25.02.2026 à 18:46
Human Rights Watch
(Beyrouth, 25 février 2026) – Le gouvernement libanais devrait prendre des mesures immédiates et concrètes pour aider à garantir l'accès à la justice, à la vérité et à des réparations pour les milliers de victimes civiles des violations commises dans le cadre du conflit armé avec Israël, ont déclaré aujourd'hui cinq organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ; elles ont conjointement adressé une lettre au ministre libanais de la Justice et au vice-Premier ministre, qui préside le Comité national pour le droit international humanitaire.
Ces cinq organisations sont Amnesty International, Human Rights Watch, Legal Agenda, Reporters sans frontières et le Syndicat des journalistes du Liban.
Un an après la date limite fixée pour le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, les attaques israéliennes incessantes et la destruction massive des infrastructures ont empêché des dizaines de milliers de personnes de retourner chez elles ou de reconstruire leur vie. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu, Israël a mené des attaques quasi quotidiennes au Liban, tuant plus de 380 personnes, dont au moins 127 civils. L'armée israélienne reste présente dans certaines parties du territoire libanais, et continue d’y détruire massivement des structures civiles le long de la frontière, laissant des communautés entières aux prises avec la destruction et des pertes.
Le gouvernement libanais ignore un ensemble concret de mesures juridiques qu'il aurait pu prendre au cours de l'année écoulée, à commencer par des enquêtes nationales et l'acceptation de la compétence de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes internationaux commis au Liban, ont déclaré les organisations. Le gouvernement devrait désormais agir de toute urgence.
Israël devrait immédiatement permettre le retour en toute sécurité des Libanais toujours déplacés de leurs villages, et offrir des réparations complètes, efficaces et adéquates pour toutes les violations graves du droit international humanitaire et du droit international des droits humains commises par son armée. Pour des milliers de familles, « l'après-cessez-le-feu » n'a pas été synonyme de sécurité ou de stabilité. Ce terme a plutôt été synonyme de déplacement prolongé, de moyens de subsistance détruits et de l'angoisse de vivre dans l'incertitude, sans perspective à ce jour d’obligation de rendre des comptes pour les violations, ni d’octroi de réparations.
Les organisations exhortent le gouvernement libanais à explorer toutes les voies juridiques disponibles, tant au niveau national qu'international, afin de garantir que les crimes relevant du droit international fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites. Une mesure cruciale que le gouvernement pourrait prendre immédiatement consiste à déposer une déclaration auprès de la CPI, reconnaissant la compétence de la Cour en vertu de l'article 12(3) du Statut de Rome, afin d’enquêter sur les crimes relevant du droit international commis sur le territoire libanais depuis au moins le 7 octobre 2023, et d’engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait également envisager de ratifier le Statut de Rome.
Le gouvernement devrait soutenir la mise en place d'enquêtes judiciaires nationales rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur les crimes de guerre commis sur le territoire libanais, ont déclaré les cinq organisations. Cela implique notamment de doter les enquêteurs judiciaires des pouvoirs, de la protection et des ressources nécessaires pour mener à bien leur travail de manière efficace et impartiale. Afin de fournir un cadre législatif à ces initiatives, le gouvernement devrait d’urgence soumettre au Parlement un projet de loi érigeant en infractions les crimes de guerre et d’autres actes qui constituent des crimes au regard du droit international.
Le gouvernement libanais devrait créer un registre pour consigner tous les homicides, blessures et autres dommages causés aux civils, et inviter le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition à se rendre au Liban et à recommander des mesures qu'Israël, le Hezbollah et le gouvernement libanais devraient prendre pour défendre les droits des victimes.
Le gouvernement libanais a l'occasion de prendre des mesures historiques pour mettre fin à l'impunité endémique qui a caractérisé les conflits armés passés dans le pays, ont ajouté les organisations. Ce faisant, il peut commencer à jeter les bases permettant aux victimes et aux communautés touchées de réaliser pleinement leur droit à la justice, à la vérité et à des réparations, et de pouvoir reconstruire leur vie.
D'autres pays, en particulier les États-Unis, devraient immédiatement suspendre tous les transferts d'armes et autres formes d'aide militaire à Israël, en raison du risque important que ces armes soient utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves du droit international, ont déclaré les organisations.
Compte tenu des violations graves et répétées du droit international humanitaire commises par les forces israéliennes au Liban et ailleurs, les autres pays devraient également intensifier d'urgence leurs efforts pour garantir l’obligation de rendre des comptes, en vertu du principe de compétence universelle ou d'autres formes de compétence extraterritoriale ; ils devraient enquêter sur les violations constituant des crimes internationaux graves et, lorsque des preuves suffisantes existent, engager des poursuites. Le gouvernement libanais devrait coopérer pleinement à ces efforts.
L'accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël est entré en vigueur en novembre 2024 et prévoyait le retrait de l'armée israélienne du sud du Liban dans un délai de 60 jours. Cependant, le 18 février 2025, Israël a annoncé son intention de maintenir une présence militaire sur cinq sites « stratégiques » dans le sud du Liban, et d’y exercer un contrôle temporaire.
Le 27 février 2025, le ministre israélien de la Défense a déclaré que les forces israéliennes allaient « rester indéfiniment » dans une zone tampon à la frontière. Puis en août 2025, le Premier ministre israélien a conditionné la « réduction progressive » des troupes au désarmement du Hezbollah.
Des organisations libanaises et internationales de défense des droits humains ont déjà fait état des effets dévastateurs sur les civils des hostilités entre Israël et le Hezbollah. Il s'agit notamment de l'utilisation par l'armée israélienne de phosphore blanc, son recours à des explosions de masse simultanées et indiscriminées par le biais d’appareils électroniques, ainsi que ses attaques contre des journalistes, des établissements de santé, des ambulances et des secouristes.
D'autres rapports ont documenté des frappes aériennes illégales contre des civils et des biens civils, la destruction massive et continue des villages frontaliers du Liban même après le cessez-le-feu, ainsi que les tirs répétés par le Hezbollah de roquettes non guidées sur des zones civiles densément peuplées en Israël.
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25.02.2026 à 15:00
Human Rights Watch
La semaine dernière a marqué le sixième anniversaire de la mort du chanteur de gospel et défenseur de la paix rwandais Kizito Mihigo, décédé en garde à vue. Si sa mort suspecte reste inexpliquée, elle a clairement signalé une intensification de la répression de la liberté d’expression par le gouvernement.
Rescapé du génocide de 1994, Kizito Mihigo composait des chansons axées sur le pardon et la compassion. Il a été arrêté en 2014 sur des accusations d’infractions contre l’État à la suite de la diffusion d’une chanson dans laquelle il exprimait sa solidarité avec les victimes du génocide et les personnes tuées lors des violences de représailles. Bien que les autorités l'aient gracié en 2018, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il restait sous étroite surveillance.
Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que Kizito Mihigo était mort dans une cellule du poste de police de Remera, quatre jours après avoir été à nouveau arrêté alors qu'il tentait de quitter le pays. Avant sa mort, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il était menacé et craignait que des agents de l'État ne le tuent.
La volonté de Kizito Mihigo à remettre en question certains éléments du discours officiel du gouvernement sur le génocide a fait de lui une cible. Après sa mort, des rescapés du génocide ont publiquement critiqué le Front patriotique rwandais (FPR), parti au pouvoir, et ont exigé que justice soit faite. Aucune enquête crédible n'a toutefois été menée sur sa mort.
Six ans plus tard, d'autres détracteurs importants du gouvernement continuent d'être emprisonnés. Le blogueur et commentateur Aimable Karasira est détenu depuis mai 2021 et a déclaré avoir été torturé pendant sa détention. Avant son arrestation, il avait évoqué publiquement la perte de membres de sa famille aux mains d’extrémistes hutus ainsi que du FPR pendant et après le génocide.
En septembre 2025, Aimable Karasira a été reconnu coupable d'incitation au « divisionnisme » et condamné à cinq ans de prison. À moins d'un an de la fin de sa peine, les procureurs ont fait appel de la décision de l'acquitter de plusieurs chefs d'accusation, notamment de négation et de justification du génocide, et ont requis une peine de 30 ans. Ses comptes bancaires restent gelés.
Si les gouvernements ont le devoir de lutter contre l'incitation à la violence et les discours de haine, les autorités rwandaises ont à plusieurs reprises utilisé des lois vaguement définies sur l’« idéologie du génocide » et la « négation du génocide » pour faire taire les dissidents.
La mort en détention de Kizito Mihigo, ainsi que les poursuites engagées contre Aimable Karasira, mettent en évidence les représailles auxquelles peuvent être confrontés ceux qui remettent en cause les discours officiels au Rwanda. Alors qu’Aimable Karasira risque une peine de plusieurs dizaines d'années de prison, le pouvoir judiciaire rwandais et sa volonté de protéger le droit à la liberté d'expression, y compris celui des victimes et des rescapés des crimes les plus graves, sont mis à l'épreuve. Les autorités devraient libérer toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé ce droit fondamental, à commencer par Aimable Karasira.
25.02.2026 à 14:44
Human Rights Watch
Les autorités camerounaises détiennent de manière arbitraire des ressortissants non camerounais expulsés des États-Unis et détiennent et maltraitent les journalistes qui ont tenté de les interviewer. L'administration du président américain Donald Trump ne semble pas s'en soucier.
En janvier et février, dans le cadre d'un accord secret, le gouvernement américain a expulsé vers le Cameroun 17 hommes et femmes, dont des demandeurs d'asile et une personne apatride, originaires de 9 pays africains : Angola, République démocratique du Congo, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Sénégal, Sierra Leone et Zimbabwe.
Les autorités camerounaises ont immédiatement détenu les personnes expulsées, bien qu'elles n'aient aucune base juridique pour le faire. Un avocat qui assistait certaines des personnes expulsées a déclaré que des représentants d'agences des Nations unies leur avaient parlé de la possibilité de demander l'asile au Cameroun. Cependant, les personnes expulsées ont déclaré à l'avocat qu'elles se sentaient contraintes de retourner dans leur pays d'origine.
Plusieurs déportés n'étaient pas éligibles à l'asile aux États-Unis, mais bénéficiaient d'une protection judiciaire contre l'expulsion vers leur pays d'origine en raison de craintes de persécution ou de torture. L'administration Trump a contourné ces protections en les envoyant dans un pays tiers – un pays que Human Rights Watch et d'autres ont toujours qualifié de non sûr pour les expulsions.
Depuis des années, certaines régions du Cameroun sont ravagées par la violence et les conflits armés, le gouvernement réprime l'opposition et les médias, et les groupes armés et les forces gouvernementales commettent des exactions généralisées, notamment des actes de torture en détention. En 2022, nous avons documenté les souffrances endurées au Cameroun par des demandeurs d'asile camerounais expulsés par les États-Unis après leur retour.
Le Cameroun est partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et dispose d'une législation nationale sur les réfugiés, mais deux personnes renvoyées au Cameroun par les États-Unis sont déjà retournées dans leur pays d'origine. Quinze autres sont toujours détenues dans la capitale camerounaise, Yaoundé. Le retour forcé ou contraint d'une personne vers un pays où elle risque d'être persécutée, torturée ou de subir d'autres atteintes graves constitue un refoulement, interdit par le droit international.
Le gouvernement camerounais devrait immédiatement libérer les personnes déportées restantes, leur garantir une protection contre le refoulement et organiser leur retour aux États-Unis. Il devrait également respecter la liberté de la presse et tenir les autorités compétentes responsables des abus commis.
Compte tenu des risques de torture, de refoulement et d'autres abus au Cameroun, les États-Unis ont violé le droit international en expulsant des personnes vers ce pays. Les tribunaux et le Congrès américains devraient faire pression pour obtenir le retour des personnes expulsées vers le Cameroun et la fin des accords d'expulsion avec des pays tiers, qui ne prévoient pas de garanties et ont systématiquement entraîné des abus.