16.06.2026 à 22:46
Human Rights Watch
Le projet de loi sur l’autorisation de la défense nationale (National Defense Authorization Act, NDAA) prévoit un budget de 1 150 milliards de dollars pour 2027 ; une disposition enfouie dans ce texte renforcerait la coopération militaire entre les États-Unis et Israël, tout en évitant toute surveillance supplémentaire par le Congrès.
L'article 219 du projet de loi (Section 219 de H.R. 8800, texte de la Chambre des Représentants) crée la fonction d'« agent exécutif » chargé d'intégrer la technologie israélienne dans les programmes d'armement américains, et inversement, notamment dans les technologies de missiles et de défense aérienne ainsi que dans l'intelligence artificielle, l'informatique quantique, la cyberguerre et les systèmes autonomes. Une fois mise en œuvre, cette disposition accélérerait les efforts visant à intégrer les technologies israéliennes dans les systèmes d'armement américains selon des modalités qui n'ont pratiquement jamais été codifiées dans la loi, même pour les alliés. Comme le montre l’expérience prolongée du retrait de la Turquie du programme F-35, dans la pratique, cette intégration oblige les États-Unis à s’en remettre aux fabricants d’une manière dont il devient pratiquement impossible de revenir en arrière par la suite, même si les législateurs le souhaitent.
Comme le projet de loi sur la défense est considéré comme quasi-obligatoire pour garantir le financement de l’armée, les législateurs y ajoutent souvent d’autres éléments, notamment des dispositions telles que l’article 219, qui correspond à l’article 1217 (Section 1217) de S. 4784, le texte du Senat. Dans un autre contexte, de tels articles pourraient susciter une opposition farouche et ne seraient peut-être pas adoptés, s’ils étaient présentés séparément.
L’article 219 prévoit également une « fusion des données » (« data fusion »). Dans la doctrine de défense, ceci consiste à combiner les flux provenant de nombreux capteurs et sources de renseignement pour former une image globale de ciblage. Les États-Unis absorberaient ainsi des données israéliennes, qui auraient pu être collectées dans le cadre de programmes de surveillance de masse controversés. De plus, l’article 219 serait renforcé par l’article 622 du projet de loi de financement des services de renseignement, qui rend obligatoire le partage des renseignements et favoriserait davantage la combinaison des flux de renseignements américains et israéliens, lesquels pourraient ensuite être utilisés par l’armée israélienne à des fins de ciblage. Cette proposition comporte des risques, compte tenu des antécédents de l’armée israélienne, notamment de son utilisation d’outils numériques, qui, selon Human Rights Watch, est susceptible de mener à des frappes contre des civils en cas de données erronées ou inexactes.
Les États-Unis ont déjà fourni au gouvernement israélien des renseignements qui ont ensuite été utilisés dans le cadre d’opérations susceptibles de constituer des crimes de guerre, risquant ainsi de se rendre complices de ces crimes, comme l’a averti Human Rights Watch. Mais en vertu de l’article 219, les flux de renseignements pourraient finir par être acheminés en permanence vers les systèmes israéliens, uniquement sous la supervision du Secrétaire américain à la Défense. L’article 219 favorisant l’intégration de technologies militaires plutôt que les ventes ou les transferts, aucune autre autorisation du Congrès ne serait requise.
Les nombreux crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les actes de génocide commis par les forces israéliennes à Gaza devraient inciter les États-Unis à réfléchir sérieusement avant de renforcer leur partenariat militaire avec Israël. Mais l’article 219 rendrait les liens encore plus imbriqués, prolongeant ainsi les risques de complicité. Les législateurs américains ont encore la possibilité de supprimer ce projet d’article, aux effets néfastes.
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16.06.2026 à 16:59
Human Rights Watch
Le 15 juin, la Cour d’appel de Londres a validé la décision du gouvernement britannique d’interdire l’organisation Palestine Action, qualifiée de « terroriste ». Cet arrêt préjudiciable, qui infirme une décision antérieure de la Haute Cour contre l’interdiction annoncée par le gouvernement, risque de restreindre davantage le droit de manifester au Royaume-Uni, et ailleurs dans le monde.
L’organisation Palestine Action a été créée en 2020 en tant que groupe de protestation prônant l’« action directe » pour s’opposer aux exactions du gouvernement israélien à l’encontre des Palestiniens. Le groupe a notamment pris pour cible Elbit Systems, une entreprise du secteur de la défense entretenant des liens étroits avec l’armée israélienne.
Depuis la décision prise en 2025 par le gouvernement britannique d’interdire Palestine Action, environ 3 000 personnes ont été arrêtées, dont certaines simplement brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Je m’oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action ». Plus de 700 de ces affaires sont en instance devant les tribunaux d’Angleterre et du Pays de Galles, et de nombreuses autres en sont au stade de la reformulation des chefs d’accusation.
La Cour d’appel a reconnu que l’interdiction pouvait avoir un « effet dissuasif », empêchant les personnes d’exprimer publiquement leurs opinions, mais l’a néanmoins jugée « justifiée et proportionnée » au motif que Palestine Action avait recouru à la violence en endommageant des biens. La Cour a exprimé sa « déférence » envers le gouvernement en matière de sécurité nationale.
De nombreux experts britanniques et des Nations Unies ont critiqué la définition trop large du « terrorisme » adoptée par le Royaume-Uni. Les meilleures pratiques, décrites dans une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies de 2004 soutenue par le Royaume-Uni, associent le terrorisme à des actes visant à causer la mort ou des blessures graves, ou à la prise d’otages.
Or, les dommages criminels, y compris les dommages matériels qui ne mettent pas la vie de personnes en danger, ne devraient pas être qualifiés de terrorisme, selon les normes internationales de bonnes pratiques ; ils relèvent plutôt du droit pénal ordinaire.
Qualifier un groupe de manifestants de « terroristes » a créé une situation absurde, où des milliers de personnes brandissant pacifiquement des pancartes sont accusées de soutien au terrorisme.
Le 12 juin, lors d’un autre procès pénal à Londres, un juge a condamné quatre membres de Palestine Action à des peines allant de cinq ans à sept ans et demi de prison pour un raid mené en 2024 contre une usine d’Elbit Systems, estimant qu’un « lien avec le terrorisme » dans leurs actions constituait une circonstance aggravante.
Human Rights Watch a documenté l’utilisation abusive des pouvoirs antiterroristes pour étouffer la dissidence dans de nombreux pays, dont la Tunisie, le Sri Lanka, la Turquie et l’ Inde. En interdisant Palestine Action, le gouvernement britannique s’est rapproché des gouvernements qui s’attaquent aux libertés démocratiques et font marche arrière en matière de droits humains.
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15.06.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(New York) – Au moins 8 500 attaques contre l’éducation ont été menées dans le monde en 2024-2025, soit une hausse de plus de 40 % par rapport à la précédente période de deux ans, selon le rapport « Education Under Attack 2026 » (« Attaques contre l'éducation 2026 »), publié aujourd’hui par la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (Global Coalition to Protect Education from Attack, GCPEA). Ces attaques ont touché plus de 10 600 élèves, enseignants et autres membres du personnel éducatif dans 83 pays, dont 55 pays qui ne sont pas en situation de conflit armé actif.
« Nous pensons que l’augmentation réelle du nombre d’attaques est encore plus élevée », a déclaré Felicity Pearce, chercheuse principale pour la rédaction de ce rapport. « L’escalade des conflits, la restriction de l’accès humanitaire et les fréquentes censures de l’information signifient que de nombreuses attaques ne sont jamais signalées. »
Dans un contexte d’insécurité et d’instabilité accrues dans le monde, les niveaux de conflit ont atteint leur plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. La GCPEA a recensé le plus grand nombre d’attaques en Colombie, en République démocratique du Congo, en Éthiopie, en Haïti, en Palestine et en Ukraine. Rien qu’en Ukraine, plus de 900 attaques contre des écoles ont été enregistrées. En Palestine, plus de 2 000 attaques ont visé le secteur de l’éducation, et à la fin de l’année 2025, presque toutes les écoles de Gaza avaient été endommagées ou détruites. Haïti, dont la situation est présentée pour la première fois dans l’édition 2026 de ce rapport, a subi plus de 400 attaques. Les plus grands nombres de personnes tuées ou blessées ont été recensés au Myanmar, au Nigeria, au Yémen et au Cameroun.
Les filles et les femmes ont été exposées à des risques accrus de violence et d’exclusion, notamment lors d’attaques ciblées contre des écoles de filles et des violences sexuelles liées aux conflits au Cameroun, en République centrafricaine, en Colombie, en Haïti et au Nigeria. En Afghanistan, les autorités ont fermé les écoles pour filles au-delà de la sixième année scolaire et ont arrêté des enseignantes, poursuivant ainsi leur offensive contre l’éducation des filles.
Le nombre de cas d’utilisation d’écoles à des fins militaires a presque doublé ; le GCPEA a recensé plus de 1 900 cas, la Colombie, la RD Congo et l’Éthiopie étant particulièrement touchées. L’occupation d’écoles par des forces armées ou des groupes armés perturbe non seulement l’éducation et endommage des infrastructures éducatives vitales, mais elle accroît également les risques de recrutement d’enfants, de violences sexuelles et d’attaques de représailles.
Le rapport souligne également l’utilisation croissante d’armes explosives dans les zones peuplées, y compris des explosifs lancés par des drones, lors d’environ 300 attaques contre des établissements scolaires. Plusieurs attaques ont été menées pendant les heures de cours, tuant des élèves et des enseignants et forçant la fermeture prolongée des écoles.
Le GCPEA appelle tous les États à adhérer à la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, et exhorte les gouvernements, les agences des Nations Unies et les bailleurs de fonds à prendre cinq mesures urgentes :
Renforcer les protections juridiques pour les enfants et les systèmes éducatifs.Mettre fin à l'utilisation d’écoles à des fins militaires.Maintenir et protéger la surveillance des attaques à travers le monde.Préserver l'éducation pendant les cycles électoraux.Financer les systèmes d'alerte précoce et d'action préventive.« Ce à quoi nous assistons, c’est la destruction des espoirs et de l’avenir des enfants, l’éducation en soi étant prise pour cible », a déclaré Lisa Chung Bender, directrice exécutive de la GCPEA. « Il s’agit souvent d’attaques délibérées. Ne pas les empêcher relève d’un choix politique, et les conséquences marqueront les générations à venir. »
La Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA) est une coalition d’agences des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales visant à protéger l’éducation dans les situations d’urgence. Ce rapport 2026 est le huitième de la série « Education Under Attack ». Il analyse les tendances mondiales et dresse le profil des attaques et de l’utilisation militaire d’écoles et d’universités dans 28 pays. Le rapport 2026 a bénéficié du généreux soutien de la fondation Education Above All, de l’ONG Education Cannot Wait, et du gouvernement norvégien.
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