Directeur de la stratégie numérique de la ville d’Échirolles
Un blog furtif
Publié le 05.09.2025 à 10:38
Service public et logiciels libres : le verre à moitié plein
Publié le 21.04.2025 à 13:24
Indépendance des organisations politiques et syndicales en France
Publié le 30.03.2025 à 23:16
L’université d’Utrecht aux Pays-Bas, appelle à une transition vers l’autonomie numérique
Publié le 30.12.2024 à 01:45
Publié le 06.12.2024 à 21:29
Publié le 21.10.2024 à 16:44
AlpOSS : jeudi 20 février 2025 à Échirolles
Publié le 05.09.2025 à 10:38
Service public et logiciels libres : le verre à moitié plein
On a tendance à beaucoup commenter les décisions de ministères qui font le choix de suites bureautiques propriétaires et se préoccupent peu de souveraineté pour leurs propres services. Pourtant, et même s’ils sont peu diserts sur le sujet, plusieurs services de l’État français ont fait le choix d’une mise en œuvre de logiciels libres, et certains depuis bien longtemps.
La Gendarmerie Nationale a fait le choix de la suite bureautique OpenOffice (la référence à l’époque) dès 2005, et entamé sa migration vers Ubuntu à partir de 2008. Même si les prises de paroles sur le sujet n’ont pas été nombreuses (en regard de l’importance du projet), cet exemple est probablement l’un des plus connus dans la communauté, pour le nombre impressionnant de postes clients migrés sous Linux (plus de 70 000).
Au Ministère de l’Intérieur, dans un contexte de rapprochement entre la Police Nationale et la Gendarmerie, on s’interroge. Dès 2012, une étude notable, réalisée par ITEMS International avait pour objectif d’identifier précisément les secteurs logiciels du ministère où l’usage des licences libres permettrait de réaliser des économies, ainsi que les conditions juridiques nécessaires pour y parvenir. Cette étude avait examiné les économies sur le coût global de possession (et pas seulement sur le coût des licences).
Depuis longtemps, la DGFiP (Direction générale des Finances publiques) a fait le choix d’une suite bureautique open source, avec l’adoption progressive de solutions comme OpenOffice puis LibreOffice sur les postes de travail de ses agents. Le groupe de travail MIMO (« Mutualisation Interministérielle pour une suite bureautique Office »), constitué en 2005, a piloté l’intégration d’OpenOffice puis de LibreOffice. Linux est utilisé sur la grande majorité des serveurs. Nextcloud (pour la partie cloud) et Collabora (pour l’édition collaborative) permettent le travail en transversalité. Jitsi et BigBlueButton (visioconférence) ou OpenProject (gestion de projet) sont également disponibles.
Dépendante du même ministère, La DGDDI (Direction générale des Douanes et Droits indirects) a adopté une suite bureautique libre depuis 2006. Elle participe activement au socle interministériel de logiciels libres (SILL), qui préconise une grande diversité de logiciels ouverts pour différents usages administratifs.
À l’Éducation Nationale, on note une orientation de plus en plus nette dans la mise en œuvre de logiciels libres dans les établissements scolaires même si des contrats récents, signés avec Microsoft, on beaucoup fait parler d’eux. Les déclaration de la Direction du Numérique pour l’Éducation (DNE) sur le sujet ont été nombreuses, et montrent une prise en compte progressive des enjeux de souveraineté numérique. Une forge logicielle existe depuis plusieurs années, qui favorise l’émergence de solutions open source, pour et par les enseignants. Enfin un portail d’applications, disponible ici, permet à l’ensemble des personnels de bénéficier de solutions libres.
Le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF) mène depuis plus de 10 ans une stratégie technique intégrant un large usage des logiciels libres. Dès 2008, il a adopté la suite bureautique OpenOffice (puis LibreOffice) pour ses postes de travail et généralisé l’usage du format ouvert ODF (OpenDocument). Le ministère utilise également des logiciels libres pour ses systèmes d’infrastructure, tels que Red Hat pour les systèmes d’exploitation serveurs, ainsi que des outils de gestion électronique de documents (Nuxeo), de workflow (BonitaSoft) et de supervision (Nagios). Par ailleurs, le ministère met à disposition sous licence libre CeCill des composants logiciels dans le domaine de l’information géographique.
Plusieurs préfectures ont aussi fait le choix de solutions libres. On peut citer la préfecture des Landes, assistée par l’ALPI (Agence Landaise pour l’Informatique), celle de l’Isère (qui utilise LibreOffice depuis plus de 10 ans), de l’Aube (suite bureautique et gestion électorale), etc.
Dans les collectivités territoriales, la dynamique autour de solutions libres, ouvertes et souveraines, s’organise. Le collectif France Numérique Libre réunit plus de 300 acteurs de cette transition partout en France (et pas seulement sur le territoire métropolitain), et permet l’émergence d’un véritable réseau autour de ces problématiques.
Au niveau européen, la position du service public dans la mise en œuvre des logiciels libres est reconnue. Un pôle d’expertise dédié aux logiciels libres a été créé à l’intérieur de la DINUM (Direction Interministérielle du Numérique) pour animer et structurer cet écosystème dans le secteur public, y compris avec les collectivités territoriales. Le gouvernement français encourage l’ouverture des codes sources et développe des outils libres pour renforcer la transformation numérique du service public, tout en mettant l’accent sur la mutualisation des compétences et la durabilité des solutions libres.
la France fait figure d’exemple dans l’usage du logiciel libre et l’ouverture des codes. La majorité des États membres de l’Union Européenne ont des politiques formelles sur l’open source, notamment dans le cadre des marchés publics, mais ces politiques sont souvent hétérogènes et parfois infructueuses faute d’ancrage culturel solide dans les administrations et de directives précises. La France, en revanche, bénéficie d’une tradition forte de promotion des logiciels libres dans le secteur public, soutenue par des mesures légales et stratégiques datant des années 2000 et renforcées progressivement (circulaire de 2012, Loi pour une République Numérique de 2016).
L’évolution de la situation géopolitique internationale est à l’origine d’une prise de conscience (récente, mais réelle) des problématiques de souveraineté numérique. Plusieurs responsable politiques se sont exprimés sur ces sujets ces derniers mois dans le cadre, par exemple, de l’enquête sénatoriale sur la commande publique. Les choses pourraient changer plus vite et de façon plus massive mais, dans ce contexte particulier, il me semblait intéressant, pour une fois, de mettre en avant les progrès réalisés dans le domaine.
Image d’illustration : Manu Schwendener sur Unsplash
Publié le 21.04.2025 à 13:24
Indépendance des organisations politiques et syndicales en France
Jusqu’à quel point les structures politiques et syndicales français sont-elles dépendantes de pays étrangers pour leur communication ?
En analysant leurs sites web, j’ai tenté d’identifier les dépendances de chaque organisation selon trois thèmes : l’hébergement du site web officiel, le relais de messagerie pour le nom de domaine correspondant, et les réseaux sociaux mis en avant sur la page principale.
Le niveau de dépendance des partis politiques est généralement élevé. Les syndicats semblent plus sensibles à la problématique de l’autonomie numérique : la plupart des sites et des messageries sont soit auto-hébergés, soit hébergés en France.
Pour les réseaux sociaux, en revanche, les choses sont plus compliquées. Quelques syndicats indiquent des comptes officiels sur des instances Mastodon en France, mais aucun parti politique. Pour le reste, les réseaux américains sont évidemment très présents.
Sites Web des principaux partis politiques en France
Horizons (https://horizonsleparti.fr)
- Hébergement : Clever Cloud ()
- E-mails : Google ()
- Réseaux sociaux : X (), Instagram (), Facebook (), LinkedIn (), Youtube (), Telegram ()
La France Insoumise (https://lafranceinsoumise.fr)
- Hébergement : Scaleway ()
- E-mails : Gandi ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Instagram (), Youtube (), Telegram (), Twitch ()
Les Écologistes (https://lesecologistes.fr)
- Hébergement : OpenAction ()
- E-mails : OVH (), Google ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Instagram (), Youtube (), Bluesky (), Mastodon ()
Les Républicains (https://republicains.fr)
- Hébergement : Automattic ()
- E-mails : Scaleway ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Youtube (), Instagram (), LinkedIn (), Snapchat ()
Parti Communiste Français (https://www.pcf.fr)
- Hébergement : Nation Builder ()
- E-mails : Octopuce ()
- Réseaux sociaux : Tiktok (), Youtube (), Facebook (), X (), Instagram ()
Parti Socialiste (https://www.parti-socialiste.fr)
- Hébergement : Nation Builder ()
- E-mails : Google ()
- Réseaux sociaux : Whatsapp (), Facebook (), X ()
Rassemblement National (https://rassemblementnational.fr)
- Hébergement : OVH ()
- E-mails : OVH ()
- Réseaux sociaux : X (), Facebook (), Youtube (), Instagram (), Telegram (), Tiktok ()
Renaissance (https://parti-renaissance.fr)
- Hébergement : Google Cloud ()
- E-mails : Microsoft ()
- Réseaux sociaux : Telegram (), X (), Instagram (), Facebook (), Tiktok (), Youtube (), LinkedIn ()
UDR (https://www.udr.fr)
- Hébergement : Nation Builder ()
- E-mails : OVH ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Youtube (), Tiktok (), Instagram ()
Sites Web des principaux syndicats en France
CAT (https://www.c-a-t.fr)
- Hébergeur : OVH ()
- E-mails : OVH ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), Instagram (), LinkedIn ()
CFDT (https://www.cfdt.fr)
- Hébergeur : Amazon ()
- E-mails : BI ()
- Réseaux sociaux : LinkedIn (), Bluesky (), Facebook (), Youtube (), Threads (), Tiktok (), Instagram ()
CFE-CGC (https://www.cfecgc.org)
- Hébergeur : Izencia ()
- E-mails : Microsoft ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Instagram (), Youtube (), LinkedIn (), Bluesky (), Threads ()
CFTC (https://www.cftc.fr)
- Hébergeur : CFTC ()
- E-mails : Google ()
- Réseaux sociaux : LinkedIn (), Facebook (), X (), Instagram (), Youtube ()
CGT (https://www.cgt.fr)
- Hébergeur : Evolix ()
- E-mails : Scaleway ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Youtube (), Instagram (), Twitch (), Telegram (), LinkedIn ()
CNT (https://www.cnt-f.org) (site en maintenance)
- Hébergeur : Globenet ()
- E-mails : Globenet ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), Mastodon (), ? (site en maintenance)
FO (https://www.force-ouvriere.fr)
- Hébergeur : Nursit ()
- E-mails : Alinto ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Mastodon (), Youtube (), Flickr ()
SNJ (https://www.snj.fr)
- Hébergeur : HaiSoft ()
- E-mails : HaiSoft ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), LinkedIn (), Instagram ()
Solidaires (https://solidaires.org)
- Hébergeur : Globenet ()
- E-mails : Globenet ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), X (), Instagram (), Telegram (), Tiktok (), Mastodon ()
UNSA (https://www.unsa.org)
- Hébergeur : UNSA ()
- E-mails : Serinya Telecom/Gandi ()
- Réseaux sociaux : Facebook (), Bluesky (), X (), Instagram (), LinkedIn (), Youtube ()
Image d’illustration : Aaron Burson sur Unsplash
Publié le 30.03.2025 à 23:16
L’université d’Utrecht aux Pays-Bas, appelle à une transition vers l’autonomie numérique
Cet article est une traduction en français d’une lettre ouverte publiée le 25 mars 2025 sur le site de l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas.
Nous, soussignés, exprimons notre inquiétude quant à la dépendance croissante de l’université d’Utrecht à l’égard des services des grandes entreprises technologiques (en particulier Microsoft, Google et Amazon) pour nos activités de recherche, d’enseignement et d’administration. Il y a plusieurs années, les recteurs des universités néerlandaises ont collectivement et sagement mis en garde contre ce phénomène. Depuis lors, il ne s’est pas passé grand-chose ; pire, presque toutes les universités néerlandaises ont migré vers les services en nuage des Big Tech, au détriment de nos centres informatiques gérés en interne.
L’Université d’Utrecht est actuellement largement dépendante de Microsoft Office 365 pour l’ensemble de notre travail de bureau : envoi de courriels, rédaction de documents, création de présentations, appels vidéo, partage de documents et stockage de nos données. D’autres dépendances importantes existent pour plusieurs systèmes clés de notre université. Cela crée de multiples vulnérabilités, en particulier à la lumière d’une situation géopolitique qui évolue rapidement.
Tout d’abord, il existe des risques importants en matière de sécurité et de respect de la vie privée. L’accès aux services adoptés repose sur des services d’authentification qui dépendent de connexions transatlantiques, lesquelles peuvent être coupées au gré des caprices du gouvernement américain. Dans une telle situation, toute la recherche et l’enseignement seraient immédiatement interrompus. Nous perdons également le contrôle de nos données. Microsoft et d’autres entreprises dont nous utilisons les services peuvent être obligées par la loi de partager nos communications, nos documents et nos données sensibles (personnelles) avec les agences américaines. Le fait que les données soient stockées sur des serveurs européens n’offre aucune protection (juridique) (en raison du CLOUD Act américain) et toute protection qui serait offerte peut être contournée par les autorités américaines sans transparence.
Outre ces préoccupations immédiates en matière de sécurité et de protection de la vie privée, notre dépendance à l’égard des Big Tech est fondamentalement en contradiction avec des valeurs publiques telles que la liberté, l’indépendance, l’autonomie et l’égalité – comme l’ont déjà souligné les recteurs en 2019. Les services numériques que nous utilisons pour notre recherche et notre enseignement façonnent profondément nos pratiques professionnelles ; l’intégration des outils d’IA les plus récents (par exemple, Co-Pilot) dans les logiciels de base (par exemple, MS Office 365) façonne considérablement notre enseignement et notre recherche et, par conséquent, a un impact sur notre autonomie professionnelle.
Le remplacement de l’infrastructure TIC universitaire par des services logiciels de grandes entreprises a également modifié ce que les universités peuvent offrir à leur communauté et à la société en général. En effet, les universités privilégient de plus en plus les TIC et les environnements de gestion des entreprises au détriment des solutions internes ou à source ouverte développées pour les universités. Ce faisant, elles perdent la capacité et la flexibilité nécessaires pour gérer des services qui vont au-delà de ce qui est offert par les entreprises dominantes. Cela crée involontairement un environnement préférentiel pour les plus grands acteurs.
Ces questions combinées font passer les universités du statut de source d’innovation technique et de distribution des connaissances à celui de consommateurs de services. Pire encore, en déplaçant davantage de pratiques de recherche et d’innovations associées dans les nuages, ces entreprises finissent par déterminer les conditions de la recherche, en orientant les agendas et les résultats de la recherche vers des mises en œuvre dans leurs environnements. Cela signifie que la recherche financée par des fonds publics peut parfois en venir à consacrer la domination de ces quelques entreprises pour l’avenir.
Par cette lettre ouverte, nous vous demandons de changer de cap, afin de libérer notre université de cette forte dépendance aux services de ces entreprises et de contribuer à une plus grande autodétermination technologique, à la résilience et à l’innovation publique pour et avec les universités à travers l’Europe.
Nous comprenons que ces développements se sont faits lentement au fil des ans et que notre université ne peut pas passer à sa propre infrastructure informatique ou reconstruire ses départements TIC immédiatement. Nous vous demandons donc de définir un point à l’horizon et de définir une stratégie en collaboration. Nous vous demandons de faire de notre université l’objectif politique explicite de faire en sorte que les universités ne soient plus des consommateurs de services Big Tech d’ici trois ans. Les universités, en collaboration les unes avec les autres et avec SURF, doivent travailler à la mise en place d’infrastructures et de pratiques techniques qui restaurent notre rôle dans la construction d’un avenir numérique démocratique et équitable.
Des alternatives aux offres des Big Tech – basées sur des objectifs non lucratifs, des valeurs publiques et la transparence – existent et sont essentielles pour que les universités se transforment numériquement. Il est important de noter que moins nous utilisons ces alternatives, plus notre dépendance à l’égard des Big Tech devient une prophétie qui se réalise d’elle-même. Nous énumérons ci-dessous plusieurs mesures qui peuvent être prises immédiatement.
- Localement : inverser la transition en cours vers les Big Tech et investir dans l’expertise et le déploiement locaux, par exemple en gérant notre propre serveur de messagerie, en lançant des initiatives Nextcloud, etc.
- Au niveau national : utilisez votre influence au sein de SURF pour faire du point à l’horizon un objectif national pour le secteur de l’éducation (supérieure). Contribuez à faire des universités un moteur d’innovation pour un avenir numérique transformateur et équitable.
- Au niveau international : collaborer avec d’autres universités européennes (notamment en Allemagne et en France) pour mettre en place une infrastructure informatique universitaire autonome qui pourrait être une source d’innovation et de résilience à l’échelle mondiale.
Nous avons déjà entamé un dialogue avec notre conseil d’administration de l’UU-Université pour commencer à progresser vers la résilience numérique et l’autodétermination dans les institutions académiques à travers l’Europe et au-delà. Si vous soutenez cette stratégie, merci de signer cette pétition pour faire part de vos préoccupations et les porter à l’attention de notre université, de préférence avant le 16 avril 2025. Nous espérons que notre initiative sera reprise par des collègues d’autres universités des Pays-Bas afin de montrer la large base académique de nos préoccupations.
Pour des informations sur les suites données à cette pétition, voir cet article sur le site « Me in Amsterdam » d’Alix Guillard.
Image d’illustration : Markus Winkler sur Unsplash