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 Michel Lepesant

DÉCROISSANCES

Publié le 19.11.2025 à 07:52

Les modalités de la décroissance et la liberté

Que penser quand l’argument principal aujourd’hui encore répété par la décroissance mainstream n’est en fait qu’un slogan ? Qu’il résonne dans le vide, ou bien qu’il est la preuve affichée d’une victoire culturelle ?

A moins de vivre dans les nanocosmes de l’entre-soi, comment ne pas pencher plutôt – et malheureusement – pour la première option, et constater que, dans le débat grand public, la décroissance est aux abonnés absents.

Alors, si tel est le cas, il n’y a pas grand risque à oser s’en prendre au plus fameux slogan de la décroissance mainstream : « une croissance infinie dans un monde fini est impossible ».

Soyons logique : si la croissance sans fin est impossible, alors cela revient à penser, à croire et à dire que la « décroissance est nécessaire ».

Et voilà le hic :

  • Ce qui est nécessaire n’est pas politique. Peut-être, tout simplement, parce que la justice et la liberté, qui sont les affaires de la politique, sont affaires de débats et combats, i.e. d’oppositions. Et quand il y a nécessité, ce qui dépend de nous, ce n’est pas cette nécessité, mais seulement nos façons d’y faire face et de faire avec.
  • D’autant que si l’on ne réduit pas la critique de la croissance à celle de sa domination économique, mais qu’on l’étend à sa domination sur nos modes socioculturels de vie, alors on en arrive à supposer que cette domination est en dernière instance politique, et qu’elle résulte d’un régime politique de croissance.

Les modalités du « nécessaire » et de l’impossible » ne sont donc pas les bonnes pour penser et fonder nos critiques contre « la croissance pour la croissance ». Dans la même « famille » de modalités se trouvent aussi le « possible » et le « contingent »… Ah oui, « d’autres mondes sont possibles »…

Mais alors, quelles modalités permettraient d’assumer l’enjeu fondamentalement politique de la décroissance ?

L’objectif de cette lettre est de rediriger la critique de la croissance vers ce qu’on appelle (savamment) les modalités « déontiques » : l’obligation, l’interdiction, la permission et l’option. Ce sont des façons de faire, ou de ne pas faire. Ainsi, l’interdiction est l’obligation de ne pas faire ; l’option est la permission de ne pas faire…

S’ouvrent alors deux grands chantiers conceptuels :

  1. Lire les inventaires de propositions alternatives pour changer le monde et tenter de catégoriser toutes ces propositions ; lesquelles sont des obligations (mais alors quelles sanctions leur associer), lesquelles sont des interdictions, lesquelles sont des options (mais alors quelles sont les autres options), lesquelles sont des permissions.
  2. Affronter la question politique fondamentale, celle de la liberté, et se demander par exemple laquelle de ces quatre modalités risque d’être liberticide ou au contraire émancipatrice…

Pour participer à ce deuxième chantier, je ferais juste remarquer que ce n’est pas l’interdiction qui est la plus liberticide mais la permission :

  • Car dans un monde de permissions, tout ce qui n’est pas permis risque d’être… interdit et c’est ainsi que le choix des options se réduit, et donc la liberté.
  • « – Papa, est-ce que je peux regarder TF1 ? – Non, je te l’interdis. – Mais alors qu’est-ce que je fais ? – Tu peux jouer, te balader, lire un livre, ranger ta chambre… A toi de choisir. » N’y a-t-il pas là de s’apercevoir que l’inter-dit c’est ce que nous nous disons entre nous.

Alors qu’allons-nous défendre ? Une écologie punitive ou permissive ? Une démocratie « militante » ou « libérale » ? Quelle responsabilité assumer sans un sens des devoirs vis-à-vis des autres, humains comme non-humains ? De la liberté sociale ou de la liberté individuelle, laquelle est la condition politique de l’autre ?

Bref, si la politique se discute avec les modalités déontiques, c’est parce qu’elle est affaire de volonté… et de volontarisme ?


Publié le 15.11.2025 à 06:49

Commentaires sans commentaire

Dans L’ordre du discours (1970, NRF) Michel Foucault commençait cette leçon inaugurale au Collège de France par un inventaire des procédures de contrôle et de délimitation du discours 1 : des systèmes d’exclusion (la parole interdite, le partage de la folie et la volonté de vérité) mais aussi des procédures internes par lesquels « ce sont les discours eux-mêmes qui exercent leur propre contrôle… Au premier rang, le commentaire » (p.23).

Ce sera mon seul commentaire sur les commentaires qui vont suivre ; commentaires que je poste régulièrement à la lecture des articles du journal Le Monde (auquel je suis abonné, et que ne pourront lire que ceux qui le sont également) : le sujet du commentaire se trouve dans l’intitulé du lien.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/11/03/budget-2026-l-assemblee-nationale-rabote-le-pacte-dutreil-la-niche-fiscale-preferee-des-patrons_6651378_823448.html

Voilà une loi qui permet aux riches de continuer à hériter d’une richesse à laquelle ils n’ont pas contribué. Les riches héritent de la richesse de leurs parents, et les pauvres se contentent de la pauvreté de leur parent. Et en avant pour continuer une société où les inégalités se transmettent sous le couvert de « valeurs » comme le travail et le mérite : alors que, les enfants n’ont aucun mérite à être les enfants de leurs parents, et qu’ils n’ont pas travaillé. Mais pour les défenseurs de ce « privilège », ils doivent se dire que les pauvres méritent de transmettre leur pauvreté, et qu’ils n’ont qu’à continuer à travailler.

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/07/11/antoine-prost-les-premieres-lois-sur-les-retraites-n-imaginaient-rien-d-autre-que-la-capitalisation_6620616_3232.html

Défendre la capitalisation, c’est défendre le pari d’une croissance continue sans avoir à payer le coût de la solidarité. Défendre la répartition, c’est faire passer la solidarité quand bien même il n’y aurait pas de croissance.

Ah, au fait, on est dans un monde fini dans lequel les perspectives de croissance sont sapées par l’épuisement des ressources matérielles (parce qu’il n’y a pas que les « terres rares » qui deviennent rares).

C’est pourquoi, pour défendre la capitalisation, il faut soit s’aveugler sur les limites planétaires soit, en connaissance de cause, jouer sur la croissance des inégalités. C’est ce qu’explique Arnaud Orain dans son dernier livre où il montre que les capitalistes ont bien intégré qu’il n’y en aurait plus pour tout le monde et qui en déduisent qu’ils doivent s’accaparer les ressources.

Bref, la capitalisation, c’est une idée de… capitaliste !

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/06/28/si-le-terme-de-decroissance-traduit-un-rejet-louable-du-consumerisme-effrene-il-n-a-pas-de-sens-clair-d-un-point-de-vue-macroeconomique_6616217_3232.html

Jean Pisani-Ferry semble ne pas savoir que la décroissance n’est pas une théorie macroéconomqiue mais une idéologie politique et que si la décroissance s’oppose à la croissance c’est d’abord parce que cette fameuse « croissance » est un régime politique de domination (sur les humains, sur la nature…), régime politique qui exerce son emprise sur un « monde » fait de valeurs, de normes, de récits, de représentations et que c’est ce « monde » qui fournit un cadre d’explication qui aujourd’hui se réduisent à des explications économiques ; autrement dit qui ne cherchent que des solutions économiques à des problèmes qui sont prioritairement politiques.

Mais, cela Jean Pisani-Ferry fait semblant de ne pas le savoir et le passe sous silence, en réduisant son analyse au seul bout économique de la lorgnette.

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/27/comment-en-est-on-arrive-la-a-la-guerre-a-l-exact-contraire-des-illusions-du-debut-du-siecle-a-ce-pivotement-americain-vers-la-russie_6567228_3232.html

Trump ne cesse de répéter qu’il fait des « deals ». Combien de temps va-t-il encore falloir attendre pour proclamer que sa logique est celle d’un dealer (et non pas d’un leader), autrement dit d’un commerçant sans foi ni loi → sa logique est celle du commerce et il n’est que l’aboutissement actuel d’un capitalisme de marchands, et de marchandisation généralisée (→ Il faut lire le livre d’Arnaud Orain sur le « capitalisme de la finitude »).

Tous les adorateurs du libre commerce, de la concurrence libre et non faussée, sont aujourd’hui bien embêtés car ils voient bien qu’un monde où seuls les intérêts comptent n’est qu’un monde de « guerre de chacun contre chacun » : car il s’agit de défendre la « libre entreprise », ils adorent cette compétition mais quand cela tourne au cynisme sans aucune morale, ils prétendent s’en détacher.

Sortir de cette dissonance cognitive, ce serait rompre avec le modèle américain du self made man → les européens en sont-ils capables ?

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/08/le-retour-de-donald-trump-pourrait-signifier-la-fin-d-une-approche-resolument-identitaire-de-la-culture-et-de-la-societe_6382611_3232.html

Que le balancier du wokisme aille trop loin, c’est certainement le cas. Mais il faut beaucoup d’aveuglement pour en demander aussitôt l’arrêt. Parce que, en matière de balancier patriarcal, raciste et classiste qui est allé trop loin, il y a là des siècles d’antécédents. On aurait aimé que la même indignation précipitée qui aujourd’hui est dirigée contre le wokisme ait préalablement fait ses preuves dans les luttes contre les discriminations !

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/10/22/budget-2025-l-esprit-de-serieux-semble-avoir-deserte-la-plupart-des-acteurs_6357915_3232.html

L’esprit de sérieux, c’est d’abord de rappeler qu’en comptabilité, il y a 2 colonnes, une pour les dépenses et l’autre pour les recettes. Et que depuis des années, la colonne recettes décroit au profit des plus riches (particuliers, entreprises).

L’esprit de sérieux, c’est aussi de rappeler qu’en France, si les prélèvements sont élevés, c’est parce que nous avons un niveau de service public quasi inégalé dans le monde. Dans le même esprit (de sérieux), rappeler que les prélèvements sont en réalité des revenus différés : la cotisation que je paie aujourd’hui sert à financer l’éducation, l’hôpital…

Il n’est pas sérieux quand on compare le niveau de prélèvements de la France avec d’autres pays de ne pas mettre en regards que nous en retirons.

Bref, aujourd’hui en France, quand j’arrive à l’hôpital, c’est ma carte vitale dont j’ai besoin, pas de ma carte bleu (et quand ce n’est pas le cas, c’est parce que le privé empiète sur le service public).

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https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/10/06/la-renault-5-se-reincarne-pour-le-bien-de-la-voiture-electrique_6344876_3234.html

Ces prix sont une folie.

Rappel historique : à sa sortie, en 1972, une R5 4 cv dans sa finition de base L était facturée 9 740 francs, environ 9 584 €. Il fallait compter 1 220 francs de plus pour disposer de la 5 cv dans une finition plus huppée dite TL (environ 1 234 € de plus, 10 818 € au total) ← références sur le site de l’Argus)

Soit 13 smic en 1972 (745 F brut, soit 754€ en euro courant) et 18 aujourd’hui (pour les versions de base).

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https://www.lemonde.fr/international/article/2024/10/03/face-a-l-iran-la-france-se-range-derriere-israel_6342763_3210.html

Un soutien inconditionnel à Israël implique une vision asymétrique de la paix. Or il ne peut y avoir qu’une seule sorte de paix asymétrique = la victoire totale d’un camp sur l’autre. Mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Pour le régime iranien : sa disparition.

Pour les Hezbollah et le Hamas : leur neutralisation militaire.

Mais pour les palestiniens : leur disparition ? Cela n’a pas de sens. Pas plus que la « solution finale » n’avait de sens. Pas plus que la disparition de l’État d’Israël n’a de sens.

Pas plus que le refus d’un État palestinien n’a de sens. Pas plus que la colonisation israélienne en Cisjordanie n’a de sens. Pas plus que les massacres et les crimes de guerre à Gaza n’ont de sens.

En fait, cela a du sens uniquement pour ceux qui veulent une paix asymétrique. Qui n’existera pas dans la région du Moyen-Orient.

Alors il n’y aura qu’une guerre asymétrique. Nous l’avons déjà ! C’est une catastrophe humanitaire, et un effondrement moral.

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https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/03/12/debat-sur-l-ukraine-au-parlement-jordan-bardella-annonce-que-le-rn-s-abstiendra-ses-opposants-denoncent-son-ambiguite_6221559_823448.html

Tout le monde demande la paix. Mais pour les uns c’est en faisant des concessions à la Russie et pour d’autres c’est à la condition de sa défaite.

La question n’est pas alors : qu’est-ce que la paix, mais : qu’est-ce que la Russie ?

Si la Russie est un État agressé, alors lui faire des concessions ne sera que justice. Si la Russie est un État agresseur, alors lui faire des concessions serait une ineptie.

Comment trancher ?

Le tribunal de l’histoire est incontournable : hier, Géorgie, Crimée, Syrie… La Russie de Poutine est un État agresseur qui franchit les lignes rouges.

Faire la paix aujourd’hui en faisant des concessions territoriales sur l’Ukraine ce n’est pas du tout assurer la paix de demain : en Moldavie, en Géorgie, dans les pays baltes…

Autrement dit, ceux qui au nom de la paix refusent d’aider aujourd’hui l’Ukraine sont les mêmes qui justifieront demain – au nom de la paix – les guerres d’agression russe contre ses voisins. Bref, avec eux, la paix, c’est la guerre.

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https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/03/02/en-marge-du-conflit-hamas-israel-une-inflation-en-france-des-procedures-pour-apologie-du-terrorisme_6219642_3224.html

Il n’y a aucune hésitation à qualifier les atrocités du 7 octobre de « terroristes ». Il n’y a donc aucune hésitation à les condamner. Mais il n’y a aucune hésitation non plus à refuser de réduire l’histoire d’Israël à ce 7 octobre. Il n’y a donc aucune hésitation à condamner Israël pour ce que subissent aujourd’hui les gazaouis.

Mais ce n’est pas parce que toutes ces condamnations sont sans hésitation qu’elles se valent. D’abord parce que le rapport de force est asymétrique ; ensuite parce qu’il y a d’un côté une organisation terroriste et de l’autre un État qui prétend ne pas l’être.

La question n’est pas : qui défend le Hamas aujourd’hui ?

Mais la question est : qui aujourd’hui en tant que démocrate et humaniste peut défendre Israël ?

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/21/jean-garrigues-historien-la-pulsion-regicide-a-ete-depuis-quelques-mois-encouragee-par-certains-discours-politiques_6174255_3232.html (22:43)

Que la violence sociale, la violence exercée par un groupe de la société contre le reste de la société, soit toujours dans les faits exercée par des individus n’en fait pas pour autant une violence individuelle.

C’est exactement comme pour la violence policière : bien sûr qu’elle est exercée par un policier, mais pour autant elle est la résultante d’une doctrine policière. Autrement dit, si on veut l’éviter, il ne faut pas s’attaquer à l’individu, mais changer de doctrine du maintien de l’ordre.

Tout cela n’excuse pas les individus violents, qu’il faut punir : que ce soit les agresseurs de l’un ou les policiers violents, mais si on veut apporter une « réponse » – c’est cela « être responsable » – la cause qu’il faut changer, ce ne sont les « les individus » mais la doctrine dans un cas, l’exercice de la démocratie dans l’autre cas.

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https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2023/05/27/pourquoi-tant-de-violence-envers-les-ecolos-la-psychanalyste-claude-halmos-repond_6175067_4497916.html

Deux raisons « politiques » peuvent expliquer que les violences subies par les militants et activistes écologistes soient minorées.

Pour la première, il s’agit de faire diversion : en faisant des écolos des agresseurs, on empêche de les montrer comme des agressés. Il suffit pourtant d’avoir participé une fois dans sa vie à une action au nom de « l’intérêt général écologique » pour avoir subi les violences des intérêts privées (champ ogm, bassine, chasse à courre, nucléaire…).

La deuxième est plus stratégique : en mettant en avant la « violence » des « éco-terroristes » et plus largement de « l’écologie punitive », on dissimule la violence généralisée de l’économie punitive : violence contre les humains, les animaux, la nature…

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https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/06/02/elliot-page-trans-haut-et-fort-quand-on-a-le-privilege-de-pouvoir-s-exprimer-et-d-etre-entendu-il-faut-faire-tout-son-possible-pour-parler-des-autres_6175817_4500055.html

Beaucoup de perplexités. Je ne comprends comment on déconstruit la notion de genre si en même temps on s’identifie à l’autre genre. Si la société construit des « assignations de genre », ce à quoi il faut s’attaquer c’est à ces constructions. En même temps, si une société ne construit plus rien, si chaque individu peut s’inventer, alors « la société n’existe pas ».

Qu’il faille critiquer une société qui traite « le corps comme un objet », certes ; mais est-ce réellement combattre ces discriminations que de mener une lutte qui repose sur le sentiment de « n’être pas né dans le bon corps », comme si l’esprit que je suis n’était pas en même temps le corps que je suis, et non pas le corps que j’ai. Finalement, qui traite le corps comme un objet ? Bref, beaucoup de perplexités suscitées par le parcours d’un être certainement sincère…

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https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/06/16/les-francais-et-l-impot-les-droits-de-succession-eternels-mal-aimes_6177936_823448.html

Ce qui est injuste, ce n’est pas l’héritage ni la transmission. Ce qui est injuste, ce sont les inégalités.

Dans une société (plus) juste où l’écart entre les patrimoines (les richesses) serait encadré (de 1 à 4, disait déjà Platon), alors l’héritage ne poserait aucun problème supplémentaire. Les enfants de parents au patrimoine modeste hériteraient modestement ; et si le montant de l’héritage fait dépasser le plafond des patrimoines, alors l’excédent retourne à la communauté.

Sur la question des inégalités, rappelons à l’intention des partisans les plus farouches du « mérite » que, jusqu’à maintenant aucun self made man n’a encore existé sans avoir profité – oui, profité – des propriétés communes. Le jour où un self-made man roule sur une route qu’il a lui-même goudronné, après avoir lui-même éduqué ses anciens professeurs… je change d’avis.

Qui peut (encore) croire qu’il pourrait exister sans les autres ?

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Mais comment cet argent a-t-il été « gagné » ? Car s’il a été « gagné » par les uns alors c’est qu’il a été « perdu » par d’autres. Et il se trouve que ces « perdants » sont précisément ceux qui ont produit cet argent : ils ont été « volés »  (les « riches » savent-ils que les « pauvres » travaillent ??? Si, si).

L’héritage des riches, c’est juste l’héritage d’un vol : ce qui est injuste.

On répond alors que les « gagnants » ont « mérité » leur fortune : mais alors cet argument se retourne contre les héritiers qui n’ont rien « fait » pour « mériter ».

Bref : d’un côté des producteurs de la richesse qui la perdent et qui ne transmettent à leurs enfants que cette injustice. De l’autre, des « héritiers » qui disposent de ce que par provocation on appelle des « actions » alors que ces gens n’ont rien fait !

Cela promet de beaux jours !

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https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/06/30/violences-urbaines-dans-une-circulaire-eric-dupond-moretti-demande-une-reponse-rapide-ferme-et-systematique-et-vise-notamment-les-parents_6180050_3224.html

Ce dont manque notre société, ce n’est pas de parents mais c’est d’adultes. Des parents y’en a, et ils doivent éduquer leurs enfants dans une société qui n’accorde plus aux adultes l’autorité qu’ils portent.

Être adulte n’est pas d’abord une question d’âge mais de capacité à se décentrer pour défendre un intérêt général. Beaucoup de ceux qui ont l’âge pour être adulte continuent de se comporter comme des enfants capricieux et arrogants : et on peut penser au plus haut sommet de l’État comme à des footballeurs vedettes… Sans oublier ces ados attardés et asociaux qui sont devenus des milliardaires…

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/07/22/emmanuel-macron-face-aux-fragilites-du-macronisme_6182999_3232.html

Le macronisme est juste le nom d’une politique libérale, c’est-à-dire d’une politique privée du sens du politique : la politique sans le politique, mais avec la pression de l’économique.

En ce sens, Macron est la marionnette du macronisme, et sa personne aussi intelligente soit-elle est bien incapable d’apporter le moindre souffle politique au pays dont il a la charge.

In fine, en ce début de 21ème siècle, qui peut encore croire que la croissance (économique) puisse être au service de l’émancipation ? A l’heure  du réalisme écologique, que peut bien apporter la fable du progrès ?

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/07/26/l-institution-policiere-est-parvenue-a-convaincre-le-gouvernement-qu-il-ne-tient-que-par-elle_6183399_3232.html

Dans cette affaire, ce qui est en jeu n’est pas politicien et donc on s’en moque de savoir si l’analyse est de gauche (LFI) ou d’extrême-droite (et donc favorable aux syndicats et partis proches de cette idéologie).

Ce qui est en jeu, c’est l’État de droit comme garantie d’un fonctionnement républicain de son administration. Et c’est là que ça coince : la séparation des pouvoirs est bafouée, l’indépendance de la justice est attaquée, l’égalité entre citoyens est méprisée.

Au final, une attaque en règle contre la démocratie par ceux qui tentent de nous convaincre que l’on va lutter efficacement contre les « hors-la-loi » à l’aide de gens qui se croient « au-dessus de la loi ».

Entre ceux qui s’écartent de la loi et ceux qui veulent un régime d’exception, c’est la loi, le droit, la justice qui sont écartés. Dans ce cas, ce qui reste, ce sont juste des rapports de force : entre les institutions, entre les syndicats séditieux et leur ministre, entre force des gangs et forces de l’ordre.

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https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/08/03/en-transformant-nos-fleuves-du-statut-d-objet-a-celui-de-sujet-de-droit-nous-pourrions-franchir-une-etape-pour-la-protection-de-ces-ecosystemes_6184281_3232.html

Le rapprochement avec le statut juridique d’une entreprise comme personne morale est imparable. Un fleuve devrait pouvoir être traité juridiquement comme une entreprise. Mais c’est là qu’il peut y avoir un carrefour et un choix politique à faire, car rien n’oblige à conserver le statut de personne morale aux entreprises. Autrement dit, il faut se demander quelle pourrait être l’autre possibilité : c’est celle des communs (plutôt que celle du sujet de droit).

La différence essentielle entre la piste de la « personne morale  » et celle des « communs », c’est que leur gestion/gouvernance ne sont pas du tout la même : dans un cas le « marché » peut encore apparaître comme un modèle efficace, dans l’autre cas plutôt non (voir les travaux d’Elinor Ostrom).

Plutôt que d’étendre le modèle de l’entreprise à des entités du vivant, ne faudrait-il pas plutôt faire revenir l’économie dans les limites de la vie commune ?

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https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/07/le-hamas-lance-une-attaque-a-grande-echelle-contre-israel_6192984_3210.html

Ah oui, une sacrée « démocratie ». Qui à l’intérieur pratique un apartheid vis à vis des palestiniens israéliens ; qui à l’intérieur a installé depuis des années un régime d’extrême-droite sous la coupe des religieux extrémistes ; qui pratique la colonisation et l’annexion.

Certes, on nous parle toujours de Tel-Aviv et de sa « vie normale » : mais que signifie jouir d’une vie normale quand on sait qu’elle se paie du sang et des souffrances du peuple cousin ?

Faut-il rajouter qu’à l’exportation, Israël ce sont des techniques d’espionnage… Etc.

Ce n’est donc que par ironie qu’Israël peut être présentée comme une démocratie ; car une démocratie doit être un « modèle » ← qui veut d’Israël comme « modèle » ?

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https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/07/gaza-pourquoi-le-hamas-a-decide-de-briser-le-statu-quo-et-de-defier-israel_6193034_3210.html

Enfin un article qui rappelle que le « statu quo », c’est la colonisation, l’annexion, l’apartheid, le blocus, le coup de force antidémocratique que les gouvernements israéliens sous la coupe de l’extrême-droite et des religieux exercent depuis des années contre le peuple voisin…

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https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/13/pourquoi-la-bbc-ne-qualifie-pas-le-hamas-de-groupe-terroriste_6194133_3210.html

La défense de la BBC est maladroite, ce qui ne veut pas dire qu’elle est une « honte ».

Il est maladroit d’abord de se retrancher derrière la « neutralité » : parce qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est qu’une chimère (« Seul le néant est neutre », disait Jean Jaurès).

L’important c’est d’être « impartial », de ne pas « prendre parti ».

Est-il alors « impartial » d’utiliser le terme de « terrorisme » ?

Cela dépend de l’usage qu’on en fait.

Si on en fait un usage « politique » – au sens de classer le Hamas en tant qu’organisation terroriste – alors cela relève d’un choix « politique » que la BBC ne doit pas faire.

Mais si l’on prend le terme de « terrorisme » dans son usage courant – qui produit volontairement des effets de « terreur » – alors les massacres commis par le Hamas sont des actes « terroristes ».

Seul problème : c’est qu’avec cette définition courante de « terrorisme » alors il faut aussi dire, par impartialité, que les gouvernements successifs israéliens ont eux aussi commis de tels types d’actes…

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https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/12/24/a-la-france-insoumise-le-recadrage-d-un-militant-illustre-un-probleme-de-democratie-interne_6207513_823448.html

LFI n’est ni révolutionnaire, ni d’extrême-gauche. C’est un parti social-démocrate : dont le programme est même un cran en dessous de celui du PS de 1981, ce qui ne l’avait pas empêché d’arriver au pouvoir.

Le problème, c’est qu’une grande partie de la force électorale de LFI lui vient de la faiblesse et de la trahison des « socialistes de gouvernement » : c’est le quinquennat Hollande, ce sont ces « macronistes de gauche » qui viennent de soutenir une réforme infâme.

La force de LFI est donc une force par défaut. Les militants qui restent – mais où aller – ne sont que les moutons d’un troupeau dont JLM prétend être le berger, entourés de ses « chiens de garde ».

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https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/01/24/colere-des-agriculteurs-la-droite-tente-d-etre-audible-au-milieu-du-match-entre-bardella-et-le-gouvernement_6212661_823448.html

La décroissance, c’est la proposition d’1 million de paysans d’ici 5 ans pour viser un équilibre à 5 millions de paysans.

Ah, au fait, un « paysan » c’est un agriculteur mais pas un productiviste, pas un industriel de l’élevage ou de la culture.

Bref c’est le contraire de l’agriculture financée depuis des années par la PAC, avec le soutien des gouvernements de droite et des syndicats FNSEA et CNJA.

C’est une production saine rémunérée au prix juste. C’est une production qui ne vise pas l’exportation (avec ses dégâts sur les agricultures locales qui donnent pourtant encore des leçons d’une paysannerie productive sans être productiviste) mais à la sécurité alimentaire.

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https://www.lemonde.fr/international/article/2024/01/12/israel-juge-totalement-denaturees-les-accusations-de-genocide-devant-la-cour-internationale-de-justice_6210450_3210.html

Israël va finir par croire à son plus gros mensonge, selon lequel son histoire aurait commencé le 7 octobre de l’an dernier…

Impasse militaire, naufrage moral, révisionnisme historique, autoritarisme politique, extrémisme religieux : où va Israël ???

*

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/09/01/d-ou-vient-la-notion-de-superprofit-et-que-signifie-t-elle-vraiment_6139741_4355770.html

Puisque Marx est cité, il eût été pertinent de rappeler que pour Marx, le profit est déjà une exploitation et par conséquent, les surprofits ne sont que de la surexploitation.

Surtout : que les profits ne sont normaux (« retour à la normale ») que dans le monde capitaliste. Que cette normalité n’est que la distribution inique de la valeur ajoutée par le travail au profit essentiellement des.. profiteurs.

Les profiteurs profitent, les surprofiteurs surprofitent : tout cela n’a rien de normal. Tout cela est au contraire surréel. Mais c’est sans surprise dans un monde (je ne sais pas si je parle de l’entité d’ensemble ou si je cite le nom d’un quotidien français du soir) est au service du bloc élitaire/méritocratique, ce bloc qui privatise les profits et qui mutualise les pertes, ce bloc qui surprivatise les surprofits et qui surmutualise les surpertes.

Ce bloc élitaire qui est si… sûr de lui, qu’il se dispense de toute considération de justice sociale. Ne parlons même plus de morale…

_____________________
Les notes et références
  1. Quand aujourd’hui on constate la précipitation de certains pour mener la redirection en suivant la piste des « récits » et des « narrations », on ne saurait trop leur conseiller de relire ce court texte de Michel Foucault : « dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’événement aléatoire, d’en esquiver la lourde, la redoutable matérialité. (p.10-11) »

Publié le 29.09.2025 à 16:58

Éloge de la coordination

Une différence est-elle toujours une inégalité ? Une dépendance est-elle toujours une domination ? Une contrainte est-elle toujours une privation de liberté ? Une controverse est-elle toujours une polémique ? 

Quand on est dans une recherche de cohérence, que faire de toutes ces oppositions ?

  • D’un côté, j’apprécie particulièrement l’approche que le philosophe John Dewey adopte quand il s’agit de poser un « problème » : l’expérience comme point de départ, l’attitude scientifique comme méthode, et la démocratie pour idéal. Ce qui l’amène à porter une charge virulente contre ce qu’il repère comme « dualisme », i.e. un couple de concepts s’excluant l’un l’autre de façon figée. Car il y a là, selon lui, un abus de distinction. Pensons au dualisme de l’âme et du corps, ou à celui entre nature et culture : chacun peut pourtant constater leur coordination dans l’expérience.
  • D’un autre côté, comment ne pas avoir remarqué que l’un des dispositifs les plus efficaces du régime de croissance est la fabrique du brouillard, celui dans lequel toutes les distinctions s’évanouissent et où toutes les confusions s’épanouissent ? (voir ici, ce brouillard comme effet du régime de croissance.) L’un des champions les plus constants dans ce « dissolutionnisme » (ou « hybridisme ») est le philosophe français Bruno Latour, mais qui avait au moins l’honnêteté d’aller jusqu’au bout de son aversion « pour les façons de penser oppositionnelles » (pour une critique de ce courant, lire Andreas Malm (2023), Avis de tempête, La fabrique) puisqu’il osait même écrire que « la nature n’existe pas » (à rapprocher d’un déni du même genre côté Maggie).

Voilà exactement l’étau dans lequel je me suis retrouvé coincé lors de quelques épisodes récents, concernant tant la réflexion la plus théorique que l’organisation concrète de la Maison commune de la décroissance.

Et pourtant, à chaque fois, un même recadrage permet de s’en sortir (par le haut).

[Si j’étais resté hégélien ou marxiste, mais je ne l’ai jamais été, j’aurais pu m’en sortir par une habileté dialectique : expliquer qu’une opposition n’est qu’une apparence et qu’en réalité il faut dépasser l’opposition de la thèse et de l’antithèse par la fameuse synthèse. Dans la vulgate, cette synthèse donne en général la plus affreuse des contradictions, affirmer en même temps une thèse et son contraire, A et non A.]

Une opposition est-elle toujours un dualisme ? Non à condition de s’apercevoir que très souvent les 2 termes de l’opposition présupposent  en commun un troisième terme qui n’est pas leur synthèse mais leur condition de possibilité. Cela peut paraître abstrait mais c’est plutôt simple :

  • Dans les rapports individu-société : dépendance et indépendance s’opposent à partir d’une base commune qui est l’interdépendance.
  • Dans les rapports d’accès aux biens : l’échange et le don ne se distinguent qu’à partir d’une base commune qui est le partage.
  • Dans les rapports d’organisation : la subordination et l’insubordination ne s’opposent que sur la base de la… coordination.

Dans ces 3 cas, ce que j’appelle « condition de possibilité » est juste le rappel de ce qu’il est « normal » de respecter pour qu’une vie sociale soit possible.

  • Autrement dit, pas de société sans interdépendance, pas de subsistance sans partage, pas d’organisation sans coordination.
  • Autrement dit (bis), cela veut dire qu’une politique ne peut pas volontairement instituer l’interdépendance, le partage ou la coordination. En leur absence, il n’y a tout simplement pas (ou plus) de vie commune ; parce qu’elle est d’autant plus fragile que l’on manque de retenue.
  • Autrement dit (ter), celui qui veut saper cette vie commune a tout intérêt à diffuser la confusion entre dépendance et interdépendance, entre subordination et coordination, entre échange et partage.

Dans toutes ces façons de faire, chacun aura pu repérer les stratégies pratiquées par les actuels destructeurs libertariens de tout lien social.


 

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