Journalist in Paris. In 2022, I published two books : "L'Emprise" et « Guerres cachées » (Éditions Seuil). @endeweld@piaille.fr
The Big Picture
Publié le 12.10.2026 à 15:41
Les dessous de l’opération Lisnard

En cette pré-campagne présidentielle en France, un constat s’impose : les partis politiques traditionnels ne sont décidément plus les véhicules obligés pour accéder à l’Élysée. L’épisode Macron de 2017, présenté, parfois encore, comme un « hold-up de la République », comme le « casse du siècle » – et donc comme un événement exceptionnel – correspond en fait à une bascule dans la manière de faire de la politique en France. C’est ce qu’Emmanuel Macron comprend très tôt, suite notamment à un voyage en Californie à l’été 2014 quand il est ministre de l’Économie, en compagnie de Xavier Niel : avec l’avènement des réseaux sociaux, il est désormais possible de contourner les partis politiques traditionnels en mobilisant une fanbase autour de son seul nom grâce aux outils numériques.
Mobilisation numérique vs vieux partis
Au printemps 2016, le projet En Marche ! est lancé d’abord grâce aux réseaux sociaux. À l’époque, l’ambitieux ne cache pas son aversion à l’égard du « système politique », et notamment les médias traditionnels et les journalistes politiques. C’est ce qu’il confie au documentariste Bertrand Delais – en réalité, conseiller de l’ombre du candidat avec son ami Bruno Roger-Petit – dans un reportage embedded pour « Envoyé Spécial » qui vaut aujourd’hui d’être revisionné pour les multiples confidences distillées par le candidat sur sa stratégie de campagne : « Les journalistes politiques n’étaient pas habitués à me suivre et on leur servait quelque chose qui était totalement nouveau pour eux, c’est-à-dire des meetings qui duraient trois ou quatre heures, on laissait la parole à des militants. Ce qui était très important, c’est que le mouvement a senti que dans cette phase là, “c’est à vous”, et on assume de ne pas parler aux médias politiques, il y a donc eu beaucoup de frustrations [chez les journalistes politiques, ndlr], on nous a attaqué, mais ça a donné une énergie au mouvement, les gens ont compris qu’on les considérait ». Ajoutant : « On casse un des codes de l’adhésion classique à un parti politique qui est la cotisation. Pour dire : on cherche l’impact de masse, le nombre ».
Dix ans plus tard, un autre « inconnu » – pour la grande majorité des Français – tente de prendre les mêmes recettes de mobilisation numérique : David Lisnard, maire de Cannes, président de l’Association des Maires de France (AMF), qui jusqu’en 2026 était membre des Républicains, avant de relancer son propre mouvement dénommé Nouvelle Énergie (qu’il avait fondé à l’origine dès 2014) et d’annoncer son intention de candidater à la présidentielle. Sa volonté de jouer un rôle au niveau national n’est pas nouvelle : dès son accession en 2021 à la présidence de l’AMF, il tente de se faire davantage connaître du microcosme politique de la capitale en s’appuyant à Paris sur les réseaux d’Anne Méaux, patronne d’Image 7, et de son collaborateur de l’époque, l’ancien journaliste Joseph Macé-Scaron – aujourd’hui chroniqueur sur CNEWS – qui ne manque alors aucune occasion de faire l’éloge de ce « sudiste ».
Pour structurer son mouvement Nouvelle Énergie, il embauche comme directeur général, Romain Marsily – « c’est son éminence grise », me souffle un initié – un homme de com’ et de médias, ayant travaillé un certain temps chez Havas auprès de Dominique Delport, qui fut l’un des plus proches conseillers de Vincent Bolloré (il est désormais président du club de foot des Girondins de Bordeaux), avant de rejoindre ce dernier chez Vice, un groupe media américain, numérique par excellence. Aux côtés de Marsily, on trouve désormais comme directeur général adjoint, le jeune Quentin Hoster, ancien journaliste chez Valeurs Actuelles, qui avait consacré un ouvrage en 2022 à son futur champion, David Lisnard, le réveil de la droite. De son côté, le banquier d’affaires René Proglio se mobilise pour aider au financement de la future campagne du maire de Cannes selon La Lettre.
L’offensive hashtag sur les réseaux
En cet automne où tout s’accélère en vue de la présidentielle de 2027, David Lisnard a donc lui aussi décidé de passer la vitesse supérieure. Profitant d’un côté de l’affaire Bardella (les révélations de Mediapart sur des propos antisémites du président du RN), mais également du quasi-effacement de Bruno Retailleau, l’ancien ministre de l’Intérieur, les soutiens du maire de Cannes ont lancé une vaste opération de promotion personnelle, se voulant virale, sur les réseaux sociaux, en lançant le hashtag #ilsepassequelquechose.
Il faut se pencher précisément sur ces relais numériques qui sont loin d’être spontanés. L’un des « porte-parole » les plus actifs n’est autre que le pubard Franck Tapiro, ancien conseiller du candidat Sarkozy en 2007 :
Certes, dans « l’ancien monde » de la politique – celui des investitures par les partis, des congrès et des motions de courants (pour le PS dans ce dernier cas) – les potentiels candidats pouvaient lancer des « ballons d’essai » en se faisant interviewer par les journalistes des différents newsmagazines de la place, ces derniers leur offrant en retour des couvertures agrémentées de la fameuse question : « et si c’était lui/elle ? » Mais désormais, le numérique est l’outil le plus efficace – à la fois par sa capacité d’influence mais aussi de mobilisation – pour susciter de nouvelles « marques » politiques, de nouveaux candidats créés ex-nihilo, sans passé présidentiel ou même électoral. Ce processus est d’autant plus efficace que les journalistes des « vieux médias » ont les yeux rivés sur X pour détecter le surgissement de toute nouvelle tendance, sans se poser plus de questions sur leur origine.
Influenceurs en tous genres et « Bollosphère »
À la suite de X, toute la « Bollosphère » autour de CNEWS s’est mobilisée autour de David Lisnard, reprenant le hashtag « il se passe quelque chose » dans leurs commentaires. En particulier l’animateur Pascal Praud, et les chroniqueurs habitués de son plateau : l’ancien communiste Olivier Dartigolles, l’éditorialiste québecois Mathieu Bock-Côté, et l’ex socialiste André Vallini. Sur M6, Cyril Hanouna et son plateau ne sont pas en reste. Dès le 25 septembre, l’animateur producteur annonçait vouloir parier 50 euros sur la victoire du maire de Cannes à la prochaine présidentielle dans son émission « tout beau, tout neuf » sur W9. Il assure à cette occasion que « 100 % des Français qui le connaissent veulent voter pour lui ». Dans les jours qui suivent, la plateforme américaine Polymarket – site où l’on parie sur l’actualité avec des cryptomonnaies indexées sur le dollar, un site interdit en France – est utilisée par les soutiens de Lisnard pour faire monter sa cote.
L’objectif est de susciter le « buzz », de créer la tendance sur X. Sur le réseau de Musk, de multiples influenceurs sont mis à contribution. « Lisnard tente un putsch numérique », commente avec une certaine lassitude un sympathisant de droite. C’est ainsi que l’influenceur Clément Macchi multiplie les tweets depuis plusieurs semaines sur David Lisnard et Sarah Knafo, allant jusqu’à exiger publiquement que les instituts de sondage commencent à les tester dans leurs « enquêtes d’opinion » sur la présidentielle. Macchi est en fait l’associé d’un autre Clément, Clément Garin, ancien chroniqueur chez TPMP sur C8.
En août, ces deux-là ont lancé ensemble avec l’argent de Cyril Hanouna et de Xavier Niel le site cg-tv.com consacré à l’actu des médias audiovisuels… et à la présidentielle. Chez les milliardaires propriétaires de médias, Guérin a la cote, lui qui affirme échanger régulièrement, en plus d’Hanouna et de Niel, avec Vincent Bolloré : « Je discute de temps en temps avec lui. J’ai son 06 et il me répond », fanfaronne-t-il au magazine Stratégies. Et sur X, Clément Macchi annonce qu’il interviewera bientôt… David Lisnard :
Pour ceux qui doutent encore que tout cela soit une opération montée de longue date, le lancement cette semaine du hashtag #ilsepassequelquechose a été accompagné de plusieurs invitations de David Lisnard dans des médias traditionnels : d’abord sur CNEWS, puis sur la web télé du Figaro, et enfin via « Le Crayon », cette web télé financée à la fois par Xavier Niel et le multi-millionnaire Pierre-Édouard Stérin1, qui a expliqué au printemps dernier au New York Times être plus extrême que l’extrême droite française et le RN au sujet de l’immigration : « Et si c’était lui ? », se demande Le Crayon pour son interview avec Lisnard. Cette semaine se termine par un article dans Le Parisien et un reportage au journal télévisé de TF1. Mission accomplie.
Le Milei français et sa broyeuse
Lisnard ambitionne d’être le Milei français : comme le président argentin, le maire de Cannes est férocement anti-État (il promet déjà 200 milliards d’euros de coupes budgétaires), se déclare contre la fiscalité et pour le tout marché, mais défend également Israël d’une manière inconditionnelle, tout en ciblant les musulmans et l’immigration. Cette référence au président argentin est assumée : en avril 2026, lors d’un meeting à Paris, David Lisnard utilise une broyeuse (et non une tronçonneuse) pour symboliser sa lutte contre la bureaucratie publique. Il a glissé dans l'appareil des feuilles représentant le Code du travail, le Code de l'urbanisme et le Code de l'environnement, dénonçant un « Léviathan administratif ».
À cette occasion, Lisnard devient vite le chouchou des réseaux mileistes et libertariens en France, notamment du côté du patronat, à la recherche d’un effet Trump en France et qui avaient dans un premier temps regardé avec une grande bienveillance l’hypothèse Jordan Bardella en 2027 : comme je le rappelle dans mon nouveau livre L’Argent Magique, une bonne partie du CAC 40 et des milliardaires ont rencontré depuis 2025 Jordan Bardella. Parmi ces figures patronales, on trouve l’entrepreneuse Sophie de Menthon, qui a fait fortune dans les centres d’appel, fondatrice du mouvement patronal ETHIC. Celle-ci s’était déjà intéressée à Éric Zemmour en 20222 puis avait invité Jordan Bardella dès avril 2025 au cercle Interallié, club select de la capitale, pour une rencontre intitulée : « Jusqu'où êtes-vous économiquement libéral ? » Aujourd’hui, Menthon défend autant Lisnard que Knafo, et souhaite la fameuse « union des droites » :
La stratégie de « l’union des droites »
C’est que Lisnard ambitionne, comme Sarkozy en son temps, de siphonner les voix du clan Le Pen, par « l’union des droites » inspirée par Patrick Buisson. Ces derniers mois, l’ancien président de droite rencontre régulièrement l’ancien maire de Cannes et regarde avec attention son parcours. Mais celui qui pousse également dans ce sens, l’union des droites, et pas forcément autour de Marine Le Pen, c’est Vincent Bolloré. Il suffisait de regarder la couverture du JDNews du 13 septembre, le supplément magazine du Journal du Dimanche (voir l’illustration de cet article) : y figurent les visages de plusieurs responsables de la droite et de l’extrême droite, dont David Lisnard, Sarah Knafo, mais également Ciotti, Wauquiez et Retailleau. Ces derniers mois, Vincent Bolloré a d’ailleurs longuement échangé avec Philippe De Villiers sur ce scénario de « l’union des droites ». Dès septembre 2024, trois mois après la dissolution de l’Assemblée Nationale, les deux hommes se rencontraient en compagnie de Bernard Arnault au Puy du Fou :
« La suite de cette opération serait un rapprochement entre Lisnard et Knafo, avec le soutien de Philippe De Villiers, ce qui contraindrait Retailleau à abandonner sa candidature, voire même Ciotti à trahir le RN. Dans ce scénario, Éric Zemmour se retrouve sans soutien, et lui aussi est obligé de rallier cette dynamique de l’union des droites », prédit un initié de la droite de la droite et bon connaisseur de l’écosystème Bolloré. « Si Knafo, Lisnard et Retailleau s’allient, ils peuvent déjà prétendre 12 % dans les sondages », pronostique de son côté un communicant parisien. « ça ne marchera jamais : Retailleau est beaucoup plus étatiste que Knafo ou Lisnard », estime un proche de Knafo.
« Ils vont venir percuter Marine Le Pen. S’ils avaient réussi à convaincre Bardella de les rejoindre, l’affaire était dans le sac », m’assure un autre contact. Selon plusieurs sources, des discussions avaient ainsi été engagées dans ce sens ces derniers mois entre Jordan Bardella et Sarah Knafo. Certains ponts sont déjà là. L’un des collaborateurs de Bardella, un certain Pierre Charron (avec deux r, à ne pas confondre avec le responsable sarkozyste) avait milité il y a quelques années aux côtés de Sarah Knafo, à travers le réseau de jeunes de la Cocarde étudiante, syndicat fondé en 2015. En attendant, Sarah Knafo va débattre avec Juan Branco cette semaine à Avignon sur invitation de l’énarque LR Julien Aubert. De son côté, réagissant au grand meeting de Mélenchon à Clermont-Ferrand, Laurent Wauquiez est allé de son tweet ce dimanche : « On attend quoi pour se réveiller et rassembler la droite ? » D’autres n’hésitent pas à multiplier les paris, comme Jean-Sébastien Ferjou, le fondateur du site Atlantico, qui cite Lisnard, mais aussi Lecornu ou Hollande comme d’éventuelles surprises de cette présidentielle :
Le précédent Bukele
Une chose est sûre : la présidentielle française est aujourd’hui scrutée à l’étranger. Au niveau mondial, les courants ultra-conservateurs, cette internationale réactionnaire dont finalement peu de médias français parlent, s’intéressent beaucoup au prochain scrutin. Des fondations proches de la sphère trumpiste ont déjà commencé à prendre des contacts en France. Les réseaux mileistes comme ceux de Netanyahou sont également mobilisés. Et toute aventure solitaire, montée de toutes pièces grâce au numérique, ne peut qu’enchanter ces intérêts étrangers, qui pourraient multiplier les ingérences dans le cadre de la future élection.
Parmi ces acteurs internationaux, tout le monde a en tête l’élection surprise en 2019 au Salvador du jeune Nayib Bukele, 37 ans, principalement grâce aux réseaux sociaux. Ultra-libéral sur le plan économique, conservateur sur le plan sociétal, ce libertarien mène depuis son élection une politique ultra-sécuritaire, en rupture avec l’État de droit. Celui que la presse américaine n’hésitait pas à présenter comme un « nouveau Macron » – le Washington Post saluant même un positionnement « non idéologique » et un tempérament « rafraîchissant » – continue son travail de sape contre la démocratie.
Pierre-Édouard Stérin a été actionnaire du Crayon à la hauteur de 3,9 % entre 2023 et octobre 2025. Les fondateurs détiennent toujours 80 % du capital, tandis que les 20 % restants sont répartis entre des investisseurs minoritaires passifs, dont Xavier Niel et David Layani.
Sophie de Menthon, via le chargé de communication d’ETHIC, a tenu à préciser qu’elle n’a jamais apporté un soutien à la candidature d’Éric Zemmour en 2022. Elle l'a tout de même reçu en novembre 2021 lors d'un petit-déjeuner débat réservé aux chefs d'entreprise. Par ailleurs, Loïk Le Floch Prigent, l’ancien PDG d’Elf, président de la branche industrie d’ETHIC, était à l’époque l’un des conseillers officieux d’Éric Zemmour pour la présidentielle de 2022, comme il me l’a confirmé en 2021.
Publié le 08.10.2026 à 12:20
Très bon démarrage de « l’Argent Magique » en librairies

Après trois ans d’enquête, plus de 200 entretiens, et 70 grands témoins rassemblés, mon nouveau livre L’Argent Magique. Les illusions du capitalisme français, publié aux éditions du Seuil, fait donc ses premiers pas en librairies depuis le 25 septembre (j’y avais consacré un article fin août). Avec une première mise en place de 10 000 exemplaires, l’objet est accessible à la fois dans une grande majorité des librairies indépendantes (Selon place des libraires, il est présent partout en France, précisément dans 503 librairies qui travaillent avec ce site internet) mais également dans les grands réseaux de distribution (en particulier les Fnac).
Du côté des médias…
Du côté des médias, c’est Libération qui a dégainé le plus vite, sous la plume du journaliste économique Jean-Christophe Féraud, en publiant dès le 20 septembre un article dans la rubrique « en haut de la pile » : « Sur plus de 500 pages, Marc Endeweld dissèque méthodiquement les ressorts de ce pouvoir de l’argent, toujours plus fort, toujours plus grand dans nos économies de marché plus ou moins tempérée ». C’est ensuite Le Nouvel Obs qui en a parlé à travers un petit article et quelques bonnes feuilles centrées sur les fonds d’investissement, l’un des sujets importants du livre :
Ensuite, le journaliste Richard Werly, correspondant en France du média suisse Blick, a parlé de mon livre via sa newsletter : « L’ironie est une arme que les puissants n’aiment guère, en général. Or Marc Endeweld, l’un des meilleurs enquêteurs français sur les dessous de la présidence Macron, fonctionne avec ce carburant éditorial. La preuve? Le titre de son dernier livre. “L’argent magique”, en France, désigne en général le déluge de subventions publiques dont se nourrit l’Etat-providence sous toutes ses formes (…) Cette fois, une autre cible est dans le viseur de l’auteur : celle des milliardaires français qui ont accompagné, pour leur plus grand profit, l’ascension de Macron. Son “argent magique”, c’est celui qu’ils ont empoché grâce à ce président obsédé par l’attractivité. Qu’ils le soutiennent ou qu’ils le détestent ». Enfin, Yanis Mhamdi m’a interviewé sur Blast :
… et du côté des ventes
Du fait de l’actualité dense, je n’ai pas encore eu la possibilité de présenter mon livre à la radio ou à la télévision. Mais les annonces sur les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille ont fonctionné à plein : après neuf jours en librairie, l’Argent Magique a déjà été vendu à 1094 exemplaires, ce qui constitue un très bon démarrage.
J’en profite pour vous présenter la table des matières du livre, construit autour de quatre grandes parties et de quinze chapitres :
Prologue. Clôture en baisse sur la place de Paris
Partie I : le temps des prédateurs
LVMH, le patriarche et le gendre
L’effet Trump
Stérin, un ami qui vous veut du bien
Partie II : le temps des « socialistes »
Génération Mitterrand
Les illusions de la finance
Où sont les parrains ?
Partie III : le temps des crises
La finance des initiés
Héritiers et outsiders
Mauvaise conscience
Le marché ne peut pas tout
Partie IV : le temps des batailles
Le sacre des « petits » nouveaux
La grande braderie
Le grand jeu des médias
Bolloré-Macron, l’amour de la haine
La cible Dassault
Épilogue. Capital sans risques
Par ailleurs, je vous annonce également quatre prochaines présentations du livre en librairies :
Lundi 19 octobre : librairie Ombres Blanches (Toulouse) – 17h30
Mardi 20 octobre : librairie Clair-Obscur (Albi) – 18h30
Jeudi 5 novembre : librairie des Halles (Niort)
Vendredi 6 novembre : librairie Les Saisons (La Rochelle)
Publié le 27.09.2026 à 21:02
L’artisan du « débat » Villepin-Ruffin

Ce fut une opération rondement menée, certains diront un beau coup de com’ en pleine rentrée politique : le 2 septembre, deux figures de la politique française, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin et l’ancien journaliste trublion François Ruffin ont accepté de débattre ensemble. La rencontre s’est faite sous le haut patronage du quotidien Libération en partenariat avec BFM TV, permettant à ces deux médias d’inaugurer leurs cycles de rencontres « Libé 2027 ». L’événement est tel que Libération y consacre sa « une » du 2 septembre, présentant les deux responsables politiques comme « inclassables », avant même que le débat n’ait lieu. Dans sa version print, le quotidien publie ainsi plusieurs articles dans lesquels les journalistes multiplient les teasings pour le débat du soir.
Faut-il y voir un symbole ? La rencontre est organisée à Paris dans l’ancienne salle des mariages de l’ancienne mairie du 4e arrondissement. À cette occasion, Ruffin surprend son monde en usant maladroitement d’une comparaison canine à la tribune pour confirmer que les deux hommes politiques pourraient potentiellement se rapprocher dans les prochains mois : « on se renifle », affirme le député de la Somme provoquant l’hilarité de la salle.
Du Printemps républicain à la macronie
Publié le 24.09.2026 à 11:11
Le « chantage » de l’Azerbaïdjan sur Macron et Benalla

À Bruxelles, c’est la consternation. Depuis quinze jours, se sont déroulées d’étranges tractations diplomatiques entre les pays membres de l’Union Européenne pour lever les sanctions à l’égard de plusieurs oligarques russes. Et ce qui a le plus consterné les diplomates européens, c’est que la France, qui n’hésite pourtant plus à hausser le ton à l’égard de Vladimir Poutine, s’est retrouvée à la tête de cette vaste opération de lobbying diplomatique. En effet, comme le dévoilait le Financial Times dès le 14 septembre, l’Élysée a tout fait ces derniers jours pour que le milliardaire Alicher Ousmanov, placé sous sanctions de l’UE depuis 2022, sorte de la fameuse liste noire européenne. Depuis mardi, c’est chose faite.
Défendus par l’épouse de Tony Blair
Ce n’est pas le seul oligarque à être « sorti » de la liste européenne. Le Luxembourg a profité de l’action de la France pour faire lever les sanctions à l’égard de Mikhaïl Fridman, milliardaire russo-israélien, fondateur du groupe Alfa (notamment de l’Alfa Bank), et propriétaire de la société d’investissement LetterOne. Depuis août 2024, ce dernier avait entamé une procédure d’arbitrage contre le Luxembourg au centre d’arbitrage international de Hong-Kong. Défendu par l’avocate Chérie Blair, épouse de l’ancien Premier ministre Tony Blair, Fridman réclamait la restitution de tous ses biens, ainsi que 14,5 milliards d’euros de compensation du Luxembourg qui a validé et appliqué les sanctions. C’est pour régler définitivement ce différend que le Luxembourg a fait en sorte que l’UE annule les sanctions prises à l’encontre de l’oligarque. Un long article de Challenges publié il y a deux jours explique que Chérie Blair, via son cabinet Omnia Strategy, défend également Alicher Ousmanov, propriétaire du conglomérat USM, regroupant notamment des sociétés dans les métaux, les mines, les télécommunications (l’opérateur russe MegaFon). On apprend à cette occasion que l’agence No Com, fondée par l’ancien sondeur Pierre Giacometti, proche de Nicolas Sarkozy, a participé, via l’ambassade d’Ouzbékistan à Paris, à une campagne pour soutenir Ousmanov.
Pour arriver à ce résultat, les diplomates français à Bruxelles, missionnés par l’Élysée, ont tenté d’expliquer aux partenaires européens de la France qu’il était question dans ce dossier d’un enjeu de « sécurité nationale », sans donner plus de détails. Cette action française a bloqué durant plusieurs jours la reconduction des sanctions de l’UE (intervenue finalement hier), suscitant un tollé parmi de nombreux États membres, en particulier les États baltes et la Pologne. De son côté, Londres fulmine. L’agence de presse Reuters a d’ailleurs multiplié les dépêches sur ce dossier, n’hésitant pas à relayer les propos de diplomates européens évoquant un « blackmail » (chantage) à l’encontre de la France et exercé par l’Azerbaïdjan. Car comme l’affirmait le Financial Times dès le 14 septembre, derrière ces tractations se joue pour Paris la libération de plusieurs ressortissants français emprisonnés à Bakou. Hier, cette contrepartie recherchée par Paris a définitivement été confirmée par les faits : quelques heures après la levée des sanctions contre Ousmanov, Ilham Aliyev, l’homme fort de Bakou, a accordé la grâce présidentielle au Français Martin Ryan, accusé par l’Azerbaïdjan « d’espionnage » pour le compte de la DGSE et condamné en mars dernier à dix ans de prison.
Marchandage nucléaire
De là à parler de « chantage » ? Ces propos dénotent dans l’univers feutré de la diplomatie. Paris a usé des grands moyens pour faire pression sur ses partenaires européens : c’est ainsi que la Lettonie qui avait mené durant plusieurs jours une véritable fronde à l’encontre de la France a finalement fait volte-face. Et pour cause : comme l’expliquait dès hier Reuters, repris notamment par Politico et le Guardian, l’Élysée est allé jusqu’à proposer au Premier ministre letton Andris Kulbergs de faire entrer officiellement son pays dans les discussions lancées par la France en début d’année pour faire bénéficier certains pays européens de sa dissuasion nucléaire. Rien que ça. Ce gros cadeau a abouti à l’effet recherché : la Lettonie s’est finalement abstenue face à la levée des sanctions.
Résultat, dès mardi soir, Andris Kulbergs s’est félicité dans un communiqué officiel que le président français accepte d’entamer des discussions avec la Lettonie concernant son adhésion à l’initiative française de dissuasion nucléaire et a « également exprimé sa volonté de renforcer la présence militaire de la France en Lettonie, notamment dans le domaine de la défense aérienne ». « Un tel engagement renforcera non seulement la sécurité de la Lettonie, mais aussi celle de l’ensemble du flanc oriental de l’OTAN », a-t-il ajouté.
Ces négociations parallèles sur des terrains aussi stratégiques que le nucléaire et l’engagement des forces armées françaises à l’étranger interrogent sur les véritables raisons qui ont poussé l’Élysée à une telle extrémité diplomatique. Derrière l’invocation de la « sécurité nationale », on trouve en réalité un dossier qui concerne directement le président français et son entourage, le fameux dossier des « contrats russes » d’Alexandre Benalla, qui n’a pas dévoilé tous ses secrets – au PNF, l’enquête préliminaire est toujours ouverte – et auquel j’ai consacré un long article à l’automne 2025 (l’ancien chargé de mission avait notamment signé alors qu’il était en poste à l’Élysée des contrats avec Iskandar Makhmudov, un autre oligarque russo-ouzbek) :
Multiples ingérences via Bakou ?
À Paris, cet aspect de l’affaire est aujourd’hui à peine évoqué dans la presse. Il est pourtant crucial pour comprendre ce qui oppose aujourd’hui en coulisses la France et l’Azerbaïdjan, et l’instrumentalisation qui peut en être faite par d’autres puissances, et pas uniquement la Russie. L’Azerbaïdjan se trouve sous diverses influences, à commencer par celle de l’administration Trump depuis que le président américain a réussi à « dealer » la paix avec l’Arménie, mais également celle d’Israël qui est devenu ces dernières années l’un des principaux alliés du petit État pétrolier du Caucase, fournissant son armée en armes, assurant sa cybersécurité, et utilisant sa frontière pour des opérations secrètes à l’encontre de l’Iran, pays où la minorité azérie peut être aussi mobilisée.
Mardi, Emmanuel Macron a d’ailleurs déclamé un discours offensif à la tribune de l’ONU à New York, à l’occasion de la 80e session de l’Assemblée Générale de la vénérable institution internationale, se posant en défenseur du droit international (la position traditionnelle de la France pourtant quelque peu délaissée ces derniers temps, critiquant l’action d’Israël à Gaza et en Cisjordanie, et critiquant la diplomatie de Donald Trump. Le président français appelle à cette occasion à « ne rien céder » à « l’esprit de défaite » et « l’abus de pouvoir ».
Signe du malaise de l’exécutif français à l’égard du dossier azerbaïdjanais et de la levée des sanctions à l’encontre des oligarques russes, au lendemain de ce discours, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, prenant part au déplacement à l’ONU, refuse catégoriquement de répondre aux questions des journalistes à ce sujet. « Un deal a été passé et ils ne l’assument pas, d’autant que le coup diplomatique pour la France est énorme contre ce que les azerbaïdjanais ont donné », souligne un initié du dossier azerbaïdjanais.
Ce Français toujours emprisonné
Il se trouve qu’un autre Français aurait en effet dû être relâché à l’issue des tractations à Bruxelles, mais cela n’a pas été le cas. Il s’agit d’Anass Derraz, un cadre de la Saur, la multinationale de l’eau, aujourd’hui emprisonné dans une prison azerbaïdjanaise, accusé de corruption par la justice de ce pays, au même titre qu’Alexandre Benalla. Face aux tractations engagées par la France à Bruxelles, sa famille espérait une grâce présidentielle comme pour Ryan Martin. Mercredi, cette clémence n’est finalement pas intervenue. Cela fait près d’un an et demi que Bakou s’intéresse beaucoup à Alexandre Benalla et à sa proximité avec Emmanuel Macron, multipliant les recherches à ce sujet, et allant jusqu’à faire émettre durant quelques semaines une notice rouge par Interpol à l’encontre de l’ancien chargé de mission de l’Élysée au printemps 2025. Et c’est bien ce dossier Benalla qui empoisonne les relations entre les deux pays, comme je le révélais il y a un peu plus d’un an :
En 2018, Anass Derraz et Alexandre Benalla avaient ainsi signé, en tant que « consultants », un contrat d’un montant de 6 millions de dollars (5,2 millions d’euros) avec Farkhad Akhmedov, oligarque russo-azerbaïdjanais, s’engageant à obtenir la fin de l’immobilisation du yacht du milliardaire placé sous séquestre aux Emirats arabes unis. Leurs efforts n’ayant pas produit le résultat escompté, Farkhad Akhmedov s’est retourné contre eux, obtenant l’arrestation, puis la condamnation, d’Anass Derraz. Ce dernier a été jugé coupable d’avoir accepté un « pot-de-vin », mais le milliardaire, qui le lui a versé, n’a pas été inquiété.
C’est en novembre 2025 qu’Anass Derraz est condamné, suite à un procès fantoche, à 12 ans de prison. Depuis, ses conditions d’incarcération n’ont pas évolué et la cellule diplomatique de l’Élysée donne au compte goute à sa famille des informations sur l’évolution des négociations entre Paris et Bakou à son sujet. Depuis l’été 2025, Derraz est défendu en France par l’avocat François Zimeray. La déception de la famille du Français est d’autant plus grande que d’autres ressortissants étrangers ont été graciés mercredi matin. Selon le décret présidentiel signé par Aliyev, quatre autres étrangers – un Russe, un Pakistanais et deux Turcs – figurent parmi les personnes graciées. Si l’une de mes sources sur le dossier se veut rassurante quant à Anass Derraz : « Côté grâce, c’est prévu en deux temps », m’explique-t-on. Une autre est beaucoup plus pessimiste : « La non libération d’Anass donne l’impression que l’Élysée se satisfait de la situation et n’est pas mécontent de ne pas attirer la lumière sur cet aspect du dossier. Je crains qu’ils aillent jusqu’à le laisser en prison là-bas ».
La guerre hybride menée par l’Azerbaïdjan contre la France a débuté en 2023 en pleine guerre avec l’Arménie, alors soutenue par Paris. Bakou avait mené durant des mois une guerre d’influence ciblant déjà Emmanuel Macron, comme je l’avais relaté dans un premier article de mars 2025 :
Depuis l’automne 2025 pourtant, les relations diplomatiques entre Bakou et Paris semblaient s’être réchauffées. Lors du sommet de la Communauté Politique Européenne (CPE), dont le sujet était l’Ukraine, Aliyev et Macron s’étaient même retrouvés tous sourires devant les caméras. Mais selon une source française en contact avec les autorités azerbaïdjanaises, « rien ne sera réglé avant le départ de Macron ».
Lire aussi sur The Big Picture : EXCLUSIF – Qui a fait disparaître le coffre-fort d’Alexandre Benalla (et comment)
Publié le 13.09.2026 à 21:04
Suez-Veolia, acte 2 : quand les « cathos » se rebiffent face à la « Vénérable des eaux » (2)

C’est l’heure des bilans – mais aussi des justifications et des accusations. Le 7 juin 2021, Jean-Pierre Clamadieu, président d’Engie, le groupe énergétique ancien actionnaire de Suez, est serein face aux députés qui l’interrogent sur la fusion Suez-Veolia dans le cadre de la commission d’enquête relative « à la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés et ses conséquences ». Il se permet même de profiter de son audition pour régler ses comptes avec l’ancienne direction de Suez.
À cette occasion, il réaffirme avoir formellement prévenu Suez dès 2019 de la volonté d’Engie de vendre ses parts, restant sur la ligne selon laquelle la direction de Suez avait péché par impréparation et avait également refusé de formuler une contre-offre financière. Quelques mois plus tôt, le 29 septembre 2020, toujours au palais Bourbon, il avait affirmé aux députés de la commission des affaires économiques : « Dire “on ne discute pas”, c’est une grave erreur de jugement », pointant du doigt le refus de dialogue de Bertrand Camus, alors directeur général de Suez, avec Veolia.
L’assurance de Clamadieu ne tient pas uniquement à son parcours : diplômé de l’école des Mines et Ingénieur en chef du prestigieux corps des Mines, il devient PDG de Rhodia en 2008, avant de fusionner ce groupe chimique avec le belge Solvay. Elle lui vient aussi de sa proximité avec Emmanuel Macron. Sous la monarchie républicaine française, cela compte d’avoir les faveurs du président de la République. Connaissance commune des deux hommes, Jean-Louis Beffa, ancien président du comité des nominations d’Engie, m’avait d’ailleurs confirmé cette proximité à l’automne 2018. L’ex-grand patron de Saint-Gobain s’étonnait alors du soutien apporté par l’Élysée à Clamadieu lors de sa nomination à la présidence du conseil d’administration de l’Opéra national de Paris, un poste prestigieux et suscitant les convoitises à Paris.
Dans le premier épisode, j’avais raconté comment le projet de fusion Veolia-Suez est une vieille histoire et s’inscrit également dans le mécano industriel des grands groupes énergétiques français (Engie, EDF, Total) :
Aujourd’hui, je vous propose de vous raconter les coulisses du début de l’opération lancée par Veolia, notamment du côté des équipes de Suez…
Vive les vacances !
Publié le 26.08.2026 à 18:27
« L’Argent Magique », mon nouveau livre-enquête sur le capitalisme français
Le 25 septembre prochain paraîtra aux éditions du Seuil mon nouveau livre-enquête intitulé L’Argent Magique. Enquête sur les illusions du capitalisme français. Je vous préviens d’emblée : il s’agit d’un nouveau « pavé », presque aussi imposant que mon avant dernier livre, L’Emprise, publié en janvier 2022. De quoi réjouir, je crois, un certain nombre de mes lecteurs fidèles. C’est aussi l’occasion d’en accueillir d’autres. À travers plus de 530 pages, quinze chapitres organisés en quatre grandes parties – Le temps des prédateurs, le temps des « socialistes », le temps des crises, et le temps des batailles –, je vous propose avec ce long récit de nombreuses enquêtes inédites, portant aussi bien sur Atos que sur les milliardaires Arnault, Niel, Bolloré, les « petits » nouveaux Křetínský et Saadé, ou encore la famille Dassault.
L’effet Trump sur les milliardaires français
Tous ces milliardaires sont propriétaires de médias et comptent peser d’une manière ou d’une autre sur la prochaine élection présidentielle de 2027. Je me penche ainsi sur l’effet Trump, à travers notamment tout un chapitre, cette tentation ultra-libertarienne qui met en cause la démocratie. Je m’intéresse aussi à celui qui dans une interview au New York Times se déclare plus extrême que l’extrême droite, l’entrepreneur Pierre-Édouard Stérin, ou encore, au banquier d’affaires Matthieu Pigasse qui dit regretter de se trouver bien seul à dénoncer la bascule des milieux d’affaires vers le RN.
Mais au-delà de ces grands noms du monde des affaires à Paris, mon enquête vise d’abord à comprendre les évolutions du capitalisme français depuis quarante ans : où en est la « place économique et financière » de Paris ? Cette simple question, en apparence anodine, m’a été posée il y a maintenant trois ans par l’ancien PDG du Seuil, Hugues Jallon, qui m’a inspiré ce nouveau livre et son fil conducteur : « à quoi ressemble aujourd’hui le monde des affaires à Paris ? Quels sont les nouveaux grands noms de la place ? ». Il y a douze ans à La Découverte, Jallon avait publié l’ouvrage collectif Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours : Le vrai visage du capitalisme français dirigé par les journalistes Benoît Collombat et David Servenay. Mais depuis, les grandes fresques sur le monde économique se font rares, tant le journalisme économique (comme le reste du monde de la presse et des médias) est en souffrance et soumis à la tutelle de plus en plus serrée de milliardaires et d’intérêts divers.
Rattrapé par mon sujet
En tant que journaliste, j’ai moi-même été rattrapé par mon sujet : après le rachat par Rodolphe Saadé de La Tribune à l’été 2023, j’ai été amené à arrêter ma collaboration en prenant ma « clause de cession », puis en février 2025, après un bref retour à Marianne – propriété de Daniel Křetínský – où j’ai participé à la « cellule enquête », j’ai rompu mon CDI en invoquant ma « clause de conscience », suite au débarquement de la direction de la rédaction et à la suppression de cette cellule, par un actionnaire qui ne cesse pourtant de clamer son souci de l’indépendance de la presse.
J’ai accepté de relever le « défi » lancé à l’époque par le Seuil d’enquêter sur ce vaste sujet. De fait, si j’ai écrit ce livre entre avril et juillet cette année, il m’a fallu un peu de temps pour non seulement vous raconter des coulisses inédits, vous présenter la nouvelle cartographie du monde des affaires de Paris, mais aussi vous proposer des décryptages.
Le visage de la finance à Paris
Dans ce livre, je vous offre ainsi une plongée inédite dans ce qu’est devenue la finance aujourd’hui à Paris, en particulier à travers le règne des « gestionnaires d’actifs », souvent américains, et le boom du private equity, ce secteur qui permet à des investisseurs institutionnels, des grandes fortunes, de prendre le contrôle d’entreprises sans passer par le marché boursier classique ou contournant le système bancaire particulièrement réglementé depuis la crise de 2008. Quand on essaye de réglementer le capitalisme, ce dernier trouve toujours une manière de se redéployer, loin des contrôles démocratiques.
Le private equity a largement été boosté durant une quinzaine d’années par les injections d’argent des pouvoirs publics et des banques centrales « dans l’économie ». Je m’intéresse ainsi au rôle de la BPI (Banque Publique d’Investissement) dans le développement de la « French Tech » et du « capital-risque » à la française, mais aussi aux family offices, ces véhicules financiers qui permettent aux grandes familles d’investir discrètement et avec toujours plus d’avantages fiscaux.
J’ai enquêté sur les arrière-boutiques de ces sociétés d’investissement, les fameux « fonds », qui contrairement à ce qu’a prétendu François Hollande lors de sa campagne de 2012, ont bien un « visage ». Cette plongée dans la finance des initiés constitue presque un livre dans le livre. Pour cela, j’ai rencontré tant en on qu’en off des dizaines d’acteurs de ce secteur, désormais en crise et de plus en plus contesté, bien que particulièrement méconnu du grand public (et des médias). Ce secteur financier contrôle aujourd’hui une grande part des entreprises françaises, notamment industrielles, souvent via les fameux LBO, Leveraged Buy-Out (littéralement, achat d’entreprise par effet de levier), des montages financiers qui permettent d’acheter une entreprise en empruntant la majorité de la somme nécessaire, tout en ne mettant qu’une petite part de son propre argent. Cette dette privée, dont quasiment personne ne parle en France, commence pourtant à inquiéter certains économistes aux États-Unis et en Grande-Bretagne, jusqu’au très sérieux Financial Times, mais aussi les instances de régulation de ces pays.
70 témoins clés
Au final, mes différentes enquêtes se sont étirées sur près de trois ans. Ce temps m’a permis d’interviewer près de 70 témoins clés de l’évolution du capitalisme français sur près de quarante ans. J’ai réalisé également de nombreux entretiens off – plus de 200 – avec des interlocuteurs qui ont préféré conserver l’anonymat mais m’ont permis de reconstituer de nombreux épisodes.
Si ce n’est pas un livre historique à proprement parler, je procède dans mon récit à des flashbacks, me permettant de raconter sous un jour nouveau différentes histoires clés du passé, condition souvent essentielle pour éclairer l’actualité la plus récente. Je raconte à partir de témoignages exclusifs la modernisation de la bourse de Paris dans les années 1980 et la libéralisation des banques et de la finance menées en grande partie par les socialistes au pouvoir.
Les plus jeunes ne le savent pas mais une bonne partie des grands milliardaires d’aujourd’hui, presque tous devenus propriétaires de médias, sont nés dans les années 1980, cette Génération Mitterrand à laquelle je consacre également un long chapitre. À l’époque, l’État et la puissance publique les aidait déjà, Bernard Arnault, Vincent Bolloré ou François Pinault, en particulier à travers la banque nationalisée du Crédit Lyonnais, « qui faisait avant l’heure du private equity. C’était un peu la BPI de l’époque », comme me l’assure un financier qui a connu cette époque.
Le règne des rentiers
Quarante ans plus tard, nombre d’acteurs économiques que j’ai interrogés constatent une « attrition de la place ». Paris s’est peut-être ouvert à l’international, mais ressemble, plus encore qu’auparavant, à un petit village. Autant certains grands noms restent actifs – ou s’efforcent de faire perdurer cette image –, autant les nouveaux peinent à décoller. Les milliardaires cherchent avant tout à préserver leur position, et les financiers à défendre les intérêts de la finance. Si les acteurs de l’économie sont passés aux discours sur la « souveraineté industrielle », après la célébration de la start-up nation, qu’en est-il du financement de la « réindustrialisation » ?
À l’heure de la fragmentation de la globalisation, le monde des affaires à Paris peine manifestement à trouver ses marques : « En France, il n’y a plus de capitalistes, seulement des rentiers, critique un entrepreneur dans l’industrie. Les gens fortunés font de l’immobilier, contrôlent des fonds spéculatifs, mais tout cela se fait au détriment de l’industrie et de l’investissement dans l’économie. Alors que les Italiens et les Allemands ont réussi à préserver leur modèle industriel ». Face à l’immensité de la tâche, un constat s’impose : le marché ne peut pas tout.
À lire, la quatrième de couverture de mon livre :
POURQUOI « LA PLACE » DE PARIS A-T-ELLE ÉTÉ DÉPASSÉE PAR WALL STREET ? À QUOI RESSEMBLE LA FINANCE DU PRIVATE EQUITY VENUE CONTESTER LA BOURSE ?
Fruit de trois ans d’enquête, L’Argent magique raconte l’émergence des grandes fortunes du pays et leur prise de contrôle d’une part toujours plus importante de l’économie. Sous le règne des Arnault, Bolloré, Křetínský ou Niel s’active tout un monde de banquiers, financiers et avocats d’affaires, aux pouvoirs discrets et intérêts croisés.
À travers de nombreux entretiens, Marc Endeweld retrace plus de quarante ans de capitalisme français pour dévoiler le visage actuel de la finance. Il décrypte les enjeux de ce nouveau secteur qu’on appelle le private equity : un secret mais puissant milieu d’initiés, cœur de l’hypercapitalisme contemporain.
Derrière les discours célébrant « la société du risque » et la start-up nation, c’est bien l’État et son « argent magique » qui ont nourri les acteurs privés. Dès 1984, le pouvoir socialiste a misé sur le tout-finance. Tout en bénéficiant du soutien de l’État, les milliardaires tâchent aujourd’hui d’en affaiblir les composantes démocratiques, par le contrôle des médias et les interventions directes auprès des dirigeants. Enivrés par le phénomène Trump, certains s’affairent même pour installer l’extrême droite au pouvoir.
Grandes figures, clans familiaux, vieux oligarques et nouveaux venus : une plongée riche en révélations, pour voir au-delà des illusions du capitalisme français.
Marc Endeweld est journaliste d’investigation. Il est notamment l’auteur, au Seuil, de L’Emprise. La France sous influence (2022). Il publie des enquêtes dans sa newsletter « The Big Picture ».
Publié le 20.08.2026 à 16:48
La « Vénérable des eaux », les « cathos », et le big bang de l’énergie (1)
La bataille Suez-Veolia n’est pas l’histoire d’une simple fusion-acquisition. Elle n’est pas non plus l’occasion d’une classique opération capitalistique sur la place financière de Paris. Elle a été aussi – et peut-être surtout – l’occasion d’un affrontement entre réseaux opposés dans les coulisses de la République. Elle fut également le théâtre de multiples chocs d’égos de dirigeants, de grandes ambitions et de petites vengeances. Car ces deux sociétés qui vendent principalement des services aux collectivités locales, ont une longue histoire avec les élus. Mais aussi parce qu’elles ont attiré l’attention de nombreuses figures issues d’un capitalisme d’État, ce capitalisme à la française dans lequel naviguent de nombreux anciens hauts fonctionnaires.
Certains de ces acteurs sont devenus banquiers d’affaires ou se sont retrouvés au plus haut niveau de l’État, d’autres encore ont pu expérimenter les joies du management de multinationales ou bien s’aventurer, grisés, dans l’expérimentation de mécanos financiers, avec des résultats mitigés . Ce dossier un peu particulier, j’ai commencé à le traiter il y a plus de sept ans. On le verra, dès 2017, la société Veolia s’est retrouvée au cœur des réseaux de la Macronie. À l’été 2015, lorsque j’interviewe à plusieurs reprises Emmanuel Macron dans son bureau de Bercy, ce dernier se laisse aller également à quelques confidences sur Isabelle Kocher, alors directrice générale du groupe Engie. Elle ignore encore à ce moment qu’elle sera bientôt l’une des victimes d’un véritable « big bang » de l’énergie concocté en secret par quelques dirigeants, tant responsables économiques que politiques.
Quand on évoque Suez-Veolia, on oublie souvent que cette histoire débute à trois, avec l’énergéticien Engie, issu de la fusion GDF-Suez engagée en 2006 par Dominique de Villepin. Derrière l’eau et les déchets, on trouve en fait la question du marché de l’énergie en France, et son organisation au plus haut niveau de l’État. Or l’énergie – même durant ces années néolibérales de célébration du marché – reste une activité souveraine. C’est une histoire que j’ai déjà évoquée dans mes précédents livres (Le Grand Manipulateur, 2019, et L’Emprise, 2022) puisque Macron s’est intéressé très tôt à l’énergie, tant chez Rothschild, qu’à Bercy puis à l’Élysée : « Emmanuel Macron pense qu’il faut réduire le nombre de champions français de l’énergie, l’histoire vient de loin », m’explique un témoin clé. Mais à l’occasion de mes recherches pour mon prochain ouvrage, L’Argent Magique. Enquête sur les illusions du capitalisme français (publié au Seuil le 25 septembre prochain), j’ai pu assembler encore davantage les morceaux du puzzle. J’ai toutefois considéré qu’entre les grandes fortunes et propriétaires des médias, les clans familiaux, la French Tech, et l’évolution de la place financière de Paris du MATIF au boom du private equity, cœur de mon prochain livre (Très bientôt, je vous en dirai plus sur ce programme déjà dense), cette histoire était trop longue.Elle pourrait être en soi l’objet d’un livre. Je vous propose plutôt de la (re)découvrir à travers une série d’articles inédits sur ma newsletter. Voici donc aujourd’hui le premier acte qui commence il y a tout juste vingt ans.
ACTE 1 : Une privatisation pour sauver Mestrallet
Publié le 10.08.2026 à 00:27
Les vrais mentors d’Emmanuel Macron
Macron fait partie d’un club restreint, celui des présidents de la Vème République ayant réussi le doublé à l’Élysée. L’ambitieux qui célébrait la « disruption » lors de sa campagne de 2017 a préservé sa place élyséenne durant deux mandats comme avant lui De Gaulle, Mitterrand et Chirac. Pourtant après presque dix ans de règne décadent, la presse reste bloquée sur quelques poncifs à son sujet. Cela ne s’explique pas uniquement par une certaine paresse journalistique. Même si celle-ci a permis aux premiers communicants qui ont accompagné Macron, en particulier Ismaël Emelien et Sibeth Ndiaye, de façonner facilement une image de modernité, loin de la réalité de l’homme, de ses réelles opinions et objectifs.
Image et contre-image
Certes, la création du personnage Macron a procédé d’une démarche aux allures de bulldozer (et parfois mensongère). Mais cette image est restée sur la rétine de beaucoup, particulièrement dans les services politiques qui confondent trop souvent journalisme et communication, encore dix ans plus tard. Cette image faisait de Macron le héraut de la modernité, le promoteur et représentant de la start-up nation, entouré de supporters de DSK. Sans oublier la quintessence du libéralisme culturel sauce Obama, un « progressiste ». Dès L’Ambigu Monsieur Macron, j’avais apporté à mes lecteurs beaucoup d’éléments qui permettaient de nuancer fortement ce portrait. Nombreux ont atterri un peu tard, par exemple dans les rangs de l’ancien Parti socialiste. Mais cette « ignorance » était souhaitable, voulue même : tous avaient intérêt à croire à cette image. Et dans ce déni volontaire, ne se trouvaient pas uniquement ses supporters, mais aussi ses ennemis, qui souhaitaient façonner coûte que coûte une « contre-image », faisant d’Emmanuel Macron un satellite, extérieur à la vie politique française, voire, dans les récits nationalistes, étranger à la nation. Dès 2015 et 2016, les éléments de langage sont déjà là : Emmanuel Macron ne pouvait pas être un concurrent sérieux à la présidentielle car ce n’était qu’un banquier de chez Rothschild, ou au mieux un technocrate de Bercy, qui comme tant d’autres, ne pouvait pas comprendre les électeurs.
Dans ces archétypes, il y a parfois du vrai, mais ils échouent presque toujours à expliquer réellement Macron, et surtout, à comprendre la permanence de son pouvoir – malgré la dissolution ratée de juin 2024, qu’il a lui-même initiée. Le coup le plus rude fut ainsi porté par Emmanuel Macron lui-même Pour mieux comprendre Emmanuel Macron, il ne suffit pas de se retourner sur le passé, il faut également dézoomer, considérer la big picture, et surtout écarter ses propres préjugés.
Un récit trompeur
Il est facile de mettre en avant le fait que Jacques Attali ou Alain Minc auraient fait Macron. Rien n’est plus faux. Si l’un ou l’autre ont pu jouer parfois avec cette image, et s’ils ont même parfois pu aider le futur président dans son ascension, ni l’un ni l’autre n’ont réellement donné les clés du pouvoir à Emmanuel Macron, ils n’ont même pas cru en Macron au moment crucial, c’est-à-dire dans les mois précédant 2017. À cette époque, Attali soutenait Valls, et Minc, Juppé. L’un comme l’autre ne croyaient pas à l’aventure présidentielle de Macron. Tout au long de ses deux mandats, le président ne s’est pas privé de le leur rappeler, même s’il a toujours veillé à apporter le minimum d’égard présidentiel requis à ces deux personnages influents de la République.
Utiliser ce récit – Attali et Minc ont fait Macron – permet une charge critique facile (et à l’occasion nauséabonde). Mais elle occulte surtout largement les soutiens dont a bénéficié Macron dans sa conquête de l’État. Et ces soutiens, aujourd’hui, peuvent se réjouir de ce récit qui leur permet de garder dans l’ombre leur responsabilité dans une aventure qui s’achève dans l’échec. Dans cette Vème République à bout de souffle, il ne suffit pas de gagner son ticket pour l’Élysée, il s’agit aussi de gouverner, et longtemps.
Dans l’entourage du chef de l’État, trois vrais mentors – en plus de Brigitte – ont joué un rôle bien plus important. Ils ont donné les clés de l’État à Macron. Notamment en lui donnant les clés de près d’un demi-siècle d’histoire politique (souvent souterraine) entre la IVème et la Vème République. Ces trois-là ont tous la caractéristique d’avoir connu de très près les coulisses de la Vème République, ceux dont on ne parle que rarement. Qu’on le veuille ou non, Macron est une pure production du système politique français. Son succès peut bien être le résultat de l’essoufflement voire de l’implosion du régime de la Vème République, Macron a grandi dans ses coulisses. S’il n’a pas eu besoin de cumuler les mandats avant de ravir la présidence, c’est parce qu’il a côtoyé des personnages clés au sein des réseaux politiques, de droite comme de gauche – tant institutionnels, régaliens, et financiers – qui lui ont permis de contourner les partis. Tout cela conjugué aux nouveaux outils de mobilisation offerts par le numérique, en particulier les réseaux sociaux, par lesquels il a pu s’adresser directement aux Français, dans la plus pure tradition de la Vème République – un homme rencontrant le peuple –, tout en bénéficiant d’analyses très précises sur chaque cible électorale grâce aux logiciels analysant le comportement des internautes.
Les secrets de la Contrescarpe
Publié le 31.07.2026 à 11:05
IA et conflit d’intérêt : pourquoi Cédric O a perdu en justice

Cédric O, l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron et l’ancien ministre chargé du numérique, n’a pas manqué de raisons d’être comblé ces dernières années. Cet ex-DSK boy, passé par HEC, fait partie des cofondateurs de Mistral AI – dans laquelle il investit 176,10 euros au départ, via son cabinet Nopeunteo quelques mois seulement après son départ du gouvernement en 2022. Aujourd’hui, ses parts dans Mistral sont valorisées plusieurs dizaines de millions d’euros. En septembre 2023, cet ardent partisan de la dérégulation de l’intelligence artificielle auprès des pouvoirs publics français et de Bruxelles est nommé « expert » au « comité de l’intelligence artificielle » lancé par la Première ministre Elisabeth Borne. Il y siège comme « autorité qualifiée », sans que sa participation à l’entreprise Mistral AI ne soit mentionnée.
Ce mélange des genres suscite de nombreuses critiques, notamment dans la presse, dont celles très explicites de Bertrand Burgalat, président du Syndicat national de l’industrie phonographique, au point que Cédric O décide d’assigner en justice ce dernier qui l’a notamment accusé sur l’antenne de BFM Business en mars 2024 de « prise illégale d’intérêt » [à 4 minutes 28 dans la vidéo disponible plus loin] : « on est quand même dans quelque chose qui relève du pénal », avait ajouté le producteur et président du SNEP. Portant plainte pour diffamation, l’ex-ministre lui réclame alors 50 000 euros en réparation de son préjudice moral… Lors de l’audience, Cédric O a expliqué que Burgalat l’avait personnellement attaqué et mis en cause sa probité parce qu’il ne partageait pas ses idées, ce qui était contraire à sa propre conception du débat…
On ne peut plus débattre sereinement
Publié le 13.07.2026 à 11:08
Les années géorgiennes de Raphaël Glucksmann : un avant-goût de guerre
Le 13 juin dernier, lors du meeting de Raphaël Glucksmann à Aubervilliers, des drapeaux géorgiens flottaient en nombre dans le public, sans que les commentateurs politiques ne le remarquent. C’est pourtant une référence aux années géorgiennes du jeune Glucksmann entre 2009 et 2013, qu’on peut voir en action dans ce reportage de France 24. Ce week-end, Le Monde a publié un long papier sur cette période : « Raphaël Glucksmann, une éducation politique passée par la Géorgie ».
Pour le candidat à la présidentielle, c’était une autre époque : entre ces deux dates, il s’est mis au service de Mikhaïl Saakachvili, alors président de la Géorgie, « à la fois stratège et diplomate, plume et communiquant de luxe », assure d’abord Le Monde dans son article avant d’expliquer que le jeune Glucskmann se retrouve « sous contrat avec le Conseil national de sécurité, qui coordonne, sous l’autorité de la présidence, le travail des affaires étrangères, de la défense et des services de renseignement ».
Et pour cause : comme je l’avais découvert lors d’une précédente enquête, le rôle de Raphaël Glucksmann durant presque quatre ans auprès de Mikhaïl Saakachvili va bien au-delà d’une simple fonction de relations publiques, et se rapproche davantage d’un « consultant en révolution », comme il se présente alors lui-même. Car sur cette période, Raphaël Glucksmann se retrouve au cœur de discussions sur l’importation d’armes par la Géorgie, des éléments qui ont été oubliés par Le Monde. Au printemps 2024, j’avais bien évidemment demandé à plusieurs reprises des réactions à mes informations aux équipes de campagne de Raphaël Glucksmann : malgré mes relances – y compris sur son propre téléphone –, le candidat aux européennes avait alors choisi de ne pas commenter. Voici les éléments :
Ses années géorgiennes, un avant-goût de guerre

Leur première rencontre date de 2004, à Kiev. En pleine révolution orange ukrainienne, Raphaël Glucksmann tourne un documentaire sur les mobilisations contre Moscou. De son côté, Mikhaïl Saakachvili, alias « Micha », a été élu président de Géorgie quelques mois plus tôt. Entre les deux hommes, c’est un coup de foudre. Et un même vœu : que les anciennes républiques soviétiques se rapprochent de l’Occident.
Les années suivantes, le jeune Glucksmann multiplie les voyages à Tbilissi, la capitale géorgienne, séjournant souvent à l’hôtel Ambassadori, à deux pas de la présidence. L’ambiance du tout nouveau régime le happe.
En août 2008, alors que les troupes russes envahissent la Géorgie après que Saakachvili a décidé de récupérer l’Ossétie du Sud par la force, Raphaël Glucksmann soutient le pays dans Libération : « Certes Saakachvili n’est pas Gandhi, mais sous son impulsion, la Géorgie a changé de visage. La corruption a été presque réduite à néant, les journalistes étrangers y jouissent d’une liberté totale, les élections s’y déroulent sous le contrôle des organisations internationales, l’économie décolle sans rente pétrolière, le gouvernement est formé de jeunes gens dont la double nationalité américaine, anglaise ou israélienne fait ressembler Tbilissi à une Babel occidentale plantée au cœur du Caucase. »
Avec son père, André Glucksmann, le jeune Raphaël avait soutenu l’atlantiste Nicolas Sarkozy à la présidentielle 2007. Mais, en août 2008, si le président français sauve le régime de Saakachvili en négociant un cessez-le-feu, il confie de fait à Vladimir Poutine l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Insupportable pour Raphaël Glucksmann, qui milite alors auprès des néoconservateurs parisiens, ceux de la revue Le Meilleur des mondes et du cercle dit de l’Oratoire, comme le philosophe Pascal Bruckner ou le cinéaste Romain Goupil, qui ont soutenu l’intervention américaine en Irak.
Opérations de lobbying
Du jour au lendemain, Glucksmann débarque en Géorgie. « Raphaël était là par conviction antirusse, mais il n’était pas un agent américain », tient à préciser un Français qui l’a côtoyé en Géorgie et qui connaît les fantasmes suscités par son parcours : « Il a de vraies convictions, il aime être dans le fond de l’action. » Reste que les Américains sont alors omniprésents en Géorgie et que le jeune conseiller de « Micha » a forcément dû composer avec eux.
Modeste conseiller technique, simple plume, ou conseiller du soir ? Non, « conseiller spécial » du président, assure un habitué du palais présidentiel géorgien. Raphaël Glucksmann « passait entre dix-sept et dix-huit heures par jour avec Saakachvili, il était en permanence avec lui, c’était son ombre ». Il lui est arrivé de rencontrer en personne Madeleine Albright, chargée de représenter Barack Obama. À l’ambassade française, cette omniprésence n’échappe à personne. À la fin de ses années 2000, Glucksmann est comme chez lui en Géorgie. Il connaît tous les ministres, responsables politiques, haut gradés et chefs d’état-major.
Un tropisme militaire car les Russes menacent, et le président Saakachvili veut augmenter ses capacités militaires et renouveler son armement dans le cadre de l’Otan. Les premières discussions en ce sens commencent un an avant la guerre de l’été 2008, notamment avec des acteurs français de la défense, et se prolongent ensuite tant bien que mal.
Après les accords obtenus par Sarkozy entre Russes et Géorgiens, un embargo sur les armes, certes officieux mais bien réel, est instauré contre Tbilissi : Moscou veille à interdire toute importation d’armes dans la petite république du Caucase. Si les alliés occidentaux n’ont pas officiellement apporté leur soutien à cet embargo, dans les faits, ils le respectent, de peur de mécontenter Poutine.
Au cœur des discussions, la modernisation des avions soviétiques Sukhoï Su-25 ou d’hélicoptères.
La Géorgie doit donc mobiliser des canaux parallèles pour récupérer des armes, anticipant une nouvelle offensive russe. Devenu conseiller du président Saakachvili en janvier 2009, Glucksmann organise de nombreuses réunions entre des généraux et des financiers géorgiens ainsi que des marchands d’armes à la présidence et permet aux mêmes de visiter une base militaire. Lors de ces rencontres, Glucksmann reste discret : il est d’abord les yeux et les oreilles du président, lui transmettant des comptes rendus détaillés. Au cœur des discussions, la modernisation des avions soviétiques Sukhoï Su-25 ou d’hélicoptères.
Pour contourner l’embargo russe, Glucksmann et ses amis géorgiens entament des discussions avec ATE, une discrète entreprise d’armement proche du groupe Dassault et des milieux de défense israéliens, cofondée par deux Français en Afrique du Sud au beau milieu de l’apartheid dans les années 1980, et qui s’est fait une spécialité de contourner les embargos.
Les Sud-Africains se sont spécialisés dans la modernisation de matériels russes. Dans les années 1990, ils en ont fourni à l’Algérie pour combattre le GIA. Raphaël Glucksmann le savait, lui qui avait fait un stage de journalisme au Soir d’Algérie et dont le père était proche des généraux du régime algérien.
À cette époque, Glucksmann se rend régulièrement à Paris. Il côtoie les réseaux franco-géorgiens et multiplie les rendez-vous dans les palaces, parfois au Plaza Athénée, pour faire avancer les dossiers d’armement de la Géorgie. Il rencontre Alexandre Vulic, conseiller de Pierre Lellouche, secrétaire d’État aux Affaires européennes, au cœur des réseaux franco-américains, et assure le lien avec Mamuka Kudava, ambassadeur géorgien en France, tout en mettant en œuvre un lobbying intense auprès des pouvoirs publics et des médias. Un activisme présenté, aujourd’hui, par son entourage comme une « résistance à Poutine ».
Des connexions à… Washington
Pour cette dernière mission, il s’aide de son ami Félix Marquardt, rencontré chez ses parents. Cet Austro-Américain, lobbyiste et communicant, grand mondain à Paris, conseillait aussi Saakachvili et organisait des voyages en Géorgie à l’époque. En octobre 2010, les deux compères publient dans Le Figaro une tribune s’interrogeant sur l’émergence de la Chine. Le même mois, Félix Marquardt organisait à Paris un grand dîner en l’honneur de Noursoultan Nazarbaïev, président autocrate du Kazakhstan, en présence d’une partie de l’élite politico-industrielle française.
La « Géorgie connexion » de Glucksmann serait incomplète si l’on oubliait la lobbyiste Zoé Reyners, qui l’aide actuellement pour sa communication politique : il y a quinze ans, cette dernière travaillait déjà pour sa société Noé Conseil afin de faire connaître la Géorgie à l’opinion publique occidentale. Elle aussi a eu un coup de foudre : naturalisée géorgienne, Zoé Reyners s’envole un temps à Washington pour travailler à l’ambassade de la petite république, avant de devenir l’assistante de Saakachvili.
Mais quand « Micha » perd les législatives de 2012, Glucksmann retourne à Kiev, participant aux manifestations d’Euromaïdan, en compagnie de son épouse de l’époque, Eka Zgouladze, vice-ministre de l’Intérieur de Géorgie entre 2005 et 2012, devenue vice-ministre en Ukraine, elle qui avait bénéficié d’une bourse américaine pour faire ses études aux États-Unis. Si l’on en croit Le Monde, Raphaël Glucksmann se décrit alors comme « consultant en révolution ».
Publié le 27.06.2026 à 16:30
Le fantôme de Benalla à LVMH inquiète jusqu’à l’Élysée

Cela fait bientôt trois ans que le géant du luxe LVMH vit au gré des articles de presse sur la famille Arnault. La succession du patriarche, Bernard Arnault, 77 ans, est dans toutes les têtes, excitant les convoitises et suscitant la curiosité des journalistes. Au point que l’épouse du milliardaire, Hélène Mercier-Arnault, pianiste concertiste, a profité de la sortie de son dernier album pour multiplier ces derniers mois les interviews dans les médias, histoire de faire valoir son point de vue. Et pour elle, pas de doutes, c’est bien Xavier Niel, compagnon de Delphine Arnault, qu’elle surnomme « El Diablo », selon un article de Sophie des Déserts dans Libération, qui est derrière toutes ces publications de presse ciblant sa famille. Xavier préfère s’amuser de telles accusations, comme L’Obs l’a écrit au printemps. Une vraie telenovela.
Depuis des mois, tout Paris glose sur l’affrontement qui opposerait les fils d’Hélène Mercier-Arnault – Alexandre, Frédéric et Jean – et leurs aînés issus d’un premier mariage, Delphine et Antoine. Mais pour la matriarche, comme elle n’a cessé de l’affirmer dans ses interviews, cette présentation est inexacte, la fratrie reste unie coûte que coûte. Tous les enfants Arnault ont des fonctions dans le groupe. Tous ont pris la parole lors de la dernière assemblée générale fin avril 2026 où leur père a ironisé devant les actionnaires : « Est-ce qu’ils ont l’air très ambitieux ? ».
La guerre de l’ombre des communicants
Dans l’ombre, le groupe est surtout le théâtre d’une guerre féroce de communicants où tous les coups sont permis. Depuis l’automne, et jusqu’à il y a encore quelques jours, Hélène Mercier-Arnault, qui est par ailleurs une amie de Brigitte Macron, était conseillée dans son offensive médiatique par Louis Jublin, l’ancien conseiller com’ de Gabriel Attal à Matignon. Et comme le souligne Politico début mai, « entre Jublin et Jean-Charles Tréhan, directeur des relations extérieures au groupe, qui ont longtemps été proches, allant jusqu’à se dire amis, la rupture est déjà consommée ».
Dans cette même suite de « confidentiels », Politico écrit : « Jublin en est persuadé : les communicants de LVMH feraient carrément circuler à nouveau l’histoire, vieille d’il y a quelques années, de photos de lui prenant de la cocaïne lors de fêtes, dont il reconnaît l’authenticité. Un épisode passager, assure-t-il, lié à un épisode personnel douloureux et désormais loin derrière lui ». On se pince. Ces confidentiels Politico sont alors alimentés par un « conseiller de LVMH » anonyme, comme il est écrit.
Une véritable guerre d’influence entre « amis », car d’autres noms dans le « dossier » apparaissent, avec pour point commun de s’être fréquentés dans un récent passé. Les joies du microcosme parisien… Ainsi, en avril, dans l’article que L’Obs consacré à LVMH peu de temps avant l’assemblée générale du groupe, on apprend également qu’Anastasia Colosimo, l’ex-conseillère presse internationale à l’Élysée, connaissance commune des deux communicants, a essayé de jouer les médiatrices entre eux…
Dans ce contexte, les nerfs sont donc à vif, et c’est un article de La Lettre, du 1er décembre 2025, qui va finir par enflammer tout ce beau monde. La feuille confidentielle y affirme qu’Alexandre Benalla, l’ex-chargé de mission de l’Élysée, a travaillé par le passé pour Frédéric Arnault, quand ce dernier dirigeait le fabricant de montre Tag Heuer, sur des « missions de renseignement d’affaires » à l’international mais aussi pour « protéger au mieux sa propre image ». Forcément, l’article fait le tour des rédactions et du petit Paris des affaires. Et chez LVMH, les ennemis de Frédéric Arnault , qui dirige maintenant Loro Piana à Milan, se délectent et tentent d’utiliser cet article auprès de son père pour décrédibiliser le potentiel héritier.
Il est vrai que dans le monde si feutré du luxe, la seule évocation du nom d’Alexandre Benalla semble incongrue. Dans l’article, on apprend que les journalistes de La Lettre ont réussi à joindre l’ex-chargé de mission de l’Élysée et que ce dernier a confirmé en partie leurs infos. Il « affirme en revanche avoir toujours refusé d’effectuer les missions franco-françaises que lui a soumises Frédéric Arnault », écrit alors La Lettre.
Le démenti écrit d’Alexandre Benalla
Et pourtant, les choses ne se sont peut-être pas passées ainsi. Avec un certain empressement, et non sans crainte, Alexandre Benalla, dans les jours qui suivent la publication de l’article, va écrire de sa propre plume un assez long mail à Bernard Arnault dans lequel il explique que les propos qui lui sont attribués par les journalistes sont inexacts et qu’il n’a jamais travaillé « ni directement ni indirectement pour le groupe LVMH, ni pour aucune de ses entités, ni pour M. Frédéric Arnault ». Ajoutant : « C’est précisément la réponse que j’ai apportée aux journalistes qui m’ont interrogé ».
Alexandre Benalla écrit donc à l’homme le plus puissant de France l’exact inverse de ce qu’il a manifestement dit aux journalistes de La Lettre. Pourquoi prendre une telle initiative si les faits relatés dans l’article étaient rigoureusement exacts ? Dans toute cette histoire, qui manipule qui ? Qui « ambiance » ? Aujourd’hui, l’un des deux auteurs de l’article me confirme qu’Alexandre Benalla a bien été appelé en personne et que ce dernier a confirmé leurs informations issues de « deux sources ». Alexandre Benalla avait-il un intérêt à mener en bateau ces journalistes de bonne foi ? A priori aucun, sinon, pourquoi se rétracter quelques jours plus tard ?
Pour tâcher d’y voir plus clair, je contacte l’ancien chargé de mission de l’Élysée, mais ce dernier ne me répond pas quand je lui dis avoir connaissance de son démenti auprès de Bernard Arnault. Pour rajouter dans la bizarrerie, lorsqu’en février dernier, j’ai moi-même contacté par mail Frédéric Arnault au sujet de l’article de La Lettre en lui expliquant que j’avais recueilli des éléments contradictoires sur ce sujet, le jeune dirigeant me répond simplement, comme il l’avait fait auprès des journalistes de La Lettre, n’avoir « jamais rencontré M. Alexandre Benalla et ne lui ai donc jamais confié de mission de renseignement d’affaires ». Frédéric Arnault ne fait alors pas mention du démenti d’Alexandre Benalla, et me renvoie vers le service de presse de LVMH.
Enfin, lorsque je questionne Jean-Charles Tréhan, le directeur des relations extérieures de LVMH – lequel travaille avec Antoine Arnault chargé de l’image du groupe –, celui-ci ne me parle pas non plus de l’existence d’un courriel de Benalla envoyé quelques semaines plus tôt à son patron. Encore plus étrange, le communicant du groupe de luxe me demande alors : « Alexandre Benalla a-t-il fait un démenti après cet article ? » Je constate, comme lui, que l’ex-chargé de mission n’a jamais fait de démenti public après la publication de l’article du 1er décembre.
Les gardes du corps de Xavier Niel
Ce silence chez LVMH s’explique sûrement par d’autres éléments, extérieurs au groupe. Car l’article du 1er décembre de La Lettre dans lequel est évoqué Alexandre Benalla et le fils Arnault, a suscité l’inquiétude à un très haut niveau selon mes informations. Quelques jours avant la publication de l’article, la nouvelle vient aux oreilles de Xavier Niel qui ne prend pas le dossier à la légère. Car à l’époque, ses propres gardes du corps, Djamel et Issam, ont été mis à sa disposition par Alexandre Benalla. C’est du moins ce que m’affirme ce dernier, six mois avant la publication de l’article de La Lettre alors que j’enquête sur un tout autre dossier.
Travaillant aujourd’hui entre la France et la Suisse, Alexandre Benalla a monté sa propre société de conseil, Comya Group, et il travaille avec plusieurs prestataires de sécurité et de cybersécurité. Sur son site internet, Alexandre Benalla explique que son « cabinet de conseil stratégique (…) compte d’anciens officiers de la DGSE, du SAS britannique et du Special Boat Service », et qu’il propose notamment un « conseil en protection rapprochée pour chefs d’État, dirigeants d’entreprise et personnes fortunées. Sûreté des déplacements et devoir de protection ».
Aujourd’hui, l’ancien homme de confiance d’Emmanuel Macron est beaucoup moins catégorique sur le fait qu’il ait pu travailler pour le milliardaire des télécoms et affirme, auprès de proches, ne connaître les deux gardes du corps que du temps de la campagne présidentielle de 2017. Tous deux faisaient partie de l’équipe de sécurité du candidat Macron, que Benalla dirigeait alors. En attendant, selon mes informations, Xavier Niel a fait appeler ce dernier par ses gardes du corps pour savoir si « l’info » propagée par les questions des journalistes de La Lettre était vraie. Contacté sur ces éléments, Xavier Niel n’a pas réagi.
Quand Emmanuel Macron s’en mêle
Mais l’histoire n’est pas finie, car peu de temps avant la publication de l’article de La Lettre, Alexandre Benalla reçoit également deux coups de fil d’Emmanuel Macron qui s’inquiète de voir son ancien collaborateur travailler pour LVMH, et lui demande de se tenir loin de tout cela. À chaque fois, l’ex-chargé de mission explique qu’il ne travaille pas avec Frédéric Arnault, qu’il ne le fréquente pas, et que tout cela n’est qu’une fake news. En attendant, l’intéressé n’a pas fait de démenti public.
Il est utile de rappeler que la société de renseignement économique Forward Global qui travaille pour LVMH, mais aussi Louis Jublin, ex-chargé de com’ à Matignon d’Attal, ou Anastasia Colosimo, ex-conseillère d’Emmanuel Macron, ont tous pu travailler par le passé avec certains des soutiens historiques d’Alexandre Benalla. A Genève et Paris, dans les beaux quartiers les folles rumeurs vont bon train. Mais cet intérêt du président de la République pour son ancien chargé de mission, et le fait qu’il prenne du temps pour intervenir dans un dossier privé et y démêler le vrai du faux, est une nouvelle preuve de l’implication des Arnault et de Niel dans le pouvoir.
Je profite de cet article pour annoncer la publication à la rentrée de mon livre « La Place de Paris.» aux éditions du Seuil. Dans ce nouveau livre d’enquête, j’évoque notamment les grandes familles, la dérégulation de la finance par Mitterrand, l’histoire de certains des milliardaires français, leurs envies de politique (très à droite) à quelques mois de la présidentielle, mais aussi la French Tech et la BPI, les grands patrons, le fonctionnement actuel et passé de la place économique et financière de Paris, et enfin le « monde de la finance » cher à François Hollande, notamment le private equity, ou certaines des grandes batailles récentes comme Atos. Pour cet ouvrage, sur lequel j’ai travaillé pendant trois ans, j’ai rencontré de nombreuses figures de la place qui ont accepté d’être citées et plus d’une centaine d’interlocuteurs m’ont aidé.
Et pour soutenir mon travail d’enquête, vous pouvez vous abonnez à ma newsletter en version payante (ou y contribuer en optant pour un abonnement de soutien).
Publié le 11.06.2026 à 18:03
Entre Trump et Starmer, fritures sur la ligne
« No alliance lasts forever » (« Aucune alliance n’est éternelle »). Ce banc-titre apparaît dans le générique de la troisième saison de « La Diplomate », qui a pour héroïne une ambassadrice américaine à Londres, diffusée à l’automne dernier sur Netflix. Depuis trois ans, le succès de cette série confirme la fascination d’Hollywood pour le pouvoir américain. À moins que ça ne soit l’inverse : dès 2023, les rues de Washington étaient couvertes d’affiches promouvant la première saison, un marketing bien ciblé vers les milliers de fonctionnaires au cœur de la machine de la première puissance du monde. Aux manettes, la scénariste Debora Cahn a travaillé pour les séries fameuses « À la maison Blanche » et « Homeland » et a l’habitude de multiplier les interviews « off » auprès de diplomates, d’espions, de hauts fonctionnaires, pour préparer ses scénarios.
Aucune alliance n’est éternelle ? L’effet dramatique est évident, mais il n’est pas si farfelu : depuis le Brexit – cela fera dix ans ce 23 juin – la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a cessé de se disjoindre : derrière l’alliance sécuritaire – notamment dans le nucléaire militaire et le renseignement électronique – les divergences stratégiques se multiplient entre les deux pays depuis une dizaine d’années. Le révélateur Trump de ces dernières semaines dévoile comme souvent un état de fait plus profond.







