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MEDIAS REVUES BLOGS
 Tristan Nitot
Sur la technologie, l'Internet et les libertés numériques

StandBlog

Publié le 28.02.2026 à 19:12

En vrac de février 2026

Des nouvelles de l’IA

  • GPT-5.3-Codex vs Claude Opus 4.6, le duel au sommet de l’IA agentique. La course à la puissance continue : “L’une des avancées majeures de la version 4.6 est l’introduction d’une fenêtre de contexte d’un million de tokens en bêta, contre 200 000 pour Opus 4.5. Cela représente l’équivalent d’environ 1 500 pages de texte ou de dizaines de milliers de lignes de code dans un seul prompt.” “Apollo (un laboratoire indépendant spécialisé dans la détection des comportements trompeurs des IA) a testé la capacité du modèle à saboter délibérément des tâches, par exemple en insérant des failles cachées dans du code ou en faussant les résultats d’un entraînement IA. […] Plus troublant encore, Apollo a documenté des cas où le modèle fait semblant de ne pas savoir répondre à certaines questions (un comportement appelé « sandbagging ») et où il raisonne explicitement dans sa chaîne de pensée sur la manière d’éviter les restrictions de déploiement pour « optimiser sa survie ».”
  • Big Tech to Spend $650 Billion This Year as AI Race Intensifies. 650 milliards de dollars devraient être investis par les GAFA cette année, pour construire (et remplir de GPU) des datacenters. Relisez bien : 650 milliards. Le jour où cette bulle va nous péter à la figure, ça va faire mal. (Note : ça fait déjà mal aux limites planétaires). Déjà, les investisseurs doutent : les 4 entreprises prises ensemble ont perdu 950 milliards de valo depuis ces annonces…
  • Je découvre EvolvingAI, une newsletter sur l’IA qui semble bien fichue, synthétique, pédagogue… mais sans surprise très en faveur de l’IA.
  • CIAnum (Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique, anciennement CNNum) a publié un rapport de synthèse de leur consultation quelles priorités pour 2026 ?.
    1. Des citoyens ambivalents vis-à-vis des technologies numériques et de l’intelligence artificielle
    2. Une source d’inquiétude pour les plus jeunes et les professions intermédiaires
    3. Une menace pour la démocratie parmi d’autres facteurs
    4. Un besoin urgent de sensibiliser et former les citoyens au numérique
    5. La souveraineté européenne comme prérequis au développement d’un modèle plus éthique
    6. Des participants inquiets de l’impact environnemental du numérique
    7. Des enjeux économiques et sociétaux à traiter à égalité dans les travaux du CIANum
    8. Des travaux pédagogiques, transparents et orientés vers la décision
    9. Une forte attente en matière de débat public sur les enjeux du numérique et de l’IA
  • IA générative et réchauffement climatique : comment réduire la facture?. Par mes deux collègues (féminines !) Emilie Greff (Machine Learning Engineer, OCTO Technology) et Arielle Villa-Massone (MLOps Engineer, OCTO Technology). Un bon complément à ma présentation L’humanité peut-elle s’offrir l’IA ? ;
  • OSS Is Going Just Great, un site qui recense comment l’IA démolit le logiciel libre petit à petit, inspiré par l’excellent web3isgoinggreat.com/ qui porte lui sur les cryptos ;
  • An AI Agent Published a Hit Piece on Me explique comment une IA, qui a soumis un rapport de bug à un projet de logiciel libre, s’est vu refuser sa contribution, précisément parce que c’est une IA. Soit. Là où ça commence à devenir inquiétant, c’est la publication d’un billet de blog par l’IA en vue de diffamer le mainteneur du logiciel qui aurait agit “par incompétence”. Bref, l’IA menace l’humain en ligne. Classe. Mise à jour : Une IA publie sur Ars Technica un article pourri sur l’histoire en inventant des citations de l’auteur. Je suis à deux doigts d’aller me chercher un seau de pop-corn…
  • L’IA comme une addiction : The AI Vampire. Extrait : “Agentic software building is genuinely addictive. The better you get at it, the more you want to use it. It’s simultaneously satisfying, frustrating, and exhilarating. It doles out dopamine and adrenaline shots like they’re on a fire sale. Many have likened it to a slot machine. You pull a lever with each prompt, and get random rewards and sometimes amazing “payouts.” No wonder it’s addictive.”. Version française : “Ecrire du logiciel avec des agents est véritablement addictif. Plus tu t’améliores, plus tu veux l’utiliser. C’est à la fois satisfaisant, frustrant et exaltant. Ça te refile de la dopamine et de l’adrénaline comme si c’était l’ouverture du Black Friday. Nombreux sont ceux qui ont comparé ça à une machine à sous. Chaque prompt est comme quand tu tires le levier et que tu récupères des sommes aléatoires et parfois un jackpot incroyable. Pas étonnant que ça soit addictif.”
  • Des protocoles pour les agents IA… à un nouvel internet ;
  • The political effects of X’s feed algorithm, où des chercheurs mesurent comment l’algo de recommandation de Twitter/X pousse les gens à plus d’addiction et modifie leurs opinions vers la droite, plus que s’ils sont exposés au contenu chronologique sur le même réseau. Paradoxalement, passer les personnes d’un flux recommandé à un flux chronologique ne fait pas évoluer leurs opinions. Voir aussi A few weeks of X’s algorithm can make you more right-wing – and it doesn’t wear off quickly ;
  • L’algorithme de X boosterait les vidéos de Sarah Knafo, au point qu’elle bénéficierait d’une exposition 3 fois supérieure à son audience organique. Cela fait l’équivalent d‘“environ 440 000 € d’espace publicitaire” rien que sur le mois de janvier. On note des chiffres comparables pour les publications d’extrème droite dans d’autres pays d’Europe (AfD en Allemagne, Rupert Lowe en Grande Bretagne). Bref, sans surprise, mais maintenant c’est chiffré, Musk influence les élections en Europe en faveur de l’extrème-droite. `
  • Pourquoi une IA Responsable est nécessaire, et possible par l’ami James Martin, dont le sujet de l’IA responsable est maintenant le métier ;
  • Face aux projets de centres de données, des résistances s’organisent avec des morceaux de DirtyData.earth ;

Comment l’IA change le développement de logiciels

Se défendre de la merdification par l’IA

  • Keynote de cloture de FOSDEM 2026 par Daniel Stenberg (auteur de Curl) Open Source security in spite of AI. La vidéo sur Youtubeles slides au format PDF . Devant la multiplication des rapports de bugs générés par IA et complètement faux et/ou inutiles, Curl a décidé de fermer leur Bug Bounty (programme récompensant les chercheurs en sécurité qui trouvent des bugs de sécurité et les communiquent au projet de façon responsable) ;
  • Vouch, a community trust management system. Un système qui permet de maintenir très simplement une liste des utilisateurs qui pour lesquels on s’est porté garant ou qu’on a décidé de bannir. Peut-être une façon de tenir à distance les IA et accepter les humains dans un sous-ensemble du Web réservé aux humains ? Les plus anciens se souviendront de Web of Trust / Toile de confiance qui date… de 1992 ! WoT a le gros intérêt de s’appuyer sur les clés PGP. On me disait sur Mastodon que la chose n’avait pas eu beaucoup de succès à l’époque. C’est vrai, mais le monde a bigrement changé. Déjà, nous sommes beaucoup plus nombreux à être connectés (73% des terriens, 95% des français) et, en 2026, avec le déferlement de Slop (bouillie générée par IA), le besoin est bel et bien là !
  • Statement from Dario Amodei on our discussions with the Department of War. En substance, Anthropic (à qui on doit Claude et Claude Code) fournit ses services au ministère de la guerre américain, mais à 2 conditions : 1. pas d’utilisation pour la suveillance de masse. 2. pas pour des armes pleinement autonomes (qui pourraient décider de tuer quelqu’un sans validation de la décision par un humain). Anthropic risque de perdre ce marché stratégique (qui est bien souvent une façon déguisée de subventionner les entreprises américaines) et de se mettre l’administration Trump à dos.

Des nouvelles de l’autonomie stratégique

Low Tech

Mobilité

Des nouvelles (conneries) de Musk

Des nouvelles de mon ego

Complètement En Vrac

  • C & F Éditions célèbre les 30 Ans de la déclaration d’indépendance du cyberespace “se débarrasser des monopoles et de leur « économie de l’attention », ce n’était pas au programme il y a 30 ans. Mais pour sûr, c’est d’actualité.”
  • How AI is redefining the way we find content ;
  • Je découvre avec nostalgie le nouveau site de Richard MacManus, créateur du blog ReadWriteWeb en 2003, Cybercultural, avec son dernier post en date : 1994: Publishing comes to the Web — and design matters. Je vous encourage, si l’histoire du Web vous intéresse, à parcourir toutes les pages, c’est une merveille ! Juste un exemple : What the Internet Was Like in 1999
  • Loi Duplomb, le retour, du coup, Non c’est Non, Monsieur Duplomb ! est le retour de la pétition qui avait fait péter les compteurs…
  • We can move beyond the capitalist model and save the climate – here are the first three steps par Jason Hickel et Yanis Varoufakis. Insistance sur l’aspect systémique, intérêt de la régulation et punchlines (genre “capitalism cares about our species’ prospects as much as a wolf cares about a lamb’s”/ Le capitalisme se préoccupe du sort de l’espèce humaine autant que le loup se préoccupe de celui de l’agneau) ;
  • Global economy must move past GDP to avoid planetary disaster, warns UN chief António Guterres ;
  • Times New Resistance, “une parodie de Times New Roman qui autocorrige les autocrates”, une version modifiée de Times New Roman, donc, créé par l’artiste de Minneapolis Abby Haddican. Il a la particularité que quand on s’en sert, certains mots sont remplacés par d’autres. Par exemple “conservative → fascist” et “illegal alien → human being”. C’est disponible sous la licence libre GNU GPL. Source : The Philadelphia Inquirer ;
  • Une excellente lecture, hautement recommandée ! Meurtre de Quentin Deranque : quels mécanismes conduisent à la violence politique ? Quelques chiffres dans État des lieux des violences politiques de la France contemporaine, qui rappelle “À droite la vengeance, à gauche le vandalisme” et, à propos des attaques meurtrières pour raisons idéologiques, “9 sur 10 d’entre elles étant victimes de l’extrême droite”, la gauche ayant plutôt tendance à commettre des dégradations matérielles. D’autres chiffres, plus précis, sont accessibles moyennant finance dans Violences politiques en France de 1986 à nos jours (paru en 2021). Au-delà de ces chiffres, c’est le mécanisme décrit qui est intéressant :
    1. d’abord l’exposition sélective, le fait de choisir ses sources d’information qui “renforcent ses perceptions négatives et des analyses partisanes d’enjeux politiques complexes”
    2. Des visions hautement sélectives et limite conspirationnistes comme la théorie conspi du “Grand remplacement”.
    3. La déshumanisation du camp adverse, genre “nous aimons notre famille alors qu’en face ils nous détestent”. La radicalisation n’est ainsi pas la plupart du temps le reflet d’une pathologie psychiatrique. Elle est plutôt une version poussée à l’extrême de traits moraux et cognitifs ordinaires : l’indignation face à l’injustice, la pensée tribale « nous » contre « eux », la solidarité envers son groupe, l’hypersensibilité à la menace sociale, le désir de protéger un mode de vie qui nous est cher, la délégitimation de ceux qui sont en désaccord avec soi politiquement, etc. Soulignons également l’importance des motivations sociales satisfaites par le groupe : le groupe radical offre appartenance, fierté identitaire, impressions d’utilité. Et le jour J du passage à l’action violente, la dynamique de groupe fait le reste. Il y a un enjeu de statut auprès des camarades à montrer qu’on est prêt à passer à l’acte, et le fait de recevoir des coups active des instincts fondamentaux de défense par la violence.

Publié le 26.02.2026 à 16:48

Un cas où l'IA pourrait aider à réduire l'empreinte du numérique ?

Quand on m’a dit “Et si on utilisait l’IA pour optimiser une application et réduire son empreinte environnementale ?”, j’avoue que j’ai grincé des dents : a priori, utiliser l’IA (très gourmande) pour optimiser un truc moins gourmand, ça ne me paraissait pas très intelligent.

Sauf que l’IA générative a fait beaucoup de progrès, et qu’on sait de mieux en mieux s’en servir pour faire des choses étonnantes.

Il se trouve aussi que deux de mes brillants collègues (chez OCTO) se sont vu confier une mission par un grand client : moderniser une application développée par des stagiaires au fil des années.

Dans une certaine mesure, c’est le pire cauchemar des informaticiens : une application écrite par des débutants qui sont remplacés tous les ans et ont “oublié” de documenter leur travail (parce qu’on avait oublié de leur demander de le faire).

Et effectivement, avec près de 100 000 lignes de code, c’était une horreur.

Un peu comme un plat de spaghetti, mais géant, préparé par des apprentis cuisiniers, avec des dizaines de types de pâtes et de sauces différents.

Je passe les détails de la mission, mais en substance, on a deux ingénieurs OCTO assistés par IA face à cette masse informe de code. Elle fonctionne, mais il faut la moderniser, et bien sûr personne ne comprend comment elle fonctionne. Les stagiaires successifs sont partis depuis bien longtemps.

Cette application, il faudrait aussi la connecter à une nouvelle base de données plus moderne (l’excellent logiciel libre PostgreSQL) et au SSO de l’entreprise. Et si ça pouvait tourner plus vite, ça serait pas mal, parce que la page la plus utilisée a un temps de réponse moyen de 7 secondes.

Je vous passe les détails, mais mes deux collègues s’attellent à la tâche et les résultats tombent :

  1. Le temps de réponse de la page la plus utilisée passe de 7 secondes à 0,6 secondes. 12 fois plus rapide !
  2. En 1/2 journée de travail, on est passé de 8000 requêtes SQL à… 136, soit 60 fois moins ! (et donc une base de données beaucoup moins consommatrice de ressources)
  3. La taille de l’application a été divisée par 2.

Des outils comme SonarQube donnent des indicateurs très révélateurs :

  • Problèmes de sécurité : divisés par 23
  • Indice de fiabilité : amélioré d’un facteur 7
  • Indice de maintenabilité : amélioré d’un facteur 3.

Alors oui, des humains auraient pu faire le job sans IA. Mais cela aurait été une mission vraiment horrible. Et surtout, ça aurait été beaucoup trop cher. Alors on aurait laissé dans l’état, avec des problèmes de sécurité qui ne demandent qu’à nous exploser à la figure, avec des utilisateurs frustrés qui font face à un outil lent et buggé, des ressources informatiques (du temps, de l’énergie, du matériel coûteux) gaspillées.

Bref, mon opinion sur l’utilisation de l’IA pour moderniser une base de code legacy a été sérieusement ébranlée.

P.S. : je ne suis pas en train de devenir un techno-béat de l’IA, j’ai longuement travaillé à recenser et diffuser les différents problèmes posés par cette technologie, par exemple dans la présentation L’humanité a-t-elle les moyens de s’offrir l’IA ?. J’essaye juste de recenser quand un usage raisonné de l’IA pourrait réduire l’empreinte du numérique. Voir par exemple les travaux sur EROOM.


Publié le 26.02.2026 à 16:36

Altman compare bêtement humains et machines

Sam Altman, patron d’OpenAI, dans une interview, commet une erreur énorme quand il dit “Les gens parlent de l’énergie nécessaire à entraîner un modèle d’IA, mais cela consomme aussi beaucoup d’énergie pour entraîner un humain ! Cela prend genre 20 ans d’une vie et toute la nourriture nécessaire pendant ce temps-là pour devenir intelligent”.

C’est à la fois vrai… et complètement faux (et scandaleux) de mettre sur un pied d’égalité la machine et l’humain (voire la machine et le vivant dans son ensemble).

Avoir un monde rempli de machines mais sans humains et sans vivant n’a aucun intérêt.

Alors qu’un monde avec des êtres vivants et sans machines est non seulement envisageable, mais il a même été la règle depuis l’apparition de la vie il y a presque 4 milliards d’années. Rappelons que Homo Sapiens a 300 000 ans et que l’ancêtre de l’ordinateur, imaginé par Charles Babbage, l’a été en 1834, il y a moins de 200 ans. Le premier microprocesseur commercial, l’Intel 4004, a été lancé en 1971, il y a 55 ans.

Bref, le moment où les microprocesseurs ont existé représente 0,01833% du temps d’existence d’Homo Sapiens.

Enfin, devant l’ineptie énoncée par Sam Altman, il convient de rappeler que la première mission d’un individu vivant est la survie de l’espèce. Pas de prévoir sa disparition au nom d’un éventuel règne sans partage des machines.

(Post créé à 100 % SANS IA. Évidemment.)


Publié le 14.02.2026 à 10:53

Comment l'IA tue le Web

Si ChatGPT devient le nouveau Google, cela implique que l’IA est en train de tuer le Web. Je m’explique :

Le Web, au départ, c’est que des humains écrivent des documents avec des hyperliens entre eux, ces documents comprenant du texte, une mise en page, des images, du son, des vidéos si nécessaire.

Schéma représentant le Web avan tl'IA

Et de l’autre côté de l’écran, des humains lisent les textes et naviguent entre ces documents en suivant les liens. Pour cela, ils utilisent un navigateur (un “user-agent” dans le jargon), un logiciel qui va chercher le document, le présente en interprétant le contenu, tout en préservant l’utilisateur des personnes mal-intentionnées qui peuvent se trouver sur le Web (lequel n’est pas peuplé que de bisounours).

Il arrive souvent que les utilisateurs trouvent le contenu initial via un moteur de recherche, qui est donc devenu indispensable dans l’expérience utilisateur. Accessoirement, le moteur de recherche affiche de la pub dans ses résultats et ça finance les éditeurs de navigateurs (Google, Apple, Mozilla & co).

Mais ça, c’était avant.

Le Web après l'IA : l'humain fait générer du contenu par une IA. De l'autre côté, une IA synthétise du contenu qui sera présenté à un humain

Maintenant, l’humain utilise son ChatBot IA, lui pose une question, l’IA lui donne une réponse (pas toujours juste mais qui sonne bien). Cette réponse a probablement été synthétisée en piochant dans le Web plus ou moins récemment, mais ça, l’utilisateur n’en sait rien. Il ne visite plus le Web, il n’a pas vu de pub, il n’a pas financé le site Web ni le moteur de recherche. Peut-être même utilise-t-il son ChatBot depuis une application mobile, donc sans passer par un navigateur.

Le Web n’a pas complètement disparu de l’équation, mais il est complètement invisibilisé.

Deuxième effet Kiss Cool : avec l’IA, l’information n’est plus produite par des humains mais par des machines. Donc le Web est inondé de contenus synthétiques d”intérêts variables (qui viendront à leur tour nourrir l’IA, ce qui est une idée… peu ragoutante).

La mer d’information qu’était le Web et que les humains “naviguaient” (comme on disait dans les années 1990) est devenu un océan pollué d’informations de qualité décroissante. Et les humains ne naviguent plus dessus, ils consomment un contenu synthétique qui en est issu.

On a remplacé un outil qui permettait aux humains de publier et d’accéder aux contenus proposés par d’autres humains (donc de communiquer et de se comprendre) par des outils où du contenu est généré par des machines qui est résumé par des machines. L’humain a quasiment disparu de l’équation.

Bref le Web est (bientôt) mort, tué par l’IA.

Peut-on alors inventer un nouveau Web, vraiment humain, sans IA, avec des barrières bloquant les IA ?

Si oui, à ce moment-là, on pourra alors crier “Le Web est mort, vive le Web”

Quelques liens complémentaires publiés a posteriori

  • We Need To Rewild The Internet par Robin Berjon et Maria Farrell (avril 2024). Arnaud Pessey en a fait un résumé en français : L’Internet est mort, vive l’Internet sauvage ;
  • Internet est mort. Voici comment le ressusciter par Arnaud Pessey (novembre 2025) ;
  • Vidéo Intelligence artificielle : dans la fabrique du SLOP - Le dessous des images - ARTE ;
  • L’humanité peut-elle s’offrir l’IA ?, une présentation de 30 mn par votre serviteur ;
  • Dans la même veine, sur le standblog, quelques jours plus tôt : Comment l’IA bouleverse le logiciel Libre ;
  • Marking the Web’s 35th Birthday: An Open Letter, par Tim Berners-Lee, inventeur du Web, qui écrivait : “Underlying its whole infrastructure was the intention to allow for collaboration, foster compassion and generate creativity — what I term the 3 C’s. It was to be a tool to empower humanity. The first decade of the web fulfilled that promise — the web was decentralised with a long-tail of content and options, it created small, more localised communities, provided individual empowerment and fostered huge value. Yet in the past decade, instead of embodying these values, the web has instead played a part in eroding them. “. En français : “Derrière l’infrastructure du Web, il y avait l’intention de permettre la collaboration, aider à la compassion et générer de la créativité. J’appelais ça les 3 C. C’était un outil pour donner le pouvoir à l’humanité. La première décennie du Web a tenu cette promesse. Le Web était décentralisé, avec une multitude de contenus et d’option, il a créé des petites communautés locales, encapacité les utilisateur et généré beaucoup de valeur. Mais dans la dernière décennie, au lieu d’incarner ces valeurs, le Web a joué un rôle qui les érodait”.

Publié le 01.02.2026 à 22:12

En vrac de janvier 2026

Le coté sombre de l’IA

En théorie de l’automatisation, un “centaure” est une personne assistée par une machine. Le fait de conduire une voiture fait de vous un centaure, tout comme utiliser de l’autocomplétion (un logiciel qui finit vos phrases). Un centaure inversé est une tête de machine sur un corps humain, une personne qui sert d’appendice charnu à une machine qui le pilote. Par exemple, un chauffeur livreur Amazon, assis dans une camionnette bardée de caméras dopées à l’IA, est un centaure inversé. Ces machines suivent les mouvements de ses yeux, lui retirent des points s’il regarde dans une direction interdite, surveillent les mouvements de sa bouche car chanter au boulot lui est interdit et le dénoncent au chef s’il n’attend pas son quota de colis livrés. Le chauffeur est dans la camionnette parce que cette dernière ne peut pas se conduire seule et ne peut pas déposer le colis sur le pas de la porte. Le chauffeur est un périphérique de la camionnette, c’est elle qui pilote l’humain à une vitesse surhumaine, exigeant une endurance surhumaine. Bien sûr autant c’est sympa d’être un centaure, autant c’est horrible d’être un centaure inversé. Il y a plein d’outils IA qui nous font croire que nous sommes des centaures, mais mon avis est que ces outils sont créés et financés avec l’objectif de créer des centaures inversés, ce qu’aucun d’entre nous ne veut être.

IA et développement logiciel

  • Claude Cowork a été développé en 10 jours (presque) entièrement par une IA. L’article, probablement rédigé par une IA (gasp !) est très intéressant.
  • Un nouveau navigateur, créé à partir d’une page blanche, vient d’être publié sur Github : Fastrender. Sa particularité est d’avoir été créé à 100% par des agents IA dans le cadre d’une expérimentation menée par Anthropic. Soyons clair : le travail n’est pas du tout fini, mais c’est impressionnant de voir une équipe pilotant une IA arriver à faire quelque chose d’une telle ampleur. L’ami Simon Willison a interviewé le créateur de Fastrender : Wilson Lin on FastRender: a browser built by thousands of parallel agents ;
  • Claude Code 2.1 : L’entreprise à l’ère du « faire faire » logiciel;
  • Passionnant : comment le créateur de Claude Code (Boris Cherny, Anthropic), utilise son produit pour coder - The creator of Claude Code just revealed his workflow, and developers are losing their minds. Pour lire le fil Twitter mais sans se connecter, le voici dans ThreadReaderApp ;
  • Andrej Karpathy, ancien de Tesla et OpenAI sur comment il a changé son mode de développement en faveur du vibe coding(attention, c’est sur Twitter). Le même dans threadreader ou XCancel (pour éviter d’aller sur X.com). Quelqu’un en a fait des instruction pour Claude Code. Quelques apprentissages :
    • Il programme à 80 % en anglais en parlant à une IA (Claude Code) et 20% “pour de vrai” dans un IDE. C’est le plus gros changement dans ses habitudes en 20 ans d’expérience, il l’a fait en quelques semaines ;
    • L’IA fait encore des bêtises, et s’il y a des bouts de code auxquels vous tenez, ne les quittez pas des yeux dans un IDE. L’IA est souvent beaucoup trop verbeuse, donne des résultats en 1000 lignes, mais si on lui demande de réduire, peut revenir avec une version en 100 lignes. Elle peut supprimer des trucs importants même si ça n’a rien à voir avec ce qu’elle fait. À l’inverse, elle peut laisser des gros morceaux de code inutilisés.
    • La ténacité de l’IA est incroyable. Pas de fatigue, pas de perte de motivation, ça ne s’arrête jamais !
    • Gain de rapidité et donc possibilité d’aller plus vite, plus loin
    • Effet de levier. Ne dites pas à l’IA comment faire, donnez lui juste un critère de succès et lancez-le. Faites lui écrire des tests et demandez-lui de les passer.
    • Sympa. La partie pénible s’efface, et la partie créative reste. Mais d’autres vivent les choses différemment et regrettent de ne plus coder.
    • Atrophie. Il perd l’habitude d’écrire du code, mais continue sans problème à en relire.
    • Slopacolypse (apocalypse de la bouillie IA). 2026 risque fort d’être une année horrible où du code généré par IA de mauvaise qualité envahit le monde… et risque de polluer les LLM.
  • Sur le blog OCTO : L’IA introduit-elle une rupture dans les modèles d’affaires des ESN ?. En particulier, ce qui m’intéresse, c’est le 3.2 : reprise en main d’applications legacy. Je souris aussi en lisant Les vieux développeurs reviennent dans le “game”. La partie 5, Risques, est particulièrement bien fournie, par exemple 5.1 Laisser les juniors sur le bord du chemin,
  • Mettre en production des agents IA : établir les bases de la confiance par mon collègue Nicolas Cavallo
  • L’ami Pablo Pernot, concepteur de Ponos-Jobs, fait un bilan d’étape sur son développement d’un mini-clone de LinkedIn en solo avec une IA, et le rapport entre IA et Open-Source.
  • Quand le code devient une commodité : La montée des sociétés AI natives par Hugo Lassiège, co-foundateur et ex-CTO de Malt. Intéressant de comparer ce qui faisait l’avantage concurrentiel des entreprises du numérique au fil du temps. Au début (années 2000), c’était l’infra et le code propriétaire. Dans les années 2010, avec le Cloud et l’open source, c’était les développeurs qui faisaient la différence. À partir de 2025, avec l’IA, il y voit 4 choses : “La donnée, l’effet réseau, la confiance, la capacité de distribution” ;
  • The Enclosure feedback loop “or how LLMs sabotage existing programming practices by privatizing a public good”… “LLM companies are now selling back to us something that used to be available for free” ;
  • L’IA, au delà d’écrire du code, peut aussi aider à écrire du texte, on le savait. Mais j’ai trouvé l’article de Michael Wagner particulièrement intéressant : A Year of AI-Assisted Writing, en ce sens qu’il a créé un processus pour que l’IA l’aide à rédiger. C’est finalement assez proche des liens ci-dessus, sur la création d’un processus pour arriver à ce que l’IA produise du contenu de qualité dont on puisse se satisfaire de manière certaine.

Ego

Mobilité

  • Vélo en zone rurale : et si on transformait les petites routes en voies cyclables ? “En réaffectant à peine 1,8 % des petites routes, les communes rurales pourraient tisser un réseau cyclable « crédible », à moindres frais”.
  • Super film : Les Villes Cyclistes - Le film, en allemand sous-titré en français. Le premier chapitres porte sur Paris. Par la suite l’auteur (qui roule sur un vélo en bambou pour son tour d’Europe) part de Fribourg, rejoint Gent via Paris, puis Utrecht, Amsterdam, Groningen, Hambourg et Copenhague.
  • Google Maps now lets you access Gemini while walking and cycling. Et moi qui me demandait si le fait de pousser l’IA dans toutes les applis allait s’arrêter un jour. Ça n’est visiblement pas pour aujourd’hui ! Ça me rappelle cette plaisanterie : “Dans les années 1970 on s’est dit que l’amiante était un matériau génial, et donc il fallait en mettre partout…”
  • Tesla tue les Model S et Model X pour fabriquer des robots et les chiffres comptables sont exécrables ! “Un bénéfice net qui plonge de 46 % (3,8 milliards de dollars). Une part de marché mondiale perdue au profit du géant chinois BYD. Une marge opérationnelle qui s’écroule à 4,9 %, loin, très loin des 23 % de la grande époque. Mais le plus fascinant reste caché dans les lignes du bilan. Plus de la moitié du profit (52 %) ne vient pas de la vente de voitures, mais des crédits carbone. Bref, Tesla survit grâce aux constructeurs traditionnels qui polluent trop.”

Politique

Autonomie stratégique (autrefois souveraineté numérique)

Écologie

Complètement en vrac

EROOM

  • L’excellent Daniel Stendberg, ancien collègue de Mozilla est surtout connu pour être le créateur de cURL, logiciel libre intégré dans de nombreux produits. Daniel s’est posé la question de l’optimisation de cURL en particulier en termes d’utilisation de mémoire (quantité et nombre d’allocations). “curl and libcurl literally run in billions of installations and it is important for us that we keep memory use and allocation count to a minimum. It needs to run on small machines and it needs to be able to scale to large number of parallel connections without draining available resources. So yes, even in 2026 it is important to keep allocations small and as few as possible.”. J’aime son approche intégrant la performance (en termes de mémoire) aux tests : “In July 2025 we added a test case to curl’s test suite (3214) that simply checks the sizes of fifteen important structs. Each struct has a fixed upper limit which they may not surpass without causing the test to fail.”
  • S’il ne fallait qu’un seul exemple de la loi de Wirth, ça serait Windows. D’ailleurs, à une époque, on disait pour l’ilustrer “Ce qu’Intel vous donne, Microsoft vous le reprend”. Benchmarking Windows Against Itself, From Windows XP To Windows 11 (“comparons Windows contre lui même, de Windows XP à Windows 11”), avec une vidéo : Windows XP vs Vista vs 7 vs 8.1 vs 10 vs 11. Conclusion : Windows est une bouse, Microsoft frise l’incompétence intégrale et la pire version de Windows est la dernière en date, Windows 11, la même qu’on force les gens à utiliser ;
  • Voyage vers la robustesse, le livre blanc d’Infogreen Factory fait amplement référence à EROOM (principalement page 211). “Un Système d’Information robuste, ce n’est pas un SI qui va plus vite, c’est un SI qui résiste, s’adapte et consomme moins.”. Temesis en fait la recension : Vers une organisation robuste : que retenir du livre blanc « Voyage vers la robustesse » ? ;

Lectures

Ce que j’ai lu ces derniers temps, pour mémoire, et ce qui mérite d’être partagé.

  • Une très bonne hérétique de Becky Chambers. “Cinq nouvelles où cinq femmes sont chacune à une croisée des chemins”. Un petit recueil de cinq nouvelles de SF. Vraiment sympa si vous aimez Becky Chambers (l’autrice dont je parle souvent dans mes présentations EROOM, en particulier Un psaume pour les recyclés sauvages, qui aborde l’idée d’un ordinateur personnel qu’on garderait de 16 ans jusqu’au tombeau, principe repris dans Vélorutopia) ;
  • Préférence Système d’Ugo Bienvenu. Très touchant !
  • La bédé Les envahichieurs de Marc Dubuisson, dont je suis fan. Le pitch : 4 extra-terrestres viennent sur la Terre après que leur planète ait été détruite par ses habitants qui ont refusé de voir le problème écologique. Ils ont survécu et sont venus nous prévenir. Spoilert alerte : c’est pas gagné. Cela m’a fait penser à ma propre situation :-)
  • Acheté mais pas encore lu, la bédé Champs de bataille : L’Histoire enfouie du remembrement  ;
  • Politique des machines de Fred Turner (et dédicacé, SVP !), ou comment nous sommes passés de l’imaginaire californien d’un numérique émancipateur (au moins en apparence) à un numérique extractiviste ancré avec des valeurs texanes ;
  • Mamie Luger de Benoît Philippon. Attention, drôle de mélange ! C’est un genre de polar avec des dialogues façon Michel Audiard qui parle d’une vieille dame. Sauf qu’en fait c’est aussi un livre sur les violences sexuelles et sexistes. Je l’avais choisi au hasard, et c’est une bonne surprise.
  • Cabane d’Abel Quentin. Encore un OVNI : au début, ça raconte l’histoire des auteurs du fameux rapport Meadows sauf qu’ici ils ont des noms différents et sont à Berkeley et plus au MIT (on va pas chipoter sur 5000 km) et après on suit l’évolution des auteurs du rapport jusqu’à aujourd’hui. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils y ont tout laissé des plumes. Un roman qui fait réfléchir sur le fait que le monde court à a sa perte et refuse de voir l’évidence scientifique, et à quel point c’est difficile pour ceux qui ont étudié le sujet et ne sont pas écoutés. (Toute ressemblance avec ce que je vis est fortuite !)

Publié le 27.01.2026 à 11:44

Comment l'IA bouleverse le logiciel Libre

Copie d'écran de l'appli Ponos

Ce week-end, j’ai réalisé que le développement assisté par l’IA est en train de bouleverser l’Open Source bien plus que je ne le pensais.

Fan d’Open Source et de logiciel libre (on ne passe pas 17 ans sur le projet Mozilla comme ça), je vois un ami, Pablo Pernot développer seul avec une IA un réseau social professionnel, Ponos-Jobs, concurrent de LinkedIn.

J’ignore encore à quel point le projet sera un succès, mais je découvre qu’il est open source et que son auteur affirme “comme c’est codé par une IA, ça n’a pas d’importance”. Et ça m’intrigue bigrement !

Pour moi, un logiciel libre / Open source est intrinsèquement meilleur qu’un logiciel propriétaire, parce que le code est libre et ouvert, et que donc je suis beaucoup moins dépendant de son auteur.

Et là, pourquoi le fait que ça soit généré par IA fait que la nature open-source du projet n’importe plus ? Parce que l’IA, avec sa capacité à générer rapidement beaucoup de code, travaille très différemment des humains.

Une communauté d’humains qui écrit du code, c’est à la main, petit à petit, comme des maçons qui monteraient un mur brique par brique. Si un bout du logiciel est défectueux, alors on peut le changer, le remplacer, le corriger. Un humain qui n’aime pas telle ou telle fonctionnalité va remplir un rapport (une “issue”, en anglais) pour suggérer un changement. Et quelqu’un qui travaille déjà sur le projet va regarder cette “issue”, essayer de comprendre ce que veut la personne, si ça a du sens. L’auteur de “l’issue” peut aussi proposer un bout de code alternatif qui pourrait répondre à son besoin, façon “mets ce code à la place du tien, ça résout le problème”. C’est comme ça qu’on bâtit en même temps un logiciel de meilleure qualité et une communauté de contributeurs.

Mais avec l’IA, le changement est énorme : quelques lignes de “prompt” suffisent à lancer la machine qui va ignorer l’existant et réécrire tout un module. L’IA ne va pas changer une brique dans un mur, elle va faire un tout nouveau mur en béton. Qu’on jettera si nécessaire puisqu’il est si facile de refaire tout un mur avec l’IA.

Alors certes, on va plus vite, mais on ne construit plus de communauté. On efface l’essentiel des humains de l’équation. Reste juste le contributeur principal, tout seul. Mais augmenté par une IA.

Qu’arrivera-t-il quand il se lassera de ce projet ? Dans une communauté, on arrive à faire émerger des gens qui veulent reprendre le projet quand c’est nécessaire, mais là, avec l’IA, ce ne sera plus le cas.

Et vous, que pensez-vous de l’arrivée de l’IA dans les projets open source et de logiciels libres ?

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