Publié le 15.10.2026 à 12:10
Tirer les comptes publics de l’ornière libérale
Publié le 14.10.2026 à 13:14
Conférence de presse de Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel
Publié le 11.10.2026 à 19:49
Il faut abroger Parcoursup ! – Meeting de Jean-Luc Mélenchon à Clermont-Ferrand
Publié le 09.10.2026 à 19:24
Tout pouvoir redoute les révoltes de la jeunesse. – Interview pour Centre Presse
Publié le 07.10.2026 à 09:12
6 octobre : Jour de mémoire et de leçons politiques
Publié le 15.10.2026 à 12:10
Tirer les comptes publics de l’ornière libérale
Cette année encore, les Insoumis se sont mis au défi de présenter, comme nous le faisons depuis 2017, un contre-budget pour répondre à la présentation du budget par le gouvernement. Mais cette année, il y a un contexte bien différent. L’Assemblée va délibérer au mois d’octobre, mais il y a une élection présidentielle au mois d’avril, en cours d’année d’exécution du budget. Nous savons avoir une possibilité de gagner cette élection. Par conséquent tout ce qui aura été décidé maintenant ne servira à rien. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls dans cette perspective. Tous ceux qui sont candidats à l’élection présidentielle ont, je suppose, au moins le même espoir de gagner et donc de devoir présenter aussitôt un projet de loi de finances rectificative. Personne à part nous n’a l’air de s’en soucier
Nous avons donc dû préparer un projet qui soit non seulement raccord avec le projet général contenu dans L’Avenir en commun, mais aussi raccord avec une séquence dans le temps. Les élections législatives suivront quasi immédiatement, et nous aurons un projet de loi de finances rectificative, avant de passer à d’autres choses, comme le démantèlement de l’empire Bolloré, pendant l’été 2027. C’est ce « raccord » qu’il s’agissait d’organiser. Si bien que le document préparé cette année par Éric Coquerel et plusieurs équipes du mouvement insoumis au travail sur ce sujet, se présente quasiment comme l’avant projet de cette loi de finances rectificative.
L’autre culture de la dette publique.
Dans ce domaine, nous sommes à l’aise, parce que l’ensemble des animateurs du mouvement insoumis ont une culture économique commune. Certes, ce n’est pas la culture dominante. Cette culture s’est construite au début des années 2000, pendant toute la période de l’altermondialisme, quand on commençait à mettre en cause les bases techniques sur lesquelles fonctionnait le modèle néolibéral. Ce modèle s’achève en ce moment par une débâcle générale. Tous les pays qui l’ont appliqué sont endettés jusqu’au cou. Ils voient leurs équipements publics saccagés et leurs populations clivées entre deux extrêmes : ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien. Le nombre des milliardaires augmente et celui des pauvres explose.
Dès cette époque, notre approche a porté sur ces sujets qui apparaissent aujourd’hui comme neufs. Ils ne le sont pas du tout. Beaucoup ont oublié qu’il y a eu, sur la question des dettes des États, une période d’amples discussions au niveau international, quand l’ensemble des pays d’Amérique latine ont été pris à la gorge par ce fléau. Il y avait même eu une mission décidée par l’ONU, à l’initiative de l’Afrique du Sud et de l’Équateur, dont le président était à l’époque Rafael Correa. Elle avait assumé un mandat pour discuter de la manière d’affronter le poids de la dette publique en empêchant les différentes économies nationales d’être asphyxiées. On se rappellera peut-être que j’avais été invité à témoigner à Genève devant cette commission de l’ONU, précisément sur la question des dettes et de leur annulation. Le terme utilisé à l’époque était celui de « dette odieuse ». La discussion sur ce sujet ne commence donc pas aujourd’hui. Pour nombre d’entre nous, elle a déjà une longue histoire de luttes, d’opposition, de réflexion, de travail et de mise au point. Nous ne débarquons donc pas.
Cela nous évite de commettre des erreurs comme madame Le Pen. Tout d’un coup ils improvisent en proposant une « règle d’or ». Ils pensent s’offrir de cette façon une crédibilité des « marchés ». Ils en attendent des résultats merveilleux, en se moquant du fait qu’ils sont absolument intenables et ingérables. Et en oubliant pourquoi tous les pays qui l’avaient annoncée y ont finalement renoncé.
Nous sommes donc dans la filiation de cette autre histoire critique qui, depuis le surgissement et la domination du néolibéralisme, a travaillé la pensée de gauche et, d’une manière générale, celle des économistes hétérodoxes.
La stratégie libérale de la dette
La situation de la France a plusieurs particularités révélatrices de la méthode de la dette comme stratégie des libéraux. Je l’ai résumée devant le MEDEF, si vous voulez bien vous en souvenir : le total des « aides » apportées aux entreprises, c’est-à-dire en fait aux actionnaires, équivaut au déficit, et que le déficit, c’est le montant de la dette. Elle n’a pas d’autre origine que l’appauvrissement méthodiquement organisé de l’État par le macronisme, à la suite des deux précédents présidents de la République.
Tout un temps, partout dans le monde, le néolibéralisme avait la même stratégie. Il fallait couler les comptes publics en appauvrissant l’État. Puis dénoncer la dette, et donc couper dans les dépenses publiques consacrées aux services publics. Et enfin subventionner le « marché » pour remplacer tout ce qui avait été socialisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Rien n’est donc arrivé ensuite par hasard. Ce n’est pas que les gouvernements libéraux se soient laissés aller ou qu’ils n’aient pas compris la situation : ils l’ont voulue et organisée délibérément. C’était, en Europe, le projet allemand en particulier, celui de l’ordolibéralisme. Pour cela, la politique ne doit plus jamais se mêler d’économie. C’est ce qu’ils ont appliqué, et cela s’est terminé partout par un désastre.
Car il ne faudrait pas croire que seule la France a quatre mille ponts à réparer, des milliers d’établissements scolaires en ruine et des hôpitaux publics dans le pire des états. Les Allemands sont dans une situation comparable, et à maints égards, pire que la nôtre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils relancent à coup de dettes à leur tour.
Aides, déficit et dette : c’est tout un !
En attendant, la formule que j’ai utilisée devant le MEDEF était la bonne : les aides sans contreparties ont fait le déficit, et le déficit a fait la dette. C’est une stratégie, et c’est cette stratégie que nous voulons renverser. Si vous nous jugez d’après les critères du néolibéralisme, nos projets sont inacceptables. Mais nous pensons que l’histoire peut sans cesse renouveler ses formules. Et elle le fait.
Jusqu’à présent, ce que je viens de dire, c’était en quelque sorte un slogan présenté devant le MEDEF. C’est maintenant une réalité que plus personne ne peut discuter. Quand le rapport sénatorial de Fabien Gay est sorti, il parlait de 210 milliards d’aides, et il expliquait par là le déficit et l’appauvrissement volontaire de l’État. Le président de cette commission, qui est LR, disait : « Non, ce n’est que 120 milliards. » J’avais alors répondu que je m’en contentais ! Avec cela, on réduit sérieusement le déficit, puisqu’il est de 150 milliards. Mais voici du neuf. Depuis avant-hier, Bercy a établi que les aides s’élevaient à 166 milliards, c’est-à-dire 16 milliards de plus que le déficit du budget de l’État. Il est donc établi, par ceux-là mêmes qui ont creusé le trou, que ce trou dans la caisse est exclusivement dû aux aides.
Quand on dit « les aides », ce sont les faveurs, les niches, tous ces moyens par lesquels le capital concentré de notre pays a échappé à l’impôt, échappé à toutes ses obligations, et abondé sans limite l’actionnariat. Sous cette dictature de l’actionnariat, dont le régime Macron aura été l’accélérateur irresponsable, voici nos comptes publics mis en impasse.
Mais apprécions tout de même ceci, et j’en suis un témoin, ma mémoire est donc encore fraîche sur le sujet : il doit bien rester quelques personnes en politique pour se souvenir d’avoir vécu à une époque où l’impôt sur les sociétés était de 50 %. Et à cette époque le profit réinvesti dans l’entreprise n’était pas taxé au même taux tarif que la part distribuée aux actionnaires ! Je le rappelle, ce n’était pas le communisme à l’époque en France. Au demeurant, si l’on appliquait la fiscalité qui avait cours sous le président Chirac, il n’y aurait pas de déficit aujourd’hui. Tout montre donc que notre raisonnement de base est le bon : le désastre actuel a été créé volontairement, comme une stratégie. On peut en venir à bout en inversant la méthode.
Le capital peut payer
Monsieur Macron a trouvé l’impôt sur les sociétés à 33 % et l’a amené à 25 %. Mais tout le monde sait que ce taux de 25 % est bidon. Les grandes multinationales paient 15 %. Seules les petites entreprises en France paient plus de 20 % ; les grands groupes et les compagnies financières, non. D’ailleurs, le taux sur lequel on s’était entendu à un moment donné pour limiter l’ampleur du scandale des différences d’imposition au niveau mondial, avant que Trump n’envoie tout balader, était de 12 %. Voilà d’où nous sommes partis, voilà où nous sommes arrivés, et voilà pourquoi il y a le gouffre, le trou, l’impasse. Il y a une cohérence de cette politique et Monsieur Macron la maintient dans les pires circonstances. Et c’est ce que continue le budget de Monsieur Lecornu, son commis actuel.
Déstabiliser la France coûterait cher
On voudrait faire de la France une sorte d’exception calamiteuse pour justifier que nous soyons traités comme des Grecs des années passées. Les Grecs pèsent 2 % de l’économie européenne, les Français 18 %. Je redis aussi solennellement que je le peux à tous ceux qui voudraient, par leurs complots ou pour faire de bonnes et juteuses affaires, précipiter la France à terre : ils auraient eux-mêmes à en payer chèrement les conséquences. Autrement dit, il n’existe pas de « malaise français » sans malaise européen. J’utilise des formules arrondies pour que personne ne ressente une panique excessive. Mais j’appelle à méditer ce que je viens d’écrire là. Car en toute hypothèse, je rappelle aussi à tout le monde que depuis 2012, on a voté au même moment le mécanisme européen de stabilité financière. Autrement dit, si par malheur quelqu’un faisait trébucher la France, toute l’Europe paierait, à commencer par nos voisins allemands. Je rappelle : si la Grèce avait fini par une banqueroute, il y en aurait eu pour 45 milliards pour nous et 65 milliards pour les Allemands au nom de ce mécanisme.
La hausse des taux est universelle.
La terre entière est soumise à une augmentation des taux qui, du point de vue de l’économie capitaliste contemporaine, ne présente aucun mystère. Pourquoi ? Parce que en dépit des masses financières considérables disponibles dans le monde, il y a une compétition des investissements. D’abord aux États-Unis d’Amérique, entre l’argent investi dans le numérique et l’intelligence artificielle, et les emprunts du Trésor nord-américain, qui portent sur la somme faramineuse de 40 000 milliards. Même quand on peut fabriquer de la monnaie tous les jours, comme les Nord-Américains ont le pouvoir de le faire, cela fait une rude concurrence.
Une deuxième concurrence existe. Nos amis et voisins allemands empruntent cette année beaucoup. Vraiment beaucoup. À leur tour, ils viennent avec leur paille boire l’eau délicieuse du déficit impuni. Il justifiera ensuite l’affrontement avec la puissante organisation syndicale de leur pays et avec les niveaux de salaire allemands jugés incompatibles avec la compétition internationale, notamment avec l’Asie. L’Allemagne a besoin d’un choc social, et elle est en train de s’en offrir le terrain en empruntant pour relancer son activité avec l’économie d’armement. Cela crée une compétition qui aggrave la situation particulière en Europe. Car l’Europe est déjà placée sous le feu des États-Unis d’Amérique. Ils font tout pour l’appauvrir, la dominer, la vassaliser et la coloniser, comme sur le plan du numérique ou d’approvisionnement en carburant.
La trahison des élites
En France, s’y ajoute quelque chose de traditionnel dans la vie des Français : la trahison des élites. Cette méthode, c’est Monsieur Bayrou qui l’a remise au goût du jour. Avant lui, il y avait eu Fillon : « La France est en faillite ». Ces gens cherchent à provoquer des effets de panique pour ramener le troupeau vers la bonne sortie. Ce fut Monsieur Fillon, et l’artiste suprême fut Monsieur Bayrou, qui s’est tout d’un coup inventé une rigueur qu’il n’avait jamais pratiquée lorsqu’il gouvernait. Il a délibérément expliqué que la France était en faillite. Deux semaines après, toutes les agences de notation baissaient la note de la France. Et cela pour une raison que tout le monde comprend : les notes données par les agences de notation sont une référence obligée pour nombre d’acteurs financiers de toutes sortes. Dès lors, quand le Premier ministre lui-même dit que c’est la catastrophe, pourquoi voudriez-vous qu’une agence dise autre chose que lui ? Aujourd’hui, cela s’aggrave.
Ainsi, lorsque nous parlons d’abroger la dette française détenue dans les caisses de la BCE, qui est de l’argent que nous nous devons à nous-mêmes, on voit par exemple une certaine presse courir voir le banquier allemand pour lui demander ce qu’il en pense. Puis on voit se succéder dans le même sens tous les hauts personnages. Ils ne discutent ni n’argumentent : ils insultent, admonestent et travaillent ouvertement au ralliement à l’extrême droite. À commencer par Monsieur Moulin, gouverneur de la Banque de France. Je veux rappeler qu’il n’est là que parce que son prédécesseur est parti avant la fin de son mandat, pour que Monsieur Macron puisse nommer le suivant et que ce ne soit pas éventuellement à moi de le faire. Cet homme, qui n’a jamais obtenu la majorité du vote des députés, lesquels représentent pourtant le peuple français, a fini par être nommé faute d’avoir trouvé deux tiers des voix pour le repousser. Auparavant, il était directeur du Trésor, et secrétaire général de l’Élysée, c’est-à-dire personnellement responsable de la mise en place et de l’exécution de la politique calamiteuse dont nous parlons.
Il en va de même des deux anciens Premiers ministres qui se présentent à l’élection présidentielle. Car c’est sous leur gouvernement que la dette a été triplée par rapport à ce qu’elle était avant la présidence de Monsieur Sarkozy, qui lui-même a fait 600 milliards de dette. Puis Monsieur Hollande, c’est 398 milliards ! Et ensuite Macron 1 300 milliards, un peu plus. Tous ces gens-là se tiennent par la barbichette. Ils sont tous responsables. Ce n’est jamais nous qui avons gouverné ce pays. La seule éclaircie dans les malheurs des comptes publics a été l’épisode du gouvernement Jospin, où, sur la base d’une certaine politique de relance, tous les comptes sociaux ont été remis au vert. Je le rappelle pour ceux qui n’ont pas de mémoire. Moi, j’en ai une car j’y étais.
Le capital doit réparer ses dégâts
Pour remettre en ordre les comptes publics, il faut se concentrer sur l’essentiel. Je dois résumer, et donc peut-être d’une certaine manière dessiner à gros traits, mais on comprend ce que je veux dire : il est nécessaire de mettre à contribution le capital financier, parce que c’est lui qui a profité de la dette à plein, tout le temps, sous toutes les formes : les baisses de salaires, les baisses de revenus, les faveurs fiscales de toutes sortes, jusqu’à aujourd’hui encore. Ceux qui ne veulent pas l’admettre feraient bien de démontrer leur thèse au lieu d’accuser la nôtre. Le capital financier a profité, et c’est lui qui doit maintenant prendre sa part et combler les déficits qu’il a provoqué.
Pourquoi lui ? Parce que c’est le seul prélèvement qui n’a pas d’effet récessif. Quand on taxe un fonds financier ou une quelconque institution financière de cette nature, cela ne provoque pas de recul de l’activité. Tandis que lorsqu’on prélève sur ceux qui produisent, cela a, par la force des choses, un impact récessif. C’est le cas de l’actuel budget Lecornu. Il enfoncerait le pays dans un effet récessif plus important.
En tout cas, vous verrez que nous avons deux fers au feu concernant la dette. Et nous sommes les seuls à en avoir. Tous ceux qui, avec des airs supérieurs, nous demandent comment nous finançons ceci ou cela ne tiennent jamais aucun compte de ce que nous disons, ni des recettes supplémentaires que nous allons tirer de nos impôts sur le capital et avec lesquelles nous avons l’intention de financer les besoins.
Payer la dette ?
Sur la dette, nous actionnons deux leviers depuis le début. Premier levier : la dette française détenue par la BCE. J’insiste sur le fait qu’il s’agit purement et simplement d’un trait à tirer. Par conséquent, je ne vois pas pourquoi on va demander au président d’Euronext, c’est-à-dire président d’une Bourse qui passe sa vie à vivre de la spéculation, de venir nous donner des leçons de gestion de l’économie. Je ne vais pas vous ressortir De Gaulle pour vous dire que la politique de la France ne se fait pas à la corbeille, mais celui-là est le plus mal placé pour expliquer comment se gère la dette publique. Il ferait bien d’aller réviser ses propres comptes avant de venir me faire la leçon en disant que, soit je ne sais pas, soit je mens volontairement. C’est un spéculateur, un profiteur de crise et un exploiteur du peuple. Quel est l’intérêt du témoignage de cette personne ? Zéro. Pourtant, il a occupé toute une journée de commentaires. Et j’en passe, parce que maintenant cela défile : le gouverneur de la Banque de France, le chef de je ne sais quelle compagnie d’investissement qui termine en disant que si le capital doit choisir, quelle surprise, il préférera Le Pen à Mélenchon. On connaît toute cette musique. Ils défilent les uns derrière les autres comme des comploteurs contre notre pays.
Voilà donc le premier fer au feu. Le deuxième, ce sont les recettes nouvelles que produit la réorientation de l’épargne de notre pays, qui est considérable. J’insiste sur le mot réorientation, que l’on considère l’assurance-vie ou la Caisse des dépôts et consignations. Comme vous pourriez être surpris et vous méprendre sur les mots, je précise : j’ai dit réorientation, pas imposition, pas taxation, pas confiscation, pas nationalisation. Réorienter veut dire que les propriétaires resteront propriétaires, mais qu’au lieu de voir un euro sur deux de l’assurance-vie partir à l’étranger, cet argent viendra s’investir en France, parce que des conditions plus favorables y seront faites. Lesquelles ? Celles qui résulteront de l’annulation de l’avantage financier accordé à l’euro qui quitte la France. Naturellement, cela ne concernera pas la totalité de cette somme disponible. Car il n’y a pas où investir 1 000 milliards séance tenante en France. Mais tout le monde a bien compris : réorientation !
Cette réorientation a pour effet de procurer des recettes supplémentaires à l’État. Comment ? Le taux moyen de la TVA est de 18 %. Dès lors que de l’argent, qui appartient toujours à l’un ou à l’autre, est investi dans des entreprises qui achètent des matières premières, louent des bâtiments et emploient des salariés, tout le monde comprend que l’ensemble de cette production est taxé à ce taux moyen. C’est ce taux moyen qui va nous aider aussi à financer le recul de la dette publique.
De manière symbolique, mais parlante, nous avons décidé que, dans le budget que nous présentons, 25 milliards seraient consacrés à la diminution de la dette. Nous sommes donc dans l’épure des quatre spécialistes qui avaient été nommés pour faire des recommandations, et qui parlaient, eux, de 125 milliards. Très bien : en voici le cinquième. À cela s’ajoutera un allègement de la charge annuelle auquel s’ajoutera l’annulation de l’effet récessif. Car l’effet récessif des budgets Macron va faire diminuer les recettes de l’État. Par conséquent, quand le budget Lecornu aura été appliqué, la situation sera pire qu’avant.
Deux visions de l’économie actuelle
Éric Coquerel a eu totalement raison de dire que mieux aurait valu une loi spéciale plutôt que ce budget. On aurait alors maintenu l’épure précédente, qui n’était déjà pas bonne, mais qu’on n’aurait pas aggravée, et on aurait laissé à la prochaine équipe, qui arrivera en avril prochain, le soin de fixer ce que sera en définitive le budget de 2027. Car, en toute hypothèse, le budget de l’année prochaine ne sera pas celui que l’on va décider cette fois-ci, quel que soit le vainqueur. Il pourra être pire si c’est Attal ou Philippe qui gagne, puisque ce sont eux qui ont déjà creusé un trou de 1 300 milliards. C’est leur spécialité, c’est ce qu’ils savent faire. Ou dément si c’est madame Le Pen et ses apprentis sorciers qui l’emporte.
Je vais terminer en vous disant ce à quoi vous êtes confrontés : deux visions globales, chiffrées, argumentées, appuyées sur l’expérience et sur la démonstration donnée par nos voisins. Depuis que l’Espagne a adopté un budget de croissance écologique et sociale, elle connaît une croissance franche et un recul de sa dette, puisqu’elle est passée sous les 100 %. Ce que nous vous disons n’est donc pas un pur schéma idéologique : c’est quelque chose qui s’applique ailleurs et qui donne des résultats. Les Allemands, cette fois-ci, ont pris eux aussi une autre direction : ils ont compris que trois ans de récession finiraient par les tuer, et ils en étaient à la quatrième année. Eh bien, dès qu’ils se sont remis à réinvestir, cette année, en empruntant un peu plus de 60 milliards, leur économie est sortie de la récession pour entrer dans une autre phase.
Notre budget injecte au compte-gouttes de l’argent qui se remet en circulation. J’insiste sur ces deux termes : injecter au compte-gouttes, et de l’argent qui se remet en circulation. C’est par exemple l’allocation jeunes, qui, après déduction des autres allocations, leur donne 1 300 euros par mois. C’est le même schéma appliqué sous Lionel Jospin, avec l’embauche de 350 000 emplois jeunes au SMIC, et j’ai rappelé tout à l’heure le résultat. Il y a ensuite le point d’indice des fonctionnaires, et toute une série d’autres mesures. Et il y a la politique de réorientation de l’épargne : comme il s’agit de 100 milliards dans le premier budget, cela fait 18 milliards qui reviennent dans la poche de l’Etat.
Et la BCE ? Elle doit agir !
Je termine sur la BCE. Nous sommes en droit de demander aux euro-enthousiastes à quoi sert l’Europe dans les circonstances que nous vivons ? Elle ne fait strictement rien, et le banquier central de chez nous dit que le rôle de la Banque centrale européenne n’est pas de venir au secours du budget de la France. Personne ne lui a donc dit que la Banque centrale européenne est déjà venue au secours du budget de l’Espagne et du Portugal quand elle a baissé ses taux ? Personne ne lui a dit qu’à plusieurs reprises déjà, la BCE a mené des politiques de relance, assorties de conditions qui n’ont jamais fonctionné, jusqu’au jour où elle a donné de l’argent gratuit et sans condition à toutes les banques qui voulaient bien lui en demander ou lui vendre des titres de dette d’État ? La Banque centrale européenne a déjà fait tout cela, en particulier en 2008, pour tirer d’affaire le système bancaire mondial qui menaçait de s’effondrer. Elle peut donc encore le faire. Si elle ne le fait pas, elle ferait payer à toute l’Europe le prix des dégâts.
Car la France n’est pas la seule à dépasser les 100 % selon cette règle absurde qui veut que 100 % du PIB égale la catastrophe. Ce à quoi nous ne croyons pas, parce que des étudiants en économie ont démontré que le calcul du brillant économiste qui a inventé cela était faux. D’autres pays sont dans la même situation, à des degrés divers: la Grèce, l’Italie, la Belgique, la France bien sûr, l’Espagne. Ces pays représentent 50 % du PIB de la zone euro. Si la doctrine absurde de Monsieur Moulin, selon laquelle la BCE ne s’occupe que de la stabilité des prix, s’appliquait, la catastrophe serait assurée, garantie. Car à ce stade, tout le monde paiera plus de 4 %. C’est un taux monstrueux. On peut toujours dire que 4,80 % est encore plus monstrueux, mais 4,18 actuels % l’est déjà, Tous ces pays sont mis en situation de fragilité.
Notre démarche n’est pas idéologique. C’est une démarche de rationalité économique. Nous opposons le cercle vertueux de la relance écologique et sociale, qui tirera notre pays d’affaire, au cercle morbide créé par les budgets macronistes et la démolition de l’État et des services publics.
Publié le 14.10.2026 à 13:14
Conférence de presse de Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel
Publié le 11.10.2026 à 19:49
Il faut abroger Parcoursup ! – Meeting de Jean-Luc Mélenchon à Clermont-Ferrand
Jean-Luc Mélenchon est intervenu à l’occasion d’un meeting à Clermont-Ferrand, le 11 octobre 2026.
Retrouvez la version accessible aux personnes sourdes et malentendantes (vélotypie et LSF) ici
Publié le 09.10.2026 à 19:24
Tout pouvoir redoute les révoltes de la jeunesse. – Interview pour Centre Presse
Interview publiée pour le groupe Centre Presse le 9 octobre 2026
Quelle tonalité souhaitez-vous donner au meeting de Clermont-Ferrand ?
Disons qu’elle m’est imposée par les circonstances. Je vais y présenter ma vision des événements dans lesquels nous sommes plongés avec la révolte générale de la jeunesse et la jonction de ce mouvement avec le syndicalisme salarié. Je n’imagine pas cette campagne présidentielle comme le simple énoncé d’un programme, mais surtout comme un choix des principes de vie en société. Cette méthode nous a déjà permis d’acquérir une capacité de rassemblement qui surprend les commentateurs. Dans les analyses fournies à propos de notre succès, on parle de qui nous sommes, comment nous agissons, comment nous faisons campagne, nos capacités techniques à faire campagne… Beaucoup voient bien que nous sommes toute une équipe, au contraire de tous nos concurrents. Mais ce n’est pas ça la leçon essentielle de nos succès. Elle est ailleurs, dans la réponse à la question : dans quel état d’esprit est le peuple français. Que se passe-t-il dans la société dont nous sommes l’écho ? Aussi bien quand des jeunes acclament les députés Insoumis qui viennent les voir dans leur faculté ou leur lycée, ce qui est sans précédent. Ou quand des milliers de personnes viennent à une de nos réunions. Il existe une exaspération à l’égard du pouvoir macroniste. Il a fait naître un sentiment de malaise général devant sa manière de représenter la France. Et aussi sa façon de piétiner des valeurs fondamentales qui animent notre pays, comme le goût pour une société d’entraide, le goût de la solidarité, le dégoût pour l’arrogance de l’extrême richesse.
Au début, ce meeting était prévu dans une série de meetings thématiques. Et il est devenu, un peu par la force des choses, un meeting d’affirmation des principes fondateurs de cette France là.
Vous parlez d’exaspération mais vous savez que cette exaspération peut aussi s’exprimer dans un vote RN.
En effet, l’exaspération va aussi vers le Rassemblement national. Mais moins qu’on le dit. Et je fais partie des gens qui ne croient pas à l’évaluation qui est donnée de son influence ni à l’écart qui nous sépare de Madame Le Pen. Déjà la dernière fois, sur les mêmes bases, avec le même écart annoncé par les sondeurs, à un point près, nous l’éliminions du deuxième tour. Oui, il y a une compétition et il faut l’assumer. Mais il n’est pas question de faire une campagne seulement pour effrayer. Ou de renoncer à toute idée qui pourrait ici ou là déplaire à telle ou telle catégorie sociale. Je crois que c’est le contraire. C’est par la fidélité à la radicalité, qui est propre au peuple français, que l’on peut battre Madame Le Pen. Les Français vont voir en quoi ce qu’elle propose, ce n’est rien d’autre qu’un alignement sur la fraction la plus dure du capital financier en France. Elle vient de le montrer avec son projet budgétaire. Il faut évidemment que le peuple français en prenne conscience, c’est cela l’enjeu. Je ne crois pas qu’il soit raciste, xénophobe ni qu’il aime l’autoritarisme. Il faut nous battre pour notre vision de la société en tant que société d’entraide et non société de discriminations basée sur la fragmentation religieuse, culturelle, de couleur de peau et toutes ces choses qui divisent et nous affaiblissent. D’ailleurs une nouvelle France est là, tellement ouverte et disponible pour le « tous ensemble ».
Le Premier ministre vous accuse de chercher à “bordéliser” le pays et d’instrumentaliser le mouvement lycéen et étudiant.
C’est tellement politicien ! Et tellement banal ! Chaque fois qu’il y a eu une révolte d’ensemble de la jeunesse le pouvoir crie au complot. Tout pouvoir redoute les révoltes de la jeunesse. Et comme il ne peut pas reconnaître ses erreurs, ses manques, sa vision du destin qu’il réserve aux jeunes, alors il lui faut inventer des complots. Tout ça est ridicule. D’abord on ne voit pas comment créer du désordre pourrait nous favoriser électoralement ! On connaît assez notre pays pour le savoir ! Ensuite, personne n’est capable d’organiser une action de cette ampleur. D’une manière générale, quand la société se met en mouvement c’est parce qu’elle a des raisons de le faire et c’est donc sur ces raisons qu’il faut s’interroger.
Aujourd’hui c’est une crise politique globale. Et nous sommes la seule force politique déployée sur le terrain qui va au contact de la jeunesse, qui discute, qui soutient et qui se met en protection contre la sauvagerie policière. Donc oui, LFI bénéficie de beaucoup de sympathie. Et puis il y a un fait : les revendications que présentent les jeunes gens sont dans notre programme depuis… 2017 ! Nous savons depuis longtemps ce qui ne va pas. Le gouvernement est tellement dans le déni qu’il n’a rien vu venir. Et quand c’est arrivé, il n’a rien fait pendant plus de 10 jours. Il espérait que le mouvement s’étoufferait tout seul, que la violence policière feraittellement peur que tout le monde rentrerait dans les rangs. Rien de tout ça ne s’est passé. Et maintenant avec ses atermoiements et son absence, le pouvoir a réussi quelque chose qu’on ne pouvait imaginer : créer lui-même la conjonction des deux calendriers : celui du mouvement de la jeunesse avec ses revendications et celui de la discussion budgétaire à l’Assemblée nationale. Ils ont donc créé toutes les conditions d’une crise politique globale. Car dans ce contexte, qui va refuser de voter avec nous la censure de ce gouvernement ?
Nous accusons le gouvernement d’utiliser la violence « sans retenue » selon le mot du Ministre de l’Intérieur. La Terre entière diffuse des images de ce policier qui tire à bout portant sur un jeune, de cet autre qui maintient quelqu’un la tête sous l’eau. Ce ne sont pas seulement les Gilets jaunes qui ont été mutilés, éborgnés, envoyés par milliers dans les tribunaux et condamnés à des peines de prison ferme : ce sont des milliers de jeunes qui ont été violentés, interpellés et mis en garde à vue. C’est déjà plus que lors de Mai 68. C’est d’une violence absolument démesurée. Je regrette que le système d’information en continu banalise tout cela, comme si c’était dans l’ordre des choses. À la place des revendications des jeunes, des plateaux de télé discutent des images de poubelles qui brûlent !
Vous voyez des ressemblances avec Mai 68 ?
Ce n’est jamais comparable. Mai 68 intervient dans une période d’expansion économique. Ça change tout. Un élan existait là où l’on voit aujourd’hui une déprime générale. Et politiquement il y a un facteur absolument nouveau : ce sont les lycéens et les étudiants ensemble dans l’action, soutenus dès le départ par les confédérations syndicales et tous les syndicats de l’enseignement. Cette conjonction totale n’a jamais existé avant. Ce point de départ est plus large, plus profond et plus rassembleur que celui de Mai 68. Dans le Mai 68 des étudiants, il y avait toute une série de revendications de caractère libertaire touchant le mode de vie. Aujourd’hui, il y a un malaise existentiel immense et les revendications se concentrent sur des aspects très concrets. « Parcoursup » surplombe tout. Il pourrit la vision de l’avenir des jeunes. Là est la racine de leur révolte et de leur déprime. Comme en 1968, c’est vrai, vous avez un pouvoir avec un Président qui ne sait plus quoi faire. Mais la gestion de la police était totalement maîtrisée. Cela n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui, avec sa violence, sa brutalité et son arrogance.
Comment pratiquer la conflictualité que vous avez théorisée tout en espérant rassembler et élargir votre socle électoral, qui agrège peu de retraités ou d’agriculteurs par exemple ?
Un débat sans conflictualité, mais qu’est-ce que ça peut bien être? Le mot conflictualité a été surchargé parce que Monsieur Bayrou en a donné une description brutale qui correspond à l’idée que se fait la démocratie chrétienne en France de la politique. C’est-à-dire un exercice complètement aseptisé, où les dominants font baisser le ton aux dominés. Là on ne traite jamais aucun sujet en allant jusqu’au bout : il faut que tout soit vrai « en même temps ». Je ne suis pas étonné qu’Emmanuel Macron ait été soutenu par Monsieur Bayrou, qui l’a fait gagner. Précisons le mot conflictualité. Je l’entends au sens philosophique, c’est-à-dire celui donné au VIe siècle avant notre ère par le philosophe Héraclite qui disait « le conflit est le père du futur”, c’est-à-dire que la réalité est toujours contradictoire et qu’elle est à la fin le résultat de ces contradictions. Renoncer au clivage quand on est de gauche signifie renoncer à la pensée de gauche elle-même, qui est une pensée d’émancipation, c’est-à-dire de lutte contre les dominations et donc de leur dénonciation.
C’est intrinsèquement lié au programme de la gauche, à sa vision sur le monde. Certains répètent des vieux concepts complotistes : c’est LFI qui organise les révoltes de la jeunesse, c’est LFI qui met du conflit partout. Comme si ce n’était pas la vie qui mettait le conflit partout ! Comment régler les conflits ? Avec des mesures qui permettent radicalement de régler le conflit. Je pense que c’est précisément parce que nous tranchons les questions et parce que nous appelons à les affronter que nous sommes populaires. Personne n’a l’air de se demander comment le candidat le plus âgé est le personnage favori des plus jeunes, ni pourquoi tant de gens de tous milieux sont de notre avis. Les français n’aiment pas tant que cela ce qui est flou et mou. Nous sommes carrés comme beaucoup d’entre eux !
Vous parlez des retraités. La campagne ne fait commencer, donc je me sens assez libre de mes mouvements et je pense qu’il n’y a pas d’autre façon de convaincre que d’entreprendre. Ce qui me paraît le plus fascinant dans ma situation actuelle, ce n’est pas notre succès, c’est la disparition de la droite. Il n’y a plus de droite en France. Il reste quoi ? Un « extreme centre » plutôt collé aux principes d’action et aux grandes idées de l’extrême droite sur la discrimination sociale, le culte de l’argent, et l’indifference à la pauvreté ou à la vie chère.
Le vrai sujet, c’est maintenant que le néolibéralisme est mort à l’échelle internationale. Monsieur Trump y a mis un terme avec ses droits de douane. Mais quelle est la vision de rechange ? Il n’y en a plus, aucune, nulle part. Ma vision, on la connaît : le partage, la société de l’entraide, le rééquipement général de la France. Pour les autres, c’est « on part plus tard à la retraite et les coupes dans les budgets publics ». Ce n‘est pas une vision du monde, c’est un exercice comptable cruel et mesquin.
Pour beaucoup de ménages, faire ses courses, chauffer, se déplacer… Le quotidien devient de plus en plus compliqué à assumer. Quelles mesures concrètes contre la vie chère proposez-vous ?
Dans ce pays, il existe un état d’urgence pour les libertés publiques lorsque le pouvoir estime que les manifestations vont trop loin. Mais quand une masse de la population représentée par 11 millions de personnes passe en dessous du seuil de pauvreté tel qu’il est défini, quand il y a un million de personnes de plus à l’aide alimentaire, il n’est pas prévu de devoir agir d’urgence. La première chose à faire, c’est de reconnaître l’état d’urgence sociale et, à partir de là, sous autorisation du Parlement, de prendre des mesures immédiatement, en annulant tous les délais d’exécution qui, le reste du temps (à titre légitime), existent.
Lesquels ?
Par exemple bloquer les prix. Le gel des loyers, le gel du prix des carburants, de l’électricité et du gaz. La convocation extraordinaire de négociations obligatoires pour pouvoir rétablir un ajustement entre les paies et le niveau du coût de la vie, le blocage des marges. Voilà des mesures très concrètes pour redonner de la respiration à la population alors que nous sommes entrés en récession et que, l’année prochaine, la situation va s’aggraver. De telles mesures sont urgentes car les gens sont en train de s’enfoncer dans la misère.
Votre programme économique n’est pas sans inquiéter certains milieux quant à la hausse des dépenses publiques générées dans un contexte d’endettement.
Il y a deux manières de voir la politique économique. Je rappelle qu’en 2022 on m’accusait de vouloir faire 100 milliards d’euros de dette. Ils ont fait 1 200 milliards de dette ! Ces gens ont échoué lamentablement et maintenant ils viennent encore donner des leçons. Ma politique, c’est celle de la demande, celle des besoins humains à satisfaire. Mon plan, c’est la relance écologique et sociale. La relance remettra l’activité de notre pays en mouvement et remplira les poches des gens et des caisses de l’État. Leur politique est la même depuis des années. Dès qu’on donne un sou à quelqu’un, ils disent « ah ça va coûter »… Le prix du bonheur est toujours excessif pour les dominants. Et le prix du malheur est toujours une fatalité sans importance pour eux. Exemple : ils veulent baisser les dépenses de santé, mais pas un, dans ces milieux bien inspirés, ne propose d’abaisser le nombre des malades en réglant les conditions écologiques sources de maladies et en développant la prévention. Pas un seul de ces « économistes » n’intègre la population comme une réalité humaine, ayant des problèmes d’êtres humains. Donc je ne les prends pas au sérieux. Ces gens sont définitivement dépassés. Ils ont ruiné le pays pour enrichir une poignée de milliardaires.
Votre pronostic pour la primaire sociale-démocrate ?
Je ne m’en mêle pas, par principe. C’est un courant politique en état d’asphyxie, qui s’est montré incapable de se renouveler. Les personnes qui sont dans cette primaire sont des personnes de qualité, certains un peu vulgaires bien sûr, mais de qualité.Mais comment des gens aussi compétents peuvent-ils être aussi faibles quant aux propositions et aux idées ? Ils vivent dans un monde social qui n’existe plus. Le compromis social à la forme sociale-démocrate est terminé parce que le monde del’entreprise a totalement changé. La finance ne négocie pas. En revanche, ma méthode du compromis social avec la planification et le système des aides qui viennent en recevant des contreparties pour la société permet à la société de faire prévaloir ses exigences écologiques sociales. Mais il faut accepter l’idée du retour de l’État. Ne pas simplement croire que le mécanisme spontané du marché va remettre notre économie d’aplomb. Parce qu’il ne le fera pas. Il détruira davantage. Les sociaux-démocrates continuent de croire que le marché est le meilleur régulateur de l’activité humaine. Ils se vouent à l’impuissance et à la compromission dans le cadre des grandes coalitions à l’allemande.
Quelle est votre vision de ce que doit être un Président, que ce soit sur la scène intérieure ou internationale ?
Je ne vous ferai pas l’offense de citer la Constitution. Jusqu’à ce qu’on passe à la 6e République, elle sera respectée. Quant à la scène internationale, je pense être bien préparé à comprendre ce qu’il s’y passe puisque cela fait des décennies que je suis son actualité avec intérêt. C’est l’une des passions de ma propre vie intellectuelle. J’appliquerai une méthode inspirée de ce que faisaient le général de Gaulle ou le président Mitterrand : notre souveraineté avant tout. Certes, nous sommes dans une autre disposition du monde, mais j’appliquerai un principe gaulliste : parler avec tout le monde. Quels que soient les gouvernements – toujours temporaires – on n’oublie jamais que l’on parle à des nations et à des peuples. Ma politique est le non-alignement et le primat du droit international. Je m’y tiendrai et nous en finirons avec la politique macroniste titubante et illisible du deux poids, deux mesures et parfois du silence devant l’inadmissible comme pour Gaza.
Publié le 07.10.2026 à 09:12
6 octobre : Jour de mémoire et de leçons politiques
Ce 6 octobre, nous venons de vivre une journée mémorable. C’est-à-dire une journée qui restera dans nos mémoires par son caractère absolument hors du commun, au regard de ce que nous avons pu connaître jusqu’à ce jour en matière de mobilisation de la jeunesse. Mais aussi, plus spécialement, de mobilisation sous l’ère de la macronie. Déjà, il y aura dans la mémoire collective de plusieurs générations de jeunes d’aujourd’hui, et pour toute une vie, le souvenir de ces journées qui font trembler le territoire politique et ses routines.
Il y a des décennies que l’on n’avait pas vu, comme cette fois-ci, les jeunes des lycées se mettre en mouvement, d’abord dans les quartiers populaires. Puis seulement après dans le reste des secteurs urbains. Autre nouveauté : d’abord la banlieue parisienne, puis l’ensemble du pays dans sa diversité géographique et sociale. Puis ce mouvement a été rejoint par celui des étudiants. Spontanément et immédiatement, il a été massif au point que, pour le 6 octobre, on a constaté 90 % de campus bloqués. Tout cela a déjà été au total, tout à fait extraordinaire par comparaison avec l’expérience des 40 dernières années.
Mais s’y est très rapidement ajoutée encore la magnifique mobilisation des confédérations syndicales de salariés. Et de l’ensemble des organisations syndicales d’enseignants. À ce moment-là, un seuil a été franchi.
Alors, on ne voyait que plus évidemment combien le pouvoir, déjà totalement pris par surprise, déjà incapable de formuler une stratégie de réponse qui permette le dialogue et de faire « atterrir » le mouvement et ses revendications, s’est retrouvé pris dans une impasse destructrice qu’il a lui-même laissé se constituer. Car il est enfermé désormais dans la conjonction du cycle des événements du mouvement et, de l’autre, dans le calendrier de la discussion budgétaire. Et comme si ce n’était pas déjà bien suffisant, il est à présent surplombé par la bienveillante et glaciale complaisance pour les violences policières du ministre de l’Intérieur. Mutilations, brutalités de toutes sortes, démonstrations de force écœurantes entre gaz lacrymogènes et charges à cheval, en voiture ou au pas de course, matraques au vent, sont désormais le seul visage visible du pouvoir et de la macronie.
Et du Palais arrivent d’absurdes provocations sous forme de coupes dans les budgets, imaginées dans un autre contexte. Tout cela laisse entrevoir une censure politique et sociale complète. Et, cette fois-ci, il est peu probable que le PS vienne au secours de la macronie comme il l’a déjà fait quinze fois dans un passé récent. Et de l’autre côté, comment et pourquoi le RN le tirerait-il de là ?
Au total, c’est une situation sans aucun précédent : l’entrée dans une crise politique globale. Mais si l’on veut y réfléchir, quoi de moins étonnant ? Au pays des gilets jaunes, des élections au résultat nié, des gouvernements bidons et des budgets tous passés en force, comment pouvait-on croire qu’il suffirait de se moquer du monde et de toute critique pour que cela passe ?
Nous, LFI avions compris cela dès le début du nouveau mandat législatif après la dissolution en nous positionnant pour la destitution de Macron. Dans les discussions entre nous, il était pour nous évident que la réplique au viol de la démocratie viendrait comme ce fut le cas après 2005 et le viol du non transformé en « oui » en 2008. Mais comment cela viendrait-il et quand ? Évidemment, personne ne le savait. Il fut décidé d’approfondir notre ancrage dans les secteurs qui penchaient déjà nettement de notre côté : jeunesse et quartiers populaires. Nous savions que là se trouve la puissance d’action antisystème. La réalité nous a confirmés.
Une activité contestataire et revendicative dans les entreprises s’observe aussi. Les salariés, pris à la gorge par la vie chère, les tarifs pétroliers confiscatoires, cherchent une issue concrète, une issue politique. L’affluence à nos réunions en atteste. Il est raisonnable d’envisager que cette onde se concrétise. La réaction populaire aux rires des patrons du MEDEF illustre un état d’esprit en miroir : celui de la lutte de classe dans une formulation finalement assez basique. Avec Patrick Martin et le MEDEF rieur, le choc risque d’être frontal et sans nuance.
Après avoir joué la musique de « c’est la faute à LFI », les commentateurs de plateaux ont remballé leur camelote en vitesse au vu des images de la journée du 6 octobre. Trop tard. Le refrain est dans les mémoires. Il agit pour centraliser LFI dans l’affection de la partie adverse, c’est-à-dire les jeunes. Mais il agit surtout pour rappeler la dose de mépris qu’il contient pour l’intelligence des jeunes ! À quoi s’ajoute la rancune contre cette tentative d’invisibilisation de leurs revendications dans une manœuvre bassement politicienne. Cette partie se joue dans son couloir. Elle est décisive. Désormais, existe une plateforme de revendications. Elle est chiffrée. Le gouvernement avait prévu un autre budget pour l’Éducation. Exactement à l’inverse. Ça va piquer. Alors, le calendrier des jeunes s’organise avec des rendez-vous de manifestations et de journées d’action. La protection syndicale et politique de gauche se maintient. Un cadre cohérent se met ainsi en place. L’adversaire gouvernemental peut perdre pied et devoir céder.
Une autre partie se joue, mais très importante pour la formation de l’esprit public même si elle est de moindre niveau. C’est l’identification du rôle de la police. Le président s’en est ému, nous dit Le Parisien : « Il a beaucoup gueulé ces derniers jours parce qu’il considère que la réponse policière était trop dure, sans empathie ». Cette fuite des propos du palais est organisée. Elle montre que l’alerte est arrivée au sommet de la pyramide. Et alors ? Pour six mois avant l’élection présidentielle, plus personne n’est fidèle à personne. Chacun joue son projet perso dans une équipe de gens de moins de 50 ans qui se préoccupe de la prochaine décennie. Une équipe qui n’en est plus une, faute de chef de guerre, faute de candidat confirmé, faute de projet commun, fût-il de court terme.
La police est loin. Hors de portée. Mais elle est la vitrine du pouvoir qu’il le veuille ou non. Celui de la honte et de l’indignation des gens décents. En si peu de temps, les pires comportements se sont vus et ont été officiellement confirmés. Les policiers provocateurs qui jettent des pierres sur leurs collègues et un procureur qui le confirme. Des policiers qui mutilent : dents, œil, mâchoire, main amputée. Un autre tripoteur de professeure. Un policier qui tire sur un lycée un mortier d’artifice. Un policier qui enfonce la tête d’un jeune dans l’eau et un procureur qui l’admet, mais trouve cela normal. Des policiers qui battent des jeunes dans les gardes à vue arbitraires et les violentent vicieusement. J’en passe ! Ils me donnent la nausée. Et avec ça, il y a ce que tout le monde a vu partout, à Paris et en province : quand il n’y a pas de police visible, tout se passe dans le calme. Quand la police arrive, ce sont tout de suite les charges et les gazages tous azimuts provoquant panique et courses de tout côté cavalcades. Au sens propre, avec même des charges à cheval. Les propos du ministre de l’Intérieur ont été à deux reprises absolument glaçants. La première fois en annonçant qu’il ne demandait aucune retenue dans la répression ni aucune limite dans l’usage des armements disponibles.
Puis sur France Inter, refusant toute parole de compassion pour les jeunes mutilés et leur famille sous les prétextes les plus fallacieux, dont il ne reste rien sinon son embarras. Oui : son embarras. Cet homme ne parle pas librement. Ses protestations de soutien aux « forces de sécurité intérieure » sonnent un peu bizarres. On dirait qu’il a peur. On dirait qu’il sait qu’il ne contrôle plus la troupe. Il sait, comme nombre de préfets, que les détachements de la BAC par exemple n’obéissent pas aux commissaires qui les reçoivent en renfort et n’hésitent pas à le déplorer à haute voix. Il sait que maints policiers, restés républicains, désapprouvent l’envoi de policiers provocateurs. Désapprouvent les charges « dans le tas » et le disent à haute voix aux élus. La réforme de la cave au grenier de ce corps de fonctionnaires est désormais une idée approuvée et saluée par beaucoup de monde, parmi lesquels maints policiers de tout grade. Dans ces jours que nous vivons, mûrissent les idées et l’adhésion au programme de rupture. L’osmose qui nous lie à notre milieu de lutte n’est pas une sympathie de simple circonstance.