
11.10.2026 à 14:39
Desk Russie
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<p>Cet article Octobre 2026 : nouvelles parutions a été publié par desk russie.</p>





























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04.10.2026 à 22:43
Desk Russie
Nous sommes ravis de vous annoncer que le livre du philosophe russo-américain Mikhaïl Epstein, L’Antimonde russe, à peine sorti, a déjà été remarqué par la grande presse. Une page entière […]
<p>Cet article L’Antimonde russe, le Caucase du Sud et nos rendez-vous d’automne a été publié par desk russie.</p>
Nous sommes ravis de vous annoncer que le livre du philosophe russo-américain Mikhaïl Epstein, L’Antimonde russe, à peine sorti, a déjà été remarqué par la grande presse. Une page entière dans Le Figaro du 2 octobre, un grand entretien dans L’Express (version papier du 1ᵉʳ octobre, mais aussi en version électronique), ainsi qu’une colonne dans Le Monde, le jour même de la sortie du livre. Nous attendons d’autres critiques, car il s’agit d’un ouvrage très bien écrit, qui se lit facilement et qui nous révèle des facettes inconnues, sombres et fascinantes de la Russie éternelle et de celle de Poutine. Voici ce qu’écrit Laure Mandeville dans Le Figaro : « Epstein décrypte le destin historique contrarié de la Russie, qui l’a menée à copier l’Occident tout en nourrissant contre lui un désir de vengeance de plus en plus violent. »
Ce livre est disponible sur notre site, chez vos libraires préférés et sur Amazon. Si vous faites un don de 100 euros minimum (qui ne coûteront que 34 euros aux imposables français), nous serons ravis de vous offrir cet ouvrage franco de port.
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Après le cours de Stéphane Courtois sur le PCF et le communisme international, l’Université libre Alain Besançon continue les inscriptions pour le cours suivant. L’année dernière, nous avons consacré un cycle à l’Ukraine. Cette année, c’est au tour du Caucase du Sud. Ancien ministre géorgien et politologue franco-géorgien, Thorniké Gordadzé nous introduira à l’histoire de cette région tourmentée – l’Arménie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan, avant de se pencher sur la situation actuelle dans chacun de ces trois pays. Civilisations anciennes, carrefour de cultures passionnantes, mais aussi de guerres et de commerce, ces pays sont sous la pression de trois voisins puissants : la Russie, la Turquie et l’Iran. Comprendre cette complexité grâce à des explications claires et précises – tel est l’enjeu de ce cours. Attention : il débute le 10 novembre ! Pour vous renseigner et vous inscrire, cliquez ici.
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Enfin, deux rappels des événements à venir.
Le 8 octobre, une journée d’hommage à Alain Besançon, dont notre université libre porte le nom, aura lieu au Palais de l’Institut de France (23 quai de Conti, Paris), de 9 heures à 16 h 30. Ce colloque est consacré à la mémoire de cet historien et philosophe majeur du communisme, de la Russie et des idéologies modernes, disparu en 2023. L’événement rassemble plusieurs intervenants et spécialistes pour explorer son œuvre et son héritage intellectuel. Vous pouvez consulter le programme ici. Pour vous inscrire, écrivez à scbesan@wanadoo.fr.
Le 20 octobre à 20 heures, le Théâtre de la Ville nous convie dans sa salle Les Abbesses, pour la pièce Femme non rééducable, de Stefano Massini. À travers le parcours d’Anna Politkovskaïa, assassinée il y a vingt ans, le texte fait entendre la voix d’une journaliste qui avait choisi de témoigner, au risque de sa vie, sur la guerre, la répression et la dérive autoritaire du régime de Vladimir Poutine. Ce spectacle sera suivi d’un débat dont le principal invité sera Dimitri Mouratov, prix Nobel de la paix, rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, le journal où travaillait Anna jusqu’à sa mort. Véra Michalski, son éditrice en France, Jean-François Bouthors, son rédacteur, et Galia Ackerman, sa traductrice en français, partageront des souvenirs. Ce sera aussi une occasion d’acheter les livres de Politkovskaïa, toujours d’une grande actualité et d’une incomparable perspicacité. Il faut vite s’inscrire, la salle est déjà bien remplie !
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04.10.2026 à 19:42
Elisabeth Vinitzki
Les paroles des hymnes ukrainien et russe révèlent des aspirations nationales profondément différentes : les uns se disent prêts à mourir pour leur liberté, les autres exaltent la puissance sacrée de la Russie.
<p>Cet article La gloire et la liberté n’ont pas encore péri a été publié par desk russie.</p>
Dans cet essai, l’autrice compare les textes des hymnes ukrainien et russe, dont les paroles respectives sont révélatrices de la différence dans les aspirations nationales des deux peuples. Les uns se disent prêts à mourir pour leur liberté, les autres vantent la puissance sacrée de la Russie.La matière sonore de la nation
Parmi les symboles d’un État, deux occupent une place à part : le drapeau et l’hymne national. Le drapeau est le corps de la nation : un morceau d’étoffe que l’on hisse, que l’on abaisse, qui enveloppe les vivants comme les morts. L’hymne est son souffle : quelques minutes de musique et de mots qu’on chante debout, avec son cœur sur le podium, avec ses tripes devant le peloton d’exécution. Là où le drapeau se contemple, l’hymne s’incarne, il exige une voix, un corps qui le porte, une communauté qui le fait résonner. C’est pourquoi un hymne n’est jamais neutre : il dit une époque, une aspiration, et chaque régime qui l’interdit ou le réécrit avoue, malgré lui, ce qu’il craint et ce qu’il veut faire oublier.
Les hymnes nationaux sont des artefacts politiques datés – la plupart naissent au XIXᵉ siècle, à l’époque où les nationalismes européens produisent à l’envie leurs légendes, leurs héros et leurs musiques. Mais le destin d’un hymne ne s’arrête pas à son adoption officielle : interdit, ressuscité, réécrit, il traverse l’histoire en accumulant les couches de sens. C’est précisément ce que nous pouvons observer avec l’hymne ukrainien et l’hymne russe : deux textes contemporains, adoptés presque en même temps (2003 et 2000), mais porteurs de deux conceptions du monde radicalement opposées, l’une forgée par un siècle et demi d’interdictions et de résurrections, l’autre par trois réécritures successives visant à abolir l’Histoire au profit de l’éternité.
L’hymne national ukrainien est une déclaration de survie qui affirme que « la gloire de l’Ukraine n’est pas encore morte, ni sa liberté » non pas comme un triomphe, mais comme une affirmation de persistance et de résilience malgré les épreuves historiques. Les verbes sont au futur : le sort nous sourira, les ennemis périront, nous donnerons notre âme, nous gouvernerons… L’Ukraine a un passé, un présent et un avenir.
Le texte reste dans un registre solennel et guerrier, avec des références symboliques fortes : les « jeunes frères » désignent les nouvelles générations, tandis que la mention des Cosaques rattache l’hymne à une longue tradition de résistance ukrainienne.
L’hymne fonctionne à trois niveaux :
Politique : écrit par Pavlo Tchoubynsky en 1862 et mis en musique un an plus tard par Mykhaïlo Verbytsky, à une époque où son territoire est partagé entre l’empire russe et l’empire autrichien, l’Ukraine existe et résiste comme nation même sans État indépendant, malgré des siècles de partition, de répression, de guerre et de trahison.
Éthique : il fait appel au sacrifice personnel pour le bien commun.
Historique / culturel : enracinement dans la tradition cosaque zaporogue, symbole de liberté.
Chanté en chœur (assemblée parlementaire, match, tranchées), l’hymne transforme les individus en communauté. La langue ukrainienne elle-même devient un acte de résistance identitaire. L’hymne affirme finalement que la nation est avant tout une volonté collective de liberté, au-delà des frontières et des institutions.
Le 9 avril 1990, entonner cet hymne à la Rada, dans l’enceinte même du pouvoir soviétique ukrainien, était un acte de défi civique : faire retentir publiquement une mélodie bâillonnée pendant 70 ans, avant même que l’État n’existe – le chant qui appelle l’État.
Ce chant, interdit de 1920 à 1990, ne s’enrichit pas par son texte mais par ses usages : de l’enregistrement gramophone de 1910 à la Rada en 1990, chaque épreuve ajoute une couche de sens au « ще » (encore) de 1862 : « Ni la gloire ni la liberté ne sont encore mortes en Ukraine. » Le texte est rétabli de facto comme hymne national chanté lors de l’investiture du président Leonid Kravtchouk le 5 décembre 1991, confirmé par la Constitution de 1996, et adopté dans sa version actuelle le 6 mars 2003 par la Rada.

L’hymne russe chante l’être. Pas de verbe conjugué au premier vers : « La Russie, notre puissance sacrée. » Le temps est aboli – « ainsi fut, ainsi est, ainsi sera toujours » –, l’ennemi absent, le sacrifice corporel inexistant. La liberté est un attribut constaté, pas une conquête. Le territoire se déploie « des mers du Sud au pôle », panorama divinement protégé que l’on contemple depuis le haut – encore que ces « mers du Sud » relèvent moins de la géographie que de l’imaginaire impérial : le rêve de Pierre 1er d’accès à la mer.
L’Histoire est gommée : aucun nom, aucune date – seulement des « ancêtres » anonymes et une « sagesse » descendue d’on ne sait où. Le sacré est explicite, descendant : « Terre natale protégée par Dieu. » La sacralité vient d’en-haut, elle est ontologique, la Russie n’est pas sacrée parce qu’elle agit, elle est sacrée parce qu’elle est. À l’inverse de l’Ukraine, où Dieu est absent : le sacré ukrainien est incarné dans le sacrifice humain – « Pour notre liberté, nous n’épargnerons ni nos âmes, ni nos corps. » Le sacré n’est pas au-dessus du peuple, il est dans le peuple, dans son acte de se donner.
C’est d’abord sur demande de Staline que Sergueï Mikhalkov a écrit une première fois le texte en 1944 ; la deuxième fois, en 1977, ce fut sur instruction de Brejnev ; et la troisième fois en 2000 sur ordre de Poutine, effaçant au passage les noms de Lénine et Staline pour ne garder que la mélodie et la référence à la « Grande Russie ». La parenthèse de 1990-2000, l’hymne sur la musique de Glinka, avec ses vers éphémères de Radouguine sur la liberté, est traitée comme un accident à effacer.
Même sans être musicologue, l’oreille distingue immédiatement les deux atmosphères. Côté ukrainien, la mélodie de Verbytsky a d’abord été écrite comme chant choral, avant d’être orchestrée. Sa durée, d’environ 1 min 30, correspond à celle d’un lied : intime, vocale, ascendante comme un souffle. Elle porte la fragilité du ще, le chant s’élève, mais ne s’impose pas.
Celle d’Alexandre Alexandrov (1944) est d’un genre différent. Composée par le général fondateur du Chœur de l’Armée rouge, orchestrée sous ordre de Staline avec harpes, cloches et cordes renforcées, elle gonfle avec la grandeur chorale sur un rythme mesuré et constant. Durée plus longue, texture plus dense, basse lourde, tout sert à l’impression de masse et de permanence. Là où l’ukrainien monte comme un cri, le russe s’abat comme un marteau.
La musique ne ment pas : elle confirme ce que disent les textes. Le devenir fragile d’un côté, l’être massif de l’autre.
Entre ces deux textes, tout s’oppose. Le corps ukrainien s’offre ; le sujet russe n’existe que par sa fidélité. La fraternité ukrainienne est horizontale – « браття », les pairs cosaques – ; la fraternité russe est verticale – « l’union séculaire des peuples frères » où Moscou domine. Le territoire ukrainien se conquiert ; le territoire russe se contemple. L’Histoire ukrainienne s’accumule par ses usages interdits ; l’Histoire russe s’efface par ses réécritures successives. Une blague soviétique le résumait déjà : dans le jargon de Moscou, c’était la Russie qui distinguait les « pays frères » des « pays amis ». La « fraternité » que l’hymne russe célèbre encore comme une « union séculaire des peuples frères » n’a jamais été qu’un asservissement. Trente ans après la chute de l’URSS, la formule n’a jamais été aussi actuelle – Moscou continue d’exiger de ses « frères » une loyauté de sang qu’ils n’ont jamais choisie, et Kyïv continue de lui répondre en actes : l’Ukraine a tourné le dos au grand frère pour rejoindre la famille qu’elle a choisie : européenne, libre, consentie.
L’hymne ukrainien est un chant de mortels qui se savent vulnérables et qui choisissent de lutter. L’hymne russe est un chant d’éternité qui ne craint rien et ne se souvient de rien. Le premier dit : « nous existons encore ». Le second dit : « nous avons toujours existé ».

Le 24 février 2022, lorsque la Russie lance son invasion à grande échelle de l’Ukraine, l’hymne ukrainien prend une dimension qu’aucun législateur de 2003 n’aurait pu imaginer. Tandis que les explosions retentissent sur Kyïv, des enfants chantent « Ще не вмерла України » dans les stations de métro transformées en abris anti-bombes. Leurs voix dans les couloirs souterrains donnent au « pas encore » une résonance littérale : la mort n’est plus une métaphore poétique, elle est là, au-dessus, dans le ciel. Dans le même temps, le monde entier le reprend – du Metropolitan Opera aux cathédrales européennes – et le « ще не вмерла » ukrainien devient le cri universel de tout un peuple qui refuse de mourir.
Symétriquement, l’hymne russe connaît un destin inverse. Aux Jeux Olympiques de Paris 2024, il est interdit : les athlètes russes concourent sous bannière neutre, sans drapeau, sans hymne. Ce chant qui affirme « ainsi fut, ainsi est, ainsi sera toujours » est réduit au silence sur la scène sportive mondiale. L’hymne qui effaçait l’Histoire se trouve à son tour effacé de l’espace international.
Et c’est au Grand Palais, le 3 août 2024, que se joue la scène la plus dense de sens de ces Jeux. Olga Kharlan et son équipe de sabreuses arrachent l’or par équipes face à la Corée du Sud. Sur le podium, elles entonnent elles-mêmes leur hymne – et le public entier se lève. « Je voulais que le monde entende notre hymne, qu’il voie notre drapeau », avait dit Olga Kharlan, 33 ans, dont la mère a vécu des mois dans une cave sous les bombardements, à Mykolaïv.
Cinq jours plus tard, le boxeur Oleksandr Khyjniak monte sur la première marche du podium : saisi d’émotion, incapable de chanter l’hymne, il fond en larmes. Son seul mot : « Je dédie cette médaille à chaque Ukrainien. »
Et pour finir, le sourire de Yaroslava Mahoutchikh, l’enfant de Donetsk, médaille d’or en saut en hauteur, drapée de bleu et jaune, elle qui a fui la guerre à 15 ans et saute désormais pour la ville bombardée qui l’a vue grandir.
Le chant des sabreuses, les larmes du boxeur, le sourire de l’athlète : trois visages du même combat.
L’ironie atteint son sommet quand on revient aux premiers vers de l’hymne soviétique de 1944 dont Poutine rétablit la mélodie en 2000 : « Indestructible est l’union des libres républiques, unies à jamais par la Grande Russie. »
L’Ukraine était l’une de ces « républiques libres ». En 2022, cette même Grande Russie bombarde Kyïv. Quand les athlètes ukrainiennes chantent « ще не вмерла », elles répondent, 80 ans plus tard, à la « Grande Russie » de 1944 : l’union n’était ni libre, ni indestructible.
L’hymne ukrainien, qui dit la fragilité et la lutte, gagne en reconnaissance mondiale par son usage même : plus on le menace, plus il retentit. L’hymne russe, qui dit l’éternité et la grandeur, perd sa voix proportionnellement à son isolement : plus il affirme, moins on l’entend. Le « ще » (« encore ») s’avère prophétique : la survie se prouve par le chant, et le chant se prouve par la persévérance.
<p>Cet article La gloire et la liberté n’ont pas encore péri a été publié par desk russie.</p>