17.09.2026 à 18:45
Human Rights Watch
(Berlin, 17 septembre 2026) – Les condamnations pour crimes de guerre prononcées le 16 septembre à l’encontre de l’ancien président du Kosovo, Hashim Thaçi, et de trois anciens hauts responsables de l’Armée de libération du Kosovo (Ushtria Çlirimtare e Kosovës, UCK) constituent une avancée importante vers la justice pour les victimes du conflit du Kosovo de 1998-1999, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Les Chambres spécialisées sur le Kosovo, basées à La Haye, ont déclaré Hashim Thaçi, Kadri Veseli, Jakup Krasniqi et Rexhep Selimi coupables de crimes de guerre, notamment de meurtre, de torture, de traitements cruels et de détention arbitraire. Le tribunal a acquitté les quatre hommes des chefs d’accusation de crimes contre l’humanité. Ces condamnations concernaient des crimes commis pendant la guerre au Kosovo et dans le nord de l’Albanie, à l’encontre d’Albanais du Kosovo, de Serbes, de Roms et d’autres personnes. Le tribunal a condamné Hashim Thaçi et Jakup Krasniqi chacun à 25 ans de prison ; Kadri Veseli et Rexhep Selimi ont été condamnés respectivement à 18 ans et à 13 ans de prison.
« Ce verdict envoie un message important aux victimes et à leurs familles : même les dirigeants puissants ne sont pas à l’abri de la justice », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les conclusions du tribunal soulignent que l’obligation de rendre des comptes pour les crimes graves commis en temps de guerre doit s’appliquer à tous, indépendamment de leur position ou de leur affiliation. »
Le jugement rend compte de l’ampleur et de la gravité des exactions. Les juges ont estimé qu’entre avril 1998 et le 20 juin 1999, les accusés étaient pénalement responsables de l’arrestation et de la détention arbitraires de 385 personnes dans des centres de détention de l’UCK, de la torture de 303 personnes, des traitements cruels infligés à 49 personnes et du meurtre de 96 personnes. Parmi les victimes figuraient des Albanais du Kosovo considérés comme des opposants politiques ou des collaborateurs, ainsi que des Serbes et des Roms.
Les juges ont estimé que les accusés partageaient un dessein criminel commun visant à cibler, détenir et, si nécessaire, tuer ceux qu’ils considéraient comme des opposants à l’UCK, qui aspirait à l’indépendance vis-à-vis de la Serbie. Ils ont conclu que les quatre hommes avaient collaboré pour mettre en œuvre ce plan criminel, notamment par le biais de centres de détention, de la police militaire, des services de renseignement et d’unités spéciales.
Le tribunal a acquitté les quatre accusés des six chefs d’accusation de crimes contre l’humanité, estimant que l’accusation n’avait pas prouvé au-delà de tout doute raisonnable que les actes spécifiques étaient « dirigés contre une population civile » ; ce critère est l’un des éléments requis pour établir l’existence de crimes contre l’humanité, outre le fait que les actes s’inscrivent dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique. Le tribunal a également déclaré les quatre hommes non coupables de crimes de guerre présumés commis dans d’autres incidents. Le tribunal a jugé que ces crimes n’étaient pas prouvés au-delà de tout doute raisonnable, ou étaient déjà couverts par un autre chef d’accusation plus spécifique, ou encore étaient hors de son champ de compétence. Il s’agissait notamment d’incidents présumés postérieurs au 20 juin 1999, date à laquelle le tribunal a estimé que le conflit armé avait pris fin et que les faits ne pouvaient donc pas être qualifiés de crimes de guerre.
Les juges ont souligné que l’UCK elle-même n’était pas jugée et que l’affaire ne portait pas sur la légitimité de la lutte de l’UCK, ni sur les crimes commis par les forces serbes et yougoslaves à l’encontre des Albanais du Kosovo, ni sur une tentative de mettre en balance les crimes commis par une partie avec ceux commis par l’autre. Le jugement portait sur la responsabilité pénale individuelle des quatre accusés pour des crimes spécifiques commis à l’encontre de Serbes, de Roms et d’Albanais du Kosovo.
Les juges ont déclaré que le procès s’était déroulé dans un « climat d’intimidation des témoins ». La Cour a indiqué que certains témoins avaient menti devant les juges ou modifié leurs déclarations antérieures, et que la crainte pour leur sécurité avait pu influencer certains témoignages. Par ailleurs, Thaçi fait l’objet d’une deuxième affaire, aux côtés de quatre autres personnes, devant les Chambres spécialisées du Kosovo pour tentative d’obstruction présumée à la justice.
Ce jugement s’inscrit dans un contexte plus large de responsabilité incomplète pour les crimes commis pendant le conflit du Kosovo, y compris ceux perpétrés par les forces serbes et yougoslaves, a déclaré Human Rights Watch.
Comme l’a documenté Human Rights Watch, les forces serbes et yougoslaves se sont rendues coupables, pendant le conflit, de crimes systématiques et généralisés, notamment de torture, de meurtres, de viols et d’expulsions forcées.
Précédemment, l’ancien président serbe Slobodan Milošević et, lors de procès distincts, sept autres hauts responsables serbes et yougoslaves ont été jugés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Milošević est décédé lors de la tenue de son procès ; parmi les sept autres accusés, six ont été condamnés et un homme a été acquitté. Certains responsables serbes et yougoslaves condamnés par ce tribunal des Nations Unies ont par la suite été célébrés publiquement en Serbie ; ceci souligne la nécessité pour les actuels dirigeants politiques de Serbie et de la région de reconnaître les faits établis concernant les crimes de guerre, et de soutenir la reddition de comptes pour ces crimes.
Au niveau national, des tribunaux serbes ont condamné 17 personnes par jugement définitif, dont 15 Serbes, pour des crimes de guerre lors du conflit au Kosovo. Les poursuites judiciaires menées en Serbie ont principalement visé des auteurs de rang subalterne plutôt que des hauts responsables militaires ou policiers. Pour la grande majorité des crimes de guerre, cependant, personne n’a été amené à rendre des comptes. Le verdict rendu à La Haye le 16 septembre devrait stimuler de nouveaux efforts pour rendre justice à toutes les victimes de la guerre du Kosovo, a déclaré Human Rights Watch.
Les Chambres spécialisées sur le Kosovo sont compétentes pour juger les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et d’autres infractions relevant du droit kosovar liées aux allégations formulées dans un rapport du Conseil de l’Europe de 2010. Dick Marty, le sénateur suisse qui l’a rédigé, a indiqué dans ce rapport que certains anciens hauts responsables de l’UCK étaient responsables d’enlèvements, de passages à tabac et d’exécutions sommaires pendant et après la guerre. Human Rights Watch a documenté des agressions commises après la guerre contre des Serbes et des Roms.
S’appuyant sur le rapport du Conseil de l’Europe, l’Union européenne, avec le soutien massif des États-Unis, a créé la Cellule d’enquête spéciale (Special Investigative Task Force, SITF), basée à Bruxelles et composée d’un personnel international, afin d’enquêter sur ces allégations. Le procureur en chef de la SITF a présenté ses conclusions en 2014, notamment concernant l’intimidation de témoins, et a conclu qu’il existait des motifs crédibles pour prononcer des mises en accusation.
Après que le Kosovo eut modifié sa Constitution et adopté une nouvelle loi en 2015, les Chambres spécialisées sur le Kosovo ont été créées, basées à La Haye et financées par l’UE, ainsi que par le Canada, la Norvège, la Suisse, la Turquie et les États-Unis. Les trois procureurs généraux successifs étaient tous originaires des États-Unis.
« Pour les Albanais du Kosovo, les Serbes, les Roms et les autres personnes qui ont subi ces crimes effroyables, ce jugement apporte une certaine mesure de justice, longtemps attendue », a conclu Hugh Williamson. « Ce verdict rappelle que toutes les victimes de crimes graves commis pendant et après la guerre du Kosovo méritent que justice leur soit rendue, indépendamment de l’origine ou appartenance ethnique des victimes ou des responsables. »
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17.09.2026 à 16:18
Human Rights Watch
(New York) – Un nouveau décret adopté par le gouvernement chinois élargit le pouvoir discrétionnaire des autorités administratives d’interdire arbitrairement à des personnes de quitter la Chine, violant ainsi le droit internationalement reconnu de quitter un pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le règlement sur l’administration des entrées et sorties du territoire (Décret n° 841), adopté par le Conseil d’État et constitué de 19 articles, est entré en vigueur le 15 septembre.
Ce nouveau décret restreint le droit des citoyens chinois ou étrangers de quitter la Chine, selon des motifs vaguement définis, liés à la sécurité nationale ou à d’autres risques. Or, en vertu du droit international relatif aux droits humains, toute restriction légale au droit de quitter un pays doit être nécessaire et proportionnée à des objectifs légitimes.
« Le gouvernement chinois durcit ses règles pour décider de manière arbitraire qui peut et qui ne peut pas quitter la Chine, violant ainsi le droit internationalement reconnu de quitter son pays », a déclaré Maya Wang, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Les autorités soumettent de plus en plus les défenseurs des droits humains et les minorités ethniques à des restrictions et à une surveillance de leurs déplacements à l’étranger, mais d’autres personnes, y compris étrangères, devraient aussi s’inquiéter au sujet de leur capacité à quitter la Chine. »
De nombreuses dispositions du décret n° 841 consolident les restrictions à la sortie du territoire prévues par la loi chinoise sur l’administration des entrées et sorties, la loi sur les passeports et d’autres réglementations. L’article 12, paragraphe 5, de la loi sur l’administration des entrées et sorties, par exemple, autorise déjà de manière générale les autorités à interdire aux citoyens qui « pourraient mettre en danger la sécurité ou les intérêts nationaux » de quitter le pays.
Cependant, le nouveau décret semble intégrer davantage les décisions en matière d’immigration dans un cadre réglementaire de sécurité nationale de plus en plus strict.
L’article 2 du décret autorise les autorités chargées de l’immigration, « lorsque cela est nécessaire », à « dissuader » les citoyens de se rendre dans des pays ou régions « à haut risque » lors du traitement des demandes de documents de voyage ou lors des contrôles aux frontières. Le décret ne définit pas les critères permettant de qualifier un pays ou une région de « à haut risque », ni les conditions dans lesquelles la dissuasion devient « nécessaire », laissant ainsi les décisions à la discrétion des services compétents. L’article 3 stipule que toute personne demandant à quitter la Chine doit démontrer que ses motifs sont « véridiques et licites », sans toutefois définir ce que sont des motifs de voyage « licites » ni préciser quelles preuves sont suffisantes.
Le décret élargit également les motifs justifiant une interdiction de sortie du territoire et, dans certains cas, autorise les autorités à ne pas notifier du tout cette décision, ce qui constitue une violation des droits à une procédure régulière. L’article 4 confère aux autorités administratives le pouvoir d’interdire à des citoyens de quitter le pays pour une durée pouvant aller jusqu’à trois ans s’ils se livrent à des « activités illégales ou criminelles à l’étranger mettant en danger la sécurité ou les intérêts nationaux », sans que ces activités soient précisées.
L’article 6 stipule que les personnes frappées d’une interdiction de sortie du territoire doivent normalement être informées « par écrit des faits, des motifs, de la base juridique et des voies de recours disponibles concernant cette interdiction », mais autorise les autorités à ne pas notifier cette décision « si sa divulgation est susceptible de porter atteinte à la sécurité nationale ou à des enquêtes pénales ». Le décret interdit également aux services intermédiaires spécialisés dans les formalités d’entrée et de sortie du territoire, tels que les conseillers en immigration, de se livrer à des « actes mettant en danger la sécurité ou les intérêts nationaux », définis de manière vague.
En outre, l’article 4 autorise les autorités administratives à interdire à des ressortissants de quitter le pays lorsqu’ils « enfreignent les règles de contrôle des exportations et d’administration des importations et exportations de technologies… d’une manière susceptible de mettre en danger la sécurité industrielle ou technologique nationale ». Une explication officielle des nouvelles règles indique que cette mesure vise à lutter contre « le transfert illégal de technologies à l’étranger ». En mars 2026, les autorités chinoises ont interdit aux cofondateurs de la start-up chinoise d’IA Manus de quitter le pays, puis ont bloqué son rachat par Facebook.
L’article 5 autorise également les autorités à interdire à des étrangers de quitter le pays s’ils figurent sur « la liste des contre-mesures, la liste des entités non fiables [ou] la liste des entités malveillantes » pour avoir « mis en danger la souveraineté nationale de la Chine » et pour d’autres actes définis de manière vague.
Les autorités chinoises ont également prononcé des interdictions de sortie du territoire à l’encontre de ressortissants étrangers spécifiques sans justification. En juillet 2025, le gouvernement a empêché un fonctionnaire fédéral américain et un dirigeant de la banque Wells Fargo de quitter la Chine, alors qu’aucun d’entre eux n’avait été inculpé d’une infraction pénale.
Les citoyens chinois — à l’exception de ceux originaires du Xinjiang et du Tibet — avaient, dans l’ensemble, pu voyager à l’étranger plus facilement depuis 2002, date à laquelle l’Administration des entrées et sorties du ministère de la Sécurité publique a mis en place un système « à la demande » visant à simplifier les demandes de passeport. Cependant, au cours de la dernière décennie, le gouvernement chinois a renforcé les contrôles à la sortie du territoire, notamment en imposant de nouvelles restrictions de voyage aux minorités religieuses et aux défenseurs des droits humains.
En 2016, les autorités du Xinjiang ont confisqué tous les passeports délivrés auparavant dans le cadre d’une vague de répression dans la région. Si certains Ouïghours peuvent désormais voyager à l’étranger, ils continuent de faire face à de sévères restrictions.
Les autorités chinoises exigent également de plus en plus souvent que les fonctionnaires remettent leur passeport « pour des raisons de sécurité », leur imposant d’obtenir une autorisation officielle pour le récupérer. Si ces pratiques sont courantes depuis longtemps chez les hauts fonctionnaires, elles ont été étendues aux employés de rang inférieur, notamment dans les écoles, les universités et les hôpitaux. Les autorités affirment que ces mesures visent à prévenir la corruption et à empêcher la divulgation de secrets d’État.
Ces dernières années, les autorités ont imposé aux citoyens originaires de zones qu’elles considèrent globalement comme à haut risque en matière de fraude en ligne ou d’émigration « illégale » de fournir des documents supplémentaires et d’obtenir de multiples autorisations administratives lors de leurs demandes de passeport.
La Déclaration universelle des droits de l’homme stipule : « Toute personne a le droit de quitter tout pays », y compris le sien. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a précisé, dans son Observation générale no 27, que les gouvernements ne peuvent limiter la liberté de quitter le territoire que lorsque ces restrictions sont « prévues par la loi » et nécessaires « pour protéger la sécurité nationale, l’ordre public, la santé ou la moralité publiques, [ou] les droits et libertés d’autrui ». Ces restrictions doivent être « proportionnées à l'intérêt à protéger », et « constituer le moyen le moins [intrusif] » afin d'obtenir le résultat recherché.
Or, la nouvelle législation chinoise, qui permet aux autorités de restreindre largement le droit de citoyens nationaux ou étrangers de quitter le pays sur la base de prétextes vagues, ne répond pas à ces normes, a déclaré Human Rights Watch.
« Les restrictions à la sortie du territoire imposées par la Chine ne feront que renforcer la répression de la liberté d’expression et de la liberté académique, en accentuant l’autocensure de citoyens chinois ou étrangers craignant de se voir interdire le droit de quitter le pays », a conclu Maya Wang. « Les gouvernements préoccupés devraient exhorter la Chine à abroger ces règles abusives, et soutenir leurs citoyens touchés par ces restrictions arbitraires. »
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15.09.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les récentes attaques menées par les Houthis contre des navires commerciaux en mer Rouge et dans le golfe d’Aden ont probablement constitué des crimes de guerre dans au moins trois cas, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Les Houthis, qui contrôlent la partie nord-ouest du Yémen, ont mené ces attaques après avoir annoncé, le 20 juillet, leur intention d’imposer un embargo maritime à l’Arabie saoudite, qu’ils accusent d’imposer un blocus maritime et aérien saoudien à l’encontre du Yémen. Ces attaques ont visé au moins deux navires battant pavillon saoudien, un navire battant pavillon tanzanien et un navire battant pavillon dominiquais. Les attaques contre des civils ou des biens civils, commises avec une intention délibérée ou de manière imprudente, constituent des crimes de guerre.
« Les Houthis mettent à nouveau la vie de marins en danger de mort en attaquant des navires commerciaux, dans le cadre de leur conflit avec la coalition dirigée par l’Arabie saoudite », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Quelles que soient les considérations géopolitiques, les attaques contre des équipages civils menées délibérément ou par imprudence constituent des crimes de guerre. »
Lieux approximatifs des attaques houthies contre des navires commerciaux, documentées par Human Rights Watch (juillet-août 2026)
Click to expand Image Lieux approximatifs de quatre attaques menées par les Houthis depuis le Yémen contre des navires commerciaux en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, en juillet et août 2026. Sources : Données publiées par le site UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations ), données de suivi des navires. © 2026 Human Rights WatchLe 24 août, les Houthis ont affirmé avoir pris pour cible au moins neuf navires depuis le 20 juillet. Les autorités saoudiennes et yéménites, une compagnie maritime et le capitaine d’un navire ont confirmé quatre de ces attaques : celles contre l’Encelia, le Daisy, le Tihamah et l’Amzan. Les Houthis ont affirmé que seule l’attaque contre le Tihamah visait un objectif militaire, précisant que ce navire transportait du matériel militaire saoudien.
Par ailleurs, le 24 juillet, l’Agence de presse saoudienne (SPA), et la société exploitante du navire NCC Masa ont déclaré que ce navire avait été pris pour cible par les Houthis en mer Rouge, une attaque que les Houthis n’ont pas revendiquée.
Human Rights Watch a examiné les données fournies par le site UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations - Opérations commerciales maritimes du Royaume-Uni), ainsi que celles provenant de sites web de suivi des navires afin de corroborer le type de navire attaqué, ainsi que les lieux et les horaires signalés. Les chercheurs ont vérifié les photographies et une vidéo publiées en ligne après l’attaque contre le Tihamah.
Human Rights Watch a écrit à la société Bihar International Company (qui gère le Daisy et l’Encelia), à la société Bahri (qui gère l’Amzan), et à la société Thubab for Marine Services (propriétaire du Tihamah), au sujet de ces attaques, mais n’a reçu aucune réponse.
Les éléments de preuve examinés par Human Rights Watch, notamment les déclarations des Houthis et les informations accessibles au public concernant ces navires, indiquent que les Houthis savaient ou auraient dû savoir que l’Encelia, le Daisy et l’Amzan étaient des navires commerciaux transportant des civils. Human Rights Watch n’a pas pu confirmer la nature de leur cargaison. Cependant, les Houthis n’ont produit aucune preuve démontrant la présence de cibles militaires à bord de ces navires.
Le 23 juillet, les Houthis ont déclaré avoir pris pour cible la veille deux pétroliers battant pavillon saoudien, dont l’Encelia, en employant des missiles balistiques et de croisière, ainsi que des drones. L’Agence de presse saoudienne, citant l’Autorité générale des transports, a confirmé que l’Encelia avait été touché et avait pris feu au niveau de la proue. L’Autorité a également confirmé que tous les membres d’équipage étaient sains et saufs et que les autorités avaient sécurisé le navire et pris des mesures pour protéger l’environnement marin.
Le 25 juillet, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a mené des frappes militaires contre des sites qui, selon Turki al-Malki, porte-parole de la coalition, avaient été utilisés par les Houthis pour menacer des navires commerciaux en mer Rouge. Il a déclaré que la coalition « continuera à mettre en œuvre toutes les procédures et mesures opérationnelles nécessaires […] pour protéger nos navires ». Human Rights Watch n’a pas enquêté sur les frappes de la coalition, et n’a pas pu confirmer de manière indépendante la description des sites visés.
Le 5 août, les Houthis ont annoncé avoir pris pour cible le Daisy, un pétrolier battant pavillon de la Dominique. À 17 h 30, heure locale, le 5 août, le capitaine du Daisy a signalé une forte explosion alors que le navire naviguait vers l’ouest dans le golfe d’Aden et a indiqué que les ondes de choc de l’explosion avaient causé des dégâts mineurs, mais que l’équipage était sain et sauf, selon le site UKMTO. Par ailleurs, Marine Traffic, un site web de suivi des navires, a par la suite indiqué que le pétrolier avait ensuite poursuivi sa route vers Djibouti.
Le 11 août, les Houthis ont annoncé avoir pris pour cible le Tihamah, un cargo à pont battant pavillon tanzanien, dans le détroit de Bab el-Mandab. À 5 h 07, heure locale, Wadah Al-Dubaish, porte-parole des forces conjointes alliées au gouvernement yéménite sur la côte ouest du Yémen (opposé aux Houthis), a publié sur X qu’un ferry civil utilisé pour transporter des citoyens et des denrées alimentaires avait été pris pour cible près de Bab el-Mandab. Le dernier signal émis par le Tihamah a été reçu par le site web de suivi des navires Marine Traffic à 4 h 39, heure locale.
Selon le ministère des Transports du gouvernement yéménite, le navire a été touché par « trois missiles balistiques consécutifs ». L’attaque a tué au moins quatre membres de l’équipage – trois Pakistanais et un Indonésien – ainsi que deux sauveteurs de la garde côtière yéménite. L’attaque a également fait au moins dix blessés.
Bien que les Houthis aient déclaré par la suite que le Tihamah transportait du matériel militaire saoudien, le communiqué du ministère yéménite des Transports précise que le Tihamah est un navire civil commercial qui transportait des denrées alimentaires. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de confirmer la nature de la cargaison transportée par le navire. Trois photographies et une vidéo vérifiées par Human Rights Watch et géolocalisées dans le détroit de Bab el-Mandab montrent les conséquences de l’attaque. La vidéo montre de la fumée s’élevant du Tihamah. Human Rights Watch a écrit aux Houthis le 7 septembre pour leur demander de fournir des preuves de la présence de cibles militaires à bord, mais n’a reçu aucune réponse.
Le 24 août, les Houthis ont annoncé avoir pris pour cible l’Amzan, un pétrolier battant pavillon saoudien, à l’aide d’un missile balistique. Une heure plus tard, la société exploitante du pétrolier, Bahri, a publié un communiqué confirmant un incident lié à la sécurité impliquant ce navire et a annoncé que tous les membres d’équipage étaient sains et saufs, sans qu’aucun blessé ne soit signalé.
Le droit international humanitaire protège en tout temps les civils et les biens de caractère civil contre les attaques. Les parties à un conflit doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour s’assurer qu’une cible est un objectif militaire avant et pendant l’attaque, et doivent prendre des précautions pour minimiser les dommages causés aux civils. Toute personne qui commet des violations graves des lois de la guerre avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière intentionnelle ou par imprudence – peut être poursuivie pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir aidé, facilité, soutenu ou encouragé un crime de guerre. Les commandants et les combattants qui, sciemment ou par imprudence, attaquent des civils ou des biens civils, ou qui aident d’autres personnes à mener de telles attaques, peuvent être tenus pénalement responsables de crimes de guerre.
Dans le cas du Tihamah, Human Rights Watch n’a pas pu vérifier s’il y avait du matériel militaire à bord du navire. Toutefois, même si tel était le cas, toute attaque contre ce navire dont l’équipage est civil reste soumise aux exigences de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles susceptibles de causer des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté de l’attaque.
Depuis novembre 2023, les Houthis ont attaqué à plusieurs reprises des navires commerciaux en mer Rouge mettant ainsi en danger les marins civils. Les Houthis avaient également déjà détenu 25 membres de l’équipage du Galaxy Leader, un transporteur de véhicules appartenant à une société britannique et exploité par une société japonaise, immatriculé aux Bahamas, et saisi ce navire. Ils ont retenu l’équipage pendant plus d’un an et continuent de détenir le navire. Human Rights Watch avait précédemment conclu que ces attaques constituaient probablement des crimes de guerre.
« Les membres d'équipages de navires civils ne devraient pas avoir à risquer leur vie pour exercer leur métier », a conclu Niku Jafarnia. « Les Houthis devraient mettre fin immédiatement et sans condition à toutes les attaques illégales contre les navires civils en mer Rouge et dans le golfe d’Aden. »
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