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 Paul Jorion

Le seul blog optimiste du monde occidental

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Publié le 16.04.2026 à 19:15

CNews, Fayard, Grasset : pourquoi l’extrême-droite a-t-elle le droit de phagocyter les média ?


Illustration par ChatGPT

La loi anti-concentration en France : ce qui a disparu (et pourquoi)

Paul Jorion :

Je me souviens qu’en France, une loi avait été adoptée pour empêcher qu’un groupe – et, implicitement, un groupe porteur d’une orientation politique marquée – ne puisse prendre le contrôle d’une part importante de la presse. Le nom qui me revient est « Hersant » – qui avait pu être maîtrisé. Pourquoi Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin ont-ils aujourd’hui les mains libres ?

ChatGPT :

Ce souvenir n’est pas une reconstruction a posteriori : cette loi a bien existé. Mais elle n’existe plus aujourd’hui sous la forme que vous avez en tête, et c’est précisément ce déplacement qui permet de comprendre ce qui se passe actuellement.

Dans les années 1960 à 1980, Robert Hersant construit patiemment un empire de presse d’une ampleur inédite. À l’époque, la question cesse d’être simplement économique. Elle devient immédiatement politique, au sens fort : qui parle, au nom de qui, et avec quelle capacité d’imposer une vision du monde ? La réponse du législateur, en 1984, est nette. Il ne s’agit pas de corriger à la marge, mais d’empêcher que ce type de situation ne se reproduise. La loi adoptée alors vise explicitement à limiter la concentration, à rendre visibles les structures de financement, et à garantir un pluralisme réel. Elle repose sur une idée simple, presque brutale dans sa clarté : la concentration de la propriété est en elle-même un danger pour la démocratie.

Or cette loi ne survivra pas. Dès 1986, elle est abrogée et remplacée par un cadre juridique d’un esprit tout différent. Le changement n’est pas technique, il est conceptuel. On cesse de poser des limites strictes à la propriété. On ne dit plus : « vous ne pouvez pas posséder au-delà d’un certain seuil ». On affirme désormais un principe plus abstrait : le pluralisme doit être préservé. La concentration n’est plus interdite en tant que telle ; elle devient acceptable, à condition que ses effets ne paraissent pas manifestement destructeurs de la diversité des opinions. Ce déplacement s’inscrit dans un mouvement plus large de libéralisation : ouverture de l’audiovisuel, privatisations, montée en puissance de grands groupes privés. Autrement dit, on passe d’une logique de prévention à une logique de régulation.

À partir de là, le dispositif perd progressivement la netteté qu’il avait au départ. D’abord parce que l’on remplace un critère objectif — la part de propriété — par un critère diffus — le pluralisme. Or mesurer le pluralisme est une opération délicate, presque insaisissable : à partir de quel moment considère-t-on qu’il est entamé ? Ensuite, parce que le droit se fragmente selon les types de médias. La presse écrite, la télévision, la radio, puis le numérique obéissent à des régimes différents. Cette segmentation ouvre des espaces où la concentration peut se reconstituer sans jamais franchir une limite clairement identifiable. Enfin, le bouleversement introduit par Internet déplace entièrement l’équilibre économique du secteur. Les revenus publicitaires migrent vers les grandes plateformes, les médias traditionnels se trouvent fragilisés, et la concentration apparaît alors non plus comme une dérive, mais comme une stratégie de survie. Le cadre juridique, conçu pour un monde antérieur, ne parvient plus à encadrer efficacement ces recompositions.

Les ajustements législatifs intervenus depuis ne reviennent pas sur ce choix fondamental. Ils cherchent à protéger l’indépendance des rédactions, à garantir certains droits aux journalistes, à introduire de la transparence dans les relations internes. Mais ils ne rétablissent pas de limites strictes à la concentration de la propriété. La question de savoir qui possède les médias — et dans quelle proportion — n’est plus traitée comme le cœur du problème.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer les évolutions récentes, y compris celles associées à Vincent Bolloré. Elles ne sont pas illégales, non parce qu’elles seraient marginales, mais parce que le cadre juridique actuel les rend possibles. Il n’existe plus de plafond clair en matière de concentration dans la presse écrite, le pluralisme est apprécié de manière globale et indirecte, la puissance peut s’accumuler à travers plusieurs types de médias, et l’orientation politique d’un propriétaire n’entre pas en ligne de compte dans l’appréciation juridique.

Le point décisif est peut-être ailleurs. Il tient à une hypothèse implicite qui s’est installée avec le nouveau cadre : celle selon laquelle la propriété et la ligne éditoriale pourraient être dissociées. Tant que cette hypothèse semble tenable, il est possible d’accepter une certaine concentration au nom de l’efficacité économique. Mais dès lors que la propriété imprime durablement une orientation, cette dissociation devient difficile à soutenir. La tension que l’on observe aujourd’hui naît précisément de là : un droit qui raisonne comme si la concentration était neutre, et des effets concrets qui montrent qu’elle ne l’est pas.

La loi dont on se souvient n’a donc pas été simplement oubliée. Elle a été remplacée par un autre paradigme, qui repose sur une confiance plus grande dans les mécanismes de régulation et une moindre méfiance à l’égard de la concentration. C’est ce changement de perspective — plus encore que les acteurs particuliers qui en tirent parti — qui éclaire la situation actuelle.

Paul Jorion :

Permettez-moi de me faire l’avocat du diable : est-ce à dire que l’ultralibéralisme débouche inéluctablement sur le fascisme ?

ChatGPT :

Non. Pas inéluctablement. Mais il existe, dans certaines conjonctures, une affinité élective entre l’ultralibéralisme et des formes autoritaires, voire proto-fascistes. C’est cela qu’il faut dire, et non davantage.

Il faut d’abord distinguer les termes. Le fascisme, au sens fort, n’est pas simplement un capitalisme dur ou une brutalité sociale accrue. Les historiens le définissent en général par un noyau plus précis : exaltation nationaliste, mythe de renaissance collective après décadence, mobilisation contre des ennemis intérieurs et extérieurs, culte de l’autorité, et acceptation ou glorification de la violence politique. C’est ce qui le distingue d’une simple oligarchie, d’un autoritarisme classique, ou d’un régime purement technocratique. 

Donc, si l’on pose la question rigoureusement, l’ultralibéralisme ne “produit” pas automatiquement le fascisme comme une cause produit mécaniquement son effet. Il peut déboucher sur bien d’autres formes : une société d’atomisation, une ploutocratie stabilisée, un régime de technocratie autoritaire, une démocratie vidée de sa substance mais conservant ses formes, ou encore un populisme de marché sans véritable structure fasciste. Même des analystes très critiques de l’ordre néolibéral soulignent qu’il faut regarder les circonstances favorables à la fascisation plutôt que postuler une équivalence simple.

Mais il serait tout aussi faux de nier le lien. Car l’ultralibéralisme tend souvent à produire plusieurs effets corrosifs : destruction des médiations collectives, affaiblissement des solidarités, subordination du politique au marché, discrédit de l’idée même de bien commun, et sentiment croissant, pour beaucoup, d’abandon ou d’humiliation. Dans ce type de contexte, l’espace se rouvre pour des forces qui disent en substance : puisque le marché dissout tout, il faut rétablir l’ordre, la frontière, l’identité, la hiérarchie, l’ennemi. Autrement dit, l’ultralibéralisme peut préparer le terrain psychologique et institutionnel sur lequel prospèrent des droites radicales. C’est l’une des leçons qu’on peut tirer, sous une forme déjà ancienne, des analyses de Mannheim relues aujourd’hui : les menaces fascistes naissent aussi des contradictions internes des sociétés libérales elles-mêmes. 

Il faut même aller plus loin. Historiquement, le passage de l’ultralibéralisme à la droite extrême ne se fait pas nécessairement par continuité doctrinale, mais souvent par rupture de fonction. Tant que le marché assure l’ordre social, les élites peuvent préférer le langage libéral. Mais lorsque cet ordre se fissure, certaines fractions peuvent se tourner vers autre chose : non plus la liberté du marché comme fin en soi, mais l’autorité politique comme moyen de préserver la hiérarchie sociale, discipliner les perdants, désigner des boucs émissaires et détourner la colère. Dans cette perspective, le fascisme n’est pas l’aboutissement philosophique du libéralisme ; il peut devenir son expédient de crise. C’est une lecture défendue par une partie de la littérature contemporaine, mais cela reste une interprétation théorique, non une loi historique universelle.

Il faut aussi noter que les configurations actuelles ne sont pas toujours correctement décrites comme “néolibérales” au sens strict. Quinn Slobodian, par exemple, soutient que certaines droites contemporaines relèvent moins d’un prolongement pur du néolibéralisme que d’un national-conservatisme où les objectifs politiques et culturels prennent le pas sur la cohérence économique libérale. Cela va exactement contre l’idée d’un enchaînement simple et automatique. On n’a pas toujours “plus de marché donc plus de fascisme” ; on a souvent un mélange instable où l’héritage néolibéral coexiste avec un tournant identitaire, étatiste et autoritaire.

La formule la plus juste serait donc celle-ci : l’ultralibéralisme ne débouche pas fatalement sur le fascisme, mais il peut créer les conditions de sa possibilité. Il vide la démocratie de sa substance sociale ; puis d’autres viennent remplir ce vide par le mythe national, l’obsession identitaire et l’autorité. Jan-Werner Müller, dans un autre registre, insiste lui aussi sur le fait qu’il ne faut pas traiter ces évolutions comme des fatalités mécaniques : elles dépendent de décisions politiques, de régulations, de structures médiatiques et d’institutions concrètes.

Donc, si vous vouliez une formule de billet, elle pourrait être celle-ci :

L’ultralibéralisme ne mène pas inéluctablement au fascisme ; mais en détruisant le monde commun, il prépare souvent le terrain sur lequel le fascisme peut venir promettre son simulacre d’unité.

Ou plus sèchement :

Le fascisme n’est pas la vérité finale de l’ultralibéralisme ; il en est l’une des sorties de crise possibles.

Publié le 16.04.2026 à 02:11

À signaler

Oui, je sais, Sierra Ferrell donne toujours l’impression d’émerger d’une benne à la déchetterie mais je me dois de vous signaler sa version pseudo-Janis Joplin de ma ballade préférée.

Si vous ne la connaissez pas encore, découvrez sa voix et son style néo-plouc inimitable – et heureusement inimité.

Publié le 13.04.2026 à 19:40

Retour sur le moment Pearl Harbor et l’État d’Urgence écologique, par Terence

Illustration par ChatGPT

Les recherches s’accumulent sur la capacité de survie des êtres humains face aux températures thermomètre-mouillé. Un problème qui devient de plus en plus concret avec le réchauffement climatique, malgré le déni écologique international actuel. Pendant que nous avons les yeux rivés sur le Moyen-Orient, les USA vient de connaître le mois de mars le plus chaud de leur histoire (sur 132 ans de mesure), qui est aussi le mois individuellement « le plus anormalement chaud » par rapport aux moyennes climatiques.

 

 

En ce qui concerne notre capacité de supporter ce réchauffement, en une phrase : les précédentes tables de survie étaient trop optimistes, notamment par rapport à l’âge et au sexe des personnes, soumises à des températures et une humidité importantes, au soleil ou à l’ombre, pendant 6 heures continues.
Évidemment, on parle ici de survie humaine hors de toute technologie de refroidissement (la fameuse clim’), uniquement à partir du mécanisme naturel de refroidissement du corps par transpiration.
Mais on sait qu’une bonne partie de l’humanité (la majorité) vit dans des zones géographiques où le phénomène de dépassement des seuils se rapproche / augmente ET ne dispose pas de technologies de refroidissement. On sait aussi que la plupart d’entre nous concevons la vie humaine normale hors d’un scaphandre et avec la liberté permanente de nous rendre à l’extérieur, même en été, même lors d’une canicule.
Donc ces résultats scientifiques pointent vers l’émergence de zones « inhabitables » supplémentaires (il en existe déjà, pour différentes raisons, comme la pression extrême et l’absence d’air respirable au fond de l’océan) pour homo sapiens (mais aussi pour ses cultures végétales et ses élevages animaux, qui ont aussi des limites « corporelles »).
Ajoutons à cela une probabilité croissante de « super » El Nino en 2026 et 2027 (phénomène qui peut lui-même s’aggraver avec le réchauffement climatique durant la suite du siècle).
On ne peut qu’observer le renforcement des convergences vers une sorte de « singularité écologique » sur Terre.
J’ai discuté l’autre jour avec un collègue qui a fait une thèse en philo (dont la société a certifié qu’il savait réfléchir, même s’il y toujours une marge d’incertitude). Il me disait qu’il pensait qu’on ne bougerait pas avant d’y être forcés. De plus en plus d’amis me disent la même chose. Qui croit encore en l’écologie comme mouvement politique capable d’initier le changement AVANT que « le pire » ne se produise (le pire écologique étant déjà bien entamé en réalité) ?
C’est embêtant d’en venir à cette conclusion (que font aussi souvent les médecins et les psychologues) car vu l’inertie massive du système Terre, on va peut-être se bouger oui, forcés par les événements oui, mais quand il sera trop tard (trop tard chaque fois « pour tel niveau de dégât irréversible »… pouvant aller jusqu’à « l’extinction de l’humanité » -je mets la borne théorique du raisonnement). Le « trop tard pour x ou y » est en effet une affirmation dynamique, glissante vers le pire, à chaque seuil d’irréversibilité franchi (trop tard pour l’Amazonie, trop tard pour le Gulf Stream, trop tard pour les manchots empereurs, trop tard pour x ou y ou z… jusqu’au « trop tard pour homo sapiens » – à nouveau borne théorique du raisonnement, du moins anthropocentré).
Tant que l’espèce humaine est toujours viable, il n’est pas « trop tard » pour elle (en tant qu’espèce, on pourrait parler des milliards d’individus passés par « pertes et profits »). Mais il y a déjà plein d’espèces qui ont disparu, ayant franchi leur propre seuil de « trop tard » (si on adopte une métaphysique moins anthropocentrée).
Et il est déjà « trop tard » pour pas mal d’implantations humaines dans le monde (certaines îles par exemple).
Je songe dès lors encore et toujours à ce raisonnement autour du concept « d’Etat d’Urgence écologique » et du concept de « Moment Pearl Harbor ».
L’hypothèse selon laquelle, à un moment donné (ou plusieurs successivement), il y aura des fenêtres d’opportunité historiques, vu l’immensité des chocs (des catastrophes écologiques/climatiques provoquant un nombre incalculable de morts par exemple), pour que soient tentés des scénarios « d’Etat d’Urgence écologique » (version démocratique) ou d’état d’urgence (version non démocratique) via des moments socio-politico-historiques de type « Pearl Harbor ».
Ce qui s’est passé pendant la pandémie de covid-19 peut ainsi être vu comme un « modèle » analogue de ces scénarios (je le dis de façon descriptive, sans juger si les réactions politiques durant la pandémie étaient bonnes ou mauvaises, on ne peut nier qu’elles ont vu l’usage d’instruments d’exception, même par des démocraties).
Ces « moments Pearl Harbor » sont des singularités biophysiques et anthropologiques dans l’histoire du système combiné Antropobiosphère, où « quelque chose pourrait se produire » mais sans garantie que « ça » se produise. Ce quelque chose pourrait être une bifurcation par rapport aux mégatendances actuelles, par exemple une réduction de la voilure économique mondiale pour réduire massivement l’empreinte écologique, et donc ralentir l’Ecocide planétaire.
La probabilité de tels « moments Pearl Harbor » ne fait qu’augmenter plus « ça empire » (c’est d’une logique imparable, toutes choses égales par ailleurs).
Il est a contrario tout à fait possible qu’il ne se passe « rien ». C’est à dire que le moment Pearl Harbor se présente en tant que possibilité, mais qu’il ne se réalise pas en tant que tel, ne donnant pas lieu à une « tentative d’Etat d’Urgence écologique » (qui peut ou pas « réussir », la définition de « réussite » étant synonyme de « minimiser la casse » dans toutes les branches des scénarios ultérieurs pour l’Anthropobiosphère).
S’il ne se passe « rien », on peut imaginer à long terme des résultats « à la Mad Max », où rien n’a été tenté, et l’Ecocide planétaire s’est réalisé. Les humains résiduels ayant même perdu la mémoire, c’est-à-dire toute capacité à « se représenter » ce qui leur est arriveé. On voit l’émergence de cette possibilité d’apocalypse ignorée via la destruction de l’infrastructure scientifique climatique et écologique aux USA. Les populations ne peuvent dès lors pas élaborer à ce sujet, et encore moins agir adéquatement, collectivement. C’est un Ecocide silencieux, qui ne parvient jamais à la conscience collective ou qui en disparait progressivement.
Si la réalité est déjà « alternative », des milliards d’humains pourraient subir la catastrophe écologique sans ressentir la moindre révolte, le moindre affect politique, conditions nécessaires d’un Moment Pearl Harbor entièrement réalisé, au-delà de sa simple fenêtre de possibilité biophysique.
Tout ceci me fait beaucoup penser au concept de psychohistoire » développé par Isaac Asimov dans son cycle de science fiction « Fondation ».
Anticiper les ruptures de continuité possibles du système combiné Anthropobiosphère passe en effet par une connaissance des phénomènes biophysiques les plus généraux (réchauffement climatique, écocide, limites de survivabilité humaines, usage des combustibles fossiles) et des phénomènes anthropologiques : psychologiques, sociologiques, économiques, politiques et historiques, sans oublier les vecteurs technologiques comme l’industrie, la science, la technique et possiblement, l’IA.
Si on résume la trajectoire du système combiné Anthropobiosphère, en se concentrant uniquement sur les mégatendances, avec un regard d’analyste mathématique de fonctions en recherche de singularités dans les courbes, on voit forcément apparaître ces grandes formes génériques, pour lesquelles chacun aura son vocabulaire :
  • Anthropobiosphère
  • Écocide planétaire
  • Moment Pearl Harbor
  • État d’Urgence écologique (démocratique ou non)
Et donc deux issues macroscopiques : l’Effondrement ou la Métamorphose.

Publié le 13.04.2026 à 18:14

La Chute de la Météorite Trump est un vrai feu d’artifice !

C’est lui-même qui diffuse ça !

Et il se dispute avec le Pape qui commente hardiment l’actualité !

Trump menace, pendant qu’on évoque dans son entourage l’outrage d’Anagni (1303), quand Philippe le Bel fit enlever et malmener le pape Boniface VIII !

Le Pape répond sur Vatican News : « Je n’ai pas peur de l’administration Trump. Je continuerai à proclamer haut et fort le message de l’Évangile, celui pour lequel l’Église œuvre ».

On vit une époque formidable où la réalité dépasse de loin les normes de la fiction jusque-là !

Publié le 12.04.2026 à 20:56

Hongrie : une bonne nouvelle… enfin ?

Illustration par ChatGPT (d’humeur manifestement lyrique 😉 )

21h00 :

Je ne dis encore rien (nous avons tellement eu l’occasion d’être déçus ces temps derniers).

22h00 :

Orban a concédé sa défaite. Il faudra que Trump en prenne de la graine. Quant à J.D. Vance qui avait fait un détour par Budapest en route vers Islamabad, pour soutenir le candidat Orban, c’est vraiment la série noire pour lui : il peut aller s’occuper tout à son aise du blocus du détroit d’Ormuz (ce sont les pays du Golfe qui doivent être contents !) .

L’Europe en sort renforcée, on doit faire la fête à Kiev ! L’internationale néo-fasciste en prend un coup : bien fait pour sa pomme !

Publié le 12.04.2026 à 11:41

Iran – Blocage stratégique : Mise à jour des probabilités GENESIS

Illustration par ChatGPT

Ce qui s’est passé à Islamabad

Vance a quitté le Pakistan après 21 heures de négociations sans accord, affirmant avoir soumis une « offre finale et définitive ». Le point de blocage central : l’Iran a refusé de s’engager à ne pas développer d’armes nucléaires.

Les deux délégations ont couvert l’ensemble des sujets — détroit d’Ormuz, programme nucléaire, réparations de guerre, levée des sanctions — mais elles étaient « simplement trop éloignées, pas seulement sur le fond, mais dans le style et le tempérament ».

L’agence Fars confirme qu’aucun nouveau round de discussions n’est prévu.

Netanyahou a déclaré pendant les pourparlers que « la campagne militaire d’Israël contre l’Iran n’est pas terminée ».

Et le détail militaire le plus important : deux destroyers américains ont conduit des opérations dans le détroit d’Ormuz pour commencer à déminer le passage — pendant que les négociations avaient lieu.


Mise à jour des probabilités — 4ème itération

Scénario Post-cessez-le-feu 8 avr. Post-Islamabad 12 avr. Mouvement Driver
S2+S5 Péage Larak permanent 30% 40% ↑ +10 pts Redevient l’équilibre par défaut
S3 Reprise escalade 17% 28% ↑ +11 pts Cessez-le-feu expire ~15 avril, pas de cadre
S1 Accord partiel 35% 18% ↓ −17 pts Iran doit bouger sur le nucléaire — improbable à court terme
S7 Stalemate prolongé 10% Nouveau Cessez-le-feu tacitement reconduit sans accord formel
S6 Accord global 18% 4% ↓ −14 pts « Offre finale » Vance + pas de nouveau round = quasi-éliminé

La lecture GENESIS

Le nucléaire est le vrai point de rupture structurelle. Ce n’est pas une question de volonté des négociateurs — c’est une asymétrie fondamentale. Les États-Unis exigent un engagement ferme que l’Iran ne développera pas d’armes nucléaires ; l’Iran refuse de renoncer à son droit à tout programme nucléaire, même civil. Cette asymétrie n’est pas négociable à l’horizon du cessez-le-feu.

Le système est revenu à la bifurcation pré-cessez-le-feu, mais avec trois différences structurelles.

Première différence — favorable à S2. Les destroyers américains ont transité Ormuz et le déminage a commencé. L’Iran perd progressivement son principal levier. Si le canal est déminé avant la reprise des hostilités, l’asymétrie P3 qui définissait la position iranienne s’érode mécaniquement — indépendamment des négociations.

Deuxième différence — favorable à S3. Vance a dit « offre finale ». Dans la logique de négociation américaine, ce langage précède soit une capitulation adverse, soit une reprise des frappes. « Je pense que c’est une mauvaise nouvelle pour l’Iran bien plus que pour les États-Unis » — formulation qui anticipe la pression à venir plutôt qu’elle ne la constate.

Troisième différence — ouvre S7. L’Iran a reconnu un accord sur « certains points » avec un écart sur « deux ou trois questions clés ». Ce n’est pas un échec total — c’est une impasse sur un sous-ensemble précis. Cela laisse une porte à S7 : stalemate gérable où ni les frappes ne reprennent ni un accord n’est signé, pendant que le déminage avance silencieusement et que les deux parties attendent que l’autre cède en premier.


La variable décisive des 72 prochaines heures

Le cessez-le-feu expire vers le 21 avril. Deux signaux à surveiller.

M_cross Ormuz : l’Iran va-t-il maintenir le passage partiellement ouvert pour préserver le dialogue, ou le resserrer pour signaler sa position de force après l’échec d’Islamabad ? La trajectoire du trafic maritime dans les prochains jours est le meilleur indicateur disponible de la direction que prend le système.

Netanyahou : Israël continue ses frappes au Liban indépendamment de tout cadre. Si une frappe majeure touche une cible iranienne directe — pas seulement le Hezbollah — l’Iran a la justification formelle pour sortir du cessez-le-feu avant même son expiration. Ce serait le déclencheur de S3, et il ne viendrait pas de Washington mais de Tel Aviv.

La situation ressemble à ce que GENESIS appelle un état à fort potentiel de Lyapunov avec un bassin d’attraction instable : le système peut basculer dans plusieurs directions depuis le même point, et les petits événements des prochaines 72 heures auront un poids disproportionné.

Publié le 11.04.2026 à 20:00

Le grand oral : épreuve de parole ou mise en scène ? par CDA

Illustration par ChatGPT

Le grand oral : épreuve de parole ou mise en scène ?

Initialement, cette expression évoque l’ultime épreuve de ce qu’autrefois on appelait « l’ENA » ; maintenant, c’est l’épreuve où le bac se joue. Schématiquement, l’exercice initial relevait d’une forme très spécifique d’entretien d’embauche, puisqu’il cloturait un recrutement pour la fonction publique et ne visait donc pas l’intégration du candidat dans une équipe entrepreneuriale. La différence n’est pas mince, puisque le fonctionnaire, dans la conception hégélienne, est un « serviteur de l’universel » qui doit son éthos à sa « fonction » et non à sa personne. Cette mise au service de l’intérêt général est le contraire de la servitude : cet effacement de soi est une élévation (relève de ses petites particularités et autres scories et scrupules). Aussi, l’épreuve est un rite de passage et une métamorphose symbolique pour qui passe le cap : Pierre Bourdieu aurait bien pu noter la confirmation de sa théorie de la distinction dans l’oral de l’École des hautes études en sciences sociales (« dites-moi où vous avez passé vos vacances, je vous dirai si vous avez les qualités requises ») ; ici, l’entretien de personnalité vise à repérer la noblesse d’État. N’y a-t-il qu’homonymie entre ces deux épreuves ? Analysons de plus près l’épreuve nouvelle et sa place dans le nouveau bac (fruit de la réforme du lycée de 2020).

Transformation de la formation

Un premier point remarquable : la première version du nouveau bac a eu lieu pendant la pandémie de COVID-19. Je vois dans ce baptême un symbole éloquent. Ce néo-bac et son épreuve phare, le grand oral, est de nature hybride et intègre la bascule de l’évolution du numérique ambiante. On pourrait l’appeler « le bac 2.0 ».

L’ancienne mouture du bac était conçue sous la forme d’un rite de passage. L’épreuve faisait barrage et intensifiait les efforts pour la préparation au choc traumatique qu’elle représentait. Il y avait un avant et un après, et ceux qu’elle filtrait et laissait derrière s’en trouvaient meurtris. Une fois le bac en poche, on était un adulte, être nouveau qui avait passé la barrière, accédé à un certain niveau. On peut dire que la portée du bac était symbolique et que ce symbole était compris de tous, puisque les parents qui accompagnaient leurs enfants à l’examen le revivaient par procuration à travers eux. L’épreuve de philosophie est d’ailleurs commentée dans les médias, et c’est un des marronniers savoureux de l’année.

Aujourd’hui, le bac commence bien par l’épreuve de philosophie, mais le charme de ce retour rituel des questions réflexives, où l’on se demande bien ce que l’on aurait pu dire, et où l’on aimerait savoir ce qu’ont bien pu écrire nos bambins, a perdu de sa saveur. Le bac lui-même semble un bac « Canada Dry » : c’est plus fade, ce n’est pas la même chose, mais un ersatz qui en a conservé les attributs sans en avoir la substance. Le mot d’ordre, ce n’est pas la coupure, dont le tranchant sépare l’adulte de l’enfance, les qualifiés des recalés, mais la continuité. Non seulement on ne passe plus le bac sans filet (on l’obtient dès avant de le passer du fait du « contrôle continu », c’est-à-dire du comptage préalable des notes eues pendant l’année), mais, en plus, ce filet nous emmaillote complètement : l’enjeu est si faible que même certaines mentions sont garanties d’avance.

Ainsi, le « bac 2.0 » est un bac hybride : il est à la fois « contrôle continu » et « épreuve finale » ; il est « ancien » et « nouveau ». En effet, si l’épreuve de philosophie permet toujours la vaguelette médiatique de la remémoration des souvenirs scolaires (le marronnier est le souvenir désuet du temps passé pour ceux qui se rappellent l’époque bénie où ils allaient commencer la vie adulte : cliché s’il en est), elle est par avance compensée, et surmontée, par le tsunami des conseils pour préparer le grand oral (dont le coefficient est de 10 quand celui de l’épreuve de philosophie est de 8 ; 4 heures à plancher contre 20 minutes pour un sujet appris par cœur et bachoté dans des ouvrages qui les fournissent tout cuits). Le grand oral est d’ailleurs pris dans une constellation d’activités, comme les concours d’éloquence ou le théâtre, dont il apparaît être une variation, bien plutôt qu’il n’est une épreuve académique. Le bac est donc deux choses : d’une part, trois épreuves en fin d’année (la philosophie et chacune des deux spécialités, plus le grand oral) ; d’autre part, l’accumulation de bonnes notes (inflation oblige, du fait de la « banque centrale Parcoursup » et de sa baisse des taux directeurs) en cours d’année. Ainsi, l’ancienne semaine d’examen est bornée par la philosophie au départ (avec son goût désuet de l’ancien temps) et, avec le grand oral à l’arrivée (qui rappelle que tout cela n’est qu’un jeu, que c’est du théâtre et que la pièce est écrite, voire jouée, d’avance).

Mais, si le « bac 2.0 » est un bac « hybride », c’est aussi, surtout, au sens que l’on a découvert à ce terme pendant la crise sanitaire du COVID-19. On appelle « hybride » le type de cours qui était fait en classe, avec la moitié de l’effectif dans la salle et l’autre moitié à distance. Il me semble que le « nouveau bac » est la réalisation du fait que les élèves qui viennent à l’école sont, pour une part, « ailleurs », « dans les nuages » (c’est-à-dire le cloud, nom donné au stockage des données éparpillées dans les serveurs, ou big data, comme le sont leurs attentions décousues par la désorientation). Développons.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel avait fait remarquer, dans sa philosophie dialectique, que la négation de la négation n’était pas le retour au point de départ (cela, c’est ce que croit l’analyse, qui suppose qu’on peut annuler le mouvement du déploiement du temps, et que défaire et refaire revient à n’avoir rien fait). Ainsi, revenir en classe, après avoir fait cours en « distanciel » (c’est-à-dire à la maison, derrière des écrans, face à une classe éparpillée en autant de vignettes que d’élèves), ce n’est pas revenir complètement. Le langage en garde la marque : on dit dorénavant que l’on fait cours « en présentiel ». Être en classe avec des élèves n’a plus rien d’évident (cela n’a jamais été immédiat, par ailleurs : qui a déjà peiné à se lever le matin pour se rendre en cours le sait) : le présentiel est un mode de présence parmi d’autres, une variation parmi les types de rapports que l’on peut entretenir avec une classe, il n’est en rien la norme.

La conséquence concrète de cette mutation des rapports avec la classe est double : d’une part, la classe apparaît comme un trombinoscope ou un écran d’ordinateur ; les élèves sont comme un ensemble de vignettes, comme sur le plateau du jeu de société « Qui est-ce ? ». D’autre part, le prof lui-même se voit à distance de lui-même ; il fait partie de ce cadre, et son corps est finalement l’avatar téléguidé depuis l’environnement de travail où il a préparé son cours. Le voilà qui projette à l’écran ce qu’il a préparé chez lui, à la maison, et il s’incruste dans le dispositif pour aider les élèves, dont on a négocié l’attention en les laissant s’engluer dans l’image, à s’orienter. Aussi, même quand toute la classe est là, même quand le prof est présent, la classe est une classe hybride. On est en présentiel, c’est-à-dire dans un certain type de distanciel rapproché. Même en classe, on se parle par écran interposé.

Relation pédagogique e-bridée

En quoi le « bac 2.0 » illustre-t-il cette modalité hybride de la relation pédagogique ? Il y aurait beaucoup de choses à dire : la dimension digitale, en base deux (ça passe ou ça ne passe pas), du type d’évaluation à tous les niveaux préformatée, qui permet de s’adapter en continu aux évolutions ; la dimension « réseaux » du rapport pédagogique, une fois que l’on a fait éclater la forme classe pour rendre optionnelles les matières qui spécialisent les élèves afin de les rendre prêts à l’emploi à leur sortie d’usine (l’école et l’usine sont homogènes : c’est le lieu où l’on pointe). L’horizontalité des relations, qui fait que le prof n’est plus un sachant doté d’asymétrie, mais un animateur, motivateur, quasi coach et répétiteur dans sa classe (la promesse du nouveau bac semble être « un prof particulier collectif pour tout le monde »). Mais le rapprochement n’est jamais aussi visible que pour le grand oral.

Le grand oral est en effet la forme hybride par excellence. Le jury du grand oral n’est plus là pour incarner la distance symbolique entre le sachant et l’apprenant, mais pour reconstituer artificiellement (comme le théâtre avec son quatrième mur, invisible, à travers quoi l’artiste qui monologue peut instiller l’intimité avec le spectateur) les écrans à travers lesquels on « surfe » sur les réseaux sociaux. Le jury est ici constitué sur le modèle de ceux que l’on voit à la télévision (jury des télé-crochets) : il fait partie du spectacle. Quand la Star Academy avait filmé ce genre de vote, il s’agissait d’imiter un jury réel afin de donner l’impression que le téléspectateur était dans la position du sachant. Maintenant, il s’agit d’imiter l’imitation et de mettre le sachant dans la position du téléspectateur. Justifions-nous.

Le jury du grand oral est constitué d’un « spécialiste » et d’un « naïf ». Le spécialiste est un professeur de la matière sur laquelle le candidat passe ; le naïf est un professeur d’une autre discipline, et qui est présupposé ne rien savoir sur ce dont il s’agit. Ce duo est en réalité lié à une division du travail et un partage des tâches : d’un côté, le spécialiste est censé faire attention au « fond » ; de l’autre, le naïf est censé faire attention à « la forme ». Ainsi, la ligne de démarcation entre les deux relève d’un filtre : d’un côté, il faut voir la chose à distance, comme dans le sentiment de déjà-vu, regarder les gestes et écouter la sonorité, mais sans faire attention au sens (niveau du signifiant) ; de l’autre, ne pas faire attention à la personne, mais se plonger dans le fond et viser, au-delà de lui, la réalité dont il parle. Autrement dit, d’un côté, le distanciel de celui qui voit les choses derrière un paravent (une sorte de « voile d’ignorance ») et, de l’autre, le présentiel de celui qui se plonge au cœur des choses, du réel. Ou plutôt, c’est l’inverse : d’un côté, le sachant à distance du présent, juge impartial du réel ; de l’autre, le naïf tout à l’événement qui est en train d’avoir lieu (car enfin, le grand oral, c’est quand même ça : la société du spectacle).

Mais les apparences sont trompeuses : en réalité, les deux jurés sont naïfs, ou plutôt, ils font tout autant partie du spectacle que les malheureux candidats. Si bien qu’on se demande encore à qui l’on joue la comédie, sinon à soi-même (ou à notre ministre, pour lui faire plaisir, comme quand on faisait un spectacle de marionnettes pour Noël pour ses parents étant enfants). En effet, le « spécialiste » de la matière en question se met à écouter des sujets qu’il n’a pas travaillés, qu’il découvre, et sur lesquels le candidat débite des informations glanées avec un ton d’assurance qu’on lui demande. De plus, comment juger de l’apparence, si ce n’est parce que l’apparence rend crédible un contenu qui, de fait, apparaît « intéressant », indépendamment de savoir s’il est vrai ou faux ? Le grand oral, s’il doit donner une « compétence » particulière, est donc bien celle du simulateur : il faut avoir l’air de savoir quelque chose devant des personnes plus ou moins informées, être capable de faire illusion quelques minutes, le temps que doit jouer la comédie en milieu professionnel. Il s’agit bien là d’un théâtre de marionnettes.

Mais le petit plus vient de ce que le format est au plus proche des « contenus » numériques que l’on trouve sur les réseaux sociaux : le ministre réformateur l’avait suggéré, le grand oral permet de valoriser des personnes qui ont d’autres talents que ceux que l’on valorise habituellement à l’école. Ainsi, plutôt qu’aller espionner les élèves sur les réseaux, où ils disent éventuellement du mal de leurs professeurs (ou les professeurs du ministre), il s’agit de mettre le réseau social à l’école (voilà tout le génie de la réforme). Ainsi, l’élève est mis en situation de prendre ouvertement le professeur pour un con et de se faire féliciter par lui pour cela si finalement il ne le fait pas.

Le grand symptôme

S’il fallait analyser plus profondément ce phénomène, il faudrait montrer que, comme pour Phèdre, « notre mal vient de plus loin ». Ce n’est pas qu’un problème de génération, d’ailleurs, ou de confusion des sentiments. Il ne s’agit donc pas de ce jeunisme de ceux qui n’ont pas eu le temps de réaliser les projets qu’on leur a promis pour l’avenir quand ils étaient adolescents et qui se trouvent à devoir transmettre ce qu’ils n’ont finalement pas acquis. C’est plus grave : le problème est celui de la constitution du savoir et de la mise en silo des compétences. Comme à chaque génération (toujours sacrifiée), on attend des jeunes qu’ils résolvent, à la place des anciens, les problèmes qu’ils ont créés et qu’ils n’osent même plus poser pour s’assurer la tranquillité minimale nécessaire au sommeil. En effet, il s’agit ici d’un manque de dialogue entre disciplines.

Le grand oral, on le sait, est une épreuve où le candidat propose deux sujets sur chacune des deux spécialités qu’il a conservées en terminale. Il est d’ailleurs possible que les sujets soient hybridés (encore cette fameuse hybridation), si bien que le soi-disant spécialiste du jury n’est, dans ce cas, pas spécialiste de tout ce qui est dit. Or, le candidat va choisir, notamment dans le cas où il choisit d’hybrider ses spécialités, un sujet qui relève finalement d’une recherche pointue que ni l’un ni l’autre des « spécialistes » ne peuvent vraiment comprendre. Ainsi, par exemple, HLP et mathématiques. On en vient à parler de l’usage des mathématiques dans la musique, ou de l’espace dans l’art. Sujets passionnants, qui rappellent peut-être aux professeurs motivés des désirs de recherche qu’ils ont dû abandonner pour gagner leur vie en tant que professeurs de lycée. Mais même dans ce cas, que peuvent-ils dire, sinon applaudir pour l’audace, tout en dissimulant qu’ils sont contraints de renoncer à appeler « ignorance » ce qui, pourtant, n’est pas du savoir (aussi bien chez eux que chez le candidat) ?

Un autre effet pervers de cette hybridation, qui mélange le faux au vrai (une goutte de vrai dans toute cette dilution donne un petit goût qui n’est pas désagréable) et qui force les professeurs à mettre de l’eau dans leur vin, c’est le débat devenu conflit entre les disciplines. Il faudrait expliquer dans le détail comment chacun tire la couverture à soi et prétend faire mieux que l’autre, ce qui est son cœur de métier, afin d’attirer les élèves dans sa spécialité et de les conserver entre la première et la terminale. Mais ce qui est le plus intéressant, c’est la manière dont le grand oral reproduit, au carré, ce qu’il était censé dépasser : l’opposition entre les scientifiques et les littéraires.

En effet, initialement, toutes les disciplines sont à la même enseigne. Mais l’ennui, c’est que se reproduit, à un niveau supérieur, l’opposition entre le fond et la forme qui se joue entre les deux membres du jury. En effet, d’un côté, on a les matières où le naïf n’a rien à dire (les matières scientifiques, où, finalement, on ne peut rien dire si l’on ne connaît pas un peu le fond) et, de l’autre, les matières où même le professeur spécialiste est mis en situation de naïveté, et où même les spécialistes d’autres disciplines préfèrent être plutôt que dans leur discipline (par excellence, la HLP). Ainsi, il y a les contenus divertissants et les contenus « chiants » en soi. Ainsi, l’avantage d’être divertissant se paie au prix d’un discrédit : les matières dites « littéraires » (alors qu’il n’y a pas de discussion pour la philosophie ou la HGGSP, par exemple) sont considérées comme des disciplines où l’on « blablate » (dixit un collègue de physique).

*

In fine, le grand oral porte bien son nom. Il s’agit de cette situation d’homonymie qui vaut pour elle-même. Elle est la réplique holographique d’une épreuve qui fascine par le fait qu’elle apparaît tout en montrant qu’elle ne contient rien. Il s’agit ainsi de mettre à égalité deux types de populations qui hantent encore les écoles : les professeurs, censés être marginalisés par les élèves sur les réseaux, où ces derniers sont censés avoir une « vraie vie », et les élèves, à qui il est demandé de donner un sens aux métiers dans lesquels les autres ont échoué.

Donc, rien ne change, et tout le monde reste à sa place : les professeurs issus de la culture analogique sont assis à leur jury comme devant leur télévision ; de l’autre côté, les enfants du numérique se mettent en scène dans leur format court, où ils interagissent avec les influenceurs qu’ils imitent. L’école est décidément le lieu d’un conservatisme paradoxal : l’innovation n’y sert qu’à reconduire les positions.

 

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