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Au Poste – Flux des émissions
 
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17.06.2026 à 09:00

Elisa Rojas contre la loi euthanasie : cette voix de gauche qui détonne

Au Poste

Handicapée, avocate, militante, Elisa Rojas signe un plaidoyer implaccable contre la loi d’aide à mourir dans la dignité. Pour l’autrice de Pour mourir, tapez 1 (Détour), la loi ne ne serait rien d’autre que de la nécropolitique. Loin des considérations catho-réacs, Elisa nous met face à nos contradictions : notre soif d’autodétermination de nos corps doit elle se faire sur l’autel du validisme ?
Lire plus (123 mots)

La loi sur l’aide à mourir, votée par l’Assemblée nationale dans un quasi-consensus qui a traversé la gauche, est une loi de classe : c’est la thèse d’Elisa Rojas, avocate, militante antivalidiste et féministe, dans son essai Pour mourir, tapez 1 (Editions du Détour) paru en avril dernier.

Face à un système de soin en ruine, légaliser l'euthanasie, c'est offrir aux personnes handicapées et malades une sortie bon marché à la place d'une prise en charge digne — rendre la mort préférable au soin, c'est présupposer que certaines vies ne valent pas d'être vécues. Une voix minoritaire à gauche, radicale, dérangeante, que l'on entend trop peu.

15.06.2026 à 07:00

VSS : « Un enfant toutes les trois minutes » + DGSI et ses barbouzeries anti-syndicales

Au Poste

Un syndicaliste piégé par la DGSI sur numéro prépayé désactivé, une loi contre les violences sexuelles mise au placard jusqu'à la mort d’une enfant : France Déter reçoit ce matin deux invités qui, chacun à leur façon, instruisent le procès d’un État qui sait très bien choisir ses cibles.
Texte intégral (722 mots)

Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.

La rencontre avec Tayeb Khouira et Céline Thiébault-Martinez

Tayeb Khouira: secrétaire national de Solidaires, ancien porte-parole de Sud-Aérien est agent de piste à Roissy-Charles-de-Gaulle, il raconte une convocation qui ressemble à tout sauf à ce qu'on lui avait annoncé. Le 20 janvier 2024, un samedi à 18h, un numéro inconnu l'appelle: le commissariat du Blanc-Mesnil veut lui parler. Il se présente, se fait fouiller, monte au premier étage. Deux agents lui posent leur première question: vous savez pourquoi vous êtes là? Il répond: le vol d'un carte bancaire dont il est victime. Réponse: «Ah non, c'est une histoire plus grave.» Ce qu'on lui reproche: «glorifier le Hamas» et inciter ses collègues à «tout faire exploser sur l'aéroport». S'enchaînent deux heures de questions sur son militantisme, son soutien à la Palestine, et --- révélateur --- quelle mosquée il fréquente et s'il envoie de l'argent à l'étranger. Aucun PV, aucun droit notifié, aucun avocat. En sortant, il rappelle le numéro: désactivé.

Ce n'était pas des agents du commissariat qui l'interrogeaient mais ceux de la DGSI. Les caméras de surveillance ont prouvé sa présence. L'IGPN, saisie, s'est dessaisie. La DGSI a mené sa propre enquête sur elle-même. Lors d'une seconde convocation, une agente lâche: «Même nous, on n'a pas accès au dossier. C'est classé secret défense. Ça vient de très haut, et quelqu'un de très bien placé vous en veut.» Dans les dépositions récupérées après le classement de sa plainte, les agents évoquent «une alerte sur un attentat imminent» le jour même. Tayeb Khouira démonte: «On n'appelle pas quelqu'un qui doit commettre un attentat à 18 heures.» Aucun badge bloqué, aucun collègue interrogé à Roissy. Pour lui, le mobile est politique: figure des blocages de l'aéroport pendant la réforme des retraites, soutien affiché à la Palestine, à l'approche des JO. «C'était un cocktail de répression syndicale, c'était de la barbouillerie tout simplement.» Avec Solidaires et la Ligue des droits de l'homme, il saisit le tribunal administratif pour engager la responsabilité de l'État.

Céline Thiebault-Martinez: députée PS de Seine-et-Marne, elle, a déposé le 2 décembre 2025 une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles transpartisane, portée avec des élus communistes, écologistes et du bloc central, adossée aux associations féministes et enfantistes, la loi a dormi. L'affaire Lyhanna l'a ressortie du tiroir: elle sera discutée à partir du 15 juillet --- mais pas sous la forme voulue par ses auteurs, Lecornu ayant choisi un véhicule législatif plus étroit.

Thiébault-Martinez commence par les chiffres: 160 000 enfants victimes de VSS par an, un toutes les trois minutes. 270 000 femmes victimes de violences conjugales en 2023, en hausse de 10%. 94% des plaintes pour viol classées sans suite. 1% des violeurs punis. Elle dénonce le «pointillisme législatif» des gouvernements successifs --- des petites lois qui ne font pas système face à des violences qui, elles, font système. Sa proposition: une juridiction spécialisée sur le modèle espagnol, des magistrats et policiers formés au psychotrauma, la fin des alternatives aux poursuites pour VSS, une aide juridictionnelle sans conditions de ressources, la prescription glissante étendue aux majeurs. Sur Macron qui a dit que ce n'est pas une question de moyens: «Le budget a augmenté, mais qu'en a-t-on fait? On a surtout construit des places de prison.» Sur les 70 000 plaintes que Darmanin promet de réexaminer: «Cette annonce en elle-même n'a pas de sens parce qu'on ne sait pas à quoi elle sert en réalité.»

"France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.

Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.

C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!

09.06.2026 à 20:00

Bolloré, édition, cinéma, médias : anatomie d’une conquête

Au Poste

Trois heures, dix invités, un seul nom : Bolloré. De Grasset à Cannes en passant par CNews, la Bollo Night a réuni la « dream team de la riposte » pour nommer les mécanismes d’un empire et tracer les voies du démantèlement.
Texte intégral (800 mots)

La rencontre avec Sarah Legrain, Laurent Binet, Nicolas Norrito, Anaïs Massola, Arié Alimi, Marine Rio, Joseph Paris, Christophe Cognet, François Bonnet et Thibaut Bruttin

Premier plateau -- L'édition

Laurent Binet (auteur Grasset) revient sur la déflagration du printemps : le licenciement d'Olivier Nora, directeur de Grasset depuis 25 ans, après son refus de publier un texte d'extrême droite. «Ce premier soir, 130 auteurs qui claquent la porte d'une maison d'édition en une seule fois -- c'est quelque chose qu'on n'avait jamais vu, je crois, dans le monde.» Il reconnaît la critique de la naïveté antérieure : «Ça s'est pas passé il y a trois ans, ça se passe maintenant, c'est tout.»

Nicolas Norrito (éditions Libertalia) assume une franchise plus abrasive : «Ça fait des années qu'on vous dit de partir. L'avantage avec Bolloré, c'est qu'il avance franchement. Il n'y a pas de masque. C'est de l'extrême droite, c'est la croisade d'extrême droite.» Il souligne la concentration verticale : Hachette contrôle l'édition, la diffusion, la distribution et les points de vente (relais) depuis un siècle et demi, «le nerf de la guerre». Et reconnait que ses librairies dépendent d'Hachette, distributeur capable de livrer les livres plus vite que son ombre.

Anaïs Massola (syndicat de la librairie française) pointe la récurrence du problème : «Notre richesse est notre écurie d'auteurs» -- un vocabulaire qu'elle juge «particulièrement étrange» et révélateur d'un système de dépendance structurel.

Sarah Legrain (députée LFI, rapporteure de la future loi anti-concentration si LFI venait à prendre le pouvoir) formule le diagnostic politique : «Bolloré incarne l'alliance de l'ultralibéralisme et de l'extrême droite réactionnaire.» Sur les subventions publiques : «90% du marché du livre sont détenus par 10 groupes. Quatre d'entre eux contrôlent 70% du marché et 80% de la distribution. Si, en plus, c'est eux qui captent les aides publiques aux livres, là il y a un sujet.»

Deuxième plateau -- Le cinéma

Marine Rio (collectif Zappé Bolloré, programmatrice) explique l'origine de la tribune Cannes : «On a utilisé ce dernier festival avant l'élection présidentielle de 2027 en se disant que c'était peut-être le dernier festival de Cannes sans l'extrême droite au pouvoir.» Elle révèle que Jean-Pascal Zadi n'a jamais retiré sa signature de la tribune : «Cette information vient du JDD. Aucun autre journaliste n'est allé vérifier en appelant Jean-Pascal Zadi. C'était un mensonge.»

Arié Alimi (avocat, CGT Spectacle, Ligue des droits de l'homme) détaille la procédure judiciaire contre Canal+ pour discrimination : «À partir du moment où [le directeur de C+] Saada dit "on ne travaillera plus avec ces gens-là", la discrimination est déjà en œuvre. Il n'a même pas besoin de faire quoi que ce soit. Il suffit qu'il l'ait dit.» Il exhorte : «On ne peut pas lutter contre Bolloré et aller sur CNews nourrir la bête.»

Joseph Paris (SRF) prévient d'un glissement : après la déclaration de Saada sur les signataires, ce dernier a franchi un cran supplémentaire en annonçant des clauses pénalisant «les porteurs de projet dont la parole aurait porté préjudice à Canal Plus» -- soit l'ensemble des cinéastes. «Ce n'est plus simplement les signataires. C'est une modalité précise de mise en œuvre d'un contrôle sur leurs paroles.»

Sur la logique Bolloré dans le cinéma, Arié Alimi tranche : «Il veut acheter des vecteurs de la culture, les vider de leur substance et en faire des véhicules, des armes de guerre idéologiques. C'est disparaître maintenant ou disparaître à petit feu. Il n'y a pas d'alternative.»

Troisième plateau -- Les médias

François Bonnet (Fonds pour une Presse Libre) résume le danger en une phrase : «Le danger, il est immédiat. C'est l'installation en France d'un régime autoritaire, xénophobe, fondé sur l'inégalité.»

Thibaut Bruttin (RSF) détaille la stratégie de Bolloré/CNews : faire du pluralisme une neutralité mathématique, contourner les obligations de la loi de 1986 en invitant uniquement des journalistes d'extrême droite, des think-tanks idéologiquement marqués, tout en ciblant systématiquement des journalistes dans des campagnes hebdomadaires de harcèlement à l'antenne. Une décision de l'Arcom sur le pluralisme de CNews est imminente : «Si on gagne, on va s'en prendre plein la poire. Si on perd, aussi.»

Une folle soirée en partenariat avec Césure

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