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28.01.2026 à 06:00

Omar Alsoumi, « jugé pour avoir fait l'apologie de la révolution décoloniale »

Omar Alsoumi

Omar Alsoumi est cofondateur et porte-parole du collectif français Urgence Palestine, sous le coup d'une menace de dissolution. Dans Enfant de Palestine, en librairie le 28 janvier, il raconte son histoire et celle de sa famille palestinienne, ses engagements, notamment pour l'écologie, et pour les droits de son peuple. Dans l'extrait que publie Orient XXI, il revient sur la répression qui frappe ceux qui luttent pour la libération de la Palestine. Le 6 mai 2026, il sera jugé pour « (…)

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Texte intégral (3071 mots)

Omar Alsoumi, «

Omar Alsoumi est cofondateur et porte-parole du collectif français Urgence Palestine, sous le coup d’une menace de dissolution. Dans Enfant de Palestine, en librairie le 28 janvier, il raconte son histoire et celle de sa famille palestinienne, ses engagements, notamment pour l’écologie, et pour les droits de son peuple.

Dans l’extrait que publie Orient XXI, il revient sur la répression qui frappe ceux qui luttent pour la libération de la Palestine. Le 6 mai 2026, il sera jugé pour «

14 mai 2025. Omar Alsoumi (à droite), porte-parole d’Urgence Palestine, et Raphaël Arnault, député La France insoumise (LFI), membre fondateur et ancien porte-parole de la Jeune garde (à gauche) lors de notre émission Horizons XXI sur Au Poste.
Revoir ce débat croisé entre Urgence Palestine et La Jeune garde ici

Un vendredi soir de la fin mai 2025, en sortant du parking où j’ai garé ma Dacia familiale, ma carte bancaire est rejetée lorsque je veux régler. Je tente avec celle de mon compte joint, idem. Je consulte l’application du Crédit Agricole, elle est inaccessible. Je crois à un piratage de mon compte, mais cela n’explique pas que ma carte bancaire de la Banque Postale soit également rejetée. J’en déduis que c’est l’automate du parking qui est défaillant. Je me rends le lendemain à la première heure à un guichet du Crédit Agricole, où le jeune employé m’informe qu’un problème est survenu sur mon compte. Le directeur de la banque m’indique qu’il s’agit d’un problème relevant du siège, qui ne répondra pas avant le mardi suivant. Je vais à la Banque Postale, où est ouvert notre compte joint. La guichetière se montre beaucoup plus directe. Elle me désigne son écran, sur lequel figure un gros encadré rouge : «

Un acharnement stupide et dérisoire

J’appelle mon avocate, qui effectue une recherche rapide et me confirme : un décret a été publié dans la nuit. Il stipule :

Les fonds et ressources économiques qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par M. Omar SOMI, alias M. Omar AL SOUMI, né le 29 octobre 1981 dans le 14e arrondissement de Paris (75), dirigeant du groupement de fait «SOMI, alias M. Omar AL SOUMI, ou agissant sciemment pour son compte ou sur instructions de celui-ci, font l’objet d’une mesure de gel des avoirs pour une durée de six mois à compter de la publication du présent extrait au Journal officiel de la République française. La mise à disposition, directe ou indirecte, ou l’utilisation de fonds ou ressources économiques au profit de cette personne et des personnes morales ou de toutes autres entités qu’elle contrôle, détient ou qui agissent sciemment pour son compte ou sur son instruction sont interdites pour une durée de six mois.

Ouf. Ce charabia est long. Je le trouve drôle.

Je suis un peu sonné, mais je prends ces nouvelles avec le sourire. Cet acharnement est stupide et dérisoire. Stupide, car rien ne nous fait peur depuis que nous avons vu, jour après jour, des enfants calcinés dans les bras de leurs parents en pleurs. Comment pourrions-nous encore avoir peur

Le fait que je fasse partie des dirigeants d’Urgence Palestine suffit à mobiliser une loi antiterroriste pour priver ma famille de ses moyens de subsistance et nous mettre sous des restrictions ultra-sévères.

Dès le début, le ministre de l’intérieur a voulu inscrire la dissolution d’Urgence Palestine dans la lutte contre ce qu’il appelle« J’ai souvent travaillé avec des personnes proches ou issues de cette mouvance. Je les plains pour toute la violence qu’elles subissent. Torturées à mort en Égypte alors que leur mouvement a gagné les seules élections démocratiques du pays, étranglées en France malgré tous les compromis réalisés. Leurs réseaux sont en total retrait de la mobilisation actuelle, contrairement à 2009, quand nous avons connu les plus importantes manifestations pour la Palestine de l’histoire du pays. Et en l’occurrence, Urgence Palestine, qui accueille cordialement toutes les forces qui partagent sa plateforme politique et ses valeurs, ne compte pas dans ses rangs de représentants de cette tendance parmi d’autres de l’espace social et politique musulman. Ce sont les Émiratis qui dans le monde arabe sont devenus les fers de lance de la lutte contre les Frères musulmans. On ne peut exclure que leur action ait influé sur le candidat potentiel Retailleau. Ce qui est sûr, c’est que le lobby pro-israélien Elnet est à l’initiative du meeting « durant lequel, quelques semaines avant l’attentat islamophobe de La Grand-Combe1 le ministre de l’intérieur a proclamé : «

(…)

Quand la police débarque

5 novembre 2025. Je me suis réveillé vers 5h30, c’est encore un peu tôt pour la prière de l’aube. J’ai regardé d’un œil endormi les nouvelles sur mon téléphone : Zohran Mamdani a gagné les élections à New York. Voilà une nouvelle qui fait plaisir. Je somnole encore quand des coups violents font trembler la maison familiale. Il est 6h09. J’ai tellement de chance, je suis plein de gratitude : j’ai une famille que j’aime, une épouse belle, forte et brillante, des enfants vifs et curieux, nous habitons une maison avec un grand jardin à l’entrée du domaine naturel où nous avons notre ferme. Ma vie est celle d’un grand privilégié. Ce n’est pas parce que je m’ennuie ou que mon esprit est troublé que je milite contre le sionisme et le colonialisme, pour la libération de la Palestine. C’est parce que c’est ainsi que je conçois la responsabilité de notre génération.

Quand la police débarque à la maison, je ne ressens pas une once de peur, mais fais preuve d’une attention lucide autant que faire se peut : protéger notre intimité, veiller à la sécurité de nos enfants, préserver la dignité de notre foyer. Nous étions préparés à ce risque. Nous en avions beaucoup parlé avec mon épouse et les enfants après les vagues répressives du printemps qui annonçaient l’intention du gouvernement de dissoudre Urgence Palestine. Les forces de l’ordre étaient déjà venues à quinze, en mon absence, de nuit, terrorisant ma famille. C’était juste avant que mes comptes ne soient gelés. Perquisitions, gardes à vue, assombrissent depuis longtemps le quotidien de nos luttes antiracistes et anticoloniales, et de plus en plus celui des luttes sociales et écologistes. Près de 500 personnes ont avant moi subi la violence d’être accusés d’apologie du terrorisme par le pouvoir français aligné sur son allié israélien. Dès le 10 octobre 2023, une circulaire du ministre de la justice appelait les procureurs à « à l’apologie du terrorisme, qu’il définissait comme « [du 7 octobre 2023], en les présentant comme une légitime résistance à Israël Nous étions prévenus. Nous avons passé ces deux années de lutte à trouver les mots qui nous permettraient de défendre la légitimité de la résistance anticoloniale sans donner au gouvernement les moyens de nous écraser à bon compte.

Notre collectif Urgence Palestine, fondé après le 7 octobre 2023, n’a pas pris position sur les événements des premiers jours suivant le début de cette bataille du Déluge d’Al-Aqsa. Par-delà les actions militaires de ces jours pleins de brouillard de guerre et de propagande, subsiste une incompréhension entre l’espace occidental et l’espace arabe qu’il convient de lever : ce qu’on appelle la «

Dès les premiers instants de la perquisition, mon jeune fils a pu rejoindre mes filles à l’étage sans être trop exposé à la brutalité des allées et venues de cette brigade armée dans notre foyer. La perquisition n’a pas trop duré, mon téléphone a été saisi avant d’être mis sous scellé. Comme mon ordinateur, et avec lui la version originale du manuscrit de ce livre, balancé dans l’armoire du commissariat en attendant mon jugement.

(…)

Ce matin nous offre un somptueux lever de soleil sur le chemin du cachot. Si on jauge une civilisation à l’aune de ses prisons, alors la France croupit dans un crépuscule délabré et puant. Nous sommes jusqu’à cinq dans une cellule qui compte quatre maigres matelas à même le béton et trois couvertures usagées. Les toilettes débordent d’une nuée pestilentielle, collante et âcre. Ce commissariat est fait pour humilier. Comme la répression vise à faire peur et douter. J’oscille entre gravité et détachement amusé. Ce n’est pas juste et c’est violent ce que ma famille, mes camarades et moi subissons. Cependant, il est dérisoire et ridicule que la France s’en prenne de façon aussi grossière à des personnes qui ne font que défendre le droit d’un peuple à vivre libre sur sa terre. Nous faisons face à une oppression inacceptable. Néanmoins, ce n’est rien par rapport aux sacrifices des résistants qui sont nos références. Nous sommes en France.

En Palestine occupée, dans les geôles coloniales, nos frères et sœurs détenus le sont sans procès, sans avocat, soumis à la torture, aux pires sévices et privations. Le Parlement israélien s’apprête à voter un texte de loi permettant d’infliger la peine de mort aux prisonniers palestiniens. Avant même cela, depuis le 7 octobre 2023, plus de 80 prisonniers sont tombés en martyrs en détention. Chacun a un nom, une histoire, une famille. C’est sans doute d’eux dont il faudrait parler ici. Toutefois, beaucoup ont besoin de figures d’identification plus proches pour se sentir concernés, alors j’essaie de faire le trait d’union entre toutes ces histoires : nous sommes ici de petits résistants élevés par les grands résistants qui sont là-bas. En France, je suis avec des prévenus de droit commun : des personnes qui, selon les cas, ont braqué, cambriolé, conduit en état d’ivresse, trafiqué de la cocaïne ou sont sans papiers. Il y a une femme aussi, dans une cellule solo dans notre aile mixte. Elle a mis un coup de couteau à son compagnon violent.

«

(…) Une expertise psychiatrique a été exigée avant de m’envoyer au tribunal. Je ne suis pas fou, plutôt mature et raisonnable même, à en croire le médecin d’origine roumaine qui a fui la dictature quelques décennies avant d’être réquisitionné pour m’examiner. Il me parle de Gandhi et de Ceaușescu. Je ne lui parle ni de Macron ni de Retailleau. Je préfère citer Jésus, Issa, le plus illustre des enfants de Palestine. Voilà une heure plutôt plaisante parmi celles passées au trou. Lors des auditions, j’ai choisi de garder le silence. Ce sont les conseils de mon avocate et le fruit de l’expérience accumulée de nos luttes. Quand l’officier de police judiciaire me montre la vidéo d’un extrait tronqué de mon discours lors d’une manifestation de novembre 2024, je n’ai rien à déclarer.

J’aurais tant à dire, à expliquer, à détailler. Mais ce n’est pas le moment, pas le lieu, pas le cadre. Si nous étions à égalité dans un échange sincère, peut-être pourrais-je le lui faire comprendre. Mais ce n’est pas de lui ni de moi dont il est question ici. Nous sommes les acteurs du face-à-face inégal entre un État qui souhaite anéantir la résistance anticoloniale et ce peuple parmi les peuples, en lutte contre la tyrannie et pour la libération. Je m’amuse de cette situation.

Je le regarde en souriant. C’est l’expression d’un enfant de Palestine plein de confiance, empli d’une paix joyeuse et enjouée. Il note à plusieurs reprises sur le procès-verbal de l’audition : « « C’est là encore un de ces échos entre notre infime résistance et la grandeur de notre héritage. L’officier de police ignore sans doute qu’en 1957, accusée de terrorisme, la résistante algérienne Djamila Bouhired2, à la sentence du juge français qui lui annonce sa condamnation à mort, a répondu par un immense éclat de rire. . Je suis un tout petit, juché sur les épaules de géants. Je ne signe pas le PV, considérant que la mention de ces sourires pourrait être prise pour un affront par le juge — un signe de cette désinvolture que les profs nous reprochaient au collège pour mieux nous punir. Il ne s’agit pas de cela, c’est infiniment plus profond, et peut-être indicible. Au fond, nous savons ce qu’ils ne savent pas, nous avons ce qu’ils n’ont pas. Et nous serions heureux de tout partager si seulement ils renonçaient comme nous à vouloir prendre ce qui nous est confié, mais ne nous appartient pas.

Je vais être jugé pour avoir fait l’apologie de la révolution décoloniale. (…) Lors d’un discours sur un camion dans une manifestation en novembre 2024, j’ai parlé d’amour et de fraternité sans frontières, de notre exigence de droit et de justice. Dans cette manifestation et tant d’autres, j’ai dit que nous étions résolument les héritiers des luttes anticoloniales pour l’indépendance, de celles et ceux qui ont caché les juifs durant la Seconde Guerre mondiale, résisté au nazisme et au fascisme. J’ai fait l’éloge de nos révolutions passées et à venir. En deux années de mobilisation, j’ai parlé dans des dizaines d’événements, manifestations, conférences, débats, interviews. Je n’ai pas su consigner toutes ces phrases, ces arguments, ces faits, témoignages, analyses. Ce qui m’est reproché consiste en une phrase, détachée de tout contexte, suspendue entre les guillemets de l’accusation, entre des articles numéro xy alinéa lambda du Code pénal. En effet, j’ai lancé : «. Cette phrase semble remplir les critères de ce que le ministère de la justice français aurait à me reprocher. Pour ma part, je récuse le jugement d’un régime politique complice du génocide de mon peuple, qui continue à livrer des armes et à offrir l’impunité aux criminels de guerre sionistes.

1NDLR. Le 25 avril 2025, Olivier Hadzovic tue de 57 coups de couteau Aboubakar Cissé, un Malien de 22 ans, dans la mosquée de la Grand-Combe dans le Gard. Olivier Hadzovic a signé son acte dans une vidéo à la suite de son crime où il profère des propos islamophobes.

2Résistante algérienne, arrêtée par l’armée française, torturée, elle sera condamnée à mort en 1957, elle sera graciée par le général de Gaulle.

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28.01.2026 à 06:00

Alain Finkielkraut, « vieux réac » en France, « de gauche » en Israël

Jean Stern

Alain Finkielkraut condamne le nettoyage ethnique à Gaza et la colonisation en Cisjordanie et soutient la reconnaissance de l'État de Palestine par la France. Sa voix diverge de celle de Bernard-Henri Lévy et détricote le mythe d'une « communauté juive » complètement alignée sur Benyamin Nétanyahou. Mais son vœu d'une séparation totale entre Israéliens et Palestiniens, en plus de faire réfléchir, n'est pas sans lien avec sa vision de la société française. Dans l'entrée de l'élégant (…)

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Alain Finkielkraut, «

Alain Finkielkraut condamne le nettoyage ethnique à Gaza et la colonisation en Cisjordanie et soutient la reconnaissance de l’État de Palestine par la France. Sa voix diverge de celle de Bernard-Henri Lévy et détricote le mythe d’une «

Alain Finkielkraut (à gauche) et Bernard-Henri Lévy (à droite)
Orient XXI

Dans l’entrée de l’élégant appartement parisien des Finkielkraut trône, sur un meuble au vu de tous, une photo de l’écrivain et académicien français aux côtés de Mahmoud Abbas, prise à Paris le 12 novembre 2025. Le vieux dirigeant palestinien était reçu par le président Emmanuel Macron. La France avait enfin reconnu l’État palestinien, treize ans après en avoir voté le principe à l’Assemblée nationale. Alain Finkielkraut était congratulé par Mahmoud Abbas pour avoir plaidé en faveur de cette reconnaissance auprès de Macron. Dans cette querelle, il a affronté son vieux rival Bernard-Henri Lévy (BHL), en septembre 2025, au cours d’un dîner face au président à l’Élysée – il nous le raconte ici. BHL a souvent eu l’oreille des présidents, mais cette fois Alain Finkielkraut a gagné la manche. Leur rivalité remonte à loin, se perd dans les méandres de l’histoire politico-mondaine parisienne et de la façon dont il fallait entretenir la mémoire du philosophe Emmanuel Levinas à Jérusalem1.

On se demande cependant si leurs désaccords ne sont pas mineurs, s’il ne s’agit pas des deux faces d’une seule pièce. On cherche à comprendre où portent les fractures, et si nous devons nous sentir concernés. Dans Le Cœur lourd, un livre d’entretien avec Vincent Trémolet de Villers qu’il publie chez Gallimard, Finkielkraut s’oppose sur la Palestine aux fervents soutiens de Benyamin Nétanyahou à Paris. Mais il partage avec beaucoup d’entre eux une islamophobie affichée, sans nuance, ciblant des quartiers entiers de la Seine–Saint-Denis.

Trancher le nœud gordien

Il fallait tenter d’en discuter avec Finkielkraut, peut-être en souvenir de lectures passionnantes, comme Le Juif imaginaire (Seuil, 1981) ou La Sagesse de l’amour (Gallimard, 1984). D’autres livres m’avaient révulsé, L’Identité malheureuse (Stock, 2013) en particulier. Ses saillies racistes et antiféministes, le plus souvent fondées sur des approximations et des préjugés d’un autre temps, m’exaspèrent.

Quand on lui demande, en préalable, ce qu’il répond à ceux qui le présentent comme un ««2 et mon regret est que l’urgence de La paix maintenant ait aujourd’hui de l’arthrose. La paix ne vient pas. Je sais qu’Israël affronte des périls extérieurs inouïs et en même temps se trouve en danger de perdre son âme.

Avec Abbas, ils s’étaient vus quelques minutes dans un salon diplomatique, et avaient promis de se revoir à Ramallah au printemps 2026. Mahmoud Abbas n’a plus guère de légitimité, ni en Palestine ni dans les cercles internationaux. L’académicien français offre à son vieux bras un appui amical, jure vouloir y associer ses « fantômes d’une cause elle-même fantomatique dont continue de se revendiquer Finkielkraut : la Paix maintenant.

L’homme se réjouit, publiquement et à plusieurs reprises, de la reconnaissance par la France de l’État palestinien : « dit-il, c’est en raison de ce qui se passe en Cisjordanie. La colonisation s’est amplifiée et certains habitants des implantations ont un comportement de plus en plus violent. Ils attaquent des champs d’oliviers au moment de la récolte, des Palestiniens sont tués et l’armée est, dans certains cas, complice. Plus d’un millier de Palestiniens ont été tués par l’armée ou les colons en 2025 dans les territoires occupés.

C’est bien parce que la reconnaissance de la Palestine marque le refus de la communauté internationale de voir la Cisjordanie annexée qu’Alain Finkielkraut la soutient.

«Bezalel Smotrich3, affirme que les Palestiniens qui vivent en Cisjordanie aujourd’hui ont le choix entre le départ, qui pourrait être aidé par Israël, et le statut de résident. Cela me paraît fou commente-t-il.

En France, quelques personnalités, Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut en tête, incarnent aux yeux de l’opinion les Français juifs. L’antagonisme des deux hommes sur la reconnaissance de la Palestine par la France s’est exprimé lors d’un dîner organisé par Emmanuel Macron dans le salon des Ambassadeurs à l’Élysée. Le président recevait quelques membres triés sur le volet de la «son discours à l’Assemblée générale des Nations unies le 22 septembre 2025, où il a officialisé la reconnaissance par la France de l’État de Palestine.

Pour Bernard-Henri Lévy, la reconnaissance équivalait à «. « pointe Finkielkraut. « poursuit-il. En juin 2024, j’ai écrit un article dans Le Figaro où je dénonçais d’un même souffle la montée de l’antisémitisme et la dérive du gouvernement israélien.

Débat sémantique et menaces de mort

Il y a des fractures en Israël que Finkielkraut veut bien regarder, d’autres qu’il préfère ignorer. Il sait que des Israéliens antisionistes sont allés, cet automne, soutenir des paysans palestiniens harcelés par les colons pendant la récolte des olives. « réplique Alain Finkielkraut, ils n’ont rien à faire en Israël. Lui préfère considérer des personnalités qui « fussent-elles de solides sionistes, à l’image de Yaïr Golan4 ou Ehud Olmert5 « affirme-t-il.

Assiste-t-on à la transformation en Israël de l’affrontement déjà ancien entre laïcs et religieux« estime Finkielkraut, il y a des religieux qui sont hostiles aux implantations, il y a en particulier Gilad Kariv, un rabbin libéral, de gauche, qui a répondu en termes admirables à ceux qui osent affirmer qu’il n’y a pas de civils innocents à Gaza. C’est un clivage entre deux idées du judaïsme qui va au-delà du clivage laïc/religieux parce que les laïcs ne se réclament pas seulement de l’humanisme, ils se réclament aussi du judaïsme. De nombreux laïcs affirment que certaines actions du gouvernement ou des colons sont “unjewish”, c’est très fort.

Marqués par un sentiment de grand isolement depuis 2023, les juifs solidaires du malheur palestinien ont eu, cet automne, le sentiment d’être moins seuls. Il y a d’abord eu fin mai 2025 les paroles de Jean Hatzfeld, ancien grand reporter à Libération, qui travaille sur le génocide des Tutsis au Rwanda depuis 1994. Dans un entretien au Monde, il disait qu’« Il ajoutait, à propos d’une politique génocidaire d’Israël, quatre-vingts ans après la Shoah : «

C’était aussi une forme de réponse au grand déni qui, en dépit des nombreux rapports internationaux et enquêtes, irrigue la «« Tant pis si les déclarations des dirigeants israéliens eux-mêmes le contredisent.

La querelle sur l’utilisation du terme «, dont l’homme de lettres considère que l’usage même est antisémite, est biaisée, celui de «

Mais au-delà du débat sémantique, qui permet d’échapper à d’autres débats, plus précis, plus concrets, Alain Finkielkraut ne cache pas la répugnance que lui inspire la politique israélienne actuelle : «réforme judiciaire. Ceux-là n’ont pas encore perdu la bataille, mais, s’ils la perdent, je serais amené à désespérer d’Israël.

La menace principale, pour lui, vient des nationalistes religieux, qu’il juge « : «Ben Gvir pérorer et vitupérer à la télévision, je me dis que je n’ai rien de commun avec cet homme. Mais Israël est fracturé donc tout n’est pas perdu. Il y a deux Israël

Ces positions valent à Alain Finkielkraut son lot de menaces : « Et « souligne-t-il.

La rabbine Delphine Horvilleur, qui prône un judaïsme réformé, est une autre personnalité influente chez les juifs de France. Celle qui n’a jamais été particulièrement sévère avec Israël a relativement évolué dans ses propos publics depuis quelques mois, tout en restant, comme Finkielkraut, dans une défense «

«… et une femme, serait-on tenté d’ajouter. Mais elle est aussi suivie avec plus d’attention par d’autres. La religieuse explique : «

Alain Finkielkraut, qui se plaint d’être perçu (non sans raison) comme « s’amuse d’être considéré comme « et réclame un peu d’indulgence pour cela. Mais le partisan de la séparation totale entre Israéliens et Palestiniens est aussi, d’une certaine manière, favorable à des «

Impossible en effet d’envisager une séparation, en France comme en Israël, sans au minimum des mesures de déportation de tout ou partie des populations concernées, ce qui ne semble pas être une mesure «

L’ancien maoïste est en outre depuis des décennies un fidèle défenseur de ce qu’est devenue la laïcité à la française, c’est-à-dire un corpus d’analyses islamophobes. Il a développé une pensée faite de républicanisme outrancier et de paranoïa pointue qu’un esprit farceur qualifie de «.

Finkielkraut considère en outre que «6, barrésien7, est derrière nous, qu’«. Il le dit sans nuances : « se fait jour en France. Fondé sur des aphorismes tels que «, « ou « il s’épanouirait dans les grandes écoles et causerait bien du tort à leurs étudiants juifs. Un autre antisémitisme sévit, lui, dans l’hémicycle, prévient Finkielkraut : «

Cette rhétorique fait de La France insoumise (LFI) le moteur de l’antisémitisme.

C’est d’une part ne pas reconnaître que sur Gaza, par exemple, l’engagement de Jean-Luc Mélenchon est ancienRassemblement national ont été retirés des listes aux dernières élections législatives pour des propos racistes, négationnistes et antisémites. Et les deux principaux propagateurs de l’antisémitisme en France ces vingt dernières années via le Web ont été l’idéologue d’extrême droite Alain Soral et son ami Dieudonné8, largement relayés l’un et l’autre par la fachosphère. On a vu Dieudonné avec Le Pen, pas avec Mélenchon, et les potes de Soral étaient au GUD (Groupe union défense), pas chez LFI… D’ailleurs, à l’heure où l’on parle, Mélenchon a peu de chance d’être élu président de la République, alors que Jordan Bardella a toutes les chances de l’être…

Finkielkraut fait même de son erreur d’analyse un drapeau de ralliement : «

Le renouveau de la pensée juive

L’académicien n’ignore évidemment pas que le concept sans doute un peu naïf d’«

Aujourd’hui, 43Zohran Mamdani aux élections municipales de la ville en novembre 2025, approuvant son soutien constant à la cause palestinienne, contribuant à sa victoire. Très différent, donc, de ce qui se passe en France, y compris à gauche. Les Américains juifs, religieux ou pas, ne craignent pas d’appeler un chat un chat.

Alain Finkielkraut pourrait-il incarner un renouveau de la pensée collective des Français juifsTout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes, titrait un film fameux de Jean-Jacques Zilbermann (1993) avec Josiane Balasko, ode à une mère rescapée des camps et qui vendait L’Huma à la sortie du métro.

« admet-il, mais quand ils commandent un repas sur Deliveroo ou prennent un VTC, ils changent de nom, enlèvent la mézouza de la porte de leur appartement.

Lui-même salue en Israël «. Alors que «. Il reproche à cette gauche-là de vouloir «.

Alain Finkielkraut a raison sur un point : enterrons la France d’hier, celle qui pleurniche sur la Vendée, sur l’Algérie, sur Vichy. Cette bonne idée ne fera pas plaisir aux nombreux antisémites plus ou moins masqués de la droite française, si prompts à adorer Israël, pour des raisons largement laissées dans l’ombre par le polémiste tout comme par BHL.

1En 2000, à Jérusalem, ils ont cofondé avec le philosophe Benny Lévy l’institut d’études lévinassiennes destiné à étudier la pensée d’Emmanuel Levinas. Les trois ont eu des désaccords profonds sur l’héritage intellectuel de Levinas et l’interprétation de sa philosophie éthique. Sur ce sujet, voir l’article d’Elise Karlin, «BHL, le dialogue devenu impossible des disciples de LevinasLe Monde, 16 janvier 2022.

2Mouvement pacifiste fondé en Israël en 1978 par des officiers, et qui a compté des branches militantes en France et aux États-Unis, entre autres.

3Dirigeant du parti du sionisme religieux, il est également ministre délégué à la défense et, de facto, le ministre des colonies.

4Ancien officier militaire supérieur, leader du parti de gauche sioniste Les Démocrates (HaDemokratim), Yaïr Golan s’affiche en critique virulent de la guerre menée par le gouvernement Nétanyahou à Gaza.

5Ehud Olmert succède à Ariel Sharon au poste de Premier ministre en 2006 à la tête de Kadima, le parti de centre droit de Sharon. Accusé de faits de corruption remontant à son mandat de maire de Jérusalem, il démissionne en 2009. En 2025, il publie une tribune dans Le Monde, «

6Charles Maurras, fondateur de L’Action française, profondément antidreyfusard, prône un antisémitisme d’État, qui vise à effacer le juif de la cité.

7Écrivain, Maurice Barrès sait user de ses talents pour promouvoir, dans ses écrits pléthoriques, l’identité nationale contre «

8Marc Knobel, Cyberhaine, propagande et antisémitisme sur Internet, Hermann, 2021.

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27.01.2026 à 06:00

Syrie. À Raqqa, la fin du rêve kurde

Paloma Dupont de Dinechin , Hosam Katan

Raqqa, 18 janvier. Les soldats de l'armée syrienne se prennent en photo dans la ville, des tirs de célébration claquent, le drapeau syrien flotte. Après sept années sous administration des Forces démocratiques syriennes (FDS), la ville repasse sous le contrôle de Damas, à la faveur d'un accord. Tandis que certains fêtent la « libération », s'éloignent le projet du « Rojava » et l'autonomie kurde. En treillis, kalachnikov en bandoulière, Abou Khaled pose devant l'Euphrate. Le soldat de 33 (…)

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Syrie. À Raqqa, la fin du rêve kurde

Raqqa, 18 janvier. Les soldats de l’armée syrienne se prennent en photo dans la ville, des tirs de célébration claquent, le drapeau syrien flotte. Après sept années sous administration des Forces démocratiques syriennes (FDS), la ville repasse sous le contrôle de Damas, à la faveur d’un accord. Tandis que certains fêtent la «

En treillis, kalachnikov en bandoulière, Abou Khaled pose devant l’Euphrate. Le soldat de 33 ans, à la carrure massive, affiche un sourire enfantin tandis qu’il se prend en selfie. « lâche-t-il. Il appartient à la 82ᵉ division de l’armée syrienne, l’une des unités régulières engagées par Damas dans sa progression vers les territoires jusque-là contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS). Cette entité militaire, dominée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG) et soutenue par la coalition internationale dans sa lutte contre l’Organisation de l’État islamique (OEI), avait repris Raqqa en 2017, après Kobané en 2015. Elle administrait de facto le nord-est de la Syrie depuis près d’une décennie, à la faveur du retrait partiel du régime de Bachar Al-Assad, occupé sur d’autres fronts, et du chaos de la guerre civile.

Le 18 janvier à l’aube, sur les rives bleu marine de l’Euphrate, des centaines de véhicules militaires convergent vers le barrage de Tabqa. Comme Abou Khaled, des dizaines de soldats s’arrêtent pour se prendre en photo. Quelques heures plus tôt, les villes de Tabqa, puis Raqqa sont tombées aux mains des forces gouvernementales syriennes. Sur la route, un militaire enlace un homme en larmes. Son frère. Ils ne s’étaient pas vus depuis des années. Le soir, le président Ahmed Al-Charaa annonce la signature d’un accord avec les Kurdes syriens. L’opération militaire aura pris deux jours.

Un membre de la sécurité publique syrienne est assis sur un véhicule qui surveille les célébrations à Raqqa après la prise de la ville par l’armée syrienne, le 19 janvier 2026.

Le lendemain, la place Al-Naïm, au centre de Raqqa, devient le cœur des célébrations, les selfies se prennent désormais devant les lettres « Tout au long de la journée, des groupes se succèdent pour fêter ce qu’ils appellent la «

Un combattant de l’armée syrienne prend un selfie sur les rives de l’Euphrate, le 19 janvier 2026.
Des soldats de l’armée syrienne s’arrêtent pour prendre des photos en uniforme, posant pour célébrer leur victoire quelques heures après avoir pris le contrôle de Tabqa et Raqqa, le 19 janvier 2026.

Une discrimination anti-Arabes systémique

Hossam, 5 ans, et Mohammed, 8 ans, font le tour de la ville avec leur père au volant, deux kalachnikovs en plastique brandies depuis le toit ouvrant. Une femme de 70 ans, drapée dans une robe à fleurs violettes, affirme n’avoir pas dormi de la nuit, « Elle répète au milieu d’un groupe d’hommes : « Pour beaucoup, ici, la fête n’est pas seulement politique. « explique Abdel Majid Touma, 45 ans, originaire de Raqqa. «FDS priorisaient leur région, priorisaient Erbil [capitale de la région autonome d’Irak]. Ils se priorisaient eux-mêmes.

Des habitants de Raqqa célèbrent la prise de la ville par les forces gouvernementales syriennes, le 19 janvier 2026.

Abdel Majid parle d’une discrimination systémique sous l’administration des FDS. « Il se dit optimiste pour l’avenir : «

Dans la campagne autour de Raqqa, plusieurs infrastructures ont été endommagées lors des combats. Le 18 janvier, alors que les forces gouvernementales progressaient, les FDS auraient détruit un pont reliant les deux rives de l’Euphrate : le cours d’eau est devenu le principal point de passage et ne se franchit plus que difficilement.

Des habitants de la campagne de Raqqa bloquent un pont qui avait été détruit par les Forces démocratiques syriennes, un jour avant le retrait des FDS de la région, le 19 janvier 2026.
Des habitants traversent l’Euphrate en bateau après que les Forces démocratiques syriennes ont fait sauter le pont la veille de leur retrait de la ville, le 19 janvier 2026.

Le 20 janvier au matin, Abou Houssein, 32 ans, pêcheur aux yeux verts coiffé d’un turban brun foncé, traverse le fleuve à bord d’une petite embarcation. Il transporte des personnes et des marchandises d’une rive à l’autre, tentant d’acheminer des légumes et du poulet vers la ville. « raconte-t-il. Lui aussi dit avoir subi un racisme anti-Arabes sous l’administration des FDS. Son cousin est détenu depuis un an pour « sans preuve. « Détentions prolongées sans jugement pour soupçon d’appartenance à l’OEI, accaparement des terres ou des ressources – notamment agricoles ou pétrolières – au profit des administrations ou des forces kurdes, et marginalisation politique figurent parmi les griefs régulièrement exprimés.

Abou Houssein, un pêcheur, transporte les habitants à travers l’Euphrate après que le pont reliant Raqqa à sa campagne ait été détruit.

Ce ressentiment envers les Forces démocratiques syriennes s’est accru lors de la gestion par les autorités kurdes de zones majoritairement arabes, perçue localement comme une forme d’«

Le «

Des centaines de Kurdes ont quitté la ville. Un quartier à majorité kurde surnommé la «YPG gît au sol, tandis qu’un gamin crache dessus et l’écrase du pied.

Jamil, 36 ans, accroche des drapeaux syriens dans la rue pour la première fois de sa vie, Raqqa, le 19 janvier 2026.

La fête continue. Les symboles tombent. Un Kurde, qui vit ici depuis plus de dix ans, accepte de parler, à condition de se fondre dans l’anonymat. Il dit ne pas fumer. Puis allume une cigarette. Puis une autre. Dehors, les tirs. Secs. Réguliers. Comme un bruit de fond. Il parle de la peur. Celle des vengeances. Des règlements de comptes. De ce qui vient après. Quand on évoque la statue déboulonnée à Tabqa lors de la prise de la ville par les forces gouvernementales – une femme, représentant une combattante des la milice féminine kurde de l’administration autonome, les YPJ –, son visage se ferme. « souffle-t-il. Un silence. «

Il parle de fausses informations. De récits fabriqués, répétés, martelés depuis des mois pour diaboliser les FDS. Il dit vouloir la paix. Pour tous. Puis il craque. Des amis. Des collègues. Des familles entières ont fui, ces derniers jours. Par peur. « Lui est resté. « Il a peur quand même. Des rumeurs. Des mensonges. Des représailles présentées plus tard comme de simples «Il cite Soueïda– et les massacres de Druzes par les forces gouvernementales et de sunnites par les miliciens druzes. En marge des combats, des exécutions de civils ont eu lieu impliquant des membres des forces gouvernementales – tel que dénoncé par Amnesty International en avril et en septembre 2025. «

Le «« par des femmes. Des régions avec leurs figures, leurs héroïnes, leurs morts. Les tirs couvrent parfois sa voix. Une ambulance passe. Il se souvient de la chute d’Assad, à Tabqa. « À l’époque, il n’imaginait pas ce que cela signifierait pour le «

Des habitants de Raqqa célèbrent la prise de la ville par les forces gouvernementales syriennes, le 19 janvier 2026.

Il parle aussi de la peur du retour de l’OEI. Il ne dit jamais Daech. Il dit « «« conclut-il. «

Appels massifs à la mobilisation kurde

Sur le canal WhatsApp officiel des FDS, vingt-quatre heures de silence, tandis que les troupes gouvernementales progressaient vers Raqqa et Tabqa. Puis, le 18 janvier, un accord est annoncé entre Charaa et Mazloum Abdi, le commandant en chef des FDS, qui assure qu’il s’agit d’un moyen «.

Le texte repose sur quatorze points. Il instaure un cessez-le-feu général et entérine la remise à l’État syrien des provinces de Raqqa et de Deir Ez-Zor. Les institutions civiles et sécuritaires de Hassaké doivent être intégrées à l’appareil étatique. Les postes-frontière, les champs pétroliers et gaziers repassent sous le contrôle de Damas. Les forces kurdes sont appelées à être intégrées aux ministères de la défense et de l’intérieur. Une autonomie locale limitée est maintenue à Kobané. En échange, les cadres et combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) doivent quitter le territoire syrien.

Un véhicule militaire endommagé par les FDS se trouve sur la route entre Tabqa et Raqqa, le 19 janvier 2026.

« assure notre témoin kurde. L’accord marque toutefois la fin de l’administration autonome du Nord-Est syrien, sans reconnaissance constitutionnelle d’un statut kurde. Toutefois, Ahmed Al-Charaa avait émis, le 16 janvier, un décret présentant les Kurdes comme une composante essentielle de la population syrienne, et reconnaissant leurs spécificités culturelles et linguistiques.

Lors du transfert précipité du contrôle de plusieurs prisons vers les forces gouvernementales, entre le 19 et le 21 janvier, des évasions ont été signalées. À la prison d’Al-Chaddadeh, des uniformes orange jonchent le sol jusqu’à l’entrée du site, témoignant de la fuite de détenus, des membres présumés de l’État islamique.

Un drapeau blanc arborant la chahada (profession de foi musulmane) est accroché à la façade d’un café à Raqqa, le 19 janvier 2026.

Chaque camp accuse l’autre. Impossible de vérifier ces versions. Les FDS ont diffusé une vidéo montrant les autorités syriennes libérant des détenus, mais les images ne correspondent pas à la prison d’Al-Chaddadeh. Les autorités accusent en retour les FDS de les avoir libérés. Elles évoquent 120 prisonniers en fuite, dont 81 auraient été recapturés. Cette passation chaotique est instrumentalisée de part et d’autre : côté kurde, elle est présentée comme le signe d’une complaisance des autorités syriennes envers l’OEIFDS cherchent à semer le chaos en Syrie.

Abdulrahman Salameh, le nouveau gouverneur de Raqqa, tient sa première conférence de presse dans la ville, le 19 janvier 2026. Au cours de la conférence, il a déclaré que les Kurdes font partie intégrante du tissu social syrien et que la Syrie appartient à tous les Syriens.

Dans la ville de Hassaké, bastion kurde de la région autonome – où vivent 10« décrit Patricia au téléphone, 22 ans, qui travaille pour une gazette locale. «FDS assuraient la protection de cette ville où vivent Arméniens, Assyriens, Kurdes, yézidis et Arabes. La suite est incertaine dit-elle.

Les troupes gouvernementales progressent vers la ville, l’accord prévoit qu’ils en prennent le contrôle. Côté kurde, les appels à la mobilisation sont massifs. Dans un élan de solidarité transnationale, des images ont montré des rassemblements de Kurdes près de plusieurs points frontières, notamment côté turc, certains tentant de franchir le mur vers la Syrie.

Le 21 janvier, un soldat de l’armée syrienne apparaît fièrement dans une vidéo avec une tresse de cheveux dans la main qu’il dit avoir coupée à une combattante de l’YPJ, la milice féminine kurde intégrée aux FDS. Face à la viralité de la vidéo, l’homme a ensuite affirmé que la tresse était artificielle, et que cela avait été une blague. D’autres images montrent des membres des FDS humiliant un groupe d’hommes arabes. Ces séquences sont difficiles à vérifier et se propagent rapidement sur des canaux pro-FDS comme progouvernementaux.

Tandis que Raqqa danse, Hassaké retient son souffle. Kobané est assiégée.

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