes tétons avec ceux du tout venant, bidasse ?
– Ben c’est-à-dire qu’hier, au Fucking Blue Boy, vous avez…
– APAPAP ! Non, bidasse ! Le garçon que tu vois ici, ce John, qui a le même tatouage que moi « DFQ » au bras pour « DON’T FUCKING QUIT » (« N’abandonne putain de jamais » ou « Ne pas en train de baiser quitter« , selon votre niveau d’anglais)… c’est mon frère !
Et les deux, tout en réparant le véhicule en panne, car oui, c’était bien le joint de culasse, de reprendre une vieille conversation.
– John… tu te souviens quand on avait 18 ans ? On s’était promis de rentrer dans les Rangers ! Au lieu d’être ici, dans l’armée régulière, à réparer des moteurs au milieu de nulle part !
– Comment ça quand on avait 18 ans ? On n’est pas jumeaux. On a eu 18 ans en même temps ?
– Euh… attends… merde, je crois que le script… bon, on va dire que maman nous a pondus a 9 mois d’écart. Bref ! Qu’en dis-tu ?
– J’en dis que non.
– Alleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez !
– Très bien. Je me range à la puissance de tes arguments : on va s’inscrire au stage pour devenir Rangers.
Sauf qu’alors que tout le monde tombe d’accord, voici que c’est une roquette qui tombe tout court au milieu du convoi. Bien mal élevée, elle interrompt tout le monde d’une bruyante explosion, et pire encore, a invité d’autres amies roquettes à la fête. Ces roquettes n’ont aucun savoir-vivre. En peu de temps, tout le monde est mort, sauf John Big Balls, qui bien que blessé (il s’arrache des bouts de métal du corps et se remet debout sans hémorragie, hopopop), parvient à attraper son frangin mortellement touché et à marcher vers la base la plus proche…
Jusqu’à ce qu’il soit interrompu par son brutal réveil.
Car tout ça, mes bons amis, ce n’était qu’un souvenir de cette rude époque où on ne pouvait pas pique-niquer en bord de route sans être interrompu par des Talibans coquins (les Talibans détestent les pique-nique, le Babybel étant haram). Là, tout de suite, John, ses Big Balls et ses blessures fraîchement cicatrisées sont en réalité à bord d’un bus qui se rend dans le camp d’entrainement des Rangers, où toutes les recrues doivent abandonner toutes leurs affaires (papiers, photos, statuette de Donald Trump en ivoire) pour ne prendre qu’une chose : un numéro. Qui sera leur seul nom durant le stage. John devient ainsi le numéro 81, prêt à tenir la promesse faite à son frère de devenir un Ranger, et va se mettre en rang avec ses petits camarades pour écouter le discours du Major Carl Hicature, expliquant comment cela va se passer.
– Bidasses ! Si vous êtes ici, c’est que vous voulez devenir l’élite de l’élite, la crème de la crème ! Pour ce faire, vous allez rester 8 semaines avec nous pour ce qui est le stage d’entrainement le plus DIFFICILE AU MONDE.
Le discours est brièvement interrompu par les gloussements amusés de toutes les unités d’élite au monde. Mais Netflix, pour des raisons patriotiques, a évidemment coupé cela au montage et le discours peut reprendre.
– Ahem. Bref, vous allez en chier comme des ânes. ET J’ENTENDS ENCORE RIRE AU LOIN ! CA SUFFIT MAINTENANT !
On suit donc l’entrainement de John, qui malgré une papatte blessée après ses aventures en Afghanistan, reste un surhomme. Pourquoi ? Mais… parce que, bien sûr. Oui, le film a décidé de blesser le héros gravement au début du film, mais sachez qu’en fait, on n’en parlera plus. Ah. Toujours est-il que John Big Balls est plus fort que tout le monde dans tous les domaines, mais pour autant, ne fait pas ami-ami avec le reste de la troupe et s’assoit toujours seul à la cantoche (ses balls ont beau être énormes, elles ne peuvent servir de pouf qu’à une seule personne à la fois). Il refuse même de devenir chef d’escouade quand on lui propose. John veut juste finir le stage sans emmerdes, ça suffit maintenant.
Mais des emmerdes, il s’en attire seul lorsque lors d’un exercice où il faut rester le plus longtemps possible au fond d’une piscine…
John oublie de remonter.
D’après le film, c’est parce que ses énormes balls le maintiennent au fond : en effet, il ne sait tout simplement pas quand s’arrêter. Donc, quand remonter. D’après moi, c’est plutôt qu’il est un peu con. Je vous laisse juger de ce qu’il se passerait si tous les Rangers étaient comme lui :
– Monsieur le Président, nous sommes envahis. L’armée de Monaco est sur nous.
– Bon sang, comment allons-nous arrêter ces 5 carabiniers ? Tant pis : envoyez l’élite de l’élite. Déployez les Rangers.
– Alors, à ce sujet..
– Oui ?
– Ils sont tous morts.
– Ah bon ? Contre 5 Monégasques ?
– Non non. On a fait une sortie piscine, et pouf. Tous morts.
Alors ? Ça sonne con ou brave ? Voiiiiilà. Nous sommes d’accord.

Dois… prouver à l’eau… que c’est elle… qui lâchera… d’abord…
C’est donc le reste de l’unité qui doit tirer John Big Balls de l’eau, et le ranimer sur le bord de la piscine, massage cardiaque compris. Le Major Carl, qui suivait tout ça en fronçant très fort les sourcils, décide de convoquer John. Pour lui expliquer qu’il a échoué en manquant de se tuer tout seul ? Allons, arrêtez tout de suite votre logique, bande d’êtres doués de raison ! C’est beaucoup plus profond.
– Caporal Big Balls, nous avons un problème. Et je ne parle pas du fait qu’on vous a retrouvé flottant inconscient dans le filtre de la piscine. Vous savez combien ça coûte de le changer ? Enfin bref. Vous êtes formidable. Vous avez des résultats extraordinaires. Mais… vous n’avez pas le bon état d’esprit. J’entends par là que nous avons étudié votre dossier : vous avez été blessé en Afghanistan. Et au lieu de vous reposer et de soigner votre traumatisme, tout ce que vous avez fait, c’est candidater pour venir ici. Vous feriez mieux de vous soigner d’abord. Alors signez votre départ volontaire de l’unité. Ainsi, vous pourrez recommencer le stage une autre fois, après avoir pris soin de vous. Alors que si on vous vire : c’est définitivement terminé. Donc vous avez le choix : partir volontairement et avoir une deuxième chance OU on vous vire maintenant.
– …
– Ne soyez pas con, John.
– …
– Oui pardon, en même temps, je demande de ces trucs. Non, sans rire : signez.
– … je refuse de signer. Je vous laisse, je dois retourner m’entraîner.
– Seigneur… quelles Big Balls !
Alors vous me direz « Attendez ? Le major ne vient pas à l’instant de lui dire que c’était départ volontaire ou coup de pied au cul ? Donc puisqu’il a refusé le départ volontaire, où est le coup de pied au cul ? ». Eh bien… ils ont oublié. Oui, toute cette scène ne sert à rien. Si John veut continuer à s’entraîner, bah, il peut, aucun problème. Ils l’ont donc juste convoqué pour lui demander un truc qu’en fait, ils n’avaient pas envie qu’il fasse. Et prouver qu’accessoirement, ils acceptent au stage « le plus difficile au monde » des gens dont ils n’ont jamais lu le dossier, puisque c’est le passif de John qui soudain, leur pose problème. Alors qu’il n’a pas changé.
Vu le niveau, je crois qu’il va falloir que le major aussi se tienne loin de la piscine.
Enfin. Semaine après semaine, la plupart des candidats dégagent, jusqu’à ce qu’à la fin, ne restent que John et une poignée de larrons. Le major peut donc leur annoncer ce qu’est l’épreuve finale.
– Une dictée.
– OOOOOOOOOOOOOOOOOH ! J’aband-
– Non, attendez, je déconnais.
– Aaaaaah !
– L’épreuve finale est une mission commando. Nous allons simuler un sauvetage de pilote. Deux hélicoptères vont vous déposer un peu plus loin sur un des terrains de la base à quelques bornes d’ici, et vous devrez, par vos propres moyens, vous rendre sur le site où nous avons placé une épave d’avion, la détruire pour qu’elle ne tombe pas aux mains de l’ennemi imaginaire, puis libérer le pilote dans un village voisin. Les méchants seront joués par nous, les cadres du stage. Si on vous tombe dessus, c’est perdu ! Quant à votre équipement, vous aurez les trucs basiques genre boussole et chaussettes propres, des fusils chargés à blanc, et un peu d’explosifs pour faire péter l’épave. Vous aurez 24h pour terminer la mission et revenir sur la place d’armes de la base. Des questions ?
– Greu… si le fusil est chargé à blanc, est-ce que je peux…
– Non, John. Vous n’avez pas le droit d’attaquer les cadres avec votre couteau.
– Rhooo…
– Par contre, on vous nomme chef d’escouade.
– Mais ? Vous n’étiez pas à deux doigt de me virer il y a dix minutes ?
– Si, mais on s’est dit que ce serait rigolo.
L’humour militaire reste un grand mystère.

« On applique la méthode française de la fonction publique : si ça pose problème, on donne suffisamment de points de mutation pour le dégager ailleurs, quitte à ce que ce soit avec une promotion. »
Les stagiaires sont donc chargés dans les aéronefs, et comme convenu, largués dans les montagnes qui entourent la base. Ils peuvent donc gambader joyeusement jusqu’à un fourré joli où ils se regroupent tels d’élégants lutins kakis. Et où John leur explique que ça va être bien simple :
– Il suffit de me suivre et nous y arriverons. On ne baise pas quitter.
– Pardon ?
– Euh… on n’abandonne pas. Et comme l’a dit le major avant notre départ : nous avons exactement 24h pour accomplir notre mission et revenir à la base. Si nous y parvenons, au moment où nous nous tiendrons victorieux et debout sur le gros logo « Rangers, fuck yeah » de la place d’armes, il nous remettra la bande velcro officielle des Rangers. Et nous aurons réussi. Je lance donc ma montre… voilà. Nous avons exactement 23h, 59mn et 59s à partir de maintenant.
– Euh… chef ?
– Oui ?
– Au moment où on a sauté de l’hélico, on a entendu les pilotes annoncer que l’épreuve débutait. Donc entre notre petite cavalcade, le rassemblement et le speech, vous êtes déjà dans les choux de plusieurs minutes.
« Plusieurs minutes« , c’est peut-être un détail pour vous (surtout si vous êtes parisien), mais quand il s’agit de régler un détonateur ou d’attaquer en même temps, comme ce que l’on fait au hasard dans l’armée et plus encore dans les unités qui se réclament de l’élite, ça devient un poil plus important. On le sait donc désormais officiellement : non seulement John oublie parfois de respirer, mais en plus, il ne sait pas compter.
La mission se poursuit cependant, et tout le monde se promène entre les pins majestueux, lorsque soudain, un grand bruit secoue tout le monde : des projectiles enflammés fendent brièvement les cieux avant d’aller exploser, hors de vue, bien plus loin. Qu’est-ce que c’était ? Nos héros supposent qu’il s’agit de feux d’artifices et autres effets spéciaux pour simuler de l’artillerie (ou tout simplement un enfant qui s’amuse avec un canon de 105 dans son jardin, nous sommes aux Etats-Unis, c’est crédible). Grave erreur ! Mais nous y reviendrons.
Car au petit matin, nos amis débouchent enfin là où l’épave qu’ils doivent détruire se trouve. Enfin, on va pouvoir bosser un peu, saperlipopette, parce que marcher dans la pampa, ça va bien cinq minutes, dites. Et en effet : dans un ruisseau gît un énorme aéronef. Du genre futuriste.
– Ah non vraiment, ils ont un gros budget effets spéciaux chez les Rangers ! On dirait un vrai engin du futur !
– On est l’armée américaine mec. On a des moyens. Si on était français, la cible serait représentée par une Twingo. De 1995. Sans pneus. Dessinée sur un papier. Recyclé. Ayant servi à imprimer un mail. Lui-même ayant…
– Oui bon, ça va, on n’est pas un pays pauvre : on s’y met ?
Et une petite équipe va poser les explosifs pour détruire le bousin. Mais John Big Balls, lui, aperçoit un truc qui brille un peu plus haut dans la forêt jolie. Serait-ce les cadres du stage qui tendent une embuscade ? Il décide d’aller voir prudemment, des fois qu’il puisse les planter au couteau malgré tout, rheuu, rheuu, et…
Tombe sur une épave d’avion. Elle, bien pourrie, ayant bien plus la gueule de ce qu’on utilise en exercice.
– Mais ? Mais ? Si le vrai objectif est là… qu’est-ce qu’on s’apprête à faire péter ?
Se tromper d’objectif, faire péter une cible qui n’a rien à voir : ce film est finalement assez crédible quant aux méthodes de l’armée américaine. Et, boum ! Ils tentent de faire sauter le premier aéronef trouvé… sauf que le tout ne fait même pas une rayure sur le bousin. L’étonnement est général chez les apprentis rangers, qui se demandent si c’est leur matériel qui est pourri, ou si cet aéronef est en Balkanium (c’est quand un truc résiste à tout au point que c’en est ridicule), mais la stupéfaction grandit encore quand l’étrange machine s’anime avec tous les poncifs des créatures mécaniques de films hollywoodiens :
– Des lumières partout
– Des parties qui se déplient et qui se replient en faisant GRON ! GRON !
– L’engin fait en permanence un bruit qui ressemble à une guimbarde reliée à un ampli de basse (sauf si personne ne le regarde, bien sûr, là, pouf, il est silencieux)
Et le tout se transforme en énorme bipède avec des tonnes d’armes, qui se met à scanner toute la zone avec une lumière bleue, parce que les machines super sophistiquées intergalactiques, c’est indestructible, par contre, ça envoie plus de lumière que mon scanner à main du temps de Windows 98. Puis, la lumière vire au rouge, ce qui est mauvais signe, plus encore quand elle verrouille l’équipe qui avait posé les charges… et qu’elle est suivie par une série de tirs de canons du bousin qui pulvérisent les pauvres gens.
Bon, ne me demandez pas pourquoi, la machine infernale tire ce qui ressemble à des fusées de feu d’artifice. Ça fait moyennement sérieux, mais puisque ça fait le boulot quand même, on va dire que l’alien est comme ça : il est festif. Puisque oui, cette machine vient bien de l’espace, comme se le disent les survivants, menés par John, qui s’enfuient en courant.

La machine, qui a évidemment des lumières rouges méchantes des fois qu’on la pense venue jouer à la belote.
– John ! C’est quoi cette merde ? Ça a tué les copains, ça ne fait pas partie du stage !
– Je ne sais pas, mais ça ne vient pas de cette planète ! Vous vous souvenez à la cafet’ avant qu’on ne parte ? La télé parlait d’un curieux objet qui approchait la Terre… et s’était divisé en plein d’objets plus petits. Apparemment, on vient de trouver un des trucs largués par l’objet spatial ! C’est ce qu’on a dû voir passer au-dessus de nous un peu plus tôt !
– Mais alors, on fait quoi ? On a utilisé nos explosifs, nos fusils sont chargés à blanc…
– Je n’aime pas dire cela mais : FUYOOOONS !
Et tout le monde de courir, pour finir au bord d’un ravin.
Hélas, l’engin de l’espace ne compte pas les laisser s’en tirer à si bon compte. Ainsi, après avoir fait plus de ZUIP ZUIP VZOUUU et de lumières qu’un concert de Daft Punk, la machine infernale décide de propulser vers nos amis… un mystérieux objet. Qui atterrit à leurs pieds. Alors, quelques indices quant à ce que c’est :
– C’est envoyé par une machine qui tente de les tuer
– Ça ressemble à une grenade
– Ça se déplie en faisant une lumière rouge
– Ça fait VZOUM VZOUM de plus en plus vite
À votre avis, faut-il se jeter à terre ou simplement s’exclamer : « MAIS QU’EST-CE DONC ? » des fois que ce soit en réalité un œuf de Pâques (car Djizousse étant intergalactique, le lapin de Pâques doit l’être aussi) ?
Eh bien nos héros choisissent la seconde option. Et pas de bol : c’était bel et bien une grenade du futur, qui leur pète au nez.
Sachez d’ailleurs que de tout le film, à chaque fois que l’engin enverra des grenades, le temps avant détonation ne sera jamais le même. Parfois, ça pète une seconde plus tard, parfois cinq, voire dix. Vous me direz « Vous êtes de mauvaise foi : peut-être que l’engin peut programmer la durée avant explosion quand il les lance !« . Alors, je veux bien, mais dans ce cas : pourquoi est-ce que c’est calculé pour toujours péter de la manière la moins efficace possible, laissant ainsi aux héros le temps de filer ? Voilà. Merci. Maintenant, cessez de me contredire : j’ai encore de la place à la cave pour les gens comme vous, margoulins.
Dans l’immédiat cela dit, et comme tout le monde est resté sur place à regarder bêtement, la grenade fait boum et envoie nos stagiaires dévaler la pente du ravin voisin. Ce qui en tue plusieurs, en blesse d’autres, et même John Big Balls s’y fracasse deux doigts… qu’il se remet en place avant d’aller dire à ses hommes que eh, oh, d’accord, vous aussi vous avez mal, mais est-ce une raison pour gueuler comme des putois ?
– C’est-à-dire que, chef, ya Dédé, y s’est empalé sur un tronc d’arbre pointu.
– Mais qu’il est con ce Dédé aussi ! Dédé ! Qu’est-ce qui t’as pris ?
– Aaah… désolé… chef… j’ai glissé…
Et John d’attraper Dédé pour le retirer du tronc d’arbre. À noter que les Rangers ont dû oublier la formation aux premiers secours, car depuis le début du film, dès que quelqu’un a un truc quelconque planté dans le corps (comme John en Afghanistan), il le retire aussitôt en grognant, et non, n’essaie même pas d’arrêter l’hémorragie dans la foulée. Pourquoi ? Eh bien parce que… euh… parce que.
Dédé est donc certes décroché de son arbre, mais se vide donc de son sang et meurt comme une merde, à la surprise générale.
John compte ses morts, car il y en a eu d’autres, note que son second, « numéro 7 », est tout bonnement incapable de marcher et va devoir être trainé sur une civière, et réorganise la patrouille.
– Il faut joindre la base pour les avertir. Où est passé le type qui transportait notre radio ?
– Il est resté en haut du ravin.
– Raaaah ! Bon, j’vais le chercher.
Malgré ses doigts tout cassés, John et ses big balls escaladent la paroi (les balls le ralentissent un peu mais lui donnent force et courage), remontent, et trouvent bien le radio, mais avec un trou dedans. Le Monsieur comme l’objet qu’il portait. Quant à l’engin extraterrestre, sentant bien que ça bouge encore dans le coin… il se remet à poursuivre nos malheureux héros, qui se retrouvent à cavalcader dans les bois en portant le malheureux numéro 7 sur sa civière. Heureusement, en dévalant encore un peu plus de terrain, ils perdent de vue le Deceptic… ahem, le vilain robot.
Tout le monde pense ainsi avoir semé la vilaine machine dans les bois, quand soudain, un obstacle inattendu se présente : il faut traverser une rivière !
– De l’eau ! Mon ennemie jurée !
– Du calme John.
– Tu as raison… on peut tendre des cordes au-dessus et franchir ces rapides sans se mouiller. Sans compter qu’on pourra faire passer la civière ainsi. Faisons comme ça.
Sauf que pour de mystérieuses raison, nos amis ont oublié qu’il y avait un énorme noeud à leurs cordes (un détail) et que le mousqueton par lequel on a accroché la civière de 7… ben n’aime pas trop les gros nœuds, ce petit intolérant. Tout le monde est donc bien embêté et propose son aide.
– Et en forçant ?
– Non !
– Et en revenant en arrière pour utiliser une autre corde ?
– Non !
– Et en laissant tomber le blessé ?
– Non !
– VZOUIIIII VZON VZON ZOOOOON ?
– N… ah ? MAIS ? KÉKIFOULALUI ?
Car oui : la grosse machine, qui doit bien faire ses 50 tonnes et continue à faire des bruits de Modem pré-an 2000 a réussi à s’approcher discrètement. Halala, ces machines de 50 tonnes sont vraiment coquines ! Elle commence donc à scanner lentement tout ce petit monde, puis se met à distribuer des pruneaux, aussi, la seule solution est de se jeter à l’eau. Oui, même avec une civière. À nouveau, car décidément, c’est vraiment son point faible, John manque de se noyer…
… mais est sorti de l’eau par ses amis, ainsi que la civière de 7 (qui lui aussi va bien, merci), après qu’ils aient manqué de se noyer ET soient tombés d’une énorme cascade. Un détail. Le type qui a sorti notre ami des eaux lui tape l’épaule.
– Faut vraiment que vous restiez loin de l’eau, chef.
– C’est pour ça que j’ai choisi les Rangers, pas les Marines. Et… attendez ! Qui êtes-vous, soldat ?
– Le numéro 60.
– Mais vous n’étiez pas mort ?
– Euh… en fait… durant la première attaque j’ai… euh… je suis tombé dans les rapides et je suis arrivé ici.
On parle bien des rapides qui n’étaient PAS DU TOUT à côté du lieu où la première attaque s’est déroulée ? Oui ? Ah. Bon ben on va dire qu’il s’est téléporté.
Sachez que ça n’apporte rien au film : le larron aurait juste pu être avec eux depuis le début, c’eut été la même chose. Mais quelqu’un a voulu ajouter une scène où un soldat disparu réapparait de manière impossible sans explication crédible… parce que.
Hmmm hmmm.
Une seule question : pourquoi ? Pourquoi créer des scènes et dialogues qui ne rajoutent rien, si ce n’est des incohérences ?
Un jour. Un jour, j’espère avoir la réponse à cette question. Mais pendant que je fixe l’horizon les sourcils froncés et l’air mystérieux, poursuivons.
John reprend tout ce petit monde en main et leur propose de se diriger vers le village factice où, pour leur exercice, un pilote devait être retenu. Car sur place, il doit forcément y avoir des cadres des Rangers, à qui ils pourront expliquer qu’une sorte de gros malappris spatial fait rien qu’à gêner leur petit exercice. Hélas, en arrivant, ils ne trouvent que des ruines calcinées : il semblerait qu’ici aussi, on ait reçu la visite d’un merdou galactique. Heureusement, tout n’est pas perdu, car sur place ils trouvent un véhicule blindé qui est encore en état de rouler.
– Il suffit de le retaper un peu.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
– Le joint de culasse. Toujours ce foutu joint de culasse.
Mais avec un chewing-gum et un élastique, notre héros qui est ingénieur militaire et intervenait sur des convois en panne au début du film n’a aucun souci à tout remettre en route. On charge tout le monde à bord, y compris l’homme sur sa civière, et zou ! Direction la base !
Sauf qu’évidemment, qui a approché en douce ?
– VZOU VZOU ?
– MAIS PUTAIN TU FAIS 50 TONNES D’OU TU SORS DES SOUS-BOIS COMME UN PETIT LAPIN ?
– VZOU NOUF NOUF VZOUIP !

Pour votre gouverne, en plus de ses canons à feux d’artifice et de ses grenades qui pètent toujours trop tard, le robot aussi un laser façon Godzilla (il doit même ouvrir la gueule pour le lancer). Mais il loupe toujours les trucs importants.
Et c’est parti pour une course-poursuite au milieu des pins entre le véhicule blindé de nos héros et le bidule spatial bipède qui a décidé d’y faire des trous. Pour faire simple, le vilain robot envoie des obus qui font plus ou moins mal selon les besoins du script, des grenades qui explosent toujours trop tard ou finalement pas très fort (oui, leur puissance varie aussi), l’engin de nos amis a une tourelle avec un gros calibre 50 qui ne semble rien faire au vil bidule, mais John ordonne quand même à un soldat à bord de passer la tête dehors pour arroser au fusil : « en visant entre les plaques ».
Oui, c’est connu : le truc résiste à des explosifs, à de la mitrailleuse de gros calibre et tout le tintouin, mais nul doute qu’une balle de pétoire de base suffisamment précise (tirée depuis un véhicule qui zig-zague sur une route défoncée, je le rappelle) peut lui faire mal. L’idée est débile, mais exécutée, et il arrive peu ou prou la même chose au soldat désigné. Flûte. Au final, nos amis finissent avec un véhicule en partie déchiqueté qui fait une sortie de route, et tout le monde meurt… sauf John Big Balls, protégé par ses airbags velus, et numéro 7, dont la civière était tombée du blindé peu avant qu’il n’ait de gros problèmes, mais ça va, c’est rien. Tomber d’un véhicule à pleine vitesse dans du terrain accidenté avant d’être piétiné par un robot géant, vous savez, c’est surfait.
J’ignore si numéro 7, le type dont la civière dévale des cascades et des pentes forestières, est un vrai personnage ou un running gag, mais dans les deux cas, c’est très con.
Quid du robot, au fait ?
Eh bien John, voyant que même le lance-grenades du bord ne lui faisait rien, a eu la bonne idée d’envoyer la sauce dans la paroi rocheuse voisine, qui s’est éboulée sur le margoulin. Aussi, quand notre héros reprend connaissance, il repart en arrière récupérer numéro 7 (qui va très bien, j’insiste, sa civière aussi est en Balkanium)… et constate que le robot a certes perdu un bout sous les quelques tonnes de pierre, mais s’en est tiré et est allé un peu plus loin communiquer avec l’espace (car il communique par énooooormes signaux lumineux, là encore, c’est fort discret).
John décide donc qu’il est temps d’en finir (jusqu’ici, il laissait sa chance à ce migrant galactique, mais là, tant pis pour les qu’en dira-t-on : il va le bouter hors de ce monde).
Après avoir planqué numéro 7 dans un coin, il se débrouille pour laisser une piste bien visible qui mène jusqu’à un chantier voisin qu’il avait repéré plus tôt dans la mission. On y trouve des explosifs, certes, mais aussi… un TRACTOPELLE. Oui, c’est un vrai petit garçon : il est fasciné par les tractopelles. Alors que personnellement, pour affronter un monstre de l’espace, j’aurais quand même donné plus de chances aux explosifs, quand bien même ils avaient échoué jusqu’alors. Cependant, vous connaissez la logique des films américains :
« Si les méchants combattront toujours avec des armes plus ou moins terrifiantes, les gentils devront généralement se battre avec des trucs improvisés, issus A) d’un magasin de jouets B) d’un rayon bricolage C) d’un chantier D) d’une station service (qui permet aussi de se déguiser en enfilant une casquette et des lunettes de soleil) ». Probablement une passion secrète pour McGyver chez les scénaristes.
Le plan de notre héros est aussi simple que pourri :
- Attirer le bidule sur le chantier
- Le charger avec le tractopelle pour le coincer contre un mur
- Là, activer une machine qui envoie des gravats pour saturer l’aération que le monstre a sur la partie supérieure de sa coque, afin de le faire surchauffer
Et figurez-vous que la machine de l’espace qui broyait des véhicules blindés sans problème…
… n’est pas fichue d’endommager un tractopelle. Encore un complot du BTP ! Le plan de John marche donc, le robot géant surchauffe parce qu’il y a du merdou dans son aération, et bam, ça lui pourrit le joint de culasse. Ce qui est fatal, comme John le sait.
Notre héros n’a plus qu’à rentrer à la base en portant numéro 7 sur les épaules, et alors qu’il découvre ladite base bien endommagée, mais aussi encombrée de soldats qui se réorganisent au milieu de robots détruits, John va là où il devait se rendre. À savoir sur la place d’armes, comme prévu à la fin de l’exercice. Et où le major Carl le trouve.
– Mais ? Bordel ? Vous êtes con ? Vous savez que l’exercice est fini ?
– Symboliquement… je voulais… y arriver…
– Mec, t’as un blessé sur ton dos. Le temps perdu à faire ton « symbole » aurait pu le tuer.
– Ah oui, merde. On peut retirer ce dialogue du script ?
– Sans souci. Allez, on fait comme si c’était brillant, et comme tu as perdu tous tes copains… hop ! Voici un velcro officiel « Rangers » !
Eh bé. Ça valait le coup.
Le major en profite pour expliquer la situation à John.
– Pendant que vous faisiez le con dans les bois, nous avons été assaillis par ces choses venues de l’espace. Le monde entier a subi cette invasion.
– Ah ouais ?
– Vous doutez de ma parole, John ?
– Ben je sais pas… vous me dites qu’alors qu’on courrait les bois à quelques kilomètres de la base avec les copains, il y avait toute une bataille géante avec des roquettes dans tous les sens, mais on n’a même pas entendu un vague « boum » lointain ? Ou vu un avion ou un hélico passer ?
– … ah oui, je crois que le film a oublié ce détail. On va dire que tous les combats se sont faits à chifoumi. Et encore, en chuchotant.
Oublier une guerre galactique : un détail. Mais le major, lui, poursuit.
– Notre problème, c’est que cela n’était que la première vague. D’après la NASA, des dizaines de milliers d’engins similaires approchent de la Terre. Tous les pays du monde ont formé une grande alliance pour les affronter. Et ont choisi les Rangers pour mener l’assaut.
– Comment ça ?
– Je relis… les pays du monde… ont choisi les Rangers… pour mener l’assaut.
– Et ça se passe comment concrètement vu que le monde entier est attaqué en même temps ? À Pékin, ils jouent aux cartes en attendant les Rangers ? À Paris, on déclare 5 jours de congés en attendant la flotte américaine ?
– C’est vrai que c’est con.
Mais que ne ferait-on pas pour dire « Une fois de plus l’AMERIQUE VA SAUVER LE MONDE, FUCK YEAH ! »
Le major a une dernière question pour John : il a réussi à vaincre un de ces monstres sans armes. Comment a-t-il fait ?
– C’est facile. J’ai vu ce motherfucker, avec son énorme coque, et je lui ai dit « Je vais te blow ta big coque », et là…
– … John, je… ahem. Plus simple. Et en français. Entièrement en français. Pitié.
– Ah. Ben j’ai versé des gravillons dans son aération. Voilà. Environ 17 tonnes de gravillons depuis une machine de chantier.
– C’est super John ! Cela va sauver bien des vies en facilitant les combats.
– Ah bon ? Comment ? Vous comptez larguer un canadair de cailloux sur chaque engin ? Ou bien on peut admettre que mon info ne sert pas à grand chose ? Sans compter qu’on voit autour de nous plein d’épaves de robots vaincus que vous pouvez étudier à volonté, donc ça serait pas plus intelligent de demander aux gens en train de les démonter s’il y a des points faibles ? Plutôt que moi qui ai attaqué avec un vieux stock inadapté de chez Monsieur Bricolage ? Et puis en plus, attendez, nous, ni notre mitrailleuse de 50, ni nos explosifs ne l’égratignaient, alors c’est plutôt à moi de vous demander comment vous…
– Chhhhut John. Chut. Nous approchons de la fin. Arrête.
Le major envoie alors John et une nouvelle vague de Rangers vers des hélicoptères afin d’aller porter assistance à la ville la plus proche. On voit alors cette vague humaine foncer vers le même hélicoptère car personne n’a précisé aux figurants qu’il devaient se disperser entre les appareils. Puis, la caméra embarque avec John, qui dort enfin un peu, en route pour de nouveaux combats et…
… FIN !

Les Rangers, qui sont donc chargés de libérer le monde entier, alors qu’ils n’étaient pas foutus d’aller aider le héros qui gambadait dans les bois à 2 bornes de la base.
Et ne me parlez pas de suite. Il va déjà me falloir du temps pour me remettre de pareil chef d’œuvre.
Le film ayant rencontré son public, si j’en crois la critique, permettez-moi d’en proposer une version française. Ahem.
Machine de Guerre.
Nous ne sommes pas seuls. Il y a d’autres espèces pensantes dans l’univers, et l’une d’entre elles a décidé d’en finir avec nous. C’est ainsi qu’arrivent sur Terre de gigantesques robots, première vague d’une invasion extraterrestre que personne n’attendait. Le matin de l’attaque, voilà que l’un de ces monstres mécaniques atterrit au beau milieu d’un terrain d’entrainement militaire français, et tombe nez-à-nez avec l’adjudant 18 et ses hommes, alors occupés à un stage d’endurcissement, loin de tout. C’est un véritable massacre qui s’annonce.
Attendez, attendez, j’ai quand même mis un petit twist, comme on dit.
Pensant effrayer les humains, les extraterrestres ont donné à la machine une forme de chèvre. Et elle vient d’atterrir au milieu d’un camp de la Légion Etrangère.
La suite ? Eh bien, on suit la folle course du pauvre robot qui tente d’échapper aux derniers outrages.

L’affiche : je laisse entendre que la chèvre a une chance, mais bon, vous et moi, nous savons.