rubrique «À LIRE AILLEURS»
Publié le 15.01.2026 à 08:00
Une loi dangereuse, qui tue de plus en plus
Une étude scientifique récente a montré que les personnes racisées ont 6 fois plus de risques d'être tuées par la police française que les autres citoyens. Au cœur des controverses, l'article L435-1 du Code de sécurité intérieure. Une seule solution : son abolition.

L'année 2024 constitue un triste record : 65 personnes ont été tuées par la police et la gendarmerie en France. Au fil du temps, les scandales se succèdent : Luis Bico, qui fut l'une des premières victimes de la funeste loi « Cazeneuve » ayant instauré un « permis de tuer » en 2017, Zyneb Redouane, tuée chez elle par une grenade lacrymogène, Nahel Merzouk, dont la mort a suscité un émoi national et même international, Mohamed Bendriss, tué par un tir de LBD, arme prétendument « non létale », et des tas d'affaires où même les noms des victimes resteront à jamais inconnus. À Flagrant déni, nous considérons que la multiplication des homicides policiers est notamment la conséquence d'une carence de la justice, qui s'abstient trop souvent de condamner les comportements policiers répréhensibles.
Un quart des homicides policiers échappe à l'IGPN
Or, en dehors de quelques affaires médiatiques, que sait-on sur le travail judiciaire effectué dans ces affaires ? Presque rien. On ne sait pas combien d'entre elles aboutissent à un simple classement sans suite décidé après quelques semaines d'enquête. On ne sait pas combien d'informations judiciaires sont ouvertes, ni quels services d'enquêtes sont saisis. Une première analyse effectuée par Flagrant déni a montré qu'un quart au moins des affaires échappent à l'IGPN ! Sur le plan juridique, c'est encore pire. À cause des très nombreux obstacles procéduraux, peu d'affaires montent les « degrés de juridiction » et parviennent jusqu'à la Cour de cassation. À cause notamment du secret de l'instruction, les décisions rendues ne sont quasiment jamais publiées, ce qui rend impossible toute analyse juridique. Cette analyse est pourtant nécessaire pour les victimes et leurs avocat·es, celles qui souhaitent se battre sur le terrain judiciaire.
Alliance vent debout contre un renvoi aux assises
Le mardi 3 juin 2025, le renvoi aux assises pour meurtre du policier responsable de la mort de Nahel Merzouk en juin 2023, a été annoncé par le tribunal de Nanterre. En mars dernier, cette qualification juridique de meurtre (c'est-à-dire d'homicide volontaire) avait fait bondir le syndicat Alliance. « C'est une première » avait dénoncé le secrétaire général du syndicat, qui critiquait « une réquisition inacceptable, un signal désastreux pour le monde policier ». Une « première » ? Vraiment pas.
En réalité, il faut remonter à… moins d'un an pour trouver une qualification similaire. Le 9 juin 2024, une policière abat Sullivan Chauvey, 19 ans, qui tentait de prendre la fuite à pied. À l'issue de sa garde à vue, la policière est mise en examen pour homicide volontaire. Mêmes qualifications pour les homicides policiers d'Alhoussein Camara en 2023, de Boubacar et Fadjigui tués sur le Pont-neuf à Paris en 2022, ou Olivio Gomes en 2020. Dans cette dernière affaire, c'est une cour d'appel qui a validé la qualification juridique de meurtre, qui justifie le renvoi du policier devant un jury populaire. Idem pour le gendarme qui avait tué Yannick Locatelli en Guadeloupe, en 2018 : il a quant à lui été condamné en appel à sept ans d'emprisonnement, pour meurtre, et a été écroué (une décision rarissime).
Deux fois plus de mises en cause de policiers pour meurtre après 2017
En réalité, en critiquant le travail de la justice sur des bases factuelles erronées, Alliance se trompe de cible. Car, d'après un recensement effectué par Flagrant déni, c'est bien plutôt la loi « Cazeneuve » de février 2017 qui semble être en cause. Cette loi a entraîné une explosion par 5 du nombre d'homicides policiers par balle, comme l'a encore dénoncé un Comité d'experts des Nations unies en avril dernier. Mais cette loi semble aussi avoir multiplié le risque pour les policiers d'être poursuivis pour meurtre. Après la loi, en huit ans, Flagrant déni compte dix affaires avec des poursuites pour meurtre (dont, on l'a vu, des mises en examen voire des renvoi vers des tribunaux ou des condamnations). Sur la période de huit ans précédent la loi (2008 – 2016), on ne compte que quatre affaires avec des poursuites sur cette qualification. Ce sont en outre quatre affaires dans lesquelles la justice a rapidement décidé de ne pas poursuivre les policiers, ou de les poursuivre pour d'autres qualifications.
D'autres syndicats critiquent la loi « Cazeneuve »
D'ailleurs, l'avocat de Florian M, le policier responsable de la mort de Nahel, a depuis longtemps des mots très durs sur la loi de 2017. Au moment de l'adoption du texte, Laurent-Franck Liénard avait dénoncé « une bombe à retardement » car « des citoyens [allaient, si elles étaient adoptées,] mourir pour un défaut de permis, et des policiers [iraient] en prison ». Une sinistre prédiction qui s'avère bien réelle. En mars dernier, d'autres syndicats policiers se sont à leur tour élevés contre l'imprécision et la dangerosité de la loi : « On ne peut pas travailler comme cela, on a besoin d'un cadre légal clair, net et précis. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas », affirmait le représentant de la CFTC. Si « la loi n'est pas adaptée » se questionnait Un1té, c'est « le vrai fond du sujet […], et dans ces cas-là […] nous aussi on attend de notre administration et du législateur de prévoir, de nous dire comment on doit travailler ».
Un nouveau texte de mai 2025 aggrave les risques de décès
En dépit de la gravité et de l'actualité du phénomène, les autorités françaises continuent de nier tout lien entre la loi de 2017 et la hausse du nombre de morts, parfois avec des arguments spécieux. Le gouvernement critique le manque de fiabilité des statistiques produites par les médias et la recherche, mais continue de ne pas en produire lui-même. En dépit de remontrances nationales et internationales répétées, il ne semble aucunement qu'il entende remédier au problème. Pire : en mai 2025, le ministre de l'Intérieur vient de modifier la doctrine en cas de refus d'obtempérer.
Désormais, la nouvelle instruction applicable aux policiers et gendarmes « vient notamment affirmer le principe général de la poursuite des véhicules en fuite ». Jusque-là, l'instruction en vigueur depuis 1999 limitait « les poursuites de véhicules » à des faits « d'une grande gravité », de manière générale aux crimes et délits contre les personnes. Désormais, « par principe, la poursuite des véhicules en fuite et refusant d'obtempérer aux injonctions de s'arrêter des policiers et des gendarmes doit être engagée ». Bien que l'instruction précise que la poursuite doit être menée avec « discernement », il y a tout lieu de penser que ce texte risque de renforcer la hausse du nombre de morts. D'ailleurs, l'un des syndicats policiers majoritaires n'a pas manqué de relever que des recours juridiques pourraient « se retourner » contre les policiers, et a demandé que cette instruction s'accompagne « d'une protection juridique ».
Les personnes racisées ont 6 fois plus de risques d'être tuées par la police française
Une recherche universitaire sans précédent, menée sur un échantillon exhaustif de victimes de l'usage excessif de la force meurtrière (toutes causes confondues) en France entre 1990 et 2016 a permis de mettre en évidence le profil type de ces victimes : des « jeunes hommes, étrangers, immigrés ou descendants de l'immigration postcoloniale issus des classes populaires ». En particulier, la recherche pointe « la très grande part des étrangers, immigrés et descendants d'immigrés parmi les victimes de faits policiers mortels, particulièrement l'immigration d'Afrique du Nord. En se concentrant seulement à partir des victimes dont on a une information sur l'origine migratoire, il est possible de déterminer que les étrangers, immigrés ou descendants d'immigrés ont 5,9 fois plus de risques d'être tués par les forces de l'ordre que les personnes sans lien avec l'immigration, au regard de leur part sur l'ensemble de la population sur le territoire français »

Quels sont les motifs récurrents des classements sans suite prononcés suite aux homicides policiers ? Sur quelle base juridique la justice considère-t-elle que les usages des armes par les policiers sont légaux, ou pas ? Nul ne le sait. C'est pour remédier à cette carence que Flagrant déni lance sa prochaine enquête « Tués par la police : que fait la justice ? ».
Mais pour ouvrir l'enquête « Tués par la police : que fait la justice ? », nous avons besoin de vous. Ce travail est attendu par les familles de victimes mais nous ne pouvons pas le mener à bien sans votre solidarité.

Publié le 12.01.2026 à 08:00
Les protestations en Iran assiégées par les ennemis intérieurs et extérieurs
À propos des soulèvements populaires récents, par le collectif Roja
Ce texte d'intervention a été écrit par le collectif Roja [1] le 4 janvier 2026, au sixième jour des protestations nationales en Iran. Depuis, beaucoup d'événements ont eu lieu – en particulier, la nuit historique du 8 janvier, au douzième jour du soulèvement. La journée a commencé par une grève générale des commerçants, notamment au Kurdistan, à l'appel de partis kurdes. La fermeture des boutiques a coïncidé avec des mobilisations de rue et des mobilisations étudiantes sur les campus à travers tout le pays. Les affrontements avec les forces de répression se sont étendus à des dizaines de villes, de la capitale aux provinces frontalières ; une organisation de défense des droits humains a compté ce jour-là des actions de protestation dans au moins 46 villes, réparties sur 21 provinces. À la tombée de la nuit, des images circulant sur les réseaux sociaux ont donné à voir des foules d'une ampleur sidérante, que le maintien de l'ordre ordinaire ne pouvait contenir : un peuple en lutte reprenant la rue comme son bien propre et, dans de nombreux endroits, repoussant la forces de sécurité. Pour beaucoup, cette atmosphère a ravivé la mémoire des mois précédant la Révolution de 1979.
Dans la soirée du 8 janvier, alors que l'appareil répressif de la République islamique vacillait et que la rue échappait à son emprise, le régime a mis en place une coupure quasi totale d'internet. Au moment où nous écrivons, le blackout se poursuit : il s'agit d'empêcher la coordination et la médiatisation des actions, de la répression et des tueries.
Dans le même temps, Trump a réitéré des menaces de représailles si la République islamique intensifiait les mises à mort, tout en – en partie seulement – prenant ses distances avec Reza Pahlavi : il a déclaré ne pas être sûr qu'une rencontre soit appropriée et « qu'il faudrait laisser tout le monde se lancer et voir ce qui en sort ». Cette fixation médiatique sur le « fils du Shah » obscurcit une autre perspective tout aussi réelle et centrale, qu'évoque ce texte : la possibilité d'un scénario vénézuélien, c'est-à-dire, une transition sous contrôle, se contentant d'une simple reconfiguration au sein du régime, ou dit autrement, un changement sans rupture.
I - Le cinquième soulèvement depuis 2017
Depuis le 28 décembre 2025, l'Iran connaît de nouveau une vague de vastes manifestations populaires. Dans les rues du pays, les cris de « Mort au dictateur » et « Mort à Khamenei » résonnent dans 222 lieux au moins, répartis dans 78 villes et 26 provinces [2]. Ces protestations ne visent pas seulement la pauvreté, la vie chère, l'inflation et la dépossession, mais l'ensemble d'un système politique pourri jusqu'à la moelle. La vie est devenue invivable pour la majorité de la population, en particulier pour la classe ouvrière, les femmes, les personnes queer et les minorités ethniques. L'effondrement brutal de la valeur du rial – surtout après la guerre de douze jours [3] – a contribué à détériorer les conditions de vie. Conjugué aux perturbations quotidiennes des services publics essentiels, comme l'électricité qui connaît des coupures répétées, à une crise environnementale sans précédent (pollution de l'air, sécheresse, déforestation et mauvaise gestion des ressources hydriques), ainsi qu'aux exécutions massives (au moins 2 063 personnes en 2025 [4], cette nouvelle crise a aggravé la situation et propagé dans la société un sentiment généralisé de vivre en sursis.
La crise de la reproduction sociale est au cœur des mobilisations actuelles, et leur horizon ultime est la reconquête de la vie.
Ce soulèvement constitue la cinquième vague d'une série de protestations amorcée avec ce qui a été qualifié de « révoltes du pain » en décembre 2017 (Dey 1396). Ces protestations sont montées en intensité avec l'explosion de la colère populaire face à la hausse du prix de l'essence et à l'injustice en novembre 2019 (Aban 1398), et se sont prolongées avec les révoltes de 2021 (1400), connues sous le nom de « soulèvement des assoiffé·es », impulsées par les minorités ethniques arabes. Cette vague a culminé avec le soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » en 2022 (1401) qui, à travers les luttes d'émancipation des femmes et les combats anticoloniaux des peuples opprimés, tels que les Kurdes et les Baloutches, a ouvert de nouveaux horizons. Le soulèvement de janvier 2026 (Dey 1404) marque le retour de la crise de la reproduction sociale, mais cette fois, dans un cadre plus radical et post-guerre.
Ces protestations prennent naissance dans des revendications matérielles. Mais avec une rapidité frappante, elles s'attaquent aux fondements mêmes du pouvoir politique et à l'oligarchie corrompue.
II - Un soulèvement assiégé par des menaces extérieures et intérieures
Les protestations en cours en Iran sont aujourd'hui encerclées de toutes parts par des menaces à la fois extérieures et intérieures.
Un jour seulement avant l'agression impérialiste des États-Unis contre le Venezuela, Donald Trump, sous couvert de « soutien aux manifestant·es », lançait cet avertissement : « Si l'Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue violemment, comme à son habitude, les États-Unis d'Amérique viendront à leur secours ». C'est là le vocabulaire bien connu de l'impérialisme, qui prétend « sauver des vies » pour justifier ses interventions militaires - en Irak comme en Libye. Les États-Unis poursuivent aujourd'hui encore sur cette voie : rien qu'en 2025, sept pays ont été la cible d'attaques militaires directes de leur part [5].
L'État génocidaire d'Israël, qui avait mené avec cynisme son offensive de douze jours contre l'Iran sous la bannière de « Femme, Vie, Liberté », s'adresse cette fois en persan aux manifestant·es sur les réseaux sociaux pour déclarer : « Nous sommes à vos côtés ». Toute honte bue, les monarchistes, allié·es iranien·nes du sionisme, se sont couvert·es d'infamie en assumant leur soutien à Israël durant la récente guerre [6] et tentent désormais – par une mise en scène sélective et une manipulation de la réalité – de se présenter à leurs maîtres occidentaux comme la seule alternative possible. Ils ont ainsi lancé une campagne en ligne pour tenter de s'approprier les protestations, en déformant, altérant et parfois en falsifiant les slogans de la rue ; une démarche qui révèle à la fois leur duplicité, leur volonté hégémonique, leur puissance médiatique, et surtout la faiblesse de leur ancrage réel à l'intérieur du pays. Ce courant, sous le slogan Make Iran Great Again, a salué l'intervention impérialiste de Trump au Venezuela, attend désormais l'enlèvement des dirigeants de la République islamique par des « sauveurs » américains et israéliens.
À ce paysage s'ajoutent les campistes se réclamant faussement de la gauche. Ces prétendus « anti-impérialistes » absolvent la dictature de la République islamique en lui prêtant, par pure imagination, un rôle anti-impérialiste. Ils remettent en cause la légitimité des protestations actuelles en affirmant que « se soulever dans les conditions présentes, c'est faire le jeu de l'impérialisme », ne percevant ce mouvement qu'à travers le prisme des conflits régionaux et comme un simple projet américano-israélien. Ce faisant, ils nient la subjectivité politique du peuple iranien et rendent la République islamique politiquement et discursivement intouchables, malgré les massacres et à la répression qu'elle inflige à sa propre population. « Enragés contre l'impérialisme », mais « terrifiés par la révolution » (pour reprendre la formule séminale d'Amir Parviz Puyan, théoricien communiste et guérillero révolutionnaire, tué en 1971 par le régime monarchique [7]), les campistes apportent une réponse réactionnaire à une dynamique réactionnaire. Ils vont jusqu'à nous dire de ne pas mentionner, dans l'espace international, les récentes protestations, les massacres et la répression qui ont lieu en Iran dans une langue autre que le persan, de peur de « fournir un prétexte » aux impérialistes. Comme s'il n'existait, hors de la langue persane, aucun peuple dans la région et dans le monde avec lequel partager un destin commun, des expériences, des liens et des solidarités de lutte. Pour eux, il n'existe pas de sujet politique en dehors des États occidentaux et des enjeux géopolitiques.
Face à ces ennemis, nous réaffirmons la légitimité de ces protestations, pour rappeler l'enchevêtrement des oppressions et la communauté de destin des luttes. Oui, la menace impérialiste contre les populations en Iran et le risque d'une intervention extérieure sont réels. Oui, la réaction monarchiste gagne du terrain au sein de l'opposition iranienne d'extrême droite. Mais tout aussi réels sont le mécontentement accumulé après plus de quatre décennies de répression, d'exploitation et de colonialisme intérieur exercés par l'État iranien contre ses propres peuples, et la révolte populaire de celles et ceux qui, depuis les profondeurs d'un enfer social, mettent leur vie en jeu pour survivre et lutter contre les forces de répression. Nous n'avons d'autre choix que d'affronter ces contradictions.
Nous n'avons pas le droit, au nom de la menace extérieure, de nier la violence exercée contre des millions de personnes en Iran ni de leur refuser le droit de s'y opposer.
Celles et ceux qui descendent dans la rue sont las des analyses abstraites, simplificatrices et paternalistes. Ils luttent au cœur même des contradictions : ils subissent à la fois les sanctions et le pillage de l'oligarchie intérieure ; ils craignent à la fois la guerre et la dictature domestique. Mais ils et elles ne sont pas paralysé·es par la peur. Ils et elles veulent être des sujets actifs de leur propre destin, et leur objectif, au moins depuis décembre 2017, n'est plus la réforme, mais la chute de l'ensemble du régime.
III - L'extension de la révolte
Les protestations, dont l'étincelle a été déclenchée par la chute vertigineuse du rial, ont d'abord émergé parmi les petits et grands commerçants de la capitale – en particulier dans les commerces de téléphonie mobile et d'informatique, mais elles ont rapidement englobé un spectre large et hétérogène, entraînant dans la rue des commerçants indépendants, des travailleurs salariés, des vendeurs ambulants, des porteurs et des employés de services. Par la suite, ce soulèvement s'est étendu avec rapidité des rues de Téhéran à plusieurs universités, puis à des villes – surtout petites – qui sont devenues récemment les principaux foyers de confrontation.
Les slogans ont dès le départ ciblé l'ensemble du système. La progression du mouvement dépend aujourd'hui plus que jamais de la volonté des classes populaires, des jeunes, des chômeurs, des populations excédentaires, des travailleurs précaires et des étudiant·es.
Certains ont rejeté les protestations récentes de manière simpliste sous prétexte qu'elles avaient commencé dans le bazar – souvent perçu comme un allié du régime et une symbole du capitalisme marchand – et les ont déconsidérées en les étiquetant de « petite-bourgeoises » ou « pro-gouvernementales ». Cette méfiance rappelle les réactions initiales au mouvement des « gilets jaunes » en France (2018). Parce que le mouvement émergeait en dehors de la classe ouvrière traditionnelle et des réseaux connus de la gauche, avec la présence d'éléments de droite ou de slogans incohérents, beaucoup avait hâtivement prédit que ce soulèvement glisserait vers une voie réactionnaire. Pourtant, le point de départ d'un soulèvement ne détermine ni son destin ni sa nature. L'étincelle initiale est souvent fortuite, et n'importe quel souffle peut rallumer les braises de luttes solidement ancrées dans le paysage politique iranien. De même, tout soulèvement peut évoluer vers une trajectoire éloignée de ses origines. L'expérience de Dey 1396 montre qu'un mouvement qui débute avec des forces conservatrices intégrées au système peut rapidement se transformer en une opposition généralisée à l'ensemble du régime. Avec les protestations récentes, l'étincelle a jailli du bazar mais s'est très vite propagée aux quartiers populaires urbains de Téhéran et à plusieurs provinces, notamment avec l'entrée en grève des travailleurs des marchés de fruits et légumes de Téhéran dès le cinquième jour.
IV – Les géographies de la révolte
Si le cœur battant du soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » en 2022 se trouvait dans des régions périphériques comme le Kurdistan et le Baloutchistan, les petites villes des provinces de l'ouest et du sud-ouest du pays sont aujourd'hui l'un des principaux foyers de tension : Hamedan, Lorestan, Kohguiluyeh et Bouyer-Ahmad, Kermanshah et Ilam. Les habitants lurs, bakhtiaris et lak de ces régions subissent de plein fouet les multiples crises imposées par la République islamique : outre la pression des sanctions, ils vivent dans l'ombre omniprésente de la guerre, de la répression et de l'exploitation généralisée, et subissent également l'oppression nationale et la destruction de leur environnement, notamment dans le Zagros. C'est dans cet espace marginalisé qu'a été exécuté Mojahid Korkor (manifestant lur) un jour avant l'attaque israélienne par la République islamique, et où Kian Pirfalak, un enfant de 9 ans, a été tué par balles par les forces de sécurité en 2022.
Contrairement au mouvement Jina qui dès le départ, s'était consciemment étendu sur les lignes de clivage, de genre, de sexualité et d'ethnicité, le conflit de classe est plus marqué dans les protestations actuelles. Jusqu'à présent leur expansion dépend davantage des masses populaires.
Au moment où nous écrivons ces lignes (4 janvier 2025), au moins 17 personnes ont été tuées par les forces répressives de la République islamique, avec des armes de guerre et des fusils à plomb, principalement des minorités ethniques lur (en particulier dans le Lorestan et le Chaharmahal-et-Bakhtiari) et kurdes (surtout à Ilam et Kermanshah). Des centaines de personnes ont été arrêtées (au moins 580, dont au moins 70 mineurs) et des dizaines ont été blessées. Plus le mouvement progresse, plus la violence policière s'intensifie : le septième jour, à Ilam, les forces de sécurité ont attaqué un hôpital pour arrêter les blessés, et à Birjand, elles ont pris d'assaut le dortoir universitaire des femmes. Le nombre de morts continue d'augmenter avec l'intensification des protestations, et il est certain que le chiffre réel dépasse celui officiellement communiqué.
La répartition de cette violence est inégale : la répression est plus sévère dans les petites villes, surtout dans les zones ethniquement minorisées. Les massacres sanglants à Malekshahi (Ilam) ou Jafarabad (Kermanshah) témoignent de cette différence structurelle dans l'oppression et la répression.
Le quatrième jour, le gouvernement a décrété, dans une action coordonnée, la fermeture des commerces et des bureaux dans 23 provinces, sous prétexte du « froid » ou de la « pénurie d'énergie ». Cette décision visait en réalité à briser la propagation du mouvement entre le bazar, l'université et la rue. Parallèlement, les cours a l'université ont massivement été dispensés en ligne pour rompre les liens entre les espaces de résistance.
V – L'impact de la guerre des douze jours
Le régime iranien, pour compenser l'autorité ébranlée par la guerre de douze jours, a de plus en plus recours à la violence. Les frappes massives d'Israël contre des sites militaires iraniens en juin 2025 ont renforcé la militarisation et la sécurisation de l'espace politique et social, notamment à travers le lancement d'une campagne raciste contre les migrant·es afghan·es et les citoyenn·es iranien·nes d'origine afghane. Alors que le gouvernement insistait de manière croissante sur la « sécurité nationale », il est lui-même devenu un acteur central de l'insécurité physique (avec une hausse sans précédent des exécutions), de la détérioration des conditions carcérale, et de l'insécurité économique (réduisant drastiquement le pouvoir d'achat des populations).
Du 24 juin 2025, date de la fin de la guerre de douze jours, jusqu'au soir où l'étincelle des protestations a jailli dans le bazar de téléphonie et d'informatique de Téhéran, le rial a perdu environ 40 % de sa valeur. Cette chute n'est pas le simple résultat de fluctuations « naturelles » du marché, mais la conséquence des sanctions et d'un transfert délibéré de la crise du haut vers le bas, par la manipulation de la monnaie nationale par la République islamique.
La guerre de douze jours, combinée à l'intensification des sanctions américaines et européennes et au déclenchement du mécanisme de snapback du Conseil de sécurité, a accru la pression sur la vente de pétrole, le secteur bancaire et financier, réduisant drastiquement les revenus en devises et le budget national - un coût supporté directement par les classes populaires et moyennes.
Nous condamnons sans réserve les sanctions. Il n'en reste pas moins qu'en Iran, elles ont conduit à une concentration toujours plus grande de la devise entre les mains d'une oligarchie militaro-sécuritaire, qui a intérêt à la poursuite des sanctions et au négoce opaque du pétrole. Les devises d'exportation sont pratiquement prises en otage et ne retournent à l'économie officielle qu'en périodes critiques, à des taux manipulés. Même lorsque la vente de pétrole augmente, les revenus, plutôt que de profiter à la vie quotidienne des populations, sont principalement captés par des entités quasi-gouvernementales et un « État parallèle », notamment le Corps des Gardiens de la Révolution.
Dans ce contexte, le gouvernement, pour compenser le déficit budgétaire lié à la baisse des revenus et au non-retour des devises, a supprimé les aides sociales et mis en œuvre des politiques d'austérité. La chute soudaine du rial devient ainsi un outil qui facilite le retour des devises captives et augmente immédiatement les ressources monétaires de l'État, qui est lui-même le plus grand détenteur de dollars. Résultat : une extraction directe des ressources des classes populaires et moyennes, et un transfert des bénéfices du contournement des sanctions et des rentes de change vers une petite minorité. Ce processus aggrave les inégalités sociales et l'instabilité économique et favorise l'explosion de la colère sociale.
La chute de la monnaie nationale doit ainsi être comprise comme un pillage organisé par l'État, dans le contexte d'une économie affectée par la guerre et les sanctions : il s'agit d'une manipulation délibérée du taux de change pour enrichir les réseaux de courtiers liés à l'oligarchie au pouvoir, afin de remplir les coffres d'un État qui a fait de la politique néolibérale de libéralisation des prix un dogme sacré.
Or, les campistes se réclamant de la gauche insistent unilatéralement sur le rôle des sanctions et de l'hégémonie du dollar, présentant les sanctions américaines comme seule cause et racine de la crise actuelle. Ils ignorent ainsi le rôle du gouvernement et de l'oligarchie au pouvoir dans la reproduction de cette situation. De leur côté, les campistes de droite, souvent partisans de l'impérialisme occidental, rendent exclusivement la République islamique responsable de la situation actuelle, niant les effets destructeurs des sanctions.
Ces positions se reflètent mutuellement et chaque camp a des intérêts évidents à les adopter. En réponse au campistes de droites, il est nécessaire de rappeler l'entrelacement des processus d'exploitation et de pillage locaux et globaux. Aux campistes dits de gauche, nous rappelons que s'il est vrai que les sanctions affectent sérieusement la vie des populations – pénurie de médicaments et de pièces industrielles, hausse du chômage, usure psychologique – cela touche uniquement les populations, et non l'oligarchie sécuritaire-militaire, qui amasse d'énormes richesses via le contrôle des réseaux non officiels de change et de pétrole.
VI – Les contradictions
Dans la rue, on entend des slogans contradictoires : certains réclament la chute de la République islamique, d'autres expriment une nostalgie pour la monarchie. Dans le même temps, les étudiant·es scandent des slogans ciblant à la fois le despotisme du régime et l'autocratie monarchique.
La présence de slogans en faveur du retour du shah résulte à la fois de contradictions réelles et de la distorsion de la réalité par les médias de droite, en particulier Iran International [8], devenu la plateforme de propagande du sionisme et des monarchistes, et qui reçoit, dit-on, un budget annuel de 250 millions de dollars de la part de proches du gouvernement saoudien et israélien [9].
Au cours de la dernière décennie, le territoire iranien a été le théâtre d'un conflit entre deux visions politico-sociales distinctes, chacune ayant développé son propre mode d'organisation contre la République islamique.
D'une côté, une organisation sociale concrète, centrée sur les lignes de clivage de classe, de genre, de sexualité et d'ethnicité, qui a trouvé son expression la plus frappante dans les réseaux interconnectés tissés lors du soulèvement de Jina en 2022, s'étendant de la prison d'Evin à la diaspora. C'est ainsi une unité sans précédent entre des forces diverses qui s'est donnée à voir, allant des femmes aux minorités ethniques kurdes et baloutches, toutes et tous s'opposant à la dictature en défendant un horizon féministe et anti-colonial.
De l'autre, une mobilisation populiste, qui sous le label « révolution nationale », vise à former une masse homogène de citoyen·nes atomisé·es via les chaînes satellitaires. Ce projet, soutenu par Israël et l'Arabie Saoudite, cherche à créer un corps dont la tête – le fils du shah déchu – interviendrait ensuite de l'extérieur avec un appui militaire. Les monarchistes, s'appuyant sur de puissants médias, ont orienté l'opinion publique vers un nationalisme extrême et raciste, contribuant à creuser les fractures ethniques et divisant l'imaginaire politique des Iranien·nes.
La progression de ce courant n'est pas le signe d'une supposée « arriération » du peuple, mais résulte de l'absence d'un large réseau d'organisations de gauche et d'une force de frappe médiatique trop faible pour créer un contre-discours hégémonique. Cette lacune, parfois produite par la répression et le silence imposé, a laissé le champ libre à ce populisme réactionnaire. Sans un récit puissant de la part des forces de gauche, démocratiques et non-nationalistes, même des slogans universels comme liberté, justice ou droits des femmes peuvent être détournés par les monarchistes, qui masquent leur nature autoritaire derrière un vernis progressiste. Il arrive même que les monarchistes manipulent un vocabulaire à connotation socialiste – c'est que l'extrême-droite envahit également le terrain de l'économie politique.
Avec l'intensification des antagonismes contre la République islamique, les tensions entre ces deux visions du monde se sont accentuées. Aujourd'hui, le fossé qui les sépare est visible dans la répartition géographique des slogans protestataires. Le projet de « retour du Pahlavi » représente un horizon patriarcal fondé sur l'ethno-nationalisme perse et une orientation profondément conservatrice. Là où des réseaux de mobilisation ouvrière et féministe se sont développés, notamment dans les universités et dans les régions kurdes, arabes, baloutches, turkmènes et turques, les slogans pro-monarchie sont rarement présents et souvent accueillis négativement. Cette situation a conduit à des interprétations erronées du mouvement récent, qui est confronté au désintérêt si ce n'est au boycott de certaines forces politiques.
VII – L'horizon
L'Iran traverse un moment décisif. La République islamique se trouve à l'un de ses points les plus faibles de son histoire, en raison à la fois des soulèvements répétés à l'intérieur du pays et des pressions internationales, notamment après le 7 octobre et l'affaiblissement du soi-disant « axe de résistance ». L'avenir de ce soulèvement reste incertain, mais l'ampleur du mécontentement laisse présager que de nouvelles vagues de protestation peuvent surgir à tout moment. Bien que réprimées, les manifestations se poursuivent. Dans ce contexte, toute intervention militaire ou impérialiste affaiblirait les luttes actuelles et donnerait plus de latitude à la République islamique pour accentuer sa brutalité contre les mouvements populaires.
Au cours de la dernière décennie, la société iranienne a reconstruit l'action collective politique par le « bas ». Du Baloutchistan et du Kurdistan lors du soulèvement Jina, aux petites villes du Lorestan et d'Ispahan dans la vague actuelle, des grèves générales des enseignant·es et des travailleuses et des travailleurs aux manifestations des infirmières et des retraité·es, l'action politique, en l'absence de représentation officielle, s'est déplacée dans la rue, vers les comités de grève et les réseaux locaux informels. Ces actions, bien que réprimées avec violence, restent vivantes dans la société et peuvent à tout moment contribuer à créer une force politique. Ce qui déterminera la durée et l'orientation de ce mouvement, ce n'est pas seulement l'accumulation de colère, mais la possibilité de construire un horizon politique indépendant et alternatif.
Cependant, les luttes pour l'émancipation en Iran sont confrontées à deux menaces parallèles : d'un côté, le risque d'appropriation ou de marginalisation par des forces de droite exilées, utilisant la souffrance du peuple pour justifier les sanctions, la guerre ou l'intervention militaire. D'un autre côté, certains segments de l'oligarchie au pouvoir (militaro-sécuritaire ou réformiste) qui, en coulisses, cherchent à se présenter comme l'option la « plus rationnelle, la moins coûteuse et la plus fiable » à l'Occident – une alternative issue du régime pour le réarranger sans rompre avec le système de domination, à l'image de ce que Trump tentait au Venezuela [10] : contraindre une partie du pouvoir à céder, sans qu'aucune transformation structurelle n'ait lieu. Cette stratégie froide vise à maîtriser la colère sociale, apaiser les tensions avec les puissances mondiales et garantir la continuité d'un ordre qui prive les peuples de leur droit à l'autodétermination.
Face à ces deux courants, la renaissance d'une politique internationaliste de libération est une plus nécessaire que jamais. Cette perspective politique n'est pas simplement une « troisième voie » abstraite, mais un effort pour placer les luttes populaires au centre de l'analyse et de l'action : une organisation par la base plutôt que des scénarios écrits par des dirigeants autoproclamés et de fausses oppositions fabriquées de l'extérieur. Aujourd'hui, l'internationalisme signifie reconnaître le droit à l'autodétermination des peuples tout en combattant toutes les formes de domination, intérieures comme extérieures. Un tel bloc, pour prendre corps, doit s'appuyer sur les expériences vécues, une solidarité concrète et des ressources indépendantes.
Cela implique la participation active des forces de gauche, féministes, anti-coloniales et démocratiques pour une organisation de classe large au sein de la vague de protestations, afin de reconquérir la vie et créer des horizons alternatifs de reproduction sociale. Cette organisation doit également se situer dans la continuité des luttes précédentes, notamment le mouvement « Jin, Jiyan, Azadî », qui a traversé l'Iran en 2022 et qui conserve un potentiel libérateur pour neutraliser simultanément le discours de la République islamique, des monarchistes et des Gardiens de la Révolution, ainsi que des anciens réformistes rêvant d'une transition contrôlée et à une intégration dans les circuits d'accumulation américaine et israélienne dans la région.
La diaspora iranienne se trouve également à un moment particulièrement crucial : elle peut jouer un rôle dans la redéfinition d'une politique libératrice, ou, au contraire, contribuer à reproduire le dualisme épuisé de la « tyrannie interne » contre l'« intervention extérieure », perpétuant ainsi le statu-quo politique. Dans ce contexte, il est nécessaire que les acteurs de la diaspora œuvrent à la construction d'un véritable bloc politique internationaliste, capable de se démarquer clairement à la fois du despotisme intérieur et de la domination impérialiste. Cette position lie l'opposition à l'intervention impérialiste à une rupture explicite avec la République islamique et refuse toute justification de la répression au nom de la lutte contre un ennemi extérieur.
Roja
[1] Roja est un collectif indépendant, de gauche et féministe, basé à Paris. Ce collectif est composé de militante·s issue·s de différentes peuple du territoire iranien : kurdes, hazaras, perses, etc. Notre collectif agit en lien avec les mouvements sociaux en Iran et au Moyen-Orient, mais aussi au sein des luttes qui se déploient à Paris, en résonance avec les mouvements internationalistes, notamment en soutien à la Palestine. Le nom « Roja » s'inspire des significations de plusieurs mots proches dans différentes langues : en espagnol, roja signifie « rouge » ; en kurde, roj renvoie à la « lumière » et au « jour » ; en mazandarani, roja désigne « l'étoile du matin » ou « Vénus », l'un des astres les plus brillants.
[3] https://crimethinc.com/2025/06/23/women-life-freedom-against-the-war-a-statement-against-genocidal-israel-and-the-repressive-islamic-republic
Publié le 08.01.2026 à 08:00
Présentation d'un nouveau collectif grenoblois, l'ARRAG (Association des Refusants et Refusantes À la Guerre).
La guerre.
On l'avait oubliée celle-là. On savait qu'elle n'avait jamais vraiment disparu, qu'elle trainait par ci par là, surtout dans des pays dits pauvres (et lointains) . Mais elle était loin de nous, juste des images au journal. Et puis on avait tellement à faire avec toutes les autres merdes afférentes à notre société. Le capitalisme et ses joyeusetés, injustices à tous les étages, fuite en avant technologique, aliénations diverses, écocides, génocides...
Bref, on avait oublié. Que la guerre fait partie intégrante de la panoplie des « solutions » du capitalisme pour se renouveler, qu'elle en est l'une des roues de secours, de celles que les États peuvent déployer quand le business as usual ne suffit plus.
Et voilà. Elle est revenue au pied de nos vies. Chez les politicards, dans les médias, partout, elle est dans les bouches. Économie de guerre, réarmement démographique, records de ventes et achats d'armes, marseillaise et patriotisme, demande de sacrifices, service national ( volontaire jusqu'a quand ? ), etc.
On connaît la chanson, elle a souvent été servie dans le passé. On sait que le rouleau compresseur de la propagande est parti et ne s'arrêtera plus.
Alors on prend les devants. L'ARRAG veut s'atteler à redire des choses qu'on pensaient évidentes et qui le sont de moins en moins. Oui les États et les industries ont des intérêts ( stratégiques et financiers) à mettre la guerre en avant. Non, la population n'a aucune raison de soutenir ces intérêts. Face a cette propagande massive, il est urgent de porter un discours sur la guerre, l'armée, le nationalisme et tout ce qui va avec, d'aiguiser notre esprit critique.
On espère faire « boule de neige », que partout se créent des collectifs et associations similaires, qui portent une autre parole face à la lèpre de la militarisation, de l'autoritarisme, de l'obéissance, du patriotisme et de la peur.
.lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }Publié le 01.01.2026 à 08:00
Réponse à la « pétition » de la gauche pro-guerre
« Une déclaration de soutien à Solidarity Collectives et ABC-Belarus a été publiée sur Internet, signée par plusieurs groupes et individus. Nous publions notre réponse, qui n'est toutefois pas un dialogue avec ces partisans ouverts et cachés du militarisme. D'un point de vue anarchiste, la résistance aux politiques agressives d'un État (par exemple, la Russie) ne devrait pas être un service pratique pour la défense d'un autre État (par exemple, l'Ukraine). Nous soutenons la résistance autonome contre le poutinisme et l'impérialisme russe, mais aussi contre le régime Zelenski et l'impérialisme de l'UE/OTAN. Il s'agit de la résistance anarchiste contre la guerre. »
de.indymedia.org 25 décembre 2025
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Une déclaration de soutien à Solidarity Collectives et ABC-Belarus a été publiée sur Internet [1], signée par plusieurs groupes et individus. Nous publions notre réponse, qui n'est toutefois pas un dialogue avec ces partisans ouverts et cachés du militarisme. Nous voulons simplement partager notre analyse publiquement et renforcer les liens entre les personnes ayant une perspective antimilitariste et défaitiste révolutionnaire.
La déclaration à laquelle nous répondons a été rédigée par des partisans de la guerre, qui reproduisent à cette fin un récit binaire : les anarchistes d'Europe de l'Est, empathiques et solidaires, contre les anarchistes d'Europe occidentale, arrogants et peu solidaires. Ce récit est faux et manipulateur. Ceux qui partagent ce récit refusent de reconnaître que la critique des projets pro-guerre tels que Solidarity Collectives et ABC-Belarus existe également au sein du milieu anarchiste en Europe de l'Est. Les signataires de la déclaration ignorent cette tendance antimilitariste dans leur récit ou mentent lorsqu'ils affirment qu'il s'agit de Poutinistes ou de propagandistes pro-russes. Ils affirment à profusion que la « voix de l'Europe de l'Est » est ignorée en Europe occidentale, alors qu'eux-mêmes ignorent les voix antimilitaristes et anti-guerre des régions d'Europe de l'Est. Il convient d'ajouter que ces voix ignorées proviennent également d'un nombre relativement important de personnes provenant directement de la zone de guerre. Nous entendons par là non seulement les collectifs anarchistes, mais aussi d'autres personnes issues de la classe ouvrière qui refusent de soutenir les efforts de guerre de « leur » État et des États voisins. Voyons combien de personnes ont déserté les armées russe et ukrainienne et combien de personnes dans les deux pays échappent à la mobilisation [9]. Des groupes tels que Solidarity Collectives et ABC-Belarus se discréditent en déclarant publiquement qu'ils entretiennent des contacts avec ces personnes controversées. S'ils s'inquiètent du fait que les anarchistes ne veulent pas coopérer avec eux, c'est en réalité un signe positif. Alors que les partisans de gauche du militarisme perdent du terrain, la tendance anarchiste révolutionnaire gagne en énergie.
- Des anarchistes d'Europe centrale, d'Europe de l'Est et des Balkans anarchist_voices [a] riseup.net
[1] https://www.solidaritycollectives.org/en/on-silencing-voices-from-eastern-europe-at-anarchist-events-in-eu/
[2] « Environ 250.000 conscrits ont quitté la Russie pour éviter d'être contraints de combattre pendant la guerre, et plus de 300.000 ont fui l'Ukraine. De plus, rien qu'en 2024, le ministère russe de la Guerre a enregistré 50.500 cas de désertion et d'abandon non autorisé d'une unité dans une armée en guerre. » https://antimilitarismus.noblogs.org/post/2025/11/22/interview-with-anarcho-syndicalists-from-russia-on-mobilization-and-repression/
« La députée pro-présidentielle Mariana Bezuhla a déclaré le 11 octobre que le nombre de personnes ayant fui l'armée ukrainienne était égal au nombre total de personnes qui s'y trouvaient avant l'invasion russe à grande échelle en 2022. Quelques jours plus tard, des statistiques sur la criminalité ont été publiées, montrant que deux fois plus de militaires avaient déserté cette année que pendant les deux premières années et demie de la guerre. Au total, près de 290.000 procédures pénales pour abandon de poste [SZCh] et désertion ont été ouvertes pendant la guerre. De janvier 2022 à septembre 2024, près de 90.000 procédures ont été enregistrées. Cela signifie que rien que l'année dernière, 200.000 affaires supplémentaires ont été ouvertes. Il est important de souligner que nous ne parlons pas du nombre de personnes en fuite, mais uniquement du nombre d'affaires pénales enregistrées. » https://libcom.org/article/ukraine-sporadic-resistance-war-first-hotbeds-collective-struggle
[3] - Nous réfutons les mensonges répandus sur l'AMI https://antimilitarismus.noblogs.org/post/2024/05/22/nous-refutons-les-mensonges-repandus-sur-lami/
[Konvulsismo] De Vinnytsia à Berlin https://www.autistici.org/tridnivalka/konvulsismo-de-vinnytsia-a-berlin/ Клевета Дубовика против КРАС : еще больше вранья, чем казалось https://aitrus.info/node/6243 Response from the so-called ‘anarcho-putinists', from some participants from the Prague anti-war congress, May 2024 https://libcom.org/article/response-so-called-anarcho-putinists-some-participants-prague-anti-war-congress-may-2024[4] - Sur les « anarchistes » qui oublient les principes. Déclaration approuvée lors d'un référendum parmi les membres du KRAS-AIT https://www.leftcommunism.org/spip.php?article494
Za bezpečný prostor bez práskačů a jejich kompliců https://antimilitarismus.noblogs.org/post/2024/11/05/za-bezpecny-prostor-bez-praskacu-a-jejich-komplicu/[5] - Attack against an anarchist militant https://pocketedition.noblogs.org/post/2025/06/07/atack-against-an-anarchist-militant/
Je ne me laisserai pas intimider https://lukasborl.noblogs.org/je-ne-me-laisserai-pas-intimider/[6] - Proč nebude stánek AMI na anarchistickém bookfairu v Brně https://antimilitarismus.noblogs.org/post/2023/10/18/proc-nebude-stanek-ami-na-anarchistickem-bookfairu-v-brne/
[7] - Make Tattoo Not War is canceled // Akce Make Tattoo Not War je zrušena https://actionweek.noblogs.org/post/2024/05/10/akce-make-tattoo-not-war-je-zrusena-make-tattoo-not-war-is-canceled/
La gauche du capital sabote le mouvement anarchiste : défendons-nous ! https://antimilitarismus.noblogs.org/post/2024/06/14/la-gauche-du-capital-sabote-le-mouvement-anarchiste-defendons-nous/[8] - Collaboration of pro-war anarchists with the far-right. Masks are off, or the fail of the “anti-authoritarian resistance” myth https://libcom.org/article/collaboration-pro-war-anarchists-far-right-masks-are-or-fail-anti-authoritarian-resistance
Is national dictatorship the goal of unbreakable anarchists ? https://antimilitarismus.noblogs.org/post/2025/04/30/is-national-dictatorship-the-goal-of-unbreakable-anarchists/ Myths and the truth about the enemies of our enemies https://lukasborl.noblogs.org/myths-and-the-truth-about-the-enemies-of-our-enemies/[9] - Voici quelques images tournées par le chef d'une manifestation à Bruxelles, coorganisée par l'un des signataires officiels de cet appel, le Collectif anarchiste d'Anvers (Belgique) :
En anglais, les slogans scandés pendant la manifestation étaient « Gloire à la nation ! Mort à ses ennemis ! » et « L'Ukraine avant tout ! » (inspiré du Deutschland über alles). Oui, on peut vraiment se demander pourquoi ces groupes ont tant de mal à diffuser leurs idées lors d'événements anarchistes…
Publié le 24.12.2025 à 08:00
Les désertions continuent sur les fronts de la guerre entre la Russie et l'Ukraine
Bien que la désertion massive de personnel des forces armées ukrainiennes soit déjà devenue l'un des plus grands actes de désobéissance civile de l'histoire du pays depuis 1991, les médias étrangers restent presque totalement silencieux sur le sujet.
Depuis la fin de l'année dernière, le nombre de poursuites pénales au titre des articles 407 (abandon non autorisé d'une unité militaire, ou SZCh) et 408 (désertion) du Code pénal ukrainien est resté stable, à environ 17 000 par mois. Au cours des huit premiers mois de 2025, 142 711 procédures pénales ont été enregistrées au titre de ces articles, et depuis le début de l'invasion à grande échelle [24 février 2022], au 1er septembre 2025, un total de 265 843 affaires ont été enregistrées en Ukraine.
Afin de réduire au moins dans une certaine mesure ce flux, le Parlement ukrainien a approuvé le 4 septembre en première lecture le projet de loi n° 13260, rétablissant la responsabilité pénale des déserteurs militaires. Auparavant, il était possible d'échapper aux poursuites en retournant volontairement au service militaire. Cette disposition a été prolongée à plusieurs reprises jusqu'à son expiration le 30 août 2025. Le projet de loi propose désormais de supprimer la capacité pour le tribunal d'appliquer des mesures visant à atténuer la peine. Dans son interview accordée en septembre à Sky News, le Boucher suprême a déclaré que l'Ukraine n'envoyait plus son personnel militaire se former à l'étranger, où tant de soldats ont disparu des camps d'entraînement et ont bénéficié d'une protection.
La nature de ce phénomène est révélée par des témoignages vérifiés, publiés en exclusivité par Assembly cet été. Voici le témoignage de la région de Vinnytsia sur l'envoi d'anciens membres du SZCh envoyés dans des unités d'assaut, c'est-à-dire vers une mort certaine :
« Eh bien, chers amis et frères d'infortune, je me retrouve pour la deuxième fois dans cet enfer. Cette fois, [ils m'ont attrapé alors que] je ne faisais pas une randonnée [pour traverser la frontière], mais simplement dans la rue. Les flics m'ont poursuivi, m'ont coupé la route, puis m'ont emmené au Military Law-Enforcement Service [Police militaire]. Ça ne m'est pas arrivé parce que je menais la belle vie ; j'allais au travail et je me suis fait prendre. Et puis ça a été un véritable enfer, il n'y a pas d'autre façon de le décrire. Ils nous ont traités pire que des animaux, fumer n'était autorisé que sous surveillance et à des heures strictes, il n'y avait ni téléphone, ni possibilité d'appeler, etc. Je ne parlerai pas de la nourriture ou de l'hébergement, même si je ne peux pas dire que j'ai vraiment crevé de faim.
Puis un matin, des représentants [de l'armée] sont arrivés, ont parlé avec éloquence et nous ont invité à servir la patrie. Presque tout le monde a refusé. Puis un bus est arrivé et [ils nous ont emmené] au centre de dispatchin.
Des baraquements, des gardes armées de fusils automatiques tout autour du périmètre, plusieurs personnes à la fois vont au magasin sous bonne garde, à nouveau des représentants [de l'armée], et vous refusez, mais ils vous emmènent quand même et vous envoient dans les baraquements pour attendre votre transfert.
Les formations ont lieu presque toutes les deux heures, et tu attends, le cul serré, que ta brigade soit appelée, dans l'espoir de rester un jour de plus à la caserne et enfin sortir de ce pétrin.
Il y a d'autres gars autour de toi, les yeux qui scrutent dans toutes les directions, cherchant une issue tout comme toi, mais plus tu traînes dans l'enceinte, plus cet espoir s'estompe…
Tout le monde comprend parfaitement que toutes les brigades auxquelles il a été affecté sont des forces d'assaut aéroportées, et que vous n'avez probablement plus longtemps à vivre. Comme l'a dit l'un d'eux : « Les gars, vous n'aurez pas de formation militaire de base ; trois ou quatre jours maximum pour vous préparer, et après, vous partez. »
Je ne sais pas comment le décrire en un mot. J'ai entendu tellement d'histoires sur ce qui se passe sur le front, c'est tout simplement horrible… Je me suis échappé, miraculeusement échappé ! Je ne vous dirai pas comment, je dirai juste que c'était incroyablement osé et stupide, mais ça a marché. J'ai juste réalisé que je n'avais pas d'autre choix et que je devais prendre le risque. Je n'ai pas rejoins l'unité militaire 7020 [un bataillon de réserve du district de Gaisyn], j'étais dans le village de Rakhny. On ne peut pas s'enfuir de là comme ça, sauf en essayant la nuit. Les choses ont un peu changé ces derniers temps. Avant, disaient les enfants, on pouvait appeler un taxi, aller au magasin et partir.
Tous ceux qui étaient là-bas étaient SZCh. Le gars a essayé d'y aller, mais ils l'ont envoyé au 225e [Régiment d'assaut]. J'ai refusé partout ; ils m'ont littéralement traîné par la main. Ce que je veux dire à ceux qui sont déjà dans le SZCh : les gars, ne prenez pas de risques inutiles. On ne sait jamais où l'on va se retrouver la deuxième fois ni comment ça pourrait finir. Paix et plein de bonnes choses à tous. Tôt ou tard, tout cela finira. Bien sûr, j'aimerais que cela soit le plus tôt possible.
Le sort des fugitifs qui ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de franchir la frontière après s'être échappés est particulièrement tragique. Cet interlocuteur d'Odessa a été capturé cet été juste à la frontière avec la République moldave de Transnistrie, non reconnue, où, deux mois plus tard, un garde-frontière ukrainien a abattu un réfugié civil :
Là où j'étais, il y avait une clôture qui m'arrivait à la taille, puis une clôture de barbelés, et au-delà, un fossé. J'ai simplement sauté par-dessus la première. La clôture était grillagée, avec des barbelés à hauteur de taille et sur le dessus. Je l'ai simplement escaladée, sans rien jeter d'en haut. J'ai attrapé le support supérieur avec ma main, j'ai marché sur les barbelés qui m'arrivaient à la taille, j'ai grimpé, puis j'ai sauté par-dessus.
Les gardes-frontières étaient même surpris que la clôture ne soit pas endommagée. Il me suffisait de sortir du fossé pour être libre, mais ils m'ont vu et m'ont sorti de là. J'ai eu la malchance de me retrouver à une cinquantaine de mètres de l'endroit où ils étaient postés. J'étais en train de sauter par-dessus la clôture, ils m'ont entendu, ont crié « Stop ! », j'ai couru et je suis tombé dans un fossé d'environ cinq mètres de haut et six mètres de large. Résultat : une côte cassée ou fêlée.
Je n'étais pas à l'hôpital, donc je n'en suis pas sûr. Ils m'ont emmené à la Police militaire, où j'ai passé trois jours. Lorsque j'ai été emmené chez l'enquêteur, je me suis échappé et je me remets maintenant chez moi pour la prochaine tentative.
Un fugitif mobilisé vivant à Kharkiv parle avec éloquence de la situation sociale des nouvelles recrues de l'armée :
C'est très dur pour les sans-abri maintenant ; les bureaux de recrutement militaire les raflent presque tous, spécifiquement… J'ai moi-même voyagé récemment en minibus. Il y avait deux toxicomanes, deux sans-abri, un homme pauvre et un autre qui parlait tout seul. En gros, si j'ai bien compris, c'est parce qu'ils essaient de les rafler dans des endroits peu fréquentés, tôt le matin, dans des cours, derrière des garages, etc. Et c'est comme ça qu'ils rassemblent ce contingent. C'est un véritable zoo, et là dedans, les sans-abri sont les plus normaux. Le recrutement, bien sûr, est incroyable ; on sent vraiment la victoire toute proche...
Il y a un an, ils laissaient partir les gens s'ils voyaient le moindre problème. Mais maintenant, ils raflent tout le monde ; seuls les personnes problématiques restent. Il n'y a plus de combattants volontaires ; tout ne tient qu'à un fil et peut s'effondrer à tout moment, même si l'acteur [Zelensky] et sa bande ne le comprennent pas. […] Il ne reste plus que quelques-uns de ceux qui combattent depuis 2022. Tout le monde cherche un moyen de quitter le service, sous n'importe quel prétexte : il y a 200 000 hommes SZCh.
Les plus jeunes, ceux qui ont encore des bras et des jambes, fuient. Ceux qui restent sont les pauvres et les sans-abri, souffrant de nombreuses maladies. Ils sont notre seul espoir, mais quelque chose me dit que vous ne tiendrez pas longtemps à les combattre. Ils sont démotivés ; c'est juste plus difficile pour un sans-abri de s'échapper ; ils n'ont nulle part où aller et ont peur. Alors ils restent. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est boire pendant leur permission. Malheureusement, les sans-abri sont souvent envoyés dans de sales unités, d'où il est tout simplement plus difficile de s'échapper. »
L'histoire suivante, racontée par un travailleur d'un entrepôt de Kharkiv à propos de son camarade qui est revenu dans la ville l'année dernière après avoir quitté le front de Zaporozhye avec toute sa compagnie et son commandant, illustre également comment la dispersion et la passivité des soldats ukrainiens déserteurs les empêchent de développer leur potentiel révolutionnaire, malgré leur nombre considérable et leur expérience du combat :
Il a été « busifié » [embarqué dans la rue, enrôlé de force et envoyé au front] en 2023. Il y est resté environ un an. On pensait que c'était fini pour lui ; il a été discret et intimidé toute sa vie. Il réapparaît, et tout le monde est sous le choc. Il va bien. C'est un orphelin qui a grandi en orphelinat. Avant la guerre, il avait acheté une chambre dans un appartement partagé. Personne ne le recherche. Il ne va nulle part. Il ne travaille pas. Il a un peu d'argent. Il l'a probablement gagné. Et de combien a-t-il besoin, après tout ? Juste de quoi manger. Il court faire les courses le soir et reste tranquillement assis dans sa chambre. Il a toujours le choix. Et, en général, seuls les chiens sont utiles ; les humains travaillent. »
La désertion massive de l'armée a des racines profondes dans l'histoire ukrainienne, qui remontent à la colonisation des régions orientales du pays au XVIIe siècle. Les vastes territoires steppiques connus sous le nom de « Champs Sauvages », ainsi que les colons envoyés par l'administration de la Russie centrale, furent colonisés par des cosaques ukrainiens et des paysans fuyant l'oppression des seigneurs féodaux polonais, déterminés à n'obéir qu'à leurs atamans élus. Pendant un certain temps, ils bénéficièrent d'une autonomie et de privilèges vis-à-vis du gouvernement russe. Cet héritage se manifesta plus tard avec éclat lors de la révolution sociale de 1917-1918, qui suivit l'effondrement de l'armée tsariste. La dialectique de l'histoire reproduit en partie les deux étapes précédentes de la lutte des classes dans de nouvelles conditions. Cependant, la description de la situation aux États-Unis faite par le WSWS est clairement applicable à la situation actuelle en Ukraine :
« Le grand danger réside dans l'énorme fossé qui subsiste entre l'ampleur de ces complots et le niveau de conscience populaire de ce qui se passe. Cela doit changer. Les actions de Trump ne bénéficient pas d'un large soutien populaire. Le peuple américain dans son ensemble ne veut ni de dictature ni de fascisme. Le sentiment général est à l'opposition, mais celui-ci doit être mobilisé consciemment et collectivement. »
Tant que les déserteurs ukrainiens resteront une masse amorphe et silencieuse, vivant au jour le jour et ne faisant confiance qu'à leurs amis les plus proches, la roue de la mort continuera de tourner, tandis que de plus en plus de personnes seront kidnappées, davantage de celles qui ont réussi à s'échapper.
assembly.org.ua (Kharkiv.)
« Pourquoi et pour qui combattons-nous, si personne n'a besoin de nous ? » :
Mutineries et désobéissance dans l'armée russe
Au cours de l'année écoulée, l'armée russe a connu plusieurs cas très médiatisés de soldats qui se sont rebellés contre leurs supérieurs. Octobre 2024 : les militaires russes de la région de Koursk ont refusé d'obéir aux ordres de leurs commandants et de se lancer à l'assaut, se plaignant d'être traités comme de la chair à canon et envoyés vers des positions fortifiées des forces armées ukrainiennes.
Novembre 2024 : Dans l'une des unités militaires de la région de Novossibirsk, des militaires se sont mutinés et ont organisé une évasion. En réponse aux mauvais traitements infligés par leurs supérieurs, au refus de leur fournir des soins médicaux et, surtout, aux projets de les envoyer au front, dix militaires de l'unité du village de Kochenevo ont brisé des vitres, vandalisé le bâtiment de la caserne, puis ont quitté le village en taxi. Selon les autorités du district de Kochenevo, les forces de sécurité ont réussi à capturer quatre d'entre eux. Plus tard, le journal pro-Kremlin Mash a publié les descriptions des militaires, révélant leurs noms, prénoms et autres données personnelles.
Février 2025 : Une nouvelle rébellion éclate parmi les soldats russes refusant d'aller au front. Le 28 février, une centaine de soldats qui, pour différentes raisons, refusaient d'aller au front (certains d'entre eux, par exemple, marchent avec des béquilles en raison de blessures et souffrent également de troubles de la vue) ont été expulsés de la région de Tcheboksary. Ils sont embarqués de force dans des bus et hébergés dans un camp situé à 20 km de l'aéroport de la ville. Là, ils ont exigé d'être autorisés à rédiger un rapport de démobilisation, mais l'administration a décide de les forcer à monter dans un avion à destination de Rostov, d'où ils devaient être transportés vers le front. En réaction, ils se sont révoltés.
Avril 2025 : Le 18 avril, sur le territoire du commandement militaire de la garnison de Krasnodar, plus de 100 militaires arrêtés pour « abandon volontaire de l'unité », en apprenant que certains détenus étaient libérés contre de l'argent, ont organisé une mutinerie, ont brisé la clôture et se sont enfui, ce qui a conduit les autorités à organiser des patrouilles sur le territoire. Selon les proches des militaires, nombre d'entre eux étaient invalides. Cela a également été confirmé par des habitants locaux dans leurs commentaires sur cette nouvelle :
Ils ne sont pas tous là. Les garçons qui sont revenus du service militaire avec des blessures – beaucoup ont déjà clos leur dossier –, mais ils ne sont pas autorisés à partir. Non seulement ceux qui ont fui ou ne sont pas revenus à temps sont libérés, mais aussi ceux qui sont hospitalisés depuis longtemps, grâce à certains commandants. Nombre d'entre eux sont là avec des degrés d'inaptitude, mais nous devons nous en débarrasser ; pourquoi gâcher les nouveaux ? Ils ne les laissent pas rentrer chez eux, en violation du règlement intérieur. C'est pire que dans la région.
Juin 2025 : Près de la localité de Nizhnia Duvanka, dans la région de Louhansk, plusieurs déserteurs russes ont tué le commandant d'une section de police militaire et deux de ses subordonnés, après quoi ils se sont enfui du front.
La Voix des Anarchistes (Chaîne Telegram)
Entretien sur la situation actuelle des déserteurs de l'armée ukrainienne
Vladislav a déserté l'armée ukrainienne et vit désormais dans un pays européen. Nous lui avons posé quelques questions pour clarifier la situation actuelle des déserteurs.
1) Tu es un déserteur qui a fui le front ukrainien à travers les montagnes roumaines. Tu as réussi à te sauver, toi et ton chat. Comment tu sens-tu maintenant ? Vous allez bien tous les deux ?
"Bonjour. Globalement, bien mieux qu'en Ukraine. Certes, je subis parfois des attaques de la part des agents du SBU [Service de sécurité de l'Ukraine], notamment des provocations et des insultes à caractère politique, mais les résidents de l'UE me traitent très bien ; je n'ai constaté aucune violation de mes droits par des citoyens de l'UE pendant toute la durée de mon séjour. En juillet 2025, mon chat Persik est sorti se promener dans la rue et n'est pas revenu. Ce n'est qu'après avoir enregistré sa puce électronique que le refuge pour animaux m'a contacté pour m'informer que, d'après la personne qui l'avait amené au refuge, mon chat Persik avait été renversé par une voiture. Cependant, les blessures corporelles constatées sur lui pourraient indiquer qu'il s'agissait d'un acte intentionnel. Je suis en train de rassembler des preuves. Mais globalement, le chat est vivant et en bonne santé, et ne présente aucune séquelle."
2) L'enrôlement forcé dans l'armée est en vigueur en Ukraine. Beaucoup d'hommes refusent de servir dans l'armée. Nombreux sont ceux qui souhaitent également déserter. Avez-vous des conseils à leur donner ?
Oui. À votre arrivée au centre de recrutement, refusez de vous soumettre à un examen médical pour déterminer votre aptitude au service militaire. Si la situation est critique, je recommande de simuler des troubles mentaux, par exemple en souillant votre cellule avec vos excréments. Personnellement, en Ukraine, j'avais toujours sur moi une lame de rasoir pour me couper les veines au cas où on m'enverrait dans un centre d'entraînement de l'armée ukrainienne. Ces moyens sont efficaces : les employés du centre d'entraînement sont obligés d'envoyer la personne passer un examen psychiatrique, ce qui augmente les chances de fuite. Je n'incite personne à s'automutiler. On peut sortir de l'hôpital psychiatrique, mais pas d'un cercueil. Personnellement, si je finissais par être interné dans un centre d'entraînement, j'avais prévu de me couper les veines et de souiller les locaux du centre avec mes excréments. Depuis mon enfance, je souffre de deux maladies : un trouble obsessionnel-compulsif et un syndrome du déficit de l'attention avec hyperactivité, mais en Ukraine, ces pathologies ne suffisent pas à vous exclure du service militaire. Après, les militaires sont étonnés que de tels individus tirent sur des commandants de l'armée. Or, le simple fait que ces individus aient accès à des armes peut inciter à leur utilisation, même en cas de simple offense de la part des gradés de l'armée.
3) Comment les Européens peuvent-ils aider les déserteurs ?
Les citoyens de l'UE aident déjà beaucoup les déserteurs. Mais, sur le plan juridique, une décision de l'UE sur l'irrecevabilité de l'extradition et de l'expulsion des déserteurs contribuerait à éviter les tortures auxquelles ces personnes sont soumises en Ukraine. Je conviens que les délinquants ayant commis des crimes avant de fuir l'Ukraine doivent être punis. Cependant, la jugement rendu par le tribunal ukrainien peut être exécutée sur le territoire de l'UE. Cela constituerait une garantie contre les persécutions politiques. L'Ukraine et la Russie s'inspirent des pratiques du KGB soviétique et utilisent des affaires datant d'il y a dix ans pour faire pression sur les indésirables. En outre, ces pays peuvent fabriquer des affaires criminelles pour faire pression et mettre fin à des actions qui ne plaisent pas à ces régime totalitaire. J'exhorte l'UE à ne pas reconnaître les condamnations prononcées par les tribunaux russes et ukrainiens contre des hommes pendant la guerre. Ces affaires sont souvent motivées par des raisons politiques.
4) En Ukraine, le projet d'une nouvelle loi est actuellement débattu en Ukraine. Elle aggravera la situation des déserteurs ayant fui vers l'Europe. Que prévoit exactement cette loi ?
Oui. La Première ministre ukrainienne Ioulia Sviridenko, dont le frère a fait défection à Londres pendant la guerre, a déposé à la Verkhovna Rada un projet de loi qui pénalise la fuite d'Ukraine et le non-rapatriement des déserteurs dans les 90 jours à compter de l'adoption de la loi. L'objectif est de transférer la compétence sur ces affaires pénales au SBU et de proposer de les juger par contumace. En fait, le régime totalitaire ukrainien prévoit d'assimiler la fuite hors d'Ukraine à une trahison envers l'État, à la participation au crime organisé ou à des crimes contre la paix et la sécurité mondiales. Cela démontre que le SBU commence à ressembler au KGB de l'URSS et est utilisé pour exercer des pressions sur ceux qui ne plaisent pas au régime totalitaire ukrainien. Hier, la Verkhovna Rada a accordé au SBU le droit de présenter de sa propre initiative des projets de loi au Conseil des ministres ukrainien, ce que je considère comme une usurpation du pouvoir d'État, car, selon la Constitution ukrainienne, l'élaboration des lois relève de la compétence exclusive de la Verkhovna Rada. En fait, le régime ukrainien permet au SBU de soumettre des lois qui profitent au régime, ce qui est inacceptable pour un organe du pouvoir exécutif.
Afin d'éviter la persécution des déserteurs, je suis en train de créer l'Ordre de la Résistance au régime totalitaire ukrainien par des moyens légaux.
5) Cela signifie-t-il que ces lois donneront à la police et aux tribunaux de l'UE le droit de poursuivre les déserteurs au sein de l'UE ?
Oui et non. Si le projet de loi est adopté, les autorités pourront juger les déserteurs par contumace sur le territoire ukrainien et, sur la base d'une décision de justice ukrainienne, exiger des autorités de l'UE qu'elles les déclarent recherchés au niveau international afin de les extrader vers l'Ukraine. Étant donné que les procès par contumace violent directement les garanties d'un procès équitable, en particulier l'article 6 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, toutes les peines prononcées dans ces affaires seront condamnatoires. Le régime totalitaire a pour objectif de récupérer de l'UE un maximum de chair à canon et fera tout son possible pour y parvenir. Bien sûr, les pays de l'UE peuvent ignorer les demandes d'extradition pour ces types de crimes, car ils sont de nature politique, mais mon opinion personnelle est que les autorités de l'UE accéderont à de telles demandes.
6) Ces lois pourraient-elles également conduire à l'expulsion de déserteurs vers l'Ukraine ?
Oui. Mais il ne s'agit pas d'expulsions, mais d'extraditions en tant que criminels au regard de la législation ukrainienne. Ces personnes ont peu de chances de se retrouver au front, car immédiatement après leur remise aux autorités ukrainiennes, elles seront incarcérées pour purger leur peine. Cependant, dans les prisons ukrainiennes, elles sont confrontées aux menaces de torture par les autorités, ainsi qu'à des pressions pour signer des contrats pour personnes détenues. Si elles signent de tels contrats, ces personnes sont immédiatement envoyées au front pour combattre les forces armées russes. Il n'est pas prévu que ces personnes servent dans l'armée sans participer directement aux combats.
7) À quels autres problèmes les déserteurs seront-ils confrontés si ces lois sont appliquées en Ukraine ?
Ils devront obtenir le statut de réfugié. Seul ce statut peut empêcher que la demande d'extradition des autorités ukrainiennes soit satisfaite. L'obtention de ce statut peut prendre des années, voire des décennies dans certains cas. Tant que le déserteur conserve son statut de demandeur d'asile, il n'aura pas le droit de travailler ni de quitter le pays où il a déposé sa demande. Son lieu de résidence sera déterminé par les services d'immigration, et il reçoit une allocation minimale et une assurance maladie réduite couvrant uniquement les urgences médicales. De fait, le demandeur d'asile est privé des droits fondamentaux qui lui permettent de circuler librement au sein de l'UE, de travailler et de choisir librement son lieu de résidence. Les fonds versés aux demandeurs d'asile suffisent à peine à couvrir leurs dépenses personnelles, à l'exception de la nourriture, des produits d'hygiène et des besoins de base minimaux.
Extrait du blog de l'Initiative antimilitariste
Russie : sabotages et insoumission en hausse
Au cours des six premiers mois de 2025, autant de personnes ont déjà été condamnées pour sabotage que durant toute l'année 2024. La plupart d'entre elles sont mineures ou âgées de moins de 25 ans
21 octobre 2025
La publication « Важные истории / Vazhnye istorii » (“Histoires importantes”) a révélé qu'au cours des 6 premiers mois de 2025, 48 personnes ont été condamnées à des peines réelles pour sabotage, en vertu de l'article 281 du Code pénal russe. C'est autant que pour toute l'année 2024, écrivent les journalistes en se référant aux données des tribunaux. La majorité des personnes condamnées étaient des mineurs et des personnes de moins de 25 ans. 12 personnes âgées de 16 à 17 ans ont été condamnées, et 24 autres de 18 à 24 ans. La plupart des personnes condamnées l'ont été à des peines allant de 11 à 15 ans de prison.
Depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, 170 adolescents âgés de 14 à 17 ans et 875 personnes de moins de 25 ans ont été reconnus coupables de trahison, d'espionnage, de terrorisme et de sabotage. Ils constituent un tiers de l'ensemble des personnes condamnées pour ces chefs d'accusation depuis 2022.
Histoires Importantes a également identifié d'autres tendances. Par exemple, on observe une augmentation du nombre de personnes condamnées pour des infractions liées au terrorisme. « Au premier semestre 2025, 654 personnes ont été condamnées pour ces infractions, soit 1,8 fois plus qu'à la même période l'année précédente », indique la publication.
Une augmentation similaire est observée dans le cadre des articles pour « extrémisme » (articles 280, 280.1 à 4, 282 et 282.1 à 4 du Code pénal russe). 504 personnes ont été condamnées au cours des 6 premiers mois de 2025, soit 1,5 fois plus qu'au cours de la même période en 2024. Il s'agit du chiffre le plus élevé depuis au moins 2018.
Les Russes sont également de plus en plus souvent condamnés pour refus d'effectuer leur service militaire (article 328, partie 1, du Code pénal). Au cours du premier semestre 2025, 580 personnes ont été condamnées en vertu de cet article, soit davantage qu'en 2023 et 2024, mais toujours au même niveau qu'en 2022, année où les autorités ont annoncé la mobilisation.
Sources : Histoires importantes, Doxa
Une contribution sur la mobilisation militaire en Russie
Comment se déroule la mobilisation des soldats dans la Russie de Poutine ? À quel degré de coercition, de harcèlement et de pression les hommes en âge de faire leur service militaire qui sont envoyés au front doivent-ils faire face ? Comment la population russe, et plus particulièrement la classe ouvrière, réagit-elle à tout cela ? Comme nous nous posons souvent ce genre de questions, nous avons demandé à un anarchiste russe de nous donner une image plus claire de la situation. Il nous a répondu par un bref résumé de la situation.
La censure et la propagande de guerre mises en place par le régime de Poutine cherchent à dissimuler la terrible réalité au reste du monde. De l'autre côté, nous assistons à une propagande pro-ukrainienne dépeignant la population russe comme une masse de partisans loyaux du poutinisme, se précipitant volontairement dans la guerre. Il est parfois difficile de percevoir et de saisir toute l'ampleur de la réalité. C'est pourquoi nous considérons le témoignage de notre camarade russe comme un outil précieux.
Notes sur la mobilisation en Russie
D'une manière générale, il convient de noter d'emblée que les Russes ont dans leur grande majorité une mentalité plutôt pacifiste. Depuis l'ère soviétique, nombreux sont ceux qui répètent : « Si seulement la guerre n'existait pas ! » Nombre de Russes contemporains ont vécu les guerres d'Afghanistan et de Tchétchénie comme un traumatisme collectif. Des chansons populaires ont même été composées sur ce thème, relatant la mort insensée d'étudiants survenue alors. Nombre de Russes ne souhaient absolument pas revivre cette douloureuse expérience. Même les partisans du gouvernement de Poutine affirmaient (jusqu'en 2022, bien sûr) que Poutine « garantirait un climat de paix ». Il est clair qu'il existe une minorité militariste importante, qui jouit actuellement d'une sorte de monopole de l'information en Russie grâce à la censure militaire, mais elle n'est clairement pas majoritaire.
Cependant, il est également important de noter que le revers de la médaille de la mentalité pacifiste russe est une attitude négative appelée « philistinisme ». Les Russes sont contre la guerre, mais ils ne sont pas disposés à s'y opposer activement. Cela est particulièrement vrai dans une situation où le gouvernement a imposé une censure militaire stricte, emprisonne massivement les personnes qui critiquent les actions militaires de la Russie et disperse brutalement les manifestations contre la guerre, arrêtant des dizaines de milliers de personnes. Dans ces circonstances, le Russe moyen est plus enclin à faire profil bas et à ne pas exprimer son opinion. C'est précisément pour cette raison que de nombreux sondages d'opinion font état d'un soutien élevé à la guerre et à Poutine : cependant, ces données sont fausses, car ceux qui sont « pour » n'ont rien à craindre, tandis que ceux qui sont « contre » risquent de perdre leur liberté sous le régime actuel. Mais ce que la société est encore moins prête à faire, c'est d'entrer directement en guerre. Poutine le sait et tente donc de mener une mobilisation moins draconienne que celle menée en Ukraine. La mobilisation actuelle touche principalement les provinces, et non Moscou, où la visibilité des victimes de la guerre peut rester minimale.
Parallèlement, le gouvernement de Poutine tente de mettre en œuvre la conscription de manière subtile : officiellement, il n'envoie pas au front les jeunes hommes qui effectuent leur service militaire obligatoire. Pourtant, ces hommes, une fois appelés sous les drapeaux, sont de fait contraints de signer un tel contrat. Comme vous le savez, l'humiliation, la torture et le harcèlement des subordonnés sont des pratiques courantes dans l'armée russe. Il y a eu des cas très médiatisés de jeunes hommes qui sont morts pendant leur service militaire en raison de conditions de vie intolérables ou après avoir été blessés dans des passages à tabac. Tous ces hommes sont de fait retenus en otage et contraints de partir « volontairement » à la guerre. Il est également arrivé que les autorités russes trompent des individus choisis au hasard, les convainquant de partir sous prétexte de « gagner de l'argent », puis, après leur avoir fait signer de faux documents, les envoient au front sans même en informer leurs proches.
Les Russes ne veulent pas aller à la guerre, c'est pourquoi beaucoup d'entre eux ne se présentent pas aux bureaux de recrutement militaire ; beaucoup tentent aussi de simuler une maladie. Par exemple, je connais un ancien camarade de classe qui était un excellent élève et qui a réussi à s'inscrire à l'université. Mais après avoir reçu son avis de conscription, il a décidé de se casser la jambe... Nombreux sont ceux qui préfèrent également éviter la mobilisation à l'étranger, mais le gouvernement russe s'efforce d'éliminer cette possibilité avant 2026.
Des manifestations contre la mobilisation ont également eu lieu, comme au Daghestan. Il convient de mentionner en particulier le mouvement des épouses de soldats mobilisés, qui ont même manifesté devant les murs du Kremlin. Cela est d'autant plus remarquable que certaines d'entre elles, initialement favorables à la guerre, réclament désormais la démobilisation des soldats. Il s'agissait pour la plupart de rassemblements pacifiques, qui ont néanmoins attiré l'attention générale.
Il y a également eu des formes plus violentes de protestation contre la mobilisation, telles que des incendies et des attaques contre des bureaux de recrutement militaire à travers le pays. Un incident de ce type s'est produit dans la ville d'Oust-Ilimsk [région d'Irkoutsk]. Ruslan Zinin, chauffeur de camion forestier originaire d'Oust-Ilimsk, a perdu son ami d'école Danil, âgé de 19 ans, alors qu'il effectuait son service militaire obligatoire, au tout début de la guerre en mars 2022. Après l'annonce de la mobilisation, Zinin a appris que son cousin avait reçu une convocation.
Le 26 septembre 2022, craignant pour le sort de son jeune frère, Zinin se rendit au bureau d'enrôlement militaire et, selon un témoin oculaire, tenta de comprendre pourquoi son ami avait reçu une convocation alors qu'il n'avait pas servi dans l'armée. En réponse, le personnel du bureau d'enrôlement militaire l'insulta. Un peu plus tard dans la journée, Rouslan est retourné au bureau d'enrôlement, cette fois armé d'un fusil à canon scié, et a ouvert le feu. Pour cela, il a été condamné à 19 ans de prison.
Extrait du blog de l'Initiative antimilitariste
https://antimilitarismus.noblogs.org
Publié dans Courant Alternatif :
La collecte de fonds pour les déserteurs et réfugiés de guerre ici :
Publié le 21.12.2025 à 08:00
L'Actu des Oublié.es • S VI • EP 4 • Brésil : La COP30 est une mascarade
Ce mois-ci nous nous intéressons à la COP 30 qui s'est déroulée à Belem au Brésil ; non pas aux négociations éternellement infructueuses qui se tiennent au milieu des lobbyistes, mais aux personnes, à l'extérieur, qui se sont réunies pour réclamer un autre mode de gouvernance pour trouver des solutions au réchauffement.
Dernier épisode de l'année, auprès du Village des Peuples réuni en marge de la COP 30 au Brésil, ou comment revendiquer un autre leadership pour oeuvrer dans le contexte climatique.
1. Réfléchir depuis les peuples 2. Considérer la colonialité dans son ensemble et comprendre comment les COP en sont partie prenante 3. Appliquer des mesures concrètes 4. Faire financer par les puissants la transition

Si leplayer ne fonctionne pas, tout est accessible ici
DOUBLAGE Vivie Lizae Lune
MEDIAS De Olho Nos Ruralistas — « Un œil sur l'agrobusiness » Amazonia Real Yvyrupa Goldman Prize > Alessandra Korap Munduruku
Francophones : We Demain > Cop 30 Mediapart Blog Mediapart Grain > L'agrobusiness prépare sa mainmise sur la COP climat au Brésil Reporterre Politis Basta > « Une fraction minoritaire de l'humanité est à l'origine du bouleversement climatique » Recherche.PantheonSorbonne > Villes millénaires sous canopée amazonienne Déclaration finale du Village des Peuples (anglais) : https://cupuladospovoscop30.org/en/final-declaration/
MUSIQUE 1'52 Brisa Flow - Fique Viva (Clipe Oficial).mp4 16'43 OWERÁ - Xondaro Kaaguy Reguá (Official Video).mp4 28'19 Oriente - Brasil Colônia
VISUEL Dessin représentant l'entité Curupira Auteur Criscoloni
Publié le 20.12.2025 à 15:07
Renversé publie un article sur la police... ça tourne mal
Depuis plusieurs semaines, Renversé est bloqué par plusieurs opérateurs en Suisse. La cause ? Un article dans lequel est nommé le policier lausannois impliqué dans les meurtres de Mike et Camila.
Depuis plusieurs semaines, le site de Renversé est inaccessible pour beaucoup de personnes car il est bloqué par plusieurs opérateurs. La cause ? Un article publié en septembre dans lequel est nommé le policier lausannois impliqué dans les meurtres de Mike et Camila. L'avocate du policier semble prête à tout pour censurer votre site d'informations favori...
Contexte : police vs. Renversé
Le 25 août dernier, le grand public découvre l'existence de groupes WhatsApp sur lesquels des policiers lausannois échangent des propos haineux, racistes, transphobes, mysogine, validistes et autres. Cette nouvelle, peu surprenante, fait suite aux meurtres de Marvin, Camila et Michael, tous commis en 2025 à Lausanne lors d'interventions policières brutales et disproportionnées. Ces événements tragiques s'ajoutent à la longue liste des crimes policiers en Suisse. Rappelons que dans le canton de Vaud, huit personnes ont trouvé la mort suite à un contact avec la police depuis 2017. L'écrasante majorité de ces personnes sont des hommes noirs.
Les médias révélent par la suite que le policier qui a pris Camilla en chasse et provoqué l'accident de scooter qui lui a coûté la vie était déjà prévenu pour le meurtre de Mike Ben Peter, un homme noir tué par des policiers en 2018 à Lausanne. De plus, la presse indique que ce même policier a participé à au moins un des groupes WhatsApp aux contenus haineux et racistes.
C'est alors que le 3 septembre, un article intitulé « La peur va changer de camp » est publié sur Renversé par des contributeur.ices anonymes. Cet article dénonce la « protection totale et le soutien inconditionnel » dont jouissent les policiers « malgré des fait accablants et incontestables ». Il donne également le nom de ce policier impliqué dans la mort de deux personnes et dénonce la justice qui, une fois saisie, « acquitte, et permet à des policiers meurtriers de continuer à exercer ». En plus de cette impunité policière, l'article parle de comment « les noms des victimes des violences policières [...] sont traînés dans la boue », via certains médias qui relaient « des informations visant à criminaliser les victimes et ainsi, à justifier leur mort ».
Le 17 octobre (soit plus d'un mois après la publication de l'article) l'avocate du policier en question contacte Renversé par email. Elle exige le retrait du nom de son client de Renversé, arguant qu'il est « accompagné de qualificatifs susceptibles d'appeler à des violences à son encontre » et que la publication représente « une atteinte à sa personnalité ». Peu après la réception de ce mail, renverse.co est bloqué par les opérateurs suisses. L'avocate en question aura sûrement obtenu, et allez savoir comment, que les fournisseurs d'accès internet bloquent votre site d'information favori. À ce jour, nous n'avons toujours pas été informéexs des raisons de ce blocage. Ce, malgré notre réponse fin novembre à l'avocate qui l'informait que l'article avait été retiré et qui l'enjoignait à nous faire parvenir dans les 10 jours la décision formelle ayant autorisé le blocage du site.
Une procédure bâillon
En attendant d'avoir plus d'informations sur la situation, nous avons retiré le nom du policier et nous demandons que l'accès au site soit rétabli dans un délai de 10 jours. Au delà du fond douteux et de la forme illicite de cette procédure de blocage du site dans son entier, nous dénonçons une procédure bâillon et une limitation inacceptable de la liberté des médias et de la liberté d'expression. Cet article a été publié car il avait pour objectif d'informer et qu'il relève de l'intérêt public. Par exemple, il est tout à fait légitime que d'autres personnes ayant été victime d'actes litigieux aux dimensions potentiellement discriminatoires de cet agent sachent à qui elles ont eu affaire. Tel aurait été une des nombreuses mesures nécessaires que les autorités auraient dû prendre pour protéger la population, mais de toute évidence elles rechignent à réagir à la hauteur de la gravité des faits dont l'institution policière est autrice.
Ainsi, on ne peut qu'appuyer le constat soulevé par les rédacteurices d'un « deux poids-deux mesures » entre la façon dont les policiers sont protégés et le traitement réservé par l'État aux victimes des violences qu'il commet. Dans ce contexte, le blocage du site de Renversé est un acte d'intimidation d'autant plus inadmissible quand on sait que depuis, une personne au moins a trouvé la mort suite à une détention à l'hôtel de police. Cette limitation d'accès au site est un dommage collatéral de cette impunité policière et nous adressons avant tout notre solidarité et pensées aux proches de Mike, Camila, Michael, Nzoy, Hervé, Lamin, Marvin et toutes les autres personnes tuées par la police en Suisse pour qui nous réclamons encore justice et vérité.
En attendant le déblocage...
En attendant que tout ça se résolve, le blocage du site de Renversé semble quelque peu aléatoire. Vous avez peut-être même la chance de toujours pouvoir y accéder sans rien avoir à faire. Pour les moins chanceuxses, vous avez trois options pour continuer à vous informer et à publier sur Renversé :
Vous pouvez télécharger le navigateur Tor et l'utiliser pour vous rendre sur renverse.co. Le navigateur Tor fonctionne comme les navigateurs classiques de type Chrome ou Firefox mais permet de contourner la censure et d'être plus anonyme sur internet (youpi !) Vous pouvez utiliser un VPN de confiance et simplement l'allumer lorsque vous vous rendez sur le site. Pour les plus nerd d'entre vous, vous pouvez changer l'adresse de votre resolver DNS à '1.1.1.1'. Le blocage étant effectué par les opérateurs en ajoutant un CNAME au domaine 'renverse.co' sur leurs resolvers qui redirige vers une page de blocage. Changer de resolver DNS permet donc de continuer à pouvoir accéder au site. Et vous pouvez même changer l'adresse du resolver DNS dans la configuration de votre routeur pour que tout marche, simplement en se connectant au réseau.Publié le 16.12.2025 à 08:00
5e édition de la carte de l'implantation de l'extrême droite par La Horde
Alors que des organes de la presse bourgeoise (Libé) et indépendante (Streetpress) proposent, chacun à leur façon, des cartes des groupes d'extrême droite, reprenant ce que nous avions commencé à faire dès 2022, nous avons réfléchi à ce qu'une nouvelle version de la nôtre pourrait apporter. Nous avons garder l'idée d'un document qui puisse être imprimé et partagé facilement, mais en proposant deux cartes distinctes : d'une part les groupes radicaux locaux et d'autre part le RN et les autres partis ou personnalités d'extrême droite institutionnelle. Le but n'est pas de viser l'exhaustivité, mais au contraire de proposer une sélection afin de permettre une vision la plus claire possible sur la situation présente.
Chaque révision de notre carte de l'implantation locale des mouvements d'extrême droite est l'occasion de collectivement questionner notre apport à la compréhension et à la lutte antifasciste. En effet, il y a désormais dans les médias pléthore d'infographies pour dresser un panorama des groupuscules nationalistes de France. Notre objectif est de prendre un instantané de la situation à un moment donné, en essayant de coller au plus près de la place réelle occupée par ces groupes dans le paysage politique de chaque région. Il ne vise pas un recensement exhaustif de ces mouvements, qui certes se multiplient mais souvent disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus. On prend soin d'écarter les coquilles vides ou inactives, et d'intégrer ceux qui ont une activité réelle de terrain, même si la frontière est parfois ténue, tant une bonne partie de leurs actions sont pensées pour les médias et les réseaux sociaux, qui offrent un effet loupe. [...]
.lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }

PDF disponible au téléchargement sur le site de La Horde
Publié le 15.12.2025 à 08:00
Fachorama : polémique la police !
Depuis plus de 13 ans, notre collectif propose toute une panoplie d'outils antifascistes : cartes, schémas, chronologies, infographies diverses, livres, traductions et… jeux de société. Or, pour des raisons qui nous échappent, c'est cette dernière catégorie qui fait l'objet d'une attention particulière des syndicats de police qui, à chaque fois, demandent le retrait de leur commercialisation. Il y a deux ans, c'était Antifa le Jeu, cette année, c'est donc au tour de Fachorama.
Avant de revenir en détail sur le déroulé de cette panique morale savamment orchestrée, rappelons quand même ce que contient réellement le jeu. Sur les 40 cartes du jeu, deux concernent la police, intitulées respectivement « Flic raciste de la BAC » et « Flic raciste dans les CRS », chaque carte étant accompagné d'un texte descriptif, au ton caustique mais au contenu factuel.

En effet, le Conseil d'État lui-même a reconnu l'existence des contrôles au faciès, une pratique pour laquelle la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme en juin dernier. Pour ce qui est des violences en manifestations, il suffit d'évoquer le mouvement des Gilets jaunes, comme cet exemple à Marseille et les centaines de vidéos de manifestant·es tabassés accessibles en deux clics. Concernant le racisme d'État, plusieurs sociologues en ont établi clairement l'existence, comme on peut le lire ici ou là, par exemple. Des fachos dans la police ? Maiiiiiiiis non, pas possible !
Enfin, il est bien précisé que ces « flics racistes » ne sont pas tous les flics, mais qu'ils font partie des « 60% de policiers qui votent à l'extrême droite », des chiffres en-deçà de la réalité puisqu'une enquête du Cevipof datée de 2024 nous apprend qu'au second tour des dernières législatives, en 2024, le vote policier pour le RN était de… 67%, le score le plus élevé, et de loin, de toute la fonction publique. Selon Médiapart, en 2017, le syndicat Alliance, majoritaire dans la police, déclarait par la voix de son délégué général, Stanislas Gaudon, que « le programme de Marine Le Pen tombe dans ses revendications et répond aux policiers qu'il représente ».
.lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }Publié le 15.12.2025 à 08:00
Les gouvernants israéliens dans les pas du Ku Klux Klan
Des ministres israéliens veulent permettre la peine de mort uniquement pour les “non-juifs”. Une mesure officialisant une hiérarchie raciale, qui “n'existait que dans l'Allemagne nazie”, selon une ONG israélienne
Publié par : https://contre-attaque.net/2025/12/10/les-gouvernants-israeliens-dans-les-pas-du-ku-klux-klan/

“Strange Fruit”, c'est la chanson bouleversante interprétée par l'artiste noire Billie Holiday en 1939, lors du pic des lynchages de personnes africaines-américaines aux USA. Le “fruit étrange” décrit dans la chanson a les “yeux exorbités et la bouche tordue” et sent la “chair brûlée”. C'est le corps d'un Noir, assassiné par des suprémacistes du Ku Klux Klan.
Après l'abolition de l'esclavage, des lynchages et des attentats visent les communautés Noires, en particulier dans les États du Sud des USA. Des milliers d'afro-descendants sont torturés, mutilés, tabassés par des foules racistes, et la plupart du temps pendus à des arbres, pour semer la terreur. Les photos des pendaisons sont alors imprimées sur des cartes postales et vendues dans tout le pays. Jusqu'à aujourd'hui, le Ku Klux Klan, groupe terroriste d'extrême droite, qui a commis la plupart de ces lynchages, utilise la corde de pendu comme symbole raciste.
Après l'élection de Trump, des nœuds coulants sont d'ailleurs réapparus sur certains arbres, près de lieux symboliques comme le musée national d'histoire et de culture afro-américaine. L'historien nord-américain Greg Robinson explique que ce nœud coulant, « C'est vraiment raciste, vraiment un symbole de la violence projetée ». Ce n'est pas tout, dans les années 1930, la propagande nazie publiait elle aussi des caricatures représentant des Juifs, des communistes et autres opposants pendus à des potences.
C'est ce symbole que les fascistes sionistes s'approprient désormais. Le ministre israélien Itamar Ben Gvir, mais aussi le ministre du Patrimoine, Amihai Eliyahu, membre du parti Otzma Yehudit, c'est-à-dire « Pouvoir juif », ont paradé dans le Parlement israélien avec des pin's dorés en forme de nœuds coulants. Jusque récemment, les suprémacistes sionistes arboraient un petit ruban jaune, symbole innocent sensé évoquer les « otages israéliens ». Maintenant, ils affichent un symbole de mort, une référence suprémaciste.
Pourquoi arborer de tels pin's ? Parce que Ben Gvir et ses amis veulent faire passer un projet de loi pour légaliser la peine de mort pour les personnes non-juives accusées de « terrorisme ». Une mesure raciale séparant, sur des critères ethniques, la loi qui s'applique aux juifs et aux autres. En l'occurrence, évidemment, les palestiniens. Et on le sait, Israël considère comme « terroriste » tous les palestiniens, y compris les nourrissons tués sous les bombes à Gaza. Avec son pin's, Ben Gvir expliquait : « Nous avons tous convenu de porter l'insigne. Il représente l'une des options pour l'exécution de la peine de mort. Bien sûr, il y a aussi la pendaison, la chaise électrique et l'injection létale ».
Ces derniers mois, Ben Gvir a organisé plusieurs mises en scènes dans les prisons israéliennes : il s'est fait filmer devant des prisonniers palestiniens ligotés, les yeux bandés, dans des situations évidentes de souffrance et de torture. Humiliant les corps ainsi entravés, jouissant de sa domination, le ministre avait réclamé qu'ils soient exécutés.
L'ONG israélienne Zulat, de défense des droits humains, estime que « des lois présentant de telles caractéristiques racistes n'existaient que dans l'Allemagne nazie ». Pour l'avocate israélienne Yael Stein, il ne fait aucun doute que ce projet de loi est raciste et s'inscrit dans une filiation fasciste. La loi a pourtant été validée en première lecture au Parlement israélien.
Israël est un État suprémaciste, militariste, qui commet un génocide et menace la paix mondiale, tout en disposant de l'arme nucléaire. Ses dirigeants ne cachent plus leurs sympathies avec les néo-nazis occidentaux et leur filiation avec des groupes comme le Ku Klux Klan. Combien de temps la France continuera-t-elle d'armer et de soutenir cette colonie terroriste ?