LePartisan - 60 vues
MEDIAS REVUES BLOGS
 Henri Maler

CONVOITER L'IMPOSSIBLE

Publié le 22.03.2026 à 18:09

Mes Archives à La Contemporaine

J'ai déposé Des archives de l'Organisation communiste Révolution (OCR) et à l'Organisation communiste des travailleurs (OCT) à La Contemporaine (ainsi que les archives des États Généraux du Mouvement social) [1].

Je précise ainsi, dans la présentation de ce dépôt, les raisons de ma démarche et de ce don.

« J'ai longuement hésité avant d'effectuer ce dépôt d'archives consacrées à l'Organisation communiste Révolution (OCR) et à l'Organisation communiste des travailleurs (OCT). Depuis ma rupture brutale et irréversible avec l'OCT en juin 1978, je n'ai plus appartenu à aucune organisation politique et je n'ai cessé de révisé les fondements et les modalités de mon engagement. Près de cinquante ans plus tard, mes positions personnelles sont très éloignées de ce qu'elles furent. Mais un bilan critique, voire très critique, n'exclut nullement une forme de fidélité : une fidélité élective, mais sélective, très sélective. Effacer les traces de ce passé collectif serait une forme de reniement. D'autres sans doute ont fait ce choix : ce n'est pas le mien. C'est donc un passé assumé que je mets en dépôt.

« Ce qui suscita notre révolte, notre horreur, se trouve à nouveau là, réparti, intact et subordonné, prêt à l'attaque, à la mort. Seule la forme de la riposte restera à découvrir ainsi que les motifs lumineux qui la vêtiront de couleurs impulsives [2]. »

* * *

Ces archives sont presque exclusivement composées de documents internes. Qui voudrait connaitre vraiment ce que furent ces organisations devrait se reporter aux brochures et aux hebdomadaires qu'elles ont publiés et qui sont conservés à La Contemporaine.

Les hebdomadaires :

Révolution ! (1971-1976)

L'Étincelle (1976-1981)

* * *

Sont disponibles également les archives des États généraux du mouvement social (1996-1998).

Pour mémoire, l'appel à ces États généraux est publié ici-même, ainsi qu'une tribune publiée en novembre 1996.

Henri Maler


[1] Comme il ne s'agit pas d'un dépôt officiel des mouvements concernés, ces archives sont déposées en mon nom.

[2] René Char, « Heureuse la magie... » (1951), Recherche de la base au sommet, Pléiade, p. 652.


Publié le 26.01.2026 à 16:23

Critique des médias, entretien

Entretien publié par un média luxembourgeois « déi aner Wochenzeitung » (« L'autre hebdomadaire »), le 25 novembre 2005.

M. Maler, pourquoi Acrimed a-t-elle été fondée ?

Henri Maler : Acrimed est une association qui est née dans la foulée du mouvement social de novembre – décembre 1995. Plus exactement de l'appel à la solidarité avec les grévistes associé au nom de Pierre Bourdieu. Au cours de cette mobilisation il est apparu que la façon dont les grands médias traitaient ce mouvement était unilatérale et méprisante pour les grévistes.

Qu'entendez-vous par unilatérale et méprisante ?

Les grands médias de masse privaient de parole les grévistes, même quand ils affectaient de la leur donner.

Mais comment peut-on faire taire quelqu'un, quand il s'exprime dans les médias ?

En lui donnant la parole dans des conditions telles que sa voix ne peut pas être entendue. En 95 par exemple, différents responsables politiques pouvaient s'exprimer sur le plateau, alors que le point de vue des grévistes était donné hors du plateau, dans des conditions d'expression extrêmement difficiles. Le déséquilibre était flagrant. Autre exemple plus anecdotique : lors de la dernière grève des éboueurs en 2003, pour la sécurité des retraites. Les médias ont réussi le tour de force de ne jamais demander leur avis aux éboueurs. Quand les enseignants font la grève, ils ont partiellement le droit de parler de ce que les médias appellent leur malaise« . Ils ont le droit d'exhiber leurs ¬symptômes« . Mais quand il s'agit des éboueurs évidemment, le mépris social est sans limites . Comme si quelqu'un qui ramasse des ordures ne pouvait pas s'exprimer sur ses conditions de travail ou son salaire.

Cela commence donc par un traitement médiatique inégal.

C'est une observation faite par Acrimed : l'absence de représentation de la diversité sociale, culturelle et politique dans les médias. Nous avons une grande pluralité dans les différents canaux audiovisuels qui propagent les nouvelles. Mais cette pluralité dissimule une grande homogénéisation des points de vue possibles.

Qui est responsable de cette appauvrissement de la diversité dans la représentation médiatique ? La concentration économique croissante dans le secteur des mé »dias, ou une réelle volonté politique à étouffer certaines voix ?

Ce sont évidemment les concentrations tout à la fois multinationales et multimédia. Des grands conglomérats qui associent presse écrite, édition mais aussi cinémas, parcs d'attractions et chaînes hôtelières. Et dans le cas français marchand de canons et marchand de béton. Le plus important pour les grandes multinationales n'est pas leur concentration, aussi grave soit-elle, mais leur moteur. Ce moteur est la financiarisation croissante. Il ne suffit pas pour les médias d'être relativement rentables. Aujourd'hui il faut qu'ils ramènent des profits équivalents à ce que peut rapporter l'industrie de l'armement par exemple. Dans ces conditions les premiers clients des médias ne sont pas les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, mais les actionnaires. Le reste, qu'il faudrait expliquer, en découle largement.

Quelle est l'action concrète d'Acrimed contre ces abus dans les médias de masse ?

Acrimed est une association-carrefour qui associe des chercheurs universitaires, des journalistes et des acteurs sociaux et politiques, qui mettent en commun leurs expériences. La première mission consiste à interpeller les forces associatives et syndicales sur leur inertie en ce qui concerne la question des médias. Et inertie c'est encore peu dire, j'aurais pu dire complaisance ou dérobade. Il s'agit de leur rappeler la centralité de la question des médias et de l'information. Nous commençons à obtenir quelques résultats sur ce terrain. Deuxième chose, nous agissons plus directement à partir de notre site internet, qui connaît un public de plus en plus grand, et aussi à travers les débats publics auxquels les membres de notre association participent depuis plus de cinq ans. C'est une action de mise en alerte d'un certain nombre de publics, de ce qu'on peut appeler la gauche de gauche ou le public altermondialiste.

Ne craignez-vous pas d'être élitiste ?

C'est effectivement un risque. Nous reconnaissons que nous nous adressons en premier lieu à un public relativement limité, à cause notamment des inégalités d'usage d'internet. Notre ambition est de toucher tous les milieux populaires, mais pour cela il nous faut des relais. Ces relais ce sont les débats publics où participent des publics socialement très divers, des syndicalistes, des membres d'associations de chômeurs ou autres.

Acrimed aurait donc besoin d'associations-relais ?

Nous avons certainement des choses à dire, mais pas à prescrire. C'est au tour des associations d'introduire ce thème dans leurs débats. Au niveau local, les comités Attac sont impliqués dans nos débats et nos activités sur le terrain. Par contre cela fait des années que nous constatons qu'au niveau national Attac reste encore relativement inerte sur la question. Même s'il existe désormais des déclarations officielles pour faire de la critique des médias à nouveau une question centrale et décisive.

D'où vient cette inertie ?

Elle a sans doute plusieurs motifs, et bien sûr cela va bien au-delà d'Attac. Les médias sont beaucoup moins puissants qu'on le dit communément. D'abord parce que le public n'est ni une éponge, ni un chiot qu'on dresse. Le résultat de la campagne référendaire en est le meilleur exemple, il montre que les publics – au pluriel – ont des usages de l'information qui peuvent être très sélectifs et très critiques. Mais nombre de forces politiques, d'associations, de syndicats, dans le souci légitime de faire connaître leurs actions et leurs propositions, surestiment la puissance des médias. Ce faisant, ils leur concèdent un formidable pouvoir d'intimidation et préfèrent ne pas prendre le risque de mener une critique à la fois radicale et démocratique de la façon dont sont construits l'information et le débat public. C'est aussi bien vrai pour le monde politique qui ne veut pas effrayer les grands groupes de presse en limitant leurs marchés, que pour les intellectuels dits critiques – qui sont liés à des mouvements politiques. Et qui pour une petite tribune libre dans le Monde ou un passage dans une émission nocturne, s'abstiennent trop souvent de compromettre leur chance de bénéficier d'un strapontin.

Pour rester de l'autre côté de l'écran : les écoles de journalisme aussi bien que la précarisation croissante dans le secteur des médias expliquent-elles les caren-
ces de la société de l'information ?

Pour les écoles, il faut calculer qu'environ 20 % seulement des journalistes sortent des écoles de journalisme. Ensuite il faut différencier selon ces institutions, car il y en a que très peu qui soient prestigieuses. En France ils fournissent généralement des journalistes pour la presse régionale, mais il faut considérer aussi que le journalisme n'est pas un métier unifié : il y a une différence énorme entre un présentateur de journal télévisé et un localier sportif.
Mais là où les écoles deviennent un vrai goulot d'étranglement social, culturel et professionnel, c'est dans les quelques grandes écoles qui dominent le marché : le CFJ de Paris, la toute nouvelle école de journalisme de Sciences-Po et – un peu moins – l'ESJ de Lille. Ce sont les plus gros fournisseurs de journalistes politiques et économiques, qui sont appelés à occuper les sommets de la profession. Or, par leur trajet social et culturel, il est évident qu'ils sont ajustés à la vision de la politique politicienne, à la vue entrepreneuriale de l'entreprise et la vision élitaire de la culture et, partant, à une conception néo-libérale de la société. Ceux-là dominent le journalisme et leur domination est renforcée par là.

Et la précarisation des soutiers de l'information dont l'indépendance est quasi-inexistante participe à cette évolution. Dans le sens où l'indépendance même du journaliste est mise en péril. Un pigiste – et il y en a de plus en plus – ne refuse pas un thème proposé, même si personnellement il ne couvrirait pas l'événement. Alors qu'un grand reporter chevronné peut discuter avec son rédacteur en chef, le pigiste, même réfractaire, fournit ce qu'on lui commande parce qu'il est sous la pression permanente du chantage à l'emploi.

Entretien avec Luc Caregari


Publié le 26.01.2026 à 15:46

Le plaidoyer des maîtres-tanceurs

Réplique à un dossier du Monde, publiée dans L'Humanité le 22 septembre 1998

« Les intellectuels face aux médias ». Sous ce titre, Le Monde du 18 septembre 1998 a publié deux pages de contributions, émanant de six animateurs de revue, sur onze pressentis (et tant d'autres oubliés…), invités à s'interroger sur le rôle des médias. Pour quel résultat ? Et d'abord pourquoi ? C'est ce que tente d'expliquer un éditorialiste (anonyme) qui prend la parole au nom de toute la corporation des journalistes et justifie ainsi sa présentation « objective » : Serge Halimi, dans Les Nouveaux Chiens de garde, a relancé le « procès du journalisme » ; « les » journalistes jugent que le « réquisitoire » de Pierre Bourdieu est « univoque » quand il affirme que « le champ journalistique est de plus en plus soumis aux exigences du marché ». Réquisitoire univoque, en effet,… mais à condition d'effacer « de plus en plus » et de remplacer « champ journalistique » par « tous les journalistes ». Pierre Bourdieu doit immédiatement démissionner du Collège de France !

Et « procès du journalisme », à n'en pas douter… mais à condition d'oublier que Serge Halimi analyse le rôle que jouent une trentaine de personnes et montre faits à l'appui ce qu'annonce sa quatrième de couverture : « Un petit groupe de journalistes omniprésents et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence impose sa définition de l'information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. » Reconnaissons que Le Monde n'a livré, en l'occurrence, aucune « information-marchandise », même s'il a respecté la loi du silence… puisqu'il n'a pas rendu compte de l'ouvrage de Serge Halimi. Quant à ce dernier, s'il en bénéficie, qu'il rende immédiatement sa carte de presse ! Et avec lui les nombreux journalistes (nous les avons rencontrés) qui confirment les résultats du journalisme d'investigation tel que le pratique Serge Halimi : des faits, dont on peut discuter l'interprétation, à condition de ne pas en taire l'existence. À moins que l'on ne préfère la sanction : si les faits sont têtus, qu'on leur coupe la tête !

Quelle surprise alors de lire que Le Monde se propose de « prolonger le débat » qu'il a si peu ouvert en publiant des réponses à une question qu'il a soigneusement fermée. À lire ces réponses, deux conclusions s'imposent. Heureusement qu'il existe, si l'on excepte Michel Surya, qui a le mauvais goût de mettre en question les « intellectuels de pouvoir », des spécialistes des réponses obliques aux questions biaisées. Heureusement que Pierre Bourdieu n'existe pas, du moins pour ceux qui n'ont pas la patience de le lire : il suffit de l'inventer (en lui faisant dire n'importe quoi) pour prendre part ainsi à la médiocre campagne orchestrée autour de son nom.

Du débat, que reste-t-il ? Le plaidoyer des maîtres-tanceurs.


 

 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Dans les Algorithmes
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Fake Tech (C. LEBOUCHER)
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Blogs Mediapart
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
ROJAVA Info
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌞